S XIX. CHRONOLOGIE
En traitant cette partie de l'histoire ancienne de l'Egypte, nous ne pouvons pas oublier la haute portée d'un tel sujet , par rapport à l'histoire générale de l'esprit humain. La civilisation égyptienne est pour nous une institu-
tion primitive. Son antiquité seradone celle de la raison même appliquée avec succès à l'organisation de la société.
Cette recherche intéresse au plus haut degré la philosophie de l'histoire, la dignité humaine, la vérité. Nous ne parlons pas de l'origine du monde, de l'époque de sa création, du premier honune, questions oiseuses, comme le prouve le très-grand nombre de systèmes qu'elles ont enfantés , systèmes également incertains pour leur généralité même, et d'autant plus qu'ils ont affecté une autorité plus grande ou plus absolue.
Pour l'Egypte en particulier, elle a toujours joui, dans l'opinion unanime des nations civilisées de l'Occideiit, d'une renommée d'ancienneté qui leur faisait rechercher avec empressement et vénération ses souvenirs et ses exemples. Platon n'hésitait pas à lui accorder une existence sociale de [ilusieurs milliers d'années, et il parlait de faits importants qui ne lui paraissaient nullement douteux, quoiqu'il les crût de dix mille années antérieurs à son époque. L'opinion d'un homme de cet ordre n'a pas été siins influence sur celle des siècles les plus éclairés.
Il est vrai que bien des doutes s'élevaient dans les esprits les plus sases sur ce fait qui paraissait isolé au milieu des vastes champs de l'histoire, oii rien de si antique ne se montrait avec une apparence de réalité dans les annales d'aucun autre peuple, si ce n'est dans des systèmes ou des prétentions également inadmissibles, hr critique moderne n'avait pas examiné les faits de ses yeux clairvoyants, et elle flottait incertaine, soumise à des influences dont elle ne scrutait guère l'origine. Le temps est ensuite venu oii elle a pu voir elle-même, fouiller de ses mains expérimentées dans les décombres de i'Égypte, interroger ses ruines si riches de notions écrites, de preuves monumentales, de témoignages imposants par leur évidente véracité ; elle a pu comparer ces notions et ces témoignages avec l'opinion des anciens sages, avec les traditions des anciens livres, et, tout armée de sa
ÉGYPTE
puissance d'examen, d'analyse, de rapprochement, de comparaison et de logiques déductions, conclure et exposer avec méthode les éléments certains de la chronologie égyptienne, échelle immense de jours et de siècles, sur laquelle peut se placer par d'instructifs synchronismes l'histoire entière de rintelligence humaine , et celle de toutes les nations qui l'ont cultivée, honorée, avancée par leurs pensées ou par leurs actions.
Il est donc connu par les relations, par les faits observés, que les Égyptiens fondaient leur chronologie nationale sur des documents authentiques soigneusement réunis dans les archives des temples, et sur l'autorité des monuments publics dont l'Égypte était couverte; et cette assertion est hautement justifiée par les recherches dont cette contrée célèbre a été le sujet de notre temps. Malgré les ravages qu'elle subit depuis deux mille ans, aucun fitat moderne, à son plus h.iut degré de splendeur , ne peut lutter de magnificence avec les vénérables ruines de l'Égypte. On y a recueilli récemment des monuments chronologiques proprement dits, des listes de rois, des tableaux généalogiques de dynasties souveraines. Quand donc ses historiens affirment qu'ils ont travaillé d'après les documents nombreux existant de leur temps, il n'est pas possible de suspecter leurs dires. Nous avons encore sous les yeux la plupart de ces documents. Là critique moderne y reconnaît les faits mêmes qu'en avaient tirés les historiens anciens.
C'est donc retrouver tout ensemble les annales d'un grand peuple, l'historien qui les a dressées, et les pièces qui en sont les preuves authentiques.
Ceci, dans sa généralité, exige cependant une distinction. Ces annales remontent à une époque très-reculée, et le témoignage direct ou contemporain de ces documents n'atteint pas jusqu'au même terme. Il y a donc dans la chronologie égyptienne deux choses très-distinctes , T" le système général de cette chronologie historique tel que
les Égyptiens se l'étaient fait, et tel que leurs annalistes nous l'ont transmis ; 2° le témoignage de monuments encore connus qui confirment et mettent hors de tout doute la véracité d'une partie de cette même chronologie. Nous nommerons donc partie historique tous les temps de la chronologie égyptienne pour lesquels nous connaissons des monuments contemporains de ces mêmes temps , et partie systématique, tous les temps de ces annales pour lesquels nous ne connaissons pas de monuments contemporains. Les certitudes de l'histoire de l'Égypte commencent donc là oii des monuments existants et contemporains desfaits, viennentunir leur témoignage à ceux des annales écrites.
Celles-ci consistent en deux pièces principales : 1» la Vieille Chronique, 2" les Listes desdynasties rovales égyptiennes rédigées par Manéthon.
Il est aussi des monuments analogues à ces relations écrites ; ce sont des listes d'anciens rois d'Égypte tracées sur papyrus en caractères hiéroglyphiques, des tables généalogiques de ces mêmes rois, plus ou moins complètes, pour des époques différentes, gravées parmi les bas-reliefs de plusieurs temples . et la plus célèbre de ces tables généalogiques est celle que M. Cailliaud a découverte et copiée au nord d'Abydos, table dont le dernier roi en liste est Sésostris, l'un des grands rois de la dix-huitième dynastie; et dont les premiers remontaient au delà de la quinzième même. Ces listes et ces tables , quant à leur témoignage à l'égard des temps antérieurs à l'époque oii elles ont été exécutées, nous leur reconnaissons la même valeur historique qu'à la Vieille Chronique et aux Listes de Manéthon ; en ajoutant cependant que la concordance de tous ces monuments ensemble donne à chacun d'eux une autorité individuelle qui procède d?
leur autorité commune , et la critique historique, surtout pour des époques si éloignées, ne fonde pas toujours sa foi sur un tel concours d'autorités aussi probantes. lien résulte, sans difficulté et sans opposition, aue, dès la plus haute
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antiquité, l'Égypte avait un système d'annales nationales uniformes dans leur ensemble et dans leurs détails , et que Manéthon nous avait fidèlement transmis ce système égyptien dans son intégrité. Voilà l'idée générale qu'on peut se faire de la chronologie historique de l'Égypte.
Quant à sa certitude pour nous, et c'est ici que commencent les droits du critique, libres de croire ou de ne pas croire à ce système égyptien , nous appelons les monuments au secours de notre bonne foi, et, classant, comme nous l'avons fait déjà, parmi les traditions écrites ceux de ces monuments qui rapportent des faits antérieurs à leur propre époque, nous n'interrogeons les autres monuments que sur les faits mêmes dont ils sont contem-
1)orains. Ainsi la dédicace inscrite sur a porte d'un temple, comme partie intégrante de la décoration de cette porte , annonce-t-elle qu'un roi qu'elle nomme a fait construire ce temple à une époque désignée de son règne, je tire de cette inscription, gravée en relief sur un monument public, plusieurs faits également certains; 1»
l'existence de ce roi dont le nom se lisait dans les listes écrites; 2" la certitude en ce point du témoignage tiré de ces listes ; 3° la preuve que ce même temple a été élevé par ce même roi ; 4° et que ce roi a régné au moins un nombre d'années égal à celui qu'indique la date de cette dédicace. Si noiks avions un ou plusieurs témoignas;es de cet ordre pour chacun des prinki3s nommés dans les Listes de Jlanétlion, il serait difficile de refuser un grand degré de certitude à ces mêmes Listes , et de vérité aux conséquences qui en découleraient très-naturellement. Mais ces témoignages manquent pour la partie la plus ancienne de ces mêmes Listes ; ils existent au contraire pour les époques subséquentes. C'est donc avec ces époques que commenceront les certitudes des annales égyptiennes fondées sur les monuments contemporains.
Après ces explications, peut-être nécessaires à plusieurs égards, nous
devons faire connaître au lecteur les documents principaux du système général de chronologie historique tel que l'Égypte l'avait adopté pour ses propres annales.
La Fieille Chronique nous a été conservée en grec par George le Syncelle, chronographe du huitième siècle chrétien, et avec des noms grecs qui certainement n'étaient pas dans le texte égyptien, où les dieux devaient porter leur véritable nom. Il y est dit :
Hépbaïstos ( Valcain ) régna d'abord . mais ou
ignore combien de temps Hélios (le soleil), fils d'Hépbaïslos , règne ensuite 3o,ooo ans.
Cronos avec les douze autres dieux régnèrent ensemble 39^4
Les huit rois demi-dieux régnèrent ensemble ai 7
Après eux, quinze générations (ou races, ou maisons) , furent inscrites dans le
cycle solbiaque jusqu'à Tannée 443
La TÔ^djn. les Taniles de 8gén., régna 190
La 17*. . . . lesMeinphitesde 4 ï^o
La 18* lcsMemjibilesdei4 348
La 19" .... les Diospolitesde S ....*.... 194
La 20*. . . . les Diospoliles de 8 118
La 21'.... les Tanites de 6 lai
Laii« les Tanitej de 3 48
La a3^. . . . les Diospolitesde a 19
La 24" les SaitPS de 3 44
La 25". ... U-s Htbiopicns de 3 44
La 26". . . . lesMempbites de 7 177
Laa7*.... les Perses de 5 124
La 28°. . . . ( lacune ) »
La 29* 39
La3o° les Taniles, 1" roi 18
Somme totale donnée par le texte grec.
y compris les règnes de la 28'^dyn. 36,525 ans
Sur quoi Georges le Syncelle fait remarquer que ce nombre de 36,525 ans, divisé par 1,461 , donne juste 25 périodes sothiaques, cette période étant en effet co.tiposée de 1,461 années vagues de 365 jours.
Il est certain que cette rencontre infirme singulièrement l'autorité de la Vieille Chronique égyptienne, et l'on peut se demander combien serait grand le hasard qui produirait 25 périodes justes entre le commencement du règne du soleil et la fin de celui du roi ISectanèbe, le premier roi de la 30* dynastie. Toutefois, deux choses nous paraissent assez certaines dans ce rapprochement : 1° la Chronique égyptienne , qualifiée de vieille ( iraXaibu XgivDcôv) par le Syncelle, pourrait bieu
EGYPTE
avoir été inventée après ie règne de Nectanèbe , et même de ses deux successeurs , puisque l'auteur savait qu'il y avait eu plusieurs rois a la trentième dynastie : il ne comprend en effet dans son calcul que le premier des princes Tanites qui composent cette dynastie ; 2' c'est sur les nombres antérieurs à la seizième dynastie qu'a pu porter l'arbitraire au moyen duquel on est arrivé à la somme des années nécessaires pour former les 25 périodes sotbiaques. Il était en effet indifférent que le soleil, les dieux et les demidieux eussent régné quelques centaines d'années de plus ou de moins : la partie réellement historique de cette Chronique ne connnence donc qu'avec l'article relatif aux quinze générations postérieures aux demi-dieux.
Cet article nous semble avoir tous les caractères d'une précieuse indication chronologique ; et quand l'auteur de cette Vieille Chronique dit qu'après les demi-dieux vinrent quinze familles Cou dynasties, puisqu'il mentionne immédiatement la XVF dynastie), lesquelles quinze dynasties sont inscrites dans 443 années du cycle sothiaque, il veut évidemment nous apprendre que, dans son opinion, ces quinze premières dynasties s'étendirent, depuis une époque dont il ne dit pas le point initial, jusqu'à l'année 443 du cycle, et qu'en conséquence la XVP dynastie commença de régner l'an 444 de ce même cycle. Or, ce cycle est celui dont la première année répond à l'an 2782 Julien avant l'ère chrétienne : ce serait donc à l'an 2339 que la première année de la XVI" dynastie serait indiquée par cette Chronique. Il y a donc là, je crois, un souvenir, une véritable tradition historique ; et il est bien digne de remarque en un tel sujet, que si l'on ajoute à l'année 443 du cycle, laquelle fut la dernière de la XVr dynastie, 1° 190 ans pour la durée des règnes de la XVI' dynastie; 2" les 178 ans qui manquent, avec les 6 ans de laXXVIIl" dynastie , dans les détails numériques de la Chronique pour arriver au nombre total de 36,525 ans qu'elle donne
formellement à l'addition des règnes, on obtiendra , à 1 1 ans près , les mêmes résultatsquej'aidéjà tirés d'autres documents pour lixer a l'an 2082 l'invasion des Pasteurs et le commencement de la XVir dynastie , et à 1822 la première année de la XVIir dynastie : et pour des époques aussi éloignées de nous, une si minime différence ne saurait être ni attaquée ni défendue. Il y aurait donc , dans ce que la Vieille Chronique contient au sujet des quinze premières dynasties et de la seizième, une tradition historique bien propre à donner à ce document, quelle que soit son origine, un intérêt qui s'accroît par la rareté de pareils renseignements.
Les Listes de Manéthon, dans leur ensemble, ont néanmoins un autre caractère. Elles nous ont été conservées et transmises par des écrivains chrétiens, Jules l'Africain, du troisième siècle de J. C, et Eusèbe, du quatrième. Le Syncelleavait heureusement recueilli les extraits de Manéthon insérés dans l'ouvrage de Jules l'Africain, qui est perdu ; il les a rappochés de ceux que donne Eusèbe, dont la Chronique nous est parvenue. Ainsi les Listes des rois d'Egypte par Manéthon nous sont connues par le Syncelle, qui les avait tirées de Jules l'Africain et d'Eusèbe, et par Eusèbe lui-même. Résumons les rapports de ces trois auteurs grecs.
Manéthon, né à Sébennytus, grand prêtre et scribe sacré pour les arcliives des temples de l'Égypte, sous le règne de Ptolémée Philadelphe, rédigea en grec, par les ordres de ce roi, des annales tirées des monuments historiques, tels que les stèles et autres, écrits en hiéroglj-phes. Son ouvrage était composé de trois volumes ou trois parties. A la relation des événements, il joignit le tableau des dynasties royales de l'Egypte. Le premier volume comprenait les temps des onze premières dynasties d'hommes, qui fournirent 292 règnes, dont la durée fut de 2,350 ans 70 jours selon l'Africain, et de 2,300 ans et 70 jours selon Eusèbe. La douzième dynastie et les sui-
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vantes, jusqu'à la dix-neuvième inclusivement , qui donnèrent 96 rois selon l'Africain, et 92 selon Eusèbe, dans l'espace de 2,121 ans selon les deux chronologistes, étaient le sujet du second volume. Dans le troisième , on trouvait l'histoire des dynasties suivantes, depuis la vingtièmejusques et y compris la trente et unième, qui finit avec la conquête de l'Égypte par Alexandre, et la durée de ces douze dernières dynasties est portée à 1,050 ans par l'Africain , et à 833 ans par Eusèbe. Du grand ouvrage de Manétlion il ne nous reste donc que quelques fragments de sa relation historique, et le tableau des dynasties royales, tableau qui indiqué, pour chacune d'elles, le nombre des rois, le nombre des générations que ces rois ont formées dans la même dynastie , la durée du règne de chaque roi avec son nom et son origine paternelle; enfin la durée totale de la dynastie; et, lorsqu'il abrège ces indications pour les dynasties de rois fainéants , il n'omet jamais les données principales et les plus importantes pour la chronologie, te nombre des rois et la durée totale de leurs règnes; c'est du moins dans cet état que ses Listes nous sont parvenues ; et ce n'est peut-être pas condamner injustement leurs abréviateurs, que de leur reprocher le tort que font à l'histoire leurs malheureuses suppressions.
Ces Listes sont reproduites dans le tableau qui suit ce paragraphe ; il contient la liste des trente et une dynasties égyptiennes qui précédèrent l'invasion "d'Alexandre, selon le texte d'Eusèbe , et nous l'avons préféré parce qu'il n'existe qu'une seule copie des
Listes de Jules l'Africain , et que celles d'Eusèbe nous sont connues par trois copies différentes, par le grec qu'a recueilli le Syncelle, par la version arménienne et par la traduction latine qu'en fit saint Jérôme depuis la seizième dynastie ; et nous ne nous arrêterons pas à discuter ici quelques diftérences qui s'aperçoivent entre Ju les l'Africain et Eusèbe au sujet de ces Listes, et entre les trois copies mêmes de celles d'Eusèbe comparées entre elles, puisque le résultat de cet examen serait de peu d'importance à l'égard de la durée totale de ces trente et une dynasties. Nous ne comprendrons dans notre tableau que le règne des hommes : le premier fut Ménès ; mais il paraît que Manéthon désignait aussi comme prédécesseurs de Jlénès les demi-dieux , les dieux et Héphaïstos, ainsi que le faisait la Vieille Chronique. Manethon était l'historiographe de l'Egypte selon les doctrines nationales égyptiennes : il dut donc dresser la liste des rois d'après les archives des temples et les documents publics, comme il affirme l'avoir fait , et comme des monuments qui nous sont parvenus, et que Manéthon a vraisemblablement vus et étudiés, ne permettent plus d'en douter. Ceci est donc un peu plus concluant que les mauvais propos que le Syncelle se permet contre IManéthon , et que les explications même qu'Eusèbe a cherchées de bonne foi pour des nombres d'années qui n'intéressent aucunement ni le déluge, ni Abraham, ni l'histoire, ni la chronologie positive, puisqu'ils sont le produit arbitaire de spéculations astronomiques ou mythologiques.
( StiU le Tableau des Dynasties égyptiennes selon Manéthon.)
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Ordre Jes Nombre Durée Je Commencèrent
dynasties. lear origine. des rois. leurs règnes. av.int J. C.
i"dynastie.. . Tinite-Thcbaïne 8 rois aSa ans 5867
2* Tinite-Thébaïne 9 297 56i5
3* Memphile 8 197 53i8
4» Memphite 17 448 5i2i
.5» Éléphantine 9 (*) 248 (*) 4673
6* Memphile 6 (*) 2o3 4425
7« Rleniphite 5 75 422a
8* Memphile 5 100 4147
9« Héliopolite 4 100 4047
lo* Héliopolite 19 i85 3947
II* Thébaïne 17 59 376^
12' Thébaïne 7 245 3703
i3« Thébaïne 60 453 3417
i4« Xoïte 76 484 3oo4
15" Thébaïne » 25o 2520
i6' Thébaïne 5 190 2270
I Pharaons Thébains.. 6 1 - „
' ] Pasteurs 6 )
i8« Thébaïne...., i7 348 1822
19" Thébaïne 6 194 147 3
ïo* Thébaïne 12 178 1279
2t' Tanite 7 i3o iioi
2 2* Bubastite 9 (*) '^o (*) 971
2 3' Tanite 4 0 89 (*) 85 1
24e Saïte I 44 76a
■J..5' Éthiopienne 3 44 718
26' Saïle 9 i5o (*) 674 ('*)
27« Persane 8 120 524(***)
28' Saïle I 6 404
29' Mendésienne 5 21 398
30' Sébennitique 3 38 (*) 377
3i'' Persane 3 8 (") 339
Fin de son règne 33i
F.I la conquête de l'Égyple par Ale.xandre le Grand est fi.\ée par les chronologisles à l'ai» 332 avant J. C.
(■) Selon l'Aflricain.
('*) Selon l'Africain, Eusèbe et le Canon des rois, conférés.
("') La conquête de l'Égyple par Cambyse est fixée à l'an Saô avant J. C
Quelques observations sont nécescessaires au sujet de ce tableau.
1" Eu égard à la certitude historique , ce tableau doit être divisé en deux parties; l'une comprend les quinze premières dynasties. Pour le nombre des rois et la durée de chacune, nous avons suivi Eusèbe ou l'Africain , et il n'y a, pour le moment, aucun intérêt à discuter les différences qui se trouvent entre les chiffres de ces nombres , puisqu'il s'agit d'époques pour lesquelles les monuments contempo-
rains avec date manquent presque absolument. L'autre partie du tableau a un autre caractère : les monuments existants donnent à la seizième dynastie et aux suivantes une suffisante authenticité ; et si , tout en suivant Eusèbe, nous avons quelquefois préféré l'Africain ; si encore quelques-uns de nos nombres ne sont exacteinent ni ceux d'Eusèbe ni ceux de l'Africain , c'est que des documents, que nous ne pouvons ni rapporter ni discuter ici , nous ont induits soit à opter avec quel-
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que fondement entre l'un ou l'autre de ces chronologistes, soit à ne suivre précisément aucun des deux.
2» Ce n'est qu'à compter de cette même seizième dynastie que la concordance des époques égyptiennes avec des années juliennes antérieures à l'ère chrétienne est revêtue de quelque certitude. Selon nos aperçus, la vingtseptième dynastie, qui Vut celle des Perses , commença avec l'an 524 avant .T. C. , et l'on sait d'autre part que ce fut en 525 que Cambyse, chef de cette dynastie, s'empara de l'Ëgypte. C'est aussi à l'an 33! que se rapporterait la conquête d'Alexandre, et elle est unanimement fixée à l'an 33iavant J. C.
Mais nous ne pouvons discuter ni tranciier ici cette différence d'une année à l'égard de ces deux époques. Nous nous sonnnes donc tenus ici au texte même des auteurs, et nous nous contenterons de faire remarquer qu'en pareille matière , et pour des temps aussi éloignés, la concordance de nos supputations, à une année près, avec des événements d'une époque connue, et qui servent de contrôle à ces mêmes supputations , est un résultat assez important, et qui peut lever un assez grand nombre de doutes, embarrassants encore pour les annales de l'antiquité.
3° J'ai borné ce tableau des dynasties égyptiennes à la conquête d'Alexandre , qui , avec les rois grecs dont j'ai dressé la chronologie dans mes Jnnales des Lagides, forme la trente - deuxième , à laquelle succéda la puissance romaine; car là où il n'y a point d'incertitudes, il n'est pas besoin de discussions.
Tel est donc l'ouvrage célèbre de IManéthon , l'une des plus précieuses compositions qui nous soient parvenues de l'antiquité, et qui tire un lustre nouveau de son accord parfait avec les monuments authentiques et originaux que l'Egypte a récemment restitués à nos vœux, et que nous devons faire connaître aussi , comme de nouveaux fondements de sa chronologie.
Ces monuments originaux sont des
manuscrits sur papyrus, et des tables généalogiques des dynasties royales.
C'est dans le musée de Turin que l'existence de ces manuscrits historiques nous a été révélée pour la première fois. Un fragment, portant le cartouche royal de Sésostris, attira d'abord l'attention de mon frère sur des feuilles ou des rouleaux dénués de peintures; et, explorant aussitôt tous les fragments semblables qu'il avait sous les yeux, il reconnut les noms de presque tous les rois de la XVTir et de la XIX' dvnastie , ordinairement accompagnés de dates en années, mois et jours, tirées du règne de chacun d'eux. C'étaient des débris de registres de comptabilité des temples, où les recettes et les dépenses étaient écrites à leur date précise, ou bien des actes isolés de l'autorité de ces rois, et les uns et les autres portaient en euxmêmes tous les caractères intrinsèques et extrinsèques des plus authentiques documents originaux de l'histoire. Les dates y avaient cette forme : « Dans l'année 5° et le 5^ jour du mois de tobij, de la direction du roi du peuple obéissant, soleil stabiliteur du monde (prénom royal). Dieu, Gis du soleil, Thouthmès (nom propre), >> et ce roi est le Thouthmosis-.Mœrisde laXVIir dynastie. On trouve des dates semblables des années 4 et 24 d'Aménophisll; 6, 10 et 24 de Rliamsès-Méïamoun, et l'abondance des papyrus historiques recueillis depuisen Ëgypte, a multiplié ces dates, et en a procuré un tel nombre, qu'il y a peu de régnes, depuis la XVr dynastie, pour lesquels on n'en ait recueilli une ou même plusieurs.
A ces faits isolés, mais importants, le même examen en ajouta un plus général et d'une autorité considérable pour la certitude des annales de l'Égypte : mon frère reconnut en effet et rassembla près de cinquante fragments d'un autre manuscrit, et il y reconnut un véritable canon royal, ou tableau chronologique des rois et des dynasties de l'Égypte, dont la forme rappelle celui des Listes de Manéthon; ces fragments réunis contenaient les noms de
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plus de cent rois, et il paraissait ne pas descendre au-dessous de ceux de la XIX' dynastie.
Un très-grand nombre de stèles , soit funéraires, soit religieuses, dont les inscriptions contiennent des dates, sont des témoignages , toujours contemporains des faits, qui ne sont pas d'une moindre autorité pour l'histoire des temps anciens de l'Égypte. D'autres monuments, d'une espèce et d'une destination très-variées, portent aussi des dates d'époques qui ne le sont pas moins, et l'on peut dire qu'il n'existe pour aucun autre peuple de l'antiquité , proportionnellement à sa durée, un pareil nombre de données de cet ordre, et aussi utiles pour asseoir les bases, donner les développements les plus complets de ses annales, sans lacune et sans merveilleux.
Enfin, des tableaux généalogiques des races royales existent encore dans des monuments publics du premier ordre, et le plus célèbre de tous est celui qui occupe, sculpté en bas-relief, la paroi d'une des salles du temple creusé dans le rocher, au nord de la ville d'Abydos. Ce bas-relief est reproduit sur notre planche 47.
Il se compose de trois séries horizontales de cartouches royaux, placés de gauche à droite. La série d'en bas est composée de dix-huit cartouches, formant neuf groupes de deux cartouches différents, qui sont le nom propre et le prénom royal de Sésostris neuf fois répétés; ce sont les mêmes qui se retrouvent sur les deux inscriptions latérales de trois faces de l'obélisque de Paris, et sur les trois inscriptions de la face qui est tournée vers le palais des députés.
La ligne intermédiaire d'Abydos commence par un cartouche nom propre, qui se lit Amon'Maï-Rhamsès , suivi d'un cartouche prénom, soleil gardien de vérité; ce sont ceux du prédécesseur même de Sésostris, de Rhamsès II , qui avait commencé l'obélisque de Paris, et ses deux cartouciies s'y lisent en effet dans les inscriptions niédiales de trois de ses faces.
Seize autres cartouches différents for-
ment cette seconde série de la Table d'Abydos , qui n'est pas complète à sa droite, le monument étant détruit sur ce côté.
La ligne d'en haut contenait un égal nombre de cartouches différents; ils ont été, pour le plus grand nombre, détruits ou mutiles; notre planche représente ce qui en reste, et on annonce que notre honorable consul général en Kgypte, M. Mimaut, a recueilli, dans les ruines du monument, quatre cartouches de plus, et qu'il a été assez heureux pour sauver d'une destruction imminente ce vénérable livre des races royales égyptiennes, en le transportant à Paris.
En l'état où nous le reproduisons, il est constant pour tous qu'il se composait d'une série de noms royaux au nombre de plus de quarante; et comme celui de Sésostris y est écrit le dernier, immédiatement après celui de son prédécesseur, nommé aussi dans l'inscription verticale qui encadre cette liste, il en faut conclure aussi que ce tableau a été dressé sous le règne de Sésostris , et que les noms qui précèdent le sic»
sont ceux des rois qui le précédèrent aussi sur le trône.
La preuve peut en être facilement donnée.
Après les deux cartouches, le nom propre et le prénom royal de Rhamsès II (en téte de la ligne intermédiaire), on n'a inscrit dans cette Table des règnes que les cartouches prénoms des autres princes; les noms propres ne s'y lisent pas : on peut donc concevoir quelques doutes sur l'ordre même dans lequel ces prénoms y sont placés.
Mais les monuments qui, à l'égard des cartouches prénoms de la ligne intermédiaire, à la droite du nom de Rhamsès II, contiennent à la fois et le même prénom exprimé par les mêmes signes idéographiques, et le nom propre composé de signes phonétiques, sont très-nombreux. On a donc pu placer ces noms propres à côté de ces prénoms; et, en y conservant l'ordre dans lequel ils sont inscrits dans la Table, on aura le nom propre des rois
L'UNIVERS
pharaons, prédécesseurs du roi Sésostris , dans l'ordre même où ils sont inscrits dans les Listes deManéthon.
La Table d'Abydos contenait donc une série de plus de quarante rois, classés dans l'ordre même de leur règne; elle est conforme aux Listes de Manéthon en tous les points dont d'autres monuments ont permis de faire la comparaison ; enfin, cette Table a été dressée du temps même de Sésostris , au seizième siècle avant l'ère chrétienne. Quel est le peuple, ancien ou moderne, dont les annales primitives sont fondées sur des documents d'une telle authenticité?
La Table d'Abydos nous offre donc, dans un ordre admirable pour ses conséquences historiques, la série, dans l'ordre de leur succession , des rois prédécesseurs de Sésosf'ris; d'abord son frère Rbamsès II (ligne intermédiaire), et les dix rois qui, avant lui, appartinrent à la XVIIP dynastie; ensuite (toujours de gauche a droite) les six rois pharaons de la XVIF; la lacune qui suit contenait les rois de la XVT; la ligne supérieure désigne les dynasties antérieures; et, pour un certain nombre de rois des dynasties antérieures à la XVTir, il nous est parvenu des monuments isolés dont l'intérêt est parfois augmenté par des dates.
