‹ Égypte ancienceChapitre 14 sur 38 · LU DIVERS · texte numérisé non relu

LU DIVERS

les Hellènes, (c'est-à-dire, les Grecs d'Alexandrie ) , et selon les anciens (les Égyptiens), le 18 du mois de Tybi , â la pren)ière heure du jour connnencant. >> Le texte dit ensuite :

Le Sofeil dans le Sagittaire, 13 degrés 23 minutes, dans la maison de Jupiter, sur les confins de Vénus.

La Lune dans le Verseau , 3 degrés fi minutes, à l'orient, dans la maison de Saturne, sur les confins de Mercure.

Saturne dans le Verseau , ... degrés 8 minutes, dans son deuxième firmament propre, dans les confins de Mercure.

Jupiter dans le Bélier, 2 degrés 44 minutes, dans le deuxième lirmamer.t, dans la maison de Mars, le point supérieur du Soleil, le point inférieur de Saturne, sur les confins de Vénus.

Mars à l'extrémité du Capricorne , 30 degrés , point de minutes , dans le dixième lirmament, la maison de Saturne, son propre point supérieur, le point inférieur de Jupiter, et ses propres confins.

Vénus dans le Sagittaire, 2 degrés

51 minutes, à lorient, dans la

maison de Jupiter, et les confins (du Soleil ? ).

Mercure dans le Sagittaire, 1.5 degrés 2 minutes , dans Vespérus , la maison de Jupiter , et les confins de Vénus.

L'horoscope dans le Sagittaire, 15 degrés , la maison de Jupiter , et les confins de Vénus.

La conjonction dans les Gémeaux , 10 degrés, la maison de Mercure et les confins de i\lercure.

Le milieu du ciel dans la Vierge , 8 degrés, la maison de Mercure, le point supérieur de Mercure , le point inférieur de Mercure, les contins de Vénus.

L'hypogée dans les Poissons,

degrés , la maison de Jupiter, le point supérieur de Vénus, le point inférieur de ^Mercure, les confins de Vénus.

Le premiersortde la fortune est dans le Capricorne, 19 degrés, la maison de Saturne . le point supérieur de

Mars , le point inférieur de Jupiter et les confins de Vénus.

Le second sort de la fortune est dans le Cancer , 1 1 degrés , la maison de la Lune, le point supérieur de Jupiter, le point inférieur de Mars, les confins de Vénus. »

Le signe dominant de la nativité est donc Tastre de Vénus. »

Voilà un thème natal , ou genethliaque régulièrement formulé par un homme expert en la science des nativités ; on les dressait encore de même en France au XVl" siècle. Cette partie des sciences occultes était aussi considérée comme originaire de l Égypte ; la chimie et l'alchimie tiraient même leur nom, selon les adeptes, de celui de cette contrée, nommée C hémé, ou Chimi, dans les livres coptes; les Chaldéens, Pétorisis, >échous, Hermès et Asclépius ont conservé jusqu'à nos jours leur antique renommée ; l'un de nos deux papyrus astrologiques les nomme formellement ; d'autres autorités, et les écrivains anciens surtout, appellent >écepso celui que le papyrus désigne par >échous: l'un et l'autre noms ont été portés par des rois égyptiens de la XXVr dynastie. Le papyrus désigne aussi le premier par le titre de roi -, mais il est très- vraisemblable , d'après l'épitbète cT anciens que leur donne Ptolemée , que ce sont deux astrologues d'une époque bien antérieure au VIP siècle avant l'ère chrétienne , et telle était l'opinion de Cicéron, bien justifiée par les faits historiques ci-après rappelés.

Cette opération divinatoire et prophétique à laquelle nos deux papyrus donnent tout le caractère d'un fait historique, et qu'ils nous présentent comme le résultat d'une croyance à l'astrologie judiciaire, généralement répandue et dominante en Egypte, n'est point unique dans les annales contemporaines de Rome , et elle fut accréditée par l'adhésion publique des plus savants honmies de l'empire. Tacite raconte gravement les miracles qui s'opérèrent à Alexandrie d'Egypte pendant le séjour de Vespasien , ceux même que l'empereur opérait lui-même

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f)ar la grâce de Sérapis : il guérissait es aveugles et les écloppés. Plus tard , le mage Arnupliis évoquait les démons et faisait pleuvoir à volonté. Le christianisme ne détruisit pas entièrement cette superstition; Origène affirmait la certitude des préceptes et de l'usage de la magie, non pas de celle d'Épicure et d'Aristote, disait-il, mais l'art qui se pratiquait de son temps ; il reconnaît la puissance de certains mots égyptiens pour opérer sur une classe de démons, et celle de certains mots persans pour agir sur une autre classe de ces génies indomptés. Il avoue toutefois que les gens instruits possèdent seuls ces secrets de la science, et que cette science est une partie de cette théologie cachée qui élève les esprits vers le créateur de l'univers. La possession par les démons était aussi en grande vogue alors , et saint Jérôme raconte l'aventure d'une jeune possédée, subitement saisie de fureur parce qu'un jeune homme de Gaza, qui en était épris , avait enfoui sous le seuil de la porte de son amante une plaque de métal sur laquelle il avait gravé des signes u'il avait appris des prêtres égyptiens e Memphis. Saint Jérôme ajoute que saint Hilarion délivra la jeune fille du démon, avec lequel il eut préalablement un long colloque.

Tout ceci était la suite des opinions égyptiennes et chaldéennes, dont l'existence est historiquement prouvée dès une très-haute antiquité. On voit en effet en Egypte , dès la XVir dynastie égyptienne , près de deux mille ans avant Jésus-Christ , le roi , effrayé par ses songes , faire appeler les devins et les sages de l'Egypte, pour en avoir l'interprétation ; ce fut l'Hébreu Joseph qui la lui donna, les sages égyptiens n'ayant pu le faire. Ceci est raconté daiis le plus ancien livre qui parle de l'Égypte , dans la Genèse, et se rapporte au temps des rois pasteurs.

Quelques siècles plus tard, après la restauration de la monarchie nationale égyptienne, à l'époque de la sortie des Hébreux de l'Egypte sous la conduite de Moïse , l'art des devins , des magiciens et des astrologues, joue un grand

rôle dans l'histoire de ces mémorables événements. Moïse et Aaron, étant en la présence du Pharaon, dit la Bible , Aaron jeta sa verge devant le roi et ses serviteurs, et elle fut changée en serpent. Le Pharaon fit venir les sages d'Égypte et les magiciens , qui firent la même chose, par les enchantements du pays et par les secrets de leur art , car chacun d'eux ayant jeté sa verge, elles furent changées en serpents ; il est vrai que la verge d'Aaron dévora les verges des Égyptiens.

Dans une autre circonstance, Aaron éleva sa verge et frappa l'eau du fleuve devant le roi et ses serviteurs , et l'eau fut changée en sang ; les poissons moururent , le fleuve se corrompit , il y eut du sang dans toute l'Égypte ; mais les magiciens d'Egypte firent la même chose avec leurs enchantements, et le peuple ne trouva de l'eau pour boire qu'en creusant la terre le long du fleuve. Quand ensuite Aaron, étendant sa main sur les eaux d'Égypte, en fit sortir des grenouilles de toute part , les magiciens du roi opérèrent encore le même prodige par leurs enchantements; ils rivalisaient victorieusement avec la puissance surnaturelle de Moïse et d' Aaron ; ils échouèrent néanmoins quand ils voulurent , en frappant la poussière de la terre, la changer en moucherons, comme venaient de le faire les chefs du peuple hébreu.

Des monuments contemporains de cette relation et des faits dont elle a retracé les circonstances extraordinaires, subsistent encore en Égypte et rendent le même témoignage au sujet du crédit dont jouirent , en Orient , dès la haute antiquité, les plus oiseuses spéculations de l'esprit et les plus fausses applications des préceptes les plus vrais, des observations les plus certaines qu'il ait été donné à l'homme de faire dans le vaste domaine de la nature. Dans ces mêmes monuments, l'astronomie et l'astrologie sont intimement mêlées avec les représentations psychologiques et à l'expression des idées qui composaient la philosophie du temps et se manifestaient par la langue des symboles. C'est dans les tom-

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beaux des rois à Tiièbes que sont conservés ces précieux documents; l'ame du roi défunt, assimilée au soleil , accomplit sa double destinée sur la terre et dans les cieux , comme l'astre lui-même parcourt successivement les deux bémisphères, l'hémisphère supérieur, ou lumineux , et l'hémisphère inférieur, qui fut aussi en Egypte celui des ténèbres. A ce premier tableau d'expressions toutes métaphysiques , il en succède un second où dominent les signes les plus apparents de l'astronomie et de l'astrologie. Ce tableau , dressé sur un plan régulier, parce que la science en dirigea la composition , est peint sur les plafonds des tombeaux, et occupe toute la longueur d'un corridor et de deux salles contiguës. Voici , textuellement, la description d'une de ces importantes représentations, les plus anciennes de ce genre que la science ait jusqu'ici recueillies , et telles que thampollion le jeune les a vues dans le tombeau d'un des Pharaons Rhamsès , dans la vallée de Biban-el-Molouk à ïhèbes :

« Le ciel, sous la forme d'une femme dont le corps est parsemé d'étoiles , enveloppe de trois côtés cette immense composition : le torse se prolonge sur toute la longueur du tableau , àont il couvre la partie supérieure; sa téte est à l'occident; ses bras et ses pieds limitent la longueur du tableau, divisé en deux bandes égales : celle d'en haut représente l'hémisphère supérieur et le cours du soleil dans les douze heures du jour; celle d'en bas, l'hémisphère inférieur , la marche du soleil pendant les douze heures de la nuit.

«A l'orient, c'est-à-dire vers le point sexuel du grand corps céleste ( de la déesse Ciel ) , est figurée la naissance du soleil; il sort du sein de sa divine mère Nêith, sous la forme d'un petit enfant portant le doigt à sa bouclie , et renfermé dans un disque rouge : le dieu Méiii (l'Hercule égyptien , la raison divine ) , debout dans la barque destinée aux voyages du jeune dieu , «•lève les bras pour \'\ placer lui-

même; après que le soleil enfant a reçu les soins de deux déesses nourrices, la barque part et navigue sur l'océan céleste, l'œther, qui coule comme un fleuve de F orient a C occident, où il forme un vaste bassin , dans lequel aboutit une branche du fleuve traversant l'hémisphère inférieur, d'occident en orient.

