DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE
L'église de Mareilles a été élevée dans les premières années du xnie siècle, sur l'emplacement d'une église romane dont le clocher seul a été conservé et englobé dans la nouvelle construction. Ce clocher est actuellement surmonté d'un étage moderne insignifiant, que nous n'avons pas reproduit; il nous serait difficile de dire s'il existait un deuxième étage dans l'origine, ou bien si la flèche en pierre couronnait immédiatement celui qui subsiste. Quoi qu'il en soit, nous avons préféré ne pas le restaurer, ayant d'ailleurs, dans le cours de cette publication, l'occasion de présenter divers exemples de flèches de la même époque; nous signalerons notamment le clocher de Bougival, qui est complet et offre beaucoup d'analogie avec celui de Mareilles.
L'église peut contenir cinq cents personnes; elle est dépourvue de transsept; son plan est simple et largement ouvert; on remarquera que la nef principale et les collatéraux sont renfermés dans une grande salle carrée (de 14 mèt. de côté); cette disposition est bien celle d'une église de village et se rencontre souvent au moyen âge. Le chœur est terminé par une abside polygonale dont la voûte s'élève moins que celle de la nef ; un pignon, détruit aujourd'hui, marquait autrefois la différence de hauteur des deux combles. Deux chapelles sont situées aux extrémités des bas côtés, et se terminent carrément à l'abside; au-dessus de 1' une d'elles s'élève le clocher desservi par un escalier dont la porte est extérieure. La situation de cette porte, loin d'être un inconvénient, est souvent une
condition imposée dans la construction d'une église nouvelle; du reste le service des cloches peut également se faire de l'intérieur de l'église. La sacristie actuelle est mal placée et encombre l'abside ; elle serait mieux disposée latéralement à l'un des bas côtés. A part la sacristie, l'église de Mareilles peut être regardée comme complète, car si le clocher n'est pas en harmonie avec l'édifice, ce n'est qu'au point de vue archéologique ; il s'y relie parfaitement par la position qu'il occupe en plan et ses dimensions en élévation.
Ce petit édifice d'une bonne et élégante architecture est intéressant sous tous les rapports, mais la construction des voûtes mérite surtout d'être étudiée. Il est bien évident que l'architecte a cherché à réduire autant que possible l'élévation du monument, et il y est parvenu en conservant des proportions relatives très-satisfaisantes. Il suffit d'examiner la coupe transversale pour reconnaître que la naissance des voûtes hautes ne pouvait être placée plus bas relativement aux voûtes inférieures, du moment qu'il fallait réserver du jour au-dessus des combles des collatéraux. Ces jours, à la vérité, sont petits, mais ils suffisent à éclairer la partie supérieure des voûtes ; l'intérieur de l'église prend toute la lumière nécessaire par les fenêtres des bas côtés, l'abside et la rose de la façade principale. De la position de cette naissance résulte un système de construction bien simple, permettant d'éviter les arcs- boutants, la poussée des voûtes se trouve suffisamment contre-buttée par les arcs-doubleaux des bas côtés. Si d'un autre côté on remarque que la naissance des voûtes basses est située à 3 mètres au-dessus du sol, c'est-àdire aussi bas que possible, il sera facile de reconnaître que la hauteur de la nef principale, et par suite celle de tout l'édifice, ne pouvait être réduite.
Ce fait bien établi, nous conclurons qu'il serait impossible d'élever sur le plan de l'église de Mareilles un édifice avec plus de simplicité et d'économie en employant la voûte gothique. Il est bien entendu qu'il ne s'agit ici que du système général de construction, car on pouvait certainement simplifier les détails sans nuire à l'ensemble du monument. Nous croyons, par exemple, que les formerets peuvent être supprimés, au moins sous les voûtes inférieures; un grand nombre de petites églises de la même époque en sont dépourvues sans que leur solidité en ait souffert. Leur emploi est mieux justifié pour les voûtes hautes, les murs gouttereaux ayant peu d'épaisseur et étant considérablement aidés par les roses et les baies donnant dans le comble des bas côtés.
