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de leurs successeurs , surnommé Nilus , se soit fait quelque renommée dans l'histoire pour les grands travaux, devenus indispensables, sur les canaux du j\il, qu'il fit exécuter durant son règne. Une telle incurie et les lâchetés de l'oisiveté sont des malheurs publics quand les rois s'en rendent coupables : en Egypte, ces vices cruels portèrent avec eux leur châtiment; la famille des Rhamsès, dégénérée de son génie et de ses vertus, perdit le trône, et fut remplacée par une famille nouvelle.
Les listes de ÏManéthon portent à douze le nombre de ces derniers Rhamsès, formant la XX' dynastie. Les chroniqueurs des anciens temps ontdédaignédetranscrire leurs noms : ils ont été excusables, si leur silence est un jugement. Douze rois qui passent sur un trône sans y laisser la trace d'une bonne action ou d'un grand service, méritent au moins d'être oubliés.
Il reste cependant de quelques-uns d'entre eux quelques rares souvenirs, et ils sont presque tous tirés de leurs tombeaux, triste commémoration bien digne de l'inutilité de leur vie : leur ordre même de descendance , leur place dans leur propre famille, les noms de leurs pères et de leurs enfants nous seront inconnus.
Kous indiquerons donc ici leurs noms (c'est tout ce qui nous reste de leur fugitive existence^', dans le seul objet de ne pas laisser une lacune dans l'histoire.
Nous appellerons Rhamsès X le souverain dont le tombeau, situé à Riban-el-Mo!ouk , porte des cartouches qui se lisent : Soleil bienfaiteur des offrandes, approuvé par le soleil, fils du soleil, dominateur de la région de pureté et de justice, chéri d'Ammon, Rhamsès. Ces titres se lisent aussi dans une inscription hiératique, sur une partie des édifices de Karnac. et dans le tombeau d'un membre de la classe sacerdotale, à Elethya, mort dans la quatrième année du règne de ce roi.
Un autre roi du même nom sera notre Rhamsès XI : c'est celui dont le tomljeau existe aussi a Biban-el-Molouk , et dont les nom et prénom royaux
lie YPTE.
signifient : Sbieii de vérité dans le monde terrestre, approuvé par Phré, le (ils du soleil, Animon..., Piliamsès. Le tombeau de ce roi est le troisième dans le second embranchement de gauche de la vallée de Biban-el-i\Iolouk.
L'avenue est spacieuse; à l'entrée, le roi fait ses adorations, étant casqué et agenouillé; mais les applications de stuc se sont détériorées dans le premier et le deuxième corridor; les sculptures ont été détruites également ; et ce tombeau n'a jamais été achevé.
Pauvre roi , qui fut enterré comme il avait vécu , en toute hâte.
Son successeur, Rhamsès XII, espéraitétrepiusheureux. Son tombeau , qui existe dans l'embranchement à gauche de cette même vallée des rois morts , avait été entrepris sur de vastes plans; l'excavation est des plus étendues, grandiose dans son ensemble, mais elle est entièrement dénuée d'ornements et de sculptures ; les tableaux furent tracés en rouge sur la muraille; tout fut préparé pour le ciseau ou la brosse : la mort du roi lit laisser inachevée cette spacieuse sépulture. On y reconnaît à peine son nom figuré par les traits fugitifs du crayon ; ce Rham- .sès se disait soleil établi parThmeï et Phtha, approuvé par Nèïth , fils du soleil, dominateur de la région de vérité, chéri d'Amon , dieu modérateur , Rhamsès.
Le souverain inhumé dans un autre tombeau voisin de ceux qui viennent d'être indiqués, le quatrième à gauche, s'intitulait soleil établi des..'..., approuvé par Phré , le fils du soleil , Amenuises, modérateur, etc. Ce serait un nouvel Aménemsès, nom déjà connu dans les listes thébaines, et le quatrième roi de la XX° dynastie. On a remarqué dans son tombeau la mention de sa mère Tascha, et celle de b reine son épouse , qui lui survécut ; elle est figurée rendant au roi des honneurs funéraires.
Le cinquième roi de cette même dynastie fut encore un Rhamsès , et le XlIP du nom. Il se qualifia de soleil gardien de vérité, soleil du monde, le fils du soleil , chéri d'Amon qu'il aime.
Rhamsès. Sa légende royale se retrouve dans le sujet d'une petite stèle des carrières de Silsilis.
Amon-RIaï Rhamsès fut le nompropre du Rhamsès XIV , dont le prénom officiel signifiait soleil gardien de vérité, approuvé par Phré: imitation intentionnelle des titres et du nom du grand Sésostris , par un de ses descendants les plus inconnus , et dont le nom n'est conservé , avec la date de l'an 33 de son règne , que par un fragment gisant sur le sable dans les environs des murailles de Karnac.
Le septième roi de la XX" dynastie fut plus heureux ou moins fainéant :
quelques monuments recommandables de son règne sont parvenus jusqu'à nous. Son cartouche-prénom signifiait : soleil stabiliteur de la vérité, approuvé de Phtha , et son nom propre , le dominateur dans la région de pureté, le chéri d'Amon , divin modérateur de la région... Rhamsès Rameri. Ce sera Rhamsès XV. Son souvenir subsiste dans un des temples de Thèbes, celui du dieu Khons, qui avait été fondé par Rhamsès IX, et qu'on appelle vulgairement le grand temple du sud. La salle hypostyle, celle qui précède le sanctuaire , fut décorée par les soins de notre Rhamsès XV.
Cette salle est soutenue par huit colonnes dont les quatre de la rangée du milieu sont plus hautes que celles des deux rangées de droite et de gauche.
Celles du milieu sont à chapiteaux en forme de campaneou de houppe de papyrus lotiforme, et les autres à chapiteaux à bouton de lotus tronqué. Les titres du roi ornent les jambages de la porte, et se lisent dans les dédicaces gravées sur les architraves, ainsi que sur les dés et les corniches. Dans les tableaux qui ornent cette salle, le Pharaon accomplit ses devoirs envers les dieux , et leur fait des offrandes , notamment au grand dieu de Thèbes , son protecteur.
En sortant de la salle hypostyle , dans la direction de la porte principale de ce temple de Khons , on se trouve dans le pronaos , et on s'aperçoit biei; vite , à sa décoration, qu'elle est l'effet
L'UNIVERS
(le la piété d'un souverain autre que notre Rhainsès XV, surnommé Aameri ; et, comme il est constant que l'accroissement soit des constructions, soit de la décoration des édiQces religieux , avait lieu en Egypte en commençant par le sanctuaire , et se succédait par les salles contiguës , il en résulte que le roi qui a décoré la salie liypostyle qui vient après le sanctuaire, vint aussi après le roi qui avait terminé ce sanctuaire, partie primitive de l'édiGce ; et les inscriptions nombreuses qui décorent le pronaos nous apprennent que ce roi fut un grand prêtre d'Amon nommé Pahôr- Amonsé; ce nom est écrit dans son deuxième cartouche , et le premier contient seulement la qualification de prêtre princij)al d'Amon.
Ces circonstances nousrévèlentaussi un fait reinarquable dans les annales royales de l'Égypte , un grand prêtre ceignant le diadème , et cumulant ainsi des titres et des fonctions depuis bien des siècles attentivement distinctes les unes des autres.
Nous ignorons entièrement les causes de cette singulière révolution dans le gouvernement é<;yptien ; elle ne fut que temporaire ; mais elle révélait un relâchement dans l'administration civile, qui favorisa les vœux toujours rancuniers de la caste sacerdotale , et Je grand prêtre monta sur le trône des rois. Pahor-Amonsé est représenté dans les tableaux historiques dont le pranaos du temple de Rhons est décoré , faisant ses offrandes aux dieux , et accomplissant envers eux tous les devoirs prescrits aux rois ; ce pontife couronné n'avait garde de manquer à aucune des obligations de son titre :
dans tous les temps l'usurpation fut une source de zèle et un grand véhicule à l'exactitude. Amonsé paraît tantôt avec le costume de pontife, recouvert de la peau de panthère, et tantôt en costume civil, avec tousses insignes , mais la tête entièrement rasée comme le prescrivait le rituel. La reine sa femme figure dans les cérémonies; elle se nommait Ahmôs-Nofré-Atari; dans un autre tableau , plusieurs en-
fants du pontife - roi sont en scène, ayant chacun la qualification de royal enfant de son germe. Ces divers personnages accompagnent une procession dans laquelle on porte les baris ou barques sacrées d'Amon-Ra , Jlouth et Khons. La figure en grand de ce roi, tirée du bas-relief d'une des colonnes du pronaos , nous a donné son portrait.
Une autre circonstance est digne de remarque dans ce même pronaos : sur les parties les moins apparentes, on voit la figure et le nom d'un autre pontife se qualifiant d'abord de prêtre principal d'Amon-Ra, roi des dieux, Pihmé ; ensuite s'offre , sur un autre point, une enseigne royale où ce même Pihmé se donne le titre de roi ; enfin sur la troisième colonne de la deuxième rangée de droite , ce même grand prêtre est désigne par les deux cartouches royaux; ils se lisent, soleil dominateur du monde , approuvé par Amon ; lefilsdu soleil, lecheri d'Amon, Pihmé; et ils sont accompagnés de toutes les autres formules royales. Pihmé fut donc encore un grand prêtre qui devint roi , et après Pahôr- Amonsé qui occupe les places honorables dans le pronaos du temple. Toutefois, le mélange des ouvrages des deux pontifes dans cette même salle permet de les inscrire tous deux parmi les rois inconnus de notre XX^ dynastie : ils en furent vraisemblablement les derniers.
Ils portent à dix le nombre des rois de la XX^ dynastie. Deux des souverains de cette famille nous demeurent donc inconnus. La durée totale de son autorité fut de cent soixante et dix-huit ans.
Son existence politique n'a laissé aucune trace dans l'histoire; on ne la connaît que par sa chute du trône : et ceci nous porte à remarquer qu'il y avait peut-être quelque chose d'admirablement conçu , de profondément combiné, ou d'iieureusement inspiré dansl'étabhssementmonarcbiqued'une puissante nation, où la perte de la couronne était l'effet inévitable de l'incapacité ou de l'incurie de la famille qui l'avait reçue du vœu public. Une
ÉGYPTE
famille thébaine la conserva pendant treize siècles consécutifs, et fournit six dynasties qui donnèrent plus de cinquante rois : les premiers subirent les invasions étrangères, et accomplirent la pesante mission de conserver la transmission de la couronne, de restaurer ensuite toutes les branches de l'administration publique, de rétablir les temples, les ouvrages d'utilité fîénérale; ils créèrent de nouveau Thèbes, Memphis, les cités principales , le lac IVlœris et les canaux de la basse Egypte ; eux et leurs successeurs portèrent leurs armes victorieuses sur les terres et sur les mers lointaines; le génie des arts grandit sous les ailes de la victoire; la prospérité publique sembla s'accroître en proportion de tant d'héroïques efforts , et la famille régnante devenir plus puissante et mieux affermie par tant de grands travaux. L'inaction succéda un jour à tant de zèle; dix rois se montrèrent sans gloire sur le trône; les derniers en furent chassés par les prêtres ; la constitution , favorisée par la force des choses , pourvut à ce désordre : une famille nouvelle fut appelée à régner.
Elle était originaire de Tanis , ville bAtie sur la rive orientale du Nil , dans la basse Egypte, et dont l'origine remonte aux plus anciens temps de l'histoire d'Egypte. Rloïse l'a mentionnée dans son histoire de l'Exode , à propos des espions qu'il avait envoyés pour reconnaître la terre sainte. Tanis avait une étendue considérable; son enceinte renfermait des monuments importants, et leurs ruines nous montrent encore les restes de sept obélisques , de volumineux monolithes , de colosses et d'édifices de grandes dimensions.
Selon les listes de Manéthon , la nouvelle dynastie, la XXP, originaire de.
Tanis , fut composée de sept rois qui régnèrent ensemble cent trente années ; son élévation arriva vers l'an 1100 avant l'ère chrétienne.
Un monument apporté d'Égypte à Paris, se classe avec un ordre singulier dans cette série de circonstances historiques. C'est une stèle funéraire ,
remarquable par sa belle exécution, et provenant d'Abydos; elle est consacrée à la mémoire d'un nommé Aasen, simple particulier sans qualité aucune; et la personne qui consacra ce pieux monument est un Pharaon , un roi d'Égypte dont les qualifications et le nom propre, environné du cartouche royal , remplissent la première ligne tracée en haut de la stèle , et qui se lit: La vie divine! l'Aroeris bienfaiteur du monde, seigneur de la région d'en haut et de la région d'en bas , le bienfaiteur du monde , roi du peuple obéissant , le fils du soleil IMandouftep , toujours vivant. Le défunt Aasen assis à coté de Hapévé , son épouse , reçoit les offrandes funéraires de ses enfants ou petits-enfants au nombre de cinq ; et, parmi les enfants, le roi Mandouftep lui-même est désigné par ces mots:
Son fils qui l'aime, Rlandouftep ; il est le second dans l'ordre de la naissance; son frère, l'aîné, se nomme Osortasen; et son autre frère, le troisième, Mandousé.
Cette stèle nous apprend donc que le roi Mandouftep, le deuxième fils d'Aasen , parvint au trône sans que son j)ère eût joui des honneurs royaux , qu'il fut un chef de dynastie nouvelle , et l'on peut reconnaître en lui le Mendès ou Smendès des listes de Manéthon , chef de la XXP dynastie.
Un autre beau monument du musée de Turin , provenant également d'Abydos , se classe à côté de celui qui vient d'être décrit; ces deux stèles se prêtent un mutuel appui. Celle de Turin porte une inscription de la 46'' année du règne du roi soleil , seigneur grand , fils du soleil , Aasen. Or , le successeur de Mandouftep, dans les listes de Manéthon , est appelé Psousennès , avec les variantes Phunesès et Phusénès ; il n'est pas difficile d'y reconnaître le roi Aasénès ou Aasen de notre stèle , qui , fils de Mandouftep , aura , selon un antique usage déjà remarqué, porté le nom de son aïeul Aasen. Une autre coïncidence est non moins digne d'attention : J.Africain fixe, d'après Manéthon , la durée du règne du Pharaon Phusénès à 46 ans ; et la stèle que nous
L'UNIVERS
citons est précisément datée de l'an 4(i du règne d'Aasen.
Du reste , le nom propre Mandoiiflep se retrouve dans une inscription gravée sur les rochers de la route de Cosséir, et sur le circuit d'une momie du musée de Berlin.
Mandouftep et Aasen sont les seuls rois, le l'"' et le 2% de la XXP dynastie dont nous connaissions jusqu'ici quelques monuments ; leurs cinq successeurs ne nous sont révélés que par les listes de Manétiion , savoir : Nepherchérès, qui règne 4 ans; Aménoplithis, 9 ans; Osochor, 6 ans; Psinacliès, 9 ans, et Psousennès ou Aasen II , 30 ans. Cette dynastie vécut et mourut sans gloire; on ne cite rien de digne de ces sept princes ; leur nom ne se^ trouve sur aucun monument de l'Egypte : le dernier mourut vers l'an 970 avant l'ère chrétienne.
On voit sur un des rochers de granit de l'île de Philsc, une inscription hiéroglyphique , acte d'adoration à la déesse Néïth et au dieu IMandoii pour la conservation du Pharaon Mandouftep de la XXP dynastie.
Quelques personnages connus par l'histoire sainte furent contemporains de cette même dynastie : le roi David ; lejeime Adad qui ,deridumée, se sauva en Egypte pour échapper aux fureurs du saint roi , et qui s'y maria avec la sœur de la reine , femme du Pharaon ; entin , si l'on y croit , c'est d'un des rois de cette XXP dynastie que Salomon épousa une fdle. Ees pays soumis à l'autorité du lils de IDavid touchaient aux frontières de l'Egypte ; le temple et les murs de Jérusalem n'étaient pas encore élevés; mais, bientôt après , les fondements du ten)ple furent ietés, et l'édilice fut terminé dès la onzième année du règne de Salomon.
On a remarqué ailleurs l'analogie des formes du temple du Seis;neur avec celles des temples de l'Êgypte. La Syrie prenait aussi ses modèles en Egypte. L'histoire des rois de Juda va se mêler avec celle des Pharaons.
L'incapacité de ces Pharaons ouvrit encore la voieà un nouveau changement de dynastie. Une famille nouvelle, ori-
ginaire de Bubastis , chassa du trône la famille de Tanis : hélas ! de tels événements annoncent bien haut le désordre des affaires publiques , et que des causes secrètes minent les principes de la vie du corps social : quand une nation se divise en deux camps qui se disputent par des révolutions successives la possession du pouvoir , le jour ne tarde pas d'arriver où les sages des deux partis s'aperçoivent qu'ils ont travaillé mutuellement pour l'avantage d'un commun ennemi.
Le chef de la nouvelle dynastie, la XXIP, s'éleva dans la ville de Bubastis, l'une des plus anciennes de celles de la basse Égypte. Ce chef se nommait Scheschonk, dont les Grecs firent Sésonchis : c'est ainsi que ce nom est écrit dans les listes de ]\Ianéthon. Son cartouche- prénom signifiait soleil du monde méridional, approuvé par le soleil ; et son cartouche nom propre se lit: Amon-Maï (le chéri d'Amon) Scheschonk.
Ces deux cartouches se trouvent dans les inscriptions de deux statues léontocéphales dont une appartient au musée égyptien de Turin , et l'autre au musée de Paris; dans une inscription des carrières de Silsilis de l'an 22; et son nom propre est quelquefois abrégé quand il est écrit sur des monuments de petites proportions.
Ce même Pharaon Scheschonk est nommé Schischak et Sisac dans les divers textes de la Bible. Il exerça une grande influence sur les destinées politiques de la Judée. Ce fut auprès de lui, en effet, que chercha, un protecteur et un refuge léroboam , menacé par Salomon. Salomon , dit la Bible (liv. m des rois, et Paralipomènes) , voulut tuer léroboam , qui se leva , s'enfuit en Égypte auprès de Schischak , roi d'Égypte , et il y demeura tant que vécut Salomon.
Ayant appris sa mort, léroboam quitta l'Egypte , se fit le compétiteur de Roboam", et de cette lutte provinrent le démembrement des États de David et la création du royaume d'Israël. Roboam et léroboam ne cessèrent de se faire la guerre. Le Pharaon
EGYPTE
Sclieschonk ne resta pas neutre ; il se déclara pour le réfugié qu'il avait favorablement accueilli; et', dans la cinquième annéedu règne de Roboam, le roi d'Egypte se présenta devant Jérusalem, s'en empara , et enleva les trésors de la maison de Jébovah, ceux de la mai • son du roi , et tous les boucliers d'or qu'avait faits Salomon. Roboam régna sur la tribu de Juda , et léroboam sur le reste d'Israël. Le roi d'Égypte conduisit en Judée une armée de douze cents chars , de soixante mille cavaliers, et d'une foule innombrable de fantassins égyptiens, libyens , troglodytes et étbiôpiens.
Les monuments égytiens encore subsistants confirment hautement ces récits de la Bible : la première cour du grand palais de Karnac à Thèbes , est , en partie , ornée de bas-reliefs. L'un des plus étendus représente un roi de proportions colossales , menaçant de ses armes un groupe de prisonniers étrangers qu'il tient par les cheveux, d'une de ses mains. Le même roi conduit aussi devant la trinité thébaine les chefs de plus de trente nations qu'il a vaincues ; ils sont liés par le cou , et chacun d'eux a près de lui un bouclier crénelé, dans lequel son nom est inscrit. Or, un de ces princes de ces peuples vaincus , à barbe pointue et à physionomie asiatique, est nommé dans son bouclier louda Hamalek, le royaume de Juda , et le roi qui l'a soumis à ses armes, porte, dans cette même scène , le nom de Scheschonk ; c'est le Sésac vainqueur de Juda à Jérusalem , et le Sésonchis des listes de jManéthon.
Le mauvais état de la grande inscription qui accompagne ce tableau , véritable monument historique , ne permet pas d'assigner, dans la durée du règne de Sésonchis , à quelle année de ce règne répondait la cinquième de Roboam , année oii ceci se passa , et la chronologie comparée est par là privée d'un important synchronisme de l'histoire sainte avec l'histoire égyptienne. Roboam régna à Jérusalem 17 ans ; léroboam 22 ans, et Sésonchis 22 aas aussi : ces trois règnes
furent contemporains dans la plus grande partie de leur durée. Sésonchis mourut vers l'an 948 avant l'ère chrétienne.
On ne peut pas fixer la durée de son règne à moins de 22 ans; cette date se lit dans une grande stèle de Silsilis, qui nous apprend en même temps que ce prince y fit faire de grandes exploitations destinées à des constructions dans la grande demeure d'Amon , constructions que l'on reconnaît encore dans celles qui forment le côté droit de la première cour de Karnac, à Thèbes, près du second pylône : monument qui est en effet du règne de Sésonchis , et que ses successeurs les Bubastites s'occupèrent de terminer.
On connaît par les monuments un fils de ce roi , qui l'accompagne dans les représentations figurées sur les bas-reliefs de Karnac; ce prince porte les titres de prêtre d'Amon -Ra , chef des archers, et se nomme Ouschiopt, royal lils du seigneur des monde Scheschonk ; mais ce prmce ne se voit nulle part revêtu des attributions royales. Les listes de Manéthon nomment Osorthôn le successeur du chef de la XXir dynastie ; les monuments lui donnent en effet le nom plus régulier de Osorchôn.
L'ordre des travaux d'embellissement de la grande cour de Karnac nous montre le nom de ce Pharaon Osorchôn placé immédiatement à la suite de celui de Sésonchis; et, en ce point, les listes et les monuments se trouvent en un parfait accord. Le cartouche-prénom signifie soleil gardien de vérité , approuvé par Amon , et le cartouche nom propre : Amon - Mai , (le chéri d'Amon), Osorchôn ; il est souvent répété sur les bas-reliefs de la première cour de Karnac ; sur les colonnes et les murs du grand temple de Bubastis, ville natale de la XXir dynastie , la légende entière de ce roi se lit : l'Aroëris puissant , ami de la vérité, le soleil gardien de vérité, approuvé d'Amon, vivificateur, le fils du soleil , l'aimé d'Amon , Osorchôn , semblable au soleil.
Le nom de ce Pharaon se lit aussi
L'UNIVERS
dans les restes d'un manuscrit sur papyrus pul)lic p.'ir le baron Deiion : manuscrit qui est une partie du rituel funéraire, ornée de dessins, et portant plusieurs fois ré|)étée la légende du défunt dont il accompagnait la momie.
Celle-ci reçoit entre ses bras étendus le dieu créateur Plitlia , caractérisé par un scarabée placé sur sa tête. Cette momie reparait vers l'extrémité opposée du rouleau , coucbée dans une es-
Î)èce de sarcophage ou de cercueil , sur equel repose l'image symbolique d'une âme mâle (l'épervier à tete humaine barbue); à coté de la momie et de l'âme sont une enseigne sacrée et un de ces grands et longs éventails portés en signe de suprématie autour des dieux et des rois ligures sur les basreliefs égyjjticns. A coté, et sur un riche piédestal en forme d'entre-colonnement, est couché un chacal noir, emblème ordinaire du dieu Anubis, un des ministres d'Osiris son père dans l'Amenthi. Au-dessus de la momie on lit cette légende : Le prêtre d'Amon- Ra, roi des dieux, Osorkôn , fils de Scheschonk. Une autre inscription du même papyrus, est |)lus ex|)licite encore au sujet de ces personnages; elle porte : Le prêtre d'Amon-Ra, roi des dieux , Osorchôn défunt , fils du grandprêtre d'Amon-Ra, roi des dieux, Scheschonk défunt, royal fils du seigneur du monde , Amon-Maï-O.ço;-chô7i, vivificateur comme le soleil, pour toujours.
Ces inscriptions nous apprennent donc que le grand prêtred'Amon Osorchôn était fils du grand prêtre d'Amon Scheschonk , qui était fils d'un roi nommé Osorchôn : or, d'après l'usage égyptien , qui faisait passer l'appellation des grands-pères aux petits-fils , le roi Osorchôn , père du grand prêtre Scheschonk , devait être le fils d'un roi nommé Scheschonk : ce sont là en effet la généalogie des rois de la XXIP dynastie, et leur ordre de succession selon les listes de Rlanéthon : le premier roi eut pour successeur son fils Osorchôn , et les monuments nous font connaître cette race jusqu'à la quatrième génération ; le fils du deuxième
roi , qui se nomma Scheschonk, fut revêtu des fonctions de grand prêtre d'Amon, et le petit -fils fut nommé Osorciiôn , et revêtu aussi du même sacerdoce.
Ces deux grands prêtres furent revêtus de ces fonctions sacerdotales , parce que le rang de primogéniture ne les appelait pas au trône qui était l'apanage des premiers-nés; mais ces faits historiques nous démontrent aussi qu'à l'époque de ces rois, on n'avait pas oublié en Égypte que la monarchie avait été fondée sur les ruines du gouvernement théocratique , qu'il était utile de prévenir toute réaction d'une caste puissante et nombreuse , et qu'en conséqueno* de ces princi pes, les hautes dignités sacerdotales étaient dévolues aux plus proches parents du roi : nouvelle preuve de la fausseté de l'opinion des écrivains qui présentent les Pharaons comme perpétuellement courbés sous l'autorité des pontifes.
Osorchôn ne fut pas inconnu aux Hébreux ; et d'habiles critiques retrouvent en lui le roi Zoroch de la Bible, qui vint camper à ^laresa avec une armée très -nombreuse, sous le règne d'Asa, petit -fils de Roboam.
Ces deux personnages furent du moins contemporains.
Le nom d'Osorchôn se lit aussi sur un magnifique vase ^ albâtre oriental, du cabinet des antiques de Paris.
Il porte sur sa panse une inscription dédicatoire à Amon-Ra par le roi Osorchôn. Dans des temps postérieurs, ce vase fut apporté d'Ëgypte à Rome , où il fut destiné à renfermer les cendres d'un membre de l'illustre famille Claudia : l'épitaphe de ce patricien est gravée en grandes lettres latines sur la partie de la panse opposée à la place qu'occupe l'inscription hiéroglyphique, et ce vase est, par le double usage auquel le destina le prix de la matière dont il est fait, un monument doublement historique. Le roi Osorchôn mourut après un règne de quinze ans.
Il eut pour successeur son fils nommé comme son père Sclieschonk; et ce nom indique à la fois sa descendance et sa place dans la liste des rois. Ses car
EGYPTE
touches existent encore dans la grande cour du palais de Karnac : le cartoucheprénom se lit : Soleil gardien de vérité, approuvé par le soleil , et son car»
touche nom propre, Amon-Maï Si- Pascht - Scheschonk , c'est-à-dire le chéri d'Amon , fils de Pascht Scheschonk; c'est leSésonchisIIde laXXIP dynastie. La déesse Pascht était la grande divinité de Bubaste; elle devait être honorée par la famille royale originaire de cette ville , et Sésonchis II était un des princes de cette famille; il régna 29 ans au moins; l'inscription précitée de Karnac porte cette date : c'est tout ce qu'il est possible jusqu'ici de savoir de sa vie et de son règne.
Les listes de Manéthon lui donnent deux successeurs qu'elles ne nomment pas ; les monuments ne fournissent aucun indice de leur existence ; la durée totale des règnes de la XXII'- dynastie, après avoir laissé à Scheschonk II les 29 ans que l'inscription de Karnac lui assigne irrévocablement, exclut la suppositiondeleurexistence : onpeutdonc considérer le roi nommé après Osorchôn, dans lalistedelManéthon, comme ■e successeur de Scheschonk IL
Selon ces listes , ce roi porta le nom ]e Takelôthès. C'est à Karnac encore, dans la cour à juste titre nommée des rois Bubastites , puisque les monuments de la piété de ces rois y abondent , qu'on trouve la mention de Takelôthès. Il est figuré faisant des offrandes à Amon - Ra ; son prénom signifie : le soleil du monde méridional , approuvé par Amon ; et son nom propre se lit : l'aimé d'Amon et d'Isis Takelot. Les monuments de son règne sont très-rares , et les souvenirs de ses actions plus rares encore. Il nous est parvenu un tableau peint sur bois de sycomore , dont une partie se voit au musée de Turin , et l'autre au Vatican , à Rome. On y a représenté un jeune prêtre , la tête rase et la tunique couverte de la peau de panthère ; il est en acte d'offrande , et la légende écrite auprès de sa figure annonce qu'il est le royal fils de Takelôt et de Tampedj , fille de l'aimé des dieux Horus défunt.
Cette femme de Takelôthès se nomma donc Tampedj , et leur fils occupa , selon l'usage , un des premiers emplois du sacerdoce. Mais un autre monument qui subsiste à Karnac nous fait connaître une autre femme et un autre fils de Takelôthès ; et ce fils , qui porte des titres de fonctions civiles et militaires , succéda à son père au trône d'Égypte : il s'ensuit que la femme mère du jeune prince qui devint roi , fut la première femme de Takelôthès , et son fils leur premier-né, puisqu'il porta la couronne royale ; et que l'autre prince fut le fils d'une seconde femme, et destiné au sacerdoce, ne pouvant pas être roi , ce titre étant dévolu au premier-né. Ce premier- né se nommait aussi Osorchôn , et sa mère la chérie de IMouth, Keromamas. L'inscription précitée de Karnac porte une date de la 25^ année du règne de Takelôthès.
Son fils Osorchôn II lui succéda ; on trouve les légendes de ce roi dans les décorations de la grande cour du temple de Karnac, dans les parties que ses prédécesseurs ne firent pas terminer : le cartouche-prénom signifie soleil gardien du monde, approuvé par le soleil ; et son nom , le chéri d'Amon- Osorchôn. On voit aussi la légende complète de ce roi dans les ruines du grand temple de Bubaste. Les rois de la XXIP dynastie n'avaient pas oublié que cette ville était leur berceau , et ils l'avaient ornée de grands édifices.
Selon les listes de Manéthon , Osorchôn II aurait eu deux successeurs :
elles ne donnent pas leurs noms , et ils sont d'ailleurs inconnus à toutes les sources de l'histoii'e. Eusèbe avait , on ne sait pourquoi , réduit à trois le nombre des rois de cette dynastie que Jules l'Africain porta à neuf.
Nous avons retrouvé sur les monuments les trois princes que ces deux abréviateurs de Manéthon nomment également; nous y avons reconnu aussi deux autres rois qu'ils ne nomment pas , et que leurs noms et leur filiation placent sans difficulté dans cette même dynastie ; elle fut donc composée au moins de cinq rois; la
L'UNIVERS
durée connue de leurs règnes réunis ne s'élève qu'à 91 ans ; celle de la dynastie entière est portée à 120 ans dans la liste de l'Africain; il faut donc supposer deux ou trois rois inconnus pour la lacune de 30 ans que le silence des monuments ne nous permet pas de remplir : la XXIF dynastie cessa donc de régner après une durée de 120 iins , vers l'année 851 avant l'ère chrétienne.
Si , comme il paraît , Osorchôn II eut un ou plusieurs successeurs, ils furent de ces pauvres rois qui perdent les dynasties : le silence de l'histoire est peut-être à leur égard un haut témoignage d'indulgence, s'il r>e l'est d'un grand mépris : il est certain qu'après ces pauvres rois il s'éleva une famille nouvelle qui forma la XXIIP dynastie : elle était originaire de la ville de Tanis.
C'est un fait bien digne de remarque : après la fin de la XX* dynastie , Thèbes et la haute Égypte paVaissent épuisées: elles ne produisent plus ni rois ni merveilles des arts , et la vieille capitale théocratique ne conserve presque plus d'autre privilège que celui des grandes cérémonies. La basse Égypte semble en même temps croître et s'élever en intelligence et en autorité : ses villes principales , Tanis , Bubaste , Sais , Mendès , Sébennytus , engendrent les familles royales"; mais la puissance de l'Égypte semble comme attachée par son origine aux sources du INil ; elle s'affaiblit et s'abaisse, conmie les forces d'un vieillard qui s'éteint, à mesure que le fleuve s'approche de la mer qui l'engloutit.
La XXIIP dynastie fut originaire de Tanis , composée de 4 rois qui régnèrent ensemble 89 ans. Voilà tout ce qu'il est possible de savoir de ces temps-là de l'histoire égyptienne : c'est tout ce que nous ont dit les abréviateurs de Manéthon.
On peut , toutefois , attribuer au premier roi de cette dynastie et à ses descendants, quelques monuments que la critique archéologique a interprétés avec certitude.
On voit en effet sur le célèbre mo-
nolithe de Tanis, ville qui fut la patrie de la XXUP dynastie, les cartouches d'un roi dont aucun autre monument n'assigne ailleurs la place, et qui se lisent : Soleil esprit aimé des dieux , le fils du soleil, Ptahavtep ; et le premier nom des listes de Manéthon est Petubastis.
Sur deux belles stèles du musée du Louvre, on retrouve un Osortasen , fils de Ptahavtep , et un Amen-Hem- Djam ou Djom , fils d Osortasen : et les mêmes listes de Manéthon disent que Petubastis eut pour successeur le roi Osorthôn , et celui-ci le roi Psammus; noms fort analogues, Osorthôn à Osortasen , et Amen-Hem-Z>/a»i à Psamm ou Pjamni, devenu Psammous pour les Grecs et les Latins. Enfin une statue d'une collection de Rome porte le nom de la reine Ranofré , femme du roi Amen-Hem-Djom.
C'est au règne d'un de ces rois Osortasen que remonte le bel hypogée de Béni - Hassan qui s'annonce par un portique en colonnes doriques , modèle antique de cet ordre de l'architecture grecque. Ce tombeau est celui d'un chef militaire nommé Amentéh. Les inscriptions sculptées sur les jambages et le bandeau de la porte sont du règne de cet Osortasen.
La XXIV* dynastie s'éleva à Sais , autre grande et "célèbre ville de la basse Égypte. Mais elle ne put fournir qu'un seul roi , nommé Bocchoris : les désordres publics multipliaient les familles nouvelles, portaient la division dans les esprits , affaiblissaient le patriotisme , favorisaient l'anarchie , et ouvraient la voie à tous les malheurs publics. Le temps des invasions étrangères et celui de la complète décadence de l'Égypte était arrivé : la destinée commune aux institutions humaines s'accomplissait : l'empire égyptien touchait à sa vieillesse , intérieurement miné par les maux précurseurs de la mort.
Diodore de Sicile rapporte que le roi Bocchoris était d'une taille et d'une figure tout à fait abjectes, mais supérieur, par la pénétration de son esprit et par sa prudence , à ceux qui l'avaient
EGYPTE
précédé sur le trône. Ses grandes qualités peuvent être prouvées par son avènement au trône, sur lequel il se plaça comme chef d'une dynastie nouvelle , et par la longue durée de son règne : mais les malheurs des temps turent plus puissants que lui : l'Éthiopie se leva contre l'Egypte , l'envahit et s'en empara : Bocchoris fut pris et brûlé vif après un règne de 44 ans.
Le chef éthiopien, maître de l'Égypte , se nommait Sabacôn : il fut le fondateur d'une dynastie nouvelle , la XXV*, dite des Ethiopiens.
On ne sait comment accorder sa cruauté à l'égard de Bocchoris , selon IManéthon , avec sa piété envers les dieux et sa bienfaisance envers les hommes, quii, selon Diodore de Sicile, distinguèrent ce roi éthiopien des rois auxquels il succédait. C'est à ce roi que le même historien fait honneur de l'abolition de la peine de mort , ainsi que de grandes chaussées , de nombreux canaux, et d'autres vastes travaux d'utilité commune. Toutefois, il est facile de croire à cette dernière partie du récit: les désordres intérieurs entraînaient la ruine des établissements publics , et quand l'ordre renaissait par la présence d'un monarque sage ou puissant , sa première pensée devait être de les réparer : l'état de l'Egypte après son invasion imposa ce devoir au vainqueur, et Sabacôn ne le négligea point. Du reste, l'Ethiopie n'était pas assez étrangère à l'Egypte pour qu'un chef éthiopien ignorât l'état de l'administration publique de ce dernier pays : il y avait, entre la population des deux contrées, confraternité d'origine , identité de race , et plus d'un usage caractéristique devaient être communs aux deux régions : des rois de l'Ethiopie, contemporains de la XXV' dynastie égyptienne formée aussi de rois éthiopiens, élevaient dans leur pays des monuments à des dieux qui étaient les mêmes que ceux de l'Égypte , en style égyptien , et les inscriptions de ces monuments étaient tracées dans le même idiome , dans la même écriture que l'étaient les inscriptions des monuments de l'Égypte.
Aussi les édifices religieux de l'Egypte conservent-ils encore les témoignages du soin que Sabacôn et ses successeurs se donnèrent pour les réparer ou les embellir.
A Louqsor, par exemple, où tout révélait la munificence de Sésostris , on reconnaît des restaurations faites par l'ordre de l'Éthiopien Sabacôn.
il paraît que, du temps de ce roi, l'ancienne décoration de la grande porte, située entre les deux massifs du pylône, était en mauvais état, et les masses entières furent alors refaites à neuf; mais les anciens bas -reliefs de Sésostris furent remplacés par des nouveaux, et Sabacôn s'y mit à la place de Rhamsès le Grand. On l'y voit encore faisant les offrandes d'usage aux dieux du palais et de la ville de Thèbes ; et quoique le nom de ce roi ait été postérieurement martelé, ces bas-reliefs n'en sont pas moins d'un très-grand intérêt par leur style : les figures en sont fortes et très-accusées ; leurs muscles vigoureusement prononcés , mais sans avoir rien de la lourdeur des ouvrages des temps postérieurs. Le roi y est figuré dans des proportions colossales. Il adopta les nom et prénom royaux usités par les Pharaons ; ses cartouches se lisaient : Le roi , soleil bienfaisant des offrandes , le fils du soleil, le chéri d'Amon, Schabak. On retrouve sa légende royale sur une des portes du palais de Karnac , sur un des monuments de Thèbes avec la date de l'an 12 , où M. Wilkinson l'a recueillie le premier ; enfin le nom propre du roi , Sabacôn , se trouve aussi sur la base d'une statue en plasme d'émeraude, d'un pied environ de hauteur, et d'un bon travail, représentant ce roi assis ; morceau précieux qui orne un des appartements supérieurs de la villa Albaui, à Rome.
Ce nom se lit encore, comme date, sur quelques amulettes et autres monuluents de petites proportions du musée du Louvre. Sabacôn mourut après un règne de douze années.
Les listes de Manéthon lui donnent pour successeur un autre Éthiopien , qu'elles nomment Sévéchos; et Ton
L'UNIVERS
trouve à Abydos le cartouche d'un roi qui se lit Sévékowtph. Deux stèles du musée égyptien du Louvre portent le même nom propre précédé du cartouche : Soleil , gardien régulateur du monde. Mais ces deux monuments , ainsi que le véritable nom de ce roi , sont restés jusqu'ici inconnus; et c'est par erreur que certains critiques , peu sévères dans leurs déductions , ont cru reconnaître ce nom dans d'autres monuments qui appartiennent réellement au prédécesseur de Sévéchos.
La plus grande des deux stèles du musée royal , et un autre monument du même genre, du musée de Vienne, nous font connaître plusieurs personnes delà famille du roi Sévéchos, sa femme, deux de ses filles, sa mère, ses fils et son petit-fils. Il nous reste peu de souvenirs historiques de son règne ; on lui rapporte , toutefois, ce que dit la Bible du roi d'Israël , nommé Osée , qui .
pour résister au roi d'Assyrie Salmanasar, implora le secours et l'alliance d'un roi d Égypte que la Bible nomme Sua; et si l'on a remarqué que le nom de ce roi est emprunté de celui d'une divinité nonnnée indifféremment Sew ou Sevli , on ne trouvera plus une absolue différence entre le nom du roi d'Égypte nommé par la Bible , et notre Sévéchos : ce fait historique se passa d'ailleurs , selon la Bible , peu de temps avant le règne d'un roi nommé Tahraka ; et les listes de Manéthon nomment ainsi le successeur de Sévéchos.
On trouve en effet sur plusieurs monuments de l'Egypte les cartouches d'un roi , qui se lisent : Soleil Atmou ,
bienfaisant , le fils du soleil Tah-
raka : ils sont ainsi sur un édifice qui fait partie des constructions de Médinet Habou à Thèbes; pylône de médiocre étendue , dont les massifs , d'une belle proportion, ont souffert dans plusieurs de leurs parties. Le nom , le prénom , les titres, les louanges de Tahraka avaient été le sujet des bas-reliefs et des inscriptions qui décoraient les faces des deux massifs et la porte qui les sépare; mais, plus tard , des rois d'origine égyptienne firent marteler ces décorations , et plus
soigneusement le nom de l'Éthiopien Tahraka, leur prédécesseur: le nom de Sabacôn reçut le même affront sur les édifices de Louqsor ; et cependant l'Éthiopien avait donné a ses successeurs des exemples d'une piété modeste qu'ils n'imitèrent pas dans leurs fastueuses dédicaces: Tahraka n'avait mis que ces mots dans celle du pylône qu'il avait élevé : « La vie ! le roi Tahraka, le bien-aimé d'Amon-Ra, seigneur des trônes du monde. »
On lui attribue toutefois, mais il n'en reste pas de tradition écrite, la conquête de toute l'Afrique septentrionale, jusqu'aux colonnes d'Hercuie; sur les bas-reliefs de Médinet-Habou , ce roi est en effet symboliauement figuré de proportions colossales , tenant, d'une main robuste, les chevelures réunies en groupe de plusieurs peuples vaincus qu'il menace de sa masse d'armes. Son nom se lit aussi sur les monuments voisins du mont Barkal. dans la haute Nubie; on le trouve, enfin, sur plusieurs amulettes du musée royal.
M. Cailliaud a copié aussi le nom de la reine, épouse de ce roi; elle se nommait Amentéh ; on connaît aussi deux de leurs filles. On isnore s'ils eurent des descendants mâles; mais on sait avec certitude que le règne de Tahraka finit après une durée de vingt ans : les listes de iManéthon nous l'apprennent, et les inscriptions de Barkal confirment leur témoignage : ces inscriptions sont en effet datées de la vingtième année de Tahraka.