Ce n'est pas tout : de semblables listes royales, moins étendues, se trouvent dans d'autres monuments publics, dans des temples du premier ordre, dans les palais de la vieille Tlièbes; et ces listes diverses, où le nom de îMénès, le fondateur de la monarchie égyptienne, est inscrit le premier de tous , non-seulement sont parfaitement identiques avec elles-mêmes et avec la grande Table d'Abydos, mais encore elles en complètent la lacune pour la XVr dynastie et le commencement de la XV'; et ces vénérables arcliives de ses antiques dynasties , l'Egypte les avait consacrées et accréditées a la fois , en les déposant dans les sanctuaires des dieux, et en leur donnant une publicité facilement contrôlée par les monuments nombreux qui ornaient
toutes les cités, et même de moindres lieux de l'Égypte et de la Nubie égyptienne.
Les éléments de la chronologie égyptienne se retrouvent donc revêtus d'une évidente authenticité dans les listes de la Vieille Chronique, dans les Listes de IVIanéthon , dans ses manuscrits de tout ordre et d'époques diverses, le Canon royal sur papyrus du musée de Turin, la Table royale d'Abydos, les tables analogues de Carnak iét des tombeaux de la Thébaïde; dans les dates nombreuses qui se lisent sur les stèles, les temples, les palais, sur les monuments isoles de tout ordre et en toute matière: et tous ces éléments, infiniment variés d'époque et d'objet, concourent unanimement à composer, à démontrer et à confirmer un seul et même système chronologique pour l'histoire de l'antique Egypte; système qui consiste dans la listé de ses rois rangés dans une série de dynasties successives, entre lesquellesse partage inégalement, mais d'après un même principe, et par des computs naturels, par des calculs uniformément employés dans les annales vraies de tous les peuples connus , toute la durée de celles de l'empire égyptien, depuis sa fondation jusqu'à son abaissement au rang de simple province romaine.
Avec une telle abondance de documents, on appelait avec ardeur la lumière qui devait éclairer et révéler la durée et les périodes successives des temps qu'ils embrassent; il fallait surtout y découvrir des synchronismes certains avec les annales des peuples qui existèrent en même temps, et, par cet accord, fortifier la confiance dans les annales de l'Égypte et celles de ses contemporains.
Les deux points extrêmes de cette immense échelle des temps historiques étant connus, et celui qui est le plus près de nous avec une pleine certitude, dès lors l'appréciation des temps intermédiaires n'était plus une insoluble difficulté; et, en plaçant la durée des dynasties antérieures'à celle des Perses au-dessus de l'an 525 avant l ere chrétienne, époque précise de l'invasion
EGYPTE
de l'Égypte par Canibyse qui fut le chef de cette dynastie, on trouvait la place successive de toutes les dynasties antérieures à ce conquérant, et, par suite de ces premières données, la place de ciiacun des rois de chacune de ces dynasties. Mais, pour réaliser ce précieux résultat, on devait désirer aussi, comme moyen de critique et de comparaison, quelques faits d'une certitude évidente et intime , qui se placeraient comme des jalons lumineux dans ce long espace d'années, pour diriger et raffermir en même temps la curiosité et les recherches de l'historien. Ces jalons n'ont pas manqué à ses justes désirs; le mathématicien ïhéon en a laissé un fort évident, en un livre de ses commentaires sur l'Almageste de Ptolémée : il résulte, en effet, d'un passage plusieurs fois publié, que le renouvellement d'une période sothiaque s'opéra sous le règne d'un roi que Tliéon nomme Ménopin'és , et que ce renouvellement fut celui qui arriva l'an 1322 avant fère chrétienne; or, dans les listes des rois d'Égypte, dressées, d'après Manéthon, sur les données qui précèdent, le règne A\4ménoplus, troisième roi de la XIX" dynastie, renferme en effet dans sa durée cette même année 1322.
Pour une époque moins ancienne, la Bible rapporte qu'un roi d'Égypte, qu'elle nomme Schéchôk, attaqua et prit Jérusalem d'oîi il enleva les boucliers d'or de Salomon, et que cela arriva dans la cinquième année du règne de Roboam : or, on voit parmi les sculptures du palais de Karnac à Thèhes, la représentation des conquêtes du pharaon Schéehonk ( le Sesonchis des listes de Manéthon), dans des contrées diverses , limitrophes de l'Égypte ; il conduit aux pieds de la trimlé de Thèbes les chefsdes nations qu'il a vaincues; parmi eux est figuré le royaume de Juda, peut-être Roboam "luimême (voy. pl. 76) : et, notre liste chronologique des rois d'Égypte nous montre le pharaon Schéehonk régnant à l'époque même où les listes de la chronologie sacrée ont inscrit Pioboam ; nouveau synchronisme, dont la crili-
18' Livraison. (Egypte.)
que la moins crédule ne peut rejeter l'imposante autorité.
Si l'on remonte aux temps de la XVIir dynastie, on la voit s'établir après l'expulsion des Pasteurs qui composèrent la XV ir, conquérants étrangers, Scythes très-vraisemblablement, qui détruisirent tant qu'ils le purent l'ordre politique auquel l'Égypte devait déjà des siècles de prospérité, régnant par la force, réunis en liordes farouches, ignorantes de toute culture, incapables de tout ordre, et vrais fléaux de toute civilisation. Venus par l'Est, ils se rendi.rent maîtres de la basse Égypte et de l'Égypte moyenne; ils s'établirent dans une ville tortillée non>mée Aouaris , et se donnèrent un chef qui eut cinq successeurs; le troisième se nommait Apophis. C'est de ce chef, disent unanimement les chroniqueurs chrétiens, que Joseph, fils de Jacob, fut le premier ministre; et Joseph, en effet, élève de la civilisation particulière aux tribus arabes, devait paraître un habile administrateur aux yeux d'un chef de hordes qui n'étaient pas même parvenues à la sociabilité de l'état pastoral; etoe n'était que sous un tel chef en Égypte qu'on pouvait trouver un pareil ministre.
Or, dans notre tableau des dynasties de Manéthon, la XVr, contemporaine d'Abraham, et la XVIP, qui fut celle des Pasteurs dont Joseph fut un des ministres, sont en parfaite concordance avec ce que la chronologie sacrée rapporte encore des deux patriarches, et avec l'époque de la XVIir dynastie pharaonique, dont la restauration est assez clairement indiquée par ces mots de la Bible : Et tune surrexitrea: novus qui ignorabat Joseph.
Il est vrai qu'il existe contre ces résultats une objection grave par ellemême et par l'autorité du savant qui la produit ; la voici : Les Pasteurs détruisirent tous les monuments de la civilisation et des arts de l'Égypte, dans la basse Égypte surtout, leur séjour habituel; il est certain aussi que les monuments antérieurs à la XVIII* dynastie, subsistants à leur place, sont d'une extrême rareté; cependant on
L'UNIVERS
voit encore à Héliopolis, sur son piédestal , un obélisque qui porte le nom tiu roi Osostasen 1'"'^, l'un des princes de la XVI' dynastie (p/. 74); et puisque ce monument est encore sur pied , on peut en conclure que l'invasion des Pasteurs fut antérieure à cette XVF dynastie. On trouve, en effet, un ancien texte qui paraît rapporter cette invasion aux temps de la XV' dynastie. Mais il est à observer que les meilleurs critiques s'accordent unanimement à considérer la dynastie des Pasteurs comme contemporaine de la XVir des Pharaons ; que l'obélisque d'IIéliopolisestleseul monument entier de cette XVr dynastie, qui subsiste encore; qu'on n'en trouve en Égypte que très-peu de la XVIP; et que, pour expliquer cette circonstance absolument unique, cette objection unique aussi, tirée (le robélisqued'Heliopolis, il suffira de penser que cet obélisque, renversé d'anord, et conservé dans les ruines de la ville où il fut primitivement érii^é, a lléiiopolis ou toute autre, fut ensuite réédilie à Heliopolis , après le rétablissement de l'ancienne autorité en Éiiypte. C'est ainsi qu'on voit encore à ^Alexandrie, ville toute s'"ccque, un obélisque qui avait été exécuté dans une ville toute égyptienne, au nom du roi IMoeris , antérieur de douze siècles à Alexandre, et cet obélisque ne put être élevé à Alexandrie, où il est aujourd'iiin' placé, que dans des temps bien postérieurs.
Un autre fait d'une haute autorité |ieut aussi corroborer notre opinion:
c'est l'existence, comme simples matériaux, dans les ruines des monuments actuels de Thèbes élevés par des rois de la XVIir dynastie, de débris sculptés provenant des édifices de la XVI' dynastie et des dynasties antérieures, que détruisirent ces mêmes Pasteurs.
Les six rois de celte origine sont inscrits dans la XVII' dynastie; mais il exista synchroniquement une XVir dynastie (ie Pharaons qui s'étaient retirés en haute Égypte et *"ers les côtes de la nier Rouge, fuyant devant les dé|)rédations commises par ces étrangers, maîtres de Memphis. L'histoire écrite
mentionne ces ravages des Pasteurs et leur durée; l'histoire écrite mentionne aussi les Pharaons contemporains, et un certain nombre de monuments encore existants prouvent invinciblement le succès de leurs efforts pour maintenir, sur un point quelconque du sol égyptien , l'antique autorité et les antiques institutions nationales. Ces monuments portent des dates, et nous instruisent de la durée du règne de quelques-uns de ces Pharaons. Ils n'élevèrent pas des édifices aux dieux de l'Égypte, à Thèbes ni ailleurs, parce que des étrangers avaient envahi la basse et la moyenne Kgypte ; que toutes les ressources de ces Pharaons étaient tournées vers l'expulsion de ces barbares : il faut donc laisser à la XVIT dynastie les Pasteurs, qui ne furent définitivement chassés que par le premier roi de la XVIIP. (;e triomphe mémorable est fixé, par l'autorité des meilleurs documents, vers l'an 1822 avant l'ère chrétienne, et cette date est comme un jalon intermédiaire auquel on peut avec certitude rapporter les dates antérieures et les dates postérieures de l'histoire de l'Égypte; elleest comme la clef de sa chronologie, et le point initial ou médiat d'une échelle sur laquelle se placeront comme d'euxmêmes tous les événements connus et à connaître des annales égyptiennes.
On ne saurait raisonnablement exiger plus de certitudes, et il serait à désirer, pour celles de l'histoire ancienne en général, et même pour les annales des premiers siècles des temps modernes, qu'une égale réunion de documents authentiques vînt jeter de semblables lumières sur leurs trop nombreuses obscurités.
L'ancienne Égypte jouira donc, à juste titre, des avantages qu'elle attendait de l'attention religieuse avec laquelle elle faisait recueillir les faits importants de son histoire, du zèle éclairé et persévérant de ses annalistes à inscrire ces faits dans les registres deposés aux archives des temples, à les graver sur les édifices publics. Les savants de la Grèce virent tous ces documents historiques; Manethon les coin-
ÉGYPTE
puisa, les traduisit en langue grecque.
De ces mêmes documents, quelquesuns subsistent encore, et nous les avons aussi étudiés et traduits dans les idiomes modernes. Une foule de monuments isolés corroborent de leur naïf témoignage les témoignages de ces mêmes monuments publics : la chronologie des temps historiques de l'Égypte est donc fondée sur des certitudes , et nous venons d'en résumer ici l'exposé très-conséquent. Nous pouvons donc , dès à présent, essayer de présenter, dressé dans l'ordre même des temps, un tableau sommaire, un précis historique des événements politiques ou militaires, de l'état des principales institutions publiques , de l'origine et de l'époque des plus remarquables productions des arts en Egypte, depuis les temps les plus anciens jusqu'à la (in de la domination romaine en Orient. Tel sera le sujet du paragraphe suivant de cet ouvrage.
S XX. Pni'CIS HISTORIQUE.
On a exposé sommairement, dans les paragraphes qui précèdent celui-ci, les opinions et les usages de la nation égyptienne en ce qui concerne ses principales institutions; ce qu'elle pensa de ses origines , de son antiquité , et lie la terre qu'elle habita ; de Dieu, et comment elle l'adora ; de l'univers, et comment elle le connut ; d'elle-même, enfin, et comment elle s'organisa, se nourrit, s'habilla, régla sa police et ses lois, donna des préceptes etdestypesaux arts divers qu'elle cultiva ; comment elle les appropria au culte des dieux, ù l'ornement des cités, à tous les établissements d'utilité publique, tels que les veut une civilisation successivement perfectionnée par les conseils d'une longue expérience, et par les méditations habituelles de ce peuple sage , réfléchi, moral et laborieux. On a également essayé de donner une idée précise et complète de la littérature de l'ancienne Egypte, de l'origine et de la constitution de sa langue, de celle de son écriture, agent général de la pensée partout où cet art fut connu. Il nous reste,
pour compléter celte faible esquisse d'un si grand sujet , à retracer un précis historique des principaux événements , intérieurs et extérieurs , qui iigurent dans les annales égyptiennes , durant l'intervalle borné entre l'invasion de l'Égypte par les Arabes , sous la conduited'Omar second , successeur de Mahomet leur prophète, et les plus anciennes époques mentionnées pour l'Égypte dans les ouvrages des hommes.
Pour la première fois on trouvera dans ce précis le résumé des témoignages que renferment et les écrits authentiques qui nous sont restésde l'antiquité classique, et les monuments égyptiens encore subsistants, revêtus âe cette inaltérable autorité que les siècles ont consacrée , et que leur étude impartiale confirme de plus en plus. Ces monuments publics, temples ou palais, ontexcité au plus haut degré l'admiration de tous les hommes qui les ont vus; ils sont couverts sur toutes leurs parois de tableaux sculptés et d'inscriptions retraçant en un grave langage les traits divers de l'histoire des rois (jui les élevèrent aux dieux ou les édifièrent pour y faire leur demeure; et ces sculptures contiennent une foule de îioms et de dates. D'autres ouvrages moins considérables, également authentiques, originaux, non moins digues de l'attentive confiance de l'historien, ajoutent à cette première série de données, d'autres renseignements égaux en nombre comme en autorité, et les uns et les autres concourent à constituer cet ensemble de notions historiques qui donnent aux annales d'un peuple toute leur valeur, eu y répandant à la fois la lumière et la certitude. Celles de l'Égypte en retireront inévitablement cet avantage; et pour une grande partie de ces annales, ces mêmes monuments se trouvent en un accord trop constant avec les listes chronologiques des dynasties égyptiennes de Manéthon , pour que l'on veuille, pour que l'on puisse séparer ou isoler des témoignages d'un tel ordre ; car nous croyons a la véracité de ces listes d'hommes, comme à l'autorité des autres monuments qui n'ont rien non plus de sur-
is.
L'UNIVERS
humain. Le lecteur sait donc déjà que nous prendrons pour guides dans ce précis historique les listes de Manéthon et les monuments originaux.
Pour un long intervalle de temps ils se corrohorent réciproquement; quand on s'enfonce plus avant dans les anciennes époques, Manéthon est seul, car la barbarie a aussi ses antiquités dans l'histoire de ses oeuvres ; mais nous recueillerons religieusement tous les indices que pourront fournir, pour les anciens temps , les monuments de fout âge , même les plus modestes.
Diodore de Sicile a tracé en quelques lignes un résumé assez exact de l'histoire générale de l'Égypte, et il est remarquable que ce résumé peut , à quelques différences numériques près, convenir à notre propre travail, à nos propres idées, conune si Diodore avait acquis par son voyage en Égypte la science ou la conviction de la concordance des monuments avec Manéthon.
Rt conune pour prévenir toute méprise à ce sujet, Diodore a exactement séparé la cosmogonie des Égyptiens , dans laquelle figurent leurs dieux et leurs héros, de leurs annales qui ne s'occupent que des hommes , en un mot, leur mythologie de leur histoire.
Il s'exprime ainsi ( liv. I, 2' partie, chap. 44) : « Suivant leur mythologie, quelques Égyptiens prétendent qu'en premier lieu, les dieux et les héros régnèrent en Égypte pendant un espace de temps qu'ils n'estiment pas beaucoup au-dessous de dix-huit mille ans, et que le dernier des dieux qui fut roi est Horus, fils d'Isis.
« Depuis, le pavs a été gouverné par deshommesqui régnèrent un peu moins de cinq mille ans, jusqu'à la 180' olympiade ( 60 ans avant l'ère chrétienne ). Parmi cette longue série de souverains, dont le plus grand nombre était indigène, l'on en trouve à peine quelquesuns d'origine éthiopienne , perse ou macédonienne, et l'on compte seulement quatre rois éthiopiens qui n'ont j)as même régné de suite, mais de loin a loin, un peu moins de 30 ans. Depuis Cambysc, qui soumit par les ar- Mes la nation égyptiemip, les Perses
régnèrent sur elle 135 ans, auxquels il faut ajouter le temps des diverses révoltes des Égyptiens, qui ne purent tolérer ni l.-'." lureté des gouverneurs établis par les rois de Perse, ni l'impiété que les conauérants manifestaient envers les dieux du pays ; enfin , les Macédoniens tinrent le sceptre en Égypte pendant 270 ans. Dans tout le resté du temps, le pays n eut pour souverains que des rois indigènes : l'on en compte 470 et 5 reines. Les prêtres conservaient dans des livres sacrés , qu'ils transmettaient à leurs successeurs, les annales historiques de tous ces rois , en remontant jusqu'aux époques les plus reculées. On y trouvait consigné quelle avait été la puissance de chacun de ces souverains, quel était son caractère, ce qu'il avait fait pendant la durée de son règne ; mais pour nous, ajoute Diodore de Sicile, il serait superflu et trop long de donner des uns et des autres une histoire séparée qui embrasserait nécessairement une foule d'objets inutiles : nous essayerons donc seulement d'exposer en abrégé les faits principaux et dignes d'être conservés dans la mémoire des hommes. «
Cette dernière réflexion de Diodore ne peut manquer d'exciter quelques regrets ; malheureusement on n'en est plus; de notre temps, en ce qui concerne les annales de l'antique Égypte, à la nécessité d'abréger, car nonseulement l'ensemble des documents connus jusqu'à ce jour ne contient rien de superflu ni de trop long; il y reste au contraire d'immenses lacunes, et les écrivains modernes en sont réduits aux abrégés d'Hérodote, de Manéthon, de Diodore, aux abrégés même des monuments, puisqu'ils sont tous ou mutilés ou détruits.
Parmi les documents historiques, le tableau des dynasties égyptiennes est celui qui nous reste le |)lus entier, du moins par rapport au système général qui présida à sa rédaction. Cette liste, par les noms des rois qui s'y succèdent dans l'ordre du temps, et par l'indication du nombre des années du règne de chaque prince ou de chaque dynastie, forme une véritable échelle chrbuologi-
itGYPTE.
uc sur laquelle les noms et les faits ont 'avance leur place marquée : suivons *e (il conducteur dans l'ensemble des temps et des événements que nous entreprenons de raconter.
« Après le règne des demi-dieux, dit Wanétiion, et celui des Mânes, vint la première dynastie, composée de huit rois qui régnèrent ensemble pendant 252 ans. Menés fut le premier de ces rois : il était originaire de This ; il porta les armes égyptiennes dans les pays étrangers et se rendit illustre; il fut enlevé par un hippopotame, après un règne de 62 ans. »
Ménès, chef de la caste militaire, opéra heureusement la révolution qui substitua le gouvernement civil à la théocratie; il fut revêtu le premier du titre de roi ; et de ce nouvel ordre de choses , sortit le gouvernement royal héréditaire. Quoique occupé de conquêtes au dehors par la guerre, Ménès ( ou plutôt MÉNEÏ d'après les monuments ) ne négligea pas les établissements delà paix. Il jeta les fondements de Memphis, prévoyant avec raison que la grande Thèbes, ville toute sacerdotale, pourrait demeurer sous des influences plus puissantes que celles du gouvernement nouveau. Il fortifia et garantit la nouvelle ville par des chaussées, redressa le coude du Nil pour le porter plus au midi, fit creuser un lac pour la défendre au nord , et éleva le temple de Phtha, édifice célèbre à toutes les époques de la monarchie égyptienne. Sous son règne, le luxe, jusque-là réservé pour les demeures et le culte des dieux, s'introduisit dans les habitations et les usages des hommes; moyen d'un effet puissant pour adoucir les moeurs de la nation , exciter son génie, la fortifier et l'enrichir; circonstance toutefois qui nuisit à la mémoire de Ménès dans l'estime de la postérité.
Les monuments ont cependant conservé le nom du fondateur de la monarchie égyptienne, et c'est à ce titre qu'il se trouve inscrit le premier dans les listes royales qu'on voit gravées dans divers temples de l'Égypte encore subsistants. Ménès est le premier nom
de la table royale du Memnonium de Thèbes , table sculptée dans ce temple durant le règne de Sésostris; imitant en cela tant d'autres rois égyptiens qui , pour honorer leurs ancêtres par un culte on des offrandes, rappelaient d'abord dans ces tableaux historiques leurs plus proches aïeux, et inscrivaient toujours Ménès en tête de ces listes , plus ou moins nombreuses, de leurs pères et prédécesseurs. La table royale sculptée dans la chambre des rois du palais de Karnac à Thèbes, ne renferme pas moins de 60 figures de rois égyptiens, accompagnées de leurs noms ; ils reçoivent les offrandes et les adorations de Thouthmosis III (Mœris), leur successeur vers l'an 1700 avant l'ère chrétienne. Enfin, le célèbre canon chronologique des dynasties égyptiennes, écrit sur papyrus en caractères hiératiques, composé vers le XV" siècle avant notre ère, et appartenant au musée de Turin , s'ouvre par le nom même du roi Ménès , en ces termes : Stn Mnei nphr nnecooufniou.... Le roi Ménès exerça les attributions royales. ... années. ( !\kinuscrits de ChampoUion le jeune. )
A Ménès succéda son fils Athothis ( Athôth ) , qui fit bâtir le palais des rois à Memphis, cultiva les sciences physiques, écrivit un ouvrage d'anatomie, et mourut après 27 ans de règne.
L'histoire ne mentionne pas de ce prince d'autre action mémorable. Six autres lui succédèrent de père en fils : Cencènes, qui régna 31 ans; Ouanéphis, dont le règne dura 42 ans, et fut marqué par une famine qui désola l'Egypte; Ousaphès et Niébaïs, qui occupèrent le trône sans lustre et sans gloire, s'il faut en juger par le silence des historiens, le premier pendant 20 ans, le second pendant 26 ; Mempsès (ou Simempsis), qui régna 18 ans, période féconde en grands crimes, et pendant laquelle une peste cruelle ravagea l'Égypte ; enfin, Oubienthis ou Vibithis qui régna 26 ans, et fut le dernier des rois de la première dynastie.
La seconde fut composée de neuf princes, d'origine thinite - thébaine , comme ceux de la première, et elle régna en Egypte pendant 297 ans. Le
L'UNIVERS
premier de ses rois porta le nom de Bôchos, et régna 38 ans. Durant ce règne, un gouffre s'ouvrit auprès de Bubaste,et occasionna la mort de plusieurs personnes. A Bôchos succéda Clioùs,qui régna 39 ans et régla le culte des trois animaux sacrés, Apis à Memphis, Menévis à Héliopolis, et le bouc à Mendès.
Biophis, qui régna 47 ans, fut le troisième roi de la seconde dynastie.
C'est à lui que l'histoire fait honneur d'une loi nouvelle en Égypte , celle qui appela les femmes à la succession de l'autorité royale ; institution fondamentale, propre à tout État où la loi est toute-puissante, le pouvoir pondéré par l'influence des castes ou les privilèges des corps politiques, et que l'Égypte conserva jusqu'aux derniers moments de son existence sociale.
L'histoire nomme à peine les trois successeurs de Biophis, Tlas, Sethinès , Chœrès ; elle se horne à dire qu'ils ne firent rien de remarquable; jugement dont le laconisme augmente encore la sévérité.
Après eux, Népherchércs régna 25 ans; et si la tradition recueillie dans les annales publiques ne cache pas quelque allusion, il faudra croire que pendant onze jours les eaux du Nil furent mêlées de miel.
Le règne suivant , celui de Sésochris , qui dura 48 ans, fut marqué par un autre prodige : le roi était d'une corpulence extraordinaire; il avait cinq coudées de haut (2 mètres et demi) et trois coudées de large. Son successeur se nomma Chénérès ; ce nom est tout ce qui nous reste de son histoire. 11 fut le dernier roi de la II" dynastie.
La troisième dynastie fut originaire de Memphis ; composée de huit rois , elle occupa le trône pendant 197 ans.
Néchcrophès en ouvre la liste , et on attribue 28 ans a son règne. Il fut troublé par la guerre ; les Libyens attaquèrent l'Égypte ; mais, effrayés par une grandeur en apparence extraordinaire de la lune, ils se soumirent d'eux-mêmes et rentrèrent dans l'ordre. Néchérophès eut pour successeur Sésorthos , qui régna 29 ans; il fut
très-habile en piédecine, et c'est pour cela que les Égyptiens le considérèrent comme leur Esculape. On lui attribue aussi l'art de tailler les pierres pour la construction des édifices ; tradition incomplète sans doute, puisque Thèbes et Memphis existaient avant le règne de Sésorthos ; et c'est peut-être plus légitimement qu'on pourrait lui faire honneur de l'application de la scie à la coupe des pierres employées dans les édifices , la figure de ce précieux instrument existant sans nul doute sur les plus anciens monuments de l'Égypte. Ce fut enfin ce même roi , disent les chroniques , qui s'appliqua à donner aux signes de l'écriture des formes exactes et élégantes; contribuant ainsi par ses propres études à perfectionner les institutions publiques, à faciliter dans sa patrie le progrès de la civilisation.
Les six successeurs de Sésorthos sont nommés dans les annales égyptiennes ; mais ils régnèrent sans éclat r Tyris 7 ans, Mésochris 17 ans, Sôuphis 16 ans, Tosertasis 19 ans, Achès et Séphuris 72 ans à tous deux , et Kerphérès 20 ans.
Ce fut cependant par des rois de cette dynastie que furent bâties les pyramides de Sakkarah et de Dahschour; elles sont pour nous les plus anciens monuments sortis de la main des hommes, dans le monde connu.
La quatrième dynastie fut remarquable par le nombre des princes qui la composèrent et la longue durée de leurs règnes. Originaire de Memphis, elle fournit dix-sept rois qui occupèrent le trône pendant 448 ans.
Le premier de cette liste fut nommé Souphi.Il est mentionnédans les annales égyptiennes comme un prince impie et orgueilleux; revenu toutefois au sentiment de ses devoirs, il écrivit sur les choses sacrées un livre que les Égyptiens eurent en grande estime. Après un règne de 03 ans, il eut pour premier successeur Sensaouphi, qui régna aussi 66 ans, et après celui-ci, Manchérès, dont le règne fut encore de 63 ans. On nonmie aussi Sôris, Ratoeses ^ Bichères » Seberchères et
EGYPTE
Tamphtis, parmi les successeurs de ces trois princes; mais il y a de l incertitude sur la vérité de ces noms , sur leur ordre de succession; et ces incertitudes naissent du silence des abréviateurs de Manéthon, dont un seul a mentionné ces cinq derniers noms dans la liste abrégée de cette quatrième dynastie.
Les pyramides de Ghizé furent édifiées par les trois premiers rois de cette dynastie, et leur servirent de tombeau. Autour de ces immenses monuments s'élèvent d'autres pyramides de moindres proportions , et des tombeaux construits en grandes pierres, qui ont servi de sépulture aux princes de la famille de ces anciens rois.
Il y a peu de distance entre les pyramides de Sakkarah au nord et celles de Ghizé au sud , et elle est occupée par le désert.
A Sakkarah est l'antique cimetière de iMemphis, appelé la Plaine des momies, parsemée de pyramides et de tombeaux. Son aspect est aujourd'hui triste et afiligeaiit. La rapacité des fouilleurs y a répandu la dévastation; les tombeaux ornés de sculptures sont ravagés ; le sol est couvert de monticules de sable produits par les bouleversements, et il est tout parsemé d'ossements humains à découvert , blanchis par le temps , restes des plus vieilles générations.
A Ghizé, sont les pyramides les plus célèbres par leurs masses ; ces merveilles ont besoin d'être étudiées de près pour être bien appréciées; elles semblent diminuer de hauteur à mesure qu'on en approche, et ce n'est qu'en touchant les blocs de pierre dont elles sont formées, qu'on acquiert une idée juste de leur masse et de leur immensité.
Ici le lecteur doit attendre la description des pyramides; nous ne parlerons toutefois que de la plus grande, de celle de Ghizé, celle de toutes qui a été la plus étudiée et qui est la plus connue.
Notre planche 10 donne l'aspect général des pyramides des environs de Memphis , entre la rive gauche du Nil
et la chaîne libyque, et du sphinx, qui s'élève au-dessus du sol de la même plaine. Dans la planche 39 , ces pyramides surgissent à l'horizon au milieu des palmiers, des Turcs et des ruines de l'antique capitale ; la planche GO offre la véritable physionomie de la grande pyramide et du sphinx qui l'avoisine. Ènlin l'entrée et l'intérieur de cette même pyramide sont géométriquen)ent figurés sur notre planche 75. Quekiues mots encore , consacrés à sa description , feront connaître complètement ce merveilleux monument.
