S XIX. CHRONOLOGIE
En traitant cette partie de l'histoire ancienne de l'Égypte, nous ne pouvons pas oublier la haute portée d'un tel sujet , par rapport à l'histoire générale de l'esprit humain. La civilisation égyptienne est pour nous une institu-
tion primitive. Son antiquité sera donc celle de la raison même appliquée avec succès à l'organisation de la société.
Cette recherche intéresse au plus haut degré la philosophie de l'histoire, la dignité humaine, la vérité. Nous ne
fuirions pas de l'origine du monde, de 'époque de sa création, du premier homme, questions oiseuses, comme le prouve le très-grand nombre de systèmes qu'elles ont enfantés , systèmes également incertains pour leur généralité même , et d'autant plus qu'ils ont affecté une autorité plus grande ou plus absolue.
Pour l'Egypte en particulier , elle a toujours joui, dans 1 opinion unanime des nations civilisées de l'Occident, d'une renommée d'ancienneté qui leur faisait rechercher avec empressement et vénération ses souvenirs et ses exemples. Platon n'hésitait pas à lui accorder une existence sociale de plusieurs milliers d'années, et il parlait de faits importants qui ne lui paraissaient nullement douteux, quoiqu'il les crût de dix mille années antérieurs à son époque. L'opinion d'un homme de cet ordre n'a pas été sans influence sur celle des siècles les plus éclairés.
Il est vrai que bien des doutes s'élevaient dans les esprits les plus sages sur ce fait qui paraissait isole au milieu des vastes champs de l'histoire, où rien de si antique ne se montrait avec une apparence de réalité dans les annales d aucun autre peuple, si ce n'est dans des systèmes ou des prétentions également inadmissibles. La critique moderne n'avait pas examiné les faits de ses yeux clairvoyants, et elle flottait incertaine, soumise à des influences dont elle ne scrutait guère l'origine. Le temps est ensuite venu où elle a pu voir elle-même, fouiller de ses mains expérimentées dans les décombres de l'Égypte, interroger ses ruines si riches de notions écrites, de preuves monumentales, de témoignages imposants par leur évidente véracité elle a pu comparer ces notions et ces témoignages avec l'opinion des anciens sages , avec les traditions des anciens livres, et , tout armée de sa
ÉG YPTE.
puissance d'examen, d'analyse, de rapprochement, de comparaison et de logiques déductions, conclure et exposer avec méthode les éléments certains de la chronologie égyptienne, échelle immense de jours et de siècles, sur laquelle peut se placer par d'instructifs synchronismes l'histoire entière de l'intelligence humaine, et celle de toutes les nations qui l'ont cultivée, honorée, avancée par leurs pensées ou par leurs actions.
II est donc connu par les relations, par les faits observés, que les Égyptiens fondaient leur chronologie nationale sur des documents authentiques soigneusement réunis dans les archives des temples, et sur l'autorité des monuments publics dont PÉgypte était couverte; et cette assertion est hautement justifiée par les recherches dont cette contrée célèbre a été le sujet de notre temps. Malgré les ravages qu'elle subit depuis deux mille ans, aucun État moderne , à son plus haut degré de splendeur , ne peut lutter de magnificence avec les vénérables ruines de PÉgypte. On y a recueilli récemment des monuments chronologiques proprement dits, des listes de rois, des tableaux généalogiques de dynasties souveraines. Quand donc ses historiens affirment qu'ils ont travaillé d'après les documents nombreux existant de leur temps, il n'est pas possible de suspecter leurs dires. Nous avons encore sous les yeux la plupart de ces documents. La critique moderne y reconnaît les faits mêmes qu'en avaient tirés les historiens anciens.
C'est donc retrouver tout ensemble les annales d'un grand peuple, l'historien qui les a dressées, et les pièces qui en sont les preuves authentiques.
Ceci , dans sa généralité , exige cependant une distinction. Ces annales remontent à une époque très-reculée, et le témoignage direct ou contemporain de ces documents n'atteint pas jusqu'au même terme. Il y a donc dans la chronologie égyptienne deux choses très-distinctes, 1° le système général de cette chronologie historique tel que
les Égyptiens se l'étaient fait, et tel que leurs annalistes nous Pont transmis ; 2° le témoignage de monuments encore connus qui confirment et mettent hors de tout doute la véracité ù'une partie de cette même chronologie. Nous nommerons donc partie historique tous les temps de la chronologie égyptienne pour lesquels nous connaissons des monuments contemporains de ces mêmes temps , et partie systématique, tous les temps de ces annales pour lesquels nous ne connaissons pas de monuments contemporains. Les certitudes de l'histoire de PÉgypte commencent donc là où des monuments existants et contemporains des faits, viennent unir leur témoignage à ceux des annales écrites.
Celles-ci consistent en deux pièces principales: 1° la Vieille Chronique , 2° les Listes desdynasties royales égyptiennes rédigées par Manétbon.
Il est aussi des monuments analogues à ces relations écrites ; ce sont des listes d'anciens rois d'Égypte tracées sur papyrus en caractères hiéroglyphiques, ' des tables généalogiques de ces mêmes rois, plus ou moins complètes , pour des époques différentes , gravées parmi les bas-reliefs de plusieurs temples , et la plus célèbre de ces tables généalogiques est celle que M. Cailliaud a découverte et copiée au nord d'Abydos , table dont le dernier roi en liste est Sésostris, l'un des grands rois de la dix-huitième dynastie ; et dont les premiers remontaient au delà de la quinzième même. Ces listes et ces tables , quant à leur témoignage à l'égard des temps antérieurs a l'époque où elles ont été exécutées, nous leur reconnaissons la même valeur historique qu'à la Vieille Chronique et aux Listes de Manéthon ; en ajoutant cependant que la concordance de tous ces monuments ensemble donne à chacun d'eux une autorité individuelle qui procède dt leur autorité commune , et la critique historique, surtout pour des époques si éloignées , ne fonde pas toujours sa foi sur un tel concours d'autorités aussi probantes. lien résulte, sans difficulté et sans opposition, que, dès la plus haute
L'UNIVERS
antiquité, PÉgypte avait un système d'annales nationales uniformes dans leur ensemble et dans leurs détails , et que Manéthon nous avait fidèlement transmis ce système égyptien dans son intégrité. Voilà l'idée générale qu'on peut se faire de la chronologie historique de PÉgypte.
Quant à sa certitude pour nous, et c'est ici que commencent les droits du critique, libres de croire ou de ne pas croire à ce système égyptien , nous appelons les monuments au secours de notre bonne foi , et , classant , comme nous Pavons fait déjà, parmi les traditions écrites ceux de ces monuments qui rapportent des faits antérieurs à leur propre époque, nous n'interrogeons les autres monuments que sur les faits mêmes dont ils sont contemporains. Ainsi la dédicace inscrite sur la porte d'un temple, comme partie intégrante de la décoration de cette porte , annonce-t-elle qu'un roi qu'elle nomme a fait construire ce temple à une époque désignée de son règne , je tire de cette inscription, gravée en relief sur un monument public, plusieurs faits également certains; f l'existence de ce roi dont le nom se lisait dans les listes écrites; 2° la certitude en ce point du témoignage tiré de ces listes; 3° la preuve que ce même temple a été élevé par ce même roi ; 4° et que ce roi a régné au moins un nombre d'années égal a celui qu'indique la date de cette dédicace. Si nous avions un ou plusieurs témoignages de cet ordre pour chacun des princes nommés dans les Listes de Manéthon , il serait difficile de refuser un grand degré de certitude à ces mêmes Listes , et de vérité aux conséquences qui en découleraient très-naturellement. Mais ces témoignages manquent pour la partie la plus ancienne de ces mêmes Listes ; ils existent au contraire pour les époques subséquentes. Cest donc avec ces époques que commenceront les certitudes des annales égyptiennes fondées sur les monuments contemporains.
