LOIGNY
SON ÉGLISE ET SES MONUMENTS
Loigny, humble hameau de la Beauce chartraine, « ne sera « point désormais la dernière et la moins connue entre les « bourgades de la province1 » Si son nom ne brille pas de l’éclat d’une glorieuse victoire, il rayonne cependant de la splendeur immortelle de l’héroïsme, de l’héroïsme le plus vrai et le plus pur, inspiré par la religion et la patrie.
Tombés sous les plis du drapeau du Sacré-Cœur, des soldats de toutes armes se sont sacrifiés comme des martyrs2 de la plus sainte des causes, pour Dieu et la France, dans la bataille livrée à Loigny, le 2 décembre 18703.
N’est-ce pas d’ailleurs à un sacrifice semblable que Loigny doit son origine et son nom ?
Il faut remonter aux premiers siècles du Christianisme.
Un jeune Aquitain vint à Orléans prêcher l’Evangile. Il est arrêté par un juge persécuteur. Les menaces et les supplices ne peuvent le fléchir, et par sa constance, il fait pénétrer plus profondément la foi dans les âmes. Il a lâ tête tranchée non loin d'un village, situé à la limite du pays chartrain, dans un lieu encore appelé la Pierre de Saint-Lucain. Le hameau se mit sous son patronage et prit son nom : Lucaniàcum , Loigny.
L’église fut dédiée dès l’origine au jeune martyr, et sous ce glorieux patronage elle devait présider à un nouveau sa-
1 Mgr Pie.
* « Héros de Loigny, je vous donnerai votre vrai nom en vous appelant martyrs. » (M> d’Hulst).
3 Tous lés historiens sont unanimes à protester contre le nom de Patay donné par quelques écrivains à ce fait d’armes. Pas un seul coup de fusil n’a été tiré en cette journée à Patay ; Loignjr a été le centre et le théâtre principal de lalutte.il faut dire et on doit dire la Bataille dé Loigny.
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crifice non moins héroïque. C’est à son ombre en effet, dans le cimetière dont elle est entourée, que deux bataillons du 37e de marche, commandés par le colonel de Fouchier, soutinrent jusqu’à épuisement complet le dernier assaut d’un ennemi victorieux, non par le courage mais par le nombre.
« Nommer le 37e de marche, dira bientôt Mgr Pie, c’est mentionner la bravoure humaine élevée à sa plus haute puissance1.»
L'église eut sa part dans cette lutte gigantesque. Elle fut criblée des boulets de l’ennemi2, et ne protégeait que faiblement les mille blessés entassés dans son enceinte3.
* «Au cimetière, dit un témoin oculaire, tous les monuments portent la trace d’un combat acharné. Les pierres ont volé en éclat, les croix de fer sont tordues. . . . Embusqués derrière les murs, derrière les tombes, dans les maisons, nos soldats s’y défendent avec rage. Nous avons vu des lucarnes dont le contour en pierres de taille est sillonné de centaines de balles. Aussi beaucoup de ces braves reposent non loin des zouaves, et une petite croix surmonte la fosse commune avec ces mots : Soldats français . » (Une visite au champ de bataille de Loigny, par M. Vagner) ,
Comment oublier ici le cri d’admiration arraché par une si belle résistance au général ennemi Von Kotwitz, disant au commandant français, blessé et prisonnier : « La résistance est inutile, faites cesser le feu. — Monsieur, lui répondit ce dernier, avec une froide hauteur, ce n’est pas mon affaire d’arrêter le feu de mes soldats, c’est la vôtre. »
2 Un auteur ajoute même « qu’elle s’était abîmée dans les flammes. » Ceci n’est vrai qu’au figuré.
3 Nous savons d’une manière certaine que le curé de la paroisse était en observation, dans son clochér. De là il vit la marche de l’ennemi et s’empressa d’en avertir des officiers français qui s’aventuraient dans la plaine, sans défiance.
