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suflisamment que les noms de quelques Pharaons lurent proscrits par ces mêmes juges suprêmes.
Ainsi les Égyptiens imitaient sur la terre, à l'égard du corps, ce qu'ils croyaient, selon leurs doctrines religieuses, être pratiqué à l'égard des ames dans l'enfer , l'Amenthi , où elles passaient après leur séparation du corps. La dernière scène des papyrus représente donc cette épreuve finale , la plus complète de toutes , puisqu'elle exige de î'ame un compte général des motifs de ses actions, et en tout la plus redoutable , puisque les juges sont les dieux mêmes, les êtres supérieurs , ceux à qui tout est connu jusqu'aux plus secrètes pensées.
Dans cette scène finale , l'âme du défunt, figurée, pour lever toute incertitude et connue dans sa présentation à Thniéï , sous les formes corporelles mêmes dont il fut revêtu durant son séjour sur la terre , se voit de nouveau représentée à genoux , les bras élevés, en attitude suppliante, devant les images des quarante-deux juges de l'Amenthi, rangées sur deux iiles , ce qui a rendu nécessaire la répétition de la figure de famé , sur le sort de laquelle ces juges doivent prononcer la sentence. Les têtes de ces quarante-deux juges sont assez variées ; les unes ont la forme humaine , d'autres la tête de divers animaux, tels que crocodile, aspic, bélier, épervier, ibis, schakal, hippopotame, lion et cynocéphale. Cette diversité de têtes provenait de la nécessite de caractériser un à un ces divers juges figurés hiératiquement, ayant d'ailleurs des fonctionsdiverses; leursquarante-deux noms propres se lisent dans les rituels funèbres complets, auprès de la scène du jugement, avec l'indication précise de la région céleste à laquelle chacun d'eux présidait. Diodore de Sicile parle de ces quarante-deux génies en décrivant des bas-reliefs du tombeau d'Osymandias, sur lesquels était figuré le jugement de l'âme de ce conquérant ; et dans d'autres manuscrits , ces juges sont figurés assis devant Thméï, leur présidente
Cette déesse, fille du Soleil, dont la figure est si fréquente sur les monuments, parce qu'elle était regardée comme la protectrice de l'Égypte et la directrice du pouvoir royal, a été prise par les Grecs pour leur Héra , la Junon des Latins. Mais chez le.s Égyptiens, Thméï était l'emblème de la vérité; de là elle fut dite la première née du dieu de la lumière, et on lui attribua la suprême présidence des régions infernales, où les apparences mondaines s'évanouissent, où tous les projets humains disparaissent pour faire place aux éternelles réalités. Elle devait donc diriger et régler les opérations des juges de l'Amenthi, et son image, celle de la vérité, devait se trouver appendue au cou et sur la poitrine des juges composant le tribunal qui , sur la terre, décidait des plus importants intérêts des familles, f 'érité justice sont deux idées essentiellement connexes dans l'ordre moral; un seul et même mot exprimait l'une et l'autre dans l'ancienne langue des l^syptiens, et le plus beau et le plus ordinaire des titres que prirent les Pharaons sur leurs obélisques, fut sans doute celui d'ami de Thméï, ami de la vérité, c'est-à-dire, de la justice.
En présence de ces quarante-deux juges, d'autres divinités faisaient ellesmêmes l'examen de la conduite que l'âme avait tenue sur la terre. Ses actions étaient rigoureusement mises dans la balance âe l'Amenthi, et cet instrument, qui décidera du sort de l'âme, est placé au-dessous des juges.
Le fût ou colonne qui le supporte est surmonté d'un cynocéphale assis , image symbolique de l'un des ministres du dieu Thoth, appelé alternativement Api ( nombre, quantité ), ef Hap (jugement, sentence), noms, comme on le voit, relatifs aux fonctions du génie qui préside à la pesée des actions de l'âme sur la balance infernale dont la garde lui était commise.
Deux autres personnages sont debout auprès des bassins de la balance, et pèsent les bonnes et les mauvaises
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actions du défunt. I-a figure à droite, qui examine attentivement le fil ou plomb au moven duquel les Egyptiens avaient coutume d'estimer le poids relatif des deux bassins de l'instrument, est le dieu Horus, le fils chéri d'Osiris etd'Isis, bien reconnaissableà sa téte d'épervier, de même que par son nom d'ordinaire écrit au-dessus de lui.
Le personnage de gauche , à la tête de schakai , ou de loup d'Egypte, est le dieu Anubis, fils d'Osiris et de Nephtis. Les fonctions spéciales de ces deux frères étaient de peser les actions des morts en présence des juges de l'Amentbi. Les mauvaises sont synibrliquement figurées par un vase d'argile
Eosé dans le bassm de droite , et les onnes dans le bassin de gauche, par une petite figure de Thmeï, ou de sa plume seulement , c'est-à-dire par le symbole même de la justice et de la vérité.
En avant de l'instrument redoutable on voit une autre divinité, dont la haute stature annonce la dignité; car, dans les tableaux symboliques des Égyptiens, la hauteur des figures est presque toujours en raison du rang du personnage figuré, toutes les fois du moins que l'espace ne s'oppose pas à la pratique de cette règle. L'hiéi-ogranmiate a représenté ici le dieu ïhoth (la science et la sagesse divines personnifiées ), l'inventeur des , lettres et le premier législateur des Égyptiens.
Quand Osiris revêtit des formes humaines pour introduire la vie civile dans, le monde, Thoth, le Mercure des Égyptiens, fut son fidèle compagnon et comme l'ame de ses conseils.
Les mêmes traditions religieuses ajoutaient qu'il n'abandonna jamais Osiris, même lorsque ce dieu établit sa demeure dans l'Amenthi pour juger les ames. Le Alercure égyptien est caractérisé par sa tête d'ibis , oiseau qui , dans l'écriture sacrée égyptienne , est le symbole du cœur et de l'intelligence. Il tient dans sa main un calam, et il écrit sur une tablette le résultat de la pesée dans la balance de l'Amenthi, des œuvres du défunt. Thoth porte ce résultat à la connaissance du juge
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suprême des ames , Osiris , dont la bouche doit prononcer la sentence définitive. Considéré selon ces fonctions dans l'enfer égyptien , Thoth correspond exactement au l\Iercure Psychopompe des Grecs.
Tel est le sens de la scène figurée dans la deuxième partie des papyrus ; elle rend ainsi sensible aux yeux toute la doctrine psychologique des Égyptiens, c'est-à-dire l'ame du défunt "qui entre dans l'Amenthi, et qui se trouve en présence de la vérité; ses ministres, les quarante-deux juges, sont chargés d'examiner les motifs de ses actions ; ces mêmes actions sont pesées par certains dieux; la sagesse divine ( Thoth ) écrit le résultat de cette çesée; la bonté de Dieu, figurée par l'être bienfaisant par excellence , Osiris , récompense l'ame fidèle à ses devoirs en l'appelant dans un monde meilleur, ou bien il la punit de ses fautes en la rejetant sur la terre pour y subir de nouvelles épreuves et y endurer de nouvelles peines sous une nouvelle forme corporelle, jusqu'à ce qu'elle se présente pure de toute faute au tribunal de l'Amenthi. Ici l'anib a été reconnue coupable de gloutonnerie, et elle est renvoyée sur la terre sous la forme d'une truie.
On trouve dans cette scène allégorique toute la représentation de l'enfer des Grecs et des Romains. Orphée, et les autres très-anciens instituteurs du culte des Grecs, furent les disciples des prêtres égyptiens ; il n'est donc pas surprenant que le palais d'Adès ne soit en grande partie autre chose que la copie de l'Amenthi égyptien. Osiris est devenu en occident Adès, ou Pluton ; Thinéï, Proserpine; Oms, le Cerbère; Thoth, le Mercure Psychopompe; enfin Horus, Api et Anubi, semblent être les types originaux de Minos, Eaque et Rhadamante : et de tels rapprochements font comprendre quels précieux renseignements sur les origines de la religion des Grecs et des Romains, peut fournir l'étude approfondie des monuments de tout genre qui nous restent de l'antique Egypte.
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L'expression figurée de cette même croyance au su jet du jugement de l'ame des morts, par les symboles qui pouvaient la rappeler directement à l'esprit de tous , était multipliée avec une attentive persévérance: fondement de la morale publique , elle était reproduite sur les monuments publics par le concours de tous les arts. Le tableau qui la renrésente entrait dans le système de décoration religieuse des grands édifices. On la retrouvait ainsi et dans les livres et dans les temples de l'iigypte, tant que dura l'influence des institutions nationales; les rois et les citoyens comparaissaient devant le même tribunal. Ce même tableau religieux existe encore, en effet, parmi les bas-reliefs peints du petit temple qui s'élève derrière l'Aménopliion , sur la rive occidentale de Thèbes : il fut dédié aux deux déesses Hatbôr et Tbméi, vers l'an 200 avant Père chrétienne, comme le disent les dédicaces, qui nonmient le roi Ptolémée- Épiphane et la reine Cléopâtre sa femme. Champollion le jeune a vu et décrit ce monument; il a déterminé Pepoque de sa fondation, un peu antérieure au rè^ne d'Épipliane; il a donné à la fois le nom du prince qui le dédia , et celui des divinités auxquelles il fut consacré : il a reconnu que le naos du temple est divisé en trois salles ou sanctuaires contigus ; que le sanctuaire principal, celui du milieu, est décoré de tableaux d'offrandes adressées à tous les dieux adorés dans le temple , et que celui de droite est spécialement réservé à la déesse Hatbôr.
