‹ Égypte ancienneChapitre 29 sur 53 · S XIX. RELIGION · texte numérisé non relu

S XIX. RELIGION

En écrivant ces premières lignes sur une des plus importantes institutions de l'antique Égypte, nous nous rappelons, sans le vouloir, ces paroles tirées d'un des anciens livres philosophiques égypgtiens, attribués à Hermès : a O Egypte, Egypte, y est-il dit, « un temps viendra où , au lieu d'une « religion pure et d'un culte pur , tu « n'auras plus que des fables ridicules, «* incroyables à la postérité , et qu'il ne « te restera plus que des mots gravés « sur la pierre , seuls monuments qui • attesteront ta piété. »

Le temps et les malheurs qui frappèrent l'Egypte réalisèrent aussi cette fatale prophétie, et les peuples lettrés que l'Égypte éduqua , se chargèrent à l'envi de lui prêter les plus ridicules croyances , les plus monstrueuses pratiques.

Selon quelques écrivains grecs ou romains , l'adoration des animaux et de certaines productions de la terre était un des préceptes de la religion égyp-

tienne. Les premiers voyageurs grecs, témoins des cérémonies du culte , n'en comprirent pas l'expression emblématique, et nen virent que la partie matérielle. D'après le rapport de quelques-unes de ces mêmes cérémonies avec les phénomènes célestes , ils jugèrent que cette religiou était toute astronomique , et cherchèrent à interpréter par ce moyen tous les mythes sacrés , même les plus opposés dans leurs sources et dans leur motif réel ; des suppositions astronomiques, il n'y avait qu un pas aux rêveries astrologiques, et on ne se fit faute d'en doter la sagesse égyptienne. Les monuments publics de l'Égypte démentaient hautement toutes ces suppositions , mais les voyageurs étrangers en ignoraient le langage et l'interprétation ; les suppositions les moins fondées, les moins raisonnables s'accréditèrent ainsi, répétées par quelques écrivains de l'antiquité, et ceux des temps modernes ont encore ajouté à toutes ces erreurs par des suppositions nouvelles, non moins hasardées que celles dont ils se faisaient les bénévoles plagiaires.

C'est sur de si incertains témoignages que les anciens philosophes égyptiens, instituteurs d'une des plus illustres nations qui aient jamais existé , ont été déclarés ignorants de la divinité, enfoncés dans les ténèbres du polythéisme, n'adorant que des agents matériels, en un mot, aveugles , impies , et athées pour tout dire.

Quelques philosophes cependant, plus disposés à bien voir , animés de

3 uelque impartialité, et plus capables e sérieuses études , approchèrent peu à peu de la vérité, et furent ainsi récompensés de la fatigue de leurs veilles. Porphyre osa affirmer que les Égyptiens ne connaissaient autrefois qu'un seul dieu ; Hérodote avait dit aussi que les Thébains avaient l'idée d'un dieu unique qui n'avait pas eu de commencement, et qui -était immortel ; Iambliaue, très-curieux scrutateur de la philosophie des anciens siècles, savait, d'après les Égyptiens eux-mêmes , qu'ils adoraient un dieu maître et créateur de l'univers , supé

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rieur à tous les éléments , par lui-même immatériel, incorporel, incréé, indivisible, invisible, et tout par lui-même et en lui-même, et qui, comprenant tout en lui, communiquait à tout; et la doctrine symbolique, ajoute le philosophe que nous citons , nous enseigne que par le grand nombre des divinités elle ne montra qu'un seul dieu, et, par la variété des pouvoirs émanés de lui , l'unité de son pouvoir. C'est ainsi que parlaient les philosophes égyptiens eux-mêmes, et qu'ils s'exprimaient dans leurs livres sacrés.

Un tel témoignage a une tout autre autorité que les plaisanteries des satiriques anciens ou modernes; et l'étude récente des ouvrages mêmes des Égyptiens , les tableaux religieux qui couvrent leurs monuments, et les textes écrits qui en donnent l'interprétation , ont ratifié enfin l'opinion des personnes de bonne foi que n'offense pas l'antiquité de la raison humaine , et qui ne réservent pas orgueilleusement pour leur siècle et pour leurs amis, les révélations de l'esprit et les plus nobles inspirations de l'âme.

Quelques mots peuvent suffire pour donner une idée vraie et complète de la religion égyptienne : c'était un monothéisme pur, se manifestant extérieurement par un polythéisme symbolique, c'est-àndire , un seul dieu dont toutes les qualités et les attributions étaient personnifiées en autant d'agents actifs ou divinités obéissantes.

Dans cette religion antique, comme dans toutes celles de l'ancien monde , on remarque trois pointa principaux , savoir : le dogme , ou la morale ; la hiérarchie, indiquant le rang et l'autorité des agents; enfin le culte, ou la forme de ces agents , et les cérémonies sacrées pratiquées en public ou dans le secret du sanctuaire.

Le premier point, à l'égard des Egyptiens , est clairement établi par les faits et l'opinion des hommes les plus distingués , et il est très-vrai que les Egyptiens s'étaient élevés, par leur pensée et la longue observation de la nature, à l'idée de l'unité de Dieu , de l'immortalité de l'âme , et d'une autre

vie qui serait celle des peines ou des récompenses.

Le second point peut se résumer par ces paroles de Champollion le jeune , écrites en la contemplation des monuments mêmes qui avaient si vivement éclairé son esprit dans la recherche studieuse des traces de la philosophie égyptienne.

« C'est dans le temple de Kalabschi.

en Nubie (qu'il visitait le 27 janvier 1829), que j'ai découvert une nouvelle génération de dieux , et oui complète le cercle des formes d'Amon , int de départ et point de réunion toutes les essences divines. Àmon- Ra, Yétre suprême et primordial, étant son propre père , est qualifié de mari de sa mère (la déesse Moutb), sa portion féminine renfermée en sa propre essence à la fois mâle et femelle, ApoevoOtXuç : tous les autres dieux égyptiens ne sont que des formes de ces deux principes constituants , considérés sous différents rapports pris isolément. Ce ne sont que de pures abstractions du grand être. Ces formes secondaires, tertiaires, etc., établissent une chaîne non interrompue qui descend des cieux, et se matérialise jusqu'aux incarnations sur la terre, et sous forme humaine. La dernière de ces incarnations est celle d? Horus , et cet anneau extrême de la chaîne divine forme, sous le nom d'Horammon, 1*0 des dieux, dont Amon-Horus (le grand Amon, esprit actif et générateur) est l'A. Le point de départ de la mythologie égyptienne est une triade formée des trois parties d'Jmon-Ra, savoir : Amon (le mâle et le père), Moutb (la femelle et la mère), et K lions (le fils enfant). Cette triade s'étant manifestée sur la terre , se résout en Osiris, Isis et Horus. Mais la parité n'est pas complète, puisque Osiris et Isis sont frères. C'est à Kalabschi que j'ai enfin trouvé la triade finale , celle dont les trois membres se fondent exactement dans trois membres de la triade initiale : Horus y porte en effet le titre de mari de la mère ; et le fils qu'il a eu de sa mère , et qui se nomme Maloidi ( le Mandouli

