‹ Égypte ancienceChapitre 13 sur 38 · XIV. DE LA CLASSE SACERDOTALE · texte numérisé non relu

XIV. DE LA CLASSE SACERDOTALE

On sait déjà , nous l'avons dit , que

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la caste sacerdotale était, à proprement parler, la partie instruite et savante de la nation. Elle était spécialement vouée à l'étude des sciences et au progrès des arts ; elle était chargée en outre des cérémonies du culte , de l'administration de la justice, de l'établissement et de la levée des impôts, invariablement fixés d'après la nature et l'étendue de chaque portion de terrain mesurée d'avance ; enfin, de toutes les branches de l'administration civile.

Souveraine dans la primitive organisation de l'Egypte, en passant au second rang, lorsqu'une révolution l'obligea de céder le premier au roi créé par la caste militaire, elle conserva néanmoins la plus grande partie de son influence , et, sans doute, parce que cette influence avait été fondée , dès l'origine , sur de vastes possessions territoriales et sur de grands privilèges. La caste sacerdotale était constituée en effet sur le principe qui , dans toute organisation sociale , porte avec lui, et lui seul, des éléments immuables de solidité et de durée, sur la propriété territoriale. Durant le règne des pasteurs , et de la XVIP dynastie des Pharaons , une famine ravagea l'Égypte. Ce fut pendant le ministère de Joseph , et l'on peut croire à une famine dans le pays le plus fertile , mais où la certitude des récoltes reposait sur la régularité des inondations du fleuve, et l'entretien régulier des canaux, en un mot, sur les soins attentifs et expérimentés de l'administration publique, puisque cette administration et le gouvernement du pays appartenaient à une horde de barbares conquérants, incapables de prévoyance et ignorants de tout précepte d'oi'dre social. L'histoire biblique de cette famine nous apprend que Joseph acheta avec ses blés de réserve toutes les propriétés particulières et fit ainsi je roi maître de toutes les terres de l'Egypte, excepté, dit la Bible, les terres des prêtres , qui leur avaient été données par le roi ; et les prêtres , ajoute l'historien , furent dispensés de l'obligation de vendre leurs terres pour

vivre, parce que le roi leur faisait distribuer du bled tiré des greniers publics. Il est donc certain, par cette curieuse et antique relation , que, avant l'invasion des pasteurs , ou hyk-shos , c'est-à-dire, plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne . la caste sacerdotale était dotée de propriétés territoriales ; ce ne furent pas les pasteurs qui imaginèrent ce moyen de conservation et de perpétuité propre en Egypte au premier corps de l'état, ils respectèrent seulement un usage consacre par les lois et par le temps ; ils le respectèrent dans les conjonctures les plus favorables à leur esprit de conquête , et l'influence de la caste sacerdotale explique suffisamment les ménagements qui lui furent alors accordés. Un autre privilège paraît avoir été dès l'origine concédé en même temps à la caste sacerdotale ; ses propriétés étaient exemptes d'impôt ; toutes les terres d'Egypte, selon l'histoire précitée, furent taxées, au profit du fisc royal , au cinquième de leur produit, excepté encore les terres sacerdotales, qui furent libres de tout impôt sous les rois pasteurs.

Elles l'étaient auparavant sans doute ; et nous tirons notre pensée de l'uniformité des institutions égyptiennes pour toutes les époques, car il en était ainsi du temps de l'annaliste que nous consultons : « Depuis ce temps ( depuis Joseph ) jusqu'à ce jour , dif Moïse, deux siècles après Joseph, on paya au roi dans toute l'Égypte le cinquième du produit des terres , e( ceci est comme passé en loi ; excepté les terres sacerdotales, qui sont affranchies de cet impôt. » Les temples, c'està-dire la caste sacerdotale , jouissaient donc en Égypte de cette perpétuité de possession et de i-evenus qui , s'ils s'élèvent à un taux considérable, sont un moyen certain d'autorité et d'influence, moyen dangereux pour l'ordre public, la conservation des familles, la prospérité de l'état, et contre lequel tant d'utiles exemples , consignés dans l'histoire ancienne et moderne , ont consacré une résistance nécessaire.

La splendeur des temples et la pompe

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des cérémonies religieuses prouvent assez que le sacerdoce en Egypte posséda de grandes richesses ; et il est certain que le produit des terres n'en fut pas la source unique.

Il nous est parvenu des registres originaux des recettes faites dans les temples , et ce n'est pas sans preuves qu'on peut affirmer que ces recettes comprenaient des produits autres que les revenus des domaines sacerdotaux; des redevances diverses étaient payées en nature aux temples de l'Égypte; la piété des citoyens ne pouvait pas rester stérile , et là où les métaux monnoyés n'existaient pas , les produits de la terre ou de l'industrie devaient être les seules valeurs habituellement en circulation : les métaux précieux débités au poids n'étaient qu'une sorte de ces mêmes valeurs. Ces registres de recettes pour les temples consistaient en feuillets de papyrus arrangés ou en rouleaux, ou en registre de plusieurs feuillets sur lesquels on écrivait sur le recto et sur le verso. Ces registres portaient sur le premier feuillet le protocole entier du roi régnant, et l'année de son règne ; les articles de recettes y étaient ensuite inscrits jour par jour jusqu'à la lin du registre, et un scribe du temple était commis à la tenue de ce registre. Les objets reçus y étaient inscrits à mesure qu'ils étaient déposés , et le nombre en était indiqué en chiffre à l'extrémité de la ligne ; on additionnait les diverses recettes par mois et par années. Ces registres étaient écrits en écriture hiératique ou sacerdotale ; le plus complet des manuscrits hiératiques de ce genre est du règne du Pharaon Rljamsès V, le dernier roi de la dix-huitième dynastie, qui vivait au XV siècle avant l'ère chrétienne. Ce registre consiste en trois fragments formant ensemble cinq pages à peu près entières, et ce registre appelé , des recettes sacrées , était tenu par un scribe nommé Thoutmès; le protocole du manuscrit annonce qu'il est de l'an douze, et le premier article porte la date du 16 du mois de paophis , « sous la divine providence du roi du peuple obéissant,

seigneur du inonde , soleil stabiliteur de la région inférieure , approuvé par Phtha, lils divin du soleil, seigneur des contrées, Rhamsès chéri d'Amnion, divin président, » titres officiels de Rhamsès V, qui est aussi l'un des rois Rhamsès de Manéthon ; et c'est dans ce même registre qu'on trouve mentionné parmi les contribuables, un individu appartenant à la demeure du roi divin , c'est-à-dire un habitant du palais bâti par un autre roi à Thèbes. L n autre de ces registres de comptabilité , tenu par le scribe Mandoumès, est presque sans lacunes pour cinq mois consécutifs ; il y a aussi parmi les personnes qui ont payé leur tribut, un nommé Natdi-Amoun, honmie appartenant à la demeure du roi Rhamsès Mëiamoun; les officiers du palais n'étaient donc pas exempts des redevances perçues au profit des temples. Ln autre papyrus en rouleau, presque complet , renferme un compte très - détaillé d'objets reçus ou livrés par les prêtres chargés du culte du Pharaon Rhamsès X; et ici il y a analogie entre ce registre et les autres pièces comptables relatives aux finances des temples, le culte des rois étant assimilé à celui des dieux , et les recettes et dépenses faisant également partie de la comptabilité des temples où leur culte était établi. Enfin on trouve, sur un autre registre , l'addition en un total des recettes faites pendant six années de suite, qui faisaient la durée entière d'un règne, et l'on voit par ces divers détails, d'abord toute la régularité apportée dans cette partie de l'administration publique , et combien elle devait être considérable , puisqu'il en subsiste encore tant de traces écrites après un laps de temps de plus de trois mille ans.

