‹ Égypte ancienceChapitre 5 sur 38 · IT. FERTILITÉ DE L'ÉGTPTE · texte numérisé non relu

IT. FERTILITÉ DE L'ÉGTPTE

On peut donner une idée de la fertilité de l'Égypte, en disant que la terre

fiorte tous les mois et des fleurs et des ruits. On sème les blés en novembre, à mesure que les eaux du IS'il se retirent ; les narcisses , les violettes et les colocassiers fleurissent ; on récolte les dattes et le fruit du sébestier. En décembre, les arbres perdent leur feuillage mais les blés, les herbes, les fleurs couvrent partout la terre, et lui donnent l'aspect d'un nouveau printemps. En janvier, on sème les lupins et autres grains, les fèves et le lin: l'oranger, le grenadier fleurissent, les blés montrent leurs épis dans la Haute- Égypte, et dans la basse, on récolte la canne à sucre , le séné et le trèfle. Au mois de février, la verdure couvre toutes les campagnes, on sème le riz, on récolte l'orge; les choux, les concombres et les melons mûrissent. En mars, les plantes et les arbustes fleurissent, on récolte les blés semés en octobre et en novembre. Durant la première moitié d'avril , la récolte des roses ; ensuite on sème des blés et on en moissonne d'autres ; le trèfle donne une seconde coupe ; en mai , la récoite des blés d'hiver; l'acacia, le henné fleurissent , les fruits précoces sont cueillis, tels que les raisins, flgues, caroubes et dattes. En juin, la Haute- Egypte récolte la canne à sucre; le

mois de juillet amène la plantation au riz, du maïs, la récolte du lin et du coton , et l'abondance des raisins aux environs du Caire. Au mois d'août, c'est la troisième coupe du trèfle, la floraison du nénuphar et du jasmin ; les palmiers et les vignes sont chargés de fruits mûrs, les melons sont déjà trop aqueux. La récolte des oranges , citrons , tamarins, olives et du riz, annonce le mois de septembre ; enfin en octobre commencent des semailles, l'herbe s'élève assez haut pour cacher le bétail, et les acacias et autres arbustes épineux sont couverts de fleurs odorantes. Rien n'égale nulle part cette richesse et cette variété de végétation : que n'obtiendrait-on pas d'un tel pays, si l'industrie et la civilisation européennes pouvaient y répandre tous leurs bienfaits ?

▼ . CLIMAT DE L>ÉCYPTE.

Le climat de l'Égypte est très-sain, et il a été reconnu par des recherches très-exactes , faites durant l'expédition fî^ançaise, que la mortalité parmi les Européensyétait moindre quedans nos climats. C'est cependant en Egypte que la peste paraît avoir pris naissance et y être indigène. Elle se montre après la retraite des eaux de l'inondation.

Nous ferons voir, en parlant des momies ou corps embaumés, comment les anciens Egyptiens se nroposèrent de se préserver d'un tel fléau. Il y a cepenciant de très-mauvais vents en Égvpte ; les vents du nord soufflent en octobre; au mois de juin, le vent embrasé du midi se manifeste, mais il dure peu de jours : on le nomme K/iamsyn en Égvpte et Sémoum dans le désert; par son influence, l'atmosphère se trouble, une teinte pourpre la colore; l'air n'est plus élastique; une chaleur sèche et brûlante règne partout, et des tourbillons, semblables aux émanations d'une fournaise ardente, se succèdent par intervalle. Malheur au voyageur que le Sémoum surprend dans le désert ! Ce fut par ce fléau, si l'on en croit l'histoire , que fut détruite l'armée envoyée par Cambyse contre

EGYPTE

rOasisd'Ammon : s'avançant à travers les sables , dit Hérodote , et se trouvant à peu près à moitié chemin , un vent du midi, violent et tempétueux, vint à souffler pendant le temps qu'elle était arrêtée pour manger, et ce vent éleva de tels tourbillons de sable, que l'armée entière fut engloutie et disparut entièrement. Le cliameau, ce robuste habitant du désert, redoute le Sémoum,et quand ce vent souffle, il se soustrait à son influence meurtrière, en tenant ses yeux constamment fermés et en enfonçant sa tête dans les sables, qui dessèchent moins son haleine déjà embrasée par la haute température et la réverbération du désert.

TI. OASiS.

On donne le nom d'Oasis à des portions plus ou moins étendues de terrain qu'une source deau fertilise au milieu des sables ; ce sont de véritables îles de verdure sur la plage stérile des déserts. Elles sont situées à l'occident de la chaîne Libyque sur la rive gauche du Nil, et connues dès la plus haute antiquité. Elles furent à la même époque des dépendances du territoire de l'Egypte. L'histoire a en effet conservé la tradition d'une rébellion des habitants du territoire Libyque, dès les premiers temps de la monarchie égyptienne. On ne parvient dans ces cantons isolés qu'après plusieurs journées de marche dans le désert; quelques voyageurs modernes y ont pénétré , et l'on possède aujourd'hui des notions exactes sur les principales Oasis de l'Egypte.

Leur nom est tiré de l'ancienne lan- ' gue égyptienne où il signifiait habita- I tion , "et comme le dit un géographe grec, c'étaient des régions habiîtées et entourées de vastes déserts; un autre écrivain grec trouvait qu'elles offraient assez d'agréments pour mériter le nom Agiles des bienheureux. La grande Oasis des anciens est celle qu'on nomme aujourd'hui El-Khargéh, à la hauteur de Thèbes : elle est la plus méridionale des Oasis de l'Égypte. En s'avançant vers le Delta, on trouve celles' de

Dakhel, Farâfréh, El-Behryéh, d'où l'on parvient, par une route au nordouest , à la plus célèbre des Oasis , nommée aujourd'hui de Syouah, et par les anciens Oasix de Jupiter- Ammon. C'est là en effet qu'existait le fameux oracle que toute l'antiquité alla consulter, et qui cessa de prédire et de parler , comme tous les autres , quand l'importance politique du pays où il était établi fut anéantie. On rapporte l'origine de l'oracle d'Amnion à une intervention supérieure, et on raconte qu'une colombe , partie du grand temple de Thèbes d'Égypte , alla désigner, avec évidence, le heu où l'oracle devait être établi. Le temple d'Ammon, qui était la grande divinité de Thèbes, et que les Grecs ont assimilé à leur Jupiter, fut en effet construit dans la partie la plus fertile de l'Oasis. La statue du dieu était faite avec du bronze où l'on avait mêlé des émeraudes et autres pierres précieuses. Il était porté sur une barque d'or, comme les autres grands dieux de l'Egypte.