dans les Proscynéma grecs), est le dieu principal àe Kalabschi, et cinquante bas-reliefs nous donnent sa généalogie. Ainsi la triade finale se formait d'Horus, de sa mère Isis et de leur fils Malouli , personnages qui rentrent exactement dans la triade initiale, Amon, sa mère Mout et leur fils Khons. Aussi Malouti était-il adoré à Kalabschi sous une formepareille à celle de Khons , sous le même costume , et orné des mêmes insignes ; seulement , le jeune dieu porte ici de plus le titre de Seigneur de Talmis , c'est-à-dire de Kalabschi, que les géographes grecs appellent en effet Talmis y nom qui se retrouve d'ailleurs dans les inscriptions des temples. »

Ainsi l'ensemble du système de la hiérarchie religieuse égyptienne était composé d'une série de triades , diversifiées sans être isolées, s'enchaînant les unes aux autres par des alliances collatérales attentivement constituées, et chaque temple de l'Égypte était spécialement consacré à une de ces triades.

Chaque nome ou province avait sa triade ; et celle qui était adorée dans le temple de la capitale d'un nome, était aussi l'objet du culte public dans tous les temples des autres lieux du même nome ; chaque nome ayant ainsi , on pourrait dire , un culte particulier voué à trois portions distinctes de l'être divin , lesquelles avaient leurs noms et leurs formes spéciales.

Quelquefois un grand édifice était consacré, divisé conventionnellement en deux portions, à deux triades en même temps ; ainsi le grand temple d'Ombos , dont les ruines ont encore un aspect très-imposant, était occupé par deux triades, et chacune d'elles résidait dans une moitié de l'édifice divisé longitudinalement. De ces deux triades, l'une est composée des divinités Sevek-Ra (la forme primordiale de Saturne , Kronos), à tête de crocodile, de Hathôr, la Vénus égyptienne , et de leur fils Khons-Hôr ; l'autre comprend Aroëris, la déesse Tsonénoufré et leur fils Pnevtho.

D'autres divinités étaient en même temps adorées dans un même temple pour des motifs particuliers : c'étaient des divinités synthrônes auxquelles on adressait des prières et des offrandes après avoir fait ce qui était dû à la Triade.

Par une déférence toute politique, la divinité principale d'un nome était adorée comme divinité synthrône dans le nome le plus voisin. Des règles fixes et conformes avaient établi ces préséances, et elles sont assez certaines pour aider l'archéologue à reconnaître, aux tableaux religieux qui subsistent encore dans les ruines des édifices, quelles divinités y furent adorées en première ou en deuxième ligne.

Ainsi, au petit temple de Thèbes situé derrière l'Aménophium, et dans un lieu solitaire dénué de toute végétation , les tableaux qui ornent le bandeau de la porte du propyion , représentent Ptofémée Soter 1F faisant des offrandes, du côté droit, à la déesse Hathôr (Vénus) et à la grande triade de Thèbes, Amon-Ra, Mouth et Chons; du côté gauche, à la déesse Thmé ou Thémeï (la vérité ou la justice, Thémis) et à une triade formée du dieu hiéracocéphale Mandou , de son épouse Ritho et de leur fils Harphré. Ces trois divinités, celles qu'on adorait principalement à Uermonthis, occupent la partie du bandeau dirigée vers cette capitale de nome.

Ces courts détails suffisent, lorsqu'on est un peu familiarisé avec le système de décoration des monuments égyptiens, pour déterminer avec certitude, 1° à quelles divinités fut spécialement dédié le temple auquel ce propyion donne entrée; 2* et quelles divinités y jouissent du rang de synthrônes; et il devient ici de toute évidence qu'on adorait spécialement daus ce temple le principe de beauté confondu et identifié avec le principe de vérité, de justice , ou, en termes mytho; logiques , que cet édifice était consacre à la déesse Hathôr, identifiée avec la déesse Thméï. Ce sont, en effet, ces deux déesses qui reçoivent les premiers hommages de Soter IIe; et covune M-

ÉGYPTE

di fîoe faisait partie de Thèbes et avoisinait le nome d'Hermonthis, on y offrait aussi , d'après une règle de saine politique, des sacrifices en l'honneur de la triade thébaine et de la triade hermonthite. La suite de la description de T intérieur de ce temple n'est pas étrangère à notre sujet : elle nous montre en réalité des faits et des coutumes religieuses dont la description , plutôt qu'un exposé détaillé, peut être agréable au lecteur.

Les adorations pieuses figurées sur le propylon de ce temple sont répétées sur la porte du temple proprement dit, qui s'ouvre par un petit péristyle que soutiennent des colonnes à chapiteaux ornés de fleurs de lotus et de noupes de papyrus combinées ; les colonnes et les parois n'ont jamais été décorées de sculptures. Il n'en est point ainsi du pronaos, qui est formé de deux colonnes et de deux piliers ornés de têtes symboliques de»la déesse Hathôr, à laquelle ce temple fut consacré. Les tableaux qui couvrent le fût des colonnes représentent des offrandes faites à cette déesse et à sa seconde forme Thmeî, ainsi qu'aux dieux Amon-Ra, Mandou, Tmouth, et plusieurs formes tertiaires de la déesse Hathôr, adorée par le roi Ptolémée-Épiphane , sous le règne duquel a été faite la dédicace du monument, comme le prouve la grande inscription hiéroglyphique sculptée sur toute la longueur de la frise du pronaos , et dont voici la traduction qui n'est que la formule ordinairement adoptée pour les dédicaces des temples.

( Partie de droite. ) Première ligne.

« Le roi (dieu Épiphane que Phtah- Thoré a éprouvé , image vivante d'Amon-Ra), le chéri des dieux et des déesses mères , le bien-aimé d' Amon- Ra, a fait exécuter cet édifice en l'honneur d' Amon-Ra, etc. , pour être vivifié à toujours. »

( Partie de gauche. ) Première ligne.

«Le fils du soleil (Ptolémée toujours vivant, dieu aimé de Phtah), chéri des dieux et des déesses mères , bienaimé d'Hathôr, a fait exécuter cet édifice en l'honneur de sa mère, la rectrice

de l'Occident , pour être vivifié à toujours. »

La reine Cléopâtre est aussi associée à cette dédicace , dans la suite de cette inscription.

