TE
Panionthis, de couleur noire, beau, long de corps , visage rond , nez droit ; ainsi que Enachomneus , de couleur jaune , aussi visage rond , nez droit ; et Semmouthis Persinei , laquelle est de couleur jaune , visage rond , nez un peu aquilin , bouffie -, et ftlelyt Persinei, laquelle est de couleur jaune , visage rond , nez droit ; avec leur maître Pamonthis, covendeur; tous quatre de la corporation des Pétôliostes , parmi les ouvriers en cuir memnoniens ; = un fonds de terre nu, à eux appartenant dans la partie du sud du quartier des Memnoniens, un espace de cinq mille cinquante coudées d'étendue : les voisins du sud, la rue Royale; du nord et du levant . le fonds de. Pamonthis et de Bokon-Ermios , son frère , et les terres communales; du couchant , la maison de ïaphis , fils de Chalomis, passant au milieu... Tels sont les voisins de toutes parts ; = a acheté le champ, Néchoutis, petit, de couleur jaune, agréable, visage long, nez droit, une cicatrice au milieu (lu front, six cent une pièces de momiaie de cuivre : les vendeurs étant les courtiers et les garants de ce qui est relatif à cet achat. = A accepté Néchoutis l'acheteur. {Ici les signatures.) On lit à la marge: En l'an xii (jui est aussi l'an ix , le 20... de pharmouthi, Diocsis? étant préposé aux contributions , Ghotsemphis préposé en second ; Héracléide contrôleur de l'achat ; Néchoutis , petit , = un fonds de terre nu , de 5050 coudées , situé dans la partie sud du quartier des Memnoniens , qu'il a acheté de Pamonthis et aussi d'Enachonmeus , lequel a signé avec ses sœurs ; pour COI pièces de cuivre , etc. , etc. »
On voit , par le texte de ce contrat , que les forn)ules actuellement prescrites dans les actes des transactions privées, sont aujourd'hui en (|uelques points moins compliquées (ju'elles ne l'étaient il y a près de deux mille ans; le contrat que nous venons de relater remonte à cette antique date ; il est de peu postérieur à l'époque de la mort de Ptoiémée Philométor.
Ce roi, en cessant de vivre et de
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régner, laissait, avec la reine Ciéopâtre sa veuve, deux filles et un fils encore en très-bas âge.
Enhardi par cette circonstance, qui ne devait lui faire craindre que cette inactive opposition propre aux temps où les rois sont en tutelle, et peutêtre aussi par l'exemple récent de Démétrius, frère d'Antiochus le Grand, qui lui avait succédé à Texcliision de son fils mineur Antiochus Eupator, le frère de Ptolémée Philométor, qui prit le surnom d'Évergète II, apprenant la mort du roi, s'empressa de quitter Cyrène et de venir, les armes à la main, s'emparer de la couronne d'Épypte au détriment du jeune fils de Philométor. Incapable de résister, Cléopâtre lui envoya des députés qui réglèrent avec lui qu'elle deviendrait sa femme, et qu'Évergète prendrait la tutelle du jeune roi. Il entra dans Alexandrie avec ce titre, épousa la reine mère, et, le jour même de son union , il fit égorger le jeune héritier du trône dont il devint le possesseur par ce crime. Le jeune prince avait été reconnu comme roi; il porta le surnom d'Eupator, et il est mentionné sous ce nom, et au rang dynastique qui lui est assigné comme successeur légitime de son père, dans le contrat de vente dont le texte est ci-dessus rapporté. Son règne ne dura que quelques mois, et il périt dans l'âge de l'enfance.
Son oncle, Évergète II, préludait ainsi aux atrocités dans lesquelles il sembla toujours se complaire. Bientôt après, arrivé à Memphis pour son inauguration religieuse, la reine y mit au monde un fils, qui, de cette .circonstance, reçut le nom de Memphite.
Cette naissance et l'inauguration du roi eurent lieu vers la fin de la première année de son règne, peut-être même, et comme pour Epiphane, le jour anniversaire de celui où il était parvenu au trône.
Au milieu des fêtes célébrées à l'occasion de la naissance d'un héritier de la couronne royale, le roi fit mettre à mort plusieurs Çyrénéens qui l'avaient accompagne en Egypte , et qui se ren-
dirent coupables de quelques plaisanteries sur ses relations avec une femme nommée Irène. Aussi les Égyptiens se souvenaient-ils avec plus de soin et plus de respect de la bienfaisance et de la modération de Philométor, et cette comparaison qu'ils faisaient des deux princes rendait plus vif encore leur désir de se soustraire à tant de tyrannie. Ptolémée avait pris le surnom d'Évergète ou Bienfaiteur; le peuple le nomma avec plus de raison Kakergète ou Malfaiteur. Rien d'ailleurs dans sa personne ne contribuait à lui concilier la faveur publique : son corps était aussi hideux que son caractère, et Posidonius le Stoïcien, qui accompagnait en Egypte P. Scipion jEmilien, visitant avec Spur. Merula et L. Memmius les États des rois alliés, et qui vit Évergète, a fait de sa conformation un tableau repoussant, ce qui a fait dire à .Tustin qu'Évergète II parut autant ridicule aux Romains qu'il était odieux à ses sujets; ils le surnommaient aussi Physcon, le T'entru.
Les envoyés de Rome arrivèrent en Égypte à l'époque où Évergète fut forcé d'appeler, par des actes publics , des étrangers dans son royaume, tant les supplices ou la crainte d'y être exposé avait diminué la population d'Alexandrie. Il ne renonça pas pour cela à ses funestes pratiqués, et la licence qu'il tolérait dans les troupes mercenaires ne fit qu'accroître encore le désordre.
Il n'avait pas été moindre dans l'intérieur du palais que dans l'intérieur du royaume; car, épris de la jeune Cléopâtre, fille de son frère et de sa femme, Évergète avait répudié celleci pour épouser l'autre.
Cet état de choses dura quinze ans à compter de la fin du règne de Philométor, comme le rapporte Diodore de Sicile; mais à cette époque, jugeant qu'il avnit tout à redouter d'un peuple que d'atroces injustices avaient poussé à l'insurrection, le roi s'échappa d'Alexandrie et alla lever des troupesétrangères pour reconquérir son trône. Ceci se passait en l'an 132 avant l'ère vulgaire.
Aussitôt le peuple d'Alexandrie renversa et détruisit les images du roi.
Présumant que Cléopâtre la mère l'excitait à cette action, Ëvergète en était plus porté à la vengeance, et bientôt après il marcha contre Alexandrie. Il fit aussi mettre à mort son jeune fds et sans autre motif que l'intention d'affliger sa mère, l'ayant emmené avec lui, craignant qu'en son absence les Alexandrins pussent le placer sur le trône.
Cléopâtre, secondée par les sujets du roi, se préparait à lui résister; elle avait réuni une armée sous le commandement de Marsyas, qui en vint aux mains avec les troupes d'Évergète, commandées par Hégélochus. Marsyas fut fait prisonnier et conduit au roi, qui lui pardonna, voulant, par ce premier acte de clémence, faire oublier sa cruauté.
Dans ces conjonctures, Cléopâtre demanda du secours au roi de Syrie Démétrius, qui était l'époux de sa fille. C'était au temps oii il venait de triompher d'Antiochus Sidétès chez les Parthes, et qu'il remontait sur son trône après un interrègne de neuf années, l'an 130.
Démétrius n'hésita pas d'embrasser la cause de Cléopâtre, et d'ordonner l'envoi d'une armée en Egypte; mais Antioche et plusieurs autres villes de la Syrie venaient de se déclarer indépendantes de son autorité. IS'espérant plus de secours en Egypte , Cléopâtre la quitta, emportant de grandes richesses, et se retira auprès de Démétrius même. En attendant, Ptoiémée, qui favorisait la défection des villes syriennes, suscitait aussi un compétiteur à Démétrius; il soutenait de son crédit et de son arniée les fourberies d'un jeune Égyptien, qui se prétendit le fils adoptif d'Antiochus Sidétès, et qui prit le nom d'Alexandre. La haine que Démétrius avait inspirée à ses sujets par son orgueilleuse domination favorisa les prétentions du faux Alexandre. Le roi de Syrie se vit bientôt délaissé par sa femme même et ses fils, qui se retirèrent à Ptolémaïs; il chercha vainement un asile dans le temple deXyr, il y fut mis à mort, et Alexan-
dre monta sur le trône de Syrie.
Bientôt il oublia jusqu'à son bienfaiteur, et menaça l'Egypte et son roi Ëvergète II. Celui-ci, qui ne trouvait aucune garantie dans les intentions du faux Alexandre, se réconcilia d'abord avec Cléopâtre sa sœur et sa première femme, donna sa fille Tryphène à Antiochus, surnommé Grypus, l'un des fils de Déinétrius Soter, et, lui fournissant en même temps une nombreuse armée, il le plaça sur le trône de Syrie, où le faux Alexandre ne fit qu'apparaître.
L'avénementd'Antiochus Grypus au trône de Syrie, en l'an 127, ramena la tranquillité dans le royaume. Tryphène, fille d'Évergète II, en était la reine; cette alliance contribua aussi à rendre à l'Egypte le repos dont elle avait besoin.
Ptoiémée Ëvergète II, n'étant plus distrait par la nécessité de défendre son royaume au dehors, s'adonna aux lettres et aux arts ; il prit le soin d'en ranimer l'étude, que les malheurs publics avaient fait négliger. Il appela de nouveau les savants et les artistes à sa cour, protégea efficacement les institutions littéraires qui existaient à Alexandrie, et, disciple d'Aristarque le grammairien, il se plaça lui-même parmi les auteurs de son siècle qui rédigèrent de longs ouvrages. Il écrivit des Commentaires en vingt-quatre livres : la zoologie en fut le sujet spécial, si l'on en juge par les fragments qui nous restent, et qui traitent de quelques animaux ou curieux ou utiles, entre autres des poissons d'une rivière de Libye, du paon, du faisan, etc. Ce goût de Ptoiémée pour les recherches savantes lui fit aussi donner le surnom de Philologue, qu'il mérita moins peut-être que celui de Kaker-
gète. , . ^ ^
Ce prmce approchait par son âge du terme de sa carrière , et la reine voulut prévenir les effets d'une mort inopinée : des deux fils qui restaient à Ptoiémée, elle haïssait profondément le premierné, celui que l'usage appelait à succéder à son père. Elle eut assez d'ascendant sur le roi pour le déterminer à le
L'UÎSIVERS.
faire partir pour l'île de Chypre, espérant que sou éloiguenient donnerait à Alexandre, son second fils, le temps et l'occasion de prendre la couronne lorsque la fin du règne et de la vie de leur f)ère serait arrivée. Elle eut lieu peu de temps après, et dans la 29^ année du règne d'Évergète II.
Malgré les continuelles agitations intérieures et extérieures dont le règne de ce prince fut traversé, il en est peu dans l'histoire d'Egypte dont il nous reste aujourd'hui de si nombreux et de si importants monuments, comme si les honneurs à rendre aux dieux, et l'agrandissement, l'ornement ou rédilication des édifices sacrés, étaient mis en Egypte hors de Tinfluence des plus sinistres événements, moins puissante que la piété profonde dont la nation était animée.
Un des plus curieux monuments de cette époque est, sUns contredit, le petit temple de Thôth, près de Médinet-Habou, à Thèbes, élevé par Ptolémée Évergète II, et dédié en son nom et en celui de Cléopâtre sa première femme. Nous mettons sous les yeux du lecteur la description de ce curieux édifice, telle qu'elle a été rédigée sur les lieux, en 1829, par Champollion le jeune.
« Dans le quartier sud-ouest de la vieille capitale pharaonique s'élèvent deux édifices sacrés dignes d'intérêt sous les rapports historiques et mythologiques.
« L'une de ces constructions s'élève au milieu de broussailles et de grandes herbes, en dehors de l'angle sud-est et à une très-petite distance de l'énorme enceinte carrée, en briques crues, qui environnait jadis le palais et les temples de l\Iédinet-Habou. (l'est un édifice de petites proportions, et qui n'a jamais été complètement terminé; il se compose d'une sorte de pronaos et de trois salles successives, dont les deux dernières seulement sont décorées de tableaux soit sculptés et peints, soit ébauchés, ou même simplement tracés à l'encre rouge. Ces tableaux ne laissent aucun doute sur la destination du monument, ni sur l'époque de sa cons-
truction. Il appartient au règne des Lagides, comme le prouve une double dédicace d'un travail barbare, sculptée intérieurement autour du sanctuaire, et les noms royaux inscrits devant les personnages figurant dans tous les tableaux d'adoration.
« La dédicace annonce expressément que le roi Ptolémée Évergète II , et sa sœur la reine Cléopâtre, ont construit cet édifice , et l'ont consacré à leur père le dieu Thoth, ou Hermès Ibiocéphale.
« C'est ici le seul des temples encore existants en Egypte qui soit spécialement dédié au dieu protecteur des sciences, à l'inventeur de l'écriture et de tous les arts utiles, en un mot a l'organisateur de la société humaine.
On retrouve son image dans la plupart des tableaux qui décorent les parois de la seconde salle, et surtout celles du sanctuaire. On \'y invoquait sous son nom ordinaire de Thôth, que suivent constamment soit le titre de sotem, qui exprime la suprême direction des choses sacrées, soit la qualification Ho-en-Hib, c'est-à-dire, qui a une face d'Ibis, oiseau sacré, dont toutes les figures du dieu, sculptées dans ce temple, emprimtent la tête, ornée de coiffures variées.
« On rendait aussi dans ce temple un culte très-particulier à Nohémouo ou Noharnouo , déesse que caractérisent le vautour, emblème de la maternité, formant sa coiffure, et l'image d'un petit propylon s'élevant au-dessus de la coiffure symbolique. Les légendes tracées à côté des nombreuses représentations de cette compagne du dieu Thoth, qui, d'après son nom même, paraît avoir présidé à la conservation des germes, l'assimilent à la déesse Sasch/niouè , compagne habituelle de Thôth, régulatrice des périodes d'années et des assemblées sacrées.
n Ces deux divinités reçoivent, outre leurs titres ordinaires, celui de liésidant à Manthom; nous apprenons ainsi le nom antique de cette portion de Thèbes où s'élève le temple de Thôth.
« Le bandeau de la porte qui donne
ÉGYP I K.
entrée dans la dernière salle du temple, \e sanctuaire proprement dit, est orné de quatre tableaux représentant Ptolémée faisant de riches offrandes , d'abord aux grandes divinités protectrices de Thèbes , Amon-Ra, Mouth et Chons, généralement adorées dans cette immense capitale, et en second lieu aux divinités particulières du temple, Thôth et la déesse Nohamoiio.
Dans l'intérieur du sanctuaire, on retrouve les images de la grande triade thébaine, et même celles de la triade adorée dans le nome d'Hermonthis, qui commençait à une courte distance du temple. Deux grands tableaux, l'un sur la paroi de droite, l'autre sur la paroi de gauche, représentent, selon l'usage, la Bari ou Arche sacrée de la divinité à laquelle ap|)artient le sanctuaire. L'arche de droite est celle de Thôtii-Peho-en-Hib {Thôth à face d'Ibis), et l'arche de gauche celle de Thôth Psotem (Thôth, le surintendant des choses sacrées). L'une et l'autre se distinguent par leurs proues et leurs poupes décorées de têtes d"épervier, surmontées du disque et du croissant, à tête symbolique du dieu Chons, le fds aîné d'AmmOn et de Mouth, la troisième personne de la triade thébaine, dont le dieu Thôth n'est qu'une forme secondaire.
0 Ici, comme dans la salle précédente, on retrouve toujours le roi Ptolémée Èvergète II , faisant des offrandes ou de riches présents aux divinités locales. Mais quatre bas-reliefs de l'intérieur du sanctuaire, sculptés deux à gauche et deux à droite de la porte, ont Kxé plus particulièrement mon attention. Ce ne sont plus des divinités proprement dites auxquelles s'adressent les dons pieux du Lagide : ici, f.vergète II, comme le disent textuellement les inscriptions qui servent de titre à ces bas-reliefs, brûle Vencens fin l'honneur des pères de ses pères et des mères de ses mères. Le roi accomplit en effet diverses cérémonies religieuses en présence d'individus des deux sexes, classés deux par deux, et revêtus des insignes de certaines divinités. Les légendes tracées devant
chacun de ces personnages achèvent de démontrer que ces honneurs sont adressés aux rois et aux reines Lagides, ancêtres d'Évergète II en ligne directe; et, en effet, le premier basrelief de gauche représente Ptolémée Philadelphe, costumé en Osiris, assis sur un trône à côté duquel on voit la reine Arsinoé sa femme, debout, coiffée des insignes de IMouth et d'Hathôr.
Ëvergète II lève ses bras en signe d'adoration devant ces deux époux, dont les légendes signifient : Le divin père desespères, Ptolémée, dieu philadelphe ; la divine vière de ses mères , ÀKSiiNOÉ, déesse philadelphe.
<c Plus loin, Èvergète II offre l'encens à un personnage également assis sur un trône, et décoré des insignes du dieu Socarosiris, accompagné d'une reine debout, la tête ornée de la coitfure d'Hathôr, la Vénus égyptienne; leurs légendes portent : Le père de ses pères, Ptolémée, dieu créateur; la divine mère de ses mères , Bérénice , déesse créatrice. On peut donc reconnaître ici soit Ptolémée Soter P% et sa femme Bérénice, fille de Magas, soit Ptolémée Èvergète l", et Bérénice sa femme et sa sœur. L'absence totale du cartouche prénom dans la légende du Ptolémée, objet de cette adoration, autoriserait l'une ou l'autre de ces hypothèses. Mais si l'on observe que ces deux époux reçoivent les hommages d'Évergète II a la suite des honneurs rendus en premier lieu à Ptolémée et à Arsinoé Philadelphes, on se persuadera que le second tableau concerne les enfants et les successeurs immédiats de ces Lagides, c'est-à-dire, Èvergète I" et Bérénice sa sœur. Le titre Vje Pther-mounk, dieu créateur, dieu fondateur ou fabricateur, conviendrait beaucoup mieux, il est vrai, à Ptolémée Soter I", fondateur de la domination des Lagides; mais j'ai la pleine certitude que ce titre est prodigué sur les monuments égyptiens à une ifoule de souverains autres que des chefs de dynasties.
« Deux bas-reliefs, sculptés à droite de la porte, nous montrent Èvergète II rendant de semblables honneurs aux
L'UNIVERS
images de ses autres ancêtres et prédécesseurs, et toujours en suivant la ligne généalogique descendante : ainsi, dans le premier tableau, le roi répand des libations devant le divin père de son père, Ptolémée, dieu Philopa- TOR, et la divine mère de sa mère, AESiNOÉ,</e'mePHiLOPATORE; enfin, dans-le second tableau , il fait l'offrande du vin à son royal père Ptolémée, dieu Épiphane , et à la royale mère Cléopatbe, déesse Épiphane. Son père et son aïeul sont figurés dans le costume du dieu Osiris; sa mère et son aïeule dans le costume d'Hathôr.
