MONUMENT DU
LOIGNY, EGLISE ET MONUMENTS
« Le général de Sonis arrive sur le front du 1er bataillon : la voix vibrante, il annonce à de Charette qu'il faut enlever Loigny, et se tournant vers les zouaves : « Zouaves, les troupes hésitent, montrons ce que peuvent faire des hommes de cœur et des chrétiens. En avant! Vive la France! Vive Pie IX. »
« Vous nous menez à une fête », lui fut-il répondu1; et l’on part. De Sonis embrasse de Charette ; le lieutenant-colonel de Troussures est descendu de son cheval ; il se met à genoux et fait un signe de croix, que font eux-mêmes presque tous ses frères d'armes.
« Les zouaves avancent, le pas rapide mais ferme, avec la régularité d'une manœuvre. Au centre, M. de Sonis, de chaque côté, les officiers d’état-major. En tête, le sergent de Verthamon porte haut la bannière. On ne tire point. Déjà on aperçoit l’ennemi qui vise, caché dans ce petit bois planté d’acacias, de lilas et de cytises, large de 25 mètres, long de 200. En avant! les zouaves courent au bois. De Sonis, l’épée étincelante, les guide à l’assaut; de Charette les exhorte, la bannière se déploie devant eux. C’est un élan furieux, l’élan français. Ces hommes se battent à pied comme les gentilshommes de leur race se battaient à cheval. En un bond tous arrivent sur cette lisière d’arbres d’où l’ennemi les fusille. De Sonis s’est affaissé, la cuisse broyée, de Troussures tombe atteint d’une balle, mais vivant; il sera lâchement achevé plus tard à coups de crosse par les Prussiens, sous les yeux de Sonis impuissant. Le capitaine de Ferron^ le commandant de Montcuit sont blessés ; de Verthamon meurt tendant sa bannière à Jacques de Bouillé qui l’agite avec tout l’orgueil de la bravoure et du patriotisme. Mais on était au bois. De Charette et son aide-de-camp, Harscouët de Saint-Georges, tombent sous leurs chevaux. Quand ils se relevèrent, le bois était vide,
couchera sur la paille, dans sa cave, où il donne asile encore à ceux de ses paroissiens dont les maisons sont détruites, — et où il contractera les rhumatismes dont il n’a cessé de souffrir depuis. >*
Parmi les blessés qui furent recueillis dans le presbytère, citons le général de Sonis qui y fut opéré, le colonel de Charette, le colonel de Montlaur, le capitaine de Maricourt, Gaston de Brisoult, P».aoul de Saint-Venant, de Villebois, et tant d’autres
[U Editeur) .
1 Le général de Sonis et Msr d’Hulst attribuent cette parole admirable à de Troussures : « Merci, mon général, de nous conduire à une pareille fête » : d’autres au colonel de Charette.
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emporté de front par les zouaves, tourné à droite par la 4e compagnie commandée par de Gastebois et les mobiles des Côtesdu-Nord. Les Prussiens se rendent ou s'enfuient vers le village. De Charette les poursuit et engage une lutte affreuse corps à corps, fusil contre fusil, Zouaves et Prussiens se tuent à l’envi. Fernand de Charette a le ventre traversé d’une balle, le capitaine de Gastebois est tué, Jacques de Bouillé entre dans le village brandissant sa bannière comme une épée ; il tombe ; le drapeau le couvre. Un zouave le ramasse. On ne songe plus qu’à la bannière ; tous les yeux sont sur elle ; toutes les poitrines s’offrent à la mort pour Ja protéger ! A mesure quelle s’abaisse dans le sang ou qu’elle vacille aux mains d’un blessé, on la prend, elle passe à la garde d’un nouveau défenseur : elle a ses chevaliers. Les Bavarois se ruent sur elle. Le Parmentier qui la tient la leur arrache. C’est un combat où personne ne veut céder. Les Zouaves étaient dignes de leurs pères !
« Cependant ils ne sont plus qu’une poignée de braves, et l’ennemi les déborde de ses masses épaisses. Charette ordonne la retraite vers le bois tout à l’heure emporté. Cette retraite fut celle d’hommes qui ne savent pas fuir. Lentement ils regagnent le bois, pas à pas, le front vers l’ennemi, la bannière blanche tournée de son côté. Charette tombe à l’un des angles du bois, frappé à la cuisse, et commande à ses hommes de se retirer, car ils l’entourent et veulent l’emmener. A côté gisent de Villebois, de Bois-Chevalier et tant d'autres. De 14 officiers, 4 seulement sont sans blessure. Là s’arrêta la poursuite de l’ennemi. Il était plus terrifié que son adversaire1. »
Le théâtre principal de ce merveilleux épisode était méconnaissable. Les balles l’ont haché, les combattants ont piétiné, renversé ses faibles rameaux. Il sera désormais une terre sacrée.
Il fut acheté immédiatement après la guerre par Mme la marquise de Bellevue. Après sa mort, MMmes de Bouillé et de Verthamon en firent l’acquisition. C’est depuis cette époque surtout que le bois prit définitivement le nom de bois des Zouaves, et qu’il est devenu un lieu de pèlerinage. Les nouvelles propriétaires y firent élever une riche colonne surmontée de la statue du Sacré-Cœur avec des inscriptions tirées des Saintes Ecritures, qui
1 Auguste Boucher, Bataille de Loigny , Orléans, Herluison, 1871.
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rappellent la charge héroïque des anciens soldats du Pape. Ce monument fut inauguré et solennellement bénit par M. l’abbé d'Hulst, au 6e anniversaire de la bataille, le 2 décembre 1878. Il porte gravé en gros caractères sur le socle qui lui sert de base ces mots qui ont bien là leur juste application :
Gloria victis.