Ces textes justifient entièrement ce que nous venons de dire, d'après les sculptures du propylon , relativement aux divinités honorées dans ce. temple.

Les bas-reliefs encore existants sur les parois de droite et de gauche du pronaos , ainsi que sur la façade formant le fond de ee même pronaos, appartiennent tous au règne d'Épipnane. Tous se rapportent aux déesses Hathôr et Thméï, ainsi qu'aux grandes* divinités de Thèbes et d'Hermontis.

On a divisé le naos en trois salles contiguës; ce sont trois véritables sanctuaires : celui du milieu , ou le principal, entièrement sculpté, contient des tableaux d'offrandes à tous les dieux adorés dans le temple, 1erdeux triades précitées, et principalement aux déesses Hathôr et Thméï, qui paraissent dans presque toutes les dédicaces du sanctuaire, inscrites sur les frises de droite et de gauche au nom de Ptolémée-Philopator.

« L'Horus, soutien de l'Egypte, celui qui a embelli les temples comme Thôth deux fois grand , le seigneur des panégyries comme Phtah , le chef semblable au soleil, le germe des dieux fondateurs, l'éprouvé par Phtah, etc. ; le fils du soleil , Ptolémée toujours vivant, bien-aimé d'Isis, l'ami de son père (Philopator), a fait cette construction en l'honneur de sa mère Hathôr, la rectrice de l'Occident. »

C'est à la déesse Hathôr qu'appartenait plus spécialement le sanctuaire de droite ; cette grande divinité y est représentée sous les formes variées, recevant les hommages des rois Philopator et Épiphane; les dédicaces des frises sont faites au nom de ce dernier.

Le sanctuaire de gauche fut consacré à la déesse Thméï, la Dicè et l'Alétè des mythes égyptiens ; aussi, tous les tableaux qui décorent cette chapelle , se rapportent-ils aux importantes fonctions que remplissait cette divinité

I/UNIVERS

dans l'A mentli i, les régions occidentales ou l'enfer des Égyptiens.

Le grand et magnifique temple d'Edfou était consacre à une autre triade composée, 1° du dieu Har-Hat, la science et la lumière célestes personnifiées ; 2° de la déesse Hathôr ou Vénus; 3° de leur fils Harsont-Tho (l'Horus soutien du monde , qui est à peu près Ëros ou Amour des mythes de la Grèce). Ces trois divinités sont figurées dans les tableaux sculptés à Edfou, avec des qualifications, ues titres et sous des formes qui jettent un grand jour sur plusieurs parties importantes du système théogonique égyptien. On y voit aussi, représentés sur quatorze bas-reliefs dans l'intérieur du pronaos, le dieu Har-Hat identifié avec le soleil, ainsi que son lever et son coucher comme cet astre , et ses formes symboliques à chacune des douze heures du jour : et cet ensemble de représentations à la fois mythologiques et symboliques , doit être d'un grand secours pour la connaissance de la petite portion de la religion égyptienne à laquelle il se mêlait quelques idées astronomiques.

Le grand temple d'Esnéh était dédié à l'une des plus grandes formes de la divinité , à Chnouphis , qualifié des titres nev-en-tho-sné , seigneur du pays d'Esnéh, esprit créateur de l'univers, principe vital des essences divines, soutien de tous les mondes, etc.

A ce dieu sont associés la déesse Néith représentée sous des formes diverses et sous les noms variés de MenM, Tnéboua&u, etc. , et le jeune Hâké , représenté sous la forme d'un enfant; ce qui complète la triade adorée à Esnéb.

C'était a ces trois personnages qu'étaient consacrées les principales têtes et panégyries célébrées annuellement à Esnéh.

Le temple de Dakkèh, l'ancienne Pselcis, en Nubie, présente un double intérêt sous le rapport mythologique ; il donne des matériaux infiniment précieux pour comprendre la nature et les attributions de l'être divin que les Égyptiens adoraient sous le nom de Thôth (l'Hermès deux fois grand);

une série de bas-reliefs offre , en quelque sorte, toutes les transfigurations de ce dieu. On l'y trouve d'abord (ce qui devait être) en liaison avec Har- Hat ( le grand Hermès Trisraégiste) , sa forme primordiale, et dont lui, Thôth, n'est que la dernière transformation , c'est-à-dire , son incarnation sur la terre à la suite <VAmon- Ra et de Mouth incarnés en Osiris et en Isis. Thôth remonte jusqu'à Y Hermès céleste (Har-Hat), la sagesse divine , l'esprit de dieu , en passant par les formes : 1° dePahitnoup (celui dont le cœur est bon) ; 2° Arihosnofri ou Ârihosiwufi (celui qui produit les chants harmonieux) ; 3° de Meui ( la pensée ou la raison) : sous chacun de ces noms Thôth a une forme et des insignes particuliers, et les images de ces diverses transformations du second Hermès couvrent les parois du temple de Dakkèh. On y voit aussi ce Thôth (le Mercure égyptien) armé du caducée, c'est-à-dire , le sceptre ordinaire des dieux , entouré de deux serpents et d'un scorpion.

A Beit-Oually , les sculptures du spéos sont en grande partie religieuses. Ce monument était consacre au grand dieu Amon-Ra et à sa forme secondaire Chnouphis. Le premier de ces dieux déclare plusieurs fois, dans ses légendes, avoir donné toutes les mers et toutes les terres existantes à son fils chéri , « le Seigneur du monde ( Soleil gardien de justice), Rhamsès (IIe).»

Dans le sanctuaire, ce pharaon est représenté suçant le lait des déesses Anouké et Isis. « Moi qui suis ta mère, la dame d'Éléphantine , dit la première , je te reçois sur mes genoux , et te présente mon sein pour que tu y prennes ta nourriture , ô Rhamsès !» « Et moi , ta mère Isis, dit l'autre déesse, moi, la dame de Nubie, je t'accorde les périodes des panégyries ( celles de trente ans) que tu suces avec mon lait et qui s'écouleront en une vie pure. »

Nous avons déjà rappelé une liste des dons et des grâces accordés par plusieurs divinités à un roi qu'elles déclaraient prendre sous leur protection spéciale.

ÉGYPTE

On trouve dans quelques temples des tableaux représentant des dieux secondaires venant adorer le grand être Amon-Ra, en compagnie même des rois. Ainsi au Rhamesseum de Thèbes , dans une pièce voisine de la salle hypostyle, et qui était dans la partie privée de ce. palais, destinée à l'habitation de la race royale, on reconnaît le sanctuaire spécial du grand dieu de Thèbes.

