‹ Égypte ancienneChapitre 28 sur 53 · ZI · texte numérisé non relu

ZI

ff

ai/

fi'

iî

te

iS

ÊGYPTE.

précieux calendrier offre le tableau de toutes les fêtes de Tannée, mois par mois; et, à la suite de l'indication de chaque fête, on a énuméré synoptiquement la quantité et l'espèce des offrandes présentées dans chaque cérémonie.

On y Ut : mois de thoth, néoménie (nouvelle lune, plus ordinairement le 1er jour du mois), manifestation de l'étoile sothis ; l'image d'Amon-Ra , roi des dieux , sort professionnellement du sanctuaire, accompagnée par le roi Rhamsès , ainsi que par les images de tous les autres dieux du temple. =Mois depaùphiy le 19, jour de la principale panégyrie d'Amon-Ra, qui se célèbre pompeusement dans Oph (le palais de karnac) ; l'image d'Amon-Ra sort du sanctuaire, ainsi que celles de tous ses dieux synthrônes; le roi Rhamsès l'accompagne dans la panégyrie de ce jour.

t= Mois d'attyr, le 26, panégyrie de Phtath-Socharis; le roi accompagne l'image du d ieu gardien du Rhamesseum de Meîamoun (le palais de Médinet- Habou) de Thèbes dans la panégyrie de ce jour, et cette panégyrie continuait encore le 27 et le 28 de ce même mois. On se fait une idée de ces cérémonies , à la fois civiles et religieuses, par la représentation de celle-ci, qui est le sujet des grands bas-reliefs supérieurs des galeries de l'est et du sud de la seconde cour du palais de Médinet-Habou.

Nous ajouterons, pour terminer ce qui nous restait à dire sur ce sujet, qu'on a recueilli en Égypte assez de renseignements pour restituer tout entier son calendrier civil et religieux ; tableau imposant et légal des devoirs imposés , pour honorer les dieux , aux prêtres et aux citoyens d'un pays où la croyance religieuse était aussi une loi de l'État.

Nous avons réuni sur les planches 65 et 66 tous les exemples d'expressions graphiques nécessaires pour la connaissance des mesures, du calendrier et des dates, et tous ces éléments sont d'un usage général et constant dans j étude de toute sorte de monuments , •es mesures et les dates étant des notions du premier ordre dans la recherche des faits de l'histoire.

16e Livraison. (Égypte.)

Le sujet n° 1 de la planche 65 représente les neuf premiers doigts de la coudée égyptienne, c'est-à-dire, deux aimes et un doigt de la grandeur de original ; mais il ne faut pas oublier que ces coudées en bois ou en pierre, trouvées dans les tombeaux, n'étant que des simulacres de ces mesures, et non pas des étalons absolus , on ne doit pas y chercher une longueur exacte du tvpe légal, ni une scrupuleuse division de toutes ses parties. On remarquera donc seulement l'ensemble de cet instrument et ses principales parties ; mais l'uniformité de tous les simulacres connus, sauf quelque différence dans le texte de leurs inscriptions funéraires, bous autorise à croire qu'ils représentent exactement la forme générale des mesures usuelles.

La religion nationale se montrait partout en Égypte, et toutes les divisions et subdivisions des mesures publiques étaient placées sous l'invocation d'une divinité : ainsi on voit sur le modèle que nous reproduisons (n° \,pl. 65) que chaque doigt de la coudée porte, dans la ligne supérieure, le nom ou le symbole a un dieu; le 1er, de droite à gauche, est le soleil; le 2% Thméï ou la justice; le 5*, Osiris; le 6e, Isis; le 7* Anubis, etc.

Dans la ligne au-dessous est la désignation d'abord de la mesure ellemême, coudée royale, et de ses principales parties.

Les chiffres et les traits perpendiculaires qui sont plus au-dessous , indiquent la division en doigts ; et , de plus , les subdivisions du doigt lui-même, de droite à gauche , en moitié, en tiers , en quart, en 5e, 6% 7e, 8e, 9* et 10e de doigt, subdivision qui est portée jusqu'à la 16e partie du doigt dans les coudées originales. Tous ces détails de la coudée portent sur notre planche 65 le n° 1.