L n autre document, non moins authentique que ces registres , et qui est d'une époque intermédiaire . nous avertit de la continuation de ces pratiques administratives de la vieille Egypte, en ce qui concerne les temples et la religion de l'état, et ajoute encore d'utiles notions à celles qui viennent d'être exposées.

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Le texte de l'inscription de Rosette nous donne, en effet, sur l'état légal de la caste sacerdotale et l'administration des temples, une foule de rensei-

fînements du plus haut intérêt. Outre eurs revenus propres , les temples percevaient encore, sur les autres propriétés territoriales , des taxes en blé et en argent sur les terres labourables, et des taxes en nature sur la vigne et les prairies. On ne peut énumérer au juste les diverses sources de produits sur lesquels reposait la richesse des temples; mais les prêtres louent habituellement les rois d'avoir pourvu par leur autorité à ce que les droits des temples fussent maintenus dans le pays selon les anciennes lois , et l'on doit comprendre sans peine que les lois étaient d'autant plus sacerdotales qu'elles étaient plus anciennes, et par là plus empreintes de la primitive puissance de la caste. Les temples percevaient donc des droits sur les choses et sur les personnes; la dévotion des rois, influencée par les prêtres, ne manquait pas d'y ajouter encore

Ear des dons fréquents et considérales ; c'est encore les prêtres qui nous l'apprennent par leurs louanges en l'honneur des rois qui ont fait beaucoup de dons aux dieux de l'Égypte , aux animaux sacrés, leur symbole vivant ; qui ont pourvu magnifiquement à leurs funérailles , aux frais des sacrifices , des solennités qui se célébraient dans les temples; qui ont élevé des temples ou des chapelles, agrandi , décoré, enrichi d'or et de pierres précieuses ceux qui existaient déjà ; et c'est pour tous ces bienfaits que les dieux accordaient aux rois , par la bouche des prêtres, la santé , la victoire , la force et tous les autres biens qu'ils pouvaient désirer.

Il faut mettre aussi au nombre des revenus des temples perçus par les vivants , les redevances établies sur les morts: il résulte de diverses données authentiques, que, dans la Thébaïde, les momies qui n'avaient pas un tombeau particulier, étaient déposées dans un tombeau commun à toute une ville, ou à tout un quartier, si la ville

était considérable ; que sur le cercueil de ces momies , plus ou moins richement traitées, étaient écrits, comme on le voit sur tous les cercueils connus, le nom et la filiation du défunt. Dans les bas temps on attachait même au cercueil une tablette en bois où ce nom et cette filiation étaient également écrits. Ainsi arrangées , ces momies étaient mises en chantier dans les tombeaux creusés dans la montagne , et oîi l'on voit encore de ces momies empilées par milliers ; les prêtres avaient la propriété et la police de ces funéraires habitations , et toutes les momies qui y étaient déposées payaient chaque année un droit fixe, dont le produit tendait continuellement à s'accroître.

Il existe des contrats qui rendent témoignage de ce fait, et qui nous apprennent encore que les prêtres vendaient pour un certain nombre d'années les droits à percevoir dans divers tombeaux, à une espèce de fermier général qui sous-traitait avec d'autres fermiers pour un ou plusieurs tombeaux en particulier; et dans un contrat, on trouve la liste nominative des momies qui, dans chaque tombeau, payaient annuellement ce droit de gite. C'est ainsi que les vivants et les morts concouraient également à enrichir les temples et au maintien de la puissance sacerdotale, dotée à la fois par la loi , par la piété des rois et des citoyens.

Il est à remarquer, cependant, que le fisc royal percevait alors sur les temples' des impositions de plus d'un genre, et ce droit n'était, peutêtre, dans l'intention du législateur, qu'un moyen de modérer, au gré de l'autorité publique , l'accroissement des richesses d'une caste toujours puissante par son influence morale; la bienfaisance des princes; et la raison d'état prescrivant sans doute, selon les temps , ou de rigoureuses perceptions, ou des remises entières ou partielles.

Il résulte en effet de diverses données historiques, tirées de monuments authentiques , et notamment de l'inscription de Rosette , que les temples, entre autres contributions au fisc roval,

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lui livraient chaque année une certaine quantité de toiles de byssus , et il arriva qu'à l'occasion de son couronnejnent, Ptolémée Épiphane fit aux temples de l'Égypte la remise non-seulement des toiles qu'ils étaient en retard de fournir depuis huit ans, mais encore celle des indemnités que le fisc pouvait réclamer pour une portion de ces toiles qui , ayant été fournies , se trouvaient inférieures à récliantillon :

et ceci est une donnée curieuse , en ce qu'elle autorise à croire qu'il y avait dans ces temples des manufactures de toiles de byssus, et peut-être encore d'autres objets dont la consommation, comme celle de ces toiles, était considérable dans la caste sacerdotale. Les temples payaient aussi au fisc une contribution annuelle en . blé et une autre en argent; Ptolémée Épiphane leur en fait aussi la remise pour les huit premières années de son règne, quoique ce qui était dù format , dit l'inscription , une valeur considérable. La ligne suivante de ce précieux monument nous apprend que les terres sacrées payaient aussi annuellement au trésor royal une artabe poui* chaque aroure de ces terres , et une amphore de vin pour chaciue aroure de vigne, ce qui est évalue à un peu plus de six anciens boisseaux de blé, ou autres grains, pour un journal de terre labourable , et à environ ti'ente-six de nos anciennes pintes de Paris pour un journal de vigne.

Deux autres obligations, imposées au profit de la couronne sur la caste sacerdotale, paraissaient un i)eu étranges, et feront juger avec certitude du degré de supériorité auquel la classe militaire, doù était tirée la famille royale , était parvenue à l'égard de la caste sacerdotale , primitivement en possession d'une si haute prééminence sur tous les autres ordres de l'état.

Pour l'initiation aux mystères , chaque prêtre payait un tribut "au roi.

Nous lisons en effet dans l'inscription de Rosette que Ptolémée Épiphane abaissa au taux anciennement eu usage, et tel qu'il était établi à la première année du règne de son pere.

le droit que les prêtres payaient pour être initiés aux mystères. Cette initiation n'était vraisemblablement que l'avancement successif des néophvtes dans les divers degrés de la hiérarchie sacerdotale, d"où il faudrait induire

Elusieurs faits également remarquales , savoir : que l'avancement aans l'ordre sacerdotal et la promotion aux fonctions supérieures étaient réglés par une loi de l'état; que l'autorité royale intervenait dans l'exécution de ce{te loi, et que le fisc percevait un droit sur les promotions : singulière organisation qui a précédé dé deux mille ans le régime actuel de certaines classes sacerdotales qui tiennent aussi leur pouvoir et leur promotion de l'autorité civile , en reçoivent une dotation pécuniaire, et la faculté de posséder des propriétés territoriales qui sont soumises à la loi générale des contributions publiques.