La première assise de pierre repose sur le rocher même qui forme la plaine , et cette assise y est placée dans une ligne parfaitement dressée et creusée verticalement de sept à huit pouces. Au-dessous de cette première assise encastrée , le rocher est taillé en socle régulier, ayant cinq pieds huit pouces et demi de hauteur. Le rocher qui fournit le socle, est naturellement élevé de près de cent pieds au-dessus des plus grandes eaux du Nil . et il forme un solide dont on n'a pas trouvé la base à deux cents pieds de profondeur. A sa surface, c'est un désert privé de toute espèce de végétation :
l'homme ne s'y manifeste que par ses ossements impitoyablement exhumés de leurs tombeaux.
Au-dessus de la première assise encastrée , on en compte deux cent deux autres placées successivement en retraite, la supérieure sur l'inférieure, d'environ neuf pouces et demi par pied d'élévation , mesure moyenne, et formant autant de gradins. Ces deux cent trois gradins , au-dessus du socle qui les porte, donnent à la pyramide pour hauteur verticale quatre cent vingt-huit pieds trois pouces et quelques lignes (139 mètres 117 millim.); mais, dans l'état actuel du monument, on voit que deux assises au moins ont été abattues à son sommet : en tenant compte de cette destruction et du socle pris dans le rocher, la hauteur totale et primitive de la grande pyramide devait être de quatre cent cinquante pieds moins quelques pouces ;
L'UNIVERS
c'est plus de deux fois la hauteur des tours de l'église Notre-Dame de Paris.
La base du monument a été mesurée à la ligne d'encastrement de la première assise, et elle a été reconnue longue de sept cent seize pieds et demi (232 mètres 747 millimètres) : il en resuite un volume d'un million quatre cent quarante-quatre mille six cent soixante-quatre toises cubes, en ne tenant pas compte des vides peu considérables qui existent dans l'intérieur.
Les matériaux d'une si colossale construction furent tirés des carrières de Tliorrali , sur la rive droite du Nil , précisément en face de Memphis. Ces carrières de calcaire blanc furent exploitées du temps des Pharaons, des Perses , des Ptolémées , des Romains et des Arabes ; de nombreuses inscriptions tracées durant ces époques diverses en rendent encore témoignage : les derniers voyageurs français en Egypte y ont découvert les noms d'Auguste," de Ptolémée, d'Achoris; et deux stèles sculptées dans les deux carrières les plus vastes de toutes , leur ont appris que ces deux carrières furent ouvertes en l'année 22 du règne d'Amosis, le Pharaon prédécesseur de la dix-buitieme dynastie, et que les matériaux qui en furent extraits furent employés à la réparation des temples d'Apis, Phtha et Ammon à Memphis. En examinant les pierres du parement des galeries et de la chambre inférieure de la pyramide, on est aussitôt convaincu que ces pierres ont été en effet tirées des carrières de Thorrah et de Messarah , dans la petite chaîne arabique nommée aujourd'hui le Mokattam.
L'emploi de ces matériaux est remarquable en ce qu'on reconnaît sans p.eine qu"il est difficile d'appareiller avec plus d'exactitude, d'établir des lignes plus droites , et des joints plus parl'aits que ceux que présente la construction intérieure de la grande pyrainide. Chaque pierre des quatre arêtes est incrustée dans suivante; la pierre inférieure, creusée de deux pouces , reçoit une saillie égale de la pierre supérieure , et chaque arête est
ainsi liée de toute sa hauteur : aussi n'a-t-on remarqué sur aucun point ni le plus léger écart ni la moindre dégradation.
Selon des traditions d'époques diverses, la grande pyramide aurait été revêtue extérieurement de manière que les gradins étaient couverts par des pierres en forme de prisme triangulaire, qui remplissaient les vides de chaque degré, et la surface de chaque côté de la pyramide était ainsi un plan incliné. Tel a été le dire d'Hérodote et de plusieurs autres écrivains qui ont adopté son avis. Il paraît même que des fragments de granit de forme prismatique, trouvés auprès d une autre pyramide , servaient à appuyer cette opinion. Mais les difficultés et le défaut de solidité d'une telle construction, en ont fait rejeter l'idée par d'autres écrivains qui ont pensé que le revêtement extérieur de la grande pyramide consistait seulement dans l'emploi d'une pierre plus dure , plus égale, plus susceptible de recevoir un beau poli , que la pierre de la chaîne Libyque, dont on s'est servi pour l'intérieur du monument. Enfin , comme il a fallu niveler la plaine pour asseoir la pyramide, on pense aussi que le noyau du rocher , plus élevé en approchant du centre du monument, a seulement été coupé pour s'ajuster aux pierres du parement. Du reste , rien n'est plus variable que les renseignements sur les pyramides, qui sont consignés dans les écrits des anciens, soit sur leur origine, leur époque ou leur destination , soit sur la dépense qu'elles occasionnèrent et les motifs qui portèrent les rois à les élever. Les auteurs de ces écrits en ont rapporté tout ce qu'ils pouvaient dire d'un monument célèbre qui les frappait d'admiration quand ils le visitaient, mais dont ils ignoraient complètement l'histoire, et dont ils ne pouvaient apprendre de leur temps que les plus fabuleuses traditions. Les écrivains orientaux , venus après les Grecs et les Latins, n'ont fait qu'enchérir sur leurs douteuses assertions.
Nous n'entreprenons pas de les conci'
ÉGYI'ÏK.
lier ; nous ne consignons ici que des faits recueillis et authentiqués par le concours des plus exactes observnlions et des opinions les plus dignes de coi\- (iance.
La grande pyramide est exactement orientée, chacun de ses quatre angles fait face à l'im des quatre points cardinaux ; ce n'est encore aujourd'iiui qu'avec de grandes diflicultés qu'on réussirait à tracer une méridienne d'une aussi grande étendue sans dévier; et de cette orientation de la .grande pyramide on a tiré ce fait d'une liante importance pour l'histoire physique du globe : c'est que depuis plusieurs milliers d'années la position de l'axe terrestre n'a pas varié d'une manière sensible : et la grande pyramide est le seul monument sur la terre qui, par son antiquité, puisse fournir l'occasion d'une semblable observation.
La face nord-est de la grande pyramide est celle où se trouve son entrée actuelle, au niveau de la quinzième assise et à quarante-cinq pieds environ d'élévation au-dessus de la base. Le hasard la fait découvrir ; à l'époque où l'on a cherché à pénétrer dans la pyramide, l'enlèvement du parement aura mis à découvert une construction différente de tout le reste; c'était celle qui formait l'entrée de l'étroite galerie du canal incliné, exactement figuré sur notre planche 75; ce premier canal a douze toises trois pieds de longueur : il aboutit à un autre de mêmes proportions (trois pieds cinq pouces de haut et de large), mais ascendant et de cent deux pieds de longueur. Un gros bloc de granit le ferme exactement vers le coude de jonction des deux canaux, et il a fallu tourner cet obstacle en brisant les pierres
[ilus tendres qui forment le massif sur îi droite du canal, et parallèlement à sa direction. On entre ainsi dans le second canal ; à son extrémité on se trouve sur un palier , et on a à sa droite l'entrée d'un puits profond taillé dans le roc. Là aussi commence un canal horizontal, de dix-neuf toises et demie d'étendue. Il conduit à une chambre qu'on a nommée Chambre de la Reine,
qui a dix-sept pieds dix pouces de long sur seize pieds un pouce de large. Elle est vide.
Kn retournant à l'entrée du canal horizontal , on monte dans une nouvelle galerie, longue de cent vingtcinq pieds, et qui en a vingt-cinq de hauteur et six et demi de largeur. De chaque côté sont des banquettes de vingt et un pouces sur dix-neuf de large. Vingt-huit trous, de douze pouces sur six et demi de profondeur, ont été pratiqués sur chaque banquette. Huit assises de pierre en encorbellement forment les murs de cette galerie et donnent l'aspect d'une voûte à son plafond. A son extrémité on arrive sur un palier, de là dans un vestibule qui conduit à une ouverture de trois |)ieds trois pouces de large, sur trois pieds cinq pouces de haut, et sept pieds dix pouces de longueur; c'est l'entrée de la chambre supérieure nommée la Chambre du Pioi , entrée primitivement fermée et cachée par des blocs de pierre.
Celte chambre est entièrement construite en larges blocs de granit, parfaitement dressés et polis; voici ses dimensions :
Hauteur 18 pieds 0 pouce 5 lignes.
Largeur N. 32 2 8 S. 32 2 10 Largeur 0.16 1 5 E. 16 0 1
A l'extrémité ouest de la chambre , on voit le sarcophage, aussi en granit, de sept pieds un pouce de long sur trois pieds un pouce de large et trois pieds six pouces de haut : il est placé dans la ligne du nord au sud; son couvercle n'a i)as été vu. Un vide existe au-dessus de cette chambre sépulcrale:
il n'est élevé que de trois pieds; les pierres qui forment cette enceinte, également en granit , sont dressées sans être polies, et celles du plancher, qui est le revers du plafond de la chambre royale, sont brutes et d'une hauteur inégale; il résulte de ce vide un double plafond pour la chambre royale, projire à la préserver des effets de la surcharge supérieure.
Le puits, déjà indiqué à l'entrée
L'UNIVERS
de la galerie horizontale , est en grande f)artie creusé dans le rocher , dans des dimensions tellement étroites (vingtdeux pouces sur vingt-quatre), qu'un homme peut s'y accroupir mais non pas s'y courber ; c'est ce[)endant un travail de main d'homme , et à une grande profondeur qu'on a reconnue jus(]u'à deux cents pieds. Des entailles irregulières pratiquées dans les parois, rendent la descente moins pénible et moins périlleuse. On n'est point parvenu au fond, mais, dans la partie reconnue , on est descendu jusqu'à cin- (juante pieds au-dessous du niveau du Nil.
C'est dans la partie de la chaîne Lihyque qui s'avance à l'est vers la plaine, qu'existe la figure du sphinx ( Foir 7ioire planche GO) ; c'est dans une des faces de la coupure de la chaîne qu'il a été taillé; il adhère au sol ; et son élévation de quarante pieds au-dessus de ce sol, est le /e'wom et comme la mesure de la quantité de pierres enlevée à la superficie pour dresser cette partie de la plaine. La longueur-totale du sphinx monolithe est de trente-neuf mètres (cent dix-sept pieds); contour de la tête au front, vingt-sept mètres (quatre-vingt-un pieds); hauteur depuis le ventre jusqu'au sommet de la tête, dix-sept mètres (cinquante et un pieds). Une excavation de quelques pieds a été pratiquée sur la tête : elle servait à y fixer les ornements et la coiffure royale ou religieuse qui déterminaient l'expression symbolique de ce sphinx.
A cette description, dont l'exactitude fera peut-être excuser la monotonie, nous n'avons à ajouter que quelques observations critiques ou historiques , dans l'intention de fixer l'opinion du lecteur sur l'objet et l'époque de ces monuments immuables , destinés dès leur origine à frapper d'une admiration non interrompue toutes les générations d'hopimes qui devaient se succéder sur la terre, et à s'offrir à elles enveloppés d'énigmes, de grandeur et de souvenirs. Que le génie de l'homme veille religieusement à la conservation de ces ouvrages merveilleux : ce sont des témoignages de son existence, de
ses actions et de son antiquité , antérieurs à toutes les traditions de l'histoire, et aussi les titres les plus certains et les plus anciens que puisse invoquer le généalogiste des œuvres de l'intelligence humaine.
Depuis le vovage scientifique et militaire de l'armée française en Egypte, et la publication des observations recueillies sur ce pays, il s'est ouvert à la civilisation européenne, et de nouvelles recherches y ont été faites, qui compléteront celles que le commencement de ce siècle avait produites. Le sphinx des pyramides a été étudié; le sable qui l'encombrait momentanément détourné, et il a été reconnu que ses colossales dimensions avaient permis de pratiquer entre le haut de sesjambes antérieures et son cou , une entrée qu'indiquent d'abord les montants d'une porte ; elle conduisait à des galeries souterraines creusées dans le rocher sur une tres-grande distance, et enfin on se trouvait en communication avec la grande pyramide. Ceci expli querait i" ce que disaient les écrivains arabes , savoir : qu'il y avait plusieurs puits et galeries souterraines dépendants de la grande pyramide; 2" qu'il y avait dans la tète du sphinx une ouverture qm' menait à ces galeries et a la pyramide; enfin, on comprend pourquoi on ne pouvait entrer dans la pyramide par une porte extérieure, et comment les galeries indicjuées sur notre planche étaient extérieurement fermées par des blocs de granit.
La grande pyramide , comme toutes les autres qui subsistent dans la basse Egypte , était un tombeau- Le sarcophage royal occupait la chambre sépulcrale; la chambre inférieure pouvait être une chapelle destinée aux cérémonies périodiques ordonnées envers les dieux ou envers le défunt, et accomplies j>ar ses successeurs.
D'après les historiens arabes, on aurait autrefois recueilli unegrande quantité d'objets précieux dans cette pyramide , même beaucoup de monnaies d'or. Mais cette tradition est bien nouvelle pour mériter quelque confiance, et les Arabes sont de trop récente.
époque en Égypte pour avoir appris ce que ne sut aucun des anciens Grecs qui virent ce pays avec la plus attentive curiosité. Les Arabes, un seul excepté, Abdallatif, ont parlé si étourdiment, si merveilleusement des antiquités de l'Égypte, qu'il est difficile de leur accorder la moindre foi, si ce n'est quand de bons observateurs nous certifient que les faits énoncés sont vrais,quoique les Arabes les aient racontés. Il est certain qu'il ne reste dans la pyramide qu'un sarcophage en granit, sépulture ordinaire des rois.
Mais ce sarcophage n'est orné d'aucime figure, ne porte aucune inscription, et jamais on n'en a reconnu aucune trace sur aucune des parties de la pyramide. Hérodote raconte, cependant , que son interprète lui expliqua une inscription gravée sur une des faces de la pyramide, et qui contenait le compte des dépenses faites en raves et autres légumes pour les ouvriers qui avaient travaillé à la construction de ce monument; on disait aussi que cette inscription était tracée sur le revêtement de la pyramide, mais l'on a fait remarquer avec toute raison que le revêtement primitif, s'il fut contemporain du temps de la pyramide, put être postérieurement restauré, et aussi, que Je roi qui avait fait faire cet ouvrage (que ses contemporains ni la postérité ne lui pardonnèrent pas ) , n'avait aucun intérêt à braver la haine publique, en proclamant avec une ostentation sans bénéfice , ces détails d'une dépense qui l'avait rendu odieux universellement. Un fait domine toutes ces considérations ; il n'y a jamais eu un seul trait d'écriture dans la grande pyramide; le sarcophage en granit en est absolument dépourvu sur toutes ses faces extérieures et intérieures ; les plus anciens tombeaux de Thèbes , et tous les sarcophages qui s'y sont trouvés, ceiix-mêmes de personnages de conditions secondaires, en sont absolument couverts : l'antiquité des pyramides expliquera suffisamment cette différence. Il paraît donc qu'à l'époque où elles ont été élevées, l'usage de l'écriture n'était pas connu , que le sys-
tème graphique n'était pas constitué, enfin, qu'on ignorait encore l'art de « fixer la parole et de parler aux yeux. « Bien d'autres considérations tirées de faits de divers ordres appuieraient cette opinion assez généralement adoptée, qui nous montre, approximativement il est vrai, le temps oîicommençal'unedes plus grandes institutions de la civilisation égyptienne; et l'on doit inévitablement subordonner à cette observation tout ce qui peut être dit de l'invention et de l'usage de l'écriture chez Ips anciens Égyptiens ; on peut aussi ajouter qu'elle y était inconnue du temps du roi Souphi , le premier des dix-sept princes de la quatrième dynastie.
A quelle époque remonte donc ce règne mémorable par l'exécution de tels monuments .i" Réunissons ici quelques faits propres à éclaircir les doutes qui environnent la solution de cette question. Hérodote place le roi qui fit bâtir la grande pyramide, après un Sésostris , et au cinquième règne avant l'Éthiopien Sabaccon. Quant à Sésostris, on est enclin à croire que ce nom, ou celui de Sésoosis, fut porté par plusieurs princes célèbres pour leurs faits militaires , dans les annales de l'Égypte : et s'il s'agissait du Sésostris qui avait sur les monuments le nom de Rhamsès (III) , ce serait entre le milieu du XV siècle avant l'ère chrétienne, temps du règne de Sésostris, et le commencement du VHP siècle avant la même ère, époque du roi Sabaccon, qu'il faudrait placer la construction des pyramides. Une telle opinion n'aurait aucun fondement, et le déplacement évident des noms et de leurs époques relatives , dans le texte d'Hérodote qui cite quelques noms célèbres sans avoir l'intention de rapporter la liste complète et chronologique des dynasties égyptiennes, concourt à faire rejeter une telle indication. On peut appliquer la même considération à ce qu'a dit sur le même sujet un autre écrivain grec, Diodore de Sicile, car Champollion le jeune a découvert, dans le fossé même (le la seconde pyramide, près de l'angle et de face nord, le tombeau d'un officier de Sésostris ; de plus.
L'UINIVERS.
il est avéré qu'il se trouve sur le grand sphinx une inscription hiéroglyphicjue datée du règne de l'Iioutliniosis IV, qui précéda Sésostris de plus de deux cent cinquante années. On sait aussi qu'on a recueilli dans les tombeaux creusés dans le roc au voisinage des pyramides , des noms de rois qui ne se trouvent pas dans la série successive, et règne par règne, des dynasties égyptiennes, à commencer par le premier roi de la dix-septième dynastie , dont le règne remonte à un peu plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne. Il faut donc, sur l'antiquité des pyramides, suivre l'opinion des écrivains nationaux qui pouvaient être bien instruits pardes recherchesconsciencieusesdans Jes archives publiques, et laisser avec IManéthon, la grande pyramide de Ghizé dans le tableau des faits mémorables du premier roi de la W" dynastie.
Il paraît aussi que des tombeaux creusés peu de temps après, pour des parents ou des officiers des rois de cette époque, offrent déjà des preuves de la pratique de la peinture, car ces tombeaux en sont décorés; et aussi de récriture , car on y a recueilli des inscriptions. Enfin , une dernière observation nous est suggérée par les monuments, et elle nous semble trèsimportante : le nom de la ville de Memphis , écrit phonétiquement dans les textes hiéroglyphiques, et qui se prononçait Mamiopliré ou bien Mannoiifi, à pour caractère déterminatif spécial, la ii3,UTe à' \x\\& pyramide placée avant même le caractère déterminatif générique qui signifie ville ou contrée; on peut en induire que lorsque l'orthographedu nom vulgaire delà ville de Phtha,ou demeure de Phtha, nom sacré de Memphis, fut réglée, les pyramides voisines de cette ville existaient déjà, et qu'elles pourraient avoir précédé l'usage de l'écriture, au moins l'introduction de l'écriture alphabétique dans le système hiéroglyphique; et il n'existe pas de monument connu dans lequel on puisse remarquer l'absence de cette écriture alj)habétique. Dans un des plus anciens tombeaux de l'Égypte , creusé dans le roc au-dessous de la surface
du sol, au milieu des pyramides de Sakkara , mon frère a recueilli le cartouche-jjrénom d'un très- vieux roi dont il n'existe pas de mention dans les tables généalogiques qui remontent à l'invasion des Pasteurs; et à côté du cartouche-prénom, est placé le nom propre du même roi , écrit en caractères alphabétiques, et qui se WXOasé ou ylsso. Mais nous serions forcés d'étendre cet exposé au delà des bornes que nous devons lui imposer ici, s'il nous fallait énuniérer tous les motifs qui peuvent porter le lecteur à considérer, en toute conscience, les pyramides de Sakkara et de Ghizé, comme les plus anciens ouvrages sortis de la main des hommes, comme les plus anciens monuments de la terre , et antérieurs à toutes les autres preuves connues de l'antiquité des sciences, des efforts et des succès de l'intelligence humaine. Celles que la grande pyramide porte en soi , et que des hommes habiles ont développées sous les rapports astronomiques et géométriques , témoignent de l'avancement de la civilisation égyptienne, dans la pratique des arts les plus utiles aux hommes, à l'époque de l'établissement de la IV dynastie des rois héréditaires. Souphi en fut le vingt -sixième depuis Ménès.
Sensaouphi, son successeur, éleva aussi, pour lui servir de tombeau, une grande pyramide près de celle de Souphi ; INIaukherri , troisième roi , imita l'exemple de ses prédécesseurs. Les trois grandes pyramides de Ghizé sont les trois tombeaux de ces trois souverains; les deux plus récentes des trois ne paraissent pas avoir été ouvertes.
On compte depuis i\Iénès jusqu'à la fin de la IV dynastie, quarante-deux règnes et 1194 années.
Dès lors, Memphis perdit temporairement l'avantage de voir sur le trône d'Égypte des familles originaires de ses murs. La V dynastie sortit en etïet d'Éléphantine, île située aux frontières méridionales de l'Égypte vers l'Ethiopie.
Cette cinquième dynastie eut pour chef Ouserchérès , et l'on ignore par
ÉGYPTE
quelles circonstanrps il fut appelé à remplacer sur le trône d'Égypte riiéritier des deux familles menïphites qui venaient de l'occuper pendant plus de six siècles. On n'est pas plus instruit sur les événements de son règne, sur ses vices ou sur ses vertus ; on sait seulement qu'il régna 28 ans. Il eut huit successeurs qui régnèrent, savoir : Séplirès 13 ans, Néphercliérès 20 , Sisiris 7, Chérès 20, Rathouris 44, Menchérès 9 , Tancliérès 44 années aussi , et Onnos 33. La durée totale de la V dvnastie fut ainsi de 248 ans et de 9 régnes.
On a pu remarquer , dans la liste de ses rois, plusieurs noms terminés par les deux syllabes chérès ; il en est de même pour les princes de la dynastie précédente, et nous arrêterons un moment le lecteur sur cette particularité, a(in de l'informer en même temps qu'on trouve, parmi les plus anciens rois d'Égypte de la liste qui résulte du Canon chronologique fourni par le papyrus hiératique de Turin, plusieurs noms de ces vieux Pharaons terminés aussi par les mêmes syllabes chérès, des noms même absolument identiques avec ceux que les abréviateurs de Jlanéthon nous donnent comme appartenant à des rois de la IV et de la y dynastie : et une telle analogie peut un jour acquérir quelque poids dans l'ensemble des preuves pour l'histoire des premiers temps de la monarchie égyptienne. Du reste, l'examen attentif des monuments , et en particulier celui des cartouches -prénoms des rois, nous porte à croire, et par l'analogie des signes graphiques et par l'analogie d'expression qui en est la conséquence, qu'on s'attacha à multiplier ces rapports, pour un motif qui nous est inconnu , par respect peutêtre pour un ancêtre ou pour un grand roi; ce qui multiplia ainsi la désinence chérès, et les deux bras élevés en signe d'adoration, qui en sont le signe graphique dans les cartouches des rois des plus anciennes dynasties, et ensuite dans ceux de la XVP et de la XVII''.
On remarque de même dans les cartouches provenant des rois de la XVIIP, le signe du monde, le scarabée, six
fois adopté pour les prénoms royaux d'autant de princes qui se succédèrent dans cette même dynastie. Ce qui s'est passé dans les temps modernes fournirait des exemples analogues , de pratiques inspirées par des motifs humains ou religieux.
A la mort du dernier roi de la cinquième dynastie, une famille nouvelle parvint au trône : nous ignorons par quelle voie; mais on sait que la ville royale de Memphis récupéra son ancien privilège et le conserva pendant plusieurs siècles; la VP dynastie et les deux qui lui succédèrent furent en effet originaires de cette célèbre capitale.
Othoès fut le premier roi de la VI" dynastie ; il fut mis à mort par ses propres gardes ; voilà tout ce que l'on sait de sa vie. L'histoire écrite garde un silence non moins regrettable sur les quatre premiers successeurs d'Othoès : elle les nomme Phios, qui régna pendant 53 ans; Méthousoupliis, pendant 7 ans ; Phiôps, qui vécut jusqu'à l'âge de cent ans; et Mentliesouphis, qui n'occupa le trône que pendant une année.
C'est à ce roi que succéda la reine Kitocris, la femme la plus belle et la plus distinguée de son temps, la première aussi qui porta la couronne royale en Égypte, à la faveur de la loi par laquelle Biophis, roi de la IP dynastie, avait modifié en ce point les règles antérieuremeut établies.
L'histoire et la fable ont également célébré les actions de Kitocris; Hérodote apprit des prêtres égyptiens, que le frère de cette reine fut précipité du trône et égorgé par ses propres sujets. Un tel événement s'accorde avec la courte durée d'une année queManétiion donne au règne de Menthésouphis. Appelée à lui succéder, par la loi comme par le vœu public, Nitocris ne voulut cependant pas laisser sans châtiment les instigateurs du crime dont Menthésouphis venait d'être la victime. Occuj)ée à faire éleverdivers édifices publics, elle attira dans une galerie souterraine les coupables qu'elle voulait punir, et pendant les joies d'un repas que la reine leur
L'UNIVERS
avait fait servir, les eaux du Nil, conduites pariin canal inconnu, lesy noyèrent tous. Nitocris se fit aussi construire une pyramide pour lui servir de tombeau. Hérodote ajoute à son récit, que cette reine se donna la mort en se précipitant dans une chambre remplie de cendres, échappant ainsi à la vengeance des partisans de ses enneniis.
].a durée du règne de cette femme illustre est portée à 12 ans dans les listes de Manéthon. Sa figure était, selon les uns, d'une rougeur éclatante; selon d'autres, elle avait le teint jaune et les joues d'un rouge incarnat. VA si l'histoire écrite nous a transmis ce fait et cet éloge, c'est sans doute parce que cette rubicondité devait être un rare mérite et un avantage très-recherché dans un climat où la race blanche ([ui l'habitait se colorait constamment d'im rouge cuivré. Les monuments nous montrent sous cet aspect tout le nu des ligures d'hommes ; les figures de femmes sont en jaune, et cette couleur indique pour elles, par sa teinte plus douce, l'effet des voiles, des ombrelles et de la retraite, qui les exposaient moins aux effets de l'ardeur du climat. Il reste toujours que la reine Nitocris fut considérée par les Égyptiens connue la plus belle femme "de son époque.
Les séditions qui se passèrent à Memphis, etqui mirent fin à la YI' dynastie, après une durée de 203 ans, approchèrent du trône et y firent monter, après Nitocris , une autre famille memphite; elle fournit 5 rois qui ne régnèrent que 75 ans , et composèrent la VU" dynastie. On ne connaît pas même leurs noms; l'obscurité de leur vie royale est même très-ancieime, car les prêtres égyptiens, malgré leur piété envers leurs rois , dirent à Hérodote que les premiers successeurs de Nitocris ne firent d'ailleurs aucune entreprise remarquable.
Il parlait aussi sans doute de ceux qui, au nombre de cinq, formèrent la "VHP dynastie, également originaires de Memphis ; ils régnèrent cent ans en tout, et disparurent de la terre, inaperçus vraisemblablement, comme ils
le sontdans l'histoire, qui les mentionne tous les cinq en une seule ligne.
11 paraît que cette longue succession de rois fainéants pendant deux siècles compromit les plus grands intérêts de l'État, excita les craintes et le patriotisme des principales classes, et la.ssa la patience de toutes. L ne famille nouvelle, étrangère à Memphis, et venue du nome deHnès, dans l'Égypte moyenne, le nome Héracléopolite des Grecs, monta sur le trône, et donna 4 rois qui régnèrent cent ans. Le portrait que Manéthon a tracé du premier de ces princes (IX*" dynastie) nous donne l'idée d'un homme capable de se faire roi par son courage et par son caractère : il se nommait Achthoès; mais, parvenu au trône, il se livra à ses inclinations violentes , tyrannisa ses sujets, et surpassa tous ses prédécesseurs qui s'étaient lait un renom de cruauté; enfin, frappé de démence, il fut dévoré par un crocodile.
Une autre famille d'HéracléopoIis {*) occupa le trône après le troisième successeur d' Achthoès; elle forma la X*" dynastie, composée de 19 rois, qui régnèrent moinsdedixannéeschacun, 18.J ans seulement tous ensemble. Cette dernière donnée n'est point indigne d'attention, car elle révèle hautement de fréquents changements de règne, signes certains de désordres dans l'État ou de troubles dans la nation. Une famille nouvelle , et d'une autre origine , succéda en effet aux deux dynasties d'HéracléopoIis.
En résumant les indications numériques consignées jusqu'ici dans ce précis historique, on trouvera que ce tableau si succinct des dix premières dynasties égyptiennes, comprend 90 règnes successifs, qui embrassent un espace de 2105 années, ce qui donne un .terme moyen de 23 ans et quatre mois et demi pour chaque règne.
IMemphis fut pendant tout ce temps le séjour des familles royales , et cette ville, la capitale civile et militaire de (*) Dans le tableau qui est à la page 269, on a imprimé deux fois héliopolite, au lieu de hcracléopolite : le lecteur est supplie de s'en souvenir.
l'GYPTE.