« Le sanctuaire de gauche, ajoute le voyageur, est consacré à la déesse Thméï, qui fut la Dicé et l'AIété des mythes égyptiens ; aussi , tous les tableaux qui décorent cette chapelie se rapportent-ils aux importantes fonctions que remplissait cette divinité dans l'Amcntlii , les régions occidentales ou l'enfer des Égyptiens.
« Les deux souverains de ce lieu terrible, oii les ames étaient jugées , Osiris et Isis reçoivent d'abord les lioinmages de Ptolemée et d'Arsinoé , dieux Philopatores; et l'on a sculpté
sur la paroi de gauche la grande scène de la psycJiosiasie. Ce vaste basrelief représente la .salle hypostyle (Oskli ) , ou le prétoire de l'Ainenthi, avec les décorations convenables. Le grand-juge Osiris occupe le fond de la salle; au pied de son trône s'élève le lotus, emblème du monde matériel, surmonté de l'image de ses quatre enfants, génies directeurs des quatre points cardinaux.
« Les quarante -deux juges assesseurs d'Osiris sont aussi rangés sur deux lignes, la tète surmontée d'une plume d'autruche, symbole de la justice : debout sur un socle, en avant du trône, le Cerbère égyptien, monstre composé de trois natures diverses, le crocodile , le lion et l'hippopotame , ouvre sa large gueule et menace les ames coupables : son nom, Téouûmenement, signifie la dévoratrice de l'occident ou de l'enfer. Vers la porte du tribunal parait la déesse Thméï , dédoublée , c'est-à-dire iigiirée deux fois , à cause de sa double attribution de déesse de la justice et de déesse de la vérité; la première forme, qualifiée Thméï,rectrice de 1" Ainenthi (la vérité), présente l'aïued'un Égyptien, sous les formes corporelles, à là seconde forme de la déesse (la justice) , dont voici la légende : Thméï, qui réside dans l'Amenthi , où elle pèse les coeurs dans la balance : aucun méchant ne lui échappe. Dans le voisinage de celui qui doit subir l'épreuve, ont lit les mots suivants ; « Arrivée d'une ame dans l'Amenthi. »
Plus loin, s'élève la balance infernale, les dieux Ilorus , lils d'Isis , à tète d'épervier, et Anubis, fils d'Osiris, à tète des chakal , placent dans les bassins de la balance , l'un le cœur du prévenu , l'autre une plume , emblème de justice : entre le fatal instrument qui doit décider du sort de l'ame, et le trône d'Osiris, on a placé le dieu Thoth ibiocéphale , Thoth le deux fois grand, le seigneur de Schmoun (llermopolis Magna), le seigneur des divines paroles, le secrétaire de justice des autres dieux grands dans la salle de justice et de vérité. Ce greffier divin écrit le résultat de réj'reuvo
ÉGYPTE
à laqiielle vient d'être soumis le cœur de ritgyptien défunt, et va présenter son rapport au souverain juge. »
On voit donc encore ici, dans le sanctuaire de la déesseïliméï, la représentation de la psycliostasie y telle qu'elle est dans la deuxième partie de tous les rituels funéraires.
D'autres scènes d'un ordre semblable et non moins significatives à l'égard des dogmes psychologiques enseignés et reçus chez les Egyptiens , existent encore comme décorations religieuses de monuments comptés parmi les plus anciens de ceux qui couvrent si pompeusement le sol égyptien : et ces diverses scènes sont comme le complément, et, s'il en était besoin , l'interprétation intelligible à tous, de celle du jugement de l'ame, pour ses bonnes ou ses mauvaises actions sur la terre. Ces scènes imposantes nous montrent la série des châtiments terribles et variés que recevaient dans l'autre vie les ames coupables et indignes de pardon; et à côte de ce tableau des sévères effets de l'inévitable justice , est placé celui des félicités, sans cesse renaissantes , ([ue la même justice a réservées aux ames pures de toute souillure, et qui se sont élevées à cette perfection en suivant avec ardeur et persévérance la voie du devoir et de la vertu. C'est dans les catacombes royales de Bibanel-Molouk , oix reposent les restes des rois de la 18% de la 19*^ et de la SO*-' dynastie, que sont conservées ces précieuses représentations. On y décrit , par une série innombrable de figures , la marche emblématique du dieu Soleil dans l'hémisphère supérieur et lumineux , et successivement dans l'hémisphère inférieur , qui est celui des ténèbres éternelles. Les nombreux tableaux relatifs à la marche du dieu audessus de l'horizon et dans l'hémisphère lumineux, sont partagés en douze séries, annoncées chacune par un riche battant de porte, sculpté, et gardé par un énorme serpent : ce sont les portes des douze heures du jour.
Près du battant de la première porte.
celle du lever, on a figuré les vingtquatre heures du jour astronomique sous forme humaine , une étoile sur la tête , et marchant vers le fond du tombeau , comme pour marquer la direction de la course du dieu , et indiquer celle qu'il faut suivre dans l'étude de ces tableaux qui offrent un intérêt d'autant plus piquant, que, dans chacune des douze heures du jour, on a tracé l'image détaillée de la barque du dieu , naviguant dans le fleuve céleste sur le fluide primordial ou tlier, le principe de toutes les choses physiques selon la vieille philosophie égyptienne, avec la figure des dieux qui l'assistent successivement; et de plus , la représentation des demeures célestes parcourt, et les scènes mythiques propres à chacune des heures du jour. Ainsi , à la troisième heure, le dieu Soleil arrive dans la zone céleste où se décide le sort des ames , relativement aux corps qu'elles doivent habiter dans leurs nouvelles transmigrations ; on y voit le dieu Atmou ass^s sur son tribunal , pesant à sa balance les ames humaines qui se présentent successivement : l'une d'elles vient d'être condamnée; on la voit ramenée sur terre dans une bai'i qui s'avance vers la porte gardée par Anubis, et conduite à grands coups de verges par des cynocéphales, emblèmes de la justice céleste; le coupable est sous la forme d'une énorme truie , au-dessus de laquelle on a gravé , en grands caractères, gourmandise ou gloutonnerie , sans doute le péché capital du délinquant, quelque glouton de l'époque.
Le dieu visite, à la cinquième heure, les Champs-Elysées de la mythologie égyptienne, habités par les ames bienheureuses se reposant des peines de leurs transmigrations sur la terre :
elles portent sur leur tête la plume d'autruche, emblème de leur conduite juste et vertueuse. On les voit présenter des offrandes aux dieux ; ou bien, sous l'inspection du seigneur de la joie du cœur, elles cueillent les fruits des arbres célestes de ce paradis, î'iiis loin , d'autres tiennent en main
L'UiMVERS.
des faucilles : ce sont les aines qui cultivent les champs de la vérité; leur légende porte : « Elles font des liba- « tiens de l'eau et des offrandes des « grains des campagnes de gloire; elles « tiennent une faucille et moissonnent
les champs qui sont leur partage; « le dieu Soleil leur dit : Prenez vos « faucilles , moissonnez vos grains , « emportez-les dans vos demeures , « jouissez-en et les présentez aux dieux " en offrande pure. » Ailleurs , enfin , on les voit se baigner, nager, sauter et folâtrer dans un grand bassin que remplit l'eau céleste et primordiale , Je tout sous l'inspection du dieu Ail- Céleste, le vieil Océan des mythes égyptiens.
La marche du soleil dans Vhcmisphère inférieur , celui des ténèbres , pendant les douze heures de nuit , c'est-à-dire la contre-partie des scènes précédentes , se trouve sculptée sur les parois des tombeaux royaux, opposées à celles dont on vient de donner une idée très-succincte. Là le dieu , assez constamment peint en noir de la tête aux pieds , parcourt les 75 cercles ou zones auxquels président autant de personnages divins de toute forme et armés de glaives. Ces cercles sont habités par les ames coupables qui subissent divers supplices. C'est véritablement là le type primordial de Y Enfer du Dante, car la variété des tourments a de quoi surprendre; et on ne doit pas s'étonner que quelques voyageurs , effrayés de ces scènes de carnage , aient cru y trouver la preuve de l'usage des^ sacrifices humains dans l'ancienne Egypte ; mais les légendes lèvent toute espèce d'incertitude à cet égard.
Les ames coupables sont punies d'une manière différente dans la plupart des zones infernales que visite le dieu Soleil : on a figuré ces esprits impurs, et persévérant dans le crime, presque toujours sous la forme humaine , quelquefois aussi sous la forme symbolique de la grue, ou celle de Vépervier à tète humaine entièrement peint en noir , pour indiquer à la fois
et leur nature perverse et leur séjour dans l'abîme des ténèbres. Les unes sont fortement liées à des poteaux, et les gardiens de la zone, orandissant leurs glaives , leur reprochent les crimes qu'elles ont commis sur la terre.