Ce fait nous est certifié par un témoin oculaire, le colonel baron de Mandat-Grancey, alors commandant la 3e division du 16e corps. « Je traversais le village de Loigny, lorsque je rencontrai un capitaine du 1er hussards qui me dit : Je voulais avoir des renseignements sur l’ennemi, cela m’a été impossible, et je revenais sans nouvelles, lorsque heureusement j’ai pu causer avec le curé de Loigny, qui, perché dans son clocher, voit, me dit-il, une armée de 40.000 hommes marchant sur Orléans, en masse ; si vous allez le voir, il vous dira bien des choses intéressantes. » — Exemple inoubliable, ajoute l’auteur de la lettre, donné à tous les états-majors des avantages du bon sens pratique, de l’esprit d’observation, d’un coup d’œil exceptionnel. — Les renseignements de M. le curé différaient peu de la réalité, indiquée quelques années après devant moi par un officier bavarois de l’état-major du duc de Mecklembourg. Il commandait 33000 hommes et 200 pièces de canon. » On tint compte de ce renseignement, et c’est peut-être grâce à lui que l’armée de la Loire a pu échapper à un désastre irrémédiable.
Plus tard, les Prussiens criblent de leurs obus l’église remplie de blessés ; sans crainte, le curé monte par deux fois au clocher hisser le drapeau d’am-
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Au point de vue architectural, c’était un pauvre monument. Les archives de la paroisse ne possèdent aucune donnée sur l’époque à laquelle on pouvait faire remonter son origine. Le portail roman orné de deux colonnes avec chapitaux soutenant son plein-cintre, les fenêtres petites et arrondies au sommet, rappelaient les constructions du XIIe siècle, remaniées toutefois dans la suite des temps. Les contreforts en pierres de taille qui l’entouraient à espaces égaux s’enfoncaient en terre de 80 centimètres environ, ne laissant plus apercevoir leurs bases massives. En faisant les fouilles de démolition on a trouvé en
bulance ou de la Croix Rouge qu’il a fabriqué lui-mème avec une serviette et deux morceaux de drap.
Le Mémoire a l’Académie nous fera connaître quelques actes du sublime courage de l’humble curé.
« Une femme vint le chercher pour sauver trente et quelques habitants enfermés dans la cave d’une maison où l’asphyxie les menace. La rue est pleine d’Allemands, on se bat partout. C'est en passant littéralement, sous le ventre des chevaux, que M. le curé arrive à la maison. Il fait sortir du milieu des flammes tous les réfugiés qu’on laisse passer sur son attestation qu’il n’y a pas parmi eux de soldats. »
« Un cavalier allemand va mettre le feu à une ferme où sont 300 blessés :
« Je ne puis m’expliquer, dit l’abbé Theuré, comment j’eus cette audace, mais, sans réfléchir au danger que je pouvais courir, je me jetai à la bride de son cheval et le fis reculer en lui disant que ces bâtiments étaient remplis de blessés et en lui montrant le drapeau de la Croix Rouge que j’avais fait placer sur le pignon donnant sur la place. Il n’eut pas l’air de comprendre. Mais un officier vint aussitôt à moi et me demanda si j’étais aumônier ou pasteur. — Pasteur, lui répondis-je, et c’est moi qui ai fait arborer ce drapeau pour protéger les blessés. — Drapeau menteur, me répondit-il,
on tire sur nous de tous les côtés dans cette ferme Sur mes nouvelles
affirmations, il descendit de cheval, et me prenant par le bras, il me conduisit jusqu’à la première porte où il se mit à parler en allemand. De tous côtés, j’entendis des voix qui lui répondirent, et me serrant aussitôt la main, il me remercia vivement. — Plus de 300 blessés échappèrent ainsi au triste sort d’être brûlés vifs parla faute de leurs camarades valides, qui, comme je l’ai su plus tard, montés dans les greniers, tiraient au travers de. la couverture en paille sur les Allemands qui se trouvaient dans la rue. »
« Le dévouement de ce vrai prêtre, dit le général de Sonis, est au-dessus de tout éloge. Jour et nuit dans ses ambulances, il donna tout. Il se donna lui-mème. Il sauvait les âmes et les corps. Nous avons vécu grâce à l’aumône privée qu’il nous procura et grâce à elle toute seule. »
M. Theuré fut fait chevalier de la Légion d’honneur quelques mois après la guerre, fut proclamé lauréat de la Société nationale d’encouragement au bien (28 mai 1893), chanoine honoraire de Chartres (juin 1893), lauréat de l’Académie française (22 novembre 1894). Au moment de la guerre, il était curé de Loigny depuis 1862 et avait 35 ans.
Note de l’éditeur) .
