RHAMSÈS
MÉNEPHTH.4^ I"^.
EHAMSÈS II, BHAMSÈS III.
Il est donc hors de doute que le successeur de Rhamsès 1" fut aussi son
fils, héritier de la couronne royale par sa naissance. Il monta sur le trône vers IGIO avant l'ère chrétienne.
Son prénom royal est le seizième cartouche de la ligne intermédiaire de la table d'Abydos : dans la table royale du Memnonium ou Rhamesséum, Sésostris a fait placer ce cartouche le premier dans la série de ceux de sei prédécesseurs. Dans le tableau de Rlé dinet-Habou, le prénom royal de Méneplitha I"' a le même rang, et, dans les trois listes, le cartouche royal de son père le précède immédiatement :
ces filiations et l'époque du règne du fils de Rhamsès I"' ne sauraient donc être plus certainement déterminées.
Le plus célèbre monument du règne de ]\Iénephtha c'est son tombeau : bien des personnes encore se souviennent d'en avoir vu, à Paris, le modèle dans les proportions du monument même; il fut découvert par l'infortuné Belzoni, mort victime de son zèle pour les découvertes historiques : c'est lui qui en avait reproduit les principales salles au rez-de-chaussée d'une maison de Paris, au moyen du moulage en plâtre des bas-reliefs de ce tombeau, dont les empreintes coloriées représentaient toutes les sculptures originales.
Les critiques modernes , à l'exemple des premiers investigateurs des noms royaux des souverains égyptiens, ont donné plusieurs prénoms à ce même prince, selon la diversité des monuments oii son nom se trouvait reproduit avec quelques signes différents.
Champollion le jeune le nomma d'abord Ousiréï, et lui supposa un frère, qui , usant du même cartouche prénom, lui succéda, et se nomma Mandouéï. Le savant français fut conduit à cette supposition : 1" par la conformité des cartouches prénoms unis à des cartouches noms propres différents; 2" par l'autorité même de Manéthon, qui , dans ses listes , telles qu'elles nous sont parvenues, donne deux frères, tous deux nommés Therrès ou Achersès, pour successeurs à Rhamsès \", accordant à chacun d'eux douze années successives de règne. Mais l'examen
L'UNIVERS
attentif des grands monuments de la ïhébaïde a lait reconnaître que ces cartouches noms propres, quoique variables dans quelques-uns de leurs signes, et unis constamment au même prénom royal, n'appartenaient qu'à un seul et même prince, et que l'arrangement le plus ordinaire des' signes qui composent son nom propre, le fait lire Phtalimen-Boréï, et plus euphoniquement Ménephthafv-Boréï , le serviteur de Phtha. Le nom d'Osiris se trouve aussi dans les cartouches sculptés, soit dans le tombeau du prince, soit sur d'autres édifices; on y lit aussi le nom d'Ammon à la place de celui du dieu Phtha, quand ce prénom est écrit sur les temples deïhèbes, et c'était presque une obligation imposée par la hiérarchie divine. Le nombre des variantes de ce nom propre s'élève jusqu'à cinq; mais le cartouche prénom , consacré par la religion, celui qui faisait foi dans les annales sacrées, est invariable : le soleil stabiliteur de justice. Ce même souverain adopta plusieurs légendes pour ses enseignes : celle qui est sculptée sur les piliers du Spéos-Artemidos le. qualifie de Haroéris, le puissant vivificateur du monde.
L'histoire écrite ne nomme pas même ce prince, dont le règne paraît avoir été illustré par des faits mémorables; elle se tait sur son nom comme sur ses actions; le langage des monuments peut heureusement suppléer à ce silence : Ménephtha V mérita par lui-même une place honorable dans les annales égyptiennes, et, de plus, il fut le père de Sésostris.
Les monuments du règne et de la puissance de Ménephtha subsistent encore dans toutes les parties de l'empire égyptien, dans la basse et dans la naute Egypte, sur la mer Rouge ainsi que dans la Nubie , et quelques grandes villes de l'Europe sont ornées des débris de la magnificence de ce grand roi.
C'est aussi à l'exploration des savants français que l'histoire est redevable de la connaissance d'un des plus intéressants monuments du règne de Ménephtha I" . Je transcris ici le pas-
sage de Y Itinéraire médit de Champollion le jeune, qui a, le premier, reconnu et décrit cette intéressante localité.
« 6 novembre 1828. — Notre travail dans les hypogées de Beni-Hassan-el- Gadim étant terminé, j'ordonnai do faire voile sur Beni-Hassan-el-Aamar, oii nous arrivâmes à onze heures du soir pour mouiller dans un bras du Nil, au milieu de deux rives couvertes de palmiers, qui donnaient à cette localité l'aspect d'un lac environné de plantations. Le village se cache dans ce fouillis de palmiers , et on le nomme Beni-Hassan-el-Aamar, Beni-Hassan le nouvel habité, parce que c'est un village nouvellement bâti après la destruction et l incendie du Beni-Hassanei-Gadim {le vieux), par les ordres d'Ibrahim-Pacha, qui voulait détruire ce repaire de brigands; aussi ce pays est aujourd'hui aussi sûr que le reste de l'Égypte.
« J'avais fait amarrer les mâasch devant ce village, dans le dessein de visiter un monument curieux qu'on nous avait dit exister dans la montagne. Nous partîmes donc de bonne heure, le 7, à pied, en nous dirigeant droit à l'est sur la montagne arabique, et vers l'ouverture d'une vallée que nous apercevions devant nous. Quittant bientôt le terrain cultivé, nous entrâmes dans le désert, et après *ingt minutes de marche sur la droite (nord) du ravin, ou Ouadi, qui sort de la vallée, on nous montra deux grands emplacements dans lesquels on trouve une quantité incroyable de momies de chats, enveloppées une à une, ou plusieurs à la fois, dans de simples nattes. On reprit le chemin de la vallée en repassant sur la rive gauche du Ouadi, et nous arrivâmes en peu de temps à son entrée qui est fort pittoresque, quoiqu'elle présente un grand tableau de sécheresse et d'aridité.
C'est du désert tout pur, et des murailles de roches fort élevées, percées à jour sur la droite par les nombreux hypogées et les puits qu'on y a creuses, non pour recevoir des momies humaines, mais des momies de chats
EGYPTE
et de quelques autres quadrupèdes. La montagne formant le côté gauche de la vallée est aussi percée de quelques grottes, mais qui n'offrent aucun intérêt; .celles de droite ne portent aucune sculpture ni inscription, si l'on en excepte la porte d'un grand hypogée de chats, qui a été décorée sous le règne d'.-//exa;!(/?-e, lils d'Alexandre le Grand, c'est-à-dire de 317 à 297 avant l'ère chrétienne.
« C'est à une courte distance de cet hypogée, et du même côté de la montagne, après avoir tourné une roche qui avance sur la vallée, qu'on trouve une grande excavation soutenue par huit piliers en partie détruits, décorés de sculptures peintes et de grandes inscriptions hiéroglyphiques. C'est un temple dédié à la déesse Pascht (Bubastis), et dont les ornements ont été commencés par le roi Thouthmosis IV, et continués sous son descendant, le Pharaon Ménephtha, dans le nom duquel, ici comme ailleurs, on a effacé une figure, qui est restée très-visihie dans le dernier cartouche à gauche de la frise décorant la paroi ouest du couloir. Cette grotte n'est autre que la localité même nommée Speos-Jrtemidos, grotte de Diane (Bubastis), appellation donnée par les géographes anciens à une position occupant la place de l'une des Beni-Hassan d'aujourd'hui.