Après ces explications, peut-être nécessaires à plusieurs égards, nous
devons faire connaître au lecteur les documents principaux du système général de chronologie historique tel que l*Égypte Pavait adopté pour ses propres annales.
La t 'veille Chronique nous a été conservée en grec par George le Syncelle, chronographe ou huitième siècle chrétien , et avec des noms grecs qui certainement n'étaient pas dans le texte égyptien, où les dieux devaient porter leur véritable nom. Ii y est dit :
Hépbaistos ( Vulcain ) régna d'abord , mais on
ignore combien de temps.
néÏÏos (le soleil), 61s d'HéphaUtos, règne «•
suite 3o,oooaa>
Cronos&vec les doute autres dieux régnèrent ensemble. 3 984
Les huit rois demi-dieux régnèrent ensemble J17
Après eux, quinze génération* (ou races, ou maisons) , furent inscrites dans le
cycle Solhiaque jusqu'à l'annéw 443
La i6edyn. les Taniies de 8gén.,régna 190
La 17e. . . . les Meinphi tes de 4 "°
Lai8« |esMemphitesdet4 34*
Laio" lesDiospolilesds 5 194
La ao*. . . . lesOiospolites de 8 sa8
La ai'.... les Tanites de 6 tu
La m*. ... les Tanites de 3 4'
La a 3* lesDiospolitesde a 19
La*4*. - les Saïtes de 3 44
La aS*. . . . les Éthiopiens de 3 44
La >6*. . . . lesMerapbites de 7 177
La 37*. ... les Perses de 5 ts4
La 28 . . . . ( lacune )...... ............ •
Laa9e 39
La3oe. . . . les Tanites, s*' roi 18
Somme totale donnée par le texte grec,
7 compris les règnes de la a 8* dyn . 36,5s!» an<
Sur quoi Georges le Syncelle fait remarquer que ce nombre de 36,525 ans, divisé par 1,461 , donne juste 55 périodes sotniaques, cette période étant en effet composée de 1,461 années vagues de 365 jours.
Il est certain que cette rencontre infirme singulièrement l'autorité de la Vieille Chronique égyptienne, et l'on peut se demander combien serait çrand te hasard qui produirait 25 périodes justes entre le commencement du règne du soleil et la fin de celui du roi Nectanèbe, le premier roi de la 90* dynastie. Toutefois, deux choses nous paraissent assez certaines dans ce rapprochement : 1° la Chronique égyptienne, qualifiée de vieille xpovtxôv) par le Svncelle, pourrait bien
EGYPTE
avoir été inventée après le règne de Nectanèbe, et même de ses deux successeurs , puisque l'auteur savait qu'il y avait eu plusieurs rois à la trentième dynastie : il ne comprend en effet dans son calcul que le premier des princes Tanites qui composent cette dynastie ; 2° c'est sur les nombres antérieurs à la seizième dynastie qu'a pu porter l'arbitraire au moyen duquel on est arrivé à la somme des années nécessaires pour former les 25 périodes sothiaques. Il était en effet indifférent
3ue le soleil, les dieux et les demiieux eussent régné quelques centaines d'années de plus ou de moins : la partie réellement historique de cette Chronique ne commence donc qu'avec l'article relatif aux quinze générations postérieures aux demi-dieux.
Cet article nous semble avoir tous les caractères d'une précieuse indication chronologique ; et quand l'auteur de cette Vieille Chronique dit qu'après les demi-dieux vinrent quinze familles (ou dynasties, puisqu'il mentionne immédiatement la XVI* dynastie), lesquelles quinze dynasties sont inscrites dans 443 années du cycle sotbiaque, il veut évidemment nous apprendre que, dans son opinion, ces quinze premières dynasties s'étendirent, depuis une époque dont il ne dit pas le point initial , jusqu'à l'année 443 du cycle, et qu'en conséquence la XVI* dynastie commença de régner l'an 444 de ce même cycle. Or, ce cycle est celui dont la première année répond à l'an 2782 Julien avant l'ère chrétienne : ce serait donc à l'an 2339 que la première année de la XVIe dynastie serait indiquée par cette Chronique. Il y a donc la, je crois, un souvenir, une véritable tradition historique ; et il est bien digne de remarque en un tel sujet, que si l'on ajoute à l'année 443 du cycle, laquelle fut la dernière de la XVr dynastie, 1° 190 ans pour la durée des règnes de la XVI8 dynastie; 2° les 178 ans qui manquent, avec les 6 ans de la XXVII Ie dynastie , dans les détails numériques de la Chronique pour arriver au nombre total de 36,525 ans qu'elle donne
formellement à l'addition des règnes, on obtiendra, à 11 ans près, les mêmes résultats que j'ai déjà tirés d'autres documents pour fixer à l'an 2082 l'invasion des Pasteurs et le commencement de la XVIIe dynastie, et à 1822 la première année de la XVIIIe dynastie : et pour des époques aussi éloignées de nous, une si minime différence ne saurait être ni attaquée ni défendue. Il y aurait donc , dans ce que la Vieille Chronique contient au sujet des quinze premières dynasties et de la seizième , une tradition historique bien propre à donner à ce document, quelle que soit son origine, un intérêt qui s'accroît par la rareté de pareils renseignements.
Les Listes de Manétbon, dans leur ensemble, ont néanmoins un autre caractère. Elles nous ont été conservées et transmises par des écrivains chré-r tiens, Jules l'Africain, du troisième siècle de J. C, et Eusèbe,du quatrième. Le Syncelle avait heureusement recueilli les extraits de Manéthon insérés dans l'ouvrage de Jules l'Africain, qui est perdu ; il les a rappochés de ceux que donne Eusèbe, dont la Chronique nous est parvenue. Ainsi les Listes des rois d'Egypte par Manéthon nous sont connues par le Syncelle, qui les avait tirées de Jules l'Africain et d'Eusebe, et par Eusèbe lui-même. Résumons les rapports de ces trois auteurs grecs.
Manéthon, né à Sébennytus, grand prêtre et scribe sacré pour les archives des temples de l'Égypte, sous le règne de Ptolémée Philadelphe, rédigea en grec , par les ordres de ce roi , des annales tirées des monuments historiques, tels que les stèles et autres, écrits en hiéroglyphes. Son ouvrage était composé de trois volumes ou trois parties. A la relation des événements, il joignit le tableau des dynasties royales de l'Egypte. Le premier volume comprenait les temps des onze premières dynasties d'hommes, qui fournirent 292 règnes, dont la durée fut de 2,350 ans 70 jours selon l'Africain , et de 2,300 ans et 70 jours selon Eusèbe. La douzième dynastie et les sui-
L'U NI VERS
vantes, jusqu'à la dix-neuvième inclusivement , qui donnèrent 96 rois selon l'Africain, et 92 selon Eusèbe, dans l'espace de 2,121 ans selon les deux chronologistes, étaient le sujet du second volume. Dans le troisième , on trouvait l'histoire des dynasties suivantes, depuis la vingtième jusques et v compris la trente et unième, qui finit avec la conquête de l'Egypte par Alexandre, et la durée de ces douze dernières dynasties est portée à 1,050 ans par l'Africain , et a 833 ans par Eusèbe. Du grand ouvrage de Manéthon il ne nous reste donc que quelques fragments de sa relation historique, et le tableau des dynasties royales, tableau qui indique, pour chacune d élies, le nombre des rois , le nombre des générations que ces rois ont formées dans la même dynastie , la durée du règne de chaque roi avec son nom et son origine paternelle; enfin la durée totale de la dynastie; et, lors-
3u'il abrège ces indications pour les ynasties de rois fainéants , il n'omet jamais les données principales et les
f>lus importantes pour la chronologie, e nombre des rois et la durée totale de leurs règnes ; c'est du moins dans cet état que ses Listes nous sont parvenues ; et ce n'est peut-être pas condamner injustement leurs abréviateurs, que de leur reprocher le tort que font à I histoire leurs malheureuses suppressions.
