‹ Eglises de bourgs et villages (volume 2)Chapitre 21 sur 28 · OISE · texte numérisé non relu

OISE

L'église d'Angicourt a été, depuis son origine, l'objet de transformations diverses, qui lui ont enlevé son caractère d'unité. La partie la plus ancienne remonte au xiie siècle et comprend l'abside, la croisée et le transsept de droite ; la nef ne fut construite que dans les premières années du xme siècle.

Plus tard, au xive siècle, l'église fut modifiée sur plusieurs points, et c'est de cette époque que date la partie supérieure du clocher , ainsi que le transsept de gauche ; malgré ces adjonctions ou ces changements, il est facile de retrouver aujourd'hui, sinon la disposition première, du moins l'ensemble tel qu'il devait être au xme siècle, après la construction de la nef, sauf toutefois la portion du clocher apparente au-dessus des combles. Nous avons, dans cette monographie , tenté de reproduire cette disposition, en débarrassant l'église des parties du xive siècle. Le clocher de cette époque, celui qui actuellement surmonte l'édifice, est assez bien traité en lui-même, mais il ne se raccorde pas du tout à l'ensemble et pénètre maladroitement la couverture : nous n'avons donc indiqué qu'une souche carrée, comme devait être celle du xne siècle, si toutefois, à cette époque, le clocher avait été terminé. Ainsi simplifié et dépourvu de ces diverses constructions ajoutées après coup, le plan d'Angicourt présente une certaine unité et peut être considéré comme assez complet : porche, transsepts, chapelles absidales, escalier, rien n'y manque pour en faire au moins un sujet d'étude intéressant. Il y a certes dans cet ensemble un manque de composition générale assez choquant, et il est facile de voir que la nef et le chœur n'ont pas été conçus en même temps, mais le raccordement est fait très-habilement , tant au point de vue de la construction que de l'aspect. D'ailleurs notre principal but, en publiant les relevés que nous avons faits de ce petit édifice, est de faire connaître la nef qui en est la partie la plus remarquable, et offre à elle seule un intérêt tout particulier. Cette nef se compose d'une partie centrale et de deux bas-côtés : le tout est voûté en arc d'ogive ; les voûtes basses, comme celles supérieures, sont tracées sur plan carré. De la combinaison de ces voûtes, de leur rapport entre elles, de la hauteur rela-

tive des naissances, dépend tout l'ensemble de l'édifice ; aussi avons-nous consacré la plus grande partie des planches à faire ressortir le système général duquel tout est déduit. La planche 3 donne le plan de la première travée de la nef centrale correspondant à deux travées des collatéraux ; d'une part est indiquée la section faite au-dessus des bases, de l'autre est tracée la section prise au-dessus des tailloirs à la naissance des voûtes inférieures : sur cette figure est représentée par une teinte plus claire la coupe horizontale des sommiers des voûtes hautes ; le rabattement de ses arcs diagonaux, ogives et formerets, est indiqué par des lignes ponctuées. Pour compléter l'étude de cette travée, nous donnons, planche 4, la coupe transversale et l'élévation intérieure. Les voûtes supérieures sont renforcées d'un arc doubleau intermédiaire, afin de diminuer la dimension des formerets et par suite celle des triangles de remplissage. Ce parti, adopté généralement dans les premières années du xne siècle pour la construction des voûtes hautes, est certes loin de présenter les avantages du système si complet appliqué quelques années plus tard ; mais néanmoins il est très-intéressant à étudier, surtout dans le cas qui se présente, où il est compris avec une grande habileté. Nous ferons remarquer comment les piles sont combinées en raison de la fonction qu'elles ont à remplir. Celles qui portent les arcs doubleaux principaux et les arcs ogives, présentent une section autre que les piles circulaires qui ne reçoivent que l'arcdoubleau intermédiaire, la forme de chacune de ces piles est le résultat du tracé de la voûte et de la retombée des arcs, de même que leur force est proportionnée à la charge qu'elles ont à supporter. En un mot, tout le système est bien écrit et bien franc, et il donne à l'édifice un caractère tout particulier et d'un effet charmant; l'aspect intérieur de cette nef est monumental et présente des proportions très-heureuses. Pour bien comprendre le mode de construction et la façon dont la nef haute est maintenue en équilibre sur les piles, il faut examiner la coupe transversale. Nous ne la présentons pas telle qu'elle est aujourd'hui, après la restauration maladroite que l'édifice a subie ; mais nous l'avons rétablie telle que certainement elle a dû être conçue ; actuellement les arcs-boutants auxquels on ne pourrait assigner une époque précise, sont placés au-dessus du comble des collatéraux et rencontrent les murs goutterots presque immédiatement sous la corniche; ainsi disposés, ils sollicitent ces murs à se déverser à l'intérieur, au lieu de les épauler; de plus, le comble des bas-côtés vient couper les fenêtres de la nef dans la moitié de leur hauteur. A l'aide du filet faisant larmier des fenêtres, dissimulé aujourd'hui sous le comble actuel, nous avons retrouvé la hauteur primitive du faîtage des collatéraux et reconstitué la coupe ; quant aux arcs-boutants que nous indiquons, il n'en existe plus de traces bien positives, peut-être n'ont-ils jamais été construits, et le constructeur a-t-il simplement compté sur la perfection de la construction des sommiers disposés en lits horizontaux jusqu'à une certaine hau-

teur ; nous ne saurions l'affirmer. Quoi qu'il en soit, trouvant des arcs-boutants mal disposés , nous n'avons pas hésité à les placer au droit de la poussée des voûtes. Ainsi restauré, ce petit monument présente un système général de construction bien complet et que nous croyons être dans l'esprit du principe.

Pour compléter l'étude d'une travée de cette église, nous en présentons cicontre le devis descriptif de maçonnerie ainsi que le cube des matériaux employés.

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