La Bible, dans l'histoire des rois, rapporte que, lorsque Sennachérib, roi des Assyriens, attaqua Ézéchias, roi de Juda , l'Éthiopien Tahraka , allié d'Ézéchias , conduisit une armée à son secours: l'Assyrie et l'Égypte nourrissaient d'antiques rivalités, mutuellement haineuses, et les régions intermédiaires des deux grands ro3 aumes étaient le théâtre habituel de leurs dissensions armées : l'Assyrie ne pouvait se mouvoir vers les bords orientaux de la Jléditerranée sans que l'Égvpte s'avançât à sa rencontre pour l'eu tenir écartée ; c'est ainsi que l'É;
ÉGYPTE
gypte se trouvait l'alliée naturelle des
[)'euples et des villes de la Syrie et de a Palestine. Hérodote dit quelques mots de Sennacliérib ; mais il confond les temps et les lieux ; il paraît n'avoir recueilli sur ces circonstances que d'incertaines traditions. La Bible ne dit point que Sennacliérib alla attaquer l'Ésypte ; il fut défait par l'ange du Seigneur dans les environs de Jérusalem , et il ne descendit pas jusqu'à Péluse, comme le suppose le récit d'Hérodote. Il dit, d'ailleurs, que ceci se passa sous le règne d'un roi nommé Séthon , prêtre de Phtha , divinité qui fit pour ce roi un grand miracle, car le dieu suscita une innombrable quantité de rats des champs , qui se répandirent pendant la nuit dans le camp ennemi , et rongèrent si bien les cordes des arcs, les carquois, et jusqu'aux attaches des boucliers, que l'armée, privée de toute espèce d'armes , fut contrainte de prendre la fuite dès le lendemain. En mémoire de cet événement , ajoute Hérodote , on plaça , dans le temple de Phtha , une statue du roi Séthon , tenant un rat dans sa main , et avec cette inscription : « En me voyant , apprenez à révérer les dieux. »
Si l'on pouvait s'en remettre aux récits d'Hérodote, la mort du troisième roi de la dynastie éthiopienne aurait été suivie de troubles qui auraient fait succéder l'anarchie à l'autorité royale : mais cette partie du récit d'Hérodote abonde tellement en confusions de temps et de noms , elle est si contraire , dans ses circonstances les plus clairement exprimées , aux indications tirées et des abréviateurs de Manéthon et de l'autorité des monuments, qu'il est difûcile à l'historien éclairé par toutes ces lueurs de la critique, d'adopter la relation de l'élégant écrivain d'Halicarnasse. Selon lui , le roi Psammétichus était le fils du roi Kéchos,que l'Éthiopien Sabacôn avait fait mourir; mais, selon Manéthon et les monuments , ce Psammétichus était fils du roi Néchao qui fut le cinquième successeur de Sabacôn, au lieu d'en être le prédécesseur. Kous n'inscrirons donc pas, après le règne deTah-
raka, ni un période d'anarchie, ni un gouvernement composé d'un conseil de douze rois , que Psammétichus abolit à son avantage personnel en s'emparant seul de la royauté.
Nous nou,s arrêterons toutefois à une autre circonstance qui pourrait nous porter accroire que la dynastie éthiopienne d'Égypte ne fut pas supplantée et remplacée sur le trône par une famille nouvelle, sans que i'Égypte en fût trouhlée. Cette famille nouvelle était originaire de Sais.
Le premier de ses rois se nommait Stéphinatès , selon les listes de Manéthon , conservées par Jules l'Africain ; mais , selon ces mêmes listes , d'après Eusèbe , le règne de Stéphinatès , premier roi de la dynastie saïte, aurait été précédé de celui d'un quatrième Éthiopien , nommé Ammerris. On trouve en effet, sur les monuments de style égyptien des environs du mont BarkaI , les cartouches prénom et nom propre, en caractères hiéroglyphiques, d'un roi Amonaso , précédés du titre de fils du soleil , et de tous les signes honorifiques du protocole égyptien. Ces noms se lisent sur le piédestal d'un lion en granit rose ; cet Anionasô régna en Éthiopie quand les Éthiopiens furent rejetés hors de I'Égypte par les Saïtes qui leur succédèrent ; Amonasô put ainsi aller continuer son règne dans sa patrie ; et la listed'Eusèbe nous conserverait la tradition de ce règne de peu de durée , auquel mit fin l'avénement du premier Saïte. On connaît aussi par les monuments du mont Barkal deux autres rois d'Éthiopie, nommés Piônchéi , et Aspit ou Aspîirt, mais il est difficile de déterminer précisément l'époque à laquelle ils régnèrent. On peut toutefois considérer leur existence comme la suite de l'occupation du trône d'Égypte par des Éthiopiens qui durent d'abord réunir sous un sceptre commun l'Éthiopie et l'Egypte, être relégués ensuite dans l'Éthiopie seule , et y régner tant qu'un roi égyptien ne la soumit pas de nouveau à son autorité : nous verrons d'autres exemples de ces vicissitudes dans l'existence politique de l'Éthiopie ,
L'UMVERS.
habituellement rangée sous l'autorité des rois d'Égypte , et quelquefois temporairement indépendante, se donnant des rois qui inscrivaient leurs noms sur des monuments en langage et en style de l'Égypte , 'a métropole de r Ethiopie.
Quoi qu'il en soit , l'Egypte , qui devait ne supporter qu'avec amertume une race étrangère sur le trône de ses anciens rois , fit d'heureux efforts pour les en chasser, et y réussit par l'influence d'une famille originaire de la ville de Sais.
Cette cité célèbre par la somptuosité de ses édifices et par le collège de prêtres que les philosophes de la iOrèce venaient si religieusement visiter , cette cité , berceau même d'Athènes , selon les traditions grecques , n'est plus aujourd'hui qu'un amas de ruines , mais de ruines monumentales par leur immensité. Champollion le jeune les a étudiées et décrites en ces termes :
«Le 16 septembre ( 1828), à six heures du matin , nous nous trouvâmes amarrés dans le voisinage de Ssa-el- Hagar; je voulus visiter les ruines de l'antique Sais.
" Nos fusils sur l'épaule, nous gagnâmes le village qui est à une demiheure du fleuve. Nous nous dirigeâmes stu" une grande enceinte que nous apercevions dans la plaine depuis le matin.
L'inondation qui couvrait une partie des terrains nous obligea de faire quelques détours , et nous passâmes sur une première nécropole égyptienne bâtie en briques crues. Sa surface est couverte de débris de poterie , et j'y ramassai quelques fragments de figurines funéraires : la grande enceinte n'était abordable que par une porte forcée tout à fait moderne. Je n'essayerai point de rendre Timpression que l'éprouvai après avoir dépassé cette porte , et en trouvant sous mes yeux des masses énormes de 80 pieds de hauteur , semblables à des rochers déchirés par la foudre ou par des tremblements de terre. Je courus vers le milieu de cette immense circonvallation , et reconnus encore des constructions égyptiennes en briques crues , de
l-î pouces de long, 7 de large, et 5 d'épaisseur. C'était au.ssi une nécropole, et cela nous expliqua une chose jusqu'ici assez embarrassante, savoir, ce que faisaient de leurs momies les villes situées dans la basse Egypte el loin des montiignes. Cette seconde nécropole de Sais , dans les débris colossaux de laquelle on reconnaît encore plusieurs étages de petites chambres funéraires (et il devait y en avoir un nombre infini), n'a pas moins de 1,400 pieds de longueur, et près de 500 de largeur. Sur les parois de quelquesunes des chambres, on trouve encore un grand vase de terre cuite , qui servait à renfermer les intestins des morts, et faisait l'office des vases nommés canopes. On trouve du bitume au fond de quelques-uns de ces vases.
« A droite et à gauche de cette nécropole existent des monticules , sur l'un desquels nous avons trouvé des débris de granit rose, de granit gris, de beau grès rouge, et aussi du marbre blanc, dit deThèbes. Des légendes de Pharaons sont sculptées sur ce mar bre blanc , matière rare en Égypte.
« Les dimensions de la grande enceinte qui renfermait ces édifices sont véritablement étonnantes. Le parallélogramme , dont les petits côtés n'ont pas moins de 1,440 pieds, et les grands 2, ICO, a ainsi 7,000 pieds de tour. La hauteur de cette muraille peut être estimée à 80 pieds , et son épaisseur, mesurée, a été trouvée de 54 pieds : on pourrait donc y compter les briques par millions.
« Cette circonvallation de géants me paraît avoir renfermé les principaux édifices de la ville de Sais. Tous ceux dont il reste des débris étaient des nécropoles; et, d'après les indications fournies par Hérodote, l'enceinte que j'ai visitée renfermerait les tombeaux d'A priés eî des rois saïtes de la XXVI' dynastie , ses ancêtres. De l'autre côté serait le monument funéraire d'Amasis. La partie de l'enceinte vers le Nil a pu aisément contenir le temple de Nèïth , la grande déesse de Saïs.
« A quelques centaines de toises de Tangle voisin de la porte forcée, exis
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tciit des collines qui couvrent une troisième nécropole. Elle était celle des grandes familles, et on en a tiré un grand sarcophage en basalte vert, qui était celui d'un gardien des temples sous le roi Psammétichus. «
Hérodote et Strabon , qui ont vu cette ville avant sa décadence , donnent , des monuments publics dont elle était ornée, des descriptions qui nous en laissent une grande opinion. Le temple de îscïth était le plus somptueux de ces édilices ;, son frontispice était décoré de grands obélisques , et un vaste bassin, revêtu en pierres, était tout auprès. Une grande féte annuelle y attirait un grand concours de monde:
c'était celle des lampes ardentes , qui se célébrait pendant la nuit , et qui était précédée par de grandes cérémonies religieuses. Les Grecs disaient que Cécrops était originaire de Sais.
La dynastie que cette ville vit sortir de son sein fut composée de neuf rois, et il nous reste de leur règne des monuments nombreux et variés. Ces rois, qui succédaient à une dynastie de conquérants étrangers, semblaient s'efforcer de multiplier les monuments, comme pour manifester leur ardent amour du pays, sentiment né de leur origine même.
Le premier des rois de cette XXVP dynastie, celui qui en fut le chef, est nommé Stéphinatis dans les listes de Manéthon: il parvint au trône vers 'année 674 avant l'ère chrétienne.
Son règne dura sept années , voilà tout ce qu'il nous est possible de savoir de son existence. Il en est de même de ses deujc successeurs Nécbepsôs et Nécbaô ; le règne du premier est porté à six années , celui du second à huit dans ces mêmes listes de Manéthon.
L'histoire , par les faits , de cette XXVr dynastie ne commence qu'avec le règne de Psammétichus. Ses cartouches prénom et nom propre se lisent sur plusieurs monuments ; le premier signilie : Soleil bienfaiteur du cœur, et le second Psa??!é^/Â;. Cette légende royale se voit sur l'obélisque de iMonte Citorio , à Rome , sur !a ceinture d'une statue en basalte
vert, représentant ce roi, et appartenant au cabinet des antiques à Paris ; sur un petit naos du musée de î\Jarseille; dans les inscriptions d'une statue naophore , en basalte vert , du musée du Vatican, et sur un vase canope de Florence, comme sur plusieurs scarabées et autres monuments de petites proportions.
Les édifices de Thèbes et d'autres lieux de l'Egypte conservent aussi les souvenirs historiques du règne de Psammétichus. On les trouve sculptés sur les grandes colonnes de la première cour du palais de Karnac; dans l'ile de Snem , près de Philœ : ses légendes royales rappellent , soit que ce prince se rendit dans cette île, soit qu'il flt faire, dans les belles carrières de granit rose de cette localité, de grandes exploitations pour servir aux édilices qu'il construisit ou qu'il répara. On voit aussi dans les carrières de grès à Thorrah, près de Memphis, un monolithe tracé à l'encre rouge sur les parois , avec une Cnesse extrême et une admirable sûreté de main ; la corniche de ce monolithe , qui n'a existé qu'en projet, porte la légende royale de Psammétichus. Le musée des Studi , à IS'aples , possède un beau morceau de granit , portant les cartouches de Psammétichus : c'est un fragment de la base de l'obélisque de Monte Citorio. Il y a aussi, au Vatican, un papyrus daté de la 20^ année du règne de ce roi ; plusieurs figurines portent aussi le nom de ce roi.
Le règne de Psammétichus est fort célébré dans les écrivains de la Grèce , parce qu'il fut le premier des rois d'Egypte qui , s'affrauchissant du joug des anciennes coutumes , rendit l'accès de ce pays plus facile aux étrangers. Selon lès relations d'Hérodote, Psammétichus accueillit les Cariens et les Ioniens qui se rendirent en grand nombre dans ses États; il leur donna des terres , les traitant à l'égal de la caste militaire dont il les prit pour auxiliaires; il leur donna de jeunes Égyptiens à élever, afin que ces enfants apprissent la langue grecque et servissent d'interprètes aux deux nations : c'est depuis
L'UNIVERS
cette époque, njoute Hérodote, que nous autres Grecs , dans nos relations commerciales avec les Égyptiens , avons pu nous instruire exactement, par le secours de ces interprètes, de l'histoire d'Égypte à dater du règne de Psammetichus , et sous les rois qui lui ont succédé ; car ces Grecs sont les premiers étrangers qui , parlant une langue différente de celle du pays, l'ont habité librement.
Psammétichus fit construire les propyléesméridionauxdutemple de Phtha, a iMempbis, ainsi que le promenoir du bœuf Apis. Ce promenoir élait situé en face du péristyle: le mur d'enceinte était couvert de sculptures, et au lieu de colonnes, on y avait employé des statues colossales de 13 coudées de hauteur.
Psammétichus fit aussi la guerre aux nations voisines de l'Egypte ; Hérodote prétend qu'il assiégea , durant vingt-neuf ans consécutifs, une ville de Syrie qu'il nomme Azotus. Le règne de ce roi fut en effet très-long; les listes de Manéthon et le texte d'Hérodote le fixent également à cinquantequatre ans.
Cet historien et Diodore racontent presque dans les mêmes termes une grande émigration de troupes égyptiennes en Éihiopie ; ils en portent lè nombre à deux cent quarante mille hommes, mais les motifs de leur mécontentement sont diversement exposés : la préférence que le roi montra pour les troupes grecques fut un de ces motifs ; un autre provenait de ce que Psammétichus avait négligé de relever les Égyptiens des garnisons méridionales après le terme fixé par l'usage. Ce fut en vain que le roi , par ses généraux et par ses propres exhortations , pressa ces troupes de rentrer; elles s'établirent en Ethiopie; le chef du pays leur donna des terres , et la contrée en prit le nom de pays des transfuges égyptiens.
Diodore , qui a pris le récit d'Hérodote pour guide , ajoute que Psammétichus , de retour en Égypte , se livra aux soins de l'administration , assura la perception de ses revenus , contracta
des alliances avec les Athéniens et quelques autres peuples de la Grèce; qu'il reçut et traita très-favorablement les étrangers qui venaient visiter l'Éeypte : qu'affectionnant les Grecs particulièrement, il fit donner à son fils une éducation toute grecque, et qu'il fut le premier des rois d'Égypte qui ouvrît aux étrangers des comptoirs dans diverses parties de ses Etats, donnant les plus essentielles garanties aux navigateurs qui y abordaient.
Par dételles alliances Psammétichus nous semble prévoir déjà les intentions des Perses,vouloirlesprévenir,etse préparer à les faire avorter en s'associant avec les peuples qui devaient les redouter aussi : mais la nation égyptienne , qui ne comprit pas la portée de ces alliances , murmura contre son roi et le désapprouva : la nouvelle invasion étrangère n'était pas alors imminente à tous les yeux.
Du reste, l'art, sous le règne de Psammétichus, recouvra quelque chose de son antique perfection; ce roi contribua à cette renaissance par les grands ouvrages qu'il fit exécuter ; ce qui nous est parvenu de cette époque justifie pleinement notre assertion :
c'était au \ siècle avant l'ère clirétienne,eton ne connaît rien de beau pour ces temps-là chez les Grecs alors presque inconnus dans l'histoire des arts.
Hérodote nous dit que Isécos , fils de Psainmétichus, succéda à son père. En effet, les listes de Manéthon nomment INéchaô H comme successeur de Psammétichus ; de plus , deux belles stèles de l'ancienne collection de M. d'Anastasi nomment ce roi Kéchaô et le qualifient de fils de ce Psammétichus. Ces stèles commencent par cette inscription : « Dans l'année f^, du mois d'épiphi le 1"^ jour, sous le sacerdoce du roi soleil... du cœur, le fils du soleil, Néchaô, etc. »
Les deux cartouches du roi se retrouvent, avec deux variantes remarquables, dans un dessin fait à Rosette, en l'année 1777, par un nommé Cloquet, et appartenant depuis longtemps au cabinet des estampes de la bibliothèque royale de Paris. Champollion le jeune
n consigné cette remarque importante, et expliqué ces variantes dans son manuscrit sur les dynasties égyptiennes, et son illustre plagiaire n"a pas hésité à s'emparer de cette remarque comme l'ayant faite lui-même à Rosette. Que répondrait-il a uu honnête homme qui le prierait de lui indiquer le lieu, la roccia, où ces deux cartouches existent, stanno scolpili? Line note écrite sur le dessin dit qu'ils étaient sur un l)ioc de pierre isolé; et qu'est devenu ce fragment depuis l'année 1777?
Je trouve aussi dans le même manuscrit de mon frère le dessin et la traduction d'une stèle funéraire qu'il a vue à Alexandrie, dans laquelle le roi Néchaô est nommé, et dont les dates et les nombres seront d'une utilité immédiate pour l'ordre chronologique des rois de la XXVP' dynastie égyptienne. Voici le texte de la portion importante de ce précieux monument :
« Le prêtre Psammétichus naquit lieureusement l'an IH, le l'"' jour du mois de paùni, sous le règne du fils (kl soleil Néchaô. La durée de sa vie fut de LXXI ans, I\' mois et YI jours , et il mourut l'an XXXV, le 6*^ jour du mois de paôni du règne du fds du soleil Amasis. »
Cette date de la troisième année du règne de îséchao est la plus élevée que l'on connaisse; il est porté à huit années dans les listes de ÏManéthon. Hérodote attribue à ISéchaô les premiers travaux pour établir le canal de communication entre les deux mers, la aiéditerranée et la mer Rouge.
L'importance commerciale et politique de ce canal fut connue do l'antiquité : cet ouvrage fut plusieurs fois entrepris et plusieurs fois abandonné.
Selon Hérodote , Pséchaô y aurait vu périr cent vingt mille hommes employés à le creuser. Il fut ouvert sur le point où se trouve la moindre distance entre le ?iil et la mer Rouge. Il tirait son origine de la branche pélusiaque du fleuve , dont il était une dérivation, près de Bubaste, se dirigeant de là, à l'est , jusqu'à l'entrée de l Ouady actuel ; le cours de fOuady en était la prolongation , aussi à l'est , sur une longueur
2r Livraison. (Egypte.)
de quinze lieues; le canal traversait ensuite les lacs amers par w.xe inflexion au sud-est , sur huit à neuf lieues d'étendue ; enfin , par une autre inflexion vers le sud, et cinq lieues de longueur, il atteignait le golfe Arabique : ce canal avait donc vingt-cinq lieues de développement , et la navigation totale du IN il au golfe Arabique était de trente-trois lieues , y compris le trajet des lacs. Hérodote ajoute que la traversée exigeait quatre journées , ce qu; fait supposer qu'elle se faisait à la rame ou à la cordelle. La largeur du canal était variable selon la nature du terrain ; sa profondeur ne devait pas être moindre que celle qu'exigent des bâtiments tirant de douze à quinze pieds d'eau , et sa pente devait être plus considérable durant les hautes eaux du Nil que dans l'état ordinaire du fleuve. Il reste, toutefois , quelques doutes sur la complète exécution de ce canal dès le temps des Pharaons, et les traditions sont diverses sur ce point important.
Aristote rapporte que les Pharaons discontinuèrent les travaux de ce canal après qu'ils eurent été informés que la mer Rouge était plus élevée que les terres d'Egypte ; et , sur cet avis , l'entreprise n'aurait été conduite que jusqu'aux lacs amers. La mer Rouge est , en effet , plus élevée de trente pieds au moins que la Méditerranée : les nivellements exécutés par les géomètres de l'expédition française en Egypte ne laissent subsister aucun doute sur ce sujet : que ceux qui voudront l'approfondir s'éclairent, comme nous venons de le faire , aux savantes investigations de M. l'ingénieur Le Père :
nous y avons cherché les vestiges de la grande entreprise attribuée par Hérodote au Pharaon Ts'échao II.
11 est certain que ce même roi porta la guerre en Syrie; il s'y prépara en faisant d'abord construire des vaisseaux; les traces de ses chantiers subsistaient encore quand Hérodote visita l'Egypte. Kéchaô conduisit ensuite son armée par terre, et défit les Syriens près de Magdole, ou plutôt Ma'geddo selon la Bible. On lit en effet, dans le quatrième livre des Rois , que du temps
L'UJNIVKRS.
(le Joiias , roi de .Tudii , Nécliaô ayant marclié contre le roi d'Assyrie vers l'Euphrate, Josias alla an-dcvaiit du J'haraon et fut tué à Mageddo ; que son (ils Joachaz fut élu roi à sa place.
A peine Joacliaz régnait depuis trois mois, qu'il fut détrôné par Néciiaô, qui lui substitua Éliachim, autre fils de Josias, et envoya Joachaz prisonnier en Égypte, après avoir mis à contribution Jérusalem et le royaume de Juda. Éliacbim, nommé aussi loacim, demeura tributaire de l'Egypte, jusqu'à l'époque où le roi d'Assyrie se substitua, par la force des armes, au roi d'Egypte dans la perception de ces tributs, et ceci arriva, selon les prophéties de Jérémie, dans la quatrième année du règne de loacim.
La courte durée de celui de Néchaô II , qui n'est porté qu'à six années dans les listes de Manéthon, s'accordera-t-elle avec les indications chronologiques de la Bible? Aucun doute ne peut s'élever à ce sujet; car Nécliaô attaqua Josias, et celui-ci perdit la vie dans cette rencontre. Joacliaz succéda à son père, mais il ne régna que trois mois, loacim vint après, et c'est à la ([tiatrième année de son règne que Nécbaô perdit sa conquête en Syrie, par suite d'une bataille donnée sur l'Euphrate, et gagnée contre lui par Nabuchodonosor, qui le repoussa dans la frontière ordinaire de l'Egypte : ces rapports historiques se corroborent donc réciproquement.
ANéchaô succéda Psammétichus II.
Les rapports de la Grèce avec l'Égypte étaient devenus de plus en plus fréquents; les Éléens y envoyèrent des députés chargés d'étudier ses institutions i)ubliques comparées avec celles de la Grèce. Ils reçurent de sages conseils des prêtres égyptiens.
Les nom et prénom du second Psammclichus se trouvent sur un assez grand nombre de monuments encore subsistants. Le nom y est écrit avec les mêmes caractères que celui de son aïeul; mais le prénom royal diffère par un signe, et il signifie soleil se réjouissant dans le cœur. Il avait élevé un propylon pour mi des temples de Mem-
phis, et les matériaux de l'édifice pharaonique ont servi à la construction de la citadelle arabe du Caire; on y voit encore un bas-relief représentantPsammétichus II faisant la dédicace de ce propylon; d'autres blocs épars, provenant aussi de Memphis, offrent cette particularité vraiment historique, de porter encore une légende royale gravée dans une aire carrée et' creuse, annonçant sous quel roi le bloc a été tiré de là carrière, et pour quel édifice il était destiné : phisieurs de ces blocs sont signés du règue de Psammétichus II. Des inscriptions de l'île de Snem, à l'extrémité méridionale de l'Egypte, contiennent le nom de ce même roi; il se voit aussi sur un beau sarcophage, sur une figure thalamophore et sur la base d'une autre ligure en bronze du musée du Louvre; on l'a aussi recueilli dans quelques tombeaux des environs de INIemphis. L'obélisque de la Minerva, à Rome, fut élevé en Égypte par Psammétichus IL Ce roi fut honoré d'un sacerdoce ; une statuette en basalte vert porte une inscription qui se lit : Aménowthpli , fils d'Horus, prêtre de ISèïth et de Psammétichus, chéri de Nèïth, né de l'adoratrice de Néïth, dame de la région de Sésaw, Tsanisis.
Une autre figure en basalte noir, qui était à Florence, porte la date suivante • l'an XI, de pliaménoth le 1", du roi soleil, etc., Psammétichus. Plusieurs recueils archéographiques font connaître d'autres moimments isoles du même règne, et le nom de ce roi n'est pas rare sur les scarabées et les amulettes; on le voit même accompagné d'une inscription en caractères cunéiformes (de Babylone) sur un cylindre : un prêtre est à genoux devant le cartouche royal.
Le règne de Psammétichus II fut de dix-sept ans selon tous les textes d'Eusèbe tirés de Hlanéthon; Hérodote, qui nomme ce roi Psammis , et la liste de Jules l'Africain , ne lui assignent que six années; on verra, par quelques chiffres tirés de quelques stèles égyptiennes , que le nombre 17, donné par Eusèbe, est confirmé par les-monuments.
KG Yl'TK.
Les restes de ÎVIcdinet - Habou , à Thèbes, et les excavations d'EI-Assasif, fournissent plusieurs renseignements sur la famille de Psamméticlius.
Il paraît, d'après ces renseignements, que le nom de Nitocris (Nèïtli victorieuse) fut adopté pour les femmes de cette race royale ; il fut porté en effet par l'épouse de Psamméticlius V , par celle de Psamméticluis II , et peut-être aussi par une de ses fdies, comme on pourrait le conclure de réparations faites aux colonnes protodoriques du ■palais de iMédinet-Habou , sous le Pharaon Acoris, au moyen de pierres provenant d'un petit édifice élevé par cette princesse, qui est nommée avec son père à El-Assasif. On trouve aussi le nom de la Nitocris, femme de Psamméticlius II, sur un amulette de porcelaine émaillée, ayant la forme d'un cartouche roval , et sur les débris d'une statuette de bronze, l'un et l'autre objets appartenant au musée royal de Paris. Les deux cartouches de cette reine se lisent : La mère dame des grâces, la chérie de IMouth, Nitocris.
Nous aurons bientôt l'occasion de parler d'une de ses filles, qui devint la femme de l'usurpateur Amasis ; et c'est en rappelant quelques circonstances du règne de ce dernier, que nous retrouverons le lieu d'indiquer avec quelque certitude, la durée du règne de Psammétichus II, et de celui de son successeur.
Les listes de ALanéthon nomment ce successeur Vaphris, Vaphrès; la Bible C.hophra ou Hophra , et Hérodote Apriès, en le disant fils de Psammétichus II. Diodore de Sicile n'est pas moins formel à l'égard du rang que cet Apriès doit occuper dans la dynastie des Saïtes, lorsqu'il le comprend dans les (juatre règnes (Saïtes) qui suivirent la mort de Psammétichus f' ; Apriès fournit le troisième de ces règnes, et Amasis le quatrième, qui fut, de fait, le dernier, Cambyse occupant déjà une portion de l' Egypte à la mort d'Amasis.
Hérodote dit aussi que le Pharaon Apriès fut, après Psamméticlius II, son bisaïeul , le plus heureux de tous
les rois ses prédécesseurs , pendant une partie de son règne. Il fit la guerre contre Sidon , vainquit les Tyriens sur mer ; il obtint les mêmes succès sur les Cypriotes et les Phéniciens réunis , si l'on s'en rapporte à l'assertion de Diodore de Sicile. Apriès prêta aussi quelque secours à Sédécias , roi de ,Tuda, contre le roi d'Assyrie et ses Chaldéens; mais ces secours ne furent point efficaces; le roi de Juda perdit la vie, Jérusalem fut prise, le temple du Seigneur dépouillé de ses richesses en or et en bronze; et libre un instant au sein de ces calamités , le peuple des Juifs s'enfuit en Egypte, malgré les lamentations et les menaces de Jérémie.
Du reste, le prophète annonça que Dieu avait mis Apriès dans les 'mains de ses ennemis , de ceux qui cherchaient son âme. Les succès d'A priés, en effet , touchèrent bientôt à leur terme.
Il avait pris pour prénom un carlouche qui peut signifier soleil qui se réjouit dans le cœur, et pour nom projire le cartouche-prénom de Psamméticlius II , son père. On trouve ces signes onomastiques et royaux dans une inscription de l'île de Philae, où ils ont été recueillis par le savant voyageur anglais Wilkinson ; on les voit aussi réunis ou isolés sur une statue tlialaniophore du musée royal du Louvre, sur un fragment de revêtement en bronze d'une antique porte en bois, ornée d'un mufle de lion, remarquable par la perfection du travail ; on les lit de même sur deux faces de l'obélisque de la Minerva à Rome , qui poi'te aussi les noms du père de ce Pharaon. Les cartouches d'A priés existent de même parmi les nombreuses inscriptionscommémoratives gravées sur les rochers de l'île de Snem , près de Philœ ; enfin , sur les débris de constructions égyptiennes employés par le grand Saladiii pour élever la citadelle du Caire.
Tous ces monuments appartiennent aux temps où les affaires du roi Apriès prospérèrent. Ces succès l'engagèrent a porter une armée contre Barce et la Cyrénaïque ; elle fut défaite. Ce qui survécut vit dans cette entreju-ise une
L'UNIVERS
trahison ; cette opinion s'accrédita, et les troupes égyptieiines se mirent en pleine révolte. Le roi , pour les apaiser et les ramener an devoir, dépêcha vers elles Aniasis, homme considéré parmi les Égyptiens. Ainasis haranguait les troupes mutinées ; il remplissait ce devoir, mais sans succès; un soldat qui se trouvait derrière lui pendant (ju'il discourait , lui mit un casque sur la tête, en s'écriant : Qu'il soit notre roi! F,t la volonté d'Amasis se trouva tout aussitôt d'accord avec ce vœu confirmé par l'assentimenl général. Amasis fut salué roi par l'armée; ce fut en vain qu'Apriès tenta par ses envoyés de le rappeler au devoir et à la soumission : l'objet de la contestation fut remis :i la force des armes. Les .soldats égyptiens se réunirent sous les enseignes d'Amasis : les mercenaires cariens et ioniens vendirent leurs secours à Apriès ; ils furent vaincus dans un combat livré près de Momemphis, la l\lanouf-Elsef(ly , ou Manouf l'inférieure, des nomenclatures arabes.
Amasis triomphant entra dans Sais , résidence des rois saïtes ses prédécesseurs , et s'établit dans leur palais. Il y conduisit avec lui Apriès, qui contiluia d'habiter cette demeure royale où il fut quelque temps tort bien traité.
Mais les clameurs populaires imposèrent à Amasis une rigoureuse résolution ; il fallut livrer Apriès à la populace qui l'étrangla. Il fut ensuite, par les soins d'Amasis sans doute, inhumé dans les tombeaux royaux de sa famille.
Hérodote dit que ces tombeaux existaient dans l'enceinte de l'Hiéron de Nèïth , auprès du principal édifice, le temple proprement dit, à main gauche en entrant. On a vu, par la description de l'état actuel des ruines de Sais , que la vaste étendue de la grande enceinte suffisait à tous ces édifices , et (|u'une attentive restauration y marquait distinctement la place de chacun.
Telle l'ut la fin du Pharaon Apriès.
Il paraît que la haine publique s'attacha à sa mémoire, que l'humanité d'Amasis ne put pas l'en préserver; et l'on a cru en reconnaître les preuves
trop évidentes sur que.ques monuments, notamment sur une stèle où, parmi nhisieurs roisnommés , on trouve immédiatement avant le nom d'Amasis celui d'un prince qualifié de Rêmesto , mot qui emporte étymologiquement l'idée de haine profonde. Le même cartouche se retrouve sur une statue naophore du Vatican ; et , comme la stèle est d'une époque postérieure au règne même d'Amasis, et date du règne de Darius , on a présumé que ce cartouche outrageant pour le roi Apriès avait été substitué au cartouche consacré durant sa prospérité , et adopté dans les inscriptions publiques : les rois perses n'avaient aucune inclination à protéger l'honneur des rois égyptiens sa'ites.
Le règne d 'A priés fut de 19 ans selon Jules l'Africain , et de 25 ans selon Eusèl)e et Hérodote. La même incertitude subsiste à l'égard de la durée du règne de Psammétichus II , portée à 17 ans par les uns, et à 6 années seulement par d'autres critiques. De précieux monuments vont décider de tous ces doutes , et compléter nos renseignements sur l'état , les actions et les règnes de la XXVI* dynastie. Le lecteur verra , par un exemple , quelle est la valeur historique des monuments égyptiens , de ceux même des moyennes castes, quand les inscriptions égyptiennes qui nous les expliquent renferment des dates clairement exprimées.
On a vu plus haut la traduction de quelques lignes de la stèle funéraire d'un prêtre nommé Psammétichus, qui naquit le 1"^ paôni, de la 3' année du règne de IS'échaô II , mourut le 6 de paôphi, de la 35* année du règne d'Amasis, ayant vécu 71 ans, 4 mois et C jours.
J'ai sous les yeux le dessin d'une autre stèle de la même famille : c'est encore un Psammétichus qui naquit le f"^ épiphi de Pan l"""^ du règne de Iséchaô II; mourut le 2S pharmoulhi de la 27*" année du règne d'Amasis, ayant vécu G5 ans, 10 mois et 2 jours.
La première stèle a déjà été men-
KG YPTE.
tionnée, et même expliquée par un écrivain italien qui explique tout hardiment , et qui ne s'est pas toutefois aperçu qu'il y a un déficit de cinq jours dans'la somme de la durée de la vie du défunt Psamméticlius; car les plus simples notions du calendrier égyptien démontrent que 71 ans, 4 mois et G jours donnent 26,041 jours, et qu'il y a réellement cinq jours de plus du l'^' jour du 10' mois égyptien de la 3^ année de Pséchao , au G' jour du 2" mois de la 71' année suivante, qui était la 35' d'Amasis. Le biogra|)lie égyptien a oublié de compter les cinq jours complémentaires , qui , a])rès la 71' année révolue , se trouvèrent entre le !"■ paôni, où commençait la 72', et le 6 paôphi que mourut Psamniétichus ; et le savant italien n'en a pas moins trouvé la parfaite explication de ce nombre erroné. La seconde stèle est exacte dans ses déductions : elles nous apprennent, par leur commun témoignage , qu'il s'était écoulé 65 années entières entre la 1" du régne de Néchaô II et la 27' du règne d'Amasis, etaussi qu'un intervailede71 années.entières séparait la 3' année de ce même Néchaô , de la 35' de ce même Amasis.
Si donc , sur les Gô ans du premier compte, on soustrait 5 ans pour le reste du règne de Néchaô, et les 26 déjà écoulés du règne d'Amasis, il restera 34 ans pour les deux règnes successifs de Psammétichus II et Apriès, et il sera dès lors difficile d'accorder à l'un 17 ans, et à l'autre 25 selon Eusèbe, ou bien de ne donner aux deux règnes réunis que 25 ans, selon Jules l'Africain.
Si encore, sur les 71 ans de l'autre stèle , nous laissons à Néchaô II 3 ans pour le reste de son règne , et à Amasis les 34 années déjà révolues , il nous restera encore 34 ans, comme par les supputations de l'autre stèle , pour les deux règnes successifs de Psammétichus II et d'Apriès.
C'est donc à ce nombre, tiré de deux monuments que leur espèce place au nombre des plus authentiques , comme leur texte au nombre des plus précieux , c'est à ce nombre 34 qu'on
doit se fixer pourladuréedes règnes successifs de Psammétichus II et Apriès ; et comme la liste d'Eusèbe, dans ses divers textes , s'accorde à fixer la durée du règne de Psammétichus II à 17 ans, nous adopterons ce nombre, et nous laisserons une durée égale au règne d'Apriès, qui n'est porté qu'à 19 ans dans les listes de l'Africain.
Nous nous abstenons d'examiner ici les notions précises que ces deux dates renferment sur l'état du calendrier égyptien au sixième siècle avant l'ère chrétienne, et particulièrement sur la manière alors en «sage de compter les années du règne des rois, notions du plus haut intérêt pour la supputation de la chronologie égyptienne : nous n'avions en vue que d'éclaircir les difficultés qui subsistaient encore sur quelques points de l'histoire des rois de la XXVP dynastie.
Amasis en fut réellement le dernier, l'enfant qui lui succéda de droit ayant à peine touché aux marches du trône.
Amasis était originaire de la petite ville de Siouph , dans le voisinage de Sais. Son origine plébéienne ne le mit pas d'abord en grande considération parmi ses sujets ; il sut se relever par sa prudence et son habileté : il se compara, dans une occasion solennelle, à un vase d'or, employé d'abord à de vulgaires usages, et qui, changé en statue de dieu , fut en grande vénération parmi les Égyptiens. Il passait pour savoir concilier les plaisirs et le commerce familier de ses amis avec les devoirs et la dignité de son rang.
Comme tous les rois nouveaux venus , Amasis déploya une grande magnificence, fit élever ou réparer un grand nombre d'édifices , orna les temples de riches ouvrages, et l'histoire écrite a rapporté comme véridiqne tradition que jamais l'Égypte ne fut dans un état aussi florissant qu'elle l'était sous le règne d'Amasis ; que le fleuve ne fut jamais si bienfaisant, ni la terre plus féconde : on y comptait jusqu'à vingt mille villes, toutes habitées.
Memphis et Sais furent les deux villes plus particulièrement embellies [lar
L'UNIVKRS.
Aiiiasis. Dans la première , il éleva un temple à Isis , remarquable par sa grandeur et sa magnificence; il Gt placer devant le temple de Plitha un colosse couché, de 75 pieds de longueur, et deux statues en granit rose de 20 nieds de hauteur. A Sais, les propylées du temple de Néïth furent son ouvrage, et l'antiquité les signala pour leur magnificence. Hérodote pensait (jue ces j)roj)ylées surpassaient en élévation et en étendue tous les autres monuments du même genre , particulièrement par la masse et la qualité des pierres. Amasis y ajouta des colosses de proportions extraordinaires , des spliynx à tête humaine également colossals ; et les matériaux de ces belles constructions furent tirés ou des carrières eu face de Memphis (les carrières de Thorraii), ou des environs dT^éphantine (les carrières de ^'ranit): Saladin les employa aussi a sa citadelle du Caire, où la science moderne reconnaît ces blocs doublement historiques, au nom d'Amasis qui est gravé dans une aire en creux sur une de leurs faces intérieures.
Amasis fit aussi tirer des carrières de Syène le célèbre naos monolithe qu'il consacra à la déesse Nèïtli dans son temple de Sais. On mit , dit Hérodote , trois années à le transj)orter; deux mille mariniers y furent employés; ses dimensions étaient de 21 coudées (Il mètres) en longueur; 14 ( 7 mètres i ) en largeur, et 8 (4 mètres -j) en hauteur. Le même historien a vu ce temple d'mie seule pierre à la porte du grand temple; on ne l'avait pas placé daiis l'intérieur; l'entreprise avait été interrompue par des circonstances -sur lesquelles l'histoire s'est diversement exprimée : de plus ijrandes masses de granit ont été extraites , transportées et employées dans la basse Égypte par les Égyptiens. On voit aussi , au musée royal de Paris, un magnifique iiaos monolithe en granit rose, où a vécu l'oiseau sacréde ISèïlli ( la chouette) dans le temple même de Sais , ouvrage admirable par sa masse comme par l'excellence du travail et des sujets mythologiques dont il est orné. Ama-
sis fut un ami sincère des arts; et, si l'on veut juger de l'efficacité de ses efforts et de son influence pour prévenir leur décadence, il sufïira de comparer, au Louvre, le monolithe d'Amasis qui vient d'être indiqué, avec un ouvrage du même genre tiré de Philae et exécuté du temps des Ptolémées. Cest donc sans en être sur pris qu'on lit sur les rochers granitiques des environs de Philac, le nom d'Amasis parmi ceux des Pharaons qui les firent exploiter pour les édifices publics qu'ils élevèrent.
Les monuments de son règne ne sont pas rares dans les collections d'Europe. Une statue en basalte noir de la villa Albani, à Rome, conserve encore les traces du nom de ce roi. Au Vatican, le même nom se lit sur une statue naophore , en basalte noir : c'est l'image d'un chantre du roi Amasis. Celle d'un des prophètes, autre classe de prêtres, du même roi , existe à Florence ; elle est aussi naophore, en basalte vert.
Un vase, dit canope, se voit dans la même ville, portant aussi le prénom royal du même roi. On reconnaît ce nom sur un grand nombre de scarabées, d'amulettes et d'ouvrages de petites iroportions. Sa légende complète se it a Élépliantine et les îles voisines; et le cartouche nom propre se compose indifféremment de trois ou de quatre signes. Dans ce dernier cas, la figure de la chouette s'y trouve le troisième signe ; il est ainsi composé dans la légende royale d'Éléphantine, et sur un sarcophage du musée britannique ; mais plus ordinairement le prénom roval se compose du disque du soleil, d'un vase à une seule anse vu de profil , et du vase à deux anses vu de face. Le cartouche nom propre se lit Se-rè Âahms, le fils du soleil A hmasis, ou bien i\t-ce.4ams, le filsdeNèïthAhmasis:cesdeux variantes sont constatées par les monuments ; et à ces titres Amasis ajoute quelquefois celui de modérateurdu monde:
un scarabée du musée de Turin en fait foi.
Amasis laissa un fils qui lui succéda:
mais l'histoire n'avait pas conservé le nom de la reine son épouse : Cliam-
EG YPTK
pollion le jeune l'a retrouvé dans les ruines de Karnac à Thèbes, où il est gravé sur un i)etit édiflce situé hors de la grande enceinte , entre la porte élevée par le roi Ménephtha et le propylon du nord. La reine est figurée dans la frise sculptée qui orne ce monument ; le roi Aniasis , son époux , fait son pendant dans le même sujet de cette frise. Les deux cartouches de la reine contiennent son nom Onk-nas, les signes du cartouche prénom de PsammétichusF^ et l'indication qu'elle est sortie de sa royale race. Si ce témoignage unique avait laissé quelques doutes sur la généalogie et l'état de cette princesse, un autre monument, récemment découvert, servirait à les détruire.
Le voyage fait à Tlièbes par le bâtiment français le Luxor avait fait décou mr par un officier de l'équipage, derrière le Rhamesséum de Sésostris , et au fond d'un puits funéraire creusé dans le roc à 125 pieds de profondeur, un sarcophage du plus beau basalte vert , couvert d'inscriptions hiéroglyphiques et de sculptures sur toutes ses faces extérieures et intérieures ; son couvercle est également chargé d'inscriptions, le dessus étant occupé par la figure en relief de la déesse Athyr. Ce sarcophage est celui de la reine Onk- Nas; elle y est nommée comme fille d'un roi Psammétichus et d'une reine JNitocris ; et le témoignage des monuments nous fait reconnaître dans ce roi Psammétichus II. Ce prince avait donc eu de la reine Nitocris deux enfants , Apriès , qui lui succéda , et une fille nommée Onk-Nas, qui fut l'épouse d'Amasis , usurpateur de la couronne royale sur Apriès ; le même Amasis , maître du trône , épousa la sœur du roi détrôné, n'oubliant pas que les filles succédaient à la couronne à déîaut d'enfants mâles, et se garantissant ainsi des embarras éventuels des prétendants. La reine Onk-Nas mourut pendant les temps prospères du règne d'Amasis , qui la fit inhumer à Thèbes , où la profondeur du puits funéraire ne devait cependant pas la garantir des outrages d'un conquérant étranger.
Ceux qui ont recueilli le sarcophage de la reine ont remarqué que ce puits avait été violé très-anciennement; que le sarcophage avait été ouvert, que la momie en avait été arrachée et brûlée près du sarcophage même , où existaient en£ore des débris d'ossements charbonnés, dont quelques-uns conservaient des traces de dorure.
Tous ces outrages au corps embaumé d'une reine révèlent une fureur impie; et les souvenirs de l'histoire désignent Camhyse, roi de Perse, comme s'en étant rendu coupable. On sait que ce conquérant, maître de Saïs , fit retirer du tombeau la momie d'Amasis, la fit battre de verges et percer de coups d'aiguille; il voulut aussi qu'on lui arrachât les cheveux et qu'elle fut brûlée. Dans l'année d'après , maître de Thèbes , il viola les tombeaux , voulut voir les corps qu'ils renfermaient, et il n'oublia pas celui dfe la femme du roi dont il avait profané les restes à Sais : tel fut le sort de la dépouille mortelle de cette reine , dont le sarcophage , déposé momentanément à Paris , a passé dans le musée royal de Londres. Les historiens parlent d'une autre femme d'Amasis , native de Cyrène , nommée Ladicè , que Cambyse trouva encore vivante, et renvoya honorablement à sa famille :
mais les expressions d'Hérodote et le silence des monuments ne permettent pas de reconnaître dans la Grecque de Cyrène une seconde femme d'Amasis.