Ces Listes sont reproduites dans le tableau qui suit ce paragraphe ; il contient la liste des trente et une dynasties égyptiennes qui précédèrent l'invasion d'Alexandre, selon le texte d' Eusèbe , et nous l'avons préféré parce qu'il n'existe qu'une seule copie des
Listes de Jules l'Africain , et que celles d' Eusèbe nous sont connues par trois copies différentes, par le grec qu'à recueilli le Syncelle, par la version arménienne et par la traduction latine qu'en fit saint Jérôme depuis la seizième dynastie; et nous ne nous arrêterons pas à discuter ici quelques différences qui s'aperçoivent entre Jules l'Africain et Eusèbe au sujet de ces Listes, et entre les trois copies mêmes de celles d'Eusèbe comparées entre elles, puisque le résultat de cet examen serait de peu d'importance à l'égard de la durée totale de ces trente et une dynasties. Nous ne comprendrons dans notre tableau que le règne des hommes : le premier fut Mènes ; mais il paraît que Manéthon désignait aussi comme prédécesseurs de Menés les demi-dieux , les dieux et Héphaïstos, ainsi que le faisait la Vieille Chronique. Manéthon était l'historiographe de l'Égypte selon les doctrines nationales égyptiennes : il dut donc dresser la liste des rois d'après les archives des temples et les documents publics , comme fl affirme l'avoir fait , et comme des monuments qui nous sont parvenus, et que Manéthon a vraisemblablement vus et étudiés, ne permettent plus d'en douter. Ceci est donc un peu plus concluant que les mauvais propos que le Syncelle se permet contre Manéthon , et que les explications même qu'Eusèbe a cherchées de bonne foi pour des nombres d'années qui n'intéressent aucunement ni le déluge, ni Abraham, ni l'histoire, ni la chronologie positive, puisqu'ils sont le produit arbitaire de spéculations astronomiques ou mythologiques.
( Suit le Tableau des Dynasties égyptiennes selon Manéthon.)
ÉGTPTE.
Ordre de*
Nombre
Durée de
ire dynastie.. . Tinite-Thébaïne 8 rois 25a ans.
a* Tinite-Thébaïne 9 297....
3* Memphite 8 197....
4* Memphite 17 448
5« Éléphantine 9 (*) 248 (*).
6* Memphile 6 (*)
7e Memphite 5 . .
8* Memphile 5 . .
9e Héliopolite 4 . .
10e Héliopolite 19 . .
ne Thébaïne 17
iae Thébaïne 7 . . ,
x 3e Thébaïne. 60 . . ,
14* Xoïte 76 . .
i5\. Thébaïne » ..
i6« Thébaïne 5 . .
. 1 Pharaons Thébains.. 6 . . .
17 I Pasteurs 6 ...
r8« Thébaïne 17 ...
ig* Thébaïne 6 . . ,
ao3.
Thébaïne 1a 178.
ao"
ai' Tanite 7 ...
aa« Bubastile 9 (*).
a3e Tanile 4 (*)•
a4« Saïte 1 ...
a5" Éthiopienne 3 ...
a6e Saïte 9 ...
a?* Persane 8 . . .
28e Saïte r ...
39* Mendésienne 5 ai
3oe Sébennitique 3 38
3i« Persane 3
Fin de son règne
i5o (*) lao. . .
Commentèrent arant J. C.
5 k*i 44>5 4aaa
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Et la conquête de l'Egypte par Alexandre le Grand est fixée par les chronologistes à l'a» 33a avant J. C.
(*) Selon l'Africain.
(**) Selon l'Africain , Easébe et le Canon
(**) Selon l'Africain , Easébe et le Canon des rois , conférés. ("*) La couquéte de l'Égypte par Cambyse est fixée à l'an 5a5 avant J. C.
Quelques observations sont nécescessaires au sujet de ce tableau.
1° Eu égard à la certitude historique , ce tableau doit être divisé eu deux parties; l'une comprend les quinze premières dynasties. Pour le nombre des rois et la durée de chacune, nous avons suivi Eusèbe ou l'Africain , et il nVa, pour le moment, aucun intérêt a discuter les différences qui se trouvent entre les chiffres de ces nombres , puisqu'il s'agit d'époques pour lesquelles les monuments contempo-
rains avec date manquent presque ab< solument. L'autre partie du tableau a un autre caractère : les monuments existants donnent à la seizième dynastie et aux suivantes une su (lisante authenticité; et si, tout en suivant Eusèbe, nous avons quelquefois préféré l'Africain; si encore quelques-uns de nos nombres ne sont exactement ni ceux d'Eusèbe ni ceux de l'Africain, c'est que des documents , que nous ne pouvons ni rapporter ni discuter ici , nous ont induits soit à opter avec quel-
L'UNIVERS
que fondement entre l'un ou l'autre de ces chronologistes, soit à ne suivre précisément aucun des deux.
2° Ce n'est qu'à compter de cette même seizième dynastie mie la concordance des époques égyptiennes avec des années juliennes antérieures à l'ère chrétienne est revêtue de quelque certitude. Selon nos aperçus, la vinetseptième dynastie, qui fut celle des Perses , commença avec l'an 624 avant J. G. , et l'on sait d'autre part que ce fut en 525 que Cambyse, cnef de cette dynastie t s'empara de l'Égypte. C'est aussi à l'an 331 que se rapporterait la conquête d'Alexandre, et elle est unanimement fixée à l'an 332 avant J. C.
Mais nous ne pouvons discuter ni trancher ici cette différence d'une année à l'égard de ces deux époques. Nous nous sommes donc tenus ici au texte même des auteurs, et nous nous contenterons de foire remarquer qu'en pareille matière , et pour des temps aussi éloignés, la concordance de nos supputations, à une année près , avec des événements d'une époque connue, et qui servent de contrôle à ces mêmes supputations, est un résultat assez important, et qui peut lever fin assez grand nombre de doutes, embarrassants encore pour les annales de l'antiquité.
3° J'ai borné ce tableau des dynasties égyptiennes à la conquête d'Alexandre, qui , avec les rois grecs dont j'ai dressé la chronologie dans mes Annales des Lagides, forme la trente -deuxième, à laquelle succéda la puissance romaine ; car là où il n'y a point d'incertitudes , il n'est pas besoin de discussions.
Tel est donc l'ouvrage célèbre de Manéthon , l'une des plus précieuses compositions qui nous soient parvenues de l'antiquité, et qui tire un lustre nouveau de son accord parfait avec les monuments authentiques et originaux que l'Égypte a récemment restitués à nos vœux , et que nous devons faire connaître aussi , comme de nouveaux fondements de sa chronologie.
Ces monuments originaux sont des
manuscrits sur papyrus, et des tables généalogiques des dynasties royales.