« La journée entière se passa à dessiner les bas-reliefs et les inscriptions de ce lieu sacré, et à développer une foule de momies de chats et de chiens. Je suis persuadé que tous les trous et excavations pratiqués dans cette montagne n'ont eu pour objet que la conservation et le dépôt des momies de l'animal consacré à Bubastis, le chat, qu'on y trouve en si grande abondance.
Le fond de la vallée, entre le Ouadi et la grotte de Pascht, est encore une nécropole de chats disposés par bancs et plies pour la plupart dans des nattes, les chats à' un rang élevé étant renfermés dans les nombreux hypogées creusés dans la montagne, et en particulier dans celui du temps à' Alexandre, dont les couloirs sont encombrés
de débris de momies de cette espèce d'animal.
« Nous ne rentrâmes au mâasch qu'à la nuit close, et après souper on partit ]iOut Jntinoé , où nous arrivâmes dans la nuit. »
Ce spéos, dédié à la déesse Pascht ou Bascht ( Bubastis , Artemis , Diane) , creusé dans la montagne, fut donc commencé par le Pharaon Thouthmosis IV, continué, décoré et terminé par Ménephtha ^^ Il est orné de beaux basreliefs coloriés, dont les sujets rappellent le culte de cette déesse, à laquelle le chat était consacré comme son emblème vivant. Dans un tableau sculpté et peint, le roi Ménephtha est l'objet spécial de la protection de la déesse : elle le présente au dieu Ammon , et lui départit en plusieurs scènes tous les dons que les dieux pouvaient accorder aux rois. Les inscriptions attribuent la construction finale du temple à Mén-ephtha, qui consacra aussi un sanctuaire aux dieux seigneurs du lieu :
toutes les dédicaces portent le nom de ce roi.
A Silsilis , sur la rive gauche du Nil , on voit encore une chapelle creusée dans le rocher sous le règne de ce prince, et il en reste deux bas-reliefs qui témoignent, par leur finesse et leur élégance, de l'avancement et du perfectionnement de l'art à l'époque de Ménephtha.
Le palais de Kourna, à Thèbes, fut fondé par ce roi, édifié en partie par lui , terminé par Sésostris, et ce palais est, sous le rapport de l'art, un des édifices les plus remarquables de l'É-
gypte.
Quoique très-inférieur par l'étendue aux grands édifices de Thèbes (le Rhamesséum et les masses de Médinet- Habou), le palais de Kourna, nommé Ménephthéum, du nom de son fondateur, mérite cependant un examen particulier, puisqu'il appartient aux temps pharaoniques et remonte à l'époque la plus glorieuse des annales de la monarchie égyptienne. Son ensemble présente un aspect tout nouveau, et si son plan général réveille l'idée d'une habitation particulière et semble cacher la forma
L'UNIVERS
d'un temple, la magnificence de la décoration, la profusion des sculptures, la beauté des matériaux et la recherche dans l'exécution prouvent que cette liahrtation fut jadis celle d'un souverain riche et puissant.
Ce qui reste de ce palais occupe seulement l'extrémité d'une belle façade, sur laquelle existaient aussi jadis d'autres constructions liées sans doute avec l'édifice encore debout. Sur le même axe que ces arrachements de constructions rasées, au milieu de bouquets de
Ealmiers et de masures modernes en riques crues, s'élève un portique ayant plus de cent cinquante pieds de long, trente de hauteur, et soutenu par dix colonnes, dont le fut se compose d'un faisceau de liges de lotus, et le chapiteau des boutons de cette même plante tronqués pour recevoir le dé. Cet ordre, qui n'est point particulier aux constructions civiles, puisqu'on le retrouvait dans les temples d'Éléphantine et d'Élethya, appartient sans nul doute aux vieilles époques de l'architecture égyptienne , et ne le cède, sous le rapport de l'antiquité, qu'aux seules colonnes cannelées, semblables au vieux dorique grec dont elles sont ie type évident, et que l'on trouve
t)resque exclusivement employées dans es plus anciens monuments de l'Égypte.
La sculpture n'était pas moins perfectionnée sous le règne de Ménephtha P"'; les bas-reliefs de ce temps sont remarquables par la simplicité du style , la finesse d'exécution et l'élégante proportion des figures. Un peu plus tard, sous le règne de Sésostris, fils de Jlénephtha, la sculpture, traitée avec moins de soins, annonce la prochaine décadence de l'art : le Ménephthéum favorise ce rapprochement , cette comparaison, cette déduction, et elle se révèle surtout par la différence qui existe entre les bas-reliefs de la salle hypostjie et ceux de la première salle de droite, et en général par toute la partie du palais à droite de la salle hypostyle décorée durant le règne de Sésostris. Ces faits importent beaucoup à rhistoire de l'art en général , surtout
lorsqu'il s'agit d'époques bien antérieures aux premiers essais des maîtres immortels qu'a produits l'inépuisable génie des Grecs.
INous résumons ici, sur cet important sujet, les observations et le jugement de Champollion le jeune : nous lui empruntons aussi la suite de la description du .Ménephthéum.
Sur les quatre faces du dé des chapiteaux du portique existent, sculptées avec beaucoup de recherche, les légendes royales de Ménephtha ou celles de son fils : les noms et prénoms de ces deux Pharaons sont également inscrits sur le fût des colonnes, mais accolés et renfermés dans un tableau carré; témoignage précieux de la piété obséquieuse de Rhamsès le Grand envers Ménephtha son père.
Le rapprochement de ces deux noms royaux trouve son explication naturelle dans la double légende dédicatoire qui décore l'architravedu |)ortique sur toute sa longueur : cette inscription est ainsi conçue : « L'Aroéris puissant , ami de la vérité, le seigneur de la région inférieure , le régulateur de l'Egypte , celui qui a châtié les contrées étrangères, l'épervier d'or, soutien des armées , le plus grand des vainqueurs , le roi soleil gardien de la vérité, l'approuvé de Phré , le fils du soleil , l'ami d'Ammon, Rhamsès, a exécuté des travaux en Thonneur de son père Amon-Ra , le roi des dieux , et embelli le palais de son père, le roi soleil siabiliteur de justice , le fils du soleil Ménephtha-Borei. Voici qu'il a fait élever... (grande lacune) les propylons du palais , et qu'il Ta entouré dé murailles de briques , construites à toujours : c'est ce qu'a exécuté le fils du soleil , l'ami d'Ammon , Rhamsès.
Cette dédicace annonce sans incertitude que le palais de Kourna fut fondé et construit par INIénephtha I", et que ce fut Sésostris qui le termina. Plusieurs des bas-reliefs qui décorent l'intérieur du portique et l'extérieur des trois portes par lesquelles on pénètre dans les appartements du palais, représentent en effet le roi Ménephtha rendant hommage à la divinité thé-
EGYPTE
baine et aux autres divinités de i'Égypte, ou recevant de la munilicence des dieux les pouvoirs royaux, et des dons précieux qui doivent embellir et prolonger la durée de sa vie mortelle.