Plus de cent prêtres étaient attachés au service du temple , et c'était par la bouche des plus anciens que le dieu Ammon rendait ses oracles , les plus célèbres de toute l'antiquité; Hercule, Persée, et une foule d'autres personnages illustres dans les traditions historiques de la Grèce, allèrent religieuse ment le consulter. Non loin du temple était une autre merveille ; c'était une source nommée \dL Font aine du Soleil:

selon Hérodote , l'eau en était tiède le matin et froide à midi , tiède au coucher du soleil , et bouillante vers le milieu de la nuit. Alexandre-le-Grand voulut visiter et consulter cet oracle de Jupiter, l'auteur de sa race, disaitil; il descendit donc des environs de Memphis , dans la Basse-Égypte , auprès du lac Maréotis ; il s'enfonça de là dans le désert avec les personnes qu'il avait désignées pour le voyage à l'Oasis d'Ammon. Les deux premiers jours, dit Quinte-Curce, la fatigue était supportable, quoiqu'on n'eût jamais vu de telles solitudes; mais dès qu'on fut avancé dans ces mers de sable, l'aspect de la teïre ne frappait

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plus les yeux; pas un arbre, pas une trace de végétation ; la provision d'eau, portée par les chameaux, était épuisée , et il n'y en avait pas dans ce sable brûlant; le soleil avait tout desséché; mais il survint heureusement un peu de pluie, et on se désaltéra avec avidité , même en recevant dans sa bouche l'eau qui tombait du ciel. On mit quatre jours à traverser ces vastes solitudes.

Comme on approchait, une troupe de corbeaux vint servir de guide à l'ar- ,mée d'Alexandre; enfin il arriva à ■l'Oasis d'Animon, où il vit, au milieu d'immenses déserts , le temple entouré d'un bois épais, où des sources nombreuses entretenaient la fraîcheur et la végétation , et il visita aussi la fontaine du Soleil , dont Hérodote avait fait connaître l'existence aux Grecs, un siècle auparavant. Alexandre consulta l'oracle , qui déclara , sans hésitation, qu'il était le flls de Jupiter.

Les voyageurs modernes ont retrouvé à rôasis de Syouah les restes des temples égyptiens, la fontaine intermittente qu'Hérodote et Alexandre avaient bien connue, des tombeaux creusés dans le roc,des restes de momies et plusieurs lieues de terrains fertiles, appartenants à plusieurs villages. La ville de Syouah, qui donne aujourd'hui son nom à l'Oasis, en est le chef-lieu. Cette ville est placée sur le sommet d'un rocher; elle est divisée en deux parties distinctes ; dans l'une , celle qui est à l'Orient , habitent les gens mariés , les femmes et les enfants ; dans l'autre, à l'occident, sur un sol plus bas, les veufs et les garçons. Les rues sont couvertes et on circule dans la ville, d'une maison à l'autre, comme les abeilles dans une ruche; mais en plein midi, il faut avoir une lampe à la main. La population de Syouah est d'environ 2500 individus.

A une lieue et demie de cette ville, à l'est-nord-est, existent, à 0mm- Béyda, les ruines d'un grand temple de style égyptien; il était formé de trois enceintes , dont la plus étendue avait 360 pieds de longueur , sur 300 de largeur. Une salie encore subsis-

tante est couverte par trois énormes pierres qui lui servent de plafond ; elles ont chacune 26 pieds sur 33, et pèsent ainsi cent mille livres chaque ; des sculptures subsistent encore et prouvent que le temple était dédié à la grande divinité de Thèbes, à Ammon- Ra, le Jupiter-Ammon des Grecs^ Des inscriptions en caractères hiéroglyphiques accompagnaient les scènes religieuses ' figurées sur les bas -reliefs. ^on loin de ces ruines, au sudest, on retrouve dans un bois de palmiers la fontaine dont les eaux sont alternativement chaudes et froides dans l'espace de 12 heures. Voilà donc le véritable temple de Jupiter- A ninion et la fontaine du Soleil dont Hérodote a donné la description et qu'Alexandrele-Grand alla visiter, après qu'il eut fait la conquête de l'Égypte. Cambyse avait voulu détruire cié temple; son armée périt à la traversée du désert.

Alexandre s'y rendit pour honorer le dieu, et aussi, dit une tradition, parce qu'Hercule et Persée avaient fait ce voyaM. L'Oasis d'Ammon fut célèbre dès la plus haute antiquité : c'était un temple dédié au grand dieu de l'Égypte, Ammon-Ra à tête de bélier, comme le montrent les sculptures du temple d Onim-Bevda ; quant à l'oracle , il est vraisemblable qu'il fut imaginé par les Grecs; et Cambyse, qui le méprisait, ne pensait, en occupant le pays des Ammoniens , qu'à en faire la conquête.

Autrefois réunies à l'Egypte , dont elles étaient des dépendances politiques , les Oasis en sont aujourd'hui séparées de fait, et ne conservent avec elle que des relations de commerce; les Oasis sont les stations , les lieux de rafraîchissement des caravanes qui

Fartent chaque année de l'intérieur de Afrique, et traversent le grand désert pour se rendre en Egypte. Elles sont d'une ressource infinie pour la sûreté et le succès de ces voyages.

TII. LA MER ROrCE.

A l'orient du >'il , le sol de l'Égypt* s'étend en désert montueux jusqu'aux

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rivages de la mer Rouge, dont la côte a presque Li mêniedirection que le bassin du ÏNii. Ce désert était occupé autrefois par les Troglodytes ou habitants de grottes creusées dans le roc. L'extrémité de la mer Rouge est à la hauteur du Kaire; ces deux points ne sont éloignés que d'environ 25 lieues; il y a la même distance du bras occidental de la mer Rouge à la mer Méditerranée, car la mer Rouge se termine de ce côté par deux bras : c'est dans l'espace triangulaire renfermé entre ces aeux bras que sont situés des lieux célèbres dans l'histoire sainte, le désert et le mont Sinaï, par le séjour de Moïse et des Israélites , et l'état des lieux offre encore des rapports frappants avec les indications et les relations de la Bible.

