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ÉGLISE DE SAINT-JEAN-AUX-BOIS

(Oise)

De l'importante abbaye de Saint- Jean-aux-Bois, près Compiègne, il ne reste plus que la chapelle, charmante construction des premières années du xme siècle, dont la commune fait aujourd'hui son église paroissiale. Cette chapelle était adossée aux bâtiments du couvent et mise en communication avec l'abbaye, soit par la' porte donnant directement dans la nef, soit par la sacristie située le long du pignon du transept de droite. La porte donnant accès de l'extérieur est pratiquée dans le pignon opposé; quant à la partie antérieure de l'édifice, c'est-à-dire celle qu'on désigne généralement sous le nom de face principale, elle n'est percée d'aucune ouverture, contrairement aux données ordinaires. Ce parti pris a été la conséquence de la position relative occupée par la chapelle qui, construite après l'abbaye, a dû être subordonnée aux constructions élevées antérieurement. Quoi qu'il en soit d'ailleurs et à cette disposition près, la chapelle de Saint- Jean-aux-Bois répond parfaitement au programme de nos petites églises modernes, et peut être envisagée comme un type des plus intéressants et des plus complets; ajoutons que, chose rare, elle est arrivée jusqu'à nous dans un état de conservation aussi satisfaisant que possible. La conception générale de ce petit édifice est remarquable et se distingue par une extrême simplicité et beaucoup de grandeur; ce n'est pas la réduction d'une grande église, mais bien une chapelle dont le parti général convient admirablement aux dimensions adoptées ; en un mot, c'est une oeuvre tout à fait originale, bien complète, à laquelle il n'y a rien à ajouter, de laquelle il n'y a rien à retrancher. Comme structure, la combinaison des voûtes est ingénieuse, parfaitement en rapport avec les dispositions générales , et c'est grâce à leur tracé que chaque partie de l'édifice se dessine et se distingue d'une manière bien tranchée à l'extérieur comme à l'intérieur, sans qu'il en résulte un manque d'unité dans l'ensemble.

Nous ferons remarquer la disposition toute spéciale des transepts et la façon habile dont ils sont reliés à la nef ; au lieu de voûter chacun des bras à l'aide d'une voûte unique , le constructeur l'a divisée en deux travées au moyen d'une colonne placée suivant l'axe transversal; ce parti, qui fournit un motif original d'un très-bel aspect, contribue singulièrement à donner à la conception générale un caractère d'unité saisissant en ce sens qu'ainsi divisé, le transept, au lieu de prendre la proportion lâche qu'il aurait eue sans ce pilier intermédiaire , s'harmonise admirablement avec les proportions élancées de la nef ; ajoutons d'ailleurs que cette disposition n'a pas seulement pour but de satisfaire l'œil, mais qu'elle est le résultat du système de construction adopté. Voici comment : en jetant les yeux sur le plan, il est facile de voir que chaque travée de la nef est tracée sur plan baiiong, tandis que celle qui forme la croisée est établie sur un carré parfait ; or cette dernière, atteignant un développement plus considérable que les autres , demandait une structure différente, exigeait, dans le système des voûtes sur cintres en pierre, une précaution de plus. Pour répondre à cette obligation absolue d'une part, vu les grandes dimensions de la voûte, relative de l'autre, eu égard au moindre développement des travées de la nef, l'architecte a disposé transversalement un arc-doubleau intermédiaire qui vient soulager les arcs ogives du poids des remplissages en maçonnerie ; pour porter cet arc, il a établi la colonne et divisé les bras du transept par travées. Par ce moyen , en artiste de génie, en constructeur raisonneur, il a su tout à la fois répondre aux conditions d'aspect et de solidité. Conséquent avec lui-même, il a pris un parti analogue pour la dernière travée du chœur établie également sur plan carré, en ayant le soin de porter la retombée de l'arc intermédiaire sur un cul-de-lampe, et de ne pas placer extérieurement de contre-fort correspondant; c'était encore très-logique puisque, d'une part, cet arc ne remplit qu'une fonction secondaire, et que de l'autre la poussée qu'il exerce est suffisamment contre-butée par le mur lui-même.

Bien d'autres points sont remarquables dans ce monument et pourraient être signalés , mais nous pensons en avoir assez dit pour intéresser nos lecteurs et appeler leur attention sur cette remarquable conception. Quiconque voudra examiner consciencieusement la chapelle de Saint-Jean-aux-Bois y trouvera un sérieux sujet d'étude et verra une fois de plus combien les constructions du moyen âge peuvent nous rendre de service, comment leurs grands principes toujours vrais, toujours applicables, peuvent nous apprendre à raisonner et nous servir de guide.

Imprimerie L. Toinon et Cie, ii Samt-Germain.

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