La porte médiate du portique conduit dans une salle d'environ quarantehuit pieds de long sur trente-trois de large ; c'est la plus considérable du palais : six colonnes , semblables à celles du portique, soutiennent le plafond , subsistant encore eu très-grande partie; deux longues inscriptions, toutes deux au nom de Ménephtha I""', servent d'encadrement aux vautours ailés qui décorent ce plafond . L'inscription de droite exprime la dédicace générale du palais faite par son fondateur à la plus grande des divinités de l'Egypte :
«... Le seigneur du monde, soleil stahiliteur de justice , a fait ces constructions en l'honneur de son père Amon-Ra, le seigneur des trônes du monde, et qui réside dans la divine demeure du fils du soleil Ménephtha- Bore'i à Thèbes , sur la rive gauche : il (ce roi) a fait construire \ habitation des années (le palais) en pierre de grès blanche et bonne , et un sanctuaire pour le seigneur des dieux. »
Et l'on apprend , par cette inscription, le nom même de ce grand édifice de Kourna : les habitants de Thèbes l'appelèrent la demeure de Ménephtha, ou Ménephthéum , du nom de son fondateur, et elle explique le double caractère de temple et de palais qu'on remarque dans cet édifice, qui, par la disposition de son plan, annonce l'habitation d'un homme, et, par ses décorations , celle d'une divinité.
La seconde inscription de ce même plafond , celle de gauche , avertit que cette grande salle fut le manôskhy la salle d'honneur, le lieu où se tenaient les assemblées religieuses et politiques , où siégeaient les tribunaux de justice:
c'est aux salles de cet ordre qu'on a donné le nom vulgaire de salle hypostyle. De nombreux tableaux sculptés décorent celle du Ménephthéum : le fondateur du palais se voit dans tout ces bas-reliefs, offrant des parfums, des
fleurs , ou Timage de son prénom mystique à la triade thébaine , et particulièrement au chef de cette triade, Amon-Ra, sous sa forme primordiale et celle de générateur. Les parois , moins étendues, à droite et à gauche de la porte principale , sont couvertes de bas-reliefs représentant les membres de cette triade adorés par un autre roi , l'un des successeurs de Ménephtha.
A Karnac , les souvenirs de la gloire de Ménephtha sont aussi retracés dans une foule de bas-re)iefs concernant les guerres de ce roi en Asie ; monuments au moins aussi parfaits de style etd'exécution que ceux d'Ibsamboul même, et qui rendent témoignage de la sollicitude de ce prince pour le perfectionnement des arts en les protégeant.
Il consacra aussi un temple au dieu Phré dans le lieu nommé aujourd'hui AVadi-el-]Moyé , situé à deux journées du ]Nil , dans le désert , sur la route de Bérénice.
Le quai moderne d'Éléphantine est construit avec des débris d'antiques monuments, parmi lesquels se trouvent des fragments des édifices élevés dans cette île par Ménephtha I'^"'. Une stèle de Sabout-el-Radim est datée du 1" tôbi de la VIP année du règne de ce roi ; et à Silsilis , un temple monolithe porte la date de l'aa XXir de ce même règne.
On voit au musée du Vatican une statue d'Amon-Ra dédiée par Ménephtha l'"' , dont le nom se lit à la base du monument.
Le magnifique obélisque de la place du peuple, à Rome, est aussi un ouvrage de Ménephtha. Le cartouche nom propre Ménephtha • Boreï , est conservé intact dans les bas-reliefs du bas des faces septentrionale e-t occidentale; mais la figure assise, à bec crochu , qui termine ce nom propre et précède les deux feuilles , est martelée sur trois faces de l'obélisque ; toutefois elle y est encore visible. Cette singularité a été remarquée aussi sur d'autres monuments de ce même roi , existants encore en Égypte ; l'image de ce même dieu , gravée sur des monu-
L'UNIVERS
ments d'époques diverses , en a été anciennement effacée : c'est un fait remarqué jusque dans les lieux les plus disnes de respect, les tombeaux, notamment dans celui du roi Ménephtha lui-même.
Ce tombeau existe dans la vallée de Biban-el-Molouk ; il attire principalement l'attention du voyageur par l'étonnante fraîclieur des peintures et la finesse des sculptures qui le décorent. Il fut découvert par le voyageur Jîeizoni, et nous avons déjà donné {page 30) un extrait de la description de cette magnilique sépulture royale, oiî l'on a recueilli des données positives sur les connaissances que les Égyptiens avaient, à cette époque reculée , des peuples étrangers plus ou moins éloignés de l'Égypte.
Un des nombreux bas-reliefs coloriés de ce tombeau en a été détacbé, et il enrichit le musée égyptien du Louvre. Il existe aussi, dans les cabinets des curieux , comme dans ce même musée, un grand nombre de statuettes funéraires de ce roi , en bois ou en
Eorcelaine , recueillies dans son tomeau.
Quand Belzoni en fit la découverte, il jugea , à la difficulté d'en retrouver l'entrée et de la rendre praticable, que ce tombeau était intact, et, il espéra retrouver enfin un roi d'Egypte eji repos dans la dernière demeure que lui avait assurée la piété de sa famille et de ses peuples. La première salle était en effet intacte; un long couloir venait après, et encore hermétiquement fermé à son extrémité; cette ouverture pratiquée de nouveau , un puits très - profond la séparait de plusieurs autres salies, également peintes et d'une parfaite conservation : enfin , le voyageur parvint à la salle du sarcophage, la plus spacieuse de toutes; mais le sarcophage avait été violé; le couvert violemment jeté à terre , y gisait en deux morceaux; l'intérieur était vide, et une crevasse dans un des coins du sol annonçait qu'on avait très-anciennement pénétré dans cette salle par un souterrain dont on ne pouvait pas suivre les traces dans la
montagne, et dont la direction étaft 0|)posée à celle de l'entrée véritable du tombeau. Belzoni a publié en un grand atlas les principaux sujets sculptés et peints dans ce tombeau , dont l'étendue donne une assez longue durée au règne de Ménephtha I"; on peut la porter, en effet , jusqu'à 32 années et 8 mois.
C'est aussi dans le tombeau de ce roi (Ménephtha V^) que Champollion le jeune observa et recueillit la plus ancienne représentation d'un fait astronomique et civil d'un très-haut intérêt dans l'histoire des institutions égyptiennes : la représentation , dans les peintures du plafond, de l'intime liaison du lever héliaque de l'étoile Svrius, avec le premier jour de l'année égyptienne (le \" thôth); témoignage in)portant d'une coïncidence et d'un usage qui donnent à la science moderne la clef de toutes les difficultés que lui présentait , à l'égard de l'antique Ëgypfe, l'ensemble des règles admises pour la division du temjis dans les usages civils, et la source originaire de ces règles (si/prà, page 236).
On voit aussi , à Turin , un contrat en écriture hiératique, daté du 16 de choïak , de la 2" année du règne de ce roi.
Les monuments nous apprennent que ce roi eut deux femmes , dont l une se nomma Tsiré, et l'autre Twéa. La première est mentionnée dans les inscriptions du tombeau du roi , avec ces titres : L'osirienne (la défunte) épouse royale, l'épouse divine, la royale mère, la grande dame du mondé, tutrice de la haute et de la basse Egypte, TsiEÉ.