Pempire, acquit successivement par la iminilicence des rois et le concours de la nation, une splendeur qui en fit l'émule et la rivale de Tlièbes toute sacerdotale. Des édifices tels que les pyranudes, accessoires funéraires de IVÏemphis, disent assez ce que devaient être, dans la même ville, les demeures royales, et celles des classes dominantes s'empressant d'imiter le souverain pour l'embellissement de la principale cité. Elle s'agrandit en même temps, et rivalisa sous ce rapport avec les plus grandes villes de notre Europe; quand elle fut ravagée parCambyse,sacirconférenceégalaitcelledeParis.Aprèsavoir brillé du plus vif éclat, la destinée de cette ville opulente fut de rester ensevelie et ignorée pendant une longue série de siècles : il y a à peine cinquante ans que l'Europe savante a retrouve les ossements de ce vaste colosse. Mais tandis que les ruines de ïhèbes inspirent encore l'enthousiasme et l'adnu'ration aux peuples et aux soldats , et que ses temples et ses palais s'élèvent très-haut au-dessus du sol et le dominent comme dans les plus anciens âges , les ruines de Memphis n'offrent plus , au contraire, que l'aspect d'une tombe violée et négligemment recouverte d'un peu déterre :
le sol est nu, brûlé, uni, et les monticules de débris qui y surgissent de place en place, y sont isolés de tout plan général, et n'en laissent deviner aucun , tant l'arrasement de cette capitale a élé profondément opéré par la barbarie. Il est vrai qu'elle eut à subir toutes les invasions venues de l'Asie; la position plus méridionale de Thèbes , la préserva de quelques conquérants. La fondation d'Alexandrie porta à Memphis le dernier coup ; le IN il a couvert les ruines de son limon , et le sable du désert les a ensuite ensevelies d'un double linceul. I\Iais, semblable à une de ces grandes images d'hommes qui nous viennent de l'antiquité , et que notre esprit admire et vénère à la fois , l'image de ÏMemphis, il y a six cents ans, inspirait encore ces mêmes sentiments aux Arabes qui les visitaient. Abdallatif, l'un des
meilleurs esprits de l'Orient moderne, homme doué de science et de bon sens, disait des ruines de Memphis, ajjrès les avoir vues : « Malgré l'innnense étendue de cette ville et" la haute antiquité à laquelle elle remonte, nonobstant toutes les vicissitudes des divers gouvernements dont elle a successivement subi le joug, quelques efforts que différents peuples aient faits pour l'anéantir, et en faisant disparaître jusqu'aux moindres vestiges, effaçant jusqu'à ses plus légères traces, transportant ailleurs les pierres et les matériaux dont elle était construite, dévastant ses édifices, mutilant les figures qui en faisaient l'ornement; enfin, en dépit de ce que quatre mille ans et plus ont dû ajouter à tant de causes de destruction , ses ruines offrent encore aux yeux des spectateurs une réunion de merveilles qui confond l'intelligence , et que l'homme le plus éloquent entreprendrait inutilenient de décrire.
Plus on la considère, plus on sent augmenter l'admiration qu'elle inspire; et chaque nouveau coup d'oeil que l'on donne à ses ruines , est une nouvelle cause de ravissement. A peine a-t-elle fait naître une idée dans l'âme du spectateur, qu'elle lui suggère une idée encore plus admirable ; et quand on croit en avoir acquis une connaissance parfaite, elle vous convainc au même instant que ce que vous aviez conçu est encore bien au-dessous de la vérité.
« Du nombre des merveilles qu'on admire parmi les ruines de Memphis, est la chambre, ou niche, que l'on nomme la chambre verte. Elle est faite d'une seule pierre de neuf coudées de haut sur nuit de long et sept de large. On a creusé dans le milieu de cette pierre une niche, en donnant deux coudées d'épaisseur , tant à ses parois latérales qu'aux parties du haut et du bas : tout le surplus forme la capacité intérieure de la chambre. Elle est entièrement couverte , par dehors comme par dedans, de sculptures en creux et en relief, et d'inscriptions en anciens caractères. Sur le deliors, on voit la figure du soleil dans la partie
L'UNIVERS
du ciel où il se lève, et un grand nombre de figures d'astres , de sphères, d'hommes et d'animaux. Les hommes y sont représentés dans des attitudes et des postures variées.
« Quant aux figures d'idoles que l'on trouve parmi ces ruines, soit que l'on considère leur nombre, soit qu'on ait égard à leur prodigieuse grandeur^ c'est une chose au-dessus de toute dcscrijjtion et dont on ne saurait donner uiwjidée; mais cequi est encore plusdigne d'exciter l'admiration, c'est l'exactitude de leurs formes, la justesse de leurs proportions et leur ressemblance avec la nature. Nous en avons mesuré une qui , sans son piédestal , avait^j/«ide trente coudées. Sa largeur , du côté droit au côté gauche, portait environ dix coudées, et du devant au derrière elle était épaisse en proportion. Cette statue était d'une seule pierre de granit rouge. Elle était recouverte d'un vernis rouge, auquel son antiquité semblait ne faire qu'ajouter une nouvelle fraîcheur...,. Il y a quelques-unes de ces figures que l'on a représentées tenant dans la main une espèce de cylindre d'un empan de diamètre, qui parait être un volume... La beauté du visage de ces statues, et la justesse de proportion qu'on y remarque, sont ce que l'art des hommes peut faire de plus excellent, et ce qu'une substance telle que la pierre peut recevoir de plus parfait. Il n'y manque que l'imitation des chairs et du sang... J'ai vu deux lions placés en face l'un de l'autre, à peu de distance; leur aspect inspirait la terreur. On avait su , malgré leur grandeur colossale et infiniment audessus de la nature, leur conserver toute la vérité des formes et des proportions; ils ont été brisés et couverts de terre. » ( Aiîdallatif , traduit de l'arabe en français , par M. le baron de Sacij.)
Il est douteux que les monuments décrits par Abdallatif remontent par leur antiquité aux premiers temps de l'existence de IMemphis ; trop d'infortunes alors avaient frappé cette ville célébrée dans les annales de tous les peuples policés de l'Orient, rivale de
Tyr et de Babylone, qui fut si hospitalière pour Abraham et Jacob, fit la fortune de Joseph , et en éduquant ISIoïse donna un législateur aux Hébreux : illustration presque sans égale,
3ui protège encore les ruines de la cité e Alénès , consacre à jamais a la vénération des hommes le génie du fondateur de la monarchie égyptienne, et la munificence de ses successeurs durant les dix plus anciennes dynasties
Comme nous l'avons dit, la XI*' dvnastie fut originaire de la plus vieille capitale de l'Égypte , de Thebes , florissantes malgré la magnificence de Memphis, et chef-lieu de la hiérardiie religieuse, séjour de la caste sacerdotale qui était riche de ses propres biens et des offrandes pieuses des citoyens de l'Égypte entière. Ce ne serait peut-être pas trop s'écarter de la vérité au sujet des causes de ce nouveau changement dans l'origine des dynasties , que de l'expliquer par la rivalité des deux villes capitales. Depuis l'établissement du pouvoir monarchique civil, aucune famille purement thébaine n'avait occupé le trône ; Memphis et ses environs , pays nouveau relativement à la Thébaïile , avaient au contraire donné sept dynasties sur les dix qui s'étaient élevées depuis la même époque ; Tbèbes et la caste sacerdotale n'avaient pas renoncé librement à leur ancienne iniluence, et devaient s'efforcer de la ressaisir :
tout changement était favorable à ces graves desseins , mûris dans le silence du sanctuaire , et favorisés par l'opinion d'une vaste cité presque descendue au second rang, après avoir si longtemps occupé, seule , le premier.
Elle réussit enfin à réaliser ses désirs ; et , après un veuvage du trône qui durait depuis près de deux mille ans , elle l'occupa de nouveau par une de ses familles qui donna un assez grand nombre de rois. On le porte jusqu'à 17 , quoique l'ensemble de leurs règnes n'ait embrassé que 59 ans. Ce résultat extraordinaire fait penser que des événements qui le furent aussi , suivirent ce changement de dynastie; dans les temps des discordes civiles , des riva-
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lUés des provinces et des villes principales, surtout dans les États fortement organisés, où les classes de ia population sont intimement agglomérées par l'inlluence de la loi , de leurs croyances ou de leurs préjugés, les divisions s'opèrent par grandes niasses ; chacune d'elles se considère comme la plus puissante, comme le centre national , fait des lois ou exalte des chefs que les autres s'empressent d'abolir; et , après un petit laps de temps , le pays, rentré sous l'autorité des lois légitimes, apprend qu'il a été gouverné par une foule de souverains épiiémères dont il n'a pas même connu les noms.
Tels furent peut-être les 16 premiers rois de la XP dynastie égyptienne, dont les règnes ne durèrent que 43 ans, moins de 31 mois chanm , et dont les annalistes de l'Egypte n'ont pas pris la peine de conserver les noms. Ces annalistes ont fait plus pour leur successeur : ils nous apprennent qu'il se nommait Aniniénémès, et qu'il régna pendant 16 ans.
Ce laps de temps put permettre à ce prince de rétablir l'ordre en Égypte et de se distinguer par quelques services signalés: car c'est, dans l'histoire égyptienne , un fait constant et qui se renouvelle à toutes les périodes de sa durée, que les événements les plus mémorables, l'élévation des plus grands édifices , l'origine des institutions les plus utiles , et toutes les actions illustres appartiennent à des règnes dont la longue durée s'étendit au delà du terme commun à tous les autres règnes. Les trois rois qui succédèrent à Amménémès en fournissent une nouvelle preuve; chacun d'eux régna près de 40 ans; et les temps de la grandeur et de la prospérité de l'Egypte se renouvelèrent sous leurs règnes.
Ils appartiennent à la XIP dynastie , originaire aussi de Thèbes. Sésôchris , fils d'Amménémès , en fut le premier roi ; il régna 46 ans. Un autre Amménémès, ou Amménéniô|)h, succéda à Sésôchris, et occupa le trône pendant 38 ans; il périt assassiné par ses eunuques. Les listes de IManéthon
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nomment ensuite pour 3* roi de cette dynastie, un Sésostris, qui régna 48 ans , et qui serait , si les textes sont fidèles , Sésostris l'ancien, souvent confondu, par l'analogie de leurs grandes actions, avec le prince de même nom de la XVIII" dynastie. On donne à Sésostris l'ancien une taille colossale ; on dit qu'il conquit toute l'Asie dans l'espace de neuf années, et qu'il pénétra même en Europe par la Tlirace , laissant partout, inscrits sur des colonnes de pierre , les souvenirs de ses victoires. Labarès succéda à ce Sésostris; et c'est à ce prince qu'on attribue la construction du célèbre labyrinthe ( appelé labarinthe par les anciens écrivains français), {suprà, page 36); Labarès et ses deux successeurs, Animérès et Amménémès , régnèrent chacun 8 ans ; une femme , Scenniophrès, sœur du dernier Amménémès , lui succéda , mais ne régna que durant quatre années.
Malgré les incertitudes qui existent sur le nom et les actions de ce premier Sésostris , il est cependant avéré qu'à cette époque les arts s'étaient développés en Égypte ; que cette monarchie était puissante ; que de beaux et vastes édiiices , enrichis par la peinture et la sculpture , ornaient ses villes principales ; que les rois de cette époque , notamment Sésôchris , Aménémès et Aménémôph , firent avec succès de grandes entreprises militaires au dehors; enfin on a reconnu, dans les ruines des plus anciens monuments de Thèbes , où ils sont employés comme matériaux de construction , des débris d'édifices portant, sculpté, le nom d'un des rois de cette XIP dynastie. Dès cette même époque , en effet, et quelque reculée qu'elle soit en arrière desorigines de nos annales occidentales , les monuments contemporains, où sont inscrits les noms de ces vieux rois , surgissent des entrailles de la terre, et viennent, de leur antique autorité, corroborer et mettre hors des atteintes du doute, les monuments des temps postérieurs où oes mêmes rois sont inscrits par les mêmes noms et pour les mêmes époques; succès*
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sioii admirable de témoignages originaux en faveur de l'identité des hommes , des temps et des événements.
Tous les textes des listes de iManéthon s'accordent à donner soixante rois à la XIII' dynastie , et à fixer la durée de leurs règnes réunis à 453 ans. Jlais les abréviateurs de ces antiques annales ont négligé de nous conserver les noms des rois de cette troisième famille thébaine ; il paraît toutefois que l'obscurité de leurs actions a justement enveloppé à jamais leur nom et leur vie. Diodore de Sicile a dit de quelques autres souverains égyptiens également demeurés inconnus : « Ces rois vécurent tous dans une profonde oisiveté, et ne s'occupèrent que de leurs plaisirs. Aussi , les chroniques sacrées ne nous transmettent sur leur compte le souvenir d'aucun monument magnilique, ni d'aucune action digne de trouver place dans l'histoire. « Mais il est vraisemblable que l'Égypte jouit, pendant cette longue succession de rois , d'une paix profonde ; l'obscurité de la vie de ces princes fut la véritable cause du bonheur des peuples.
La XIV^ dynastie fut originaire de Skôou (Xoïs), grande ville de la basse Égypte , et qui enleva momentanément à Thèbes l'honneur d'être le berceau de la famille régnante , si toutefois il y eut quelque honneur à fournir une longue série d'hommes inconnus, quoique devenus rois; car on ne retrouve plus, dans les annales écrites, ni leurs noms , ni le plus fugitif souvenir des actions de leur vie ou de leur règne : misérable comlition pour des êtres humains , que d'être élevés par le hasard au premier rang, pour s'y dissiper comme de vains fantômes privés de sens , de pensée et de mouvement. On porte à Soixante-seize le nombre de ces ombres de rois qui traînèrent, pendant 484 ans, leur nullité sur le trône d'Égypte.
Là XV dynastie fut thébaine, et la ville sacerdotale s'assura dès lors , pour près dequinze siècles, l'avantagequ'elle venait de reprendre sur Xoïs ; ce fut de'l hcbes, en effet , que sortirent aussi les familles dont se tormèrcnt les cinq
dynasties qui succcHlèrent à la XV*.
Celle-ci eut plusieurs rois , on n'en connaît pas exactement le nombre, qui régnèrent pendant 250 ans. On ignore aussi ce qui se passa pendant leur règne, et il dut être calme et modéré, puisque l'histoire n'en a recueilli aucun événement digne d'être transmis à l'avenir.
Il est très-vraisemblable que la ligne supérieure de la table historique et généalogique d'Aydos (voy. pl. 47), contient, rangés de la gauche à la droite , les cartouches - prénoms des rois de celte XV' dynastie : l'examen attentif de ce précieux monument, et sa comparaison avec d'autres documents semblables qui ont permis de le compléter en partie, ont fait reconnaître en effet que la ligne intermédiaire se terminait à droite, quand le bas-relief était entier, par la suite des noms des rois de la XVir dynastie , et successivement par ceux des rois de la XVI'; qu'ainsi la série des rois de la XV' se trouvait à la ligne supérieure, le dernier cartouche à gauche étant celui du dernier roi de cette XV' dynastie.
Les noms et prénoms du roi qui fit sculpter ce précieux bas-relief (Sésostris), occupent, plusieurs fois repétés, la ligne intérieure toute entière. Ainsi les annales écrites par Manéthon, et les listes qui en furent extraites par ses abréviateurs qui nous les ont conservées , entrent déjà en communauté de témoignages pour l'histoire, avec les monuments des arts ; double et précieux avantage peu commun dans les annales de l'antiquité, même pour les temps bien postérieurs à l'époque égyptienne où nous sommes parvenus.
En supposant, comme des analogies nous y autorisent, que les 250 années de la XV' dynastie furent réparties entre sept rois au moins , nous connaissons , encore subsistant de nos jours, un monument contemporain d'un des rois de cette même dynastie, du Vir, tel qu'il est inscrit dans la table d'Abydos. Ce monument se voit sur la route de Cosséir , sculpté sur un des rochers qui la bordent; c'est un bas-relief soigneusement tra-
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vaillé ; l'enseigne du roi , surmontée de l'épervier mitré , en occupe le milieu; et à droite et à gauche est son prénom , précédé de son titre de roi et des autres qualifications honorifiques dont le protocole égyptien fut habituellement assez prodigue ; le vœu vivant à toujours y complète les pieux hoimeurs rendus à ce roi t il se nommait Mérenrhès.
Ce fait , qui intéresse l'histoire des hommes à un si haut degré , n'est pas absolument isolé, quoique appartenant à une époqne ou il n'y a pas encore d'histoire ni peut-être d'existence sociale pour les plus anciennes et les plus illustres nations de l'Occident.
On a recueilli en effet, auprès des pyramides , dans les vallées sépulcrales de Thèbes, sur les côtes de la mer Rouge, dans les grottes des lieux nommés El -Tell, Zaoyet-el-Maïetin , et dans d'autres localités, des noms de rois et de reines, gravés sur des monuments contemporains , antérieurs à l'époque du septième roi de la XV^ dynastie ; et même aux six rois connus de la XIV' ; toutefois ces noms antérieurs ne se trouvent point parmi ceux qui subsistent encore sur la table d'Abydos. Mérenrhès , de la XV* dynastie , vécut vers l'an 2500 avant l'ère chrétienne.
C'est dans la même dynastie qu'on doit placer le règne du roi Osymandvas, dont Diodore de Sicile, d'après l'historien grec Hécatée , a décrit les actions si merveilleuses , et le tombeau plus digne encore du nom de merveille par son étendue, par les sculptures et les peintures dont il fut orné , et qui en feraient l'un des plus magnifiques édifices de la magnifique Thèbes. On y avait représenté les campagnes de" ce roi contre les Bactriens , le siège d'une ville défendue de tous côtés par une rivière, le roi combattant lui-même du haut de son char, et secondé par son lion apprivoisé; enfin toutes les circonstances d'une grande campagne heureusement entreprise par une armée de quatre cent mille hommes, conduite par un chef valeureux ; à la suite des salles
décorées de ces tableaux militaires, on voyait un sanctuaire pour l'adoration des dieux, un promenoir, une bibliothèque intitulée : Remède de l'âme ; enfin, le tombeau même du roi : et toutes ces notions topographiques sur le tombeau d'Osymandyas , ont porté les derniers voyageurs en Égypte à reconnaître les analogies les plus frappantes entre le plan du Rhamesséum, encore subsistant à Thèbes (connu aussi sous la dénomination inexacte de Memnonium , puisqu'il a été élevé par Rhamsès III , Sésostris), et le tombeau d'Osymandyas décrit dans l'ouvrage de Diodore de Sicile; les proportions du Rhamesséum sont seulement inférieures en tout point à celles qu'on donnait au tombeau d'Osymandyas.
C'est sur le sommet de ce même édifice que ce roi avait fait placer le fameux cercle d'or, de 365 coudées de circonférence (environ 500 pieds), et dont chacune de ses divisions, affectée à un jour de l'année , portait écrite l'indication de l'heure du lever et du coucher des astres , ainsi que les pronostics sur les variations de l'atmosphère : indications plus oiseuses encore que les mesures d'un tel ouvrage en or massif; puisqu'un tel cadran annuaire eût été complètement inutile en raison de l'absence de tout rapport vrai de ses divisions , avec la longueur réelle de l'année solaire et le mouvement des astres; ce qui fait supposer à cette narration de l'histoire quelques exagérations, ou dans les écrivains qui l'ont tracée, de l'inexactitude ou de l'ignorance.
Il ne reste rien de ces merveilleuses constructions , si toutefois elles ont jamais existé ; et jusqu'ici on n'a pas été plus favorisé à l'égard des monuments originaux de la XV* dynastie; on en connaît bien peu qui puissent lui être attribués avec toute certitude.
Un de ses rois est cependant nommé dans le tombeau du prêtre Othoès , creusé auprès des grandes pyramides :
Othoès étant au service personnel de ce roi , dont le nom se trouve aussi rappelé dans la table roj^ale du temple de Karnac : c'est le quatrième cartouche
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(le la première rangée inférieure , sur la partie droite du temple.
Ces souvenirs historiques de la XV dynastie nous rapprochent de la grande époque des annales égyptiennes, de celle où une invasion de barbares arrêta et détruisit presque de fond en comble la civilisation de l'Egypte , et en dessécha pour trois siècles les germes les plus précieux.
Cela arriva aux temps de la XVP dynastie , originaire de Thèbes , composée de plusieurs rois dont les règnes successifs durèrent 190 ans. Les chronologistes qui ont pu lire l'ouvrage de Manéthon, n'y ont pas recueilli pour nous les noms des princes de cette dynastie ; mais des monuments élevés durant leur règne, nous ont révélé les noms de quelques-uns de ces rois , et l'ordre de leur succession , suppléant ainsi , en partie , au silence absolu des historiens.
Il paraît qu'un roi nommé Osortasen , l'un des derniers de cette dynastie, fut aussi un prince illustre, et que son règne dura près d'un demi siècle, circonstance favorable aux bons vouloirs de la fortune et à la fécondité du génie. Osortasen éleva l'obélisque qui est encore debout à Héliopolis (voy. 74). Son prénom royal (le cartouche supérieur) et son nom propre (le cartouche au-dessous du premier) se lisent sur les quatre faces de l'obélisque , et font partie des quatre inscriptions, en l'honneur d'Osortasen, qui décorent ce monument; le car- Jouche-prénom est répété au bas de l'inscription , et les caractères alphabétiques qui composent le nom propre (cartouche au milieu de la hauteur), se lisent OSRTSN; ailleurs ce même nom est écrit Osortsn. Nous avons dit plus haut (page 274) comment il nous semble que peut s'expliquer l'existence actuelle de ce précieux monument élevé par un roi qui régna avant l'invasion et les affreux ravages des Hyksos.
D'autres monuments originaux , contemporains de ce même roi , datés des années de son règne , consacrés à sa n'éraoire , ou rappelant ses mémo-
rables actions , sont également parrenus jusqu 'à nous , et , comme l'obélisque d'Héliopolis, doivent servir à faire placer au rang des princes illustres par leurs hauts faits , à la tête d'une nation puissante par sa parfaite civilisation plus de vingt-trois siècles avant l'ère vulgaire, Osortasen l'un des derniers rois de la XVP dvnastie.
Son nom est inscrit dans les tables généalogiques du temple de Karnac à thèbes ; il a disparu de celle d'Abydos, où il se serait trouvé le deuxième à la droite du cartouche qui borne la ligne intermédiaire du côté fragmenté. Des stèles funéraires isolées, élevées dans les tombeaux de particuliers de classes diverses , et dont quelques-unes sont remarquables par la beauté du travail ou par leur volume , portent les dates des années 13 , 17 , 25 et 43 du règne d'Osortasen ; sur l'une d'elles , le pere du roi est nommé , c'était Ptahawtep.
Le nom du roi se lit aussi sur des monuments de plus petite proportion , des scarabées , des figurines : mais cette série de témoignages , malgré leur intérêt évident, n'est plus qu"un utile accessoire du monument principal qui nous reste de ce règne et de ce roi.
Les ruines de l'antique ville égyptienne de^e'Ae'ni, aujourd'hui occupées par le village arabe de Ouadi-Haifah , en Nubie , près de la seconde cataracte du Nil au midi de l'Égypte, se composent des restes de plusieurs édifices publics. La position de cette ville était importante pour TÉgypte, toujours intéressée à maintenir dans l'obéissance les populations fixées entre les deux cataractes. C'est là que le roi Osortasen fit édifier un temple en l'honneur de la grande divinité de l'Egypte, de Horammon, ou Ammon générateur.
Cette antique origine donnait aux ruines de ce temple une importance sans égale; Cbampollion le jeune les fouilla religieusement; il reconnut que les murs qui subsistent ont été construits en grandes briques crues; que l'intérieur était soutenu par des piliers ou des colonnes en grès , ouvrages du
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règne d'Aménophis II , de la XVIII' dynastie; que ce temple fut enrichi par Rhamsès 1" et IMénephtlia I", princes de la même dynastie ; et une stèle historique , arrachée de ces ruines par notre voyageur , et déposée par lui au Musée du Louvre, contient la liste des dons et des offrandes faites à ce temple par ces deux rois. Mais il reconnut aussi que cet édifice religieux avait été primitivement fondé par Osortasen de la XVP dynastie , et il en recueillit la preuve en arrachant aussi de ces mêmes ruines, et de la place qu'occupait d'abord le sanctuaire du temple, une autre stèle encastrée autrefois dans ce sanctuaire même, monument sans prix par son antiquité , par son importance historique, également recueilli avec un zèle patriotique pour le IMusée du Louvre , mais que d'occultes manœuvres ont dirigé à l'étranger.
Le champ de cette stèle est occupé par un bas-relief; le roi Osortasen, armé de la masse et coiffé en Ammon , est debout devant le dieu Month , qui lui livre, avec l'emblème de la vie stable , les peuples de la Libye , donties noms sont inscrits dans des cartels placés auprès de douze figures d'hommes , et ces figures sont attachées à des liens dont le dieu réunit les extrémités dans ses mains. C'est la représentation , en style religieux , de la conquête de la Nubie par Osortasen, qui fit ainsi rentrer sous le joug les peuplades révoltées entre les deux cataractes. « Je te livre, dit le dieu, toutes les contrées de la terre de Kenous ; » et dix noms , d'autant de ces peuplades, sont encore lisibles sur le monument. Dans le texte de l'inscription, le roi est qualifié de taureau blanc, qui a mis en fuite les peuples de Phot (les Libyens); et ce monument, d'une victoire utile à la sécurité de l'Égypte, était religieusement déposé dans le sanctuaire du temple de Béhéni, qui eut pour fondateur le même roi dont la stèle enlevée à la France a transmis jusqu'à nous, à travers plus de quarante siècles, le nom et la gloire.
A Osortasen , vers la fin de la XVP
dynastie, succéda un autre roi qui se nomma Amenhemhé; il est également inscrit dans les listes royales de Karnac ; il se trouve aussi dans le texte d'un monument contemporain sculpté sur le milieu de la route de Cosséir; enfin sa légende complète se lit dans un des antiques tombeaux de Bènihassan - el-Qadin ; les inscriptions, dont cette légende n'est qu'une partie, font dire au roi Amenhemhé qu'il a entrepris plusieurs guerres , notamment contre les Éthiopiens. Il paraît ainsi que cette partie des frontières de l'Égypte ne cessait d'exciter la sollicitude du gouvernement égyptien, et l'histoire prouve assez, par le succès de quelques invasions éthiopiennes' en Égypte, que cette sollicitude devait être permanente comme le danger qui la faisait naître.
Les voisins de l'Égypte à l'orient semblaient plus tranquilles, peut-être parce qu'ils étaient plus divisés, ou qu'unecivilisation plus analogue, et surtout de grands intérêts commerciaux réciproquement avantageux , portaient ces voisins orientaux a des relations
Pacifiques. Le peuple hébreu, illustre ranche de la grande famille arabe, n'habitait pas loin de l'Égypte. Encore à l'état de pasteurs, soumis au gouvernement patriarcal, à l'autorité de l'ancien, campant sous la tente, dans de gras pâturages avec leurs troupeaux, Bédouins primitifs pieux et hospitaliers, les Hébreux connaissaient les richesses de l'Égypte, et ne semblaient pas lui porter envie. Ils s'unissaient en mariage avec les Égyptiens ; Agar, femma d'Abraham, était née en Égypte, ei elle choisit pour l'épouse de son fils une autre femme de la même nation.
Ils y descendaient quand la famine frappait leur pays. La famine y conduisit Abraham, âgé de soixante-quinze ans, et cet événement, le plus ancien de ceux que la Bible mentionne à l'égard de l'Égypte, se passa, d'après les époques connues de l'histoire sainte, pendant le règne d'un des rois de la XVI'' dynastie.
La Bible raconte comment Abraham , ayant avec lui Sara , et craignait
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que ia beauté de sa femme ne portât Jes Égyptiens à le tuer pour la lui ravir, l'engagea à se dire sa sœur. Sara fut enlevée et conduite au palais du roi , niais Abraham fut très-bien traité ; les Égyptiens lui donnèrent des brebis, et des bœufs, et des ânes, et des esclaves , et des servantes , et des ânesses , et des chameaux. Bientôt la maison de Pharaon fut frappée de la main de Dieu ; le roi fit venir Abraham : « Pourquoi , lui dit-il , as-tu annoncé que Sara était ta sœur, afin que je la prisse pour épouse.!" Voilà ta sœur, prendsla et va-t'en ; » et Abraham se retira avec tout ce qu'on lui avait donné, et remonta en Chanaan, possesseur de beaucoup d'or et d'argent ; dives valde, dit la Bible, in possessione auri et argenti; nouveau témoignage de la prospérité de l'Égypte aux temps de ia XVP dynastie.
