ÉGLISE DES RÉCOLLETS OU DES LÉPREUX
Sur son territoire, la paroisse de Saint-Denis voyait s’élever trois églises, au temps passé. La troisième est celle des Lépreux.
Leur hôpital qui a dù être fondé par les comtes de Dunois, puisqu’il était près des murs de la ville et à quelque pas de leur château, était assis sur une petite colline, au bord du chemin. Les lépreux y vivaient sous la direction d'un Maître de la maladrerie, généralement prêtre, assisté de frères servants, qui formaient, avec lui, une sorte de conseil d’administration.
Des documents anciens nous ont conservé les noms d’un certain nombre de ces maîtres de Saint-Lazare. Tel était le nom de la léproserie. C’est, en 1282, Robert, témoin dans une charte relative à la métairie de la Jambe ; en 1282, Nicolas de Saint- Lazare ; en 1363, Jean Retoré ; en 1408, Thomas Bédard ; en 1410, Jehan Cosnard ; en 1420, Richard de Braquemont. — Les directeurs, à cette époque, ne résident pas ; ils ont souvent d’autres fonctions ailleurs. — Ce dernier afferme le revenu de son bénéfice à Louis d’Amilly, écuier. Un frère de la maison demande des auxiliaires, ne pouvant suffire à la besogne. Dans les mêmes années, frère Jacques Boisguion, prêtre, fait partie du personnel : 1426, maître Pierre de Bracquemont. Il n’a que le titre et charge Jean Saugier, qui fut curé de Saint-Denis-les-Ponts, de l’administration temporelle.
La direction de la maison passe ensuite aux chapelains de la sainte chapelle de Dunois. On dresse, en 1500, un règlement, conservé aux Archives, pour les lépreux de Saint-Lazare. Les chapelains se déchargent de la desserte de l’église, en 1547, et la donnent à un ecclésiastique. Mais le desservant va, parfois, dire la messe à la Sainte-Chapelle ; et à bon droit les lépreux se plaignent d’en être privés chez eux. Ils déposent une plainte devant notaire. On retrouve, en 1643, comme directeur de Saint- Lazare, Renoul Servant religieux de saint Dominique.
Les premiers statuts et règlements des lépreux avaient été
SAINT-DENIS-LES-PONTS
dressés par Pierre, archevêque de Sens, d’après une bulle du Pape Innocent III. Ce qui prouve la sollicitude de l’Eglise pour les plus humbles et les plus déshérités. Il y a loin de ces soins charitables, donnés par des prêtres ou des frères, aux prétendues duretés envers les lépreux, que des histoires fantaisistes prêtent au moyen-âge1.
En 1(506 le chapitre de la Sainte-Chapelle abandonnait l’église de Saint-Lazare, avec maisons et dépendances, aux pères Cordeliers, dits Récollets. De là le nom moderne de cet établissement. L'un d’eux ligure parmi les orateurs qui rehaussèrent, de l’éloquence de leur parole, les fêtes de canonisation de saint François de Sales, en l’église de la Visitation de Chartres.
La Révolution y trouva, le 13 mars 1798, le père Agatange Esnault, gardien, avec deux pères et deux frères. Nous ne voyons pas, à cette date, figurer au couvent le père Honoré Bigeault, prédicateur distingué qui, en 1777, avait prêché le carême à Illiers, et que la sympathie publique avait honoré du titre d’aumônier de la milice bourgeoise de cette ville. En temps ordinaire, le couvent comptait 15 à 18 religieux. Ils desservaient, à l'occasion, des paroisses rurales.
Ici comme ailleurs, la Révolution fit le vide et vendit l'immeuble. Le croquis ci-contre, par MmB la comtesse de Barbentane, le reproduit tel qu’il était alors, et tel qu’on le voit encore aujourd’hui. De l’église il ne reste rien qu’un pan de muraille, flanqué d’une colonne, indiquant le commencement de l’abside.
Dans la pièce qui était le réfectoire des moines on voit encore aujourd'hui une fresque assez grossièrement peinte, représentant une grande croix avec les attributs de la Passion, et les restes d’une inscription qu’il ne nous a pas été possible de déchiffrer.
1 Dans son intéressante notice sur la donation de la métairie de la Jambe à la maison de Saint-Lazare de Chàteaudun, devant la croix de Saint-Eman, M. Charles Cuissard, d’Orléans, prouve très bien que la présence des lépreux est constatée en France, bien des siècles avant les Croisades. 11 cite le 5® concile d’Orléans, en 549, qui recommande aux évêques de donner aux lépreux la nourriture et le vêtement. Nous lisons dans la vie d’un de nos saints du VIIe siècle, que, étant en voyage, il reçut, un soir, l’hospitalitç dans un petit établissement de lépreux,