‹ Égypte ancienceChapitre 15 sur 38 · LU M VERS · texte numérisé non relu

LU M VERS

pliquer les songes et de faire des prodiges, étant également instruit dans la science humaine et les secrets des dieux. On prête à Manéthon un jugement fort sévère sur Moïse : on lui tait dire qu'une populace lépreuse et misérable, condamnée aux plus vils comme aux plus pénibles travaux , à creuser des canaux, à élever des chaussées , fut enfermée dans l'enceinte d'Aouaris, construite quelques siècles avant par les Pasteurs, et que, désireux de se soustraire à un honteux esclavage, ils élurent pour chef un prêtre d'Héliopolis, nommé Osarsiph, qui leur donna un culte nouveau, et, changeant de nom , prit celui de Moïse. Diôdore de Sicile rangea néanmoins le législateur des Hébreux parmi les hommes d'une prudence consommée, d'un courage à toute épreuve, et qui , chef d'une peuplade étrangère à l'Egypte, où elle était esclave, l'en fit sortir, la conduisit dans le désert voisin , lui donna des lois , secondé par le concours des hommes les plus capables, qu'il institua h la fois prêtres et magistrats , conservant pour lui-même l'autorité suprême, dont il était digne par sa science, comme par son caractère.

Lorsque l'âge était venu , il avait, en effet , étudié dans les collèges sacerdotaux de l'Égypte , et des maîtres les plus distingués, dit Clément d'Alexandrie , l'arithmétique et la géométrie, le rhythme et l'harmonie, la médecine et la musique. Moïse s'adonna en outre à l'étude de cette partie de la science qui s'exprime par des symboles et les signes hiéroglyphiques, ce qui ne peut laisser dans l'esprit d'autre idée que la connaissance de la partie symbolique de l'écriture sacrée des Egyptiens ; et saint Justin , martjT, autorise en effet cette interprétation des paroles de Clément d'Alexandrie, qui écrivit deux siècles après Justin. Celui-ci, dans ses Questions aux orthodoxes, se demande «Pourquoi Moïse, s'il a été instruit dans toute la science égj'ptienne, ne s'est pas adonné à l'astronomie , à la géométrie, à l'astrologie et aux autres études analogues ; à quoi il fait cette

réponse : I\Ioïse ne s'occupa que de la science la plus élevée, car l'astronomie, l'astrologie et la géométrie passèrent chez les Egyptiens pour des études vulgaires et peu relevées : on attachait, au contraire, un grand prix aux études hiéroglyphiques, que Ton enseignait dans les sanctuaires, non au premier venu du vulgaire, mais a des gens choisis et excellents. « Enfin, il était de tradition écrite dans l'antiquité, que Moïse avait reçu une éducation toute royale, qu'il fut à la fois prophète, législateur, militaire, politique et philosophe, tout ce qui est nécessaire pour être roi , disent les anciens ; et l'on sait avec quels avantages il lutta plus tard de merveilles et de miracles contre les sages et les: enchanteurs du Pharaon , de qui il voulait obtenir la délivrance de ses frères d'Israël. Il battit les Égyptiens avec leurs propres sciences, et sa renommée est restée attachée à une des plus mémorables époques de l'histoire des nations orientales.

Tous ces hommes illustres de l'antiquité , qui influèrent si directement sur leur siècle et sur leur pays, s'instruisirent en Egypte ; ils sont , dans l'ordre des progrés de la philosophie, les glorieux intermédiaires entre les premiers instituteurs de l'homme et ceux qui , dans les temps modernes , ont abaissé par d'immortels efforts, les dernières barrières devant l'intelligence humaine. L'Europe civilisée profite encore des connaissances que rÉgypte transmit à tant de nations anciennes, et dont la caste sacerdotale fut si long-temps la dépositaire fidèle et toute-puissante.