Le dernier des rois de cette famille est appelé Timaos par Manéthon ; l'historien juif Josèphe nous a conservé, au sujet de ce roi , quelques fragments du récit de l'annaliste égyptien ; il rapporte textuellement un court extrait de la seconde partie de l'histoire de INJanéthon, dans laquelle se trouvait la narration de l'événement mémorable qui changea subitement la face des choses en Égypte : une barbarie farouche y remplaça l'habitude des lois, et la civilisation de l'Égypte aurait été entièrement détruite, si elle avait reposé sur de débiles fondements; mais elle résista à deux siècles et demi d'inouïes calamités. Laissons parler Manéthon.
n Sous le règne de Timaos, Dieu fut irrité , on ignore pourquoi , et des hommes de race ignoble, venant à l'improviste des régions orientales , envahirent yÉgypte, pénétrèrent dans la contrée et s'en emparèrent en peu de temps, presque sans combat; ils opprimèrent les chefs du pays, brûlèrent les villes avec fureur, et renversèrent les temples des dieux. Ils se conduisirent eu ennemis cruels contre les habitants de l'Égypte, réduisirent en esclavage une partie des femmes et des enfants; et, ce qui mit le comble aux malheurs de
l'Égypte , ils choisirent un d'entre eux , nommé Salathis, et ils le firent roi.
Salathis se rendit maître de Memphis, sépara par là la haute Égypte de ia basse, leva des impôts, plaça des garnisons dans les lieux convenables, et fortifia particulièrement la partie orientale du pays. Méditant une entreprise contre les Assyriens, alors très-puissants, Salathis se rendit dans le nome Méthraïte, releva une ancienne ville située à l'orient de la branche bubastique du Kil , nommée Aouaris , la ferma de fortes murailles, et il y rassembla deux cent quarante mille hommes; il les visitait dans la belle saison; il les nourrissait, les comblait de présents, et les exerçait aux manœuvres militaires, afin 'd'inspirer le respect et la crainte aux nations étrangères. Salathis mourut après avoir régné pendant dixneuf ans. »
Tel est le récit de Manéthon. Le roi Timaos fut le témoin des premières entreprises de ces barbares; il tenta vainement de leur résister; son courage lui coûta la vie; il la perdit après six années de règne, vers Tannée 2082 avant l'ère chrétienne.
Alors finit la XVI' dynastie, et la XVIP commença. Les étrangers qui avaient envahi l'Égypte et la tenaient courbée sous leur joug sanguinaire et dévastateur, sont désignés par Manéthon sous le nom de Hyksos; on les appelle dans notre langue les Pasteurs, et l'usage a accrédité cette dénomination. Leur origine n'est pas connue avec certitude; Josèphe, pour exalter les antiquités de sa nation , les considère comme des Juifs, et il en conclut que les ancêtres de sa race ont ainsi régné sur l'Égypte, en brigands armés il est vrai , mais Josèptie ne répudie pas ces souvenirs. D'après ce que les monuments nous apprennent de ces bordes incultes et farouches, on voit qu'elles appartenaient, par leur constitution physique, à la race blanche, que les individus étaient en général d une taille haute et grêle; on a cru y retrouver les traits principaux de la race scythique, et l'on sait que ses incursions armées sur les pays ri-
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ches, parce qu'ils étaient civilisés, datent (l'une très-haute antiquité dans l'histoire de l'Asie.
Après la mort de Timaos (nommé aussi Concharis), les prirTcipales familles du pays, fuyant devant l'ennemi, se retirèrent dans la iiaute Égypte, en Nubie, au-dessus de la
f)remière cataracte, et sur les côtes de a mer Rouge où l'Égypte possédait d'importants établissements. Timaos eut des successeurs .tirés du sang royal, légalement revêtus, par droit d'hérédité, de la souveraineté, mais qui d'abord n'eurent vraisemblablement que peu d'occasions de l'exercer avec avantage. Ils s'établirent dans la haute Égypte.
Il y eut donc alors deux royaumes en Égypte et deux autorités contemporaines et rivales : les Pharaons , souverains légitimes, résidant dans la liante Égypte; et les Pasteurs, barbares conquérants, occupant^ Memphis, la moyenne et la basse Égypte.
C'est ainsi que la XVII* dynastie égyptienne se compose de deux listes de rois qui furent contemporains, et dont l'existence, à peu près d'une durée égale, est un synchronisme historique incontestable, quoique fondé sur des preuves différentes; car les textes écrits ont conservé l'histoire des Pasteurs, et les monuments des arts celle des Pharaons : la barbarie n'écrit ses annales sur les édifices qu'en les détruisant par le fer et la flamme.
Les Pasteurs s'y appliquèrent avec un déplorable succès, et de tous les monuments élevés en Égypte avant leur invasion, il en reste a peine un seul encore entier, tout le reste a été détruit, et il a fallu, singulière destinée! une nouvelle série de catastrophes et de destructions, pour qu'il nous ait été donné de rencontrer dans les ruines des monuments élevés sur le sol de Tlièbes et de I\Iemphis par les grands rois de la XVIIP dynastie, les ruines toutes historiques des monuments élevés par les ancêtres de ces grands rois avant l'invasion des Pasteurs :
Juifs ou Scythes, ils détruisirent tout ce que leur fureur aveugle put attein-
dre , et des grands édifices de l'Égypte, aucun ne fut épargné.
Il paraît qu'ils pénétrèrent jusqu'à la cataracte de Syène, limite méridionale de l'Égypte; car jusque-là les deux rives du Nil, sur toute la longueur de la vallée, sont également dépourvues de traces de monuments antérieurs à l'autorité des Pasteurs ou Ilyksos.
Mais dès que la prévoyance de leur premier roi Salathis eut fait du lieu nommé Aouaris , dans la baSse Égypte , un camp retranché ou une enceinte fortifiée, qui devint le séjour habituel de l'armée, le chef de ces hordes dut se tenir à leur portée, pour les visiter fréquemment, comme le dit Manéthon; car sur cette armée reposait réellement son pouvoir. Le lieu qu'elle occupait assurait naturellement la défense de l'Égypte, qui était exposée, par le chemin que ces conquérants venaient de faire, aux entreprises des grandes monarchies de l'Asie, dès longtemps les rivales de l'Égypte.
L'armée à Aouaris et le gouvernement à Memphis, Salathis gardait tout à la fois les avenues de l'iîgypte à l'est et au nord, et surveillait le midi, qui ne devait pas lui donner de craintes fondées, quoique les Pharaons s'y fussent réfugiés.
Les successeurs de Timaos surent en effet se maintenir dans la Thébaïde, et les autres dépendances de l'Égyptesoustraites à l'occupation des Hyksos ; les Pharaons ne purent toutefois y exercer qu'une autorité très-précaire, et presque nominale; ils songèrent d'abord à maintenir leurs droits par ces droits eux-mêmes, parla fidélité de leurs serviteurs les plus dévoués, par l'adhésion aussi de la population tout entière, des castes supérieures surtout, dont tous les intérêts avaient péri du même coup qui avait frappé à mort le dernier roi de la XVP dynastie.
On ne peut s'empêcher de remarquer, avec quelque surprise, que, de tous les abréviateurs de IManéthon qui ont copié ses listes des dynasties et des •rois, aucun n'a inscrit, pour la XVIP dynastie, les noms des souverains de droit, des Pharaons; que tous, au
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contraire, portant à six le nombre des règnes de cette dynastie, y ont inscrit les noms des rois Pasteurs occupant l'Égypte de fait en l'accablant de calamités, et qu'ils ont ainsi abandonné à l'oiibli les noms et les actions des souverains de la race égyptienne, qui ne cessèrent de lutter contre les barbares, et qui, après deux siècles et demi de combats, purgèrent enfin le sol de la patrie de ces immondes vainqueurs. La surprise que cette remarque a fait naître cessera en se rappelant l'origine de ces abréviateurs de Manéthon et de leurs listes. Le {)lus ancien de tous est le Juif Josèpbe; il considérait les Pasteurs comme les ancêtres de sa nation ; il les inscrivit de préférence dans sa liste des rois d'Egypte; il en rejeta les Pbaraons, les véritables rois; et les chroniqueurs venus après Josèpbe ont copié ses listes, quoique étrangers à des intérêts, à des préjugés, et à des prétentions que l'histoire n'a pu justifier.
11 en est tout autrement dans la table d'Abydos et dans les autres monuments de la piété des rois et des peuples de l'Egypte : immédiatement avant le prénom royal du premier prince de la XVIIP dynastie , on trouve les cartouches de six Pharaons de la XVIF. Dans les monuments égyptiens, les Pasteurs ne sont rappelés que sous des formes propres à entretenir la haine universellement vouée à cette race d'impurs, la véritable pluie de l'Écypte.
On compte six règnes de Pharaons entre la mort de Timaos et l'expulsion des barbares; ces Pharaons formèrent la XVIP dynastie qui régna 2C0 ans. Le cartouche du premier roi est le premier, de droite à gauche, de la ligne intermédiaire de la table d'Abydos; d'autres monuments ont fait connaître la légende entière de ce roi; il se nommait Amenemdjom.
Plusieurs stèles, dont quelques-unes sont peintes, et d'autres se distinguent par une exécution soignée, portent des dates tirées du règne de ce roi. Une de ces stèles est datée de l'an 3, et le roi Aménemdjôm P"", et un Osortasen,
l'un et l'autre de la XVIP dynastie sont mentionnés dans les inscriptiori»
de ce monument. D'autres stèles portent des dates de la 3"', de la 14', de la 19% -et de la 29*^ année du règne de îet Aménemdjôm, qui est le II* de ce nom. A Beni-Hassan-el-Qadim, la légende entière du même roi se trouve deux fois dans les inscriptions du tombeau de Névôth, avec la date de l'an 9 de son règne; enfin on voit au musée de Genève une autre stèle qui est relative à une campagne entreprise par ce même roi , en l'an 19 de son règne, contre les Éthiopiens. Dès les antiques époques, les ennemis les plus menaçants pour l'Kgypte furent a ses frontières du midi : ;î chaque règne, on voit se renouveler les tentatives pour les repousser ou les contenir; AménemdJ()m II eut aussi ce devoir à remplir; la durée du règne de ce roi , le premier de la XVIP dynastie, fut au moins de 29 ans.
Il eut pour successeur un autre Osortasen, qui fut ainsi Osortasen IL Son prénom est, sur la table d'Adydos, à la gauche de celui de son prédécesseur; trois autres monuments contemporains font connaître son nom propre, écrit des mêmes signes que celui du premier Osortasen. On a vu au musée du Louvre une jolie statuette de ce roi , en cornaline, avec cette inscription : le roi Osortasen, fils du roc Aménemdjôm. Une belle stèle en calcaire blanc porte la date de la '2' année de son règne. Les tombeaux de Beni- Hassan renferment aussi la légende entière de ce roi; un scribe royal présente à son supérieur une tablette dont l'inscription porte la date de l'an 6 du règne d Osortasen II : ce règne eut donc au moins cette durée.
Il paraît toutefois qu'elle fut courte, car Osortasen II eut pour successeur son frère, qui porta aussi le nom d'Osortasen. Son cartouche prénom est à son rang dynastique sur la table d'Abydos, et la légende entière de ce roi existe encore sur un grand nombre de monuments contemporains. Dans l'inscription de l'un d'eux, les signes du cartouclie-prénom sont précédés du
ÉGYPTE
titre de fils de roi. C'est dans la Nubie principalement que les souvenirs d'Osortasen III se sont conservés sur les monuments. Dans le temple de Seniné, au-dessus de la seconde cataracte, la légende de ce Pharaon est sculptée dans le sanctuaire, et les tableaux qui ornent ce lieu représentent le roi adoré en même temps que le Kil; ce qui a fait supposer, non sans vraisemblance, que ce souverain était le roi Nilus des historiens; on le voit, en effet, adoré comme une divinité, et placé parmi les dieux, dans une des stèles sculptées à Waschakit, lieu situé au sud d'ibsamboul. Dans le même temple de Semné, le roi IMœris, de la XVIII'^ dynastie, rend ses hommages au dieu Psil et à Osortasen III en même temps. Un autre bas-relief du même temple représente ce même roi portant les titres : Le fils du soleil qui l'aime, Osortasen vivificateur, et figuré en pied, revêtu du costume d'Osiris, et assis dans un naos sur la barque du soleil; enfin une inscription du même temple prouve que cet édifice fut dédié au dieu Nil et au roi Osortasen divinisé, circonstances plus que suffisantes pour que cette communauté d'adorations et d'hommages ait établi une communauté de dénomination entre le dieu et le roi. Ce prince n'a pas été oublié dans la table royale de Karnac à Thèbes; on y lit son nom au rang qui lui était assigné. On ignore quelle fut la durée de son règne.
Le successeur d'Osortasen III fut un autre Amènemdjôm, le IIP de ce nom ; et si nous avons oublié de le faire, c'est à l'occasion des princes qui viennent d'être nommés , que nous devons rappeler l'usage adopté de toute antiquité en Egypte, et dont les monuments égyptiens de tous les temps fournissent des exemples , celui de donner habituellement le nom du grand-père au petit-fils ; c'est pour ce motif sans doute que les Osortasen et les Amènemdjôm se succèdent si régulièrement dans la liste des princes de la XVP et de la XVIP dynastie. Le prénom d'Amènemdjôm III se trouve sur beaucoup de monuments : dans la
table d'Abydos comme dans celle de Karnac , sûr une stèle funéraire de la bibliothèque royale, un amulette en terre émaillée de la galerie de Florence , et une autre stèle où se lit la date de l'an 25 de ce roi. D'autres monuments encore , revêtus du plus haut caractère historique, concourent à compléter ces données sur cet ancien Pharaon , et ne permettent pas de douter qu'il ne fût resté le maître des possessions égyptiennes en Arabie. De riches mines de cuivre existaient à El- Wagarah , dans cette province ; Sabout-el-Kadim y était également situé ; et l'on a retrouvé dans ces deux lieux des stèles sculptées sur les ro chers mêmes , et qui portent des dates des années 3, 31 , 41, 42 et 44 du règne d'Amènemdjôm III.
On ne connaît de son successeur, après son prénom royal inscrit à son rang dans les tables royales d'Abydos et de Karnac, que quelques monuments isolés , sur lesquels ce même prénom est figuré, deux scaral)ées, et une stèle funéraire qui existe à Paris. Mais aucun d'eux ne nous donne ni le nom que porta ce roi , ni la durée de son règne; espérons dans les monuments pour faire cesser notre igno-, rance.
Le sixième roi de la XVIP dynastie se nonmia Ahmôs ( le fils du dieu Lune) , dont les Grecs ont fait Amosis; son prénom signifiait le soleil seigneur de la vigilance. Avant de dire comment il justifia ce beau titre , et accomplit les devoirs qu'il lui imposait envers sa patrie, revenons aux Pasteurs que nous avons laissés maîtres de Memphis, soumettant toute la contrée à leur brutale autorité , et régularisant en quelque sorte l'odieux exercice de leur pouvoir, en déférant à l'un de leurs chefs , à Salathis , le titre de roi.
Tout ce que nous savons de ses successeurs dans la ligné'e des barbares , c'est leurs noms et la durée de leurs règnes , grâce à la vaniteuse attention de Josèphe pour ces étrangers qu'il voulait bien considérer comme ses ancêtres en Israël. Il nous en donne cette
L'UNIVERS
liste : après Salathis qui régna 19 ans, les Pasteurs eurent pour chefs Boeon , 44 ans; Apachnas, 36 ans 7 mois; Apopiiis , 61 ans ; Anan , 50 ans 1 mois ; Assès ou Assèth , 49 ans 2 mois ; total , pour le règne des 6 rois pasteurs, 259 ans 10 mois.
On ne doit chercher ni dans , les manuscrits ni dans l'histoire de l'Egypte, les noms ou les actions de ces prétendus rois, d'origine inconnue: il ne resta d'eux , dans le pays , que la haine
[)rofondequi anima , à toujours, toutes es classes. Ilsn'édiflèrent rien; l'écriture sacrée ne pouvait pas conserver leurs noms sur le frontispice des temples, ils rejetèrent la religion nationale; ni sur les palais, ils habitaient les camps et détruisaient les cités. Ils permettaient la culture des champs , afin d'en tirer des tributs onéreux au peuple asservi, mais suffisants pour l'entretien de l'armée, les besoins des chefs , et les exigences de la guerre.
C'est donc un fait d'une grande singularité, que le nom d'un des rois pasteurs se trouve dans un texte égyptien, écrit à la gloire d'un des Pharaons, proche descendant de celui qui les chassa ; le nom d'Apophis , tracé dans le cartouche consacré , et précédé du cartouche - prénom dont le premier signe est aussi le disque du soleil , se trouve dans un manuscrit en écriture hiératique , relatif au règne et aux victoires de Sésostris.
Josèphe convient que tous ces rois nouveaux ne cessèrent de ravager le
fiays par leurs incursions et leurs pliages , s'efforçant avec persévérance de détruire la race égyptienne tout entière. Il avoue aussi que la première syllabe du mot Ihjksos par lequel on les désignait, exprime, en langue égyptienne, l'idée de captif; et la vérité de cette étyniologie (*) indique, sans nul doute, que cette dénomination , modifiée par Josèphe en celle de Pasteur, leur fut donnée par les Égyptiens. Manéthon, à qui l'historien des Juifs emprunte ces curieuses données, ajoute, selon le même his-
(*) 2H K , en égyptien , signifie , en effet, lié, attaché, captif.
torien , qu'en effet c'est à Tétat de captif qu'on avait figuré ces étrangers sur les temples des dieux en Égypte:
l'étude des monuments confirme pleinement l'assertion de Manéthon; la figure des Pasteurs enchaînés y fut très -fréquemment reproduite par la peinture et la sculpture : c'était une idée nationale que le gouvernement s'appliquait à entretenir dans toutes les classes ; toutes avaient sous leurs yeux des tableaux multipliés des actions les plus funestes à leurs intérêts : les femmes et les hommes trouvaient partout cette leçon sous leurs yeux.
Ce fut aussi durant le règne de ces étrangers que Joseph , fils du patriarche Jacob , parut en Égypf ë , d'abord comme esclave acheté par un des principaux officiers du roi , et successivement comme intendant de la maison de cet officier; ensuite condamné aux fers comme ravisseur; plus tard, honoré comme devin interprète des songes , et enfin premier ministre et favori du roi.
D'après le texte de la Bible, qui contient la naïve narration de la vie ou de la légende de Joseph , les marchands ismaélites qui l avaient acheté de ses malheureux frères, l'emmenèrent en Égypte, et le vendirent à un Égyptien nommé Putiphar. Ce nom , raniené à sa véritable orthographe , Pétéphré , est en effet un nom égyptien qui signifie celui qui appartient à Phré ( le dieu soleil) , et il est analogue à d'autres noms égyptiens , tirés aussi de ceux de divinités , tels que Pet-Ammon , et Pet-Isis. On sait comment, par la malice de la femme de Pétephré, Joseph , investi d'abord de la confiance entière de ce chef des troupes égyptiennes , fut bientôt après jeté dans une prison, où, comme par l'eflet d'une certaine prédestination au gouvernement des hommes, le geôlier lui remit une partie de son autorité et la surveillance de tous les autres prisonniers. Parmi eux se trouvaient le pannetier et le sommelier du roi : ils eurent des songes, Joseph les expliqua , et les prédictions de Joseph se réalisèrent.
EGYPTE
Deux années après , le roi d'Égypte eut aussi des songes, que ses devins ni les savants du roi n'expliquèrent pas. Sur l'avis du pannetier, qui avait été réintégré dans sa ciiarge , comme Joseph l'avait prédit , le jeune Hébreu fut tiré de la prison; et, après lui avoir coupé les cheveux et changé d'habit, ou le conduisit auprès du roi. Joseph expliqua ses songes , et n'épargna pas au Pharaon de sages conseils : « Il faut, lui dit-il , que le roi donne à un homme habile et probe l'administration du territoire de î'Égypte; que ses délégués dans toutes les provinces lèvent , pendant les sept années de fertilité qui vont se succéder, un cinquième des récoltes; que ces approvisionnements soient fermés dans les greniers publics , et qu'ils y restent, dans toutes les villes , soiis l'autorité royale : on préparera ainsi les ressources nécessaires contre les sept années de stérilité qui doivent frapper Î'Égypte. » Ce conseil plut au Pharaon ; et ce roi fut assez heureusement inspiré pour confier l'exécution de ce sage dessein à l'homme qui l'avait conçu. Il donna à Joseph l'administrationsupérieurede î'Égypte; lui remit l'anneau royal, le revêtit de la tunique de byssus, et du collier d'or ; changea son nom hébreu en celui de sauveur du monde , selon la langue égyptienne ; le présenta au peuple, assis a' ses côtés dans son char royal , et le maria avec la fille d'un prêtre d'Héliopolis, nommée Asséneth , autre nom égyptien d'une étymologie trèsrégulière. Joseph , qui était d'une belle figure et d'une physionomie agréable , avait 30 ans quand il fut conduit auprès du roi : il se passa à peine un jour entre son abjecte prison et son élévation à la plus éclatante fortune.
Les écrivains grecs, commentateurs de la Bible , et parmi eux les plus savants , reconnaissent unanimement que les malheurs et le triomphe de Joseph en Égypte se passèrent pendant le règne du roi Apophis, le quatrième de la XVir dynastie , de celle des Pasteurs , qui avaient fait de Memphis le lieu de la résidence royale. Ces mêmes écrivains fixent à la 17'' année
du règne d'Apophis l'élévation de Joseph au gouvernement de Î'Égypte.
Les dates historiques , tirées des monuments originaux précédemment exposés, nous paraissent convenir avec ces mêmes indications : nous devons au lecteur de le rendre juge de ce sentiment.
Selon le tableau des dynasties égyptiennes , qui se trouve a la page 269 de ce précis, la 17' année du règne d'Apophis répondait à l'an 1967 avant l'ère chrétienne : Joseph était alors âgé de 30 ans ; si , à ce dernier nombre, on ajoute 91 ans pour l'âge de Jacob à la naissance de Josepii , 60 ans pour l'âge d'Isaac à la naissance de Jacob, et les 25 ans dont la venue d'Abraham en Égypte précéda la naissance d'Isaac , 6n aura un total de 206 années qui, ajoutées à l'an 1967 qui répondait à la i?*" année d'Apophis de la XVir dynastie, donnent l'année 2173. Or, cette année 2173, d'après le même tableau précité, appartient à la XVI* dynastie égyptienne; et c'est en effet durant le règne de cette même dynastie que nous avons déjà indiqué ( "page 293) la venue d'Abraham en Égypte : les temps de Joseph , premier ministre du Pasteur Apophis, s'accordent ainsi très-bien avec les temps d'Abraham et avec l'ordre généralement reconnu des dynasties d'Égypte pour les époques qui précédèrent son invasion.
Il en est de même pour les temps
?iui la suivirent; aux sept années de ertilité succéda , en Égypte et dans les contrées voisines, une famine générale. Les frères de Joseph se rendirent en Égypte pour acheter des grains; la seconde année de la famine, ils amenèrent Jacob auprès de leur frère qui s'était fait connaître ; et 17 ans après Jacob mourut ; Joseph comptait alors la 56" année de son âge, et Apophis la 43* de son règne.
Ce roi parvint jusqu'à la 6f''; et, à sa mort, l'an 1922 avant J. C, Joseph était âgé de 74 ans. Or , qu'on prolonge sa vie jusqu'à 110 ans, comme le disent les écrivains bibliques , ou qu'on lui donne âge' d'homme comme
L'UNIVERS
à tous les hommes ses contemporains dans l'histoire, le règne des deux rois pasteurs qui succédèrent à Apophis dépassera toujours de près d'un siècle la durée de la vie de Joseph ; et, dans ces mêmes supputations, Joseph aura pu voir les petits -(ils de ses fils Éphraïm et Manassés ; enfin , de la mort ae Joseph jusqu'à l'Exode, ou la sortie des Hébreux de l'Éfiypte sous la conduite de Moïse, la suite des années suffira pour placer dans un ordre régulier de succession tous les événements que la lîible raconte à la suite de la mort de Joseph : celle de ses frères , de sa parenté, la multiplication des Israélites , et l'avènement de ce roi nouveau, qui , selon la Bible, ignorant et Joseph et sa renommée, opprima le peuple d'Israël, et le soumit à la plus dure servitude. C'est ainsi que les annales de l'Égypte, dressées d'après l'autorité des monuments originaux, se prêtent exactement aux relations synchroniques des annales des peuples qui la connurent, et que la concordance de ces rapports pour les temps et les lieux produit, pour ces annales diverses, rédigées dans des intérêts mutuellement inconnus les uns aux autres , des certitudes mutuelles.
On ne sait rien du règne des deux derniers rois pasteurs, depuis la mort de Joseph. On dit que ce fut le dernier de tous , Assèth , qui ajouta cinq jours au calendrier égyptien , et qui fixa ainsi la durée de l'année solaire à 365 jours; mais des monuments encore subsistants indiquent à une époque bien antérieure au règne d'Assèth cette importante réformation {voy page 234 ci-dessus). D'ailleurs les habitudes des barbares ne se tournent pas d'ordinaire vers le perfectionnement des institutions publiques.
Pendant que tous ces événements se passaient à Memphis et dans la moyenne et la basse Egypte , les Pharaons au midi de Thèbes ne cessaient de penser et d'agir contre ces étrangers maîtres d'une partie de leurs Etats. Josèphe , dans son livre contre Apion, rapporte , d'après Manéthon , que les rois de la Thébaïde faisaient
aux Pasteurs une guerre continuelle et poussée avec vigueur ; qu'après de longs efforts, un de ces Pharaons, à force de succès , réussit à expulser ces étrangers des divers points de l'Egypte qu'ils occupaient, et à les enfermer dans leur ville ou camp retranché d'Aouaris, dont il entreprit de faire le siège.
Ce Pharaon fut Ahmosis ; ses campagnes contre les Pasteurs furent pénibles et multipliées. L'inscription funéraire d'un de ses officiers de marine nous apprend qu'il entra au service de ce roi au moment où le Pharaon se trouvait à Tanis ; que plusieurs com bats sur l'eau furent livrés : qu'un corps de troupes , dont cet officier faisait partie , fut dirigé contre l'ennemi vers le Sud; que ces guerres duraient encore dans la 6' année du règne d' Ahmosis; et que, dans les, années suivantes , le roi se rendit en Ethiopie pour lever des tributs.
Il ne laissait point, pour cela, de pousser l'ennemi principal dès qu'il l'eut enfermé dans Aouaris ; mais Ahmosis mourut sur ces entrefaites , avant d'avoir terminé cette guerre sacrée.
Son fils , le roi Aménophis Thethmosis , dit Manéthon , continua le siège de cette place ; et , n'ayant pu la forcer ni l'enlever, après des tentatives infructueusement renouvelées, il entra en négociation, et, par l'effet du traité qui fut conclu , les Pasteurs quittèrent l'Égypte avec leurs troupeaux, leurs familles, tout ce qu'ils possédaient, et se rendirent en Assyrie par la route du désert.
Telle fut la fin , en Egypte , de cette horde conquérante , après en avoir occupé souverainement une grande partie pendant 260 ans. Le prince qui contribua le premier à en délivrer le pays fut Ahmosis, le 6' roi de la XVIP dynastie, le soleil seigneur de la vigilance, que nous avons déjà nommé ( page 297). Le sixième cartouche de la table d'Abydos (ligne intermédiaire) est celui de son prénom royal ; et ce prénom , accompagné de son nom propre , n'est pas très-rare sur les monuments. On les trouve sur une stèle el
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sur un cercueil de momie du Musée de Turin , dans un mainiserit qui contient les litanies des rois , au temple de Semné dans la haute Nubie , et dans un des tombeaux de Thèbes. Deux autres monuments essentiellement historiques , rappellent encore le nom et les actions du roi Ahmôsis : ce sont deux stèles sculptées à même dans les deux plus vastes carrières de la montagne de Massarah ; les inscriptions de ces stèles annoncent que ces carrières ont été ouvertes l'an 22 du règne d'Ahmôsis , et que les pierres qui en ont été extraites ont été destinées à la réparation des temples de Phtha, d'Apis et d'Ammon à Memphis : souvenirs mémorables de la piété d'Ahmôsis qui, venant de délivrer Memphis de l'occupation des Pasteurs, et de les refouler dans leur camp retranché, relève aussitôt les temples des dieux , et les implore pour qu'ils protègent ses nouveaux efforts contre les impies. Cette date, la seconde connue du règne de ce roi, remonte vers l'an 1825 avant l'ère chrétienne.
La femme d'Ahmôsis est aussi désignée dans les inscriptions de Massarah ; elle s'appelait Ahmôs-Nofré- Atari, et son nom est accompagné des titres : la royale épouse principale , royale mère, la dame du monde. Une autre femme du même nom est mentionnée dans le même monument, avec les qualifications de fille de roi et sœur de roi ; ce fut la sœur du roi Ahmôsis qui est l'Amosis des listes de Manéthon , le dernier de la XVIP dynastie des rois égyptiens.
