‹ Égypte ancienneChapitre 16 sur 53 · XUI. ÉTAT DE LA FAMILLE ROYALE · texte numérisé non relu

XUI. ÉTAT DE LA FAMILLE ROYALE

On peut dire, avec toute vérité, à l'égard de l'Égypte , que le roi était le premier sujet ae la loi , et pour l'administration des affaires publiques , et pour les objets qui dépendent, partout ailleurs , de sa volonté personnelle. En Égypte , la loi voulait pour le roi , et le roi ne pouvait que selon la loi. Tout le service du palais était déféré à des personnes tirées des diverses classes , et les premiers emplois appartenaient aux fils des prêtres du premier ordre.

A vingt ans , ils joignaient à l'éducation la plus soignée la connaissance et la pratique des plus utiles préceptes de la morale et de la justice; leur présence continuelle auprès du roi avait pour but d'empêcher qu'il s'en écartât dans sa conduite et dans l'exercice du pouvoir. L'emploi de toutes les heures de la journée au roi était minutieusement réglé par la loi : la première heure après le lever était donnée à l'ouverture des dépêches relatives aux affaires publiques. Le roi se rendait ensuite au temple, revêtu d'habits magnifiques et des signes de l'autorité royale; après les cérémonies, le grandprêtre tirait du rituel un précepte religieux , dont il développait , devant le roi et l'auditoire, le sens et les applications : il y trouvait une occasion journalière de rappeler au prince les devoirs essentiels de Ta royauté envers Dieu et envers son peuple. Le reste de la journée était de même employé se-

ÉGYPTE

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Ion la prescription de la loi , qui avait réglé 1 heure du bain , celle des repas , la qualité et la quantité des mets et du vin qui devaient y être servis , le temps et la durée du repos. La loi conduisait ainsi la volonté du monarque ; il y perdait sans doute un peu de sa liberté ; H y trouvait aussi un préservatif contre les mauvais conseils et les mauvaises passions , contre la colère , l'injustice et les remords qui les suivent, il est de tradition que les rois de FÉgypte furent respectés et chéris. La nation , affectionnée à des princes fidèles aux lois du pays , et occupés sans cesse du bonheur de leurs sujets , mêlait leurs noms dans toutes ses prières et tous les sacrifices. La prospérité de l'empire égyptien , ses conquêtes en Asie et en Afrique , les vastes monuments dont les cités étaient ornées , les grands travaux d'utilité publique entrepris et exécutés au profit de l'agriculture et du commerce , la fertilité sans pareille du sol et la variété de ses productions , la perfection et le /oie même de son industrie, tout révèle en Egypte une administration active , éclairée , patriotique , attentive à tous les intérêts nationaux, ne puisant que dans ces intérêts toutes les inspirations de son zèle, et trouvant sa plus honorable récompense dans ses succès même. De tels bienfaits ne font pas des ingrats ; ce n'est pas à de tels titres que des rois furent honnis par les peuples. L'amour et le respect des Égyptiens pour leurs souverains sont souvent cités comme exemple par l'histoire. A la mort du roi , le peuple entier prenait le deuil ; les temples étaient fermés , et les cérémonies interrompues pendant 72 jours ; des prières funèbres étaient faites sans interruption par des personnes des deux sexes, la tête couverte de cendres, une simple corde pour ceinture, et s'abstenant de viande, de raisin, de froment et de vin. En attendant , on préparait la momie du roi et son cercueil. Le délai expiré , on exposait publiquement la momie royale à l'entrée de son tombeau , et là chacun pouvait accuser le roi de ses fautes avec une en-

tière liberté : la loi donnait au peuple ce privilège. Le prêtre prononçait aussi l'éloge du mort, rappelait ses services et ses vertus, et si les applaudissements de l'assemblée témoignaient en sa faveur , le tribunal des 42 jures décidait et le roi recevait les honneurs de la sépulture; le mécontentement et l'opposition du peuple en ont privé, dit-on , quelques princes dont les mauvaises actions recurent ainsi un châtiment bien mérité. La crainte d'un tel jugement était très - propre à retenir les princes dans les voies de la justice et de la vertu. On voit encore en Egypte des témoignages assez significatifs d'un tel usage; les noms de quelques souverains sont soigneusement effacés des monuments qu'ils firent élever durant leur règne; ils sont martelés avec attention jusque dans leurs tombeaux.

Les sépultures royales existent en assez grand nombre en Egypte : les tombeaux des rois des XVIÏr , XIX' et XXe dynasties , originaires de Thèbes , se voient encore dans la vallée de Biban-el-Molouk , qui est une dépendance de cette ancienne capitale. Voici la description de ces tombeaux, tels que Champollion le jeune les a vus au mois de mai 1829 : '

« La vallée de Biban-el-Molouk, anciennement Dib~an-Ourou , hypogées des rois t était la nécropole royale, et on avait choisi un lieu parfaitement convenable à cette triste destination , une vallée aride , encaissée par de très-hauts rochers coupés à pic, ou par des montagnes en pleine décom-

fwsition, offrant presque toutes de arges fentes occasionées soit par l'extrême chaleur, soit par des éboulements intérieurs , et dont les croupes sont parsemées de bandes noires, comme si elles eussent été brûlées en partie; aucun animal vivant ne fréquente cette vallée de mort : je ne compte point les mouches, les renards, les loups et les hyènes , parce que c'est notre séjour dans les tombeaux et l'odeur de notre cuisine qui avaient attiré ces quatre espèces affamées.

« En entrant dans la partie la plus

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reculée de cette vallée, par une ouverture étroite, évidemment faite de main d'homme et offrant encore quelques légers restes de sculptures égyptiennes, on voit bientôt au pied des montagnes, ou sur les pentes , des portes carrées , encombrées pour la plupart, et dont il faut approcher pour apercevoir la décoration : ces portes, qui se ressemblent toutes , donnent entrée dans les tombeaux des rois. Chaque tombeau a la sienne, car jadis aucun ne communiquait avec l'autre ; ils étaient tous isolés : ce sont les chercheurs de trésors, anciens ou modernes, qui ont établi quelques communications forcées.

« Il me tardait, en arrivant à Bibanel-Molouk , de m'assurer que ces tombeaux, au nombre de 16 (je ne parle ici qoe des tombeaux conservant des sculptures et les noms des rois pour qui ils furent creusés), étaient bien, comme je l'avais déduit d'avance de plusieurs considérations , ceux de rois appartenant tous à des dynasties théhaines , c'est-à-dire à des princes dont la famille était originaire de Thèbes.

L'examen rapide que je fis alors de ces excavations avant de monter à la seconde cataracte , et le séjour de plusieurs mois que j'y ai fait à mon retour, m'ont pleinement convaincu que ces hypogées ont renfermé les corps des rois des XVIIIe, XIX« et XXe dynasties, qui sont en effet toutes trois des dynasties diospolitaines ou thébaines.

« On n'a suivi aucun ordre, ni de dynastie, ni de succession, dans le choix de l'emplacement des diverses tombes royales : chacun a fait creuser la sienne sur le point où il croyait rencontrer une veine de pierre convenable à sa sépulture et à l'immensité de l'excavation projetée. Il est difficile de se défendre d'une certaine surprise lorsque, après avoir passé sous une porte assez simple , on entre dans de grandes galeries ou corridors , couverts de sculptures parfaitement soignées, conservant en grande partie r éclat des plus vives couleurs , et conduisant successivement à des salles soutenues par

des piliers encore plus riches de décorations , jusqu'à ce qu'on arrive enfin à la salle principale, celle que les Égyptiens nommaient la salle dorée, plus vaste que toutes les autres, et au milieu de laquelle reposait la momie du roi dans un énorme sarcophage de granit. La vue de ces tombeaux donne seule une idée exacte de l'étendue de ces excavations et du travail immense qu'elles ont coûté pour les exécuter au pic et au ciseau. Les vallées sont presque toutes encombrées de collines formées par les petits éclats de pierre provenant des effrayants travaux exécutés dans le sein de la montagne.

Plusieurs mois m'ont a peine suffi pour rédiger une notice un peu détaillée des innombrables bas-reliefs que ces tombeaux renferment et pour copier les inscriptions les plus intéressantes.

Je donnerai cependant une idée générale de ces monuments par la description rapide et très-succincte de l'un d'entre eux , celui du Pharaon Rhamsès, fils et successeur de Meîamoun.

La décoration des tombeaux royaux était systématisée, et ce que l'on trouve dans l'un reparaît dans presque tous les autres, à quelques exceptions près, comme ie le dirai plus bas.

« Le bandeau de la porte d'entrée est orné d'un bas-relief ( le même sur toutes les premières portes des tombeaux royaux ) qui n'est au fond que la préface ou plutôt le résume^àe toute la décoration des tombes pharaoniques. C'est un disque jaune au milieu duquel est le soleil à téte de bélier, c'est-à-dire le soleil couchant entrant dans l'hémisphère inférieur, et adoré par le roi à genoux; à la droite du disque, c'est-à-dire à l'orient, est la déesse Nephthys, et à la gauche (occident) la déesse Isis occupant les deux extrémités de la course du dieu dans l'hémisphère supérieur : à côté du soleil et dans le disque, on a sculpté un grand scarabée qui est ici , comme •ailleurs, le symbole de la régénération ou des renaissances successives : le roi est agenouillé sur la montagne céleste , sur laquelle portent aussi les pieds des deux déesses.

» Le sens général de cette composition se rapporte au roi défunt : pendant sa vie, semblable au soleil dans sa course de l'orient à l'occident , le roi devait être le vivificateur, l'illuminateur de l'Égypte et la source de tous les biens physiques et moraux nécessaires à ses habitants ; le Pharaon mort fut donc encore naturellement comparé au soleil se couchant et descendant vers le ténébreux hémisphère inférieur qu'il doit parcourir pour renaître de nouveau à l'orient et rendre la lumière et la vie au monde supérieur (celui que nous habitons), de la même manière que le roi défunt devait renaître aussi , soit pour continuer ses transmigrations , soit pour habiter le monde céleste et être absorbé dans le sein d'Ammon, le père universel.