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avant du portail, de vieux restes de murs, d’un mètre environ d’épaisseur, formant un carré qu’on aurait pu regarder comme les assises d’une ancienne tour démolie à une époque inconnue. La flèche en charpente qui s’élevait au-dessus du pignon ouest était d'une date relativement récente, suivant une note insérée dans un vieux registre de la paroisse : « Le clocher de Loigny a <( été commencé et achevé dans l’année 1715, Louis , Tourne étant « gagier. . . l’argent qui a été employé pour cet effet est provenu « des deniers de M. le marquis de Jarsay et de Mlle Elisabeth de « Yertamond. M. Antoine Duval, prêtre et curé de la dite pa- « roisse de Loigny, a travaillé à cet effet pour faire exécuter « le testament de M. et Mme de Goury, dans cette année 1715... » Les comptes de l’année 1720 portent une dépense de « 92 livres, « 16 sols, 5 deniers pour prix de l’ardoise fournie pour la cons- « truction du clocher. » Il fut de nouveau restauré en 1772 pour 159 livres.
L'intérieur de l'église, avant l’année 1851, offrait le spectacle d'un délabrement complet. De vieilles planches vermoulues reposaient à plat sur les poutres transversales, formant de la sorte un plafond malpropre et disgracieux. Grâce à la générosité de M. et Mme Baudelocque, alors propriétaires du château de Goury, qui ajoutèrent une riche offrande aux deniers de la paroisse, ce plafond fut remplacé par une voûte en plein cintre en iambris de chêne assez artistement construite, mais sans peinture ni aucune ornementation.
La nef se terminait par un mur droit, auquel était appuyé l’autel principal ; dans les angles, deux petits autels, l'un dédié à saint Lucain, patron, et l’autre à la sainte Vierge. Ce sanctuaire fut aussi transformé, à cette même époque, en une abside demi-circulaire du meilleur effet. Les vieux bancs, presque tous hors service, furent également remplacés, quelque temps après, par des bancs neufs munis de portes, dans la nef, et par des stalles, dans le chœur. Telle était l’ancienne église de Loigny au moment où elle devint, dans la fatale journée du 2 décembre 1870, l’asile et le refuge de plus de 300 blessés qui durent y séjourner pour !a plupart de 10 à 12 jours, étendus les uns sur les autres, jusqu’au moment complet de son évacuation. Sa couverture et ses murs salpêtrés avaient beaucoup souffert des projectiles, ses fenêtres avaient été brisées pour procurer un peu d’air aux mal-
église de loigny, façade
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heureux blessés. En un mot, « elle n’a été épargnée d’aucune façon, et en avril 1871 , on n'avait pas encore réussi ni à en enlever l’odeur cadavérique, ni à en faire disparaître d’énormes et noires taches de sang. » On le voit « c’était une église peu séante, humide et obscure ».
Celui qui écrit ces lignes en était à gémir de cet état de choses et à se demander comment, dans un village presque entièrement détruit par les flammes, où les habitants avaient éprouvé de si grandes pertes, il pourrait jamais sortir sa pauvre église d’un pareil état. La Providence vint à son secours et lui envoya, des confins de la France, un malheureux père affligé, à la recherche de son fils tombé sous les balles ennemies. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans tous les détails de cette entrevue providen tielle et des nombreuses correspondances qui en ont été la suite, mais je croirais manquer à un devoir sacré, si je ne déclarais hautement et sans plus de phrases que c’est à ce vaillant chrétien, à ce cœur généreux et entreprenant, que nous devons le splendide monument élevé à la place du pauvre sanctuaire des siècles passés pour être le temple du Dieu des armées et le pieux mausolée des héros de Loigny.
on et généreux, homme de bien, ardent champion de toutes les grandes et nobles causes, tel était M. Yagner, chevalier de Saint- Grégoire-le-Grand, rédacteur gérant de Y Espérance de Nancy. Ce fut lui, qui, après avoir prié sur la tombe de son fils Charles, tombé glorieusement dans l’immortelle charge des Zouaves Pontificaux,, s’occupa, immédiatement après son retour à
la réalisation du pieux et patriotique projet que Dieu lui avait mis au cœur dans la pauvre église de Loigny1.
ivi. vagner raconte ainsi dans « Une visite au champ de bataille de Loigny » les circonstances et les origines de ce projet. Il visitait l’église délabrée : « Avec 3000 fr., me dit le bon curé, j’en ferais un bijou. Mais, où
Nancy, de préparer
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Par ses soins, ses démarches et ses sacrifices de toute sorte, un comité se trouva bientôt constitué sous la présidence du général de Charette ; mais, l’âme du comité , l’athlète intrépide qu’aucun obstacle n'arrêtait, le quêteur par excellence, l’écrivain sans repos ni trêve pour se gagner des collaborateurs dans la presse, et enflammer le zèle patriotique en faveur de l'entreprise, on peut dire, sans rien ôter du mérite de ses collègues, que ce fut lui et toujours lui, du commencement s la fin.