L'autre coutume singulière que nous avons à signaler est l'obligation où étaient tous ceux qui appartenaient aux tribus sacerdotales , de faire tous les ans un voyage par eau à Alexandrie. Le nom de cette ville pourrait faire supposer que cette obligation imposée aux membres de tout rang de la caste sacerdotale était une innovation introduite par les Ptolémees, en mémoire peut-être d'Alexandre, fondateur de la monarchie grecque en Égypte ; mais on ne saurait où trouver la preuve d une telle innovation ou de toute autre de cette importance faite en Égv pte par les Ptolémées. A l'exemple d'Alexandre, ils respectèrent, ils continuèrent les anciens usages de ce pa\ s ; et si sous les Ptolémées les prêtres étaient tenus de faire tous les ans un voyage par eau à Alexandrie, c'était "sans doute par suite d'une ancienne loi qui obligeait les membres du corps sacerdotal à se rendre une fois par an dans les capitales du royaume , Thèbes, Slemphis et ensuite Alexandrie; là était le grand-prêtre, le centre de l'union et de la discipline religieuse, l'autorité qui jugeait, qui conseillait , la source des promotious , des récompenses et des faveurs. L'his-

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toire ne donne aucune explication des motifs de la loi qui ordonnait ces voyages annuels à une caste très-nombreuse ; toute autre conjecture sur ce sujet serait oiseuse ; il en résulte seulement une preuve de plus de l'autorité des lois civiles sur la classe si puissante des prêtres de l'Égypte, et, on peut le dire, du perfectionnement successif des formes d'un gouvernement qui avait su concilier en des points très-importants l'autorité et l'obéissance, l'usage de certains privilèges avec l'accomplissement d'impérieux devoirs ; babile enchaînement de franchises spéciales à chaque caste et d'une commune dépendance de l'autorité des lois, qui savait h la fois soumettre irrésistiblement à leur empire le sceptre , l'épée , la mitre et la charrue.

Tel était l'état de la caste sacerdotale égyptienne , considérée dans les bases essentielles de sa constitution , dans celles sur lesquelles reposaient réellement son existence , son pouvoir et l'autorité que doivent donner dans un pays très-civilisé, à l'un des premiers ordres de l'état , la richesse fondée sur des revenus certains et de grandes possessions territoriales. Il nous reste à considérer cet ordre dans son état moral , dans sa hiérarchie et ses fonctions diverses, dans ses autres devoirs comme dans ses autres privilèges.

On a vu par les détails des principales cérémonies religieuses dont la loi faisait un devoir aux monarques égyptiens dans les circonstance marquantes de leur vie, combien l'autorité sacerdotale était mêlée à l'autorité royale, et aux époques les plus connues de l'histoire de l'Égypte , aucun signe ne se manifeste visiblement qui nous révèle la décadence de cette caste puissante. Ce qu'Hérodote a vu, ce que Diodore de Sicile a raconté d'après les écrivains qui l'avaient précédé, nous la montrent partout présente, ayant le monopole des sciences et des princi-

t)ales branches de l'administration de 'état , de grands revenus et de grandes propriétés incomniutables comjne

leur autorité. Dans les bas-reliefs historiques, les Ptolémées et les empereurs romains se montrent dans des cérémonies publiques pareilles à celles où les monuments contemporains des plus anciens Pharaons connus nous montrent ces mêmes Pharaons s'inclinant devant la majesté divine personnifiée par les prêtres de divers ordres ; et jusqu'aux derniers temps de la monarchie égyptienne, le monarque appelé au trorie par sa naissance fut intronisé et sacré a Meniphis, dans une assemblée générale de l'ordre sacerdotal, convoquée pour la proclamation du nouveau roi. Dans tous les temps aussi de la monarchie , les rois ne cessèrent de travailler à l'édification, à l'agrandissement ouà l'ornement des monuments religieux , et en cela ils ne faisaient que souscrire à une influence toujours puissante par ellemême et surtout par l'opinion du pays. On sait en effet la persistance de la nation égyptierme dans ses croyances religieuses ; les persécutions des Perses , la tolérance du culte grec et du culte romain en concurrence avec le culte égyptien, qui ne cessa pas d'être la religion dominante, rien n'altéra l'esprit religieux de l'Égypte, sa foi aux dieux de ses ancêtres. La présence des légions romaines n'empêchait pas que de fréquentes séditions naquissent à la plus légère insulte faite par le vainqueur aux dieux et aux autres objets du culte national égyptien : la caste sacerdotale tira donc de la dévotion publique une force d'iniluence et une autorité qui ne pouvaient succomber qu'avec la monarchie et la nationalité de l'Égypte. La royautî comme le sacerdoce turent redevables de leur longue durée au même système social, celui de la propriété à toujours substitué à une classe de citoyens et non pas à une famille; ils étaient l'un et l'autre implantés profondément dans le sol national , le temps favorisait également leur croissance; la monarchie et la prêtrise devaient durer autant que le sol , et même toujours , si un déluge , ou une invasion armée non moins calamiteuse, ne ve-

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naient le ravager ou le détruire. Il a eu aussi ses mauvais jours.

Ainsi constituée sur la possession territoriale, la caste sacerdotale tout entière était comme une famille possédant un vaste héritage, transmissible, selon des conditions connues, à ses divers membres de génération en génération. C'est ce droit d'héritage de la terre qui rendait obligatoire l'hérédité des fonctions, parce que la nature de ces fonctions déterminait la part cohéréditairenflérente à chaque membre de la famille : c'est sur ce principe fondamental que repose toute la constitution de la caste sacerdotale égyptienne.

Les prêtres se mariaient donc, et leurs enfants mâles étaient prêtres.

La multiplicité des lieux de dévotion, leurs riches dotations et la fertilité de l'Egypte , expliquent sans difûcultés comment un si grand nombre de prêtres pouvait vivre dans l'aisance ; et à ces dotations , à ces professions , il faut ajouter encore les subventions qu'ils recevaient du trésor royal pour les nombreuses fonctions salariées qui étaient réservées à leur caste et qui embrassaient toutes les branches de l'administration publique non spécialement militaires. Ainsi l'existence des familles sacerdotales était assurée à perpétuité par la possibilité de la transmission d'une part de l'héritage commun , proportionnée au nombre des membres de la famille ; la même condition leur était aussi garantie , le rang hiérarchique était de même héréditaire ; il n'y avait donc que des chances de promotion pour les familles comme pour les individus, espèce de tontine d'honneur et de fortune, garantie de toutes les mauvaises chances par la loi d'une indissoluble association.

Le grand -prêtre , le chef suprême de l'ordre, était, après le roi, le premier fonctionnaire de l'état. On montra à Hérodote la série chronologique des statues des grands-prêtres ; elles étaient déposées dans le temple à côté de la suite des statues royales. Les fils des principaux titulaires de l'ordre sa-

cerdotal vivaient avec les enfants du monarque, et remplissaient ainsi auprès du roi lui-même les fonctions les plus relevées dans le service du palais. L'alliance des rois et des prêtres était intime comme celle de la royauté avec le sacerdoce : pouvoir un autrefois , et qu'une révolution avait divisé en deux parties intimement adhérentes pour leur commune utilité, mais que des intérêts rivaux devaient empêcher de jamais se confondre.