Examinons maintenant la construction au point de vue pratique. Les architectes du moyen âge ont toujours tenu grand compte de la nature et de la dimension des matériaux ; aussi, sous ce rapport, ne pourrait-on assez étudier les œuvres qu'ils nous ont laissées.
Dans le monument qui nous occupe, comme d'ailleurs dans tous ceux de l'Ile-
de-France élevés à la môme époque, là pierre de grand appareil est peu employée, et seulement pour les piles isolées de l'intérieur, c'est-à-dire là où elle est indispensable, vu la faible section de ces points d'appui. Les murs et contre-forts 1 sont exécutés au moyen de carreaux de pierre faisant parements, reliés par un massif de moellons bruts. La figure ci-dessous donne le plan de deux assises superposées de l'un des angles de l'édifice.
L'emploi de petits matériaux avait entraîné les constructeurs à donner une épaisseur assez considérable aux maçonneries ; cette épaisseur était bien motivée pour les contre-forts qui doivent présenter une masse très-résistante au droit de la poussée des voûtes, mais elle devenait inutile pour les murs dont, à la rigueur, le monument pouvait se passer avec le secours des arcs formerets ; aussi vers le milieu du xnr siècle, les architectes en ont-ils considérablement réduit la section relativement à celle des contre-forts. Sidonc aujourd'hui nous voulions reconstruire l'église de Mareilles, nous nous contenterions de murs de 50 cent, au lieu de 76 cent., en modifiant, toutefois, la combinaison des maçonneries 2 -, en effet, dans un mur de 50 cent, il nous serait impossible d'employer deux parements de pierre ayant 20 à 25 cent, de queue en moyenne; il nous faudrait ne monter que l'extérieur en pierre et l'inté-
1 Voir le Dictionnaire raisonné de l'Architecture, au mot construction, p. 11 et 51, où le genre de construction et les causes qui l'ont fait adopter sont traités tout au long.
2 II n'est question ici que des murs des bas côtés, le mur du pignon principal, ainsi que ceux de la nef haute, ne pourrait être modifié.
rieur eu moellon enduit ; ce serait là d'ailleurs la seule modification à introduire pour obtenir une construction fort sage et peu coûteuse.
On ne saurait trop insister sur l'emploi de ce genre de bâtisse quand il s'agit de construire une église ; car certainement il est le plus économique, puisqu'il permet d'éviter les évidements et n'exige que des moyens très -simples pour le transport et la mise en place des matériaux.
Mais ce n'est pas toujours possible de l'appliquer, et dans bien des localités il faut y renoncer.
On comprend, en effet, que là où la pierre n'est pas envoyée de la carrière avec des dimensions déterminées, mais arrive en gros blocs sur les chantiers, les constructeurs ne peuvent la faire débiter en carreaux et sont alors obligés de bâtir en pleine pierre.
Dans ce cas, l'épaisseur des contre-forts, comme celle des murs, doit être réduite, sous peine d'élever une construction nullement raisonnée et inutilement dispendieuse ; encore arriverait-on à un cube énorme de pierre, et dans la plupart des circonstances faudrait-il en réduire considérablement le rôle, et la réserver pour les piles intérieures, les angles et contre-forts, les pieds-droits et arcs de fenêtres, et monter alors les remplissages soit en moellons piqués, soit en moellons bruts rejointoyés en mortier.
Dans notre devis, nous avons supposé la construction exécutée au moyen de carreaux et blocages, en introduisant la modification dont nous avons parlé plus haut, c'est-à-dire en réduisant à 50 cent, l'épaisseur des murs des collatéraux.
DEVIS SOMMAIRE
Quantités.
Prix.
Sommes.
Fouilles pour fondations, surface totale X. 2 mètres de hauteur.
Fondations en moellons de roche hourdés en mortier de sable