ORATOIRE PROTESTANT DE LA ROCHE- BERNARD
A SAINT-DENIS-LES-PONTS
SAINT-DENIS-LES-PONTS
On conservait encore au château, le siècle dernier, le bras postiche qu’il s’était fait adapter après sa blessure au siège de Fontenay-le-Comte.
La Noue assiégeait Lamballe, en Bretagne, et bientôt la ville allait succomber. Pour se rendre compte de l’intérieur de la place, il monte au haut d’une échelle, et est frappé mortellement. On l’emporte à Moncontour où il expire quelques jours après. En venant en Bretagne, sa patrie d’origine, pour entreprendre cette campagne, il semblait avoir le pressentiment de sa mort ; car il dit, en partant, à ses amis « qu’il allait, comme le bon lièvre, mourir à son gîte. »
Au témoignage de Bordas, que rien, jusqu’ici, malgré nos recherches, n’est venu contredire, Odet de la Noue, fils aîné du défunt, aurait ramené son père à la Roche-Bernard, et l’aurait fait inhumer dans la chapelle de Youvray. L’historien nous dit que les titulaires étaient à la nomination des seigneurs de la Roche, jusqu’à ce qu’ils eussent perdu leur droit, par leur passage au Calvinisme. Or, d’après Bordas lui-mème, comment se fut-on permis d’inhumer un protestant, dans une chapelle sur laquelle, depuis longtemps, il avait perdu ses droits ?
Des anciens, de notre temps, gardaient un lointain souvenir que l’on avait inhumé, jadis, dans les galeries profondes des « caves de la Roche » — Je serais plus porté à placer là le lieu de sépulture de François de la Noue.
On a prétendu encore que l’archidiacre du Dunois étant venu, encours d’inspection, visiter la chapelle de Youvray, fut indigné de voir un hérétique inhumé dans une église catholique, le fit exhumer et jeter dans le Loir, qui coule au bas de la chappelle. — Nous refusons absolument notre adhésion à ce racontar. Si un protestant avait clandestinement reçu la sépulture dans ce lieu consacré, le peuple d’alors (nous nous basons sur des exemples) le peuple d’alors n’eut pas attendu l’archidiacre. Il se fût fait justice à lui-mème, et l’autorité civile eut été impuissante à l’en empêcher.
Ce dernier fait est donc inadmissible, d’autant que, pour nous, le transfert du corps, de Bretagne à La Roche, n’est pas encore prouvé.
Le culte protestant a donc été pratiqué en ce château, du temps de la Noue, et aussi au siècle suivant, sous Théophile de la Noue,
SAINT-DENIS LES-PONTS
second fils du capitaine. Un petit édifice, en forme de pavillon carré, à deux étages et deux voûtes superposées, s’élève encore, à l’état pittoresque de ruine, au bas du rocher1. Or, ce pavillon, qui a l’aspect d’un double oratoire, était un lieu de réunion protestante. Après l’avoir examiné avec beaucoup de soin, nous l’avions pensé. Les documents écrits, de l’époque, sont venus lever tous les doutes.
Registre des actes protestants . « 1590, Anne, tille de messire « Théophile de la Noue, chevalier, seigneur de Téligny et de la « Roche-Bernard, et de dame Anne Hatte, naquit le 9 septembre « 1590 et fut baptisée au dit lieu de la Roche , par M. Berger ; « présentée par messire Odet de la Noue (son oncle), chevalier, « sieur du Châtellier, et par Mme Marie de Moreau, dame du « Noysement. »
Les rejetons de la famille de la Noue sont revenus, depuis bien longtemps, à la foi de leurs pères, et dans la catholique Bretagne, ils en sont les fermes soutiens.
Le château a disparu, depuis de longues années : une antique maison de garde accompagne seule, aujourd’hui, les ruines de l’ancien oratoire.
Abbés Marquis et Cuissard.
< Le croquis que nous en donnons le représente aussi exactement que possible, il est dû àl’habile crayon de M .' Passa rd de Chàteaudun.