On cite , il est vrai , les Cyrénéens parmi les peuples dont Amasis rechercha l'alliance : leur voisinage de l'Égypte rendait nécessaires de pacifiques relations entre ces deux peuples. Du reste, Amasis continua de favoriser les Grecs; il leur accorda la ville de Naucratis pour résidence, leur concéda des enceintes consacrées , et la liberté d'y adorer leurs dieux; les villes grecques les plus commerçantes s'associèrent pour y élever un Hellénium; d'autres villes consacrèrent des temples à des divinités particulières; et Amasis, s'identifiant de plus en |)lus avec les intérêts de la Grèce, contribua pour mille talents à l'édification du
L'UxNIVERS
nouveau temple de Delplies. Il donna 'ui-niéine plusieurs statues et des oiivroges de prix à divers temples de la Grèce : Hérodote nous affirme les avoir vus lui-même dans ces temples. Il dit aussi que, pour la première fois , l'ile de (lliypre fut soumise et réunie à l'I"-gypte pur Amasis.
Rien n'est plus connu, parmi les faits singuliers de l'antiquité , que l'histoire de l'anneau de Polycr.ite , tyran de Samos. Il était le plus heureux des hommes, et entretenait ses relations d'affection , et vraisemhlablement aussi de politique , avec Amasis. On a conservé la coi)ie d'une lettre que le roi d'Egypte écrivit au chef samien, pour l'engager à se défier de la fortune et à se préparer h ses revers , en s'imposant lui-même les plus pénibles privations. Selon ce sage conseil, Polycrate lit jeter dans la mer cet anneau qu'il aimait par -dessus tout, et la fortune le lui rendit : il avait été avalé par un magnifique poisson qui fut: jugé digne de la table de Polycrate, et l'anneau fut retrouvé en le préparant pour son rei)as. Le tem|)S des revers arriva cependant pour Polycrate et pour Amasis.
L'histoire grecque a aussi fait connaître les relations de Solon, l'un des sept sages de la Grèce, avec le roi d' Egypte.
Ce roi , qui s'est fait dans la mémoire des hommes une juste renommée, mourut après un règne de 44 ans, selon les témoignages historiques les plus dignes de foi , accrédités directement par un bas-relief égyptien, qui porte pour date de ce règne ce même nombre d'années:
Amasis fut inhumé dans le tombeau qui lui avait été préparé dans l'enceinte de riliéron de Nèïth à Sais. Ce tombeau était situé dans la cour extérieure du temple; il consistait en une très-grande salle soutenue par des colonnes à chapiteau imitant le palmier; un naos fermé par deux portes contenait le sarcophage et la momie du roi.
Amasis eut pour successeur son fils qui porta le nom de son aïeul maternel le roi Psammétichus : il fut le Psammétichus m de la dynastie saïte. Les
historiens et les listes de Manéthon le nomment Psammachérites, Ps.nmnénite, et les monuments Psatnmétique , comme ses aïeux. Son cartouche prénom , qui signifie soleil vivificateur des offrandes, se trouve, suivi de son nom propre , sur un des édifices de Karnac, sculpté à côté de celui de son père Amasis. Mais l'histoire ne rapporte de ce prince que les infortunes qui signalèrent son règne, presque inaperçu, de six mois. Alors les destins dé l'antique royaume des Pharaons s'accomplissaient; Cambyse armait contre l'Egypte : le torrent dévastateur allait déborder sur elle et l'engloutir. La XXVP dynastie avait fait son temps après une durée de l.'iO années, pendant lesquelles liuit rois s'étaient succédé sur le trône. On était à l'an 52.5 avant l'ère chrétienne.
Il y avait alors à peine douze années qu'une peuplade de l'Asie occidentale, presque inconnue et i)resque inculte , quittant inopinément les bords de l'Araxe, et entraînant avec elle d'innombrables auxiliaires plus incultes encore et tirés des régions limitrophes, s'avançait, invincible, vers le nord-ouest de ce vaste continent, conduite par Cyrus d(^à chef de toutes les tribus et suivi de ses mages, et commandée par les princes Achménides et la caste privilégiée des Pasargades. Le Tigre et l'Euphrate avaient été franchis ; Suse , IJabylone et les vastes provinces dont ces splendides cités furent l'ornement , étaient soumises et occupées ; la Syrie , dont le patriotisme mercantile, nativement indifférent sur la {)ersonne du maître , avait acheté du vainqueur, à assez bon prix , la permission de continuer en paix ses trafics et son lucre avec l'Europe et l'Asie, avait aussi accepté sans murmure le titre de satrapie persane, et ses rois celui de vassaux tributaires de la nouvelle puissance. Ainsi les Perses étaient à la porte dé l'Egypte lorsque Cyrus mourut.
Cambyse , son fils , continua son règne, l'exécution de ses vues et ses conquêtes. Les historiens grecs ont cherché et recueilli avec grand soin les
causes de l'invasion de l'Égypte par Cambyse ; et ils racontent, à ce sujet, un certain nombre d'anecdotes, réellement indignes de la gravité de l'histoire. Cambyse aurait demandé au Pharaon Amasis sa fille pour épouse, et Aniasis lui aurait envoyé la fille d'Apriès, engageant ainsi le roi de Perse aans une inégale alliance. Cambyse avait demandé un habile oculiste ; et le chirurgien envoyé par Amasis, considérant sa mission comme un exil , aurait séduit Cambyse à marcher contre l'Égypte. Cambyse serait aussi le petit- Cls d'Apriès, et serait venu venger son grand -père contre l'usurpateur Amasis et sa descendance. Cambyse, enfin , aurait voulu venger sa mère à laquelle Cyrus, son père, avait préféré une esclave égyptienne : ces historiettes n'ont d'autre mérite que celui , si c'en est un , de nous prouver qu'il y avait aussi dans l'antiquité des bons esprits disposés à tout croire : l'histoire du beau caniche de la duchesse de Malborough n'est peut-être pas bien moderne.
L'invasion de l'Égypte par les Perses ne fut que la conséquence nécessaire de la marche d'une peuplade barbare, passant de la vie nomade à la vie conquérante; se portant, comme toutes les invasions des nomades asiatiques , (l-e l'est à l'ouest , et rencontrant l'Égypte riche et puissante sur son chemin. Cambyse avait succédé à Cyrus depuis cinq' ans.
Il avait pour auxiliaires des Perses un corps d'Ioniens et un corps d'Éoliens qu'il regardait comme les esclaves de son |)ère. Un traité avec les Arabes le préserva de tous les inconvénients du désert , et il s'avança vers Péluse. Psamménite s'y était établi avec l'armée égyptienne; elle fut défaite, et courut en désordre se jeter dans ftlemphis. Des parlementaires envoyés par Cambyse furent massacrés; mais, après un assez long siège, les Égyptiens n'eurent d'autre ressource que de se rendre : Memphis et son château furent livrés aux Perses, et Psamménite descendit du trône après un règne de six mois : l'Egypte fut dès lors soumise à l'étranger vainqueur; l'histoire
a dit comment l'insensé Cambyse usa de sa victoire.
Ce chef persan fut le premier roi de la XXVir dynastie : il occupa et gouverna l'Égypte militairement ; la barbarie y fit une guerre ouverte à la civilisation , et le fanatisme des mages de la Médie porta la désolation dans les sanctuaires de l'Égypte. Psamménite, dépouillé de la royauté, fut exposé à toutes les douleurs , à toutes les humiliations de sa cruelle condition ; il vit sa fille réduite au service des esclaves, son fils conduit au supplice; mais il ne s'en émut pas : ces malheurs domestiques, disait -il, étaient trop grands pour être pieurés. Sa noble contenance intéressa un moment Cambyse et ses Perses ; et des historiens ont cru que Psamménite en aurait obtenu le gouvernement de l'Égypte, s'il n'avait préféré la mort en essayant de lui rendre l'indépendance, au'misérabie honneur d'en être le satrape.
Convaincu de patriotisme, c'est-à-dire, de complot et de tentatives de révolte envers les Perses, il fut condamné <à boire du sang de taureau , et il en mourut sur-le-champ.
Dans l'enivrement de sa toute-puissance , Cambyse se rendit de iMemphis à Saïs, pour se donner le plaisir d'insulter aux restes d'Amasis , qu'il fit arracher du tombeau. Héliopolis ne fut point épargnée ; le Perse en ravagea par le fer et par le feu les édifiœs sacrés ; il les mutila avec une féroce attention. Strabon vit encore de ses yeux les traces manifestes de ces ravages. La grande capitale de l'Égypte en révélait de non moins profondes :
la plupart de ses édifices publics furent maltraités. A Memphis, la célébration de la fête d'Apis occasionna la mort des magistrats de la ville ; ses prêtres furent battus de verges ; et , pour prouver que le bœuf Apis n'était pas un dieu, Cambyse le frappa de son poignard.
Contre l'usage des Perses, Camby.se épousa deux de ses proi)res soeurs. Il entreprit à la fois trois expéditions; l'une contre Carthage : elle échoua par la désobéissance d'une partie de la Hotte; l'autre contre les Éthiopiens
L'UNIVERS
macrobiens , qui déjouèrent ses projets en ne se méprenant point sur la véritable mission des ichtliyophages (PÉléphantine , parlant la langue des Éthiopiens, qui étaient chargés des présents de Canibyse ; la troisième expédition, par terre', fiit dirigée de Thèbes contre l'Oasis d'Ammon ; et l'histoire rapporte que les soldats de cette expédition ne revirent jamais l'Égypte, ayant été ensevelis dans le sable du désert soulevé par un vent tempétueux du midi.
Cambyse envoya à Suze une colonie de six mille Égyptiens : ainsi l'Égypte éprouva toutes les calamités que pouvait engendrer une invasion de barbares, fanatisés par l'ignorance et par une intolérante crédulité. La ! Perse n'avait pas triomphé sans combats et sans payer ses succès du sang de ses soldats. Hérodote visita le champ de bataille près de Péluse, et il y vit amoncelés séparément les ossements des hommes qui y avaient péri de part et d'autre. C'est là qu'il remarqua ces singuliers caractères physiques qui différenciaient les Perses des Égyptiens : les crânes des premiers, minces et sans résistance, pouvaient être facilement percés en les frappant légèrement avec un caillou, tandis que les crânes des Egyptiens étaient si durs qu'on parvenait péniblement à les fendre en y employant une grosse pierre : et l'on expliquait ce phénomène par l'usage de la tiare , qui , dès leur enfance , enveloppe et garantit de l'air la tête des Perses, tandis que les Égyptiens , au sortir de l'enfance , se faisant raser la tête , elle était exposée à l'air et à la chaleur qui la durcissent. L'examen des momies a fait récemment reconnaître que les os des têtes égyptiennes étaient épais, solides et très-durs.
Le règne de Cambyse sur l'Égypte ne dura que trois années : Aryaiidès en avait été nommé gouverneur ; mais ce règne y laissa de bien longs souvenirs , et la haine nationale les a rendus durables jusque dans les temps modernes. Un des chrétiens coptes, dont les écrits nous sont parvenus, parlant d'un lieu de la haute Égypte qu'il nomme
le temple , s'exprime ainsi : « Perpé, bourg que Cambyse détruisit par le feu. »
On trouve cependant sur quelques monuments égyptiens le nom de Cambyse tracé en caractères sacrés (voyez notre planche 87, cartouche isolé â droite) : on le comprend , son règne était un fait , et son nom devenait une date. C'est à ce titre qu'il se lit dans l'inscription d'une statue naophore du musée du Vatican : ce nom est écrit Kmboth ou Kmbath, et il est précédé du titre royal égyptien , le roi du peuple obéissant. On cite aussi le nom de Cambyse dans une inscription gravée sur un rocher, dans la route de Qéné à Cosséïr; nous aurons l'occasion de revenir sur cette inscription.
Quand la Providence eut mis un terme à la vie et aux fureurs insensées de Cambyse, dont la cruauté n'avait pas épargné ses plus proches, le désordre régnait dans les pays soumis à son autorité. Un mage se donnant pour Smerdis , frère de Cambyse , dont il portait par hasard le nom , s'était emparé du trône de Perse, et il l'occupa pendant quelques mois encore.
Durant cette usurpation , l'Égypte fut gouvernée par un autre mage dont l'autorité dura, dit-on, pendant sept mois : le succès de la conjuration à la tête de laquelle se mit Darius . le fils d'Hystaspe , gouverneur de la Perse , rétablit l'autorité royale, et l'Égypte eut un nouveau roi. Ce fut le premier essai et le premier fruit de la rivalité et des efforts des IMèdes pour reprendre la supériorité sur les Perses leurs vainqueurs.
C'est du règne de Darius que l'histoire date l'établissement de quelque ordre dans l'administration des vastes pays dont Cyrus et Cambyse venaient de faire la conquête en moins de vingt années. Darius les divisa en vingt satrapies ou gouvernements ; et il s'oo cupa si particulièrement d'enrichir son trésor, que les Perses l'avaient surnommé le banquier, parce qu'il savait tirer de l'argent de tous, donnant à Cambyse l'épithète maitre , et a Cyrus' celle ac père. L'Égypte, la por-
ÉGYPTE
Vion de la Libye qui lui confine , et les provinces de Cyrène et de Barcè en Afrique, réunies en un seul gouvernement , formaient la sixième satrapie :
elle était imposée à sept cents talents babyloniens ou d'argent ; les produits de la pêche du lac Mœris appartenaient aussi au fisc : ils étaient d'un talent par jour pendant les six mois où le Kil entre dans le lac, et de vingt mines seulement durant le reste de l'année.
De plus l'Égypte fournissait annuellement la quantité de mesures de blé, qui était nécessaire pour nourrir cent vingt mille hommes , Perses ou auxiliaires , occupant le château blanc de Mempliis ; quantité qui ne devait pas s'élever au-dessous de quinze cent mille boisseaux , dont un seul pouvait suffire à la nourriture d'un homme pendant un mois. Après Babylone et l'Assyrie , qui formaient le neuvième gouvernement, l'Égypte était aussi le plus imposé de tous en argent.
On peut conclure de plusieurs circonstances historiques, que la portion de la Nubie sur laquelle les rois d'Égypte avaient conservé l'autorité, comme annexe de l'Égypte, s'en détacha lors de l'occupation des Perses.
L'état des gouvernements du grand empire de Darius n'indique, en effet, aucune partie de territoire au sud de l'île d'Éléphantine ; et le pays des Éthiopiens limitrophes de l'Égypte, ne contribuait, comme la Perse ellemême, aux charges de l'État, que par des dons volontaires. Les Éthiopiens et les habitants de Nyse envoyaient , tous les trois ans , deux boisseaux d'or natif, deux cents troncs de bois d'ébène, cinq jeunes Éthiopiens et vingt défenses d'éléphant. Les monuments des victoires des Pharaons nous prouvent que ces mêmes peuples payaient les mêmes tributs à Sesostris ft aux grands rois ses ancêtres et ses descendants.
Darius fit frapper à son nom des monnaies en or, qui eurent cours dans tous ses États; ce furent les premières dont l'Égypte cormut l'usage; elles se nomment encore darlques, et on en voit dans les collections numisniati-
ques. Aryandès , à qui Darius avait continué le gouvernement de l'Égypte auquel Cambyse l'avait élevé, imitant son maître, lit frapper des monnaies d'argent, et Darius le fit condamner comme coupable de projets de révolte.
Ces établissements de Darius lui ont fait attribuer la volonté de faire régner l'ordre dans ses vastes possessions par l'influence d'une administration régulière. On en a conclu que l'Égypte respira plus heureuse, quoique soumise et gouvernée par des rois étrangers : elle subissait le sort commun à tout l'Orient , et dévorait, sans l'oublier, l'affront d'avoir été vaincue. Des mages intolérants y professaient une religion étrangère; et si le gouvernement laissa aux Égyptiens l'usage public et privé de leur système d'écriture sacrée , lui et ses Perses se servaient, en Égypte même , de leur écriture nationale, ou devenue telle pour eux , quoique d'emprunt : des monuments en caractères cunéiformes , originaires de l'antique Babylone , à qui lesMèdes , instituteurs des Perses , les avaient aussi empruntés , ont été trouvés en Égypte. On a même cru y lire les noms de quelques-uns des rois perses conquérants.
Le règne de Darins 1°'' fut heureusement d'une longue durée : il compta 36 années : il en reste , dans les ouvrages des Égyptiens , de nombreux souvenirs. Ce roi est nonuné dans les inscriptions de la statue naojjhore du Vatican déjà indiquée au sujet de Cambyse. Le musée de Turin possède cinq contrats en écriture démotique, datés de l'an 5, au mois de pharmouti ; de l'an 15, même mois; de l'an IG, mois de paôphi ; de l'an 31, mois de méchir ; enfin de l'an 35, au mois de phaménoth, du règne du roi Darius. Des monuments religieux furent aussi élevés sous son règne aux dieux de l'Kgypte : l'inscription suivante subsiste encore sur l'entablement des colonnes du grand temple de l'Oasis d'HI-Khardjeli : Le dieu bienfaisant, seigneur du monde, le chéri d'Amon-Ra , seigneur de la région Héb-Osch, le fils du soleil Nt-Triouch (Darius), toujours
L'UNIVERS
vivant. Et , dans cette Oasis d'Aninion que Caml)yse voulait ravager et qu'il ne lui fut pas donné d'atteindre, de« temples à Âmon - Ra s'élevèrent sous les auspices du même roi perse , dont le nom se lit encore sur les débris de ces édifices. Notre planche 87 nous montre Darius faisant l'offrande du feu (adoré i)ar les Perses) , à plusieurs des dieux de l'Égypte.
L'intolérance des mages seserait-elle montrée moins absolue pour les îles des déserts de l'Égypte, et aurait-elle politiquement, à cause des grandes voies suivies par le commerce , ménagé les pratiques religieuses de leurs habitants Quoi qu'il en soit , on n'a lu sur aucun monument public de l'Égypte le nom d'aucun des rois perses, ses conquérants. Ils s'emparèrent habilement de toutes les ressources qu'offraient au fisc royal les provinces occupées, et ils s'appliquèrent à ne pas affaiblir les sources des revenus publics. La route de l'Égypte en Asie, de Coptos ou d'Apollinopolis-Parva à Cosséir, sur la mer Rouge, fut particulièrement entretenue; et il y reste encore écrites sur les rochers les preuves de l'attention que les rois perses donnèrent à l'entretien de celte communication importante : les noms de Cambyse , Darius et Xercès y sont gravés avec des dates de leur règne : l'an 6 pour le premier (la 1" année de son règne en Égypte) ; l'an 36 pour Darius, et Van 12 pour Xercès. Strabon dit aussi : «Darius I'"' fit reprendre les travaux du canal du Nil à la mer Rouge, commencé par Sésostris avant la guerre de Troie , continué et non terminé par Nécbaô, fils de Psammétichus. Darius abandonna aussi cette entreprise au moment de la mener à fin , cédant à la crainte sans fondement que Ja mer Rouge étant plus élevée que l'Égypte, le pays ne fiit submergé si l'isthme était rompu.» Hérodote, Diodore de Sicile et Pline , comme Strabon , rendent témoignage des travaux ordonnés par Darius pour terminer ce canal ; entreprise que l'impuissance de l'art, à cette époque, ne pouvait pas sûrement exécuter: et c'est dans le voisinage
du lit de ce canal que ]\L de Rozière a trouvé les débris d'un monument orné d'une inscription en caractères cunéiformes. route de Cosséir dut devenir plus importante, et l'objet de l'attention particulière du gouvernement dès que les travaux du canal furent abandonnés.
Du reste, Darius n'habitait pas en Égypte. Les grandes villes d'Asie étaient les lieux de sa résidence ordinaire ; néanmoins il avait des Égyptiens pour médecins , d'après la réputation que l'Égypte s'était acquise dans l'art de guérir.
Quand Darius, faisant sa retraite devant les Scythes, voulut repasser ristherdont les Ioniens avaient retiré une partie du pont, il se trouva dans l'armée persane un Égyptien fameux par l'étendue et la force de sa voix.
Du rivage il appela Hystiée de Milet, qui l'entendit au premier cri , fit avancer les bateaux , rétablit le pont , et délivra Darius de ses vives alarmes.
Darius avait aussi fait en Égypte la guerre de la conquête, servant dans les gardes de Cambyse. On connaît sa rencontre àiMempHisavec le Samien Sycoson, couvert d'un manteau couleur de feu , que Darius lui enviait. Le Grec donna son manteau au Perse ; et celui-ci, devenu roi, témoigna par sa générosité envers Sycoson qui s'était rendu à Suze, qu'il n'avait pas oublié la politesse et le don qu'il en avait reçus, n'étant encore que simple garde' du roi.
Mais , malgré la sévérité et l'omnipotence des satrapes, les peuples conquis n'acceptaient pas leur joug sans retour. Non loin de la ville capitale, demeure du roi , les Babyloniens proclamèrent leur liberté , et la défendirent avec vigueur pendant un siège de vingt mois : la ruse en triompha , et Darius rétablit son autorité dans la splendide Babylone.
L'Égypte imita l'AssyTie : elle tenta aussi de secouer le joùg des Perses.
Hérodote dit que ceci arriva dans la 35" année du règne de Darius, qui mourut l'année d'après, en s'efforç;uit do rét.ibiir son autorité en Égypte
KGYPÏE.
Le contrat précité, du mois de phainénotli de l'an 35 de Darius , ne contredit pas ce récit d'Hérodote; ce mois est le 7" de l'aimée; l'insurrection égyptienne dut donc se déclarer dans les cinq derniers mois qui , pour ces temps-là , selon le calendrier vague , étaient les mois de l'été et de l'automne, ceux mêmes où l'inondation périodique du Nil couvrant la basse et la moyenne Égypte, opposait d'invincibles obstacles à la marche des armées et à la facile communication des villes entre elles.
Quand Darius mourut, l'Êgypte n'était pas encore soumise: son filsXercès lui succéda vers l'année 486 avant l'ère chrétienne. Peu de mois après son avènement , il avait rétabli l'autorité persane en Égypte : il la punit de sa révolte par une complète oppression , et lui donna son frère Achéménès pour satrape.
L'Egypte étant soumise, Xercès emploj'a quatre années à organiser son armée , et se mit en campagne l'année suivante. Il fit faire en Égypte une trèsgrande quantité de câbles en papyrus pour la construction des ponts. Les Égyptiens établirent un pont de cette matière qui joignit Abydos à la côte d'Europe.
Dans l'armée de Xercès, l'Êgypte avait fourni deux cents vaisseaux; les hommes qui les montaient avaient la tète couverte d'un casque en mailles de fer, et leurs boucliers creux étaient entourés d'un très-grand cercle de fer; ils portaient pour armes des lances propres aux combats de mer, et des liaches de fer très-fortes. Le plus grand nombre avait des cuirasses et de longues épées.
On lit encore à Cosséïr le nom de Xercès, ainsi que sur un beau vase d'albâtre du Cabinet des antiques de Paris, où il se lit Schéarcha; une inscription en caractères cunéiformes est au - dessous de l'inscription égyptienne ; le même nom du roi s'y lit aussi ; et il est résulté du rapprochement comparatif de cette inscription bilingue, publiée par Champollion le jeune en 182 1 , quelques certitudes
dans l'ensemble des doutes qui enveloplent encore les études qui ont pour objet aconnaissancedesélémentsgraphiqties des divers alphabets en caractères cunéiformes. A Cosséïr, lenomde Xercès est précédé du titre de dieu bienfaisant, seiçfneur du monde, expressions du protocole qui ne peuvent témoigner ni de la félicité , ni de l'affection de l'Êgypte pour cette autorité étrangère et oppressive. La fln du règne même de Xercès est une preuve du contraire.
Dès que les Égyptiens apprirent sa mort, ils essayèrent encore une fois de ressaisir leur indépendance : courageuse persistance qui prenait sa source dans l'amour de la patrie , l'amour de ses lois et des institutions nationales , dans cette foi aux dieux et au culte du pays, qui, dans tous les temps , a fait des peuples de héros prêts à tous les sacrifices; car l'histoire le proclame de toutes ses voix , il n'y a rien à attendre d'une nation qui n'éprouve pas la vive et invincible influence des convictions ou des préjugés. La prédominance des intérêts matériels n'a-t-elle pas ouvert à tout ennemi qui apportait des bénéfices, les portes de toutes les villes où la bourse est le temple du dieu du pays?
A son avènement au trône de Perse , Artaxercès, Ois de Xercès, dut d'abord songer à rétablir son autorité dans l'Êgypte insurgée. La Perse menaçait la Grèce ; et la Grèce s'allia avec l'Êgypte : elle éloignait de ses bords un ennemi retoutable , en le chassant de l'Êgypte. Les Athéniens mirent leur flotte en mer contre celle des Perses ; ils envoyèrent une armée alliée à celle de l'Êgypte , et leurs premiers efforts réunis furent couronnés d'un plein succès. L'arméed'Artaxercès fut battue et se retira du côté de ftlemphis, où l'armée égyptienne poursuivit les vaincus. Mais Artaxercès ayant réussi à séparer les troupes athéniennes de celles des Égyptiens, vint plus facilement à bout des unes et des autres , et l'autorité persane fut rétablie sur les rives du Nil : l'Êgypte fut de nouveau soumise à une dure condition ; Achéménès , frère de Xercès , lui fut donné
L'UNIVERS
pour gouverneur, et le joug du vainqueur fut encore plus pesant.
Les liistoriens les plus renommés (le la Grèce sont presque contemporains de ces événements , et les narrent avec leurs plus particulières circonstances : il paraît toutefois que la succession des divers rois qui portèrent le même nom, les Xercès et les Darius, a jeté, dans le récit de ces historiens , quelque confusion dans l'ordre chronologique des faits ; on accorderait difficilement Hérodote et Thucydide sur ce qu'ils en rapportent; Dibdore (le Sicile y ajoute encore quelques variations : nous continuerons à prendre pour guide l'annaliste le plus instruit des affaires de l'Égypte, iSIanéthon , dont les monuments accréditent si positivement les témoignages.
Après avoir rétabli son autorité en Egypte, Artaxercès régna encore 38 ans (en tout 40 ans); pour ce laps de temps, les écrits de l'antiquité ne relatent aucun fait particulier relatif à l'Égypte : elle était immobile et soumise comme l'esclave courbé sous le poids de ses fers. Le nom d'Artaxercès fut cependant tracé en écriture sacrée égyptienne ; il existe encore , avec le titre de 7'oi, seigneur du monde, ylrtakhsclisech , gravé sur les rochers qui bordent une partie de la route de Qéné <à Cosséïr.
Il eut pour successeurs un Xercès II , qui régna deux mois; Sogdianus, sept mois , et Darius - iVothus , fils de Xercès II , qui régna I9 ans.
Si l'on consulte la liste des rois de la Perse , telle qu'elle a été adoptée et conservée par les chronologistes et les astronomes de l'antiquité , on n'y retrouvera ni ce Xerxès II , ni ce Sogdianus. La table chronologique des rois , placée en tète de l'Alniageste de Ptolémée, et dont les années des règnes servent à la date des observations astronomiques, nomme pour l'intervalle de temps qui s'est écoulé pour l'histoire d'Egypte, depuis la mort de Psamménite jusqu'à ce point où nous sommes parvenus, Cyrus, Cambyse, Darius 1'''", Xercès , Artaxercès et Darius II. C'est dans la liste de Mané-
thon , soigneusement dressée pour l'Égypte , que sont mentionnés les règnes éphémères d'un Xercès II et de Sogdianus. Ce Darius II est qualifié de nothus, ou enfant illégitime.
Il paraît que c'est au règne d'Artaxercès qu'il faut rapporter les nouvelles entreprises des Égyptiens alliés avec les Atliéniens contre l'occupation persane. Thucydide et Ctésias nous ont transrais les détails les plus circonstanciés de ces nouvelles guerres, auxquelles se mêla aussi , comme allié des Égyptiens , un chef libyen , que ces historiens nomment Inarus. La flotte des Perses fut détruite ou prise par celle des Athéniens : les Grecs remontèrent le Nil et débarquèrent leurs troupes sous le commandement de Charitimès. Achéménès, à la tète de trois cent mille hommes, fut défait par les alliés et perdit le tiers de son armée; lui-même périt dans ce sanglant combat. Le reste de l'armée se réfugia dans les fortifications de Meniphis. Les Égyptiens les y assiégèrent pendant trois années, les y tenant étroitement enfermés. Mais une seconde armée persane s'avançait, commandée par Artabaze, satrape de la Cilicie, et par^légabyze, qui l'était de la Syrie. Battus par ces nouvelles forces, malgré leur vigoureuse résistance, et le chef libyen ayant reçu de graves blessures , les Égyptiens'et les Athéniens se retirèrent dans l'île de Prosopitis , baignée par deux branches du Isil : dans l'une d'elles . In flotte égyptienne et la flotteathénienne trouvèrent un refuge et un abri. Les Perses les attaquèrent , et les alliés s'y défendirent pendant une année et demie.
Biais les Perses mirent à sec la branche du Nil où la flotte athénienne était mouillée; ces forces navales devinrent inutiles . et les Perses s'ouvrirent un chemin de terre dans l'île. Alors Inarus se rendit avec les siens à la condition de la vie sauve; mais les Athéniens, au nombre de six mille, mirent le feu à leurs vaisseaux , préférant la mort glorieuse du combat à l'ignonn'nie de l'esclavage : des conditions honorables offertes i)nr les Perses sauvèrent ces
EGYPTE
braves Alliéniensd'une mort prochaine.
Une nouvelle flotte envoyée par les Athéniens fut attaquée et prise par les Perses , et leur triomphe fut complet.
L'Égypte fut encore une fois soumise; Sartamas lui fut donné pour gouverneur; et riiéroïque Inarus , conduit à Suze , y fut mis en croix contre la foi des traités. Inarus passait pour être le fils d'un Psammétichus.
Ces défaites ne lassèrent point le courageux patriotisme des Égyptiens :
sous Darius -^'othus, ils arborèrent de nouveau la bannière de l independance . un Égyptien était à leur tête ; il se nommait Amyrtée, originaire de la ville sainte de Saïs. D'après quelques témoignages fugitifs de l'histoire , Amyrtée aurait secondé les premiers efforts d'Inarus; et, après sa défaite, se serait tenu en repos dans les contrées marécageuses de la basse Égypte , d'où l'impatience de ses concitoyens l'aurait de nouveau rappelé pour la délivrance de la patrie.
Amyrtée résista aux troupes du lieutenant de Darius-ïSothus ; et, à la mort de ce dernier, Amyrtée se trouva en possession de toute l'Egypte : il y rétablit l'ancienne domination des Pharaons , avec les anciennes lois et le culte des dieux du pays.
Ainsi la première dynastie des Perses, qui forme la XXVl'r dynastie égyptienne, s'éteignit après une durée de 120 ans.
Amyrtée, roi d'origine égyptienne, pt peut-être de l'ancienne race royale , forma à lui seul la XXVIir dynastie, il ne régna que six ans , à compter de Tan 404 avant l'ère chrétienne.
Sa première pensée eut pour objet de réparer les désastres de l'occupation étrangère , et de rétablir les honneurs des dieux ; les temples d'Éléthya , dédiés à Sévek (Saturne], et à Sowan (Lucine), construits et décorés sous les règnes de la reine Amensé et des rois Mœris et Memnon , mutilés par les Perses , furent réparés par les soins d'Amyrtée. D'autres monuments de l Égypte conservent encore les marques de ces pieuses restaurations. l,e couit règne d'Amyrtée, qui
ne commença qu'après que cet illustre Égytien , à la suite de longs combats, eut réussi à délivrer son pays de l'occupation persane, laissa peu de temps à ses soins réparateurs. Une famille originaire de la ville de Mendès lui succéda et forma la XXIX* dynastie, qualifiée de Mendésienne à cause de son origine.
Le premier roi se nomma Noufrôuthph , dont les Grecs ont fait Né» phéritès. Son nom se lit sur les deux côtés du trône d'une statue de ce roi. en basalte noir, haute d'un empan et demi, dans la collection de l'Institut de Bologne. Le nom de ce roi n'a pas été aperçu sur les monuments encore subsistants en Égypte ; mais le malheur des temps et toutes les causes de destruction qui se sont succédé depuis, expliquent ce résultat négatif.
Ce roi d'Égypte ne cessait pas d'être menacé par le roi de Perse et par ses innombrables soldats. De son côté , IS'épliéritès ne négligeait aucun des soins qu'exigeait le salut du pays : à cet effet, il conclut avec Sparte un traité d'alliance que cette cite grecque lui avait proposé contre l'ennemi commun. Diodore de Sicile donne pour époque à ce traité la première année de la quatre-vingt-seizième olympiade, ou l'an 39-5 avant l ere chrétienne .
iNéphéritès , parvenu au trône dès l'an 398 , régnait en effet à l'époque assignée par Diodore de Sicile à ce traité. On trouve aussi son nom sur les rochers des environs de Philae, dans un proscynéma ou acte d'adoration à Horammon, à Saté et à Mandou , fait à ces divinités pour le salut de ce roi Xéphérôthph. Toutefois son règne ne dura que six années.
Il eut pour successeur un roi nommé Hàkôr; les Grecs ont écrit ce nom Achoris. La durée de son règne est portée à 13 années par les listes de Manéthon. Ce règne fut très-laborieux ; sans cesse menacée par la Perse, l'Égypte eut à s'occuper de sa défense, et elle forma, à cet effet, d'utiles alliances. Achoris amena dans une ligue défensive Evagoras, roi de Chypre, les Arabes, les Tyriens et les Libyens
L'UNIVERS
de Barcè; un Égyptien qui avait passé au service des Perses , Gaùs , dont la famille avait été cruellement traitée par Psammétichus , mécontent du ciief perse sous les ordres duquel il se trouvait dans l'expédition contre Chypre, déserta ce service, emmenant avec lui une partie de la flotte et de l'armée. Il se réum't à Achoris; les Lacédémoniens entrèrent aussi dans cette alliance : la mort de Gaiis et de quelques autres chefs des alliés en amenèrent la dissolution.
Achoris en forma une nouvelle avec plusieurs peuples de la Grèce qui se rendirent en Éiiypte sous le commandement de l'Athénien Chabrias. De leur coté , les Perses , occupés à de plus firands desseins, poussèrent mollement la guerre contre l'Egypte : sur ces entrefaites, Achoris mourut.
Les soins de la défense du pays ne l'avaient pas détourné de ceux qu'exigeait la réparation des outrages faits aux temples des dieux par les étrangers doût rKgypte était délivrée. On voit encore sur l'édilice de Médinet-Habou, à Thèbes, les preuves des réparations qu'Achoris fit faire aux colonnes protodoriques qui soutiennent les plafonds des galeries , et pour lesquelles on employa des matériaux d'un petit temple édifié par l'ordre de la princesse ÎS'itocris, femme de Psammétichus II , et que la barbarie des Perses avait trésvraisemblablement détruit.
Achoris fit réparer aussi quelquesuns des dégîits qu'avait éprouvés le temple d'Élethya : on voit encore dans les carrières de Thorrah , près de Memphis, que, dans la seconde année de son règne, Achoris en fit extraire des matériaux employés dans les édifices qu'il fit élever ou restaurer. Enfin le musée égyptien de Paris possède un spliynx dont la base porte le nom de ce roi en caractères hiéroglyphiques , avec le titre de chéri de Gbnouphis.
On a remarqué quelques variantes dans les signes des deux cartouches : mais ces signes varies sont toujours des homophones; et Champollion le jeune a donné de ces variétés des explications que ses plagiaires se sont appropriées.
A Achoris succéda, selon .Manéthon, un roi nommé Psammuthès, qui ne régna qu'une année. Le nom de ce prince se trouve cependant encore sur les sculptures du palais de Karnac à Thèbes, et auprès de celui d' Achoris, son prédécesseur. Sa légende royale signifie: Soleil gardien approuvé'par Phtha , le fils du soleil , Psimouth : elle existe aussi dans les ruines d'un petit édifice entre deux des propylées de Karnac, où Champollion le jeune l'a copiée le 23 novembre 1828.
Ce roi eut pour successeur, selon les listes de Manéthon dans Eusèbe, Muthis, qui régna une année, , et Jséphéréus , qui ne régna que quatre mois. Il ne reste du premier aucun souvenir sur les monuments; et on possède, du règne du second, un sphynx qui orne le musée royal de Paris. Son cartouche prénom est celui d'un des anciens Pharaons , et son nom propre se lit ]Naîfroué. Un savant anglais a aussi recueilli la légende de ce roi de quatre mois sur les restes d'un édifice égyptien. Ce prince fut le dernier de lai XXIX' dynastie égyptienne, laquelle ne subsista que peudaut 21 ans.
La XXX' dynastie fut originaire de Sebennitus, autre ville de la basse Egypte : les cités de la haute n'étaient plus nommées dans l'histoire; elles paraissaient alors ensevelies dans la stupeur de l'esclavage et la douleur de voir s'éteindre les antiques honneurs de la patrie.
Le règne de Nectanèbe, premier roi de cette nouvelle dynastie, ne fut pas plus paisible que celui des rois égyptiens, ses éphémères prédécesseurs.
Dès la seconde année de son autorité, il eut à repousser les nouvelles tentatives d'invasion faites par 'es Perses.
Leur armée et leur flotte se présentèrent devant Péluse : Nectanèbe, qui avait réuni des moyens suffisants de défense, résista avec succès. La discorde se mit aussi parmi les Perses; ils entrèrent toutefois dans la branche mendésienne du >"il , après s'être emparés de la forteresse qui la défendait. Mais Nectanèbe, après avoir pourvu à
EGYPTE
la conservation de Memphis , entra en campagne, poursuivit vivement Pliarnabase , général en chef des Perses ; et, l'inondation périodique du Kil les incommodant sur tous les points , ils furent obligés de se rendre après avoir perdu beaucoup de monde. L'Égypte fut ainsi de nouveau délivrée.
Quelques années^ après , le roi Agésilas se rendit en l'Egypte à titre d'ambassadeur; il venait demander à Nectanèbe , de la part des Laeédénioniens , des secours contre les Tliébains qui les avaient réduits au.x dernières extrémités.
La suite du règne de Nectanèbe fut paisible; et il reste de nombreux témoignages des soins qu'il donna à l'administration et aux affaires de son royaume.
On voit parmi les débris d'ouvrages égyptiens amassés à la citadelle du Caire, un bas-relief représentant le roi Nectanèbe faisant une offrande aux dieux ;àKeft, l'ancienne Coptos,dans une église copte bâtie avec les restes d'édiOces égyptiens , la légende royale de ce même prince ; à Médinet-Hab'ou , un édifice d'une exécution assez élégante, qu'il y a fait élever, et dont les bas-reliefs le représentent adorant le dieu Amon-Ka , et recevant les dons et les bienfaits des autres dieux de ïhèbes; à Pbilac, un petit temple dédié à Hatliôr, et un propylon engagé dans le premier pylône du temple d'Isis.
D'autres monuments isolés appartiennent aussi au même règne : une belle figurine funéraire en terre émaillée, brisée, trouvée à Pompéï, et déposée au musée des Studi, à Naples , porte la légende royale de INectaiièbe; cette légende a été aussi copiée sur un monolithe qui existe à Sœft, l'ancienne Tacnsarta. Enfin , il existe à Rome une stèle d'un grand intérêt pour l'histoire du règne de ce roi, qui dura 10 ans selon certains textes, et 18 selon d'autres : la stèle décide cette importante question ; elle porte la date de l'an XIII du règne de Kectanèbe , et accrédite ainsi le nombre 18 des textes anciens.
Après Nectanèbe \" ré^na, pen-
25' Livraison. ( Égypte. )
dont deux ans, un autre prince que les listes de Manéthon nonunent Téos ou Tachos. Occupé aussi de la défense de l'Égypte contre les Perses , il resserra l'alliance avec les Lacédémoniens, qui lui envoyèrent une armée sous les ordres d'Agésilas, à qui Tachos avait promis le commandement suprême de toutes les forces réunies de terre et de mer. Mais le roi d'Egypte, jugeant malheureusement Agésilas , non d'après sa renommée , mais sur la simplicité de ses habits et de ses manières , ne lui donna que le commandement des troupes de terre , laissa à Chabrias celui de la flotte , et se réserva le titre et les droits de généralissime. Contre l'avis d'Agésilas qui voulait attendre les Perses en Égypte , Tachos alla les attaquer en Phénicie.
Dès qu'il eut franchi les limites du royaume , les Égyptiens se soulevèrent contre lui , et proclamèrent pour leur roi un autre ISectanèbe, son neveu. Dans ces conjonctures difficiles, Agésilas, pour se venger peut-être de Tachos , se déclara pour Kectanèbe II :
il ne resta au roi détrôné qu'à chercher un refuge auprès du roi de Perse ; il s'y rendit en traversant l'Arabie. On ne trouve deTachos aucun sou venir sur les monuments égytiens connus.
Bientôt se leva un compétiteur de Nectanèbe II, un chef issu de la ville de INIeiidès, secondé par une armée nombreuse. Agésilas engagea le roi à dissiper les rebelles par une attaque vigoureuse, avant qu'ils eussent le temps de se former en armée régulière: mais ce conseil parut suspect; bientôt après le roi fut contraint de s'enfermer dans une de ses villes principales, et il y fut assiégé par les rebelles. Agésilas ne fit l'ien pour le secourir. Toutefois, dans un moment opportun , il lui conseilla de faire une sortie ; elle fut couronnée de succès; les assiégeants furent repoussés, et bientôt après, poursuivis par Agésilas, ils furent complètement défaits; leur chef fut fait prisonnier, et Nectanèbe II rentra enfin dans la paisible possession de l'autorité royale.
Dans la douzième année de scn
L'UNIVERS
règne, il fit une alliance avec les Sidoniens et les Phéniciens : les Perses les mettaient dans un commun péril, et les obligeaient à une commune défense. Les Perses furent arrêtés dans leur marche contre l'Egypte par la guerre de Phénicie. INectanèlje y avait envoyé un corps de quatre mille Grecs qu'il avait à sa solde , et commandés par le Rhodien Mentor. Les Cypriotes se mirent aussi dans l'alliance : mais le roi de Perse, irrité de la défaite de ses lieutenants, se mit lui-même à la tête de l'expédition contre rÉgy[)te.
Alors effrayé par la grandeur de ses préparatifs militaires, le Rhodien Mentor passa du côté de celui qu'il considéra comme le plus fort , le roi de Perse.
Darius -Ochiis l'accueillit comme un transfuge à qui était bien connu le pays qu'il allait attaquer.
Nectanèbe prépara aussi les moyens de défense nécessaires contre un si puissant enitfmi : il se mit à la tête d'une armée composée de vingt mille Grecs, vingt mille Libyens et soixante mille Égyptiens ; les principaux passages et les places les plus importantes étaient gardés par de bonnes garnisons ; Péluse renfermait cinq mille hommes. Diophante d'Athènes , et Lamias de Lacédémone , secondaient Kectanèbe de leur prudence et de leur valeur. Mais d'autres Grecs guidaient aussi les Perses. Leur premier corps était commandé par Lacharis le Thébain ; le second , embarqué sur la flotte, par Nicostrate, et le troisième par le déserteur Mentor. Nicostrate remonta le Nil bien en avant dans le pays , débarqua ses troupes et s'y retrancha.
Clinias, de l'île de Cos, rassembla toutes les garnisons égyptiennes du voisinage , attaqua Nicostrate , et fut tué et battu dans ce combat opiniâtre où cinq mille Égyptiens restèrent sur la place.