S'il était en effet nécessaire d'ajouter quelques considérations nouvelles à tous les faits qui nous révèlent hautement cette puissance, infinie de la caste sacerdotale en Égvpte, sa constante influence sur les mœurs et les lois, sur les coutumes publiques ou les habitudes domestiques, et le précieux appui qu'en retirait l'autorité royale pour maintenir les peuples dans l'amour de l'ordre et l'obéissance, il nous suffirait de rappeler

ÉG YPTE.

que cette même caste avait de longue main préparé et habitué la population à cette induence, sans doute par la pratique des plus rares vertus et par la profusion des biens les plus utiles à l'homme policé, mais surtout en inculquant dans tous les esprits, en les révélant oralement aux plus sages, en les exprimant sous des formes sensibles aux yeux des plus bornés , les préceptes d'une morale épurée, source de tous les dogmes salutaires et consolants , et qui proclamait l'unité de Dieu , l'immortalité de l'ame , les peines et les récompenses d'une autre vie.

Cette croyance qui mêlait sans cesse la terre avec le ciel , et l'homme avec Dieu, dans les mystères d'une religion oij l'on puisait à la fois les plus utiles préceptes d'hygiène publique , et la règle des nobles actions et des vertueuses pensées, était empreinte dans tous les cœurs, écrite dans tous les livres, exprimée figurativement sur les monuments publics. On ne pourrait, sans errer, contester à l'Égypte ces sublimes résultats de sa longue étude de rhonime et de l'univers. Ce fut en Égypte, dit un écrivain chrétien du premier siècle, qu'Homère et Platon apprirent ce dogme de l'unité de Dieu ; et un autre savant père grec ajoute que l'autre dogme , celui de l'immortalité de l'ame , a passé de l'Égypte chez les Grecs, que Platon l'apprit de Pythagore, et beaucoup d'autres de Platon.

Les transmigrations successives de l'ame séparée de l'homme qu'elle a , animé sur la terre, idée propre à l'Égypte dès ses primitives institutions, ne fut que le tableau des épreuves que cette divine émanation avait à subir afin d'arriver à l'infinie perfection , qui devait être le but constant de ses vertueux efforts. La prévoyance qui caractérisa la population égyptienne nous a transmis le tableau complet de ces épreuves redoutables, dans le rituel des cérémonies imposantes que prescrivait le code des lois religieuses pour ees longues et difficiles épreuves.

Ce tableau est généralement connu ECUS le nom de Rituel funéraire ; les

copies originales n'en sont point rares, mais il n^en existe qu'un très -petit nombre de complètes. Écrites en signes hiéroglyphiques ou en signes hiératiques, ces copies sont également reconnaissables à une suite de scènes qui sont peintes au haut des colonnes ou pages du manuscrit , et qui nous montrent un personnage de forme humaine comparaissant successivement en la présence d'un assez grand nombre de divinités auxquelles il fait des offrandres ou adresse des supplications.

On voit parfois, mêlé avec les pages d'écriture, un tableau d'agriculture, où le même personnage laboure, sème et moissonne dans des scènes variées ; enfin la deuxième partie du livre est terminée par un autre grand tableau , où un assez grand nombre de personnages occupent la scène : c'est la représentation du jugement même de l'ame, c'est le sujet" reproduit sur notre planche 20.

Ce rituel funéraire, quand il est complet, est composé de trois parties; on en connaît plusieurs exemplaires, tous en rouleau , et qui n'ont pas moins de 30 à 40 pieds de longueur, sur un à deux pieds de hauteur. Le titre général de l'ouvrage est celui-ci : Livre des Maiiifestations à la Lumière. Dans les temps de la splendeur de l'empire égyptien , on en plaçait auprès de chaque corps embaumé une copie plus ou moins complète , plus ou moins soignée , selon la qualité du personnage, soit la première et la deuxième subdivision, soit la deuxième et la troisième , ou enfin quelques chapitres seulement, ce qui arriva surtout dans les momies les moins anciennes. Cet ouvrage religieux, qu'on peut assimiler à nos livres de prières appelés Heures^ et dont on met aussi un exemplaire dans la bière chrétienne, est un recueil très-étendu des formules relatives à l'embaumement, au transport des morts dans les hypogées, et il contient une foule de prières adressées à toutes les divinités qui pouvaient décider du sort de l'ame , soit dans l'enfer, où elle était jugée, soit dans les régions mystiques qu elle

L'L'NIVERS

devait habiter avant de recommencer le cours de ses transmigrations.