L'organisation symétrique du culte public multiplia , aù gré d'une population essentiellement religieuse , les temples et les lieux sacrés ; l'habitation des morts était aussi de ce nombre ; enfin la déification et le culte des rois , soit de leur vivant, soit après leur décès, ouvraient de vastes carrières où les prêtres de tout rang trouvaient un emploi assuré. Tout porte à croire qu'on multipliait ou qu'on restreignait ces emplois dans une juste proportion avec les ressources de chaque temple ; quand les prêtres de j\Iemplis établissent dans les principaux temples un service religieux en l'honneur du roi Ptolémée Épiphane qui vient de se montrer si bienfaisant envers les dieux , ils pourvoient en même temps aux déi)ensesdu culte de ce dieu nouveau , à celles des sacrifices et des libations qu'il occasionnera. Le service journalier des dieux exigeait d'ailleurs beaucoup de monde , et la diversité des emplois explique la diversité des classes de prêtres qui composaient l'ordre en général. Comme dans tous les pays sans doute , et surtout dans les corporations religieuses, la capacité se faisait jour des rangs infimes jusqu'aux premiers emplois ; ainsi le voulait l'intérêt de l'association ; la loi de l'heridité des charges n'en souffrait aucune atteinte; là, comme ailleurs, des familles s'éteignaient sans descendance , et ouvraient ainsi une voie certaine h des promotions successives. La diversité des fonctions attribuées à la classe sacerdotale était un moyen de plus de classer les personnes selon leur mérite, et le hasard de la naissance devait aussi, dans cette antique société , faire

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réserver pour les pauvres d'esprit les nonneurs du martyre, ou les plus humbles emplois. Ceux-ci n'étaient sans doute ni les prêtres savants enseignant dans les écoles des temples les sciences , les arts , les lettres , la musique , le dessin , la cosmogonie, la physique, l'histoire naturelle, la religion et la morale ; ni des prêtres administrateurs des finances, chargés de la répartition et de la levée des imôts; ni des prêtres administrateurs e la justice , interprétant des lois , et jugeant au nom du roi toutes les contestations civiles et criminelles. Les membres de la caste sacerdotale étaient donc dans le plus intime rapport avec tous les intérêts individuels, et les intermédiaires inévitables entre Dieu et les hommes , entre le roi et les citoyens. Leur concours aux affaires publiques n'était pas moins constant ni moins nécessaire ; l'esprit religieux de la nation mêlait à toutes ses actions l'invocation des dieux ; dans la paix et dans la guerre , dans la famille et dans la cité , à la retraite des eaux de l'inondation, à l'ouverture des sillons pour la semence des grains, .à la récolte des fruits de la terre , les dieux apparaissaient par les prêtres , dirigeaient les décisions les plus importantes, ou sanctifiaient , par des témoignages de leur satisfaction, la possession des fruits dont ils avaient reçu les prémices en offrandes. Les

f)rêtres scribes des temples écrivaient es annales nationales, les livres sacr-és, les rituels funéraires plus ou moins étendus que la piété des familles déposait dans le cercueil des parents morts ; on écrivait beaucoup en Égypte , et si les prêtres avaient presque seuls le monopole de cet art admirable , ce monopole devait être considérable et lucratif, le grand nombre de signes de l'écriture hiératique, employée dans la plupart des cas , devant rendre bien peu communs hors de la classe savante l'usage et la pratique de l'écriture.

Les prêtres professaient aussi la médecine et la chirurgie; chaque médecin devait s'adonner à l'étude d'un

genre de maladie; c'était un moyen de la mieux connaître , et de la guérir s'il était possible. Quoique non prescrite par les lois , cette spécialité n'est pas étrangère aux sociétés modernes, et les plus belles réputations médicales sont , en général , fondées sur ces spécialités. Puisqu'elles étaient de règle en Égypte , il faudrait voir dans cette loi une nouvelle preuve de cet esprit de prévoyance, ou de régularisme si l'on veut , qui avait fait trouver en Égypte des prescriptions immuables pour les nécessités les plus mobiles des sociétés humaines. Avec la sévérité du régime imposé à la nation tout entière, , il est possible toutefois qu'il y eût en Égypte plus de constance, plus d'uniformité dans la série annuelle des faits physiques et physiologiques, dans rétat,'conséquemment,de la santé publique, et qu'elle fût ainsi à l'abri de ces importations pestilentielles qui rendent si variable l'état annuel de nos populations dans nos contrées, que rien ne préserve d'un mélange universel et d'une communauté réelle de biens et de maux. La variété et l'influence proportionnelle des maladies pouvaient donc être approximativement connues en Égypte, et l'administration sacerdotale , qui avait sous sa main le collège de médecine , pouvait régler chaque année le nombre des médecins à admettre et leur répartition dans les divers services : l'activité et la convenance parfaite des mesures de police et de salubrité pouvaient donner aussi à ces déterminations une suffisante certitude.

Personne n'a contesté aux Égyptiens le talent d'observation et une aptitude particulière à la recherche des faits naturels : aucune nation n'a connu son pays comme le collège des prêtres savants connaissait l'Egypte , et nulle part l'administration publique ne fut plus attentive à réaliser dans l'intérêt général les conseils et les prescriptions qui ressortaient de cette connaissance.

Il est vrai que l'uniformité annuelle des principaux phénomènes physiques rendait à la fois cette étude plus facile,

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et l'expérience des conseils plus certaine. Cette immense et merveilleuse inondation du Nil, revenant tous les ans le même jour, laissant pendant le même espace de temps l'Egypte sous les eaux, inculte et stérile, "et sa population vagabonde sur une mer de quelques mois ; la retraite des eaux donnant au pays une surface nouvelle et à la race humaine qui l'habitait une activité que rien n'arrêtera plus que le retour inévitable du même pliénomène; cette régularité, cette prédestination providentielle, imprimaient infailliblement au caractère de la nation, des habitudes d'ordre et de prévoyance qui prennent rarement au cœur de nos populations mobiles et légères , impatientes de tout frein social, an>bitieuses d'indépendance et considérant le travail comme une obligation ignoble, et réalisant les avantages de la liberté dans les torpeurs de la paresse et la licence des dissipations. L'Égypte s'observait attentivement , et li'ôbservait qu'elle-même pour son propre avantage , renouvelant chaque année ses observations, les contrôlant pour leur succession périodique, essayant des remèdes à des maux bien constatés, et parvenant ainsi à une série de préceptes d'une utilité incontestable consacrés par cette observation et l'expérience.

De tous ces préceptes , de toutes ces créations protectrices fruit si précieux de cette sollicitude attentive qui caractérisa , dans les temps de sa splendeur, l'administration publique de rÉg3 pte , il en est une que nous devons "particulièrement remarquer, à cause de son importance sans égale, et qui révèle aussi , par son objet conune par ses moyens, cette constante alliance de la science avec la religion, enseignées l'une et Vautre dans les temples , l'une et l'autre dans les attributions de la caste sacerdotale. Je veux parler des momies, de la niomilication des corps morts , institution à la fois politique et religieuse, et, en résumé, précepte d'hygiène publique, sanctionné par l'autorité divine, sanctilié par le concours de la religion.

Après la retraite des eaux du Nil , la terre est couverte du limon qu'il y a déposé, et de la dépouille des animaux de toute espèce que l'inondation a submergés. L'élévation de la température, après la retraite du Nil, dessèche très-vite ce limon , et les matières animales, après un long séjour dans l'eau , tombent prompteinent en putréfaction ; l'air en est corrompu , et la peste frappe et moissonne la popubtion imprévoyante.