Nectanèbe, à cette nouvelle, courut à la défense de Memphis, qu'il craignait de voir attaquée et prise par Nicostrate. Sur l'avis du départ de Nicostrate des environs de Péluse, les Grecs, en garnison dans cette ville , se croyant abandonnés et perdus, se rendirent à condition d'être transportés dans leur
patrie , et jMentor profita de cette détection pour occuper la basse Égvpte , y répandre ses troupes, avec l'avis, de la part du roi de Perse, de la grâce pleine et entière à tous ceux qui se soumettraient, et de l'extermination de tout coupable de résistance. La plus liumble soumission se manifesta de tout côté; les Grecs d'F.gypte et les Égyptiens naturels rivalisèrent d'humilité devant les lieutenants du roi de Perse : il ne resta d'autre ressource à Nectanèbe, battu, trahi et détrôné, que de s'enfuir avec son tré.soren Éthiopie, d'où il ne revint jamais. Il fut le dernier roi de la XXX*" dynastie égvptienne , le dernier roi de race égyptiennequi régna surrÉgypte,et l'asservissement de cette grande et immortelle nation à un sceptre étranger dure encore depuis les malheurs de Nectanèbe II, c'est-à-dire, depuis vingt et un siècles complets : la nouvelle occupation de l Égypte par les Perses date de l'an 338 avant l'ère chrétienne.
Ce fut Darius-Ochus qui rétablit l'autorité des Perses en Égypte. Elle avait échappé à ce joug des barbares pendant soixante-cinq ans. Cet intervalle est exactement donné par les listes des règnes des rois de Perse, et par celles des rois égyptiens assez heureux pour leur avoir résisté avec un plein succès. Le Pharaon Amyrtée rétablit en effet l'administration égj'ptienne à la mort de Darius II. A ce prince succédèrent sur le trône de Perse Artaxercès II , dont le règne fut de 46 ans selon le canon des rois, placé en tête de la Grande Composition dePtolémée, etOchus, qui rétablit l'autorité persane en Égypte dans la 20*" année de son règne , ce qui arriva quelques mois après l'accomplissement de la as" année depuis la mort de Darius II et l'avènement d'Amyrtée: or, Amyrtée et ses successeurs , formant la XXVIir, la XXIX"^ et la XXX' dynastie égyptienne, ont régné ensemble 65 ans et 4 mois. Les rapports remarquables de ces deux supputations exigent que le règne du dernier Pharaon qui occupa le trône d'Égypte , Nectanèbe II , so.it porté à 18 ans , comme
l.G YPTE.
le veulent les listes de Manétlion , selon Jules l'Africain. Ce roi avait adopté le cartouche-prénom de Necîanèbe considérant son règne comme lacontinuation deceluideson deuxième prédécesseur dont il portait le nom , et ne tenant pas grand compte du règne éphémère de Tachos , obligé de s'enfuir en Perse : la différence tranchée des signes employés à écrire le nom propre des deux Nectanèhc les fait facilement distinguer, malgré l'identité du cartouche-prénom.
Vainqueur de Nectanèbe II à la bataille de Pcluse, Ochus remit les troupes persanes en possession de l'Égypte , et lui donna Ferendate pour satrape; il la dépouilla de ses richesses et en composa le trophée de sa victoire. Le nom du roi perse, écrit Okouch , existe néanmoins dans une inscription hiéroglyphique avec une date qui, dépassant la 20'' année, est évidemment comptée de son avènement au trône de Perse.
Il l'occupait en effet depuis vingt ans lorsqu'il remit l'Égypte sous son obéissance; cette 20" année fut la première de son règne en Égypte; il mourut l'année d'après : Manethon n'a donc dil donner que deux ans au règne d'Ochus en Égypte. IManéthon nomme comme son successeur Arsès , son fds, qui régna aussi deux années, et dont les monuments égyptiens , à notre connaissance, n'ont fait aucune mention. Il en est de même du dernier roi des Perses , de l'infortuné Darius III ; il régna 4 ans sur l'Égypte comme sur le reste du vaste empire des Perses.
Mais cet empire s'écroulait de toutes parts : Alexandre le Grand étant désigné par la Providence conm:e le vengeur des peuples subjugués par le grand Cyrus , et comme son héritier, mais temporaire.
Les successeurs de Cyrus avaient connu la Grèce, et appris par elle de quoi était capable une nation européenne peu nombreuse , mais animée du plus pur amour de la patrie, secondée par les nobles inspirations et 'es conseils industrieux de la civilisation. En Grèce, un des peuples de la confédération était arrivé à son tour de
suprématie, etson ori;;ine septcntrionalesemblaitavoir imprimé à son caractère, comme à son courage, la vigueur et l'âpreté du climat des lieux qu'il habitait. La Macédoine gouvernait la Grèce; et, au génie politique de Philippe, avait succédé l'épée valeureuse d'Alexandre. Ce jeune héros ne coniuit pour bornes à ses victoires que les mers impraticables ou les déserts. Il traversa toute l'Asie et pénétra dans l'Inde : il détruisit l'empire des Perses et en hérita. L'Kgypte fut |)our lui une conquête facile: l'Égypte, soumise à un sceptre de fer, au despotismeintolérantde l'Asie, reçut Alexandre comme un libérateur : il y établit son autorité en l'an 332 avant l'ère chrétienne. Huit années après, en l'an 324, Alexandre mourut àBabylone, au centre de ses conquêtes: les dieux, qui l'avaient comblé de tous les biens, de toutes les gloires humaines, ne le préservèrent pas du poison des hommes oude celui de l'intempérance. Ainsi la domination de fait ou de droit des Perses dura, en Égypte, autant de temps que l'empire de Cyrus dans les mains de ses successeurs , depuis Cambyse jusqu'à la mort de Darius III.
Les effets de cette domination ennemie se révèlent encore aux yeux de l'observateur attentif à l'interprétation des grands faits archéologiques consignés sur le sol antique et dans les ouvra^ges de l'Égypte. Depuis Thèbes jusqu'à Dakkêh en Nubie , sur une ligne de plus de soixante lieues , les édifices élevés par les Ptolémées et par les Romains sont fréquents ; et , de ceux des Pharaons, il n'en reste que des ruines : ceci s'explique par les ravages des Perses remontant Ja vallée du Nil pour se rendre en Éthiopie, abandonnant le fleuve à la hauteur de Sébouà , et prenant en ce point la route du désert, plus courte que celle du Nil qui était d'une difficile pratique ])Our une armée, à cause de ses fréquentes cataractes. C'est cette même route que suivent de nos jours les caravanes et les voyageurs. Ainsi le temple bâti par Mœris à Amada, un peu au midi de Sébouà , existe encore ; et,
L'UNIVERS
au nord de ce lieu , jusqu'à Tlièbes, il n'y a que des édifices élevés ou relevés par les Grecs ou les Romains, effaçant les traces des ravages des Perses. Et, bi les monuments pharaoniques de Ghirsché et de Bet-Oualli subsistent encore, comme exception à ce qui vient d'être dit, ce ne fut pas la faute des Perses; ces temples sont des spéos creusés dans des monta^çnes qu'ils ne pouvaient pas démolir : ils se contentèrent de mutiler ces deux temples.
Le gouvernement des Pharaons, modéré à la fois et par le contrepoids des castes et par la douceur des mœurs, qui naissait de l'aisance générale, fut remplacé par le despotisme oriental , hiérarchie de satrapes de tout rang , exerçant , chacun dans sa sphère , la plus absolue autorité, et foulant ainsi, chacun à son tour, le sol conquis et sa population ; ainsi l'Égypte n'était plus qu'une province du grand empire perse, occupée et pressurée militairement.
Les mages, prêtres d'une doctrine religieuse qui n'était pas celle des Égyptiens, n'élevèrent à leurs propres dieux nia leurs génies aucun temple sur le sol (le l'Rgypte ; mais ils firent détruire les temples des dieux égyptiens , et ne laissèrent à la piété religieuse des habitants d'autre refuge que leur foi et les oratoires de famille. Les propriétés de la classe sacerdotale ne durent pas être épargnées par le fisc conquérant ; et les fausses divinités de rÉgy|)te durent subir de fortes amendes au profit des véritables dieux qui sont toujours ceux des vainqueurs. Du reste, ni le plan ni l'arciiitecturedes temples, ni les syn> boles des deux cultes n'avaient entre eux aucun rapport dans les formes. Lesécritures des deux peuples étaient essentiellement différentes, dans leur origine comme dans leurs formes. L'Égypte avait créé la sienne par l'effet d'inventions successivement perfectionnées , conduites de la figure d'un objet qui en donnait l'idée à l'esprit, jusqu'aux signesalphabétiques qui en exprimaient le nom par la parole : les Perses avaient adopté celle des ]\lèdes , qui l'avaient empruntée des antiques nabvionicns.
système non pas rationnel dans ses successives formations , mais de formation arbitraire , qui a voulu que les combinaisons variées d'un seul et unique signe ayant la forme d'uh coin, représentassent toutes les voix et les articulations nécessaires pour exprimer par la parole les mots de la langue. Les deux écritures se mêlèrent quelquefois par l'effet d'un caprice plutôt que par besoin : sur des cylindres égyptiens, en terre cuite, portant des inscriptions égyptiennes , on a ensuite ajouté des inscriptions cunéiformes.
Les deux langues différaient radicalement l une de l'autre. L'idiome persan, comme la nation qui le parlait, n'avait rien de primitif, était une branche d'une puissante famille : la langue égyptienne n'a jamais laissé deviner son origine ; elle existait parce qu'elle existait.
Les Perses conservèrent leur, costume national en Egypte; les Égyptiens ne paraissent pas avoir été troublés dans la conservation de celui qui leur était propre : on n'a trouvé aucune figure persane sur les monuments égyptiens : mais des Mèdes sont représentés dans les triomphes des plus anciens Pharaons.
Aucun des successeurs de C.vrus ne mourut et ne fut enterré en Egypte :
on croit avoir reconnu leurs tombeaux dans les dépendances du palais de Persépolis. Le respect des Perses pour le feu , selon les préceptes traditionnels de Zoroastre, leur faisait inhumer les corps de leurs rois, et les détournait de l'usage de les brûler. La loi exigeait aussi qu'ils eussent leur sépulture dans la Perse même, quelque part qu'ils finissent leurs jours. Cambyse fit transporter le corps de Cyrus à'Parsagada , où Alexandre le visita:
Alexandre fit aussi enterrer Darius auprès de ses ancêtres. Comme les Égyptiens, et peut-être à leur exemple, les tombeaux de ces rois furent creusés dans une montagne qui en avait pris le nom de montagne royale.
A l'imitation encore de l'Égypte , Darius 1" ordonna de son vivant les travaux nécessaires pour son tombeau , et
EGYPTE
vl l'aurait visité si les devins ne l"eii eussent détourné.
La civilisation paraissait proportionnellement répandue dans les diverses castes égyptiennes : chez les Perses , à l'exception de la tribu noble des Aclieménides, le r-este de la population était inculte et barbare , presque sans développement intellectuel , ignorant les arts et le luxe , ne connaissant que le service militaire et ne pratiquant que la guerre. Cyrus devança par les mêmes moyens le triomphe de Gengis- Khan ; il avait aussi à ses ordres ses hordes de Mongols aguerris , toujours prêts à marcher à des conquêtes qui n'étaient réellement que des migrations de peuplades vers de meilleurs climats.
La forme perfectionnée du gouvernement égyptien dut exciter l'attention des principaux personnages de la cour de Canibyse; cette remarque peut faire considérer comme moins extraordinaire la délibération et les discours des conjurés contre le faux Smerdis , au sujet de la for me de gouvernement à donnera la Perse. L'undes orateurs proposait une monarchie pure, l'autre une aristocratie , et le troisième une démocratie toute populaire. Du reste, la division de l'empire en satrapies par Darius I"', à l'imitation peut-être de l'Égypte divisée en nomes, où l'action de l'autorité suprême pénétrait si facilement partout par le concours des fonctionnaires de divers rangs, fut le premier acte qui donna une organisation régulière aux possessions persanes , et en soumit l'administration à une loi générale , première base d'un gouvernement civil et politique , séparé du gouvernement militaire.
Enfin , s'il fallait faire ressortir les avantages que conservèrent les nations les plus civilisées conquises par les Perses, sur leurs propres conquérants, nous (lirions que la civilisation ne cessa de miner les plus solides fondements de cette conquête , et que le grand empire despotique des Perses périt, malgré les cinq millions d'hommes armés
far Xercès , par l'effet des révoltes de Égypte et de l'héroïque résistance de la Grèce.
La destruction de la domination persane ouvre dans l'histoire de l'Égypte une ère nouvelle : la conquête qui succéda aux Perses fut plus légère à l'Égypte; la nation la plus spirituelle devait facilement s'entendre avec la plus sage de ces vieux temps : d'anciennes alliances les avaient déjà réunies; la culture des arts et de la philosophie, qui a produit de part et d'autre tant d'admirables ouvrages, était pour elles un lien de plus et une cause d'intimes rapprochements.
Alexandre, roi de Macédoine, vainqueur à la bataille d'Issus, qui fut si fatale à Darius III , souverain de l'empire perse, marcha vers la Phénicie, prit Tyr, Gaza, pénétra dans l'Égypte, et l'occupa tout entière. Ses historiens nous ont conservé le souvenir de sa modération. Toute la politique du conquérant, tout son système se révèle par cette courte phrase de son historien latin Quinte-Curce : Parvenu par la voie du Nil jusqu'à Memphis , il s'avança dans l'intérieur du pays, et, en ayant réglé l'administration de telle sorte qu'il ne fut rien diangé aux anciens usages des Égyptiens , il se dirigea vers l'oracle de Jupiter Ammon.
Alexandre voulut en effet le consulter; il se rendit donc à l'Oasis de ce nom : les prêtres le reconnurent et le proclamèrent le fils d'Amon-Ra, la grande divinité de l'Égypte, dont le temple principal était à Thèbes , d'oii l'emblème du dieu avait été transporté dans le sanctuaire de l'Oasis. Il n'y subsiste aujourd'hui aucune trace du voyage du vainqueur.
il fut frappé de la belle disposition d'un isthme formé par le lac Marœotis et la Méditerranée à l'ouest du Kil , et il le destina à l'emplacement d'une ville à laquelle il donna son nom. Sur ce même emplacement se trouvait une bourgade égyptienne nommée Rhacotis; elle fut comprise dans l'enceinte de la ville; elledonna son nom au quartier qui lui succéda. Alexandre traça lui-même le plan de la nouvelle cite; il lui donna la forme de la chlamyde macédonienne. La farine destinée à l'approvisionnement du soldat servit
L'UMVfIRS.
à marquer ia place des imirailles ; l'enceinte n'eut pas moins de quatre-vingts stades de diaiiiètre; l'architecte Dinarque fut cliargé de diriger l'exécution tie ce vaste plan. Alexandre désigna lui - même remplacement des places publiques , celui des temples à construire , soit pour des divinités grecques, soit pour des divinités égyptiennes, témoignage remarquable de tolérance, qui n'était pas venu à l'esprit des Perses ; unfi haute civilisation pouvait seule Tinspirer. Ces temples aux dieux de l'Égypte étaient nécessaires dans la nouvelle ville ; le fondateur la peupla en y appelant une partie de la population des autres villes égyptiennes. Il y laissa une garnison macédonienne , permit à un grand nombre de Grecs et d'Asiatiques de s'y établir, l'ouvrit à tous les peuples , et il en (it dans sa pensée comme dans la réalité l'entrepôt nouveau de tout le commerce entre l'orient et l'occident de la terre. Alexandre laissant en Égypte Cléomène pour gouverneur, remonte en Syrie, poursuit le cours de ses conquêtes , pénètre aux conflns de l'Asie, retourne à Babylone malgré les prédictions des devins , y reçoit des députations de presque tous lés peuples de la terre , et les honneurs funèbres qu'il fait rendre à Hephaestion ne sont que les préludes de ceux qu'il va recevoir. 11 meurt du poison ou d'intempérance, le 24 mai de l'an 32-1 avant l'ère chrétienne.
Le nom d'Alexandre le Grand ne se lit sur aucun édifice de l'Égypte ; le seul monument qui reste de lui en ce pays, c'est la ville qui porte son nom , et qui n'a pas cessé de réaliser les vues et les espérances de son fondateur : elle est encore le lien essentiel du commerce de l'Europe, de l'Afrique et de l'yVsie. Un autre conquérant, (iont le nom est aussi immortel , avait préparé de plus hautes destinées à cette ville , et la renaissance de son antique gloire sous l'égide de la France : le te.mps, sur les traces de l'intelligence, paraît devoir bientôt réaliser les grandes pensées d'Alexandre et de Napoléon; et l'Europe reconnaissante va rendre
à l'ancien monde les lumières qu'elle en a rerues.
La mort surprit Alexandre au milieu de ses conquêtes , lorsque l'Asie soumise l'admirait comme homme, et l'adorait presque à l'égal d'un dieu.
Vivant et vainqueur, son autorité devait lui garantir la fidélité ou du moins la soumission des peuples subjugués.
A sa mort , le prestige cessait de luimême , et les droits acquis par la force périssaient avec celui qui s'était fait un jeu de violer les plus légitimes indépendances : jeu cruel que la Providence a puni quelquefois dans ceux même qui se complurent à ses chances redoutables.
Alexandre ne laissa pas auprès de son trône un héritier qui pût de suite succéder, sinon à sa toute-puissance , du moins à l'empire qu'il avait reçu de Philippe , et dont la possession ne pouvait lui être contestée. Alexandre avait un frère, fils, comme lui, de Philippe , mais qui était né d'une danseuse nommée Philline; il laissait aussi de Barsine, 011e de Darius, un fils nommé Hercule; enfin Boxane sa veuve, fille du roi de la Bactrinne, était enceinte , le terme même de sa grossesse très -avancé; elle pouvait donner le jour à l'héritier si nécessaire pour l'accomplissement des projets d'Alexandre.
IMais l'incapacité d'Aridée son frère , l'inexpérience du fils de Barsine , l'incertaine espérance d'obtenir d'une autre un rejeton du sang royal, enfin la faiblesse d'une régence pouvaientelles suffire aux graves circonstances oîi la mort prématurée du vainqueur de tant de rois plaçait ses peuples et son armée? Pour conserver son empire, il eût fallu un second Alexandre; l'union intime de tous ses généraux pouvait rendre l'état des choses moins périlleux sans doute, mais devait-on l'attendre de leur ambition?
Tous distingués par leur naissance ou d'éclatants services, ils joignaient à la noblesse des formes corjxirelles , l'élévation des sentiments et la puissance de la sagesse et de la raison ; c'étaient , parmi plusieurs autres , Perdiccas ,
ÉGYPTE
Léonnat, Antipater, Lysiiiiaqiie , Python , Peuceste , Ptoléiiiée.
Le lendemain de la mort d'Alexandre, ils se réunirent autour de son trône, sur lequel on avait placé ses insignes et ses armes. Perdiccas se déclara pour le fiis que Roxane pouvait mettre au monde ; Néarque pour celui de Barsine, et Ptolémée contre l'un et l'autre. « N'aurions-nous vaincu les « Perses , dit-il , que pour les placer sur « le trône de i\lacédoine ? » et il proposa de déférer le gouvernement à un conseil formé des principaux lieutenants d'Alexandre. Mais une voix s'éleva de la foule dont l'assemblée était environnée, et proclama roi le frère du roi, Aridée, sous le nom de Philippe, nom chéri des Macédoniens.
Méléagre, soutenu de toute l'infanterie, s'attacha à son parti. En vain Perdiccas, secondé par Léonnat, et par Ptolémée à la tête de la garde royale , essaye de s'y opposer , appuyé par les troupes à cheval. Aridée se montre revêtu des ornements royaux , et il est salué roi par la majorité du peuple et de l'armée. Les gouvernements des provinces , ainsi que les charges de la cour, furent distribués aux officiers ou aux favoris les plus réputés, et l'on s'occupa enfin de faire embaumer le corps d'Alexandre délaissé jusque-là et privé de soins et d'honneurs , quoique depuis sept jours déjà il eût cessé de vivre.
Ce fut ce même jour et dans le même conseil que le gouvernement de l'Égypte , de la Libye et de la portion de l'Arabie limitrophe de l'Égypte, fut donné à Ptolémée. Ce gouvernement devint ensuite le royaume d'Égypte, et n'éprouva aucun démembrement.
Quelques possessions éloignées , telles que Ciiypre et la Cyrénaïque , y furent réunies par la guerre, et la guerre aussi les en détacha quelquefois. Mais le royaume proprement dit, et tel qu'il subsista pendant trois siècles, se trouva renfermé dans les limites naturelles de l'Égypte.
Ptolémée songea bientôt à se rendre dans son gouvernement. Pendant le temps qu'il passa encore à Babylone,
Çlcomène, laissé par Alexandre en Égypte en qualité de trésorier, y réunit celle de lieutenant du gouvernement, et l'exerça jusqu'à l'arrivée de Ptolémée.
L'époque précise n'en est pas connue; mais l'intérêt que Ptolémée devait mettre naturellement à jouir d'un titre auquel il pouvait déjà peut-être rattacher de plus hautes espérances , dut l'amener sans retard dans la capitale de ses provinces. Sa libéralité, sa justice et la douceur de son autorité attirèrent bientôt , de toutes parts , ceux que la guerre et les dissensions publiques éloignaient des pays qui en étaient le théâtre.
Le titre de sous -gouverneur donné à Cléomène qui était en Égypte depuis sa conquête par Alexandre , permet néanmoins de supposer l'absence temporaire du gouverneur lui-même. Il paraît que Ptolémée passa quelque temps encore à Babylone où sa présence pouvait être nécessaire pour régler, selon ses vues et les nouveaux intérêts qu'il venait de se créer, beaucoup dedifficultés que l'état des affaires devait faire naître; et comme la fin de l'été, dans ces régions asiatiques, favorisait, bien mieux que les mois de juin et juillet, le long voyage d'un personnage nécessairement accompagné de beaucoup de monde, ce dut être vers l'automne que Ptolémée quitta la Chaldée pour se rendre en Egypte , vraisemblablement vers le mois d'octobre qui suivit la mort d'Alexandre.
Ses premiers soins eurent pour but de mériter l'affection des habitants de l'Égypte, et il se la concilia par la douceur de son administration. Bientôt instruit que Perdiccas formait secrètement le dessein de lui ravir par les armes un titre qu'il devait à la foi des traités , il se prépara à le défendre. Il leva par ses agents une contribution de huit mille talents , et mit une armée sur pied. En même temps il contracta une alliance avec Antipater déjà engagé dans une guerre contre les Grecs , que le rap|)el des exilés par Alexandre à son retour de l'Inde, avait sourde-
L'UNIVERS
ment excités contre lui , et que sa mort arma aussitôt contre Antipater, gouverneur de la Miacédoine et de la Grèce pour A ridée, successeur d'Alexandre.
Après cette alliance, et pendant qu'Antipater opposait ses forces et celies de ses alliés, sur terre et sur mer, aux Grecs confédérés pour écliapper au joug macédonien , Ptolémée donnant tous ses soins au gouvernement de l'Egypte , s'attachait de plus en plus ses habitants , et jetait ainsi les fondements de sa future souveraineté. Une circonstance que sa politique sut s'approprier, rangea la Cyrénaïque sous ses ordres , en l'année
Au commencement de l'année suivante, Antipater, Cratère et Antigone résolurent d'envoyer un message à Ptolémée , pour l'engager dans une alliance où leurs conmiuns intérêts et l'imminente obligation de résister à Perdiccas devaient sûrement le faire entrer ; et Ptolémée n'hésita pas à s'y engager. Perdiccas , de l'avis de ses généraux , envoya Eumène sur l'Hellespont , pour arrêter Antipater et Cratère s'ils tentaient de passer en Asie.
Il ^partit de la Pisidie pour attaquer l'Egypte dont la conquête devait le laisser sans inquiétude sur ce point, lorsqu'il entreprendrait celle de la Macédoine.
Mais cet espace de temps qui s'était écoulé depuis la mort d'Alexandre, et que ses généraux ont consumé à se disputer par les armes les provinces de son enifiire, Arrhidée, l'un d'eux, qui fut ensuite gouverneur de la Phrygie, l'avait consacré tout entier à de plus honorables soins , à l'accomplissement d'un pieux devoir, en faisant construire le char funèbre d'Alexandre et transporter son corps en Égypte.
Ces soins l'occupèrent deux années, et la magnificence du char mortuaire du triomphateur, si l'histoire ne l'a point exagérée, ne dut pas demander moins de temps. Arrhidée partit de Babylone et se rendit en Égypte par Damas.
Perdiccas ne voulait pas laisser à Ptolémée ces précieuses dépouilles , con-
fiant peut-être dans les prophéties d'Aristandre , qui promettaient un bonheur éternel à la contrée qui les posséderait. Polémon , lieutenant de Perdiccas, tenta de s'opposer aux projets d'Arrhidée, mais celui-ci réussit malgré lui à se réunir à Ptolémée qui se rendit en Syrie avec des troupes, pour honorer là mémoire du roi , dit Diodore de Sicile , mais plutôt pour protéger Arrhidée contre les projets de Perdiccas. Ceci se passait au printemps de l'année 322.
L'été suivant , l'entreprise de Perdiccas contre l'Égypte, et les préparatifs d'Antipater secondé par Antigone et Cratère, étaient déjà parvenus ^ ce point de maturité qui annonce un prochain dénoûment. Eumène fut heureux et repoussa avec succès les efforts de ces trois chefs alliés , pendant que Perdiccas parvenait à Damas à la tête d'une armée nombreuse soutenue et rendue plus dévouée par la présence des deux jeunes rois. Perdiccas traverse la Syrie, se dirige sur Péluse et établit son camp près de cette ville, la clef de l'Egypte vers l'Orient. Aj ant imprudemment fait repurger un ancien canal du ISil , une subite irruption des eaux du fleuve détruisit ses ouvrages militaires et mit le découragement et la désertion parmi ses troupes.
Il essaya de les ramener par des démonstrations de bienveillance, par des discours que la hauteur et la dureté de son caractère pouvaient démentir, et il donna l'ordre de se tenir prêt à marcher. A l'entrée de la nuit il leva le camp; on se mit en marche et on arriva vers la pointe du jour sur le >"il, non loin d'une petite ville nommée le Mur des Chameaux , que Perdiccas fit attaquer. Il essaya vainement de la prendre de force : Ptolémée qui avait tout prévu et s'était même défait de Cléomène qu'il croyait attache à Perdiccas, se trouva "là à la tête d'un corps de cavalerie pour défendre la ville. Convaincu de l'inutilité de son entreprise, Perdiccas y renonça sur le soir, et profita de la nuit pour se diriger vers une île que formait le ISil du côté opposé à Memphis, vraisenibla-
ÉGYPTE
blement l'île de Myecphoris formée par la branche de Péluse , un peu à l'orient de Bubaste. Il tenta bien malheureusement le passage des eaux , deux mille hommes y perdirent la vie : la sédition s'empara de tous les esprits , et Perdiccas fut égorgé dans sa tente. Ptolémée s'empressa de traverser le Nil et de se rendre au camp macédonien auprès des jeunes rois , de leur offrir des présents et ses hommages, et de fournir aux plus pressants besoins de l'armée , de protéger même les plus intimes amis de Perdiccas contre ie ressentiment des soldats.
Ce fut alors que Ptolémée reçut en Égypte les deux jeunes rois dont il lui aurait été facile de se faire donner la tutelle; mais il la jugea au moins inutile à ses projets sur l'Égypte, et il la lit accorder à Python et Àrrhidée , le même qui lui avait livré le corps d'Alexandre.
Les deux rois continuèrent leur route vers la Macédoine ; ils firent alors une nouvelle distribution des gouvernements. Ptolémée conserva celui de l'Égypte , qu'il etit été difficile d'ailleurs de lui enlever, tant son courage et l'esprit de justice de son administration lui en assuraient la possession.
Dans cette dernière distribution des gouvernements, Laomédon de Mitylène avait obtenu celui de la Syrie ; il y fut attaqué par Ptolémée qui avait résolu de réunir à l'Égypte la Célé-Syrie et la Phénicie. Nicanor, l'un de ses généraux chargé de cette expédition et de cette conquête , y réussit complètement , emmena même Laomédon prisonnier en Égypte , après avoir mis garnison dans toutes les villes des provinces conquises. Jérusalem fut de ce nombre. Ainsi , à la fin de la troisième année de son gouvernement , Ptolémée avait réuni à l'Égypte, Cyrène, la Syrie , la Célé-Syrie et la Phénicie.
Cassandre cherchait à mettre Ptolémée dans ses intérêts ; il lui dépêcha dans le même temps un messager sûr, pour lui demander, avec son alliance,
Jn'il envoyât sa flotte de la Phénicie ans l'Hellespont. Il s'y rendit luimême , et de là il passa auprès d'An-
tigone en Asie , lui donnant l'assurance que Ptolémée seconderait son entreprise. Mais Polysperchon , tuteur des jeunes rois , pour rendre leur alliance illusoire, voulut pouvoir compter sur celle des républiques grecques, et, de l'avis des plus considérables person nages de la cour, il fit porter un décret qui leur rendait à toutes leur liberté avec la jouissance des lois et coutumes qui les régissaient avant leur conquête par Philippe ou par Alexandre.
En même temps qu'il proclamait la liberté des villes grecques , Polysperchon en appelait à la fidélité d'Eumène, mettant à sa disposition de l'argent et des troupes , et tâchait , par toutes sortes de prévenances , de ramener à la cour Olympias, mère d'Alexandre, qui s'en était éloignée du vivant d'Antipater.
Eumène se voua courageusement à la défense de la cause des jeunes rois , quitta la Phrygie , passa le mont ïaurus, entra en Cilicie et chargea ses amis les plus intelligents et les plus dévoués de faire des levées d'hommes et d'argent chez les Pisidiens , dans la Lycieeten Chypre. Quelques-uns même parvinrent jusqu'en Célé-Syrie et dans la Phénicie, dépendantes du gouvernement de Ptolémée.
Celui-ci se rendit dès lors avec sa flotte à Zéphyrion en Cilicie, vis-à-vis de l'île de Chypre , et tenta sans succès d'ébranler la fidélité des chefs qui suivaient la fortune d'Eumène. Mais Ptolémée fut bientôt rappelé de ces parages par l'entreprise d'Eumène contre la Phénicie soumise à Ptolémée.
En attendant , la reine Olympias cherchait à reprendre à la cour de Macédoine l'infiuence que lui donnaient son nom , son rang et le respect profond qu'inspirait encore tout ce qui touchait de près à la mémoire d'Alexandre.
Polysperchon entreprit de reconduire en Macédoine la reine Olympias et le fils d'Alexandre. Eurydice, femme du roi Philippe Aridée , redoutant l'inQuence d'Olympias , osa solliciter contre elle Cassandre qui était sur l'Hellespont, et se porta elle-même
L'UNIVERS
avec des troupes à Eria sur les frontières de la Macédoine , pour en défendre l'approche à la reine : les deux armées étaient près d'en venir aux mains ; mais le vieux resj)ect des Macédoniens pour le sang d'Alexandre l'emporta sur tout autre engagement, et ils se déclarèrent pour Olympias.
Aridée fut fait prisonnier ; Eurydice , qui était retournée à Ampliipopoiis avec Polyciès , l'un de ses affidés , fut bientôt prise aussi , et l'un et l'autre furent mis à mort par l'ordre d'Olynipias , Aridée , successeur immédiat d'Alexandre, ayant régné six ans et quatre mois.
Ainsi mourut le premier roi macédonien successeur d'Alexandre le Grand ; l'Égypte le reconuHt fidèlement; ses monuments en font foi , notamment le premier et le deuxième sanctuaire du grand édifice de KarnacàThèbes; on y lit cette légende royale : L'approuvé et le chéri d'Ammon et de Phré , le fils du soleil , Philippe [Phlipos). A Aschmounéin , l'ancienne Hermopolis-Magna , cette légende se trouve deux fois sur le tempie de cette ville ; le nom propre y est écrit Pheileipos. Ce n'est pas que Philippe Aridée fdt présent en Egypte lorsque les ouvrages de Karnac et d'Hermopolis - Magna , qui portent encore son nom , furent exécutés :
mais ce roi était l'autorité suprême légale en Egypte, et J'ai sous les yeux un contrat, en écriture démotique, daté de l'an cinq , du règne de ce prince , car Ptoléniée n'était que le gouverneur de l'Egypte sous l'autorité du roi : il fut fidèle à sa mission subordonnée ; mais il est juste toutefois de lui rapporter les bienfaits de ces restaurations , preuve patente de l'empressement de Ptolémée à réparer les ravages commis par les Perses , et de son attention à flatter ainsi l'opinion, les vœux et les croyances des Égyptiens , captant par là de plus en plus leur affection et leur confiance.
Après la mort de Pliilipiie Aridée, vers le mois d'octobre de l'année 318 avant l'ère chrétienne, la septième du gouvernement de Ptolémée en Egypte, un second successeur au trône d'A-
lexandre le Grand fut proclamé dans tous ses Etats d'Europe et d'Asie; ce fut son fils Alexandre, né de Roxane.
Dans ces mêmes temps, la reine Olympias se vengeait d'Antipater mort sur ses amis vivants, non pas comme un roi, dit Justin, mais bien comme une fenuiie, et Eumène passait l'hiver dans la Babylonie. Deux années après, Olympias et Eumène n'existaient plus :
tous deux avaient péri assassinés, l'un par les ordres de Cassandre, l'autre par ceux d'Antigone.
Antigone s'était ensuite rendu dans la Babylonie, gouvernée par Séleucus, qui le reçut avec magnificence. Mais Antigone, 'devenu plus exigeant, trou va enfin quelque résistance dans Séleucus.
Celui-ci cependant , par la crainte d'être traité comme tant d'autres personnages éminents dont Antigone avait mis une attention réfléchie à se défaire, se décida dès lors à se rendre en Égypte. Ptolémée n'y avait jamais refusé un asilo à ceux que les caprices de la fortune, et les malheurs de ces temps d'anarchie amenaient auprès de lui.
Séleucus était en Égypte au commencement de la neuvième année du gouvernement de Ptolémée. Ce chef habile avait été jusque-là presque simple spectateur des débats sanglants élevés entre les autres généraux d'Alexandre.
Séparé du théâtre de leurs malheureux exploits par la mer et les déserts, il ne songeait qu'à affermir son pouvoir en évitant avec soin de le compromettre, et à préparer une heureuse résistance à des attaques dont sa prudence lui faisait prévoir la possibilité. Sa justice et sa modération lui avaient acquis la confiance des peuples qu'il gouvernait; sa grandeur d'âme lui avait fait des amis de tous ceux qui s'étaient commis à sa foi. Séleucus ne devait pas être moins heureux.
Ainsi s'accomplissaient les immuables décrets de la Providence. De nouveaux trônes s'élevaient sur les débris de ceux que la fougue d'Alexandre avait renversés; et, de tous ses généraux, quelques-uns seulement étaient dcstiiiés à s'y asseoir, vainqueurs des am-
ÉGYPTE
bitions rivales de la leur. Léonnat, Python, Perdiccas, Antipater, Eumène, Polysperchon , n'avaient déjà plus d'intérêt dans ces suprêmes dissensions : ils avaient cessé d'exister.
Parmi ceux qui leur survivaient, Antigène restait alors le plus puissant.
Tous les autres devaient le redouter :
ils se liguèrent contre lui. C'étaient Cassandre , qui , en assassinant la mère et en épousant la nièce d'Alexandre, se rapprochait de plus en plus du trône de la Macédoine où il commandait ainsi que dans la Grèce; Lysimaque, chef de troupes aguerries et des peuplades à demi sauvages de la Thrace; Ptoléniée, maître de l 'Egypte, de Cyrène, de la Syrie et de la Phénicie; Séleucus enfin, qui ne renonçait pas à son gouvernement de Babylone : ces quatre chefs signèrent contre la puissance d'Antigone une alliance qui devait y mettre fin.
Au printemps de l'année 315, Antigone reprit sa marche par la Cilicie, et, parvenu dans la haute Syrie, il y fut joint par les envoyés de Cassandre, de Lysimaque et de Ptolémée, chargés de lui demander le partage des provi-nces et de l'argent qui étaient le truit d'une guerre à laquelle ils avaient concouru. Ces propositions furent mal reçues par Antigone, qui se mit en mesure de soutenir par les armes un refus aussi formel, en cherchant des alliés et des secours à Chypre, à Rhodes, faisant ses dispositions en Cappadoce et sur l'Hellespont, se portant en Phénicie, campant devant Tyr, et établissant dans ses mers trois points de réunion pour la flotte qu'il pensait à construire. Mais les chefs ligués contre lui ne préparaient pas leur attaque avec moins de soins, avec moins de promptitude, et bientôt Séleucus, courant la mer de Syrie avec cent vaisseaux, vint attiédir le zèle des partisans d'Antigone. Celui-ci chercha à le soutenir, en leur annonçant que dans l'été même il tiendrait la mer avec une flotte de cinq cents voiles.
Antigone se porta aussi pour allié des défenseurs du trône de Macédoine, contre les entreprises de Cassandre.
Il le fit proclamer l'ennemi de l'État, s'il ne rendait la liberté à Roxane et au jeune roi son fils qu'il tenait enfermés , et s'il ne reconnaissait Antigone comme régent du royaume. Pour se faire encore de plus nombreux partisans, il se déclara le protecteur de la liberté des villes grecques, renvoya Alexandre, fils de Polysperchon, dans le Péloponèse, et, ayant reçu des galères de l'île de Rhodes, il cerna la ville de Tyr du côté de la mer.
Ptolémée reconnut aussi la liberté des villes grecques, ayant pour but, san-s doute, de les désintéresser dans une lutte où leur intervention pouvait efficacement servir le parti qu'elles se décideraient à soutenir.
En attendant, un autre Cassandre, gouverneur de la Carie, s'était déclaré pour Ptolémée, et avait envoyé à Chypre des troupes commandées par Polyclitus. Celui-ci se réunit d'abord à Séleucus, soutint heureusement plusieurs combats contre les navarques d'Antigone, retourna à Chypre, et se rendit à Péluse en Egypte, où Ptolémée le uombla d'honneurs et de présents.
Parmi les prisonniers de marque faits par Polyclilus était Périlaùs, l'un des généraux d'Antigone, qui sollicita sa délivrance et celle de plusieurs autres officiers. Ptolémée les lui rendit, et eut alors, même avec Antigone, une entrevue à Écregma où il ne refusa pas de se rendre, toutefois sans obtenir ce qu'il espérait d'Antigone.
Au conunencement de l'hiver suivant, Antigone, pour s'opposer à Cassandre de Carie, fut surpris par les neiges en traversant le mont Taurus.
Dans l'été de l'année julienne 314, Cyrène, réunie depuis quelque temps au gouvernement de Ptolémée, cherchait à s'y soustraire et à chasser la garnison qui occupait la citadelle. Ptolémée tenta de ramener Cyrène à l'obéissance par des envoyés qu'elle ne respecta j)as. Il chargea Agis de la soumettre, et ses vues furent heureusement remplies. L'exemple de Cyrène agitait Chypre, et Pygmalion, son gouverneur, communiquait avec Anti-
L'UNIVERS
gone. Ptolémée s'y rendit en personne, punit exemplairement l'infidèle gouverneur, le remplaça par Nicocréon, détruisit Marium,'en transporta les habitants à Paphos, se dirigea ensuite sur les côtes de Syrie, où il débarqua son armée, prit "Posidium ainsi que Potamos, et, poussant jusqu'en Cilicie, arriva dans Mallos, ravagea les contrées voisines, et rentra enfin à Chypre. Cette expédition était déjà terminée lorsque Démétrius, qui l'apprit en Syrie, arrivait en Cilicie pour s'y opposer. C'était trop tard, et Démétrius alla reprendre sa station en Syrie, pendant que Ptolémée rentrait en Égypte.
Dans l'automne de la même année 314, Tyr se rendit aux troupes d'Antigone , après avoir été bloquée par mer pendant quinze mois.
L'hiver suivant, celui de l'an 313, Ptolémée était rentré en Égypte. Séleucus s'y trouvait, et l'excita pour attaquer Démétrius qui l'observait toujours dans ses cantonnements de Syrie.
Cédant à ces insinuations, Ptolémée réunit une armée nombreuse, quitte Alexandrie, se rend à Péluse, et de là se dirige vers Gaza. Instruit de ses desseins, Démétrius rappelle ses troupes de leurs quartiers d'hiver, et leur assigne Gaza pour le lieu du rendezvous.
Contre l'avis des généraux les plus expérimentés, Démétrius engagea la bataille à Galama, en avant de Gaza; il fut vaincu et alla en toute hâte prendre position sous les murs de la ville avec sa cavalerie; mais le désordre fut tel que le soir même les troupes de Ptolémée entrèrent à Gaza. Démétrius se retira par la Syrie jusqu'à ïripolis; de là, il envoya demander du secours à son père Antigone qui avait passé l'hiver dans la Propontide, et, en attendant, il se renforça de quelques troupes venues de la'Cilicie, et des garnisons qu'il rappela de quelques places fortes éloignées.
Ptolémée s'occupa de poursuivre ces premiers succès, s'avança dans la Syrie, prit Sidon , occupa Tyr, et donna à Séleucus, qui l'avait secondé, un
corps de troupes avec lequel il devait tenter de rentrer dans son gouvernement de Babylone. Il y réussit en peu de temps : la douceur de son administration pendant les quatre années de sa durée était son plus utile auxiliaire. En même temps Ptolémée, étant parvenu jusqu'en Célé-Syrie, apprit que Démétrius, de retour de la Cilicie, campait dans la Syrie supérieure. Il chargea le INIacédonien Cillés de l'y attaquer; mais Démétrius, profitant de l'imprévoyance de ce général, le surprit lui-même à Myounta et le fit prisonnier avec son armée. Antigone était alors en Phrygie; il y apprend ce succès de Démétrius , traverse de nouveau le mont Taurus, et opère sa jonction avec son fils.
Ptolémée ne trouva pas prudent de se mesurer avec des forces aussi supérieures, et, de l'avis de ses généraux, il résolut de retourner en Égypte. Il quitta donc la Syrie, démantela les villes principales qu'il abandonnait, Acès, Joppé, Samarie, Gaza, et, chargé d'un immense butin, il rentra dans son gouvernement : il se prépara à s'y défendre.
Bientôt après, Cassandre, Lysimaque et Ptolémée , firent avec Aritigone une paix qui ne fut pas de longue durée : Cassandre devait commander en Europe, Ptolémée en Égypte et dans les contrées voisines, Lysimaque en Thrace, Antigone à toute l'Asie; mais les prétextes ne manquèrent pas pour rompre le traité. Cassandre plus qu'aucun autre pouvait le désirer, car son pouvoir et son influence devaient bientôt décroître , cesser peut-être entièrement par la prochaine majorité du jeune Alexandre, fils d'Alexandre le Grand et son successeur au trône de la IMacédoine, et déjà ses habitants demandaient hautement que le nouveau roi fût proclamé. Cassandre convoitait ce trône; il ne pouvait y par venir que par des crimes : il chargea donc Glaucias, jusque-là gardien du jeune Alexandre et de Roxane sa mère , de les égorger secrètement et de faire disparaître leurs dépouilles. Ce forfait rendit pour Cassandre le trône de Ma
ÉGYPTE
cédoine d'un plus facile accès, et les autres généraux, Lysimaque, Antigone, Seleucus, Ptolémée, libres de toute dépendance, se trouvèrent investis dès lors de la suprême autorité dans leur gouvernement.
Tel était l'état des choses aux premiers jours de l'été de l'an 311 de l'ère vulgaire, treize ans après la mort d'Alexandre.