C'est à Memphis, à 25 lieues du bras droit de la mer Rouge, que se sont passés les grands événements où Moïse jOue le principal rôle. 11 entreprend , par l'ordre de Dieu, de délivrer les Hébreux de l'esclavage où ils vivent en Égypte depuis plusieurs siècles ; il demande l'agrément du roi pour se rendre dans le désert, afin, lui dit-il , de faire des sacrifices pour lesquels on immolait des animaux révérés par les Égyptiens. Il se met en route suivi de son peuple, et après avoir emprunté aux Égyptiens , toujours sous le même prétexte de leurs sacrifices dans le désert, une grande quantité de vases d'or et d'argent. Moïse se renditdans le désert de Sinaï ; il ne prit pas le chemin le plus court; il conduisit les Hébreux, dit la Bible, par le chemin du désert qui est près de la mer Rouge. Il cachait ainsi au roi d'Égypte le véritable but de son entreprise , et il suivit , pendant trois jours entiers , le rivage de cette mer; le premier, ils arrivèrent à un lieu nomn)é Socoth , et qui n'est plus connu ; le second , au tond du désert , entre la mer et des rochers inaccessibles, et cette position est encoi-e reconnaissable à Byr- Soueys, où un coude de la mer se joint a la haute chaîne du mont Attaka et semble fermer le désert; le troisième jour. Dieu leur ordonna de revenir

2' Livraison. . ÉGYrTt.^

sur leurs pas et de camper devant Hahiroth; cette ville existe encore sous le nom de Hadjéroth. C'est à peu près vis-à-vis decelieu que les Israélites passèrent la mer Rouge a pied sec; c'est là que s'est formé en effet un ensablement qui a séparé cette mer du vaste bassin qui la borne au nord , et avant que cet ensablement fût complet, il a dù n'être qu'un bas-fonds guéable à marée basse. Moïse, qui avait long-temps habité les bords de la mer Rouge, ne devait pas ignorer cette particularité; il en profita pour sauver le peuple de Dieu des armes du Pharaon égyptien. Les Arabes Bédouins ont conservé jusqu'à nos jours la tradition du passage de la mer Rouge par Moïse , et ils donnent encore à quelques sources d'eau doucele nom de Fontaines de Moïse. On sait la suite de ce grand événement; les Israélites arrivèrent sains et saufs au désert de Sinaï et dressèrent leurs tentes vis-à-vis de la montagne. IMoïse y monta pour parler à Dieu; il revint ensuite vers le peuple, en fit assembler les anciens ; il leur exposa les ordres de Dieu, qui, descendu lui-même sur le Sinaï, au milieu des éclairs, du tonnerre et des feux, donna sa loi, dont jMoïse présenta ensuite les tables au peuple en lui disant : Elles sont écrites de la main de Dieu. Toutes les descriptions de ces lieux mentionnés dans la Bible sont encore d'une complète exactitude ; on y suit Moïse errant avec son peuple aux environs du Sinaï, essayant, sans succès, de passer en Syrie pour conquérir la terre de Chanaan, attendant dans le désert que le courage et l'obéissance vinssent à son peuple indiscipliné, et que les souvenirs et les regrets de l'Egypte fussent effacés par la mort de ceux des Israélites gui y étaient nés.

Il voulait donner a son peuple des lois et un culte qui fussent la base et les garants de sa nationalité; il y travailla durant 38 ans, mais il mourut pendant sa seconde entreprise contre la Syrie, sans entrer dnas la terre promise, et il désigna Josué pour son successeur. Ainsi l'histoire des rois d'Égypte est intimement mêlée aux

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narrations de la Bible, et nous aurons encore plusieurs fois l'occasion de faire voir qu'elles se prêtent un secours mutuel et concourent par leurs témoi-

§ nages à la manifestation de la vérité e l'histoire générale.

Nous ne devons pas omettre de rappeler combien de tentatives ont été faites pour mettre la mer Méditerranée en communication avec la mer Rouge, au moyen d'un canal , et pour parvenir ainsi très-facilement de l'Europe méridionale dans l'Inde. Mais les eaux de la mer Rouge sont élevées de plus de 30 pieds au-dessus du niveau de celles de la Méditerranée. C'est cette différence de niveau qui empêcha et les rois d'Egypte et les rois de Perse qui la gouvernèrent, de terminer le canal commencé d'une mer à l'autre. Il paraît toutefois que les Ptolémées achevèrent ce canal, et Pline en donne la longueur, qui a été trouvée exacte par les modernes. ,Le calife Omar fit aussi rouvrir le canal , et il est prouvé que les Arabes y naviguèrent pendant plus Vun siècle. Enfin, durant l'expédition française en Egypte, on examina cette question qui est d'un si grand intérêt pour le commerce de l'Europe avec l'Asie et l'Inde; on chercha les traces de ce grand ouvrage des anciens , et ce fut l'empereur INapoléon , alors général en chef de l'armée d'Orient, qui les découvrit le premier dans le désert de Suèz ; il lit , avec son escorte , quatre lieues dans le canal même, dont il reconnut ainsi la direction ; mais il faillit périr par le retour précipité de la marée , car il s'égara durant cette reconnaissance. La nuit approchait ; cependant il parvint heureusement à Hadjéroth : c'est le lieu même où Moïse avait campé avant de traverser la mer Rouge, et 3,300 ans avant Napoléon.

TIII. ANIMAUX PARTICULIERS A L'ÉGTPTE.

En faisant connaître ici quelques-uns des animaux qui sont particuliers à l'Égypte , nous ne les qualifierons pas tous de monstres, quoique un auteur ancien

ait dit que l'Afrique en nourrissait beaucoup , et qu'elle était leur véritable patrie. Plus d'un moderne partagerait peut-être cette opinion, s'il n'était averti qu'on ne doit point considérer comme tels les animaux des climats lointains , par cela seul que ces animaux ne ressemblent pas aux types qui lui sont familiers , à ceux qu'il a l'habitude de voir autour de lui. Sa réserve doit même aller jusqu'à se garder de croire qu'il ne peut exister que dans ces types, des formes assorties, des proportions harmonieuses, des mouvements réguliers et gracieux, et des fonctions faciles et naturelles. La connaissance des animaux particuliers à l'Egypte prouvera à plusieurs égards l'exactitude de notre remarque.