Les bas-reliefs sculptés sur les parois, à la droite et à la gauche de la porte , représentent quatre grandes barques ou bari sacrées , portant un petit naos sur Jequel un voile semble jeté, comme pour dérober à tous les regards le personnage qu'il renferme. Ces bari sont portées sur les épaules par vingt-quatre ou dix-huit prêtres, selon l'importance du maître de la bari. Les insignes qui décorent la proue et la poupe des deux

Premières barques sont les têtes sy indiques de la déesse Mouth et du dieu Chons, l'épouse et le fils d'Amon-Ra; enfin , la troisième et la quatrième portent les têtes d'un roi et d'une reine, coifféesdes marquesde leurdignité. Ces tableaux, comme l'apprennent les légendes hiéroglyphiques, représentent les deux divinités et le couple royal venant rendre hommage au père des dieux , Amon-Ra, cmi établit sa demeure dans le palais de Rhamsès le Grand. Les paroles que prononce chacun des visiteurs ne laissent d'ailleurs aucun doute à cet égard : « Je viens , « dit la déesse Mouth , rendre hommage «au roi des dieux, Amon-Ra, modé- « rateur de l'Égypte , afin qu'il accorde «de longues années à son fils qui le « chérit, le roi Rhamsès. »

« Nous venons vers toi , dit le dieu «Chons, pour servir Ta Majesté, ô «Amon-Ra, roi des dieux! Accorde « une vie stable et pure à ton fils qui « t'aime, le Seigneur du monde. »

Le roi Rhamsès dit seulement : « Je «viens à mon père Amon-Ra, à la « suite des dieux qu'il admet en sa pré- « sence à toujours. »

Mais la reine Nofré-Ari, surnommée ici Ahmosis (engendrée de la lune), exprime ses vœux plus positivement; 1 inscription porte : « Voici ce que dit

« la déesse épouse, la royale mère, la « royale épouse, la puissante dame du « monde, Ahmosis-Nofré-Ari : Je viens « pour rendre hommage à mon père « Amon, roi des dieux; mon cœur est « joyeux de tes affections (c'est-à-dire, « de l'amour que tu me portes) ; je suis « dans l'allégresse en contemplant tes « bienfaits. O toi, qui établis le siège « de ta puissance dans la demeure de « ton fils le Seigneur du monde, Rham- « sès , accorde-lui une vie stable et « pure; que ses années se comptent par « périodes de panégyries ! »

Il existe encore aux environs de Médinet-Habou , à Thèbes, un édifice de petites proportions et qui n'a pas été termine. La dédicace annonce expressément que le roi Ptolémée Évergète II, et sa sœur la reine Cléopâtre, ont construit cet édifice, et l'ont consacré à leur père, le dieu Thôth, ou Hermès Ibiocéphale.

C'est le seul des temples encore existants en Égypte qui soit spécialement dédié au dieu protecteur des sciences , à l'inventeur de l'écriture et de tous les arts utiles, en un mot à l'organisateur de la société humaine.

On retrouve son image dans la plupart des tableaux qui décorent les parois de la seconde salle , et surtout celles du sanctuaire. On l'y invoquait sous son nom ordinaire de Tkôth, que suivent constamment soit le titre sotem qui exprime la suprême direction des choses sacrées, soit la qualification Hoen-Hib, c'est-à-dire, qui aune face d'Ibis, oiseau sacré, dont toutes les figures du dieu, sculptées dans ce temple , empruntent la tête, ornée de coiffures variées.

On rendait aussi dans ce temple un culte très-particulier à Nohémouo ou Nahamouo, déesse que caractérisent le vautour, emblème de la maternité, formant sa coiffure , et l'image d'un petit nropylon s'élevant au-dessus de la coiffure symbolique. Les légendes tracées à côté des nombreuses représentations de cette compagne du dieu Thôth, qui, d'après son nom même, paraît avoir présidé à la conservation des germes, l'assimilent à la déesse

L'UNIVERS

Saschfmoué , compagne habituelle de Thôth, régulatrice des périodes d'années et des assemblées sacrées.

Le bandeau de la porte qui donne entrée dans la dernière salle du temple, le sanctuaire proprement dit, est orné de quatre tableaux représentant Ptolémée faisant de riches offrandes , d'abord aux grandes divinités protectrices de Thebes, Amon-Ra, Mouth et Chons , généralement adorées dans cette immense capitale , et en second lieu aux divinités particulières du temple, Tfiôth et la déesse Nahamouo.

Dans l'intérieur du sanctuaire , on retrouve les images de la grande triade thébaine, et même celles de la triade adorée dans le nome d'flermonthis

3ui commençait à une courte distance u temple. Deux grands tableaux, Pun sur la paroi de droite, l'autre sur la paroi de gauche , représentent , selon l'usage, la bari ou Arche sacrée de la divinité à laquelle appartient le sanctuaire. L'Arche de droite est celle de Thôth-Peho-en-Hib ( Thôth à face d'Ibis ) , et l'Arche de gauche, celle de Thôth Psotem (Thôth le surintendant des choses sacrées). L'une et l'autre se distinguent par leurs proues et leurs poupes décorées de têtes d'épervier, surmontées du disque et du croissant, à tête symbolique du dieu Citons f le fils aîné d'Amon et de IM outli, la troisième personne de la triade thébaine, dont le dieu Thôth n'est qu'une forme secondaire.

Un autre petit temple de Thèbes , situé au sua de l'enceinte fortifiée nommée improprement Hippodrome, et qui est de l'époque romaine , sert a démontrer la réalité de l'usage qui a été plus haut mentionné, sur les divinités particulières à chaque nome; et l'ancienne division géographique de TÉgypte tire parfois de ces données d'utiles renseignements.

Les salles intérieures de ce petit temple sont couvertes de tableaux qui , presque tous , surtout ceux du sanctuaire, appartiennent à l'époque d'Hadrien, Ce successeur de Trajan comble de dons et d'offrandes les divinités adorées dans le temple ; et à

côté de chacune de ces images, on a répété les mots : l'empereur César Trajan-Hadrien.

