‹ Églises & chapelles du diocèse de ChartresChapitre 5 sur 65 · ÉGLISE DE SAINT-PREST · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT-PREST

Avant Tannée 528,1e village de Saint-Prest se nommait Saint- Jean-sur-Eure. A cette époque les moines des Saints-en-Puisaye, près Auxerre, fuyant la guerre qui dévastait leur pays, emportèrent avec eux les reliques de leur monastère. La plus honorée était le corps de saint Prest, martyrisé à Coucy. ("Yonne)

Cociacumque subit

Impia Alexandri festinat jussa satelles Perficere et Priscus victima prima cadit1.

Se dirigeant vers Orléans et Chartres, ils s’arrêtèrent près d'une fontaine encore visitée en l’honneur de saint Andoche, là où se trouve maintenant le moulin de la Roche, sur les limites de Saint-Prest et de Jouy.

L’évêque de Chartres, le bienheureux Ethère, fit placer les restes des martyrs dans dix tombeaux de pierre, le corps de saint Prest* dans le plus grand, et construire pour les recevoir, non pas un caveau, mais une chapelle, à côté de l'église et au même niveau « in dextera parte basilicæ ». Il s’opéra alors de nombreux miracles, et la paroisse prit le nom de ce protecteur nouvellement arrivé.

La guerre entre les fils de Clovis, ce voyage des moines, ce changement de dénomination du village, cette intervention de l’évêque Ethère, cette chapelle ajoutée à l’église, forment un ensemble de faits qu’on ne peut révoquer en doute. Ils sont confirmés par la tradition constante qui a toujours regardé saint Jean comme patron primitif; par l’existence des reliques dont le grand nombre indique plusieurs saints ; par la conservation jusque vers 1660 des dix tombes et jusqu’à nos jours de la principale et de la plus grande ; et aussi par la configuration de l'église actuelle qui a pour crypte l’abside de l’ancien temple, et sur son flanc droit la chapelle du VIe siècle, reconstruite vers le commencement du XIIL.

Quand on rebâtit l’église, les terrains adjacents s’étaient surélevés et, pour conserver le vieux sanctuaire, il fallut le couvrir d’une voûte, ses murs servirent de fondations pour une partie de l’édifice. Malgré cela, le sol de la nouvelle église était en contre-bas et l’on fit un escalier pour y descendre.

La porte est ogivale ; elle a pour chambranles deux colonnettes avec chapiteaux supportant une archivolte à triple rang de dents de scie. Au-dessous du premier rang, on reconnaît à droite Eve, la mère des hommes, et àj gauche le démon tentateur sous la forme de serpent.

Cette belle architecture fut cachée plus tard par un porche adossé au pignon ; le sol extérieur s’étant encore élevé, les piedsdroits de la porte furent enfouis, le seuil surhaussé, de nouveaux degrés ajoutés. En 1892,1e porche fut remplacé par un tambour intérieur, et le seuil descendu à son niveau primitif. Il ne reste plus que quatre marches, qu’il est difficile de supprimer.

Après la reconstruction de l’église, la chapelle annexée par

1 Stæ Antiss. Ecclesiæ fastorum carmen. 1790.

Ethère ne tarda pas elle-meme à souffrir beaucoup. On la refit entièrement au XIIIe siècle, dans les mêmes proportions qu’auparavant,et,pour ne pas déplacer les tombeaux, déposés làdepuis l'origine, on la laissa en contre-bas de l’église d’environ 2m 50. Les arcs-doubleaux de la voûte reposent aux quatre angles sur des colonnes à chapiteaux ornés de volutes. La clef, à leur point d'intersection, est en forme d’écusson écartelé, chargé sur deux quartiers de deux clefs en sautoir et de deux lis sur les deux autres. La date 1622 ne peut que rappeler une restauration postérieure.

Les reliques et les tombeaux furent « reconnus, veus, visités et approuvez par Miles d’Illiers, évêque de Chartres, avant 1492. Le chanoine Hoyau, seigneur des Moulins -Neufs, fut délégué par Mgr de Neufville, en 1664, pour en faire l'ouverture. Ils étaient toujours au nombre de dix. Quelques-uns furent trouvés vides, mais plusieurs étaient remplis d’ossements. Celui de saint Prest, en particulier, reconnaissable par sa plus ample dimension, contenait la majeure partie de son corps. Tous ces ossements furent renfermés dans le grand tombeau et dans un petit coffret.