Un des rituels en caractères hiéroglyphiques , du IMusée royal du Louvre , est un extrait des diverses parties du Livre des Manifestations à la Lumière; il est orné de peintures coloriées avec beaucoup de soin, et il appartient à la momie d'un prêtre graihmate, ou secrétaire de justice, nommé Névoten.

La grande scène initiale représente ce magistrat , vêtu de blanc , suivi de sa mère Amenhem-hèb, et de sa sœur Hnisannoub , faisant les offrandes au dieu Osiris, assis sur un trône dans un naos richement décoré. Le texte qui suit ce tableau religieux est extrait de la première partie du rituel , et contient les prières relatives au transport de la momie du défunt dans l'hypogée de sa famille , cérémonie retracée avec détail dans la longue vignette placée au-dessus du texte. On voit, au centre de cette composition, la momie de Névoten , étendue sur le lit funèbre placé dans une barque portée sur un traîneau que tirent quatre bœufs. La mère du défunt, Amenliem-hèb , les cheveux épars et la tunique souillée en signe de deuil, pleure sur la momie de son fils. Deux femmes , figurant les déesses Nephthvs et Isis , vêtues de rouge, veillent a la tête et aux pieds du mort. A côté de la barque funèbre est un prêtre d'Osiris , reconnaissable à la peau de panthère qui le couvre, ainsi qu'à l'encensoir et au vase à libation qu'il porte dans ses mains. Quatre hommes conduisent sur un second traîneau un grand coffre noir , en forme de naos , renfermant les vases funéraires qui contiennent les viscères et les intestins du défunt, embaumés séparément.

Le dieu Anubis , à tête de schacal , prend possession de ce coffre funéraire que suivent immédiatement les parentes du mort, échevelées, vêtues de tuniques souillées de cendre ou de poussière. A la suite de ces femmes qui se lamentent, comme l'indique la position de leurs bras , viennent les parents ou les amis de Névoten , en

habit de deuil , et tenant un long bâton dans leurs mains. Dans la dernière partie de cette curieuse peinture, près d'un amas d'offrandes de divers genres, on remarque la mere du défunt disant le dernier adieu à la momie de son fils. Le prêtre d'Osiris accomplit les dernières cérémonies sur la momie dressée devant l'entrée de l'hypogée, ou catacombe de sa famille.

La porte en est ouverte, et le dessinateur a tracé au-dessous le plan même de l'hypogée. Un long escalier conduit à une porte peinte en jaune, donnant entrée dans une première salle où se voient un autel et un fauteuil ; une seconde porte conduit à un cabinet ui communique à la grande salle , ans laquelle est une estrade portant la momie du mort. Une galerie, parallèle à celte grande salle , renferme les coffrets et les oflrandes funéraires.

Dans les quinze petites vignettes peintes qui suivent, on voit le défunt, vêtu de blanc , adorer successivement les génies des huit régions d'Hermès, les génies de l'Orient , les oiseaux sacrés Kennou et Ghengben, l'esprit d'Atmou sous la forme d'un bélier, le dieu Phtba dans son naos , enfin divers animaux et emblèmes sacrés. Les autres vignettes sont relatives aux divinités qui président à l'embaumement des corps. Au-dessous de chaque vignette est placé le texte qui s'v rapporte directement. Dans la suite mr manuscrit , le défunt ]Névoten adore Osiris, suivi d' Anubis et de ses parèdres ; il se présente ensuite comme suppliant dans le palais de la vérité, où sont les images des quarante-deux justes des morts. Plus loin il adore Osiris dans un naos au milieu de l'Amenti ; devant le dieu est la balance pour peser la conduite des ames , la plume d'autruche , emblème de la justice , et le Cerbère égyptien. Le défunt ISévoten est ensuite admis dans le palais de la vérité, où est l'arche svmbolique du soleil. Il navigue bientôt dans le ciel accompagné de sa femme Moutliemhèb , dans un vaisseau à voiles. Un autre tableau représente le défunt contemplant le vaisseau sacré du dieu

itGYPTE.