« Quatre grands bas-reliefs superposés deux à deux couvrent la paroi du fond du sanctuaire. Les deux basreliefs supérieurs représentent l'em-

Sereur Hadrien , costumé en (ils aîné 'Amon, adorant une déesse coiffée du vautour, emblème de la maternité, et surmonté des cornes de vache, du disque et d'un petit trône. Ce sont les insignes ordinaires à? Isis, et la légende sculptée à côté des deux images de la déesse , porte en effet : Isis la arande, mère divine qui réside dans la maniaque de l'Occident. Les bas-reliefs inférieurs nous montrent le même empereur présentant des offrandes au dieu Month ou Manthou, le dieu éponyme d'Hermonthis , et au roi des dieux Amon-Ra , le dieu éponyme de Thèbes.

a Ainsi , ce temple fut consacré à la déesse Isis , puisque ses images occupent sans partage fa place d'honneur au fond du sanctuaire ; au-dessous d'elle paraissent les grandes divinités du nome de Thèbes et du nome Hermonthite, dieux synthrônes , adorés aussi dans ce même temple. Mais le dieu Manthou, occupant la droite, quoique tenant dans ces mythes sacrés un rang inférieur à celui du roi des dieux Amon-Ra , qui occupe ici la gauche , il devient certain que le temple d'Isis, situé au sud de l'Hippodrome , dépendait du nome d'Hermonthis et non du nome Diospolite, puisque le dieu Mandou reçoit immédiatement après Isis et avant Amon-Ra , dieu éponyme de Thèbes , les adorations de l'empereur Hadrien.

« Ainsi la divinité locale, celle que les habitants de la bourgade du nome Hermonthite, qui exista jadis autour du temple, regardaient comme leur protectrice spéciale, fut la déesse Isis y qui réside dans Ptôod-eiî-ement ( ou la Montagne de l'Occident ) ; et cette qualification nous paraît analogue aux titres Hitem Pselh, résidant à Pselchis; Hitem Manlak, résidant à Philae ; Hitem Souan, résidant

ÉGYPTE

à Syène; Hitem F.bâu, résidant à Eléphantine; Hitem Snè, résidant à Latopolis -, Hitem Ebôt, résidant à Abydos , etc. , que reçoivent constamment Thôth, Isis, Chnouphis, Saté, Neith, Osiris, etc., dans les temples que leur élevèrent ces anciennes villes, placées sous leur protection immédiate.

« Les bas -reliefs sculptés sur les parois latérales et sur la porte du sanctuaire , ainsi que ceux qui décorent la porte extérieure du naos, et les restes du grand propylon, représentent aussi l'empereur Othon ou ses successeurs, faisant des offrandes à Isis, déesse de la montagne d'Occident, én même temps qu'aux dieux synthrônes Manthou et Ritko, les grandes divinités du nome Hermonthite. De semblables hommages sont aussi rendus aux dieux de Thèbes, Amon-Ra, Mouth et Chons, suivant l'usage établi d'adorer à la fois dans un temple d'abord les divinités locales, ensuite celles du nome entier, et enfin un dieu du nome le plus vôisin :

comme pour établir entre les cultes particuliers de chacune des préfectures de l'Égypte , une liaison successive et continue qui les ramenait ainsi à l'unité. Tous les temples de l'Égypte et de la Nubie offrent les preuves de cette pratique, motivée sur de graves considérations d'ordre public et de saine politique. » {Lettres de Champollion jeune. )

Et l'époque où ce temple fut élevé ne doit en rien diminuer Pautorité des données qui en ont été si évidemment tirées : la perpétuité des usages et des croyances de l'ancienne Égypte, durant sa plus mauvaise fortune , est mise hors de doute par une foule de monuments, et il est reconnu que les temples élevés sous la domination des Grecs ou des Romains ne sont que des reconstructions des édifices pharaoniques , et qu'elles étaient consacrées aux mêmes divinités. C'est ainsi qu'il y a eu à Talmis trois constructions successives du même temple dédié au dieu Malouli: une sous les pharaons et du règne d Aménophis II , successeur de «lceris; une du temps des Ptolémées,

et la dernière, le temple actuel qui n'a jamais été terminé, sous Auguste, Caïus Caligula et Trajan; et la légende du dieu Malouli, dans un fragment de bas-relief du premier temple, employé dans la construction du troisième, ne diffère en rien des légendes les plus récentes. Ainsi donc, le culte local de toutes les villes et bourgades de la Nubie et de l'Égypte n'a jamais reçu de modification ; on n'innovait rien, et les anciens dieux régnaient encore le jour où leurs temples ont été fermés par le christianisme. Les dieux de l'Égypte s'étaient aussi , en quelque sorte , partagé l'Égypte et la Nubie, constituant ainsi une espèce de répartition féodale. Chaque ville avait son patron ; Chnouphis et Saté régnaient à Éléphantine , a Syène et à Beghé, et leur juridiction s'étendait sur la Nubie entière; Phré, à Ibsamboul, à Derri et à Amada; Phtah, à Ghirsché; Anouké, à Maschakit; Thôth, le surintendant de Chnouphis sur toute la Nubie, avait ses fiets principaux à Ghebel-Addeh et à Dakkè; Osiris était seigneur de Dandour; Isis, reine, à Philae; Hathôr, à Ibsamboul, et enfin Malouli, à Kalabschi. Mais Amon-Ra règne partout et occupe la droite des sanctuaires.

Il en était de même en Égypte, et l'on conçoit que ce culte partiel ne pouvait changer, puisqu'il était attaché au pays par toute la puissance des croyances religieuses. Du reste, ce culte, pour ainsi dire , exclusif dans chaque localité, ne produisait aucune haine entre les villes voisines, puisque chacune d'elles admettait dans son temple (comme synthrônes), et cela parunes-

Srit de courtoisie très-bien calculé, les ivinités adorées dans les cantons limitrophes. Ainsi on voit à Kalabschi les dieux de Ghirsché et de Dakkè, au midi; ceux de Déboud, au nord, occupant une place distinguée; à Déboud, les dieux de Dakkè et de Philae; à Phila?, ceux de Déboud et de Dakkè, au midi ; ceux de Béghé , d'Éléphantine et de Syène, au nord; à Syène enfin, les dieux de Philac et ceux d'Ombos.

Ce que nous venons d'exposer si sommairement sur un sujet aussi

étendu que l'exposé de la religion d'un peuple éclairé, donnera, nous l'espérons , une idée suffisante de l'objet réel des temples égyptiens , tous consacrés à une triade, différente dans chacun; et ces trois dieux, le père, la mère et leur fils , n'étaient que la personnification , à des degrés différents dans la hiérarchie, des trois agents immédiats du grand être , qui occupaient le premier degré de l'échelle des puissances et des générations; car l'ordre hiérarchique était fondamentalement réglé et déterminé par l'ordre généalogique.