•' Chaque heure du jour est indiquée sur le corps du ciel par un disque rouge, et dans le tableau par douze barques ou bari dans lesquelles paraît le dieu Soleil naviguant sur l'Océan céleste avec un cortège qui change à chaque heure, et qui l'accompagne sur les deux rives.

« A la première heure , au moment où le vaisseau se met en mouvement, les esprits de l'Orient présentent leurs hommages au dieu debout dans son naos , gui est élevé au milieu de la bari ; l'équipage se compose de la déesse Sori, qui donne l'impulsion à la proue; du dieu Sev ( Saturne ), à la tête de lièvre , tenant une longue perche pour sonder le fleuve, et "dont i! ne fait usage qu'à partir de la huitième heure, c'est-à-dire lorsqu'on approche des parages de l'Occident ; le réïs ou commandant est Horus , ayant en sousordre le dieu Haké-Oëris , le Phaëton et le compagnon fidèle du soleil ; le pilote manœuvrant le gouvernail est un hiéracocéphale nommé Haôu; plus la déesse JNeb-Wa (la dame de la barque), dont j'ignore les fonctions spéciales; enfin le dieu gardien supérieur des tropiques. On a représenté sur les bords du fleuve, les dieux ou les esprits qui président à chacune des heures du jour; ils adorent le soleil à son passage , ou récitent tous les noms mystiques par lesquels on le distinguait. A la seconde heure paraissent les ames des rois, ayant à leur tète le défunt Rhamsès V", allant au-devant de la bari du dieu pour adorer sa lumière : aux quatrième , cinquième et sixième heures, le même Pharaon prend part aux travaux des dieux qui font la guerre au grand Apophis, caché dans les eaux de TOcéan. Dans les septième et huitième heures . le vaisseau céleste

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côtoie les demeures des bienlieureux , jardins ombragés par des arbres de différentes espèces , sous lesquels se promènent les dieux et les ames pures, fenlin le dieu approche de l Occident : Sev ( Saturne ) sonde le fleuve incessamment, et des dieux échelonnés sur le rivage dirigent la barque avec précaution; elle contourne le grand bassin de l'ouest , et reparaît dans la bande su-

Férieure du tableau, c'est-à-dire dans hémisphère inférieur, sur le fleuve, qu'elle remonte d'occident en orient.

Mais , dans toute cette navigation des douze heures de nuit, comme il arrive encore pour les barques qui remontent le Kil , la barl du soleil est toujours tirée à la corde par un grand nombre de génies subalternes , dont le nombre varie à chaque heure différente.

Le grand cortège du dieu et l'équipage ont disparu , il ne reste plus que "le pilote debout et inerte à l'entrée du naos renfermant le dieu, auquel la déesse Thméï (la vérité et la justice) , qui préside à l'enfer ou à la région inférieure, semble adresser des consolations.

« Des légendes hiéroglyphiques placées sur chaque personnage et au commencement de toutes les scènes indiquent les noms et les sujets , en faisant connaître l'heure du jour ou de la nuit à laquelle se rapportent ces scènes symboliques.

« Mais , sur ces mêmes plafonds et en dehors de cette composition , existent des textes hiéroglyphiques d'un intérêt plus grand peut-être , quoique liés au même sujet. Ce sont des tables des constellations et de leurs injluences pour toutes les heures de chaque mois de Vannée ; elles sont ainsi conçues :

« Mois de Tôbi , la dernière moitié.

— Orion domine et influe sur l'oreille gauche.

"-Heure r^, la constellation d'Onore (influe) sur le bras gauche.

«Heure 2", la constellation de 5«ms (influe) sur le cœur.

« Heure 3% le commencement de la constellation des deux étoiles (les gémeaux?), sur le cœur.

« Heure 4' , les constellations des deux étoiles ( influent ) sur l'oreille gauche.

« Heure 5% les étoiles du fleuve (influent) sur le cœur.

« Heure 6", la tête (ou le commencement) du lion (influe) sur le cœur.

«Heure 7", la flèche (influe) sur l'œil droit.

« Heure 8% les longues étoiles, — sur le cœur.

«Heure Q*", les serviteurs des parties antérieures (du quadrupède), Menté (le lion marin.') (influent) sur le bras gauche.

« Heure lO*", le quadrupède Menté (le lion marin?), — sur l'œil gauche.

« Heure 11% les serviteurs duMetUé, — sur le bras gauche.

« Heure 12°, le pied de la trtde (influe) sur le bras gauche.

« Nous avons donc ici une table des influences , analogue à celle qu'on avait gravée sur le fameux cercle doré du monument d'Osymandyas, et qui donnait, comme le dit Diôdore de Sicile, les heures du lever des constellations avec les influences de chacune d'elles. Cela démontrera sans réplique, comme l'a afflrmé M. Letronne, que Yastrologie remonte, en Egypte, jusqu'aux temps les plus reculés ; cette question, par le fait, est décidée sans retour.

« La traduction que je viens de donner d'une des vingt-quatre tables qui composent la série des levers, est certaine dans les passages oîi j'ai introduit les noms actuels des constellations de notre planisphère ; n'ayant pas eu le temps de pousser plus loin mon travail de concordance, j'ai été obligé de donner partout ailleurs le mot à mot du texte hiéroglyphique.

« J'ai dii recueillir, et je l'ai fait avec un soin religieux, ces restes précieux de V astronomie antique ^ science qui devait être nécessairement liée à l'as trologie, dans un pays où la religion fut la base immuable de toute l'organisation sociale. Dans un pareil système politique , toutes les sciences devaient avoir deux parties distinctes : 'a partie des faits observés, qui con-

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.s'itue seule nos sciences actuelles ; la partie spéculative , qui liait la science a la croyance religieuse, lien nécessaire, indispensable même en Egypte, où la religion, pour être forte et pour l'être toujours, avait voulu renfermer l'univers entier et son étude dans son domaine sans borne; ce qui a son bon et son mauvais côté , comme toutes les conceptions humaines. »

On peut voir une nouvelle preuve du mélange intime de la science avec les idées religieuses, dans l'usage qui existait encore en Kgypte du temps des empereurs , de mettre l'Iiomme et les diverses portions de son corps sous l'influence et la protection des planètes ou des dieux. Le papyrus , en écriture hiératique, trouvé dans la momie de l'étaménoph , fils d'un archonte de Thèbes, sous Trajan, est un curieux exemple de ces pratiques superstitieuses que les sociétés modernes n'ont pas dédaigné d'imiter et de propager dans les tableaux fantastiques qui décorent ordinairement les almanaclis populaires , comme si l'on réservait a dessein pour les livres les plus répandus, un choix attentif des plus misérables erreurs de la science et de Tmiagination des hommes. On lit donc dans le manuscrit de Pétaménoph, que •sa chevelure appartient au JN'il céleste, sa tête au dieu Soleil , ses yeux à la Vénus égyptienne, ses oreilles au dieu IMacédo, gardien des tropiques, la tempe gauche à l'esprit vivant dans le soleil, la droite à l'esprit d'Amon , le nez h. Anubis dans la demeure de Sackem, les lèvres au même Anubis, les dents à la déesse Selk , la barbe au dieu Macédo , le cou à Isis , les bras cà Osiris , les genoux à Néith, dame de Saïs , les coudes au dieu seigneur de Ghel , le dos à Sischô , les parties sexuelles à Osiris ou à la déesse Koht, les cuisses au dieuBalhcîr (l'œi I d'Horus) , les jambes à Netphé, les pieds à Phtha, et les doigts aux déesses. Les astres et les divinités gouvernaient toutes les zones de l'univers physique et tous les êtres créés , et cette opinion , pour être propre à expliquer en apparence bien des choses.

n'en était pas moins extravagante , comme toutes les autres parties de l'astrologie.

Les zodiaques découverts en Égypte portent avec eux , dans leur composition, les preuves de l'influence de cet art chimérique , déviation irrationnelle des préceptes élémentaires de l'astronomie. Notre planche 11 est une réduction soignée du zodiaque circulaire de Dencférah. Au premier aspect, on n'aperçoit qu'un mélange de figures diverses'entourées d'inscriptions en caractères sacrés : une légère attention fera remarquer d'abord un cercle extérieur, occupé par une inscription tracée en caractères de cet ordre, et coupée à des distances égales par des figures à tête de femme debout, ou à tête d'épervier accroupies , et qui , de leurs bras également élevés , soutiennent un médaillon entièrement garni de signes de toute espèce. Si 1 on étudie ce médaillon, où l'on a voulu figurer le ciel , on reconnaît bientôt , un peu au-dessous du centre de ce disque, vers la gauche, un lion, suivi d'une femme et marchant sur un serpent: c'est réellement le signe du Lion dans ce zodiaque. Derrière le groupe du lion marche une femme portant dans sa main gauche une tige de blé:

c'est la Vierge. Après elle, on retrouva successivement, en allant de droite a gauche , la Balance avec ses deux plateaux, le Scorpion, le Sagittaire, sous la forme d'un centaureailé; le Capricorne, moitié chèvre et moitié poisson; un homme répandant l'eau contenue dans deux vases qu'il tient dans ses mains : c'est le Verseau ; les Poissons unis par un triangle, et le signe figuratif eau ; un bélier, un taureau, deux figures humaines marchant en^emble , ou les Gémeaux ; enfin le Cancer, qui les suit immédiatement. Voilà bien les douze signes du zodiaque; et pour reconnaître l'ordre dans lequel ils sont rangés , en un mot quel était le premier des douze signes dans l'ordre de ce monument, il suffit de faire attention que le Cancer est placé immédiatement au-dessus de la tête du lion ; qu'ainsi les douze signes forment . non pas

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un cercle sans commencement ni fin , niais une spirale qui indique claivement que le Lion est le premier signe dans le système de ce zodiaque; que tous les autres viennent après dans leur ordre ordinaire; et la vérité de cette observation est prouvée par l'état du zodiaque rectangulaire du même temple de Dendérah, où les signes étant rangés en procession , le Lion y est aussi le premier de tous. En dedans et en dehors de la spirale que forment les douze signes , se trouvent un certain nombre de figures qui représentent les principales constellations extrazodiacales , et l'on a généralement reconnu dans l'animal monstrueux, marchantdebout, qui occupe à peuprès le centre du disque, une ancienne personnification de la grande Ourse; de sorte que , près d'elle , se trouverait la place du pôle septentrional. On voit par là que les formes sous lesquelles les constellations extra-zodiacales sont figurées dans ce zodiaque sont bien différentes des figures des zodiaques romains et modernes , et que les premières sont tirées de la mythologie égyptienne.

