‹ Égypte ancienceChapitre 6 sur 38 · IX. POPfJLATIOn · texte numérisé non relu

IX. POPfJLATIOn

L'opinion selon laquelle l'ancienne

fiopulation de l'Egypte appartenait à a race nègre africaine, est une erreur qui a long-temps été adoptée comme une vérité. Les voyageurs au Levant, depuis la renaissance des* lettres, peu capables d'apprécier avec exactitude les notions que les monuments de l'Égypte fournissaient sur cette question importante, ont contribué à propager cette fausse idée, et les géographes n'ont guère manqué de la reproduire, même de notre temps. Une grave autorité s'était aussi déclarée pour cette opinion, et avait, pour ainsi dire, rendu cette erreur populaire. Tel fut l'effet de ce (jue le célèbre Volney publia sur les diverses races d'hommes qu'il avait observées enÉgypte. Il dit dans son Forage , qui est' dans toutes les bibliothèques , que les Coptes sont les descendants des anciens Égyptiens; que les Coptes ont le visage bouffi , l'oeil gonflé, le nez écrasé, et la lèvre grosse comme les mulâtres; qu'ils ressemblent au sphinx des pyramides, lequel est une tète de nègre très-caractérisée , et il en conclut « que les an- « ciens Égyptiens étaient de vrais « nègresde l'espèce de tous les naturels « d'Afrique. » A l'appui de son opinion, Volney invoque celle d'Hérodote qui , à propos des habitants de la Colchide, rappelle {que les Égyptiens avaient la peau noire et les cheveux crépus. iVlais ces deux qualités' physi-

ÉGYPTE

ques ne suffisent pas pour caractériser !a race nègre, et la conclusion de Volney, relative à l'origine nègre de l'ancienne population égyptienne, est ividemment forcée et inadmissible.

Les faits observés la contredisent trèsdirectement.

Il est, en effet, reconnu aujourd'hui, que les habitants de l'Afrique appartiennent à trois races , dans tous les temps très-distinctes l'une de l'autre : 1» les Nègres proprement dits, au centre et à l'occident ; 2° les Cofres, sur la côte orientale, qui ont un angle facial moins obtus que celui des nègres , et le nez élevé , mais les lèvres épaisses et les cheveux crépus ; 3° les Maîtres, semblables par la taille, la physionomie et les cheveux, aux nations les mieux constituées de l'Europe et de l'Asie occidentale , et n'en différant que par la couleur de la peau qui est brunie par le climat. C'est à cette dernière race qu'appartenait l'ancienne population de l'Egypte , c'est-à-dire à la r&ceblanche. Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner les figures humaines représentant des Égyptiens sur les monuments , et surtout le grand nombre de momies qui ont été ouvertes ; à la couleur près de la peau , qui a été noircie par la chaleur du climat, ce sont les mêmes hommes que ceux de l'Europe et de l'Asie occidentale ; les cheveux crépus et lanugineux sont les véritables caractères de la race nègre ; or, les Égyptiens avaient des cheveux longs et de la même nature que ceux de la race blanche d'occident. Le docteur Larrey fit de curieuses recherches sur cette question , en Egypte même; il dépouilla un grand nombre de momies, en étudia les crânes , en reconnut les principaux caractères , chercha à les retrouver dans les races diverses vivant enÉgypte, et y réussit ; les Abyssins lui parurent les réunir tous, à l'exclusion surtout de la race nègre. L'Abyssin a les yeux grands , le regai-d agréable , l'angle interne en est incliné ; les pommettes sont saillantes ; les joues forment avec les angles prononcés de la mâchoire et de la bouche un triangle régulier; les