On exhaussa alors le nouveau pavage d’environ om,70. Neuf des anciennes tombes, qui étaient brisées, furent ou retirées ou enterrées sous le sol et sous l’autel. On ne conserva que celle de saint Prest. Quinze ans après, en 1679, le même chanoine Hoyau, afin que les reliques fussent « plus décemment honorées du peuple et plus honestement placées », les fit mettre dans deux châsses et une petite caisse carrée. Il y joignit une copie du procès-verbal. Les deux châsses échappèrent au pillage de la Révolution, sans être jamais ouvertes. Ce n’est qu’en 1830 que M. Yauthier, curé de Saint-Prest, fit examiner les authentiques trouvées intactes.

Ces châsses, placées dans leur antique chapelle, sont en bois sculpté. Sur celle de saint Prest, sont peints les douze apôtres, saint Jean-Baptiste, un évêque et l’invocation: Sancde Prisce, or a pro no bis.

Quant au tombeau vide, il continua à rester auprès de l’autel jusqu’en 1841.

La chapelle des martyrs était alors séparée de l’église par un mur. Elle était de plus en contre-bas de l’église d’environ deux mètres et la porte de sortie du côté du cimetière n’existait pas. Tout le monde se mit à l’œuvre pour la restaurer ; le mur fut abattu, et la chapelle comblée jusqu’au niveau de la nef. Il eut été préférable, pensons-nous, de l’assainir par un solide carrelage et de ne pas enfouir à tout jamais cette tombe vénérable qui avait survécu à tant de siècles.

Une simple inscription, cachée sous le confessional, indique son emplacement : « Ici à deux métrés se trouve le tombeau qui renferma les reliques de saint Prest. » Dans la même chapelle, on vénère la statue de la Vierge-Mère, en pierre et du XIVe siècle. Sur la frange dorée de son manteau on lit ces mots en relief :

Ipsa conter et caput tu uni ». Nous ne dirons rien des fonds baptismaux en pierre de forme ancienne, ni du confessional moderne. Des trois fenêtres, “'deux étaient murées autrefois ; la première, au-dessus de l’autel, représente: 1’ « Empuisement des compagnons martijrs de saint Prest , (Lorin 1873) ; la seconde, le martyre du saint auquel le bourreau tranche la tête, c’est un « Hommage des habitants de Saint-Prest à leur patron . / 874. » Ces deux scènes ont

12 personnages- La troisième rappelle la translation des reliques portées sur les épaules par des religieux dont trois sont visibles ; l’évêque Etbèfe, accompagné de deux clercs, les reçoit; une mère, un adolescent et un enfant, remplacent le peuple témoin de cet événement ; deux anges dominent la scène et tiennent une banderolle sur laquelle est écrit : « Custodit Dominus ossa eorum »; au bas on lit : Don de M. Prieur-Meot du Bois de la Chambre, mai 1881 ». (Lorin à Chartres!. L’artiste a copié un tableau déjà ancien, appendu dans l’église. La châsse, dans laquelle le délégué de l’évêque a mis les reliques en 1679, est peinte sur l’un et l’autre.

Auprès de cette chapelle, vers l’ouest, s’en trouvait une autre en appentis, appelée autrefois chapelle Saint-Laurent, et connue sous le nom d’ancienne mairie. Elle ne communiquait pas avec l’église. En 1862, vu son délabrement, le conseil de fabrique obtint sa démolition et, en retour, l’ouverture de la crypte.

Celle-ci mesure 3 mètres 50 de long sur 9 mètres de large et 3 mètres de haut. Les murs ont 1 mètre 50 d’épaisseur. Ses trois fenêtres en plein cintre, garnies de vitraux, rappellent l’ancien testament sous les images de saint Jean-Baptiste, de saint Zacharie et de sainte Elisabeth.

A son arrivée dans la paroisse, M. Gouju voulutvisiter cette chambre mystérieuse. Il la trouva sans pavés, sans enduit ; la voûte conservait l’empreinte des planches qui l’avaient soutenue pendant sa construction ; un vieux gond indiquait une porte dissimulée qui s’ouvrait sur une cage d’escalier, dont les marches avaient disparu, pour aboutir dans l’église près du sanctuaire.

De généreux habitants s’empressèrent d’aider à la restauration d’un oratoire agréable en hiver pour les messes de semaine et le catéchisme.