Parlons maintenant de son œuvre en disant ce qu’est la nouvelle église. Elle est construite dans le style roman, et composée d'une large nef et deux bas-côtés très étroits. Aux quatre angles, autrement dire, de chaque côté de la façade principale et du sanctuaire, s’élèvent quatre petites tours carrées qui ont l’avantage de masquer la toiture en appentis des bas-côtés. Une chapelle funéraire de forme carrée et surmontée d’une élégante petite flèche de 25 mètres, avec croix de fer ouvragé, sert de prolongement au sanctuaire et d’abside à l’église. Latour, qui s’élève à l’entrée de l’église, est couronnée d’une flèche imposante mesurant une hauteur de 45 mètres de la base au sommet de la
prendre 3000 fr ? Il faudra plusieurs générations pour sortir le village de ses ruines. »
« En voyant la détresse du curé et de son église, le bon Dieu m'inspira une pensée dont je le bénis : Pourquoi ne ferait-on pas de l’église même un monument ? Pourquoi ne la réparerait-on pas ? ne l’embellirait-on pas ? On y placerait un marbre commémoratif, on y fonderait un service annuel, on y creuserait un caveau, dans lequel, après les délais fixés par la loi, on rassemblerait les ossements connus.
« Si ce projet, qui avec la grâce de Dieu, recevra son exécution, me sourit, il plut bien davantage encore au bon curé tout attendri, qui se voyait déjà officiant dans sa petite église remise à neuf, et qui ne faisait pas de doute que, par cette œuvre pie, tous les zouaves tombés n’entrassent de plain-pied dans la gloire éternelle. »
Le projet prit lui-même une merveilleuse extension, et Mer Pie, le 2 décembre 1871, le faisait connaître dans toute son ampleur du haut de la chaire : « Il a été bien inspiré, l’écrivain, le chrétien, le père qui a conçu et qui a propagé l’idée de faire de ce temple même le monument commémoratif d une journée à jamais célèbre dans les fastes du pays Oui, c’est ce
temple lui-même, ce temple renouvelé et transfiguré, qui doit devenir le témoin expressif, l'historien vivant et parlant de tout ce qui doit être transmis auxàges, futurs... Cette église sera non -seulement agrandie, surhaussée, mais rebâtie et de nouveau consacrée, sous le patronage du Sacré- Cœur de Jésus. » Discours de Ms1' l’Evêque de Poitiers au service anniversaire du 2 décembre, à Loigny, 1871).
{ Note de l'éditeur).
église de loigny, abside.
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croix. Cette tour carrée est elle-même flanquée de deux tourelles en maçonnerie, s’élevant à la hauteur des abat-vent et dont Tune sert d’escalier pour monter aux cloches, et l’autre de conducteur pour la descente des poids d’horloge. Ces tourelles sont couvertes en pierres de taille et surmontées chacune d’une croix de même matière. L'ensemble de ce plan, admirablement conçu, fait honneur à son architecte, M. Lucien Douillard, de Paris; il a su donner un cachet d’élégance architecturale à toutes les parties de l’édifice, même à celles d’une utilité secondaire, et toutes ces parties s’équilibrent parfaitement par un savant parallélisme, surtout depuis l’érection du clocher. La commission formée par M. Vagner avait dû, faute d’argent, en remettre la construction à un temps indéterminé. Ce ne fut, en effet, qu’en l’année 1893, c’està-dire dix-neuf ans après les travaux de l’église, que cette dernière, conformément aux plans de M. Lucien Douillard, reçut son parfait achèvement dans cette svelte et gracieuse tour qui la couronne aujourd’hui si harmonieusement.