Quant aux titres Pbiladelphe, Philopator et Épipbane, ils sont placés à la suite des cartouches noins propres, et exprimés par des hiéroglyphes phonétiques (représentant les mots coptes équivalents). Ces quatre tableaux nous donnent donc la généalogie complète d'Évergète II, et l'ordre successif des rois de la dynastie des Lagides à partir de Ptolémée Pbiladelphe.
« C'est toujours ainsi que les monuments nationaux de l'Égypte servent pour le moins de confirmation aux témoignages historiques puisés dans les écrits des Grecs ; et cela toutes les fois qu'ils ne viennent point éclaircir ou coordonner les notions vasues et incohérentes que ce même peuple nous a transmises sur l'histoire égyptienne, surtout en ce qui concerne les anciennes époques. L'usage constamment suivi par les Égyptiens de couvrir toutes les parois de leurs monuments de nombreuses séries de tableaux représentant des scènes religieuses ou des événements contemporains, dans lesquels figure d'habitude le souverain régnant à l'époque même où l'on sculptait ces bas-reliefs; cet usage, disonsnous , a tourné bien heureusement au profit de l'histoire , puisqu'il a conservé jusqu'à nos jours un immense trésor de notions positives qu'on chercherait inutilement ailleurs. On peut dire, en toute vérité, que, grâce à ces bas-reliefs et aux nombreuses inscriptions qui les accompagnent, chaque monument de l'Égypte s'explique par luimême, et devient, si l'on peut s'expri-
mer ainsi, son propre interprète. Il suffit, en effet, d'étudier quelques instants les sculptures qui ornent le sanctuaire de l'édifice situé à côté de l'enceinte de IMédinet-Habou, la seule portion du monument véritablement terminée, pour se convaincre aussitôt qu'on se trouve dans un temple consacré au dieu Thôth, construit sous le règne d'Évergète II, et de sa soeur et première femme Cléopâtre, mais dont les sculptures ont été terminées postérieurement à l'époque du mariage d'Évergète II avec Cléopâtre sa nièce et sa seconde femme, mentionnée dans les légendes royales qui décorent le plafond du sanctuaire.
« Le style mou et lourd des bas-reliefs, la grossièreté d'exécution des hiéroglyphes, et le peu de soin donné à l'application des couleurs sur les sculptures, s'accordent trop bien avec les dates fournies par les inscriptions dédicatoires, pour ne pas reconnaître dans le petit temple de Thôth un produit de la décadence des arts égyptiens, devenue si rapide aux dernières époques de la domination grecque. »
Les autres constructions du même règne rendent le même témoignage, et il se vérifiera partout où les traces des travaux ordonnés par Évergète II subsistent encore : à Edfou, sur la paroi droite du pronaos qui fut terminé par ce prince; au mammési du même lieu, où sont représentées l'enfance et l'éducation du jeune Har-Sont-Tho , fils de Har-Hat et d'Athôr, auquel la flatterie a associé Évergète II, représenté aussi comme enfant, et partageant les caresses que les dieux de tous les ordres prodiguent au dieu nouveau-né ; à Ombos, dont Évergète II fit agrandir le grand et le petit temple; à Dakkèh en Nubie, où le même roi fit continuer le temple de Thôth fondé par le roi éthiopien Ergamène; à Philœ, au temple d'Hathôr élevé par Ptolémée Épiphane et orné par son second fils , qui , toutefois, s'attribue les honneurs de la dédicace dans les longues inscriptions de la frise. A El-Asassif , le sanctuaire du temple d'Amon-Ra fut aussi réparé par Évergète II , en son nom et
en celui de la reine Cléopâtre, réparations dont le style contraste par leur jçrossièreté avec l'élégance du style des autres parties du monument fondé par le Pharaon Thouthmosis ^^ Le temple d'Hathôr, situé derrière l'aménophium de Thèbes, fut aussi l'objet des soins pieux d'Ëvergète II. Les inscriptions constatent encore aujourd'hui qu'il en fit terminer une partie des décorations, et ces inscriptions s'expriment ainsi : « Bonne restauration de l'édilice, exécutée par le roi germe des dieux lumineux, l'éprouvé par Phtha, etc. , Ptoléniée toujours vivant, et par sa royale sœur, la modératrice souveraine du monde, Cléopâtre, et par sa royale épouse, la modératrice souveraine du monde, Cléopâtre, dieux grands chéris d'Amon-Ra. « Enfin à Médinet-Habou le même prince fit restaurer les portes et une portion du plafond de la grande salle.
L'un des plus précieux monuments égyptiens qui nous restent du règne de Ptolémée Évergète II , est , sans contredit , la stèle en granit qui se voit, à côté de la porte, sur le pylône oriental du grand temple de Philœ ; inscription en caractères hiéroglyphiques , qui contient l'acte d'une donation faite au temple , et une date ainsi conçue : « L'an XXIV, au mois de peritios, qui est , pour les Égyptiens , le mois d'épiphi ; » renseignement d'un bien grand intérêt pour la concordance du calendrier macédonien , auquel appartient le mois de peritios , avec le calendrier égyptien , dont le mois d'épiphi est le onzième. L'inscriptiondeRosette fournit un exemple analogue, et on y trouve de plus la concordance des jours des deux mois. L'indication de 13 24" année du règne d'Évergète II fixe la date de cet acte de donation à l'année 123 avant l'ère chrétienne.
Le musée royal du Louvre possède quatre contrats en écriture démotique, passés durant le règne de Ptolémée Évergète II ; le plus ancien est de l'an 28 de ce règne; deux autres portent les dates de l'an 4 1 et de l'an 45. Évei-gète II , cependant , ne régna réelle-
ment que 29 ans ; mais ayant été appelé un moment au trône, lorsque son frère Philométor fut détrôné par le roi de Syrie, ce qui arriva 24 ans ayant son propre avènement , Évergète II compta les années de son règne éphémère à la place de Philométor, et se donna ainsi 53 années de règne, quoiqu'il n'ait réellement régné que 29 ans depuis la mort de son frère Philométor, et y compris la courte existence de son neveu Eupator, assassiné par ses ordres. Les médailles de ce roi , connues jusqu'à ce jour, ne portent pas de date postérieure à l'an 27 de son règne. D'autres monuments en langue grecque se rapportent aussi au règne et à l'histoire d'Évergète II.
On lit sur les listes du pronaos du temple d'Hathôr à Philaî, une inscription qui porte : « Le roi Ptolémée et la reine Cléopâtre sa sœur, et la reine Cléopâtre sa femme, dieux Évergètes, à Vénus. »
Une autre inscription grecque était gravée sur un des temples de Dakkèh en Nubie, annonçant un vœu en l'honneur du roi Ptolémée, et des reines, vraisemblablement , dieux Évergètes.
On a trouvé an Caire , sur une pierre isolée , la mention d'un monument élevé à Évergète II par un fonctionnaire public du temps, comme l'annonce le texte de l'inscription ainsi conçue : « Apoilodore, fils d'Aétès, un des premiers amis , épistate et greffier du corps des cavaliers du pays , honore par ce monument, le roi Ptolémée, dieu Évergète, filsdes dieux Épiphanes.»
L'usage de ces honneurs rendus au roi régnant parleurs propres employés ou par les corporations civiles et militaires, paraît avoir été général en Égypte pendant la domination des rois grecs. On en tire une preuve nouvelle de l'inscription grecque découverte près de la première cataracte , qui contient un hommage aux divinités locales pour les rendre favorables au roi, et qui s'exprime ainsi : « Pour la conservation de Ptolémée et de la reine Cléopâtre sa sœur, dieux Évergètes, et de leurs enfants , Héroïde , ïiis de Démophon , natif de Bérénice, commandant des gardes du corps , et stratège,
L U NI VER s.
et les Basilistes qui tiennent leurs réunions à Sétis, rile de Bacchus, dont les noms sont inscrits ci -dessous, = àChnoubis, appelé aussi Ammon;à Satis, appelée aussi Junon ; à Anucis, appelée aussi Vesta; à Péteinpamentis, appelé aussi Bacchus; à Pétensétès, appelé aussi Saturne ; à Petensénès , appelé aussi Hermès , dieux grands , et aux autres divinités adorées à la cataracte , = consacrent cette stèle , et les sommes fournies par chacun d'eux pour les frais des sacrifices et libations qui auront lieu dans le synode, pendant les premiers neuvièmes jours de chaque mois , et pendant les autres jours éponymes ; Papias , fils d'Ammonius , étant prostate , et Denvs , fils d'Apollonius, étant grand prêtre du synode. >> {Traducion de M. Letronne.) I,es noms des Basilistes suivent le texte de cette inscription , où l'érudition a recueilli avec avantage une précieuse assimilation de quelques divinités égyptiennes à autant de dieux de la mythologie grecque et latine.
Il y eut, du reste , quelque chose de plus que le mélange des dieux dans les rapports de PÉgypte avec la Grèce et avec Rome. Évergète II s'était fait des amis parmi les Romains , ou plutôt s'était fait leur ami et leur client; et une autre inscription grecque, trouvée dans l'île de Délos, prouve qu'un Romain fut revêtu par Évergète II du titre d'ami du roi (titre d'une charge de cour) , et que le roi lui donna aussi le gouvernement d'une prôvince de l'Egypte : cette inscription, en effet, s'exprime ainsi : « Lucius Pedius et Caius Pedius , (ils de Gains Pedius , Romains , ont honoré pour sa vertu , ses qualités éminentes et sa bienveillance envers eux , IMarcus Pedius , parent du rai Plolémée Évergète et de la reine Cléopâtre, et épistratége. Ils consacrent cette statue à Apollon et à Diane. >:
Enfin, un autre monument en langue grecque, du règne d'Evergète II, nous a été conservé , et il est, sans nul doute, le plus curieux parmi tous les autres , par les faits importants yue l'histoire de l'administration des
Ptolémées en Égypte, sous les rapports religieux , civil et militaire , doit V recueillir. Les prêtres égyptiens de l'île de Phila; adressent au roi leurs plaintes contre la plupart des fonctionnaires du pays et les troupes qui s'y rendent , en ces termes ; « Au roi Ptolémée, à la reine (>léopâtre sa sœur, à la reine Cléopâtre sa femme , dieux Évergètes, salut: Nous, les prêtres d'Isis , adorée dans l' Abaton et à Philae , déesse très-grande : considérant que les stratèges , les épistates , les thébarques , les greffiers royaux , les épistates des corps chargés de garder le pays , tous les officiers publics qui viennent à Philœ, les troupes qui les accompagnent, et le reste de leur suite, nous contraignent de leur fournir de l'argent ; et qu'il résulte de tels abus que le temple est appauvri , et que nous courons le risque de n'avoir plus de quoi suffire aux dépenses , réglées par les lois , des sacrifices et libations qui se font pour la conservation de vous et de vos enfants , nous vous supplions, dieux très -grands, de charger, s'il vous plaît, Numénius, votre parent et épistolographe, d'écrire à Lochus , votre parent et stratège de la Thébaïbe, de ne point exercer, à notre égard , de ces vexations , ni de permettre à nul autre de le faire ; de nous donner, à cet effet, les arrêtes et autorisations d'usage, dans lesquelles nous vous prions de consigner la permission d'élever une stèle où nous inscrirons la bienfaisance que vous aurez montrée à notre égard eiî cette occasion , afin que cette stèle conserve éternellement la mémoire de la grâce que vous nous aurez accordée. Gela étant fait , nous et le temple , en ceci , comme nous le sommes en d'autres choses, vos très -obligés. Soyez heureux. « {Traduction de M. Letronne.)
Les faits historiques abondent dans ce texte , et il a eu sur les études égy[itiennes la plus haute infiuence : la stèle que les prêtres se proposent d'élever en l'honneur du roi Ptolémee fut en effet exécutée; cette stèle, qui était un obélisque en écriture hiéro-
ÉGYPÏE.
glyphique, a été trouvée près de l'inscription grecque ; elle a ainsi mis à la disposition de la critique philologique un second texte hiéroglyphique se rapportant à un texte grec, et analogue en ceci au précieux texte de Rosette, l'un et l'autre contenant des noms propres absolument semblables : c'est ainsi que Champoliion le jeune a pu vérifier, par l'inscription de Philœ, les déductions qu'il avait tirées de l'inscription de Rosette, et l'alphabet des hiéroglyphes a été découvert. La stèle de Phiiœ est en Angleterre; l'inscription grecque s'y trouve aussi : ce sont deux conquêtes du plus haut intérêt pour la science , et qui serviront longtemps à conserver le souvenir de quelques faits intéressants du règne de Ptolémée Évergète II.
Quand ce prince mourut, il laissa la couronne à Cléopâtre sa veuve, et à celui de ses deux fils qu'elle choisirait pour régner avec elle. La reine eût préféré le plus jeune des deux, qu'elle croyait plus dévoué à ses volontés; mais l'usage encore l'emporta , et les vœux publics avec lui placèrent le preniier-né sur le trône. Cléopâtre le rappela de rîle de Chypre où il commandait; elle exigea de lui qu'il répudiât sa sœur Cléopâtre, à laquelle il était uni depuis quelques années, et qu'il épousât son autre sœur nommée Sélène. A ces conditions le flis aîné d'Évergète II monta sur le trône et prit le surnom de Sotcr II , vers l'an 1 17 avant Jésus-Christ. Mécontente de ce lils , la reine Cléopâtre excita contre lui la populace d'Alexandrie , le sépara de Selène dont il avait deux entants, le força de déposer la couronne , et la mit sur la tête de son second fds qui prit le surnom d'Alexandre. Celui-ci, épouvanté bientôt par les fureurs de sa mère, la quitta subitement et se retira à Chypre. Elle le rappela, en méditant le projet de s'en défaire; mais son fils la prévint en la faisant assassiner. Kxcité enfin par tant d'atrocités, le peuple d'Alexandrie chassa Alexandre du trône, et y rappela Soter II, qui avait assez respecté les liens du sang pour ne pas essayer de se réta-
blir dans ses droits au prix d'une guerre contre sa mère et contre son frère.
Tel est le triste tableau des événements qui suivirent la mort de Ptolémée Évergète II , et caractérisèrent le règne de ses successeurs immédiats durant trente-six ans , divisés en trois règnes successifs : Soter II, Alexandre P'', et Soter II rappelé.
Soter II , à son avènement , fut contraint par sa mère de répudier sa fenuue Cléopâtre qui resta seule dans l'île de Chypre.
Alors les deux prétendants au trône de Syrie, Antioclius Grypus et Antiochus Cyzicenus, n'avaient pas encore terminé leurs sanglantes querelles. Le premier avait épousé Tryphène, fille de Ptolémée Évergète II, et sœur de Cléopâtre qui gouvernait à Chypre.
Celle-ci quitta bientôt cette île pour s'unir à Antiochus Cyzicenus , et lui porta pour dot une armée qu'elle avait levée et qu'elle conduisit en Syrie.
Chypre étant alors sans gouverneur par le départ de Cléopâtre , Ptolémée Alexandres'y rendit : cela arriva la troisième année du règne de Soter II.
Le souvenir de Cléopâtre qui subit une si cruelle mort à Antioche, avait attaché Ptolémée Soter II aux intérêts d' Antiochus Cyzicenus dont Cléopâtre avait été si peu de temps l'épouse ; et dans la guerre intestine que cet Antiochus soutenait contre son frère , Ptolémée, malgré l'opposition de Cléopâtre sa mère , avait envoyé à Cyzicenus un secours de six mille hommes. Mais les sujets de ces rois n'étaient point dispensés d'être solidairement engagés dans ces calamiteuses controverses, et ils s'en trouvaient tout à la fois les défenseurs et les victimes. Les deux filles d'Évergète II s'étaient mutuellement égorgées dans l'intérêt de ces prétentions; Soter II protégeait Antiochus Cyzicenus : c'en fut assez pour que Cléopâtre la mère prêtât son assistance à Antiochus Grypus; elle fit davantage encore, et voulant à tout prix se débarrasser de l'active opposition de Soter II qui partageait le trône, elle lui supposa l'intention de 'a faire
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mourir , souleva contre lui le peujtle d'Alexandrie en lui montrant ses eunuques blessés à dessein , et le peuple crédule, se portant l'auxiliaire des fureurs de Cléopàtre contre Ptolémce Soter, obligea ce roi de cliercber son salut dans la fuite. Il se retira a Cliypre , d"où Ptoléniée Alexandre fut rappelé pour s'asseoir sur le trône avec sa mère Cleopâtre , qui réalisa enfin par cet attentat l'un de ses vœux les plus cbers. En même temps , et toujours en liaine de ce fils roi , elle sépara encore Cléopàtre Séléne de Soter son ,mari , quoiqu'elle eut déjà de lui deux entants mâles, et la donna bientôt après à Antiochus Grvpus, le compétiteur d'Antiocbus Cyzicenus que Soter protégeait.
Par cette criminelle intrigue, Soter fut donc chassé du trône, séparé de Sélène sa femme et de ses deux fils, et son premier règne finit alors. Sa durée fiit de dix ans entiers.
L'année suivante commença avec l'été de l'an 108' avant l'ère vulgaire. Le second fils de Cléopàtre fut alors placé sur le trône , et prit le surnom ù\ile:randre. Les premiers soins de Cléojjàire furent de poursuivre encore son autre fils Soter retiré à Chypre , sans que cette distance put le délivrer des cruels effets de sa haine; et la guerre qui se ralluma plus active que jamais entre les deux Antiochus de Syrie, fournit à cette passion un nouvel aliment.
Soter avait constamment secondé de ses moyens et de ses vœux Antiochus Cyzicenus; il quitta Chypre et se rendit en Syrie pour le soutenir contre Grypus ; mais Cléopàtre, aussi active dans sa haine que Soter pouvait l'être dans ses affections, craignit aussi les effets de l'alliance de Soter avec Cyzicenus qui aurait pu le seconder un jour pour remonter sur le trône d'Égypte ; elle voulut assurer de tous ses moyens le triomphe de leur ennemi commun , et l'y intéresser par une alliance. Elle fournit donc à Grypus de puissants secours en hommes et en argent, et lui fit épouser sa fille Sélène , qu'elle avait séparée de Soter II.
Néanmoins , Soter s'était rendu en Syrie appelé par les habitants de Plolémais assiégée par Alexandre Jannœus , roi des Juifs. .Tosèphe rapporte que les habitants de cette ville qui ne voulaient pas se soumettre à ce roi nouveau venu , ne pouvant pas attendre de secours des deux Antiochus de Syrie , occupés à vider leurs propres querelles par les armes, s'adressèrent à Ptolémée Lathurus qui , chassédu trône d'Égypte par sa mère Cléopàtre , était alors à Chypre.
Soter se rendit donc en Syrie arec trente mille honmies, vers le printemps de la 103'' année avant Tere vulgaire.
