CLOCHERS
U'AUTEUIL (Seine), D'ATHIS-MONS, DE CONFLANS SAINTE-HONORINE, DE BOUGIVAL, DE LIMAY, D'ORGEVAL ET DE THIVERVAL (Seine-et-Oise).
Dans la conception des clochers, les contructeurs romans et gothiques ont su trouver les dispositions les plus ingénieuses, et souvent des formes très-heureuses ; ils ont observé finement les effets produits par les objets se détachant sur le ciel, et déjà, à la fin du xne siècle, ils étaient arrivés à des résultats étonnants. Le plus généralement, les clochers sont de section rectangulaire ; souvent le plan présente un carré parfait, parfois il est barlong. La forme allongée s'explique surtout lorsqu'il s'agit du clocher d'une modeste église qui n'est appelé à renfermer qu'une ou deux cloches au plus; il est clair, en effet, que dans ce cas il faut plus d'étendue dans le sens de la volée des cloches que dans l'autre sens, et que, si l'étage du beffroi est carré, une partie en devient superflue ; -cette raison est à considérer non-seulement au point de vue économique, mais encore en ce qui touche le mode d'expression artistique.
Quelquefois la différence des deux côtés du rectangle est très-sensible, et alors nettement accusée dans la partie supérieure du clocher; souvent, au contraire, elle est moins prononcée et ne se fait pas sentir à l'extérieur. Nous avons trouvé souvent jusqu'à 60 à 80 cent, de différence dans la partie rectangulaire du clocher sans qu'elle soit sensible pour l'oeil dans le développement de la flèche (nous n'indiquons ce fait qu'à titre de renseignement et non comme exemple à suivre).
On rencontre quelques flèches en charpente recouvertes d'ardoises, mais généralement elles sont exécutées en pierre ; parfois elles prennent la forme de pyramides triangulaires, le plus souvent elles sont octogonales et accompagnées à leur base de pyramidions rachetant la forme carrée du clocher et faisant contrepoids au-dessus des trompes d'angles. C'est surtout dans l'établissement de ces flèches que les architectes du moyen âge se sont montrés habiles constructeurs et artistes consommés. L'épaisseur des murs d'un clocher diminue brusquement à la partie inférieure de l'étage au beffroi ; la retraite fournie par l'empâtement sert à poser le beffroi qui très-souvent s'appuie, indépendamment de cette saillie, sur des corbeaux placés en encorbellement de distance en distance. La plus forte épaisseur des murs en contre-
bas de cet étage a pour but de porter la charge de la charpente du beffroi et de renforcer les murs au point où s'exerce l'action des cloches mises en branle. Au sommet des parties verticales, les murs ont habituellement, pour des clochers de 4 à 5 mètres dans oeuvre, une épaisseur de 0m 70 ; le parement intérieur et prolongé jusqu'à la rencontre de la ligne inclinée de la flèche dont l'épaisseur, à partir de ce point, est de 0m20 à 0m 25 au plus ; souvent, cette épaisseur est réduite à 0m 16. Ces flèches sont toujours construites par assises horizontales et non pas par assises portant coupes normales à la pente. Cette dernière disposition, employée dans ces derniers temps par quelques innovateurs maladroits, est vicieuse en ce sens qu'une pyramide bien appareillée agit comme une voûte et nécessite, par conséquent, des murs inutilement épais; des assises à lits horizontaux, au contraire, ne chargent les murs que d'un poids vertical. Généralement très-simples, ces flèches doivent tout l'effet qu'elles produisent à leurs formes générales et aux proportions qu'elles prennent par rapport aux parties inférieures qu'elles surmontent, ainsi qu'aux détails et aux profils presque toujours bien traités en raison de la place qu'ils occupent et de la hauteur à laquelle ils sont placés pour l'oeil. D'abord lourds et trapus, les clochers se développent et s'élancent, les flèches deviennent plus aiguës, les détails plus fins ; déjà à Limay (planche 5), cette tendance se manifeste d'une façon très-marquée : on y voit la préoccupation de marier plus intimement la flèche avec le corps du clocher ; dans ce but, des lucarnes sont placées dans les axes, les pyramidions prennent plus d'importance comme section, et s'élèvent davantage. Néanmoins ce clocher a encore quelque chose de primitif, et il est loin de posséder toute l'élégance et la pureté de celui de Vernouillet, que nous avons publié précédemment, et qui peut être considéré comme un type (voir livraison 22, planche 3).
Les exemples de clochers à base polygonale sont plus rares ; cette forme rend difficile l'établissement des beffrois qui, autant par simplicité que par nécessité de construction, doivent être rectangulaires ; aussi, pour cette raison, conçoit-on que cette disposition n'ait pas été très-usitée. Comme preuve à l'appui, on remarquera d'ailleurs que bien des clochers à pans coupés se sont déformés clans la hauteur des étages de beffroi. Pour obvier à cet inconvénient que les constructeurs du moyen âge avaient bien prévu, ils établissaient souvent des chaînages destinés à maintenir les murs; le clocher de Thiverval en présente un exemple très-ingénieux (voir planche 2, livraison 28). Ce chaînage en bois est posé intérieurement, au-dessus du sommet des baies, sur des corbeaux logés dans les angles et sur chacun desquels est pratiquée une entaille emboîtant les pièces de bois à leur rencontre ; un détail perspectif (même planche) donne le détail d'un de ces corbeaux. Ce clocher, dont la construction remonte aux premières années du xme siècle, est recouvert d'une flèche en charpente plus moderne ; nous ne pensons pas, vu la faible section des angles, qu'il ait jamais été surmonté d'une flèche en pierre.
ÉGLISE