De la seconde , Twéa , il nous reste plusieurs monuments intéressants; on voit , à Rome , au Capitule , une statue colossale en basalte noir, qui est une image de cette reine : l'inscription gravée sur le colosse la qualifie en ces termes : « La reine du peuple obéissant, mère d'un roi du peuple obéissant , la royale mère de l'Horus , fort , dominateur du monde, seigneur du monde, soleil gardien de (a vérité, approuvé par le soleil, seigneur du
monde, Amon-Mai Rhamsès, vérificateur, la divine épouse, la royale épouse principale, la dame du monde, Twéa. »
Cette reine fut donc la mère de Sésostris , et cette circonstance peut aider à. fixer avec quelque certitude le rang des deux reines, femmes de Ménephtha \". En considérant, en effet, que la reine Tsiré est mentionnée avec le titre d'osirienne (défunte) dans le tombeau du roi son mari , qui doit ainsi lui avoir survécu, que Sésostris, dont le règne dura 68 ans, dut parvenir au trône fort jeune , et que , cependant, il ne fut que le second successeur de son père , on peut considérer la mère de Sésostris , la réine Twéa comme la seconde femme de IMénephtha , comme ayant survécu à ce roi , et ayant même vu les premiers temps du règne de Sésostris , puisque la statue colossale du Capitole est un monument de la piété de ce prince envers sa mère , et que la légende gravée sur le monument indique une reine encore vivante , et jouissant des titres et des honneurs de la royauté. La reine Tsiré fut donc la première femme de Méne|)htha I", et Twéa la seconde.
Dans les sculptures de l'intérieur du Rhamesséum de Thèbes , on retrouve des groupes où Sésostris est représenté entre sa mère Twéa et la reine sa femme.
On connaît aussi , par la statue colossale du Capitole, qui vient d'être citée , une fille de la même reine , qui dut être la sœur de père et de mère de Sésostris, et fille, comme lui, de Méneplitha 1^''; son image est sculptée sur le colosse de la mère, et l'inscription qui l'accompagne signifie: la royale fiHe , la royale épouse Hont-Réché, vivante ; elle eut au moins le rang et les honneurs d'une reine : il dépendait de son frère de les lui déférer.
IMénephtha \" eut pour successeur son fils aîné, que les monuments nous font connaître par le nom et le rang de Rhamsès II.
C'est par son cartouche prénom soleil gardien de la vérité, et par son nom propre Amon-Maï Rhamsès, que
se termine , à gauche , la ligne intermédiaire de la Table d'Abydos. Ce même prénom royal se retrouve dans l'inscription verticale de la même Table royale ; et elle désigne ce roi Rhamsès comme le successeur immédiat de Menephtha I'"'.
Cependant ce cartouche ne se voit pas à ce même rang de succession dans la table royale du Rhamessétmi de Thèbes, ni dans la série des figures de Rlédinet-Habou.
D'autre part, les monuments historiques du roi Rhamsès , dont le prénom fut soleil gardien de la vérité, et les cartouches où ce prénom est inscrit, sont nombreux et d'une grande autorité par le sujet, l'étendue et l'exécution de ces monuments, comme par les faits historiques du premier ordre que leur sujet rappelle.
Mais l'omission du cartouche prénom royal de ce roi dans les tables du Rhamesséum et de IMédinet-Habou s'explique par la nature même de ces tables : ij est prouvé, sans contestation, que ce Rhamsès II et son successeur Rhamsès III (Sésostris) furent frères, tous deux fils de Ménephtha V, et ils ne forment à eux deux qu'une seule et même génération. Dans ces tables par génération, on n'a donc inscrit qu'un seul des deux frères, Sésostris, le plus célèbre des deux, celui dont le règne jeta le plus d'éclat par les événements contemporains comme par sa durée; et si le nom de Rhamsès II se lit sur la table d'Abydos, quoique également généalogique, c'est parce qu'elle a été dressée de l'ordre même de Sésostris, qui, dans la liste de ses prédécesseurs, ne pouvait omettre son propre frère.
Le roi Ménephtha I^' eut donc pour successeur son fils aîné, qui porta le nom de Rhamsès et fut le deuxième de ce nom.
Le lecteur a déjà eu sous les yeux, à la page 152 de cet ouvrage, la description détaillée des monuments du règne de Rhamsès II, qui subsistent encore à Beit-Oually en Nubie, qui rappellent les entreprises militaires de ce roi et ses victoires en Asie et en Afri-
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que, et dont les tableaux historiques représentent le riche butin qu'il en rapporta, soit en animaux rares et curieux, soit en productions et métaux de grand prix.
lihamses II ajouta à la décoration du iMéneplithéum deKourna,àThèbes, élevé par son père; les petites parois à droite et à gauche de la porte principale de la salle hvpostyle sont couvertes de bas-reliets représentant l'adoration de la triade thébaine par ce Pharaon, et le bas-relief intérieur, à la gauche de la même porte, représente son sacre après la mort de son père Méuephtha I'^ Le jeune roi, présenté par la déesse Mouth et le dieu Khons, iléchit le genou devant le souverain de l'univers, Amon-Ra; le dieu suprême lui accorde les attributions royales et les périodes des grandes panégyries, c'est-à-dire un très-long règne, en présence de Ménephtha, père du nouveau roi , et qui, représenté debout derrière le trône d'Amnion, tient à la fois les emblèmes de la royauté terrestre qu'il vient de quitter, et l'emblème de la vie divine dont il Jouit déjà dans la compagnie des dieux.
Plus loin, on a figuré l'enfance de Rhamsès II; le jeune roi est embrassé par Mouth, la grand' mère divine qui lui offre le sein. La légende qui accompagne cette scène s'exprime ainsi :
Voici ce que dit Mouth, dame du ciel : ■< IMon lils qui m'aime, seigneur des diadèmes, Rhamsès chéri d'Ammon, moi qui suis ta mère, je me complais dans tes bonnes œuvres; nourris-toi (le mon lait. »
Les dés et les ornements de la base des colonnes de cette même salle sont ornés des cartouches nom et prénom de Rhamsès II, mêlés avec ceux de son père, et les architraves portent plusieurs inscriptions dédicatoires, mais au nom de Ménephtha qui fonda l'édifice, et les autres au nom de Rhamsès II, qui en acheva la décoration.
C'est au règne de ce même prince qu'appartient l'obélisque égyptien de Paris; on a déjà vu (pages 81 et suivantes) quelle part il prit à l'édification de ce magnifique monument, qui fut
terminé et érigé par son successeur.
A Silsilis, une des chapelles qui sont creusées dans le roc l'a été aussi par l'ordre de Rhamsès II. Les tableaux qui décorent les paroisde droite et de gauche nous font connaitre à quelle divmité ce petit édifice avait été dédié par le Pharaon. Il y est représenté adorant d'abord la triade thébaine , les plus grands dieux del'Égypte, Amon-Ra, Mouth et Khons, ceux qu'on invoquait dans tous les temples, parce qu'ils étaient le type de tous les autres ; plus loin , il offre le vin au dieu Phré, à Phtha, seigneur de justice, et au dieu ]Nil, nonmiédans l'inscription hiéroglyphique Hapi-moou, le père vivifiant de tout ce qui existe. C'est à cette dernière divinité que la chapelle de Rhamsès II fut particulièrement consacrée; cela est constaté par une très-longue inscription hiéroglyphique datée de « l'an IV, le 10' jour de mésori, sous la majesté de l'Aroéri puissant, ami de la vérité et fils du soleil, Jihamsés, chéri d'Hapi-moou, le père des dieux. » Le texte qui contient les louanges du dieu Ml (ou Hapi-moou) l'identilie avec le Nil céleste Nen-moou, l'eau primordiale, le grand Nilus, que Cicéron dit être le père des principales divinités de l'Egypte, mémed'Ammon, ce qui est atteste ailleurs par des inscriptions monumentales. 11 était également naturel que les chapelles de Silsilis fussent dédiées à Hap-moou (le ÎSil terrestre), parce que c'est le lieu de l'Égypte où le fleuve est le plus resserré, et qu'il semble y faire une seconde entrée, après avoir brisé les montagnes de grès qui lui fermaient ici le passage, comme il a brisé les rochers de granit de la cataracte pour faire sa première entrée en Égypte.