En attendant , les habitants de Ptoléniaïs , ne doutant pas que Cléopàtre d'Égypte ne vînt les attaquer parce que Soter venait les défendre, hésitèrent à recevoir les troupes de Ptolémée, refusèrent même son alliance. Mais les habitants de Gaza la recherchèrent aussitôt, et le roi des Juifs fut contraint d'abandonner son entreprise contre cette ville. Il feignit des lors de désirer l'amitié de Ptolémée, tout en liant de secrètes intelligences avec Cléopàtre. Ptolémée , qui crut un moment à ses trompeuses assurances, les rejeta bientôt après , entra dans la Judée, prit deux villes que Josèphe nomme Asochis de Galilée et Semphoris, défit complètement sur le Jourdain l'armée de Jannaeus , ravagea la Judée et occupa enfin Ptolémaïs et Gaza.
Il touchait aux frontières de l'Égypte : Cléopàtre s'en alarma , et envoya des corps nombreux de troupes en Syrie et en Célé-Syrie , tandis que son fils Alexandre faisait une expédition maritime contre Ptolémaïs et la Phénicie. Soter se porta inopinément sur l'Egypte, d'oii il fut repoussé et revint à Gaza, où il passa l'hiver. La même année il rentra à Chypre, et presque en même temps Cleoptitre, qui ne le voyait plus sur le chemin de l'Égypte, ramena son armée dans ses États , et y rappela celle de son tils Alexandre.
Peu d'années après, les fils d'Antiocbus Grypus disputaient à Antiochus
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Cyzioenus , leur oncle , la couronne de Syrie. Ptolémée Soter favorisa le quatrième fils de Grypus, Démétrius Eu- CcCrus ; il l'eniiiiena de Gnide à Damas , et le proclama aussi roi de Syrie.
" Le respect que Ptolémée Soter. ne cessa de témoigner à sa mère (lléopàtre, le portait à ne rien entreprendre contre l'Egypte , et il restait paisiblement à Chypre pendant que de nouvelles catastrophes se préparaient sourdement à Alexandrie. Le caractère entreprenant de Cléopàtre ne promettait pas une longue durée à son accord avec son fils Alexandre , si des guerres étrangères cessaient un jour de l'occuper. Déjà la mésintelligence s'était manifestée entre eu.x dans le temps que Soter faisait son expédition de Syrie en faveur de la ville de Ptolémaïs; car Alexandre , croyant avoir tout à redouter de l'ambition de sa mère , avait quitté Alexandrie et s'était réfugié à Chypre; mais leur danger commun les avait alors réunis de nouveau contre Soter, et cela dura autant que ce danger parut imminent. Bientôt après, Cléopàtre, qui fut surnommée Cocce, mécontente d'Alexandre, forma le projet de s'en défaire; elle pensait à l'exécutei , îorsqu'Alexandre lui-même sut la prévenir, et la fit mettre à mort, dix-huit ans après l'association de Ptolémée Alexandre au trône d'Égypte.
Par l'assassinat de la reine sa mère, Alexandre resta seul maître de la couronne d'Égypte. C'est à lui que l'on doit attribuer l'enlèvement du cercueil d'or qui renfermait le corps d'Alexandre le Grand.
Strabon a conservé le souvenir de cette profanation. Il dit à ce sujet, que le corps d'Alexandre , ravi à Perdiccas par Ptolémée, fils de Lagusou Soter, qui le fit transporter et inhumer à Alexand rie , y était encore de son temps, mais non pas dans le même ce/cueil; que ce cercueil était alors de verre , et que celui dans lequel Soter avait fait placer le corps d'Alexandre était d'or; qu'un Ptolémée fils de (Cléopàtre) Cocce , et surnommé Parisactus , qui venait de Syrie, l'avait enlevé, mais
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que , cliassé bientôt après , cette proie lui avait été inutile.
La spoliation du tombeau d'Alexandre dut avoir lieu dans le court espace de temps pendant lequel Ptolémée régna seul après avoir fait assassiner Cléopàtre sa mère, et dans la 19" et dernière année de son règne.
Car l'attentat d'Alexandre ne resta pas longtemps impuni. Bientôt après , voyant son crime découvert , Alexandre prit la fuite pour se soustraire à la fureur du peuple , et aussitôt les Alexandrins rappelèrent Ptolémée Soter.
Pendant que Soter reprenait le gouvernement des affaires publiques , et que le peuple témoignait la joie que lui causait son retour en lui donnant le surnom de Désiré, Alexandre s'était réfugié dans l'ile de Cos. Peu d'années auparavant, et lorsque Soter, relégué à Chypre et faisant son expédition de Syrie , menaça un moment l'Egypte , Cléopàtre avait envoyé dans cette île la plus grande partie de ses trésors , son testament et la famille d'Alexandre , son fils. Celui-ci , après sa fuite d'Alexandrie , s'empara de cette île et voulut faire servir les richesses qu'il y trouvait à se replacer sur le trône. Il tenta un débarquement à Alexandrie, mais il fut repoussé par Tyrrhus qui était du sang royal; sur mer, il fut battu par Chccréas, et il perdit la vie dans ce combat auquel sa famille ne survécut pas. Il avait eu plusieurs enfants de Cléopàtre, fille de son frère Soter; et un seul , bien jeune encore, qui avait été laissé à Cos, resta de cette catastrophe.
Les Thébains avaient refusé de reconnaître de nouveau Soter II , et ils se révoltèrent contre lui. Mais Soter qui les lit attaquer parvint à les ramener à l'obéissance dans la 3" année de leur rébellion , la 87"= avant l'ère vulgaire, et la 31" de son règne total compté de son premier avènement.
Thèbes fut ravagée , et ses monuments éprouvèrent de grands dommages.
iMithridate était alors en guerre avec les Romains qui ne négligaient aucun moyen d'entrer enfin en possession de
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tout l'empire d'Alexnnclre. lis occupaient une partie de la Cyrénaïque depuis ijue Ptolémée Appion", fils illégitime (l'Rvergète II , la leur avait léguée par son testament. Les Iiabitants de cette contrée s'étaient révoltés contre les Romains: Sylla, qui était dans la Grèce et qui assiégeait alors Athènes prise par Mithridate. chargea Lucullus d'aller ramener les Cyrénéens à l'obéissance.
Plutarque rapporte que Lucullus partit au milieu de l'hiver ; que durant la traversée sa flotte souffrit beaucoup de cette saison ; qu'il arriva enfin à Cyrène , en réorganisa l'administration , et que s'ttant de là rendu en Égypte les pirates inquiétèrent encore sa marche. Parvenu à Alexandrie, il y fut reçu par Ptolémée d'une manière très-distinguée. Le roi fit pour lui ce qui n'avait jamais été fait à la cour d'Alexandrie pour aucun envoyé étranger. L'ayant quittée après un court séjour, Lucullus fut comblé de présents, parmi lesquels se trouvait une bague de prix ornée du portrait du roi.
Ce voisinage des armées romaines devenait de plus en plus funeste à l'Égypte qui n'avait plus à craindre que cet ennemi. La Syrie, presque tout l'Orient prenaient une nouvelle face , et la Grèce éprouvait déjà les terribles effets des armées romaines.
Elle avait eu avec les rois d'Egypte des relations dont elle consacra plusieurs fois le souvenir par des monuments publics : Athènes en particulier orna l'entrée du théâtre , ou l'Odéon , des statues des Ptolémées ; et cette ville, reconnaissante des bienfaits nombreux qu'elle avait reçus de Soter II , lui érigea une statue en bronze , et une autre à sa fille Bérénice ; et l'on est porté à croire que le décret par lequel les Athéniens firent placer la statue de Soter II à l'entrée du théâtre , fut postérieur à sa mort.
Elle arriva après que Soter eut régné de nouveau pendant 7 ans et 6 mois , ce qui fait un total de 35 années et demie (lepuis la mort d'Évergète II , et porte la mort de ce roi à la S'2' année avant l'ère vulgaire.
Les monuments du règne de Ptolémée Soter II, d'Alexandre I" et de leur mère Cléopâtre,qui partagea longtemps avec eux l'autorité royale, ne sont pas fort nombreux. Les sculptures du propylon qui subsiste encore dans les ruines d'Apollinopolis-Parva représentent les adorations adressées au dieu Aroëris par la reine Cléopâtre, qui fut surnommée Cocce, et par son lils Soter II ; ils prennent l'un et l'autre le surnom de Piiilométor. La face supérieure de ce même propylon est l'ouvrage de Ptolémée Alexandre I"", qui prend le même surnom. Une inscription grecque, tracée sur un des murs du temple d'Isis à Philae, rappelle un hommage religieux rendu à cette déesse par Ptolémée Alexandre.
On lit aussi sur le grand temple d'Ombos et sur le Mammisi du même lieu , ou petit temple , les noms de Cléopâtre et de son fils aîné Soter II ; ces mêmes noms subsistent encore parmi les décorations du mur d'enceinte du naos du temple d'Edfou; Alexandre l"^ y est aussi désigné, ainsi que sa femme Bérénice. Soter II seul est rappelé dans les tableaux du teinpie situé derrière l'Aménophium de Thèbes ; au grand pylône de Médinet-Habou , la porte dont les faces sont couvertes de bas-reliefs religieux , représente des sacrifices aux sept grandes divinités élémentaires et aux dieux des nomes thébain et hermonthite : c'est Soter II qui préside à ces sacrifices , et qui éleva ce majestueux édifice , mais avec les débris d'édifices pharaoniques , ravagés par la fureur des Perses. Une inscription , sculptée sur une partie du même édifice, s'exprimait en ces termes:
« Cette belle réparation a été faite par le roi seigneur du monde , le grand germe des dieux grands, celui que Phtha a éprouvé, image vivante d'Amon-Ra, le fils du soleil, le seigneur des diadèmes . Ptolémée toujours vivant, le dieu aimé d'Isis, le dieu sauveur , en l'honneur de son père Amon- Ra , qui lui a concédé les périodes des panégyries sur le trône d'Horus. •> On voit, par ce texte contemporain, que Ptolémée Soter II ne répugnait à au-
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Clin des titres que consacrait l'ancienne religion de l'Éjiypte : la décadence de l'esprit national les prodiguait sans réserve à des rois de race étrangère.
Le nom de la reine Bérénice, léninie de Ptoléniée Alexandre I"^", s'est conservé sur les bas -reliefs du temple d'Kdfou, auprès de celui du roi son mari ; et il n'est pas rare de reconnaître auprès des cartouches de ces quatre jicrsonnagcs les signes phonétiques hiéroglyphiques, e.\[)riniant le mot égyptien Tmaumaï, traduction exacte du surnom de Philométors que portèrent les trois successeurs d'Evergète II, savoir : sa veuve Cléopàtre Coi'ce, et ses deux lils Soter II et Alexandre ^■^ Leurs dissensions et leurs crimes remplirent l'Égypte de troubles et de calamités; l'autorité royale s'affaiblissait; l'antique et puissant empire des Pharaons périssait par l'effet des plus misérables désordres suscités par les plus misérables passions.
A la mort de Soter II, toute la fa- ))iille royale était réduite à une fille de ce roi , héritière légitime de la couronne, et au fils d'Alexandre 1"'': ce (ils avait été laissé très-jeune dans l'île de Cos, et survivait seid à son père, h sa mère et à leurs autres enfants morts dans le combat naval qu'Alexandre avait sou'enu contre IT.gyptien Chœréas. Il restait aussi deux fils et une autre fille, tous trois enfants illégitimes de Soter II, et qui cependant furent placés par la suite sur le trône d'Egypte.
Bérénice succéda immédiatement à son père , et son règne commença dès l'instant de la mort de Soter II. Par là les destinées de remjiire égyptien, qui déjà subissaient l'ambitieuse iniiuence de Rome, se trouvaient commises à une femme.
Le jeune fils d'Alexandre V était encore à Cos lorsque Mithridate s'en empara, Le roi de Pont s'intéressa au jeune prince, le mit sous sa tutelle et ordonna que son éducation fût faite d'une manière convenable à sa naissance. Il s'appropria en même temps et envoya dans son royaume une grande partie des richesses que Cléopàtre, veuved'Évergètelletgrand'mère
du jeune prince , avait accumulées dans cette île. Peu de temps après , Sylla ayant reçu du sénat le gouvernement de l'Asie", se trouva chargé delà guerre contre fil ithridate qui la ravageait. Il s'y rendit , et le jeune A lexandre fuyant 1\1 ithridate chercha dans le chef romain un nouveau protecteur : Sylla s'empressa de l'accueillir, et il l'avait emmené à Rome après la fin de la guerre. Dès qu'il y apprit que la mort (le Soter II laissait la couronne d'Égypte à une femme, il protégea ouvertement le jeune Alexandre et entreprit de le placer sur le trône. A lexandre se rendit en Egypte , et , pour prévenir les dissensions que sa présence et ses projets pouvaient faire naître, il épousa Bérénice et fut ainsi associé à la souveraine puissance; mais bientôt, pressé d'en jouir seul , il assassina Bérénice à laquelle il devait la couronne, dix-neuf jours seulement après être devenu époux et roi.
Le règne d'Alexandre II , dans l'état où se trouvait l'Egypte, ne pouvait être illustré par aucun événement mémorable; au dedans, les intrigues et les ambitions de la cour épouvantaient les peuples , et les cruautés qui en étaient la suite préparaient pour l'histoire d'horribles souvenirs. Au dehors, l'Égypte , comme cernée par les forces romaines qui occupaient la Syrie , la Grèce, la Libye et Cyrène, voyait se rétrécir de plus en plus le cercle de son ancienne puissance , et, refoulée sur elle-même par ces Romains qui l'honoraient de leur fatale amitié, elle semblait ne pouvoir plus exister que sous leur protection. Au nom de Rome , Sylla lui avait donné un roi qu'elle ne cessa de repousser de tous ses vœux et de poursuivre de toute sa haine. Cette haine s'exhala, plus active encore, lorsque peu de temps après être monté sur le trône le roi perdit le protecteur qui l'y avait placé, et cela arriva vers la fin de la troisième année de son règne. Appien rapporte que Sylla , quoique dictateur, accepta le consulat de l'année d'après celle où il avait placé Alexandre sur le trône d'Égypte; que dans l'année suivante , s'étant dépouiilé
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de ce titre iiDposant, il se retira à la campagne et qu'il y mourut dans les premiers temps de ses successeurs M. ^milius Lepidus et Q. Lutatius Catulus , élus au mois de janvier de l'an 78 avant l'ère vulgaire. Dans l'année même du second consulat de Sylla , Ptolémée Alexandre avait obtenu à Rome les titres d'ami et d'allié du peuple romain, qui le protégeaient en Egypte.
Mais la mort du dictateur encouragea en quelque sorte la résistance des Alexandrins aux volontés du roi qu'ils rel'usaient de reconnaître, même de respecter, quoiqu'il ne négligeât aucun moyen de se rendre agréable à son peuple : il célébrait avec une grande magnificence toutes les fêtes dès longtemps consacrées par la religion des Egyptiens, et de préférence peut-être à celles du culte macédonien.
Mais ces soins religieux ne faisaient pas oublier aux Égyptiens le meurtre de la reine. Il paraît même que ce crime ne fut pas le seul que l'on put juslementreprocberà Alexandre. L'histoire Ta peint comme cruel, et a expliqué par la férocité de son caractère l'insurrection du peuple et de l'armée, qui le chassa du trône et d'Alexandrie. Il se réfugia par mer à Tyr, et il pensoit à réclamer du sénat de Rome les secours que le titre d'allié lui permettait d'espérer, lorsque, surpris par une grave maladie, et n'ayant point de successeur direct, il mourut après un règne de 8 années complètes , et légua par un testament le royaume d'Egypte au peuple romain. Cicéron , dans son discours sur la loi agraire, contre Servilius Ruilus, rappelle à ce sujet qu'il est assez public qu'Alexandre fit un testament en faveur du peuple romain , et que le sénat donna à cet acte quelque sorte d'autorité, lorsqu'après la mort de ce roi , il envoya plusieurs personnes à Tyr avec la mission d'y recueillir l'argent qu'Alexandre y avait déposé.
Vers ce même temps arrivaient à Rome deux princes syriens , fds de Cléopàtre Sélène, lillè de Ptolémée Évergète II , et femme de Ptolémée
Soter II , qui ^demandaient le trône d'Egypte; Ptolémée Denys ou Aulétès y allait aussi pour se faire reconnaître "roi par le sénat romain ; enfin , on faisait au sénat la proposition de se prévaloir du testament d'Alexandre II, le prince qui lui succédait n'étant pas fils légitime de l'un de ses rois, ce qui ne peut s'entendre que de Ptolémée Denys succédant à Alexandre; enfin , le sénat refusait de donner suite à ce testament quant à l'Egypte, afin de s'épargner le reproche qu'on pourrait lui faire de convoiter tous les royaumes, ceux de Cyrène et de Bi- Ihynie venant d'être réunis à l'empire.
Slàis les Alexandrins avaient reconnu pour leur roi Ptolémée surnommé Denys ou Bacchus , enfant illégitime de Soter II.
Le peuple romain était devenu l'arbitre suprême des dissensions des rois , et c'est devant lui que les fils de Sélène allèrent plaider eux-mêmes leur propre cause ; mais le roi élu par les Alexandrins y fit aussi défendre la sienne.
Dans le quatrième discours contre Verrès , Cicéron indique le voyage des princes syriens à Rome comme un fait récent. Ils y passèrent près de deux années, et l'un d'eux, en retournant en Syrie, voulut voir la Sicile où il trouva le préteur C. Verrès qui lui extorqua , par la ruse et la violence , entre autres meubles précieux, un candélabre enrichi de pierreries.
Le sénat n'accueillit pas la réclamation des princes de Syrie ; il ne le put pas , et Cicéron dit aussi que ce fut à cause des circonstances oîi se trouvait alors la république : vraisemblablement la guerre contre Mithridate, contre Sertorius , et celle des esclaves qui troublaient l'Italie.
Ptolémée Denys , appelé au trône par les Alexandrins, et ne pouvant ignorer les tentatives des princes de Syrie à Rome , y faisait aussi solliciter pour être reconnu par le sénat; mais il ne l'était pas encore à l'époque même où Cicéron accusait Verrès, l'an 71 avant l'ère chrétienne.
D'ailleurs, entre la demande des princes syriens et celle de Ptolémée
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Denys, se plaçait encore l'opinion de ceux qui proposaient d'adhérer au testament d'Alexandre II, et de réunir l'Égypte à l'empire. Moins occupée au dehors et plus tranquille au dedans , Rome n'aurait pas ajourné d'un demisiècle cette riche acquisition. Ceux qui soutenaient la validité du testament d'Alexandre II , disaient qu'elle avait été reconnue lorsqu'on avait envoyé prendre à Tyr les trésors de ce roi ; que , de plus , son successeur n'était point de la famille royale : tel était l'avis formel du sénateur L. Philippus.
Les troubles qui agitèrent le règne d'Alexandre ne lui permirent pas d'eu écrire les souvenirs sur les monuments publics : le nom de ce roi ne subsiste, du moins évidemment, sur aucun édiflce d'origine égjptienne.