« Dans le tableau décrit est toujours une légende dont suit la traduction littérale. Voici ce qui dit Osiris , seigneur de l'Amenti (région occidentale habitée par les morts ) : « Je t'ai ac- « jcordé une demeure dans la montagne « sacrée de l'occident , comme aux • autres dieux grands ( les rois ses pré- « décesseurs ) ; à toi Osirien , roi sei- « gneur du monde , Rhamsès . etc. , « encore vivant. » Cette dernière expression prouverait, s'il en était besoin , que les tombeaux des Pharaons , ouvrages immenses , et gui exigeaient un travail fort long , étaient commencés de leur vivant , et que l'un des premiers soins de tout roi égyptien lut , conformément à l'esprit bien connu de cette singulière nation , de s'occuper incessamment de l'exécution (lu monument sépulcral qui devait être son dernier asile.

« C'est ce que démontre encore mieux le premier bas-relief qu'on trouve toujours à la gauche en entrant dans tous ces tombeaux. Ce tableau avait évidemment pour but de rassurer le roi rivant sur le fâcheux augure qui semblait résulter pour lui du creusement de sa tombe au moment où il était plein de vie et de santé : ce tableau montre en effet le Pharaon en costume royal, se présentant au dieu Phré à tête d'épervier, c'est-à-dire au soleil

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dans tout l'éclat de sa course ( à l'heure de midi), lequel adresse à son représentant sur la terre ces paroles consolantes. Voici ce que dit Phré, dieu grand , seigneur du ciel : « Nous tfac- « cordons une longue série de jours « pour régner sur le monde et exercer « les attributions royales d'Horus sur « la terre. » Au plafond de ce premier corridor du tombeau , on lit également de magnifiques promesses faites au roi pour cette vie terrestre , et le détail des privilèges qui lui sont réservés dans les régions célestes; il semble qu'on ait placé ici ces légendes, comme pour rendre plus douce la pente toujours trop rapide qui conduit à la salle du sarcophage.

« Immédiatement après ce tableau sorte de précaution oratoire assez délicate, on aborde plus franchement la question par un tableau symbolique, le disque du soleil criocéphale , parti de l'orient , et avançant vers la frontière de l'occident, qui est marqué par un crocodile, emblème des ténèbres, et dans lesquelles le dieu et le roi vont entrer chacun à sa manière.

« Une petite salle, qui succède ordinairement à ce premier corridor, contient les images sculptées et peintes des 75 parèdres du soleil, précédées.

ou suivies d'un immense tableau dans lequel on voit successivement l'image abrégée de 75 zones et de leurs habitants dont il sera parlé plus loin.

« A ces tableaux généraux, et d'ensemble succède le développement des détails : les parois des corridors et salles qui suivent ( presque toujours les parois les plus voisines de l'orient) sont couvertes d'une longue série de tableaux représentant la marche du soleil dans l'hémisphère supérieur (image du roi pendant sa vie), et sur les parois opposées, on a figuré la marche du soleil aans l'hémisphère inférieur(image du roi après sa mort). Plusieurs autres salles succèdent à ce corridor; elles sont également ornées de peintures et de sculptures. La salle qui précède celle du sarcophage, en général consacrée aux quatre génies de l'amenti , contient , dans les tombeaux les plus

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complets , la comparution du roi devant le tribunal des 42 juges divins qui doivent décider du sort de son ame , tribunal dont ne fut qu'une simple image celui qui, sur la terre, accordait ou refusait aux rois les honneurs de la sépulture. Une paroi entière de cette salle, dans le tombeau deRhamsès V, offre les images de ces 42 assesseurs d'Osiris, mêlées aux justifications que le roi est censé présenter, ou faire présenter en son nom , à ces juges sévères, lesquels paraissent être chargés, chacun, de faire la recherche d'un crime ou péché particulier, et de le punir dans 1 ame soumise à leur juridiction. Ce grand texte , divisé par conséquent en 42 versets ou colonnes, n'est, a proprement parler, qu'une confession négative, comme on peut en juger par les exemples qui suivent :

« O dieu (tel)! te roi, soleil modé- « rateurdejustice, approuvé d'Ammon, « n'a point commis de méchancetés, n'a « point blasphémé, ne s'estpoint enivré, « n'a point été paresseux, n'a point en- « levé les biens voués aux dieux, n'a « point dit de mensonges , n'a point été « libertin, ne s'est point souille par des « impuretés, n'a point secoué la tête « en entendant des paroles de vérité,, «« n'a point inutilement allongé ses « paroles, n'a pas eu à dévorer son « cœur ( c'est-à-dire à se repentir de « quelque mauvaise action.) »

« On voyait enfin , à côté de ce texte curieux , dans le tombeau de Rhamsès Meïamoun, des images plus curieuses encore , celles des péchés capitaux : il n'en reste plus que trois de bien conservées, ce sont ta luxure, la paresse et la voracité, figurées sous forme humaine , avec les têtes symboliques de bouc, de tortue et de crocodile.

« La grande salle du tombeau de Rhamsès Y, celle qui renfermait le sarcophage , et la dernière de toutes , surpasse aussi les autres en grandeur et en magnificence. Le plafond, creusé en berceau et d'une très-belle coupe , a conservé toute sa peinture : la fraîcheur en est telle , qu'il faut être habitué aux miracles de conservation des monuments de l'Égypte, pour se per-

suader que ces frêles couleurs ont résisté à plus de trente siècles. Les parois de cette vaste salle sont couvertes, du soubassement au plafond, de tableaux sculptés et peints comme dans le reste du tombeau , et chargées de milliers d'hiéroglyphes formant les légendes explicatives; le soleil est encore le sujet de ces bas-reliefs, dont un ranci nombre contiennent aussi , sous es formes emblématiques , tout le système cosmogonique et les principes de la physique générale des Égyptiens.

Une longue étude peut seule donner le sens entier de ces compositions que j'ai toutes copiées moi-même , en transcrivant en même temps tous les textes qui les accompagnent. C'est du mysticisme le plus raffiné; mais il y a certainement, sous ces apparences emblématiques , de vieilles vérités que nous croyons très-jeunes

« J'ai omis, dans cette description, aussi rapide que possible, d'un seul des tombeaux royaux , de parler des basreliefs dont sont couverts les piliers qui soutiennent les diverses salles; ce sont des adorations aux divinités de l'Égypte et principalement à celles qui président aux destinées des ames, Phtha-Socharis , Atmou , la déesse Béresochar, Osiris et Anubis.

« Tous les autres tombeaux des rois de Thèbes, situés dans la vallée de Biban-el-Molouk et dans la vallée de l'ouest , sont décorés , soit de la totalité , soit seulement d'une partie des tableaux que je viens d'indiquer, et selon que ces tombeaux sont plus ou moins vastes et surtout plus ou moins achevés. Les uns, en eifet, se terminent à la première salle , changée en grande salle sépulcrale; d'autres ont deux salles seulement; quelques-uns enfin ne sont qu'un petit réduit creusé à la hâte, grossièrement peint, et dans lequel on a déposé le sarcophage du roi, à peine ébauché. Cela prouve avec évidence, qu'à son avènement au trône, le premier soin d'un roi était de choisir le lieu de sa sépulture et d'y faire travailler jusqu'à sa mort. Si elle le surprenait, les travaux cessaient, et le tombeau demeurait incom-

Egypte.

piet. On peut donc juger de la durée du règne d'un roi par l'état plus ou moins avancé de l'excavation destinée à sa sépulture. Les tombeaux des princes qui régnèrent le plus long-temps , sont aussi les plus étendus et les plus somptueusement ornés. On remarque dans le tombeau dcRhamsès-Meïamou n, des peintures dont le sujet n'a rien de funéraire, et entre autres, les travaux de la cuisine , les meubles les plus élégants et les plus variés ( voyez planche 23), un arsenal complet où se voient des armes de toute espèce et les enseignes des légions égyptiennes; les barques et les canges royales avec toutes leurs décorations; enfin, des musiciens, notamment des joueurs de harpe à 21 cordes. (Voyez planche 24 ) C'est aussi dans la peinture des tombeaux qu'on a recueilli de précieuses données astronomiques, trèsutiles à l'histoire des sciences et à celle des institutions publiques en Egypte. »

On connaîtra par les sujets figurés sur nos planches 13, 15 et 16, les costumes des rois égyptiens dans leurs diverses fonctions publiques. Sur la planche 13, le Pharaon armé en guerre, la tête casquée , st»n armure recouverte d'une tunique d'étoffe rayée, et portant un riche collier, est assis sur son char, attelé de deux chevaux richement caparaçonnés , la tête ornée de plumes d'autruche et retenus par des soldats. Des ombrelles préservent la téte du roi de l'ardeur du soleil. Dans la planche 16, le roi combat contre des Indiens ; sa liante taille est le symbole de la puissance ; il foule aux pieds ses ennemis ; un serviteur élève aussi le flabellum à la hauteur de sa téte; le vautour, emblème de la protection divine , plane au-dessus du roi , et tient dans ses griffes le symbole de la victoire. Au-dessous de rette scène principale , une lile de ligures nous montre les divers ordres de troupes employées par les Égyptiens , et les armes particulières à chaque corps. Le sujet de la planche 15 est une offrande faite au grand dieu de Thèbes assis sur son trône. Ces di-

verses représentations témoignent en même temps de l'avancement des arts en Egypte. Le luxe des tombeaux ne cédait en rien à celui des palais ; de grands ouvrages d'art les décoraient ; For était prodigué dans la préparation des momies royales; on en a trouvé dont tous les doigts des mains et des pieds, la face et peut-être la téte entière étaient enfermés dans des étuis d'or massif ayant la forme de ces diverses parties du corps; des momies étaient même entièrement dorées et chargées de bijoux; nos musées abondent en colliers , bagues et autres joyaux en or et en pierres précieuses, recueillis dans les tombeaux : ceux des rois , qui devaient être les plus riches, ont été aussi les plus maltraités. Les vainqueurs des Pharaons trouvèrent un riche butin dans leurs sépultures.