D'autres sont suspendues la tête en bas ; celles-ci , les mains liées sur la poitrine et la tête coupée , marchent en longues files; queques-unes, les mains liées derrière le dos , traînent sur la terre leur cœur sorti de leur poitrine; dans de grandes chaudières, on fait boiiillir cfes ames vivantes , soit sous la forme humaine, soit sous celle d'oiseau , ou seulement leurs têtes et leurs cœurs. Il y a des ames jetées dans la chaudière avec l'emblème du bonheur et du repos céleste (l'éventail ) , auxquels elles avaient perdu tous leurs droits. A chaque zone et auprès des suppliciés , on lit toujours leur condamnation et la peine qu'ils subissent.
«Ces ames ennemies, y est-il dit, « ne voient point notre dieu lorsqu'il « lance les rayons de son disque; elles " n'habitent plus dans le monde ter- « restre , et elles n'entendent point la " voix du Dieu grand lorsqu'il traverse « leurs zones; » tandis qu'on lit au contraire , à côté de la représentation des ames heureuses, sur les parois opposées : « Elles ont trouvé grâce aux « yeux du Dieu grand; elles habitent «les demeures de gloire, celles où '< l'on vit de la vie céleste ; les corps « qu'elles ont abandonnés reposeront « à toujours dans leurs tombeaux , « tandis qu'ellesjouiront de la présence « du Dieu suprême. »
Cette double série de tableaux , tels que Champollion le jeune les a recueillis dans ses dessins , et expliqués dans ses Lettres , nous offre donc le système psychologique égyptien dans ses deux points les plus importants et les plus moraux , les récompenses et les peines ; c'est un irréfragable témoignage en faveur de tout ce que les anciens ont dit de la doctrine égyptienne sur rimmortalité de Came^tt le but positif de la vie humaine. L'Egypte symbolisa ainsi la double destinée des ames par la pein-
ÉGYPTE
turc de la course du soleil dans les deux hémisphères.
L'antiquité classique connut et conserva la tradition égyptienne relative au jugement de l'ame séparée du corps qu'elle anime ; et cette antiquité lit plus encore à l'ésard d'une partie de cette tradition , la pesée des ames , elle se l'appropria et l'introduisit dans ses propres croyances. L.npsijchostasie figure dans les écrits des Grecs, dans ceux des Latins , et sur leurs monuments. Homère décrit Jupiter sur le sommet du mont Gargare , déployant ses balances d'or pour y peser les destinées des guerriers troyens et celles des Grecs valeureux; il saisit le milieu des balances , qu'il élève , et le jour fatal aux Grecs est arrivé : leur destin penche vers la terre , et celui des Troyens vers les cieux. C'est dans ces mêmes balances que Jupiter place ensuite les destinées fatales d'Achille et d'Hector ; le destin cruel d'Hector emporte la balance, et le héros descend dans les enfers. Virgile imita cette belle image dans la description du combat d'jEnée contre Turnus. Une belle patère étrusque représente un sujet analogue, et le nom d'Achille se lit à côté d'un des deux bassins de la balance , chargés de deux figures humaines. Sur un vase grec on a peint le combat d'Achille contre Memnon, et au-dessus des combattants, Hermès , le ïhoth des Grecs, pèse dans une balance les ames des héros, en présence de ïhétis et de l'Aurore.
Enfin, Plutarque rapporte que tel était le sujet de la Psychostasie d'Eschyle ; et Milton ne dédaigna pas d'iniiter cette riche fiction, reste difforme d'une grande pensée et d'un dogme sublime, désormais consacré par l'assentiment des siècles , la conscience publique et l'ordre nécessaire de l'univers.
Ce tableau très-expressif des terribles châtiments réservés aux ames coupables, dément assez hautement l'assertion de ceux qui , parmi les savants des temps modernes, ont avancé qu'il n'y avait pas, dans l'enfer égyptien, de peines physiques infligées aux condamnés; la preuve du contraire
est écrite sur plusieurs monuments du premier ordre. Il y avait dans l'Amenthi des Égyptiens , le séjour des bienheureux et celui des coupables. Ces idées, d'origine égyptienne, passèrent chez tous les peuples policés de l'antiquité ; elles n'ont pas encore vieilli, et il est évident que l'idée de peines et de récompenses éternelles fut inséparable de celle de l'immortalité de l'ame.
Personne n'a refusé aux sages de l'Egypte la priorité de la connaissance de ce dogme; Isis et Osiris, dit Hérodote , régnent dans l'enfer des Égyptiens; ce peuple est le premier qui ait dit que l'ame de l'homme est immortelle; ils croient qu'en quittant le corps de l'homme , elle passe dans celui d'un autre animal, successivement dans le corps des êtres animés de toute espèce, terrestres, marins ou aériens ; de là elle occupe de nouveau le corps d'un homme, et ces transmigrations s'opèrent dans un intervalle de trois mille ans. C'est à trois épreuves semblables que l'ame aurait été soumise successivement , idée recueillie aussi par Platon , qui savait que l'ame qui, après ces trois épreuves , restait innocente, retournait aux dieux, d'oii elle émanait ; les ames coupables , au contraire , animaient d'autres corps durant des myriades d'années avant de rentrer dans le sein delà divinité. Pindarene semble-t-ilpas avoir eu présente la pensée de ce séjour de joie et de plaisirs pour lestâmes pures, qui est décrit a une dè nos pages précédentes , lorsqu'il rappelle , dans ses vers , que les ames qui sortent pures de ces trois épreuves, parviennent aux demeures de Saturne et aux îles des bienheureux que rafraîchissent les vents de l'Océan , oîi brillent des fleurs qui ont l'éclat de l'or , qui naissent de la terre, ornent les arbres ou s'élèvent du sein des eaux, et dont les habitants de ces lieux fortunés se font des couronnes et des colliers.^ Pindare imite ici l'inépuisable modèle des poètes, Homère dans son Odyssée ; et comme pour conserver à cette opinion son origine égyptienne, c'est dans la bouche de l'égyptien Protée
L'UNIVERS
qu'Homère met ces paroles, adressées à Ménélas : « Votre destm n'est pas (Je connaître la mort; les dieux vous transporteront dans les Champs-Élysées , où les heureux jouissent à jamais d'une vie fortunée ; la neige , les pluies , les longs hivers n'attristent point ces lieux; sans cesse l'Océan leur envoie les douces haleines du zéphvr, qui porte aux hommes une agréatle fraîcheur. » Homère consignait ainsi une opinion égyptienne dans ses immortels écrits : « 11 y a des Grecs, ajoute Hérodote, qui se sont approprié cette opinion, les uns plus tôt, les autres plus tard ; je connais même leurs noms , mais je ne veux pas les écrire dans mon récit. » Le même historien rend le même témoignage sur l'origine égyptienne de la mëtempsychose ; on n en parla parmi les philosophes grecs (lu'aux temps de Phérécyde et de Pytnagore : c'est à ce dernier que la propagation de cette idée parmi les Grecs est attribuée , ainsi que celle de l'immortalité de l ame à Thalès; et cependant on entrevoit cette opinion très-distinctement dans les poèmes d'Homère. Des le début, il parle des ames nombreuses de héros qu'Achilie a envoyées aux enfers; leurs corps étaient livrés aux chiens et aux vautours. Et à la fin de l'Odyssée , il décrit la belle prairie habitée par les ames des défunts , demeure toutefois peu attrayante dans l'esprit des Grecs, puisque Achille aurait préféré le sort d'un misérable villageois sur la terre au titre de roi de toutes ces ames dans les enfers. L'opinion sur l'état de l'ame, après l'extinction de la vie du corps, était incertaine encore chez les Grecs à ces époques reculées de leur histoire. Ce fut l'Égypte qui les instruisit ; elle leur communiqua la science qu'elle avait reçue des dieux mêmes.
D'après l'histoire sacrée de l'Égypte, ce fut Thoth , le premier Hermès , le Trismégiste , ou trois fois très-grand , qui écrivit tous les livres par l'ordre du Dieu suprême. Ce premier Thoth fut l'Hermès céleste , ou l'intelligence divine personnifiée, le seul des êtres
divins qui , dès l'origine des choses, comprit l'essence de ce Dieu suprême.
H avait, selon les mythes sacrés de l'Egv'pte, consigné ces hautes connaissances dans des livres qui restèrent inconnus jusqu'à ce que le Démiurge eût créé les ames , et par suite l'uninivers matériel ainsi que la race humaine. Le premier Hermès avait écrit ces livres en langue et en écritures divines ou sacrées; mais après le cataclysme, lorsque le monde physique fut réorganisé et reçut une nouvelle existence, le Créateur,' prenant pitié des hommes qui vivaient sans règles et sans lois , voulut , en leur donnant l'intelligence et une direction salutaire, leur tracer la voie qui devait les ramener dans son sein dont ils étaient émanés. Ce fut alors que se manifestèrent sur la terre Isis etOsiris, dont la mission spéciale fut de civiliser l'espèce humaine. Ces deux époux avaient pour associé et pour conseiller fidèle, Thoth, nommé aussi Thoyth par les Grecs, qui fut le second Hermès , et n'était toutefois qu'une incarnation du premier, ou l'Hermès céleste manifesté sur la terre.