dmibateur sincère des braves tombés à Loigny , patriote ardent , noble et généreux bienfaiteur , M. le baron Gilbert Gruyer, ancien receveur des finances , chevalier de la Légion d’honneur, alsacien d’origine, ne pouvait supporter la pensée de voir se prolonger un provisoire déjà si long. Il a été, on peut le dire, pour l’achèvement de cette oeuvre, ce qu’avait été M . Y agner pour son entreprise, avec cette différence, que M. le baron Gruyer, plus favorisé de la fortune, après avoir inutilement frappé à plusieurs portes pour s’adjoindre des coopérateurs, a fourni lui-même de ses propres deniers près des deux
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tiers de la somme nécessaire à son exécution. Qu’il me soit donc permis de rendre ici à la mémoire de cet humble et généreux bienfaiteur, un public hommage d’admiration et de reconnaissance, et d’exprimer, de nouveau, le vœu de voir un jour son nom gravé en lettres d’or sur cette tour dans une inscription commémorative qui, avec les décorations sculpturales du tympan (encore un desideratum), fasse revivre son souvenir et celui des siens jusque dans les générations les plus reculées.
Entrons maintenant dans quelques détails pour offrir une idée plus exacte de ce monument. Son architecture extérieure plaît, tout d’abord, à l’œil du visiteur. Les parties en brique sont les contreforts des tours et des basses-nefs et les bordures des fenêtres qui éclairent la nef principale. Ces fenêtres surmontées d'un oculus ou d’une ouverture circulaire, sont réunies deux à deux sous un cintre en briques ou espèce d’arcade simulée, à fleur des murs. Les tours qui flanquent chaque côté de la façade et celles du sanctuaire où elles figurent comme un transept à l’extérieur, sont percées, au premier étage, de fenêtres très étoffes dans le style du Xe au XIe siècle. Ces simulacres de meurtrières ont bien ici leur raison d'être. Le second étage de la façade principale a de larges ouvertures à linteau horizontal séparées par une colonnette.
La chapelle funèbre qui s’élève au chevet de l’église est la partie la plus ornée du monument. Un rang d’arcatures supportées par des colonnettes aux chapitaux sculptés règne sur ses trois faces. Elle présente comme un air de petite forteresse. Les angles rentrants qu’elle forme avec la saillie des bas-côtés sont ingénieusement remplis par deux tourelles circulaires très élégantes qui renferment les deux escaliers conduisant à l’ossuaire. Les modillons sculptés qui supportent les corniches des toits sur toute l’étendue de l’enceinte achèvent de caractériser son style à la fois agréable et sévère.
Tout ce que nous venons de dire de l’église de Loigny se rapporte surtout à son extérieur. A l’intérieur, elle se compose d’un porche d’entrée surmonté du clocher et donnant accès au pronaos, lequel est terminé à gauche par la chapelle des fonts baptismaux, et à droite par l’escalier conduisant à la tribune dont il est surmonté. La cuve baptismale a été donné par M. Lépine qui a fait les travaux de maçonnerie de l'église.
, intérieur.
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La nef principale se compose de trois larges travées dont les arcs de voûte s’appuient sur de gros piliers carrés. Audessus de chacune de ces arcades, s’ouvrent les six fenêtres géminées surmontées d’un oculus dont nous avons déjà parlé ; ces fenêtres sont en verre ordinaire, en attendant qu’on puisse les remplacer par des verrières à sujet ou par de simples grisailles. La troisième de ces travées est close des quatre côtés par des balustrades ; elle forme le chœur et le sanctuaire. Le maître-autel est adossé à la balustrade du fond ; l’harmonium, les stalles et le banc-d’œuvre à la balustrade de gauche et à celle de droite le siège du célébrant, les stalles, le lutrin et la chaire faisant face au banc-d’œuvre ; la balustrade antérieure forme l'appui de communion : toutes ces balustrades sont en fer forgé et ouvragé.
La nef est complètement entourée par un déambulatoire dont les deux côtés longitudinaux sont terminés chacun par un autel. Le déambulatoire, dans sa partie latérale, donne accès, à gauche, à la sacristie, à droite, à une porte sur la rue, et, dans l’axe principal, il conduit, par un emmarchement de cinq degrés de pierre, à la chapelle du Sacré-Cœur dont les dalles recouvrent les ossements des victimes tombées sur le champ de bataille de Loigny, le 2 décembre 1870.