Les souvenirs historiques du même Rhamsès II se retrouvent encore sur les monuments de Caiabschi, en Nubie, et dans la salle hvpostyle du palais de Karnac, à Thèbes, et Ton n'aura pas de peine à reconnaître dans son nom Y Armés ou VJrmésès, que les listes de Manéthon donnent pour le frère d'un autre Rhamsès (Rhamsès III Sësostris), qui régna plus de soixante
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ans, tandis qu'elles n'attribuent au règne de Riiamsès II que cinq années de durée.
Les monuments connus sont d'accord avec cette indication, et la seule date qui subsiste de ce règne est de sa quatrième année; elle est à Silsilis; nous l'avons textuellement rapportée, et c'est avec une fausseté évidente, et afin de soutenir d'absurdes systèmes ou de voiler d'indignes plagiats, qu'un écrivain étranger à la France porte cette date de Silsilis jusqu'à l'an XIV du règne de Rbamsès, parce qu'il a besoin de donner, contre la vérité de l'histoire, quatorze ans de durée à ce même règne. Les listes de Rlanéthon dans tous ses abréviateurs, et le texte des monuments donnent unanimement cinq années seulement au règne de Rbamsès II. Il mourut vers l'an 1571 avant l'ère chrétienne.
D'après certaines données monumentales, il aurait été marié à la reine Nofré-Teri, de laquelle il aurait eu deux KIs dont on a recueilli les noms; mais le sort de ces trois personnages nous serait resté inconnu , celui des deux fils particulièrement, qui étaient les successeurs légitimes de leur père. Ce l'ut, au contraire, leur oncle qui régna après lui : c'est ce fait incontestable qui domine au milieu de ces incertitudes sur la lin du règne de Rbamsès II.
Après sa mort inopinée, qui arriva avant le terme ordinaire de la- vie humaine, et qui interrompit de grandes entreprises, laissant inachevés de grands édiflces, son frère, le second "fils de Mènephtha I"', monta sur le trône d'Égypte, et prit, comme l'avait fait son prédécesseur, le nom de Rbamsès, d'après l'usage égyptien déjà rappelé plus haut, qui faisait donner au petitfils le nom du grand-père; et la dixhuitième dynastie égyptienne nous en fournit un nouvel exemple par les cinq rois qu i se succédèrent immédiatement, portant alternativement, à chaque génération, le nom de Rbamsès et de Mènephtha : Rbamsès I", Mènephtha r', Rbamsès II, Rbamsès III (les deux frères), Mènephtha II, etc.
Ce Rbamsès fut le troisième de ce nom; il est plus généralement connu sous le nom de Sésostris ou Rbamsès le Grand, et à ce nom, seul tous les grands souvenirs de l'Égypte se présentent, à la fois, à l'esprit de l'historien : à ce nom, en effet, et au règne du grand roi qui le porta, est irrévocablement attachée l'époque de la plus haute splendeur, de la plus grande puissance de l'Égypte. Quand Sésostris succéda à son frère (vers l'an 1571 avant l'ère chrétienne), l'Égypte était engagée dans des guerres extérieures, que le soin de sa défense ou de légitimes intérêts avaient rendues inévitables. Les tableaux historiques de l'édillce du Béit-Oually retracent les victoires de Rbamsès II, et Rbamsès III, encore prince, y figure luimême comme ayant pris une part active à ces actions : on l'y voit, dans le costume de prince, présenter au roi un groupe de prisonniers arabes asiatiques. Dans une autre scène, pendant que le roi sur son char poursuit les Arabes, le prince frappe avec une hache la porte d'une ville ennemie, et il emmène ensuite de nouveaux prisonniers. Ainsi Sésostris, avant d'être roi , aurait pris une part active et digne de mémoire à la défense de la patrie et à ses triomphes.
Il nous reste encore un autre monument de la jeunesse de Sésostris :
ces souvenirs d'un prince illustre doivent être attentivement recueillis par l'histoire. On les retrouve sur une petite stèle du musée égyptien de Paris; elle est a double face : d'un côté, un jeune enfant est assis sur un coussin; sa tête est ornée d'une riche coiffure royale, et son corps à demi couvert d'une tunique en étoffe transparente par sa finesse; son bras gauche est appuyé sur ses genoux, et il porte à sa bouche un des doigts de la main droite. Un cartouche prénom est gravé près du personnage, et ce cartouche est celui de Sésostris : on voit donc ici une représentation de ce roi enfant dans le costume ordinaire de Horus, et assimilé à ce dieu dans une des circonstances de sa naissance; car lt&
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mystères sacrés de l'Egypte disent que le dieu Horus, comme le dieu Pliré, son père, naquit en portant le doigt à Ja bouche. L'oi)jet de notre stèle est donc de rappeler la même tradition à l'égard de Sesostris. Les mêmes mystères disaient aussi qu'à la naissance de ce roi , son père avait vu en songe le dieu Phtlia qui lui prédit que cet enfant serait le maître de toute la terre. Les monuments prouvent aussi la particulière dévotion de Sésostris pour ce dieu Plillia. Les temples de ]\lemphis sont redevai)les à ce roi d'immenses et magnifiques accroissements; enfin, au revers de la stèle de Sésostris enfant, est aussi une adoration au dieu Plitlia par un personnage dont le nom a disparu de ce curieux monument.
La longue durée du règne de Sésostris, et les glorieuses actions qui en marquèrent les diverses époques, en ont inscrit le souvenir dans les annales humaines en traits ineffaçables : dans l'ordre moral, la vie d'un grand roi demeure, comme le font dans l'ordre physique, les traces d'un grand phénomène naturel, indélébiles à la surface de la terre. Hérodote et Diodore de Sicile ont donné une large place, dans leurs récits historiques, à la vie et aux actions de Sésostris; leurs narrations suffiraient |)our immortaliser sa renommée; l'autorité plus imposante encore des monuments contemporains s'unit aussi intimement à leurs assertions pour la célébrer. C'est un devoir pour nous de prouver la véracité des deux historieris grecs et celle des mémoires qu'ils avaient consultés,
f)ar l'heureux accord de ces écrits avec es monuments du règne même de Sésostris, qui subsistent encore.
Le plus simple rapprochement du texte (Je Diodore de Sicile de celui d'Hérodote convaincra la critique la plus difficultueuse que, lorsque Hérodote rapporte (livre second, chap. 102 et 103, 106 à 109) ce que les prêtres de l'Egypte, qu'il a consultes, lui ont dit de Sésostris, et quand Diodore de Sicile raconte (livre premier. 2' partie, diap. 53 à S7) les faits mémorables de
la vie de Sésoosis, d'après les Égyptiens aussi, les deux écrivains grecs ont écrit l'histoire du même roi, généralement connu sous le nom de Sésostris, le Rhamsès III des listes de Manéthon et des monuments. L'identité des deux relations dans leurs circonstances principales confirme hautement celle des deux noms désignant le même personnage. Les deux historiens ont donc retracé à grands traits l'histoire de Sésostris : la science moderne a fourni à ces deux textes grecs de précieux commentaires; et ils sont écrits dans les nombreux monuments du règne de Sésostris, où ont été contemporairement retracées les actions mémorables de sa vie. Remettons sous les yeux du lecteur les traits principaux de la narration des historiens, rapprochée des témoignages analogues des monuments ; et , à la faveur d'une trop rare concordance de telles autorités historiques, évoquons du domaine de la fable, et inscrivons au nombre des faits les plus certains dans l'ensemble des annales humaines, la vie et les actions d'un grand roi qui , au XVI'' siècle avant l'ère clirétienne, remplit l'Orient du bruit de ses victoires, menaça notre Occident encore barbare, et enrichit sa patrie de bonnes lois, d'institutions nouvelles, des tributs de vingt peuples soumis, et d'immortels monuments dignes encore de notre admiration.