Tout ce que tentèrent Isis et O&iris pour tirer les humains de l'état sauvage , fut ou suggéré ou approuvé par Thoth, et c'est a ce second Hermès que les Égyptiens se croyaient redevables de toutes leurs institutions sociales. Les hommes étaient encore réduits , comme les animaux , à ne manifester leurs sensations que par des cris confus et sans liaison ; Thoth leur apprit une langue articulée, et imposant des noms a tous les objets , il donna à chaque individu le moyeu de communiquer ses pensées et de s'approprier celles des autres. Il fit plus, il enseigna à les fixer d'une manière durable , en inventant l'art de l'écriture ; il organisa l'état social , établit la relision , et régla les cérémonies du culte ; il fit connaître aux hommes l'astronomie et la science des nombres, la géométrie, l'usage des poids et des mesures. îVon content de satisfaire à tous les besoins de la société humaine par ces importantes et
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utiles créations , le second Hermès s'occupa aussi de tout ce qui pouvait contribuer à embellir la vie : il inventa la musique, fabriqua la lyre, à laquelle il ne donna que trois cordes, et institua les exercices gymnastiques.
C'est, ce même dieu, enfin , qui fit connaître aux hommes l'architecture , la sculpture, la peinture et tous les arts utiles. Voilà "ce qu'en ont dit Platon , Plutarque et bien d'autres écrivains.
Ils ajoutent que la langue et l'écriture inventées par Thoth, et communiquées aux hommes par cette divinité bienfaisante , différaient de la lanstue et de l'écriture des dieux, dont s'était servi le premier Hermès pour rédiger ses livres. L'écriture employée par le second Hermès est appelée hiérographique par IManétbon, parce qu'elle servit d'abord à écrire les livres sacrés, dont ce dieu confia la garde à la caste sacerdotale, qui lui devait, dit-on, son organisation et toutes les connaissances dont elle fut la dépositaire et la dispensatrice. Il paraît même que cet instituteur des hommes réserva, pour cette caste seule, un certain ordre de notions, entre autres celle de la véritable longueur de l'année. Les prêtres égyptiens reconnaissaient ce dieu pour l'auteur des livres sacrés que chacun d'eux devait posséder à tond, en totalité ou en partie, selon l'ordre de ses fonctions et son rang dans la hiérarchie. Ces livres de Thoth, au nombre de quarante-deux, renfermaient toutes les règles, tous les préceptes et tous les documents relatifs à la religion, au culte, au gouvernement, à la cosmographie, à la géographie, à tous les arts et à toutes les sciences ; en un mot, ces livres sacrés, dont nous indiquerons les sujets, formaient une véritable Enci/clopédie égtjptienne.
Les deux Thoth étaient les auteurs de tous ces ouvrages , le second surtout, chargé plus particulièrement du gouvernement de la terre et de la police des hommes. Il rassemblait dans lui-même toutes les sciences divines et humaines ; aussi les prêtres égyptiens lui attribuèrent-ils religieuse-
ment toutes les découvertes utiles faites par les membres de la caste sacerdotale, Thoth étant pour elle, à la fois , et son instituteur et sa propre image , sa personnification dans les mythes sacrés ; Thoth était reconnu pour l'arbitre souverain du cœur et de Y intelligence humaine, et le même mot égyptien exprimait en même temps les idées cœur, intellect ou intelligence. Dans les livres sacrés, le premier Thoth , l'Hermès trois fois trèsgrand , est qualifié de père et directeur de toutes choses, et d'historiographe des dieux, et ces titres sont pleinement justifiés par les attributions particulières de cet être divin selon les mythes nationaux déjà relatés. C'est ce même dieu qui prépara la matière dont furent formés les corps de la race humaine; et il promit alors ( prescience trompeuse !) de rendre ces nouveaux êtres fort doux, et de leur inspirer la prudence, la tempérance, l'obéissance et l'amour de la vérité. Osiris et Isis révélèrent aux hommes les livres de Thotii qui devaient régler leur vie intellectuelle et physique ; ce Thotli est l'intelligence divine personnifiée dans cet être puissant, et le dieu supérieur ne le nomme que : Ame de mon ame , et intelligence sacrée de ynon intelligence , en un mot, celui qui connaît tout. Il délégua au second Thoth, qui était son incarnation, le gouvernement de la terre, celui de la lune, et un ministère supérieur dans les enfers.
Ce second Thoth fut pour les Egyptiens l'auteur de tous les livres connus; on lui en attribua un très-grand nombre. Il y eut réellement en Egypte des bibliothèques et des archives considérables. Dans le magnifique édifice appelé par l'antiquité grecque le tombeau d'Osymandyas, il y avait une bibliothèque de livres sacrés, et sur sa porte on avait écrit remède de rame. Au Rhamesséïon de Thèbes, qui a tant d'analogie avec le prétendu tombeau d'Osymandyas, décrit par Diodore de Sicile, d'après Hécatée, Champollion le jeune a aussi reconnu, après le promenoir, la salle des li-
L'UNIVERS
vres ou la bibliothèque. La porte qui conduit d'une de ces deux pieçes dans l'autre , et dont les ornements en relief ont été stuqués et dorés , porte l'annonce évidente de la destination donnée à la deuxième de ces deux salles. Au bas des jambages , et immédiatement au-dessus de la dédicace, sont sculptées deux divinités , la face tournée vers l'ouverture de la porte , et regardant la seconde salle, qui était par conséquent sous leur juridiction.
Ces deux divinités sont, à gauche, le dieu des sciences etdesarts, l'inventeur des lettres, ïhoth à tête d'ibis, et à droite la déesse Saf,compagne de ïhoth, portant le titre remarquable de Dame des Lettres et présidente de la bibliothèque ( mot à mot la salle des livres ). De plus , le dieu est suivi d'un de ses Parèdres, qu'à sa légende et à un grand reil qu'il porte sur la tête, on reconnaît pour le sens de la vue personnifié , tandis que le Parèdre de la déesse est le sens de l'ouïe, caractérisé par une grande oreille tracée également au-dessus de sa téte , et par le mot solem ( l'ouïe ) sculpté dans sa légende; il tient de plus en main tous les instruments de l'écriture, comme pour écrire tout ce qu'il entend. Estil possible , ajoute notre voyageur, de mieux annoncer, que par de tels basreliefs, l'entrée d'une bibliothèque?
Les livres étaient si abondants en Egypte , que le nombre des ouvrages attribués à Hermès est porté par lamblique à vingt mille, parManétlion à un nombre encore supérieur, et Hermès c'est la caste savante et la science même, selon les idées égyptiennes.Les livres sacrés étaient les plus recherchés, et l'on considérait comme tels ceux qui traitaient de la nature , de la hiérarchie et du culte des dieux : un roi nommé Suphis , celui auquel on attribue la grande pyramide, était l'auteur d'un de ces traités. On considérait aussi comme sacrés les livres historiques renfermant les annales de la nation , les grandes actions des rois et des citoyens illustres; ces livres étaient déposés dans les archives des temples ; Manéthon déclare
qu'il prit ces livres pour guides dans la rédaction de son ouvrage, et il nous est parvenu des fragments originaux en écriture sacrée , soit des listes authentiques des rois , soit des relations des événements de leur règne , qui remontent aux temps de Moïse et au-dela. Les livres d'Hermès contenaient toute la science sociale des Égyptiens , ils étaient en grande vénération ; Artaxercès , maître de l'Égypte, en amassa un grand nombre dans les temples, d'où il les enleva , et les prêtres les rachetèrent de l'eunuque du roi, pour beaucoup d'argent.
Cependant, tous les livres dits d'Hermès, n'étaient pas également vénérés en Egypte. Les uns, considérés comme les plus anciens et renfermant les préceptes divins les plus essentiels, étaient l'objet constant de l'étude des prêtres chargés d'en lire chaque jour quelque chapitre au roi et au peuple; et d'autres, moins anciens, d'une étude moins fréquente et moins obligée, étaient des commentaires orthodoxes des précédents, et traitaient de matières moins relevées, de sujets plus à la portée des vulgaires intelligences.
