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ORATOIRE DU CHATEAU DE MAINTENON

Plus favorisé que l’église Saint-Nicolas, ce gracieux oratoire a conservé sa destination primitive et les nobles châtelains y assistent chaque dimanche à la célébration des saints mystères.

Malgré ses dimensions restreintes, cette chapelle est remarquable par son architecture ogivale, ses voûtes à arêtes, ses fenêtres à meneaux, terminées par des flammes trilobées, et surtout par ses merveilleux vitraux d’une richesse et d’une vivacité de couleur étonnantes. Les scènes sont exécutées avec une finesse de détails achevée. Nos artistes modernes protesteront sans doute contre ces fautes de perspective qui donnent aux objets les plus lointains la même précision dans les lignes qu’à ceux du premier plan ; mais ils ne pourront s’empêcher d’admirer la délicatesse charmante de ces mille ornementations des vêtements, des personnages et des objets, ce tracé irréprochable des lignes, l’harmonieuse architecture des châteaux lointains, et surtout la beauté idéale du visage du Christ, et de plusieurs autres.

Chaque fenêtre est divisée dans la hauteur en deux tableaux.

A gauche, côté de l’Evangile, la première scène représente le Baiser de Judas ; Jésus est revêtu d’une robe violette. Détail curieux. Saint Pierre semble s’enfuir déjà, remettant à peine au fourreau l’épée avec laquelle il a coupé l’oreille de Malchus. Jésus tient cette oreille en sa main et va la remettre au blessé affaissé devant lui, pendant que Judas l’embrasse et le trahit.

Dans le lointain un château d’un style renaissance très accusé.

Un écusson est peint dans l’angle, il est parti au 1er d'argent aux trois lézards montants de sinople surmontés en chef d'un croissant d’argent , au 2e d'argent au chef â’ azur à trois étoiles h 5 raies renfermées dans un cercle. Ce dernier écu diffère de celui qui dans l’architecture du château est accolé aux armes de Cottereau et nous ne savons à qui l'attribuer.

Pour suivre l’ordre historique nous examinerons de suite la partie inférieure des deux autres baies.

Dans celle du milieu est peinte la Flagellation du Christ la scène se passe dans un salon style renaissance très pur et d’une grande richesse.

Le 30 panneau est consacré à la Condamnation de Jésus par Pilate. Celui-ci se lave les mains ; parmi les soldats qui entourent, l’un sonne du cor comme pour annoncer à l’univers l’inique sentence. Au bas l’écusson déjà décrit plus haut, porte de Cottereau et de Thurin ?

Dans le carré supérieur de la première fenêtre, Jésus chargé de sa croix tombe à terre

Le Crucifiement est représenté d’une manière magistrale dans la baie suivante. Malgré le texte de nos saints livres : Stahat Mater , la Vierge, au contraire, se pâme et semble expirer avec son fils. Marie-Madeleine est au pied de la croix. Au loin, un château, ou plutôt la ville de Jérusalem.

Ce tableau, comme agencement dramatique, dépasse facilement les autres , le corps du Christ, son visage sacré ont reçu tous les soins de l’artiste.

Enfin la Mise au tombeau est dans la 3e fenêtre. Le corps nous paraît trop long, étant données les dimensions des scènes précédentes. Le sépulcre est simple, sans ornements. On y distingue quelques caractères latins d'une inscription incomplète et que nous n’avons pu déchiffrer.

La sacristie est à gauche, séparée par une cloison à claire-voie de l’oratoire. Elle est aussi éclairée par une fenêtre munie de vitraux, non moins artistiques que les précédents.

Le panneau supérieur représente la Naissance de Jésus. La crèche est placée dans un palais en ru ne, les colonnes rondes à chapiteaux du plus beau style grec sont partie renversées, partie debout, soutenant les chevrons d’une couverture en chaume.

Par une large ouverture du palais on aperçoit au loin les bergers gardant leurs troupeaux et avertis par les anges.

h'Adojation des Mages est représentée dans le carré inférieur. L’enfant Jésus reçoit lui-même les présents.

Dans l’angle un écusson : D'hermine au chef emmanché d' argent. D’une conservation parfaite, ces vitraux sont dignes d’une étude attentive des artistes. Malheureusement le peintre ne les a pas signés. Mais s’il nous est permis de faire un rapprochement, nous serions portés à croire, vu la finesse et le charme des détails, la grâce et la beauté des visages des principaux personnages des tableaux, que les Pinaigrier, qui travaillaient à la

même époque à Saint-Pierre et à Saint- Aignan de Chartres, n’y sont pas étrangers. De plus habiles connaisseurs trancheront cette question.

Entre les baies de la chapelle, au-dessus de l’autel, sont deux belles statues en marbre, d’une facture irréprochable. L’une à droite, la sainte Vierge, la main gauche appuyée sur un livre déposé sur un guéridon, la main droite sur la poitrine, reçoit la Salutation de l’autre statue qui est l’ange Gabriel, tenant en ses mains une banderolle sur laquelle est écrit : Ave Maria.

Enclavé dans le château, cet oratoire fait cependant saillie à l’extérieur. Le chevet à pans coupés se divise dans la hauteur en deux parties. L’inférieure, la base baignant dans l’eau, est construite en pierres de taille, et ajourée de trois fenêtres séparées par des contreforts, la fenêtre de la sacristie un peu plus petite est de la même forme.

L’étage supérieur, séparé du premier par un cordon en pierre, est construit en briques, et soutenue par le prolongement des contreforts qui se terminent par un larmier au-dessous de l’entablement Une seule fenêtre carrée, avec moulures arrondies aux angles d’en haut, éclaire un appartement ordinaire.

Un toit aigu, surmonté d’une croix en fer peu ouvragé, complète l’ensemble religieux de ce petit monument.

Il tranche par sa sévérité avec les sculptures si riches et gracieuses de la fenêtre à meneaux surmontée d’un pinacle ouvert dans le pignon voisin, et avec les lignes capricieuses et flamboyantes des balustrades de gauche et de droite récemment restaurées ou même établies devant les fenêtres.

Pourquoi cette chapelle est-elle connue sous le nom d’Oratoire de Madame de Maintenon? Il serait puéril d’ajouter foi à la légende fantaisiste et sans nul fondement de la célébration, dans ce petit sanctuaire, du mariage secret du grand roi avec la veuve de Scarron. Mais elle aimait sans doute à venir là prier dans le silence et le secret, de préférence à l’église collégiale et paroissiale de Saint-Nicolas.

Le dessin de l’intérieur est de Ryckebusch, celui de l’extérieur de Boursier.

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