On doit remarquer aussi cette série méthodique de figures qui occupent circuiairement la circonférence du disque et appuient leurs pieds sur la ligne même qui la décrit. Ces figures principales, dont quelques-unes sont accompagnées de signes accessoires , sont au nombre de trente-six ; ce sont les décans dépendants , par groupes de trois, de chacun des douze signes du zodiaque; et les groupes de signes hiéroglyphiques qui les avoisinent , groupes tous également terminés par une étoile qui est le signe déterminatif grammatical de l'espèce de ces groupes, ne sont que les noms mêmes de chacun de ces décans , Chnoumis, Chachnoumis,Ouaré,etc.-^ et l'on a reconnu dans ces inscriptions les noms mêmes qui sont assignés aux décans du zodiaque par les anciens écrivains sur l'astrologie. En tous ces points , le zodiaque rectangulaire du portique du temple deDendé- Bah. est semblable au zodiaque circu-

laire reproduit sur notre planche 11.

Il n'en est pas de même des zodiaques d'Esnéh , ville au midi de Tiièbes; et si la composition générale et géométrique de ces monuments présente partout une ressemblance réelle, on y observe néanmoins des différences (le détails très - sensibles , et d'une importance majeure pour l'intelligence certaine de ces monuments comparés entre eux , et .pour l'appréciation exacte de l'expression particulière du thème spécial figuré sur chacun d'eux. Ainsi, dans les zodiaques de Dendérah, le signe du Lion est le premier, et marche en tête de tous les autres ; c'est le signe de la Vierge dans les zodiaques d'Esnéh. L'ordre relatif des signes est le même dans tous ces monuments ; mais s'ils représentaient tous un état réel du ciel , un thème réellement astronomique , il en résulterait qu'à Esnéh c'est l'état du ciel quand le soleil était dans la Vierge au solstice d'été , et à Dendérah , ce même état quand ce solstice était dans le Lion. Il y aurait une science tout entière dans cette différence d'un signe, puisqu'il , faudrait en conclure 1° que les Égyptiens avaient observé le déplacement insensible des signes par la rétrogradation des points équinoxiaux, en d'autres termes, laprécession des équinoxes ; ?°que cette rétrogradation étant aujourd'hui connue et estimée à 72 années par degré de signe du zodiaque , ou a 21G0 ans pour un signe entier , si le zodiaque d'Esnéh exprimait le solstice au même degré dans la Vierge que le zodiaque de Dendérah l'exprimait dans le Lion , il y aurait une différence d'un signe entier ou de ces 2160 ans entre le thème astronomique figuré dans chacun de ces deux zodiaques , et celui d'Esnéh serait plus ancien de ce même nombre d'années que celui de Dendérah. A son tour, le zodiaque de Dendérah exprimerait un ordre de phénomènes solaires antérieur à l'époque où, pour le calendrier moderne, le solstice d'été rétrograda dans le Cancer, le Bélier devenant ainsi le signe de l'équinoxe du printemps. Ce-

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fut bien des siècles avant l'ère chrétienne que le solstice d'été passa du Lion dans le Cancer; le Lion, premier signe du zodiaque de Dendérali , aurait donc été le signe solsticial d'été durant les 2160 ans antérieurs à ces siècles ; et plus anciennement encore , la Vierge , premier signe du zodiaque d'Esnéh, aurait été le signe solsticial pendant les 2160 ans précédents, dès que le Soleil aurait abandonné la Balance : et voilà comment , en admettant ces explications comme exactes, on a trouvé tant d'antiquité et tant de siècles écrits dans les zodiaques de l'Égjpte.

Mais on a refusé d'abord aux prêtres astronomes de Thèbes la coimaissance des lois de cette rétrogradation des points équinoxiaux , ou de la précessioa des équinoxes, qu'il faudrait leur accorder pour que les données précédentes fussent douées de quelque exactitude, pour que la différence dans l'ordre des mêmes signes dans ces deux zodiaques pût être considérée comme l'expression de résultats astronomiques réellement observés et constatés par la science. Aujourd'hui qu'on paraît accorder aux Égyptiens la connaissance des lois les plus importantes de la marche des corps célestes (sî/pra, page 97), faut- il aussi admettre ces données et lire les zodiaques comme des thèmes réguliers où serait écrit l'état successif du ciel, réel et bien observé, à plus de deux mille ans d'intervalle ? L'époque incontestable où les deux tableaux ont été sculptés et où furent édifiés les monuments mêmes dont ils font partie, ùterait à une opinion affirmative sur cette question une grande partie de la véracité qu'elle pourrait tirer de toute considération scientifique; les temples d'Esnéh et de Dendérali , où les zodiaques ne sont qu'une faible portion de leur décoration, sont en effet du dernier période de la puisssance égyptienne , et tous deux de l'époque romaine : voici ce qu'en dit Champollion le jeune , après avoir étudié à fond ces deux célèbres édifices. Il vit d'abord Dendérali :

« Le 16 novembre 1828, nous arrivâmes enfin le soir à Dendérnh. Il faisait un clair de luoe magnifique, et nous n'étions qu'à une heure de distance des temples : pouvions-nous résister à la tentation ? Souper et partir sur-le-champ furent l'affaire d'un instant : seuls et sans guides, mais armés jusqu'aux dents, nous prîmes à travers champs , présumant que les temples étaient en ligne droite de notre maascli. Kous marchâmes ainsi , chantant les airs variés des opéras les plus nouveaux , pendant une neure et demie sans rien trouver. On découvrit enfin un homme; nous l'appelons, mais il s'enfuit à toutes jambes , nous prenant pour des Bédouins, car, habillés à l'orientale et couverts d'un grand bernous blanc à capuchon , nous ressemblions , pour ^Ég^•ptien , à une tribu de Bédouins , tandis qu'un Européen nous eût pris, sans balancer, pour un chapitre de chartreux bien armés. On m'amena le fuyard, et le plaçant entre quatre de nous, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre diable , peu rassuré d'abord, nous mit dans la bonne voie et finit par marcher de bonne grâce :

maigre, sec, noir, couvert de vieux haillons, c'était une ?J!0??i/ea»i6K/an/e; mais il nous guida fort bien et nous le traitâmes de même. Les temples nous apparurent enfin. Je n'essaierai pas de décrire l'impression que nous fit le grand propylon et surtout le portique du grand temple. On peut bien le mesurer , mais en donner une idée , c'est impossible. C'est la grâce et la majesté réunies au plus haut degré.

Kous y restâmes deux heures en extase, courant les grandes salles avec notre pauvre fallot , et cherchant à lire les inscriptions extérieures au clair de la lune. On ne rentra au maasch qu'à trois heures du matin pour retourner aux temples à sept heures. C'est là que nous passâmes toute la journée du 17. Ce qui était magnifique à la clarté de la lune , l'était encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer tous les détails. Je vis dès lors que j'avais sous les yeux un chef-

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d'œuvre d'arcliitecture , couvert de sculptures de détiiil du plus mauvais style. îs'en déplaise à personne, les bàs-reliefs de Dendérah sont détestables, et cela ne pouvait être autrement: ils sont d'un temps de décadence. La sculpture s'était dqa corrompue, tandis que l'architecture, moins sujette à varier, puisqu'elle est un art chiffré, s'était soutenue digne des dieux de rÉftypte et de l'admiration de tous les siècles. Voici les époques de la décoration : la partie la plus ancienne est la muraille extérieure, à l'extrémité du temple, où sont llgurés, de proportions colossales, Ciéopàtre et son iils Ptolémée-Cœsar. Les bas-reliefs supérieurs sont du temps de l'empereur Auguste , sXnsi que les murailles extérieures latérales du naos , à l'exception de quelques petites portions qui sont de l'époque de Néron. Le pronaos est tout entier couvert de légendes impériales de Tibère , de Caius, de Claude et de Néron; mais dans tout l'intérieur du naos, ainsi (|;ie dans les chambres et les édifices construits sur la terrasse du temple, il n'existe pas un seul cartouche scidpté : tous sont vides et rien n'a été effacé -, mais toutes les sculptures de ces appartements, conmie celles de tout l'intérieur du temple , sont du plus mauvais style, et ne peuvent remonter plus haut que les temps de Trajan ou à\/ntoniri. Elles ressemblent à celles du propylon, qui est de ce dernier empereur, et qui, étant dédié à Isis , conduisait au temple de cette déesse , placé derrière le grand temple, qui est bien le temple de Hathor ( Vénus ) , comme le montrent les mille et une dédicaces dont il est couvert, et non pas le temple à' [sis , comme l'a cru la Commission d'Egypte. Le grand propylo.n est couvert des images des empereurs Doniitien et Trajan. Quant au Tijphonium, il a été décoré sous Trajan,Hadrlen etJntonin-le-pieux. »

Les renseignements recueillis à Esnéh ne sont pas moins positifs sur l'époque où le pronaos du grand temple, orné d'un zodiaque, a été construit; et le petit temple, où est un autre zo-

diaque, n'est pas d'une époque différente. Voici encore la relation du voyageur français :

« Le 3 mars 1829, au matin, nous arrivâmes à Esnéh, où nous fûmes très-gracieusement accueillis par Ibrahim-hey, le mamour ou gouverneur de la province ; avec son aide, il nous fut permis d'étudier le grand temple d'Esnéh, encombré de coton , et qui, servant de magasin général de cette production , a été crépi de limon du JSil , surtout à l'extérieur. On a également fermé avec des murs de boue l'intervalle qui existe entre le premier rang des colonnes du pronaos, de sorte que notre travail a du se faire souvent une chandelle à la main, ou avec le secours de nos échelles, afin de voir les bas-reliefs de plus près.