Clément d'Alexandrie rapporte ce qui suit : « Les Égvptiens suivent une philosophie particulière à leur
riays ; c'est dans leurs cérémonies reigieuses surtout qu'on s'en aperçoit ; on y voit d'abord , marchant le premier, le chanteur, portant un syrwbole musical ; il est obligé de savoir deux des livres d'Hermès, l'un contenant les hymnes en l'honneur des dieux , l'autre les règles de vie pour les rois. Après le chanteur vient l'horoscope ; il porte dans ses mains une horloge et une palme. Il faut qu'il ait toujours dans son esprit les quatre livres qui traitent des astres, l'un des astres errants , l'autre de la conjonction du soleil et de la lune, les derniers de leur lever. Vient ensuite le prêtre hiérogrammate , reconnaissable aux plumes qui ornent sa téte; il a dans ses mains un livre et une palette garnie de l'encre et des joncs nécessaires pour écrire. L'hicrogrammate doit posséder les connaissances qu'on appelle hiérogly-
ÉGYPTE
nhiques (ou interprétatives des anciens livres) et qui comprennentla cosmographie , la géographie , les phases du soleil et de la lune, celles des, cinq planètes , la chorographie de l'Egypte , le cours du Nil et ses phénomènes, l'état des possessions des temples et des lieux qui en dépendent, les mesures et tout ce qui est utile à l'usage des temples. Le stoliste vient ensuite, portant la coudée, emblème de la justice , et le vase de purification. Celuici sait tout ce qui concerne l'art d'enseigner et l'art de marquer du sceau sacré les jeunes victimes. Dix livres sont relatifs au culte des dieux et aux préceptes de la religion ; ils traitent des sacrifices, des prémices, des hymnes, des prières , des pompes religieuses et autres sujets analogues. Après tous les prêtres marche le prophète, portant le seau sacré , suivi de ceux qui portent des pains; comme le supérieur des autres prêtres, le prophète apprend les dix livres qu'on appelle sacerdotaux, où est contenu ce qui concerne les lois et l'administration de l'état et de la cité, les dieux et la règle de l'ordre sacerdotal. 11 y a en tout quarante-deux livres principaux d'Hermès, dont trente-six, oii est exposée toute la philosophie des Égyptiens , sont appris par des prêtres des classes qui viennent d'être désignées ; les six autres livres sont étudiés par les pastophores , comme appartenant à l'art de guérir , et ces livres parlent en effet de la construction du corps humain, de ses maladies, des instruments et des médicaments , des yeux , enfin des maladies des femmes. »
Au témoignage de Clément d'Alexandrie, bien moderne par rapport à l'époque où la caste sacerdotale égyptienne était dans toute sa puissance, se joignent, pour accréditer ces précieux renseignements sur la littérature sacrée de l'antique Egypte , d'autres témoignages plus anciens et non moins imposants. Platon a su que de très -anciens poèmes égyptiens étaient des hymnes en l'honneur d'Isis, et toute l'antiquité classique affirme que c'était une coutume générale et très-
ancienne aussi en Egypte, de célébrer,
f)ar la poésie lyrique , chantée dans es cérémonies publiques et dans les repas de famille , les louanges des dieux et les belles actions des hommes. Clément d'Alexandrie mentionne les compositions de ce genre comme faisant partie de deux des principaux ouvrages d'Hermès : les bons exemples laissés par les anciens rois y étaient consignés pour l'instruction de leurs successeurs, et cette instruction procédait de ces exemples mêmes rappelés tous les jours à la mémoire et à la vénération des hommes. Diodore de Sicile avait remarqué que les poèmes en l'honneur de Sésostris différaient quel-
auefois , pour les faits , des annales es prêtres. Il n'est pas rare de trouver dans les tableaux historiques, dont les monuments de l'Égypte sont décorés, des scènes où des chanteurs accompagnent leurs paroles avec le son de divers instruments : les louanes des dieux et celles des bons rois evaient être constamment dans la bouche d'un peuple religieux et soumis, comme elles étaient déjà dans tous ses livres.
Outre le titre de ceux qu'a indiqués Clément d'Alexandrie , d'autres écrivains de l'antiquité en désignent encore bien d'autres qui traitaient de la physique, de la nature des choses, de la connaissance de soi-même, et de divers sujets philosophiques exposés et discutés dans des discours à Tat , à Ammon, à Asclépius, d'Isis à Horus, et autres titres recueillis par des auteurs grecs ou latins ; livres dont il nous est parvenu des fragments qui révèlent de trop évidentes interpolations au milieu de quelques restes trop rares de leurs primitifs préceptes et de leur rédaction originelle.
Après les livres sacrés , les ouvrages de Thoth, on a nommé des hommes comme auteurs de quelques écrit* utiles ou remarquables. Un roi Ammon , selon Justin Martyr, écrivit un traité sur Dieu ; un prophète nommé Bitys avait découvert dans le temple de Sais un exposé de la doctrine de Thoth sur l'ascension des ames à Dieu,
L'UNIVKRS.
écrite en hiéroglyphes ; il l'interpréta et offrit son ouvrage à un roi nommé Ammon , ainsi qu un autre ouvrage sur le bien. L'hiérogrammate Épéis était l'auteur d'un commentaire sur les symboles égyptiens, qui fut traduit en grec par Arius d'Héracléopolis.
Nous avons déjà parié de l'ouvrage du roi Suphis ; un autre roi , Athothis , second roi de la première dynastie , fondateur des palais de Memphis, composa des écrits d'anatomie : on attribue aussi des livres sur l'astronomie et sur l'astrologie au roi Néchos ou Néchepso , et à un Pétosiris dont on ne connaît pas l'époque. Galien et Aëtius citent un remède contre la pierre , tiré des ouvrages de médecine de Néchepso. Pline mentionne quelques données relatives aux planètes, recueillies des mêmes écrivains Néchepso et Pétosiris ; et Servius ne craint pas d'aflirmer qu'ils avaient fait de bonnes observations sur la nature de certains météores. Suidas attribue au même , ou à un autre Pétosiris, des commentaires sur les dieux et les mystères des Égyptiens. On nomma plus tard deux géographes égyptiens , Cynchrus et Biantasus ; Apollonius de Rhodes affirme que les Égyptiens connaissaient la terre, le nom et la distance des lieux hors de l'Égypte. Quant à leurs annales nationales, elles étaient soigneusement écrites dans les registres des temples ; Hérodote a vu , cle ses propres yeux , les registres sur papyrus où elles étaient consignées; Diodore les mentionne souvent; Manéthon les prit pour guide dans son histoire d'Égypte, et Théophraste parle sciemment de l'histoire des rois d'Égypte , qu'il a parfaitement connue. Apulée indique dès livres sur des sujets religieux, qui n'étaient pas communiqués aux profanes; Amniien Marcellin, l'ouvrage secret où l'on avait particulièrement noté l'âge du bœuf Apis; Achillès-Tatius , l'autre ouvrage où un prêtre était chargé spécialement d'étudier et de prévoir le retour du phénix d'Ethiopie en Égj^te , c'est-à-dire le retour du commencement de la période sothiaque; et Daniasciiis, des livres théo-
logiques. L'empereur Alexandre-Sévère parcourut l'Égypte, fit enlever des temples tous les "livres mythiques qu'il y trouva, et les fit déposer dans le tombeau d'Alexandre à Alexandrie, afin qu'on ne pilt , à l'avenir , étudier le contenu de ces ouvrages. Homère connaissait la renommée des Égyptiens dans l'art de guérir, et l'emploi de„s remèdes était réglé par la loi : toute infraction funeste au malade, exposait le médecin à la mort. La loi réglait aussi la composition des remèdes qui consistaient en mixtions ; et un livre , nommé Ambrés , contenait la science des diagnostics et des pronostics en médecine. Aélien nous a transmis la renommée de l'Égyptien lachus, dont la mémoire était célèbre dans sa patrie pour les services qu'il lui avait rendus par sa science profonde en médecine, et le succès avec lequel il avait combattu et arrêté de meurtrières épidémies. L'art de traiter les métaux et toutes les substances propres aux autres arts utiles fut porté très-loin en Leypte; une science aujourd'hui très-perfectionnée, la chimie, a pris son nom de celui même que l'Égypte porta trèsanciennement ( chfmi ou chimi ).
Enfin Dioclétien, abusant de sa victoire en Égypte, y fit rechercher et brûler tous lès anciens livres de chimie qui traitaient de l'or et de l'argent , afin d'appauvrir les Égyptiens, et que, pauvres , ils lui fussent plus soumis.
On connaît encore, par Théophile, patriarche d'Antioche , un ouvrage d'Apollonidès, surnommé Orapios, qui, sous le titre de Sémenouthi ( mot égyptien corrompu), le livre divin, traitait des dieux de l'Égypte. Enfin on ne peut douter qu'outre les instructions orales que Platon reçut des prêtres égyptiens, il n'ait aussi obtenu d'eux de voir de ses propres yeux leurs livres philosophiques et doctrinaux; les hierogrammates Sachoniate et Secnup^iis , ses instituteurs, durent lui montrer ces précieux ouvrages, comme on croit que, avant Platon, le prêtre Pérénis avait montréces li vres à Pythagore , et primitivement Éthimius à Orphée. Il est certain que Pla-
ÉO yPTE.
ton obtint des prêtres égyptiens beaucoup plus de communications que la plupart des autres pbilosophes grecs, il était profondément instruit de leurs doctrines cosmogoniques et psychologiques ; et parce qu'on les lui av ait communiquées comme des secrets , que le vulgaire même des hommes instruits était indigne de connaître, Platon les conserva dans son esprit comme des mystères sacrés , s'abstint de les consigner en corps de doctrine écrit, en parla avec réserve, et ne les rappela dans ses ouvrages que par des phrases énigmatiques et parfois inintelligibles pour tout autre que pour lui-même.
Il laisse toutefois à entendre, il s'ea explique même assez clairement , que les doctrines égyptiennes dominent dans ses écrits. S'il se propose pour sujet de ses méditations l'ordre de l'univers, il veut s'y livrer d'après l'opinion de ceux qui l'introduisirent dans cette étude par des signes figurés , indispensables pour pénétrer de tels secrets. Et ces opinions égvptiennes , si Platon s'imposa la réserve de ne pas les écrire, du moins il en parla souvent à ses disciples, à ses amis; et ce qu'en a conservé Aristote dans ses ouvrages, et qui est conforme aux doctrines de Platon, passe assez généralement pour avoir été recueilli par Aristote, de la bouche de son divin maître.