C'est dans le musée de Turin que l'existence de ces manuscrits historiques nous a été révélée pour la première fois. Un fragment, portant le cartouche royal de Sésostris, attira d'abord l'attention de mon frère sur des feuilles ou des rouleaux dénués de peintures; et, explorant aussitôt tous les fragments semblables qu'il avait sous les yeux, il reconnut les noms de presque tous les rois de la XVIIIe et de la XIX* dynastie , ordinairement accompagnés de dates en années, mois et jours, tirées du règne de chacun d'eux. C'étaient des débris de registres de comptabilité des temples, où les recettes et les dépenses étaient écrites à leur date précise, ou bien des actes isolés de 1 autorité de ces rois, et les uns et les autres portaient en euxmêmes tous les caractères intrinsèques et extrinsèques des plus authentiques documents originaux de l'histoire. Les dates y avaient cette forme : « Dans l'année 5* et le 5e jour du mois de toby, de la direction du roi du peuple obéissant, soleil stabiliteur du monde (prénom royal), Dieu, fils du soleil, Thouthmès (nom propre) , » et ce roi est le Thouthmosis-Mœris de la XVIir dynastie. On trouve des dates semblables des années 4 et 24 d'Aménophis II; 6, 10 et 24 de Rhamsès-Meumoun, et l'abondance des papyrus historiques recueillis depuis en Égypte, a multiplié ces dates, et en a procuré un tel nombre , qu'il y a peu de règnes, depuis la XVIe dynastie, pour lesquels on n'en ait recueilli une ou même plusieurs.
A ces faits isolés, mais importants, le même examen en ajouta un plus général et d'une autorité considérable pour la certitude des annales de l'Egypte : mon frère reconnut en effet et rassembla près de cinquante fragments d'un autre manuscrit, et il y reconnut un véritable canon royal, ou tableau chronologique des rois et des dynasties de l'Égypte, dont la forme rappelle celui des Listes de Manéthon ; ces fragments réunis contenaient les noms de
EGYPTE
plus de cent rois , et il paraissait ne pas descendre au-dessous de ceux de la XIXe dynastie.
Un tres-grand nombre de stèles, soit funéraires, soit religieuses, dont les inscriptions contiennent des dates, sont des témoignages , toujours contemporains des faits , qui ne sont pas d'une moindre autorité pour l'histoire des temps anciens de l'Égypte. D'autres monuments , d'une espèce et d'une destination très-variées , portent aussi des dates d'époques qui ne le sont pas moins , et l'on peut dire qu'il n'existe pour aucun autre peuple de l'antiquité, proportionnellement à sa durée, un pareil nombre de données de cet ordre , et aussi utiles pour asseoir les bases, donner les développements les plus complets de ses annales, sans lacune et sans merve illeux.
Enfin, des tableaux généalogiques des races royales existent encore dans des monuments publics du premier ordre, et le plus célèbre de tous est celui qui occupe, sculpté en bas-relief, la paroi d'une des salles du temple creusé dans le rocher, au nord de la ville d'Abydos. Ce bas-relief est reproduit sur notre planche 47.
Il se compose de trois séries horizontales d«e cartouches royaux, placés de gauche à droite. La série d'en bas est composée de dix-huit cartouches, formant n.euf groupes de deux cartouches différents, qui sont le nom propre et le préDom royal de Sésostris neuf fois repétés; ce sont les mêmes qui se retrouvent sur les deux inscriptions latérales de trois faces de l'obélisque de Paris, et sur les trois inscriptions de la face qui est tournée vers le palais des députés.
La ligne intermédiaire d'Abydos commence par un cartouche nom propre, qui se lit 1 mon)! aï-Hhamsès , suivi d'un cartouche prénom, soleil gardien de vérité; ce sont ceux du prédécesseur même de Sésostris, de Rhamsès II , qui avait commencé l'obélisque de Paris, et ses deux cartouches s'y lisent en effet dans les inscriptions médiates de trois de ses faces.
Seize autres cartouches différents for-
ment cette seconde série de la Table d'Abydos , qui n'est pas complète à sa droite, le monument étant détruit sur ce côté.
La ligne d'en haut contenait un égal nombre de cartouches différents; ils ont été, pour le plus grand nombre, détruits ou mutiles; notre planche représente ce qui en reste, et on annonce que notre honorable consul général en Egypte , M. Mi ma ut , a recueilli , dans les ruines du monument, quatre cartouches de plus, et qu'il a été assez heureux pour sauver d'une destruction imminente ce vénérable livre des races royales égyptiennes, en le transportant à Paris.
En l'état où nous le reproduisons, il est constant pour tous qu'il se composait d'une série de noms royaux au nombre de plus de quarante; et comme celui de Sésostris y est écrit le dernier, immédiatement après celui de son prédécesseur, nommé aussi dans l'inscription verticale qui encadre cette liste, il en faut conclure aussi que ce tableau a été dressé sous le règne de Sésostris, et que les noms qui précèdent le sien sont ceux des xo\s qui le précédèrent aussi sur le trône.
La preuve peut en être facilement donnée.
Après les deux cartouches, le nom propre et le prénom royal de Rhamsès II (en tete de la ligne intermédiaire), on n'a inscrit dans cette Table des règnes que les cartouches prénoms des autres princes; les noms propres ne s'y lisent pas : on peut donc concevoir quelques doutes sur l'ordre même dans lequel ces prénoms y sont
Mais les monuments qui , à l'égard des cartouches prénoms de la ligne intermédiaire, à la droite du nom de Rhamsès II, contiennent à la fois et le même prénom exprimé par les mêmes signes idéographiques, et le nom propre composé de signes phonétiques, sont très-nombreux. On a donc pu placer ces noms propres à côté de ces
S rénoms; et, en y conservant l'ordre ans lequel ils sont inscrits dans la Table, on aura le nom propre des rois
L'UNIVERS
pharaons, prédécesseurs du roi Sésostris , dans Tordre même où ils sont inscrits dans les Listes de Manéthon.
La Table d'Abydos contenait donc une série de plus de quarante rois, classés dans Tordre même de leur règne; elle est conforme aux Listes de Manéthon en tous les points dont d'autres monuments ont permis de faire la comparaison ; enfln, cette Table a été dressée du temps même de Sésostris , au seizième siècle avant Tère chrétienne. Quel est le peuple, ancien ou moderne, dont les annales primitives sont fondées sur des documents d'une telle authenticité?
La Table d'Abydos nous offre donc, dans un ordre admirable pour ses conséquences historiques, la série, dans Tordre de leur succession, des rois prédécesseurs de Sésostris; d'abord son frère Rhamsès II (liçne intermédiaire) , et les dix rois qui , avant lui , appartinrent à la XVIIIe dynastie; ensuite (toujours de gauche a droite) les six rois pharaons de la XVIIe; la lacune qui suit contenait les rois de la XVIe; la ligne supérieure désigne les dynasties antérieures; et, pour un certain nombre de rois des dynasties antérieures à la XVIII* , il nous est parvenu des monuments isolés dont l'intérêt est parfois augmenté par des dates.
Ce n'est pas tout : de semblables listes royales, moins étendues, se trouvent dans d'autres monuments publics, dans des temples du premier ordre, dans les palais de la vieille Thèbes; et ces listes diverses, où le nom de Ménès, le fondateur de la monarchie égyptienne, est inscrit le premier de tous , non-seulement sont parfaitement identiques avec elles-mêmes et avec la grande Table d'Abydos , mais encore elles en complètent la lacune pour la XVIe dynastie et le commencement de la XV* ; et ces vénérables archives de ses antiques dynasties, TÉgypte les avait consacrées et accréditées a fa fois , en les déposant dans les sanctuaires des dieux, et en leur donnant une publicité facilement contrôlée par les monuments nombreux qui ornaient
toutes les cités, et même de moindre* lieux de TÉgypte et de la Nubie égyptienne.