Toutefois, quelques critiques ont cru le reconnaître parmi les bas-reliefs du temple d'Edfou. EiiOn , les monuments grecs connus gardent un complet silence sur ce prince cruel qui vécut d'ailleurs dans des temps mauvais pour l'Egypte.
A Ptolémée Alexandre succéda Ptolémée, surnommé nouveau Bacchus (ou Denys) , fils de Ptolémée Soter et frère de l'infortunée Cléopàtre, fille et héritière de Soter II, que Pausanias, avec plus déraison, appelle Bérénice, (l'accord avec les médailles de cette princesse.
Ptolémée, nouveau Bacchus ou Denys, fut aussi surnommé Nothus à cause de sa naissance, étant fils non légitime de Soter II.
A défaut d'autres descendants de leurs rois, les Alexandrins l'appelèrent au trône d'Égypte. Ils donnèrent en même temps a son frère puîné le gouvernement de l'île de Chypre, dont un usage constant de la monarchie avait fait l'apanage des frères ou des fils des rois d'Égypte.
Strabon place ce Ptolémée Denys au nombre des plus méchants rois. Il lui reproche , entre autres défauts , sa passion pour la flûte, qui le portait jusqu'à oublier la majesté royale pour soutenir devant sa cour des combats sur cet instrument et y disputer le prix à des
musiciens de profession : ce fut là l'occasion et le motif du surnom di'Aulétès qui lui fut donné.
Mais Rome qui, on pourrait dire, avait transporté tous ses intérêts en Orient, ne cessait de s'occuper de l'Egypte, et le testament du second Alexandre en était toujours le nouveau prétexte. Diverses tentatives pour la rendre tributaire furent faites dans le sénat, et l'une des plus actives fut celle du censeur M. Crassus. Heureusement pour Ptolémée, M. Crassus trouva une aussi forte résistance dans la modération de son collègue Lutatius Catulus , et l'asservissement de l'Égypte fut ajourné.
En même temps dans la même année et sous le même consulat, Jules César, étantédile, secondaitdetouteson autorité les propositions de M. Crassus contre Ptolémée, en faisant faire auprès du peuple romain les mêmes tentatives que M. Crassus faisait personnellement dans le sénat.
Jules César soutenait la validité du testament d'Alexandre II, et il fit demander par les tribuns un plébiscite qui lui conférât le gouvernement de l'Égypte, se fondant sur ce que les Alexandrins avaient chassé leur roi, qui était l'ami et l'allié du peuple romain. Mais les tentatives de César auprès du peuple, comme celles de M. Crassus auprès du sénat, n'eurent aucun succès, et bientôt après César protégea lui-même de tout son crédit le roi qu'il voulait alors dépouiller.
Ces tentatives du censeur M. Crassus et de Jules César, édile, remontent à l'année 66 avant l'ère vulgaire, à la 8'' et à la 9" du règne de Ptolémée Denys.
Deux années après et sous le consulat de Cicéron, Ptolémée courut de nouveau le danger d'être dépouillé de ses États, la loi agraire proposée par Rullus comprenant implicitement l'Égypte parmi les possessions romaines que cette loi devait livrer à l'arbitraire des décemvirs; mais l'éloquence de Cicéron sauva Rome et l'Egypte de cette calamité: c'était la II* année du règne de Denys.
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Dans le même temps, Pompée commandait en Asie, et, après avoir défait complètement IMithridate, il se rendit en Syrie et marcha sur Jérusalem, dont il s'empara. Pompée attaqua ensuite et prit aussi quelques autres villes de la Syrie, et toucha pour ainsi dire aux frontières do l'Egypte , dont le roi hii envoya plusieurs députés chargés de lui offrir des présents et des secours, beaucoup d'argent, et ce qui était nécessaire pour habiller son armée.
Pompée s'abstint toutefois d'entrer en Égypte; il résista même aux sollicitations du roi, qui réclamait son assistance contre les insurrections auxquelles son royaume était en proie; car les germes de la rébellion existaient toujours, et le peuple, qui avait plusieurs fois témoigné son mécontentement au sujet des taxes extraordinaires que le roi employait à payer ses défenseurs et ses agents à Ronie, était resté constant dans sa haine et dans son opposition. On doit remarquer aussi que les discussions hostiles qui avaient lieu dans le sénat à Rome, et qui chaque jour menaçaient de nouveau l'indépendance de' l'Égypte, ne contribuaient pas peu sans doute à maintenir cet état si déplorable , et ordinairement si fécond en malheurs pour les princes et pour les peuples.
IDiodore de Sicile visita l'Égypte dans ces mêmes temps, et, quoiqu'il ne parle pas des trouljles qui l'agitaient alors, ils n'en sont pas moins certains,
f)uisque bientôt après le roi en éprouva es cruels effets.
Il faisait solliciter depuis longtemps, à prix d'argent, les titres d'amï et allié du peuple romain, et par tous les moyens qui pouvaient le conduire à les obtenir, espérant les opposer avec fruit à la malveillance de ses sujets.
Le consulat de Jules César lui fut très - favorable. Ses deux envoyés , Dioscoride et Sérapion, réussirent auprès du consul. Le roi d'Égypte fut enfin honoré par le peuple romain de ce titre d'allié qui lui fut conféré par une loi et par un sénatus-consulte.
Dans l'année suivante, P. Clodius
Pulcher, aprèsavoir fait exiler Cicéron, fit porter la loi qui réunissait l'île de Chypre à l'empire romain. Celui qui la gouvernait, Ptolémée, frère du roi d'Egypte, tenta sans succès de résister à cette invasion ; obligé de céder à la puissance de Rome, il ne voulut pas survivre à la perte de son apanage, et il se donna la mort. La même loi par laquelle Rome s'emparait de l'île de Chypre en donna l'administration à Caton. Il fut chargé en même temps de ramener les exilés de Byzance.
Mais , peu empressé de remplir l'importante mission qui lui était malgré lui déférée , Caton envoya d'abord Canidius à Chypre, chargé de déterminer Ptolémée à céder l'île sans combat, de lui persuader qu'il pouvait y consentir sans ignominie, lui promettant de lui faire conférer par le peuple le titre de prêtre de la déesse à Paphos. Caton se rendit ensuite à Rhodes , et y attendit l'issue de la négociation de Cnnidius.
Ptolémée Denys l'y trouva encore lorsque, ayant quitté Alexandrie, il se décida à se rendre à Rome ; car les Alexandrins, fatigués de ses exactions qu'il employait à payer un créiiit illusoire qui n'avait pu prévenir l'envahissement de Chypre depuis longtemps l'un des apanages des princes de la famille royale, firent éclater leur mécontentement ; et le roi , ne pouvant lescontenir par la force, voulut se soustraire par la fuite aux effets redoutables de cette insurrection.il partit pourRome, se plaignit de l'insulte qu'il avait reçue , et demanda que le consul Spin=ther fût chargé de le ramener dans ses États. Ptolémée comptait alors la 16* année de son règne.
Il sollicita longtemps à Rome ceux qu'il considérait comme ses amis, particulièrement César et Pompée. Il répandait aussi beaucoup d'argent; il en empruntait de tous ceux qui voulaient se confier à ses espérances , entre autres de C. Rabiriiis Postbnmus, dont Cicéron voulut plus tard faire reconnaître la créance.
Pendant que Ptolémée cherchait des protecteurs, les Alexandrins, ignorant le parti qu'il avait pris et le croyant
ÉG YPTE.
mort, reconnurent pour reines ses deux filles Cleopatre ou Tryphène, et Bérénice. Elles régnèrent ensemble une année, et, après la mort de Tryphène, Bérénice régna seule deux années encore. Les Alexandrins appelèrent en même temps de la Syrie un certain Cybiosactès qui prétendait descendre de ses rois , et qui était un des fils d'Antioclius Grypus. Ce prince syrien, fils d'Antiochùs Grypus, fut associé comme roi à la reine Bérénice par le peuple d'Alexandrie ; mais il ne jouit pas longtemps de sa fortune , car Bérénice l'étrangla bientôt après, à cause de la sordide avarice qui le dominait, épousa plus tard Archélaiis, compagnon de Gabinius en Syrie , qui se donna pour le fils de IMithridate Eupator, et qui régnait encore en Egypte au retour de Ptolémée Aulétés.
Quoique informée du voyage de son père il Rome , Bérénice ne songea pas à lui rendre volontairement la couronne; elle envoya au sénat une députation qui fut composée de cent personnes , dirigée par Dion , chargée d'accuser le roi devant le peuple ou le sénat , et de défendre les Alexandrins contre ses insinuations, s'il y en avait qui leur fussent contraires. Mais le nombre des envoyés n'assura pas mieux le succès de cette ambassade :
la plus grande .partie de ces députés fut assassinée dans la route ou à Rome même par les soins de Ptolémée ; le reste fut gagné à force d'argent, ou frappé de terreur. Dion n'osa pas comparaître devant le sénat, qui voulait obtenir de lui des renseignements exacts sur ces assassinats dont M. Favonius demandait instamment la punition :
enfin Dion lui-même périt bientôt après victime des mêmes intrigues. Tel fut à Rome l'état des choses tant que Ptolémée y demeura.
La rivalité qui existait alors entre les principaux personnages de la république , était peu favorable à un prompt accomplissement des vœux de Ptolémée. La protection publique de Pompée lui conciliait des suffrages, mais lui créait aussi des oppositions dans le
sénat. On décida de consulter U s li\ res des Sibylles, et Ton y lut cette réponse non équivoque : « Si un roi d'É- « gypte, dans le malheur, vient un jour « vous demander des secours, ne lui « refusez pas votre alliance, mais ne « lui accordez |)oint de soldats. » Les partisans de Ptolémée rendirent publique la réponse de l'oracle; le tribun C. Caton força les prêtres de la communiquer au peuple avant que le sénat l'eut permis; elle fut l'objet de diverses interprétations, et Ptoléinee crut satisfaire à ce qu'elle ordonnait en demandant qu'il fût ramené par Pompée .
suivi seulement de deux licteurs. lilais le sénat qui craignait d'accroître , par cette importante mission , l'influena; de Pompée , s'occupa plutôt de l'en détourner, et le chargea de l'introduction des blés à Rome. Pompée partit aussitôt pour l'Afrique , et Ptolémée , désespéré par cette subite résolution , se rendit à Éphèse , pour y attendre les décisions du sénat. Pendant ce temps , Cicéron avait été rappelé de son exil après une absence de seize mois.
Dès les premiers jours de l'année suivante, P. Cornélius Lentulus Spinther, en sortant du consulat, ayant été nomnîé proconsul en Cilicie où était encore Gabinius ,Je sénat s'occupa de nouveau du roi d'Egypte.
En quittant Rome, Ptolémée Denys y avait laissé Ammonius qui cherchait publiquement des suffrages qu'il pût acheter. Mais ceux qui favorisaient faiblement les vœux du roi d'Egypte, ceux surtout qui lui étaient opposés , hésitaient à prendre un parti , affectant un grand respect pour les conseils de l'oracle. Au contraire, Cicéron et ses amis soutenaient avec chaleur que le roi devait être rétabli sur son trône; et, bien convaincus qu'il n'était possible d'y réussir que par l'assistance de l'armée, ils cherchaient les moyens de concilier les défenses des dieux avec cette nécessité. On lit encore dans Cicéron le subtil accommodement qu'il proposait pour que l'armée de Cornelins Spinther, proconsul en Cilicie, put être employée au rétablissement
L'UNIVERS
de Ptolémée sans pour cela offenser l'oracle, comme si, dans les choses divines , ainsi que trop souvent peutêtre dans les intérêts humains , la bonté de la forme pouvait sauver l'imiiioralité du fond : aussi , et par suite du même système d'interprétations, lorsque Gabinius, qui replaça Ptolémée sur le Irône de vive, force et après avoir livré bataille aux Égyptiens, fut accusé de sacrilège devant le peuple romain, Pompée, César et leurs affidés voulurent-ils faire décider que la Sibylle avait entendu parier pour d'autres temps et d'un autre roi que de Ptolémée Denys.
(]icéron mettait un intérêt particulier à ce que la mission de réintégrer Ptolémée Denys fût confiée à Cornélius Spinther. 11 prononça pour ce roi un discours qui ne nous est point parvenu, et qui dut contribuer au succès de la cause qu'il défendait. Le sénat enfin prit une de ces résolutions si communes dans les discussions où des partis opposés, mais également puissants, s'attaquent et se défendent avec une pareille activité : il consentit que Ptolémée fut replacé sur son trône ; et , après avoir exprimé cette seule volonté, il s'en remit au proconsul de Cilicie pour son exécution, sans lui en prescrire aucunement le mode. Ainsi le sénat, qui ne disait pas d'y employer l'armée, ne devenait pas sacrilège si Lentulus Spinther s'en servait : il s'abstint même de rendre un sénatusconsulte , et se contenta de faire connaître son avis à Lentulus par une simple lettre. Cicéron écrivit aussi au proconsul; il lui conseille de conduire d'abord le roi à Ptolémaïs ou dans quelque autre lieu voisin, de se rendre ensuite avec sa flotte et rarmée à Alexandrie, et, après y avoir ramené l'ordre et placé une garnison , d'y rappeler le roi : « Ce sera donc vous, ajoute-t-il, qui rétablirez le roi , ainsi que le sénat l'a d'abord voulu ; et comme il arrivera sans troupes , les religieux observateurs des ordres de la Sibylle seront
satisfaits Votre voisinage de l'É-
gypte vous permet d'ailleurs bien mieux qu'à nous de juger de ce qu'il
convient de faire. iNotre avis serait cependant que s'il vous paraît que vous pouvez facilement occuper ce royaume , il ne faut pas hésiter : s'il y a le moindre doute , il ne faut pas l'entreprendre. »
Quelque incertaine que fût à cet égard la volonté du sénat , quelque positive qu'eût été sa décision pour qu'il n'y fût point employé de troupes, Pompée , alors consul , n'hésita pas de prendre sur lui d'en décider autrement. Il engagea le roi à partir et à se rendre auprès de Gabinius, commandant en Syrie : en même temps il écrivit à celui-ci de ramener le roi sur le trône à la tête de son armée , et de ne s'arrêter ni aux ordres du sénat ni aux défenses de la Sibylle. Ptolémée fit distribuer beaucoup d'argent aux soldats , en promit encore davantage , paya la coopération de Gabinius, et l'expédition fut entreprise. Gabinius confia la Syrie à l'inexpérience de son fils jeune encore , et partit avec son armée. Il arriva devant Péluse dont les Juifs lui facilitèrent l'occupation et, secondé par le courage d'Antoine qui commandait la cavalerie , par sa modération même , car Antoine s'opposa aux vengeances de Ptolémée rentré à Péluse , Gabinius fut simultanément le maître de l'Egypte par terre et par mer, ayant, pendant que sa flotte côtoyait le Nil et en maîtrisait les embouchures, mis en fuite l'armée égyptienne qui s'opposait à sa marche.
Archélaiis, le mari de Bérénice qui avait été placée sur le trône depuis le départ de Ptolémée , fut tué dans ce combat ; et le roi signala sa réintégration en faisant mourir sa fille qui avait usurpé la couronne , et les plus riches des partisans qui l'avaient secondée, afin de payer les siens aux dépens de leur fortune. Ceci se passait l'an 55 avant l'ère vuL'aire , et la 19' du règne de Ptolémée Denys , qui fut ainsi éloigné du trône pendant plus de deux ans entiers.
L'histoire n'a conservé le souvenir d'aucun événement remarquable qui appartienne au reste du règne de Ptolémée Denys : trop lent pour rien en-
treprendre au dehors , son caractère sombre et l'expérience que l'on avait faite de son gouvernement, ne permettaient d'espérer de lui aucune action digne de louange; i! se vengea de ceux qui avaient abandonné son parti , sans récompenser ceux qui lui étaient restés fidèles; il ne' reconnut même pas les services qu'il avait reçus , et porta l'oubli de la justice jusqu'à refuser à C. Rabirius le payement des sommes considérables qu'il lui avait empruntées pendant son exil. Gabinius , qui l'avait replacé sur le trône, n'était pas plus heureux : traduit deux fois devant les tribunaux suprêmes pour avoir outrepassé les ordres du sénat, il fut acquitté d'abord et puis condamné à l'exil : on ne se souvenait de Ptolémée que par le malheur de l'avoir connu.
Il mourut trois années après son rétablissement sur le trône, et la 21^ de son règne compté depuis la fin du règne d'Alexandre II. Son nom ne subsiste sur aucun monument du style égyptien; maisdes inscriptionsgrecques le rappellent , et nous font connaître qu'avec le surnom de nouveau Denys, ee roi porta aussi ceux de Philopator et de Philadelphe.
Ceci est prouvé par l'inscription grecque que j'ai publiée en 1819, et qui s'exprime ainsi : « Au nom du roi Ptolémée, dieu, nouveau Bacchus, Philopator et Philadelphe , et de ses enfants , l'hommage religieux à notre maîtresse Isis et aux dieux adorés dans le même temple , a fait Théodote , fils d'Agésiphon , achéen de la ville de Patrœ. » Cette inscription se lit, écrite à l'encre rouge, sur le socle en granit de l'un des deux obélisques de Philae, et sur le propylon du temple d'Isis du même heu ; le même roi et le même hommage à la déesse sont rappelés dans deux autres épigraphes tracées sur le même temple. Il y a loin de ces mesqums actes d'adoration aux grandes et magnifiques constructions qui rappellent encore tant de glorieux règnes en Égypte: celui de Ptolémée Denys fut l'avant-dernier de l'Égypte indépendante ; ses enfants et l'ambition de
Rome hâtèrent à l'envi l'époque de son asservissement.
Ptolémée Denys , qui avait vu sa fin s'approcher, imita l'exemple de quelques-uns de ses prédécesseurs, et fit un testament par lequel il régla pour ses enfants l'ordre de la succession au trône. Il en laissait quatre de vivants, deux filles , Cléopâtre et Arsinoé , et deux fils , tous deux plus jeunes qu'elles. L'aîné de ceux-ci et Cléopâtre la plus âgée des deux filles, furent institués héritiers de la couronne , et les deux autres à leur défaut. L'exécution de ces volontés royales était recommandée à la foi et a l'amitié du peuple romain. On les respecta d'abord ; mais des dissensions domestiques les firent bientôt oublier, et les vingt-deux années pendant lesquelles l'empire égyptien subsista encore , furent partagées en plusieurs règnes successifs.