Pliré. Le texte qui suit imniédiateinent cette scène est relatif aux divinités qui président à la conservation des divers membres du corps humain.

La traduction d'un texte analogue est à la page 105 ci-dessus.

Un autre manuscrit liiéroglypliique n'est que l'extrait des trois parties du grand rituel funéraire, orne de peintures relatives aux divers textes. On y remarque successivement le défunt Khonsoumosis, prêtre d'Ammon dans Oph , hiérogrammate du temple de la déesse Mouthis-Bouto, membre du collège des hiérogranimates de Thèbes, faisant une libation et offrant l'encens au dieu Phré-Atmou, seigneur du grand temple ; à Osiris Pethempamentbès , surnommé Onnofris , modérateur des vivants ; à Isis , grand'mère divine , et à Nephthys, déesse adelphe, comme portent les légendes hiéroglyphiques tracées au-dessus des personnages de la première scène ; Khonsoumosis, adorant les emblèmes de la demeure des morts ; le même personnage, labourant et coupant la moisson dans les Champs-Élysées, au milieu des ames pures; le défunt suppliant à l'entrée de leur palais, dont les portes sont ouvertes , les quarantedeux juges des ames dans l'Amenthi ; le même, présentant des offrandes de pains à huit des gardiens du palais d'Osiris, à tètes de rat et d'uraeus alternées ; le même, adorant les quatre génies des morts , précédés des attributs d'Osiris , le thyrse , la peau de panthère et la coupe; le même, arrivant au bassin mystique de feu liquide, sur les bords duquel sont quatre cynocéphales.

La dernière scène représente la momie de Khonsoumosis , couchée sur le lit funèbre, au-dessous duquel sont les quatre vases funéraires. L'ame du défunt plane au-dessus du corps embaumé. Plus haut sont les déesses Isis et Nephthys devant une table chargée d'offrandes funéraires.

Un troisième manuscrit , mais en caractères hiératiques, est un rituel funéraire à peu près complet, écrit par me très-belle main, orné de tableaux

et de vignettes dessinés en noir, avec une finesse et une pureté de trait admirables. Ce rouleau est de l'espèce de papyrus nommée royale, la plus précieuse de toutes; aussi est-il beaucoup moins foncé, et a-t-il conservé plus de souplesse que les autres rouleaux découverts jusqu'ici dans les catacombes égyptiennes.

Un autre manuscrit hiératique n'est qu'une feuille de papyrus contenant les premières formules de la prière pour les morts , intitulée : Tasclio- Mah-Snau , par laquelle on supplie « Hatliôr, déesse de la contrée occi- « dentale , de faire prospérer le nom « de Soter, lils de Baphor, le jour et « la nuit; d'assurer à ce défunt une « place dans la demeure céleste, afin « que son nom germe dans le ciel par « le dieu Phré ( le soleil ) , et dans le « monde physique par le dieu Sèv « ( Saturne ) ; de faire enfin que ce « nom soit agréable à Osiris, seigneur « de l'occident, et à toutes les puis- « sances de l'Amenthès , maintenant « et à toujours. « Ce manuscrit est de l'époque romaine en Egypte.

D'autres papyrus , également funéraires , abondent en tableaux symboliques, dans lesquels sont figurés les formes emblématiques et les attributs de différentes divinités , et principalement ceux du soleil et d'Osiris. On y remarque 1° le défunt adressant une prière au dieu de la lumière venant du ciel , dont les yeux illuminent le monde matériel et dissipent les ténèbres de la nuit, etc. : dans le tableau qui suit cette prière, on a figuré des ames et des hommes adorant un disque lumineux; 2" prière à Phré, dieu grand, manifesté dans les deux firmaments , et symboles des deux formes de cette divinité ; 3" prière aux dieux Phré et Thôth, autre symbole de Phré; 4" prière à la déesse Netphé, la grand'mère des dieux , pour qu'elle accorde à l'Égyptien Anienhem la contemplation du disque de la lumière dans toute sa splendeur ; le tableau représente la déesse Netphté, dont le corps couvert d'étoiles se recourbe comme pour circonscrire l'espace ; c'est