Les espèces des poissons du Kil sont assez variées : les uns s'éloignent peu de son embouchure; ce sont des habitués de la mer, qui font de longues excursions dans les fleuves où ils cherchent une certaine profondeur et un fond qui remplit certaines conditions. Les autres sont répandus dans tout le coursdu Nil, et ils en sont les véritables habitants ; ils sont descendus en Egypte avec Iih des régions plus méridionales. Le plus singulier de ces poissons est le hiclùr^ qui tient à la t'ois du serpent par sa forme allongée et la nature de ses téguments ; des cétacées, en ce qu'il est pourvu d'évents ou d'ouvertures dans le crâne par où l'eau s échappe ; enfin des quadrupèdes, par des extrémités analogues à leurs membres. Sa queue est courte , son abdomen est de grande dimension, et ses nageoires dorsales très-nombreuses. Il a environ deux pieds de longueur, et, vivant dans les lieux les plus profonds du fleuve, les pêcheurs le prennent très-rarement; il est carnassier; sa chair est blanche et savoureuse; la solidité de ses écailles ne permettant pas de l'entamer avec le couteau, on le fait d'abord cuire au four et on le retire ensuite de sa peau comme un manchon d£ son étui. 'Ltfahaha est un autre poisson non moins singulier; quoique al-

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longé, ayant la faculté de se remplir (l'air, il se gonfle en respirant à la surface de l'eau ; son ventre devient très-volumineux, et, le poids du dos venant à l'emporter, l'animal culbute et demeure renversé sur le dos, ayant l'apparence d'un globe hérissé d'épines ; celles-ci servent à sa défense , comme au hérisson de terre. Le fahaka vient en Ég\T)te avec les eaux de l'inondation ; le deDordement le jette dans les terres, où le Nil l'abandonne en se retirant; toute la population des campagnes attend ce moment avec unpatience; elle ramasse les fahaka avec empressement et y trouve une nourriture abondante ; les oiseaux les recherchent aussi; enfin les enfants y trouvent le sujet d'un divertissement très-désiré ; ils les observent et les promènent sur les eaux , les lançant comme des billes de billard; après la mort de l'animal, ils gonflent et vident sa peau à volonté; desséchés sous leur forme sphéroïde , les fahaka ont la faculté de conserver l'air dont ils sont remplis et peuvent long-temps servir de ballon après leur mort. On dit que ce poisson a de la voix. Les habitants de l'Égj^pte connaissent aussi le silure tremblant, qui est un poisson électrique ; les Arabes le nomment râad ou raasch , le tonnerre , n'ignorant pas les propriétés électriques qui rendent ce poisson si remarquable. Ils croient que la couche de graisse qu'on trouve sous sa peau , et qui est son appareil électrique, est un remède infaillible contre beaucoup de maladies ; on la brûle sur des brasiers et on expose le malade au contact du gaz produit par la combustion.

Le système général des oiseaux de l'Égypte comprend des ordres et des familles très-variés, tels que, parmi les oiseaux de proie , les vautours , les éperviers, les chouettes; parmi les grimpeurs , les couas et les coucals ; parmi les passereaux, l'hirondelle, la mouette , le merle , la fauvette , le roitelet, l'alouette, le moineau, le bouvreuil; parmi les passerigalles , les pigeons et les colombes; parmi les échassiers , le pluvier, le vanneau,

le héron, l'ibis blanc et l'ibis noir, le. rhyncée du cap de Bonne-Espérance , les chevaliers ; enfin parmi les palmipèdes, les hirondelles de mer, le cormoran et les canards.

Le Nil a de grandes tortues d'eau douce , comme tous les autres grands fleuves des pays chauds ; on a trouvé , en effet, des irionyx, ou grande tortue du Nil , dans les rivières de la Géorgie, de la Caroline, du Sénégal, de la Perse et de l'Inde , et toutes "ces tortues se ressemblent par des caractères essentiels. Les trionyx ont leur mâchoire garnie de véritables lèvres mobiles; elles tournent sur elles-mêmes en nageant, de sorte que lorsqu'elles sont à fleur d'eau , on voit alternativement leur dos et leur ventre. C'est ce que font aussi les cétacées qui allaitent leurs petits, et qui leur procurent ainsi le moyen de venir puiser à la surface de l'eau l'air nécessaii-e à leur respiration. Les trionyx du Nil ont jusqu'à 3 pieds de longueur.

Parmi les reptiles du Nil on distingue aussi le tupinambis, qiii vit sur les bords du fleuve et y va chercher sa nourriture au fond des eaux. Ce lézard, de 3 à 4 pieds de longueur , jouit d'une très-bonne réputation parmi la population égyptienne; on ne l'appelle que la sam-egarde , le sauveur, le monitor : on prétend, en effet, que lorsque des hommes se trouvent, à leur insu , menacés par le crocodile , le tupinambis s'empresse de les avertir, par ses sifflements, delà présence du redoutable amphibie. Ces sifflements sont en effet des cris d'alarme , par lesquels le tupinambis exprime son propre effroi à la vue du crocodile, qui est pour lui un ennemi très-dangereux. Le monitor n'a point les pattes palmées comme les autres reptiles nageants ; sa queue est comprimée latéralement et surmontée d'une crête longitudinale très-prononcée. Il y a aussi un tupinambis du désert; il ressemble à celui du Nil; seulement sa queue n'a point de crête et elle est presque exactement ronde ; Hérodote désigne celui-ci sous le nom de crocodile terrestre , et les bateleurs du Kaire l'emploient assez ordinaire-

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ment dans leurs parades publiques , après toutefois avoir arraclié les dents à cet animal très-carnassier. En captivité, il refuse toute nourriture, et c'est par la violence qu'on parvient à lui en faire avaler.

Les espèces des couleuvres sont assez nombreuses en Egypte ; on a donné la description des cinq principales; la plus jolie de toutes est la couleuvre à capuchon, remarquable par la disposition très-gracieuse de ses couleurs , la brièveté de sa queue etcellede soncorps entier, qui ne dépasse guère un pied.

Une grande tache noirâtre, qui couvre le dessus de sa tête, depuis le bout du museau jusqu'à l'occiput , et qui ligure un capuchon, a fait donner à cette couleuvre le nom qu'elle porte. Le scy thaïe des Pyramides, qui ressemble beaucoup à la vipère , a comme elle des crochets venimeux; il parvient rarement à une longueur de deux pieds ; il est très-redouté au Kaire et dans les environs des Pyramides; c'est contre lui surtout qu'on invoque la science et le pouvoir surnaturel des psylles , dont nous parlerons tout à l'heure. La vipère céraste^ ou cornue, n'est pas moms redoutable ; au-dessus de chacun de ses deux yeux naît une petite éminence ou petite corne , de 2 a 3 lignes de hauteur, s'inclinant un peu en arrière; c'est de là que le céraste a tiré son nom. La vipère hajé est également très-connue des habitants de i'Égypte ; elle n'a pas moins de cinq pieds de longueur, et trois pouces de tour.