Le fils aîné du roi mort et sa fille aînée Cléopâtre montèrent paisiblement sur le trône. L'usage voulait que la minorité du jeune roi fut confiée aux soins d'un tuteur, et l'eunuque Pothinus fut choisi. ]\Iais Cléopâtre, qui avait sur son frère l'avantage d'être majeure, devait exercer dans l'administration de l'État une influence que son caractère , au défaut d'autre prétexte , rendait inévitable. Elle prit le titre de reine aussitôt après la mort de son père ; et , comme sur ce trône où elle résista pendant vingt-deux années à tant de catastrophes, elle ne vit que passagèrement s'asseoir avec elle le premier-né de ses frères et ensuite le second ; comme elle sauva ce trône de l'ambition de César, qu'elle le fit respecter par Antoine, et du moins ne survécut pas à sa perte sous Auguste, c'est à elle seule que l'histoire donne les vingt-deux dernières années des Lagides , ne nommant en quelque sorte les deux rois ses frères que pour nous apprendre que, même étant rois , ils moururent sans régner.
Déjà l'Égypte était tellement romaine, que i'histoire des événements qui se passèrent pendant ce dernier période de son existence politique, l'intéresse on pourrait dire moins que
L'UNIVERS
Rome même. César et Pompée avaient rompu ouvertement, et disputaient, avec les troupes de la république, à qui des deux le sort des combats laisserait le droit de l'asservir. Cléopâtre et le jeune Ptolémée ne se trouvèrent pas, dès leur avènement, sous le joug de la puissance romaine. Pendant les deux premières années, ils en furent assez libres pour laisser éclater entre eux ces dissensions intestines qui, depuis quelques générations , signalaient en Égypte cliaque nouveau règne.
Ptolémée parvint à sa majorité , et ceux qui jusque-là n'avaient été que ses tuteurs voulant être ses maîtres , ils ne négligèrent aucun moyen de diviser le frère et la sœur. Il paraît même que le caractère altier de Cléopâtre, ambitieuse de porter seule la couronne, seconda puissamment leurs secrètes menées. Le peuple d'Alexandrie fut encore appelé comme auxiliaire, et , croyant s'être associé aux vœux du roi , il ne le fut qu'aux intrigues de ses tuteurs. Cléopâtre fut cbassée du trône et contrainte de fuir en .Syrie; elle n'y resta pas oisive, et, impatiente de ressaisir un pouvoir qu'elle ne voulait pas même partager, elle rassembla des troupes , se créa des partisans et lit des dispositions pour attaquer avec succès le roi son frère.
Il s'était rendu à Péluse avec son armée pour observer Cléopâtre et s'opposer à ses tentatives. Le grand Pompée fuyait alors des cbamps de Pbarsale où la fortune avait si cruellement trabi ses espérances. Il croyait trouver au- I)rès de Ptolémée les secours auxquels iuidonnaittant dedroits l'active protection qu'il avait accordée au père du jeune roi, ramené par lui sur son trône.
Pompée arriva sur les côtes d'Égypte, et se flt annoncer au roi qui reçut trèsbien ses envoyés. 11 lescbargea de conduire auprès de lui des personnes qui n'hésitèrent pas à tremper leurs mains dans le sang de ce grand bomme : elles regorgèrent dans la barque même qui devait le conduire sur une terre hospitalière. Pompée n'eut pas la consolation de la toucher, et il mourut sous les coups de ces traîtres a la hauteur
du mont Casius, au jour même où il avait joui des honneurs du triomphe pour sa victoire sur Mitbridate et sur les Pirates.
A peu de jours de là , César poursuivant Pompée qui n'existait déjà plus, arriva en Égypte; et, quoiquil n'eût à ses ordres" que 3,200 hommes, il n'hésita pas à entrer dans Alexandrie.
Il évoqua aussitôt à son tribunal, en sa qualité de consul romain et au nom du peuple exécuteur testamentaire des volontés de Ptolémée Denys , les différends qui divisaient les deux enfants successeurs de ce roi. L'eunuque Pothinus qui ne voulait pas voir Cléopâtre partager le trône d'Égypte , déguisant d'ailleurs sa propre ambition sous les apparences d un extrême dévouement à son roi , exagérait à dessein ce qu'il trouvait d'inconvenant et d'offensant pour la majesté royale dans les prétentions de Jules César; en même temjjs il faisait avancer Achillas à la tête de l'armée égyptienne contre Alexandrie.
César cependant communiquait par ses envoyés avec le jeune roi qui se livra à lui , et la guerre que ses anciens tuteurs soutenaient encore prenait dès lors un caractère de sédition qui laissa César plus libre de la comprimer. Il y parvint diflicilement, quoiqu'il eût appelé de l'Asie , et des îles voisines, de nouveaux corps de troupes et quelques galères. En jui résistant, la population de la basse Egypte croyait défendre les droits de son roi outragé par la présence de l'armée romaine ; et bientôt voulant unir la ruse à l'appareil de la force, les Égyptiens promirent de se soumettre si César laissait au jeune Ptolémée la liberté de se réunir à eux. César ne s'y opposa pas, et Ptolémée ne le quitta, malgré ses promesses , que pour exciter davantage le parti des tuteurs à la résistance. Sur ces entrefaites, Mitbridate de Pergame arriva de la Syrie où il avait levé un grand nombre de soldats , attaqua et prit Péluse, et, pendant que le roi se hâtait de s'opposer à sa marche sur Alex;indrie, César partait de cette ville pour la faciliter. Une grande action se trouva engagée entre les deux partis
EGYPTE
ennemis ; lesarméeségyptienncsfiirent mises en fuite, et lejeune roi lui-même périt dans le Nil.
Ces événements retinrent César en Éiiypte pendant neuf mois; ils étaient accomplis au mois de mars de l'an 48 avant l'ère vulgaire. Alors mourut, après un règne de moins de quatre années , le jeune Ptoiémée qui porta comme son père le surnom de Denys.
Après sa mort, son frère fut mis sur le trône par l'ordre de César. On raconte en effet que Jules César, maître d'Alexandrie et de l'Égypte , au lieu de s'en emparer au nom du peuple romain , s'empressa d'exécuter le testament du roi , père de Cléopâtre, qu'il appela Ptoiémée lejeune , l'unit à cette reine et les plaça sur le troue pour régner ensemble.' Bientôt après il quitta l'Égypte, n'emmenant avec lui qu'une seule légion , et y laissant le reste de son armée en garnison.
Quoique son frère et son mari , .
disent les auteurs anciens, dût partager le pouvoir royal , Cléopâtre, néanmoins , forte de la protection de Jules César, gouvernait par elle seule. Peu de temps après son second mariage, elle mit au monde un fils qui fut nommé Césarion , comme pour perpétuer le scandale de son origine. Il est vrai que les honneurs que César rendait à Cléopâtre , même à Rome , devaient naturellement exciter de plus en plus son orgueil et la rendre fière de ses torts. César, en effet, l'associait en quelque sorte au culte de la divinité; et, lorsqu'au jour de ses quatre triomphes , Cléopâtre étant alors à Rome avec le jeune Ptoiémée son mari , César consacra un temple à Vénus génératrice , il fit placer une statue de Cléopâtre à côté de celle de la déesse ( l'an 47 ).
Dans la même année de son règne, Cléopâtre faisait frapper des monnaies qui portaient son image , son nom et le chiffre 6 qui en marquait l'époque; mais rien n'y rappelle le roi qui partageait le trône avec elle: peut-être n'était-il pas encore majeur ni couronné ; du moins l'histoire nous le laisse ignorer. Elle nous apprend que ce jeune prince mourut victime de l'in-
vincible ambition de Cléopâtre qui s'en débarrassa par de criminelles menées, dans la 8"^ année de son règne.
Maîtresse alors du trône, sans partage et sans opposition , Cléopâtre voyait ainsi s'accomplir ses vœux les plus ardents. Ce succès lui coûta des fautes et peut-être des crimes; mais seule enfin, et comme si son caractère avait dû suffire aux grands événements qui se préparaient, elle ne fut pas effrayée de son isolement. Ce fut conmie femme et non comme reine qu'elle espéra résister à la puissance de Rome, et l'on peut dire que la monarchie égyptienne n'aurait pas péri , si cette monarchie avait pu être sauvée par un grand roi. Cléopâtre avait un fils qu'elle aimait et pour lui et pour son père.
Il porta , jeune encore , le titre de roi des rois; cependant il ne régna jamais et mourut sans honneurs.
L'Egypte n'était plus qu'un camp romain : les légions y étaient comme en pleine campagne , et servaient successivement aux entreprises dont les dissensions civiles portaient le théâtre en Syrie ou dans d'autres contrées voisines de l'Égypte. Octave, Antoine et Lépide se réunirent pour convenir du mémorable triumvirat que Publius Titius leur fit conférer par une loi. Ils se partagèrent le gouvernement de toutes les provinces , à l'exception de celles que Brutus et Cassius occupaient encore , et qu'ils défendaient par la force des armes contre les triumvirs même qui les firent attaquer. Dolabella , attaché au parti d'Antoine , chargea Albienus de prendre en Egypte les légions que Jules César y avait laissées, et de se rendre de là en Syrie ; mais Cassius l'y surprit et le força de se réunir à lui. Dolabella s'avançait vers l'Ionie, poussant vers l'Orient. Cassius voulut, mais sans succès, s'opposer à sa marche; il fut battu sur les côtes de Syrie , et , pour réparer ses pertes, il exigea de nouveaux secours des îles, des pays voisins , et même de Cléopâtre. (Cette reine favorisait Dolabella comme ancien ami de Jules Ccsar; elle avait une flotte nombreuse prête à partir pour le seconder : elle s'ex-
L'UNIVERS
cusa donc de son refus auprès de Cassius sur les calamités qui ravageaient i'Égypte, alors en proie à la peste et à la famine. Cassius agréa ces motifs, et , plus heureux dans un second combat qu'il ne l'avait été dans le premier, il battit Doiabella sur mer, prit ses légions et la ville de Laodicée où il s'était établi. Cassius se disposait même à marcher sur l'Egypte, lorsqu'il fut instruit que Octave et Antoine , avec «ne flotte considérable, s'avançaient contre lui. Il dut préférer de se rendre en Macédoine pour combiner avec Brutus l'emploi de leurs communs efforts, rendus nécessaires par leurs périls communs. En attendant, Cléopâtre envoyait sa flotte pour seconder Antoine et Octave; Cassius qui l'apprit à Rhodes plaçait IMurcus en station à la hauteur du promontoire de Ténare -, mais cette précaution fut inutile , une tempête ayant dispersé et presque entièrement détruit la flotte de Cléopâtre. Après diverses expéditions partielles , les troupes des deux partis se réunirent dans les plaines de Philippes , où se livra la bataille qui assura la victoire au triumvirat et décida du sort de la république. Cela arriva pendant le consulat de L. Munatius Plancus et M.-jEmi!ius Lepidus II, l'an 42 avant l'ère vulgaire, dans la 11^ année du règne de Cléopâtre.
En même temps, les triumvirs, reconnaissants des secours que Cléopâtre avait donnés à Doiabella contre Cassius , consentirent que son jeune fils, Ptoléniée Césarion , portât le titre de roi d'Egypte.
Après la victoire de Philippes et la mort de Brutus, Octave retourna en Italie ; Antoine se rendit en Asie, resta quelque temps à Éphèse , passa de là en Phrygie , en Cappadoce , et s'arrêta dans la Cilicie.
Cléopâtre s'y rendit pour répondre aux accusations dont elle était le sujet. Elle rappela au triumvir ce qu'elle avait fait pour Doiabella , ce qu'elle avait refusé aux ordres deCassiusqui le combattait; elle parla aussi de la flotte qu'elle avait envoyée à Octave malgré la station de Murcus : mais Antoine
donna moins d'attention à la défense de la reine qu'aux charmes dont elle était douée ; et , cédant à leur puissance, il ne put résister à aucune de ses volontés. Elle partit triomphante; et aussitôt Antoine, après avoir envoyé un corps de cavalerie sur Palmyre, distribua le reste de l'armée dans les quartiers , laissa le commandement de l'Asie à Plancus, celui de la Syrie à Saxa, et se rendit lui-même en Egypte pour y passer l'hiver ( l'an 41).
Pendant qu'Antoine oubliait auprès de Cléopâtre et Rome et l'Italie , Fuivie sa femme crut voir dans le renouvellement des dissensions civiles un moyen assuré de le ramener auprès d'elle.
Antoine avait reçu en Egypte les envoyés des colonies et il les avait retenus auprès de lui soit à cause de l'hiver, soit afin que ses desseins fussent plus ignorés. Dès les premiers jours du printemps il quitta I'Égypte , se rendit a Tyr, ensuite à Athènes où il rencontra Fulvie qu'il n'hésita pas à blâmer, ainsi que son frère Lucius , et Manius surtout; il laissa Fulvie malade à Sicyone , et , après sa mort survenue peu de mois après, il épousa Octavie , sœur d'Octave , et ce mariage termina leurs dissensions. Après ces événements , Antoine distribua ses légions en Illyrie, en Épire, en Afrique, et passa l'hiver à Athènes avec Octavie , sa nouvelle épouse. Ce fut celui de l'an 40 avant l'ère vulgaire.
L'histoire n'a conservé le souvenir d'aucun événement relatif à l'Egypte pendant cette première absence d'Antoine, si ce n'est l'arrivée auprès de Cléopâtre de Hérode , fils d'Antipater, qui se rendit à Rome et fut reconnu roi des Juifs par les soins et sous la protection d'Antoine.
La paix entre Octave, Sext. Pompée et Antoine, n'avait duré que peu de temps : dès la fin de l'hiver Antoine se rendit à Tarente pour seconder Octave qui ne s'y trouva pas , et qui , ayant continué seul la guerre assez malheureusement , fut obligé de solliciter de nouveau le concours d'Antoine.
ÉGYPTE
Celui-ci ne le refusa pas et employa même Octavie à ramener vers lui Octave qui lui témoignait peu de bienveillance.
Le triumvirat fut renouvelé pour cinq autres années, et les guerres ne discontinuèrent pas. L'Égypte ne cessait pas d'être le centre de ses opérations militaires; et, comme l'influence toujours croissante de Cléopâtre dirigea tous les desseins du triumvir Antoine , c'est leur accomplissement qui fournit les faits et les époques des dernières années de la monarchie égyptienne ; mais ces dernières pages de l'histoire politique d'un grand empire ne sont plus que la lin des aventures d'une femme passionnée.
Antoine fit la guerre en Arménie sans obtenir de succès bien marqués :
l'hiver l'y surprit , et, se proposant de continuer la campagne à l'entrée du printemps, il plaça ses troupes dans des cantonnements, leur distribua l'argent que Cléopâtre lui envoya , et se rendit aussitôt après en Egypte ( l'hiver de l'an 38). Antoine fit ensuite la paix avec le roi des Mèdes ; et , considérant cette alliance comme très-favorable à ses projets sur l'Arménie , il , tenta d'abord d'en attirer le roi en Egypte par des propositions amicales. Elles furent suspectes, conséquemment sans succès , et Antoine rentra en campagne , annonçant une seconde guerre contre les Parthes. Il avait déjà quitté l'Égypte lorsqu'il y fut ramené par la nouvelle de la prochaine arrivée d'Octavie qui venait de Rome se réunir à lui II réussit à la faire demeurer à Athènes , et passa le reste de l'année en Egypte , occupé à réunir les moyens les plus faciles et les plus certains pour s'assurer la conquête de l'Arménie.
Dès le printemps de l'année suivante, Antoine quitta l'Égypte et se rendit à Kicopolis. Sous de' spécieux prétextes, il y attira le roi Artabaze, le chargea de chaînes qui furent faites d'argent par respect pour la majesté royale , s'empara du reste de l'Arménie par la persuasion ou par les armes ; et , laissant ses légionsdans ce royaume,
il retourna en Êgypte avec un butin immense, emmenant prisonniers le roi d'Arménie", sa femme et ses enfants qu'il fit marcher devant lui , avec d'autres captifs , lors de son entrée triomphante à Alexandrie. Antoine les fit aussi comparaître devant Cléopâtre assise sur un tribunal en présence du peuple ; il proclama ensuite cette femme reine des rois , et son fils Césarion roi des rois , soutenant qu'il était le fils légitime de Jules César, moins peutêtre pour relever sa naissance que pour désobliger Octave qui n'était que son fils adoptif. En même temps il confirma Cléopâtre et Césarion dans la possession de l'Égypte et de Chypre, donnant aux enfants qu'il avait eus de la reine le reste de ses conquêtes, c'est-à-dire tout le pays jusqu'à l'Euphrate à son fils Ptolémée , à sa fillt Cléopâtre la Cyrénaïque , et à l'autre Ptolémée , leur frère , l'Arménie et les contrées au delà de l'Euphrate jusqu'à l'Indus, lorsqu'elles seraient conquises.
Cette année, la 16" de son règne, fut , pour Cléopâtre , la plus mémorable de sa vie. Antoine avait soumis l'Arménie et plusieurs autres contrées de l'Orient ; il était en paix avec Octave et avec Rome ; son union avec Cléopâtre devenait de jour en jour plus intime ; des fêtes brillantes et la pompe d'un triomphe militaire , à l'exemple de ceux qui étaient en usage à Rome, donnaient à Alexandrie un éclat jusqu'alors inconnu ; toutes les passions étaient exaltées par la victoire ; et Cléopâtre , que ne satisfaisaient plus les hommages qu'elle recevait comme reine, voulut être honorée comme une divinité. Elle prit en public le nom avec les attributs d'Isis , et sur la monnaie qu'on fit à cette occasion , le titre de nouvelle déesse; Antoine même y laissa inscrire son nom à côté de celui de cette princesse , faisant douter par là s'il était roi d'Ëgypte ou triumvir de la république romaine.
Antoine alors semblait n'avoir plus rien à conquérir en Orient , ou du moins ne plus s'en occuper. Entièrement subjugué par Cléopâtre, il ne
L'U.MVERS.
pouvait se résoudre à la quitter; et, s'il fût contraint d'entreprendre de nouvelles campagnes, il obtenait d'être accompagné par la reine , de sorte que l'appareil et le luxe qui y présidaient en faisaient plutôt des voyages d'agrément que des expéditions militaires.
Livré à toutes les jouissances des cours dans une contrée où l'Afrique et l'Asie étalaient alors toutes leurs séductions , Antoine ne se souvenait plus de Rome qui , pour lui , était toute dans Alexandrie. Mais sa femme Octavie, délaissée et vivant , depuis son second retour d'Athènes, dans une profonde retraite , ne cessait toutefois d'accueillir avec distinction et de seconder de son crédit auprès d'Octave ceux qui , de rÉgypte, venaient a Rome pour les affaires publiques ou pour leurs intérêts privés; elle résista même a de secrètes insinuations d'Octave, repoussant avec une vertueuse fermeté l'idée de consentir que, pour les intérêts d'une femme , les Romains tournassent encore leurs armes contre des Romains.
Octave cherchait des prétextes pour accuser Antoine ; son ambition souffrait de l'existence de cet heureux compétiteur. Antoine le savait , il se défendait par ses lettres ou par ses amis.
Un certain temps se passa dans ces réciproques explications , souvent portées devant le sénat même, mais sans espoir d'accommodement, car Octave et Antoine prévoyant également une guerre prochaine s'y préparaient en secret.