L’église supérieure mesure 9 mètres 50 sur 37 mètres 50. On y voit 19 fenêtres en style roman de transition, garnies de grisailles ou de vitraux à personnages. La charpente est supportée par dix traits armés de leurs poinçons. Le premier au-dessus du sanctuaire repose sur deux colonnes en pierres ornées de chapiteaux sculptés de figures humaines ; d’autres finissent en guivres ou monstres marins. L’autel avec son tabernacle tout doré peut remonter au siècle de Louis XIII. Il est encadré d’un rétable à colonnes enroulées de branches de vigne chargées de feuilles et de raisins. Le tableau qu’on y voyait jadis rappelait le martyre de saint Prest; celui de la résurrection de Notre-Seigneur, qui le remplace depuis 1870, est dû au pinceau de M. Marciile de Oysème. Les deux autres, saint Prest, et saint Jean-Baptiste, 1874, sont l’œuvre de M. Baranton qui alors décorait la crypte de Chartres.

Une peinture sur toile avec des fleurs et une croix de Malte, sert de devant d’autel et tient lieu de l’antipendium romain qu’on devrait changer selon la couleur des ornements liturgiques.

Les boiseries du chœur ont 3 mètres d’élévation et semblent appartenir au siècle de Louis XVI. Un lambris de sapin verni recouvre entièrement les murs de l’église pour en cacher les taches de salpêtre et d’humidité.

La chaire (1883), le banc-d’œuvre (1887) et le tambour (1890) en style Louis XVI et la -porte (1893) en style ogival du XIIIe siècle, sont dignes d’attention, et sortent des ateliers de M. Malenfant, de Charon ville.

Sur les panneaux de l’escalier de la chaire sont sculptées les lettres S. P. entrelacées, et les armoiries de Léon XIII; sur la cuve, les attributs des quatre évangélistes ; sur le dossier, la statue en bosse de Notre-Seigneur enseignant ; enfin, à l'abatvoix, une colombe symbolise le Saint-Esprit ; au-dessus un ange sonne de la trompette.

Un vieux meuble, attribué à l'époque de Louis XII, sert de banc-d’œuvre ; sur les panneaux extérieurs se trouvent les bustes de deux hommes et d’une femme. Le dossier est moderne et chargé de nombreuses sculptures, entre autres d’une corbeille à pain bénit, d’un livre de chantre et d’une étole pastorale, pour symboliser l'union de la noblesse, du peuple et du clergé, représentés par les marguillers, les chantres et le pasteur.

Les portes du tambour sont soutenues par des colonnes cou- * ronnées de chapiteaux.

Dans le tympan du fronton domine en souveraine la statue de Notre-Dame de Sous-Terre.

En face de la chapelle des Corps-Saints, la sacristie forme la base du clocher. Elle paraît être de XIVe siècle, d’après ses trois grandes fenêtres ogivales géminées. A son origine elle servit probablement de chapelle.

A côté, un escalier permet de monter au clocher, construit, dit-on, aux frais d’un riche vigneron de la paroisse.

La cloche de 1531, bien sonnante, mais un peu fêlée, est une des plus anciennes du pays, après la clochette de Denonville (1501) ; elle a vingt-cinq ans de plus que celle de Gas (1556).

La légende commence par une croix grecque élevée sur un tertre à trois degrés et finit par un lis surmonté d’une couronne à quatre pointes qui est de vicomte ou de vidame. Trois figurines représentent le bon Pasteur portant la brebis égarée, la Vierge avec l’enfant Jésus, et un crucifix accosté de la Vierge et dé saint Jean- Son poids est d’environ 800 kilos.

Voici cette inscription, dont les derniers mots sont difficiles à comprendre : « Marie fus de vray non appelez l’an mil VC XXX et ung, des marôniers faicte et côposée côjoinct ensemble avec tout le cômû. »

Plusieurs personnages reçurent la sépulture dans cette égl ise, notamment deux membres de la famillle de Montvallat d’ Antrague, seigneurs de Saint-Prest et autres lieux.

Sur les marches de l’escalier de la crypte, nous avons lu : « . . . Normand prêtre et curé de cette paroisse décédé le X... novembre MDCCLXXVIII, âgé de xxxvn ans et ix mois. Priez Dieu pour le repos de son âme. »

Une inscription gravée sur marbre noir, agrafée près de la porte de sortie de la chapelle des Corps-Saints, est ainsi conçue : « Ci gist deffuncte dame Genneviefve Dvhan, femme de M. Pierre Thoret nô’ royal à Chartres, laquelle’ décéda le 21e octobre 1629’ av liev de la Forte-Maison’ appartenant à Me Pierre’ Thoret leur lilz qui’ a fondé une messe des’ trépassés à pareil jour’ et un salut le jour de’ saint Prest, issue des vêpres. Priez Dieu pour eux. »

Les dessins sont de M. Rousseau.

Haye, curé (le Jouy.

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