Plusieurs monuments égyptiens nous ont transmis les opinions et les pratiques de PÉgypte relatives à la naissance et à l'éducation de ses rois. Étant assimilés à ses dieux, ils ne pouvaient naître et grandir que par l'assistance divine. C/est par suite de cette croyance, qu'à côté des grands temples où une triade était adorée, on en construisit un de bien moindre étendue, qui était l'image de la demeure céleste où la déesse, second personnage de cette triade , avait enfanté le jeune enfant qui la complétait , et ce jeune enfant n'était que la représentation du roi qui faisait élever l'édifice : ce petit temple était appelé Mammisi , lieu de l'accouchement; et c'est ainsi que dans celui qui est à côté du grand temple d'Edfou, la naissance et l'éducation de Ptolémée-Évergète II sont associées à celles du jeune Har-Sont-Thô , qui est le fils du dieu Har-Hat et de la déesse Halt-Hôr, et qui forme avec son père et sa mère la triade adorée dans ce grand temple. Dans le mammisi d'Hermonthis , c'est la naissance et l'enfance de Caesarion , fils de Cléopâtre et de Jules-César , assimilées A celles deHarphré, fils du dieu Mandou et de la déesse Ritho , triade adorée h Hermonthis. Enfin à Louqsor on

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voit une, suite de scènes relatives à l'origine du roi Aménophis, fondateur de ce palais : le dieu Thôth vient annoncer à 1 épouse de Thouthmosis IV, qu'Ammon lui a accordé un fils; cette reine, dont l'état de grossesse est visiblement exprimé, est conduite par Chnouphis et Hathôr ( Vénus ) vers la chambre d'enfantement (le mammisi) ; elle met au monde le roi qui fut Aménophis; des femmes soutiennent la gisante , et des génies divins , rangés sous le lit, élèvent l'emblème de la vie vers le nouveau-né ; la reine nourrit ensuite le jeune prince ; le nourrisson est présenté par le dieu Nil aux grandes divinités de Thèbes ; Ammon-Ra caresse le royal enfant en Kigne de protection, et l'investit de la royauté; en même temps, les déesses protectrices de la Haute et de la Basse-Egypte lui offrent la couronne, emblème de sa future domination sur les deux contrées; Thôth choisit lui-même le prénom royal qu'Aménophis-Memnon doit à jamais illustrer. A ces marques de la protection divine, qui n'étaient d'ailleurs figurées sur les monuments que lorsque l'enfant était devenu roi , on ajoutait tous les soins d'une éducation civile, militaire et religieuse. On instruisait les jeunes princes dans les préceptes et les cérémonies de la religion , dans les lettres et les arts ; la tradition attribue à quelques rois la composition d'ouvrages relatifs à certaines parties des sciences ; enfin, les exercices gymnastiques complétaient l'éducation physique et morale des princes.

Des dignités de divers ordres leur étaient réservées par la loi de l'état ; ils étaient revêtus d'un costume particulier; le pédum, et un éventail formé d'une longue plume d'autruche attachée à une poignée très-élégante, étaient leurs insignes ostensibles.

Quant à leurs dignités, le fils aîné de Sésostris avait le titre de porte-éventail à la gauche du roi, secrétaire royal , commandant en chef de l'armée ; le second fils était aussi porteéventail à la gauche du roi et secrétaire royal, commandant en chef de

la garde royale ; le troisième fils joignait à ces mêmes titres de porte, éventail et de secrétaire royal , celui de commandant en chef de la cavalerie , c'est-à-dire des chars. Ces mêmes qualifications furent aussi données a d'autres princes ; elles paraissent avoir appartenu à toutes les générations royales, ainsi que plusieurs titres sacerdotaux ou civils , tels que ceux de prophète (classe de prêtres ) de divers dieux , de grandprêtre d'Ammon , et de chef suprême des diverses fonctions civiles. Le roi présidait ainsi , par les membres de sa famille, à toutes les branches de l'administration publique; il régnait et gouvernait en même temps; c'était, disait-on peut-être, l'unité parfaite du pouvoir monarchique, et un élément de sa durée ; élément impuissant toutefois : Alexandre succéda en Égypte à trente-une dynasties de rois.

Le prince désigné par l'ordre de primogéniture parvenait au trône paternel ; c'était la religion qui consacrait son avènement, et l'institution royale lui était donnée par les dieux mêmes. On voit dans leRnamesséum de Thèbes l'institution de Sésostris; il est en+présence des deux plus grandes divinités de l'Egypte ; el I es investissent des pouvoirs royaux , et lui en remettent les insignes. Ammon-Ra , assisté de la déesse Mouth, livre à Sésostris la faux de bataille , arme redoutable , type primitif de la harpé des mythes grecs , et en même temps, le fouet et le pédum, emblèmes de la direction et de la modération. Ammon-Ra dit au roi : « Reçois la faux de bataille pour contenir les nations étrangères, et trancher la tête des impurs ; prends le fouet et le pédum, pour diriger la terre de Kémé (l'Egypte).»

La reine assistait au sacre du roi près de lui ; elle figurait aussi à côté du monarque dans d'autres cérémonies publiques. Les scènes domestiques fournissent d'autres preuves de l'état honorable des femmes en Egypte, compagnes habituelles de l'homme, et partageant avec lui les soins et l'auto-

rité domestiques ; également protégées par la loi et l'opinion, et soustraites, par leur commun assentiment , à cette inégalité de condition , si injustement réalisée dans l'Orient ancien et moderne. L'Égypte flétrit un tel usage sa sagesse et son équité; et un fait suffît pour révéler toute la supériorité de son état social. La condition sociale des femmes s'améliora partout simultanément avec la civilisation; la barbarie seule les lit esclaves. Il y a deux ou trois siècles , on dissertait publiquement en France .

sur cette question , si les femmes sont de la même espèce que les hommes ; et de graves docteurs ne décidaient pas pour l'affirmative. Aujourd'hui , au contraire, on se demanderait, avec plus de raison sans doute, si ces graves docteurs étaient des hommes.

L'un des premiers devoirs de la royauté , celui dont l'accomplissement était le plus agréable aux dieux et aux hommes, c'était la fondation d'édifices religieux , ornés de colosses et d'obélisques ( voy. pl. 14, entrée du palais de Louqsor), et témoignant à la fois de la piété du prince et de celle de la nation. D'innombrables bas-reliefs, sculptés et peints, en étaient la décoration principale; elle avait pour objet l'offrande du monument à la triade à laquelle il était destiné. Le roi faisait lui-même cette offrande, et d'autres dieux recevaient aussi ses hommages ; et ils s'en montraient reconnaissants en dotant, à leur tour, le roi des dons les plus précieux et les plus utiles. Dans ces offrandes, le Pnaraon est habituellement protégé par une autre divinité, qui le conduit vers le seigneur des dieux. A Louqsor, c'est à Ammon que Sésostris consacra son grand édifice; le dieu lui dit : « Mon fils bien-aimé, seigneur du monde , mon cœur se réjouit en contemplant ta bonne œuvre; tu m'as voué cet édifice , je te fais le don d'une vie pure à passer dans la royauté temporelle. » Les autres dieux s'associaient a ce premier bienfait , et y ajoutaient d'autres grâces non moins précieuses:

l'édifice que le roi vient d'élever sera

aussi durable que le ciel ; le roi aura une longue suite de jours sur le trône d'Egypte; il dominera sur toutes les contrées; Thôth inscrit à son nom toutes les attributions royales du soleil; le midi et le nord, l'orient et l'occident lui sont soumis; son règne sur le monde sera joyeux ; on lui livre les Barbares du midi et ceux du nord à fouler sous ses sandales; toutes les bonnes portes qui seront devant lui seront ouvertes; de grandes victoires lui sont accordées dans toute les parties du monde , et son nom s'imprimera profondément dans le cœur des Barbares. Les dieux et les déesses prennent soin du salut du roi ; la dame du palais céleste lève sa main droite sur la tête du monarque, elle la couvre d'un casque en lui disant : « J'ai préparé pour toi le diadème du soleil ; que ce casque demeure sur ta corne (ton front ) , où je l'ai placé. »

La reine , les fils et les filles du roi prenaient part à toutes les cérémonies, et leur rang et leur place y étaient assignés. A la foule des dieux que le roi devait honorer, il ajoutait religieusement ses propres ancêtres ; son père et sa mère recevaient les premiers hommages, et les aïeux, quelquefois en grand nombre, étaient rangés et nommés après eux dans l'ordre rétrograde des générations ; le roi brûlait l'encens, disent les inscriptions, en l'honneur des pères de ses pères et des mères de ses mères. Cet usage, qui se rattachait à une idée profondément morale et profondément gravée dans l'esprit de la nation égyptienne, le respect des vieillards et le culte des ancêtres , ne fut pas aboli par l'influence des étrangers conquérants de l'Egypte; et l'un des petits édifices des environs de Thèbes nous montre Ptolémée Évergète U accomplissant diverses cérémonies religieuses en présence de personnages des deux sexes , revêtus des insignes de certaines divinités. Les légendes écrites auprès de ces personnages nous apprennent que ces honneurs sont décernés aux rois et aux reines de la famille des Ftolémées , ancêtres en ligne directe d'Évergète H.

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Le premier bas-relief, à gauche, représente en effet Ptolémée Philadelphe costumé en Os iris , assis sur un trône à côté duquel se trouve la reine Arsinoé, femme de Philadelphe, coiffée des insignes des déesses Mouth et Hathor. Évergète U lève ses bras en signe d'adoration devant les deux époux, qualifiés , le divin père de ses pères, Ptolémée ; la divine mère de ses mères , Arsinoé. Les mêmes hommages, l'encens et la prière sont adresses par le roi vivant à ses autres ancêtres admis au rang des dieux.

Ces usages des Ptolémées n'étaient qu'une imitation des usages antérieurement pratiqués sous les Pharaons.

Sur le Rhamesséum de Thèbes , Sésostris célèbre une panégyrie; les rois ses ancêtres y assistent par leur image, et sont figurés par une suite de statuettes rangées par ordre de règne ; Menés , le premier roi de l'Egypte, y occupe le premier rang; après lui est figuré un autre très-ancien roi; viennent ensuite ceux de la XVIIIe dynastie, représentant les neuf générations antérieures à Sésostris, et Sésostris lui - même. De même, à Médinet-Habou , Rhamsès-Meïamoun célèbre une cérémonie en présence de ses ancêtres; neuf statuettes , rangées chronologiquement , rappellent leurs noms et leur existence. Ces statues ou représentations des ancêtres royaux étaient aussi portées sur des baldaquins dans les cérémonies religieuses, dont l'accomplissement était un des devoirs des rois.