Ordinairement les pestes les plus meurtrières suivent les plus fortes inondations ; les eaux s'élèvent en effet davantage dans les terres , atteignent les cimetières sur des hauteurs où le volume du fleuve l'a fait parvenir; il y a donc plus d'inondation , plus de matières animales en putréfaction , plus de peste et plus de mortalité. Voilà ce que nous apprennent les observations faites en Lgypte à des époques diverses , mais toutes postérieures aux premiers siècles de l'ère chrétienne. L'Égypte primitive , et il n'y en a pas d'antérieure aux inondations périodiques du Nil, dut subir les mêmes lois, jusqu'à ce que la cause originelle des épidémies annuelles s'étant révélée par l'observation à l'administration publique du pays, elle v opposa une grande mesure; elle tarît la source de cette meurtrière pestilence, en prévenant la putréfaction des matières animales , en prescrivant leur embaumement avec des matières diverses très-abondantes dans le pays ; et associant habilement ce précepte prophylactique à des idées de patrie et de famille , elle créa ce respect, ce culte des ancêtres , qui fut aussi une des croyances les plus salutaires et les plus morales de la sage Égjpte. Elle fut délivrée du lléau de la peste. Toute l'antiquité rend témoignage de la salubrité perpétuelle de l'Egypte, et nulle relation des épidémies qui ravagèrent l'ancien monde ne nomme l'Égypte comme en ayant éprouvé les cruels effets. Délivrée par la momification des putréfactions animales , il lui restait et son climat sans pluie et sans nuage, et les plus saines produc-

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tions , et l eau la plus salubre de l'univers.

L'histoire des pestes et des épidémies observées depuis le sixième siècle de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du dix-huitième , est unanime sur un point : toutes les pestes , les véritables pestes qui ont affligé l'Orient et l'Occident , sont venues d'Egypte ; l'Egypte est le pays natal de la peste ; chaque année elle en éprouve les cruelles atteintes ; cependant la peste fut inconnue à l'antique Egypte , durant une longue série de siècles. Que s'est-il donc passé en Egy pte dans ce long intervalle, pour qu'à tant de bien ait succédé un si meurtrier fléau , depuis le sixième siècle de notre ère? C'est depuis ce même siècle que l'usage et l'obligation de momifier les morts ont cessé : les Pères du désert qui prêchèrent le christianisme sur les bords du Ail, et saint Antoine surtout, qui mourut en 356 , défendirent à grands cris aux nouveaux chrétiens , et sous les peines de la damnation éternelle, d'imiter les païens , leurs ancêtres , qui embaumaient les cadavres de leurs parents, et les entouraient de signes et d'ornements diaboliques; on écouta, on suivit ces pieuses et ignorantes prédications répétées pendant un siècle : on ne fit plus de momies , et l'année 543 est la date de la première peste à bubon que l'Egypte donna au monde; elle ravagea l'Europe pendant un demi-siècle , et tous les ans , après la retraite des eaux de l'inondation, l'Égypte en éprouve les effets plus ou moins meurtriers, plus ou moins contagieux pour les nations voisines; et il n'y a jamais de peste dans la Haute- Egypte, dans la partie du pays la plus chaude cependant , parce que le ÏSil , encaissé dans la vallée, n'inonde pas les terres riveraines, ne submerge pas d'animaux , ne laisse pas après lui , en se retirant, de germes d'un homicide fléau. .

C'est au docteur Pariset qu'appartient l'ingénieuse opinion dont on vient de lire les motifs : il a expliqué, je crois, l'origine de la momification en Égypte, et recueilli de précieuses

notions sur l'histoire de la cruelle épidémie si commune dans le levant: souhaitons avec lui que INIohamed Ali , éclairé par les conseils de notre savant philantrope, applique sa volonté toute puissante à la destruction de ce fléau, et imite en cela l'antique prévoyance des Pharaons : l'Europe serait reconnaissante d'un tel bienfait, et la France serait heureuse de l'avoir inspiré.

C'est aussi dans les sanctuaires que les sciences exactes étaient spécialement étudiées, perfectionnées, et qu'on en recherchait attentivement les applications d'une utilité générale. Les astronomes étaient aussi des prêtres; et les vastes plates-formes des temples servirent d'observatoires. Il est certain, en effet, que les Égyptiens observèrent assidûment l'ordre des phénomènes célestes , et le connurent avec toute la précision qu'exigent les usages communs de la société. L'explication de l'inégale durée des jours , des phases de la lune , des éclipses , celle des mouvements apparents des planètes, enfin l'étude de tous les principes fondamentaux de l'astronomie , composaient une science réelle, qu'on s'attacha sur tout à consacrer a l'utilité publique. Elle fut mêlée intimement avec la religion, et elle fournit au gouvernement, dans ce pays oià les phénomènes physiques se renouvelaient annuellement avec une merveilleuse périodicité, plus d'un bon précepte pour une adminis-tration éclairée et prévoyante. La suite des observations leur fit connaître que le lever des mêmes astres cessait, après l'intervalle de plusieurs siècles, de correspondre aux mêmes saisons , et ils avaient remarqué ce déplacement.

Ils avaient divisé le ciel en constellations ; leurs noms et leurs figures avaient des rapports certains avec le climat de l'Egypte. L'institution du zodiaque fut leur ouvrage , et elle remonte à des époques antérieures à l'an deux mille cinq cent avant l'ère chrétienne. Le calendrier civil était réglé alors et le cycle sothique établi. L'année était composée de 3G5 jours , divisés en 12 mois de 30 jours chacun , suivis de cinq jours épagoniènes ou

L'UNIVERS

complémentaires. Alors aussi existait la semaine, ou période de sept jours, l'un des plus antiques vestiges de la civilisation , période d'une certitude sans égale , et qui ayant pour unique élément le jour, permet de remonter sans interruption , sans confusion ni erreur, d'aujourd'hui au premier soleil que vit la race humaine. On croit que le nomhre des jours de la semaine fut tiré du nombre des planètes alors connues, et qu'on donna aux jours de la semaine les noms de ces mêmes astres. Il e.st certain du moins que l'antiquité classique nous a conservé cette période ainsi constituée ; et si l'on se demande pourquoi cette apparence d'arbitraire, ou ce signe d'ignorance peut-être, qui se manifeste dans l'ordre actuel des jours de la semaine, qui ne sont pas rangés dans l'ordre des planètes selon la durée de leurs révolutions, c'est à l'Égypte que nous demanderons la solution de ce singulier problème ; et nous apprendrons que de noire temps, comme dans ceux de toute l'antiquité, le premier jour de la semaine était celui de la lune, lundi, le deuxième était celui de Mars , le troisième de Mercure, le quatrième de Jupiter, le cinquième de Vénus, le sixième de Saturne, et le septième du soleil , ou le jour de Dieu; tandis que l'ordre astronomique des planètes fut tout autre : la lune , IMercure , Vénus, le soleil. Mars, Jupiter et Saturne , c'est-à-dire, pourles dénominations des jours de la semaine , si elles étaient analogues , lundi , mercredi , vendredi, dimanche (jour du soleil ou de Dieu ) , mardi , jeudi et samedi. Un auteur ancien , Dion Cassius , nous a donné la clef de cette énigme, et appris que les Egyptiens avaient divisé le jour en (juatrè parties ; que chacune d'elles était sous la protection d'une de ces planètes , et que chaque jour prit le nom de la planète qui en protégeait la première partie. Ainsi, le premier jour tut celui de la lune , parce que les quatre parties de ce jour étaient consacrées aux quatre planètes, la lune, Mercure, Vénus et le soleil; le jour suivant était dédié aux quatre planètes

Mars, Jupiter, Saturne, et la iune en continuant d'en suivre la série ; le troisième jour était nécessairement celui de Mercure , puisque la planète de Mercure était la première des quatre qui, dans l'ordre de ces astres, appartenaient à ce jour , et ainsi de suite, jusqu'à la fin de la semaine.