Les éléments de la chronologie égyptienne se retrouvent donc revêtus d'une évidente authenticité dans les listes de la Vieille Chronique, dans les Listes de Manéthon , dans ses manuscrits de tout ordre et d'époques diverses, le Canon royal sur papyrus du musée de Turin, la Table royale d'Abydos, les tables analogues de Carnak et des tombeaux de la Thébaïde; dans les dates nombreuses qui se lisent sur les stèles, les temples , les palais , sur les monuments isoles de tout ordre et en toute matière: et tous ces éléments, infiniment variés d'époque et d'objet, concourent unanimement à composer, à démontrer et à confirmer un seul et même système chronologique pour l'histoire de l'antique Égypte; système qui consiste dans la liste de ses rois rangés dans une série de dynasties successives, entre lesquelles se partage inégalement, mais d'après un même principe, et par des computs naturels, par des calculs uniformément employés dans les annales vraies de tous les peuples connus , toute la durée de celles de l'empire égyptien , depuis sa fondation jusqu'à son abaissement au rang de simple province romaine.
Avec une telle abondance de documents, on appelait avec ardeur la lumière qui devait éclairer et révéler la durée et les périodes successives des temps qu'ils embrassent; il fallait surtout y découvrir des synchronismes certains avec les annales des peuples qui existèrent en même temps, et, par cet accord, fortifier la confiance dans les annales de TÉgypte et celles de ses contemporains.
Les deux points extrêmes de cette immense échelle des temps historiques étant connus, et celui qui est le plus près de nous avec une pleine certitude, dès lors l'appréciation des temps intermédiaires n'était plus une insoluble difficulté; et, en plaçant la durée des dynasties antérieures à celle des Perses au-dessus de Tan 525 avant Tère chrétienne, époque précise de l'invasion
de l'Égypte par Gambyse qui fut le chef de cette dynastie, on trouvait la place successive de toutes les dynasties antérieures à ce «conquérant, et, par suite de ces premières données, la place de chacun des rois de chacune de ces dynasties. Mais, pour réaliser ce précieux résultat, on devait désirer aussi , comme moyen de critique et de comparaison, quelques faits d'une certitude évidente et intime , qui se placeraient comme des jalons lumineux dans ce long espace d'années, pour diriger et raffermir en même temps la curiosité et les recherches de l'historien. Ces jalons n'ont pas manqué à ses justes désirs; le mathématicien Théon en a laissé un fort évident , en un livre de ses commentaires sur l'Almageste de Ptolémée : il résulte, en effet, d'un passage plusieurs fois publié, que le renouvellement d'une période sothiaque s'opéra sous le règne d'un roi que Théon nomme Ménophrèsx et que ce renouvellement fut celui qui arriva Tan 1822 avant l'ère chrétienne; or, dans les listes des rois d'Égypte, dressées, d'après Manéthon, sur les données qui précèdent, le règne tfAmènophis, troisième roi de la XIXe dynastie, renferme en effet dans sa durée cette même année 1322.
Pour une époque moins ancienne, la Bible rapporte qu'un roi d'Égypte, qu'elle nomme Sckéchôk, attaqua et prit Jérusalem d'où il enleva les boucliers d'or de Salomon , et que cela arriva dans la cinquième année du règne de Roboam : or, on voit parmi les sculptures du palais de Karnac à Thèmes, la représentation des conquêtes du pharaon Schéchonk ( le Sésonchis des listes de Manéthon), dans des contrées diverses , limitrophes de l'Égypte ; il conduit aux pieds de la trinite de Thèbes les chefs des nations qu'il a vaincues; parmi eux est figuré le royaume de Juda , peut-être Roboam luimême (voy. pl. 76) : et notre liste chronologique des rois d'Égypte nous montre le pharaon Schéchonk régnant à l'époque même où les listes de la chronologie sacrée ont inscrit Roboam ; nouveau synchronisme, dont la criti-
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que la moins crédule ne peut rejeter 1 imposante autorité.
Si l'on remonte aux temps de la XVIir dynastie, on la voit s'établir après l'expulsion des Pasteurs qui composèrent la XVII*, conquérants étrangers , Scythes très-vraisemblablement , qui détruisirent tant qu'ils le purent 1 ordre politique auquel l'Égypte devait déjà des siècles de prospérité, régnant par la force, réunis en hordes farouches, ignorantes de toute culture, incapables de tout ordre, et vrais fléaux de toute civilisation. Venus par l'Est, ils se rendirent maîtres de la basse Égypte et de l'Égypte moyenne; ils s'étamirent dans une ville fortifiée nommée Aouaris , et se donnèrent un chef qui eut cinq successeurs; le troisième se nommait Apophis. C'est de ce chef, disent unanimement les chroniqueurs chrétiens, que Joseph, fils de Jacob, fut le premier ministre; et Joseph, en effet, élève de la civilisation particulière aux tribus arabes, devait paraître un habile administrateur aux yeux d'un chef de hordes qui n'étaient pas même parvenues à la sociabilité de l'état pastoral : et ce n'était que sous un tel chef en Égypte qu'on pouvait trouver un pareil ministre.
Or, dans notre tableau des dynasties de Manéthon , la XVI", contemporaine d'Abraham, et la XVIIe. qui fut celle des Pasteurs dont Joseph fut un des ministres, sont en parfaite concordance avec ce que la chronologie sacrée rapporte encore des deux patriarches , et avec l'époque de la XVIII* dynastie pharaonique, dont la restauration est assez clairement indiquée par ces mots de la Bible : Et tune swrexitrex noms qui ignorabat Joseph.
Il est vrai qu'il existe contre ces résultats une objection grave par ellemême et par l'autorité du savant qui la produit ; la voici : Les Pasteurs détruisirent tous les monuments de la civilisation et des arts de l'Égypte, dans la basse Égypte surtout, leur séjour habituel; il est certain aussi que les monuments antérieurs à la XVIII" dynastie, subsistants à leur place, sont d'une extrême rareté; cependant on
L'UNIVERS
voit encore à Héliopolis, sur son piédestal , un obélisque qui porte le nom du roi Osostasen Ier, l'un des princes de la XVI* dynastie (pl. 74 ) ; et puisque ce monument est encore sur pied, on peut en conclure que l'invasion des Pasteurs fut antérieure à cette XVIe dvnastie. On trouve, en effet, un ancfen texte qui paraît rapporter cette invasion aux temps ae la XV* dynastie. Mais il est à observer que les meilleurs critiques s'accordent unanimement à considérer la dynastie des Pasteurs comme contemporaine de la XVII* des Pharaons; que l'obélisque d'Héliopolis est le seul monument entier de cette XVIe dynastie, qui subsiste encore; qu'on n'en trouve en Égypte que très-peu de la XVIIe ; et aue, pour expliquer cette circonstance absolument uni-
3ue, cette objection unique aussi, tirée e l'obélisque d'Héliopolis, il suffira de penser que cet obélisque , renversé d'abord, et conservé dans les ruines de la ville où il fut primitivement érigé, à Héliopolis ou toute autre, fut ensuite réédifié à Héliopolis , après le rétablissement de l'ancienne autorité en Égypte. C'est ainsi qu'on voit encore à Alexandrie, ville toute grecque, un obélisque qui avait été exécuté dans une ville toute égyptienne, au nom du roi Moeris , antérieur de douze siècles à Alexandre, et cet obélisque ne put être élevé à Alexandrie, où il est aujourd'hui placé, que dans des temps bien postérieurs.