Après les glorieux succès de ce grand prince, les actions des rois de la XVIIP dynastie , régnant sur l'Égypte délivrée d'une odieuse invasion, seront encore remarquables dans les fastes historiques. De mémorables événements s'accomplirent alors en Egypte , et l'on ne refusera pas cette qualification à l'expulsion complète des Pasteurs , à la restauration de l'antique monarchie , à la construction des plus beaux édifices de Tiièbes et de la Nubie , à la sortie des Hébreux conduits par Moïse, à l'émigration en Grèce des
colonies égyptiennes, enfin à des conquêtes plusieurs fois renouvelées ea Afrique et en Asie. Et, comme si l'éclatant triomphe obtenu enfin sur les barbares avait agrandi la puissance des esprits, les ressources publiques, et multiplié les inspirations du génie et du goût, la splendeur de l'Egypte, parvenue dès lors au plus haut point, se révèle dans tous les ouvrages de cette époque, et les témoignages historiques, temples, palais, colosses, obélisques, s'offrent encore à nos yeux dans des proportions grandioses comme le siècle qui les a produits , et comme les rois qui le dominèrent. Nous n'aurons ainsi, dans l'histoire des arts, que des merveilles à décrire , et les actions des hommes ne resteront pas au-dessous de ces admirables productions.
Aménophis , le premier de ce nom, ouvre la liste des princes de cette XVIIP dynastie. Manéthon nous apprend que ce roi régna 25 ans et 4 mois , après que les Pasteurs eurent quitté l'Égypte; indication qui porte la durée du règne d'Aménophis I""'' à près de trente années. Le même Manéthon nous dit, en effet , qu'après la mort d'Ahmôsis, Aménophis, à la tête d'une armée de 480 mille hommes , continua à pousser vivement la guerre contre les Pasteurs renfermés dans Aouaris ; qu'il essaya vainement d'emporter cette place d'assaut , et qu'il n'en reconnut l'impossibilité que par d'infructueuses tentatives plusieurs fois renouvelées : un traité mit fin à cette guerre et à cette cruelle invasion.
Le trône national fut dès lors relevé ; l'Égypte entière et toutes ses dépendances se trouvèrent de nouveau réunies sous l'autorité protectrice d'un seul prince, descendant des anciens rois , et ramenant avec lui dans le pays les anciens dieux et les anciennes lois de la monarchie. La restauration fut opérée dans toutes les branches de l'administration publique ; tous les efforts furent réunis pour rétablir les lieux saints, les édifices publics, la police des cités, l'influence des coutumes et des croyances nationales , et
L'UNIVERS
particulièrement les anciennes règles d'aménajrement du fleuve sacré, le père nourricier de l'Egypte ; car l'incurie des rois pasteurs à l'égard des canaux du Nil sufût pour expliquer la famine qui lit la fortune de Joseph.
Le règne d'Aménophis fut d'environ 30 ans; il nous reste de ce prince de nombreux monuments contemporains, et un plus grand nombre encore , consacrés à sa glorieuse mémoire par les rois ses successeurs, qui l'honorèrent d'un culte presque divin. Son nom est inscrit dans les litanies royales dont des manuscrits sur papyrus nous ont conservé le texte; sur une foule de bas-reliefs, l'image de ce Pharaon est placée au milieu de celles des divinités de l'Égypte, et associée aux actes de piété i qui sont accomplis par des rois , des princes ou des personnages de diverses castes. Une statue d'Aménophis V, divinisé, en calcaire blanc , est au INIusée de Turin ; au Musée égyptien de Paris, on voit, sur des monuments de formes et de matières diverses, ce même Pharaon combattant contre des peuples étrangers ennemis de l'Égypte, ou bien porté sur un palanquin a côté de la déesse Thméi , Injustice et la vérité, qui le couvre de ses ailes ; enfin recevant en même temps que le dieu Osiris les offrandes de fruits et de fleurs, présentées par une famille du pays.
La reine sa femme est habituellement associée aux honneurs du roi.
Elle se nonnnait Ahmos-Nofré-Ari , Vengendrce du dieu Lune , la bienfaisante Arl ; on pourrait s'autoriser de quelques données monumentales pour croire qu'elle fut Éthiopienne ; et le séjour en haute Égypte des rois de la X'^IP dynastie r d'Aménophis luimême pendant sa jeunesse, expliquerait cette alliance du fils d'Ahmèsis î\vec la fille de quelque personnage puissant en Ethiopie. La reine Nofré- Ari est aussi inscrite dans les litanies royales; une statuette en bois peint, du Musée de Turin, re|)résente cette reine; et l'inscription tracée sur la base lui donne les titres de royale épouse d'Aiiimon , royale épouse prin-
cipale, dame du monde, tutrice de la région d'en haut et de la région d'en bas ( la haute et la basse Égypte). Son nom fut aussi conservé dans les actes d'adoration adressés à la mémoire de son mari par les rois et les reines qui leur succédèrent sur le trône. Notre planche 67 donnera une idée de ces pieuses pratiques : une reine, nommée Nofré- Ari , est à genoux en acte d'adoration devant le roi Aménophis II , à côté de qui est assis le prince son fils ; au-dessus d'eux sont assis Thouthmosis III, Mœris , la tête casquée; puis en avant, Thouthmosis II, coiffé en dieu Sockaris; et à droite, sur deux sièges séparés , Aménophis I"" et sa femme Ahmos-Nofré-Ari , dont la tête est ornée d une coiffure divine. Les noms de tous ces personnages sont inscrits dans des cartouches auprès de leurs images.
On pourrait aussi penser, d'après un tableau qui se voit dans un des tombeaux de Gournah , à Thèbes, que le roi Aménophis I""' aurait eu une seconde femme, nommée Ahôthph, et de race blanche ; elle a les titres de rovale fille, royale épouse, royale mère ; elle ne fut peut-être que la fille d'Aménophis; et l'on voit au Musée du Louvre une statuette de cette princesse, dont les deux derniers titres peuvent être des qualifications religieuses.
Le tombeau d'Aménophis V n*a pas été reconnu dans la vallée funéraire de Riban-el-Molouk , où les dynasties thébaines choisirent leur dernière demeure; c'est dans la vallée de l'Ouest que le chef de la XVIIl* dynastie avait fait creuser son tombeau , ainsi que ses premiers successeurs; mais d'immenses déblaye ments , opérés au pied des grands rochers à pic dans lesquels ces tombeaux furent creusés , seraient nécessaires pour rendre ces sépultures royales aux arts et à l'histoire : il nous reste assez d'autres monuments de l'illustre renommée d'Aménophis r% qui mourut après avoir tiré la monarchie égyptienne des mains impies des barbares.
Son fils lui succéda ; il se nomma
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Thôthmes, le fils de Thôth ; c'est un des Tlioiithmosis des écrivains grecs.
Son prénom est le onzième cartouciie de la table d'Abydos ( planclie 47 ) , ligne intermédiaire, en commençant par le premier cartouche à gauche.
La construction des grands édifices de ftlédinet-Habou , à Thèbes, remonte jusqu'au règne de ce Pharaon ; il s'occupa , comme son père , à relever pieusement les temples des dieux du pays.
La partie la plus ancienne de ces édifices, monument qui présente à la fois le double caractère de temple et de palais, consiste en un sanctuaire environné de galeries formées de piliers ou de colonnes, et de huit salies de dimensions diverses. Toutes les parties sont chargées de sculptures en relief, remarquables par l'exacte correction du style et par la finesse du travail : ce sont là des travaux de la plus belle époque de l'art en Égypte. On voit à Ibrim , en Nubie , lieu nommé Primis par les géographes grecs , un Spéos , ou temple creusé dans le rocher, exécuté pendant le règne de ce Thouthmosis , le premier des princes qui portèrent ce nom.
Le fond de ce Spéos est occupé par quatre figures assises, dont deux sont celles de ce Pharaon qui est placé entre le dieu seigneur d'ibrim (une des formes du dieu Thôth, à tête d'épervier), et la déesse Saté, dame de JNubie. Dans le temple d'El-Assasif, non loin du Rhamesséum de Thèbes, ce Piinraon est adoré par ses successeurs qui lui font les mêmes offrandes qu'aux dieux. Sur d'autres monuments il est associé au culte d'Aménophis I", son j)ère. Une magnifique statue colossale de Thouthmosis P'' orne le Musée de Turin; et, sur ce bel ouvrage en granit noir à taches blanches , on a inscrit ses titres de dieu gracieux, soleil grand du monde, etc., aimé d'Ammon, vivificateur à toujours , fils du soleil Tilôthmès, chef semblable au soleil , aimé d'Ammon-Ra , roi des dieux , etc.; il ajouta aussi à ces divers titres la qualification particulière d'image du soleil ; et ce Pharaon est ainsi désigné sur le premier obélisque du palais de Karnac à Thèbes , et dans les tableaux
de la troisième cour du même édificci Dans le temple d'El-Assasif, on voit, dans un bas-relief, ce même Pharaon accompagné de la reine sa femme; elle se nommait Ahmôs , et portait les titres de royale sœur, royale épouse principale, dame du monde; et, auprès du couple royal , se voit leur jeune fille, nommée Sotennofré. D'autres monuments nous ont conservé le nom d'un prince ou gouverneur d'Éléthya, attaché au service personnel de la reine Ahmôs , et celui d'un officier supérieur de la marine de Thouthmosis : ce roi mourut après un règne de treize ans.
Il eut pour successeur son fils , qui s'appela aussi Thouthmosis , et fut le deuxième de ce nom de la XVIIP dynastie. Comme ses prédécesseurs, il s'occupa particulièrement de relever les monuments religieux dans la capitale et les grandes villes de l'Égypte.
Il existe encore à Esnèh , en beau granit rose , des débris des édifices qu'il y avait fait construire , et qui portent son nom. Il contribua aussi à la décoration de la partie la plus ancienne du palais de Médinet-Habou à Thèbes, principalement des six dernières salles ; et ces ouvrages sont également remarquables par leur belle exécution. Sa piété s'étendit sur les édifices même de la Nubie; et ceux de Semné et de Contra-Semiié conservent encore les preuves de sa munificence. Le nom de ce roi est plusieurs fois tracé au milieu de leurs sculptures , et les titres de dieu gracieux , seigneur du monde , chef des biens , sont plusieurs fois mêlés aux signes qui expriment phonétiquement le nom de Thouthmosis; enfin il se trouve à son rang dynastique dans les litanies royales. Il régna vingt ans et sept mois , selon les listes de Manétbon.
La reine sa femme porta le nom d'Amon-Maï, et les titres ordinaires de royale fille, royale épouse principale, dame du moi'.de, tutrice de la haute et de la basse Égypte. Le nom de cette princesse se retrouve dans une des excavations funéraires de la vallée des Reines à Thèbes; il se lit
L'UNIVERS
aussi dans les inscriptions peintes sur une des momies de Turin , et enfin à Éléthya , si toutefois ce n'est pas une autre reine du même nom que tnentionne le monument de ce lieu. Des amulettes en terre émaillée portent sur l'une de leurs faces le prénom royal du roi , et sur l'autre le titre de chéri d'Amon-Ra : il ne faut pas , à l'imitation de ceux qui débitent ()ar habitude les plus aventureuses interprétations, voir dans ce dernier titre le nom même de la reine au revers de celui du roi; la reine se nommait Amon-Maï; et on lit, sur les amulettes, Amon-Ra-Maï, le chéri d'Ammon-Ra , qualification ordinaire des rois, et signe constant de l'efficace protection que leur accordait le grand dieu de Tlièbes et de l'Kgypte.
Avec le règne du successeur de Tliouthmosis II, surgissent les premières difficultés qui procèdent d'un désaccord manifeste entre les données tirées des écrivains anciens, et les notions non moins précises que fournissent les monuments historiques; entre les listes de Manéthon et les monuments ; entre les monuments euxmêmes attentivement comparés.
D'une part, la table d'Abydos, la liste royale du Rhamesséum , celle de Médinet-Halwu , et les tombeaux de Gourmh, donnent pour successeur à ïhouthmosis II, le roi dont le cartouche est immédiatement placé à la gauche du sien. Dans ces listes généalogiques , ce cartouche est reconnu , sans opposition , pour être celui de Thouthmosis III.
D'un autre côté , les monuments d'Ei-Assasif , les propylons et l'obélisque de Karnac, nomment évidemment trois personnages royaux, qui existèrent et régnèrent entre Thouthmosis II et Thouthmosis III; enfin Manéthon rapportait que Thouthmosis U avait eu pour successeur immédiat la reine Amensé sa sœur , fille , comme lui , de Thouthmosis I'"'' , et qu'elle régna vingt-deux ans.
Voici toute l'explication de ces énigmes historiques, explication tirée de l'examen même des monuments
originaux, par Champollion le jeune.
«La vallée A'El-Àssasif, située au nord du Rhamesséum, se termine brusquement au pied des rochers calcaires de la chaîne libyque : là existent les débris d'un édifice'au nord du tombeau d'Osymandyas. Mon but spécial était de constater l'époque encore inconnue de ces constructions, et d'en assigner la destination primitive; je m'attachai à l'examen des sculptures et surtout des légendes hiéroglyphiques inscrites sur les blocs isolés et les [)ans de murailles épars sur un assez grand espace de terrain.
« Je fus d'abord frappé de la finesse du travail de quelques restes de basreliefs martelés à moitié par les premiers chrétiens ; et une porte de granit rose encore de bout au milieu de ces ruines en beau calcaire blanc, me donna la certitude que l'édifice entier appartenait à la meilleure époque de l'art égyptien. Cette porte, ou petit propylon , est entièrement couverte de légendes hiéroglyphiques. On a sculpté sur les jambages , en relief très-bas et fort déiicat, deux images en pied de Pharaons revêtus de leurs insignes.
Toutes les dédicaces sont doubles et faites contemporainement au nom de deux princes : celui qui tient constamment la droite ou le premier rang, se nomme Aménenthé ; l'autre ne marche qu'après, c'est Thouthmosis IIP, nommé Mœris par les Grecs.
« Si j'éprouvai quelque surprise de voir ici et dans tout le reste de l'édifice , le célèbre Mœris orné de toutes les marques de la royauté , céder ainsK le pas à cet Aménenthé qu'on chercherait en vain dans les listes royales , je dus m'étonner encore davantage , à la lecture des inscriptions, de trouver qu'on ne parlât de ce roi barbu , et en costume ordinaire de Pharaon , qu'en employant des noms et des verbes au féminin, comme s'il s'agissait d'une reine. Je donne ici pour exemple la dédicace même des propylons.
« L'Aroèris soutien des dévoués , le roi seigneur, etc., soleil dévoue à la vérité! {Elle) a fait des constructions en l'honneur de son père (le père d'elle) ,
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Ainon-Ra, seigneur des trônes du monde; elle lui a élevé ce propylon (qu'Amnion protège l'édifice !) en pierre de granit : c'est ce quelle a fait (pour être) vivifiée à toujours. «
L'autre jambage porte une dédicace analogue /niais au nom du roi ïhouthmosis'llP, ou ISlreris. En parcourant le reste de ces ruines , la même singularité se présenta partout. Non-seulement je retrouvai le prénom d'Aménenthé précédé des titres le roi souveraine du monde, mais aussi son nom propre lui-même à la suite du titre la fille du soleil. Enfin , dans tous les bas -reliefs représentant les dieux adressant la parole à ce roi Améneuthé , on le traite en reine comme dans la formule suivante :
« Voici ce que dit Amon-Ra, seigneur des trônes du monde, à sa fdle chérie , soleil dévoué à la vérité : L'édifice que tu as construit est semblable à la demeure divine. »
De nouveaux faits piquèrent encore plus ma curiosité ; j'observai surtout dans les légendes du propylon de granit, que les cartouches- prénoms et noms propres d'Aménentbé, avaient été martelés dans les temps antiques, et remplacés par ceux de ïhouthmosis III , sculptés en surcharge.
Ailleurs, quelques légendes d'Aménentbé avaient reçu en surcharge aussi celles du Pharaon Tbouthmosis IP.
Plusieurs autres enfin offraient le prénom d'un Tbouthmosis encore inconnu , renfermant aussi dans son cartouche le nom propre de femme Amensé , le tout encore sculpté aux dépens des légendes d'Aménenthé, préalablement martelées. Je me rappelai alors avoir remarqué ce nouveau roi Tbouthmosis , traité en reine , dans le petit édifice de Tbouthmosis IIP à Médinet-Habou.
C'est en rapprochant ces faits et ces diverses circonstances , de plusieurs observations du même genre , premiers résultats de mes courses dans le grand palais et dans le propylon de Karnac , que je suis parvenu à compléter mes connaissances sur le personnel de la première partie de la XVIIP dynastie.
20' Livraison. (Egypte.)
Il résulte de la combinaison de tous les témoignages fournis par ces divers monuments, et qu'il serait hors de propos de développer ici :
1° Que Tbouthmosis P' succéda immédiatement au grand Aménothph P"', le chef de la XVUP dynastie , l'une des Diospolitaines ; 2° Que son fils Tbouthmosis II occupa le trône après lui , et mourut sans enfants ; 3° Que sa sœur Amensé lui succéda comme fille de Tbouthmosis 1", et régna 22 ans en souveraine ; 4° Que cette reine eut pour premier mari un Tbouthmosis, qui comprit dans son nom propre celui de la reine Amensé son épouse; que ce Tbouthmosis fut le père de Tbouthmosis III ou Mœris, et gouverna au nom d'Amensé; 5° Qu'à la mort de ce Tbouthmosis, la reine épousa en secondes noces Aménenthé , qui gouverna aussi au nom d'Amensé, et qui fut régent pendant la minorité et les premières années de Tbouthmosis III ou IMœris ; 6° Que Tbouthmosis ni, le Rlœris des Grecs, exerça le pouvoir conjointement avec le régent Aménenthé , qui le tint sous sa tutelle pendant quelques années.
La connaissance de cette succession de personnages explique tout naturellement les singularités notées dans l'examen minutieux de tous les restes de sculptures existant dans l'édifice de la vallée à' El-Assasif. On comprend alors pourquoi le régent Aménenthé ne paraît dans les bas -reliefs que pour y recevoir les paroles gracieuses que les dieux adressent à la reine Amensé, dont il n'est que le représentant ; cela explique le style des dédicaces faites par Aménenthé , parlant lui-même au nom de la reine, ainsi que les dédicaces du même genre , dans lesquelles on lit le nom de Tbouthmosis , premier mari d'Amensé , qui joua d'abord le premier rôle passif, et ne fut, comme son successeur Aménenthé, qu'une espèce de figurant du pouvoir royal exercé par la reine.
Les surcharges qu'ont éprouvées la plupart des légendes du régent Aménenthé, démontrent que sa régeni-e
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fut odieuse et pesante pour son pupille Thouthmosis III. Celui-ci semble avoir pris à tâche de condamner son tuteur à un éternel oubli. C'est en effet sous le règne de Thouthmosis III que furent martelées presque toutes les légendes d'Aménenthé, et qu'on sculpta à la place soit les légendes de Thouthmosis III , dont il avait sans doute usurpé l'autorité, soit celles de Thouthmosis , premier mari d'Amensé, le père même du roi régnant, .l'ai observé la destruction systématique de ces légendes dans une foule de bas -reliefs existant sur divers autres points de Thèbes. Fiit-elle l'ouvrage immédiat de la haine personnelle de Thouthmosis III , ou une basse flatterte du corps sacerdotal.' C'est ce qu'il nous est impossible de décider; mais le fait nous a paru assez curieux pour le constater. (Voyez Lettre xv".)
Cette curieuse explication d'une difficulté à la fois historique et généalogique , est tirée d'une lettre de Champollion le jeune, datée de Thèbes, le 18 juin 1829, et rendue publique peu de temps après: néanmoins, il s"est trouvé quelqu'un , en 1832, qui, par une habitude de plagiat, protégé devant la loi , mais non pas devant l'honneur, par une frontière étrangère, s'est approprié cette explication sans en nommer le véritable auteur , dans un livre , il est vrai , où sont fréquemment remarqués de pareils oublis que nous aurons bientôt l'occasion d'indiquer à l'équité publique.
En reprenant notre narration , delaquelle nous nous sommes détournés en cédant à un impérieux devoir, nous voyons que, à sa mort, le Pharaon Thouthmosis II n'ayant pas laissé de successeur en ligne directe, la constitution politique appela au trône la ligne collatérale, dont le chef fut la princesse Amensé, sœur du roi défunt, fdie, comme lui , de Thouthmosis :
et, si l'on se représente quel est le caractère spécial des listes royales d'Abydos , du Rhaniesséum et dê Médinetliabou ,oncomprend aussitôt pourquoi la reine Amensé ne fut pas mentionnée
dans ces listes, qui étaient généalogiques par les générations, et non pas dynastiques parles règnes successifs; ces listes devaientdonc nommerThouthmosisIII immédiatement après Thouthmosis II, parce que la reine Amensé, soeur du dernier roi , ne formait avec lui qu'une seule génération, selon les règles de tout temps adoptées par les généalogistes. Mais Manéthon , qui donnait la liste successive des règnes, n'eut garde d'oublier celui de la reine Amensé ; il le place au quatrième rang dans l'ordre de ceux de la XVIII' dynastie , comme on le voit dans la copie des listes conservée par Jules l'Africain ; et comme Eusèbe a omis ou bien oublié ce même règne d'Amensé, le Syncellene s'est pas dispensé de relever cette méprise de l'évéque de Césarée.
La durée du règne de la reine Amensé est fixée à vingt et un ans et neuf mois, ou vingt-deux années en nombre rond : ce qui vient d'être dit de la vie de cette princesse, revêtue du pouvoir souverain , porte l'historien à diviser la durée totale de ce règne en deux portions distinctes, les temps du premier mariage de cette reine, et les temps du second.
Quelques monuments nous portent à croire que la fille du roi Thouthmosis ne régna que bien peu de temps avant son premier mariage: ce règne en effet ne dura que vingt^eux ans^ et le fils d'Amensé , Thoutlïmosis-Moeris , paraît sur un monument élevé durant ce règne, à El-Assasif, dans une cérémonie religieuse, où il est accompagné d'un jeune enfant que l'inscription dit être sa fille.
Ces détails paraîtront peut-être bien minutieux , mais ils ne sont pas inutiles pour nous éclairer avec certitude sur l'état véritable de quelques-unes des plus importantes institutions publiques de rÉgypte , la succession à la couronne royale , et aussi sur les signes officiels que la loi avait consacrés comme marques de l'autorité suprême.
Amensé, à son avènement, adopta le prénom royal , soleil dévoué à la vérité ; et le second cartel renferma son
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nom propre : Aniensé {la fille d'Âmon).
Elle épousa , en premières noces , un Thoutlimosis , qui fut peut-être de la famille royale de ce nom , un parent de la reine. Ce Thouthmosis prit le prénom royal de : soleil grand du monde ; et , dans le second cartel de la légende royale, il inscrivit à la fois le nom de la reine et le sien, Amensé- Thoutlimosis ; c'est dans cet état que ces deux cartouches subsistent encore àMédinet-Habou.Enfln, Amensé ayant contracté un second mariage, son nouveau mari n'eut pas d'autre prénom royal que celui de la reine même , soleil dévoué à la vérité; et son nom propre, Aménenthé, n'est inscrit, dans les monuments, qu'au second rang, après le cartel de la reine.
Il y eut une différence sensible dans la condition comparée des deux maris de la reine; et ce qu'il y a de plus élevé , de plus royal en quelque sorte dans celle du premier , s explique par la naissance d un fils qui, devant succéder à la reine Amensé, donna à Thouthmosis , le premier mari , la qualité et le privilège de père du roi. Il paraît que le droit de légende royale était un de ces privilèges: mais, pour cela, faut -il inscrire ce Thouthmosis •dans la liste des rois de la XViir dynastie? Nous ne le pensons pas, puisque c'est dans la personne de la reine que résidait le droit d'hérédité de la couronne , qu'elle en conféra quelques circonstances honorifiques seulement au père de Tenfant-roi à qui elle venait de transmettre ce droit avec la vie , et que Thouthmosis son père, qui n'avait aucun titre au pouvoir royal , ne put jouir que des honneurs secondaires déférés au père du roi , qui n'était pas roi. Ce Thouthmosis ne {jeut donc nas être inscrit dans la liste des rois d Égypte; aussi c'est le nom d'Amensé qui se lisait dans les annales sacrées consultées et copiées par Manéthon, et elles attribuèrent à cette reine les vingt-deux années entières de son règne , quoique ce règne comprît tout le temps (lu'elle vécut avec son prem'er et avec son second mari , celui rnéme
de la minorité du jeune roi. Nous ne donnerons donc ni à l'un ni à l'autre le titre de roi ; et , ayant nommé Thouthmosis II le frère de la reine Aniensé , nous reconnaîtrons , comme le troisième roi de ce nom , le jeune roi , fils d'Amensé et de son premier mari , et Mœris restera le Thouthmosis III, comme l'a dit Manéthon.
Le nom de la reine Amensé se lit audessous de son image qui est peinte sur le premier cercueil d'une belle momie du musée royal de Turin. On voit, à Ombos, les restes d'un petit propylon qu'elle avait fait construire , et que l'inscription qualifie de « Porte de la reine Amensé, conduisant au temple de Sévek-Ra. » La même divinité avait, dans la ville d'Éléthya , un autre temple construit et décoré par la même reine , qui y avait associé au cuite du Saturne égyptien, celui de la déesse Sowan ou Lucine. Dans le temple de Médinet-Habou , les témoignages de sa piété envers les grandes divinités de Thèbes , subsistent encore ; on les retrouve dans la portion la plus ancienne des vastes édifices de ce lieu.
La plupart des bas-relifs qui la décorent portent le nom de la reine, et sont remarquables par leur parfaite exécution ; il en est de même des sculptures exécutées par l'ordre d'Amensé, dans les dernières salles du palais de ce même quartier de Thèbes , de i\Iédinet-Habou.
S'il était possible d'en juger avec certitude par le plus grand nombre de monuments subsistants , on serait autorisé à croire que Thouthmosis mourut peu de temps après son mariage avec la reine , et après la naissance de leur fils, le nom du second mari, qui se nomma Aménenthé, se trouvant bien plus fréquemment que celui du premier, sur ces monuments de divers ordres, et toujours associé au prénom royal de la souveraine : on les voit l'un et l'autre inscrits dans la légende royale qui décore une belle stèle du Vatican , et sur un amulette en terre émaillée du Cabinet du roi, à Paris.
On sait aussi que les édifices d'El- Assasif furent l'ouvrage de cette reine
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pendant son second mariage : cela résulte en effet des inscriptions éncore subsistantes , où le prénom royal de la princesse et le nom du régent Aménenthé se trouvent souvent répétés; le jeune Thoutlimosis III y est aussi nommé quoique encore mineur; et les dédicaces qui subsistent dans des salles moins maltraitées, par le temps ou par les hommes, que l'ediûce intérieur, annoncent que cet édifice était un temple consacré à la grande divinité de Tlièbes, à Amon-Ra, le roi des dieux,
Su'on y adorait sous la figure spéciale e Amon-Ra seigneur des trônes et du monde. Ce temple , d'une étendue considérable, était décoré de sculptures du travail le plus précieux , précédé d'un dromos , vraisemblablement aussi d'une longue avenue de sphynx ; il s'élevait au fond de la vallée d'El- Assasif, et son sanctuaire pénétrait dans les rochers à pic de la montagne. Des offrandes faites aux dieux ou aux ancêtres du Pharaon fondateur du temple, sont les sujets des tableaux sculptés dont cet édifice religieux est orne. On y voit aussi le jeune Thouthmosis-Mœris rendant de pieux hommages à son père qui ne fut pas roi , et a son oncle le Pharaon Thouthmosis II. Les plafonds de quelquesunes de ces salles sont remarquables , ayant la forme d'une voûte; enfin, c'est dans une de ces salles que l'on voit un grand bas-relief peint, occupant toute la paroi de gauche, dans lequel on a figuré la grande bari sacrée , ou arche d'Amon-Ra. Ce dieu du temple est adoré par le régent Aménenthé , marchant avant son pupille Thouthmosis - Mœris , qui est suivi d'une très-jeune enfant , richement parée, nommée Rannofré, et que l'inscription qualifie de fille du roi. En arrière de la bari sacrée, et comme recevant une portion des offrandes faites par les deux rois agenouillés, sont les images en pied du Pharaon Thouthmosis I", de la reine Ahmosis et de leur fille Sotennofré; l'histoire écrite n'avait pas conservé les noms des trois princesses qui figurent dans ce riche tableau de l'époque et du règne
d'Amensé. Mais les grands obélisques du temple de Karnac à Thèbes doivent être considérés comme les plus beaux monuments qui nous restent du règne de cette reine , comme ils sont aussi au nombre des plus admirables productions de l'art égj'ptien.
Celui de ces deux obélisques qui est encore sur pied , est le plus beau de tous ceux qui subsistent sur le sol de l'Egypte ; il est en granit rose , haut de 90 pieds au moins, et d'un seul bloc , comme le sont tous les obélisques égyptiens antiques. Cet obélisque fut érigé par la reine Amensé en l'honneur d'Amon-Ra et à la mémoire de son père Thouthmosis I" ; le régent Aménenthé est nommé dans le texte relatif à l'érection du monolithe. Les images de la reine, de son mari, et de son fils Mœris, se voient dans les scènes des offrandes , et le monument n'a reçu aucune addition postérieure, à l'exception de la figure d'un des rois successeurs de Mœris , qui s'y trouve représenté en acte d'adoration devant le dieu auquel l'obélisque est consacré. Il repose sur une base ornée de belles inscriptions dédicatoires , dont le texto s'exprime au nom de la reine désignée par cette phrase remarquable : le roi du peuple obéissant (soleil dévoué à la vérité), la fille du soleil (Aménemhé): nouvelle preuve de la condition singulière des reines exclues comme femmes de certaines attributions expressément dévolues à leur mari, quoiqu'ils ne jouissent pas de l'autorité royale.