Les sept jours de cette période épuisaient tout juste le tableau des sept planètes après quatre roulements consécutifs ; et il est à observer qu'on arriverait au même ordre dans les dénominations des jours delà semaine, et au même épuisement intégral du tableau des planètes, 24 fois répété, en affectant une planète à chaque heure du jour divisé en 24 parties au lieu de 6, selon une autre opinion ancienne ; il faudrait seulement opérer dans l'ordre rétrograde des sept planètes qui viennent d'être nommées. C'est donc sur cet ordre que repose un des usages le plus universellement répandus, la semaine, et peut être le seul dans les sociétés modernes, qui ait pour lui une si haute .sanction d'antiquité et de durée. L'Egypte est donc arrivée jusqu'à nous, et c'est elle qui règle encore avec sa religieuse autorité une de nos principales institutions publiques, la division civile du temps la plus usitée, celle qui a prévalu sur tous les systèmes proposés par la science , oii par l'autorité de l'église ou de l'état.

Mais on sait que la haute antiquité de l'astronomie pratique en Egypte avaitété révélée par des faits certains et l'expression la moins équivoque de certains monuments, autres même que les zodiaques d'Ésnéh et de Dendérah [pl.

11), incontestablement sculptés durant la domination romaine en Egypte, soit comme monuments composés pour des événements contemporains de la construction des édifices où ils furent placés , soit , ainsi que le veulent d'autres opinions, comme copies d'anciens types semblables , remontant àaine antiquité exprimée par le thème astronomique qui s'y trouve figuré , et quf» le temps avait détruit. Il est indispensable de rappeler que ces opinions de l'antiquité des types antérieurs aux

ÉGYPTE

zodiaques actuels, et de leur expression chronoloiîique, s'accréditèrent difticilenient, malgré la science profonde de l'illustre Fourier, dont l'esprit supérieur et l'habileté de critique devaient cependant recommander les jugements.

L'antiquité extraordinaire de la civilisation égj'ptienne était encore une opinion trop nouvelle , elle dérangeait aussi trop d'avis contraires bruyamment énoncés avec plus ou moins de conviction, pour qu'elle se pilt établir sans contradicteurs, etil ne lui en manqua point. Mais de nouvelles recherches devaient les confondre, et on n'en trouve presque plus aujourd'hui que contre ceux qui refuseraient à l'Égvpte autant de science et autant de siècles qu'il plaît à ses partisans de lui en accorder.

Nous ne signalons pas ici une versatilité de plus dans les opinions de notre temps, mais un progrès, et il est aujourd'hui permis d'exposer, de démontrer, de soutenir au sein même des académies, la science et l'antiuité de l'Égypte, les grandes actions e ses rois , les grands travaux de ses artistes, les grandes découvertes de ses astronomes. L'un des plus savants de notre époque, M. Biot, a porté au - delà de toute prévision la révélation des notions astronomiques dont on ne peut refuser aux Égyptiens la parfaite connaissance ; et ïf confirme ainsi ce que Fourier avait publié, que les antiquités astronomiques observées enÉgv pte faisaient remonter l'institution de la sphère égyptienne, fruit d'observations antérieures , au 25" siècle avant l'ère chrétienne; qu'ils en avaient ensuite observé les déplacements, et que des monuments subsistants portent des témoignages évidents de cette observation. Avec les formules établies par les géomètres pour représenter les mouvements planétaires , pour en reproduire les phénomènes et pour reconstruire l'état des cieax pour une antiquité quelconque , M. Biot , interprétant les représentations astronomiques dont Champollion le jeune a recueilli les dessins dans les tableaux historiques ou religieux qui décorent

1' Livraison. (Egypte.)

des temples ou des tombeaux en Haute- Kgypte , a reconnu qu'en l'année ju- Ijenne 328.5 avant l'ère chrétienne , les Egyptiens avaient déterminé dans le ciel la vraie position de l'équinoxe vernal , du solstice d'été et de l'équinoxe d'automne; de plus, que 1505 ans plus tard, en 1780 avant la même ère , ils avaient reconnu que ces points primitifs s'étaient considérablement déplacés; enfin, que les Égyptiens ont exprimé ces deux états du ciel sur leurs monuments. JM. Biot emploie en ces curieuses recherches celles par lesquelles Champollion le jeune , dans son Jlémoire sur la notation graphique des divisions civiles et astronomiques du temps , avait prouvé par les monuments que l'année vague égyptienne , composée de 12 mois de 30 jours et de 5 jours épagomènes , s'écrivait depuis la plus haute antiquité sur les monuments par des signes qui la partageaient en trois saisons , la végétation , la récolte et l'inondation. A chacun des douze mois était attaché un personnage divin qui y présidait: parmi eux, Champollion faisait reconnaître les emblèmes des deux solstices et de l'équinoxe vernal ; et j\L Biot a fait voir que la répartition de ces emblèmes s'accordait très-exactement avec les phases correspondantes de l'année solaire vraie , dans les trente ou quarante siècles qui ont précédé notre ère. Toutefois , l'année vague était plus courte que cette année vraie ; la notation écrite de la première ne coïncidait plus avec l'état réel de la seconde ; la différence s'accroissait tous les jours jusqu'à ce qu'elle eût amené une nouvelle coïncidence entre les phases écrites et les phases réelles. Ceci arrivait après un intervalle de 1505 ans juliens. Ces coïncidences appartiennent aux années 275 ,1780 et 3285 avant l'ère chrétienne; M. Biot a reconnu celle de l'an 1780 comme figurée au Rhamesseum de Thèbes, différente, comme elle doit l'être, de celle de l'an 3285; distinction bien intentionnelle, conséquemment observée , et (jui donne à la plus ancienne le caractère d'expression primitive, et

permet de rapporter à la même é|)0- (jue l'institution originelle du calendrier civil dont l'Éirypte aura ainsi conservé l'usage pendant quatre mille ans.

Ceci est bien l'œuvre des membres de la caste sacerdotale chargés de l'observation du ciel , et les recherches du savant astronome moderne tendraient à prouver que les anciens remplirent dignement leur office. C'est à eux aussi que d'autres savants, nos contemporains , ont attribué les noms et les figures des constellations, déterminés par leurs rapports avec le climat de l'Égypte , et ayant pour objet d'annoncer l'ordre dessaisons parles levers de ces constellations , au commencement de la nuit. Mais l'on ignore si les Égyptiens ont acquis , par leurs propres observations , les connaissances antérieures que suppose cette division du ciel , ou s'ils les ont reçues des autres nations de l'Asie ; le défaut de monuments d'une antiquité certaine et recuejllis dans cette vaste contrée rend très-diflicile la solution de cette question Mais l'histoire écrite de l'observation du ciel par les anciens Asiatiques conserve néanmoins quelques traits dignes d'une sérieuse considération. Les astronomes de l'école d'Aiex.indne ont assis leurs théories sur leurs piopres observations qu'ils compnréreiit avec celles de leurs devanciers en Asie. Ils citent de celles-ci un certain nombre qui sont autant de faits consignés dans les antiques annales des sciences , d'où les Grecs les tirèrent ; et l'usage qu'en lirent .sans hésitation Hipparque etPtolémée donne à ces observations relatées toute l'autorité qui est propre aux faits liistoriques les plus avérés. Il est vrai que la plus ancienne observation citée dans l'Almageste , ou Grande Composition rédigée par Ptolémée , est celle de l'éclipsé de lune du 19/20 mars de l'an 721 avant l'ère chrétienne; observation faite à Babylone par un astronome dont on n'a pas conservé le nom. D'autres phénomènes lunaires, observés aussi a Babylone , sont emfjloyés par Ptolémée dans le même ou-