lèvres sont épaisses, sans être renversées comme chez les nègres; les dents sont belles, peu avancées; enfin, le teint est seivlement cuivré: tels sont les Abyssins observés par M. Larrey, et qui "sont plus généralement connus sous le nom de Berbers ou Barabras, habitants actuels de la Nubie. M. Cailliaud, qui les a vus dans leur pays, nous les dépeint comme des hommes laborieux , sobres , d'un tempérament sec; au-dessus de la liasse-Nubie, ils sont plus robustes , leurs membres mieux proportionnés; leurs cheveux sont à demi crépus , courts et bouclés, ou bien tressés comme les anciens Égyptiens et habituellement huilés ; les Berbers sont, au Kaire, ce que les Suisses sont à Paris ; leur fidélité les fait employer dans les charges de confiance. Voilà, selon les meilleurs observateurs, le type et les descendants de l'ancienne race égyptienne ; telle est aussi l'opinion de Champollion jeune, quiaétudiéà la fois, sur les lieux, et les anciens et les modernes hal^itants de l'Égypte. « Les premières tribus qui « peuplèrent l'Égypte, dit-il, c'est-à- « dire la vallée du Nil , entre la cata- « rarte de Syène et la mer, vinrent de « l'Abyssinie ou du Sennaar. Les an- « ciens Égyptiens appartenaient à une « race d'hommes tout-à-fait semblables « aux Kennous ou Barabras , habi- « tants actuels de la Nubie. On ne re- « trouve , ajoute-t-il , dans les Coptes « de l'Égypte aucun des traits ca- « ractéristiques de l'ancienne popula- « tion égyptienne. Les Coptes sont le « résultat du mélange confus de toutes « les nations qui, successivement, ont « dominé sur l'Égypte. On a tort de « vouloir retrouver chez eux les traits « principaux de la vieille race. » Et ce fut après son retour de la Nubie , que Champollion le jeune consigna cette opinion dans le mémoire liistorique sur l'Égypte , qu'il écrivit pour le pacha, et qu'il lui remit à Alexandrie en 1829.

Cette opinion est conforme en tout aux rapports de l'histoire. Diodore de Sicile nous a conservé une tradition absolument analogue à cette opinion

L'UNIVERS

uui est fondée sur l'observation des faits. « Les Éthiopiens, écrit Diodore, affirment que i'Égypteestune de leurs colonies ; le sol lui-même y est amené par le cours et les dépôts du Nil; il y a des ressemblances frappantes entre les usages et les lois des deux pays ; on y donne aux rois le titre de dieux; les funérailles sont l'objet de beaucoup de soins ; les écritures en usage en Éthiopiesontcellesmêmesde l'Kgypte, et la connaissance des caractères sacrés, réservée aux prêtres seuls en Kgypte , était familière à tous en Éthiopie. Il y avait, dans les deux pays, des colléges de prêtres organisés de la même manière, et ceux qui étaient consacrés au service des dieux, pratiquant les mêmes règles de sainteté et de pureté , étaient également rasés et habillés de même ; les rois avaient aussi le même costume, et un aspic ornait leur diadème. Les Éthiopiens ajoutaient beaucoup d'autres considérations pour prouver leur antériorité relativement à l'Égypte, et démontrer que cette contrée est une de leurs colonies. »

L'état physique des lieux témoigne en faveur "^de cette prétention des Éthiopiens. Il est certain qu'à une époque dont l'ancienneté échappe à tous les calculs raisonnables , le ÎVil était arrêté parla montagne granitique à travers laquelle il s'est ouvei't , ou bien il lui a été ouvert par un accident quelconque , le passage qui forme aujoui d'hui la cataracte de Syène. A cette même époque , la mer Rouge était jointe à la Aléditerranée; alors il n'y avait pas d'Égypte. Le ÎSil gagnait la Méditerranée a travers le désert Libyque , et une mer de sable , monument d'un état physique antérieur changé aussi par l'effet des révolutions naturelles, occupait l'étroit espace qui s'étend entre les bords de la mer Rouge à l'est, et les chaînes de montagnes parallèles à l'ouest. Le fleuve trouva enfin un libre passage dans sa direction vers le nord, et la vallée, de quelques lieues de largeur, encaissée enti'e les monts Arabiques et les monts Linyques depuis Syène jusqu'à Mem-

phis , offrit aux eaux un large lit dé

sable inculte, etd'une pente régulière; il y déposa son limon , et il en sortit l'uu. des plusflorissantsempiresde l'univers.

Au-dessous de Memphis, ses atterrissements créèrent une seconde contrée, égale à la surface même de la vallée primitive; aucun honmie, sans doute, ne fut témoin de cet autre miracle opéré par le >"il : mais l'état physique des lieux et une tradition constante en rendent un éclatant témoignage. La Basse-Égypte fut ajoutée à la Haute ; la mer Rouge, par des atterrissements successifs, se sépara de la Méditerranée ; et l'état actuel de cette portion de la région du ISil devint des lors un état normal auquel il ne manquait que la présence de l'honime.