Sept générations après Mœris, Sésostris fut ro! : c'est Diodore de Sicile qui s'exprime ainsi. Or, en remontant de quelques pages dans notre récit, on s'assurera sans peine qu'après Mœris ou Thouthmosis III , Sésostris est en effet la septième génération, les rois Aménophis II , Thouthmosis IV, Améno|)his m, Horus, Rhamsès I" et IMencphtha formant exactement les six générations intermédiaires.
Le même historien votdant ne rapporter, de ce qu'on dit de Sésostris, que ce qui lui paraîtra le plus croyable et le plus conforme aux iinlices qui en siibsisfeiit encore dans le pays, rappelle d'abord que, à la naissance de ce prince, son père rassembla tous les enfants mâles nés en Egypte le même
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jour que son fils, et ordonna qu'ils tussent tous élevés avec les mêmes soins, afin que, habitués à vivre familièrement ensemble, ils fussent d'excellents compagnons d'armes à la guerre, soumis et dévoués à son fils.
11 débuta par une guerre contre les Arabes; tous ses compagnons l'y suivirent, et, malgré les dures privations qu'ils eurent à souffrir, et auxquelles leur màle éducation les avait préparés, ils revinrent vainqueurs, après avoir porté la désolation parmi ces peuplades et les avoir soumises à un joug qui ne leur avait pas encore été imposé. De retour de cette campagne, Sésostris se rendit en Libye par l'ordre de son père, et, quoique tres-jeune, il soumit la plus grande partie de cette contrée africaine.
Les entreprises militaires du père de Sésostris sont représentées sur les diverses parties de son magnifique palais de Thèbes, le IMénephthéum; son fils n'y figure pas particulièrement, les convenances de la royauté ne pouvaient pas le permettre; mais les victoires de Ménephtha en Asie et en Afrique fournissent le temps et le lieu pour placer les hauts faits de son fils Sésostris, tels que Diodore de Sicile nous les a transmis.
Bientôt après, parvenu au trône d'Égypte, il convoita celui de la terre habitable; il s'occupa des soins nécessaires pour s'assurer du dévouement de ses compagnons et de la fidélité de la nation; il se montra prodigue de biens et de grâces , pourvut à quelques points importants de l'administration publique, et leva une armée qu'on portait à six cent mille hommes de pied , vingtquatre millecavaliers et vingt-sept mille chars de guerre. Il soumit d'abord les Éthiopiens voisins de l'Egypte, et leur imposa un tribut annuel de bois d'ébène, d'or et de dents d'éléphant. Il envoya ensuite sur la mer Rouge une flotte de trois cents vaisseaux, qui s'empara de toutes les îles et des pays situés sur la côte jusqu'à l'Inde; et, dans ce même temps, il soumit, à la tête de son armée, l'Asie entière; il |»assa ensuite le Gange, s'avança dans
l'Inde jusqu'à l'Océan , et dans le pays des Scythes jusqu'au Tanaïs; successivement, il s'empara des Cyclades, entra en Europe, et pénétra dans la Thrace, qui fut le terme de son expédition. Partout le roi se montra humain et modéré, n'imposant aux nations soumises que des tributs annuels proportionnés à leurs ressources. Cette expédition fut terminée dans l'espace de neuf années , et, dans les diverses contrées qu'il avait soumises, Sésostris avait fait élever des colonnes et d'autres monuments commémoratifs de son passage et de ses victoires.
Que disent les monuments d'analogue à ce récit? D'abord le manuscrit Sallier déjà décrit {sitprà, page 169), relste les victoires de Sésostris en Asie, en Afrique, en. Europe; il a soumis les Ioniens, les Syriens , les Éthiopiens , les Arabes , les Scythes , et Bactres, leur établissement principal, et ces victoires étaient accomplies dès la neuvième année de son règne. Le manuscrit porte en effet cette même date, qui est celle que Diodore a recueillie et nous a conservée. De plus, le monument qui subsiste encore à Beïrouth , en Syrie {suprà, page Gl), est un de ces monuments commémoratifs de ses victoires, que Sésostris faisait élever dans les contrées étrangères qui se soumettaient à ses armes.
De retour dans ses États, Sésostris , selon les mêmes historiens, orna les temples de l'Egypte d'offrandes magnifiques, y consacra les prémices des dépouilles des nations soumises; l'Égypte entière fut enrichie des fruits de cette grande expédition, et toutes les pensées du héros se tournèrent, dès lors , vers le bien intérieur du pays.
Il entreprit des ouvrages admirables pour la pensée, prodigieux pour la dépense; ils ont assuré à ce prince une gloire immortelle, et à l'Egypte la sécurité et le bonheur. — Il reste peu de traces reconnaissables de ces institutions ; mais les ouvrages admirables ou prodigieux subsistent encore en partie; le nom de Sésostris se retrouve dans tous les lieux de l'Egypte qui eurent de son temps quelque impor-
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tance; et ce sont là autant de témoignages en faveur des assertions des deux iiistoriens grecs.
11 fit bâtir, continuent-ils , il fit bâtir dans chaque ville un temple à la divinité principale du lieu ; dctenditd'y employer aucun Égyptien, et imposa ces travaux aux prisonniersqu'il avait ramenés. — Le nombre des anciennes villes de l'Égypte où subsistent encore des édifices plus ou moins ruinés , évidemment élevés, fondés ou agrandis par Sésostris , est considérable; les voyageurs en ont reconnu dans les trois contrées principales de l'Égypte, ainsi que dans la Nubie : les deux anciennes capitales, Memphis etïlièbes, furent redevables a ce roi des principaux édifices, témoignages de leur antique splendeur : outre les travaux inmienses exécutés au temple de Plitha , à Memphis , par Rliamsès le Grand , un autre temple en calcaire blanc, orné de colonnes à pilastres accouplées et en granit rose, y fut construit [)ar son ordre, et dédié à Phtiia et à Athèr, les deux grandes divinités de ce lieu. A Tlièbes , le Rhamesséum seul aurait suffi à la gloire d'un grand roi : mais la pieuse munificence de Sésostris se retrouve encore écrite dans les constructions de Karnac , le temple , les colosses et les obélisques de Louqsor, les tableaux historiques de Rourna , et sur divers autres points des restes de cette ville immortelle. Partout ailleurs, toutes les ruines nomment encore Sésostris; àTanis, Aouara et Bubaste , à Dendéra comme à Eléphantine, dans les carrières de Silsilis comme sur les rochers voisins de Syène. La Nubie n'est pas moins favorable à la renommée de Sésostris; son nom est partout comme un jalon propice au voyageur dans ce désert si fertile pour Tliistoire; et il le retrouve à Beit-Oually, Ghirsché.