Par les chiffres suivants , on désigne tous les signes d'écriture nécessaires pour exprimer les divisions du temps et les dates; le signe figuratif du soleil se trouve dans tous, parce que la division du temps était fondée sur U marche de cet astre, qui fait aussi le

L'UNIVERS

jour et la nuit; le n° 2 est lé signe de l heure , et de l'heure de ia nuit, particulièrement caractérisée par l'étoile; le signe n° 3 signifie un soleil, c'està-dire, un jour; le n° 4, caractérisé par le croissant lunaire renversé, exprime l'idée mois: le signe du soleil précédé de la branche du palmier, arbre qui , selon Horapollon, poussait chaque année une de ses brandies, exprime l'idée année} le signe n« G est le sceptre des pauégyries, auquel est suspendu le simulacre d'une grande salle hypostyle , où se tenaient les grandes assemblées politiques et religieuses , à des époques déterminées, et qu'on appelait panégyries : ce sceptre est extérieurement dentelé, et chaque cran y indique une année ; le groupe qui porte le n° 7 est un exemple de l'emploi des signes précédents; ils sont tirés d'une stèle funéraire, et indiquent la durée exacte de la vie du défunt, qui vécut : années , 77; mois, 9; jours, 20.

Les chiffres de cette date sont en écriture hiéroglyphique. Le tableau complet des signes de cette écriture , suffisants pour exprimer, par de faciles combinaisons, tous les nombres, depuis un jusqu'à un million, et au delà, est exposé sur notre planche 66 (tableau A). Le tableau B présente les chiffres hiératiques et les chiffres démotiques. La connaissance de ces trois classes de chiffres est indispensable pour Fétude fructueuse des monuments égyptiens; car il y a peu d'inscriptions dans lesquelles on ne trouve ou des nombres ou des dates , qui sont exprimés sur les monuments de la sculpture, en chiffresliiéroglyphiques (tableau A) ; sur les manuscrits provenant des temples , en chiffres hiératiques (tableau B) ; et sur tous les contrats, lettres et autres écrits des particuliers, en chiffres démotiques (même tableau B). On voit que ce système numérique n'était pas arrivé à la perfection du système des modernes, quoique certains signes aient des formes semblables, et la lecture de ces signes était aussi embarrassée que leur expression graphique. La série des chiffres hiératiques abonde en singularités de cet ordre; on y lit en effet, de

droite à gauche, un, deux, trois, quatre, trois-deux (cinq), trois-trois (six) , trois-quatre (sept) , quatre-quatre (huit), neuf, dix, dix-un (onze), dix-deux (douze), dix-trois (treize), dix-quatre (quatorze) , dix-trois-deux (quinze), dix-trois-trois (seize), dixquatre-trois (dix -sept), dix-quatrequatre (dix-huit), dix-neuf (dix-neuf), dix-dix (vingt) , double-dix-an (vingt et un) , double-dix-deux (vingt-deux), double-dix-trois (vingt-trois) , doubledix-deux-deux (vingt-quatre) , double' dix-trois -deux (vingt-cinq), doubledix- trois-trois (vingt-six) , double-dixquatre-trois (vingt-sept) , double-dixquatre-quatre (vingt-huit), double-dixttew/^vingt-neuf), trente.

A l'exception de quelques variétés de forme dans les signes, le système démotique se produit par les mêmes combinaisons. On trouve de ce dernier système graphique numérique un trèsgrand nombre d'exemples dans les contrats très-fréquemment découverts en Égypte , et dont les dates , exprimées au moyen de ces chiffres , sont d'un intérêt supérieur pour l'histoire; et ce grave motif est plus que suffisant pour assurer à cet exposé , malgré la minutie des détails, l'attention bienveillante du lecteur.

Elle sera attirée non moins vivement sans doute par le tableau C des signes hiéroglyphiques destinés à désigner chacun ues douze mois de l'année; ils sont répartis en trois saisons : la première est celle de la véaétation, figurée par un sol planté d'arbres et de fleurs. Ce signe de saison est surmonté du croissant lunaire renversé, répété jusqu'à trois fois , ou bien accompagné des chiffres exprimant les nombres I, Ui III, IIII, ce qui fait lire les signes: première lune (ou premier mois) de la végétation, seconde lune, etc. Cette notation des mois est uniforme pour chacune des deux autres saisons, et le cinquième groupe de notre tableau se lira, d'après le même principe: première lune ou premier mois de la saison des récoltes ; enfin , le neuvième groupe , où le signe figuratif de Teau est trois fois répété, se lira également pre*

ÉGYPÏE.

mière lune ou premier mois de la saison de Y inondation. On voit à côté de chaque groupe le nom de chaque mois du calendrier. Enfin, on nommait les cinq jours célestes les cinq jours épagomenes qui terminaient et complétaient Tannée vague égyptienne. On voit sur notre planche , a la suite des signes des mois, le signe des jours épagomènes ou célestes ; le chiffre qui termine ce groupe indiquait assez clairement si le jour noté était le premier ou le cinquième.