Lorsqu'une guerre était entreprise .

la protection des dieux était invoquée par des cérémonies publiques, et le roi prenait le commandement de l'armée. Elle entrait en campagne; les troupes de diverses armes prenaient leur ordre de marche , sur huit ou dix hommes de hauteur, lin trompette et un corps d'hoplites précédaient un char d'où s élevait un mât, surmonté d'une tête de bélier ornée du disque solaire : c'était le symbole du dieu Ammon-Ra guidant l'armée à l'ennemi.

Le roi , monté sur son char de guerre, suivait le dieu; il éta»t escorté par les

archers de la garde et suivi par les officiers attachés à sa personne. Dès que l'ennemi était atteint, on lui livrait la bataille ; la protection divine donnait la victoire au roi d'Egypte , qui, aussitôt après, haranguait les chefs de ses troupes qui lui présentaient les prisonniers de marque faits sur l'ennemi, et chaque corps d'année faisait le dénombrement écrit des mains droites et autres membres coupés aux ennemis morts sur le champ de bataille. Les soldats égyptiens étaient armés de casques , d arcs , de carquois , de haches de bataille et de lances. Une partie de l'armée, en ordre de bataille et composée de fantassins pesamment armés ou hoplites, marchait la première ; les troupes légères étaient sur les flancs; les chars de guerre formaient la dernière ligne. Le roi était au centre. Dans les combats sur mer , les troupes , rangées sur le rivage, soutenaient et secondaient la marine ; les vaisseaux manœuvraient en même temps à la voile et à l'aviron.

Le roi commandait les troupes de terre, il était au milieu d'elles a pied ; son char était avec les bagages. Après la victoire , il poursuivait l'ennemi , passait les rivières sur des ponts que les monuments nous montrent tresdistinctement, il s'approchait des villes et des forteresses, ordonnait l'escalade, les enlevait et les détruisait ; il écoutait les propositions des envoyés ennemis , dictait les traités et imposait les tributs, qui consistaient en métaux précieux, en productions rares et utiles, en instruments de guerre, et en animaux vivants particuliers aux pays subjugués , et qui étaient inconnus en Épypte. Le roi réunissait ensuite autour de lui les chefs supérieurs de l'armée , et leur adressait une allocution : « Livrez-vous à la joie, s'écriaitil, qu'elle s'élève jusqu'au ciel; les étrangers sont renversés par ma force ; la terreur de mon nom est venue, leurs cœurs en ont été remplis ; je me suis présenté devant eux comme un lion ; je les ai poursuivis, semblable à un épervier; j'ai anéanti leurs ames criminelles; ïvai franchi leurs fleuves;

ÉGYPTE

j'ai incendié leurs forteresses ; je suis pour l'Égypte ce qu'a été le dieu Mandou; j ai vaincu les Barbares-, Amon-Ra était à ma droite comme à ma gauche; son esprit a inspiré mes résonitions ; il a préparé la perte de nos ennemis; Amon-Ra, mon père, a humilié le monde entier sous mes pieds, et je suis sur le trône à toujours. » L'ordre de rentrer en Egypte terminait la harangue.

L'armée marchait par divisions; le roi, sur son char, le fouet en main, conduisait lui-même ses chevaux , richement caparaçonnés ; des groupes de prisonniers enchaînés le précédaient ; des officiers étendaient au-dessus de sa tête de larges ombrelles. Il rentrait à pied dans la ville royale de Thèbes ; des colonnes de prisonniers , pris parmi les diverses peuplades vaincues, le suivaient; il allait d'abord au temple rendre grâces aux dieux de ses victoires et leur faire hommage des captifs.

Le jour solennel du triomphe arriw vait ensuite : tous les grands de l'état venaient y assister, réunis au peuple, pour célébrer les victoires du souverain et de l'armée. On se rendait en grand cortège, du palais du roi, au temple d'Amon-Ra. Un corps de musique, composé de flûtes, de trompettes, de tambours et de choristes, ouvrait la marche; les parents et les familiers du roi , des pontifes et des fonctionnaires publics de divers ordres formaient la première partie du cortège. Venait ensuite, seul, le fils aîné du roi , ou l'héritier présomptif de la couronne, brûlant de l'encens devant le vainqueur : celui-ci était porté dans un naos , ou châsse richement décorée , par douze chefs militaires , dont la tête était ornée de plumes d'autruche. Le monarque , décoré de toutes les marques de son autorité supérieure, était assis dans la châsse, sur un trône élégant , que couvraient de leurs ailes des images d'or de la Justice et de la Vérité; un sphinx, symbole de la saunie à la force , et un lion , emdu courage, étaient figurés debout auprès du trône. Des officiers ,

à pied , élevaient autour de la châsse les flabetlum et les éventails ordinaires ; de jeunes enfants de la caste sacerdotale marchaient auprès du roi, portant son sceptre , l'étui de son arc et ses autres armes et insignes.

A la suite du roi venaient les autres princes de la famille rovale, les hauts fonctionnaires du sacerdoce, et les principaux chefs militaires rongés sur deux lignes. Des militaires portaient les socles et les gradins de la châsse, et un peloton de soldats fermait la marche; la foule était partout.

Parvenu devant le temple, le roi y entrait à pied, allait faire des liba«tions sur l'autel et brûler l'encens en l'honneur du dieu. On se rendait ensuite à l'entrée du temple, où restait le cortège. Des prêtres, portant les statues des rois ancêtres du triomphateur, marchaient les premiers; d'autres pontifes les suivaient avec les enseignes sacrées , les vases , les tables de proposition et les ustensiles des sacrifices solennels ; un autre pontife lisait les invocations prescrites par le rituel pour l'instant où la lumière du dieu allait franchir le seuil du temple; le symbole vivant d'Amon-Ra, un taureau blanc, suivait immédiatement; un prêtre l'encensait , et le roi, coiffé du simple diadème de la région inférieure , précédait le dieu, dont la statue était portée par 22 prêtres sur un riche palanquin environné de flabetlum, d'éventails et de rameaux fleuris.

Quand le dieu était rentré dans le sanctuaire, le roi, coiffé du pschent, symbole de son autorité sur les deux régions de FÉgvpte, allait lui rendre de nouvelles actions de grâce , précédé de la musique , des cœurs religieux et du corps sacerdotal , et accompagné de tous les officiers de sa maison; il coupait, avec une faucille d'or, une gerbe de blé, dont il faisait l'offrande; H reprenait le casque militaire, et retournait au palais avec tout le cortège. La reine assistait à toutes les cérémonies.

Le palais, qui n'était pas séparé d'un des principaux temples , était

composé de plusieurs corps de logis , de cours et de pavillons , de grands et de petits appartements. Les façades principales étaient percées de belles fenêtres, décorées avec beaucoup de goût ; l'édifice , entièrement construit en pierres , s'élevait de trois étages : au premier, les fenêtres étaient ornées de balcons; des Barbares , en état de prisonniers, sculptés en saillie, formaient les consoles qui supportaient la plate-forme. L'intérieur des appartements était orné de scènes domestiques sculptées en relief sur les parois des murs; la peinture ajoutait à l'effet de ces compositions.

C'était là une véritable habitation de famille; le roi y vivait familièrement avec sa femme et ses enfants ; ils jouaient en sa présence, même avec lui , et la majesté royale s'effaçait {sous les inspirations de la tendresse paternelle. Le roi dînait en famille ou seul; il était servi

rr les dames du palais. Au luxe et l'élégance du mobilier , à la somptuosité de l'habitation, on mêlait habituellement les plus gracieuses productions de la nature ; des vases de fleurs ornaient les salons , des guirlandes de verdure se mariaient à de riches décorations. Des jardins, ornés de pièces d'eau et de berceaux de vignes ou d'arbustes , d'arbres rares et de larges allées , étaient des dépendances des palais et des grandes habitations. Le jeu des échecs ou un jeu très-analogue, composé d'une tahle et de pièces nombreuses , de deux couleurs différentes et mobiles, était au nombre des distractions que le roi prenait dans son palais ; les reines y jouaient aussi. Quand le roi sortait , s'il ne montait pas sur son char, il était porté dans un palanquin , ou dans une voiture qui consistait en une chambre très-bien décorée, à porte à deux vantaux , et placée sur un traîneau. Il y avait dans l'habitation royale des chiens , des chats, des singes qui lui appartenaient, et des nains, destinés, dès 1,500 ans et plus avant l'ère chrétienne, à divertir les seigneurs égyptiens et leur

société, comme le faisaient, 1,500 ans après , les nains appartenant aux barons féodaux de notre Europe. Des compagnies de musiciens, de danseurs et de danseuses , étaient aussi admises dans le palais du roi, pour en varier les divertissements. Enfin , des fêtes religieuses et des panégyries étaient fréquemment célébrées dans le palais, ér après les indications positives du rituel : la loi avait prévu à la fois les plaisirs et les devoirs du monarque.

C'est des monuments encore subsistants en Égypte que sont tirées ces notions variées sur l'état et la condition des familles royales. L'étude plus approfondie de ces mêmes monuments étendra et complétera ces mêmes notions sur la vie intérieure ; et toutes les productions des arts de PÉgypte en rendront témoignage pour toutes les époques de son histoire, tant ces usages étaient empreints dans les mœurs publiques, tant les prescriptions des lois étaient respectées et affermies par leur religieuse observation. Le système général des institutions publiques était tellement lié dans ses diverses parties, tellement implanté dans le sol et l'esprit du pays, que les influences diverses que la conquête y introduisit ne purent rien contre les vieilles habitudes de la nation, et qu'elle fut dans la nécessité de les respecter. Aussi peut-on dire que les monuments du temps des Ptolémées expliquent avec certitude les temps des Pharaons ; que la relation des cérémonies célébrées pour le couronnement de ces rois grecs, s'appliquerait très - convenablement , en changeant les noms, aux rois des anciennes dynasties. Le rituel égyptien n'avait pas cessé d'être en vigueur. En rappelant donc ici les faits principaux énoncés dans la célèbre inscription de Rosette, monument historique du premier ordre, écrit à la fois en langue grecque , en langue et en signes démotiques et hiéroglyphiques égyptiens, nous reproduisons des données certaines sur les rapports des rois avec la classe sacerdotale;

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nous exposons des notions authentiques sur un des points le plus im-

Sortants et les plus curieux à la fois e l'organisation sociale de l'antique Egypte : l'esprit des nations se révèle autant dans leurs protocoles que dans leurs, entreprises : le calme nabituel des Égyptiens, source de toute sagesse, dut les rendre nécessairement obséquieux et complimenteurs.