« ÎNlalgré tous ces obstacles, j'ai recueilli tout ce qu'il importait de savoir relativement à ce grand temple, sous les rapports mythologique et historique. Ce monument a été regardé, d'après de simples conjectures établies sur une façon particulière d'interpréter le zodiaque du plafond, comme le plus ancien monument de l'Egypte : l'étude que j'en ai faite m'a pleinement convaincu que c'est au contraire le plus moderne de ceux qui existent encoie en Égypte : car les bas-reliefs qui le décorent , et les hiéroglyphes surtout , sont d'un style teilement grossier et tourmenté, qu'on y aperçoit, du premier coup d'œil, lè point extrême de la décadence de l'art. Les inscriptions hiéroglyphiques ne confirment que trop cet aperçu : les masses de ce pronaos ont été élevées sous l'empereur César- Tiberius-Claudius-Gennanicus (l'empereur Claude) , dont la porte du pronaos offre la dédicace en grands hiérogl3'phes. La corniche de la façade et le premier rang de colonnes ont été sculptés sous les empereurs f 'espasien et Titus; la partie postérieure du pronaos porte les légendes des empereurs Jntonin, Marc-Jurèle et Commode ; quelques colonnes du pronaos furent décorées de sculptures sous Trajan, Hadrien et Anton in; mais, à l'exception de quelques bas-reliefs

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de l'époque de Domitien, tous ceux des parois de droite et de gauche du pronaos portent les images et les légendes de Septime Sévère, et de Géta, que son frère Caracalla eut la barbarie d'assassiner, en même temps qu'il fit proscrire son nom dans tout l'empire; il paraît que cette proscription du tyran fut exécutée à la lettre jusqu'au fond de la Th^baïde, car les cartouches noms -propres de l'empereur Géta sont tous martelés avec soin ; mais ils ne l'ont pas été au point de in'empêcher de lire très-clairement le nom de ce malheureux prince : I'eai- PEREUR CÉSAR-GÉTA le directeur.

« Ainsi donc , l'antiquité du pronaos d'Esnéh est incontestablement fixée ; sa construction ne remonte pas audelà de rem|)ereur Claude; ses sculptures descendent jusqu'à Caracalla , et du nombre de celles-ci est le fameux zodiaque dont on a tant parlé. »

Si donc ces zodiaques , évidemment .sculptés et édi.'iés par les Egyptiens <lu temps de la domination romaine , représentaient un état du ciel tel qu'on a voulu l'y reconnaître d'après l'ordre apparent des signes du zodiaque , la Vierge étant le signe chef dans l'un , le Lion dans l'autre, et cette substitution du Lion à la Vierge procédant de l'intention de représenter dans ces tableaux le phénomène que l'astronomie moderne nomme la précession des équinoxes, qui aurait été connu des anciens, on est obligé de supposer que ces mêmes tableaux , sculptés au premier et au second siècle de l'ère chrétienne, sont des copies de monuments d'une plus haute antiquité, qui fut contemporaine des siècles bril- "Jants de ïhèbcs et de IMemphis. Il y aura des personnes que cette supposition satisfera peut-être ; mais avec la loi des précessions on composera des zodiaques pour une époque d'une antiquité ou d'un avenir sans limites; les astronomes de Thèbes, en les faisant aussi savants que l'exige l'interprétation supposée de nos zodiaques , purent composer de ces thèmes pour les temps bien antérieurs à leur siècle ; bien d'autres considéra-

tions encore tendent à amcndrir l'importance scientifique et archéologique de ces monuments , qui n'en sont pas pour cela moins importants par leur sujet, leur patrie et leur véritaole époque ; enfin on ne peut se soustraire à la nécessité d'admettre dans leur composition l'inlluence des opinions astrologiques alors dominantes dans tout l'empire romain, où elles avaient été importées de la patrie même de ces zodiaques. La présence des décans sur le zodiaque de Dendérah caractérise toutes les compositions analogues; et elles étaient, on pourrait dire, vulgaires en Egypte, car des cercueils de momies, de personnages peu considérables en sont ornés. Dans le cercueil de Pétaménoph , qui est à la Bibliothèque royale , est peint un zodiaque commençant aussi par le signe du Lion ; celui'du Cancer est tiré de la série , et placé au-dessus; et il se trouve que le Cancer était le signe où le soleil se trouvait au mois de janvier de l'an 95 de notre ère , qui est le mois de la naissance de Pétaménoph. Ln autre zodiaque , commençant aussi par le Lion, est peint dans le cercueil de la jeune Sensaos , sœur du même Pétaménoph, et morte à peu d'années d'intervalle de son frère. L'ensemble de la composition des zodiaques , la présence des décans, la singularité de la dissection des ligures, qui est différente dans les monuments d'une époque très-rapprochée , comme le sont ceux d'Esnéh et de Dendérah, et qui est semblable dans des ouvrages d'une époque comparati\ement plus éloignée, comme le zodiaque de Dendérah, et ceux qu'on voit dans les momies de la famille de Pétaménoph ; l'usage vulgaire de ces compositions sculptées ou peintes; enfin l'époque des plus célèbres de ces zodiaques, époque qui fut celle de la prospérité générale cle l'astrologie dans le monde romain , nous portent à croire qu'on ne peut méconnaître dans ces compositions l'influence de cette fausse science , dont la pratique remontait à une haute antiquité en Egypte et parait avoir été l'occupntion'sppciale de certains membres de

EGYPTK.

la classe sacerdotale , toutes les sciences étant le privilège de cette caste puissante qui formait le premier ordre (le l'état et s'était intimement immiscée aux droits et aux devoirs de la royauté.

C'est l'importance même de cette caste , la variété de ses attributions et l'incertitude des notions recueillies sur elle par l'antiquité classique, qui s'opposeront encore long-temps à ce que l'on connaisse complètement sa constitution politique : les Grecs , qui s'en occupèrent bien anciennement , avaicntdu sacerdoce une idèefortniince relativement à l'autorité de la classe sacerdotale égyptienne; en Grèce, le service des temples était la seule occupation des prêtres ; en Egypte , ils étaient un corps de l'état, gouvernant, pour ainsi dire, les rois et les peuples au nom des dieux , et ayant le monopole de l'administration de la justice , de la culture des sciences et de leur enseignement. Aussi trouvet-on les membres de cette caste partout , dans tous les rangs de la société égyptienne , et reconnaît-on dans les attributions des plus intimes tbnctionnaires que, par quelques points, ils se rattachent , ou par les titres , ou par leur office , à la religion et à ses ministres. On retrouve dans quelques écrits des anciens les qualitications propres aux diverses classes des prêtres : Clément d'Alexandrie désigne , très -vraisemblablement dans l'ordre inverse de la préséance, le chanteur, l'horoscope , ou observateur des astres , l'hiérogranimate , le stoliste et le prophète. Plus anciennement, l'Inscription de Rosette nomme les pontifes, les prophètes, les stolistes, les ptérophores , les hiérogrammates et tes autres prêtres de tout ordre employés sous des titres divers dans toute î'Kgypte. Enfin, en consultant les monuments, source inépuisable de documents , on peut le dire , vierges encore, la caste sacerdotale s'offre à nous avec ses ramifications infinies dans tous les rangs, et, n'en dédaignant aucun, est résente partout, au nioven d'une vaste iérarchie qui descend par d'innom-

brables degrés de la toute-puissance du grand pontife à l'humble profession de portier des temples et des palais , peut-être même de leurs serviteurs.

Une nomenclature de ces fonctions nombreuses , malgré qu'elle fût fort variée , serait bien aride sans doute malgré sa nouveauté : nous la hasarderons toutefois pour ce dernier motif, et à cause de l'authenticité des sources d'où nous la puisons, c'està-dire des monuments mômes.

Chaque divinité avait ses prêtres comme ses temples particuliers; il est vraisemblable que les prêtres gardaient entre eux le rang même que la religion donnait aux dieux qu'ils desservaient, et le culte de la grande divinité de ïhèbes, d'Ammon , roi des dieux, étant le plus répandu , les monuments relatifs à ses prêtres devaient être les plus nombreux; ses temples devaient être les mieux dotés , ils étaient élevés dans la capitale de l'empire. C'est pour ces motifs qu'on retrouve donc assez fréquemment des serviteursd'Ammon, et de tous les degrés , rappelés dans les inscriptions égyptiennes. Avec les prêtres d'Ammon , elles nomment aussi des prêtres des autres dieux d'Hap-môu (le Nil), d'Osiris, de Phtha , d'Horus , de Thoth , et des déesses Kéith, Thméi, Bubastis, Souan ou Lucine.

Les monuments nous désignent aussi les grands-prêtres attachés au cuite des rois, et à la fois à celui d'un dieu et d'un roi ; des rois revêtus du litre de grand-prêtre d'une divinité; enfin, les pères-prêtres ou prophètes ;

Les hiérogrammates ou scribes sacrés, chargés de l'administration des revenus sacrés, tirant leur titre du dieu honoré dans le temple où ils étaient placés : il y avait aussi les hiérogrammates des villes.