Pour la faire avec plus de succès, Antoine quitta l'Égypte , se rendit dans l'Asie ]\lineure, et de là en Grèce. Il s'arrêta d'abord à Éphèse et vint ensuite à Samos qu'il indiqua pour rendez-vous de guerre à tous ses alliés.
Il y appela aussi des musiciens et des histrions, y passa quelque temps dans l'es plaisirs, et arriva enfin à Athènes où il prit part, avec Cléopàtre qui ne l'avait pas quitté, à tous les jeux olym- (liques célébrés cette même année , la 33'= avant l'ère vulgaire.
Antoine , comblé d'honneurs par les Athéniens, donnait aux préparatifs de
la guerre tout le temps que les jeux et les fêtes lui laissaient de libre. Enfin, déguisant moins ses vues hostiles à l'égard d'Octave et de tout ce qui lui appartenait, il envoya quelqu'un a Rome chargé de faire sortir de sa maison sa femme et ses enfants.
Antoine fit demander aussi que le sénat voulût confirmer tout ce qu'il avait fait en Egypte ; il espérait y réussir au moyen de ses intimes relations avec Cn. Domitius Ahenobarbus et C. Sossius qui lui étaient très-dévoués, et qui parvinrent au consulat des le mois de janvier suivant (l'an 32).
Dès le commencement de ce mois , Sossius engagea publiquement cette mémorable discussion en demandant un édit contre Octave ; mais Octave se défendit devant le sénat , accusa hautement Sossius et Antoine , et assigna un jour'^)our soutenir devant eux ses accusations. Effrayés par ce premier résultat , les consuls avec plusieurs sénateurs sortirent secrètement de Rome et se rendirent auprès d'Antoine. Octave continua de l'accuser devant le sénat et devant le peuple; il parvint même à le rendre odieux en lui supposant le projet de transférer le siège de l'empire romain en Egypte , et à le faire priver du consulat pour lequel il était designé pour la troisième fois.
Enfin, sans faire proclamer Antoine l'ennemi du nom romain , Octave réussit à faire déclarer la guerre à Cléopàtre, bien certain par là d'obliger Antoine à la quitter ou à combattre pour elle contre Rome qui ne décidait rien contre lui.
On fit toutes les cérémonies religieuses usitées dans ces circonstances; Octave lui-même remplit les fonctions de flamine fecial ; on leva beaucoup d'argent et beaucoup d'hommes. Tous les alliés , toutes les provinces , l'Italie , la Gaule, l'Espagne, l'Afrique, la Sardaigne, la Sicile, durent fournir leur contingent au parti d'Octave, tandis que celui d'Antoine était défendu par l'Asie, la Thrace, la Macédoine, la Grèce entière, Cyrène et l'Egypte . les îles voisines , les princes et les rois qui , en Orient, étaient aussi les alliés
ÉGYPTE
des Romains : il en chercha pour hii , avec de l'argent , jusque dans l'Italie.
Ces inunenses préparatifs occupaient entièrement les deux chefs et ceux qui s'étaient associés à leur fortune. Antoine, (\u\ avait emmené les flottes et les légions de l'Orient, qui disposait des trésors et des soldats de Cléopâtre , était prêt à commencer la guerre, tandis qu'Octave en était réduit à craindre d'en venir aux mains dans l'été de cette même année. La lenteur d'Antoine servit efficacement Octave , et ce ne fut que vers la fin de l'automne qu'Antoine se décida à tenter une incursion dans l'Italie. Arrivé à Corcyre, on lui dit que des vaisseaux d'Octave avaient paru à la hauteur des monts Cérauniens : ce n'était qu'une flottille d'observation, mais Antoine la prit pour les forées navales d'Auguste réunies, il se rendit dans le Péloponèse, et passa l'hiver à Patra;.
Au printemps suivant, les dispositions militaires devinrent plus actives.
Octave réunit sa flotte à Tarente et à Brindes. Il fit proposer à Antoine de venir combattre en Italie, et Antoine, à son tour, lui nuliqua les champs de Pharsale , même un combat singulier.
En attendant, il courait la mer Ionienne et réunissait toutes ses forces à Actium. Octave s'y rendit ; la bataille s'engagea , et , lorsque le sort en était encore incertain , on vit tout à coup Cléopâtre se retirer du combat, emmener ses soixante vaisseaux et se porter, par un vent favorable, vers le Péloponèse. Antoine , cédant à sa passion plutôt qu'aux forces d'Octave, ne put voir partir Cléopâtre sans la suivre, et il abandonna à son rival une victoire que ses amis , sa flotte et son armée disputaient encore après qu'il les eut aussi ignominieusement quittés.
Tel fut le résultat de la bataille d'Aclium, livrée le 2 septembre de l'an 31 avant l'ère vulgaire, la 22" année du règne de Cléopâtre.
Antoine et la reine se retirèrent d'abord dans le Péloponèse. Divisés par la catastrophe qu'ils venaient de subir, Cléopâtre se rendit seule en Égypte, déguisant sa tléûiite par des
chants de victoire. Antoine fit donner à Pinarius Scarpus, commandant l'armée d'Afrique, des ordres que ce chef refusa d'exécuter, et ce contre-temps l'engagea de se rendre en Égypte ou, de concert avec Cléopâtre, il fit de nouveaux préparatifs de guerre sur terre et sur mer, sollicitant encore une fois le concours de leurs alliés.
Octave, après la victoire d'Actium, vit l'armée d'Antoine passer sous ses drapeaux; il put ainsi, n'ayant plus de résistance a craindre, s'emparer de la Macédoine et s'occuper de régler les affaires de la Grèce. Après avoir assisté à Athènes à la célébration des mystères, il passa dans l'Asie, observant les démarches ultérieures d'Antoine. Mais bientôt rappelé par des troubles survenus en Italie , Octave s'y rendit au milieu de l'hiver.
La présence d'Octave rétablit l'ordre à Rome : trente jours après son arrivée en Italie il en repartit, et fut de retour en Asie avant même qu'Antoine et Cléopâtre eussent été informés de son départ. »
Les préparatifs se continuaient de part et d'autre avec une égale ardeur.
Cléopâtre et Antoine firent proposer la paix à Octave, et tentèrent de corrompre son armée avec de l'argent. En même temps Cléopâtre envoyait secrètement son sce|)tre et sa couronne à Octave; elle sollicitait sa bienveillance, et Octave la lui promettait à la condition de se défaire d'Antoine. Il renvoyait à celui-ci ses premiers députés sans réponse; il recevait avec le même dédain une seconde et une troisième ambassade, refusant de répondre à Antoine et renouvelant ses secrètes promesses à Cléopâtre, sous les mêmes conditions. Il envoya même à la reine l'affranchi ïhyrsus, pour la décider à ce qu'il souhaitait , et lui persuader même qu'il était tout épris de sa beauté.
Les événements se hâtaient : Antoine marcha sur Parœtonium pour y prendre de gré ou de force l'armée que Cornélius Gallus y commandait. Il croyait trouver des amu : mais il fut reçu et traité en ennemi , et il éprouva
L'UNIVERS
plusieurs échecs sur terre comme sur mer. En attendant, Octave s'emparait de Péiuse, soit faute d'avoir été suffisamment défendue, soit que Ciéopàtre, confiante dans les assertions de ïliyrsus, facilitât les succès d'Octave.
En vain, accourant de Parœtonium, Antoine voulut couvrir Alexandrie ; Octave prit cette ville le 1"^ du mois d'août, et Antoine vaincu chercha inutilement de nouveaux moyens ou un refuge dans la flotte qui l'abandonna ; Cléopâtre même, toute occupée de sa conservation, s'enferma dans un tombeau avec ses trésors, et fit répandre à dessein la nouvelle de sa mort, Antoine, qui ne voulut pas lui survivre, se blessa lui-même assez dangereusement pour en mourir,, mais non pas sans avoir eu le temps et le regret de connaître l'affreuse supercherie de Cléopâtre.
La reine, quoique seule avec son courage et sa renommée, croyait fermement qu'Octave lui laisserait la vie et la couronne; elle demandait des garanties pour l'iine et pour l'autre, espérant soumettre par ses charmes celui qu'elle n'avait pu vaincre par ses soldats.
Mais Octave voulait attacher Cléopâtre à son char de victoire, et bientôt elle reconnut la vanité de ses espérances. Captive là où elle avait été souveraine, elle ne voulut pas continuer de vivre après avoir cessé de régner, et se donna la mort, vers le 15 du mois d'août de l'an 30 avant l'ère vulgaire, après un règne de 22 années entières.
Ce jour fut le dernier de la race royale des Lagides et des successeurs d'Alexandre le Grand en Egypte.
Ils y régnèrent depuis le 30 mai de l'an 223, jusqu'au 15 août de l'an 30 avant l'ère vulgaire.
Cet intervalle contient 294 années juliennes et 78 jours, ou 294 années égyptiennes et 152 jours.
Il se divise en seize rois ou reines qui occupèrent successivement le trône d Egypte, et fournirent vingt et un règnes différents.
Les fils de Cléopâtre et d'Antoine
ne leur succédèrent pas. Athyllus et Césarion furent mis à mort; les autres furent confiés par Octave à Juba, roi de ^Mauritanie : l'histoire n'a plus rappelé leurs noms.
L'Egypte devint une province romaine dont Cornélius Gallus fut le premier préfet.
L'époque de son asservissement fut pour l'Égypte même celle d'une ère nouvelle, comme si cet asservissement eût été un bienfait.
Elle avait vu la dernière race de ses Pharaons attaquée et détruite par un conquérant étranger. Accoutumée depuis à l'obéissance, l'Egypte écrivit sur ses monuments et dans ses annales publiques le nom d'Auguste et celui de ses successeurs, à la suite des noms de Cambyse, de Darius, d'Alexandre et des Ptolémées. Elle a vérifié ainsi, même jusqu'à nos jours, une antique tradition qui ne lui laissait plus l'espérance de voir sur son trône des princes d'origine égyptienne , tradition conservée dans ces paroles d'Ézéchiel :
Et dux de terra yEgypti non erit ampliUs.
La splendeur, la durée et les événements du règne de Cléopâtre permettent de supposer que cette grande reine ne néghgea rien de ce qui pouvait accroître son illustration : les monuments qui couvrent encore le sol de l'Égypte en portent de nombreux et d'éclatants témoignages ; et la tendresse de Cléopâtre pour le fils de Jules César, qu'elle appelait nouveau César, s'y manifeste presque partout. Le petit temple d'Hermonthis fut construit en commémoration de la naissance de cet enfant romain; elle y est symbolisée en celle du dieu Harphré ne de la déesse Ritho et du dieu Mandou. La reine Cléopâtre porte, dans les inscriptions de ce temple, ce titre fastueux : La modératrice souveraine du monde, Cléopâtre, déesse Philopatore ; = l'Aroëris , puissante souveraine des biens, la présidente des Panégyries , la souveraine du monde ; = la modératrice , la fille aînée du dieu Sev (Saturne) , etc. Le jeune roi y est aussi nommé et qualifié Ptoléméè César, vivant toujoui-s, aimé de Phtha
ÉGYPTE
«t d'Isis ; = Ptolémée , surnommé César, etc.; le seigneur du monde Ptolémée, le fils du soleil, seigneur des diadèmes, César, dieu Philopator ; et le travail de décoration de ce temple est demeuré importait. Auguste et ses successeurs, qui ont terminé tant d'édifices commences par les Lagides,,ne pouvaient pas être très - empressés d'achever celui qui rappelait la naissance d'un enfant-roi dont ils ne respectaient pas les droits. Aujourd'hui, ce monument si royal dans son ensemble et dans son objet, est occupé par un cachef qui s'y est fait une maison, une cour et un pigeonnier, en masquant et coupant le temple de misérables murs de limon blanchis à la chaux.
La partie la plus ancienne du temple de Dendérah , à son extrémité , appartient au règne de Cléopâtre et de Ptolémée Césarion ; ils y sont figurés de proportion colossale, et les noms de Oléopatre et de Ptolémée César ou Ptolémée surnommé nouveau César, qui se lisent dans les inscriptions qui accompagnent ces tableaux historiques, ne laissent aucun doute à ce sujet.
Ce sont là les dernières reliques de la grandeur égyptienne ; elle se manifesta au monde civilisé il y a aujourd'hui plus de six mille ans': les noms de Souphis, de Mycérinus, nouvellement découverts dans les pyramides même que l'antiquité tout entière savait très-bien être les tombeaux de ces deux rois , nous en donnent la conviction : l'histoire de l'intelligence humaine, légitimement orgueilleuse de son antiquité , enregistrera attentivenientdans ses fastes de tels documents.
Subjuguée par les Romains , l'Éypte ne fournit plus aux annales umaines que son contingent des malheurs et des dures vicissitudes qui composent l'histoire générale des peuples du monde romain : des guerres intestines , des invasions étrangères , le mélange confus de toutes les idées et de tous les principes , l'oubli des préceptes de l'ancienne sagesse , le vrai et le faux , le passé , le présent et l'avenir jetés péle-mêle dans un creuset brûlant d'où sortirent les éléments
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d'une société nouvelle, d'une civilisation qui refit ses anciennes conquêtes et leur en ajouta de nouvelles.
Nous avons déjà exposé les vues que la politique d'Auguste réalisa pour l'administration de l'Egypte {siiprà , pages 49 et 50) , et sur quelles règles elle fut assise. Il en nomma pour premier préfet Cornélius Gallus, chevalier romain de médiocre naissance, mais de mœurs douces et paisibles. Auguste le choisit lui seul , parce que l'Égypte était à lui, sa première conquête, et elle resta province impériale lorsque l'empereur voulut bien partager l'empire avec le sénat et le peuple. Il créa jjour l'Égypte une forme particulière d'administration ; aussi le préfet avait-il le titre de préfet augustal , réunissant tous les ()ouvoirs , et recevant de son maître toutes les directions pour les exercer. Aucun conseil pris dans le pays ne fut appelé à y concourir, ce préfet y tenant la place des rois, et ce royaume appartenant à l'empereur. Cet état de l'administration i-omaine en Égypte éprouva peu de changements jusqu'au siècle de Constantin.
Le préfet de l'Égypte , Cornélius Gallus , s'appliqua d'abord à réparer les mallieurs nés des dernières dissensions et des dernières guerres : les canaux du Kil attirèrent surtout son attention. Plusieurs villes se soulevèrent contre le nouveau régime; Gallus les ramena à l'obéissance ; Thèbes même , qu'il pilla , disent les historiens anciens, qu'il épuisa, et d'où il détourna une grande quantité de choses précieuses.
11 paraît que, enivré de son autorité et de ses succès , le préfet se laissa traiter comme un Pharaon , qu'il permit qu'on lui élevât des statues, et que ses exploits fussent gravés sur les monuments publics. Mais de tels succès ne furent pas de longue durée: Cornélius Gallus accueillit en Égypte un grammairien disgracié par l'empereur; il fut révoqué, envoyé en exil, et il s'y donna la mort.
Pétronius lui succéda; les Alexandrins se révoltèrent , et furent bientôt après soumis de nouveau. Auguste fit faire une expédition en Arabie, com-
L'UMVERS.
mandée par jElius Gallus à la tête d'une armée romaine , renforcée de cinq cents soldats fournis par le roi Hérode qui les avait clioisis parmi ses gardes. L'armée romaine triompha des Arabes, mais elle fut vaincue par le climat; après une année de fatigues, de privations et de maladies , elle rentra , misérablement réduite , en Egypte, sans avoir atteint le but marqué par l'empereur, la possession des riches contrées oîi naissaient les aromates, où étaient entreposées les plus précieuses productions de l'Inde.
Les Éthiopiens avaient profité de l'absence des troupes habituellement stationnées dans la haute Égypte , pour y faire une invasion. Leur reine Candace s'em|)ara de Syène , d'Éléphantine, de Phike; ravagea la Thcbaïde, et emporta un riche butin. Le préfet Pétronius songea aussitôt à punir tant d'audace , pénétra dans l'Éthiopie , jusqu'à Napata , capitale des États de la reine, et lui accorda la paix à la condition de payer un tribut annuel, et d'envoyer une ambassade à Auguste pour en obtenir la ratification du traité. Les nouvelles de ces événements parvenues à Rome avaient alarmé l'empereur. Il partit aussitôt pour l Égypte ; mais il apprit à Samos les succès de Pétronius , y attendit les envoyés éthiopiens , et leur accorda la ratification du traité avec l'exemption du tribut stipulé par Pétronius. Dès son retour en Égypte, ce préfet continua de donner ses soins à ce qu'exigeait la prospérité du pays; les travaux sur les canaux du Kil furent conduits avec une telle intelligence que. la crue du fleuve jusqu'à douze coudées suffisait pour assurer la plus grande fertilité; avant Pétronius, quatorze coudées étaient nécessaires.
Pétronius, après huit années d'administration , eut JEVms Gallus pour successeur comme préfet. Le nouvel administrateur visita la haute Égypte ayant avec lui le géographe Strabon ; et il était encore en fonctions à la mort d'Auguste.
La conquête de l'Égypte par les Romains causa à l'école d'Alexandrie des
pertes qui ne lui furent pas moins sensibles que l'incendie de sa riche bibliothè(|ue; la plupart de ses principaux professeurs allèrent chercher à Rome la faveur des Césars. Toutefois, un nouveau musée s'était formé ; les empereurs en désignaient les présidents et les membres ; mais la faveur publi-
aue ne s'attachait plus à leurs travaux epuis que la faveur royale les protégeait moins directement: lÉgypte, avant tout, était le grenier de" l'empire; Alexandrie le foyer d'un grand commerce ; et le musée ne passait que pour l'asile des sophistes de la Grèce. Cette école continua cependant de produire des hommes utiles, dont les ouvrages sont encore étudiés, occupant une place distinguée dans l'histoire des sciences et de la littérature ; et comme ils se rattachent aux travaux des premiers docteurs chrétiens , ils servent ainsi de lien entre les productions les plus anciennes et celles des temps modernes. Du reste, il en arriva dans ces temps de la domination romaine en Égypte ce qui arrive à toutes les époques : Tetude des connaissances humaines prospéra en Égypte en raison de la protection qu'elle reçut de l'autorité impériale.
Auguste imita la politique d'Alexandre le Grand en ce qui concerne la religion et le culte nationaux de l'Égypte. On continua d'élever, de réparer les temples des dieux de chaque nome , en INubie comme en Égypte; et le nom d'Auguste , qualifié à'èmpereur César, se lit sur les édifices de Talmis , Ralabscbè , Déboud , Dandour , Philae et Dendérah. Dans ce dernier temple, si célèbre par ses deux zodiaques , après les constructions faites durant le règne de Cléopàtre et de son fils Ptolémée Césarion , on reconnaît que les basreliefs supérieurs sont du temps d'Auguste, ainsi que les murailles latérales du naos , à l'exception de quelques petites portions qui sont de l'époque de Néron ; le pronaos est tout entier couvert de légendes impériales de Tibère, de Caius , de Claude et de Néron ; les sculptures de tout l'intérieur du naos et des édifices construits sur la terrasse
ÉG YPTE.
ne paraissent pas remonter au delà du temps de Trajan et d'Antonin. Le propylon sud-ouest est d'Antonin ; le grand propylon est couvert des images des empereurs Domitien et Trajan.