Il y descendit de l'Ethiopie avec le fleuve miraculeux qui forma d'abord l'Égvpte et qui est encore, après des milliers d'années , la cause unique el nécessaire de son existence, et ue ses prospérités.L'antiquitédes Éthiopiens, de leur empire de Méroé, l'antique civilisation des plateaux d'Axum et de Gondar qui en était issue , et au fond de ce tableau pittoresque des connuétes de l'intelligence humaine, l'Inde aussi vieille que l'Égypte , sont dans les souvenirs de l'histoire comme ces fossiles nombreux , découverts dans des régions diverses, et qui ne témoignent que des catastrophes qui les bouleversèrent.

Il reste encore en Elthiopie des traces manifestes des origines égyptiennes. Les Barabras y arrangent leurs cheveux comme les monuments de l'Égypte nous montrent que les simples particuliers égyptiens arrangeaient les leurs, et de belles perruques antiques, tirées des tombeaux , ne sont pas autrement agencées. Ils font encore usage de sandales tissues de feuilles de palmier, en tout semblables à celles qu'on découvre dans les sépultures égyptiennes. La plupart des animaux sacrés selon la religion égyptienne sont étrangers à l'Égypte proprement dite , et existent eiKore dans la ]Nubie, tels sont les ibis, blancs ou noirs , (^ue tons les voyageurs y ont retrouves,

ÉG YPTE.

comme habitants du pays, et qui ne paraissent en Egypte qu'avec l'inondation du INil ; ils" la quittent quand le fleuve est rentré dans son lit. On trouve sous la tête des momies un hémicycle en bois, prenant le contour delà téte, et posant sur un pied de quelques pouces , pour la relever. L'usage de ce meuble est inconnu dans l'hgypte moderne; il est commun en Nubie, et M. Cailliaud en a rapporté de tout neufs, comme objets de comparaison. L'ancien goût égyptien , les principaux caractères du style habituellement employé dans la fabrique des meubles de petites proportions, se remarquent encore dans les meubles , les objets de parure , armes et autres ustensiles des habitants de la is'ubie.

Les coutumes changent bien rarement dans des pays où la population est habituellement isolée et vit bien loin de l'inlluence des idées nouvelles ou de la perfection graduelle des arts. L'influence réciproque de f Ethiopie et de l'Égypte, dans l'antiquité, ne peut donc être contestée ; les faits que nous venons de citer corroborent les traditions de l'histoire : la population de l'Egypte y est descendue de l'Éthiopie avec le Nil ; la Haute-Égypte a été, en effet , bien plus tôt habitable que la Basse , qui fut long-temps inondée , même après que le Is'il et la mer ne s'y rencontrèrent plus; une population venue de l'Asie n'aurait pu pénétrer dans la vallée du Nil qu'à travers ces mers ou ces marais , également impraticables pour les hommes, à ces époques reculées.

On voit par la figure d'homme, N° 1 de notre première planche , comment les Égyptiens se représentaient euxmêmes sur leurs monuments , et il est impossible de retrouver sur cette figure aucun des traits qui caractérisent la race nègre. L'angle facial est beau, les traits sont réguliers , les lèvres prononcées mais bien jointes, et le reste des habitudes du corps telles qu'on les reconnaît dans les individus de la race blanche. Cette même figure de l'Egyptien est répétée un million de fois dans des monuments de tout or-

dre . de proportions colossales comme de très-petites dimensions ; ce sont toujours les mêmes caractères et la même physionomie. Le teint des Egyptiens était bruni par le climat; cette particularité a été exprimée dans les monuments , en donnant à la face des flgures d'homme une teinte rougeàtre, et à celie de femme, qui parait avjir été moins brune , une teinte jaun itrc. Ces deux teintes pouvaient assez exactement indiquer la nuance générale du teint des deux sexes de la population égyptienne. On a ouvert un grand nombre de momies dans divers pays , et on n'a reconnu, dans l'examen d'aucun de ces nombreux corps égyptiens, de caractères physiques de là race nègre; et cependant ces corps sont conservés , pour la plupart, en entier ; la peau est i ntacte, les cheveux, parfois artistement arrangés, sont à leur place, et adhèrent à la tête avec une solidité surprenante. On voit sur notre seconde planche deux têtes de momies exactement figurées : l'angle facial très-prononcé , le nez long et arqué , les cheveux longs et non laineux , éloignent toute idée d'origine africaine , et sont ici un témoignage de plus en faveur des tr.Klitions historiques que nous avons d 'ja rapportées.

Les Egyptiens connurent très-bien la race nègre, et ils l'ont figurée dans leurs monuments avec une rare exactitude. Notre première planche ne contient que des figures tirées de ces mêmes monuments. C'est dans les tombeaux des rois , à Biban-el-Molouk , près de Thèbes , qu'on retrouve la représentation des diverses races d'hommes qui furent connues des Égyptiens.