Ouadi -Esséboua , Derri, Ibrim et Ibsamboul. Ce dernier lieu témoigne plus qu'aucun autre de la munificence de Sésostris : le grand temple est une merveille qui conserverait tout son prix au milieu même decellesde Tbèbes; quatre colosses assis, monolithes de 60 pieds de hauteur, décorent son
entrée; et l'intérieur, creusé dans la montagne, est digne par son étendue et la profusion des ouvrages d'art, de ce frontispice merveilleux. Le petit temple, dont la face est décorée de six autres colosses, fut dédié à la déesse Atliôr par la reine femme de Sésostris.
Ce prince fit élever par les mêmes moyens des chaussées exhaussées audessus des inondations du Nil , et il y fit transporter les villes dont le sol était atteint par ces eaux. — Les observations modernes s'accordent aussi en ce point avec les ra|)ports de l'histoire. L'état variable du sol de l'Égypte et son exhaussement annuel se révélèrent bientôt à l'administration publique , et elle sut pourvoir à cette nécessité en faisant élever des chaussées , des monticules factices , pour asseoir les villes et y construire les palais et les temples L'examen des lieux dans leur état actuel ne permet aucun doute sur ces deux points, m sur la prévoyance de Sésostris : le palais de Thèbes qui porte son nom , le Rhamessémn , est construit sur une butte factice très-sensiblement élevée encore aujourd'hui audessus du niveau de la plaine de Thèbes, après l'exhaussement que le sol a reçu depuis que Sésostris y employa aux travaux publics les prisonniers qu'il avait ramenés de l'Arabie, de Babylone ou des plages africaines.
L'historien ajoute : Sésostris sillonna la basse Égypte de canaux , facilitant ainsi le transport des denrées, rendant les relations des habitants plus promptes et plus commodes , portant l'eiK] ])otable dans tous les lieux , et rendant aussi le pays, ainsi coupé, inaccessible aux ennemis ; il ferma l'Égypte orientale par une grande muraille qui traversait le désert depuis Peluse jusqu'à Héljopolis. — Les canaux de la basse Égypte sont en effet les véritables sources de sa fertilité, l'existence de l'Égypte dépend de leur entretien régulier, de leur attentive surveillance : cette vérité était donc reconnue du temps même de Sésostris : l'Égypte a péri dès ({u'une administration imprévoyante a négligé cette
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source première de sa prospérité.
Sésostris , continue l'iiistorien , dédia au grand dieu de Thèbes, Amon- Ra , une bari sacrée , en bois de cèdre , revêtue de lames d'or à l'extérieur, de lames d'argent à l'intérieur, et d'une longueur considérable. Sésostris éleva aussi des obélisques très-remarquables par leurs dimensions. Il fit faire de grands travaux au temple de Vulcain, àMempliis, et il l'orna de plusieurs statues monolithes ; la sienne et celle de la reine avaient trente coudées de hauteur. — Les monuments subsistants confirment encore cette partie de la relation grecque; plusieurs obélisques de Sésostris sont encore debout; celui que la France oublie à Louqsor, et celui qui, enlevé des mêmes ruines à Thèbes, s'élève aujourd'hui sur la place de la Concorde, à Paris; les obélisques Flaminien, de Saint-Jean de Latran, de la Rotonda et de la villa HFattei , à Rome; un petit obélisque de Florence, sont aussi des ouvrages du même Pharaon , et servent à confirmer la véracité des deux historiens grecs.
A Memphis , tout se retrouve conforme aux renseignements donnés à Hérodote par les prêtres de l'Égypte.
On voit dans les carrières de Silsilis des preuves des grands travaux exécutés par l'ordre de Sésostris pour en extraire les matériaux employés à plusieurs des grands édifices construits sous son règne. Le grand temple de Phtha (Vulcain), à Memphis, est de tous le plus célèbre : les rois étaient sacrés dans ce riche et magnifique édifice. La plupart des statues dont l'historien grec dit que cet édifice religieux fut orné par Sésostris, subsistent encore; ces statues, dit Hérodote, sont des monuments de sa reconnaissance et de sa piété. Et quant à la statue même de ce grand roi , voici ce que Champoilion le jeune en a vu , et il s'en explique comme l'a fait Hérodote lui-même, qui a vu aussi cette statue monolithe de Sésostris : « Ce colosse d'une magnifique sculpture, et dont j'ai fait dessiner avec soin la tête et les détails, était renversé la face contre
terre, circonstance qui a garanti sa parfaite conservation ; il représente Rhamsès le Grand, coiffé du claft strié , surmonté du pschent. Son cou est orné d'un collier à sept rangées qui se terminent par un rang de perles. Deux cordons soutiennent un riche pectoral dont la corniche est surmontée d'un rang d'uréus , la tète ornée du disque. Le centre du pectoral est occupé par une composition anaglyphique montrant le prénom de Rhamsès spécialement protégé par le dieu Phtha et la déesse Pascht , lëontocéphale. La ceinture est serrée par une agrafe qui porte aussi les nom et prénom du prince ; et un grand et beau poignard, ou glaive court, dont la poignée est décorée de deux têtes d'épervier adossées , est passé dans la ceinture et dans une position très-inclinée : la lame paraît renfermée dans un fourreau orné de baguettes , et qui se termine par un bouton en fer de lance. Ses poignets sont ornés de bracelets fort simples, et le roi tient un papyrus roulé dans sa main gauche. »
Nous ne craignons pas d'importuner le lecteur ni d'offenser le bon goût en inscrivant ici la proportion détaillée de cette antique statue, dont la matière est un calcaire blanc cristallisé :
Hauteur totale, dans son état actuel , 34 pieds G pouces ; du bord de la coiffure à la naissance de la barbe, 4 pieds 5 pouces; longueur du cou, 1 pied 5 pouces ; d-es clavicules au nombril , 7 pieds i pouce ; longueur du nez ,
1 pied 9 pouces; du bas du nez au bord de la lèvre, 5 pouces 4 lignes ; du bord de la lèvre inférieure au-dessous du menton , 8 pouces ; longueur de la barbe, 1 pied G pouces; bouche ouverte , 1 pied G pouces 6 lignes ; longueur de l'œil, 10 pouces' 6 lignes; largeur, 4 pouces; longueur du bras, de l'épaule au poignet, 12 pieds 8 pouces; longueur de la main jusqu'à la première phalange, 1 pied 6 pouces; première phalange, 1 pied 3 pouces 6 lignes; longueur du pouce, 2 pieds 4 pouces 6 lignes; ongle du pouce, 4 pouces 6 lignes ; largeur de la main ,
2 pieds 7 pouces; largeur d'une épaule,
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4 pieds 2 pouces; oreille, 1 pied 8 pouces; largeur de l'oreille , 11 pouces.