L'autre obélisque, malheureusement renversé et brisé , était aussi un magnifique monument de la piété de la reine Amensé : dans les tableaux du pyramidion , c'est encore le régent Aménemhé aux pieds d'Amon-Ra ; et, dans ces tableaux religieux, on reconnaîtrait, sans le secours des inscriptions, la figure de ce même régent , tant l'art égyptien a su faire ressemblantes celles de ce personnage qui se voient encore et sur l'édifice (i'El-Assasif , et sur cet obélisque de Karnac. Le jeune roi Mœris y est aussi représenté , associé aux offrandes faites par son tuteur; et
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postérieurement un autre Pharaon , qui fit faire quelques ouvrages dans ce même temple , s'y est substitué dans les images et les inscriptions, aux personnages nommés primitivement dans cet obélisque : Mœris lui-même , devenu roi , n'y épargna pas non plus le prénom royal du second mari de sa mère : il remplaça par son nom celui d'Aménemhé (ou Aménenthé) qui fut martelé.
On ignore si ce même Aménemhé survécut à la reine Amensé : dans tous les cas , ses honneurs durent finir avec la vie de la reine, dont le tombeau existe encore dans la vallée funéraire de Thèbes. Elle mourut vers l'an 1736 avant l'ère chrétienne.
Son fils lui succéda immédiatement, et porta le nom de Thouthmosis , l'engendré de Thôth, surnommé Mœris {Mai-ré, gui aime Phré , le dieu soleil ) ; on lui donne aussi d'autres surnoms : bienfaiteur des mondes (à Karnac) ; serviteur du soleil , président de la première des dix régions (sur un obélisque de Rome) ; approuvé par le soleil (obélisque de Constantinople ) ; modérateur de justice (Amada ). Son
[)rénom royal , formé de trois signes , e disque du soleil , le mur crénelé , le scarabée, et signifiant soleil stabiliteur de l'univers , est quelquefois augmenté d'un quatrième signe, la ligne brisée écrite avant le scarabée ; on le voit ainsi sur les monuments de la Nubie; et dans les listes en écriture hiératique , le prénom de ce Thouthmosis III contient toujours quatre signes.
Le règne de Mœris n'eut pas une longue durée; il fut de moins de treize années (12 ans et 9 mois) ; mais il dut être glorieux ; il y a peu de souverains égyptiens dont il reste autant de monuments , dont l'antiquité ait autant exalté la gloire et proclamé le renom.
Tous ces souvenirs , tous ces travaux du règne de Mœris sont empreints d'un caractère particulier : tous les monuments de sa piété sont édifiés à des dieux de la paix ; tontes ses grandes actions sont des faits d'administration civile ; la sagessse de l'Égypte se révé-
lerait-elle aussi dans la renommée immortelle de ce grand prince , ami de la paix et des arts ?
L'Égypte et la Nubie sont encore couvertes de magnifiques ruines provenant des belles constructions élevées durant le règne de Mœris ; et de riches villes modernes , Rome elle-même , en ont recueilli des débris qui dominent encore par leur éclat les chefs-d'œuvre des arts renouvelés.
Parvenu à la suprême puissance , Mœris donna d'abord ses soins à faire terminer les ouvrages publics commencés pendant le règne de sa mère ; il en haïssait le second mari , Aménemhé , dont la tutelle avait pu lui être incommode ou oppressive; et , comme pour le punir d'une usurpation , Mœris lit marteler soigneusement, sur tous les édifices publics , le prénom et la figure en pied de son beau-père, y substituant quelquefois les siens à côté de celle de sa mère. L'obélisque de Karnac, les édifices d'El-Assasif et de Médinet-Habou portent encore les traces de ces royales récriminations.
Mœris fut plus respectueux envers son père : il s'occupa d'assurer la conservation de ses honneurs presque souverains; et, dans quelques salles du palais dont il commença la construction à Médinet-Habou ,° il fit inscrire, dans deux cartouches accolés , le nom de Thouthmosis son père à côté de son cartouche royal.
Mœris construisit ensuite la plupart des édifices sacrés qui s'élevèrent en Kgypte et en Nubie après l'expulsion des Pasteurs , effaçant ainsi , avec une pieuse persévérance , les traces profondes de la barbarie. La ville d'Éléthya ne fut pas oubliée; il orna Esnèh, ville importante en ce temps-là , d'un temple au dieu Chnouphis, le seigneur du pays , créateur de l'univers , principe vital des essences divines, soutien de tous les mondes; il associa au grand dieu les deux autres personnages qui complétaient 1-a triade du nome d'Esnèh, Nèith, et le jeune Haké, représenté sous la forme (l'un enfant; et la dédicace de ce temple au nom de Mœris était encore, du temps des
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Ptoléinées , au nonibre des fêtes commémoratives célébrées dans ce temple.
A Edfou , Mœris éleva un temple au grand dieu Har-Hat, qui était aussi le seigneur liturgique du lieu. A Ombos, il contribua à la construction du mur général d'enceinte; une porte, ornée de son nom , subsiste encore. Il éleva les propylées du grand temple de Mempbis , et Diodore de Sicile assure qu'ils surpassaient en magnificence tous les autres ouvrages de ce genre. A Éléphantine, un mur du quai, de construction romaine , renferme des débris des édifices consacrés aux dieux de cette ville par Mœris. Thèbes surtout nous montre IfS témoignages de son inépuisable munificence : un palais à Médinet-Habou , une grande partie des immenses constructions de Raraac, le temple d'EI-Assasif terminé, en ont consacré le souvenir. C'est en effet par les soins de Mœris que la plus ancienne partie de l'édifice de Jlédinetlîabou reçut sa décoration. Les dédi- <;aces portent son nom ; et celle qui se lit encore sous la galerie de droite s'exprime ainsi : « La vie ! l'Horus puissant, aimé de Phré, le souverain de la haute et de la basse région , grand chef de toutes les parties du \nonde, l'Horus resplendissant, grand par sa forme, celui qui a frappé les neuf arcs (les peuples nomades); le dieu gracieux, seigneur du monde, soleil stabiiiteur de l'univers, le fils du soleil, ïhoutbmosis, bienfaiteur du monde, vivifié aujourd'hui et à toujours. Il a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père Amon- Ra , roi des dieux; il lui a érigé ce grand temple dans la partie occidentale du Thoutlimoséïum d'Amon , en belle pierre de grès : c'est ce qu'a fait le roi , vivant toujours. » La plupart des bas-reliefs qui décorent les galeries et les chambres , représentent ce roi Rlœris rendant des hommages aux dieux, ou recevant d'eux des dons et des grâces. Sur la paroi de gauche de la grande salle ou sanctuaire, ce Pharaon casqué est conduit par la déesse Athôr et par le dieu Amon , qui se donnent la main , vers l'arbre mystique
de la vie. Le roi des dieux , Amon-Ra , assis, trace avec un pinceau le nom de Thouthmosis sur l'épais feuillage de cet arbre , en disant : « Mon fils , stabiiiteur de l'univers, Je place ton nom sur l'arbre Oscht, dans le palais du soleil. » Cette scène se passe devant les vingt -cinq divinités secondaires adorées à Thèbes , rangées sur deux files; uae inscription les annonce en ces termes : Voici ce que disent les autres grandes divinités d'Opht (Thèbes):
« ÎSos cœurs se réjouissent à cause du bel édifice construit par le roi soleil stabiiiteur de l'univers. » Les hommes et les dieux célébrèrent ainsi la gloire du roi Mœris.
Les ruines historiques de la IN'ubie en rendent encore témoignage. Le plus grand des temples construits à Ouadi- Halfa , l'antique Béhéni , auprès de la seconde cataracte au sud de Thèbes , fut aussi un ouvrage de Mœris. Il fut construit en briques, orné de pilierscolonnes d'ordre dorique primitif, et de portes en grès ; il était déxJié aux dieux Amon-Ra et Phré. A Ibrim, un spéos ou chapelle creusée dans la montagne , remonte au règne de Mœris ; sa statue , assise entre celles du dieu seigneur d' Ibrim et de la déesse de Nubie, occupe la niche du fond; et ce spéos a été creusé par un prince nommé Nahi , qui prend le titre de gouverneurdes terres méridionales ( la Aubie). Ce prince est debout devant le roi assis sur un trône , et accompagné de plusieurs autres fonctionnaires publics ; il présente à Mœris les tributs en or, en argent et en grains, provenant des terres méridionales dont il a le gouvernement.
Les bas -reliefs du sanctuaire du temple d Amada nous apprennent que cet édifice fut aussi le fruit de la pieté de Mœris , et le nom du roi se lit encore dans le texte des dédicaces ainsi conçues: «Ledieubienfaisant, seigneur du monde, le roi stabiiiteur deï'univers , le fils du soleil, Thouthmosis , modérateur de justice , a fait ses dévotions à son père le dieu Phré, le dieu des deux montagnes célestes, et lui a élevé ce temple en pierre dure;
ÉGYPTE
il l'a fait pour être viviGé à toujours.» Rlœris mourut avant que cet édifice fût terminé ; ses premières vues de restauration s'étaient naturellement portées sur l'Égypte : la Nubie n'en était qu'une dépendance, et ne tenait que le second rang dans l'ordre des fondations pieuses ordonnées par ce roi. Eguisse et Semné, autres villes de Nubie, eurent aussi leur part dans ses bienfaits.
L'obélisque de Saint- Jean de Latran a Rome, l'un des plus considérables monuments de cet ordre, l'obélisque d'Alexandrie, et celui de Constantinopie , sont aussi au nombre des admirables ouvrages d'art du règne de Mœris ; et c'est à lui qu'il faut faire un éternel bonneur de la plus vaste et de la plus bardie entreprise d'utilité publique , que le génie de Tbomnie ait jamais 'conçue et exécutée , le lac qui porte son nom , et qui maîtrisait pour ainsi dire , selon l'intérêt de l'État , les prodigieuses inondations du plus grand fleuve de la terre. (Voyez à la page 12, la Description du lac Mœris.)
Une statue colossale de Mœris , en granit noir, à taclies blanches, est au musée de Turin. Plusieurs stèles du musée égyptien de Paris rappellent des actions ou des époques du règne de ce grand roi ; et son nom royal est le plus fréquent de tous sur les bijoux et les amulettes.
Enfin, ce prince honorait ses ancêtres à l'égal des dieux , selon la foi du pays; il a laissé de ce respect un monument non moins utile à l'histoire qu'à sa propre gloire. C'est Mœris en effet qui orna le palais de Rarnac de la Table historique et généalogique des rois qui , avant lui , occupèrent le trône d'Égvpte. Les voyageurs modernes ont donné le nom de salle des rois à une de celles de ce temple , laquelle est remarquable par sa décoration et sa destination également singulières, comparée aux autres parties analogues dans les édifices de l'Égypte. Les trois côtés sud-est, sud-ouest et nord -ouest de cette vaste salle sont occupés par quatre files de figures assises , placées l'une derrière l'autre ; les files sont sculptées l'une au-dessus de l'autre;
chacune est de quinze personnages; mais , dans chaque file , les huit premières figures regardent le sud-est , et les sept suivantes le nord-ouest : à ces deux points opposés le roi Mœris est debout, devant le premier personnage de chaque iile ; une table chargée d'offrandes s'élève entre le roi et la première figure ; leur pose et leurs insignes annoncent que ce sont des rois ; le cartouche-prénom qui est à côté de chaque figure ne laisse aucun doute à cet égard : ce riche et précieux Tableau nous représente donc le roi Mœris faisant des offrandes et des prières] à soixante rois , ses prédécesseurs sur le trône d'Égypte. On reconnaît dans cette longue série plusieurs des princes de la XVIP et de la XVP dynastie, qui sont déjà nommés à leur place dans notre précis historique; mais le plus grand nombre des noms de la Table royale deKarnac s'élève à des époques où la critique historique n'a pas encore pénétré. Mœris consacra ce monument à la mémoire de ses ancêtres, vers l'année 1725 avant l'ère chrétienne.
C'est au règne de ce même roi , et à l'année 1732 avant la même ère, qu'appartient le plus ancien manuscrit égyptien connu avec une date précise : ce manuscrit existe au musée de Turin; c'est un contrat daté de la cinquième année du règne de Mœris.
Dans les bas-reliefs du temple de Médinet-Habou , le roi associe à ses offrandes la reine sa femme ; elle porte les titres ordinaires de royale épouse principale , et a le nom de Rhamaïthé. Dans le tombeau d'Amensé, mère du roi , on le voit accompagné de sa jeune fille , nommée Réninorré , soleil des bienfaits. Mœris eut aussi de ce mariage un fils qui lui succéda, et il mourut après un règne trop court, toul rempli de grandes et de bonnes action?
dont les témoignages éclatants subsis tent encore. Les plus célèbres historiens de l'antiquité grecque en ont , à l'envi , célébré la gloire; et ils en ont raconté des merveilles que l'autorité des monuments a fait inscrire parmi les vérités de l'histoire.
L'UPsIVERS.
Le fils et le successeur de Mœris ( l'an 1723 avant J. C.) se nomma Améiiophis; il est le'second roi de ce nom drins la XVIIP dynastie; son prénom royal (le 8" de la ligne intermédiaire de la table d'Abydos , de gauche à droite) signifiait : le soleil grand des mondes.
On ne peut s'abstenir de remarquer que le nom d'Aménophis II se lit plus fréqueniment sur les monuments de la Nubie que sur ceux de l'Égypte : comme si ce prince s'était appliqué à continuer l'exécution des projets de son père, qui, après avoir élevé en ligypte d'abord de si grands édifices , put a peine, à cause de la courte durée de son règne, voir commencer ceux dont il voulait orner la Nubie.
Aménophis II concourut cependant à accroître les splendeurs de Tlièbes; son nom se lit sur le troisième propylée et les colosses de Karnac.
A Snem ( Begbé ) , Aniénopbis II érigea un temple en l'honneur de Chnouphis et de la déesse Athôr; un des pylônes de l'édifice était décoré d'une statue colossale de ce roi.
En pénétrant dans la Nubie, nous trouvons à Calabschi , l'ancienne Talmis des Grecs , les restes d'im temple qu'Aménophis II y avait élevé en l'honneur du dieu ÎVlalouli , jeune dieu qui formait, avec Horus, son père, et Isis , femme et mère d'Horus , la triade finale du système religieux de l'Égypte, dont Ammon , Mouth et Khons composaient la triade initiale. Ce même temple , détruit par le temps ou par ies guerres , fut relevé par un des rois Ptolémées; et, après une nouvelle destruction , réédifié encore par les Romains, commencé par Auguste, continué par Caligula, parTrajan ; mais son état actuel annonce qu'il ne fut jamais terminé. Ce temple fut à toutes ces époques dédié au même dieu ; il était le seigneur suzerain du lieu, sa divinité locale : il n'y a pas d'exemple hors de l'Égypte de cette persistance tlans le même culte, dans la même religion , malgré les invasions ennemies et la mobilité des croyances humaines.
Oans une autre ville de Nubie, à Amada,
Aménophis II continua le temple commencé par Mœris son père ; il fit sculpter les quatre salles à la droite et à la gauche du sanctuaire ; et ce roi fit mscrire , sur une grande stèle placée au fond du sanctuaire , le détail des ouvrages exécutés par ses ordres.
On voit encore a Ibrim un spéos du règne d'Aménophis II ; alors les terres du midi, la Nubie, étaient administrées par un prince nommé Osorsaté.
Sur la paroi droite du spéos, le roi assis reçoit d'Osorsaté et d'autres fonctionnaires, les tributs de ces terres méridionales et des productions naturelles du pays, y compris des lions, 40 lévriers et 10 chacals vivants : la statue du roi était placée au milieu de celles des divinités locales. Enfin , à Ouadi-Halfa, près de la seconde cataracte, Aménophis II dédia un temple à Horammon; la fin de l'inscription dédicatoire se lit encore sur les débris de la porte antique , et les colonnes en pierre de l'intérieur du temple sont du style dorique , taillées à pans trèsréguliers et peu marqués , type incontestable des ordres grecs , et qui remonte évidemment au règne de notre Aménophis II. On a aussi retrouvé des souvenirs de son règne à Sabout-el- Qadim , vers les côtes de la mer Rouge , 011 l'Égypte possédait alors de^ établissements conmierciaux ou industriels.
Une statue colossale de ce roi orne le musée royal de Turin ; elle est de granit rose , et monolithe comme tous les colosses de l'Égypte.
Aménophis II mourut après avoir régné 25 ans et 10 mois ; son tombeau est perdu avec celui des autres premiers rois de la XVIIP dynastie, dans la vallée de l'ouest, où il n'a pas été découvert.
Un autreThouthmosis , le 4'" de cette même dynastie , fut le successeur d'Aménophis II, son père. 11 continua aussi et termina le temple d'Amada , en y ajoutant le pronaos et les piliers; les architraves sont occupées par des inscriptions en l'honneur de ce roi; une d'eJles est ainsi conçue : « Voici ce que dit le dieu Thoth, le seigneur des divines paroles, aux autres dieux qui
EGYPTE
résident dans Thyri : Accourez et contemplez ces offrandes grandes et pures, faites pour la construction de ce temple par le roi Thouthmosis , à son père ledieu Phré, dieu grand, manifesté dans le firmament. « La sculpture de ce temple montre partout la belle époque de l'art en Égypte. Le nom de Thouthmosis IV se voit aussi sur une frise dans les débris des édifices de Ouadi- Halfa.
Le règne de ce Pharaon fut troublé par les soins de la guerre ; les frontières méridionales de l'Egypte étaient constamment menacées par les peuplades insoumises de la Libye : Thouthmosis IV fut contraint de les combattre vers la fin de son règne ; et il existe encore, sur les rochers de Philae , une inscription commémorative d'une victoire qu'il remporta sur ces Libyens, le 8 du mois phaménoth, l'an 7 de son règne, 1691 ans avant l'ère chrétienne.
Deux stèles du règne de ce roi , d'un très-beau travail , sculptées et peintes, sont dans le musée de Turin ; et le bel obélisque de Saint-Jean de Latran , à Rome , porte aussi le nom de Thoutiimosis IV; il est dans les colonnes latérales des quatre faces du monolithe, et elles nous apprennent que ce Pharaon avait ajouté de grandes constructions à un des temples d'Amon-Ra à Thèbes , fondé par un de ses prédécesseurs , vraisemblablement par Thouthmosis III, qui y avait fait ériger cet obélisque, transporté depuis dans la capitale du monde romain. Le prénom royal de Thouthmosis IV signifiait le soleil stabiliteur des mondes ; il prit aussi le titre de chef des chefs. Le portrait de la reine sa femme se trouve dans les tombeaux de Kourna à Thèbes , mais sa légende est détruite. Ce Thouthmosis mourut après un règne de 9 ans et 8 mois , vers l'année 1687 avant l'ère chrétienne.
Il eut pour successeur un des princes les plus illustres parmi les races royales égyptiennes , et des plus connus parmi les populations occidentales : il se nomma Aménophis III ; c'est le Memnon des Grecs , le roi à la statue par-
lante, dont les merveilles ont ému les plus vulgaires esprits.
La naissance même de cet Aménophis eut aussi ses miracles ; et nous avons déjà rapporté (page 56) les circonstances religieuses de l'annonciation , de la naissance et de l'éducdtion de ce roi. Thebes et les villes principales de l'Égypte sont encore couvertes des restes et des preuves de sa magnificence : nous avons aussi donné (page 76 et suiv.) une idée de l'ensemble du palais de Thèbes qui porte son nom , connu dans les relations anciennes et modernes sous la dénomination de Memnonium, et qui a dans ses inscriptions celle d'Aménophium. Le grand palais de Louqsor fut aussi l'ouvrage d'Aménophis III , il en jeta les premiers fondements : écoutons le voyageur qui en a donné , le premier, la description historique :
« Le f<)ndateur du palais de Louqsor, ou plutôt des palais de Louqsor, a été le Pharaon Aménophis-Memnoii (AmenothphlIPde la XVIII''dynastie).
C'est ce prince qui a bâti la série d'édifices qui s'étend du sud au nord , depuis le Nil jusqu'aux 14 grandes colonnes de 4.5 pieds de hauteur, et dont les masses appartiennent encore à ce règne. Sur toutes les architraves des autres colonnes ornant les cours et les salies intérieures, colonnes au nombre de 105, la plupart intactes, on lit, en grands hiéroglyphes d'un relief trèsbas et d'un excellent travail , des dédicaces faites au nom du roi Aménophis.
Je mets ici la traduction de l'une d'elles, pour donner une idée de toutes les autres , qui ne diffèrent que par quelques titres royaux de plus ou de moins. »
« La vie! l'Horus puissant et modéré , régnant par la justice , l'organisateur de son pays , celui qui tient le monde en repos , parce que , grand par sa force , il a frappé les barbares ; le roi seigneur de justice, bien aimé du soleil , le fils du soleil, Aménophis , modérateur de la région pure (l'Égypte), a fait exécuter ces constructions consacrées à son père Amon , le dieu seigneur des trois zones de l'uni-vers,
L'UNIVERS
danr, l'Oph du midi ; il les a fait exécuter en pierres dures et bonnes , afin d'ériger un édifice durable; c'est ce qu'a fait le CIs du soleil Aménophis , cbéri d'Amon-Ra. »
Ces inscriptions lèvent donc toute espèce de doute sur l'époque précise de la construction et de la décoration de cette partie de Louqsor.
Les bas-reliefs qui décorent le palais d'Aménopbis sont, en général, relatifs à des actes religieux faits par ce prince aux grandes divinités de cette portion de Tlièbes, qui étaient 1" Amon- Ra, le dieu suprême de l'Égypte, et celui qu'on adorait presque exclusivement à Thèbes, sa ville éponyme; 2° sa forme secondaire, Amon-Ra-Générateur, mystiquement surnommé le mari de sa mère, et représenté sous une forme priapique; c'est le dieu Pan égyptien , ment ionné dans les écrivains grecs ; 3° la déesse Thamoun ou Tamon , c'est-à-dire Amon femelle, une des formes de Neïth, considérée comme compagne d'Amon générateur; 4° la déesse Moutb , la grand' mère divine , compagne d'Amon-Ra; 5° et 6° les jeunes dieux Klions et Harka, qui complètent les deux grandes triades adorées à Thèbes , savoir :
Pères. Mères. Fils.
Amon-Ra. ]Moutli. Khons.
Amon générateur. Thamoun. Harka.
Le Pharaon est représenté faisant des offrandes , quelquefois très - riches , à ces différentes divinités, ou accompag!iant leurs bari ou arches sacrées , portées processionnellement par les prêtres.
L'une des dernières salles du palais, d'un caractère plus religieux que toutes les autres , et qui a dû servir de chapelle royale ou de sanctuaire , n'est décorée que d'adorations aux deux triades de Thèbes par Aménophis ; et, dans cette salle , dont le plafond existe encore, on trouve un second sanctuaire emboîté dans le premier, et dont voici la dédicace qui en donne très-clairenient l'époque tout à fait récente , en comparaison de celle du grand sanctuaire : « Restauration de l'édifice faite par le roi (chéri de Phré, approuvé
par Amon), le Dis du soleil , seigneur des diadèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Amon-Ra, gardien des régions de Oph (Thèbes); il a fait construire le sanctuaire nouveau en pierres dures et bonnes à la place de celui qui avait été fait sous la majesté du roi Soleil, seigneur de justice , le fds du soleil Aménophis , modérateur de la région pure.
Ainsi , ce second sanctuaire remonte seulement à l'origine de la domination des Grecs en Egypte , au règne d'Alexandre,fils d'Alexandre le Grand, comme le prouve la figure enfantine du roi : et l'on ne trouve que cette partie moderne dans le magnifique palais d'Aménopbis.
Au IMemnonium plusieurs statues colossales furent érigées en l'honneur de ce roi ; les bas-reliefs où se montrait la protection des dieux pour ce grand prince , ornaient toutes les parties de l'édifice ; et deux grandes inscriptions annonçaient la dédicace du Jlemnonium aux dieux de Thèbes par ce roi reconnaissant.
La forme et la rédaction de cette dédicace sont d'un genre tout spécial ; on en jugera par une courte analyse.
Cette consécration du palais est rappelée d'une manière dramatique; c'est d'abord le roi Aménophis qui prend la parole dès la première ligne et la garde jusqu'à la treizième. « Le roi Aménophth a dit : Viens . ô Amon- Ra , seigneur des trônes du monde , toi qui résides dans des régions de Oph (Thèbes)! contemple la demeure que nous t'avons construite dans la contrée pure , elle est belle : descends du haut du ciel pour en prendre possession ! >i Suivent les louantes du dieu mêlées à la description de l'édifice dédié, et l'indication des ornements et décorations en pierre de grès , en granit rose, en pierre noire, en or, en ivoire et en pierres précieuses , que le roi y a prodigués , y compris deux grands obélisques dont on n'aperçoit plus aujourd'hui aucune trace.
Les sept lignes suivantes renferment le discours que tient le dieu Amou-Ra , en réponse aux courtoisies
ÉGYPTE
du Pharaon. « Voici ce que dit Amon- Ra , le mari de sa mère , etc. : Approche , mon fils , soleil seigneur de vérité , du germe du soleil , enfant du soleil, Aménothph! J'ai entendu tes paroles et je vois les constructions que tu as exécutées ; moi qui suis ton père , je me complais dans tes bonnes œuvres , etc. , etc. , etc.
Enfin vers le milieu de la 20* ligne commence une troisième et dernière harangue; c'est celle que prononcent les dieux en présence d'Amon-Ra, leur seigneur, auquel ils promettent de combler de biens Aménothph son fils chéri , d'en rendre le règne joyeux en le prolongeant pendant de longues années , en récompense du bel édifice qu'il a élevé pour leur servir de demeure, palais dont ils déclarent avoir pris possession après l'avoir bien et dûment visité.
L'identité du Memnonium des Grecs et de l'Aménophium égyptien n'est donc plus douteuse ; il l'est bien moins encore que ce palais fût une des plus étonnantes merveilles de la vieille capitale. Des fouilles en grand, exécutées par un Grec nommé lani, ancien agent de M. Sait , ont mis à découvert une foule de bases de colonnes, un très-grand nombre de statues léontocéphales en granit noir; de plus, deux magnifiques sphinx colossals et à tête humaine , en granit rose , du plus beau travail, représentant aussi le roi Aménophis IIP. Les traits du visage de ce prince portant une empreinte de physionomie un peu éthiopieime , sont absolument semblables à ceux que les sculpteurs et les peintres ont donnés à ce même Pharaon dans les tableaux des stèles du Memnonium , dans les bas -reliefs du palais de Louqsor, et dans les peintures du tomheau de ce prince dans la vallée de l'Ouest à Biban-el-IMolouk : nouvelle et millième preuve que les statues et bas-reliefs égyptiens présentent de véritables portraits des anciens rois dont ils portent les légendes.
A une petite distance du Rhamesséum existent les débris de 2 colosses en grès rougeâtre : c'étaient encore
deux statues ornant probablement la porte latérale nord de l'Aménophium ; ce qui peut donner une juste idée de l'immense étendue de ce palais dont il reste encore de si magnifiques vestiges. C'est cet Aménophis III que représentait la statue vocale dont des témoins nous ont certifié les miraculeuses vertus. Nous avons tout dit sur cette merveille (à la page 70) , sur la description de la statue (aux pages 71 à 77), pour l'histoire de l'antique miracle , diversement expliqué.
Il nous reste encore d'autres monuments propres à jeter quelques lumières sur les circonstances principales du règne d'Aménophis III : nous en devons au lecteur un résumé sommaire.
Une inscription quiexisteaujourd'hui sur un des rochers des environs de Philse, rappelle, dans une relation de quatorze lignes de texte , que le Phîiraon Aménophis III passa dans ces contrées et y tint une panégyrie, dans la cinquième année de son règne, au retour d'une guerre dans laquelle il venait de soumettre les Éthiopiens.
Ces guerres d'Ethiopie étaient fréquentes , et amenées par la nécessité de maintenir par la force les populations nomades répandues sur les rives du IN il supérieur.
Le nom d'Aménophis III se retrouve aussi dans d'autres inscriptions , monuments isolés , mais contemporains de son règne: dans l'île de Beghé , l'ancienne Snem , près de Philœ , on lit encore un proscynéma , ou acte d'adoration adressé à notre Pharaon par un basilico-grammate , nommé Aménémoph , l'un des commandants des troupes du roi ; un prince éthiopien , nommé Mémosis , employé aussi au service du roi , lui adresse les mêmes hommages. L'intendant du domaine royal d'Aménophis s'appelait Aménothph ; il était en même temps grand prêtre de la déesse Anouké ; il fit aussi un pèlerinage dans l'île sainte de Snem ; et sa supplique aux dieux de l'île pour en obtenir tous les bienfaits dont ils peuvent disposer» existe encore en ce lieu.
L'UINIVKRS.