, De tous les écrivains de l'ancienne EgV'pte , le dieu Thoth fut et devait être le plus fécond ; une pieuse déférence lui attribuait toutes les découvertes utiles ; aussi le nombre des écrits qui ont été mentionnés sous son nom par l'antiquité classique , estil très - considérable ; les uns sur des sujets graves et d'une haute philosophie , d'autres sur des matières oiseuses, les sciences occultes, et l'art de la divination. Deux ouvrages dominent cependant cette liste des productions attribuées à Thoth ou Hermès, et ils sont dignes, par leur objet, de la réputation de sagesse supérieure et de divine inspiration dont Thoth a joui dans tous les temps et tous les pays de l'antiquité. L'un de
ces ouvrages est intitule, Pimander, et l'autre y/sc/ep««s. Le premier traite de la puissance et de la saçesse de Dieu ; le second de Dieu , de l'homme , et de l'univers. Un autre ouvrage d'Asclépius, les Définitions, est adressé au roi Ammon, et l'auteur s'y déclare le disciple de Thoth.
Rien n'est plus connu dans l'ancienne littérature que les écrits réunis sous la dénomination cojnmune de Livres hermétiques ; ils sont écrits en grec pour la plupart, on ne sait quand , et moins encore par qui. Ceux qui les écrivirent en cette langue déclarent les avoir traduits de textes antiques en écritures sacrées égyptiennes. Il est certain qu'un examen attentif y fait reconnaître des idées étrangères au monde égyptien , qui sont nées de sectes diverses dans des temps postérieurs à celui de la splendeur pharaonique , et qui furent ainsi interpolées dans l'antique texte, comme pour leur donner quelque crédit à la faveur de cette origine supposée. IMais il ne faut pas, pour ces interpolations avérées, rejeter entièrement ces livres hermétiques; Champollion le jeune les a étudiés à fond, et il a déclaré publiquement, malgré les jugements hardis ou hasardés qu'en ont portés quelques critiques modernes , que ces livres renferment réellement une masse de traditions purement égyptiennes, et constamment d'accord avec les monuments les plus authentiques de l'É-
Parmi les fragments qui nous sont parvenus, on remarque celui d'un discours d'Hermès , adressé à Thotii :
« Il est difficile à la pensée, lui dit-il , de concevoir Dieu, et <à la langue d'en parler. On ne peut décrire par des moyens matériels une chose immatérielle; et ce qui est éternel ne s'allie que très-difficilement avec:ce qui est sujet au temps. L'un passe, l'autre existe toujours. L'un est une perception de l'esprit , l'autre est une réalité.... Ce qui peut être connu par les yeux et par les sens, comme les corps visibles, peut être exprimé par le langage; ce qui est incorporel, invisible.
L'UNIVERS
immatériel, sans forme, ne peut être connu par nos sens : je comprends donc, ô Thoth, je comprends que Dieu est ineffable. »
« La mort , dit-il ailleurs , est pour certains hommes un mal qui les frappe d'une profonde terreur. C'est de l'ignorance. La mort arrive par la débilité et la dissolution des membres du corps; le corps meurt, parce qu'il ne peut plus porter l'être : ce qu'on appelle mort, c'est seulement la destruction des membres et des sens du corps ( l'être, l'ame ne meurt pas). »
« La vérité, tit-il encore , c'est ce qui est éternel et immuable ; la vérité est le premier des biens; la vérité n'est pas et ne peut pas être sur la terre: il se peut que Dieu ait donné à quelques hommes, avec la faculté de penser aux choses divines, celle de penser aussi à la vérité; mais rien n'est la vérité sur la terre, parce que toute chose y est une matière, revêtue d'une forme corporelle sujette au changement, à l'altération , à la corruption , à de nouvelles combinaisons. L'homme n'est pas la vérité, parce qu'il n'y a de vrai que ce qui a tiré son essence de soi-même, et qui reste ce qu'il est.
Ce qui change, au point de ne pas être reconnu, comment cela serait-il la vérité ? La vérité est donc ce qui est immatériel, qui n'est point enfermé dans une enveloppe corporelle , qui est sans couleur et sans ligure, exempt de changement et d'altération ; ce qui est éternel. Toute chose qui périt est mensonge ; la terre n'est que corruption et génération ; toute génération procède d'une corruption ; les choses delà terre ne sont que des apparences et des imitations de la vérité , ce que la peinture est à la réalité. Les choses de la terre ne sont pas la vérité. »
Dans ce sommaire de pensées, plus développées dans le texte des fragments , la forme de ce texte n'est pas conservée ; elle est la même dans tous les écrits hermétiques dont il nous est parvenu quelques portions, et elle est remarquable, puisque introduite dans la Grèce par les philosophes
élèves de l'Égypte, et employée dans les livres par leurs disciples, on l'a honorée en la mettant sous la protection d'un nom à jamais illustre dans les annales de la science et de la vertu, celui de Socrate. La méthode socratique, ou de l'enseignement par le dialogue, est ainsi un autre bienfait émané de la science égyptienne.
On retrouve cette même forme de dialogue dans un autre écrit qui est considéré par les critiques modernes comme le plus ancien et le plus authentique des premiers livres philosophiques de l'Égypte. On a vu, plus haut, le jugement qu'en a porté Champollion le jeune, et qui s'applique surtout , dans son intention , au Pimander d'Hermès Trismégiste. Cet ouvrage, souvent publié, et dont il existe plusieurs manuscrits grecs à la Bibliothèque royale, passe pour avoir été traduit ou au moms imité de l'égyptien , et pour conserver, plus sûrement que tout autre fragment , les traces des doctrines psychologiques et cosmologiques égyptiennes. Pimander a aussi la forme d' un dialogue qui a lieu entre Pimander et Ihoth; et comme le mot Pimander signifie l'/ntelligence suprême , et que Thoth est aussi uneautre Intelligence, manifestée aux hommes, c'est donc un dialogue entre l'Intelligence divine et l'Intelligence humaine , la première révélant à la seconde , pour le salut du genre humain , l'origine de l'ame , sa destinée , ses devoirs , les peines ou les récompenses qui lui sont réservées.
Kous essaierons de donner une idée du contenu de ce dialogue. C'est Thoth qui raconte lui-même sa conversation avec Primander.
« Comme je réfléchissais un jour sur la nature des choses, élevant mon entendement vers les cieux, et mes sens corporels assoupis, comme il arrive dans le profond sommeil aux hommes fatigués par le travail ou la satiété , il me sembla voir un être d'une stature démesurée , qui , m'appelant de mon nom , m'interpella en ces termes : « Que désires-tu voir et entendre? à Thoth ! que souhaites-tu
ÉGYPTE
d'apprendre et de connaître ? » Je lui demandai : « Qui es-tu ? — Je suis , me dit-il , Pimander , la Pensée de la puissance divine; dis-moi ce que tu désires , je serai en tout à ton aide. >>
« Je désire, lui dis-je , apprendre la nature des choses qui sont, et connaître Dieu. » Il me répondit : «Explique-moi bien tes désirs, et je t'instruirai sur toutes choses. « M'ayant ainsi parlé, il changea de forme : et soudainement il me révéla tout.
J'avais alors devant les yeux un spectacle prodigieux ; tout s'était converti en lumière, aspect merveilleusement agréable et séduisant ; j'étais saisi de ravissement. Peu après, une ombre effroyable, qui se terminait en obliques replis, et se revêtait d'une nature humide, s'agitait avec un fracas terrible. Une fumée s'en échappait avec bruit; une voix sortait de ce bruit ; elle me semblait être la voix de la lumière , et le Verbe sortit de cette voix de la lumière.
« Ce Verbe était porté sur un principe humide, et il en sortit le feu pur et léger qui , s'élevant , se perdit dans les airs. L'air léger, semblable à l'Es-
f)rit, occupe le milieu entre l'eau et e feu ; et la terre et les eaux étaient tellement mêlées ensemble , que la surface de la terre, enveloppée par les eaux, n'apparaissait en aucun point. Elles furent toutes deux agitées par le Verbe de l'Esprit, parce qu'il était porté au-dessus d'elles; et dans ce moment Pimander me dit : « As-tu bien compris ce que signifle ce spectacle?— Je le connaîtrai , « lui dis-je. Il ajouta : « Cette lumière, c'est moi : je suis l'intelligence, je suis ton Dieu, et je suis bien plus ancien que le principe humide qui s'échappe de l'ombre.
Je suis le germe de la pensée , le Verbe resplendissant , le fils de Dieu.
Je te dirai donc : Pense que ce qui voit et entend ainsi en toi , c'est le Verbe du maître, c'est la Pensée, qui est Dieu le père ; ils ne sont aucunement séparés , et leur union , c'est la vie. Thoth Trisiyiégiste : Je te rends grâces. Pimander : Médite d'abord sur la lumière, et arrive à la connaître.
« Quand ces choses furent dites. Je le priai long-temps pour (]u'il tournât vers moi sa figure. Dès qu'il l'eût fait , j'aperçois aussitôt dans ma Pensée une lumière environnée de puissances innombrables, brillant sans limites, le feu contenu dans un espace par une force invincible, et se maintenant au-dessus de sa propre base.