L'UNIVERS

le ciel personnifié : le dieu Sôou, l'une des formes de Knèpli ou le Démiurge, placé entre l'orient et l'occident, personnifiés sous l'apparence de deux femmes, élève, dans l'espace circonscrit par le ciel ( Netphé), le vaisseau du soleil , dont il semble ainsi déterminer le cours; 5" prières à Osiris, seifjneur de la région de stabilité. Les emblèmes de ce dieu, ainsi queThôtIi ibiocéphale, sont renfermés dans un cercle formé par le serpent qui se mord la queue, emblème de l'éternité; (>" prière à toutes les divinités qui président aux régions habitées par les ames , représentées symboliquement dans le grand tableau suivant; 7° h 10° courtes invocations aux dieux Osiris, Nofré-Atmou, et à la vache sacrée d'IIathôr.

Enfin , un autre manuscrit hiéroglyphique , colorié , est entièrement formé de tableaux symboliques relatifs au système psychologique des Égyptiens. On y a représenté les divers états de l'aine , ainsi que les divinités qui présidaient à ses transmigrations.

i'.e papyrus appartenait à la momie d'une femme nommée Tetchonsis.

Malgré l'analogie des sujets de ces manuscrits, on remarque toutefois quelques diversités dans le nombre et l'ordre des scènes, diversités déterminées très-vraisemblablement par celle des qualités ou du rang du personnage pour lequel le manuscrit fut dessiné, et les plus complets comme les plus beaux appartenaient nécessairement aux membres de la caste sacerdotale , à la classe spécialement chargée du service des dieux et des choses sacrées. Ce qu'il y a d'uniforme dans tous les rituels , c'est la scène finale de la seconde subdivision de l'ouvrage, qui est aussi ceile de la fin de la vie, uniforme aussi pour tous , et telle qu'elle est représentée sur notre 20.

Après les divers pèlerinages de l'anie du défunt dans les régions nombreuses qu'elle doit visiter, elle arrive enfin dans YAmenthi, l'enfer, où elle va subir son jugement. La scène qui le représentr offre à nos regards la partie

la plus curieuse de la crovance religieuse des Égyptiens. L'niérogrammafe , dans la composition de ce sujet singulier, a su donner un corps aux idées les plus métaphysiques, et nous y trouvons la preuve évidente que le dogme de l'immortalité de l'ame et celui des récompenses et des peines dans une autre vie furent les fondements principaux de la religion des anciens Egyptiens. Il est naturel en effet de retrouver ces grands principes de la morale chez un peuple dont l'antiquité tout entière a célébré la sagesse. L'Écriture sainte elle-même ne dédaigne pas de la rappeler , quoi-

?[u'elle condamne en même temps ces ormes matérielles sous lesquelles l'Égypte trouva bon de voiler ses doctrines.

Cette scène se trouve d'ordinaire à la fin de la seconde section du rituel funéraire entier, mais sert de conclusion à tous les rituels abrégés ; elle

f)résente la Psijchostasie , c'est-à-dire e jugement que, selon les doctrines égyptiennes , devait subir l'ame des morts en quittant le corps mortel , dans la région inférieure de VAmenthi, où l'on exannnait sévèrement et où Von pesait ses actions durant sa vie sur la terre. L'édifice où la scène se passe est le prétoire même de l'Amenthi , le palais du juge suprême des ames. On distingue à gauche de la scène le dieu lui-même assis sur son trône. Il est caractérisé par une coiffure particulière, formée de la partie supérieure du pschent ( une tiare royale ), ceinte d'un large diadème et unie au disque du soleil et aux cornes de bouc, emblèmes de la lumière et de la faculté génératrice. Le dieu tient dans ses mains un fouet et un sceptre recourbé en forme de crochet , soit pour exprimer le pouvoir d'exciter le mouvement des choses et de les ralentir , soit par allusion au nom de la région infernale à laquelle ce dieu préside, c'est-ià-dire l'Amenthi, qui attire les ames de tous les vivants et qu'on crovait les relancer dans le monde; ce dieu est Osiris, dieu trèsbienfaisant, seigneur delà vie, dieu

EGYPTE

grand , médiateur éternel , président ue la région inférieure, et roi divin.