Nous ne saurions trop nous arrêter ici sur une singularité que présente un tel calendrier, qui sera sans doute remarquée par nos lecteurs , et laissera dans leur esprit quelques doutes sur la régularité des rapports d'une année vague de sa nature avec les signes de ses divisions tirés de la révolution solaire ; car le sens des caractères solaires des mois ne pouvait se raccorder avec l'état physique de l'Égypte que pendant de courtes périodes oui ne se renouvelaient qu'à de grands intervalles. Mais la science sait tirer de telles données , des faits utiles à son histoire, et qui font disparaître en même temps d'un tel état de choses toutes les apparentes anomalies.

Terminons sur cette importante matière, en rappelant que Hérodote avait appris que , chez les Égyptiens , chaque mois de l'année et chaque jour du mois étaient placés sous la protection d'un personnage divin qui y présidait, et en ceci , on trouve l'intime rapport de toutes les institutions égyptiennes avec les croyances religieuses.

On ne pouvait manquer de reconnaître encore en ce point , par les témoignages des monuments , la véracité d Hérodote. Deux tableaux sculptés, l'un dans le temple d'Edfou, l'autre au Khamesseum deThèbes, sont composés chacun d'une série de personnages mythologiques, mâles ou femelles, et leur ligure est accompagnée de leur nom, qui est un des douze groupes connus comme étant les noms des mois du calendrier. Dans les deux tableaux , les personnages sont inden tiques, ou par leur forme même, ou

par leurs emblèmes, et ils sont figurés dans l'action de marcher. Dans le tableau du Khamesseum de Thèbes, qui date du règne de Sésostris, les mois ne figuraient que comme une portion seulement d'une vaste composition à la fois astronomique et religieuse.

On s'est donc attaché à l'exacte détermination de tous ces personnages emblématiques , et il a été possible d'y discerner ceux qui personnifient les douze mois, au moyen des noms pro-

fires et des attributs particuliers qui es accompagnent. C'est cet important travail que Champollion le jeune entreprit avec une attention et une patience que soutenait la conviction de l'utilité des résultats qu'il en tirerait; il expliqua donc ces noms , caractérisa les attributs qui les accompagnent, et parvint à classer les douze personnages des mois dans la série hiérarchique des divinités égyptiennes. Il étudia a fond tous les attributs physiques , afin de mettre en évidence tous leurs rapports avec les phases de l'année solaire qui correspondent aux saisons où ils sont placés ; il parvint jusqu'à déterminer et faire reconnaître dans ces mystérieuses compositions les personnages représentatifs des deux solstices et de l'equinoxe du printemps. La place de ces personnages dans la série des mois correspond d une manière précise à la distribution de ces phases de l'année solaire dans les plus anciens temps de l'histoire; et cette série dénotions scientifiques fut complétée par une détermination non moins exacte des personnages qui , dans ces tableaux si éminemment historiques , représentent les jours et les heures; il en rechercha ensuite les traces antiques, afin de remonter, s'il est possible, à l'origine de l'institution dont ces tableaux rendent témoignage : il rétrograda ainsi de monument en monument jusqu'au 15 paôphi de la 40e année du règne d'Osortasen Ier, qui est du XXIe siècle avant l'ère chrétienne, et il ajoute à la suite ces graves paroles : « Cette date prouve que cette notation égyptienne des divisions du temps était déjà en usage alors, et rien n'autorise à

supposer qu'au XXIe siècle avant l'ère chrétienne ce système de notation ftlt nouveau ou récemment introduit.

Plusieurs monuments témoignent en faveur d'une opinion toute contraire à une telle supposition; mais l'époque de ces monuments , bien certainement antérieurs à la XVIIe dynastie , reste encore incertaine , ou se perd dans les ténèbres des temps primitifs. »

Nous abrégeons ici l'analyse de ce grand travail sur le calendrier égyptien; ce que nous venons d'en dire suffira à l'ensemble de notre plan.

N'oublions pas, toutefois, d'ajouter ces mémorables paroles d'un de nos plus habiles astronomes, M. Biot, qui a dit : « La notation de l'année vague que Champollion le jeune nous fait connaître est peut-être le plus ancien monument de temps et de numération qui soit resté dans la mémoire des hommes. » C'est donc toujours l'Égypte qui fut la primitive école de la science et celle de toute civilisation.

Page 1