ÉGLISE d’aUTHON
ÉGLISE D’AUTHON
L’église d’Authon, l’une des plus anciennes dudiocèse, remonte au onzième siècle. Certains archéologues vont même jusqu’à assigner à certaines de ses parties le dixième siècle et l’époque Carlovingienne.
On ignore cependant l’époque précise de sa fondation. La destruction, en 1793, du Cartulaire de l’abbaye de Saint- Calais, dont relevait cette église, a malheureusement fait disparaître tout document à ce sujet. Il y a lieu de croire toutefois qu'elle fut construite par les religieux du prieuré dépendant de la même abbaye. C’est du moins une opinion accréditée dans le pays, qu'autrefois l’église était la chapelle des moines.
Ce prieuré, qui paraît avoir été considérable, ne devait pas être de beaucoup postérieur au séjour que fit saint Calais dans la localité, avant d’aller fonder, dans le Maine, le monastère qui portait son nom.
C’est en effet près des sources de la Braye que se fixa tout d’abord ce fidèle compagnon de saint Av.it, lorsqu’il se sépara de lui, pour se retirer dans la solitude du Perche, attirant à sa suite toute une colonie d’ouvriers évangéliques, dont plusieurs sont honorés comme saints dans des églises delà contrée1. Or, c’est au pied de l’une des collines d’Authon que commence la Braye2. Il est donc permis de penser que ce fut en souvenir du pieux solitaire que se fonda, à Authon, sous la dépendance des religieux de Saint-Calais, le prieuré dont les titulaires, alors même qu’ils n’étaient plus que simples commendataires, continuèrent à se qualifier curés primitifs d’Authon3.
Quoi qu’il en soit, l’église d’Authon, avant l'importante res-
1 Saint-Bomer, Saint-UIphace, Saint-Almire à Gréez. (L'abbé Haye : Martyrologe de l'église de Chartres, p. 25).
2 La Braye se forme sur le territoire de Saint-UIphace, par la jonction de deux ruisseaux, dont le principal prend naissance auprès d’Authon.
3 L’église et le prieuré d’Authon n'étaient pas les seuls titres qui fissent revivre dans la région le souvenir de saint Calais. Les églises de Charbonnières, de Saint-Avit (Loir-et-Cher), du Plessis-Dorin, de Melleray, de Montmirail et plusieurs autres, qui relevaient également de son monastère, semblent avoir été autant d’étapes marquant le passage de ce saint dans son trajet des sources de la Braye aux bords de l’Anisole.
là
Abside.
tauration dont elle vient d’être l’objet, se composait d’une nef de 9 mètres 70 centimètres de large, sur environ le double de longueur, d'un transept plus étroit et moins long, et d’une abside semi-circulaire, voûtée, suivant l’expression technique, en cul-de-four. De toutes petites fenêtres, on pourrait dire des meurtrières, n’y laissaient pénétrer qu’un jour] douteux. Il est vrai que pour y remédier, on avait eu l’idée malencontreuse d’ouvrir dans le mur méridional une large fenêtre gothique. Deux arcades, en forme de fer à cheval, s’ouvraient au milieu de deux grands murs transversaux, l’une sur le transept et l’autre sur l’abside.
Cependant le temps avait fait sentir au vénérable monument sa néfaste influence. L’édifice dégradé ne paraissait plus digne de sa sainte destination ; aussi était-il question de lui substituer une construction nouvelle. C’était le rêve de M. l’abbé Laye, ancien curé d’Authon, qui avait su réaliser dans ce but des économies importantes. Mais ces économies étaient insuffisantes, et le bon curé mourut, inopinément, sans avoir rien décidé. Après lui, on se contenta de restaurer, et après tout c’était le meilleur parti à prendre. Pourquoi, en effet, démolir ces vieux murs, qui étaient d’une solidité à toute épreuve ; pourquoi sacrifier un monument, qui avait tant de titres à la vénération des habitants d’Authon, un sanctuaire où les générations de huit siècles étaient venues prier ?