Enfin , le typhonium de Dendérah fut décoré sous ïrajan , Hadrien et Antonin le Pieux. On voit, par ces détails , tous les soins donnés aux édifices de Dendérali par les empereurs romains; le grand temple était dédié à la déesse Hathôr , la Vénus des Romains : il y avait là une double dédicace dont s'arrangeait facilement l'orthodoxie romaine. Les carrières de Tliorrali portent des dates d'exploitation de la 4" année du règne d'Auguste. Son nom se lit aussi sur le temple d'Isis, au sud de l'hippodrome de Thèbes ; l'image d'Auguste se voit aussi sur la plupart de ces édifices , et l'empereur romain y est figuré avec le même costume , accomplissant les mêmes cérémonies envers les dieux de l'Kgypte que les Pharaons eux-mêmes. IVotre planche 91 représente Tibère faisant ses offrandes à trois divinités égyptiennes assises ; les deux cartouches tracés auprès de sa coiffure se lisent autocratôr Tiberios Caesar. Ces indications monumentales peuvent être considérées comme étant communes à tous les souverains romains; le lecteur nous dispensera donc de les reproduire. La civilisation occidentale, armée de l'épée romaine, s'introduisit ainsi dans les croyances de l'antique Orient , sous le costume des Pharaons et les couleurs d'Osiris et d'Ammon.
A Dendérah, c'est souslerègned'Auguste que le propylon du grand temple fut édifié : une inscription grecque (car, durant la domination romaine, la langue grecque resta aussi la langue des actes publics) qui existe encore, et que j'ai publiée il y a trente-trois ans, nous apprend que , pour la conservation de l'empereur César , fils du divin ( ésar, dieu libérateur, Auguste, les habitants de la métropole du nome (de 'J cntyris) élevèrent ce propylon à Isis , déesse très-grande, et aux dieux adorés dans le même temple, l'an 31 du règne de César, au mois de thôth.
Le nom de Tibère, successeur d'Auguste, se lit souvent répété à Philae, à Esnèh, et à Karnac de Thèbes. Les empereurs romains avaient aussi adopté les deux cartouches des Pharaons; mais, au lieu d'un prénom religieux, on écrivait pour les empereurs leur titre même, le mot grec autocratôr; ils ajoutaient à leur nom propre les titres consacrés : toujours vivant, chéri d'Isis et de Phtha ; et il est à remarquer qu'en général, à mesure que l'on s'éloigna des temps anciens, des antiques institutions, les noms des divinités du premier ordre devinrent moins communs sur les monuments comme dans la pensée des hommes; et ceci se passa au profit des divinités du dernier ordre, de celles qui, produit des dernières incarnations et revêtues des plus vulgaires attributions, étaient en quelque sorte plus populaires : ce qui pourrait rendre raison de l'extraordinaire durée des noms d'Isis, d'Osiris et de Typhon, qui ont en quelque sorte survécu à toutes les générations du panthéon égyptien.
Tibère lit continuer la construction du temple de Déboud en Nubie, la sculpture du portique couvert et d'une salle du grand temple de Thèbes. On sait qu'il écrivit à jEmélius Aulus, préfet d'Égypte, qui lui avait envoyé au delà des taxes mises sur l'Egypte par les règlements d'Auguste, qu'il voulait bien tondre ses brebis, mais non les égorger. Du reste, ce préfet eut plusieurs successeurs du vivant même de Tibère. Parmi eux figura quelque teiîips le père de Séjan : ce fut alors que Germanicus visita l'Égypte {supra, page 346), bannissant , dit Tacite , bannissant de la grandeur suprême l'orgueil qui la fait haïr, pour n'en conserver que la dignité qui la rend imposante.
Des troubles sérieux se déclarèrent à Alexandrie durant le règne de Caligula; Avillius Flaccus fut en bute à la haine des juifs; Philon, un de leurs écrivains, a tracé la narration, à sa manière, de ces démêlés; Flaccus périt misérablement après avoir été révocjué de sa préfecture. Le nom de ce préfet se lit encore sur le pronaos de Den-
L'UNIVERS
dérah , dans une inscription grecque qui rappelle que sous Publias Avillius Flaccus les habitants de la métropole et du nome élevèrent ce pronaos à Vénus , déesse très-grande, la . . . année de César Tibère. A la mort de Caligula , les juifs , heureux de ce nouveau règne , attaquèrent les Grecs dans Alexandrie.
1/empereur Claude les apaisa en leur rendant le droit d'élire un ethnarque.
Les sciences reçurent aussi de grands services du nouveau chef de l'empire :
il fonda un nouveau musée, et l'école d'Alexandrie se trouva encore une fois dans une situation favorable à ses progrès; mais le zèle des savants ne répondit point à la munificence du prince. Les noms de Caius Caligula et de Claude se lisent encore sur les édifices publics de l'Égypte : celui du premier à Philse, à Dendérah en Egypte, à Talmis en Nubie; celui de Claude dans les mêmes lieux en Égypte, et aussi à Esnèh, Edfou. Sa légende impériale, composée de deux cartouches, se: lit Tibère Claude, César-Auguste Germanicus, empereur. Cette légende affecte même parfois le style pharaonique, et le premier cartouche se lit :
L'éprouvé des dieux modérateurs , l'empereur Tibère Claude, seigneur de la région haute et basse du monde, le fils du soleil, seigneur des chefs.
Ces mêmes titres, si propres à inspirer le respect aux peuples, furent aussi portés par Néron , qui se disait déplus l'aimé de Phtha etd'Isis, le dominateur bienfaisant des régions supél'ièure et inférieure, le seigneur des mondes, l'éprouvé des dieux modérateurs, le fils du soleil, seigneur des seigneurs, l'empereur Néron. Enfin une inscription, copiée autrefois dans le voisinage du sphynx des pyramides, et inhumée depuis, donne à Néron, au nom de l'Égypte, le titre de nouvel agathodémon ( le bon génie). Cette inscription est un décret rendu au nom des habitants de la ville de Busiris, qui proclament dans un monument public que Néron est l'agathodémon de la terre, qu'il a répandu de grands biens sur l'Égypte; que, pour prendre soin lie son bonheur, il a envoyé Ralbillus
pour préfet , lequel la combla de grSces et de bienfaits, particulièrement d'une juste inondation du Nil, d'où les dons du fleuve doivent s'accroître de plus en plus chaque année. On éleva donc une stèle en l'honneur de Balbillus, de qui, au surplus, Sénèque fait un grand éloge. ll%st vrai que Sénèque dit aussi que Néron était un amant passionné de la vérité comme de toutes les autres vertus, et que ce fut en conséquence de ces nobles sentiments qu'il fit faire un voyage aux sources du Nil (suprà, page 8). Néron, du reste, s'occupa assez particulièrement de l'Égvpte pendant son règne. Il forma le projet de la visiter, annonça par des officiers sa prochaine arrivée, et l'Égypte lui prépara une réception digne de son rang; elle fit construire pour l'empereur des bains magnifiques; mais il mourut à la veille de son départ, non pas sans avoir fait mettre à mort Ttiscus, fils de sa nourrice et préfet d'Égypte, qui s'était oublié jusqu'à se servir des bains édifiés pour la bonne venue et l'usage de l'empereur.
Les règnes de G alba , d'Othon et de Vi tellius, n'eurent aucune inUuence particulière sur l'état de l'Égypte : aucun événement marquant ne se rattache à leur époque. Le nom d'Othon existe encore sur neuf bas-reliefs de la décoration intérieure du grand propylon des ruines au sud de l'hippodrome de Thèbes; et l'existence de ce nom, qui fut celui d'un empereur qui régna si peu de temps, ne doit point trop surprendre, puisque l'Égypte fut la première qui reconnut l'autorité d'Othon, et frappa des monnaies à son nom (l'an 69 de l'ère chrétienne). Les noms de Galba et de Vitellius ne subsistent pas en Égypte; mais celui de Vespasien se lit fréquemment sur ses édifices.
A l'avènement de Vitellius, un juif égyptien, neveu de l'écrivain Philon et nommé Tibère Alexandre , était préfet d'Égypte depuis trois années; il s'était associé aux secrets projets de Jlucius et de Vespasien; aussi est-ce dans Alexandrie que Vespasien fut d'abord proclamé empereur par les soins de ce même Tibère Alexandre, qui le fit re-
ÉGYPTE
connaître par ses légions. Peu d'années après, ce préfet entreprenant n'existait plus. Il eut pour successeur Lupus en l'année 71. Pendant que Titus achevait la conquête de la Judée, des révoltes de juifs jetaient le trouble dans Alexandrie; des partis qui s'élevaient contre l'autorité de l'empereur étaient réduits par la force; les juifs furent moins favorisés à mesure qu'ils se montraient plus rebelles; la mort et les confiscations furent employées pour réduire une nouvelle insurrection. Les grandes qualités de Vespasien ne préservèrent pas l'Egypte de beaucoup d'exactions; l'empereur établit de nouveaux impôts , et employa pour les percevoir des hommes indignes de sa confiance : il est aussi accusé d'avoir répondu par d'odieuses plaisanteries aux plaintes trop fondées des habitants de l'Egypte. Son nom se trouve cependant sur le portique d'Esnèh, sur un obélisque de Rome, sur l'édifice au sud de l'hippodrome de Thèbes. Le nom de Titus, successeur de Vespasien , est plus fréquent encore sur les édifices qui subsistent de nos jours en Egypte, sur un
Eronaos d'Esnèh, dans l'oasis de ])akèh au temple de Deir-el-hadjar; enfin sur l'obélisque Pamphili à Rome avec le titre de divin, que Domitien y donne à son père et à son frère, quoiqu'il nourrît envers eux la haine la plus profonde. Domitien fut leur successeur, et les édifices publics exécutés en Egypte pendant son règne se reconnaissent encore à son nom inscrit parmi leurs sculptures sacrées. On le retrouve à Philœ, à Dendérah, et souvent à Esnèh, s'honorant des mêmes titres que les Pharaons , et souvent qualifié de ami de la contrée, enfant du soleil, seigneur des diadèmes, Cacsar Domitien Auguste, aimé de Phlha etd'Isis, vivant comme le soleil, seigneur du monde, né du soleil, directeur, seigneur des diadèmes. L'obélisque Pamphili à Rome a été érigé en son honneur; les obélisques de Bénévent portent aussi son nom , et nous apprennent que Domitien fit construire dans cette ville d'Italie un temple à la déesse Isis ; enfin l'empereur est figuré sur les tableaux du pro-
pylon de l'édifice au sud de l'hippo»
drome à Thèbes.
Le nom de Werva, successeur de Domitien, ne se lit qu'une seule fois en Égypte , c'est à Syène , où cet empereur fit élever un petit temple dédié aux dieux du pays et de la cataracte, Chnouphis, Saté (Junon), et Anoukis (Vesta), et ce monument révèle déjà l'extrême décadence de l'art en Égypte.
Durant ces trois derniers règnes, l'histoire est muette à l'égard de l'Égypte. Fut-elle heureuse.!' On est disposé à le croire. Le premier de ces trois règnes fut celui de Titus, mais il fut suivi de celui de Domitien.
C'est dans ces temps-là que le christianisme jeta ses premières racines en Égypte. Saint Marc les arrosa de son sang, et les patriarches de l'Église chrétienne d'Égypte, ou Église copte, se disent ses successeurs. Alexandrie fut d'abord le siège du patriarche depuis saint Marc, qui a eu près de soixante et dix successeurs; mais l'appauvrissement du nombre des chrétiens coptes a porté le patriarche à résider au Caire. Aucun évêque, aucun prêtre ne convoite ces fonctions : les principaux de la nation désignent trois personnages parmi les plus recomniandables. Ceux qui se supposent inscrits dans cette liste de candidats, s'enfuient aussitôt dans le désert ; mais le pacha prête des janissaires, fait saisir les fuyards et les fait conduire au Caire, dans l'assemblée, avec les fers aux pieds et aux mains, dont ils ne sont délivrés qu'après que l'élection est faite. A cet effet, on écrit les noms des trois personnes sur autant de billets séparés; on les dépose durant trois jours consécutifs sous le calice pendant la messe, et chaque jour, après la consécration, un jeune garçon tire au hasard un de ces billets de "dessous le calice : celui des trois candidats dont le nom est venu deux fois pendant les trois jours est élu patriarche : titre de suprématie et d'humilité tout à la fois, d'autorité et de privations , les moyens d'existence étant extrêmement restreints, les devoirs étant multipliés ; ayant pour siège d'honneur une simple peau de mouton;
L'UNIVERS
étant soumis à une abstinence continuelle, et n'ayant pour tout mobiiiercjue (les plats de terre commune et des ustensiles en bois. Les commencements de cette religion remontent donc à Domitien.
Son successeur Nerva n'a rien laissé dans son histoire qui intéresse éminemment l'Égypte ; son règne fut d'ailleurs très-court. Il reste , au contraire , sur les monuments égyptiens un grand nombre de souvenirs "du règne de Trajan , successeur de Nerva. Les juifs continuèrent à se montrer turbulents comme sous les deux règnes précédents; ils luttèrent contre la force publique, réussirent même à mettre en fuite le préfet Lupus , et Tra jan se vit dans la nécessité d'envoyer de Rome , avec des forces considérables , ÎNlartius Turbo , qui eut longtemps à lutter contre de , perpétuelles séditions et des guerres 1 intestines, causes continues de désolation dans Alexandrie. L'inimitié réciproque des Grecs et des juifs en était toujours la source. Ils ne détournèrent pas le gouverneur de l'Égypte de favoriser la construction des nouveaux édifices publics, ou de continuer celle des anciens. Le grand temple de Piiilœ porte les inscriptions de « l'empereur César, Kerva , ïrajan , Auguste, toujours vivant, aimé d'Isis; » àOmbos, Vempereur prend de plus le titre de Germanique et de Dacique ; son nom se lit aussi à Dendérah ; à Pliilœ, il a de plus, sur un autre monument, les titres de soleil seigneur des deux mondes, llis du soleil, seigneur des seigneurs, aimé de Phtha et d'Isis.
Le règne d'Hadrien (l'an 117) fut bienfaisant pour l'Égypte; IVIartius Turbo termina la guerre des juifs ; il eut le riiéteur Héliodore pour successeur dans cette préfecture. L'esprit turbulent des Alexandrins remplaça les juifs dans les entreprises de désordre.
Les Égyptiens même ne furent pas toujours étrangers à ces causes de trouble. Un nouveau bœuf Apis fut découvert; et les divergences d'opinion au sujet du lieu où il devait être placé occasionnèrent des séditions armées.
Hadrien en fut informé pendant qu'il
visitait la Gaule. Bientôt après il se rendit lui-même en Égypte.
Arrivé à Péluse, il fit restaurer et embellir le monument funéraire de Pçmpée. Il visita toutes les parties de l'Égypte; on frappa des monnaies de bronze commémoratives de ce voyage.
On y voit la ville d'Alexandrie personnifiée, allant au-devant de l'empereur qui arrive monté sur un quadrige ; l'empereur recevant les hommages de la ville; l'union de la ville et du prince, se donnant la main ; la pompe triomphale d'Hadrien dans Alexandrie, et les sacrifices qu'il y lit aux dieux. Il est représenté sur une autre de ces médailles voyageant sur le Nil, dans une galère dont la proue est ornée d'une corne d'abondance. D'autres monnaies de ce prince portent l'effigie ou la figure de l'impératrice Sabine, et leur date est de la fin de l'an 14 et du commencement de l'an 15 du règne d'Hadrien , compté selon la méthode égyptienne , ce qui revient à la fin de l'etc de l'an 130 de l'ère chrétienne.
iElius Spartianus raconte ce qui suit : « Pendant sa navigation sur le Nil, Hadrien perdit son Antinous, et il le pleura comme l'aurait fait une femme. » Antinous en effet se noya dans le Nil ; Hadrien lui fit décerner des honneurs presque divins , et fonda une ville en son honneur, nommée Antinoé , construite et gouvernée selon les usages des Grecs (voyez notre planche 36). Hadrien, ami des arts, laissa en Égypte des traces nombreuses de son goût et de la protection qu'il leur accordait. Le pronaos du temple d'Esnèh; le temple au nord de cette ville; les édificesde Dendérah ; une des portes de ]\Iédinet-Habou à Thèbes; le sanctuaire du temple au sud de l'hippodrome; et l'obélisque qui est aujourd'hui au ftlonte-Pincio à Rome, sont des ouvrages de son règne; et cet obélisque porte à la fois le nom d'Hadrien , celui de l'impératrice Sabine , et celui d'Antinous. A ces documents de l'histoire d'Égypte sous Hadrien , on peut en ajouter un autre non moins curieux , et qui est une lettre écrite d'Egypte par l'empereur lui-même.
ÉGYPTE
conservée, dit-on, dans les écrits de Plilégon , son affranchi.
Hadrien écrivait au consul Servianus : « J'ai bien étudié, mon clier Servianus, cette Egypte que vous me vantiez , et je l'ai trouvée légère , inconstante , empressée de toute espèce de bruit. Ceux qui adorent Sérapis sont chrétiens; ceux qui se disent les évêques de Christ sont aussi des dévots à Sérapis; il n'y a pas de chef de synagogue juive , de prêtre des chrétiens, de devins, d'aruspices , de baigneur qui n'adore Sérapis. On croit même que lorsque le patriarche vient en Egypte il adore Sérapis; d'autres disent le Christ. C'est ici une race d'hommes très-portée à la sédition , à la vanterie , à l'injure ; la ville (Alexandrie) est opulente, riche, productive, et personne n'y est oisif. Il y a beaucoup de tisseurs de lin ; tous prennent et exercent une profession. Les goutteux , les aveugles y sont occupés ; les estropiés même n'y restent pas oisifs.
Ils ont tous le même dieu , et les chrétiens , et le-s juifs , et toutes les autres peuplades. Plût à Dieu que la ville en fût mieux policée ! digne toutefois , et par son ensemble et par son étendue, d'être la capitale de toute l'Égypte.
Je ne lui ai rien refusé, je lui ai rendu ses anciens privilèges , j'en ai ajouté de nouveaux pour leur faire bénir le temps présent. Biais à peine en suis-je sorti qu'il n'est sorte de propos qu'on n'ait tenus sur mon fils Vérus; et vous devinerez facilement ce qu'on a pu dire d'Antinous. Tout ce que je leur souhaite , c'est de se repaître de leurs poulets qu'ils fécondent d'une manière que j'aurais honte d'indiquer ici. Je vous ai envoyé des vases de couleurs diverses que m'a offerts le prêtre du temple , et que je destine expressément à vous et à ma sœur; je désire que vous vous en serviez avec vos convives aux jours de fêtes. Prenez garde cependant que notre Africanus n'en use trop à son aise. »
Hadrien parcourut toute l'Égypte ; il alla voir et écouter la statué parlante de ïMemnon ; l'impératrice Sabine la visita aussi ; et deux inscriptions
gravées sur cette statue certifient que l'empereur et l'impératrice entendirent la voix harmonieuse du fils de l'Aurore.