Il faut conclu rede l'exactitude de ces représentations, qui remontentau moins au XVI" siècle avant l'ère chrétienne , qu'à cette époque l'Égypte connaissait très-bien l'ancien continent, les races diverses qui habitaient l'Europe, l'Afrique et l'Asie , et les peuples principaux de ces deux dernières contrées.

De longues guerres avaient mis en contact l'Égypteavec l'intérieur de l Afrique ; aussi distingue-t-on sur les monuments égyptiens plusieurs e.spèces

L'UNIVERS

(ie nègres , différant entre elles par les

traits principaux que les voyageurs modernes ont aussi indiqués comme .

des dissemblances , soit à l'égard du teint qui fait les nègres noirs ou les nègres cuivrés, soit a l'égard d'autres formes non moins caractéristiques.

D'autres guerres avaient poussé les Égyptiens en Arabie et contre le grand empire d'Assyrie ; les Arabes , les Assyriens, les Mèdes, doivent donc se trouver figurés sur les monuments égyptiens ; ils y sont en effet. Les Indiens y paraissent non moins fréquemment , parce que l'Égypte guerroya avec les Indiens et sur terre et sur mer. Elle connut aussi ïesloniens, et par conséquent la race grecque ; on les retrouve, en effet, dans des peintures de simple ornement , exactement tels que les plus anciens vases grecs nous les font connaître , avec l'antique chlamyde , le carquois sur l'épaule, l'arc d'une main et la massue de l'autre , ou bien la lyre en main , dans des scènes domestiques. Enlin, la race blonde de l'Europe fut également connue, et ligurée par les Égyptiens des temps anlérieurs à la guerre de Troie , et leur costume n'annonçait pas, pour ces temps reculés et chez les Européens, de grands pas dans la carrière de la civilisation : ils étaient encore couverts de peaux avec le poil , et tatoués pour toute parure.

Telle était la science ethnographique de l'Egypte , dans les temps primitifs de l'histoire écrite, et pour une époque certaine, intermédiaire entre Abraham et Moïse. Ce sont les tombeaux royaux de cette époque qui ont fourni les éléments de cette curieuse et importante observation ; il est juste d'en laisser parler celui qui l'a faite , et qui nous en a expliqué toute l'importance pour l'histoire. ChampoUion le jeune raconte ainsi ce qu'il a vu :

« Dans la vallée proprement dite de Biban-el-Molouk , nous avons admiré, comme tous les voyageurs qui nous ont précédés, l'étonnante fraîcheur des peintures et la finesse des sculptures de plusieurs tombeaax. J'y ai fait dessiner la série de peuples figurée dans

des bas-reliefs. J'avais cru d'abord .

d'après les copies de ces bas-reliefs publiées en Angleterre , que ces peuples , de race bien différente, conduits par le dieu Horus , tenant le bâton pastoral , étaient les nations soumises au sceptre des Pharaons ; l'étude des légendes m'a fait connaître que ce tableau a une signification plus générale.

Il appartient à la 3' heure du jour, celle où le soleil commence à faire sentir toute l'ardeur de ses rayons , et réchauffe toutes les contrées habitées de notre hémisphère. On a voulu y représenter , d'après la légende même , les habitants de l'Egypte et ceux des contrées étrangères. jNous avons donc ici sous les yeux l'image des diverses races d'hommes connues des Égyptiens, et nous apprenons en même temps les grandes divisions géographiques ou ethnographiques établies à cette époque reculée.

« Les hommes guidés par le pasteur des peuples , Horus , appartiennent à quatre familles bien distmctes. Le premier ( n° 1 de notre planche ),\t plus voisin du dieu, est de couleur rouge sombre, taille bien proportionnée, physionomie douce , nez légèrement aquilin , longue chevelure nattée, vêtu de blanc; tes légendes désignent cette espèce sous le nom de Rot-cn-ne-rôme, la race des hommes, les hommes par excellence , c'est-à-dire les Égvptiens.

« Il nepeuty avoir aucune incertitude sur la race de celui qui vient après { n" 2 de notre planche); il appartient à la race des nègres, qui sont désignés sous le nom général de NAHASI.

« Le suivant présente un aspect bien différent : (n° 3 de la planche) peau couleur de chair tirant sur le jaune, ou teint basané, nez fortement aquilin, barbe noire , abondante et terminée en pointe , court vêtement de couleurs variées ; ceux-ci portent le nom de NAIMOU.