Il y avait donc des triades pour toutes les régions du monde. En ce point, le ciel et la terre avaient reçu une organisation identique, et l'autorité comme le rang diminuaient à mesure que le dieu s occupait plus directement des affaires terrestres. Osiris , Isis , Horus , formaient la triade à laquelle était commise la conservation de l'ordre dans le monde sublunaire ; ils étaient, en quelque sorte, le dernier anneau de cette grande chaîne théogonique qui embrassait l'univers entier, et qui, de triade en triade, remontait à Amon-Ra, le grand être , le père des dieux , le créateur de toutes choses. Osiris, Isis et leur fils Horus , devaient donc être plus habituellement l'objet de l'adoration et des prières des hommes ; ils étaient en Egypte comme les dieux populaires; leurs noms ont dû l'être aussi; et les foules incultes qui s'introduisirent, des diverses parties de l'ancien monde, dans les cités égyptiennes , ne purent y apprendre que les noms et les idées religieuses répandus parmi la population égyptienne qu'ils purent fréquenter, et ce fut toujours cclfedu dernier rang. On voit donc pourquoi les noms de ces trois divinités du dernier ordre sont parvenus jusqu'à nous, comme étant les plus connus populairement , et ont été répétés d'âge en âge par l'antiquité classique , qui ne s'éleva pas , dans ses incomplètes remarques sur la religion égyptienne, au delà de ces noms et de ces pratiques populaires. Il n'en est pas moins certain que Osiris , Isis , Horus , qui étaient, on pourrait dire, les dieux les plus à la portée de l'ignorance et

de la misère humaine, et quoique occupant presque la dernière place du système religieux, n'y perdaient rien en puissance ni en dignité; Horus enfin devenait à son tour le chef d'une triade, c'est-à-dire, qu'il en faisait partie comme père, Isis comme mère, Malouli comme fils, et, par cet extrême anneau de la chaîne des êtres divins, Horus , qui n'était que la dernière incarnation d'Amon, le grand être, se rattachait à cette puissance suprême et rentrait en elle-même, pour que ce même être fût tout en lui-même, le commencement et la fin.

C'était comme pour retracer le mythe de la personnification de la triade, qu'on élevait , à côté de chaque temple, un autre petit édifice, auquel on a donné le nom de Mammisi. Des petits temples de ce genre existent a Hermonthis , à Philae , à Ombos ; et il devait en subsister un semblable auprès de chaque grand temple, pour l'histoire mythologique de la triade qu'on y adorait. A Hermonthis , par exemple , le mammisi qui a été construit sous le règne de la dernière Cléopâtre , fille de Ptolémée-Aulétès , est une commémoraison de la grossesse de cette reine, et de son heureuse délivrance de Ptolémée - Caesarion , fils de Jules-César. La triade de ce temple était composée du dieu Mandou, de la déesse Ritho, et de leur fils Harphré : les trois personnages royaux se substituent symboliquement aux trois divinités dans les scènes figurées sur les bas - reliefs de l'édifice.

La cella du temple est en effet divisée en deux parties : une grande pièce (la principale), et une toute petite, tenant lieu ou la place du sanctuaire.

On n'entre dans celle-ci que par une petite porte; vers l'angle de droite, toute la paroi du mur de fond de cette petite pièce (laquelle est appelée le lieu de l 'accouchement, dans, les inscriptions hiéroglyphiques) est occupée par un bas-relief représentant la déesse Ritho , femme du dieu Mandou , accouchant du dieu Harphré. La gisante est soutenue et servie par diverses déesses du premier ordre : Yaccoucheuse di-

ÉGYPTE

vine tire l'enfant du sein de la mère; Ptolémée-Cœsarion et de sa mère Cléola nourrice divine tend les mains pour pâtre. Il n'y a donc point de doute sur le recevoir, assistée d'une berceuse, le motif de sa construction. Il est vrai Le père de tous les dieux , Ammon , que les colonnes de l'espèce de pronaos (Amon-Ra) , assiste au travail , accom- qui le précède n'ont point toutes été pagné de la déesse Soven , l'Ililthya , sculptées ; le travail est demeuré imia Lucine égyptienne , protectrice des parfait , et cela tient peut-être au motif accouchements. Enfin , la reine Cléo- même de la dédicace du temple : Aupfitre est censée assister à ces couches guste et ses successeurs , qui4 ont terdivines , dont les siennes ne seront ou miné tant de temples commencés par plutôt n'ont été qu'une imitation. L'au- les Lagides , ne pouvaient être trèstre paroi de la chambre de l'accouchée empressés d'achever celui-ci , monureprésente l'allaitement et l'éducation ment de la naissance du fils même de du jeune dieu nouveau-né ; et sur les Jules-César , roi enfant dont ils ne resparois latérales sont figurées les 12 pectèrent guère les droits.

nuit, sous la forme de femmes ayant sacré à deux triades ; le petit temple un disque étoilé sur la tête. Le tableau était aussi un double mammisi, où astronomique du plafond pourrait bien sont représentées la naissance de Konsn'étre que le thème natal de cet Har- Hôr, fils de Serak-Ra et d'Hathôr; et phré, ou mieux encore celui de Cœsa- celle de Pnevtho, fils de Aroëri et de rion , nouvel Harphré. la déesse Tsonénoufré. On trouve aussi, En sortant de la petite chambre pour dans l'existence de ces monuments, la entrer dans la grande, on voit un vaste preuve presque superflue du maintien bas-relief sculpté , sur la paroi , à gau- de l'ancien culte égyptien sous les doche de cette principale pièce ; il repré- minations étrangères en Égypte. Si sente la déesse Ritho , relevant de l'on cherchait un très-ancien exemple couche , soutenue encore par la Lu- d'un mammisi , on le trouverait au patine égyptienne Soven , et présentée à laisdeLouqsor, où, dans deux des salles l'assemblée des dieux ; le -père divin , de ce vaste édifice élevé par le roi Amé- Àmon-Ra, lui donne affectueusement . nophis-Memnon,delaXVIirdynastie, la main comme pour la féliciter de son on remarque une série de bas - reliefs heureuse délivrance , et les autres relatifs à la personne même du fondadieux partagent la joie de leur chef, teur , et à sa naissance. On y a successi- Le reste de cette salle est décoré de vement représenté : le dieu Thôth antableaux dans lesquels le jeune Har- nonçant a la reine Tmauliemva , phré est successivement présenté à Am- femme du pharaon Thouthmosis t Ve , ■non , à Mandou son pere , aux dieux qu'Ammon générateur lui a accordé Phré, Phtah, Sev (Saturne) , etc., qui un fils. — La même reine, dont l'état l'accueillent en lui remettant leurs m- de grossesse est visiblement exprimé ,