« Je vis toutes ces choses par l'effet du Verbe de Pimander , qui , me trouvant plongé dans lastupeur, m'adressa de nouveau la parole ainsi :
« Tu as vu en ta Pensée la première forme prévaloir sur le principe infini, et autres choses semblables. »
Je lui demandai d'où émanent les éléments de la nature ? « De la volonté de Dieu , me dit-il , laquelle s'étant saisie de sa perfection , en a orné tous les autres éléments et les semences viables qu'il a créées; car l'intelligence c'est Dieu, possédant la double fécondité des deux sexes, qui est la vie et la lumière de son intelligence ; il créa avec son Verbe une autre intelligence opérante; il est aussi Dieu Feu et Esprit Dieu. Il a ensuite formé sept agents , qui contiennent dans les cercles le monde matériel , et leur action se nomme le Destin. Le Verbe de Dieu s'est ensuite réuni , se séparant dps éléments agités par un simple effet de la nature , et s'est uni à l'intelligence opérante, car il était de même essence. Dès lors les éléments de la nature sont restés déclinants sans raison , pour qu'ils fussent simplement de la matière.
« L'intelligence opérante et le Verbe renfermant en eux les cercles et tournant avec une grande vélocité , cette machine se meut dès son commencement jusqu'à la fin, sans avoir ni commencement ni fin ; car elle commence toujours au point où elle finit. C'est de l'ensemble de ces cercles, l'intelligence l'a voulu ainsi , qu'ont été tires , des éléments inférieurs, les animaux privés de raison , car elle ne leur en a pas donné. L'air porte les êtres ailés ; l'eau , ceux qui nagent. L'eau et la terre diffèrent entre elles de la manière que l'Intelligence l'avait ores-
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crit. La terre a ensuite engendré les animaux qui étaient en elle, les quadrupèdes, les serpents, les animaux sauvages et les animaux domestiques; mais l'Intelligence, père de tout, qui est la vie et la lumière, a procréé l'homme semblable à elle - même, et l'a accueilli comme son fils; car il était beau et était le portrait de son père. Dieu s'étant complu dans rima"e de lui-même, concéda a l'homme la laoulté d'user de son ouvrage. Mais l'homme, ayant vu dans son père le créateur de toutes choses, voulut aussi créer, et il se précipita de la contemplation de son père dans la sphère de la génération. Tout étant soumis à son pouvoir, il considéra les attributions des sept agents. Ceux-ci se plaisant à favoriser l'intelligence humaine, lui communiquèrent leur pouvoir. Dès qu'il eut ainsi connu leur essence et sa propre nature, il désira de pénétrer dans les cercles et d'en rompre la circonférence, s'attriouant la force de celui qui domine sur le feu lui-même. Et celui qui avait eu tout pouvoir sur les animaux mortels et privés de raison, s'éleva, sortit du sein de l'harmonie , pénétra et rompit la puissance des cercles, et montra la nature comme une des belles formes de Dieu.... L'homme se prit d'amour pour elle. Il en naquit une forme d'être privé de raison.... Mais de tous les animaux terrestres, l'homme seul est doué d'une double existence ; mortel par son corps , immortel par son être même.
Immortel, tout lui est soumis ; les autres êtres vivants subissent la loi des destins. L'hoiume fut donc une harmonie supérieure, et pour l'avoir voulu pénétrer, il est tombé dans l'esclavage. . . Comme l'homme, tous les autres animaux sont détruits; mais Dieu dit :
Vous à qui me part d'intelligence est concédée , connaissez votre propre nature et considérez votre immortalité.
L'amour de la portion corporelle de vous-niême sera cause de votre mort.
Après ces paroles la Providence, selon les lois des destinées et de l'harmonie des mondes , composa les mélanges d'éléments divers, et constitua les es-
pèces qui toutes devaient se propager selon leurs propres caractères.
«Celui donc qui se connaît lui-même, a conquis le bien supérieurà son essence ; celui qui se laissa tromper par l'amour du corps, fut jeté dans les ténèbres de la mort.... Dieu, qui est l'intelligence , a voulu que chaque homme oui participe à cette intellisence se considérât en lui-même.» «Tous les hommes, dit Thoth, ne possèdent donc pas cette intelligence.' —Tu penses juste, répond Pimander, et je suis moi-même l'intelligence pour les hommes bons, purs, pieux , saints ; ma présence leur est en aide, et aussitôt ils connaissent tout, et le Père est pour eux propice et miséricordieux. C'est pourquoi ils célèbrent ses louanges par des hymnes, abandonnant le corps à sa mort, et repoussant les illusions des sens qu'ils savent être mortelles. L'intelligence est pour eux comme une sentinelle qui les garantit des entreprises et des embûches du corps, et se ferme les voies de leur séduction. Au contraire, je m'éloigne des ignorants, des méchants, des envieux , des homicides et des impies ; je les livre au démon vengeur , qui aime les coupables et les punit par le feu. "Thoth dès lors demande à savoir ce qui arrivera après l'ascension de l'ame vers le Père. — «Le corps matériel perd sa forme, qui se détruit avec le temps; les sens, qui ont été animés, retournent à leur source, et reprendront un jour leurs fonctions; mais ils perdent leurs passions et leurs désirs , et l'esprit remonte vers les cieux pour se voir en harmonie ; il laisse dans la première zone la faculté d'accroître et de décroître ; dans la seconde, la puissance du mal et les fraudes de l'oisiveté ; dans la troisième, les déceptions de la concupiscence ; danslaquatrième,rins3tiableambition; dans la cinquième, l'arrogance, l'audace et la témérité; dans la sixième, le goi1t improbe des richesses mal acquises ; et dans la septième , le mensonge. Et l'esprit, ainsi purifié par l'effet de ces harmonies , retourne à l état si désiré , ayant un mérite et une force qui lui sont propres, et il habite enfin
ÉG YPTE.
avec ceux qui célèbreMt les louanges du Père. Ils sont, dès lors placés parmi les pouvoirs, et à ce titre ils jouissent de Dieu. Tel est le suprême bien de ceux à qui il a été donnéde savoir, ils deviennent Dieu.» « Ayant parlé ainsi, Pimander retourna parmi les pouvoirs divins , et moi je me mis à conseiller aux hommes la piété et la science. O hommes ! vivez sobrement , abstenez-vous de gloutonnerie. Pourquoi vous précijiitez-vousvers la mort, puisque vous êtes capables d'obtenir l'immortalité ? Fuyez les ténèbres de l'ignorance, retirez-vous de la lumière obscure, échappez à la corruption, acquérez l'immortalité ! Conducteur et chef de la race humaine, je lui montrerai les voies du salut, et je remplirai ses oreilles des préceptes de la sagesse. »
A travers cet ensemble de mots d'une langue bien moderne employée à; exprimer des idées très-vraisemblablement fort anciennes , le lecteur aura-t-il puisé une notion précise des opinions renfermées dans ces débris, peut-être bien informes , des antiques livres de l'Hermès ïrismégiste, qui , sous ces noms grecs, représente dans l'histoire des opmions humaines, celles des primitifs philosophes de VÉgypte?
On n'oserait l'espérer, et dans ce cas , il nous sera permis de répéter aujourd'hui ce que ie grand-prétre de Cérès disait à Anacharsis , au sujet de la philosophie de Pythagore. « L'obscurité et les inconséquences que trouve un lecteur en parcourant ces écrits, proviennent des ténèbres dont seront toujours enveloppées les questions qu'ils traitent; de la diversité des acceptions dans lesquelles sont pris les mots qui composent la langue philosophique; des couleurs dont les premiers interprètes de la nature revêtirent leurs dogmes; de la diversité des méthodes introduites dans les écoles. » Toutes les idées égyptiennes passèrent dans la Grèce, où elles ne restèrent pas stériles. L'esprit prodigieux et l'active imagination des Grecs exploitèrent avec une incessante activité ce domaine des idées ; le nom-
bre des philosophes y fut grand, sans compter les sophistes : aussi le grandprttre de Cérès disait-il encore : « o mon fils ! quelles étranges lumières ont apportées sur la terre ces hommes célèbres qui prétendent s'être asservi la nature ! et que l'étude de la philosophie serait liumiliante, si, après avoir commencé par le doute, elle devait se terminer par de semblables paradoxes. »
Finissons cet exposé sommaire et imparfait des dogmes psychologiques égyptiens, par un trait d'une sublime invention. C'est parmi les ames sorties victorieuses de toutes les épreuves, parmi les ames les plus pures, que Dieu choisissait l'ame des rois. Si elles remplissaient dignement cette nouvelle et difllcile mission , en rendant les peuples heureux et en étant pieux envers les dieux et envers les hommes, ces ames rentraient heureuses dans le sein de la divinité, et voyaient Dieu pour l'éternité. Ce précepte de morale royale et populaire tout à la fois aidait les sujets dans leur respect pour le monarque, et plaçait les devoirs du prince dans son plus cher intérêt. Les prêtres lui rappelaient fréquemment l'un et l'autre , et cette éducation des princes, en harmonie avec leur croyance religieuse, pouvait être aussi fructueuse que toute autre idée tirée des considérations de l'orgueil ou du pouvoir. Le grandprêtre, qui rappelait au roi avec succès ses futures béatitudes , était à la fois le maître du prince et de l'état : s'il était honnête homme, il méritait de jouir du bonheur qu'il promettait.