Cette vipère a la faculté d'élargir en manière de disque la partie la plus antérieure de son corps, en le redressant et paraissant marcher sur le reste. Dès qu'on l'approche, elle dresse sa tête pour veilreT à sa défense ; sa morsure est très-dangereuse; la plus petite quantité de venin , placée par inCision dans la cuisse d'un pigeon , détermine chez lui des vomissements abondants, de violentes convulsions, et il meurt au bout d'un guart d'heure. Cette vipère est très-repandue en Egypte, dans les fossés, et plus souvent dans les champs; les cultivateurs connaissent le danger d'une pareille rencontre,

mais ils savent aussi qu'il n'y en a pai en n'en approchant pas à une certaine distance; la vipère se contente de les suivre du regard , après avoir dressé sa tête. Les bateleurs du Kaire parviennent cependant à apprivoiser ce redoutable reptile; après lui avoir arraché les crochets venimeux, ils le dressent à un grand nombre de tours qui charment la population de l'Égypte et charmeraient aussi sans doute celle de l'Occident. La vipère hajé se change en bâton , contrefait le mort , etc. Pour en faire un bâton , le bateleur craciie dans la gueule du serpent , le contraint à la fermer, lui appuie la main sur la tête, et aussitôt le serpent devient roide et immobile ; il semble tombé en catalepsie, et ne se réveille que lorsque les bateleurs saisissent sa queue et la roulent fortement dans leurs mains.

Ceci rappelle tout ce que l'antiquité nous a dit des psylles , ou individus qui ont le don de charmer les serpents et de guérir leurs morsures.

Plusieurs auteurs ont attesté la vérité de leur science sur ce point; il paraît que les psylles d'Egypte étaient les plus célèbres;" ils y forrnaient une corporation qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Les psylles actuels atlirment que tout homme qui ne descendrait pasd'un psylle de pure race psylle, tenterait en vain d'exercer leur profession (car c'en est une, parce qu'ils sont habituellement appelés pour purger les habitations des serpents qui s'y introduisent très -fréquemment ). On chasse les couleuvres comme on chasse les souris de nos demeures , sans en être effrayé , quand on les rencontre dans les chambres , ou sur les lits et autres meubles. On appelle un psylle pour se défaire des serpents danaereux. Les j)sylles figurent, en Ésvpte , dans les fêtes et promenades religieuses, et en sont un des plus curieux ornements : ils portent l'émotion du peuple au plus haut degré d'énergie.

Dans les principales rues du Kaire, les psylles y paraissent presque nus , affectant des manières d'insensés, et portant des besaces assez vastes , afin d'y rassembler un plus grand noincre

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de serpents. Ils se font un mérite d'avoir ae ces animaux enlaces autour d'eux , enveloppant leur cou , leurs bras et toutes les autres parties de leur corps. Pour exciter davantage l'intérêt des spectateurs, ils se font piquer et déchirer la poitrine et le ventre par les serpents , et réagissent avec une sorte de fureur sur eux, affectant de les manger tout crus. Dans les jours ordinaires, les plus pauvres J'entre les psylles se dévouent au métier de bateleur dans les carrelours et lieux très-Iréquentés : ils emploient les serpents (le toutes les fa- (•uns, variant tous leurs tours, au moyen desquels ils espèrent exciter ime extrême surprise, et jusqu'à de vils sentiments de terreur. Le serpent qu'ils préfèrent est la couleuvre kajé.

Les gens riches qui craignent les serpents s'adressent aux psylles pour en préserver leurs maisons : mais c'est le plus petit nombre qui agit ainsi par prévoyance, les psylles étant peu nombreux, et très-exigeants quant à leur salaire. Le spirituel Denon raconte qu'étant un jour chez le général en chef Bonaparte, au Kaire, on y introduisit des psylles , et on leur lit plusieurs questions relativement au mystère de leur secte et à la relation qu'elle a avec les serpents, auxquels ils pai-aissaient commander; ils montraient plus d'audace que d'intelligence dans leurs réponses. On en vint à l'expérience :

Pouvez-vous connaître , leur dit le général, s'il y a des serpents dans ce palais? et, s'il y en a, pouvez-vous les obliger de sortir de leur retraite.? Ils répondirent par une affirmation sur les deux questions : on les mit à l'épreuve, us se répandirent dans les appartements ; un moment après, ils déclarèrent qu'il y avait un serpent.

Ils recommencèrent leur recherche, pour découvrir où il était: ils prirent quelques convulsions en passant devant une jarre placée à l'angle d'une des chambres du palais, et indiquèrent que l'animal était là; effectivement on le trouva: ce fut un vrai tour d'adresse, et les spectateurs convinrent que ces psylles étaient fort avisés. Il paraît

qu'ils placent leur confiance dans un : appel qui imite le cri d'amour du serpent. L'habileté consiste à en bien contrefaire la voix , par im sifllement tantôt sonore comme le mâle, tantcit plus étouffé comme celui de la femelle, et ce n'est effectivement qu'à cette condition que le serpent peut entrer en émoi, et se déterminer à quitter sa retraite.

Avec de jolis serpents, il y a aussi en Egypte de jolis lézards. Ces animaux sont en général de forme élégante , parés de couleurs très-vives , et d'une extrême agilité; ils ont quelque intelligence et sont d'un naturel doux et timide. Mais, s'ils se défendent, ils montrent à la fois du courage et de l'adresse. Lne fois accouplés , les deux individus restent ensemble pendant toute la saison; le mâle se bat avec acharnement pour conserver sa femelle.

Le plus connu , à juste titre, de tous les lézards d'Égypte, est le crocodile.

Sa férocité, sa structure monstrueuse, sa taille de 30 n 40 pieds, l'ont toujours fait remarquer ; les anciens observèrent ses habitudes , et la relation qu'en a écrite le pere de l'histoire, Hérodote , est encore vraie en ses points principaux. « Je vais parler, ditil , des mœurs du crocodile. Pendant les quatre mois d'hiver, ces animaux ne prennent aucune nourriture. Le crocodile , quoique quadrupède , vit également à terre et dans l'eau ; mais il pond toujours ses œufs sur le sable, où ils éclosent. Il passe la majeure partie du jour à sec, et la nuit tout entière dans le fleuve , dont l'eau a une température plus chaude que n'est alors celte de l'air et de la rosée. De tous les animaux que nous connaissons , le crocodile est celui sans doute dont l'accroissement est le plus extraordinaire. Ses œufs ne sont pas beaucoup plus grands que ceux d'une oie, et il en sort par conséquent un animal proportionné ; cependant cet animal en grandissant atteint jusqu'à 17 coudées de longueur, et ciuelque fois davantage. Il a les yeux d'un cochon, les dents saillantes en dehors,