Un autre fait d'une haute autorité peut aussi corroborer notre opinion:
c'est l'existence , comme simples matériaux, dans les ruines des monuments actuels de Thèbes élevés par des rois de la XVIIIe dynastie, de débris sculptés provenant des édifices de la XVIe dynastie et des dynasties antérieures, que détruisirent ces mêmes Pasteurs. Les six rois de cette origine sont inscrits dans la XVIIe dynastie; mais il exista synchroniquement une XVIIe dynastie de Pharaons qui s'étaient retirés en haute Égypte et vers les côtes de la mer Rouge , fuyant devant les déprédations commises par ces étrangers, maîtres de Memphis. L'histoire écrite
mentionne ces ravages des Pasteurs et leur durée; l'histoire écrite mentionne aussi les Pharaons contemporains, et un certain nombre de monuments encore existants prouvent invinciblement le succès de leurs efforts pour maintenir, sur jm point quelconque du sol égyptien , l'antique autorite et les antiques institutions nationales. Ces monuments portent des dates, et nous instruisent de la durée du règne de quelques-uns de ces Pharaons. Ils n'élevèrent pas des édifices aux dieux de l'Egypte, à Thèbes ni ailleurs, parce que "des étrangers avaient envahi la basse et la moyenne Égypte ; que toutes les ressources de ces Pharaons étaient tournées vers l'expulsion de ces barbares : il faut donc laisser à la XVIIe dynastie les Pasteurs, qui ne furent définitivement chassés que par le premier roi de la XVIIIe. Ce triomphe mémorable est fixé, par l'autorité des meilleurs documents, vers l'an 1822 avant l'ère chrétienne, et cette date est comme un jalon intermédiaire auquel on peut avec certitude rapporter les dates antérieures et les dates postérieures de l'histoire de PÉgypte ; elle est comme la clef de sa chronologie, et le point initial ou médiat d'une échelle sur laquelle se placeront comme d'euxmêmes tous les événements connus et à connaître des annales égyptiennes.
On ne saurait raisonnablement exiger plus de certitudes, et il serait à désirer, pour celles de l'histoire ancienne en général , et même pour les annales des premiers siècles des temps modernes, qu'une égale réunion ae documents authentiques vînt jeter de semblables lumières sur leurs trop nombreuses obscurités.
L'ancienne Égypte jouira donc, à juste titre, des avantages qu'elle attendait de l'attention religieuse avec laquelle elle faisait recueillir les faits importants de son histoire, du zèle éclairé et persévérant de ses annalistes à inscrire ces faits dans les registres déposés aux archives des temples, à les graver sur les édifices publics. Les savants de la Grèce virent tous ces documents historiques; Manéthon les com-
l)t)«>li.s< o df ilcliopolia
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puisa , les traduisit en langue grecque, pour compléter cette faible esquisse De ces mêmes documents, quelques- d'un si grand sujet , à retracer un préuns subsistent encore, et nous les cis historique des principaux événeavons aussi étudiés et traduits dans les ments , intérieurs et extérieurs , qui idiomes modernes. Une foule de mo- figurent dans les annales égyptiennes , numents isolés corroborent de leur durant l'intervalle borné entre l'invanaïf témoignage les témoignages de ces sion de l'Egypte par les Arabes , sous la mêmes monuments publics : la chrono- conduite d Omar second , successeur de logie des temps historiques de l'Egypte Mahomet leur prophète , et les plus anest donc fondée sur des certitudes , et ciennes époques mentionnées pour l'Énous venons d'en résumer ici l'exposé gypte dans les ouvrages des hommes, très-conséquent. Nous pouvons donc, Pour la première fois on trouvera dès à présent, essayer de présenter, dans ce précis le résumé des témoignadressé dans l'ordre même des temps, un ges que renferment et les écrits autnentableau sommaire , un précis historique tiques qui nous sont restés de l'antiquité des événements politiques ou militai- classique, et les monuments égyptiens res, de l'état des principales institu- encore subsistants, revêtus de cette tions publiques, de l'origine et de l'épo- inaltérable autorité que les siècles ont que des plus remarquables productions consacrée , et que leur étude impartiale des arts en Égypte, depuis les temps confirme de plus en plus. Ces monutes plus anciens jusqu'à la tin de la do- ments publics, temples ou palais, ont exmi nation romaine en Orient. Tel sera cité au plus haut degré l'admiration de le sujet du paragraphe suivant de cet tous les hommes qui les ont vus; ils ouvrage. sont couverts sur toutes leurs parois
de tableaux sculptés et d'inscriptions
S xt. précis historique. retraçant en un grave langage les traits
divers de l'histoire des rois qui les éle- On a expose sommairement, dans vèrent aux dieux ou les édifièrent pour les paragraphes qui précèdent celui-ci , y faire leur demeure ; et ces sculptures les opinions et les usages de la nation contiennent une foule de noms et de égyptienne en ce qui concerne ses prin- dates. D'autres ouvrages moins consiei pales institutions; ce qu'elle pensa de dérables, également authentiques, orises origines , de son antiquité, et de la ginaux, non moins dignes de l'attenterre qu'el le habita ; de Dieu, et corn- tive confiance de l'historien, ajoutent ment elle l'adora ; de l'univers, et corn- à cette première série de données, d'aument elle le connut ; d'elle-même, enfin, très renseignements égaux en nombre et comment elle s'organisa, se nourrit, comme en autorité, et les uns et les s'habilla, régla sa police et ses lois , autres concourent à constituer cet endon na des préceptes etdes types aux arts semble de notions historiques qui dondivers qu'elle cultiva; comment elle les nent aux annales d'un peuple toute appropria au culte des dieux , à l'orne- leur valeur, en y répandant à la fois )a ment des cités, à tous les établisse- lumière et la certitude. Celles de l'Éments d'utilité publique, tels que les gypte en retireront inévitablement cet veut une civilisation successivement avantage; et pour une grande partie perfectionnée par les conseils d'une Ion- de ces annales, ces mêmes monuments gue expérience , et par les méditations se trouvent en un accord trop conshabituelles de ce peuple sage, réfléchi, tant avec les listes chronologiques des moral et laborieux. On a également es- dynasties égyptiennes de Manéthon , sayé de donner une idée précise et com- pour que l'on veuille, pour que l'on plete de la littérature de l'ancienne puisse séparer ou isoler des témoigna- *?gypte, de l'origine et de la constitu- ges d'un tel ordre ; car nous croyons tion de sa langue , de celle de son écri- a la véracité de ces listes d'hommes , ture , agent général de la pensée par- comme à l'autorité des autres monu- •out où cet art fut connu. Il nous reste, ments qui n'ont rien non plus de sur-
humain. Le lecteur sait donc déjà que nous prendrons pour guides dans ce précis historique les listes de Manéthon et les monuments originaux.
Pour un long intervalle de temps ils se corroborent réciproquement; quand on s'enfonce plus avant dans les anciennes époques , Manéthon est seul , car la barbarie a aussi ses antiquités dans l'histoire de ses œuvres ; mais nous recueillerons religieusement tous les indices que pourront fournir, pour les anciens temps , les monuments de tout âge , même les plus modestes.
Diodore de Sicile a tracé en quelques lignes un résumé assez exact de l'nistoire générale de l'Égypte, et il est remarquable que ce résumé peut , à quelques différences numériques près, convenir à notre propre travail, a nos propres idées, comme si Diodore avait acquis par son voyage en Égypte la science ou la conviction de la concordance des monuments avec Manéthon.
Et comme pour prévenir toute méprise à ce sujet, Diodore a exactement séparé la cosmogonie des Égyptiens, dans laauelle figurent leurs dieux et leurs héros , de leurs annales qui ne s'occupent que des hommes, en un mot, leur mythologie de leur histoire.
Il s'exprime ainsi (liv. I, 2e partie, chap. 44) : « Suivant leur mythologie, quelques Égyptiens prétendent qu'en premier lieu, les dieux et les héros ré-
§nèrent en Egypte pendant un espace e temps qu'us n'estiment pas beaucoup au-dessous de dix-huit mille ans, et que le dernier des dieux qui fut roi est Horus, fils d'Isis.