« Enfin , le dernier ( n» 6 de la planche) a la teinte de peau que nous nommons couleur de chair , ou peau blanche de la nuance la plus délicate, le nez droit ou légèrement voussé , les veux bleus , barbe blonde ou rousse .

ÉGYPTE

taille haute et très-élancée , vêtu de peau de bœuf conservant encore son

Soil , véritable sauvage tatoué sur i verses parties du corps ; on les nomme TAiMHOU.

« Je me hâtai de chercher le tableau (»rrespondant à celui-ci dans les autres tombes royales , et, en le retrouvant en effet dans plusieurs , les variations que j'y observai me convainquirent pleinement qu'on a voulu figurer ici les habitants des quatre parties du monde , selon l'ancien système égyptien , savoir: 1° les habitants de l'Ègj-pte, qui, à elle seule, formait une partie dfu monde , d'après le trèsmodeste usage des vieux peuples ; 2» les habitants propres de VJJrique, les nègres; 3° les Asiatiques ; 4° enfin (et j'ai honte de le dire, puisque notre race est la dernière et la plus sauvage de la série) les Européens qui, à ces époques reculées, il faut être juste, ne faisaient pas une trop belle figure dans ce monde- Il faut entendre ici tous les peuples de race blonde et à peau blanche , habitant non-seulement vEurope, mais encore VAsie , leur point ae départ.

« Cette manière de considérer ces tableaux est d'autant plus la véritable que, dans les autres tombes, les mêmes noms génériques reparaissent et constamment dans le même ordre. On y trouve aussi les Égyptiens et les Africains représentés dé la même manière, ce qui ne pouvait être autrement : mais les Namou (les Asiatiques ) et les Tamhou ( les races européennes ) offrent d'importantes et'curieuses variantes.

« Au lieu de l'Arabe ou du Juif (n» 3), si simplement vêtu, figuré dans un tombeau, l'Asie a pour représentants dans d'autres tombeaux (ceux de Rhamsès- Meinmoun, etc.) trois individus toujours à teint basané , nez aquilin , oeil noir et barbe touffue, mais costumés avec une rare magnificence. Dans l'un, ce sont évidemment des Assyriens :

leur costume, jusque dans les plus petits détails, est parfaitement semblanle à celui des personnages gravés sur les cylindres assvTiens ; dans l'autre , les

peuples Mèdesy ou liabitants primitifs de quelque partie de la Perse, leur physionomie et costume se retrouvant en effet, trait pour trait, sur les monuments dits persépolitains (n° 4 de la planche). On représentait donc l'Asie par l'un des peuples qui l'habitaient, indifféremment. Il en est de même de nos bons vieux ancêtres les Tamhou (no 6 de la planche); leur costume est quelquefois différent ; leurs têtes sont plus ou moins chevelues et chargées d'ornements diversifiés ; leur vêtement sauvage varie un peu dans sa forme ; mais leur teint blanc , leurs yeux et leur barbe conservent tout le caractère d'une race à part. J'ai fait copier et colorier cette curieuse série ethnographique. Je ne m'attendais certainement pas, en arrivant à Biban-el-Molouk , d'y trouver des sculptures qui pourront servir de vignettes à l'histoire des habitants primitifs de l'Europe, si on a jamais le courage de l'entreprendre. Leur vue a toutefois quelque chose de flatteur et de consolant , puisqu'elle nous fait bien apprécier lechemin que nous avons parcouru depuis. « La figure n° 5 est celle d'un Grec ou Ionien.

L'origine de la race égyptienne une fois déterminée, continuons à l'observer dans sa migration sur les rives inférieures du Isil , et, s'il est possible, voyons comment elle s'établit et se constitue dans ses nouvelles demeures; comment de simple colonie, elle s'élève au rang de première nation du monde , par sa sagesse comme par sa constitution sociale.

L'état de la civilisation de l'Ethiopie, au moment où une colonie en sortit pour aller habiter au nord de la cataracte actuelle de Syène, nous étant inconnu, on ne saurait dire avec quelque certitude si les Éthiopiens , parvenus en Égypte, eurent a subir les divers degrés d'épreuves et de progrès que les philosophes modernes supposent inévitables pour des peuples qui se sont formés loin des préceptes et des exemples d'une civilisation antérieure, voisine ou éloignée. L'idée seule de quitter la terre qui la nourrit, pour

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