L'UNIVERS

et trcs-grandes dans la proportion de son corps. Il est le seul de tous les animaux qui n'ait point de langue , le seul aussi dont la mâchoire inférieure ne soit pas mobile, et qui fasse au contraire retomber la mâchoire supérieure sur l'inférieure. Il a des ongles extrêmement forts, et une peau écailleuse qui est impénétrable sur le dos. Il voit n)al dans l'eau, mais, en plein air, sa vue est très-perçante. Comme il se nourrit particulièrement dans le Nil , il a toujours l'intérieur de la gueule tapissé d'insectes qui lui sucent le sang. Toutes les espèces d'animaux terrestres ou d'oiseaux le fuient; le trocliilus, seul, vit en paix avec lui, parce que ce petit oiseau lui rend un grand service : toutes les fois que le crocodile sort de l'eau pour aller sur la terre, et qu'il s'étend, la gueule entr'ouverte (ce qu'il a coutume de faire en se tournant vers le vent du midi), le trochilus s'y glisse et avale tous les insectes qui s'y trouvent : le crocodile, reconnaissant, ne lui fait aucun mai.

« lly a plusieurs manières de chasser ces animaux ; voici celle qui paraît la plus remarquable. Après avoir attaché a un hameçon le dos d'un porc , et l'avoir jeté au milieu du fleuve, les chasseurs se placent sur la rive , et frappent un petit cochon qu'ils ont apporté avec eux. Le crocodile, entendant les cris de l'animal , se dirige vers le lieu d'où vient la voix, et, rencontrant dans son chemin l'appât qui a été tendu, l'avale avec l'hameçon.

Alors les chasseurs le tirent à eUx , et lorsque le crocodile arrive sur la terre, un d'entre eux, avant tout, s'avance et enduit les yeux de l'animal d'argile délayée qu'il a préparée ; avec cette précaution , on vient facilement à bout du reste: autrement, il en coûterait beaucoup de peine. »

Voilà ce qui se disait en Égvpte sur le crocodile, du temps d'FIércdote. Les observateurs modernes ont rectifié, en certains points, une telle narration.

Ainsi, dans le cas où, au commencement des choses , le crocodile passait quatre mois sans prendre de nourri-

ture, comme on l'a raconté aussi des crocodiles de l'Amérique, il mange aujourd'hui durant toute l'année. Il y avait autrefois des crocodiles dans la Basse comme dans la Haute-Égypte.

Au contraire , on remonte , de nos jours, centlieuesdu Nil, depuis son embouchure, sans en apercevoir : il paraît que c'est l'élévation de la température qui retient le crocodile dans la Haute- Egypte. Il est habituellement cruel , farouche, inquiet, audacieux, prudent et rusé. Il guette les femmes qui viennent puiser de l'eau au Nil , et les enlève s'il le peut. Un Albanais dormant dans sa tente , près du Nil , fut saisi par une jambe et entraîné dans le Nil. Ceci se passa près d'Esnéh en 1820.

Le crocodile vit dans l'air, mais il préfère leau, pour laquelle il est plus particulièrement organisé. C'est la chaleur solaire qui fait éclore ses œufs; M. Cailliaud , dans son voyage en Nubie, recueillit des œufs de crocodile, les déposa dans sa barque, qui , un matin, fut envahie par autantde petits crocodiles; ils ét*iient éclos bien naturellement. Les tupinambis, dont nous avons déjà parlé, et l'ichneumon , détruisent un grand nombre d'œufsde crocodile.

Lorsqu'ils se rendent, dans le jour, en troupes, sur les rivesdu Nil, l'un d'eux fait le guet, en appliquant l oreille sur le sol , afind'en tendre le moindre bruit. A l'égard de sa langue, la vérité est qu'il en a une, mais peu épaisse, et engagée dans des téguments. Il est vrai aussi que la mâchoire inférieure n'est presque pas mobile, et c'est la mâchoire supérieure qui joue sur elle; mais la mâchoire supérieure ne forme qu'un steul tout avec sa tête entière.

C'est de cette manière que les anciens ont, en effet, représenté le mouvement de la mâchoire supérieure du crocodile , notamment sur les médailles romaines de la colonie de Nîmes- La dureté de la peau du crocodile est aussi une vérité incontestable; les balles de calibre , tirées à une distance moyenne, glissent sur ses écailles, et le reveillent à peine, s'il est endormi. C'est un petit pluvier qui nettoie sa gueule des innombrables insectes qui

ÉGYPTK.

l'assiègent, et dont le défaut de langue mobile ne lui permettrait pas de se débarrasser. Enfin, on a apporté en France plusieurs momies de crocodiles très - artistement embaumés. Quand le mâle approche lafemelle, il la tourne sur le dos , et s'il oublie , ou s'il est empêché de la retourner, quand il la quitte, elle ne peut changer sa position par ses seuls efforts, et devient ainsi la proie des chasseurs. On porte à cinq le nombre des espèces de crocodiles qui vivent dans le Nil.

Parmi les autres animaux dont il nous est-venu d'Égypte un grand nombre de momies , on doit surtout remarquer l'ibis, dont les Égyptiens connurent deux espèces, le tianc et le noir, qui vivent d'insectes, de vers aquatiques, et même de poissons. Les anciens ont attribué la sépulture (^ue les Égyptiens accordaient a l'ibis, a leur reconnaissance fondée sur ce que l'ibis détruisait les serpents. Il est connu aujourd'hui que l'ibis ne fait point la guerre à ces reptiles. Les ibis ne nichent point en Égypte, et ils y arrivent des que le Nil commence à croître; ils disparaissent avec l'inondation.

L'ibis était consacré au grand dieu Thôth , l'inventeur des sciences et des lettres, et il est Oguré très-fréquemment sur les monuments antiques. On attribue aussi à cet oiseau l'invention des ciystères ; on raconte que lorsqu'il est malade , il s'injecte de l'eau dans l'anus, au moyen de son bec et de son cou , qui sont fort longs. Les ibis se voient en Nubie, où les voyageurs les ont plusieurs fois observés ; on les trouve également dans toute l'Afrique.

Les chauve-souris sont très-abondantes en Égypte, il y en a huit genres distincts; elles habitent l'intérieur des temples abandonnés, les tombeaux et les autres édiCces ruinés. Les unes poursuivent leur proie dans les airs , les autres la saisissent sur les arbres. Celle qu'on appelle la roussette n'a presque pas de queue , et on a observé que sa face ressemblait à celledu chien ; on trouve les roussettes en grand nombre, surtout dans les chambres de la grande pyramide. On sait que les rous-

settes sont susceptibles d'éducation; qu'elles s'attachent aux personnes qui en prennent soin; on les accoutume aussi à être caressées par tout le monde; elles lèchent comme le?

chiens, et en ont toute la familiarité. D'autres fois, elles témoignent une affection particulière pour leurs maîtres, en mordant ou en égratignant les personnes qu'elles ne coimaissent pas. On est, toutefois, peu disposé à élever des roussettes, à cause de leur odeur et de celle de leurs urines.