Son second successeur venait de périr victime de l'ambition effrénée des chefs qu'il avait élevés par ses bienfaits. Ptolémée ne s'était point détaché de la fidélité qu'il devait au jeune roi Alexandre, et c'était en son nom qu'il avait exercé en Égypte son autorité secondaire; les monuments en font foi.
A Béni-Hassan se trouve l'ancien spéos de Diane, la Bubaste des Égyptiens.
Ce temple est cerné jrar des hypogées où furent déposés les chats sacrés, animal qui fut le symbole de la déesse, et un de ces hypogées, visité par Champollion le jeune, le 6 novembre 1828, porte la légende royale de cet Alexandre, fds d'Alexandre le Grand.
Le cartouche prénom est le même que celui de son prédécesseur Philippe A ridée, le roi chéri d'Amon-Ra, approuvé par Phré, le Ois du soleil Alexandre {Alksantrs). On trouve toutefois quelques variantes dans son prénom à Éléphantine. A Louqsor, un sanctuaire, habilement exécuté en granit, fut construit dans le temple par l'ordre et avec le nom du même roi.
Ce second sanctuaire est emboîté dans le premier élevé par le Pharaon Aménophis; il porte l'inscription suivante : « Restauration de l'édifice faite par le roi chéri de Phré , approuvé par Ammon, le fils du soleil, seigneur des diadèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Amon-Ra, gardien des régions de Oph (Thèbes). Il a fait construire le sanctuaire en pierres dures et bonnes à la place de celui qui avait été fait sous la majesté du roi soleil, seigneur de justice, le fds du soleil, Aménophis, seigneur de la région pure. » VX le jeune roi , au visage enfantin, est représenté sur les sculptures (lu sanctuaire, à l'extérieur comme
à l'intérieur, faisant ses adorations aux triades de Thèbes. Dans un de ces basreliefs, la déesse Thamoun est remplacée par la ville de Thèbes, personnifiée sous la forme d'une femme , avec cette légende :
« Voici ce que dit Thèbes (Oph) , la grande tutrice du monde: Nous avons mis en ta puissance toutes les contrées (les nomes) ; nous t'avons donné Kéme (l'Égypte), terre nourricière.» C'est au jeune roi Alexandre que la déesse adresse ces paroles; Ammon, générateur, dit en même temps au prince :
« Nous accordons que les édifices que tu élèves soient aussi durables que le firmament. »
Tous ces monuments déposent du respect de Ptolémée pour l'autorité des rois qu'il représentait en Égypte; c'est en leur nom, et quoiqu'ils ne fussent point présents en Égypte, que tous les monuments publics étaient élevés ou restaurés.
Dans les ruines des deux temples d'Éléphantine, il reste celles d'une porte en granit, dédiée au nom du même prince, aux dieux du lieu, Chnouphis, Saté et Anouké.
Bientôt après la mort du jeune roi, les hostilités entre Antigone et Ptolémée recommencèrent. Le traité conclu entre les quatre généraux avait reconnu l'indépendance des villes grecques, et cependant Antigone mettait des garnisons dans quelques-unes d'elles. Ptolémée le désapprouva et chargea Léonis de faire une invasion en Cilicie. En même temps il engageait Cassandre et Lysimaque à se réunir à lui, afin de s'opposera l'accroissement de la puissance d'Antigone. Celui-ci envoya son second fils Philippe sur l'Hellespont, et Démétriusà la défense de la Cilicie. Léonis, lieutenant de Ptolémée, fut vaincu; dans le même temps, Ptolémée, à qui Chypre obéissait, informé que Nicoclès, qui régnait à Paphos, avait de secrètes intelligences avec Antigone, chargea Callicrate et Argée de le faire mourir.
Ménélas, qui commandait en Chypre, leur donna des troupes, et le résultat de cette expédition fut la destruction
L'UMVKRS.
totale de la race royale de Paphos.
Ptolémée, apprenant bientôt après les revers éprouvés en Cilicie, réunit une Hotte et une armée, va débarquer à Pbaselis, et, côtoyant la Lycie, s'empare de Xantiie, ensuite de Caune et d-3 sa citadelle, successivement d'Héraclée, enfin de l'ile de Cos, occupée par un autre Ptolémée, neveu d'Antigone, parenté qui ne le rendit pas plus dévoué, et ne i'enipécha pas de se jeter dans le parti de Ptolémée d'É^ypte.
Celui-ci , partant ensuite de iMyndus en Carie, et parcourant l'Archipel avec une flotte considérable , réduisit la garnison d'Andros, et, arrivant dans l'isthme, s'empara de Sicyone et de Corinthe; il prit enfin Megare, où il chercha, par des présents, ix s'attacher Stilpon le philosophe, qui préféra se retirer à /Egine. Le but de Ptolémée, dans cette expédition, était de laisser moins d'alliés au parti d'Antigone à mesure qu'il rendrait plus de viiles grecques à l'indépendance. Il fut en cela d'accord avec Cassandre, convint avec lui que chacun d'eux garderait les villes qu'il occupait, et il "retourna en Égypte.
Peu d'années s'étaient écoulées depuis que Ptolémée avait ramené Cyrène sous son obéissance; Ophella y commandait pour lui depuis la mort de Thimbron. Les dissensions qui divisaient les généraux d'Alexandre, et surtout leur exemple, faisaient naître le désir de l'indépendance dans chaque chef qui gouvernait des provinces isolées. Ophella, commandant de la Cyrénaïque pour Ptolémée, avait aïissi conçu le projet de s'élever à une plus haute fortune. Agathocle de Syracuse faisait alors la guerre contre les Carthaginois; il lui envoya quelqu'un, qui , le flattant d'une future domination sur l'Afrique, l'entraîna dans une alliance bien fatale. Arrivé après deux mois de marche et de fatigues inouïes auprès d'Agathocle, Ophella fut traité en ennemi , attaqué et tué dans le combat.
Cyrène, sans défense, rentra facilement sous les ordres de Ptolémée.
La guerre, sans changer de but, avait changé de théâtre; l'expédition
de Ptolémée dans l'Archipel y avait attiré toutes les forces des combattants. Démétrius, qui avait poursuivi les généraux de Ptolémée dans la Cilicie, arriva bier.tôt devant Athènes, défendue par Denys, qui commandait à INIunychia , et prir Démétrius de Phalère, gouverneur de la ville depuis dix ans. Les succès du Gis d'Antigone rendirent Athènes à la liberté, et Démétrius de Plialére se retira d'abord à Tlièbes de Béotie, ensuite en Ëgypte, auprès de Ptolémée (l'an 307).
Démétrius reçut à Athènes, d'Antigone, son père, l'ordre d'attaquer l'île de Chypre et de l'enlever à Ptolémée. Pour l'exécuter, il se rendit d'abord en Carie, et engagea lesRhodiens , mais sans succès, à se déclarer contre Ptolémée. Parvenu ensuite en Cilicie, où il trouva des soldats et des vaisseaux, il alla débarquer à Chypre, ayant trois mille hommes sous ses ordres, pendant qu'Antigone occupait la Syrie supérieure. Démétrius fut heureux dans cette entreprise. IMénelas, commandant en Chypre pour Ptolémée, essuya plusieurs échecs et se renferma dans Salamis; Démétrius en entreprit le siège. Ptolémée, qui était eu Égypte, ayant appris la fâcheuse position de Ménélas à Chypre, s'empressa d'arriver à Paphos , sur un point de l'île opposé à Salamis, avec une Hotte nombreuse et des forces considérables. Il envoya trois mille fantassins à ]\Iénélas, et, après l'avoir informé de son plan d'attaque, il se rendit à Citium, peu distant de Salamis. Bientôt la bataille s'engagea sur mer et sur terre; elle eut pour résultat la défaite totale de Ptolémée, son retour en Égypte, et l'occupatiou de l'île entière par Démétrius.
Antigone, en apprenant d'aussi grands succès, ne douta plus du prochain accomplissement de ses vues , et , ne reconnaissant point de puissance qui lui fût supérieure, il prit le titre de roi et le donna aussi à sou fils Démétrius. Ptolémée vaincu ne croyait pas y avoir moins de droits qu'Antigone triomphant : il ne voulut pas consacrer en quelque sorte sa défaite, en
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laissant son rival prendre seul un titre qu'il n'ambitionnait pas moins que lui , et il se le donna comme lui. Séleucus, Lysimaque et Cassandre n'hésitèrent pa's à l'imiter; mais, tant qu'il restait un héritier d'Alexandre, ils s'abstinrent tous de revêtir les ornements et les insignes du pouvoir royal.
Dans l'année suivante (l'an 306 avant l'ère vulgaire), Antigone, qui résolut enfin d'attaquer l'Egypte, rappela auprès de lui Démetrius alors a Chypre, et lui assigna pour rendezvous la ville d'Antigonia, qu'il avait fondée dans la Syrie supérieure sur rOronte. Il prend le commandement de l'armée de terre, et donne celui de la flotte à Déniétrius : sous leurs ordres se trouvaient réunis quatre-vingt mille fantassins, huit mille hommes de cavalerie, quatre-vingt-trois éléphants, cent cinquante galères avec cent vaisseaux de transport. Il se dirige par la Célé-Syrie, après avoir ordormé à la flotte de côtoyer le rivage et de régler sa marche sur celle de l'armée. Néanmoins, les navarques ayant dit qu'il fallait avoir égard au coucher des Pléiades, qui devait avoir lieu huit jours après, il blâma hautement leur prévoyance qu'il taxait de timidité, et porta son camp à Gaza, voulant y prévenir l'arrivée des forces de Ptolémée.
Les troupes de terre, munies de provisions pour dix jours , s'avancèrent par le désert. La flotte sortie de Gaza tint heureusement la mer pendant quelque temps, mais l'influence des Pléiades se fit bientôt sentir; les vents du nord se levèrent, et un certain nombre des plus grandes galères fut jeté sur la côte de Raphia. Les vaisseaux de transport furent submergés ou contraints de rentrer à Gaza; les mieux gouvernés parvinrent jusqu'à Cnsium, non loin du Nil, mais d'uri difficile accès. Antigone arriva bientôt avec l'armée, opéra sa jonction avec la Hotte, et campa à deux stades du Nil, c'est-à-dire, de la branche de Péluse.
Ptolémée avait fortifié les places principales de l'Égypte inférieure. Il fit répandre parmi les soldats d'Antigone
qu'il récompenserait ceux qui l'abandonneraient. Ces |)romesses produisaient leur effet; la désertion était dans î'armée. Antigone disposa sur les bords du canal du Nil des archers et des frondeurs pour en défendre l'approche aux agents de Ptolémée , et il se dirigea, avec les vaisseaux qui étaient arrivés tard, vers le lieu nommé Psevr dosfoma (fausse embouchure), où il avait l'intention de placer un poste. L'ayant trouvé fortifié, l'approche de la nuit le força de se retirer; il recommanda aux navarques de se guider par les feux du vaisseau principal , et il se dirigea vers l'embouchure de la branche phathmétique (la branche du milieu).
Mais Ptolémée, ayant eu le temps d'en être averti, se hâta de conduire des renforts à ses trou|)es et s'établit avec son armée sur le rivage même.
Démétrius, jugeant le débarquement impossible, ia plage du Nil voisine du point qu'il occupait étant naturellement défendue par des lacs et des marais (les marais de Thennêsi, qui sont devenus le lac Rlenzaleh), se retira avec toute la flotte. Un vent du nord la surprit, et jeta à la côte d'Égypte plusieurs vaisseaux qui furent pris par Ptolémée; le reste parvint à rejoindre ceux d'Antigone. Ptolémée avait fortifié toutes les embouchures du fleuve et réuni une grande quantité de, bateaux prêts à porter du secours sur tous les points; ces dispositions contrariaient fort Antigone, car la bouche de Péluse étant défendue, les forces de mer lui étaient inutiles, et les forces de terre, empêchées par la largeur du fleuve , restaient inactives.
Le temps s'écoulait, et les provisions étaient près de manquer. Antigone réunit ses généraux pour décider si l'on devait continuer la guerre ou se retirer en Syrie, y préparer plus convenablement une nouvelle expédition, attendu que pendant ce temps les eaux du fleuve baisseraient. Ce dernier parti fut jugé le meilleur, et l'armée et la flotte retournèrent en Syrie. Ptolémée remercia les dieux de ce nouveau succès , s'empressa d'en informer Lysi-
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niaque, Séleucus et Cassandre, et rentra dans Alexandrie (Fan 306).
Antigone entreprit alors son expédition contre l îie de Rhodes, et en confia l'exécution à son fils Démétrius, (|iii réunit a cet effet plus de deux cent voiles et de quarante mille hommes.
Les Rhodiens se préparèrent à résister à cette attaque; en même temps ils demandèrent du secours à Lysimaque, à Cassandre et à Ptoléméé. Celui-ci leur envo\a cinq cents hommes, parmi lesquels se trouvaient plusieurs Bhodiens déjà à son service. Ce renfort arriva après les premiers succès obtenus par les habitants de l'île contre les attaques réitérées de Démétrius. Il n'avait pas réussi dans ses manœuvres par mer, et il résolut de prendre la ville du côté de terre. Ptolémée eut le soin de l'approvisioimer, et lui envoya d'abord trois cent mille mesures de grains. Cassandre et Lysimaque imitèrent l'exemple de Ptolémée, qui, peu de mois après , fournit de nouveaux approvisionnements en grains, et quinze cents hommes commandés par le Macédonien Antigone : en même temps il donnait aux Rhodiens le conseil secret de ne pas laisser échapper l occasion de faire la paix avec Démétrius. Antigone avait envoyé les mêmes avis à son fils, et le traité fut conclu à cette condition, entre autres, que les Rhodiens seraient les alliés d' Antigone, excepté dans la guerre contre Ptolémée. Démétrius se dirigea ensuite vers la Béotie, après avoir été retenu devant Rhodes pendant une année.
Cette dernière indication deDiodore de Sicile nous porte aux premiers mois de la quatrième année de la cxviii'' olympiade, à l'automne de l'an 305 avant l'ère vulgaire, dix-neuf ans complets après la mort d'Alexandre.
Les Riiodiens reconnaissants accordèrent de grands honneurs à Ptolémée ( l'an 305) , consultèrent l'oracle d' Ammon pour savoir s'ils ne devaient pas l'adorer comme un dieu, lui dédièrent un bois sacré, un portique, et, s'il faut en croire Pausanias , lui décernèrent le surnom de Soter, Sauveur, que l'histoire lui a conservé.
Alors Ptolémée avait obtenu sur son puissant rival Antigone des succès éclatants; sa formidable expédition contre l'Égypte avait été pour Ptolémée une grande occasion de prouver qu'il pouvait la défendre. Antigone avait reconnu les effets de sa puissance devant Rhodes même qu'elle avait sauvée.
Des trois héritiers du nom et de la couronne d'Alexandre, il n'en existait plus un seul ; trop d'intérêts , trop d'im probes ambitions conspiraient contre leur vie pour qu'ils pussent la conserver. Philippe Aridée, Alexandre, lils de Roxane, avaient été assassinés prt Cassandre; il avait aussi acheté de Polysperchon la vie d'Hercule, fils de Barsine; et les astres généraux, non moins ambitieux que lui, profitatt comme lui du défaut d'héritier légitime de l'empire, se trouvaient associés à tous les succès de Cassandre, sans l'être à ses forfaits.
Les Perses avaient détrôné la race légitime des rois d'Egypte : Alexandre avait conijuis ce trône sur les Perses, et Alexandre n'était plus. Les titres que deux siècles avaient pu faire aux successeurs de Cambyse n'étaient réclamés par personne. Dans les circonstances où se trouvait l'Égypte, la nation n'entreiirit pas de placer la couronne royale Sur la tête d'un homme de son choix. Depuis la mort d'Alexandre, l'Egypte n'avait connu que Ptolémée; il avait été son maître et son protecteur; elle payait de son affection et de son dévouement les bienfaits d'une administration régulière et bienveillante : Ptolémée était en Égypte le père du peuple, il en devint le roi; il en prit le titre, en revêtit les insignes, les consacra par les cérémonies de la religion, se fit couronner à Alexandrie, et sans doute introniser à Memphis, selon l'ancienne coutume des rois du pays; il fit frapper des monnaies à son nom. à son image, et, rattachant à la mort même d'Alexandre l'origine d'un pouvoir dont cette mort avait été la source, il se considéra comme roi depuis cette époque mémorable, et l'année même où il prit la couronne fut comptée comme
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la vingtième de son règne : il i'niscnvit sur ses premières monnaies.
Cela se passait à la fin de l'été ou au commencement de l'automne de l'an 305 avant l'ère vulgaire, entre le mois de mai et le mois de novembre juliens de la même année
Ainsi s'ouvrit encore une ère nouvelle pour l Égypte : une dynastie d'origine grecque venait s'asseoir sur le trône des Pharaons, revêtir leurs insignes royaux, continuer leur autorité sous régide des mêmes lois , des mêmes coutumes, sous la protection des mêmes dieux. Remontons à l'origine du chef heureux de cette nouvelle dynastie, qui fut la XXXir, et voyons dans un court résumé les noms , la succession et le caractère des princes de fette race royale qui devait continuer l'œuvre du plus grand des héros de l'antiquité.
Le nom patronymique des rois successeurs immédiats d'Alexandre au trône de l'Egypte, et qui l'occupèrent jusqu'à l'asservissement du royaume par Auguste, fut celui de Ptolémée.
Chacun d'eux eut encore un surnom particulier; ils composèrent ensemble la famille royale des Lagiues, dénomination dérivée du mot grec Lagos, qui fut le surnom que porta le père du premier des Ptolémées.
Étant originaire de la Macédoine, le nom et le surnom de cette race royale doivent appartenir à la langue et au dialecte qui furent en usage dans cette contrée. Le nom de Ptolémée avait la signification de guerrier, belliqueux.
La flatterie ne manqua pas d'environner de prodiges et de mensonges l'origine de cette famille. Ptolémée, le premier des rois lagides, fut donc à sa naissance, et comme par une prophétique inauguration, élevé sur un bouclier d'airain; un aigle prit soin de le garantir de l'ardeur du soleil, de l'inclémence de l'atmosphère, et des animaux nuisibles; il déchirait ses proies pour le nourrir de sang au lieu de lait. Voilà ce qu'on a raconté de lui lorsque sa lignée fut puissante et redoutée.
On n'a cependant pas entièrement étouffé la vérité, ce ([ui du moins lui
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ressemble davantage, et l'on sait encore qu'une Arsinoé , fille de Méléagre, fut unie à Ptolémée, surnommé Lagus , et qu'elle accoucha d'un fils qui fut le chef de la race royale des Lagides.
Ptolémée, fils de ce Lagus, naquit à Eordée , petite ville de la province de Mygdone en ISIacédoine, dans la ciii= olympiade. On ne sait rien sur son éducation; mais la faveur même dont il jouit d'abord à la cour de Philippe donne quelque fondement à la tradition qui rapporte qu'il n'était pas étranger à ce roi. Il fut exilé ensuite, soupçonné de trop de dévouement à Alexandre, qui était devenu suspect à Philippe après la répudiation de la reine Olympias. Ptolémée, à la nouvelle de la mort'de Philippe, se hâta de se rendre auprès d'Alexandre, qui, devenu roi , le plaça au nombre des sept lieutenants qu'il nommait ses gardes, le compta au nombre de ses plus affidés compagnons, l'associa aux vastes entreprises où lui-même devait trouver une mort prématurée, et le favori une couronne qu'il n'espérait pas. C'était ainsi que le fils de Lagus se préparait aux soins de la royauté par les travaux de la guerre : ses rares qualités et d'éclatants exploits avaient rendu sa personne et son nom plus dignes du diadème.
Sa race fut puissante, compta de nombreux descendants et d'illustres alliances. Elle ne prépara pas sa perte par sa propre ambition; ce fut assez de celle de Rome, favorisée par des dissensions intestines qui firent arriver comme médiateur un peuple qui, bientôt, voulut rester comme maître.
Une femme qui porta toutes les liassions à l'excès , et fut douée d'un courage viril, ne put pas réparer, par la force de son caractère, les brèches que le temps et la fausse politique de quelques rois ses prédécesseurs avaient faites à cette puissante monarchie grecque , et cette monarchie périt après avoir subsisté près de trois siècles dans une contrée où rien cependant n'était grec, ni la langue, ni la religion, ni les mœurs, ni les opinions, ni les préjugés. Sous tous ces rapports, l'Egypte
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resta libre de la domination macédonienne établie par Ptolémée, lils de Lagus.
Après un très-long règne et âgé de plus de quatre-vingts ans, celui-ci s'occupa de se donner un successeur au trône qu'il avait conquis. L'ordre de succession à la couronne de Macédoine , constaté par les historiens, prouve que les flls du roi en étaient les héritiers de droit selon l'ordre de primogéniture, et qu'au défaut de mâles les femmes héritaient de la couronne.
Si l'on examine ce qui s'est passé à cet égard parmi les successeurs du (ils de Lagus , on y trouvera la véritable cause des dissensions qui troublèrent cette famille, et mirent lin à l'empire égyptien en la précipitant du rang suprême.
Un tableau sommaire de la succession royale dans cette race mettra cette assertion dans tout son jour.
Le premier des Ptolemées , qui porta le surnom de Soter, Sauveur, eut quatre femmes et onze enfants. Il choisit pour lui succéder le (ils qui naquit le premier de la quatrième, nommée Bérénice, et il le (it asseoir sur son trône, qu'il quitta deux années avant de mourir. Eurydice, en effet, (ille d'Antipater, avait donné plusieurs enfants à Ptolémée avant qu'il épousât Bérénice. Le flls aîné d'Eurydice protesta contre le choix du fils" de Bérénice, revendiqua ses droits et prit les armes pour les faire valoir. Céraunus, c'était son nom, perdit la vie dans un combat. Un second frère de Ptolémée, (ils de Soter, né comme lui de Bérénice, mais d'un autre père, fut accusé de conspiration et mis à mort, et le nouveau roi, qui combattit ses deux frères et les vit mourir, porta le surnom de Philadelphe, comme s'il les avait tendrement chéris.
Il eut pour successeur le fils qui lui était né d'Arsinoé, fille de Lysimaque, roi de Thrace , laquelle , étant fille d'une sœur du roi Ptolémée, était tout à la fois sa nièce et sa femme. Aucune dissension ne vint troubler l'élévation au trône de ce fils connu par le surnom d'Évergète, la seconde femme du roi, qui tut tout à la fois aussi sa sœur, sa
femme et la mère de la première, ne lui a^'ant point donné d'enfants.
Bérénice, fille de Magas, roi de la Cyrénaïque et de la Libye , avait été mariée à Ptolémée Évergète, et de ce mariage naquirent plusieurs enfants; le premier-né des deux princes succéda à son père , qu'il aima beaucoup , si son surnom de Philopator est une preuve de son affection. Philopator épousa sa sœur Arsinoé, et fit mourir son frère Magas dont il redoutait l'influence.
Il eut assez tard d'Arsinoé un enfant unique, et mourut bientôt après.
A peine âgé de cinq ans, ce fils lui succéda au trône, en butte aux dissensions intestines et aux ambitions étrangères. Le fils de Philopator leur résista, et régna vingt-quatre ans avec le surnom d'Epiphane, ou Illustre, qu'il portait déjà, quoiqu'à peine âgé de quatorze ans.
En mourant, il laissa de sa femme Cleopâtre de Syrie, qui lui survécut, deux fils et une fille, tous trois en bas âge. L'aîné, appelé au trône, neçut le surnom de Philométor, et il le mérita, s'il reconnut par les témoignages de sa tendresse les services que lui rendit sa mère, qui, en qualité de régente du royaume, l'administra pendant huit ans avec une sagesse dont l'histoire a voulu conserver le souvenir. Après sa mort, des tuteurs inconsidérés engagèrent Philométor dans une guerre contre Antiochus Épiphane, roi de Syrie, guerre dont le résultat fut trèsfuneste au roi, qui fut fait prisonnier la onzième année de son règne. Son frère, qui prit le surnom d'Évergète II, connu aussi sous celui de Physcon à cause de son excessif embonpoint, occupa le trône vacant, appelé par les vœux des Égyptiens. Six années se passèrent dans la plus grande confusion.
Antiochus, qui, en taisant prisonnier Ptolémée Philométor, avait ouvert à son irère Évergète II le chemin du trône, entreprit une nouvelle guerre pour en chasser son protégé. Philométor l'occupa de nouveau, le partagea quelque temps avec Évergète, jusqu'à ce qu'une décision des envoyés de Rome fit rentrer Évergète dans la Cyrénaï-
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que, dont ils lui avaient assigné la possession, et Philométor régna seul encore pendant dix-huit ans. Il mourut laissant deux lllles dqà mariées, et un fils en bas âge sous la tutelle de sa mère Cléopâtre, sœur et veuve du roi.
Évergète II, surnommé encore Cakergétes à cause de son improbité, instruit de la mort de Pliilométor, son frère, se liàta de quitter Cyrène, et de venir, à la tête d'une armée, demander la tutelle du jeune roi Eupator, et la régence du royaume. Il obtint l'une et l'autre, à la condition d'épouser la reine mère, qui était de plus sa sœur. Il célébra son hymen jiar l'assassinat du jeune prince, et devint, par un crime, possesseur du sceptre et de la couronne. Il eut de Cléopâtre , sa sœur, un (ils né à l'époque de son inauguration à I\lemphis, et de là appelé Memphite; il le lit tuer et répudia la reine sa témme, pour épouser une autre Cléopâtre, (îlle de celle-ci et de Philométor, son frère. Il en eut deux fils et trois fliles, Triphœne, mariée à Antiochus Epiphane, roi de Syrie, Cléopâtre née la seconde , et Sélène née la troisième. Un autre llls, né d'Irène, sa concubine , eut la Cyrénaïque pour apanage.
Le fils aîné de Cjéopâtre la jeune, seconde femme d'Évergète II, déjà marié à Cléopâtre, qui était sa sœur de père et de mère, relégués l'un et l'autre dans l'île de Chypre, y apprit la mort de son père Évergète II. Par son testament, ce roi avait transmis la couronne à la reine, sa veuve, et à celui de ses deux fils qu'elle désignerait. Elle aurait préféré voir sur le trône son second fds , qui lui était plus dévoué; mais l'ordre de succession ne favorisant pas ses vœux , elle appela de l'île de Chypre le fils aîné, que l'usage faisait l'héritier légitime de la couronne, et lui imposa l'obligation de répudier sa femme Cléopâtre pour s'unir à Sélène, la plus jeune de ses sœurs. A ces conditions, Ptolémée, qui prit le surnom de Soter II, fut inauguré, selon l'usage du pays, à Memphis. Son jeune frère Alexandre s'établit aussitôt à Chypre, que Cléo-
pâtre, femme répudiée de Soter II, venait de quitter en épousant Antioclius Phiiopator. Mais la haine de la reine mère ne cessa de poursuivre Soter II, et son ambition lui faisant tout espérer de la condescendance qu'elle supposait dans son second Ois Alexandre, elle parvint à le placer sur le trône, en soulevant la populace contre Soter, qui se sauva sur un vaisseau après dix années de règne, et se retira à Chypre seul, séparé de Sélène, sa femme , dont il avait déjà deux enfants , et que Cléopâtre donna ensuite en mariage au même Antiochus Épiphane de Syrie, déjà veuf de Tryphsene.
Alexandre couronné trompa les coupables projets de sa mère Cléopâtre.
Il se sépara d'elle d'abord pour aller à Chypre, d'où Soter était parti; mais, rappelé peu après, Alexandre prit, selon les ordres de sa mère, le commandement de la flotte, et la conduisit en Phénicie, pendant qu'elle-même attaquait avec son armée la ville que son fils Soter était venu défendre. ]\lais ces dissensions, intimement liées à celles qui divisaient la famille royale de Syrie, s'étant calmées par la rentrée de Soter II à Chypre, Cléopâtre fut tout entière à son ardent désir de régner seule : elle tramait la mort de son fils Alexandre au moment où celui-ci la prévint en la faisant périr, dix-huit ans environ après l'expulsion de Soter.
Mais le peuple, irrité par tant de crimes, tourna naturellement les yeux vers celui qui en avait été la premitre victime, et rappela Soter II au trône; il venait d'en chasser Alexandre, qui périt bientôt après dans un combat naval, laissant un fils retiré alors à Co, et plus tard, connu, comme son père, par le surnom d'Alexandre.
Après un nouveau règne de sept années et demie, Soter II mourut, ne laissant de ses deux femmes qu'un seul enfant, Bérénice, qui lui succéda, à l'exclusion des deux fils et d'une autre fille, Hon légitimes, qui survécurent aussi au roi.
Mais le jeune Alexandre, fils de Ptolémée Alexandre, s'était jeté entre les bras de IMithridate, roi de Pont, et
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bientôt après dans ceux de Sylla, qui le prit sous sa protection , et a ce titre le conduisit à Rome. Instruit de la mort de Soler II, le dictateur voulut placer son pupille sur le trône des Ptolémées, et le lit passer en Égvpte entouré d'un cortège royal. Bérénice régnait seule depuis six mois , lorsque , à la satisfaction générale, elle reçut Alexandre II pour époux et pour roi.
Il paya les généreuses résolutions de la reine par un crime; il la fil assassiner dix-neuf jours après l'avoir épousée, et régna seul dès lors quelques années encore. I,es fils de Sélène, sœur et seconde femme de Soter II , et par là tante d'Alexandre II, élevèrent des prétentions au trône de l'Egypte, étant, comme cet Alexandre, neveux de Soter et germains de Bérénice, sa fille, héritière de l'empire. En même temps les Alexandrins, irrités contre Alexandre II, et ne pouvant lui pardonner la mort de Bérénice , leur reine , se soulevèrent contre lui et le chassèrent du trône. Il se réfugia à Tyr, où il mourut, et, disposant d'une couronne qui ne lui appartenait pas, il la légua, par son testament, au peuple romain.
Les Égyptiens, peu empressés de hiiter l'époque d'un asservissement qu'ils ne devaient pas éviter, et que préparait leur recours trop fréquent à de fallacieuses protections, cherchèrent à prévenir les effets du testament d'Alexandre II. Ils appelèrent donc les deux fils illégitimes de Soter II, placèrent le premier sur le trône de l'Égypte, et donnèrent Chypre au second.
Le nouveau roi d'Égypte prit le surnom de Néos Diomjsos, nouveau Denys ou Bacchus , et Rome n'hésita pas à le reconnaître, refusant la couronne que lui léguait le testament de Ptolémée Alexandre II, parce qu'elle aurait dû la conquérir par les armes, et n'acceptant que les trésors réunis à Chypre , qu'il ne fallait que faire transporter en Italie. Mais Selène, comme seconde femme de Ptolémée Soter II, et plus encore comme fille d'Évergète II et petite-fille de Philométor, chassée par Tigrane du trône de Syrie, où l'avait
|)lacée son mariage avec Antiochus Épiphane, voulut faire reconnaître les droits qu'elle avait au trône de l'Égypte, et envoya ses deux fils à Rome pour chercher dans le sénat quelques défenseurs. Les tentatives des deux princes syriens furent sans succès; Ptolémée Denys les prévint en tout point, et resta paisible possesseur de la couronne, oubliant les devoirs de la royauté pour obtenir d'ignobles triomphes dans l'art de jouer de la flûte, d'où lui vint le surnom iïAulétès qu'on lui donna. Avec de l'argent, U sut faire que Jules César, devenu consul, ne soutint plus la validité du testament de Ptolémée Alexandre II, dont Jules César, édile , avait demandé l'exécution . Effrayé néanmoins des hostiles dispositions de ses sujets , excitées par ses constantes exactions, Denys quitta l'Égypte, alla s'exposer aux sévères dédains de Caton , envoyé comme questeur et préteur à Chypre, et courut a Rome solliciter la pitié publique. Ignorant son départ pour l'Italie et le croyant mort , les Alexandrins donnèrent le gouvernement de l'Ég\"pte à l'aînée des enfants du roi fugitif^, Bérénice, qui appela, pour le placer avec elle sur le trône, Antiochus de Syrie, dont on ignorait la mort, et après lui son frère Séleucus, tous deux fils de Sèlène, fille de Ptolémée Évergète II, les mêmes qui avaient déjà cherché à récupérer le trône de leurs aïeux maternels. Séleucus arriva en Égypte, épousa Bérénice, qui, impatiente de la sordide avarice du roi , l'étrangla bientôt après. Elle épousa ensuite Archélaus, compagnon de Gabinius, proconsul en Syrie, qui se donna auprès d'elle pour le fils de Mithridate Eupator. Six mois après, Archélaus mourut dans le combat qu'il livra pour défendre sa couronne contre Marc-Antoine, ramenant, sous les ordres de Gabinius, commandant en Syrie , Ptolémée Denys en Égypte. Ce roi remonta sur le trône après une absence de plus de deux années, pendant lesquelles Bérénice avait régné jusqu'au retour de son père; il la punit de ce succès en la faisant mettre à mort, régna trois ans
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encore, et mourut, laissant pour lui succéder quatre enfants, Cléopâtre, l'aînée de, tous, et avec laquelle devaient finir l'empire et la race des Lagides; une autre fille qui porta le nom d'Arsinoé, et deux fils plus jeunes qu'elles. Il désigna pour lui succéder les premiers-nés de ses deux fils et de ses deux filles, qui devaient s'unir ensemble, et, dans le testament qui contenait ses royales volontés , Rome était encore appelée à protéger leur exécution.
Cléopâtre monta sur le trône avec Ptolémée son frère aîné , qu'on croit avoir porté le surnom de Denys ; mais leur accord ne fut pas de longue durée. Les secrets conseillers de Ptolémée encore mineur, l'entraînèrent à une rupture, et le conduisirent à Péluse où le grand Pompée réclama sans bonheur sa protection , quoiqu'elle dut lui être assurée par les services qu'il avait autrefois rendus à Ptolémée Denys, père du jeune roi , lorsqu'il implorait a Rome l'assistance du sénat. Jules César, qui poursuivait Pompée, descendit à Alexandrie, et au nom du peuple romain , exécuteur testamentaire nommé par Ptolémée Denys, il entreprit de réi,ier les différends qui divisaient les enfants de ce souverain , en reconnaissant pour rois d'Égypte Cléopâtre et son frère l'aîné. Mais les chefs de la faction populaire, excitée en faveur du jeune Ptolémée contre sa sœur Cléopâtre , restèrent à la tête des insurgés ; Arsinoé , sœur de Cléopâtre , vint soutenir par sa présence les efforts de ces rebelles qui la déclarèrent reine d'Égypte, et bientôt après demandèrent le jeune roi , promettant de se soumettre s'ils l'obtenaient.
Jules César, qui ne pouvait méconnaître tout ce que cette demande avait de favorable à ses secrètes préférences pour Cléopâtre , livra le jeune roi qui périt bientôt , après trois ans et quelques mois de règne, à la suite d'un nouveau combat engagé malgré leurs promesses par les insurgés. Cléopâtre triompha, et César la proclama de nouveau reine d'Égypte, lui associant Ptolémée le jeune, qu'elle épousa. Mais
ce prince, âgé de onze ans, ne fut ni époux ni roi; Cléopâtre s'en défit bientôt et resta seule enfin maîtresse d'un trône qui devait cesser d'exister avant qu'elle cessât de vivre. La jeunesse et la minorité des deux rois qu'elle avait vus mourir, ayant laissé à Cléopâtre seule, pendant tout le temps de leur existence, les soins de l'administration de l'empire, Cléopâtre fut reine en effet depuis la mort de Ptolémée Denys, son père.
Mais il devait arriver que Rome, qui avait si souvent réglé les destinées de l'Égypte , verrait les siennes propres décidées en Égypte même. La guerre civile qu'alluma la mort de Jules César porta souvent sur cette contrée les regards des triumvirs. Cléopâtre ne s'en inquiétait point; elle espérait d'en triompher, confiante moins dans ses armées de terre ou de mer, dans sa politique ou dans ses trésors , que dans la puissance des charmes accomplis dont la nature l'avait libéralement dotée. Elle avait vu à ses pieds le fils aîné du grand Pompée; Jules César auprès d'elle avait oublié pendant plusieurs mois et sa gloire et ses devoirs; enfin le triumvir Antoine qui avait mandé la reine à Tarses, subjugué à son tour, courut bientôt après sur ses traces à Alexandrie , laissant son armée prendre les quartiers d'hiver en Phénicie. Rappelé à Rome par ses différends avec Octave , il les termine en épousant Octavie, la sœur de son rival ; mais , ramené bientôt par les souvenirs de Cléopâtre, il retourne en Orient, et semble ne faire combattre les armées de Rome que pour accroître les possessions de cette reine. Vaincu en Arn)énie , moins peut-être par les armes des Parthes que par les regrets que lui causait son éloignement de Cléopâtre, et cédant à leur entraînement, il s'enfuit en Syrie , va aussitôt oublier en Égypte ses nouvelles résolutions sur l'Arménie, et ne se décide à marcher contre Artabaze , son roi , que lorsque Cléopâtre se résout aussi à l'accompagner. Bientôt elle voit amener à ses pieds ce roi couvert de chaînes qui, pour être d'argent, n'é-
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taient pas moins humiliantes, et cette femme , livrée à toutes les passions humaines, y mit enfin le comble en osant se revêtir des ornements de la divinité , et prendre le nom de nouvelle Isis. Mais Antoine paya bientôt de sa vie un dévouement qui ne fut estimé que tant qu'il fut profitable : Octave pouvait-il en connaître les effets sans qu'Antoine fût expose aux suites de son jaloux ressentiment? Au nom de l'intérêt public Octave excita le sénat contre Cléopàtre : la guerre lui fut déclarée, et Antoine sacrifia les intérêts de sa patrie à une femme qui n'hésitait pas de le sacrifier lui-même à sa sûreté. Cléopàtre le seconda mal à Actium; et, assez téméraire pour croire au succès de ses artifices à l'égard d'Octave vainqueur, elle le flatta par des présents secrètement envoj'és , et ne consola point d'un seul regret la mémoire d'Antoine qui se donna la mort , croyant qu'elle l'avait déjà reçue. Elle ne lui survécut que peu de jours : trompée dans ses espérances sur Octave, qui voulait l'attacher à son char de triomphe et non lui obéir, elle ne supporta pas l'idée de l'humiliation , et lui préféra une mort volontaire. Avec elle finit l'empire des Lagides , les fils que laissa Cléopàtre n'ayant succédé ni à son nom ni a son rang. Le premier-né fut nommé Césarion , de Jules César dont on le disait le fils ; il avait porté le titre de roi des rois , mais il ne fut jamais roi , et mourut assassiné. Deux autres fils, et une fille nommée Cléopàtre comme sa mère, nés tous les trois du triumvir Antoine , conduits à Rome parmi les dépouilles de l'Égypte , ornèrent avec elles le triomphe d'Octave. Ce royaume fut inscrit au nombre des provinces romaines , et celui qui venait enfin de l'asservir en méprisa assez les derniers rois pour refuser de voir leurs froides rehques , n'accordant cette marque de respect qu'à la mémoire et aux dépouilles d'Alexandre, comme lui vainqueur de l'Egypte , et comme lui réglant, mais non pour toujours, son sort et ses destinées.
Telle fut la lignée de Ptoléuiée , fils
de Lagus , surnommé Soter , qui fut en Égypte l'héritier des conquêtes d'Alexandre le Grand.
Dès la première année de son avènement , considérant les deux règnes qui le séparaient d'Alexandre comme nominaux , et comme inconnus a l'Egypte . si ce n'est dans les vaines formules du protocole, il rattacha l'origine de son autorité royale à la mort même du héros dont il avait été le lieutenant : et, de fait, l'Égypte n'en avait point connu d'autre.
Ptolémée Soter fit donc frapper des monnaies d'or, d'argent et de bronze à son nom , à son effigie ; et il y fit inscrire la vingtième année de son règne.
Le calendrier égyptien était du nombre des institutions publiques que le génie d'Alexandre avait protégées. Ce calendrier, dans sa forme antique, ne cessa pas d'être en usage pendant toute la durée de la domination des Ptolémées. Nous avons déjà dit qu'il représentait une année vague de 3Gô jours (suprà, page 234). C'est d'après ce calendrier que les années des règnes sont comptées; et, pour la durée entière de ces règnes des Lagides , pendant près de 300 ans , il ne se trouve qu'une différence de 74 jours successivement absorbés par le rapprochement des dates selon le calendrier Julien.
Les dates des monnaies des Ptolémées offrent encore cette singularité :
à l'avènement d'un prince, on comptait la première année de son règne du jour même de cet avènement : et la deuxième année dès le renouvellement de l'année , quelque rapproché qu'il fût du iour de l'avènement On voit par là qu'une médaille portant la date de la deuxième année d'un règne , peut avoir été frappée peu de mois ou peu de jours après que le prince dont elle porte l'effigie est réellement monté sur le trône. Cette règle singulière fut constamment pratiquée pendant toute la durée des règnes de Ptolémée Soter et de ses successeurs.
Ce Ptolémée, en se plaçant enfin sur le trône d'Égypte, voyait autour de lui des héritiers qui pouvaient en
ÊGYPTE.
perpétuer la possession dans sa descendance. 11 avait épousé en troisièmes noces Eurydice, fille d'Antipater, et quelques temps après Bérénice , venue en Égypte en même temps qu'Eurydice.
Il avait, entre autres enfants , un fils d'Eurydice, surnommé Céraunus, et de Bérénice, celui qui lui succéda et qui porta le surnom de Pliiladelphe :
ce sont les seuls dont les noms se rattachent à l'histoire d'Égypte, le sort.des autres, au nombre de neuf, ne l'intéressant point spécialement.
Ainsi le fils de Lagus , Ptolémée Soter, réunissait alors en lui tout ce qui peut assurer le succès d'une entreprise aussi importante que la fondation d'une dynastie souveraine , un nom illustré par de grandes actions militaires, une réputation de sagesse éprouvée par de graves circonstances , vingt ans d'une administration essentiellement bienveillante et protectrice, la conCance des corps de l'État, l'amour du peuple , enfin plusieurs héritiers qui ne laissaient aucune incertitude sur la transmission de la couronne royale.
En attendant, Démétrius parcourait l'Archipel, et attaquait Sicyoïie gardée par les troupes de Ptolémée , ,qui capitulèrent et retournèrent en Égypte.
Cassandre ne voyait pas sans effroi les succès de Démétrius; et il tenta de s'associer Lysimaque, en lui faisant partager les craintes qu'inspiraient la puissance et l'ambition d'Antigone.
Lysimaque ne s'y refusa pas, et, d'un commun accord, ils proposèrent à Ptolémjée et à Séleucus de se réunir à eux, dans l'intérêt même de leur couronne que menaçaient également les projets d'Antigone; car, s'il parvenait au trône de Macédoine, se considérant dès lors comme le successeur d'Alexandre, il voudrait réunir sous sa domination toutes les provinces de l'ancien empire. Séleucus et Ptolémée consentirent à cette alliance , bien convaincus qu'elle serait funeste à Antigène qui jusque-là avait été vainqueur.
A la suite d'événements et de succès divers en Asie et en Europe, Séleucus s'était avancé de la Babylonie, s'était porté en Cappadoce où il avait pris ses
quartiers d'hiver, et Ptolémée, parti de l'Égypte avec une armée nombreuse , avait occupé les principales villes de la Syrie et de la Célé-Syrie. Sidon résistait, et il en faisait le siège lorsqu'on lui annonça qu'à la suite d'une grande bataille Séleucus et Lysimaque , vaincus par Antigone , s'étaient retirés à Héraclée , et qu'Antigone s'avançait avec une armée considérable vers' la Syrie. Trop confiant dans ce rapport qui était sans fondement, Ptolémée fit avec Sidon une trêve de quatre mois , laissa des garnisons dans les villes qu'il avait prises, et rentra précipitamment en Égypte oii il passa aussi l'hiver.