Sous les Pharaons , c'est à Thèbes que le roi était sacré et couronné par la religion ; sous les Ptolémées , quand Alexandrie devint la nouvelle capitale royale , Memphis en fut la capitale religieuse, et c'est dans le grand temple de Phtha qu'avait lieu cette grande solennité. Tout le sacerdoce de l'Egypte s'y était réuni au mois de mars de l'an 196 avant l'ère chrétienne, pour le couronnement et l'intronisation de Ptoléméettpiphane qui , ayant succédé à son père Philométor, décédé depuis neuf ans , venait d'atteindre sa majorité et pouvait dès lors être couronné et exercer par lui - même l'autorité royale. Les prêtres, après lui avoir mis la couronne royale sur la tête, lui décernèrent aussi de grands honneurs , et ils en énumèrent les motifs dans le décret qu'ils ont eux-mêmes rédigé. En rappelant textuellement les principaux de ces motifs, nous indiquons les actes qui , dans l'opinion du corps sacerdotal, méritèrent le plus sa reconnaissance , et on voit à quels titres un roi d'Éçypte pouvait se concilier la bienveillance d'une caste aussi puissante : c'est comme un résumé des opinions qu'elle avait sans doute le plus accréditées dans la nation. On lit ce qui suit dans leur déclaration, et la variété des notions historiques qu'elle renferme n'échappera pas au lecteur attentif :

« L an IX, le 10 du mois de méchir, les pontifes et les prophètes, ceux qui entrent dans le sanctuaire pour habiller les dieux , les ptérophores , les hiéroçrammates , et tous les autres prêtres

Îui , de tous les temples situes dans i pays, s'étaient rendus à Memphis, auprès du roi , pour la solennité de la

prise de possession de cette couronne, dontPtolémée toujours vivant, le bienaiméde Phtha , dieu Épiphene , prince très-gracieux, a hérité de son père, se trouvant réunis dans le temple de Memphis, ont prononcé, ce même jour, le décret suivant :

« Considérant que le roi Ptolémée toujours vivant , le bien-aimé de Phtha, dieu Épiphane, très-gracieux, fils du roi Ptolémée et de la reine Arsinoé, dieux philopatores, a fait toutes sortes de bien et aux temples, et à ceux qui y font leur demeure, et, en général , à tous ceux qui sont sous sa domination ; qu'étant dieu , né d'un dieu et d'une déesse , comme Horus , le fils d'Isis et d'Osiris, le vengeur d'Osiris son père , êl jaloux de signaler généreusement son zèle pour les choses qui concernent les dieux , il a consacre au service des temples , de

grands revenus , tant en argent qu'en lé , et a fait de grandes dépenses pour ramener la tranquillité en Egypte, et y élever des temples ;

« Qu'il n'a négligé aucun des moyens oui étaient en son pouvoir pour faire des actes d'humanité; qu'afin que dans son royaume le peuple et en général tous les citoyens fussent dans l'abondance , il a supprimé tout-à-fait quelques-uns des tributs et des impositions établis en Egypte, et a diminué le poids des autres; que de plus, il a remis tout ce qui lui était du des redevances royales f tant par ses sujets, habitants de l'Égypte, que par ceux de ses autres royaumes, quoique ces redevances fussent un objet considérable par leur quantité ; qu'il a renvoyé absous, ceux qui avaient été emprisonnés et mis en jugement depuis longtemps ;

« Qu'il a ordonné que les revenus des temples et les redevances qu'on leur payait chaque année, tant en blé qu'en argent, ainsi que les parts réservées aux dieux sur les vignobles, les vergers , et sur toutes les autres choses auxquelles ils avaient droit du temps de son père, continueraient à se percevoir dans le pays;

« Qu'il a dispensé ceux qui appartien-

62 I/UINIVERS.

nent aux tribus sacerdotales , de faire geur de l'Egypte , près de cette sta-

à Alexan- tue , sera place le dieu principal du

tous les ans le voyage par eau i

drie; temple, qui lui présentera l'arme de

a Qu'il a ordonné que les citoyens qui la victoire, et tout sera disposé de la avaient quitté les rebelles armés , et manière la plus convenable. Que les ceux dont les sentiments avaient été , prêtres fassent trois fois par jour le dans les temps de trouble , opposés au service religieux auprès de ces statues , gouvernement et étaient rentrés dans qu'ils les parent des ornements sale devoir, fussent maintenus en pos- crés, et qu'ils aient soin de leur rensession de leurs propriétés ; dre, dans les grandes solennités, tous

« Qu'étant entré dans Memphis , en les honneurs qui doivent, suivant

vengeur de son père et de sa propre l'usage, être rendus aux autres dieux ;

couronne, il a puni, 'comme ils le qu'il soit consacré au roi Ptoléniée

méritaient , les chefs de ceux qui s'é- une statue et une chapelle dorées dans

taient révoltés sous son père, et avaient le plus saint des temples, que cette

dévasté le pays et dépouillé les tem- chapelle soit placée dans le sanctuaire,

pies ; avec toutes les autres, et que dans les

« Qu'il a fait beaucoup de dons à grandes solennités où l'on a coutume

Apis , à Mnévtè et aux autres ani- de faire sortir des sanctuaires les cha-

maux sacrés de l'Egypte; pelles, on fasse sortir aussi celle du dieu

« Qu'il a fait faire de magnifiques ou- Epiphane très-gracieux; et pour que vrages au temple d'Apis, et a fourni cette chapelle puisse mieux être aispour ces travaux une grande quantité tinguée des autres , maintenant et d'or et d'argent et de pierres précieu- dans la suite des temps , qu'on pose ses; qu'il a élevé et des temples et au-dessus les dix couronnes d'or du des chapelles et des autels , et qu'il roi , lesquelles porteront sur leur para fait les réparations nécessaires à tie antérieure un aspic , à l'imitation ceux qui en avaient besoin, ayant le de ces couronnes à ligures d'aspic qui zèle d'un dieu bienfaisant pour tout sont sur les autres chapelles; et au ce qui concerne la divinité ; que , s'é- milieu de ces couronnes , sera placé tant informé de l'état où se trouvaient l'ornement royal appelé pschent^ celés choses les plus précieuses renfer- lui que le roi portait lorsqu'il entra à mées dans les temples , il les a renou- Memphis , dans le temple , afin d'y velées dans son royaume autant qu'il observer les cérémonies légales presétait nécessaire ; en récompense de crites pour la prise de possession de quoi, les dieux lui ont donne la santé, la couronne; qu'on attache au tétrala victoire, et les autres biens;.... la gone environnant les dix couronnes couronne devant lui demeurer ainsi apposées à la chapelle dont on vient qu'à ses enfants, jusqu'à la postérité de parler, des phylactères d'or, avec la plus reculée : cette inscription : « C'est ici la chapelle

« Il a donc plu aux prêtres de tous du roi , de ce roi qui a rendu illustres

les temples du pays , de décréter que la région d'en haut et la région d'en

tous les honneurs appartenant au roi bas ; » qu'il soit célébré une fête et

Ptolémée toujours vivant, le bien-aimé tenu une grande assemblée (panégy-

de Phtha, dieu Épiphane très-gracieux , rie ) en l'honneur du toujours vivant ,

ainsi que ceux qui sont dus à son du bien-aimé de Phtha , du roi Pto-

père et à sa mère , les dieux philo- lémée , dieu Épiphane très-gracieux ,

patores , et ceux qui sont dus à ses tous les ans ; cette fête aura lieu dans

aïeux, fussent considérablement au$- tout le,pays,tantdelaHautequedela

mentés; que la statue du roi Ptole- Basse-Egypte, et durera cinq jours à

niée, toujours vivant, soit érigée commencer du premier jour du mois

dans chaque temple , et posée dans le de thôth, pendant lesquels ceux qui fe-

lieu le plus apparent , laquelle sera ront les sacrifices, les libations et tou-

appelée la statue de Ptolémée, ven- tes les autres cérémonies d'usage, por-

ÉGYPTE

teront des couronnes ; ils seront appelés les prêtres du dieu Épiphane-Euchariste (très-gracieux), et ils ajouteront ce nom aux autres qu'ils empruntent des dieux au service desquels ils sont déjà consacrés;

« Et , afin qu'il soit connu pourquoi en Égypte on glorilie et Ton honore, comme il est juste, ledieuEpiphane, très-gracieux monarque, le présent décret sera gravé sur une stèle de pierre dure en caractères sacrés et en caractères grecs; et cette stèle sera placée dans chacun des temples du 1er, du 2e et du 3l ordre, existant dans tout le royaume. »

C'est à Memphis , dans le temple de Phtha, que ce décret fut rendu , et les débris de ce célèbre édilice existent encore ; ils ont été vus par les voyageurs français en 1828 , et leurs recherches se sont même étendues jusqu'à reconnaître la carrière d'où furent tirés les matériaux de ce temple x'est de la montagne deThorra, sur la rive orientale du Kil , et en face même de l'ancien emplacement de Memphis. La matière est un beau calcaire blanc; des inscriptions à l'entrée de l'excavation annoncent que l'ouverture des plus vastes remonte au règne d'Ahinosis, le chef de la XVIIIe dynastie. Une antre inscription indique expressément l'extraction des pierres pour la construction du temple de Phtha. Un immense bois de dattiers couvre remplacement de Memphis. Passé le village de Bédréchéin, qui est à un quart d'heure dans les terres , on s'aperçoit qu'on foule le sol antique d'une grande cité, aux blocs de granit dispersés dans la plaine , et à ceux qui déchirent le terrain et se font encore jour à travers les sables qui ne tarderont pas à les recouvrir pour jamais. Entre ce village et celui de Mit-Rahinèh, s'élèvent deux longues collines parallèles, éboulements d'une enceinte immense, construite en briques crues comme celle de Sais, et renfermant jadis les principaux édifices sacrés de Memphis. C'est dans l'intérieur de cette enceinte' qu'existe le grand colosse exhumé il y a quelques années.