Vichneumon est aussi un animal assez timide pour être susceptible d'éducation; on en achète de jeunes, qui font la chasse aux rats et aux souris dans les maisons. Il devient doux et caressant en domesticité ; il distingue la voix de son maître, et le suit presque aussi fidèlement qu'un chien. 15 mange dans le lieu le plus retiré et le plus obscur, et il ne faut alors l'approcher qu'avec beaucoup de précautions. Il lape en buvant, et lève une jambe de derrière en pissant; il a à ia ibis des habitudes du chien et des grands carnassiers. Il vit de rats , de serpents , d'oiseaux et d'œufs. Lorsque l'inondation le pousse vers les villages , il y détruit les poules et les pigeons ; mais le renard lui fait la guerre, et surtout le lézard nommé tupinambis, très-friand aussi des œufs de crocodile, mais plus adroit et plus agile ue l'ichneumon. Les anciens ont it que, pour attaquer un serpent, l'ichneumon se roule dans la vase, qu'il la fait sécher au soleil , pour s'en faire une espèce de cuirasse , qu'il préserve son museau en repliant sa queue autour, et qu'ainsi armé, il se jette sur les plus grands serpents.

Quant aux grands quadrupèdes , on trouve aussi en Égyi)te la célèbre hyène d'Orient ; elle y vit dans les lieux les plus reculés, et sur la lisière du désert ; les terrains déchirés lui servent aussi d'asile. Elle inspire peu de terreur . et n'attaque que les troupeaux ou les animaux isolés. Le schahai est le loup d'Égypte ; il est également très-rusé, très-hardi, et vit des proies qu'il se procure par tous les moyenî.

L'UMVERS.

connus. Oïl peut dire qu'en fjçénéral , les animaux d'Kgyple ont moins de férocité qu'en d'autres climats ; le crocodile même y est plus timide.

L'liippoj)ot'ame habite les régions

[>lus méridionales du Nil ; il ravage es récoltes , mais n'attaque pas l'homme. On le repousse lîans le ]\il avec des feux allumés et beaucoup de bruit.

Si , à cette nomenclature des animaux les plus remarquables parmi ceux qui se trouvent en Egypte, on voulait ajouter la liste de ceux qui furent connus par les anciens Égyptiens , et qui sont figurés par la peiuiure ou par la sculjpture dans leurs monuments, il faudrait nommer les principaux animaux de l'Afrique et de l'Asie, des oiseaux , surtout des quadrupèdes. On a trouvé un tonil)eau très-antique entièrement peint de figures d'oiseaux différents, au nombre de plus décent, et tout autant de quadrupèdes , en partie étrangers à l'Egypte, entre autres, une espèce de congoro , l'éléphant, et un ours brun mené par des bateleurs , en compagnie d'un singe. On voit aussi sur les monuments sculptés, des singes de l'intérieur de l'Afrique, des perroquets au plus riche plumage , des éléphants , et même la girafe , figurés parmi les tributs payés par les peuples vaincus. 11 paraît également certain que les anciens rois d'Egypte emmenaient avec eu.x à la guerre un lion apprivoisé, qui les secondait et les gardait dans le combat. On a parlé aussi en d'autres temps de quelques lions apprivoisés; Méhémet-Ali, vice-roi actuel d'Egypte, en a un dans son palais , et assis habituellement auprès de lui.

Parmi les végétaux observés en Egypte, les uns y sont indigènes, d'autres y arrivent par les vents ou par le Nil. Entre les arbres particuliers à la Haute-Égypte , il faut compter le palmier, le doum et le sayaL. acacia nilotica est un des arbres qui appartiennent à la Haute et à la Basse- Égypte ; d'autres ne viennent que par la culture , et tels sont le sycomore tt le tamarinier, crigiiiaircs de l'intérieur

de l'Afrique, le cordia myxa, l'acacia lebbeek et le cassia fistula', originaires de l'Inde. Dans la Basse-Egypte, facilement inondée, croissent les roseaux, deux espèces de nympiiaea ou lotus, et enfin le /ya/>}7«j ," autrefois très-commun , aujourd'hui très-rare dans cette contrée. Jl y a quelques végétaux dans le désert. On sème dans les terres arrosées le trèlle et plusieurs autres plantes de la classe des légumineuses ; on cultive le riz , le froment , les fèves, l'orge, le blé, la laitue, les lupins, la gesse, les pois chiches, les lentilles et le blé de Turquie ; le pavot , le tabac et le chanvre y sont abondants; on n'y connaît ni le seigle ni l'avoine. La canne à sucre , le coton et l'indigo y viennent très-bien. Il n'y a en Égyptt nue du blé barbu , et on en a retrouvé dans des tombeaux , où il était déposé dès la plus haute antiquité.

De toutes les plantes d'Egypte , le papyrus- , ou byblo.s une des plus utiles dans les temps de la prospérité de cet empire. Il servait de papier dans rOrient , dans l'empire romain , et la France même jusqu'au XI* siècle. Le papyrus, très-rare aujourd'hui, croissait' dans les lacs et dans les marais; il s'élevait à dix pieds de haut environ ; sa tige porte au sommet une chevelure qui n'est d'aucun usage. Pour faire du papyrus à écrire avec cette tige, on retranchait les deux extrémités, on coupait la tige en deux parties égales dans sa longueur, et on séparait successivement avec une pointe , les tuniques , au nombre de vingt environ, qui forment cette tige, dont le diamètre est de deux ou trois pouces. La blancheur des tuniques croissait à mesure qu'on approchait du centre. On les étendait séparément; chacune d'elles formant une feuille , et après diverses préparations , on collait deux feuilles l'une sur l'autre, mais placées de manière que leurs fibres se croisassent ; la feuille prenait par-là une suffisante consistance. On battait, pressait et polissait chaque feuille, et avec plusieurs, collées à la suite l'une de l'autre, on faisait des pièces de papier de toutes longueurs. On enduisait ensuite ce

EGYPTE

papier d'Imile de cèdre , comme trèspropre à le préserver de la corruption. On possède , écrites sur papyrus d'Égvpte , des chartes de rois de France , d'empereurs et de papes; des livres en grec ou en latin , qui remontent aux premiers temps de la monarchie française ; mais l'antiquité de ces monuments écrits ne peut entrer en considération à côté des papyrus égyptiens découverts en Egypte , dans des jarres d'argile , hermétiquement scellées , et déposées dans les tombeaux. Ces papyrus sont de toute nature ; il y a des rituels ou livres de prières pour les morts , des registres de comptabilité , de simples lettres , des dossiers de procès , et surtout des contrats passés entre particuliers pour achats et ventes , et autres conventions civiles.

