ET DE SAINT-WAAST
A SOISSONS (Aisne)
Quoique dans le courant de cette publication nous ayons déjà eu l'occasion d'exprimer notre opinion au sujet de l'emploi des plafonds, alors qu'il s'agit d'églises, nous croyons devoir revenir sur cette question débattue déjà bien souvent et dont l'importance est en effet considérable. Il est incontestable que généralement on préfère les églises voûtées à celles qui possèdent un plafond, et si les architectes ne se préoccupaient que du goût public, ils seraient toujours amenés à employer les voûtes. Cette préférence s'explique assez, eu égard d'abord à la tradition, et ensuite parce qu'en effet l'habitude de vivre sous des plafonds dans les habitations privées, fait désirer pour les édifices publics un aspect général différent, que la voûte offre tout naturellement.
Il n'y a là qu'une impression assez juste, assez naturelle, de laquelle l'architecte est entraîné à tenir d'autant plus compte qu'il y cède personnellement. Mais pour faire face à toutes les exigences que comporte son œuvre, il lui faut faire intervenir bien d'autres considérations, et, avant tout, bâtir économiquement. Certes, depuis quinze à vingt ans nous avons vu s'élever une quantité considérable d'églises qui, tout en étant voûtées, n'ont exigé que des ressources assez modiques, mais ce résultat n'a été atteint généralement qu'au détriment de la solidité et de la durée. On nous reprochera peut-être de nous répéter à cet égard, mais il est de ces erreurs contre lesquelles on ne saurait trop s'élever quand on a la conscience de leur étendue et de leur influence funeste. Bâtir une église sans adopter un système de construction bien franc, bien défini, vouloir, comme on le fait aujourd'hui, copier des édifices du moyen âge sans tenir compte du mode de construire adopté dans les monuments pris pour modèles, sans en saisir l'esprit; les reproduire sans se préoccuper de la différence d'échelle, c'est plus qu'une erreur, c'est une faute. Pro-
céder ainsi, c'est se résigner d'avance à n'obtenir qu'un résultat déplorable à tous les points de vue, car logiquement ces monuments (si l'on peut donner ce nom à ces bâtisses informes) doivent manquer de caractère, et leur durée ne pourra être que très-restreinte. Quiconque a un peu voyagé et visité des églises de village modernes, a pu se convaincre comme nous des tristes résultats obtenus et doit partager notre appréciation. Eh bien! il faut le dire, c'est la manie des voûtes (qu'on nous passe l'expression) qui est la cause de tout le mal que nous signalons. S'agit-il de
Plan de l'église do Masny Plan de l'église de Saint-Waast
bâtir une église dans une commune, l'autorité locale, le clergé, le riche propriétaire qui fait un don, chacun enfin préfère les voûtes; seulement, comme leur emploi exige des contre-forts, des arcs, etc., quand elles sont vraies, on se contente de voûtes fausses en lattis enduit ; l'église est voûtée, l'ogive est introduite, cela suffit !
N'est-il pas au contraire plus rationnel, plus sensé, d'adopter le plafond et de reporter les économies que permet ce système sur la construction, qui peut alors être soignée et exécutée de façon à aider au caractère monumental de l'édifice? Ainsi conçue, l'œuvre sera incontestablement supérieure; elle sera inférieure peut-être à une église sérieusement voûtée, mais enfin, de deux maux il faut choisir le moindre.