Le règne des Antonins fut tempéré pour l'Égypte comme pour le reste de l'empire. Néanmoins l'esprit turbulent à l'excès des Alexandrins rendit presque perpétuelles les séditions et les désordres; ils assassinèrent le préfet, et Antonin se rendit en Égypte à la tête d'une armée qui entra victorieuse dans Alexandrie. Durant ce règne , la construction ou l'agrandissement des édifices religieux ne se ralentit pas.
On voit encore parmi les sculptures de la porte d'enceinte de Médinet-Habou, à Thèbes , la figure en pied de l'empereur Antonin , représenté en adoration devant la triade de Thèbes à droite, et devant la triade d'Hermonthus à gauche , et la légende hiéroglyphique le désigne par ces mots : l'empereur Csesar,Titus, yElius,Hadrianus, Antoninus pius. Ce mur d'enceinte et les propylées de Médinet-Hahou sont en effet l'ouvrage d'Antonin. Son nom est très-fréquent sur les monuments de l'Égvpte ; on le retrouve à Dendérah , Esnèh , Philac , et à l'Oasis del Khardjeh. Plusieurs inscriptions grecques d'Égypte datent du règne de ce prince.
L'une d'elles annonce que le secos et \e pronaos du temple de Kasz-Zayan, dans la grande Oasis , ont été construits dans la 3* année de son règne.
Les noms des empereurs Warc-Aurèle et Lucius- Vérus se lisent aussi sur quelques édifices égyptiens, notamment sur la corniche du petit temple de Philac. Sous leur règne , des bandes armées troublaient la tranquillité de l'Égypte; un homme intrépide, nommé Isidore , secondé par un prêtre égyptien , les conduisait , et elles répandaient partout le désordre et la désolation. Elles attaquèrent même Alexandrie à force ouverte; mais Avidius Cassius réussit à les v;aincre et à les exterminer. Fier de ses victoires, et la fin de Marc-Aurèle approchant, excité même, dit-on , par l'impératrice Faustine, Avidius se fit proclamer empereur; mais il fut bientôt après misa mort , ainsi que son fils ÎMctianus, gou-
L'UiNIVERS.
verneur d'Alexandrie. La magnanimité de Marc-Aurèle ne put les sauver ; mais l'empereur pardonna à leurs partisans, et il fit brûler tous les actes de l'autorité de ce rebelle , sa correspondance même , sans la lire. Arrivé à Alexandrie, I\Iarc-Aurèle se concilia le respect de tous par sa clémence et par sa sagesse. Néanmoins l'état de l'Egypte sous les Antonins ne fut pas un état de paix et de bonheur. Les douceurs de leurs règnes lui furent presque inconnues; l'Égypte s'en priva par sa propre turbulence. Le règne de Commode ne pouvait lui promettre plus de bonheur; le nom de cet empereur se retrouve cependant sur un petit temple àContra-Lato, ainsi que sur la partie postérieure du pronaos d'Esnèh. Dans ces mêmes circonstances , les chrétiens se multipliaient, et ils obtenaient quelque tolérance pour leur culte, quand d'ailleurs l'antique religion égyptienne était encore la religion de l'État, la seule protégée , Isis et Osiris conservant leurs divines attributions dans l'Egypte habitée par les Grecs , les Romains , les juifs , et les peuplades venues de toutes les parties de l'Orient.
On ne sait rien des premiers successeurs de Commode qui puisse intéresser l'histoire de l'Égypte. On frappa à Alexandrie des monnaies à l'effigie de Pertinax et de Tatiana sa femme; mais on n'en connaît point des chefs éphémères qui vinrent après lui , jusqu'à Septime-Sévère.
Cet empereur, vainqueur de ses rivaux , resta maître de l'empire ; Pescennius Niger tenait cependant encore en Orient , et l'Égypte s'était déclarée pour lui. Alexandrie avait fait écrire sur ses portes : Niger est le maître de cette ville. Septime-Sévère marcha en personne pour la soumettre, et le peuple d'Alexandrie alla au-devant de lui, et s'écriant : Niger est le maître de cette ville , mais tu es le maître de Niger. L'empereur se contenta de ce subterfuge; et, par une innovation remarquable et contraire aux principes établis par Auguste , il donna un sénateur pour préfet à l'Égypte, et à Alexandrie un sénat particulier. En
même temps ( l'an 202) , les chrétiens furent persécutés en vertu d'un édit du même souverain. Le père et des disciples d'Origène y trouvèrent la mort ; Origène , comme chef de l'école d'Alexandrie, entama ses démêlés avec Démétrius qui en était le patriarche; l'empire et l'Égypte en ressentirent les cruels effets; et Aëtus et Aquila s'y succédèrent comme préfets.
Les deux fils de Septime-Sévère parvinrent à l'empire; mais Géta fut immolé par son propre frère Caracalla :
on trouve cependant à Esnèh , parmi les sculptures du pronaos, les noms de ces deux souverains. Caracalla fit proscrire le nom de son frère dans tout l'empire , et il ordonna que ce nom fut effacé des monuments publics ; cet ordre s'exécuta en Egypte même : sur le pronaos d'Esnèh le nom de Géta est martelé, mais il y est encore lisible au moyen des traces évidentes des signes primitivement sculptés. C'est, on doit le remarquer, le dernier empereur dont le nom subsiste dans les inscriptions hiéroglyphiques. On en trouve encore la trace sur une inscription grecque relative à l'ouverture de nouvelles carrières de granit près de Philae.
Du reste , le préfet d'Égypte n'avait garde de désobéir aux édits de l'empereur; il connaissait la fougue cruelle de son caractère. Caracalla se rendit en Égypte, averti des épigrammes que les Alexandrins débitaient contre lui ; et, à peine entré dans Alexandrie, il livra la ville entière à la brutalité de ses soldats; un grand nombre de citoyens sont égorgés dans un massacre qui dura une nuit et un jour (l'an 216).
Sous les règnes d'hommes tels que Macrin et Hélogabale, l'empire ne pouvait jouir d'aucune paix , d'aucune félicité. Les fureurs intestines redoublèrent d'ardeur. Le règne d'Alexaadre-Sévère en suspendit temporairement les effets ; aussi trouve-t-on son nom dans une inscription grecque d'Antinoé, qui nous annonce que le sénat de cette ville , dont l'administration était toute grecque , a élevé une colonne en l'honneur de ce sage empereur, qu'elle qualifie de pieux, heu-
ÊGYPTE.
reux , auguste , et à Julia IMamméa- Aiigiista, mère de l'empereur et des invincibles armées. Les lettres et la philosophie furent florissantes en Egypte durant ce règne.
Durant les règnes suivants , tous éphémères , il n'y eut de durable que les malheurs publics ; ils naissaient q^uelquefois de la persévérance des Egyptiens dans leurs anciennes croyances , et des efforts que faisaient les croyances nouvelles pour parvenir à la domination. Un prophète égyptien excita ses partisans contre les chrétiens; et les maisons des chrétiens , déjà en grand nombre, furent pillées : la ville d'Alexandrie en fut profondément troublée. De nouveaux désordres éclatèrent sous le règne de Décius (l'année 250) : les chrétiens furent de nouveau persécutés ; ils se réfugièrent dans les déserts de la Thébaïde , et donnèrent ainsi les premiers exemples de la vie solitaire et monastique. Saint Denis , évêque d'Alexandrie, a raconté luimême des événements semblables, et il en désigne pour auteur un archisynagogue , un magicien ou chef de magiciens ; ce qui ferait supposer l'association des Juifs etdesEgyptienscontre les disciples du Christ, et nous montrerait l'autorité romaine favorisant ces divisions qui la rendaient plus puissante.
En attendant, quelques formes de gouvernement étaient changées en Egypte au gré des volontés du chef de l'Etat; il y eut un commandant en chef et ensuite un comte d'Egypte, le préfet subsistant toujours; mais ces créations nouvelles devaient, par la suite, porter à son autorité des atteintes qu'il est difficile d'apprécier aujourd'hui. Durant les mêmes temps, la fureur religieuse des dévots à Isis et à Osiris ne se ralentissait pas; on en a recueilli la preuve dans les inscriptions encore subsistantes, datées du règne des Gordien et des Philippe, et qui rappellent les actes d'adoration aux antiques divinités du pays, accomplis par des familles égyptiennes dans les temples de rt;gypte et dans ceux de la Nubie égyptienne. Ce sentiment religieux n'était
chez les Egyptiens qu'une des nombreuses preuves de leur opposition à la conquête romaine, et, faute de mieux , ils secondaient toutes les usurpations sur l'autorité impériale. Ils s'associèrent à Émilius et à Macrin; de profonds désordres, la guerre, la famine et des maladies contagieuses , en furent la conséquence; et, selon des recensements qui pourraient être authentiques, le nombre des individus de l'âge de quatorze ans à quatre-vingts ans, dans la population réduite par ces fléaux, ne dépassait pas le nombre des individus de quarante à soixante et dix , constaté dans l'ancienne population. La succession des petits tyrans à l'autorité souveraine en Egypte ou sur l'empire même ajoutait à la violence de ces calamités. En l'année 269, la reine Zénobie, favorisée par l'empereur Gallien, s'essaya à de plus hautes destinées; elle entreprit la conquête de l'Egypte, secondée par les immenses richesses accumulées par elle et par ses sujets à Palniyre, devenue l'un des entrepôts du conunerce de l'Orient. L'Egypte, impatiente du joug romain , ne voulait pas se prêter à être asservie par une nouvelle invasion, et tenta de résister à Zénobie. La reine vainquit l'armée égyptienne, s'empara d'Alexandrie, en fut bientôt après chassée, et y rentra de nouveau avec le secours d'une nouvelle armée amenée de Paimyre. Mais la reine, vaincue enfin par Aurélien dans sa propre capitale, servit à l'ornement du triomphe de l'empereur (l'année 272). Bientôt après, un commerçant d'Alexandrie se déclara le chef de l'Egypte, se vantant de pouvoir entretenir une armée avec les seuls bénéfices de sa fabrique de papyrus. Son influence s'étendit sur toute l'Égypte; les Blemmyes et les Arabes étaient étroitement liés avec lui par les relations de commerce. Firmus prit donc la pourpre, le titre d'Auguste, et frappa des monnaies à son effigie : les Alexandrins le secondèrent ; il les insurgeait au nom et par l'espoir de la liberté; mais il se défendit en vaii- dans trois batailles, il fut vaincu, pris et mis à mort : l'Egypte rentra de nou»
L'UNIVRRS.
veau sous les ordres de l'empereur.
Aurélius Probus y commanda en son nom, et il tâcha de réparer les effets des dernières catastrophes, en rétablissant les édifices publics, et assurant la navigation du Nil par des travaux exécutés par l'armée. Mais la haute Égypte n'était pas encore pacifiée quand Aurélien, et Tacite son successeur, furent assassinés. Aurélius Probus prit la couronne impériale, réduisit la haute Égypte à l'obéissance, punit exemplairement les villes deCoptos et de Ptolémaïs, et donna le commandement de l'Orient à l'un de ses généraux, Sextus Julius Saturninus, originaire de la Gaule. Aussitôt que Probus eut quitté l'Êgypte, Saturninus se proclama ou fut proclamé empereur par le peuple d'Alexandrie'; mais il périt bientôt après, laissant l'Êgypte tout entière soumise à l'autorité de l'empereur.
Néanmoins Saturninus eut un successeur dans Achillée, préfet de l'Egypte.
Dioclétien et Maximien étaient parvenus au trône, et l'Egypte, avec le reste de l'Orient, était échue au premier de ces deux empereurs associés au trône. Dioclétien entreprit de réduire l'Êgypte, plaça le siège devant Alexandrie, coupa les canaux du Nil qui approvisionnaient cette ville immense, et s'en rendit maître après une tranchée ouverte pendant huit mois. Rien n'égala jamais la cruauté du vainqueur : la ville fut soumise au fer et au feu, ses habitants furent livrés à la fureur de la soldatesque , toutes les propriétés au pillage et à la destruction.
Un auteur chrétien raconte que Dioclétien avait donné l'ordre à ses soldats de ne faire cesser le carnage que lorsque son cheval aurait du sang jusqu'aux genoux. Heureusement, ajoute l'historien, le cheval s'abattit, ses genoux furent teints de sang et le carnage cessa. C'est du règne de Dioclétien que date l'ère de son nom qui fut établie en Egypte, et qu'on appelle aussi l'ère des martyrs : elle commença le 13 juin de l'an 284 de Tère chrétienne.
La victoire de Dioclétien sur Achillée fut comme une seconde conquête de l'Egypte par l'aigle romaine. Revenu à
des sentiments plus humains, quand son autorité fut partout reconnue, Dioclétien s'occupa du rétablissement de l'ordre et des lois en Égypte. Il fit un traité avec les Blemmyés, et leur céda une grande étendue (le territoire au midi de Syène et de la première cataracte; il leur promit une solde à la condition qu'ils défendraient la frontière de l'Êgypte. Mais les persécutions contre les chrétiens recommencèrent, quoique une certaine communauté d'infortune eût ralenti les haines mutuelles que nourrissaient les chrétiens et les sectateurs des croyances opposées , rapprochés, pour ainsi dire, par leur opposition commune à l'autorité romaine : on vit des dévots égyptiens sauver les dévots chrétiens qui se confiaient à leur foi. Cependant les divisions par les croyances religieuses s'envenimaient par les discussions et les écrits des hommes instruits des deux opinions; les supplices infiigés au nom de l'autorité impériale n'arrêtèrent pas les progrès du christianisme. Sur ces mêmes entrefaites, et quand de nouvelles carrières de granit furent ouvertes à Syène, on en tira une colonne de très-grandes proportions qu'on érigea à Alexandrie en l'honneur de Dioclétien, comme le prouve l inscription grecque tracée sur le piédestal de cette colonne : c'est celle qu'on appelle vulgairement colonne de Pompée {pl. 84).
Toutefois, le nouveau partage de lempire fait par Dioclétien affaiblit de plus en plus l autorité souveraine ; des chefs indépendants se montraient partout; les guerres intestines, les guerres étrangères s'ajoutaient à toutes les autres calamités, et les empereurs passaient aussi sur le trône comme une autre sorte de calamité ajoutée à tant d'autres. Ainsi s'écoulèrent les années depuis Dioclétien jusqu'à Constantin.
Celui-ci transporta le siège de Tempire à Byzance, qu'il nomma Constantinople; il modifia sensiblement le gouvernement de l'Egypte, comme il avait modifié par ce grand acte de politique le gouvernement de Rome et de l empire. Les usages et le climat de l'Orient eurent la plus grande influence
ÉGYPTE
sur ces changements. Le préfet du prétoire de l'Orient avait l'Égypte dans ses attributions, mais ce préfet n'avait j)lus le commandement des troupes : ce commandement appartenait à une des personnes placées auprès de l'empereur. L'Égypte était une des provinces frontières; un comte était chargé de l'autorité sur ces frontières ; les contributions qu'on levait étaient partagées entre le trésor public et le fisc ou trésor du prince; le préfet augustal n'avait presque plus à s'occuper que des travaux du Nil et du transport des blés à Constantinople. Les présidents des provinces contrariaient plutôtqu'iis ne secondaient son autorité : le président de la Thébaïde fut bientôt l'égal du préfet. On poussa l'esprit d'innovation jusqu'à changer le nom des principales contrée; l'Heptanomide fut appelée Arcadie, d'Arcadius, fils de Théodqse, et la partie orientale de la basse Egypte reçut le nom A\4ugustamniquè; on multiplia ensuite le nombre des provinces afin de les gouverner plus facilement; mais on ne fit que multiplier les moyens d'exaction, et par là les motifs de mécontentement général.
Les scissions, éclataient en même temps dans l'Église chrétienne, et Arius, qui ne fut point élu à l'évéché d'Alexandrie, fonda une doctrine qui, sous le nom d'Arianisme, troubla longtemps la paix de l'Église; et, quand un concile fut assemblé à Nicée (1 an 325) pour examiner cette doctrine, près de cent évéques de l'Égypte ou de la Libye s'y trouvèrent réunis; mais l'état de confusion dans les affaires de l'Égypte ne cessa pas pour cela, et quoique la conversion de Constantin eût donné plus d'influence au christianisme. Les distributions publiques du blé étaient presque devenues dépendantes de l'autorité des évéques, et elles les assimilaient en quelque sorte aux préfets civils; mais les évéques n'échappaient point à la peine d'un tel privilège, l'envie et l'injustice les accusaient, et (|uelque partialité de leur part envers leurs fidèles put exciter aussi de justes plaintes. Saint Athan.ise fut accusé.
et réduit à se justifier devant un concile qui le releva de ces accusations (l'année 340). Mais le temps vint où ces dissensions dogmatiques dégénérèrent en anarchie, le peuple et l'armée ayant été admis et même appelés à y prendre part. Aussi l'épiscopat de Grégoire le Cappadocien fut-il une suite de calamités pour l'Egypte . Grégoire poursuivit pendant cinq années entières les partisans de saint Athanase. Les doctrines de ce prélat furent condamnées par le concile de Milan (en Tannée 351), et l'empereur Constance sévit contre les condamnés. L'Égypte devint bientôt après la proie de tous les délégués de l'empereur, et les chrétiens, après avoir échappé aux fureurs des païens, succombaient sous les coups de leurs propres frères : on s'égorgeait déjà pour de subtiles doctrines.
Un nouvel évêque fut envoyé par l'empereur; cet évêque se nommait George, et telle fut l'autorité dont il était investi , qu'il réussit à faire établir une taxe sur chaque maison d'Alexandrie, parce que la ville, rebâtie par Hadrien aux dépens du fisc, appartenait, disait-il, aux Césars. Cet évêque se livra en même temps à de lucratives spéculations sur le salpêtre (le natron vraisemblablement) et sur les manufactures de papyrus. Les opprimés n'avaient pour consolation que la faculté de consulter l'oracle d'Abydos sur la durée probable de la vie de l'empereur; les plus curieux furent exilés et condamnés à mort.
Le règne de Julien fut plus favorable pour les Egyptiens demeurés fidèles à l'ancien culte maternel, et le préfet d'Egypte annonça comme une heureuse nouvelle, à l'empereur, qu'on venait, après de longues recherches, de découvrir un nouveau bœuf Apis. La religion égyptienne était ouvertement favorisée par Julien , et le christianisme en ressentit une réaction qui lui fut funeste. Julien témoignait de la dévotion pour Sérapis, et c'est par ce dieu qu'il jura, en écrivant au préfet Ecdice, que si Athanase, qui était rentré à Alexandrie, n'en soitait pas sans délai , les troupes aux ordres du préfet