C'était celui de l'année 301 avant l'ère vulgaire. L'état où étaient alors les affaires des généraux d'Alexandre se disputant l'héritage de son empire, annonçait, pour le printemps qui suivrait, le dénoûment de cette sanglante tragédie : c'étaient cinq gouverneurs militaires qui s'étaient faits rois, et qui, sur cette scène de crimes et de malheurs , entraînaient presque tous les peuples de l'Europe et de l'Asie , non comme spectateurs désintéressés , mais comme acteurs involontairement associés à la fortune du chef qui les avait conquis.
La journée d'Ipsus décida du sort d'Antigone. Ce fut auprès de la ville de ce nom , en Phrygie , qu'il livra aux quatre rois alliés là bataille où il perdit la vie de la main même de Séleucus ; son armée fut détruite , et Démétrius son fils alla, avec une poignée de soldats , chercher à Éphèse , ensuite à Chypre , une retraite et des ressources nouvelles contre cette catastrophe inattendue.
Les provinces et les villes où ils avaient commandé devinrent le prix de la victoire, et les quatre rois songèrent à se les diviser; mais leurs prétentions particulières pouvaientelles laisser espérer qu'ils régleraient amiablement ce partage? Leur intérêt commun les avait réunis contre Antigone , leur commune ambition les divisa ; le sort des armes devait encore en décider. Séleucus s'unit à Démé-
trius qui trouva ud secours inespéré dans cette alliance; un traité associa Lysimaque à Ptoiémée , et de nouvelles guerres furent le résultat de ces nouveaux succès.
Ptoiémée pensa dès lors à reprendre l'île de Chypre , à s'assurer la possession de la Syrie qu-e ses troupes occupaient en partie depuis près d'une année, enlin à reinettre aussi sous son obéissance Cyrène qui , depuis quelque t^Twps, méconnaissait son autorité.
Démélrius , contre son attente , vit ses affaires se relever ; Séleucus épousa sa (ille Stratonice; et il retourna à Antioche. Déidamie , l'une des femmes de Démétruis., étant morte, Séleucus lui fît accorder par Ptoiémée la main de Ptolémaïs , l'une de ses filles. Démétrius, bientôt après, attaqua Athènes, qui souffrit une cruelle famine, quoique Ptoiémée lui eût envoyé cent cinquante galères pour la soutenir. i\lais Démétrius en avait déjà réuni trois cents venues du Péloponèse ou de Chypre qu'il tenait encore; la flotte de Ptoiémée s^e retira , et Lacharès ayant abandonné Athènes, Dém«trius y entra. Il attaqua ensuite la Laconie, défit Archidamas à Mantinée, et poussa droit à Lacédémone. Ce fut alors qu'il fut informé que Séleucus avait pris plusieurs de ses villes d'Asie, et que Ptoiémée occupait l'iie de Chypre , à l'exception de la ville de Salamis oii étaient ses enfants et leur mère.
Bientôt après , Démétrius apprit que Ptoiémée les lui renvoyait comblés de présents et d'honneurs.
Tel était l'état des choses dans ces contrées, la trentième année après la mort d'Alexandre. A cette époque, Ptoiémée avait repris possession de l'île de Chypre, de Cyrène, et commencé la construction du phare dans Tiie qui porta ce nom.
Deux ans après, Ménandre, fils de Diopithès, cessa de vivre : une inscription grecque , trouvée à Rome , dit que cela arriva dans la trente - deuxième année du règne de Ptoiémée Soter, et sous l'archontat de Philippe à Athènes.
Ptoiémée , tranquille possesseur de l'Égypte, profitait des loisirs de la
paix pour embellir Alexandrie et y faire construire plusieurs temples.
Lorsqu'il voulut les consacrer, un songe mystérieux d'abord négligé, écouté ensuite à cause des circonstances effrayantes qui l'accompagnaient , le détermina à envoyer consulter Apollon Pythien et a demander au roi de Syiiope les images du dieu qu'il avait vu en songe; il lui fit offrir en même temps de riches présents. Trois ans se passèrent sans que cette négociation eût un résultat; elle avait commencé dans la trente -cinquième année du règne de Ptoiémée.
Sur ces entrefaites , Démétrius avait réuni une armée de cent dix mille hommes et une flotte de cinq cents vaisseaux ; on en construisait encore à Chalcis , à Corinthe , à Pelia , et leurs dimensions n'étonnaient pas moins que leur nombre. Effrayés par de si grands préparatifs, Lysimaque, Séleucus et Ptoiémée jugèrent que ce ne serait pas trop de leur alliance pour résister à Démétrius : ils la contractèrent et y entraînèrent Pyrrhus. Ils le chargèrent de surveiller la Macédoine; Ptoiémée parcourut la Grèce avec une nombreuse flotte pour s'y faire des alliés; et bientôt Démétrius perdit le trône de Macédoine après l avoir occupé sept années.
Ce fut après ces événements que la négociation de Ptoiémée avec le roi de Synope traînant trop en longueur au'gfé du dieu qui en était le sujet, le dieu quitta lui-même brusquement son temple , monta sur une galère, mit en mer, et. après une traversée qui ne dura que trois jours , entra dans le port d'Alexandrie à la grande satisfaction de Ptoiémée. C'était Apis.
L'annéesuivante, la trente-neuvième de Ptoiémée , fut aussi la dernière de son règne; ce fut dans le courant de cette année que Ptoiémée , déjà trèsavancé en âge, s'occupa d'assurer à sa famille la jouissance d'une couronne qu'il avait conquise par sa valeur et méritée par sa sagesse. Il voulut , de son vivant , placer lui-même son successeur sur le trône qu'il se décidait à quitter. Tout secondait ce noble projet :
ÉGYPTE
Ptolémée était en paix avec ses anciens compagnons d'armes qni avaient échappé à quarante années de guerres et de malheurs : des traités ou des alliances de famille l'attachaient à L3'simaque , à Séleucus , a Pyrrhus même; Démétrius, que ses hauts faits rendaient le plus redoutable, expiait sa gloire prisonnier de Séleucus auquel il s'était volontairement livré ; Ptolémée jouissait enfln des fruits de son courage , de sa prudence et de sa modération. Constant, dès le premier jour de son gouvernement en Egypte, à ne s'occuper que de cette riche contrée, il songea non pas à acquérir, m-ais à posséder. Attaqué dans l'Égypte , il sut la défendre et la préserver de toute invasion. I/attachement et la reconnaissance des peuples affermirent sur sa tête la couronne- royale, et , comme s'il ne devait rien faire d'inutile à sa gloire , il n'ajouta pas moins à sa renommée en cédant volontairement la couronne à son fils , qu'il n'en avait acquis en la prenant.
Des deux femmes que Ptolémée avait épousées depuis qu'il était le maître de l'Égypte , il lui restait alors trois fils : un d'Eurydice, que la violence de son courage avait fait surnommer Céraunus , et deux de Bérénice , dont le premier fut surnommé Philadelphe , dont le second , Argêeus , mourut quelque temps après , soupçonné de conspiration contre le roi.
Ptolémée consulta ses amis sur le choix d'un héritier, qu'il se proposait de faire avant de mourir. L'usage désignait le lils d'Eurydice, parce qu'il était l'aîné des trois. Démétrius de Phalère le dit au roi qui lui préféra le premier-né des enfants de Bérénice; il le proclama son successeur à la couronne d'Égypte , et cette exception à la règle généralement suivie dans ces temps, dut contribuer à la détermination que prit Ptolémée de descendre du trône , pour y affermir par sa présence l'héritier de son choix qu'il venait d'y placer.
L'autorité de Ptolémée Soter avait été constamment secondée de l'assentiment public , de l'amour des peuples
et du concours empressé de toutes les classes. Sous son règne, l'Égypte avait reconquis son antique splendeur , et les arts de la Grèce avaient uni leurs riches produits à ceux des arts nationaux. Les preuves de la magnificence de Ptolémée , de sa piété envers les dieux du pays , de son active attention à encourager les arts et les lettres , subsistent encore sur les monuments et dans les témoignages de l'histoire.
Nous ne pouvons les indiquer ici que bien sommairement, tant ces preuves sont multipliées.
On croit avoir reconnu le nom de Ptolémée Soter et celui de la resDe Bérénice, sa femme, dans quelques parties des édifices religieux de Karnac à ïhèbes , et sur le couronnement du temple deBohbaït, l'ancienne Isidis- Oppidum. La légende royale de Ptolémée est renouvelée des Pharaons; ce roi grec y est aussi approuvé d' Jmon et de Phré, le gardien de la vie, Ptolémée vivant à toujours et chéri de Phtha. Le nom de la reine Bérénice est sculpté à coté de celui du roi , avec le titre de dominatrice du monde. Il faut , sans doute , accuser le temps et les événements, de la rareté des monuments signés du nom de Ptolémée Soter : ayant ceint le diadème royal vingt ans après la mort d'Alexandre le Grand , et jusque-là n'ayant inscrit sur les monuments que les légendes de l'autorité légitime, possédée par le frère et le fils du conquérant , il n'eut aussi , et pour les mêmes motifs , à placer son propre nom que dans la dédicace des édifices publics qu'il fit construire ou réparer après s'être déclaré roi.
Le/j/«oreétait unehaute touren pierres blanches et à plusieurs étages, élevée dans l'île de Pharos , que Ptolémée réunit à Alexandrie par une chaussée.
Ce phare , qui devait faciliter la navigation dans le voisinage du port d'Alexandrie, est un des plus utiles monuments entrepris par Ptolémée Soter. Chaque étage allait en se rétrécissant , et avait une galerie extérieure prise sur la fabrique de dessous. On dit qu'il eut d'abord mille coudées de haut; il n'en reste plus rien aujourd'hui de visible.
L'UNIVERS
Des escaliers habilement construits conduisaient dans de nombreux appartements; des bêtes de somme pouvaient y monter , tant les pentes étaient artistement ménagées. Au douzième sièclede notre ère, il restait encore cent cinquante coudées des constructions du phare. Il est figuré sur plusieurs médailles ; les poètes célébrèrent cette merveille des arts ; en élevant le phare d'Ostie, l'empereur Claude prit pour modèle celui d'Alexandrie.
Ptolémée ne dédaigna pas les productions de l'art égyptien; il donnait par là une satisfaction à l'opinion nationale ; les restes de l'antique Alexandrie rendent témoignage de cette attention. Un des obélisques encore debout dans les ruines de la ville grecque , avait été d'abord érigé par un Pharaon devant un des tem()les de la ville d'Héliopolis ; il fut transporté dans la ville nouvelle.
IMais le plus mémorable établissement pour lequel l'humanité doive le plus se montrer reconnaissante envers Ptolémée Soter, c'est l'école savante qui porte encore le nom d'école d'Alexandrie.
Au milieu des exigencesde la guerre, Ptolémée avait du temps à donner aux jouissances de la paix. Il savait la puissance des arts et des lettres sur la prospérité des empires : il les appela auprès de lui de toutes les régions où ils florissaient, de la Grèce surtout, la patrie du génie et du bon goût , déjà riche de tant de chefs-d'œuvre de l'intelligence: il réussit à former une intime et durable union entre eux et l'étude des plus riches productions de la nature, dont l'Égypte était si féconde.
Ptolémée y attira les savants de la Grèce, et Alexandrie devint la nouvelle patrie des lettres et le sanctuaire de la science. Le roi ouvrit son paâais aux philosophes , cultiva leur société , et fit amasser pour eux une immense bibliothèque. Les hommes les plus distingues de tous les pays affluèrent enÉgypte, et Alexandrie conserva pendant six siècles le titre de métropole des sciences et des lettres
On a donné le nom d'école à ce centre de toutes les études , de tous les progrès dans la culture de toutes les sciences. Non-seulement elle ajouta au domaine général de l'intelligence par de nouvelles découvertes, mais encore elle prit soin de conserver les conquêtes déjà faites, en donnant de nouvelles éditions des écrits les plus remarquables : des fragments d'Homère, des livres d'astronomie, des compositions poétiques , écrits sur papyrus , recueillis en Égypte et portés a Paris, rappellent les travaux des critiques grecs de cette école.
Toutes les branches des sciences y furent cultivées : la cosmographie, les mathématiques, l'histoire naturelle, la médecine et la grammaire : la philosophie eut aussi son tour, quoiqu'un peu plus tard ; et il suffira à l'éternelle gloire de cette école de citer parmi ceux qui Tillustrèrent, Démétrius de Phalère, Zénodote et Aristarque pour la critique grammaticale; Hérophile et Érasistrate pour la niédecine;Timarque, Aristille, Ilipparque et Ptolémée pour l'astronomie ; Kuclide , Apollonius de Perga , Diophante , pour la géométrie ; Ératosthène et Strabon pour la géographie; Cnésidème, Sextus l'empirique, Potamon, Ammonius Sakkas parmi les philosophes; enfin l'influence durable de cette école s'étendit par la suite des temps sur les Juifs , les chrétiens et les Grecs d'Alexandrie tout à la fois : Aristobule et Philon font honneur à l'école judaïque; saint Pantene et saint Clément d'Alexandrie à l'école chrétienne. La poésie et l'histoire n'ajoutèrent rien de marquant aux chefsd'œuvre que les Grecs avaient déjà produits.
La destinée de cette admirable institution fut celle de toutes les créations humaines : sa gloire brilla ou s'obscurcit comme celle des rois grecs qui se succédèrent sur le trône d'Égypte.
Sous les trois premiers Ptoleniees , l'éclat de leurs règnes rejaillit sur l'école qu'ils avaient fondée par leur munificence et agrandie parleurs bienfaits. Les trois règnes suivants furent
EGYPTE
moins heureux , l'école déclina et la Grèce, plus calme, offrit aux maîtres et aux disciples un théâtre plus digne de leur science et de leurs efforts.
Bientôt après , les désordres publics inquiétèrent les Muses amies du repos et de la sérénité ; les savants d'Alexandrie s'exjlèrent et allèrent enseigner à Rhodes, en Grèce et en Syrie. Les causes qui ruinèrent le trône des Ptolémées ruinèrent aussi l'existence de l'école d'Alexandrie.
Du reste , Ptolémée Soter était un prince lettré; il passe pour avoir com-
f)0sé une relation des conquêtes d'Aexandre : il se plaisait à la fréquentation des poètes et des philosophes; il avait destiné une portion de son palais à leur logement : il l'avait comme consacrée aux Muses, en lui donnant le nom de ÎMusaeum qui est venu jusqu'à nous , et il renfermait les collections les plus utiles au progrès de toutes les sciences, et notamment les principaux écrits composés en Grèce , en Asie et en Afrique. Les savants qu'il ne pouvait attirer près de lui , il les recherchait par ses bienfaits , et plusieurs d'entre eux éprouvèrent les effets de sa munîBcence. Il entretenait une correspondance suivie avec le célèbre Théophraste. C'est Ptolémée qui réalisa les vues d'Alexandre sur Alexandrie : il fonda la puissance de cette grande cité , et lui donna une importance qui dure encore. Il l'orna aussi de magnifiques édifices , dont il ne subsiste plus que peu de ruines : tant de maîtres se sont depuis succédé dans cette ville ! Ptolémée Soter lui avait attentivement ouvert ou entretenu les plus fructueuses voies commerciales avec le monde entier. Les astronomes secondaient , éclairaient les navigateurs : il nous reste encore quelques-unes des observations faites à Alexandrie par Timocharis, notamment celles de plusieurs étoiles principales et des Pléiades dans les années 295, 294, et 283 avant l'ère chrétienne ; antiques observations trèsutiles aux supputations comparées des observateurs modernes.
Ptolémée Soter avait confié au philosophe Straton , disciple de Théo-
phraste , et à Philétas de Cos , poète imité par Théocrite, l'éducation de son fils Ptolémée Philadelphe : de telles leçons fructifièrent ; le règne de Philadelphe est un de ceux qui ont jeté le plus d'éclat dans l'histoire ; et , tout en faisant une juste part aux exagérations des poètes , il reste encore assez de sérieux témoignages des soins de ce grand prince pour la prospérité et la gloire de son empire.
Ptolémée Philadelphe succédait à son père encore vivant. Après avoir quitté le trône, Ptolémée Soter jouissait en quelque sorte des honneurs réservés à sa mémoire; il voyait sa propre apotliéose, son image et son nom associés dans les cérémonies publiques à ceux du grand Alexandre :
préludes du culte dont il devint l'objet , et qui lui lit consacrer des autels, des chapelles et des prêtres. Il assista avec Bérénice, sa femme, mère de Philadelphe, à la magnifique cérémonie qui fut comme l'inauguration du règne de leur fils. Cette fête publique, que rien n'égala jamais dans notre Occident, et oii l'Égypte avait comme accumulé toutes les richesses de l'Asie, de l'Afrique, est connue du lecteur par la description qui a été mise sous ses yeux.
Cette fête eut lieu au milieu de l'hiver qui suivit l'abdication de Ptolémée Soter, au commencement de l'année 284 avant l'ère vulgaire.
Dès que le choix fait par Ptolémée Soter fut déclaré. Céraunus, son fils, né d'Eurydice, appelé au trône par l'ordre de primogéniture, ne voulut pas rester dans une cour où ses droits venaient d'être si publiquement méconnus : il quitta l'Egypte et se retira auprès de Lysimaque, roi de Thrace, dont le fils, Agathocle, avait épousé sa sœur Lysandra, née conmie lui d'Eurydice. Mais Lysimaque, déjà avancé en âge, avait aussi é[)0usé une fille de Ptolémée Soter et de Bérénice, Arsinoé, sœur de Philadelphe. Celle-ci craignant, disent les historiens, que ses enfants, après la mort de Lysimaque.
ne devinssent les sujets d'Agathocle, trama la perle du jeune prince son
L'UxMVERS.
beau-Gls. Elle réussit à devenir crimiii-ttlle sans queLysimaque s'occupât de l'empêcher, et Lysandra, sœur de Céraunus , veuve d'Agathocle, effrayée d'un tel attentat, courut cliercher un refuge non pas à la cour de Ptolémée Philadelphe, son frère de père, devenu roi d'Égypte, niais auprès de Séleucus, entraînée d'ailleurs par les conseils de Céraunus qui ne la quitta pas, et qui l'accompagna, ainsi que ses enfants, un autre frère de Céraunus, appelé Méléagre, et Alexandre, fils de Lysimaque, né d'une femme odrysienne.
Arrivés à la cour de Séleucus, ce roi refusa de seconder leurs vues ou leurs prétentions sur l'Egypte; ses traités le liaient avec Ptolémée Soter; mais il se décida à faire la guerre à Lysimaque.
Celui-ci se hata de passer en Asie pour prendre lui-même l'offensive; il perdit la vie dans une bataille qu'il avait engagée, et qui se livra auprès de Coroupédion , dans la grande Phrygie. Cette victoire rendait Séleucus le ;naître du trône de Macédoine, et il pensait à s'y asseoir. Il ne restait plus que lui des anciens compagnons d'Alexandre : Ptolémée Soter avait cessé de vivre.
Séleucus céda donc ses États d'Asie à son fils Antioclius, et se mit en marche pour la IMacédoine à la tête d'une armée composée de troupes grecques et de troupes étrangères. Ptolémée Céraunus l'accompagnait et secondait son entreprise avec un zèle que la bienveillance de Séleucus pource prince fugitif ne devait pas faire soupçonner d'infidélité. Cependant, parvenu à Lysimachia avec son armée, Séleucus fut trahi par Ptolémée Céraunus, qui lui donna la mort, abandonna aux soldats le pillage du trésor royal, s'empara du royaume de IMacédoine, et le gouverna comme roi jusqu'au moment de son invasion par les Gaulois, qui le tuèrent dans un combat.
Lysimaque, Séleucus et Ptolémée, périrent presque en même temps, et survécurent peu à Ptolémée Soter .Tous les historiens sont d'accord que ce prince vécut deux ans encore après son
abdication , ce qui porte .sa mort vers la fin de l'an 283.
C'est à l'époque de l'avènement de son fils que durent être frappées les monnaies qui portent les têtes accolées de Soter et de Philadelphe, avec celle de Bérénice au revers.
Philadelphe était né dans l'île de Cos, lorsque Soter, son père, fit une expédition dans les Cvclades, et l'époque en a été fixée à Tannée 308 avant l'ère vulgaire. ïhéocrite, qui a décrit en poète la naissance de Philadelphe, dit que Bérénice fut surprise dans cette île par le terme de sa grossesse, ce qui nous apprend qu'elle accompagnait Soter dans cette expédition militaire, se croyant peut-être plus en sûreté au milieu des hasards de la guerre qu'à la cour même d'Alexandrie, si Eurydice y était restée. Ce fut donc après vingttrois années entières, et lorsque Philadelphe était parvenu à la vingt-quatrième de son âge, qu'il fut appelé au trône d'Égypte par l'abdication volontaire de Soter, au mois de novembre de l'an 28-5.
Dès qu'il fut informé que son frère Céraunus avait quitté la cour de Lysimaque, il envoya demander en mariage, à ce roi, sa fille Arsinoé.
Aussitôt après la mort de Ptolémée Soter, Philadelphe, qui n'avait point oublié-que Démétrius de Phalère, consulté par son roi sur le choix d'un successeur, n'avait pas hésité d'unir sa voix à ce que prescrivait l'usage, qui appelait à la couronne Ptolémée Céraunus, exila ce sage conseiller dans une province, où il traîna quelque temps encore une vie languissante.
Dans la même année, la 282' avant l'ère vulgaire, Arsinoé, fille de Lysimaque, se rendit en Egy pte et devint l'épouse de Philadelphe.
Alors Sostrate de Gnide termina la construction de la tour du phare près d'Alexandrie, qu'il avait commencée par l'ordre de Soter. Sa construction dura douze années entières, et ce magnifique édifice fut célébré dans les hymnes des poètes. On raconte que le roi ne voulant pas permettre que Sostrate mît son nom sur l'édifice, l'ar-
EGYPTE
chitecte, bien avisé, l'y grava profondément , et couvrit ensuite l'inscription d'un stuc qui le cachait , espérant que , lorsque le temps aurait détruit le stuc , son nom serait connu de la postérité. Des poètes contemporains honorèrent cependant publiquement Sostrate et son ouvrage.
Deux années plus tard, Céraunus, maître du trône de Lysimaque par l'assassinat de Séieucus, tenta de s'en assurer la possession en captant les faveurs populaires, et dans le dessein d'obtenir la bienveillance de Philadelphe, son frère, il lui envoya des ambassadeurs chargés de lui faire connaître que , par respect pour la mémoire de leur père, il oubliait l'offense qui lui avait été faite en le privant de la couronne. Mais il n'eut vraisemblablement pas le temps de connaître les réponses de Philadelphe, car neuf mois après il perdit la vie dans un combat contre les Gaulois, ainsi que nous venons de le dire.
Céraunus, en prenant la couronne de Macédoine, avait simulé un grand attachement pour Arsinoé, veuve de Lysimaque, et pour ses deux fils; mais il les avait fait égorger en célébrant son hymen avec Arsinoé, et celle-ci s'était retirée dans l'île de Samothrace. Après la mort de Céraunus, Ptolémée Philadelphe s'empressa d'appeler auprès de lui Arsinoé, sa sœur.
Toutefois, ce prince, Philadelphe {qui aime ses frères) , ne justifia pas ce surnom par un heureux accord avec ceux de ses frères qui vivaient encore alors. Le plus jeune de tous, Argaeus, né comme lui de Bérénice, accusé de conspiration contre le roi , fut mis à mort par son ordre; Méléagre, qui était à Chypre, éprouva le même sort our avoir poussé à l'insurrection les abitants de cette île. Philadelphe ne traita guère mieux sa femme Arsinoé, fille de Lysimaque, soit qu'elle eût conspiré contre lui , excitée par la jalousie que lui inspirait la présence de l'autre Arsinoé, veuve de Lysimaque son père, et sœur de Philadefphe, soit que, vaincu par les charmes de sa sœur, Philadelphe ne conservât pour
elle aucune affection : il la répudia et l'exila à Coptos , dans la Thébaïde, en ayant déjà trois enfants, deux fils et une fille , et il épousa Arsinoé , sa sœur de père et de mère, ce qui était contraire aux lois des Macédoniens.
C'est à ceite même époque du règne de Philadelphe que se place ce que l'on a dit de la traduction grecque des livres des Hébreux, si longtempsattribuéeàce roi. Le grand nombre de Juifs amenés successivement en Egypte, ou qui y furent attirés par la douceur du gouvernement de Soter, leur mélange avec les Macédoniens , dont il leur devint nécessaire de connaître la langue, qui était aussi celledugouvernement.durent rendre indispensable la version de ces livres hébreux en langue grecque. Si l'on s'en rapporte à la lettre attribuée à Aris^ téas, ce fut Ptolémée Philadelphe qui, d'après l'avis de Démétrius de Phalère et sur les pressantes sollicitations d'Aristéas, ordonna d'en faire une traduction complète. Josèphe , l'historien des Juifs, n'a élevé aucun doute sur l'authenticité de cette lettre; Philon, autre Juif, raconte à ce sujet des choses analogues; mais la chronique samaritaine à'Aboul-Phatach attribue aux Samaritains tout ce que la lettre d'Aristéas dit des Juifs, et ajoute que la traduction à laquelle concoururent les Samaritains fat faite dans la dixième année du règne de Philadelphe.
On peut remarquer sur ce sujet que puisque , au rapport de Plutarque , Démétrius de Phalère engagea Ptolémée Soter à recueillir les livres de législation connus chez divers peuples et dans diverses contrées, ceux des Juifs ne purent pas être oubliés.
Il faut remarquer aussi que dès la 3" année de son règne , Philadelphe avait exilé le philosophe Démétrius de sa cour , où il ne pouvait plus se trouver sept années plus tard.
Philadelphe ne donna pas moins d'attention à se faire de bonnes relations au dehors, à contracter de puissantes alliances, et il rechercha celle des Romains : leur réputation militaire, leurs guerres avec divers peuples de la grande Grèce, et surtout celle qu'ils
L'UMVERS.
venaient de soutenir avec succès contre Pyrrlius, roi d'Épire, que le père de Phiiadelphe avait replacé peu d'années avant sur son trône, contribuèrent à l'y déterminer; il envoya des ambassadeurs à Rome; le sénat romain envoya aussi à Phiiadelphe quatre députés, et l'alliance fut conclue.
Elle fut la première relation directe entre le gouvernement d'Alexandrie et celui de Rome : il eut mieux valu pour l'Egypte qu'elle eût toujours été ignorée des Romains, car elle devait redouter les effets de ces alliances.
Dans l'année suivante, la treizième du règne de Phiiadelphe, Timocharis s'occupait à Alexandrie des deux observations de Vénus, qui furent faites les 12 et IG octobre de l'an 272.
Deux années après sa défaite en Italie, Pyrrhus perdit la vie devant Argos.
Après la mort de Pyrrhus, Antigone menaçait la Grèce entière de sa toute-puissance. Athènes et Lacédémoue se liguèrent contre lui et demandèrent du secours à Ptolémée Phiiadelphe, qui envoya une flotte sous le commandement de Patrocle, laquelle, si l'on en croit Pausanias, ne fut pas fort utile aux Athéniens; néanmoins ils donnèrent à une de leurs tribus le nom de ce Ptolémée.
Bientôt après, l'un des enfants que Bérénice avait eus avant qu'elle fût la femme de Soter, Magas, frère de mère avec Phiiadelphe , et depuis plusieurs années gouverneur de Cyrène, y avait pris un tel empire sur les habitants , qu'il les poussa à la révolte envers leur roi Phiiadelphe , et les conduisit contre l'Egypte. Phiiadelphe leur opposa des forces suflisantes , parmi lesquelles se trouvaient quatre mille Gaulois : Magas fut bientôt ramené à Cyrène par l'insurrection de quelques peuplades de la Libye, et Phiiadelphe dut renoncer à le poursuivre parce qu'il fut informé que les troupes étrangères qu'il avait cà sa solde conspiraient contre lui. Il les flt enfermer dans une île du Nil où elles périrent toutes.
Magas parvint ensuite à entraîner son beau-père Antiochus. roi de Syrie,
dans son entreprise contre l'Égj'pt* ; mais Ptolémée la rendit encore sans succès en jetant ses propres troupes dans les provinces cl'Antiochus les moins bien défendues. Cependant Magas (it proposer la paix à Phiiadelphe, et voulut la cimenter par une alliance de famille. L'union de Bérénice, fille unique de iMagas, avec le fils unique de Phiiadelphe, fut convenue, et la Cyrénaïque se trouva par cette union de plus en plus attachée à l'Egypte.
Magas étant mort , Apamé , sa veuve, qui n'avait pas consenti à ce projet d'union , tâcha de la rompre en appelant de la Macédoine Démetrius, frère du roi Antigone; mais ce prince déplut tant et sitôt par son orgueil à la famille de Alagas , au peuple et à l'armée , qu"il fut la victime des embûches qu'on lui tendit , et Bérénice devint la femme du jeune Ptolémée qui régna ensuite sous le nom d'Évergete.
Les soins que Phiiadelphe donnait au gouvernement ne laissèrent pas une année de sa durée sans qu'elle ne vît naître quelque institution utile, fonder quelque établissement public , élever un monument aux arts, encourager ceux qui les cultivaient. Mais , quoique le souvenir en soit conservé , l'époque en est toujours ignorée , et c'est ici qu'il est permis de renouveler le regret qu'excite si vivement le silence des médailles , quoique cependant leurs dates marquent les années du règne de Phiiadelphe selon une ère qui remonte à la première année de Soter comptée depuis la mort d'Alexandre, ère qui , si elle eût été conservée , aurait fourni un guide certain pour le temps des Lagides.
Mais son usage ne fut pas immuable; il s'opéra à cet égard un changement qu'il entre dans notre plan d'indiquer d'abord , afin de l'expliquer s'il est possible.
Soter, en prenant la couronne d'Égypte , avait fait marquer sur ses monnaies len années de son règne, dont la première remontait à celle de la mort d'Alexandre. Phiiadelphe lui succéda de son vivant même , et il continua de marquer ses monnaies selon
ÉGYPTE
l'ère qui remontait à la première année du règne de son père. Ainsi , on a des médailles de Ptolémée Soter avec le nombre 36 : celles (jui portaient les nombres 37, 38 et 39, ne sont pas connues. La première, frappée pour Pliiladelphe , dut porter le nombre 40 ; elle manque aussi : mais celle qui fut frappée l'année suivante , la 41" de l'ère de Soter, qui était la 2* du règne de Pliiladelphe, nous est parvenue. Elle présente d'un côté la tête jeune et diadémée du deuxième Ptolémée, et au revers son nom avec un aigle debout sur un foudre; dans le champ de la médaille la date de l'an 41. Cette manière de dater ses monnaies fut continuée par Pliiladelphe jusqu'à l'année 54 de l'ère, et même jusqu'à l'année 56. Après, viennent les monnaies de Philadelphe avec des dates qui se rapportent a une autre ère , et dont le premier nombre connu est 19. Ce changement dans la manière d'inscrire les années de son règne sur ses monnaies, introduit dès lors par Philadelphe, a été expliqué avec toute raison par la volonté dir roi de se faire une ère d'après l'époque même où il était parvenu à la couronne, de la compter du commencement de son règne , et non plus de celui de Soter. Cette explication n'est pas nouvelle; elle a été admise partousceux qui ont voulu rendre raison de ce changement dans la manière selon laquelle les années de Philadelphe sont comptées sur ses monnaies.
Quelle fut l'occasion d'un tel changement.'*
C'est l'établissement de l'ère dionysienne, ainsi appelée du nom de son auteur, Dcnys l'astronome.
Cette ère était purement astronomique et composée d'années solaires fixes , chacune de douze mois , portant les noms des douze signes du zodiaque.
Il est généralement connu que l'époque radicale de cette ère était I avènement de Philadelphe à la couronne d'Egypte ; et les huit observations astronomiques datées selon l'ère de Denys, conservées dans l'Almageste , étant , au moyen de leurs dates égyptiennes cor-
respondantes , transportées sur le calendrier Julien , montrent en effet que l'ère de Denys convmence au solstice d'été qui précéda immédiatement l'avénement de Philadelphe , et il y a entre le solstice et l'avènement (du 24 juin au 2 novembre) un intervalle de 130 jours environ. Si l'on suppose que Denys ayant composé son ère a voulu lui donner une époque radicale historique, la première année du règne d'un prince qui faisait tout pour encourager les recherches savantes , pour les astronomes surtout, se présentait naturellement à son esprit. De plus , on ne peut pas croire que Denys ait établi son ère avant le règne de "Philadelphe , puisqu'il eût fallu en prédire le commencement.
Peu d'années après , la 24^ du règne de Philadelphe, Antiochus Théos succéda à son père Antiochus Soter. Sa sœur Apamé , veuve de Magas , obtint sur lui plus d'ascendant que sur son père Soter qu'elle avait en vain sollicité de renouveler la guerre contre Philadelphe. Antiochus Théos l'entreprit avec des forces immenses, et le résultat fut pour lui l'obligation de répudier sa femme Laodice, d'épouser Bérénice, fille de Philadelphe, et d'assurer aux enfants qui en naîtraient la couronne de Syrie.
IMais les soins de la guerre n'empêchaient pas Philadelphe de protéger les arts de la paix. Il augmenta de beaucoup la bibliothèque déjà très-considérable que Soter avait fondée à Alexandrie , et qui offrait les plus sûrs et les plus vastes moyens d'étude au grand nombre de savants que les Lagides y avaient attirés par la plus libérale protection. Elle fit d'Alexandrie , pendant plusieurs siècles, le centre commun de toutes les connaissances et le foyer unique des lumières que répandirent pour toujours sur le monde l'étude des sciences , la culture des lettres et celle des arts. Avant cette époque , Philadelphe avait déjà donné un témoignage public de son vif attachement pour Arsinoé sa sœur, qui était aussi sa femme, en permettant qu'il fût frappé des monnaies d'or, d'argent et
L'UNIVERS
de bronze , qui portaient le nom et l'image de la reine; et cela fut fait dans la année du règne de Philadelphe. inscrite sur une de ces monnaies.
Plusieurs autres établissements utiles fondés par Philadelphe recommandent son nom à la mémoire et à la reconnaissance des savants.
Philadelphe régna 38 ans , et mourut vers la fm de l'été de l'an 247 avant l'ère vulgaire.
L'éclat du règne de Ptolémée Philadelphe répondit à sa longue durée, et fut digne de son illustre origine. Il forme une des époques les plus mémorables dans l'histoire de la philosophie. Alexandrie, a-t-on dit, grande, riche et puissante , devint la cité des Grecs de toutes les régions , le centre du commerce des trois mondes, l'asile commun des lettres et des arts. Le poète Tliéocrite , l'un des ornements de la littérature grecque, composa un hymne en l'honneur de Ptolémée Philadelphe. Il y célèbre à la fois la gloire de son père Ptolémée Soter, les grâces et la beauté de sa mère Bérénice , eniln les suprêmes mérites de son héros Ptolémée Philadelphe, qu'il égale aux dieux. Le poète s'exprime dans le style le plus noble; il proclame Philadelphe illustre à la fois dans la paix et dans la guerre , par sa magnilicence envers les dieux auxquels il élève des temples ornés de statues d'or et d'ivoire; par sa générosité envers les poètes et les artistes qu'il attira auprès de lui ; enfin par sa piété envers son père et sa mère, auxquels il consacra des temples , des autels et des prêtres. Les prospérités inouïes de l'Égypte sont décrites dans ce poème avec un poétique enthousiasme; le nombre des villes qui la couvrent y est porté à 33,339 : enfln , indépendamment de l'Égypte, la Libye, TÉthiopie, la Syrie, "la Phénicie, Chypre et les Cyclades , la Lycie , la Carie et la Pamphylie , sont rangées sous le sceptre de Philadelphe. Ce roi étudia l'histoire naturelle et la botanique. Il fit amener à Alexandrie les animaux rares des pays étrangers ; il les y envoyait cher-
cher à grands frais, et il en ornait ou ses jardins ou ses musées. Il vit que le goût de la poésie dramatique s'affaiblissait , et il institua les Jeux d'Apolloa pour le ranimer. Enfin l'école d'Alexandrie prit son essor par l'association , dans un but de progrès, sous la protection royale, des savants les plus distingués qui étaient allés se fixer dans cette nouvelle capitale de l'empire égyptien ; c'est sur le sol égyptien que se formèrent les nouveaux disciples de Platon , d'Aristote , de Zénon et de Pythngore : les écoles des géomètres , des astronomes et des géographes y luttaient d'une heureuse rivalité avec celles des philosophes.
Les preuves de la munificence de Ptolémée Philadelphe subsistent encore sur les moniunents de l'Égypte.
Ce roi fit construire le grand temple d'Isis à Philae , et en commença à faire exécuter les sculptures. C'est là qu'on a trouvé les preuves d'une coutume égyptienne , qui consistait à donner au dieu du temple les traits de la figure du roi qui le faisait bâtir. Sur celui de Philae , la déesse Isis est le portrait de la reine Arsinoé, femme de Philadelphe. Le même prince fonda le petit temple du sud , dans la même île , consacré à la déesse Athôr, et en fit construire le sanctuaire et les salles adjacentes. Le nom de la reine Arsinoé est associé à celui du roi dans les nombreuses inscriptions de ces édifices.
On les voit aussi inscrits sur l'édifice d'Edfou, où ils ne sont qu'une pieuse commémoration par leur troisième successeur Épiphane. Parmi les autres monuments contemporains du règne de Philadelphe , il faut citer une belle statue colossale de ce roi , eu granit rose , qui se voit au musée du Capitole , dans le cortile dei Conservatorî, où Champollion le jeune l'a , le premier, indiquée. Lne autre statue se voit à la / illa Albani, et les inscriptions contiennent le prénom royal et le nom propre du roi. Du reste, les noms de Ptolémée Philadelphe, des deux Arsinoé ses deux femmes , ne sont pas trèsrares sur les monuments égyptiens:
une inscription du musée du Louvre
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mentionne une des reines; et quant aux monuments d'origine grecque , outre les belles médailles en or de ces princesses, qu'il est facile de discerner l'une de l'autre par les traits de leur visage, on peut rappeler que Stratonice , iille de Démétrius, roi de Macédoine , consacra une statue à la reine Arsinoé, fille de Soter et de Bérénice , sœur et femme de Philadelplie : une inscription du musée de Naples nous apprend cette curieuse particularité historique; mais on ignore quel motif porta Stratonice à cet hommage envers Arsinoé. Les médailles de Ptolémée Pliiladeiphe et des deux Arsinoé, particulièrement celles qui sont frappées en or, sont remarquables par leur style et leur belle exécution : on n'y a observé jusqu'ici aucune trace des symboles religieux particuliers au culte égyptien.
C'est au règne de Pliiladeiphe qu'appartient un des événements mémorables de l'histoire des, contrées méridionales voisines de l'Egypte. Diodore deSicile rapporte, parmi les singulières coutumes des Ethiopiens, celle-ci: le collège des prêtres, séant à Méroé, envoyait, quand il le jugeait à propos, au roi régnant l'ordre de quitter le trône et de se donner la mort. Cet ordre émanait des dieux , et nul mortel n'avait le droit de s'y soustraire.
Du temps de Ptolémée Philadelplie , l'Éthiopie ne dépendait plus de l'Égypte; nous avons avancé qu'elle s'en était séparée très -vraisemblablenient dès l'avènement des Perses ; et il parait que l'Ethiopie avait repris son ancienne forme ae gouvernement tout lhéocrati(|ue. Ee roi contemporain de Philadelphe se nommait Ergamène : il se ressouvint peut-être de l'exemple donné en Egypte par Ménès ; et , au lieu d'obéir à l'ordre des prêtres qui lui demandaient le trône et la vie , il se mit à la tête de ses troupes , marcha contre le Temple d'or , situé sur une hauteur presque inaccessible , s'en empara , lit mettre à mort tous les prêtres , et établit par son triomphe le gouvernement civil qui dura quelque temps après lui en Ethiopie.
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Des monuments encore subsistants portent le nom de ce roi courageux , et prouvent en même temps qu'en réduisant l'ordre sacerdotal au service des temples et du culte public , il n'oublia pas ses devoirs envers les, dieux du pays. On voit encore à Dakkèh, en Nubie, les restes d'un temple dont la partie la plus ancienne a été construite et sculptée par Ergamène. De pareilles notions sur ce prince existent aussi sur le temple de Dèboud : dans les inscriptions de ces monuments éthiopiens, on retrouve le système d'écriture hiéroglyphique égyptienne sans aucune variation ; le nom d'Ergamène est accompagné des titres de toujours vivant, chéri d'Isis, d'approuvé parle soleil : nouvelle confirmation des rapports de l'antiquité classique sur l'uniformité des principales institutions publiques, du culte et de l'écriture, en Égypte et en Éthiopie. Le temple de Dakkèh fut dédié au dieu Thôth par le roi d'Ethiopie.
A Dèboud , autre lieu de la Nubie , un autre roi éthiopien , nommé Atharrammon , éleva un temple à d'autres dieux de l'Égypte, à Amon-Ra, seigneur de Dèboud , à la déesse Athôr , et aussi à Osiris et à Isis : prince d'ailleurs inconnu dans l'histoire, qui fut peut-être un des prédécesseurs d'Ergamène, ou son successeur immédiat et durant peu d'années, puisque Ptolémée Evergète réunit de irouveau l'Éthiopie à l'Égypte, l'ayant conquise par les armes.
Ce Ptolémée Évergète, qui porta le premiercesurnom dont le sens exprime l'idée de la bienfaisance, était le fils uniquedePtolémée Philadelphe et d'Arsinoé sa première femme, la fille du roi Lysimaque. Quand Philadelphe eut pris sa sœur Arsinoé pour sa seconde femme , celle-ci adopta Ptolémée Évergète , fils de son mari : ce fut donc sans obstacle que le nouveau roi succéda à son père.
Le règne d'Évergète I*'' fut trèsglorieux pour l'Égypte , et assura au pays de nouveaux avantages. De grandes expéditions militaires portèrent au cœur de l'Asie sa renommée
L'UiMVERS.
et les armes égyptiennes : Évergète renouvela les entreprises de Sésostris , et avec un égal succès. Les événements de son règne furent nombreux et éclatants; l'antiquité classique nous en a transmis quelques détails : ils sont consignés dans les ouvrages des écrivains du premier rang, ainsi que sur des monuments également utiles à consulter par l'art et par l'histoire.
Évergète fut appelé en Syrie, à la tête d'une armée considérable, par un mtérêt de famille qu'un prince puissant ne pouvait point négliger sans quelque lionte.
On sait que le roi de Syrie , Antioclius Théos , avait- épousé en secondes noces Bérénice, lille de Ptolémée Philadelphe, etsœurd'ÉvergèteF"". Après la mort d'AntiocJuis , sa première femme Laodice voulut se venger de Bérénice qui , restée à Antioclie de Syrie, s'y renferma en vain dans Daphné. Ce ne fut point pour elle un asile inviolable; elle y fut assassinée avec le jeune enfant qu'elle avait eu d'Antiocluis.