mettant , en faveur de l'enfant , de tout (Vénus) vers la chambre d'enfanteleur pouvoir et de leurs attributions ment (le mammisi); cette même prinparticulières : et Ptolémée-Cœsarion , cesse , placée sur un lit , mettant au a face enfantine, assiste à toutes ces monde fe roi Âménophis; des femmes présentations de son image, le dieu soutiennent la gisante, et des génies Harphré, dont il est le représentant divins, rangés sous le lit, élèvent l'emsur la terre. Tout cela est de la flatte- blême de la vie vers le nouveau-né. — rie sacerdotale , mais tout à fait dans La reine nourrissant le jeune prince, le génie de l'ancienne Égypte , qui as- — Le dieu Nil peint en bleu ( le temps sirailait ses rois à ses dieux. Du reste, des basses eaux), et le dieu Nil peiut toutes les dédicaces et inscriptions inté- en rouge (le temps de l'inondation), Heures et extérieures du temple d'Her- présentant le petit Aménophis, ainsi monthis , sont faites au nom de ce que le petit dieu Harka et autres en-

signes caractéristiques , comme se dé-

fants divins , aux grandes divinités de Thèbes. — Le royal enfant dans les bras d'Araon-Ra, oui le caresse. — Le jeune roi institué par Amon-Ra; les déesses protectrices de la haute et de la basse Égypte lui offrant les couronnes, emblèmes de la domination sur les deux pays , et Thôth lui choisissant son grand nom, c'est-à-dire son prénom royal , Soleil Seigneur de justice et de vérité, qui , sur les monuments , le distingue de tous ies autres Aménophis.

Ce qui vient d'être exposé suffira , nous l'espérons , pour donner au lecteur une idée générale de la hiérarchie divine dans la constitution religieuse de l' Égypte. Nous avons dit brièvement sa pensée sur le grand Être qu'elle nommait Ammon ou Amon-Ra, et la .personnification des attributions de cet être primordial, en autant d'autres dieux qui n'étaient que ses agents. Il serait difficile d'énumérer ici les fonctions des principales divinités égyptiennes, et d'exposer les effets de leur concours à l'organisation générale et à Tordre régulier de l'univers ; nous avons donné dans un précédent paragraphe (page 134), quelques notions sur les deux Thôth ou les deux Hermès, promoteurs et protecteurs de toutes les voies particulières à l'intelligence et à l'industrie humaines ; nous ajoutons ici quelques courtes notions sur des divinités principales dont les attributions bien connues nous montrent avec évidence l'origine égyptienne de quelques opinions mythologiques de la Grèce.

Selon les Égyptiens , la déesse Bouto fut la compagne du grand Être et la nourrice des dieux. Elle Ait connue et étudiée par les plus anciens philosophes instituteurs de la Grèce.

Cette déesse , l'emblème de l'antique Nuit ou des ténèbres primitives , source féconde d'où sortirent une foule d'êtres vivants, fut considérée par les Égyptiens , ainsi que dans la cosmogonie des Grecs et de la plupart des peuples orientaux , comme cette obscurité première qui, enveloppant le monde avant que la main toute-puissante du

Démiurge eut créé la lumière et ordonné runivers , renfermait dans sou sein les germes de tous les êtres à venir. Aussi , les vers des Orphiques , vénérables débris de la plus ancienne théologie des Grecs , et qui contiennent des doctrines conformes, sur presque tous les points, à celles des Égyptiens, donnent -ils à la déesse Nyx {la Nuit primitive) , les titres de première née , commencement de tout.

ncLbitation des dieux, et celui de génératrice des dieux; titres qui répondent exactement aux qualifications grande déesse mère des dieux* et génératrice des dieux grands, données à Bouto dans les légendes hiéroglyphiques.

On donnait avec raison le surnom de hère des dieux à la déesse Bouto, puisque, unie au dieu Phtha, elle avait enfanté Phrè ou le Soleil, desquels naquirent ensuite tous les autres dieux. Hélios ou le dieu Soleil des Grecs, passait aussi pour fils de la déesse Atya? (la Nuit).

Bouto était aussi , selon la croyance des Égyptiens , la nourrice de certains dieux. On disait qu'Isis avait confié à cette divinité ses deux enfants Horus et Bubastis ; et ce précieux dépôt fut caché dans l'île de Chempits située dans le lac voisin de la ville de Bouto, île que la déesse rendit flottante pour dérober les deux jumeaux aux poursuites et aux recherches de Typhon.

L'une des déesses du premier ordre en Égypte, se nommait Nèith; elle était aussi le type d'une des principales divinités grecques. On sait , en effet , que le grand dieu qui , en Égypte , porta les noms tfAmon, Amon-Ré, Cnèph ou Chnouphis, fut , comme on a pu le voir, le principe générateur mâle de l'univers; et les Égyptiens symbolisèrent, dans le personnage.de Nèith, le principe générateur femelle de la nature entière.

Ces deux principes, étroitement unis, ne formaient qu'un seul tout dans l'être premier qui organisa le monde. De là vient que les Égyptiens considéraient Nèith comme un être à

la fois mâle et femelle, et que le nom

[>ropre de cette divinité exprimait en angue égyptienne, comme nous l'apprend Plutarque , l'idée : Je suis venue de moi-même.

La déesse Nèith occupait la partie supérieure du ciel. Inséparable du Démiurge , elle participa à la création de l'univers , et présidait a la génération des espèces : c'est la force qui meut tout.

Le culte de cette divinité , général dans toute l'Egypte, comme les monuments le prouvent , était spécialement en honneur dans la ville principale de la basse Égypte , à Sais , où résidait un collège de prêtres. Le temple de la déesse portait l'inscription fameuse :

Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, et tout ce oui sera. Nul n'a soulevé le voile qui me couvre. Le fruit

Sue j'ai enfanté est le Soleil. Il serait ifBcile de donner une idée plus grande et plus religieuse de la divinité créatrice.

Nèith était le type de la force morale et de la force physique. Elle présidait à la sagesse , à la philosophie , et à l'art de la guerre; c'est pour cela que les Grecs erurent reconnaître, dans la Nèith de Saïs, leur Athénè. la Minerve des Latins, divinité également protectrice à la fois et des sages et des guerriers.

Selon les débris de la doctrine égyptienne , épars dans les écrits des derniers Platoniciens et dans les livres Hermétiques, la déesse Nèith, ou la Minerve égyptienne , ne formait qu'un seul tout avec le Démiurge Amoun , à l'époque même qui précéda la création des Ames et celle du monde physique. C'est en la considérant dans cet état d'absorption en l'Être premier, que les Égyptiens qualifièrent Nèith de divinité a la fois mâle et femelle. Le monde étant composé de parties mâles et de parties femelles , il fallait bien que leurs principes existassent dans le dieu qui en fut l'auteur. Aussi , lorsque le moment de créer les âmes et le monde arriva , Dieu , suivant les Égyptiens, sourit, ordonna que la nature fut, et, à l'instant , il pro-

céda de sa voix un être femelle parfaitement beau ( c'était la nature , le principe femelle, Nèith), et le Père de toutes choses la rendit féconde.