« Depuis, le pays a été gouverné par des hommes qui régnèrent un peu moins de cinq mille ans, jusqu'à la 180" olympiade ( 60 ans avant l'ère chrétienne ). Parmi cette longue série de souverains, dont le plus grand nombre était indigène, l'on en trouve à peine quelquesuns d'origine éthiopienne, perse ou macédonienne, et l'on compte seulement quatre rois éthiopiens qui n'ont pas même régné de suite, mais de loin a loin , un peu moins de 36 ans. Depuis Cambyse, qui soumit par les armes la nation égyptienne, les Perses
régnèrent sur elle 135 ans, auxquels il faut ajouter le temps des diverses révoltes des Égyptiens, qui ne purent tolérer ni In iureté des gouverneurs établis par les rois de Perse, ni l'impiété que les conquérants manifestaient envers les dieux du pays ; enfin , les Macédoniens tinrent le sceptre en Égypte pendant 270 ans. Dans tout le reste du temps , le pays n'eut pour souverains que des rois indigènes : l'on en compte 470 et 5 reines. Les prêtres conservaient dans des livres sacrés, qu'ils transmettaient à leurs successeurs, les annales historiques de tous ces rois , en remontant jusqu'aux époques les plus reculées. On y trouvait consigné ouelle avait été la puissance de chacun de ces souverains, quel était son caractère, ce qu'il avait fait pendant la durée de son règne ; mais pour nous, ajoute Diodore de Sicile, il serait superflu et trop long de donner des uns et des autres une histoire séparée qui embrasserait nécessairement une foule d'objets inutiles : nous essayerons donc seulement d'exposer en abrégé les faits principaux et dignes d'être conservés dans la mémoire des hommes. »
Cette dernière réflexion de Diodore ne peut manquer d'exciter quelques regrets; malheureusement on n'en est plus, de notre temps, en ce qui concerne les annales de l'antique Égypte, à la nécessité d'abréger, car nonseulement l'ensemble des documents connus jusqu'à ce jour ne contierit rien de superflu ni de trop long ; il y reste au contraire d'immenses lacunes, et les écrivains modernes en sont réduits aux abrégés d'Hérodote, de Manéthon, de Diodore, aux abrégés même des monuments, puisqu'ils sont tous ou mutilés ou détruits.
Parmi les documents historiques, le tableau des dynasties égyptiennes est celui qui nous reste le plus entier, du moins par rapport au système général qui présida à sa rédaction. Cette liste, par les noms des rois qui s'y succèdent dans l'ordre du temps, et par l'indication du nombre des années du règne de chaque prince ou de chaque dynastie , forme une véritable échelle chrouologl-
ÉGYPTE
que sur laquelle les noms et les faits ont d'avance leur place marquée : suivons ce fil conducteur dans 1 ensemble des temps et des événements que nous entreprenons de raconter.
« Après le règne des demi-dieux, dit Manéthon, et celui des Mânes, vint la première dynastie, composée de huit rois qui régnèrent ensemble pendant 252 ans. Ménès fut le premier de ces rois : il était originaire de This ; il porta les armes égyptiennes dans les pays étrangers et se rendit illustre ; il fut enlevé par un hippopotame, après un règne de 62 ans. »
Ménès, chef de la caste militaire, opéra heureusement la révolution qui substitua le gouvernement civil à la théocratie ; il fut revêtu le premier du titre de roi; et de ce nouvel ordre de choses , sortit le gouvernement royal héréditaire. Quoique occupé de conquêtes au dehors par la guerre, Ménès ( ou plutôt Ménei d'après les monuments ) ne négligea pas les établissements delà paix. Il jeta les fondements de Mempliis, prévoyant avec raison que la grande Thèbes , ville toute sacerdotale, pourrait demeurer sous des influences plus puissantes que celles du gouvernement nouveau. Il fortifia et garantit la nouvelle ville par des chaussées, redressa le coude du Nil pour le porter plus au midi, fit creuser un lac pour la détendre au nord , et éleva le temple de Phtha, édifice célèbre à toutes les époques de la monarchie égyptienne. Sous son règne, le luxe, jusque-là réservé pour les demeures et le culte des dieux, s'introduisit dans les habitations et les usages des hommes; moyen d'un effet puissant pour adoucir les mœurs de la nation , exciter son génie, la fortifier et l'enrichir ; circonstance toutefois qui nuisit à la mémoire de Ménès dans l'estime de la postérité.
Les monuments ont cependant conservé le nom du fondateur de la monarchie égyptienne, et c'est à ce titre qu'il se trouve inscrit le premier dans les listes royales qu'on voit gravées dans divers temples de PÉgypte encore subsistants. Ménès est le premier nom
de la table royale du Memnomum de Thèbes , table sculptée dans ce temple durant le règne de Sésostris ; imitant en cela tant d'autres rois égyptiens qui , pour honorer leurs ancêtres par un culte ou des offrandes, rappelaient d'abord dans ces tableaux historiques' leurs plus proches aïeux, et inscrivaient toujours Ménès en téte de ces listes, plus ou moins nombreuses, de leurs pères et prédécesseurs. La table royale sculptée dans la chambre des rois du palais de Karnac à Thèbes, ne renferme pas moins de 60 figures de rois égyptiens, accompagnées de leurs noms; ils reçoivent les offrandes et les adorations de Thouthmosis m (Mœris), leur successeur vers l'an 1700 avant l'ère chrétienne. Enfin, le célèbre canon chronologique des dynasties égyptiennes, écrit sur papyrus en caractères hiératiques, composé vers le XV* siècle avant notre ère , et appartenant au musée de Turin , s'ouvre par le nom même du roi Ménès , en ces termes : Stn Mnei nphr nnecooutniou.... Le roi Ménès exerça les attributions royales. ... années. ( Manuscrits de Champollion le jeune. )
A Mènes succéda son fils Athothis (Athôth), qui fit bâtir le palais des rois a Memphis, cultiva les sciences physiques , écrivit un ouvrage d'anatomie, et mourut après 27 ans de règne.
L'histoire ne mentionne pas de ce prince d'autre action mémorable. Six autres lui succédèrent de père en fils : Cencènes, qui régna 31 ans; Ouanéphis, dont le règne dura 42 ans, et fut marqué par une famine qui désola PÉgypte; Ousaphès et Nierais, qui occupèrent le trône sans lustre et sans
§loire, s'il faut en juger par le silence es historiens -, le premier pendant 20 ans, le second pendant 26; Mempsès (ou Simempsis), qui régna 18 ans, période féconde en grands crimes, et pendant laquelle une peste cruelle ravagea PÉgvpte; enfin, Oubienthis ou Vibithis qui régna 26 ans, et fut le dernier des rois de la première dynastie.
La seconde fut composée de neuf princes, d'origine thinite - thébaine , comme ceux de la première, et elle régna en Egypte pendant 297 ans. Le
premier de ses rois porta le nom de Bôchos, et régna 88 ans. Durant ce règne, un gouffre s'ouvrit auprès de Bubaste, et occasionna la mort de plusieurs personnes. A Bôchos succéda Choùs,qui régna 39 ans et régla le culte des trois animaux sacrés , Apis à Memphis, Menévis à Héliopolis, et le bouc à Mendès.
Biophis, qui régna 47 ans, fut le troisième roi de la seconde dynastie.