Dans le mur formant ce déambulatoire oubasse-nef se trouvent des verrières ouvertes des deux côtés, se faisant face, au milieu de chaque travée. La première, à gauche en entrant, qui représente saint Athanase, a été exécutée et donnée par les religieuses Carmélites du Mans ; celle qui fait face à droite et qui représente saint Maurice a été faite et donnée par M. Lorin de Chartres ; la verrière de saint Henri est la seconde, à gauche ; elle est due.au pinceau et à la générosité de M. Lobin de Tours ; elle a pour pendant, à droite, la figure de saint Louis, exécutée et offerte par M. Denis, de Nantes. La troisième verrière, à gauche, au-dessus de la porte de la sacristie, est l’œuvre et le don de M. Claudius Lavergne ; elle contient les figures de saint Pie Y, de Pie IX, de saint Pierre et, au-dessus, au milieu d'un nuage, celle de la T. S. Vierge. Le vitrail en regard, au-dessus de Ja porte latérale, don de MM. Lusson et Lefèvre, représente la figure de saint Pierre.
L’autel du fond, à gauche, dédié à la très sainte Vierge, est dû
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à la générosité de M. Heurteau, entrepreneur général de l’église.
Les vitraux de la partie transversale du déambulatoire sont dus au talent de MM. Lorin et Denis. Ceux de saint Paul et de saint Charles, exécutés par M. Denis, ont été offerts par Ja famille de Mauduit. Celui de saint Michel et de saint Lucain, exécutés par M. Lorin, ont été donnés par Mme Saulnier.
La chapelle du Sacré-Cœur est éclairée, en bas, par deux petites fenêtres en forme de meurtrières, et, dans le haut, par six verrières représentant alternativement un ange tenant d’une main le glaive ou la couronne, et de l’autre, l’étendard du Sacré- Cœur qui a été porté et défendu si vaillamment sur le champ de bataille par les volontaires de l’Ouest, anciens zouaves pontificaux. Deux de ces verrières ont été offertes par M,ne la comtesse de Verthamon, les quatre autres parMme la comtesse de Bouillé, et toutes les six sont dues au pinceau de M. Claudius Lavergne.
Au fond de la chapelle, se trouve un autel en marbre blanc surmonté d'un riche rétable où figure un simulacre de tombeau et dont la sculpture est due au ciseau habile et désintéressé de Mr Maubert.
La voûte de la chapelle, circulaire et méplate, est élégie sur huit petits pendentifs dont chacun contient une colombe portant un rameau.
M. Lameyre a bien voulu offrir à la Commission un des médaillons dont la voûte est enrichie, et c’est lui qui a si habilement exécuté toutes les peintures de cette petite coupole. La décoration de la chapelle est complétée par trois grandes toiles artistiques marouflées sur chacune de ses murailles. Celle du fond, due au talent et à la générosité de M. Alexis Douillard, est placée au-dessus du rétable de l’autel ; elle représente le Sacré-Cœur de Jésus, les bras tendus, dans un nimbe glorieux soutenu par quatre anges adorateurs. Les deux toiles latérales représentent, l’une à gauche, la mort du commandant de Troussure, l’autre, à droite, la consécration du bataillon des zouaves pontificaux, par Charette, au Sacré-Cœur. Ces deux toiles, œuvre de M. Coubertin, ont été offertes par lui à la Commission. Entre les peintures dont nous venons de parler, vingt-quatre tables de marbre blanc portent gravées en rouge les noms des victimes tombées sur le champ de bataille. Leurs restes glorieux reposent dans la crypte dont il nous reste à dire un mot.
EGLISE DE LOIGNY Tableau du Sacré-Cœur, par A.
Douillard
LOU. N Y, ÉGLISE ET MONUMENTS
Cette crypte, carrée comme la chapelle funèbre, s’étend sous toute la superficie de cette dernière ; elle mesure 6 mètres sur toute face. Deux portes ouvrant à droite et à gauche de la chapelle donnent accès à deux escaliers tournants en pierre qui y conduisent. Un corridor, pris en bas dans la largeur de ces escaliers;, mène de l'un à l’autre.
Dans le premier compartiment reposent, complètement enfermés de toutes parts, les ossements des officiers et soldats, sans distinction d’armes, tombés le 2 décembre à Loigny et ses environs ; il est facile de les apercevoir par un large carreau de verre disposé à cet effet dans la cloison formant galerie. C’est en l’année 1877 que cette crypte reçut les restes de ces glorieuses victimes au nombre de plus de 1200,, inhumées çà et là dans la plaine, en plus de vingt fosses communes, aux alentours de Loigny1.