Il était réservé à M. l’abbé Dancret, le regretté curé de la cathédrale, ancien doyen d’Authon, cet homme dont l’apparente placidité cachait une très grande initiative, de réaliser ce projet. C’était en 1877 ; puissamment aidé par M. Martin Fortris, trésorier de la Fabrique, et sous l’habile direction d’un architecte expérimenté, M. Cissé, de Saint-André de l’Eure, M. Dancret se mit à l'œuvre, et un an après, de la vieille église, il ne restait plus que la charpente et les murs.
A la place du vieux clocher, qui tombait de vétusté, s’élève maintenant une tour élégante, encadrée dans une façade monu-
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Appareil .
mentale également neuve. Le transept s'est augmenté de deux chapelles latérales voûtées en briques, formant avec le reste de l'église une croix latine. Chacune d’elles possède une petite abside. également semi- circulaire et enrichie d’un autel en pierre de fort bon goût. Sur chaque pignon s’ouvre une large fenêtre géminée, décorée de belles verrières, sorties des ateliers de M. Huchetdu Mans.
Dans la grande nef, tout a été renouvelé exactement dans le st3Tle de l'église. La voûte en bois reçut, ainsi que les entraits, des décorations, simples à la vérité, mais qui n’en produisent pas moins un heureux effet. Les grandes fenêtres, qui ont remplacé les petites baies d’autrefois, peuvent paraître trop larges, aux }œux des amateurs du pur roman, mais elles ont l'avantage de recevoir de plus amples vitraux, qui ne nuisent point à la décoration de l’édifice.
Des deux arcades, mentionnées plus haut, la première, considérablement élargie, dégage le chœur de la nef, et laisse voir en plein l’abside avec sa voûte massive.
Cette abside est la partie la plus intéressante de l’église, celle que les archéologues se plaisent surtout à admirer. Elle est Réparée du chœur par une grille en fer ouvragé, don de M Brault, ancien maire de Chartres, propriétaire à Authon. Au milieu s’élève un très bel autel en pierre, qui remplace avantageusement un de ces rétables renaissance, que l’engouement d’une autre époque avait particulièrement propagés dans la contrée.
Le seul objet qui ne soit pas du style de l’église, mais que l’on conserve avec soin, à cause de sa valeur artistique, c’est un vieux banc seigneurial, converti en banc-d’œuvre, qui attire l’attention par ses sculptures vraiment remarquables. Sur le panneau principal, adossé à la muraille, se voit en relief une cuirasse surmontée d’un bandeau, indice de la dignité baronniale. Sur les cotés descendent de longues et épaisses guirlandes, artistement travaillées. Le panneau de devant est enrichi d'un magnifique bouquet environné de motifs également sculptés. Ce banc a plus de deux siècles d’existence. C’était, à l’époque, un don fait à l'église par haut et puissant Seigneur Mre Charles Leclerc de Lesseville, lorsqu’il eut acheté la baronnie de Mmc la Princesse douairière de Conti.
On ne saurait parler de l’église restaurée d’Authon sans faire
mention des vitraux qui la décorent, et qui sont dus la plupart à la libéralité de différentes familles de la paroisse.
Tout d’abord, les trois fenêtres qui éclairent l’abside, ont reçu des sujets qui avaient droit aux premières places. C’est en effet Notre-Seigneur Jésus-Christ debout, tenant sa croix d’une main et un globe de l’autre. C’est à droite saint André, patron de la paroisse, conduisant saint Pierre, son frère, à Jésus : ( invenimus Messiam). A gauche, le même saint André, accompagnant saint Jean, lorsque le saint Précurseur désigna le Sauveur à ses disciples : (Ecce Agnns Dei),
Ces trois vitraux, offerts par l'honorable famille Paul Martin Fortris, ont pour auteur M. Duhamel, d’Evreux.