Les archi-prophètes , les prophètes , les prophètes de Ilathôr et autres dieux ou déesses ;

Les gardiens des temples , ou attachés aux temples ; les supérieurs dans les divers rangs ;

Les sphraghistes ou scribes des victimes, chargés de marquer d'un grand

L'UNIVERS

sceau les victimes propres aux sacrifices ;

Les prêtres des villes , comme Tétait Soutimés , dont le cercueil est au Musée de Paris, et qui se qualifiait de prêtre de Tlièbes, chargé des offrandes faites à Animon , à JMouthis-lNeith, à Khons et à tous les autres dieux des régions supérieures et inférieures, et qui était en même temps hiérogram- )nate et scribe des temples de ïhèbes;

Leshiéracophores, lesprêtres royaux; ceux qui étaient charges de présenter les Offrandes funéraires; les libanophores, ou prêtres chargés d'offrir l'encens aux dieux ; les spondistes , ou chargés des libations ; les surveillants des temples; les fonctionnaires inférieurs attachés à leur service ; les porteurs de llabellum ou llabeliifères, pour les dieux, les portiers, les décorateurs , les chanteurs , les inspecteurs. Enfin les Taricheutes, les Paraschistes et les Cholchytes étaient les membres des rangs inférieurs de cette caste toute -puissante et em-

[)loyés à l'embaumement des morts :

es premiers préparaient les corps avec le natron , ou les enveloppaient de bandelettes ; les seconds étaient les inclseurs, ou chargés d'ouvrir les flancs pour extraire les entrailles, et les troisièmes avaient des fonctions relatives aussi à rembaumement, mais peut-être plus relevées que celles des deux autres sortes de prêtres.

Plusieurs fonctions sacerdotales pouvaient être conférées à la même personne; et un monument funéraire montre un Egyptien, nommé Khonsoumosis , qui réunissait les titres de prêtre d'Annnon dam Oph ( la partie méridionale de Thèbes ) , d'hiéjogrammate du temple de la déesse Mouthis-Bouto , et de membre du collège des hierogrammates de Thèbes.

Si l'on se fait une idée de cet ensemble de titres et d'emplois, leur nombre et leur variété , qui n'avaient très-vraisemblablement pas échappé à cette action symétrique qui organisa toutes les autres institutions égyptiennes, et qui était plus nécessaire peut-être encore dans la plus consi-

dérable de toutes, nous font concevoir l'idée d'un corps semblable à l'un de ceux qui existèrent autrefois dans notre Occident, et qui, dominant pendant des siècles toutes les ri\ alités, implantés à la fois dans le sol et l'opinion du pajs, assez riches pour être redoutables aux grands etsecourables aux petits, se rattachaient d'une main aux puissances du ciel et de la terre , et, cle l'autre, régissaient empiriquement les populations contemporaines par une habile dispersion dans tous les rangs sociaux d'adhérents fidèles et intéressés, ayant, aux avantages de l'association , une part proportionnée à leurs services et a leurs mérites, et conservant dans plusieurs emplois les avantages et les privilèges particuliers à la caste puissante où ils étaient d'ordinaire inaperçus. Le cachet sacerdotal était empreint sur tous les individus introduits dans l'ordre : les serviteurs n'étaient point prêtres; mais en servant les prêtres ils participaient à tous leurs privilèges.

Les costumes étaient variés et réglés en tout point comme la hiérarchie , et avec des obligations générales imposées à tous les membres de la caste ; il y avait encore les coutumes ou injonctions particulières à chaque ordre de prêtre. ISous avons donc à indiquer les prescriptions communes à la caste sacerdotale tout entière, et celles qui, spéciales aux divers ordres , servaient à distinguer chacun d'eux de tous les autres.

domine prescription générale aux prêtres égyptiens , on doit mettre au premier rang celle d'être entièrement rasés et épiles; c'était un devoir impérieux pour eux de prendre ce soin tous les trois joui-s; Hérodote l'affirme positivement , et l'on sait par d'autres écrivains anciens que Eudoxe, voulant fréquenter les prêtres égyptiens, se fit raser la barbe et les sourcils , et qu'il en était encore d** même sous les Romains, puisque l'empereur Commode se fit aussi raser la tête , afin d'issister aux pompes Isiaques et d'y porter le simulacre d'Anubis. Il entrait dans cette prescription une idée de silreté

ÉGYPTE

de pureté et de propreté corporelles que jKiraissaient exiger le commerce des prêtres avec les dieux et Tadministration des choses sacrées. Dans les monuments égyptiens de toutes les époques, on reconnaît en effet les prêtres de tout ordre à leur tête entièrement rasée et épilée ( voyez planche 26, les prêtres portant là bari du dieu Amon , à Tiièbes).

La circoncision était prescrite à tous les Égyptiens, aux prêtres comme aux autres citoyens.

En imitation de l'Egypte, le sacerdoce juifavaitaussi prescritces mêmes règles a tous ses membres ; un insecte mort sur la peau ou dans les habillements d'un prêtre juif l'exposait à des peines sévères. La propreté, et le choix des tissus pour le vêtement de certaines classes ou de certains individus, fut dans tous les temps, parmi les nations à tous les degrés d'avancement , un signe très-expressif de supériorité.

L'Egypte ne négligea pas ce moyen bien innocent d'influence sur les masses; ses prêtres, d'ailleurs exempts de toute difformité corporelle , ne pouvaient être habillés cjue de robes de lin; l'usage des étoffes de laine leur était détendu. On a cherché les motifs secrets d'une telle loi, et les divinations tirées des plus occultes secrets de la physique ou de la religion n'ont pas été épargnées; la laine, le poil, le crin proviennent, a-t-on dit, d'une source impure ; le lin naît de la terre inunortelle. La vérité est que les tissus de lin procuraient des vêtements très -fins, très- légers, d'une blancheur éclatante , propres à toutes ■ les saisons, et qui n'engendraient aucune essence immonde. Ces vêtements devaient être les plus recherchés ; ceux

aui en usaient étaient donc distingués e la foule à laquelle étaient réservées les étoffes communes et grossières. En somme , la loi relative à l'habillement des prêtres leur prescrivait d'être vêtus plus proprement et plus richement que ne l'était la masse de la population égyptienne , et si ce fut un secret politique en Egypte, il a été facilement deviné dans d'autres temps

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et dans tous les autres pays. Les anciens disent qu'il résultait de ce costume éclatant de blancheur, de la gravité habituelle de la physionomie , de la démarche et des paroles des prêtres, un extérieur imposant que complétait le repos forcé des bras et des mains habituellement cachés dans les plis des vêtements : les monuments confirment cette observation faite par les anciens. A la tête entièrement rasée et à la forme des tuniques de lin , on reconnaît donc facilement les figures des prêtres dans les tableaux égyptiens, et ce n'est que par une erreur bien excusable aujourd'hui , que quelques auteurs ont avancé autrefois que les diverses classes de prêtres étaient distinguées par la diversité des coiffures.

Ces auteurs auraient été plus près de la vérité en parlant de quelque diversité dans le costume, diversité consistant en quelques insignes caractéristiques des rangs dans les mêmes fonctions, et surtout de la divinité dont le prêtre desservait le culte. Les prêtres portaient en effet , suspendues à leur cou , des figures des dieux ou des déesses ; ils avaient dans leurs mains des enseignes sacrées et d'autres emblèmes religieux. La palette du scribe, le kasch ou roseau taillé , un papyrus roulé ou déroulé , désignent d'ordinaire un prêtre hiérogrammate , ou scribe sacré ; c'est aux prêtres de cet ordre qu'était réservée l'administration des choses sacrées , et l'on m'excusera peut-être de dire en passant que l'habitude de poser sa plume sur le haut de l'oreille droite n'est pas une invention du génie bureaucratique moderne : il y a trois mille ans qu'on a peint dans les monuments de Thèbes des scribes de divers ordres paperassant librement de leurs deux mains au moyen de ce secours emprunté à leurs oreilles. Le schenti était leur habillement habituel , courte tunique que l'on a réservée vraisemblablement pour l'intérieur; la calasiris, plus longue et plus ample, couvrait le schenti.

Une peau de panthère jetée sur la tunique de lin caractérise spécialement les prêtres d'Osiris: elle était l'insigne

L'UNIVERS

(le cette classe de prêtres. D'autres se distinguaient par des pectoraux en forme de petit naos, renfermant le scarabée sacré, ou des images de divinités, la bari symbolique, les emblèmes de la vie, de la stabilité, et des figures d'animaux sacrés. De ricbes colliers à plusieurs ran"S ajoutaient à l'éclat clu costume des prêtres, des bagues ornaient leurs doigts, et leurs pieds étaient couverts et défendus par des chaussures eu papj rus, ou bien en palmier, nommées tabtcbs, ayant la forme de la plante des pieds et se terminant par de longues pointes recourbées, et attachées sur le cou-depied.

Les prêtres employaient dans toutes les cérémonies du culte divers ustensiles et instruments en matières variées, et nos musées renferment presque tous ceux dont les monuments nous montrent la figure. Les parfums offerts aux dieux étaient brûlés dans un amschir, ou encensoir en bronze, formé d'une coupe posée sur une main sortant d'une tige de lotus. Une tête d'épervier, ou d'un autre animal sacré, termine la poignée; le manche des amscliirs était quelquefois en bois sculpté. Des coffrets de même matière, incrustés en ivoire ou en bois de couleurs variées , renfermaient les

Earfums; des cuillers en ivoire, en ois, en serpentine, en terre émaillée ou en pâte d'émail, servaient à les en extraire, et ces cuillers n'étaient point de formes muettes ou insignifiantes :

l'imagination et la piété des P^gyptiens animaient tout ce qu'elles produisaient; ces cuillers à parfums imitaient donc des bouquets, des boutons, des feuilles, des fleurs ou une corbeille de lotus; une femme cueillant les tiges de cette plante sacrée ; et des anmiaux de divers ordres, tels que le chien, l'oie, ou une gazelle oryx. Les fouilles faites en Egypte nous ont aussi fait recouvrer quelques-uns des grands sceaux en bois qui servaient à marquer les bœufs-mondes reconnus propres à être offerts en sacrifice , sceaux dont se servaient les prêtres sphraghistes ou scribes des victimes. De plus pe-

tits sceaux en terre émaillée servaient à marquer les victimes de plus petite taille , tellçs que les oies , les veaux, etc. Des couteaux de sacrifice, des tables et des vases à libation en pierres dures ou tendres , même en terre cuite, mais également ornés de sculptures ou de peintures , se voient aussi dans nos collections ; on y remarque des autels de matières et de formes variées ; enfin, des vans sacrés en bronze ou en substances naturelles , espèce de grand seau à anse, et destiné a porter l'eau du INil dans les cérémonies religieuses.