Le Pharaon était coiffé du claft strié , et au-dessus s'élevait le pschent qui esta moitié détruit; il manque aussi une petite portion des jambes, les pieds et la plinthe de la statue. Diodore de Sicile savait que la statue monolithe de Sésostris, élevée devant le temple de Rlemphis, avait de hauteur trente coudées, environ 45 de nos pieds, et le colosse de Memphis, mesuré par ChampoUion le jeune, a encore 34 pieds 1/2, malgré les mutilations de la coiffure, d'ordinaire très -élevée, et celles de la base de ce monolithe. L'appui de la statue du roi était orné de la figure de sa femme et de celle de son fils. Plusieurs autres colosses , en granit rose, mais de plus petites dimensions, existent encore sur le même emplacement. Le musée du Louvre possède, de ce même roi, une belle statue en albâtre oriental , et de grandes proportions, quoique assise; parmi celles qui ornent le musée de Turin , il y en a une qui mérite aussi une grande attention comme production de l'art et comme monument historique : ChampoUion le jeune en a donné la description suivante :
«Ce chef-d'œuvre de la sculpture égyptienne, provenant de la collection Drovetti , arriva à Turin brisé en plusieurs pièces (il a été rétabli depuis dans son intégrité primitive); il est en granit noir, et de 6 à 7 pieds de hauteur. Le roi est représenté en habit militaire et assis sur son trône : c'est le costume des rois guerriers assis sur leur char au milieu des champs de bataille. La tête de la statue de Bhamsès le Grand porte le casque royal , armure qui , d'après la couleur verte qu'on lui applique dans les bas - reliefs peints , devait être en bronze orné de métaux plus précieux : des sortes de clous ou de petits disques en relief, semblables au caractère figuratif qui , dans les textes hiéroglyphiques, exprime l'idée soleil, couvrent toute la surface du casque, à l'exception d'une espèce de rebord ou plutôt de visière qui fait saillie sur tout le contour du
front; au-dessus de cette visière, s'élève l'insigne royal, Yurœus, dont le corps forme d'abord plusieurs enroulements, et s'étend ensuite en ligne droite vers la partie la plus élevée du casque.
« La face de cette statue , travaillée comme toutes les autres parties avec un soin extrême, est d'une perfection que je ne m'attendais point à rencontrer dans un ouvrage égyptien d'aussi ancien style. L'expression en est à la fois douce et fière , et un examen trèsrapide suffit pour convaincre que c'est là un véritable portrait. Les yeux, d'une grandeur moyenne , sont moins saillants que ceux de la plupart des autres statues; les sourcils sont fortement marqués ; l'angle externe des yeux n'est point exagéré comme à l'ordinaire; le nez est long et aquilin, et la bouche petite, quoique les lèvres soient toujours un peu fortes. Des joues pleines et un menton arrondi donnent à l'ovale de la face une élégance et une grâce dignes de remarque.
Les oreilles, d'une excellente forme, mais dont l'extrémité supérieure dépasse toujours la ligne de l'œil, caractère essentiel de toute figure de véritable style égyptien , sont percées comme pour y suspendre quelque ornement précieux. Rhamsès le Grand est sans barbe, ainsi que l'est son aïeul sur l'un des bas-relief de Médinet-Habou.
«Un riche collier, à six divisions terminées par une rangée de perles pendantes , couvre la poitrine du Pharaon : l'artiste l'a représenté habillé d'une ample et longue tunique à larges manches , rayée et plissée , et dont toutes les ouvertures ainsi que le bas sont brodés et ornés de franges , et c'est là sans doute cette célèbre espèce de tunique égyptienne connue sous le nom de calasiris. La manche droite, relevée au-dessus du coude, donne passage au bras qui , replié contre la poitrine , soutient le sceptre en forme de crochet , aussi souvent placé dans la main des rois que dans celle de certaines divinités ; le bras gauche étendu le long du flanc et reposant sur la cuisse , est recouvert presqu'en entier
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par la manche de la tunique , dont les franges descendent jusque vers le poignet ; la main fermée tient un corps cylindrique , tout à fait semblable à un rouleau de papyrus déprimé par l'effort des doigts qui le serrent. Des chaussures imitant , jusque dans les plus petits détails , ces sandales en feuilles de palmier, si finement tressées , qu'on trouve encore dans les hypogées , sont fixées aux pieds de la statue, qui sont d'ailleurs d'une très-belle û'rme et d'une juste proportion. L'exécution des mains ne laisse rien à désirer sous ces mêmes rapports. .le ferai remarquer aussi que l'artiste , comme pour exprimer que les pieds du Pharaon reposent sur une natte , a tracé au-dessous et au simple trait, sur la surface du marchepied du trône, de longues feuilles de plantes analogues à celles de certains roseaux. Enfin , à droite et à gauche des jambes de la statue, sont deux figures de plein -relieSappuyées contre le devant du trône et taillées dans sa masse : l'une représente une reine parée des insignes à'Athyr, et l'autre un jeune homme costumé conmie le dieu Horus et portant l'emblème de la Fictoire ; deux colonnes d'hiéroglyphes, gravées près de cette dernière statuette, nous apprennent que le colosse a été dédié par le fils du roi qu'il aime. La légende qui accompagne la statuette de femme, consiste seulement en ces mots : Sa royale et puissante épouse ^ui l'aime ; elle se rapporte sans doute a la reine , femme de Rhamsès et mère à'Amonhé... : ces deux figures, d'un pied de hauteur, et chaussées de petites sandales comme le colosse , sont d'un travail très -fin et très-soigné.
« Le nom propre Rhamsès, gravé sur la ceinture de la grande statue , \eprénom particulier de Rhamsès le Grand, et son nom propre, sculptés, l'un sur l'avant-bras droit , l'autre sur l'avantbras gauche, prouveraient assez que cette belle statue représente le plus fameux des conquérants égyptiens, quand même une longue inscription , partant de l'agrafe de la ceinture et
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descendant jusqu'au bas de la tunique, ne nous dirait point que c'est là en effet l'image du dieu vivant et bienfaisant, le représentant d' Amman, de Mars, du soleil dans la haute région, le roi soleil, oakdien de la. vébité, APPROUVÉ PAK Phré , le directeur et le gardien de l'Égypte, l'enfant des dieux , le fils du soleil , le chéki d'Am- MON, 'Rnxusts, vivificateur éternel.»
Du reste, des statues de Sésostris existent dans toutes les collections européennes, et le nombre, qui nous est parvenu, des monuments en tous genres de son règne ou de ses actions, est dans une proportion telle que devaient la produire la supériorité du génie de ce héros à la fois guerrier et législateur, et la durée de son règne. Notre narration en a rappelé fréquemment les circonstances principales, et nous y avons déjà parlé des tableaux sculptés qui représentent l'institution royale de Sésostris (page 56), sa présence aux panégyries (page 58), les honneurs qu'il a rendus à ses ancêtres {idem), la marche de son armée sous ses ordres, ses victoires, ses triomphes, et les actions de grâces qu'il en rend aux dieux (pages 58, 68, 151, 160, 161), ses entreprises maritimes (page 205), les relations commerciales qu'il établit avec l'Inde (page 162), les grands édifices qu'il éleva à Thebes, le Rhamesséum (pages G8, 154, 243, 249), le palais de Louqsor (57, 79), les embellissements de Karnac, les constructions d'Ibrim (page 164), les merveilles d'Ibsamboul (page 151 ), et nous avons résumé (page 83) l'opinion de l'antiquité, et celle des temps modernes sut la vie et les travaux de ce prince illustre.
Il eut deux femmes, vingt-trois ei« fants mâles et sept filles au moins : ce» renseignements sont fournis par des monuments authentiques. La première épouse de Sésostris, celle qui se voit souvent aux côtés du roi dans les monuments des premiers temps de son règne, se nommait Ïmaoumen-Nofré- Ari, la servante de Mouth, Nofré- Ari. Ce nom se lit dans diverses localités, au Rhamesséum, à Ibsamboul.
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et notamment sur le temple élevé par cette reine dans ce même lieu de la Nubie, et consacré par elle à la déesse Athôr. Sur les monuments des temps postérieurs, le nom de la reine est Isénofré (/ifi bienfaisante). On voit à Silsilis, auprès d'un prince qui est en compagnie de Sésostris et de sa secotide femme, cette inscription : Le royal fils du soleil gakdien de la