vrage; mais la date des deux plus anciens est encore postérieure de 12 et de 18 mois à celle de l'érlipse précitée ; il ne nous est donc parvenu de l'Asie , par les Grecs , que des notions qui ne remontent pas au-dela du VIII* siècle avant l'ère chrétienne. Mais les annales de la Haute-Asie nous sont inconnues; la puissance des grands empires qui occupaient cette vaste contrée semblera toujours inséparable de la pratique des sciences et des arts de la civilisation. Il n'y pas de supportable division du temps pour les usages civils sans une astronomie fondée sur quelques théorèmes de géométrie ; et l'usage de quelques instruments élémentaires leur put suflire pour des observations d'éclipsés. Les prêtres de liélus, selon Diodore, observaient assidûment les astres du haut des tours de Babylone; ils avaient réuni une série d'observations embrassant une série de siècles; et Ptolémée ajoute que des listes d'éclipsés avaient été apportées de Babylone en Egypte.

Pourquoi donc Càllisthènes , arrivé dans cette vaste cité avec Alexandre, n'aurait-il pas pu connaître les registres de ces observations , et envoyer à son oncle Aristote, comme le dit Simplicius, d'après Porphyre, un état de ces éclipses de soleil et de lune observées par les prêtres clialdéens, pendant les 1903 ans qui avaient précédé la conquêted'Alexandre? La simultanéité de la civilisation de Thèbes et de Babylone, les invasions militaires de l'Égypte en Asie dès le XVIII' siècle avant J'ère chrétienne , celles qui avaient eu lieu plus anciennement encore sans doute , puisque cette civilisation simultanée des deux empires , bien antérieure à cette dernière époque , avait dd créer aussi antérieurement cette rivalité d'intérêts et de prépondérance qui ne cessa que par l'asservissement commun des deux empires sous l'épée romaine ; toutes ces circonstances, disons-nous, et ia facilité des communications par les routes de mer, ne permettent gîière de supposer en Assyrie une science de l'observation des "astres qui aurait

l'iGYPTE.

été ignorée en Kgyple. L'époque de l'institution originelle du calendrier civil en Egypte, assignée par M. Biot, suppose d'ailleurs, et avec une juste réciprocité pour les prêtres babyloniens , cette science bien ancienne parmi les membres de la caste sacerdotale égyptienne, à qui cette partie de l'enseignement et de la pratique des sciences était attribuée.

Diodore de Sicile rapporte ce qui suit : « Les prêtres exercent les enfants dans l'étude de l'arithmétique et de la éométrie; car les inondations du Nil étruisant chaque année les limites des terres , de nombreuses contestations s'élèvent entre les voisins, et c'est par la géométrie qu'on les vide. L'arithmétique sert aussi et pour les usages sociaux, et pour les spéculations de la géométrie. Elle est surtout trèsutile à ceux qui cultivent V astrologie, car les Égyptiens , comme d'autres peuples, observent aussi les lois et le mouvement des astres , et conservent une série d'observations qui remontent à un nombre incroyable d'années , cette étude étant cuitivée chez eux dès les plus anciens temps. Ils ont aussi soigneusement décrit les mouvements, la marche et la station des planètes , et l'influence bonne ou mauvaise de chacune d'elles sur la naissance des êtres, et ils en tirent souvent des prédictions sur les événements de la vie des hommes. »

Porphyre a su que les prêtres égyptiens employaient les nuits, partie à des ablutions , et partie à l'observation des astres. Strabon a vu. à Héliopolis un vaste édifice qui était l'habitation des prêtres adonnés spécialement à l'étude de la philosophie et de l'astronomie; et Diodore ajoute à ce qui vient d'être rapporté , que les prêtres égyptiens prédisaient l'avenir tant par la science des choses sacrées que par celle des astres. Clément d'Alexandrie, qui avait vu la lin des institutions pharaoniques en Égypte, place dans j'ordre des prêtres , et avant le scribe sacré, le prêtre qui a les fonctions d'horoscope. Il tenait dans ses mains , dit le savant Père , une horloge , et un

phénix symbole de l'astrologie , et qui portait toujours , pendus à son bec, les livres astrologiques de Thoth, au nombre de quatre : le premier traitant de l'ordre des étoiles errantes et apparentes ; le second des conjonctions et de l'illumination du soleil et de la lune; les deux autres du lever de ces deux astres. Enfin, il paraîtrait, par un rapport de Chœrémon dans Porphyre, que le prêtre horoscope était placé bien au-dessus de la foule des autres prêtres , soit pastophores, soit néochores, ceux-ci n'étant pas soumis à de si nombreuses ou à de si complètes purifications.

Il résulterait donc de tous ces rap-

Sorts , que les anciens Égyptiens , étournant une science vraie de ses applications rationnelles et logiques , auraient fait, comme tant d'autres peuples anciens et modernes , de l'astrologie avec les principes de l'astronomie; et cette erreur remonte en effet à une très-haute antiquité, selon les rapports de quelques écrivains assez renommés , et les recherches plus récentes d'un de nos plus habiles critiques , M. Letronne. Nous rappelons ici sommairement ces diverses notions.

Toutes les traditions de l'antiquité placent le berceau de l'astrologie dans la Chaldée et en Égypte , et l'on peut remarquer en passant que ce fait bien avéré est une nouvelle preuve des communications qui existèrent entre ces deux contrées. Quant à l'Égypte , adonnée très-anciennement à là pratique de l'astrologie, Ciçéron nous dit formellement que les Égyptiens sont considérés comme connaissant , depuis un grand nombre de siècles , cette science des Chaldéens , qui , fondée sur l'observation journalière des astres , prédit l'avenir et la destinée des hommes. lïérodote avait dit avant Cicéron : «Les Egyptiens sont les auteurs de plusieurs inventions , telles que celle de déterminer, d'après le jour où un homme est né, quels événements il rencontrera dans sa vie, comment il mourra , et quels seront son caractère et son esprit. » C'est à

L'UNIVERS

deux Égyptifi'is , célèbres sous ce rapport dans l'antiquité grecque et romaine , et nommés Pétosiris et IVécepso , qu'on attribua les ouvrages fondamentaux de la doctrine astrdlo- {iique égyptienne. Mais l'époque où ces deux savants vécurent et composèrent leurs écrits est fort douteuse : d'une part, on les fait du siècle de Sésostris; de l'autre on confond Nécepso avec le roi d'Égypte de la 26" dynastie, qui porta le même nom ; mais il est positif que Ptolémée et Proclus regardaient ces deux astrologues comme très-anciens, et que ni Pline, ni aucun autre écrivain, latin ou grec, n'a mis en doute l'authenticité de leurs ouvrages : nouvelle preuve de l'origine égyptienne des écrits qui portent leurs noms et de la doctrine qu'ils renferment , et dans laquelle dominent le thème natal du monde et la théorie des décans.