C'est un magnifique morceau de sculpture égyptienne. Le colosse , dont une partie des jambes a disparu , n'a pas moins de 34 pieds et demi de long. Il est tombé la face contre terre, ce qui a conservé le visage parfaitement intact. Sa physionomie suffît pour le faire reconnaître comme une statue de Sésostris.

C'est au nord du colosse qu'exista un temple de Vénus (Hathôr), construit en calcaire blanc , et hors de la grande enceinte, du côté de l'orient. Le* fouilles faites par Champollion le jeune ont constaté dans cet endroit même l'existence d'un temple orné de colonnes-pilastres accouplées, en granit rose , et ce temple était dédié à Phtha et à Hathôr (Vulcain et Vénus), les deux grandes divinités de Memphis.

Ce fut des prêtres mêmes du temple de Phtha a Memphis qu'Hérodote recueillit une grande partie des notions qu'il a transmises sur l'Egypte, et c'est par ses relations écrites que l'on peut se convaincre combien la religion égyptienne et les usages du pays concouraient à multiplier les fêtes publiques, à donner plus d'éclat à leur célébration.

D'ailleurs, la vie des peuples anciens était tout extérieure : de (à l'obligation pour les gouvernements de multiplier les fêtes publiques , qui étaient politiques et religieuses tout à la fois, pareeque la religion était alors une partie très-intime de leurs constitutions sociales. Ce qui vient d'être dit de quelques cérémonies égyptiennes prouve que, dans ce pays, cette partie influente des institutions publiques n'était pas négligée, et les antiques pratiques ne cessèrent qu'avec l'indépendance de l'état. Les Ptolémées , qui s'occupèrent constamment à se concilier l'opinion des Égyptiens , ne portèrent aucune atteinte à leurs habitudes, respectèrent le culte national et ne diminuèrent en rien l'éclat de ses pompeuses cérémonies. 11 nous reste un monument curieux des soins attentifs que la nouvelle dynastie donnait à la célébration des fêtes, et du luxe inouï qu'elle y faisait déployer.

Il s'agit de la féte célébrée à Alexandrie en Tan 284 avant le christianisme, à l'occasion de l'association au trône de Ptolémée-Philadelphe,que Ptolémée- Soter, son père, chef de la dynastie nouvelle, trouva bon de faire couronner de son vivant. Rien n'a jamais égalé la magnificence de cette féte, dont le récit a été recueilli dans l'histoire d'Alexandrie par Callixène de Rhodes.

Après une minutieuse description d'un pavillon royal, construit pour cette fête , et où l'or et l'argent , les pierres précieuses, les dépouilles des animaux les plus rares , les plus riches tissus de la Perse et de l'Inde étaient mêlés avec profusion aux meubles les plus brillants j et faits des plus riches matières, Callixène décrit la marche du cortège, en tête duquel étaient les bannières des diverses corporations admises à cette cérémonie. Des personnages de la religion grecque y figuraient dans l'ordre de leur hiérarchie, parce que cette féte fut toute grecque, et que le mythe de Bacchus en fournit les principaux sujets. Ces personnages étaient en grand nombre sur de vastes chars, et y figuraient les scènes principales de l'histoire du dieu.

Ses prêtres, ses prétresses y remplissaient leurs diverses fonctions.

Après cette partie du cortège, s'avançait un autre char à quatre roues, large de huit coudées, traîné par soixante hommes, et portant assise la figure de la ville de Nisa, haute de huit coudées; elle était revêtue d'une tunique jaune , brochée en or ,

Sar-dessus laquelle était un surtout e Laconie. Par l'effet d'un mécanisme, cette figure se levait sans que personne y touchât ; elle versait alors du lait d une coupe et se rasseyait.

Elle tenaitde la main gauche un thyrse, autour duquel on avait roulé des bandelettes; sa tête était couronnée de lierre et de raisins en or enrichis de pierreries.

Après elle, un autre char à quatre roues , long de vingt coudées et large de seize, était roulé par trois cents hommes. On y avait construit un

pressoir plein de raisins. Soixante Satyres les foulaient, en chantant au son de la flûte la chanson du pressoir. Silène y présidait, et le vin doux coulait tout le long du chemin.

Après cette division, marchait celle qui portait en pompe les vases et ustensiles d'or, savoir : quatre cratères en or, semblables à ceux de Laconie, et autour desquels courait un cordon de pampre ; d autres , contenant quatre métrètes, deux d'ouvrage de Corinthe : il y avait à leur partie supérieure de très-belles figures en relief, et d'autres en demi-bosse, tant au col qu'à la panse des vases, et faites avec le plus grand soin.

On portait aussi en pompe quatre grands trépieds d'or , un buffet d'or , où l'on serrait la vaisselle d'or : ce buffet avait dix coudées de haut et six gradins. Il était enrichi de pierres précieuses et présentait sur ses gradins nombre de figures de quatre palmes de haut , travaillées avec beaucoup d'art; deux calices d'or et deux de cristal doré ; deux ençythèques d'or, hautes de quatre coudées, trois autres moindres ; dix urnes ; un autel de trois coudées, et vingt-cinq grands mazonomes.

A leur suite, marchaient seize cents enfants, vêtus de tuniques blanches, les uns couronnés de lierre, les autres de pin. Deux cent cinquante d'entre eux portaient des congés d'or et quatre cents des congés d'argent; trois cent vingt autres portaient des psyctères d'or, d'autres en portaient d'argent. Après eux, les autres enfants portaient, pour le service du vin, des pots, dont vingt étaient d'or, cinquante d'argent et trois cents en émaux de toutes les couleurs. Or , les vins ayant été mêlés dans les urnes et les tonneaux, ceux qui étaient dans le stade en goûtèrent avec modération.

Il ne faut pas passer sous silence ce grand char à quatre roues , long de vingt-deux coudées , large de quatorze, traîné par cinq cents hommes.

On voyait dessus un antre singulièrement profond, fait de lierre, et

peint en rouge. De cet antre s'enrôlaient, le long de la marche , des pigeons , des ramiers , des tourterelles, ayant à leurs pattes des rubans attachés, afin gue les spectateurs pussent les saisir au vol. Deux sources en jaillissaient aussi , l'une de lait , l'autre de vin. Toutes les nymphes qui entouraient ce char avaient des couronnes d'or. On y voyait aussi Hermès avec un caducée d'or et les habits les plus riches.

Un autre chariot passa avec tout l'appareil de Bacchus à son retour des Indes. Ce dieu était mené en pompe, haut de douze coudées, assis sur un éléphant , et vêtu d'une robe de pourpre, avec une couronne de lierre et de pampre en or , tenant en outre un thyrse d'or. Il avait une chaussure dorée. Devant lui et sur le cou de l'éléphant était assis un petit Satyre de cinq coudées , couronné de branches de pin d'or; de la main droite, il semblait donner un signal avec une corne de chèvre en or. L'éléphant avait tout son harnais en or et une guirlande de lierre en or autour du cou. A sa suite, marchaient cinq cents petites filles, vêtues de tuniques de pourpre et ceintes d'une tresse en or : celles qui étaient en tête , au nombre de cent vingt, avaient des couronnes de pin en or : elles • étaient suivies de cent-vingt Satyres armés de toutes pièces , les unes en argent, les autres en bronze.

Derrière eux s'avançaient cinq bandes d'ânes, montés par des Silènes et des Satyres couronnés. De ces ânes, les uns avaient des fronteaux et des harnais en or, d'autres en argent.

On avait fait partir après eux vingtquatre chars , attelés d'éléphants ; soixante autres, attelés de deux boucs; douze autres, attelés de snaks: sept attelés d'oryx et quinze de bubales.

Il y avait en outre huit attelages de deux autruches, sept de deux ânesœrfs et quatre d'ânes sauvages. Sur tous ces chars étaient montés des enfants, en tuniques, en larges chapeaux et en habits de cochers. A côté d'eux étaient montés d'autres

y Livraison. (K<;tptk.)

PTE. 66

enfants plus jeunes , armés de petits boucliers et de thyrses munis d'une lance. Ils étaient tous couverts d'habits de drap d'or.

On fit suivre des chars attelés de deux chameaux : il y a va it de chaque r4 té trois de ces chars de file, après lesquels marchaient des chariots attelés de mulets : ces derniers chariots portaient les tentes des nations étrangères. On voyait aussi placées dessus, des femmes indiennes qui y étaient assises avec d'autres mises comme des captives. Quelques-uns des chameaux portaient trois cents mines d'encens; d'autres , deux cents livres de safran , de casia, de cinnamome , d'iris et d'autres aromates. Près d'eux étaient les Éthiopiens portant les présents, savoir : les uns six cents dents d'éléphants, les autres , deux mille troncs d'ébène ; d'autres, soixante cratères d'or et d'argent, et des paillettes d'or. Ils étaient suivis de deux chasseurs avant des javelots d'or, et menant des chiens au nombre de deux mille quatre cents : ces chiens étaient, les uns de l'Inde, les autres de PHyrcanie , ou molosses, ou d'autres races. Passèrent ensuite cent cinquante hommes portant des arbres d'où pendaient toutes sortes de bêtes sauvages et d'oiseaux ; on vit porter dans des cages, des perroquets, des paons, des pintades, des faisans et nombre d'autres oiseaux d'Ethiopie.

Après avoir parlé de beaucoup d*autres choses et fait le détail des troupeaux d'animaux, Çallixène ajoute cent trente moutons d'Éthiopie, trois cents d'Arabie , vingt de Nécrepont , vingtsix bœufs tout blancs des Indes, huit d'Éthiopie , un grand ours blanc , quatorze léopards, seize panthères, quatre lynx , trois oursons, une girafe et un rhinocéros d'Éthiopie.

Un autre char était suivi de femmes richement vêtues et magnifiquement parées : elles portaient les noms des villes, soit de l'Ionie, soit de celles des Grecs qui habitaient l'Asie et les lies , et qui avaient été rangées sous la domination des Perses. Elles avaient toutes des couronnes d'or.