Ces seaux , grands ou petits , sont d'ordinaire très-ornés. Le Musée égijptien du Lou\Te en possède un en bronze, remarquable a la fois par sa dimension et par les sculptures dont il est couvert. La panse est occupée par un tableau représentant un prêtre scribe d'Ammon et d'Osiris, nommé Chapochomis , fils de Psammétichus , recevant les honneurs funèbres qui lui sont rendus par son fils Pétésis, prêtre d'Ammon, lequel offre l'encens a son père , lui fait une libation, et récite pour lui une prière qui est gravée à côté de cette scène en plusieurs lignes d'écriture hiéroglyphique. Sur d'autres vans sacrés ,"lè tableau représente seulement le personnage auquel il a appartenu, rendant ses devoirs religieux aux divinités qui étaient l'objet particulier de ses dévotions.

A ces détai Is sur l'état social de la classe sacerdotale égyptienne et sur quelques parties de ses privilèges, de ses devoirs ou de ses fonctions nombreuses et variées, il faudra ajouter encore, pour en présenter une idée moins incomplète , tout ce qu'on sait sur les pratiques intimes du culte , des cérémonies et des sacrifices ; le lecteur ne sera pas prive de ces notions ; l'ordre des sujets adopté pour cet écrit a marqué leur place un peu plus loin, dans la section relative a la religion égv'ptienne en général.

Il ne nous re^te donc qu'à dire quelques mots sur une question souvent agitée parmi les savants et qui nous spmble aujourd'hui décidée par le të-

EGYPTK.

moignage des monuments. Selon le rapport d'Hérodote, il n'y eut point en lîgypte de prétresses; ainsi les femmes y étaient exclues du sacerdoce.

iNéanmoins les cérémonies isiaques et le culte d'Isis, introduits dans le monde romain, admettaient lesfemmes comme prêtresses , et quelques monuments de l'art confirment cette première indication. Il est vrai qu'elle est recueillie hors de l'Égypte ; mais l'inscription de Kosette, qui est toute de formule égyptienne, nomme expressément des femmes prétresses, telles que Pyrrha , (jui remplit les fonctions d'athlophore Je la reme Bérénice-ï'^vergète; Aréia, canéphore d'Aninoé Phitopator; enlin , Irène , prétresse de la même reine Arsinoé. D'autres actes du règne des Lagides en Egypte fournissent des notions absolument semblables et nomment des prêtresses des diverses reines qui jouirent après leur mort des honneurs divins.

Dira-t-on que l'inscription de Rosette est de l'Égypte grecque et d'une époque assez postérieure à Hérodote Dès lors nous invoquerons les monuments qui sont à la fois d'origine égyptienne pure et bien antérieurs aux temps de l'historien grec. Telle est une stèle du Blusée royal du Louvre, où le roi Thouthmosis III, de la XVIII' dynastie , est suivi de la princesse Mouthétis, sa sœur ou sa Ulle , qui est qualifiée de prêtresse des déesses Mouthis et Hathôr, et qui fait ses adorations à la première de ces deux divinités. Dans plusieurs autres monuments du même musée , les femmes et les filles des prêtres portent des titres religieux qui pouvaient être quelque chose de plus qu'une simple qualification sociale. Il fallait aussi que les filles des prêtres eussent quelque part aux privilèges de la caste à laquelle elles appartenaient irrévocablement, et les déesses avaient besoin aussi de prétresses de divers ordres pour leur service. Aussi voit-on que dans un tableau funéraire Ténési , fille du prêtre du soleil Osoroéris , prend la qualité de servante d'Amon-Ra , que sa mère, femme de ceorétre, portait aussi. Dans

un manuscrit également funéraire , on lit les prières pour Thaouaisis, autre servante d'Amon-Ra, titre religieux commun peut-être aux femmes et aux filles des prêtres , en attendant que , comme la lille ou la soeur du roi Thouthmosis, elles fussent employées effectivement au culte d'une déesse, qu'elles entrassent réellement dans le sacerdoce et obtinssent le titre et le rang de prêtresse. Ainsi , en la question présente, il est difficile d'accorder le témoignage des monuments antérieurs et postérieurs à Hérodote , avec l'assertion si positive de cet historien , d'après laquelle le sacerdoce en Égypte aurait été interdit aux femmes : les faits ici énumérés autorisent à croire le contraire. On sait aussi que, dans les familles royales et sacerdotales, les filles étaient vouées dès leur bas âge au culte des divinités; les reines prenaient le titre A' épouses cVAmmon, et la sépulture de plusieurs de ces reines ainsi qualifiées existe encore dans une vallée de Thèbes, non loin du Rhamesseum occidental. On est donc fortement induit à adopter une opinion contraire à celle d'Hérodote , et à croire que les femmes ne furent pas exclues du sacerdoce, qu'elles y parcouraient à divers titres une hiérarchie de fonctions variées qui les élevaient au rang et aux fonctions de prêtresses , soit des déesses , soit des reines divinisées.

Les dispositions générales de la constitution de la classe sacerdotale furent sans doute obligatoires pour les prétresses , comme elles l'étaient pour les prêtres; l'objet que les statuts avaient principalement en vue, c'était la considération nécessaire à cette caste, véritable ordre religieux dans ses fonctions extérieures, mais réellement corps politique par son concours nécessaire dans les affaires principales de l'état, par son influence inévitable même dans les plus minimes , et surtout par sa constitution territoriale. La loi voulait lui faire cette considération en lui prescrivant la pratique de toutes les vertus; la piété envers les dieux et la patrie, l'accomplissement régulier de tous les devoirs religieux, la fidélité à

L'UNIVERS

la loi et au prince, la bonne administration des affaires publiques , la science, la frugalité, la modestie, la retraite et la bienfaisance.

Ce que l'histoire rapporte de ces

f»rêtres, Hérodote, qui a vécu famiièrement avec eux pendant que l'Égypte était sous la domination des Perses ,'le confirme par son témoignage formel. «Du reste, ajoute-t-ii, les prêtres jouissent, en retour de leurs nombreuses obligations , de beaucoup d'avantages. Ils n'ont aucun soin domestique , ni aucune dépense à faire; les mets consacrés leur servent de nourriture, et chaque jour on leur présente en al)ondance de la chair de bœuf et des oies. On leur fournit en outre du vin de raisin ; mais il ne leur est pas permis de manger du poisson.

Les Égyptiens ne sèment jamais des fèves dans leurs champs, et si quelques-unes y croissent naturellement , ils ne ^doivent les manger ni crues, même ni cuites ; les prêtres ne peuvent en supporter la vue , et ils les considèrent comme un légume impur. »

Hérodote confirme aussi l'existence des divers collèges de prêtres, chaque divinité ayant le sien, qui était régi par un pretre-chef ou grand-prêtre oe collège , dignité également héréditaire comme tous les degrés du sacerdoce , sans en excepter le pontife suprême , chef de la hiérarchie religieuse , dont le centre était dans la capitale de l'empire et dans le temple de sa grande divinité , le temple d'Ammon à f hèbes. Ce pontife suprême était traité par sa caste à l'égal des rois, et le même temple, oîi l'autorité publique déposait la série chronologique des statues des souverains , recélait aussi la série chronologique des statues des çrandsprêtres. Hécatée de Rlilet, qui visita lÉgypte avant Hérodote, se vantait devant les prêtres d'Ammon de sa généalogie qu'il attachait à un dieu par son seizième ancêtre; les prêtres se moquèrent de son origine divine h la seizième génération, en lui montrant plus de trois cents générations successives d'hommes, représentées par autant

de statues de grands-prêtres déposé -s dans le temple par chaque pontife de son vivant. Plus tard , ils montrèrent 341 de ces statues à Hérodote, et en les lui comptant l'une après l'autre, commençant par l'image du grandprêtre dernier mort, ils lui firent remarquer que chacun de ces personnages avait succédé à son père jusqu'au plus ancien.

Sans nous arrêter à discuter cette série de 3J1 générations d'hommes, dont la durée est estimée dans le récit d'Hérodote à 1 1,340 années , et pendant laquelle, disaient les ÉgyTJtiens à l'historien gree, le soleil s'était levé deux fois au point où il se couche d'ordinaire, et s'était couché deux fois au point où il se lève (phénomène bien ou mal observé, bien ou mal énoncé par les prêtres , bien ou mal compris par le voyageur , et que tant de savants modernes ont vainement tenté d'expliquer plausiblement), nous ferons remarquer, par occasion, et dans l'intérêt des recherches nouvelles que le rapport merveilleux des prêtres égyptiens ne manquera pas d'exciter encore, que l'estimation de la durée de ces générations , à raison de trois pour un siècle , est éminemment erronée , et qu'Hérodote , à qui elle paraît appartenir , a mal à propos appliqué à l'Orient une règle qui n'était bonne

aue pour la population de la Grèc^ et es autres contrées de l'Occident, là où généralement les hommes se marient vers l'âge de trente ans ; et comme il en était autrement en Égypte, où la puberté et les mariages étaient bien plus hâtifs, l'estimation de la durée des 341 générations est exagérée dans Hérodote , et ce sera dans un intervalle moindre que celui de 11,340 années que se seront manifestés les phénomènes solaires, vraisemblablement inexplicables , qu'on a si inutilement cherché et qu'on cherchera encore à expliquer, d'après la relation d'Hérodote, peut-être même d'après l'élément nouveau que notre observation fournit à l'examen de cette antique tradition. Et pour ne rien omettre de ce (jui peut être utile à cet examen ,

peut-être à jamais oiseux et stérile, nous ajouterons que nos redierches sur des générations réellement historiques, certaines et nombreuses des monarques égyptiens , ont porté à 28 ans au plus la durée des générations humaines pour l'Egypte , ce qui donnerait au calcul d'Hérodote une exagération de près de 1800 ans. Mais il est peut-être plus raisonnable de ne voir dans ces chiffres et ces générations qu'un de ces nombres, en quelque sorte religieux , consacrés , du moins par la cosmogonie et les chroniques nationales, comme tels autres que la tradition nous a conservés , l'ancienne chronique entre autres qui , supputant les temps connus de l'Egypte, fixe la durée du règne des dieux et des rois à 36,525 ans , et ce nombre contient exactement la durée de 25 périodes sothiaques de 1461 années chacune, temps de la révolution des deux années solaires , la vague et la fixe , et après lequel les deux années recommençaient le même jour. Si donc une idée semblable était entrée dans la supputation des 341 générations d'hommes dont les prêtres d'Égj"pte parlèrent si haut à Hécatée comme à Hérodote, on ne pourrait aujourd'hui la retrouver ni avec les nombres d'Hérodote , tels qu'ils nous sont parvenus , ni en portant la somme à 26 ans de plus , comme l'exigent les éléments mêmes de son calcul ; et la plus grande approximation entre le nombre exprimé des générations et le nombre des périodes de 1461 ans, donnera les deux nombres 10,230 ans , somme de 341 générations à 30 années pour chacune, et 10,227 ans, somme de sept périodes de 1461 années.