Le fond réel de la science est la croyance à l'influence des astres et le moyen de tirer des pronostics, sur un lionmie,descirconstancesdesa nativité, et du lieu des planètes à ce moment.

11 y avait donc de l'astronomie dans l'astrologie ; mais celle-ci avait un but qui lui était propre et qui s'éloisinait entièrement de l'astronomie. Euùoxe, qui alla en Egypte, y apprit la doctrine astrologique ; mais en l'expliquant aux Grecs, il eut le soin de les avertir (]u'elle ne méritait aucune créance ; aussi Vitruve assure-t-il que les astronomes grecs , Hipparque entre autres , ne iirent aucun usage de l'astrologie, pas même, on peut le dire, ceux qui vécurent après Alexandre.

On regarde donc comme certain que rette fausse science , lille insensée d'une mère sage, comme la nommait Kepler, n'avait pénétré ni dans la religion, ni dans les usages de la Grèce libre; et cette assertion n'exclut point par sa généralité les individus qui purent isolément se délecter aux miracles de la doctrine égyptienne. Les moyens dont elle usait étaient en rapport avec les progrès réels de l'astronomie, et on savait, dans des temps postérieurs à l'empire égyptien, user de calculs, sinon fort difficiles, du moins très-

compliqués , et se fonder sur l'usage de tables astronomiques , dont on n'accorde pas aisément la connaissance ni aux Clialdéens, ni aux Égyptiens. Il résulterait de ces données' diverses , que , si la croyance à l'inlluence des astres est extrêmement ancienne en ïigypte, on doit croire aussi que les combinaisons infinies et les calculs très-longs qui servaient aux astrologues pour dresser leurs thèmes , n'ont pu être exécutés qu'avec le secours d'une astronomie perfectionnée; et si l'antiquité de l'astrologie égyptienne doit dépendre ainsi de l'antiquité des connaissances astronomiques dans la même contrée, on a vu plus haut l'opinion de quelques savants modernes sur ce point important.

Quoi qu'il en soit, l'antiquité classique parle des membres de la classe sacerdotale qui s'adonnaient à l'étude de l'astrologie , assertion qui , pour les tenips les plus anciens de l'histoire de l'Égypte, me semble devoir s'entendre seulement et de l'étude des astres et de celle des phénomènes naturels , avec la méthode des pronostics qui en étaient déduits, étude qui n'avait en elle-même rien d'absurde, qui fût pratiquée par de très-bons esprits , tels que Thalès et Pythagore , et à leur exemple par Eudôxe, Euctémon , Callippe , Méton , Hipparque , et tant d'autres, qui reconnurent, par des observations, l'influence que le lever et le coucher des astres exerçaient sur les changements de l'atmosphère et des saisons, et transmirent à leur postérité les résultats de leurs recherches dans des parapegmes , ou catalogues de ces phénomènes naturels.

Ces anciens astrologues égyptiens pratiquaient-ils aussi les nativités , ou la prédiction de la destinée d'un individu, d'après l'époque des astres au moment de sa naissance? Hérodote l'assure pour son temps. >'ous connaissons donc, par la réunion de ces témoignages divers, les fonctions des membres de la classe sacerdotale à qui était attribuée l'étude des cieux et de^ mouvements des astres, et la science de l'application des résultats de cette

toi

étude aux besoins réels, ou aux préjugés de la société contemporaine.

Il en fut ainsi jusqu'à l'époque de l'influence romaine en Égy^ite. Dès le premier siècle de l'ère chrétienne, de savants astronomes écrivaient contre les astrologues et s'efforçaient de montrer la vanitéde leur prétendue science; mais ces attaques l'accréditèrent peutêtre, car bientôt l'empire romain tout entier crut à l'astrologie , et ajouta avec une sorte d'ardeur à la doctrine fulgurale des Etrusques la doctrine astrologique des Égyptiens. Elle séduisit des esprits très-élevés ; un illustre Romain, Nigidius Figulus, ami de Cicéron , était tort adonné à l'art divinatoire et croyait à la fois à la possibilité de prédire l'avenir et par l'observation des météores et par l'inspection des entrailles des victimes; Lucius Tarrutius , autre ami de l'orateur , pratiquait avec confiance et autorité la divination par les astres et dressait les nativités avec des tables de phénomènes célestes rédigées selon le style égyptien. Si nous voulions dire de quels noms célèbres l'histoire de cette opinion fut illustrée, nous citerions Marc-Antoine, ayant pour conseiller intime un astrologue égyptien, choisi par Cléopâtre, qui lui inspirait ses prophéties et ses divinations; Auguste, cjui fit dresser son thème natal par Theogène ; Tibère et ses successeurs , dont un porta la croyance jusqu'à faire mettre à mort un persoimage à qui un astrologue avait prédit l'élévation à l'empire.

Vespasien et Domitien se dirigèrent parles plus savants dans cette science supposée , et le docte Hadrien lui-même se disait en état de prédire , dès les calendes de janvier, ce qui devait lui arriver jusqu'au 31 décembre : et cette science était traditionnellement parvenue à Rome du plus profond des anciens temples de l'Egypte. Elle était encore en grande vogue en France, il n'y a pas plus de deux siècles.

Tel a été le succès de la science fonpée par les Égyptiens Pétosiris etNécepso , qui eurent pour successeurs toutes les générations des prêtres as-

trologues attachés aux principaux temples (lie l'Egypte, et qui, gardiens fidèles des principes qui leur avaient été enseignes , les transmirent en effet à leurs descendants et jusqu'à nous , comme l'indiquent deux monuments que nous devons citer ici.

Le premier , conservé par les écrivains de la science, est le thème natal de l'univers; il indique les domiciles des planètes au moment même de la création du monde : la Lune était dans le signe du Cancer; le Soleil dans le Lion; Mercure dans la Vierge ; Vénus dans laBaiance; Mars dans le Scorpion; Jupiter dans le Sagittaire; Saturne dans le Capricorne. Le sage Antonin fit inscrire en ces signes ce thème natal de l'univers sur les monnaies qui furent frappées la huitième année de son règne en Égypte, et l'empereur romain consacrait, accréditait par son exemple la science des genethliaques dans le pays même où elle avait pris naissance.

D'autres monuments du règne de ce même prince appartiennent aussi à cette science illusoire et nous présentent un exemple plus développe de ces mêmes thèmes : ce sont deux papyrus écrits en grec et trouvés en Égypte. Les premières lignes du texte d'un de ces papyrus contiennent un préambule qui est l'histoire même de la science. L'astrologue qui a écrit ce thème natal invoque en effet ce qu'il a vu dans beaucoup de livres des anciens sages , particulièrement des Chaldéens, de Pétosiris, et surtout du roi Néchous, qui avaient été euxmêmes instruits par leur seigneur Hermès, et par Asclépius, le même que Imouth, le fils d'Héçhaïstus (Phtha).

Venait ensuite le thème natal, daté de la première heure du 18* jour du mois égyptien Tybi, de la première année de l'empereur Antonin ; mais le reste du manuscrit est perdu. On peut y suppléer par un autre papyrus mieux conservé, portant sur la même page deux colonnes d'écriture, de la même date, et ainsi conçu : « L'an premier d'Antonin César,' notre seigneur, le 8 du mois d'Hadrien, selon

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