Aménopliis III avait élevé un temple au grand dieu Chnouphis dans une autre île, celle d'Éléphantine ; mais il a été récemment détruit ; une caserne et des magasins ont été construits des antiques matériaux de cet édifice religieux.
Ce prince éleva de grands édifices publics ; il paraît que ce fut par l'effet de cette pieuse munificence que les belles et vastes carrières de Silsilis, sur la rive orientale du Nil , furent ouvertes. Deux stèles, qui s'y voient encore de nos jours, nous donnent, par leurs inscriptions, la plus ancienne date certaine des exploitations successives de ces riches carrières, qui ont presque suffi à tous les monuments de la Tliébaïde édifiés, depuis le règne d'Aménophis-Memnon.
Quand Sésostris voulut orner son grand temple d'Amon-Ra, à Tlièbes, du tableau généalogique de ses ancêtres , il se garda d'y oublier Aménopliis III, dont le règne glorieux par des victoires au dehors, et de grands établissements ou dedans , avait été comme le précurseur prophétique du sien. La statue d'Aménophiss'y montre à la suite de celles des INIènès, des Amosis , des Thouthmosis, et d'autres grands rois prédécesseurs de Sésoslris.
Ce que nous avons déjà rapporté des magnificences du Memuonium {VAtnénophium ou palais d'Aménopliis-AIemnon) à Thèbes [supra, pages 69, 70,71 et 3 14), de la statue parlante de ce Memnon {idem), ne peut suffire à en donner une idée bien complète : les ruines modernes eu révèlent encore la grandeur. L'Aniénophium était un des plus importants édifices de la ville royale. Il égalait en étendue l'immense palais deKarnac, et quelques débris s'élèvent à peine aujourd'hui au-dessus du sol ! En exhaussant celui de la plaine par ses inondations , le Kil a tout enseveli, la brèche, le granit, les noms des dieux et des hommes; les barbares ont converti en chaux toutes les constructions susceptibles de subir cette éternelle transformation. Il ne reste d'entier de ce masnilique édi-
fice, et dans son voisinage , que les tombeaux des nombreux officiers chargés de sa garde ou de son service.
On voit , dans les riches portefeuilles du musée de Turin , un contrat manuscrit daté de l'an 24 du règne d'Aménophis-Memnon, et au Vatican, une statue léontocéphale qui porte le cartouche de ce roi , qui est ici une époque de son règne.
Dans la haute Nubie, à Sohleb, les derniers voyageurs ont retrouvé les ruines des grandes constructions que ce grand prince y avait élevées; les édifices portaient fréquemment répétée la commémoration des victoires d'Aménophis; les noms de quarantetrois peuplades vaincues et soumises , se lisent encore sur ces tableaux historiques; sur les débris des colosses de l'Aménophium de Thèbes on lit aussi dix-sept noms de peuplades conquises , presque tous différents de la grande liste de Sohleb, appartenant très-vraisemblablement à une contrée différente, et à des pays où , pour la plupart, la barbe était en usage.
On peut, du reste , se faire une idée des monuments publics destinés , en Égypte , à célébrer la gloire des rois conquérants , en jetant les yeux sur les restes d'un colosse de ce même Aménophis III, qui décorent le musée de Paris. Ces restes, tirés de l'Aménophium même de Thèbes , ne consistent que dans les pieds et la base de sa statue colossale en granit rose.
l\Iais on voit, sur les côtés de cette base, sculptés en relief dans le creux, une série de captifs, les mains liées, agenouillés, et dont tous les traits portent l'empreinte de la physionomie africaine, ou nègre, très - prononcée.
Leur tête est ceinte d'un diadème , et , auprès de chaque figure, se trouve un bouclier renfermant le nom de la contrée où commandait chacun de ces chefs vaincus par le roi. Ce sont là autant de noms de régions de la vieille Afrique où Aménophis-iMemnon porta ses armes victorieuses : ces noms y sont au nombre de vingt-trois ; ceux de la Nubie et de l'Éthiopie s'y lisent sur la face antérieure , et l'on" ne re-
EGYPTE
trouve que deux ou trois de ces noms dans la nomenclature bien plus nombreuse de Solileb.
Assez loin des colosses de l'Aménophium de Tlièbes {supra, page 70) , du côté de la montagne libyque , et vers la limite du désert, gisent renversées deux grandes stèles historiques {supra , page 70) , d'environ trente pieds de hauteur, et de méine matière que ces gigantesques statues. La partie cintrée (le haut) des stèles est occupée par des scènes religieuses. Dans la première, le grand dieu de Thèbes , Amon - Ra , tient par la main le roi Aménophis, et lui pose très -près de sa bouche le symbole de la vie pure et de toutes les joies pour chaque jour. Le roi est accompagné de la reine sa femme , coiffée en déesse Athôr, la téte ornée de plumes; dans la seconde scène, c'est le dieu Phtha-Socharis qui renouvelle le même don au roi , suivi de la reine dans le même costume. Une grande inscription de 24 lignes, en partie mutilées, complète ce tableau; et le travail de sculpture de ce beau monument est d'une élégance et d'une perfection très-remarquables.
De ces deux grandes stèles , celle de droite est brisée, et une partie de l'inscription a disparu : mais une circonstance particulière donne au basrelief de ce monument un intérêt du premier ordre , qui touche par plusieurs points à l'antique histoire de l'Orient. On a rappelé plus haut que , dans les sculptures historiques et religieuses de l'Aménophium , les traits du visage d'Aménophis sont ceux de la race éthiopienne. Dans les deux stèles que nous venons de décrire, ce roi a les mêmes caractères de figure très - prononcés , tirant visiblement vers ceux de la race nègre. Or, les monuments ont prouvé que la mère d'Aménophis III , femme de Thouthmosis IV , nommée Tmau - Hemva , était noire et originaire d'Abyssinie :
il n'y a donc plus lieu de s'étonner que le fils de cette femme porte sur sa figure les marques de cette origine africaine, d'après une loi de la nature, qui est vraisemblablement aussi an-
cienne que l'espèce humaine les enfants mâles participant , en général , des traits physiques de la mère , et les filles plus généralement de ceux du père. Voilà donc un témoignage bien antique à l'appui de cette observation physiologique ; et , quant à l'union d'un roi d'Égypte avec une femme africaine , il y en a d'autres exemples dans les annales et dans les monumei>ts pharaoniques.
Ici , dans les stèles de Thebes , la flatterie sacerdotale a ingénieusement découvert un moyen de se faire jour; elle a donné à la reine , femme d'Aménophis , une physionomie un peu africaine aussi , quoiqu'elle ne fut pas de cette race ; les prêtres en ont revêtu jusqu'au dieu lui-même : le profil d'Amon-Ra est exactement modelé sur celui d'Aménophis , et il est peut-être fort heureux pour le dieu que ce roi ne fût ni borgne ni bossu. On voit, à la bibliothèque royale de Paris , un portrait de ce roi , peint en profil , à fresque , et qui a été tiré de son propre tombeau. Des figures de sa mère et de sa femme accompagnent souvent celle de ce roi , ou ne forment qu'un groupe avec elle ; les colosses du INlemnoniuni sont ainsi composés.
La légende royale d'Aménophis IH s'exprimait en ces termes : « Le dieu gracieux, le lion des rois, le roi du peuple obéissant , soleil seigneur de vérité (prénom royal), le chéri de Phré, le bien-aimé de Socharis, seigneur de Schoti , le fils du Soleil , le dévoué aux dieux, Aménothph {mm propre) , le bien-aimé d'Amon-Ra , roi des dieux. Or, cette légende existe sur les débris du colosse d'Aménophis, au musée du Louvre.
On voit , dans le même musée , des statuettes funéraires , en serpentine et en basalte , représentant le même Pharaon , et qui ont été recueillies dans sa catacombe royale , à Thèbes ; et les souvenirs historiques d'Aménophis- IMemnon sont répandus dans tous les lieux de la domination égyptienne ; les rochers de granit des environs de Syène portent encore la représentation dès hommages rendus par des princes
L'UNIVERS
éthiopiens au roi Aménophis, à sa femme, et à son chiffre royal.
Le tombeau de ce prince justement célèbre , a été découvert vers le conimencement de ce siècle par un membre de la commission des sciences et des arts, qui partagea la gloire de l'armée française en Ésypte. Champollion le jeune a visité ce même tombeau , et nous en a laissé les notions suivantes :
« Tous les tombeaux des rois de Thèbes, situés dans la vallée deBibanel-Molouk et dans la vallée de l'Ouest, sont décorés , soit de la totalité , soit seulement d'une partie des tableaux consacrés , selon que ces tombeaux sont plus ou moins vastes et surtout plus ou moins achevés.
« Les tombes royales véritablement achevées et complètes , sont en tréspetit nombre; celle d'Aménophis III (Meiimon) est de ce nombre, mais sa décoration est presque entièrement détruite : elle existe dans la vallée de rOuest.
« Quelques parois conservées de ce tombeau sont couvertes d'une simple peinture, mais exécutée avec beaucoup de soin et de finesse. La grande salie contient encore une portion de la course du soleil dans les deux hémisphères ; mais cette composition est peinte sur les murailles sous la forme d"un immense papyrus déroulé, les figures étant tracées au simple trait comme dans les manuscrits , et les légendes , en hiéroglyphes linéaires , arrivant presque aux formes hiératiques. »
L'examen attentif de ce tombeau a mis en évidence une observation digne de l'intérêt des historiens modernes.
Il n'y a qu'un petit nombre de ces catacombes royales qui soient réellement terminées; celles des plus célèbres Rhamsès , par exemple. Toutes les autres sont incomplètes. Les imes se terminent à la première salle , changée en grande salle sépulcrale; d'autres vont jusqu'à la seconde salie des tombeaux complets; quelques-unes même se terminent brusquement par un petit réduit creusé à la hâte, gros-
sièrement peint, et dans lequel on a déposé le sarcopliage du roi , à peine ébauché. Cela prouve invinciblement que ces rois ordonnaient de creuser leur tombeau en montant sur le trône ; et si la mort venait les surprendre avant qu'il fût terminé, les travaux étaient arrêtés et le tombeau demeurait incomplet. On peut donc juger à coup sûr de la longueur du règne de chacun des rois , par l'achèvement ou par l'état plus ou moins avancé de l'excavation destinée à sa sépulture.
Il est à remarquer à ce sujet, que les règnes d'Aménophis III, de Pvhamsès le Grand et de Rhamsès V, furent , en effet, selon .Manéthon, de plus de 30 ans chacun, et leurs tombeaux sont aussi les plus étendus.
De nombreux amulettes , en matières diverses , quelquefois très-riches, portent le nom et les titres d'Aménophis III. On voit ,au musée du Louvre , un certain nombre de scarabées ornés de ce nom. Un de ces scarabées, qui appartient à un musée public , porte la date de l'an douze de ce roi. ÉnOn il existe aussi des figurines , des amulettes et des scarabées de la reine épouse de ce Pharaon.
Elle est représentée auprès du roi dans les divers tableaux religieux et les cérémonies publiques où le monarque occupe le premier rang. Cette reine se nommait Taïa.
Son tombeau existe encore dans la vallée des tombeaux' des reines à Thèbes , dans la montagne libyque.
L'avenue qui lui sert d'entrée est à ciel ouvert ; les décorations de la porte ont été détruites , il n'en reste que certaines parties. Dans les représentations inférieures, la reine, en rapport avec diverses divinités , accomplit en leur honneur les cérémonies prescrites par le rituel , joue du cistre en leur présence, leur fait des offrandes, et les invoque avec tous les signes du respect.
Des dates des années 24 et 27 du règne d'Aménophis-Memnon existent sur des monuments parvenus jusqu'à nous , et conûrment assez directement l'opinion des annalistes de l'antiquité.
et de Manéthon , de tous , le plus digne de foi en cette matière , qui fixent la durée du règne de ce roi à 30 ans et quelques mois.
Il eut plusieurs enfants : une stèle du musée de Florence , qui porte en tète la légende royale d'Aménophis III, nous fait connaître une fille de ce roi , nommée Amenset; l'un des personnages qui figurent dans ce monument y porte, en effet, le titre de royal scribe de la maison de la fille royale Amenset : c'était sans doute l'administrateur ou l'intendant des biens et revenus de la princesse.
Aménopliis-Memnon laissa aussi un fils qui lui succéda à la couronne royale : c'est le roi Horus des listes de Manéthon et des monuments.
Le roi Horus monta sur le trône à la mort de son père, vers l'an 1650 avant l'ère chrétienne. Ce roi porta le nom du dieu fils d'Isis et d'Osiris ; la piété des simples particuliers les engageait assez communément à se mettre sous la tutelle d'une des divinités locales, en adoptant son nom, ou des qualifications dont ces noms étaient le trait principal.
Le cartouche-prénom du roi Horus est le 5" de la ligne intermédiaire de la table d'Abydos (voyez notre planche 47 , de gauche à droite) , et ce prénom paraît exprimer les idées Soleil directeur des mondes, approuvé par le soleil. Le nom propre se \\t Amon-Men Ilôr Nem-Neb. Le serviteur d'Aman, Horus... Le texte arménien de la chronique d'Eusèbe assure que ce prince fut à la fois le successeur et le fils d'Aménophis- Memnon , et aucun témoignage historique ne contredit cette tradition écrite.
Comme tous ses prédécesseurs , la piété du roi Horus se manifesta par de magnifiques édifices élevés pour le service des dieux; et sa munificence rovale s'étendit même au delà de l'Égypte: à Ghébel-Addèh, en Nubie, on en voit encore les restes. C'est un petit temple creusé dans le roc. Par une grande singularité, que l'histoire doit soigneusement annoter, la plupart des bas-reliefs du temple , qui fut
l'ouvrage de Pharaon Horus , ont été couverts de mortier par des chrétiens qui , sur cette frêle surface , sous laquelle se trouvaient ensevelis les tableaux de l'ancienne religion , peignirent des sujets de la nouvelle, les randes actions des saints , et surtout e saint George le cavalier. C'est en détruisant ce badigeonnage qu'on a retrouvé ces bas-reliefs primitifs, et sur tous le nom du roi Horus.
Le temple était dédié à Thôth , le dieu des sciences et des lettres. Un de ses bas -reliefs représente le roi Horus enfant, allaité par la déesse Anoukc, en présence du dieu Chnouphis à tête de bélier. Le prénom royal et le nom propre du roi font partie des inscriptions qui accompagnent cette scène mythique. Dans un autre bas -relief, une divinité protectrice présente le roi Horus enfant au dieu Horus son homonyme, qui lui remet le signe de la vie divine.
Dans une autre scène, malheureusement incomplète, le même roi figurait aveCçles dieux Thôth à tête d'ibis, et Horus à tête d'épervier.
Nous avons donné plus haut (page 153) la description détailléé du grand spéos de.Silsilis, consacré à la grande divinité de Thèbes, Amon-Ra, au dieu Nil, et à Sévek, crocodilocéphale , et qui , par la suite des temps et par la diversité des monuments, est devenu une sorte de musée historique pour les annales de la XVIII" et de la XIX' dynastie.
Horus contribua aussi à orner la partie du palais de Louqsor, qui fut édifiée par son père Aménophis-Memnon; plusieurs des -'randes colonnes sont ornées de bas - reliefs qui portent le nom du roi ticrus. Son nom et son image furent religieusement placés par Sésostris dans' le tableau de ses illustres ancêtres. Le temple d'Amon-Ra, dans la vallée d'EI-Assasif à Thèbes, fut aussi l'objet des soins de ce roi ; on y fit , pendant son règne , des embellissements et des restaurations.
Mais les plus beaux , les plus précieux monuments historiques du régna
rUNIVERS
du roi Horus sont réunis dans le riche musée égyptien de Turin. Kous en donnons l'exacte description à nos lecteurs , qui y trouveront une preuve de plus de l'application constante de tous les monarques égyptiens à multiplier en leur honneur, comme à la gloire des dieux et des ancêtres, les monuments deS arts : comme s'ils avaient pensé à multiplier les preuves de leur grandeur, et les documents de leur propre histoire, que tant de munificence seule pouvait faire parvenir jusqu'au sein de la civilisation moderne, pour y séduire l'esprit et la raison, pour y exciter à la fois l'intérêt et l'admiration, pour y faire chercher avec fruit les annales certaines des premiers temps de l'intelligence humaine.
Le premier des deux monuments du roi Horus , que nous avons à décrire, est un groupe de deux figures , de pierre calcaire blanche cristallisée (voyez notre planche 85, n° 1). La ligure principale est celle du dieu Amon- Ra; quoique assise, elle n'avait pas moins de huit pieds de hauteur. Le roi des dieux est figuré avec une tête humaine dont les traits, pleins de grandeur, sont exécutés avec une admirable finesse de travail. Sa poitrine est ornée d'un collier à huit rangs , terminé par des grains en forme de perles. Les deux bras, portant des bracelets, reposent sur les cuisses; et, de la main çauche, ce dieu tient le signe de la vie divine.
A côté du trône du dieu , et debout, est le Pharaon Horus , taillé dans la même masse, et n'ayant que quatre pieds de hauteur x/iiais cette ligure est exécutée avec la même finesse. Le bras droit du roi repose sur l'épaule gauche d'Ammon; la coiffure royale est distinguée par l'Urscus, symbole de la puissance suprême; une ceinture soutient le vêtement court et léger qui le couvre, et un cartouche horizontal, placé en forme d'agrafe (A) , sur le milieu de la ceinture, contient les titres et les prénoms du prince : le dieu vivant et gracieux, soleil directeur des mondes, approuvé par Phré, chérid'Amon-
-Ra. Cette légende royale est répétée à droite et à gauche dû trône qui porte le souverain des dieux , ainsi que dans un grand tableau carré (B), gravé sur le dossier de ce trône. Cet encadrement renferme deux colonnes perpendiculaires de tres-beaux hiéroglyphes exprimant les idées suivantes :"Le roi du peuple obéissant, seigneur de l'univers, le soleil directeur des mondes , l'approuvé par Phré, le fils du soleil, dominateur des régions, le chéri d'AmnionHôr-iS'eni->eb,vivificateur comme le soleil pour toujours. Le roi Horus prend, dans ces diverses légendes, le titre (Je chéri d'Ammon, parce qu'il se trouve la en rapport avec ce dieu , comme, sur les statues de la déesse gardienne, il prenait le titre de chéri de cette déesse.
Le second monument du musée royal de Turin que nous devons faire connaître, est non moins intéressant que le premier sous le rapport de l'art, et l'est davantage pour la science. Il est en granit noir, et ses proportions étaient de six à sept pieds avant qu'il fût gravement olfense à son sommet.
C'est aussi un groupe de deux figures; l'une représente aussi le roi Horus assis sur un trône; une femme est assise à ses côtés. La main gauche en repos porte le signe de la vie divine , et son bras droit relevé contre sa poitrine , porte son sceptre, symbole de la vigilance des dieux et des rois sur les choses humaines. La coiffure de la femme caractérise cette figure comme étant celle d'une reine; elle a son bras gauche sur l'épaule du roi ; un vautour, les ailes pendantes , couvre la tête de la princesse , jadis ornée aussi de deux longues plumes : coiffure et insignes particuliers à toutes les reines d'Egypte figurées sur les temples et les palais. On voit ainsi caractérisée la reine Taïa, mère du roi Horus, sur les monuments d'Éléphantine, offrant des lleurs et des fruits au dieu Chnouphis ; à Philœ , la reine Cléopàtre , femme de Ptolemée Évergète II, et à Dendérah une impératrice romaine :
c'est la coiffure consacrée à la déesse Athyr.
EGYPTE
Lalégende hiéroglypliique gravée sur le devant du trône, à côté de la statue du roi Horus, a disparu en entier; mais il reste de celle qui est du côté de la reine dix-neuf signes parmi lesquels se trouve heureusement son nom propre. Cette princesse , qualifiée de chérie d'Isis, la puissante mère divine, se nommait Tmahumot, la mère de la grâce , ou la mère gracieuse.
Le derrière du trône sur lequel ces deux figures sont assises était orné d'une grande scène sculptée qui occupait tout le haut du dossier ; il n'en subsiste plus que des fragments. Audessous de ce bas-relief est une longue nscription hiéroglyphique , composée de 26 lignes et sculptée avec un trèsgrand soin. Les premières lignes de ce décret rendu par une autorité publique , contiennent les louanges du roi seigneur de l'univers , soleil directeur des mondes, ap|)rouvé par Phré, fils du soleil, chéri d' Amon-Ra, Hôr-Nem-Neb (le roi Horus) , qui a reçu des dons de IVéïth , sa puissante mère, et d'Amon- Ra , roi des dieux. Ce Pharaon est en outre qualifié d'image d'Harsiési, qui l'a dirigé; et le dieu Horus lui donna la souveraineté sur la région inférieure. On énumère ensuite les bienfaits du roi Horus envers l'Égypte; on le compare aux dieux Phré , Thôth et Phtha. On ordonne aussi de placer dans un lieu distingué des temples la statue de ce roi , ainsi que celle desajille, la reine Tmahumot, image de la grande mère (Néïth) , et dont les louanges paraissent mêlées à celles des déesses Saté, Sonteb, Bouto, Isis et Nephthys. On institue de grands honneurs a rendre au roi Horus, parmi lesquels on indique les panégyries liées à celles du dieu Phré; les titres décernés au roi et qui doivent accompagner ses images sont relatés dans la suite du texte; il est ordonné d'inaugurer de semblables images dans les temples de l'Égypte,' et divers ordres de prêtres sont chargés du service de ces images royales, consacrées à des cérémonies religieuses dont elles doivent être l'objet : texte important par ses dispositions, et d'un intérêt qui n'est
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pas moindre pour la philologie; car ses formules principales rappellent immédiatement à l'esprit le texte de l'Inscription de Rosette, et les deux décrets nous donnent l'idée des mêmes honneurs rendus à deux roisd'Égypte, à douze cents ans de distance, au roi Horus et à Ptolémée-Épiphane; témoignage mémorable de la perpétuité des usages de l'Égypte, jusqu'au moment où elle ne fut plus qu'une province du grand empire , et où elle disparut , avec l'ancien Orient tout entier, devant la civilisation nouvelle et secondaire, fondée et pi'opagée par l'épée romaine.
Les signes qui se rapportent à la figure de la femme du même groupe nous ont appris qu'elle se nommait Tmahumot, la mère dé la grâce; associée ici aux honneurs royaux rendus au Pharaon Horus, elle dut, par son rang, avoir quelques droits à cette suprême distinction : or, Manéthon nous apprend que le roi Horus eut pour successeur immédiat sa propre fille, qui régna pendant douze ans après lui. La figure de femme du groupe de Turin est donc celle de cette reine , fille d'Horus; son nom est inscrit dans le cartouche royal qui se lit dans le bas-relief sculpté sur un des cotés du même groupe.
Ainsi Tmahumot succéda au roi Horus son père, et, après avoir été associée à ses honneurs; Manéthon lui accorde douze années de règne; on croit que le successeur de cette reine était son frère , fils aussi du roi Horus : on peut donc conjecturer que Tmahumot monta sur le trône parce que le jeune âge de son frèr-î ne liii permettait pas de porteria couronne. On assigne trente-huit ans et demi aux deux règnes successifs d'Horus et de sa fille.
La belle coudée du musée royal de Turin , habilement ilécrite parle savant Gazzera, remonte au règne d'Horus, et tire un nouveau prix de sa haute antiquité par rapport aux institutions modernes.
Rhamsès I^"^ fut le successeur d'Horus, son père, et de sa sœur Tmahumot; il monta sur le trône vers l'an 161'J avant l'ère chrétienne. La table
L'UNIVERS
royale d'Abydos et les autres monuments analogues placent innmédiatement après le cartouche royal du roi Horus, un autre cartouche qu'on retrouve, sur beaucoup d'autres monuments, constamment accompagné du nom propre Rhamsès : ce fut le premier des princes de ce nom, dont quelques-uns ont éié placés par l'histoire au nombre des plus grands rois de l'antiquité.
Rappelons en passant que la reine Tmahumot ne fut pas inscrite dans ces tables royales , et ne dut pas l'être : ces tables généalogiques par génération appelaient le nom du fils à la suite de celui du père : Tmahumot et Rhamsès ne formaient qu'une seule génération; Rhamsès y fut donc inscrit après son père Horus.
Le cartouche de Rhamsès I^"^ est le quinzième de la ligne intermédiaire de la Table d'Abydos; on le voit aussi dans les tableaux du Rhamesséum et de Médinèt-Habou, et ce prénom royal signifie soleil stable et vigilant. On le retrouve à Louqsor, à Rarnac . à Ouadi- Halfa, et dans son propre tombeau, suivi du nom propre Rhamsès.
Son règne n'eut pas une longue durée; cependant il nous est parvenu plusieurs témoignages de la piété de ce prince. Les quatre dernières grandes colonnes du temple de Louqsor furent terminées et décorées par Rhamsès 1", et les bas-reliefs qui s'y sont conservés portent son prénom royal et son nom propre.
La Nubie égyptienne participa aussi aux bienfaits du prince : le temple construit par Aménopbis II, l'un des prédécesseurs de Rhamsès I'^^"', à Ouadi- Halfa, et dédié à Horammon (Ammon générateur), éprouva les effets de sa munificence. En fouillant dons les ruines de cet édifice, les voyageurs français trouvèrent, engagée dans une muraille en briques de ce temple, une grande stèle sur laquelle sont écrits l'acte d'adoration des divinités du temple, et la liste des dons qui lui sont faits en même temps par Rhamsès l".
Cela se passa le 20 du mois de niéchir de la deuxième année de son règne :
cette date se lit en tête du monument.
Cette inscription historique est composée de sept lignes, et j'en ai sous les jeux la traduction suivante de la main de mon frère, qui en a aussi restitué la plupart des lacunes.
Texte de l'inscription. \" Ucjne. L'an II, le 22 du mois de méchir, vivant le dieu puissant, le commandant des rois, le seigneur de la région supérieure et de Ta région inférieure, dominant en roi comme...
= 2" le roi soleil stable et vigilant (chéri) de Harsiési (dieu qui réside dans Behni (*)... = 3' dominant sur le trône du dieu de la vie comme son père le dieu Phré, supérieur à tout. Voici que Sa Majesté étant dans Ibrim (*") accomplit divers actes de...
= 4' piété envers le père Amon-Ra, Phtha qui préside au mur du midi , seigneur de la vie du monde terrestre (et envers) tous les dieux de l'Égypte : c'est pourquoi ils lui accordèrent que... = 5' soumis dans le cœur... pour l'adorer; que toutes les parties de la terre entière lui servent toute espèce d'offrandes; que le^ Neuf-arcs fussent renversés (sous les sandales)... = d' et il fut ordonné de servir Sa Majesté le roi soleil stable et vigila.:st, le vivifie, qui a gracieusement présenté des offrandes à son père Horammon qui réside (dans Behni)... = 7' dans son temple, des liqueurs précieuses (d'autres ofi'randes sont désignées avec leur quantité en chiffres), et en même temps ( il a comblé de biens) les prophètes et les prêtres, remplissant le trésor du dieu d hommes et de femmes de race pure, pris parmi les captifs de Sa Majesté le roi SOLEIL stable et vigilant, vivifié aujourd'hui comme (à toujours).
La date égyptienne de ce monument remonte à l'année 1G18 a\ant l'ère chrétienne.
Le nom de Rhamsès I'' se retrouve aussi sur des scarabées et plusieurs
(*) Nom é;vptien de la ville de OuaJi- Half;i.
(**) Lieu voisin de Reliai.
ÉGY PTE.
autres objets portatifs exécutés durant son règne.
Nous avons dit qu'il eut une courte durée; il ne dépassa pas neuf années, et , au défaut d'autres renseignements plus directs, on aurait pu déduire cette courte durée de l'état du tombeau de ce Pharaon. Il existe dans la vallée de Biban-el-Molouk à Thèbes. Creusée dans le roc comme toutes les autres catacombes royales, celle de Rhamsès l"' était enfouie sous les décombres de la montagne. Mon frère la lit déblayer au mois de mai 1829, et il reconnut qu'elle ne consistait qu'en deux corridors sans sculptures , se terminant par une salle peinte seulement, mais encore d'ime étonnante conservation.
C'est dans cette salle unique qu'est placé le sarcophage du Pharaon. Ce sarcophage est en granit, mais il n'est orné que de peintures : Rhamsès V régna trop peu de temps pour que son tombeau pdt être décoré par les sculptures. ]\ous avons déjà averti que la magnificence des sculptures royales dans les tombeaux est toujours proportionnée à la durée des règnes; le premier édifice qu'ordonnait un roi, au moment où il montait sur le trône, c'était son tombeau.
On ne connaît pas le nom de la reine femme de Rhamsès !"■; il en eut une cependant , puisque son successeur était son fils : ce fait historique est mis hors de doute par une courte inscription généalogique copiée par Î^I. Wilkinson, et qui se lit : le soleil gardien de la vérité approuvé par le soleil (Rhamsès III ) , fds du soleil stabiliteur de justice (Ménephtha l")^Jils du soleil stable et rigr;7firt^ (Rhamsès I" ); monument d'un très-haut intérêt, qui se traduit par le tableau généalogique suivant, donnant quatre rois et trois générations d'une incontestable filiation.