Quelque oiseuses et stériles aussi que puissent être ces indications, il reste le fait principal que nous avons recueilli du récit d'Hérodote, qui a vu dans le temple d'Ammon à Thèbes le lieu où étaient conservées les statues colossales en bois, des grands-prêtres chefs de la hiérarchie sacerdotale en Egypte. Ces statues devaient recevoir au moins les mêmes honneurs que celles des ancêtres des autres familles con-

sidérables qui conservaient fidèlement les images de leurs aïeux. Érigées et consacrées au nom des lois , celles des grands-prêtres , placées à côté de celles des rois , étaient également d'im-

E osants; accessoires des annales puliques; on réunissait ainsi à l'effigie des rois la relation de leurs bonnes actions, car les prêtres étaient à la fois les dépositaires des archives et les écrivains des annales qui en étaient extraites. On sait ce que le judicieux Hérodote pensait de l'esprit et du caractère des Égyptiens, appliqués à la recherche des "laits relatifs a leur propre histoire ; « ils sont très-soigneux, dit-il , de conserver le souvenir des événements , et ils me paraissent de tous les peuples que j'ai connus , les plus instruits en faits historiques. »

Après cette dernière assertion d'Hérodote , qui a tant et tant questionné les prêtres égyptiens et sur leur propre histoire et sur celle des peuples étrangers à l'Égypte , on ne sera pas surpris qu'un si bon esprit, frappé à la fois de leur science et de l'antiquité de leurs annales, les ait aussi interrogés sur les faits les plus anciens et les plus mémorables de l'histoire de la Grèce. « J'ai cru , dit-il encore , devoir demander aux prêtres égyptiens leur opinion sur ce que les Grecs racontent de la guerre de Troie , et s'ils le regardent comme vrai ou comme controuvé. » Ils lui répondirent et sur le rapt d'Hélène et sur la prise de Troie, et sur le voyage de Ménélas en Égypte, des choses si positives et à la fois si conforme» à l'ordre ordinaire des choses humaines , qu'Hérodote n'hésita pas à donner la préférence à la relation historique des prêtres sur la relation merveilleuse d'Homère; « il me semble, ajoute-t-il, qu'Homère n'a pas ignoré ces faits, mais comme ils ne s'accommodaient pas heureusement avec le plan de son épopée, il a adopté une autre version, en laissant apercevoir cependant qu'il était instruit de la narration égyptienne; » et cette réflexion si sensée est une preuve de plus de cette applL-

L'UNIVERS

cation constante d'Hérodote à la recherche attentive de la vérité. Au souvenir des brillants et poétiques récits d'Homère, qui sont présents à l'esprit de tous nos lecteurs, ajoutons ici ''histoire de la destruction de Troie d'après les annales égyptiennes , et telle qu'Hérodote nous l'a transmise.

Pâris enleva Hélène de Sparte, et voulut la conduire à Troie ; mais des vents contraires qui s'élevèrent pendant qu'il traversait la mer Égée le jetèrent dans celle d'Égjpte. Ces vents ne s'étant pas calmés, ils le forcèrent d'aborder a la côte, et d'entrer dans Je Ml par la bouche de Canope pour débajquer aux Tarrichées. Il y avait alors sur le rivage, comme il y exista de tout temps, un temple consacré à Hercule, avec droit d'asile. Un esclave, quel que fût son maître, qui s'y réfugiait et consentait à se donner au dieu en se laissant imprimer sur le corps une marque sacrée , y était à l'abri de toute poursuite; et ce droit d'asile, comme le temple, existaient encore du temps d'Hérodote.

Quelques domestiques de Pâris, instruits de ce privilège, abandonnèrent leur maître , et se réfugièrent dans le temple. Là , assis en suppliants, ils se déclarèrent les accusateurs de Pâris ; et , dans le dessein de lui nuire, racontèrent en détail ce qui s'était passé à l'égard d'Hélène, et l'injure qu'il avait faite à Ménélas. Leur accusation et leurs plaintes furent entendues du prêtre du temple, chargé de la garde de la bouche de Canope , et dont le nom était Thonis. Informé de ces faits , le prêtre envoie , en toute diligence, un exprès pour informer le roi de l'arrivée d'un étranger, Troyen d'origine , qui vient de commettre en Grèce un grand forfait. Il a séduit la femme de son hôte et l'emmène avec lui ; ses vaisseaux portent de grandes richesses : les vents l'ont forcé d'aborder en Egypte ; doiton le laisser tranquillement se rembarquer, ou bien lui reprendre tout ce qu'il emporte? Le roi répondit :

o Emparez-vous de cet étranger accusé d'une si cruelle injure envers

son hôte, et amenez- le devant moi.

afin que je sache de lui-même ce qu'il peut alléguer en sa faveur? »

Thonis ayant reçu ces ordres, fil arrêter Pâris et retint ses vaisseaux ; il le mena ensuite, avec Hélène, a IMemphis, où l'on conduisit aussi toutes les richesses trouvées sur les vaisseaux, et même les domestiques qui s'étaient réfugiés dans le temple. Lorsque tous furent rendus à IMemphis, le roi demanda à Pâris qui il était et d'où il venait. Le prince déclara, sans difficulté, sa naissance, le nom de sa patrie, et son voyage. Jlais le roi ajant voulu savoir ensuite où il avait pris Hélène, il commença à hésiter dans ses réponses et à s'écarter de la vérité. Alors on fit paraître les suppliants d'Hercule, qui donnèrent tous les détails du crime. Enfin, le roi prononça ces paroles : « Si je ne considérais' pas comme mon premier devoir de ne jamais faire périr aucun des étrangers que les vents forcent d'aborder dans mes états , je vengerais sur toi , ô le plus scélérat des hommes ! l'injure que tu as faite aux Grecs en commettant, au sein de l'hospitalité, un forfait aussi impie; je te punirais, toi qui, non content d'avoir profane le lit de ton hôte , lui dérobes sa femme séduite par tes ruses, et fuis encore, insatiable dans tes crimes, chargé des dépouilles de la maison qui t'a reçu. Cependant, comme avant tout ilm'importe de n'avoir pas à me reprocher la mort d'un de mes hôtes, je me bornerai à t'empêcher d'emmener plus loiu cette femme; et les richesses dont tu t'es emparé, je les garderai pour le Grec qui t a donné t'hospitalité , et je les lui remettrai dès qu'il viendra lui-même les reprendre. Quant à toi , et à ceux qui montent tes vaisseaux, je vous donne trois jours pour sortir de mes états et gagner la haute mer. Si vous n'obéissez , je vous trairerai comme mes ennemis. » Paris obéit au roi, et quitta l'Egypte ; Hélène y fut retenue avec ses richesses.

Mais les Grecs, comme les prêtres é^vptiens déclaraient le savoir d'après

ÉG YPTE.

«ne tradition venant de Ménélas luimême, les Grecs, à la suite du rapt d'Hélène , assemblèrent une armée qui arriva dans la Teucride pour soutenir Ménélas ; cette armée , après être débarquée, établit son camp, envoya des députés à Troie; Ménélas lui-même fut du nombre. Cette députation, reçue dans l'enceinte des murs de la ville, réclama Hélène, ainsi que toutes les richesses que Paris avait dérobées et emportées avec lui, et demanda, en outre, vengeance de l'injure faite aux Grecs; mais les Troyens répondirent alors ce qu'ils ont toujours soutenu depuis, soit sous la foi du serment, soit dans leurs discours ordinaires, que ni Hélène, ni les richesses redemandées ne se trouvaient en leur pouvoir; que ces trésors, et Hélène elle-même , étaient en Egypte , et qu'il serait injuste de les rendre responsables d'objets que le roi d'Egypte tenait en sa possession. Mais les Grecs, ajoutent les Égyptiens, ayant pris cette réponse pour une raillerie, firent le siège de la ville , Unirent par la prendre ; et après s'en être rendus les maîtres , comme ils n'y trouvèrent pas Hélène , forcés alors d'ajouter foi aux premières paroles des Troyens, ils renvoyèrent Ménélas en Egypte.

Ménélas s'y rendit donc; et après avoir remonte le Wil , il arriva dans Memphis, où il se fit connaître; il fut traité avec les plus grands honneurs, comme un hôte distingué, et on lui remit, avec Hélène qui n'avait point eu à se plaindre de son séjour en Egypte, les richesses qui lui appartenaient.

Les Égyptiens disaient ensuite que Ménélas , malgré tant de services , se rendit coupable d'un sacrilège, et que, poursuivi par les Égyptiens, il remonta précipitamment sur ses vaisseaux et s'enfuit en Libye. Les prêtres égyptiens ne savaient pas ce que IMénelas devint après cette fuite, mais ils assurèrent que tout ce qu'ils venaient de raconter au sujet des trésors d'Hélène, ils le savaient d'une manière certaine , soit par les recherches qu'ils avaient faites, soit comme des évé-

nements qui avaient eu lieu dans leur propre pays.