Dans la nef, ,les deux premiers vitraux ont été donnés par les mêmes bienfaiteurs, aussi représentent-ils, celui de droite, saint Martin, à cheval, partageant son manteau, celui de gauche, saint Paul terrassé sur le chemin de Damas. Ils sortent des ateliers de M. Lobin, de Tours, etsont appréciés des connaisseurs.
Plus bas, les deux qui suivent sont un don fait, en mourant, parM. Pierre Fourmilleau, ancien maire d’Authon. Ils ont pour sujets, suivant les désirs de sa famille : saint Pierre, recevant les clefs des mains de Notre-Seigneur, saint Paul devant l’aréopage.
Les autres fenêtres de la nef, ainsi que celle de la façade, ne sont encore pourvues que de simples verrières blanches, mais bientôt elle n’auront plus rien à envier à leurs rayonnantes voisines.
Dans le transept, aux deux grandes fenêtres géminées qui s’ouvrent sur chacun des deux pignons, se remarquent, d’un côté, l’apparition du Sacré-Cœur ; de l’autre, celle de Notre-Dame de Lourdes, qui est encore un hommage de la famille Martin Fortris.
Mais, dans la partie dédiée à la sainte Vierge (côté gauche du transept) la piété des fidèles n’a point oublié la patronne du diocèse, Notre-Dame de Chartres, en lui consacrant la place d’honneur, c’est-à-dire le vitrail qui domine l’autel. A droite et à gauche de la Vierge druidique, dèux autres vitraux, d'égale dimension, représentent saint Louis et sainte Thérèse. On les doit à la famille Lecoq, à laquelle appartenait le savant et regretté archéologue Chartrain de ce nom.
Des deux cloches que possède l’église d’Authon, la plus petite est sur le point d'atteindre l’àge respectable de deux siècles. Elle fut baptisée le 15 octobre 1714, sous le nom de Charlotte, par Mrc Claude Philippe, curé d’Authon, et elle eut pour parrain Mre Charles-Nicolas Leclerc de Lesseville, conseiller du Roy en son Parlement, comte de Charbonnières et baron d’Authon; la marraine fut damoiselle Anne Leclerc de Lesseville, fille de défunt Mre Eustache-Auguste Leclerc de Lesseville, en son vivant, conseiller du roy en tous ses conseils, et de Lrançoise Olivier. Elle est aussi belle et aussi bien conservée que si elle sortait de l’atelier.du fondeur. Son poids est d’environ 700 kil . , et sa voix argentine ne se ressent aucunement de sa vieillesse.
L’autre cloche, plus vénérable seulement par son accent et par son poids, (elle pèse près de 1100 kil.) est d’une date toute moderne.Elle fut donnée à l’église, en 1849, par M. Louis-René Tollet, propriétaire, originaire d’Authon et décédé à Chartres. Elle fut baptisée le 18 novembre de la même année, sous les noms de Marie- Adeline, par M. l’abbé Cottereau, vicaire-gérant, en présence de M. l'abbé Martin, curé d’Authon, presque nonagénaire. Elle eut pour parrain M. René-Lrançois-Michel Tollet, et pour marraine Mmc Victoire-Elise Touraille, veuve de M. Louis-René Tollet.
Telb est actuellement l’église d’Authon, dont la restauration a nécessité naturellement dé lourds sacrifices. Le décompte pour l’exécution des gros travaux, tour, façade et chapelles latérales, s’est élevé à 59.560 francs et la restauration intérieure n'a pas coûté moins de 20 000 francs. Pour parfaire cette double somme, se sont réunies les économies de la Labrique et les subventions assez modestes delà commune et de l’administration, auxquelles s’est ajoutée une quête, faite dans l’église de la Madeleine de Paris par les dames de la coqtrée, et qui a produit environ 6000 francs. Une double souscription, recueillie dans la paroisse a donné la même somme. La providence a fourni le reste.
Maintenant les habitants d’Authon ont droit d'être fiers de leur église, qui fait honneur à leur foi et à leur libéralité. Elle est^ au point de vue archéologique, l'un des monuments les plus remarquables de la contrée.
CHAPELLE DE SAINT-LUBIN