On retrouve dans cette naissance de Nèith, émanation d'Ammon , la naissance même de l'Athénè des 'Grecs , sortie du cerveau de Zeus.

Sous le nom de Phtha, les Égyptiens connurent aussi un personnage d'un ordre supérieur, un ouvrier divin, où les Grecs puisèrent aussi l'idée d'un de leurs anciens dieux.

Phtha occupait la troisième place dans la nombreuse série des divinités de l'Égypte ; les Grecs, en l'assimilant à leur Héphaistos , le Vulcain des Romains , ont singulièrement rabaissé et son rang et son importance; ils ont réduit les hautes fonctions de ce grand être cosmogonique à celles d'un simple ouvrier.

Telle ne fut point l'opinion des Égyptiens sur leur Phthu; selon leurs mythes sacres , la puissance démiurgique , l'esprit de l'univers, Cnèph ou Chnouphis , avait produit un œuf de sa bouche , et il en était sorti un dieu qui portait le nom de Phtha. Cet œuf était la matière dont se compose le monde visible; il contenait Y agent, Y ouvrier qui devait en coordonner et en régulariser les diverses parties ; et Phtha est l'esprit créateur actif, l'intelligence divine qui , dès l'origine des choses, entra en action pour accomplir l'univers , en toute vérité et avec un art suprême.

Les Égyptiens , qui voulaient rattacher l'histoire de la terre à celle des cieux , disaient que Phtha avait été le premier de leurs dynastes , mais que la durée de son règne ne saurait être fixée. Les pharaons lui avaient consacré leur ville royale, Memphis, la seconde capitale de l'empire; ainsi, les quatre principales villes de l'Égypte, Thèbes, Memphis, Saïs et Hêliopolis, étaient chacune sous la protection spéciale de l'une des quatre grandes divinités, Amon- Chnouphis, Phtha, Nèith et Phré. Le magnifique temple de Phtha à Memphis , où se faisait l'inauguration des rois , a été décrit, en por-

L'UNIVERS

tie, par Hérodote et par Strabon; les

5 lus illustres d'entre les pharaons le écorèrent de portiques et de colosses.

L'être auguel on attribuait l'organisation du monde , devait nécessairement le connaître à fond , ainsi que les 'lois et les conditions de sorobien-être et de son existence ; aussi les prêtres égyptiens regardaient-ils Phtha comme l'inventeur de la philosophie ; bien différents, en cela, des Grecs, qui ne citaient de leur Héphaistos que des œuvres matérielles et purement mécaniques.

Quant au culte proprement dit, aux cérémonies religieuses qui se pratiquaient à J'intérieur et à l'extérieur des teniples, on peut croire, d'après l'étendue et la magnificence des édifices religieux , le grand nombre et la richesse de proportion et de matière des représentations figurées du grand dieu et des autres êtres divins, que cette magnificence et cette richesse ont été rarement égalées. Du reste, ce culte était essentiellement favorable au progrès des arts , sinon pour la perfection des formes trop assujetties à des types consacrés , au moins pour toute la partie technique et matérielle, dont la puissance se révèle incontestablement par la parfaite exécution des plus bizarres compositions reproduites à l'infini dans les matières les plus dures , les plus rares comme les plus communes.

Cette multiplicité de représentations des êtres divins provenait, en Égypte, d'abord de la multiplicité de ces êtres mêmes, et surtout de ce que le même personnage se reproduisait par un triple type. Nous devons, sur ce sujet, entrer dans quelques détails qui pourront d'abord suffire à l'exposition de notre sujet, et de plus à 1 explication de la plupart de nos planches; enfin, à reconnaître, dans nos collections archéologiques, la représentation de ces mêmes êtres divins.

La même divinité, chez les Égyptiens , était donc représentée sous trois formes différentes : 1° la forme hu-

maine pure, avec les attributs spéciaux au dieu; 2° le corps humain, avec la tête de l'animal spécialement consacré à ce dieu ; 3° cet animal même avec les attributs spéciaux au dieu qu'il représentait, et parce que les qualités qui constituaient le caractère de cet animal avaient, se/on les Égyptiens, quelque rapport avec les fonctions de ce dieu.

Ces notions s'appliquent, sans exception, à toutes les figures qui se trouvent exprimées sur les bas-reliefs et les peintures, et qui sont réunies dans les musées publics.

Les signes caractéristiques de chaque divinité se voient sur leur tête, et forment sa coiffure. Le visage et le nez sont parfois teints d'une couleur consacrée pour chaque divinité; car rien n'était laissé à l'arbitraire de l'artiste. Ces représentations étant ains:

réglées, par la loi ou par l'usage, dans tous leurs détails , cette uniformité constante est d'un très-grand secours pour l'étude de la religion égyptienne dans ses formes figurées. Les mêmes attributs indiquent toujours la même divinité, et l'alliance des attributs, celle des personnages divins , selon les idées et les croyances égyptiennes.

Le nombre considérable des personnages du Panthéon égyptien , quoique émanant tous d'un premier être, a multiplié aussi le nombre et la variété des attributs, et compliqué ainsi l'étude de ces personnages ; mais comme les divinités principales , celles du premier ordre étaient aussi les plus honorées, et devaient être plus ordinairement figurées, il en résulte que leur représentation fut aussi la plus nombreuse ; elle est aussi la plus fréquente. Il nous suffira donc d'indi-

3uer ici les caractères et les attributs e la plupart de ces divinités principales.

Comme caractères généraux communs à toutes les divinités, nous indiquons, 1° la croix ansée ( ou T surmonté d'un anneau), symbole de la vie divine , que chaque dieu tient d'uoo main ; 2» le sceptre de l'autre ; et ce

ÉGYPTE

sceptre, ou bâton long, est terminé en haut par une tête de coucoupha pour les divinités mâles (symbole de la bienfaisance) , et par un pommeau évasé pour les divinités femelles. De plus, la figure humaine d'un dieu a un appendice au menton , en forme de barbe tressée , et les déesses n'en ont jamais. Enfin, dans certaines actions, les divinités occupées à une fonction particulière, ont quitté ces deux premiers attributs , la croix ansée et le sceptre ; mais on les reconnaît à leur coiffure spéciale. Voici donc rénumération des principales coiffures : *

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