Et pourquoi auraient-ils ignoré les Grecs, Troie et le bruit de la destruction de l'empire de Priam, quand à cette même époque la renommée des Égyptiens, de leurs ai-mes , de leur civilisation , avait pénétré dans toutes les parties de l'Asie; quand leur puissance, assez révélée par leurs richesses et la magnificence de leurs monuments, était si intéressée à fréquenter tout le bassin oriental de la mer intérieure et l'Archipel, qui n'en est qu'un appendice.

L'active mais discrète curiosité des Egyptiens leur avait appris les nations voisines , leur puissance et leurs intérêts, et jusqu'à leur physionomie?

Dans les tableaux emblématiques qui décorent les tombeaux de leurs rois, ils ont habituellement représenté , avec une bien remarquable précision , les habitants de l'Égypte et ceux des contrées voisines; le dieu Horus, le pasteur des peuples , marche à leur tête ; les Occidentaux y figurent après les Asiatiques, et les Ioniens y sont nominativement mentionnés.

C'est un Ionien que représente la figure G de notre planche 1 1 ; c'est une famille absolument grecque de physionomie et de costume que reproduit une précieuse peinture, encore existante dans un des tombeaux de Beni-Hassan , où l'on voit une femme, couverte d'une tunique , poussant devant elle un âne qui porte deux jeunes enlants dans des paniers , et sous la protection d'un homme habillé de la chlamyde grecque, et tenant d'une main l'antique lyre grecque à trois coi'des , et de l'autre un bâton. Tout ceci est grec , puisqu'il est écrit au-dessus, en signes alphabétiques, louni, Ioniens; et ces figures de Grecs, peintes exactement par les Égyptiens, remontent incontestablement a plus de quatre cents ans au-delà du temps des aventures d'Hélène et des malheurs de la famille de Priam.

Hérodote savait sans doute aussi bien que nous les, antiquités de la Grèce et celles de l'Égypte; on ne doit pas être surpris de la confiance qu'il

LllNIVERS.

accorde à la narration égyptienne; et cherchant jusque dans Homère les faits les plus propres à la justifier , il rappelle que ce poète convient que Pâris, forcé par les vents d'errer en divers lieux, aborda avec Hélène à Sidon, en Phénicie, limitrophe de rÉsiypte; qu'il en emporta des toiles peintes de diverses couleurs, précieux ouvrages des femmes de cette industrieuse cité ; qu'Hélène possédait plusieurs remèdes utiles que lui avait apiiris la femine du prêtre Thonis , de Canope , le même dont les Egyptiens disaient le nom à Hérodote; enfin que ]\Iénélas avouait à ïélémaque que les dieux l'avaient retenu long-temps en Egypte.

Dans tous ces passages , dit Hérodote, Homère manifeste qu'il avait connaissance des courses de Paris et de son débarquement en Égypte; et si, continuait-il, Hélène avait été en elCet dans Troie quand les Grecs menaçaient la ville, certainement elle leur aurait été rendue avec ou sans le consentement de Paris; car comment croire Priani et ses parents assez insensés pour mettre en danger leur existence , celle de leur famille et de la ville entière , afin de favoriser les crimes de Paris? Après même une telle résolution , si elle avait été prise d'abord , auraient-ils persisté quand tant d'illustres Troyens, tant d'enfants même de Priam succombaient sous le fer des Grecs? (Comment aussi expliquer la détermination d'Hector, héritier de l'empire , se sacrifiant à la défense d'un frère coiqiable et auteur de tant de maux? Les ïroyens eux-mêmes s'y seraient unanimement soustraits eii rendant llélèjie, s'ils l'avaient pu; niais elle avait été retenue en Égypte , et l'obstination des Grecs à ne pas le croire ne put être que l'ouvrage des dieux ; ils voulaient manifester aux hommes que les grands crimes attirent toujours les grandes vengeances. D'après ces précieuses traditions historiques, Hérodote aurait donc recueilli en Égypte l'histoire de Troie ; et Homère, qui l'avait aussi connue, en avait coinpose une épopée : son génie en créa tout le merveilleux . et en fit

un ouvrage peut-être sans modèle , et certaineiiîent sans rival. Du reste , il faudrait nier tous les rapports de l'Égypte avec la Grèce dans les temps primitifs de ses annales , et les Grecs eux-mêmes les ont assez reconnus et proclamés , pour refuser aux prêtres égyptiens toute notion certaine sur l'histoire des Grecs, leurs élèves : les Grecs eux-mêmes nous ont appris qu'Homère vit et connut l'Egypte, et conféra avec ses prêtres, dépositaires des sciences et des archives humaines.

Mille fois Hérodote révèle les emprunts de toute nature que leur firent les Grecs.

Au contraire , dit encore Hérodote, les Egyptiens n'ont adopté aucune des institutions des Grecs; et s'il existe à Chemmis, dans le nome de Thèbes, un temple consacré à Persée, fils de Danaé, et en l'honneur de ce héros des jeux gymniques , c'est parce que Persée descendait de Danaiis et de Lyncée, habitants de Chemmis, et qui avaient autrefois passé en Grèce.

Les ])rêtres égyptiens connaissaient très-bien l'histoire des premiers philosophes de la Grèce, et des traditions sur leur séjour et sur leurs recherches en Egypte y étaient soigneusement conservées. Ces prêtres affirmaient que c'est à eux-mêmes qu'Orphée avait emprunté les mystères qu'il institua en l'honneur de Bacchus et de ('érès , qui^ n'étaient que l'Osiris et l'Isis de l'Egypte, et que sa fable des enfers n'était qu'une parodie des cérémonies funéraires qu'il avait vu pratiquer par les Égyptiens. U s'en trouvait même parmi eux qui affirmaient qu'Orphée et Amphion étaient nés sur le bord du Nil. Les vers d'Hésiode abondent en idées égyptiennes travesties. Pythagore apprit en Égypte tout ce qu'il parvint à savoir, èt il sut beaucoup de choses très-positives, et quelques-unes qui l'étaient un peu moins. Ses préceptes sur les principes de la philosophie naturelle, sa doctrine des nombres, ses mystères sur la science, sur la morale, sur l'origine du monde , ses symboles et ses énigmes, tout est égyptien dans cet

p:gypte.

élève des prêtres de l'Egypte, si distingué d'ailleurs , et si chéri par ses maîtres, dont le plus illustre fut l'arcliiprophète Soncliès. Solon,Thalès de Milet apprirent d'eux aussi tout ce qu'ils enseignèrent à la Grèce. Nous connaissons les maîtres égj ptiens du divinPIaton ; Proclus nomme comme tels Paténéïth, Ochaaps d'Héliopolis, Étymon de Sébennytus : l'histoire nomme encore Sechnouphis d'Héliopolis. On montra à Strabon le collège où Eudoxe et Platon avaient étudié à Hélio-

folis; et je ne sais quel prêtre de une de ces villes savantes lui répétait quelquefois : « 0 Platon ! Platon ! vous « autres Grecs, vous n'êtes que des « enfants ! »

Eudoxe reçut aussi à Héliopolis les leçons du prêtre Conuphis; et bien d'autres Grecs s'instruisirent à la même école : Eudoxe et Platon étaient allés ensemble en Égypte ; on montra à Strabon la maison qu'ils avaient habitée , et on lui dit que ces deux philosophes avaient passé jusqu'à treize années dans cette ville célèbre par son collège sacerdotal ; qu'ils y avaient vécu dans le commerce habituel des prêtres; qu'à force de temps et de prévenances , ils obtinrent enfin de ces doctes ministres de la science et de la divinité , très-instruits en astronomie , mais d'habitude très-mystérieux et peu comniunicatifs , la connaissance de quelques théorèmes ; mais que les prêtres leur cachèrent la plus grande partie de ce qu'ils savaient , notamment la méthode des intercalations qui donnaient à l'année civile une durée égale à la révolution solaire , intercalation ignorée des Grecs , ajoute Strabon, ainsi que bien d'autres choses , jusqu'à ce que des astronomes ( modernes au siècle du voyageur ) l'eussent connue au moyen des traductions en langue grecque des mémoires rédigés par les prêtres égyptiens, mémoires où les astrono^iies puisaient encore de son temps , ainsi que dans les écrits des Chaldéens. Platon et Eudoxe furent donc redevables à cette persévérance que leur donnait un ardent désir de savoir, des com-

munications qu'ils arrachèrent à la réserve habituelle des prêtres ég}ptiens. Ils ne révélaient pas leurs mystères à toute sorte de personnes, dit Clément d'Alexandrie ; ils ne portaient pas les choses divines à la connaissance des profanes , mais seulement des personnages destinés au trône, et de ceux d'entre les prêtres qui étaient les plus distingués par la naissance, l'éducation ou la science. Et Fourier, dans cet écrit si justement admiré , où Fontane trouvait, avec tant de raison , la grâce d'Athènes réunie à la sagesse de l'Égypte, a résumé toutes ces pensées de l'antiquité sur la puissance du sacerdoce dans l'Égypte , quand il a dit que sa religion, unie à l'étude des phénomènes naturels , était en même temps intellectuelle et physique, qu'elle ne révélait qu'à quelques esprits sages les principes abstraits de la morale , et les offrait à tous sous des formes sensibles. La Grèce ne comprit peut-être pas complètement ces deux parties de cet admirable système , si approprié à rinsufiisance ordinaire de l'intelligence humaine, et qui , par la fornie ou par le fond , inspire invinciblement aux esprits de tout ordre les pratiques ou les convictions, les actions et les pensées les plus utiles à l'ordre social et au bonheur de l'homme.

De tous les élèves des doctrines égyptiennes, le plus célèbre est Moïse, le législateur des Hébreux. On connaît les merveilles de sa naissaQce et de son éducation. Protégé par la lille du roi d'Égj'pte , élevé dans le palais du souverain, au sein des magnificences d'un grand empire, «il fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens , et devint puissant en paroles et en œuvres.»

Les autorités ne manquent pas sur la véracité de l'histoire de Moïse, même dans l'antiquité profane. Strabon le considère comme un prêtre égyptien qui, voulant bannir les animaux vivants des céréiuoniss religieuses , essaya de changer les formes du culte public. Justin disait que Moïse avait reçu de la nature les plus ra'res qualités, et, comme son ancêtre Joseph, le don d'ex-

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