Le roi Ptolémée Évergète était accouru de l'Egypte au secours de sa sœur : il arriva trop tard ; mais il vengea sa mort en portant la guerre dans les États de Séleucus , s'emparant successivement des provinces de l'empire d'Asie situées sur la rive droite de l'Euphrate ; et passant ensuite ce fleuve, il parcourut en conquérant la Babylonie, la Susiane, la Perse, et poussa même jusqu'à la Bactriane, soumettant les peuples et leurs chefs , leur imposant des tributs, et reprenant enPerseun grand nombred'images des dieux que Cambyse avait enlevées à l'Égypte. Rappelé dans son royaume par des dissensions domestiques , il rapporta de son expédition un immense butin , et ramena son armée en Égypte. Il laissa de bonnes garnisons dans la Syrie , à Séleucie même qui était encore occupée par les troupes égyptiennes lorsque plus tard Antiocbus le Grand fit la guerre à Ptolémée Pliilopator. Tripolis de Syrie resta aussi sous ses ordres , comnîe le prouvent les monnaies d Évergète qui furent
frappées dans cette ville selon l'opinion des numismatistes , et qui portent la date ce la 7* année de son règne: à cette époque, son expédition en Asie était terminée.
Ce fut vraisemblablement à son retour de cette expédition, qu'Évergète passant à Jérusalem y fit des sacrifices dans le temple des Juifs, si Ion en croit leur historien. Peu de temps après il s'était déclaré le chef de la ligue achéenne, à la tête de laquelle était alors Aratus de Sicyone. Aratus avait pris Corinthe et iMésare que gardaient les troupes du roi de Macédomc (Antiïone Gonatasj. Trézène avait eu le même sort que IMégare , et de là Aratus s'était rendu en Attique, et avait obtenu l'aHiance d'Évergete qui fut , en effet , déclaré le chef de là ligue sur terre et sur mer.
Pendant ce temps, Séleucus avait voulu punir les villes de l'Asie qui s'étaient déclarées contre lui , cédant à l'horreur que leur avait inspirée l'assassinat de Bérénice et de son fils. Il avait armé contre elles une Hotte nombreuse, qui fut dispersée par la tempête. Les villes d'Asie rentrèrent d'elles-mêmes sous son obéissance, et il alla porter la guerre sur les possessions mêmes de Ptolémée Évergète.
Vaincu , il chercha un refuge dans Antioche , d'oîi il appela son frère Antiochus Hiérax à son secours. Pour n'avoir pas deux ennemis à repousser à la fois , Ptolémée conclut avec Séleucus une trêve de dix années. Mais Hiérax , croyant l'occasion favorable pour s'emparer du trône de Syrie , combattit son frère avec des Gaulois qu'il avait à sa solde; Séleucus fut vaincu , et les Gaulois tournèrent leurs armes contre le vainqueur même, qui les ramena à leur devoir à force d'argent , et qui eut aussitôt après à se défendre contre Eumène, roi de Pergame , ambitieux aussi de régner sur l'Asie. Il vainquit Antiochus Hiérax à Sardes , et mourut bientôt après , presqu'en même temps qu'Antigone de Macédoine.
Pendant que les deux fils d' Antiochus Theos se disputaient par les armes
ÉGYPTF.
la possession de la couronne de Syrie ; qu'Antiochus Hiérax , vaincu à son tour par Séleucus , se livrait 'le luimême à Ptoléinée Évergète, celui-ci, tranquille sur son trône, s'occupait de l'administration intérieure de ses États, ou plutôt des jouissances que son rang lui rendait plus faciles. 11 donna beaucoup de soins à la chasse des éléphants, qu'il élevait ensuite pour la guerre, soins tout à fait paisibles, et qui ne prouvent point la réalité des grandes conquêtes que l'on a supposé avoir été faites par ce roi bien loin au midi de l'Égypte et dans des régions presque inconnues. D'ailleurs cette opinion n'a pour fondement que le texte d'une inscription étrangère à Évergète , et qui , quoique trouvée dans le même lieu , est aujourd'hui reconnue pour n'avoir jamais fait partie de celle d'Adulis dont nous avons donné le texte {suprà, page 67).
En Grèi'e, Aratus, chef de la ligue acliéenne, avait été défait par Cléomène. Le vaincu entraîna dans son |)arti Antigone, régent de la Rlacéioine, qui se hâta de se rendre dans le Péloponèse. Après avoir passé l'hiver à Argos , il en sortit au commencement du printemps et marcha sur les frontières de l'Argolide , vers lesquelles Cléomène se dirigeait. Parvenues à Seliasia , les deux armées se rencontrèrent, en vinrent aux mains ; celle de Cléomène fut complètement battue , et le roi lui-même, s'étant retiré d'abord à Sparte qui était derrière lui , s'embarqua dès le lendemain à Gythium , et se rendit en Egypte auprès de Ptolémée Évergète.
Le roi d'Egypte le traita avec beaucoup d'égards ; par là il eut occasion de connaître et d'apprécier les qualités éminentes qui le distinguaient; il lui promit de le replacer sur le trône de Lacédémone; mais la mort ayant surpris Évergète déjà vieux , sa bienvcillance pour (Cléomène fut pour ce roi sans aucun résultat. Antigone , en effet, après avoir assisté aux jeux Néméens, rentra en I\Iacédoine, et y mourut: en mcjne temps Antiochus succéda à Séleucus , son frère . au trône
de Syrie. Trois rois cessèrent de vivre dans la cxxxix" olympiade l'an 222 avant l'ère chrétienne.
De toutes les actions remarquables du règne de Ptolémée Évergète , aucune ne fut plus agréable aux Égyptiens que l'attention religieuse que ce roi apporta à reprendre en Perse , et à renvoyer triomphalement en Egypte , les images des divinités égyptiennes que Cambyse avait enlevées ; ce serait même de là, selon quelques auteurs, qu'aurait été tiré le surnom que porta le troisième des Ptoléinées : o|)inioii peu fondée, si le surnom ofliciel était donné aux rois d'Egypte à l'époque mênie de leur sacre à Memphis.
Évergète réunit de nouveau à l'Égypte une portion de l'Éthiopie jusqu'à ihrim; et il laissa dans cette contrée conquise des marques de sa pieuse munificence, en y faisant construire ou terminer des édifices religieux. C'est ainsi qu'il lit continuer le temple de Dakkèh, commencé par les rois éthiopiens Ergamène et Atharrammon. En Egypte, les ruines du temple situé au nord d'Esnèh offrent encore plusieurs bas-reliefs dont quelques-uns portent les noms de Ptolémée Évergète et de la reine Bérénice. Le nom de la reine se lit aussi sur quelques portions des édifices de Philae : les inscriptions proclament «le seigneur du monde, les dieux frères, le fort par Aiimion, l'approuvé du soleil , le gardien de la vie , le seigneur des dominateurs , Ptolémée toujours vivant , chéri de Plitha , et la dame du monde , Bérénice ,ïe\\mw. et sœur du fils du soleil Ptolémée. » On trouve aussi , dans les monuments de Thèbes, le souvenir écrit de ces deux souverains.
Cette Béi-énice est une des reines les plus célèbres parmi celles de l'Égypte:
la poésie l'a célébrée et nous a transmis son nom environné de gloire. Ce fut cette Bérénice qui voua sa belle chevelure pour l'heureux retour du roi son époux , qui faisait la guerre en Asie, et pour l'entière conquêtede cette vaste contrée. Cette chevelure fut déposée dans le temple de Vénus Zéphyrite* elle en fut enlevée, et le génie
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(le la poésie proclama , sur la foi de l'astronome Conon de Samos , qu'elle avait été ravie au firmament pour y briller parmi les étoiles , oii elle forme encore, auprès de la constellation du Lion , celle qu'on nomme plus communément la Gerbe , et aussi de son véritable nom de chevelure de Bérénice. Callimaque , poète grec de Cvrène , avait chanté cette fiction ; il ne nous reste de son ouvrage que l'imitation latine de Catulle.
On sait aussi , par une inscription gravée sur une plaque d'or , mince , flexible et luisante , trouvée dans les ruines de Canope, que « le roi Ptolé- " mée, fils de Ptolémée et d'Arsinoé, >' dieux Adelphes , et la reine Bérén nice , sa sœur et sa femme , élevèrent « un temple à Osiris » dans cette même ville de Canope. Kous verrons bientôt que cette même reine Bérénice recevait , dans les temples d* l'Égypte , un culte particulier, et que des prêtresses spéciales étaient chargées de ce culte sous le titre d'Athlophores ; titre qui, désignant les insignes de la victoire, a fait rappeler que Bérénice aimait à faire élever des chevaux pour concourir dans les jeux Olympiques de ia Grèce.
Les solennités de la Grèce n'étaient plus étrangères à l'Egypte, à Alexandrie surtout, ville toute grecque par ses établissements littéraires , dont la prospérité avait été portée au |)lushaut point sous le règne de Philadelphe , et qu'Évergète s'efforça de maintenir à la même perfection. Ce prince éclairé et libéral fit chercher les livres avec passion , et les fit acheter à tout prix. Callimaque, Lycophron , Apollonius lui restaient des poètes du règne précédent , et avec eux Conon , Aristarque et Aristopliane de Byzance , distingués comme savants. Ce dernier avait succédé à Zénodote dans les fonctions de bibliothécaire à Alexandrie ; il eut luimême Ératosthène pour successeur ou pour collègue: Aristille, Conon, Timocharis, cultivaient en même temps et avançaient l'étude et la science des astres : 'Aristarque donna pour cette étude des méthodes dignes du suffrage
des plus habiles. Il soutenait le mouvement de la terre, opinion qui l'exposa à une accusation d'irréligion.
Apollonius de Perge faisait, en même temps , presque oublier ses prédécesseurs dans la culture des mathématiques : tant de progrès à la fois flattaient le goût et les intentions de Ptolémée Evergète , qui les honorait et les encourageait. Il mourut au milieu de tant de prospérités littéraires , après un règne de 2.5 ans.
Ptolémée Philopator (qui aime son père), fils unique de PtoJémée Évergète en montant sur le trône, avait auprès de lui sa mère Bérénice, sa sœur Arsinoéet Magas son frère. La voix publique accusa Philopator d'avoir empoisonné son père , et la cruauté de son caractère put servir, plus tard , à confirmer ce soupçon infamant. D'après les conseils de Sosibe, l'un de ses ministres les plus affidés, il fit d-'abord mourir Magas, dont il craignait l'influence sur les troupes mercenaires. Bientôt après, Bérénice, sa mère, perdit aussi la vie par ses ordres. Cléomène enfin , à qui Ptolémée Évergète avait accordé une honorable hospitalité, ne devait pas échapper à ses atroces volontés. Autant Evergète témoignait d'intérêt au roi de Sparte fugitif et lui avait accordé d'égards, autant il en recevait peu de Philopator livré à toute la fougue des passions les plus criminelles. Cléomène le pressa néanmoins d'accomplir les promesses d'Évergète, quidevait le replacer sur son trône : il devint suspect et fut mis sous la garde de quelques affidés. Pendant que Philopator assistait aux grandes cérémonies du culte de Sérapis à Canope , Cléomène tenta de s'évader et de soulever les Alexandrins contre leur roi ; ce projet ne réussit pas, et Cléomène avec ses partisans ne trouvèrent d'autre refuge que la mort. Elle n'assouvit pas tout à fait la vengeance que Philopator voulut tirer de cette coupable tentative; il fit mettre en croix le cadavre de Cléomène , et égorger à ses pieds la femme , la mère et les enfants de ce roi malheureux. Ceci se passait seize ans après que Cléomène était parvenu
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à la couronne, la seconde année du règne de Ptol«niée Philopator, la 219° avnnt l'ère vulgaire.
Dès l'année suivante , ce surnom se lisait sur ses monnaies ; mais on n'en était pas plus convaincu de sa tendresse pour son père , et le peuple lui donnait , avec plus de raison peut-être , le surnom de Tryplion. Ses monnaies portèrent toujours celui de Philopator.
Pendant que cela se passait en Egypte, Antiochus, qui fut surnomméleGrand, s'occupait à reprendre la Syrie sur Ptolémée. Antioclius était parvenu au trône presque en même temps que le roi de l'Égypte. Il passa la première année de son règne à régler les affaires des diverses provinces du royaume; et, quoique les gouverneurs de la Médie et de la Perse, Molon et Alexandre , se fussent déclarés indépendants, Antiochus , suivant les conseils d'Herniias, se résolut à attaquer Ptolémée, dont la mollesse et les dérèglements promettaient à son entreprise un succès presque certain. Antiochus se rendit à Séleucie sur l'Euphrate , où arriva bientôt, avec Diognètes et la flotte, la fille de Mithridate , qui lui était promise en mariage et qu'il épousa. Il passa quelque temps dans cette ville, donna la régence de ses États à la reine , et se dirigea ensuite sur Antioche. Il y apprit les succès de IMolon , qui avait passé le Tigre et marchait vers Séleucie. Antiochus pensait à abandonner l'entreprise contre la Syrie et à courir sur Molon ; mais Hermias l'en dissuada et l'engagea de continuer sa marche sur la même rive de l'Oronte. Le roi se rendit à Apamée, ensuite à Laodicée (Cabiosa) ; et, parvenu à l'entrée de la gorge du Liban , il y trouva Théodote , général de Ptolémée , qui lui en fermait le passage en tenant Gerra , place qu' Antiochus ne jugea pas devoir tenter de prendre d'assaut. Instruit alors des nouveaux succès de Molon, qui était venu jusqu'en Mésopotamie , il renonça cà sou projet contre la Syrie , retourna sur l'Euphrate , marcha au nord-est jusqu'à Antioche de Mygdoiiie . s'arrêta dans cette contrée qua-
rante jours environ, et arriva à Apollonia,où il défit entièrement l'armeè de Molon, qui se tua. En même temps qu'il obtenait ces grands succès, Antiochus reçut aussi la nouvelle de la naissance d'un fils dont la reine était accouchée. Restait Artabazane dont les intentions étaient très - suspectes , et le roi voulant s'assurer de lui , conduisit son armée contre la province qu'Artabazane gouvernait. Celui-ci traita aux conditions dictées par le roi, qui consentit ensuite à se défaire d'Hermias par un assassinat, rentra aussitôt après à Séleucie sur l'Euphrate, et envoya ses troupes en quartiers d'hiver. Au commencement du printemps suivant, Antiochus réunit ses forces dans Apamée, et l'attaque de Séleucie (sur la mer) y fut résolue. Depuis les pre-, mières années de Ptolémée Évergète cette ville maritime était occupée par une garnison égyptienne. Antiochus s'y rendit, et y entra bientôt après par la trahison de quelques officiers subalternes; un autre traître, Théo-, dote, général au service de Ptolémée, lui fit aussi la proposition secrète de livrer la Syrie. Antiochus cependant , suivant la même route qu'il avait déjà faite dans sa première campagne , remonta la rive gauche de l'Oronte et parvint aux gorges du Liban et de i'Anti-Liban , dont les soldats de Ptolémée tentèrent en vain de lui fermer le passage. Les ayant franchies, il alla aussitôt occuper Tyr et Ptolémaïs, où il s'empara des vaisseaux et des approvisionnements qui s'y trouvaient réunis.
En attendant, Ptolémée , qui avait enfin quitté Memphis , s'était rendu à Péluse avec son armée, avait fait ouvrir les canaux et inondé les environs de cette place de guerre. Informé de ce moyeu de défense , Antiochus renonça au projet d'attaquer Péluse , se contenta de ravager les pays environnants et d'amener sous son obéissance , par la force ou par l'adresse, les villes de la Syrie qu'il lui restait à occuper. Ptolémée ne pouvait pas les secourir ; son imprévoyance, ou plutôt celle d'A gathocleet deSosibe qui gouvernaient
L'UNIVERS
réellement le royaume et le roi, ne leur laissa d'autre ressource que de proposer une trêve à Antioelius; et celui-ci, obligé de renoncer au siège de Doura, voyant que l'hiver s'approchait , fit faire aussi de son côté des propositions à Ptoiémée , consentit à quitter la Syrie , à se retirer à Séleurie (sur la mer) , et il s'y rendit en effet, laissant des garnisons dans quelques-unes des places de cette province qu'il avait déjà prises. Les négociations pour une paix définitive ayant été sans résultat , dès le printemps suivant Antiochus réunit de nouveau ses troupes , et Ptoiémée renforça celles de Nicolaos, qui commandait pour lui dans les environs de Gaza. Celui-ci s'avança de quelques marches, pendant qu'Antioclius, côtoyant la mer, quittait Séleucie, descendait à Berytus, prenant ou brûlant les villes qu'il trouvait sur sa route, et venait enfin en présence de l'armée égyptienne. La bataille s'engagea, et jNicolaos vaincu dut chercher un refuge dans Sidon. Antiochus ne songea point à une attaque sérieuse contre cette nlace, s'occupa des villes voisines de l'Arabie , qu'il soumit l'une après l'autre , et enfin de Ptolémaïs , où il établit ses quartiers d'hiver.
Vers le même temps arriva une éclipse de lune mentionnée par l'historien Polybe: ce fut celle du 12 septembre 218; et bientôt après , au commencement du printemps, la campagne s'ouvrit.
Ptoiémée avait profité de la trêve conclue avec Antiochus , et de l'éloignement de celui-ci , qui avait passé près d'une année à la conquête de l'Arabie, pour se préparer à soutenir la guerre avec succès. Il partit d'Alexandrie à la tête de soixante et dix mille hommes soutenus par cinq mille cavaliers et soixante et treize éléphants. Antiochus l'attaquait avec soixante -deux mille fantassins , six mille cavaliers et cent deux éléphants. Ptoiémée se rendit d'abord à Péluse, distribua des provisions à son armée , la fit avancer par le mont Casius et les Baratra , et cinq jours après jusqu'à cinquante stades de Raphia au nord-est de Rhinocorura. Antiochus dépassa Raphia, campa
d'abord a dix stades , ensuite à cinq seulement de Ptoiémée, perdit la bataille et s'enfuit à Antioche, d'où il envoya demander la paix au roi d'Égypte ( l'an 217). Ptoiémée la lui accorda pour une année , et chargea Sosibe d'eu régler les conditions. Satisfait de reprendre la Syrie et la Phénicie, Ptoiémée passa trois mois dans ces provinces pour en régler l'administration , séjourna à Jérusalem dont il fut emeclié de profaner le temple, et rentra ientôt après à Alexandrie avec sa sœur Arsinoé qui ne l'avait pas quitté, même sur le champ de bataille.
Polybe a décrit dans tous leurs détails tous ces événements des premières années d'Antiochus, lesquelles furent aussi les premières de Ptoiémée Philopator.
Après que celui-ci fut rentré à Alexandrie , il reçut les envoyés des Rhodiens qui demandaient les secours du roi pour réparer les ravages occasionnés par un grand tremblement de terre; Phiiopator leur accorda une forte somme d'argent , des ouvriers de toutes les professions, des bois, des cordages, et une très-grande quantité do blé (l'an 216).
Peu de temps après arrivèrent des ambassadeurs de Piome , offrant à Ptoiémée des secours contre Antiochus.
La fin de la guerre dispensa Philopator de les accepter. C'est pendant son règne que quelques auteurs disent que Marcus Âttilius et ÎMarcius Acilius furent envoyés par le sénat romain pour renouveler l'alliance avec le roi d'Egypte ; mais Tite-Live, qui rapporte ce fait, donne à la femme du roi d'Egypte le nom de Cléopàtre; celle de Philopator était sa sœur Arsinoé, et Cléopàtre, fille du roi de Syrie, fut celle de Ptoiémée Épiphane, fils et successeur de Philopator. Ce ne fut donc que durant le règne suivant que se fit le renouvellement des traités avec les Romains.
Tranquille dans sa capitale, Philopator s'y livrait à tous ses goûts pour les plus honteuses dissolutions. Ce roi . soumis aux volontés d'Agatliocle et de Sosibe, ne savait rien faire par luimême qu'assouvir ses brutales pas-
ÉGYPTE
sions; il ne s'apercevait pas même du malheureux état et des murmures de ses sujets.
Cependant Arsinoé, jusque-là stérile , mit enQn un fils au monde. Justin dit qu'il naquit cinq ans ou la 5' année avant la mort du roi ; selon d'autres auteurs , le jeune prince n'aurait été âgé que de 4 ans lorsque Philopator cessa de régner et de vivre. Mais le canon des rois , placé en tête de l'Almageste, Polybe et l'inscription de Rosette , fournissent à ces doutes une explication qui donnera une date précise à la naissance du fils de Pliilopator, et dont il nous sera permis d'exposer ici les éléments, comme une nouvelle preuve de l'importance chronologique des monuments exactement expliqués.
Dans le canon des rois ce fils , qui régna sous le nom d'Épiphane , est inscrit à compter du 1'"^ thotli de l'an 544 de l'ère deNaboriassar, annéequi commença le 13 octobre de l'an 205 avant l'ère chrétienne : il faut en conclure nécessairement que Ptolémée Philopator mourut avant ce jour, puisque Épiphane, qui lui succéda, régnait déjà alors.
L'inscription de Rosette dit qu'à l'époque où le décret qu'elle conserve fut porté, l'usage s'était déjà établi dans toute l'Egypte d'appeler du nom d'Épiphane (ou jour éponyme) le 30 du mois de mésori , qui était celui de la naissance du roi Épiphane. La même inscription dit encore que le 18 du mois égyptien méchir était le jour où Épiphane avait reçu la couronne de son père.
Le décret que cette inscription conserve est daté du même jour 18 méchir, et a été rendu à l'occasion du couronnement d'Épiphane à Memphis , la 9° année de son règne.
Polybe, enfin, nous apprend qu'à égard de Ptolémée Épiphane il fut dérogé à l'usage qui , en Égypte , fixait la majorité des jeunes rois à 14 ans, et qui ne permettait de les couronner qu'à cet âge ; nue cette exception pour Ptolémée Épiphane fut motivée par l'état fâcheux (les affaires du royaume ; que
la prolongation de la tutelle du prince ne faisant que l'aggraver, il fut couronné à Memphis, quoiqu'il n'eilt pas encore atteint cet âge de sa majorité.
Pour satisfaire au rapport formel de Polybe, en se servant des dates précises que donne l'inscription de Rosette, la naissance d'Épiphane doit être indiquée au 30 mésori d'un^ année qui , comptée jusqu'au 18 méchir de celle de son couronnement, laquelle était la 9"^ de son règne , donne cependant à ce prince moins de 14 ans à cette époque.
Il suffit pour cela , 1° de remonter, depuis la date de l'inscription , de huit années entières à compter du 18 méchir, qui est le premier jour de la 9" année du règne de Ptolémée ; 2° de cinq années entières à compter de ce dernier jour, et de là jusqu'au 30 mésori le plus prochainement antérieur, qui sera nécessairement celui de sa naissance.
Or, le canon des rois en comptant la 544" année de Kabona-s«ar à Épiphane, enseigne que Philopator était mort dans l'année précédente 543 ; l'inscription de Rosette en donne le jour, qui est celui de l'avènement d'Épiphane; Philopator mourut donc le 18 méchir de la 543^ année égyptienne de Nabonassar.
En remontant de cinq années , on arrive au 18 méchir 538 , et le 30 mésori le plus prochainement antérieur est celui de la 537*= année de la même ère : c'est donc à ce jour même que doit être fixée la naissance de Ptolémée Épiphane; car cette date remplit toutes les conditions qu'exigent les rapports de Justin , de Polybe, et les dates de l'inscription de Rosette.
On trouve en effet :
Du 3o mésori 537, jour de la naissance d'Épiphane , au 18 méchir 543 , jour de la innrt de Philopator *.... 5 ans â mois 23 jours.
Plus, 8 années entières depuis ce 18 méchir jusqu'à celui qui fut le premier jour de la 9* année du règne d'Éj)ipliane , et qui est 1« date du décret 8 *> *>
Total i3 ans 5 mois 3 3 jours.
L'UNIVERS
Et ce résultat satisfait à ce que Polybe fait entendre que Ptolémée Épiphane n'avait pas encore 14 ans lorsqu'il fut couronné à Memphis , et a ce que dit Justin, que, lorsque Philopator mourut, il laissa son fils âgé seulement de 5 ans. On ne saurait mettre plus heureusement en rapport des éléments aussi précis que les termes de Polybe et de Jnstin , aussi absolus que les dates données par l'inscription de Rosette et appliquées à la recherche des certitudes historiques.
Épiphane vint donc au monde le 30 mésori de l'an 537 de l'ère de ÎSabonassar, et ce jour répond au 9 octobre de l'an 212 avant l'ère vulgaire.
La naissance de ce fils si désiré n'attacha pas davantage Philopator à sa femme Arsinoé ; s'abandonnant njême de plus en plus aux excès que lui inspirait une passion désordonnée pour Agathoclée, il lit mettre à mort Arsinoé , et se livra entièrement aux directions que lui donnèrent le frère de cette courtisane, et Sosibe, qui avait toujours sur l'esprit et les volontés du roi l'empire le plus absolu.
Si l'on en croit Appien , on pensa un instant à cimenter la paix entre Antiochus de Syrie et Philopator, par le mariage de Cléopâlre, fille du roi de Syrie, avec ce roi d'Egypte; mais ce projet ne s'accomplit pas, et bien peu d'années après l'assassinat d'Arsinoé , Ptolemée Philopator mourut , peu regretté, le 18' jour du mois de niéchir de la 543' année égyptienne de Nabonassar, comme le prouvent les dates précitées de l'inscription de Rosette; et ce jour, selon le calendrier égyptien , correspond au 29 mars de l'an 205 avant l'ère vulgaire, ce qui donne au règne de Philopator dix-sept années presque complètes.
La mort de ce prince fut tenue quelques jours secrète par les compagnons de ses dérèglements, qui en profitèrent pour piller le trésor royal et se diviser le gouvernement du royaume; mais la nouvelle étant parvenue enfin à la connaissance du peupled'Alexandrie, il se vengea bientôt des maux qu'il avait soufferts , mais sans s'assurer un meil-
leur avenir; car, à la faiblesse et aux désordres de la régence, s'unissaient encore les certitudes d'une guerre étrangère : Antiochus, enhardi par l'incurie de Philopator, avait conçu le projet de reprendre la Syrie.
Les guerres presque continuelles que Ptolémée Philopator eut à soutenir durant son règne, les désordres intérieurs du palais, qui tiraient leur première origine de la fougue invincible des mauvaises passions du roi, mirent fin pour l'Egypte à la succession des règnes glorieux dans la famille des Ptolémées. Les turbulences de la cour s'introduisirent dans la nation, privée de paix à l'extérieur, d'ordre et de bonne administration à l'intérieur. Les sources de la prospérité publique s'affaiblireut, et dès lors se formèrent, pour croître et grandir, ces germes de décadence qui mirent l'Egypte à la discrétion de l'ambition romaine.
Ptolémée Philopator attacha cependant son nom à quelques édifices publics : les plus méchants princes ne sont pas ceux qui s'abstiennent le plus des démonstrations de la piété envers les dieux. Philopator fit construire à Akhmin (l'ancienne Panopolis) un temple dédié à Ammon générateur, assimilé au dieu Pan dans les mythes secondaires. Philopator fit continuer aussi le temple de Dakkèh , en >'ubie, commencé par le roi Ergamène, et dédié à Thôth , l'Hermès deux fois grand. Sous le rapport mythologique, ce monument offre un intérêt particulier par ses bas-reliefs où sont représentées les diverses transfigurations de ce dieu , qui s'y voit en intime liaison avec sa propre forme primordiale, le dieu Har-Hat, le grand Hermès trismégiste, ou trois fois trèsgrand, et qui était la personnification de la sagesse divine, l'esprit même de Dieu. Thôth, le second Thôth, ou l'Hermès deux fois grand , est lui-même la pensée ou la raison.
A Edfou , lieu où s'élève un des plus beaux édifices subsistant encore en Egypte , on voit aussi les preuves de ce que put faire pour les dieux le roi Philopator. La partie la plus ancienne
des décorations du grand temple d'Edfou , l'intérieur du naos et le côté droit extérieur, sont du règne de ce roi ; le reste du temple est à ses successeurs. Philopator ne néglifjea pas non plus les édifices pharaoniques. Le Rhamesséum de Louqsor conserve les traces de quelques réparations qu'il y fit faire. Il y fit remplacer trois pierres d'une arcliitrave et le chapiteau de la première colonne gauche du péristyle.
Une inscription en caractères hiérogly|}liiques rappelle et constate ces travaux en ces termes : <> Restauration de l'édifice , faite par le roi Ptolémée toujours vivant, chéri d'Isis et de Phtha , et par la dominatrice du monde, Arsinoé, dieux Pliilopators aimés par A.mon-Ra, roi des dieux. »
Dans le petit temple, d'une conservation parfaite, qui se voit aujourd'hui derrière l'Aménophiuui de Thèhes, et qui est précédé d'un petit propylon en grès , les souvenirs de Ptolémée Philopator ne sont point effacés. Le naos de c-e temple est divisé en trois salles contiguës , qui forment trois véritahles sanctuaires. Celui du milieu , ou le principal, entièrement sculpté, contient des tableaux d'offrandes à tous les dieux adorés dans le temple, aux deux triades, celle de Thèbes, Amon-Ra, Mouth et Chons , et celle d'Hermonthis , ville voisine, Mandou, Ritho son épouse , et leur fils Harphré, et principalement aux déesses Hathôr et Thméï, qui paraissent dans presque toutes les scènes. Ces deux divinités sont seules nommées dans la dédicace dusanctuaire; etcesdédicaces, inscrites sur la frise de droite et sur celle de gauche , ne portent que le nom de Ptolémée Philopator : on y lit, pour ce roi grec, toutes les parties du vieux protocole des Pharaons : « L'Horus, soutien de l'Égypte , celui qui a embelli les temples comme Thôth deux fois grand , le seigneur des Panégyries comme Phtha, le chef semblable au soleil , le germe des dieux fondateurs, l'éprouvé de Phtha , etc. ; le fils du soleil, Ptolémée toujours vivant, bien aimé d'Isis, l'ami de son père (Philopator), a fait celte construction en
l'honneur de sa mère Hathôr, la tutrice de l'Occident. »
Presque toutes les sculptures de ce premier sanctuaire remontent au règne de ce même roi qui s'y trouve figuré, accompagné de la reine Arsinoé , adorant les deux déesses : c'est à la déesse Hathôr qu'est plus particulièrement consacré le sanctuairede droite, et cette puissante divinité y est représentée , sous des formes variées , recevant les hommages de Ptolémée Philopator.
Tels sont les témoignages de sa pi('té envers ces deux grandes divinités , Hathôr et Thméï, à cause du rôle que celle-ci jouait dans l'Amenthi ou enfer égyptien ; la scène du jugement de l'âme devait se trouver dans son temple , comme elle y est en effet dans le sanctuaire de gauche : et c'est celte représentation qui avait, mal à propos, fait considérer ce temple comme un tombeau.
On trouve aussi la mention de Ptolémée Philopator sur un édifice au nord d'Esnèh , et sur une porte d'enceinte de l'édifice à gauche du grand temple de Karnac.
Le nom de la reine Arsinoé se lit aussi sur les monuments de Dakkèh en Nubie , et d'Antéopolis en Egypte.
Les monuments nous ont encore conservé un autre fait remarquable, relatif à Ptolémée Philopator; ils nous induisent, en effet, à penser que ce prince porta aussi le surnom de Eiipator. Ce surnom , dans le contrat de Ptolémaïs , dont le protocole est tout à fait analogue à celui du décret de Rosette , est donné à une reine Arsinoé , que son rang désigne comme la femme de Philopator. Il en résulterait qu'une inscription grecque de Paphos se rapporterait à ce même roi.
La pierresur laquelle cette inscription est gravée faisait partie de la base d'une statue , ou bien était placée au-dessous d'un bas-relief; le texte complet de l'inscription porte : « La ville de Paphos honore par ce monument le roi Ptolémée , dieu Eupator, et le consacre à Vénus. » On voit, par cette interprétation que j'emprunte au savant ouvrage où M. Letronne a consigné tant de
L'UMVERS.
précieuses notions pour servir à l'histoire de l'Egypte pendant la domination des Grecs et des Romains , que c'est la ville même de Paphos qui honora Ptolemée , qui le consacra à Vénus; et c'était un usage, bien connu de l'antiquité, de déposer dans un temple et de dédier à la divinité la statue de celui qu'on voulait honorer.
Ainsi ce roi grec d'Égypte, Ptolémée , fidèle à la fois à la religion de sa patrie originelle et à celle du pays qu'il gouvernait , agréait la protection des dieux de la Grèce, pendant qu'il élevait sur les bords du Nil des temples aux dieux de l'Egypte, dont il invoquait aussi la bienveillance. La religion était profondément mêlée aux idées , aux institutions égyptiennes, et à un degré tel qu'il fut peut-être sans exemple et sans imitation dans les autres États de l'ancien monde. En Égypte , les gouvernements étrangers que la conquête y transporta furent dans l'obligation ou de pratiquer publiquement le culte national , comme le firent les Lagides , d'après les conseils et l'exemple d'Alexandre, ou de détruire les temples et la caste sacerdotale comme les Perses tentèrent de le faire d'abord , se courbant ensuite sous la loi commune à tous les rois étrangers à rÉgypte , comme le prouvent les monuments déjà cités , ou Darius et Xerxès sacrifient à Ammon et aux autres dieux du pays.
Ptolémée Èpiphane, flis unique de Ptolémée Philopator, âgé seulement de cinq ans et demi , fut appelé au trône d'Égypte par l'ordre de succession en usage dans ce royaume. En faisant connaître la mort de Philopator, Agathocle annonça en même temps qu'il avait été nommé par lui tuteur du jeune roi ; à la faveur de cette supposition , et cherchant à se rendre l'armée favorable f)ar le rétablissement de sa solde, il se livra de nouveau à toute la fougue de ses passions : son orgueil , ses exactions allaient croissant chaque jour, et le mécontentement général cherchait sur qui reposer ses vœux et ses espérances.
Pourquoi, ditPoIybe, le roi Philopa-
tor ne porta-t-il pas l'attention jusqu'à prévoir ces malheurs.' Heureusemifent pour l'Egypte que l'ambition d'un homme la délivra en partie du mal qui résultait de l'imprevoyajice du roi.
TIépolème , jaloux de la fortune d'Agatliocle, excita, favorisa le soulèvement du peuple; et, après trois jours des plus grands désordres, le jeune Épiphane, qu'Agathocle avait enfermé avec lui dans l'arsenal du palais, fut livré à la populace d'Alexandrie : elle le plaça sur un tribunal et lui fit prononcer la condanmation à mort d'Agathocle et de ses afCdés. Sa sœur et sa mère devinrent aussi les victimes des fureurs populaires.
TIépolème fut le successeur d'Agathocle dans la tutelle du jeune roi ; il était propre aux choses de la guerre, mais le plus inepte des hommes pour l'administration civile. Sosibe n'avait pas cessé d'être chargé des sceaux de l'État ou de l'anneau du roi : son fils, de retour d'une mission auprès de Philippe, roi de Macédoine, tâcha d'exciter l'opinion contre TIépolème. Alais celui-ci triompha de ses insinuations, et obtint en même temps que Sosibe lui remît l'anneau royal , ce qui plaça tout le gouvernement dans ses mains.
TIépolème n'était pas né pour de si importants devoirs; et bientôt, dit encore Polybe , non-seulement il se perdit lui-même , mais encore il mit en péril l'existence de la monarchie.
On lui substitua pour tuteur du jeune roi ou régent du royaume, Aristomène , Acarnanien de naissance , l'un des anciens amis d'Agathocle, et qui vécut jusqu'après l'époque où cessa la minorité du roi , Épiphane lui ayant accordé longtemps encore beaucoup de confiance et beaucoup d'attachement , le respectant presqu'à l'égal d'un père. Aristomène régent fit mourir Scopas immédiatement avant le couronnement d'Épiphane.
Ainsi la minorité du jeune roi , qui dura huit années depuis la mort de Philopator jusqu'à l'épwpiede son couronnement, fut gouvernée par trois régents qui se succédèrent : Agathocle d'abord , ensuite TIépolème , enfin
ÊGYPTE.
Aristomène qui , plus heureux que ses deux prédécesseurs , ne perdit, pas la vie en cessant ses fonctions.
Pendant ce temps , Antiochus , roi de Syrie , fit, contre i'Égypte , de nouvelles entreprises.
Phiiopator ayant cessé de vivre , dit Justin, Antiochus, enhardi parla minorité du jeune roi d'Ëgypte , entreprit une nouvelle expédition contre ce royaume , et s'empara des villes de la Phénicie et de celles de la Syrie qui étaient soumises aux Égyptiens.
Il parait qu'ils n'avaient opposé qu'une inutile résistance aux troupes d'Antiochus jusqu'au moment où Scopas , mécontent de ce que les Étoliens ne lui avaient pas continué la préture, arriva à Alexandrie , fit agréer ses services et repartit pour aller faire une levée de troupes chez les Étoliens mêmes. Agathocle ramena en Egypte, l'an 202, dans l'année suivante, six mille hommes qu'il avait levés dans l'Étolie.
Presqu'en même temps arriva la députation de Rome, où se trouvait M. /Emilius Lepidus, annonçant la défaite d'Annibal et ayant auss'i pour but de s'assurer des dispositions de la cour d'Alexandrie à l'égard des entreprises que Piome méditait contre Philippe de Macédoine; car on ne remerciait le jeune roi des services qu'il n'avait pas rendus, que pour s'assurer tous ceux que l'on pouvait en attendre.
L'été et l'automne de la même année 202 furent donnés aux dispositions nécessaires à la grande campagne qui était préparée contre Antiochus , et ce fut pendant l'hiver que Scopas se mit en marche. Scopas , en effet , prit aussitôt un grand nombre de villes de la Palestine et de la Célé-Syrie.
Mais Antiochus, pour réparer les pertes qu'il venait d'éprouver sur ce point , se hata de renoncer à son entreprise contre Attalus, et au printemps suivant il reprit l'offensive envers Scopas , le rencontra bientôt sur les bords du Jourdain, lui livra bataille auprès de la ville de Pania , et le battit complètement. Antiochus passa
ce même hiver en Asie, attaqua en suite les possessions d'Attalus , y renonça bientôt sur l'invitation du sénat romain , et d'autant plus volontiers qu'il venait d'apprendre que Scopas avait profité de ce temps pour repreu" dre la Célé-Syrie.
Scopas se jeta dans Sidon avec dix mille nommes , et Antiochus vint l'y attaquer. Trois généraux et des troupes accoururent vainement d'Egypte pour le secourir : il capitula , à ia seule condition de la vie sauve.
Antiochus, poursuivant ses succès, soumit les principales villes de la Syrie; enfin, Samarie et Jérusalem. Si le témoignage de Josèphe est fidèle, Antiochus , maître de cette dernière ville , y publia un édit qui accordait quelques privilèges à ceux qui y faisaient leur résidence ou qui viendraient l'y fixer avant la fin de l'année. La Syrie fut réoccupée par Antiochus vers l'été de l'année 200, et dès l'automne de cette même année, Antiochus avait repris toutes les villes de la Célé-Syrie et de la Palestine.
Ce roi , engagé dans d'autres entreprises contre Pnilippe et Rome , consentit à traiter avec les tuteurs du roi d'Égypte. Il promit sa fille Cléopâtre pour femme au jeune Ptolémée, et pour dot lui assigna les provinces même qui avaient été le sujet de la guerre terminée par ce traité. Saint Jérôme assure que ce mariage fut conclu dans la 1" année du règne d'Épiphane , c'est-à-dire dans l'année 199 avant l'ère chrétienne.
L'état malheureux de l'Egypte , attaquée au dedans par les vices d'une administration dévastatrice , et au dehors par un roi puissant, n'avait cependant pas entièrement détourné de leurs études et de leurs travaux les philosophes que l'école d'Alexandrie y avait rassemblés. Hipparque y continuait ses immortelles recherches sur les lois de l'univers , et inscrivait dans ses tablettes les faits astronomiques sur lesquels il devait établir ses théories. Il observait l'éclipsé de lune qui arriva le 22 septembre de l'an 201 avant l'ère vulgaire; celle du 19 mars
l'UiMvi:rs.
suivant, qui appartiennent l'une et l'autre à la 5" année du règne tl'Épiphane; enfin celle du 12 septembre de l'an 200, qui arriva au milieu delà G" année du règne de ce prince , avant le traité de paix conclu avec Antiochus.
Les malheurs de cette guerre et les désordres de la régence n'avaient pas peu contribué à troubler l'intérieur du royaume. Épiphane cependant , ou ses tuteurs , avait cherché à combiner les effets de la clémence avec l'appareil militaire; il avait accordé des amnisties , et placé aussi sur divers points du royaume des forces de terre et de mer qui devaient assurer la tranquillité générale. La ville de Lycopolis était devenue un foyer de rébellion ouverte ; le jeune roi alla en faire le siège; et, comme une crue extraordinaire du Nil pouvait en détruire les ouvrages , il lit fortifier les ouvertures des canaux pour en prévenir les effets; bientôt après il prit la ville de vive force et fit mettre a mort les chefs de la sédition. Cela se passa dans la 8^ année de son règne, comme le dit textuellement le décret inscrit sur la pierre de Rosette, dont le texte entier a été déjà rapporté dans cet ouvrage {supra, page 61).
Polybe ajoute que lorsque Ptolémée assiégea Lycopolis, les principaux habitants , frappés de terreur, se confièrent d'eux-mêmes à sa clémence, et qu'il n'en usa pas moins sévèrement à leur égard. Polybe ajoute ensuite : «Quelque chose de semblable à ce qui s'était passé dans cette occasion arriva aussi lorsque Polycrate soumit les rebelles. » «Il restait encore des plus considérables, dit-il, Athinis, Pausiris, Chésouphos et Irobaste qui , cédant à la force des choses , vinrent à Sais se mettre d'euxmêmes entre les mains du roi ; mais Ptolemée, abjurant toute clémence, les fit attacher nus à des chars , et s'en vengea en les faisant ainsi mourir. »
«Le roi , continue encore Polybe , s'étant rendu de Sais à Naucratis avec son armée , et Aristonicus lui amenant pour le secourir des troupes mercenaires de la Grèce, il descendit par eau à Alexandrie pour les y attendre ,
n'ayant rien appris de ce qui est de l'art de la guerre, à cause de l'injuste orgueil de Polycrate, et cependant il étîiit alors âgé de 25 ans. »
Ce Polycrate avait reçu de Philopator, père d'Épiphane, le gouvernement de l'île de Chypre; il avait été assez heureux dans ces temps de discordes pour conserver cette île au jeune roi et pour y amasser une somme considérable d'argent qu'il lui apporta , et il ne vint à Alexandrie qu'a l'époque même de la sédition de Scopas, laquelle fut l'occasion du couronnement du jeune roi. Polycrate contribua beaucoup par lui et les siens à faire devancer la majorité d'Épiphane , ce qui fit
u'il acquit un très-grand crédit auprès
u roi après son couronnement.
Celte sédition de Scopas éclata au sein même de la cour du roi toujours mineur. Ce chef insoumis tenait de secrètes conférences auxquelles assistaient ses nombreux amis. Aristomène, régent du royaume, l'accusa de conspiration, de désobéissance aux ordres du roi , et le fit mettre à mort. Dicaear que partagea la destinée de Scopas , et les Étoliens furent licenciés. Les écrivains de l'antiquité rapportent que le sort des Étoliens étant réalé, ceux qui dirigeaient les affaires ie l'État s'occupèrent du couroimement du roi , non pas qu'il eût atteint l'âge oîi il devait prendre la couroÊine, mais parce que l'on espéra que lorsque le roi gouvernerait par lui - même , l'état des choses pourrait s'améliorer et l'administration publique avoir une plus sure direction; en conséquence on fit les préparatifs nécessaires pour que cette grande cérémonie eût lieu avec toute la magnificence convenable. Le commencement de la 9* année du règne du jeune roi approchait, et le désir de profiter de cet anniversaire dut aussi contribuer à faire hâter l'exécution de ce projet.