De tout ce grand nombre de choses

L'UNIVERS

qui se trouvèrent à cette pompeuse cérémonie , Callixène n'a voulu parler que de ce qui était en or et en argent ; car il y avait encore beaucoup d'objets dignes d'être vus et d'être rapportés; nombre de bétes féroces et ae chevaux, vingt-ouatre très-grands lions; en outre, plusieurs chars à quatre roues , qui portaient les images des rois et même celles des dieux.

Après cela , marchait un chœur de six cents hommes, parmi lesquels trois cents cytharistes sonnaient de leur instrument en accord ; ils avaient leurs cythares toutes garnies d'or en placage, et des couronnes de même métal. Après eux, passèrent deux mille taureaux d'une seule et même couleur, ayant les cornes dorées, des fronteaux d or, et au milieu des cornes , des couronnes, des colliers , des égides devant le fanon : tout cela était d or-

Après cela, il passa sept palmiers hauts de huit coudées, un caducée, une foudre, l'un et l'autre de quarante coudées , et un temple ; le tout d'or. Ce temple avait quarante coudées de tour ; outre cela, chacune des deux ailes était de huit coudées. On vit aussi à cette pompe nombre de figures dorées , dont plusieurs avaient douze coudées; des «êtes féroces oui les surpassaient en grandeur, et des aigles de vingt coudées. Trois mille deux cents couronnes d'or faisaient partie de ce cortège. Il y avait une autre couronne d'or de quatre-vingts coudées de tour, enrichie de pierreries et consacrée aux mystères ou aux cérémonies religieuses : c'était la couronne qui embrassait l'entrée du temple de Bérénice. En outre , on portait une égide qui était aussi d'or, et il passa nombre de couronnes d'or portées par des jeunes filles richement habillées.

Une de ces couronnes avait deux coudées d'élévation et seize coudées de circonférence. N'omettons pas une cuirasse d'or de deux coudées, une couronne de chêne enrichie de pierreries, vingt boucliers d'argent, soixantequatre armures complètes ; deux bottes d'or de trois coudées ; douze bassins d'or, des coupes sans nombre,

trente-six pots à verser le vin , dix grands acciptres , douze urnes , cinquante corbeilles à présenter le pain , iverses tables, cinq buffets à serrer les vaisselles d'or, une corne toute d'or de trente coudées : or, tous ces vases et ustensiles d'or dpi vent être exceptés de ceux qui furent portés par le cortège même de Baccnus.

Ensuite, marchaient quatre cents chariots portant l'argenterie, vingt portant la vaisselle d'or, et huit cents chargés d'aromates : enfin , toutes les parties de cette marche pompeuse étaient accompagnées de cavalerie et d'infanterie magnifiquement armées.

L'infanterie était au nombre de cinquante-sept mille six cents hommes, et la cavalerie de vingt-trois mille deux cents.

Ce ne fut pas dans cette occasion seulement que se montra la profusion des richesses en Egypte ; là comme partout ailleurs, le gouvernement ne pouvait être riche que dans une proportion analogue à la richesse du pays et à celle de ses habitants. Cette proportion existait en effet en Egypte , un luxe sans frein s'y montrait ae toutes parts ; dans les jeux publics, Ptolémée Soter reçut vingt couronnes d'or, et la reine Bérénice vingt-trois; ces couronnes étaient portées sur des chars d'or, et la dépense en fut estimée- à plus de cinq cent mille francs. Ptolémée Philadelphe reçut aussi dans une occasion semblable vingt couronnes d'or, et l'on vit sur deux chars d'or, une de ces couronnes ayant 6 coudées ou près de dix pieds de diamètre, cinq couronnes de cinq coudées , et six encore de quatre coudées chacune. A ces récits , l'antiquité se demandait en quel autre pays que l'Egypte on pouvait trouver un tel faste et les trésors capables de l'entretenir; ce n'était, disait-elle, ni àPersépolis, ni à Babylone , ni dans les régions arrosées par le Pactole; le Nil seul roulait effectivement de Por, et comme le disait un poète , il était le véritable Jupiter de l'Egypte.

Un gouvernement stable et bien constitué pour le pays , la longue du-

ÉGYPTE

rée des mêmes préceptes d'administration que l'expérience avait consacrés , l'entretien des canaux , la fertilité extraordinaire du sol , telles étaient les sources plus certaines de l'abondance générale , du bien-être de la population, de la richesse et de la force de l'état : et Ton peut croire que le dévouement aux intérêts du pays, leur protection assidue, et l'application constante à leur prospérité, gui animèrent de génération en génération les monarques égyptiens et les agents principaux de leur autorité , furent vivement excités par les éclatants témoignages de reconnaissance que toutes les classes de la nation leur décernaient à l'envi. Le langage varié des arts en multipliait la relation sur tous les édifices publics : chaque prince y voyait ses bonnes actions écrites de son vivant, et la magnificence du monument était comme une garantie de la perpétuité de ces souvenirs; et ce temple, ce palais que décorait la représentation majestueuse des actions mémorables d'un roi d'Égypte , pouvaient être pour ses successeurs ce que l'histoire d'Achille par Homère fut pour Alexandre :

on s'efforçait d'imiter de telles actions pour mériter de tels historiens.

Il y avait peut-être une intention morale dans les manifestations si multipliées des flatteries de la caste sacerdotale envers les souverains : on connaissait sans doute la magique influence des éloges accordés au devoir, et l'on excitait au bien par toutes les voies ouvertes à la pauvre humanité : il est certain qu'en Egypte, la chose Dublique était au suprême degré la chose de tous, antérieure et supérieure à toutes les choses de chacun.

C'est en ce sens que le soin qu'on se donnait pour multiplier les monuments publics , prenait sa source dans un intérêt réellement national, dans un sentiment très-patriotique. La nation s'illustrait dans les mêmes pages où elle honorait ses bons et sages monarques.

Les monuments deThèbes, ceux de l'Égypte entière en rendent témoignage à 'égard des Pharaons; les Ptolémées o'eurent garde d'affaiblir un tel usage :

leurs actions furent inscrites sur des stèles placées dans les édifices publics des pays soumis à leur autorité, et aux exemples déjà cités , nous en ajoutons un nouveau tiré d'un monument qui existait autrefois à Adulis , en Ethiopie. C'est à la gloire du roi Ptolémée Evergète I" que ce monument était consacré. Voici la traduction de ce qui a été conservé de son texte : « Le grand roi Ptolémée, fils du roi Ptolémée et de la reine Arsinoé, dieux Adelphes , petit-fils du roi Ptolémée et de la reine Bérénice , dieux Sôtcres, descendant par son pere d'Hercule, fils de Jupiter, et par sa mère, de Dionysus , fils de Jupiter , ayant reçu de son père la couronne d'Égyfrte, de Libye, de Syrie, de Phœnicie, de Cynre , de Lycic, de Carie et des Cyclades , et conduit en Asie une armée nombreuse en infanterie , en cavalerie, en forces navales et en éléphants du pays des Troglodytes ou de l'Ethiopie, pris par son pere ou par lui - même dans ces contrées , conduits en Égypte , et dressés ensuite pour la guerre : il s'est em-

Saré oe toutes les contrées voisines e l'Euphrate, de la Cilicie, de la Pamphylie, de l'Ionie, de l'Hellespont, de la Thrace, des troupes et des richesses de ces contrées , des éléphants indiens qui s'y trouvaient , des rois qui les gouvernaient , et ayant traversé ce fleuve , il a soumis la Mésopotamie, la Babylonie, la Susiane, la Perse, la Médie et tout le reste du pays jusqu'à la Bactriane; ayant recouvré les dieux et les choses sacrées enlevées d'Égypte par les Perses, il les a renvoyées en Egypte avec d'autres trésors pris dans ces divers lieux.» ( Le reste de l'inscription est perdu ).

Ainsi , les actions mémorables des rois étaient, après les bienfaits des dieux , les sujets les plus ordinaires des monuments nationaux en Égypte; cet usage remonte à ses plus anciens temps historiques , et c'est ainsi qu'on retrouve, à Ouadi-Halfa, près ae la seconde cataracte, en Nubie, sur une stèle du roi Osortasen de la XVI* dynastie , la représentation des vic-

08 L'UNIVERS

toires du roi dans la Nubie : le dieu qui leur adresse des reproches; les Mandou , une des grandes divinités , soldats , dispersés dans le camp , se conduit et livre au roi tous les peu- reposent ou préparent leurs armes , pies de cette contrée, avec le nom de et donnent des soins aux bagages; en chacun d'eux, inscrit dans une espèce avant du camp, deux Égyptiens adde bouclier attaché à la figure , âge- ministrent la bastonnade a deux prinouilléc et liée, qui représente chacun sonniers ennemis , afin, porte la léde ces peuples, dont le nom, ou plu- cende hiéroglyphique , de leur faire tôt celui du canton qu'ils habitaient, dire ce que mit la plaie de Schéto. tels que Schanisk , Osaou , Schoât , Au bas du tableau , est l'armée égyp- Kôs , etc. , ne se retrouveraient que tienne en marche , et à Tune des exdans des écrivains remontant, comme trémités se voit un engagement entre le monument de Ouadi-Halfa, à plus les chars des deux nations. La partie de deux mille ans avant l'ère chré- gauche de ce massif offre l'image d'une tienne. série de forteresses desquelles sortent