En publiant précédemment la monographie de l'église de Fontenailles, nous avons déjà eu l'occasion de fournir un exemple d'église à plafond; aujourd'hui, nous avons réuni dans une même livraison deux petits édifices construits par M. Bceswilwald, qui tous deux sont plafonnés et conçus dans un excellent esprit; en les examinant, en les étudiant avec soin, et surtout en considérant le peu de dépenses que cbacun a exigé, on est surpris de l'excellent résultat obtenu à tous égards. Il nous a paru intéressant de mettre ces deux églises en parallèle, parce que, tout en étant élevées d'après le même principe général de construction, elles présentent chacune une disposition distincte et que, d'autre part, elles ont été construites avec des matériaux différents. L'église de Masny est presque entièrement montée en briques, selon l'usage du département du Nord. La pierre, qu'il a fallu faire venir du département de l'Oise, n'a été employée que là où elle était indispensable, notamment pour les piédroits des baies en prévision des scellements que nécessitent les fers à vitraux, pour le socle et quelques parties de couronnement. Quant aux piliers extérieurs, l'architecte a dû, par économie, avoir recours à la fonte et il en a tiré un excellent parti. La coupe transversale et les détails qui la complètent (planche 2) montrent comment les colonnes sont maintenues en équilibre à l'aide d'un poitrail composé de deux fers à T, qui les relie au mur des bas côtés. Le parti est bien franc, bien complet et économique. Ce résultat prouve clairement combien peu la répugnance que montrent beaucoup d'architectes pour la fonte, alors qu'il s'agit de constructions monumentales, est peu fondée. Les points d'appui en fonte sont trop grêles, leur aspect est désagréable, dit-on, et partant de là, on laisse de côté, si ce n'est pour des bâtisses industrielles, cette matière qui offre tant d'avantages. Étudions-la au contraire, sachons l'utiliser et la décorer rationnellement, et les édifices dans lesquels nous en ferons usage, ne manqueront pas de caractère. Si l'emploi de la fonte n'a pas satisfait jusqu'à présent au point de vue architectural, il faut s'en prendre aux architectes et non à la matière. A propos de l'église de Masny, nous ferons également remarquer comment l'architecte a su profiter des ressources qu'offre l'appareil de la brique au point de vue décoratif, quand cet appareil est étudié avec soin et avec la connaissance des effets à produire. L'église de Saint-AVaast de Soissons, élevée dans une localité autour de laquelle les matériaux calcaires abondent et sont par suite peu coûteux, est entièrement construite en
pierre d'appareil ; par cela même l'extérieur en est sinon plus monumental du moins plus riche qu'à Masny.
La disposition du plafond de la grande nef est analogue à celle adoptée dans l'église de Masny, mais les bas côtés sont couverts différemment ; ici le plafond est rampant et suit simplement la pente du comble. Ce parti est franc mais n'est pas, croyons-nous, aussi satisfaisant que celui qui consiste, comme à Masny, en un plafond indépendant de la couverture. Dans ce dernier cas, l'intérieur est plus garanti des influences de la température et des infiltrations.
Quoi qu'il en soit, la coupe de Saint- Waast (voir planche 3) est très-intéressante à étudier et présente une disposition originale et très-rationnelle. Pour contre-buter les arcs correspondant aux piliers de la grande nef et portant des demi-pignons destinés à épauler les murs goutterots ainsi qu'à porter la charpente, l'architecte a placé des contre-forts intérieurs dont toute la saillie profite d'autant plus intérieurement qu'ils sont évidés clans la partie inférieure afin de rendre la circulation d'autant plus facile. Des contre-forts extérieurs eussent coûté plus cher, exigé des parties de pierre dure, et auraient donné à l'édifice extérieurement l'apparence d'une construction voûtée et par conséquent eussent enlevé à l'église son véritable caractère.
Nous pourrions nous étendre davantage sur les qualités de ces deux petits édifices et en faire ressortir bien d'autres enseignements encore, mais notre cadre s'y oppose, nous comptons d'ailleurs sur les planches pour suppléer à cette insuffisance ; quoique nous ayons été de ce côté également obligé de nous restreindre, ces deux églises ayant été données déjà avec plus de développement dans d'autres publications auxquelles nous engageons nos lecteurs à se reporter *; nous terminerons en ajoutant que l'intérieur de chacune de ces églises est décoré de peintures murales. Dans celle de Saint-Waast, vu la présence de la pierre qui suffit déjà à enrichir, l'importance de la peinture est beaucoup moins considérable qu'à Masny, dont l'intérieur a été enduit par suite de l'emploi de la brique, et dans laquelle les surfaces sont extérieurement décorées à l'aide de refends et d'ornements peints ,
* Voir la Gazette des architectes, année 1864, et la Revue d'architecture, année 1856.'
Imprimerie L. Toino.n et O, a Saiat-Geruiaiii.