(Quelques-uns de ces contrats en caractères égyptiens remontent même aux temps antérieurs à iMoïse, et n'ont pas à présent m'oins de 3500 ans d'antiquité; ils sont bien conservés, grâces à la salubrité des lieux où ils ont été déposés , et vraisemblablement aussi à la bonne préparation de cette espèce de papier, dont aucun de nos papiers modernes n'égalera jamais la solidité et la durée. Les anciens se servirent de plusieurs sortes de papyrus ; le plus fin et le plus beau était le papyrus royal, et papyrus augustus sous' les Romains; venait ensuite le papyrus hiératique , servant aux écritures et aux livres qui intéressaient la religion; on l'appela plus tard Livius, pour flatter Livie, la femme d'Auguste. Ces dénominations varièrent dans la suite, quand on fabriqua du papyrus à Rome et en d'autres Ailles de l'ancien monde, là où la nature du sol favorisait la végétation de cette plante aquatique. L'Égypte en cultiva cependant plus que toute autre contrée. Saint Jérôme dit que, de son temps , l'usage du papyrus était général ; aussi on avait grevé cette production et cette industrie d'impôts tellement considérables, que Cassiodore félicita, par une épître bien connue , le genre humain tout entier sur la diminution opérée par Théodoric , ians le tarif de l'impôt existant sur

une production aussi utile. L'invention des papiers de coton et de chiffes a fait négliger la culture du papyrus ; on ne le trouve presque plus en Égypte. Du reste, on peut voir au musée égyptien du Louvre et à la Bibliothèque rovale de beaux manuscrits sur papyrus d'Egypte et de toutes les époques.

Pour compléter ce qui vient d'être dit dans ce paragraphe relativement aux productions naturelles de l'Égypte , il est nécessaire de rappeler avec quel soin les anciens Égyptiens les étudièrent , et le fréquent usage qu'ils en firent dans leurs institutions publiques. Les animaux et les végétaux les plus connus en Égypte furent en effet consacrés à des divinités diverses , et employés comme symboles religieux ou ornements sacrés dans les temples et les cérémonies du culte. Le nombre des êtres divins était considérable dans la croyance égyptienne ; ils représentaient individuellement les diverses qualités du grand dieu qui les renferme toutes ; on consacra donc à chacun de ces êtres divins l'animal à qui les Égyptiens attribuaient de posséder essentiellement ces mêmes qualités ; chaque animal était donc un symbole religieux , et il est employé comme tel dans les représentations nombreuses qui nous restent du culte égyptien.

C'est pour cela qu'il nous est parvenu un si grand nombre de figures, en toutes manières, représentant les mêmes animaux, tels que le bélier, le schakal , le chat, le singe, le crocodile, l'épervier, l'ibis, le taureau, le scarabée, le bœuf, le vautour, diverses espèces de serpents , quelques insectes et quelques arbres, arbustes et plantes. Pour faire comprendre les motifs du choix de chacun de ces symboles , nous citerons quelques exemples des idées qui guidèrent ces prêtres et philosophes de l'Égypte. Ils consacrèrent le cynocéphale (espèce de singe) à la lune , parce que le cynocéphale, nourri dans les temples , était privé de la vue pendant les conjonctions du soleil avec la lune; l'épervier était le symbole du dieu soleil , j)avcc que cet

L'UKIVERS.

oiseau avait la faculté de fixer ses yeux sur cet astre; le scarabée était aussi consacré au soleil, parce que le scarabée a 30 doigts comme le mois solaire a 30 joui's; le vautour était aussi l'emblème de la déesse-mère, parce qu'il n'y avait que des femelles parmi cette espèce d'oiseau ; l'ibis était consacré à la lune, parce que cet oiseau s'occupe de ses œufs pendant la durée de la croissance et de la décroissance de la lune. L'ibis représentait le grand Hermès ou Thôth , particulièrement adoré en Egypte , parce que cet oiseau marcbe avec mesure et gravité, que son pas était un étalon métrique , et qu'il avait inventé la science des nombres. On disait aussi qu'gne espèce de cynocéphale connaissait la valeur des lettres ; il était en conséquence le symbole du dieu Thôth, l'inventeur des sciences ; on figure, en effet, cet animal tenant dans ses pattes une tablette d'écrivain. Le bélier fut le symbole delà prééminence, d'Ammon-'Ra, le grand aieu de l'Égypte , parce que sa principale force est dans sa belle tête et qu'il est toujours placé en avant du troupeau pour le conduire. Le cliat, le crocodile, des serpents étaient aussi des emblèmes d'autres dieux de l'Egypte. Chacun de ces animaux était nourri avec beaucoup de soin, et selon ses goûts, dans le temple consacré au dieu dont il était l'emblème, et soigneusement mis en momie après sa mort. S. Clément d'Alexandrie rapporte que les temples égyptiens étaient de magnifiques édifices, resplendissants d'or, d'argent et des pierres précieuses de l'Inde et de l'Ethiopie : « Les sanctuaires , ajoutet-il, sont ombragés par des voiles tissus d'or; mais si vous avancez dans le fond du temple et que vous cherchiez la statue, un employé du temple s'avance d'un air grave en chantant un hymne en langue égyptienne, et soulève un peu le voile , comme pour vous montrer le dieu; que voyez-vous alors un chat, un crocodile, un serpent mdigène,ou quelque autre animal dangereux ! Le dieu des Égyptiens paraît L.. C'est une bête sauvage , se vaut rant

sur un tapis de pourpre! » Tous les sanctuaires de l'Egypte renfermaient en effet un animal vivant; ce n'était pas l'animal qu'on adorait, mais la divinité dont il était le symbole vivant et consacré. Les exclamations de saint Clément sont donc sans objet.

Les Égyptiens pensèrent qu'il était plus digne de leurs dieux , de les adorer dans des symboles animés de leur souffle créateur, que dans de vains simulacres de matières inertes ; ils croyaient d'ailleurs que l'intelligence des animaux les liait de parenté avec les dieux et les hommes.

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