Au Rhamesséion de Thèbes , on des Égyptiens emmenant des captifs :

a rappelé aussi les grandes actions les légendes sculptées sur les murs de

guerrières de Sésostris , qui vécut cinq chacune d'elles donnent leur nom , et

siècles après Osortasen. apprennent que Rhamsès-le-Grand les

Les tableaux militaires relatifs à a prises de vive force, la VIII' année ses conquêtes couvrent les faces des de son règne, deux massifs du pylône sur la pre- Il manque près de la moitié du mière cour du palais ; ils sont vi- massif de droite du pylône : ce qui sibles en assez grande partie, parce reste offre les débris dNin vaste basque Téboulement des portions supé- relief représentant une grande barieures du pylône a eu lieu du coté taille , toujours contre les Schéto ; on opposé. Ces scènes militaires offrent y a représenté l'un des principaux chefs la plus grande analogie avec celles qui naetnens , nommé Schiropsiro ou sont sculptées dans 1 intérieur du tem- Schiropasiro , blessé et gisant sur le pie à'Ibsamboîd et sur le pylône de bord du fleuve , vers lequel se dirige Jjtmqsory qui font partie du Rhames- aussi, fuyant devant le vainqueur, un séion ou Rhamséion oriental de Thè- allié, le chef de la mauvaise race du bes. Les inscriptions sont semblables, pays de Schirbech ou Schilbesch. A et tous ces bas-reliefs se rapportent côté de la bataille est un tableau triomévidemment à une même campagne phal : Rhamsès-le-Grand, debout, la contre les peuples asiatiques , qu on ne hache sur l'épaule , saisit de sa main peut , d'après leur physionomie et d'à- gauche la chevelure d'un groupe de près leur costume, chercher ailleurs captifs, au-dessus desquels on lit : que dans cette vaste contrée sise entre « Les chefs des contrées du midi et le Tigre et l'Euphrate d'un côté , l'Oxus « du nord conduits en captivité par sa et P Indus de l'autre, contrée que nous « majesté. »

appelons assez vaguement la Perse. Les sculptures du massif de droite du

Les Égyptiens désignèrent ces peuples deuxième pylône ou mur sont le tableau

ennemis sous la dénomination de la d'une bataille livrée sur le bord d'un

plaie de Schéto, de la même manière fleuve, dans le voisinage d'une ville que

que l'Éthiopie est toujours appelée la ceignent deux branches de ce fleuve,

mauoai&e race de Kousch, et il na- et sur les murailles de laquelle on lit :

raît assez certain que c'est de peuples la ville forte JVatech ou Batsch (la

du nord-est de la Perse, des Bactriens première lettre est douteuse ). Vers

ou Scythes-Bactriens qu'il s'agit ici. l'extrémité actuelle du tableau , à la

On a sculpté sur le massif ae droite gauche du spectateur, l'on voit le roi

la réception des ambassadeurs scytho- Rhamsès sur son char lancé au galop

bactriens dans le camp du roi ; ils au milieu du champ de bataille couvert

sont admis en la présence de Rhamsès de morts et de mourants. Il décoche

des flèches contre la masse des ennemis en pleine déroute; derrière le char, sur le terrain que le héros vient de quitter, sont entassés les cadavres des vaincus , sur lesquels s'abattent les chevaux d'un chef ennemi nommé Torokani. blessé d'une flèche à l'épaule et tombant sur l'avant de son char brisé. Sous les pieds des coursiers du roi, gisent, dans diverses positions, les corps de Torokato, clief des soldats du pays de Nakbésou, et ceux de plusieurs autres guerriers de distinction. Le grand chef bactrien , ScfUropasirOj se retire sur le bord du leuve ; les flèches du roi ont déjà atteint Tioêouro et Simaïrrosi fuyant dans la plaine et se dirigeant du côte de la ville. D'autres chefs se réfugient vers le fleuve , dans lequel se précipitent les chevaux du cher Krobschatosi, blessé et qu'ils entraînent avec eux.

Plusieurs enfin, tels que Thotâro et Mafèrima, frère (allié) de la plaie de Schéto (des Bactriens), sont allés mourir en face de la ville , sur la rive au fleuve,, que d'autres, tels que le Bactrien Sipaphéro, ont été assez heureux pour traverser, secourus et accueillis sur la rive opposée par une foule immense accourue pour connaître le résultat de la. bataille, C'est au milieu de tout ce peuple amoncelé qu'on aperçoit un groupe donnant des secours empressés à un chef que l'on vient de retirer du fleuve où il s'est noyé ; on le tient suspendu par les pieds la tête en bas y et on s'efforce de lui faire rendre l'eau qui le suffoque , afin de le rappeler à la vie. Sa longue chevelure semble ruisseler, et le traitement ne produira aucun effet, si l'on en juge par la physionomie et le mouvement de l'assistance. On lit au-dessus de ce groupe : « Le chef de la mauvaise « race du pays des Schirbesch, quis «s'est éloigné de ses guerriers en * fuyant le roi du côté du fleuve. »

Enfin , au milieu de la foule sortie de la ville par un pont jeté sur l'une des branches du fleuve , on remarque des symptômes d'un prochain changement dans l'état des esprits : un individu ' adresse un discours à ceux qui l'en-

tourent ; sa harangue a pour but d'encourager ses compatriotes à se soumettre au joug de Rhamsès-le-Grand.

Ainsi, après les dieux, les rois obtenaient les premiers honneurs déférés par la voix publique ; et après les basreliefs où leur courage et leur piété étaient célébrés à l'envi dans toutes les cités, il n'était pas d'ouvrage d'art plus favorable à 1 intention de longue durée qui présidait à la construction de ces édilices , il n'en était pas de plus flatteur non plus pour les rois, aue leurs effigies colossales , érigées dans les cours principales des grands temples, et formant une partie essentielle de leur décoration. Ces immenses ouvrages , d'un effet si grandiose encore, après avoir subi les offenses des hommes et les coups meurtriers des siècles, n'étaient pas rares dans les grandes villes , et les fondateurs des grands édifices de l'Egypte n'oublièrent pas d'y ériger leurs por,traité ; chaque portion de ces monuments, agrandis successivement , renfermait le colossedu souverain qui avait ordonné ces travaux. Le Memnonium de Thèbes en fournit la, preuve et l'exemple.

«Que l'on se figure, dit ChampoU lion le jeune, uni espace d'environ 1,800 pieds de longueur, nivelé par les dépôts successifs de l'inondation , couvert de longues herbes , mais dont la surface déchirée sur une multitudo de

S oints, laisse encore apercevoir des ébris d'architraves, des portions de colosses , des fûts de colonnes et des fragments d'énormes bas-reliefs que le limon du fleuve n'a pas enfouis enr core ni dérobés pour toujours à la curiosité des voyageurs. La, ont existé plus de dix-huit colosses dont les moindres avaient vingt pieds de hauteur^ tous ces monolithes, de diverses matières , ont été brisés , et l'on rencontre leurs membres énormes dispersés cà et là , les uns au niveau du sol, d'auires au fond d'excavations exécutées par les fouilleurs modernes. Sur ces restes mutilés, on lit les noms d'un grand nombre de peuples asiatiques dont on voyait les chefs captifs

entourant la base de ces colosses représentant leur vainqueur, le Pharaon Aménophis, le 3e du nom, celui même que les Grecs ont voulu confondre avec le Memnon de leurs mythes héroïques.

« (/est vers l'extrémité des ruines et du côté du fleuve que s'élèvent encore, en dominant la plaine de Thèbes, les deux fameux colosses, d'environ 60 pieds de hauteur, dont l'un, celui du nord, jouit d'une si grande célébrité sous le nom de colosse de Memnon ( voyez planche 8.) Formés chacun d'un seul bloc de grès-brèche , transportés des carrières de la Thébaïde supérieure , et placés sur d'immenses bases de la même matière, ils représentent tous deux un Pharaon assis, les mains étendues sur les genoux, dans une attitude de repos. J'ai vainement cherché à motiver à mes yeux l'étrange erreur du respectable et spirituel Denon, qui a voulu prendre ces statues pour celles de deux princesses égyptiennes. Les inscriptions hiéroglyphiques encore subsistantes, telles que celles qui couvrent le dossier du trône du colosse du sud et les côtés des deux bases, ne laissent aucun doute sûr le rang et la nature du personnage dont ces merveilleux monolithes reproduisaient les traits et perpétuaient la mémoire. L'inscription du dossier porte textuellement :

« L'Aroëris puissant, le modérateur des modérateurs, etc., le roi soleil, seigneur de vérité (ou de justice), le fils du soleil , le seigneur des diadèmes , Aménothph « modérateur de la région pure , le bien-aimé d'Amon- Ra, etc., l'Horus resplendissant, celui qui a agrandi la demeure (lacune) à toujours , a érigé ces constructions en l'honneur de son père Ammon; il lui a dédié cette statue colossale de pierre dure , etc. » Et sur les côtés de3 bases on lit en grands hiéroglyphes de plus d'un pied de proportion, exécutes, surtout ceux du colosse du nord, avec une perfection et une élégance au-dessus de tout éloge, la légende ou devise particulière , le prénom et le nom propre du roi que

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les colosses représentent : « Le seigneur souverain de la région supérieure et de la région inférieure , le réformateur des mœurs , celui qui tient le monde en repos , l'Horus qui , grand

f>ar sa force, a frappé les barbares, e roi soleil, seigneur de vérité, le fils du soleil , Aménothph , modérateur de la région pure, chéri d'Amon-Ra, roi des dieux. »

« Ce sont là les titres et les noms du troisième Aménophis de la dix-huitième dynastie, lequel occupait le trône des Pharaons vers l'an 1680 avant l'ère chrétienne. Ainsi se trouve, complètement justifiée l'assertion que Pausanias met dans la bouche aes Thébains de son temps , lesquels soutenaient que ce colosse n'était nullement l'image du Memnon des Grecs, mais bien celle d'un homme du pays, âommé Ph-Aménoph.

« Ces deux colosses décoraient, suivant toute apparence, la façade extérieure du principal pylône de l'Aménophion ; et malgré l'état de dégradation où la barbarie et le fanatisme ont réduit ces antiques monuments , on peut juger de l'élégance, du soin extrême et de la recherche qu'on avait mis dans leur exécution , par celles des figures accessoires formant la décoration de la partie antérieure du trône de chaque colosse. Ce sont des figures de femmes debout, sculptées dans la masse même de chaue monolithe , et n'ayant pas moins e 15 pieds de haut. La magnificence de leur coiffure et les riches détails de leur costume sont parfaitement en rapport avec le rang des personnages dont elles rappelent le souvenir. Les inscriptions hiéroglyphiques gravées sur ces statues, formant en quelque sorte les pieds antérieurs du trône de chaque statue d' Aménophis , nous apprennent que la figure de gauche représente une reine égyptienne, la mère du roi , nommée Tm au- Hem- Va , et la figure de droite, la reine épouse du même Pharaon, Tala, dont le nom était déjà donné par une foule de monuments. Je connaissais aussi le nom de la femme de Thoutmosis IV,

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