‹ Eglises de bourgs et villages (volume 2)Chapitre 20 sur 28 · OISE · texte numérisé non relu

OISE

On ne saurait trop conseiller l'emploi des charpentes apparentes ; comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire dans le cours de cette publication, ce parti est, pour ainsi dire, le seul qui soit applicable à la construction d'églises à trois nefs, devant être élevées avec économie. Ce système a l'avantage de n'exiger, pour la maçonnerie de l'édifice, que des moyens très-simples, peu dispendieux, et à la portée des ouvriers les moins exercés. Parmi les exemples que nous connaissons , celui que nous présentons aujourd'hui est un de ceux qui montrent le mieux la valeur de ce parti et les applications qu'on peut en faire de nos jours.

Si nous examinons les planches de l'église de Tracy-le-Val (1), nous voyons combien est simple la combinaison des murs et des points d'appui intermédiaires. Ici, les contre-forts sont inutiles, les arcs peu nombreux et nécessaires seulement au-dessus des piles qui séparent la nef des collatéraux, la construction de ces arcs et de ces piles présente seule quelque difficulté d'exécution, exige seule un certain choix de matériaux. Les points d'appui sont en pierre, comme cela doit être, vu leur faible section, les arcs et les murs goutteraux, les deux parements des murs sont également en pierre, mais pourraient être, sauf quelques parties exceptionnelles, construits en moellons. Si le constructeur de l'église de Tracy-le-Val a été aussi prodigue de cette matière , cela tient à ce qu'elle est très-abondante dans le bassin de l'Oise, qu'elle est facile à extraire, et que, par conséquent, elle a dû toujours être peu coûteuse. Dans les localités, au contraire, où elle était plus rare, les constructeurs du moyen âge ont cherché à l'économiser le plus possible, sans pour cela donner moins de caractère à leurs édifices.

Une fois ce fait établi, que le système des charpentes apparentes est nonseulement en lui-même très-économique, mais encore qu'il ne demande qu'une construction elle-même peu coûteuse , nous n'insisterons pas davantage sur ce point bien clair pour tout le monde, savoir : qu'une église voûtée exige des dépenses beaucoup plus considérables et des moyens d'action plus compliqués qu'une église couverte par une charpente ; mais il est un autre point sur lequel il est important de s'arrêter.

Il est évident, pour quiconque raisonne un peu, qu'il vaut beaucoup mieux,

(1) Les dessins de cette monographie ont été faits d'après le relevé de M.Wiganouski, inspectour des travaux du ehâtenu impérial de Pierrefonds.

tant au point de vue du caractère d'un édifice que de sa durée, n'employer que des moyens de construction bien déterminés, bien francs; qu'il ne faut jamais admettre que l'apparence puisse être en désaccord avec la construction. Cependant tous les jours, clans les plus grandes villes comme dans les plus petits villages, nous voyons s'élever des églises, pour l'étude desquelles il semble qu'on ne soit pas parti de ce grand principe, qui pour nous est la basé de toute œuvre d'art. On reproduit indifféremment , au moyen de bois et de fer, tantôt une église du moyen âge, tantôt une église de la renaissance. Qu'on cbercbe à employer tous les matériaux que la nature et l'industrie nous mettent entre les mains , rien de mieux ; mais alors que cet emploi soit raisonné. Si vous disposez de ressources suffisantes, si vous avez de la pierre, si vous avez des entrepreneurs et des ouvriers habiles, construisez des églises voûtées, sinon employez pour couvrir les nefs des plafonds et des charpentes dont la combinaison soit en rapport avec la nature des bois, mais ne les tourmentez pas, pour simuler des voûtes en arcs d'ogives, au moyen de plâtre et d'enduits.

Pour en revenir au monument qui nous occupe, nous ferons remarquer la simplicité du plan , les proportions agréables tant de l'extérieur que de l'intérieur. L'abside circulaire est voûtée en cul-de-four selon l'usage adopté au moyen âge; cette disposition, qui consiste à traiter la construction du sanctuaire plus solidement que les autres parties de l'édifice, s'explique doublement ; il est tout naturel de construire avec plus de soin la partie la plus importante, la partie sacrée d'une église, de chercher à la rendre plus durable et à l'isoler par exemple dans le cas d'incendie qu'on peut redouter pour un monument dans lequel le bois joue un grand rôle ; d'autre part, la combinaison des absides qui sont rarement, clans une église de médiocre importance, entourées de bas-côtés, permet l'établissement de voûtes sans recourir à des moyens puissants. Un des motifs qui nous a déterminé à publier la monographie de Tracy-le-Val, est le désir de faire connaître le clocher, dont la disposition, très-originale et fort ingénieuse, est cligne de toute l'attention des architectes. Certains détails de décoration sont certainement barbares et paraissent même grotesques jusqu'à un certain point, nous voulons parler des figures et des chapiteaux , quoiqu'ils ne manquent pas de caractère; quant aux profils, ils sont très-fins, très-habilement tracés, parfaitement à l'échelle ; mais ce qui est surtout remarquable dans ce clocher, c'est sa forme générale, c'est la façon toute particulière dont il est combiné, tant au point de vue de l'effet que de la construction. La transition du plan carré au plan octogone est accusée d'une manière très-remarquable et surtout toute nouvelle; on ne saurait trop se rendre un compte exact des moyens employés pour l'obtenir et on ne saurait surtout nier quelle habileté , quelle recherche, et, en même temps, quelle connaissance des effets et des moyens d'exécution il a fallu au constructeur roman à qui nous devons ce petit chef-d'œuvre.

DEVIS (Résumé du Décompte général)

QUANTITES

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