Nous retrouvons donc là le souverain de l'enfer égyptien, Osiris, divinité qu'Hérodote, Diodore de Sicile et Plutarque regardaient unanimement comme le type primitif du Dionysos ou Bacchuscles Grecs et des Romains.

L'opinion de ces classiques est pleinement conflrmée par le groupe emblématique placé en face du dieu et dans la cliapelle même. Un grand nombre de papyrus montrent clairement dans ce groupe un vase d'oii sort un thyrse, auquel est liée par des bandelettes une peau de panthère. Ainsi ces principaux emblèmes de Bacchus sont constamment figurés auprès d'Osiris , et on en conclut l'origine égyptienne de la divinité grecque , le culte égyptien étant sans aucun doute antérieur au culte grec. Toutefois les Grecs adoptant la divinité égyptienne , en restreignirent singulièrement les attributions. De même Phtha, le ministre immédiat du dieu supérieur et organisateur du monde physique, devint en occident le forgeron Héphaïstos , Vulcain. Osiris , le principe humide du monde, ne fut ainsi pour les Grecs, du moins dans la croyance populaire, que l'inventeur de la vigne , le dieu du vin, et le pin fut ajouté au thyrse.

Devant la sainte habitation du dieu de l'Amenthi est un autel chargé d'offrandes, telles que des pains, des viandes diverses, des grenades et des fleurs de lotus ; et ce lotus est le symbole du monde matériel.

Le voisinage du séjour du suprême juge de l'Amenthi est annoncé par un piédestal sur lequel se repose un animal monstrueux , mais dont les formes sont si déterminées, qu'on ne peut y méconnaître un hippopotame mélangé de crocodile : c'est le cerbère égyptien. Ici , c'est l'hippopotame femelle, qui , dans les tableaux astronomiques de Thèbes et d'Esnéh, occupe dans le ciel même la place que les Grecs ont donnée à ia grande Ourse. Cette constellation était nommé le Chien de Typhon par les Égyptiens, et sa pré- •?ence dans l'Amenthi ( l'enfer ; ne

laisse pas douter que cet animal ne soit le type du chien Cerbère, qui, selon les" mythes ^recs , gardait l'entrée du palais d'Ades. La légende égyptienne le nomme 0ms , et le qualifie de recteur de la région inférieure.

A l'autre extrémité de cette scène ( à droite ) , on remarque un groupe de trois personnages , c'est-à-dire une femme qui, la tête surmontée d'une plume, présente une personne vêtue a la manière ordinaire des Égyptiennes, à une déesse caractérisée par un sceptre et par l'emblème de la vie céleste ( la croix ansée ) qu'elle tient dans sa main droite. C'est l'ame d'une défunte sous les formes corporelles , conduite par les deux déesses Vérité et Justice devant le grand juge des morts.

Thméï, fille du Soleil, fut la compagne habituelle d'Osiris dans l'Amenthi ; elle représente le personnage analogue à la Perséphonè des Grecs et à la Proserpine des Latins; ses fonctions sont de recevoir les ames des morts à l'entrée Je l'Amenthi , et elle semble les rassurer et exciter leur confiance, pendant qu'on examine leur conduite sur la terre. Elle est en outre la présidente des quarante-deux juges, ou plutôt quarante-deux jurés votants qui ont le droit d'assister au jugement des ames, aux assises infernales, et qui occupent , sur deux lignes , le haut de la scène.

L'antiquité grecque parle de ces juges auxquels les Egyptiens soumettaient les personnes" de toutes les classes de la nation avant de permettre que leur dépouille mortelle fût déposée dans le tombeau des ancêtres.

Certains juges inexorables examinaient en présence du peuple la conduite tenue par le mort avec ses concitoyens, et ils refusaient à son corps une place dans la catacombe, s'il n'avait pas religieusement rempli ses devoirs envers les dieux et envers les hommes.

Cette coutume, éminemment morale, produisait d'autant plus d'effet sur les moeurs publiques , qu'elle s'appliquait aux rois mêmes. Les sculptures des temples et des palais qu'on voit encore dans les ruines de Thèbes . constatent

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