Dans le second, se trouvent le tombeau du général de Sonis et l’emplacement de celui où doit, plus tard, selon le désir qu'il en a exprimé^ reposer le général de Charette, après sa mort. Le monument du général de Sonis est sévère et d'une grande simplicité ; nous en donnons dans la planche ci-contre (page 25) le dessin et l’inscription :
Là furent déposées, le 22 septembre 1887, les cendres de ce héros chrétien, mort à Paris, des suites de ses blessures, le 15 août de la
Nous nous permettons de suppléer encore au laconisme trop modeste de ce rapport.
Son auteur, M. l'abbé Theuré, a recueilli ces ossements ; ce fut sa première et plus touchante entreprise. Un décret de Jules Simon réservait à Loigny le droit de garder tous les braves tombés autour de son clocher.
Le curé se mit aussitôt à l’œuvre « fit rechercher avec un soin pieux les ossements épars. Durant de longs mois, il entassa dans la cour de son presbytère les débris extraits péniblement des sillons après chaque récolte. Les corps gelés ont résisté à l’action du temps; c’est dans la pourriture des tranchées qu’il faut aller chercher les restes fracassés des martyrs. On fut obligé de les désinfecter avec la poussière de chaux vive. Il veille à tout lui-mème; rien ne peut décourager ses efforts, et chaque jour augmentait le charnier vénérable dont il s’était fait le gardien. Il vivait au milieu de ces ossements, il dormait à côté de ces reliques, n’ayant d’autre pensée que celle de les recouvrir d'un mausolée digne d’elles. Six mois ces ossements resteront empilés dans sa cour, jusqu’à ce que tous, officiers et soldats, fils des plus grandes et des plus humbles familles de France, français et ennemis, tous soient dans la crypte, confondus dans la souveraine égalité de la tombe. » [Mémoire à l'Académie).
[Note de Yèdileur).
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même année. C'est en cette mémorable journée du 22 septembre que Mgr Freppel, l’éminent évêque d'Angers, prononça dans 1 église de Loigny, trop petite pour la circonstance, l’incomparable panégyrique dans lequel il retraça, avec tant d’éloquence, la vaillance héroïque et les admirables vertus du saint général.
Telle est la nouvelle église de Loigny avec son ossuaire. La première pierre en fut solennellement posée et bénite, en présence d’une foule d’anciens combattants et de fidèles de la paroisse, à l’issue du service funèbre du 2° anniversaire de la bataille, le 2 décembre 1872.
Les travaux de construction durèrent environ deux années, et après une simple bénédiction de l’édifice incomplet, la consécration solennelle ne devant avoir lieu que plus tard après son entier achèvement, la première messe paroissiale y fut chantée le dimanche du Bon Pasteur, 19 avril 1874.
L’église, comme nous l’avons déjà dit, est demeurée dans cet état provisoire jusqu’en l’année 1893, dans le courant de laquelle fut construite la tour qui lui sert de couronnement. Les 17 et 18 septembre de la même année, la consécration solennelle de l’église et la bénédiction de deux nouvelles cloches furent faites par Nos Seigneurs les évêques de Chartres et de Saint-Dié. Cette double cérémonie s’est accomplie au milieu d’un concours immense de fidèles accourus de tous les points de la France et sous les yeux des principaux bienfaiteurs qui avaient si puissamment aidé à l’achèvement de cette œuvre patriotique. On y remarquait aux premiers rangs : M. le baron Hervé Gruyer, au nom et à la place de son oncle et père adoptif, M. le baron Gilbert Gruyer. que nous avions eu la grande douleur de perdre au mois de juillet précédent, pendant l’exécution des travaux qu’il avait si généreusement mis en marche ; M. le comte Lavedan qui, sous le nom de Philippe de Grandlieu, avait le premier dans le Figaro , attiré l’attention sur l’œuvre inachevée et suscité une souscription qui produisit alors plus de 7000 francs ; puis l'infatigable M. Paul Druet, avocat à la Cour d’appel de Poitiers qui, par son talent éminent d’écrivain et d'orateur, a su si bien plaider, dans son département et ailleurs, la cause des héros de Loigny, qu’un seul journal de cette localité, le Courrier de la Vienne , nous a apporté plusieurs milliers de francs, recueillis dans ses colonnes; et beaucoup d’autres bienfaiteurs qu’il nous est im-