Le roi fut couronné en effet le premier jour de la 9' année, lequel répondait au 27 mars de la 197* année avant l'ère chrétienne.
C'est à l'occasion de cette solennité tout à la fois civile et religieuse pour
ÉGYPTE
l'Égypte, que nous devons faire remarquer le nouvel usage introduit par ce prince, imité quelquefois par ses successeurs, de prendre deux surnoms au lieu d'un seul, comme l'avaient fait les rois ses ancêtres. On remarque, dans l'inscription de Rosette, que le mot Épiphane , surnom de ce Ptolémée, y est toujours et immédiatement suivi de VaA]tiil\i Euchariste. On a pu croire d'abord que ce dernier mot n'était que l'une des épitliètes honorifiques dont les prêtres de l'Egypte, auteurs de cette inscription , y ont environné le nom de ce roi , que renferme cette longue formule bien souvent répétée , le roiPtolémée, toujours invant (immortel), le bien-aiiné de Phiha, dieu Épiphane, très- gracieux , et c'est ainsi qu'elle a été traduite par le savant commentateur de cette inscription , qui a donné au mot Euchariste le sens qu'il a généralement ailleurs.
Mais si l'on fait attention que ce mot , dans les six passages du décret où on le trouve, n'est jamais séparé de celui € Épiphane, surnom du roi, que le reste de la formule au contraire est plus ou moins complet dans ces mêmes passages, que l'ordre des qualifications n'y est pas régulièrement le même, que les titres toujours vivant, le bienaimé de Phtha, s'y trouvent indifféremment après ou avant le nom Ptolémée, ou le titre de roi , on peut conclure de la constante réunion du mot Euchariste au mot Épiphane, que , dans l'intention des auteurs du décret , le premier a un sens analogue à celui du second , et qu'ils forment ensemble le surnom royal que porta Ptolémée fils de Philopator. Cette opinion est fortifiée par cette autre considération , que le mot dieu précède toujours les surnoms Épiphane-Euchurislecomme pour les consacrer, et l'inscription de Rosette, ainsi que toutes celles qui nous restent des autres Ptolémées, nous font voir que ce mot dieu n'y est employé que pour caractériser le surnom de ces princes, et de la même manière qu'il l'est ici. Enfin toute sorte de doute à ce sujet doit céder à l'autorité de l'inscription grecque tracée sur
la frise du temple d'Antœopolis , inscription où Ptolémée Philométor, fils de Ptolémée Épiphane , est désigné comme le Jils de Ptolémée et de Cleopâtre, dieux Épiphanes et Eucharistes. Il est vrai que cette inscription a été restituée du temps des empereurs Antonin etVerus, qui firent réparer à la même époque l'entrée ou la toiture de ce même temple; mais, en plaçant avant leur nom celui du roi Philométor, les deux empereurs romains ne firent sans doute que respecter ce qui existait avant eux à cet égard. Philométor avait consacré le temple égyptien d'Antœopolis au dieu Antée; cette consécration fut constatée selon l'usage par une inscription; des dégradations survenues dans cette partie du temple furent réparées par les ordres des empereurs Antonin et Verus; ils voulurent aussi faire constater ces soins religieux, et ils placèrent leur nom à la suite de celui de Philométor : c'est ce que font assez voir la forme et le lieu de l'inscription d'Antseopolis. Elle justifie donc ce qui vient d'être dit sur les mots Épiphane- Euchariste , considérés comme les surnoms du roi fils de Philopator, de la même manière que l'inscription de Rosette justifie à son tour, sur ce point, l'inscription d'Antaîopolis. L'une et l'autre servent à prouver que Ptolémée Épiphane donna le premier l'exemple de prendre deux surnoms , et qu'il porta ceux de Épiphane-Euchariste. On verra qu'il fut imité par ses successeurs.
Délivré de sa tutelle par son couronnement, Épiphane, selon Diodore de Sicile, gouverna d'abord ses sujets de manière à mériter leur reconnaissance; mais bientôt corrompu par la flatterie et les désordres de la cour, on lui inspira une telle haine contre Aristomène qu'il avait dans les premiers temps honoré comme un pere, qu'il le condamna à mourir par la ciguë.
Peu après le couronnement d'Épiphane , le temps arriva d'accomplir les conditions du traité fait en son nom avec Antiochus, et d'épouser sa fille Cléopâtre. Antiochus la fit venir à Ra-
L'UNIVERS
phia , et conduire en Égyptc où elle s'unit à Ptoiémée. Il était alors clans la 19° année de son âge, vers le mois de janvier 192. Dès la même époque, Ptoiémée reprit possession des provinces syriennes qu'Antiochus lui rendait comme dot de sa fille.
La politique du roi de Syrie demandait que l'É^zypte restât neutre dans ses différends avec Rome; mais, des que la guerre eut été déclarée , Ptoiémée, sans égard |)0ur ses liens de famille avec Antioclius, envo)a offrir au sénat romain des secours de tous genres contre le roi de Syrie, et cela se passa sous le consulat de M. Acilius Glahrio et P. (lornelius Sripio.
Le consul Acilius avait réuni ses trou|)es à Krindes pour le 1.5 du mois de mai suivant; et peu après, dans l'été de la même année , Antioclius fut complètement défait par Acilius aux Thermopyles , sa flotte prise ou détruite en même temps auprès d'Andros par Atilius, amiral romain, qui conduisit à Athènes les vaisseaux pris dans ce combat; et cela arriva l'été de l'an 191 avant l'ère vulgaire.
Après la défaite totale d'Antioclius, qui eut lieu à ÎNIagnésie l'année suivante, Épipliane, rassuré contre lui, s'occupa de renouveler les traités qui existaient avec les Athéniens. Bientôt après Antioclius cessa de vivre et laissa la couronne a son fils Séleucus Philopator, dans la 16' année du règne d'Épipliane.
Deux années après ou environ , Cléopâtre mit au monde un fils qu'on croit être celui dont jiarle l'historien .losèphe. A l'occasion de sa naissance, les villes de la Syrie envoyèrent des députes à Alexandrie pour complimenter le roi et lui offrir des présents. Si l'indication que l'on peut tirer du pas- .^age de Josèphe est exacte, la naissance du fils (lu roi se rapporterait à la IS*" année de son règne.
A cette époque, et d'après le témoignage de Polyhe , consigné dans un fragment precedenniient cité, le royaume ne jouissait pas d'une paix profonde; une mauvaise administration et de trop fréquents abus de pou-
voir avaient lassé la patience de la nation ; plusieurs provinces avaient cessé d'obéir, et l'on en était venu à ce point indiqué par Diodore, où le roi, devenant chaque jour \)\iis cruel et plus absolu, avait attiré sur lui toute la haine de son peuple et couru le risque de perdre la couronne.
C'est ce qu'explique cet autre fragment de Polybe , déjà connu , qui nous apprend que, pour apaiser les insurrections, le roi fut contraint de mettre une armée aux ordres de Polycrate, de se rendre à Sais , ensuite à ISaucratis , d'oiî il revint à Alexandrie pour recevoir les troupes mercenaires qu'amenait de la Grèce l'eunuque Aristonicus qui , élevé à la cour du roi , lui fut toujours très-dévoué. Ces insurrections furent apaisées la 23' année de l'âge du roi , ce qui porte à la 20'" de son règne.
Epiphane vécut encore quatre ans, eut un second fils de Cléopâtre , renouvela l'alliance avec les Achéens,etil faisait des préparatifs secrets contre Séleucus, roi de Syrie, lorsque, sa cruauté et ses exactions ne laissant plus de sûreté pour personne , il devint la victime de ses propres fureurs et périt par le poison, à peine parvenu à la 29" année de son âge et à la 24*^ de son règne , à la fin de l'hiver de l'an 181 avant l'ère chrétienne.
C'est saint Jérôme qui nous apprend que ce roi mourut au milieu des préparatifs de guerre qu'il faisait contre Séleucus.
Malgré les effets, si calamiteux pour l'Egypte , des désordres qui caractérisèrent profondément le règne de Ptoiémée Epiphane, un nombre remarquable d'édifices publics furent construits ou réparés : ils ont conservé jusqu'à nos jours le nom et les souvenirs ofiiciels d" Epiphane honorant attentivement les dieux, et affligeant en même tem|)S son pays de tous les malheurs qu'engendrent les mauvaises passions des i)rinces.
A Esnèh, la porte, le fond de la cclki et le portiqtie du grand temple , métamorphosé aujourd'hui en magasin de coton, en sont la partiels plus ancienne ; elle fut construite par l'ordre
ÉGYPTE
de Ptolémée Épipliane. A Edfou également, la partie la plus ancienne et la >noins incorrecte en même temps parmi les sculptures de décoration du grand temple , est l'ouvrage du même roi. Le grand tem|)le d'Ombos fut aussi commencé durant le même règne. A Pliilœ , les sculptures du grand édifice consacré à Isis furent de même commencées sous Ptolémée Philadelplie, et continuées par l'ordre d'f,piphane; elles portent tous les caractères de ce temps de décadence de l'art. On voit aussi dans le même lieu , entre les deux pylônes de ce grand temple, et placés à droite et à gauche, deux beaux édifices d'un genre particulier. Celui de gauche est un temple périptère , dédié à la déesse Hathôr et à la délivrance d'Isis qui vient d'enfanter Horus; la plus ancienne partie de ce temple est aussi de Ptolémée Épiphane.
Ce fut aussi sous le règne de ce roi que fut faite la dédicace du petit temple élevé derrière l'Aménophion deTliebes.
Le pronaos de cet édifice est formé de deux colonnes et de deux piliers ornés de tètes symboliques de la déesse Hathôr, à laquelle ce temple fut consacré. Les tableaux qui couvrent le fût des colonnes représentent des offrandes faites à cette déesse et à sa seconde forme ïliméï|, ainsi qu'aux dieux Amon-Ra, Mandou , Thmou (Esculape), et plusieurs formes tertiaires de la déesse Hathôr, adorée par le roi Ptolémée Epiphane, nommé dans la dédicace du temple.
Cettedédicace consistedansunegrande inscription hiéroglyphique sculptée sur toute la longueur de la frise du pronaos ; cette formule dédicatoire est en deux parties affrontées, selon l'usage égyptien , méthode propre à l'écriture hiéroglyphique et à elle seule , les signes se rangeant indifféremment dans les deux directions opposées. La partie de droite de la dédicace porte ( 1"= ligne) : « Le roi dieu Épiphane , que Phtha- Thoré a éprouvé, image vivante d'Amon-Ra, le chéri des dieux et des déesses mères, le bien-aimé d'Amon- Ra, etc., pour être vivifié à toujours. (2' ligne): La divine sœur de Ptolé-
mée toujours vivant, dieu aimé de Phtha, chéri d'Amon-Ra, l'ami du bien... » (le reste est détruit.)
On lit sur la partie de gauche (V ligne) : «Le fils du soleil Ptolémée toujours vivant , dieu aimé de Phtha , chéri des dieux et des déesses mères , bien-aimé d'Hathôr, a fait exécuter cet édifice en Thormeur de sa mère la tutrice de l'Occident, pour être vivifié à toujours. (2" ligne) : La royale épouse Cléopàtre, bien-aiméedeThméï, tutrice de l'Occident, a fait exécuter cet édifice... « (le reste manque.)
Les bas-reliefs encore existants sur les parois de droite et de gauche du pronaos, ainsi que sur la façade du temple formant le fond de ce même pronaos, appartiennent tous au règne.
d'Épiphane , et tous se rapportent aux déesses Hathôr et ïhméï, ainsi qu'aux grandes divinités de Thèbes et d'Hermonthis. On voit aussi datis ce sanctuaire deux tableaux sculptés où figure l'image de Ptolémée Épiphane. Son nom se retrouve aussi à Karnac, à Dendéra; à Philae il est qualifié de roi semblable au soleil , chéri des dieux , aimé d'Imouth , fils de Phtha , et approuvé par Phtha. Le monument de Philœ porte aussi une inscription grecque au nom du roi et de la reine, annonçant la consécration du temple à Esculape. Une autre inscription grecque , relative à Ptolémée Épiphane , nous fait connaître d'autres particularités de son histoire; elle est gravée sur une plinthe de basalte vert , et elle porte ce qui suit : «Lu-communauté des Lyciens honore par ce monument (un cippe ou une statue) Ptolémée, commandant des gardes du corps, grand veneur, fils de Ptolémée, un des premiers amis et grand veneur , à cause de sa vertu et du dévouement qu'il manifeste sans cesse envers le roi Ptolémée, la reine Cléopàtre sa sœur, dieux Épiphanes et Eucharistes, et leurs enfants , et envers la conmiunautédes Lyciens.» On voit par là que la Lycie reçut de grands services de la part du roi d'Egypte, dont elle honore, par un monument public , un des principaux officiers. Cet officier porte le
L'UNIVERS
titre de grand veneur , et l'on se rappelle, à ce sujet, que Polybe nous apprend que Ptoiémée Épiphane fut un chasseur ardent et habile ; il voulut être représenté sur ses monnaies avec l'arme dont il se servait contre les bêtes féroces.
Le lecteur a pu remarquer , au sujet des reines femmes des cinq premiers Ptolémées, qu'elles portèrent toutes l'un des trois noms de Bérénice, Arsiiioé ou Cléopâtre, outre le nom patronymique de Ptoiémée. On sait aussi que , dans les nomenclatures de la géographie ancienne de l'Orient , il se trouve un assez grand nombre de noms de lieux tirés de celui de la famille même ou de ceux de ces reines; et il est naturel de penser que ces noms ont étédonnésà cesvilles,fondéesou agrandies , dans l'intention d'honorer les personnages qui les portaient.
Ainsi le lieu nomme Theôn Sôterôa Portas, le port des dieux sauveurs, dans la troglodytique , paraît avoir reçu ce nom de Ptolomée Philadelphe pour honorer la mémoire de son père et de sa mère , surnommés les dieux sotères ou sauveurs.
Ptolémaïs, dans la même contrée, fut fondée par l'ordre du même roi Piiiladeii)he, et surnommée^/)/ - Theras, pour la chasse , à cause de la destination de ce lieu qui devait être le centre de la chasse aux éléphants , ordonnée par ce prince.
Il y eut aussi trois autres villes nommées Ptolémaïs , l'une située au sud de Panopolis, sur la rive gauche du Nil, et qui, avant, porta d'abord le nom égyptien de Psôi ; une autre dans la Cyrénaïque , dépendance de l'Egypte ; et la troisième en Syrie , célèbre dans l'histoire moderne sous le nom de Saint- Jean d'Acre.
Il y eut aussi quatre villes nommées du nom de Bérénice : celle qui était située sur le détroit par lequel le golfe Arabique communiquait avec la mer Erythrée, et qui fut surnommée Épi- Déra , du nom du promontoire de Déra , dont la ville était voisine. L'autre Bérénice, sur le golfe Arabique, était surnommée Panchrysos, toute
d'or, à cause des riches mines de ce métal qui existaient dans son voisinage que les Ptolémées firent exploiter.
La Bérénice de la Thébaïde était un port sur le golfe Arabique, à la même latitude que Syène; elle fut fondée par Ptoiémée Philadelphe, qui lui donna le nom de sa mère ; ville importante où abordaient les marchandises de l'Arabie heureuse et celles de l'Inde , transportées de là à Coptos. C'est aussi dans le voisinage de cette ville qu'existaient les riches mines d émeraudes exploitées par les rois d'Egypte, et qu'a récemment cherchées, par l'ordre du vice-roi IMéhémet-Ali , et heureusement retrouvées M. Cailliaud, qui a vu sur place les outils et les ustensiles employés dans les antiques exploitations. La quatrième ville de Bérénice existait dans la Cyrénaï(|ue.
Une province entière de l'Égypte, le nome du Fayoum , porta le nom de la reine Arsinoé , et fut nommée nome Arsinoïte; la ville principale perta le nom d'Arsinoé. Une autre ville de ce nom était située au fond du golfe Héroopolite. C'est là que venait aboutir le canal des deux mers que Ptoiémée Philadelphe fit terminer, et il y fonda cette ville en l'honneur de l'une des deux reines qui portèrent ce nom.
Plus tard, cette ville, restaurée ou agrandie par la dernière Cléopâtre , porta aussi le nom de Cléopàtris. Une autre Arsinoé était en Cyrénaïque sur la mer; on donna ce nom a l'ancienne Tuchira; enfin l'ile de Chypre eut aussi une ville du nom d'Arsinoé : on croit même que ce nom fut commun à plusieurs lieux de la même île , qui fut ime des dépendances de l Égypte , et le séjour habituel, volontaire ou forcé, de plusieurs princes de la race des Lagides.
Nous avons dû rappeler ici ces souvenirs essentiellement historiques, qui se sont, pour la plupart, conservés sur les Heux jusqu'à nos jours, et qui d'ailleurs trouvent des analogies dans les annales des pays voisins de 1" Egypte : ces septou huit villes d.\4ntioche "et les Séleucie, non moins nombreuses, prouvent aussi que la famille des Séieucides
EGYPTE
ne dédaigna pas ce genre de gloire ou cette suprême satisfaction de la vanité humaine, bien rare dans les temps modernes, excepté, parfois, dans les contrées barbares nouvellement conquises à la civilisation. L'état de l'Orient fut, par ses richesses, plus faygrable aux rois qui héritèrent des souverainetés fondées par le courage et le génie de Séleucus et de Ptolémée.
Le cinquième des princes de ce nom qui parvinrent au trône, fut surnommé Épiphane - Euchariste ; il laissa en mourant, avec la reine Cléopâtre sa veuve, deux fils et une fille, tous les trois en bas âge. Le premier-né lui succéda , et fut surnommé Philoniétor, surnom qui prouverait qu'il eut pour sa mère une bien vive tendresse.
Le règne de Philométor, quoique l'un de ceux qui eurent une plus longue durée, n'offre cependant qu'im petit nombre de faits historiques d'une époque certaine. A peine âgé de cinq ans lorsqu'il parvint à la couronne à (itre de premier-né des deux fils d'Épipliane , son père et son prédécesseur , comme lui Philométor resta, pendant ses premières années , sous la protection d'une régence qui fut moins orageuse que celle d'Kpiphane, parce qu'elle ne cessa d'être inmiédiatement dirigée par la sagesse de Cléopâtre , mère du jeune roi d'Egypte.
Cependant Séleucus, qui avait hérité du vif désir d'Antiochus son père de posséder la Syrie, et qui ne se contentait pas de la moitié des revenus qu'il s'était réservée, faisait, pour reconquérir cette province sur les enfants de sa sœur, des préparatifs qui alarmèrent l'Égypte. Ce dut être dans cette circonstance que les ministres du jeune roi réclamèrent la protection de Rome; le sénat ne la refusa point, et il députa, pour cet effet, Rlarcus jEmilius Lepidus, qui connaissait la cour d'Alexandrie oii déjà il avait été envoyé pendant la minorité même d'Épiphane , père de Pliilométor; et ce fut a cause de cette mission que ftl. /Emilius fit inscrire sur un denier de sa famille le titre de tuteur du roi (ÏVTOR REG). Ce Romain était tribun mili-
28" Livraison. (Egypte.)
taire à la bataille de Magnésie; Séleucus, qui attaquait Philométor, trouvait ainsi dans TEmilius le vainqueur de son père : cette circonstance put être un des motifs qui contribuèrent à fixer sur M. jEmilius le choix du sénat.
Séleucus fut surpris par la mort au milieu de ses projets : il cessa de vivre la 7" année du règne de Philométor; Antiochus Epiphane lui succéda et occupa aussitôt une portion de la Célé- Syrie.
Peu de temps après, Cléopâtre, mère de l'enfant roi d'Egypte , mourut aussi, et ce fut à l'eunuque Eulaïus et à Leneus que sa tutelle fut confiée.
Les menaces d'Antiochus contre l'E gypte devenaient chaque jour plus sé rieuses, méprisant la jeunesse du ruj et l'inertie de ses tuteurs. Néanmoins, le roi de Syrie fit donner au sénat de Rome des explications à ce sujet, tandis que les tuteurs de Ptolémée pensaient a reprendre la Célé-Syrie. Selon le rapport de Ïitc-Live , cela se passait sous le consulat de Publius Licinius Crassus et C. Cassius Longinus , nommés au mois de mai de l'an 171 avant l'ère vulgaire, et en même temps Ptolémée, qui avait atteint sa n.ajorité, était alors couronné. Il fit frapper des monnaies à son nom l'année même où sa minorité cessa , la 14" de son âge , et la 9" de son règne, qui est en effet marquée sur les monnaies qu'on lui attribue, et qui répond aux premiers mois de l'an 172 avant l'ère chrétienne.
Les tuteurs du jeune roi ne furent pas doués de la sagesse de sa mère r.iéopâtre h laquelle ils succédaient. Ils allèrent attaquer Antiochus dans la Syrie, acceptèrent une bataille qui se livra entre Péluse et le mont Casius, et dont le résultat fut la défaite totale de l'armée égyptienne, défaite qui mit le jeune roi entre les mains d'Antiochus , lui ouvrit les portes de IMemphis , de la plupart des villes de l'Egypte, et même de Péluse : son humanité à l'égard des vaincus lui en facilita la conquête.
Cette catastrophe arriva la 1 r année du règne de Pliiloiiiétor. Il paraît , d"a- |!rès Porphyre, que les Alexandrins, aussitôt qu'Antiochus fut le maître de Meniphis, où il retenait le jeune Philoniétor âgé de 10 ans seulement, placèrent sur le trône son frère Évergète afin de prévenir les incertitudes d'un interrègne; que cette suhstitution de roi dura pendant les années 11 à 15 du règne de Philométor ; qu'à cette époque Antiochus, ayant renoncé à l'occupation de l'Egypte, Philométor revint à Alexandrie, et consentit à partager le trône avec son frère dont la présence avait certainement contribué a le conserver; qu'ils régnèrent ainsi jusqu'à la 17' année comptée toujours de l'époque de Philométor; et que, par l'intervention des Romains, Évergète cessant de partager le trône , il accepta le gouvernement de la Libye , après quoi Philométor régna 18 ans encore, qui portent la totalité de son règne à 35 ans.
Saint .Jérôme ajoute qu'Antiochus , maître de Mempiiis , tr.nita le jeune Ptolémée Philométor avec beaucoup d'égards ; et , sous le prétexte spécieux de le rétablir dans ses droits, mais avec l'intention réelle de s'emparer du trône d' Egypte, il en occupa militairement les villes les plus importantes.
Ayant cependant éprouvé beaucoup dé résistance , et même des échecs , il fit un traité avec le jeune roi , repassa en Syrie , et, deux ans après, il revint assiéger les deux fils d'Épiphane, Philométor et Évergète II , dans Alexandrie , jusqu'à ce que les envoyés de Rome qui arrivèrent dans ces conjonctures l'obligèrent à rentrer dans ses Etats.
Ïite-Live dit aussi qu'Antiochus ayant tenté mais sans succès de prendre Alexandrie, il laissa Philométor à Memphis, lui promettant son assistance pour le replacer sur le trône qu'Évergète occupait à Alexandrie. Il espérait sans doute que les deux frères en venant aux mains , il lui serait plus facile de soumettre le vainqueur; il se retira donc en SvTie, laissant néanmoins une garnison à Péluse. Mais
Philométor se réunit à Évergète; Antiochus, que cette réunion aurait du satisfaire s'il avait sincèrement désiré replacer Philométor sur le trône de ses aïeux , en fut péniblement affecté , et fit contre les deux frères des préparatifs plus formidables que ceux de la précédente guerre. Il envoya une flotte contre Chvpre, et, des l'es premiers jours du printemps, il se mit lui-même à la tête de son armée, marcha contre l'Egypte , traversa la Célé-Syrie , arriva à Peluse par terre et par mer, et se dirigea par les plus courts chemins sur Alexandrie. Parvenu à quatre milles de cette ville il rencontra C. Popilius; et cet envoj é lui montra , en traçant son cercle, comment le sénat de Rome notifiait ses ordres à un puissant monarque qui n'eut à répondre que ce peu de mots : Je ferai ce qui plaît au sénat. Antiochus quitJa l'Égypte dans un très-court délai, à compter du jour même de cette conférence.
Il résulte de tous ces témoignages réunis, que ce fut la onzième année de son règne que Philométor fut privé de la couronne par les conquêtes d' Antiochus ; qu'en w)n absence son frère Évergète fut placé sur le trône par les Alexandrins, et qu'il l'occupa pendant quatre années; qu'il envoya demander des secours à Rome; que, dans cet intervalle , Évergète essaya vainement de traiter avec Antiochus qui refusa de lui reconnaître le droit de faire la paix, et vint l'assiéger dans Alexandrie même; que, rajipeié en Svrie par des événements imprévus, il laissa Philométor à ]\leniphis , Evergète dans Alexandrie , espérant que les deux frères se feraient la guerre; que les deux frères se réunirent , occupèrent ensemble le trône pendant deux années, et qu'alors, dans la 17' du règne de Philométor, Antiochus venant de nouveau attaquer l'Egypte et assiéger Alexandrie , C. Popilius l'obligea , au nom du sénat, à retourner dans se5 propres États.
Ce fut donc C. Popilius qui vint délivrer l'Égypte des armées et de la présence d'Antiochus , régla aussi les différends qui s'etaiei.t élevés entre
ÉGYPTF.
les deux frères rois , et les jugea selon ce qui était prescrit par les lois du royaume. En conséquence , Philométor resta seul possesseur de la couronne ; Kvergète reçut le gouvernement de la Libye et de la Cyrénaïque, où les Romains , peu de temps après , l'obligèrent de rester.
A peine Antiochus fut-il de retour dans ses États qu'il y mourut, et la même année de sa malheureuse expédition contre les fils de sa sœur, année qui fut, comme le dit Porphyre, la onzième et la dernière de son règne. Ses ambassadeurs étaient allés à Rome pour déclarer au sénat combien l'arrangement dicté par Popilius lui était agréable : ceux de Ptolémée témoignaient en même temps sa gratitude envers le sénat et le peuple romain , et ils exprimaient sans doute des sentiments plus vrais que ceux que montrait Antiochus.
En attendant, la discorde renaissait entre Évergete et Philométor. Le premier, peu satisfait de la décision qui le faisait descendre du trône pour le rendre à Philométor seul, et lui donnait pour apanage la Cyrénaïque avec la Libye, se rendit à Rome pour demander qu'elle fût réformée par le sénat. Il était à pied ; il fut reconnu en arrivant par Démétrius , fds de Séleucus , qui lui offrit les moyens d'entrer à Rome , et d'y vivre d'une manière plus convenable à son rang et à sa naissance.
Évergète réclamait auprès du sénat contre le partage qui avait été fait par C. Popilius entre son frère et lui ; il exposait qu'il ne lui suflisait pas de la Libye et de la Cyrénaïque, et que l'île de Chypre devait être ajoutée à son apanage. Le sénat y consentit ; mais Philométor refusa d'exécuter sa décision, et des envoyés de Rome partirent afin de mettre Évergète en possession de Chypre. Le sénat avait voulu que cela së fît sans employer de soldats , ne prévoyant pas Kopposilion de Philométor. Dès qu'il la connut, les envoyés de Rome engagèrent Évergète à se rendre en Libye pendant qu'ils iraient demander à Philométor son
assentiment à ce que le sénat venait de régler.
Évergète attendit longtemps en Libye l'issue de cette négociation ; il se disposait à marcher à la tête d'une armée contre l'Égypte, lorsqu'il fut informé que les Cyrénéens venaient de se révolter; et, ne voulant pas risquer à l'acquisition incertaine de Chypre la possession de Cyrène , il se dirigea sur cette province d'où les habitants, impatients de son gouvernement tyrannique, cherchaient à le repousser par la force des armes. Il venait d'éprouver un échec assez considérahie lorsque Cn. IMerula lui apprit que Philométor refusait de consentir à la cession de l'île de Chypre. Évergète envoya de nouveaux ambassadeurs à Pvome ; Philométor y lit aussi défendre ses droits , mais le sénat persista dans sa bien veiliance pour Évergète. On lui en porta la nouvelle à Cyrène où il était rentré ; et , au moment où il pi éparait une attaque sérieuse contre Chypre, il faillit d'être la victime de quelques embûches auxquelles il n'échappa point sans recevoir plusieurs blessures. Il courut de nouveau à Rome, et Philométor y envoya de nouveaux ambassadeurs. Le sénat refusa de les entendre, chargea ses députés de conduire Évergète à Chypre , et demanda aux alliés de la Grèce de seconder cette expédition ; mais Philométor alla luimême défendre cette île , livra bataille à son frère , l'enferma dans la ville de Lapethus, où il l'assiégea et le réduisit à la dernière extrémité : toutefois , loin de se prévaloir de ce succès, Philométor lui accorda une bonne capitulation, lui rendit son gouvernement de Cyrène, et lui donna quelques villes de Chypre avec un revenu annuel d'une certaine quantité de blé.
Ainsi se termina cette guerre entre les deux frères rois; elle dura quatre années, et jusqu'à la 22* du règne de Philométor, laquelle commença au printemps de la 160" année avant l'ère vulgaire.
Des que l'accord fut rétabli entre eux, Philométor, tranquille siirson trône , reprit l'occupation ordinaire
L'UNIVERS
lies rois d'Egypte qui n'étaient point engagés dans de plus sérieuses entreprises. Il attaqua sourdement le roi de Syrie Démétrius , entretint des intelligences dans la ville de Ptoléniaïs occupée par les soldats syriens, encouragea la défection d'Antioche , et favorisa enfin les prétentions au trône de Syrie manifestées par Alexandre, fils d'Antiochus Épiphane, qui fut reçu à Ptolémaïs de Syrie connue roi.
Deux années après, vers l'an 149, Démétrius ayant été vaincu et tué, ce même Alexandre fut reconnu et proclamé roi de Syrie , la 30"" année du règne de Philométor.
Alexandre demanda que Philométor lui accordât sa fille Cléopâtre en mariage; le roi d'Égypte y consentit, et se rendit à Ptolémaïs où ce mariage fut célébré.
Ce fut vers le môme temps que Onias, fils d'un grand prêtre juif de ce nom, retirédepuis quelques années en Égypte, entreprit de demander à Philométor la permission d'affecter au culte des Juifs le temple de Bubaste. Le roi n'hésita pas de la lui accorder, ce gui donne lieu de remarquer la singulière destinée des temples ég^vptiens qui , survivant au cuite même pour lequel ils avaient été élevés , furent successivement consacrés aux cérémonies des religions qui succédèrent en Égypte à celle des Pharaons. Les Lagides établirent les premiers cet usage que les Piomains ne manquèrent pas d'imiter, et ces lieux sacrés, destinés d'abord au culte des dieux, le furent ensuite au culte des hommes.
Le règne de Philométor fournit des exemples de la dédicace des temples égyptiens aux dieux de la Grèce : d'abord celui de la ville égyptienne de Kos- Berbir dans la Thébaïde, ville que les Grecs nommèrent Apollinopolis-Micra (parva), et à laquelle les Arabes ont conservé son nom égyptien en l'appelant Qouss. Ce temple, qui existe encore, offre sur le listel au couroimement de la porte du sud , les traces lisibles de l'inscription grecque qui constate que la reine Cléopâtre et le roi Ptoiémée, dieux Philométors, ont
consacré ce temple. Rien n'indique l'époque de cette dédicace ; mais le nom de la reine Cléopâtre , qui se lit dans cette inscription, prouve toutefois que la dédicace qu'elle rappelle fut postérieure à la seconde invasion d'Antiochus ïlpiphane en Égypte, puisque, pendant la première , Cléopâtre resta dans Alexandrie avec Ptoiémée Évergète II, tandis que Philométor était comme prisonnier retenu à Memphis , et qu'après la seconde invasion et l'arrangement fait par Popilius , Évergète quittant le trône , Philométor l'occupa seul.
Ce fut alors qu'il s'unit à Cléopâtre sa sœur, et dans la 17' année de son règne, puisque treize ans après et le 30' de ce même règne , il avait une fille qui devint la femme d'Alexandre , roi de Syrie. Ainsi la dédicace du temple égyptien de Qouss ou Apollinopolis-Pàrva fut postérieure à la 17' année du règne de Philométor. Il est impossible d'arriver à une plus grande certitude sur l époque de Tinscription de Qouss. Il en est de même d'une autre inscription gravée dans le sanctuaire du temple d Ombos : elle constate aussi que Ptoiémée Philométor et la reine Cléopâtre qui était sa sœur, dédièrent ce sanctuaire à Apollon et aux autres dieux honorés dans ce temple. La même incertitude fait donner la même époque approximative à l'inscription du grand temple d'Anlaeopolis , et qui énonce la dédicace que les mêmes souverains firent de son propylée au personnage mythologique Antée. Enfin on ne peut pas mieux connaître le temps d'une autre inscription trouvée à Citium dans l'île do Chypre , et qui rappelle que cette ville honora de ce monument l'un de ses citoyens, Hégias, fils de Damothétas, à cause de son dévouement au roi Ptoiémée , à la reine Cléopâtre sa soeur, dieux Philométors, et à leur descendance.
Cette inscription est postérieure aussi à la 17* année du règne de Philométor, et de quelques années , puisque leurs enfants y sont mentionnés.
Deux ans après avoir placé sa fille Cléopâtre sur le trône de Syrie , Plii-
l'GYPTE.
lométor s'engagea dans une alliance qui avait pour but de le ravir à son mari. Le ills aîné de Démétrius revendiqua des droits qu'il disait tenir de son père dont la mort n'avait pu les détruire: soutenu par les Cretois, il se rendit en Syrie. Ptolémée , dans l'intention de secourir Alexandre, arriva dans cette province avec des forces de terre et de iner, et en occupa les villes principales pour les maintenir dans le devoir ; mais, ayant été exposé à devenir la victime d'un complot tramé contre sa vie à Ptolémaïs. convaincu aussi qu'Alexandre en était l'instigateur, il tourna ses armes contre lui, les associa à l'entreprise de Démétrius , lui donna en mariage sa fille Cléopâtre qu'il rappela de la cour de Syrie, et fit déclarer pour lui Antioclie et l'armée. Alexandre étant venu l'attaquer auprès de celte dernière ville , sur l'Oronte , Ptolémée mit son armée en déroute, secondé par Démétrius qui était devenu son gendre. Peu de jours après, Alexandre qui avait cherché un refuge en Arabie , y trouva la mort, pt sa tête fut apportée à Philométor.
Ces événements, selon Josèphe et le premier livre des Machabées, prirent naissance dans la 165' année des Séleucides , et cette guerre dut se faire dès le commencement de la 35'' année de Pliilométor, et se terminer à l'automne de la même année, celle de l'an 147 avant Jésus-Christ.
La mort de Philométor se rattache à celte même époque; car, ayant été blessé d'une chute de cheval pendant la bataille qu'il livrait à Alexandre, il en mourut sur les lieux mêmes quelques jours après. Tous les chronologistes lui donnent .^5 ans de règne.
Les monuments qui rappellent quelques circonstances du règne de Ptolémée Philométor sont assez nombreux , et ils nous sont fournis à la fois par les inscriptions grecques et les inscriptions égyptiennes , qui s'accréditent mutuellement par leur autorité particulière. Le premier pylône du petit temple du sud à Philœ fut construit durant le règne de Philométor. On encastra alors ce pylône dans un pro-
pylon dédié à Isis par le Pharaon Nectanèbe, et l'existence de ce propylon prouve qu'avant le grand temple d'Isis actuel , il en avait été antérieurement édifié un autre sur le même emplacement; les Perses de Darius-Occhus l'avaient vraisemblablement détruit, et c'est avec ses débris , encore reconnaissables , que certaines parties du pronaos actuel du grand temple furent édifiées. Le second pylône de ce grand temple est aussi de Ptolémée Philométor, ainsi que le bel édifice de droite qui se voit entre les deux pylônes. La galerie de gauche du grand temple d'Edfou, de même que toutes les sculj)tures des deux massifs du pylône, remontent aussi au règne de Philométor.
Le grand temple d'Ombos fut élevé par Ptolémée Épiphane, et continué par Philométor. Ce grand édifice , dont les ruines ont un aspect très-imposaiit , présente cette singularité qu'il est dédié à deux triades qui se partagent le temple, divisé longitudinalement en deux parties bien distinctes, l'une passant presque toujours dans le massif de la construction. La partie de droite, la plus honorable , était consacrée à Sévels-Ra , la forme primordiale de Saturne, Kronos , à tête de crocodile; à la déesse Athôr et à leur fils Klions- Har. La seconde partie du temple était vouée à une triade moins élevée dans la hiérarchie divine , à Aroëris , à la déesseTsonénoufré, àleur fiIsPnevtho, qui étaient les dieux seigneurs d'Ombos ; et voilà pourquoi les médailles romaines du nome ombite portaient la figure du crocodile, l'animal sacré du dieu principal du uame. Une inscription grecque en l'honnt'ur de Philométor se lit dans le même temple; c'est un liommage des troupes cantonnées dans ce nome : l'inscription s'exprime ainsi : « Pour la conservation du roi Ptolémée et de la reine Cléopâtre sa sœur, dieux Philométors, et de leurs enfants, à Aroëris, dieu grand, et aux divinités adorées dans le même temple , les fantassins , les cavaliers, et autres personnes stationnées dans le nome d'Ombos, ont fait ce sécos à cause de la bienveillance
fie ces divinités envers eux. » Le nome (l'Onibos étant le plus méridional de tous ceux de l'Kgypte; des troupes nombreuses devaient y être établies, chargées de garder ce côté des frontières du pays. A Antœopolis, il existe une seconde inscription grecque du règne de Ptolémée Pliilométor ; elle constate , en ces termes , que ce roi fit élever le pronaos du temple de ce lieu , et qu'il le consacra à Antée :
« Le roi Ptolémée , fils de Ptolémée et de Cléopâtre, dieux Ëpiphanes et Eucharistes, et la reine Cléopâtre, sœur du roi , dieux Philométors, ont fait ce pronaos à Antée et aux dieux adorés avec lui dans le même temple. » Il paraît que la corniche de ce pronaos éprouva de graves dommages, et elle fut réparée par les soins des empereurs romains, qui ajoutèrent cette seconde inscription à la première qu'ils restituèrent : « Les empereurs Césars Aurèle Antonin et Verus, Augustes , en ont réparé la corniche, l'an 4 des Augustes, le 9 du mois de payni. » Un édifice de Parembolé, en INubie, porte aussi cette commémoration de Ptolémée Philométor, dans une dédicace ainsi conçue : « Pour le salut du roi Ptolémée et de la reine Cléopâtre, sa sœur et sa femme , les dieux Philométors, à Isis et aux dieux adorés dans le même temple. » Dans une autre dépendance territoriale de l'Égypte, l'île de Chypre, qui resta toujours sous l'autorité de Philométor, malgré les démarches de son frère Évergète auprès du sénat romain , on a trouvé aussi un souvenir officiel de Philométor et de l'attachement que lui conservaient les habitants d'une des principales cités de l'île : on lit sur ce marbre grec: «La ville (de Citium) honore Hégias, de Crète, fils de Damothète, commandant des gardes du corps et gouverneur de la ville, pour sa vertu et pour son dévouement envers Ptolémée, la reine Cléopâtre sa sœur , dieux Philométors , et leurs enfants ; et pour ses bienfaits envers elle-même. »
Du reste , le roi grec Ptolémée Philométor ne se priva d'aucune des formules honorifiques et religieuses con-
sacrées parle protocole égyptien. Le grand temple d'Ombos porte aussi une grande dédicace en écriture hiéroglyphique , au nom de ce même roi ; et comme si elle était pour l'illustre Sésostris, elle dit: «La vie! le dieu bienfaisant, soleil seigneur du monde, approuvé par Phtha , image vivante d'Amon-Ra , chéri des dieux , aimé d'Aroëris , tuteur de la région... , dieu grand, seigneur suprême, dieu puissant dans... La vie! le dieu gracieux, soleil seigneur des seigneurs , Ptolémée vivant toujours , aimé de Phtha , chéri des dieux , et de Sewek , seigneur de la région d'or dans le disque solaire, bienfaiteur, etc. » Le musée royal du Louvre possède des contratsoriginaux, sur papyrus, en écriture démotique, datés du règne d'Alexandre, fils d'Alexandre , de la 22' année de Ptolémée Évergète I*'"', de la 7" année de Philopator , de la 8" et de la 21° année d'Épiphane; mais on n'y voit aucune de ces transactions entre particuliers, qui appartienne au règne de Philométor.
Les pièces de ce genre ne sont cependant pas rares , et il en existe aussi de l'époque romaine : comme la religion et le culte , les règles de l'administration publique restèrent les mêmes dans l'Eigypte soumise à des souverains d'origines diverses.
Le protocole de ces contrats privés nous en donne la certitude-; il nous apprend aussi qu'il existait à Alexandrie un culte public en l'honneur d'Alexandre le Grand , et que les Ptolémées qui succédèrent au grand roi ne firent faute de s'y faire associer. Ainsi , il y avait à Alexandrie un prêtre d'Alexandre , qui l'était aussi des dieux Soters, des dieux Adelphes , des dieux Évergètes , des dieux Philopators . des dieux Ëpiphanes , et ensuite du dieu Philométor, quand ce roi eut quitté la vie; espèce d'apothéose religieuse dans la- (|uelle les reines ne furent pas oubliées. On voit , en effet , par le texte de l'inscription d'Adulis, de l'inscription de Pxosette, du contrat de Ptolemaïs, et des deux contrats du règne d'Épiphane que J'ai publiés , qu'une prêtresse de Tordre des canéphores avait été char-
ÉGY
gée du culte de la reine Arsinoé Pliiladelplie, une athlophore de celui de BéréniceÉvergète T', et une prétresse, d'Arsinoé Pliilopator. D'autres prêtres étaient chargés de desservir les honneurs divins rendus à Ptoléniée Soter, le fondateur de la (lynastie , dans la ville de Ptoléniaïs d'Égypte.
On voit aussi , par ces protocoles , que l'espèce d'invocation de l'autorité publique, comme symbole de protection , en tète des actes passés , pour des intérêts privés, par les ofliciers |)ublics, remonte à une haute antiquité. Nous pouvons ajouter, qu'à cette même antiquité , l'usage de Veuregistrement de ces actes était établi; et que cette formalité donnait à ces attes , comme elle le fait aujourd'hui , une date certaine et une sanction légale qui en garantissait rexécution.
L'antiquité alla encore plus loin : aux noms , prénoms et qualités des parties contractantes, elle ordonna d'ajouter leur signalement : voici, comme preuve, d'une singulière curiosité , d'un tel usage , le texte traduit d'un contrat daté d'un des derniers jours du mois de mai de l'an 105 avant l'ère chrétienne :
« Sous le règne de Cléopàtre et de Ptoiémée son (ils, surnommé Alexandre, dieux Philométors-Soters, en l'an XII qui est aussi l'an ix (le règne de Cléopàtre ayant commencé 3 ans avant l'association de son fils) , sous le prêtre, qui est à Alexandrie , d'Alexandre , et des dieux Soters , et , des dieux Adelphes , et des dieux Évergètes , et des dieux Philopators, et des dieux Épiplianes, et du dieu Philométor, et du dieu Eupator , et des dieux Évergètes (II) : sous l'athlophore de Bérénice Évergète(I"),et sous la canéphore d' Arsinoé Philadelphe et de la déesse Arsinoé Eupator, qui sont à Alexandrie ; et à Ptolémaïs de la Thébaïde , sous les prêtres (des deux sexes) de Ptoiémée Soter, lesquels et lesquelles sont à Ptoléinaïs ; le 29 du mois de tybi , sous Apollonius préposé à l'Agoranomie pendant c« mois, pour l'administration des fonds de terre nus, dans le nome Tathyrite , == a vendu