D'après cet exposé des droits et des devoirs de la caste sacerdotale en tlgypte, y eut-il jamais au monde une autre association d'hommes qui égalât son crédit, sa puissance, et capable, au même degré qu'elle, du bien et du mal.? Non, jamais : et celle-ci n'a été maudite que par ceux qui , je ne sais sous quelles modernes influences, l'ont considérée comme l'ennemie de la science et des hommes.
On estconduit par tout ce qui démontre la haute influeucede la caste sacerdo-
L'UMVERS.
t;ile, à penser que les prêtres des dieux, des temples et des rois, devaient être honorés par de pompeuses funérailles.
Les monuments recueillis en Egypte sont d'accord avec cette présomption.
Les plus riches cercueils, en bois peint comme en matières dures, sont des cercueils de prêtres , et leurs momies sont d'ordinaire enrichies de dorures ou d'objets en or massif, plus abondants quand le prêtre appartenait à une classe plus élevée. On remarque au Musée du Louvre les riches cercueils de deux momies mâles; ils ont appartenu à deux prêtres de Thèbes :
le corps embaumé de chacun d'eux était enfermé dans un double cercueil, et il n'est pas rare d'en trouver jusqu'à trois, enfermés successivement l'un dans l'autre, et tous les trois couverts de peintures religieuses parfaitement conservées et accompagnées d'un très-grand nombre d'inscriptions hiéroglyphiques. Nous donnerons une idée àè la magnificence de ces sépultures par la description, mais soinmaire , de quatre cercueils sacerdotaux du Louvre; ils sont tous les quatre en bois peint.
Le premier cercueil avait renfermé la momie d'un prêtre de Thèbes, chargé des offrandes faites à Ammon, à Mouthis-Neïth , à Khons et à tous les autres dieux des régions supérieures et mférieures, biérogi'ammate, scribe des temples de Thèbes , nommé Soutimès.
Le couvercle de ce cercueil offre l'image du défunt ayant les bras croisés sur sa poitrine. Les peintures qui le couvrent, et qui sont d'une flnesse très-remarquable , représentent ce personnage , adorant successivement les dieux "Phré (le soleil), Chnoupbis , Osiris assisté d'Isis ou de Nephthys ; divers animaux sacrés, et le dieu Osiris se levant de son lit funèbre. Sur les pieds sont figurées les déesses Isis st Nephthys, pleurant la mort de leur divin frère Osiris. Toutes les parois extérieures et intérieures de ce magnifique cercueil sont couvertes de scènes peintes, dans lesquelles le défunt adore successivement la plupart des divinités égyptienneSjdessinées en pied, ou sous
la forme mystique de sphinx décorés d'insignes variés.
Le second cercueil de la momie de l'hiérogrammate Soutimès renfermait jadis le précédent ; les peintures qui décorent cette caisse sont exécutées avec plus de soin et de recherche que celles du premier cercueil. On y remarque également le défunt adres'sant ses supplications aux dieux Phré, à Chnoupbis assisté de Neïtli , à Osiris, à Isis veuve, et à Nepbtbvs, déplorant la mort d'Osiris. Lés inscriptions contiennent le nom et les titres de Soutimès, et une prière qu'il est censé adresser à la grande ame du monde céleste.
. Un cartonnage de toile peint servait de couvercle intérieur au second cercueil de la momie de l'hiérogrammate Soutimès. Le scarabée du soleil décore la poitrine du défunt. Au-dessous est la déesse Netphé ( Rhéa, mère d'Osiris) , les ailes déplojées et tenant l'emblème de la vie. A droite et à gauche, l'hiérogrammate adresse ses prières à divers dieux et déesses. Les deux colonnes verticales d'hiéroglvphes contiennent le nom et les titres de Soutimès, et se terminent par des invocations à la déesse Netphé.
Le premier cercueil de la momie d'un autre hiérogrammate de Thèbes est celui du nommé Poéris. Sur le côté gauche du cercueil sont les scènes suivantes : 1° Le dieu Sôou , soutenant le ciel par le secours du dieu Qinouphis, l'ame du monde; à leurs pieds est le dieu Sèv ( Saturne ) , couché, et dont les chairs sont de couleur verte; 2" le défunt Poéris, adorant les quatre génies des morts; au pied du cercueil la déesse Isis portant les emblèmes de la vie, de la stabilité et du bonheur. Sur le coté droit, 1° Osiris, assis sur son trône et assisté de la déesse de l'occident, reçoit de son fils Horus , accompagné dû dieu Thoth , l'œil svmbolique gauche ; 2° le défunt Poéris, adorant les quatre génies des morts.
Vers la tête du cercueil on a peint la déesse Nephthys Ptérophore. Le fond du coffre est occupé par une magnifique figure en pied de la déesse Isis.
ÉGYPTE
Le second cercueil de la momie de rhiérograminate prêtre d'Ammon Poéris est sans couvercle. A l'extérieur, vers la tête , est peinte la déesse Nephthys, entre deux symboles de l'Occident. Côté droit du cercueil :
1° Isis et Kephthys, adorant Osiris stabiliteur ; 2" le défunt Poéris, à la porte d'un palais, contemple la scène (le la présentation de l'œil mystique, faite par les dieux Horus et ïhôth à Osiris , assisté de la déesse Amenti et du dieu Hcki ; 3" le défunt adore le dieu soleil, Phré, dans sa bari ou vaisseau mystique remorqué par des schacals et quatre divinités secondaires :
la bari navigue sur le caractère ciel l)lacé au - dessus d'un serpent , emi)lème du cours des planètes ; 4° Isis et Aeplithys, adorant leur frère Osiris; ■ ° la déesse iSetphé, au pied de l'arbre mystique, nourrissant de son fruit l ame du défunt Poéris , et lui versant le breuvage divin. Côté gauche du n)cme cercueil : 1° Isis , Osiris et rsephthys ; 2" scène déjà écrite , n" 1 du premier cercueil (Sôou) ; 3° le jugement de l'ame du défunt Poéris, lequel est figuré non loin de la balance, portant sur sa main ses yeux et sa bouche, comme pour attester la pureté de ses regards et de ses discours ; 4° le défunt adorant la vache mystique (|p la déesse Hathôr, sortant d'une montagne sur le flanc de laquelle est la porte de l'hypogée qui devait recevoir la momie du défunt.
Le musée royal possède aussi :
1'^ un cartonnage "de toile peint, ayant contenu la momie d'un Thébain , employé dans la maîson royale, nommé Pétof, et qualifié de prêtre d'Ammon.
Le masque est dore. Au centre du collier est une image de la déesse Thmei (la justice); au-dessous, le scarabée du 1" Hermès déployant ses ailes ornées d'émaux. A droite et à gauche sont les emblèmes de la déesse Netphé (Rhéa) et du dieu Sèv ( Saturne). — V registre : le dieu Thôth, à téte d'ibis , présente le défunt Pétof, assisté de la déesse Amenti , au dieu Phré assis sur son trône. — Dans le T registre sont peintes 17 ensei-
10^ Livraison. (Egypte.)
gnes sacrées. — 3* registre : l'Égypte supérieure et l'Égypte inférieure personnifiées, adorant Osiris Sarapis, le dieu de l'inondation. — 4'" registre :
le jeune dieu Horus et son Épervier , sacré. — 5' registre : la déesse Seik étendant ses ailes sur les pieds de la momie.
2° Un autre cartonnage provenant de la momie d'un prêtre d'Ammon , nommé Afomouthis. Au-dessus du collier, richement peint, est 1° l'Épervier criocéphale du dieu Chnouphis, la téte surmontée du disque lunaire; 2" une scène représentant le 2" Hermès, Thôth, conduisant le défunt à Osiris assisté d'isis, et des quatre Génies des morts ; 3° l'Épervier du dieu Phré ( le Soleil), les ailes éployées; 4° les déesses Isis et Nephthys ptérophores ; 5° les Éperviers du 1"' Hermès , affrontés ; G" sur les pieds de la momie, les schacals gardiens des deux hémisphères.
3° Des scarabées funéraires avec des noms de personnages de divers grades de la caste sacerdotale.
4° Des images funéraires d'individus du même ordre ; lesdites images en bois, terre émaillée, porcelaine, terre cuite ou serpentine, et rappelant par leurs inscriptions les titres variés des personnes défuntes pour lesquelles ces images furent faites , et ces images étaient renfermées dans des coffres placés à côté des momies dans les tombeaux. Enfin, il existe aussi, provenant des tombeaux de la caste sacerdotale, des vases funéraires contenant les parties intérieures des corps, séparées de la momie et embaumées. On comprendra qu'en Égypte , comme dans tous les pays, toute la pompe des funérailles était surtout déployée pour la caste qui dispensait sur la terre les bienfaits du ciel et les gages de la protection divine.
, Telle fut la caste sacerdotale en Égypte. Elle posséda à la fois les honneurs, le pouvoir et la richesse. A côté d'elle la loi de l'état avait placé la caste militaire : essayons d'en faire connaître l'antique constitution.
L'UNIVERS