C'est à lui que l'histoire fait honneur d'une loi nouvelle en Égypte , celle qui appela les femmes à la succession de l'autorité royale; institution fondamentale, propre à tout État où la loi est toute-puissante, le pouvoir pondéré par l'influence des castes ou les privilèges des corps politiques, et que l' Égypte conserva jusqu'aux derniers moments de son existence sociale.
L'histoire nomme à peine les trois successeurs de Biophis, Tlas, Sethinès , Choerès ; elle se borne à dire qu'ils ne firent rien de remarquable; jugement dont le laconisme augmente encore la sévérité.
Après eux, Népherchérès régna 26 ans ; et si la tradition recueillie dans les annales publiques ne cache pas quelue allusion , il faudra croire que penant onze jours les eaux du Nfl furent mêlées de miel.
Le règne suivant, celui de Sésochris , qui dura 48 ans , fut marqué par un autre prodige : le roi était d'une corpulence extraordinaire; il avait cinq coudées de haut (2 mètres et demi) et trois coudées de larçe. Son successeur se nomma Cbénerès. ; ce nom est tout ce qui nous reste de son histoire. 11 fut le dernier roi de la IIe dynastie.
La troisième dynastie fut originaire de Memphis ; composée de huit rois , eHe occupa le trône pendant 197 ans.
Néchérophès en ouvre la liste, et on attribue 28 ans à son règne. Il fut troublé par la guerre : les Libyens attaquèrent l'Égypte ; mais, effrayés par une grandeur en apparence extraordinaire de la lune, ils se soumirent d'eux-mêmes et rentrèrent dans l'ordre. Néchérophès eut pour successeur Sésorthos, qui régna 29 ans; il fut
très-habile en médecine, et c'est pour cela que les Égyptiens le considérèrent comme leur Esculape. On lui attribue aussi l'art de tailler les pierres pour la construction des édifices ; tradition incomplète sans doute, puisque Thèbes et Memphis existaient avant le règne de Sésortnos ; et c'est peut-être plus légitimement qu'on pourrait lui faire honneur de l'application de la scie à la coupe des pierres employées dans les édifices, la figure de ce précieux instrument existant sans nul doute sur les plus anciens monuments de l'Égypte. Ce fut enfin ce même roi , disent les chroniques , qui s'appliqua à donner aux signes de l'écriture des formes exactes et élégantes; contribuant ainsi par ses propres études à perfectionner les institutions publiques , à faciliter dans sa patrie le progrès de la civilisation.
Les six successeurs de Sésorthos sont nommés dans les annales égyptiennes ; mais ils régnèrent sans éclat : Tyris 7 ans , Mésochris 17 ans , Sôuphts 16 ans, Tosertasis 19 ans, Achès et Séphuris 72 ans à tous deux, et Kerphérès 26 ans.
Ce fut cependant par des rois de cette dynastie que furent bâties les pyramides de Sakkarah et de Dahschour; elles sont pour nous les plus anciens monuments sortis de la main des hommes, dans le monde connu.
La quatrième dynastie fut remarquable par le nombre des princes qui la composèrent et la longue durée de leurs règnes. Originaire de Memphis, elle fournit dix-sept rois qui occupèrent le trône pendant 448 ans.
Le premier de cette liste fut nommé Souphi.Il est mentionné dans les annales égyptiennes comme un prince impie et orgueilleux; revenu toutefois au sentiment de ses devoirs, il écrivit sur les choses saprées un livre que les Égyptiens eurent en grande estime. Apres un règne de 63 ans, il eut pour premier successeur Sensaouphi, qui régna aussi 66 ans, et après celui-ci, Manchérès, dont le règne fut encore de 63 ans. On nomme aussi Sôris, Ratoeses , Bichères > Seberchères et
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ÉGYPTE
Tamphtis, parmi les successeurs de ces trois princes; mais il y a de Tincertitude sur la vérité de ces noms , sur leur ordre de succession; et ces incertitudes naissent du silence des abréviateurs de Manéthon, dont un seul a mentionné ces cinq derniers noms dans la liste abrégée de cette quatrième dynastie.
Les pyramides de Ghizé furent édifiées par les trois premiers rois de cette dynastie, et leur servirent de tombeau. Autour de ces immenses monuments s'élèvent d'autres pyramides de moindres proportions , et des tombeaux construits en grandes pierres, qui ont servi de sépulture aux princes de la famille de ces anciens rois.
Il y a peu de distance entre les pyramides de Sakkarah au nord et celles de Ghizé au sud , et elle est occupée par le désert.
A Sakkarah est l'antique cimetière de Memphis , appelé la Plaine des momies, parsemée de pyramides et de tombeaux. Son aspect est aujourd'hui triste et affligeant. La rapacité des fouilleurs y a répandu la dévastation ; les tombeaux ornés de sculptures sont ravagés ; le sol est couvert de monticules de sable produits par les bouleversements, et il est tout parsemé d'ossements humains à découvert, blanchis par le temps , restes des plus vieilles générations.
A Ghizé, sont les pyramides les plus célèbres par leurs masses; ces merveilles ont besoin d'être étudiées de près pour être bien appréciées ; elles semblent diminuer de hauteur à mesure qu'on en approche , et ce n'est qu'en touchant les blocs de pierre dont elles sont formées, qu'on acquiert une idée juste de leur masse et de leur immensité.
Ici le lecteur doit attendre la description des pvramides; nous ne parlerons toutefois que de la plus grande, de celle de Ghize, celle de toutes qui a été la plus étudiée et qui est la plus connue.
Notre planche 10 donne l'aspect général des pyramides des environs de Memphis, entre la rive gauche du ÎVil
et la chaîne libyque, ét du sphinx, qui s'élève au-dessus du sol de la même plaine. Dans la planche 39 , ces pyramides surgissent à l'horizon au milieu des palmiers, des Turcs et des ruines de l'antique capitale; la planche 60 offre la véritable physionomie de la grande pyramide et du sphinx qui l'avoisine. Enfin l'entrée et rintérieur de cette même pyramide sont géométriquement figures sur notre planche 75. Quelques mots encore, consacrés à sa description , feront connaître complètement ce merveilleux monument.
La première assise de pierre repose sur le rocher même qui rorme ta plaine , et cette assise y est placée dans une ligne parfaitement dressée et creusée verticalement de sept à huit pouces. Au-dessous de cette première assise encastrée , le rocher est taillé en socle régulier, avant cinq pieds huit pouces et demi de hauteur. Le rocher qui fournit le socle, est naturellement élevé de près de cent pieds au-dessus des plus grandes eaux du Nil , et il forme un solide dont on n'a pas trouvé la base à deux cents pieds de profondeur. A sa surface, c'est un désert privé de toute espèce de végétation :
l'homme ne s'y manifeste que par ses ossements impitoyablement exnumés de leurs tombeaux.
Au-dessus de la première assise encastrée , on en compte deux cent deux autres placées successivement en retraite, la supérieure sur l'inférieure, d'environ neuf pouces et demi par pied d'élévation , mesure moyenne, et formant autant de gradins. Ces deux cent trois gradins , au-dessus du socle qui les porte, donnent à la pyramide pour hauteur verticale quatre cent vingt-huit pieds trois pouces et quelques lignes (139 mètres 117 millim.); mais, dans l'état actuel du monument , on voit que deux assises au moins ont été abattues à son sommet : en tenant compte de cette destruction et du socle pris dans le rocher, la hauteur totale et primitive de la grande pyramide devait être de quatre cent cinquante pieds moins quelques pouces ;
c'est plus de deux fois la hauteur des tours de l'église Notre-Dame de Paris.
La base du monument a été mesurée à la ligne d'encastrement de la première assise, et elle a été reconnue longue de sept cent seize pieds et demi (282 mètres 747 millimètres) : il en résulte un volume d'un million quatre cent quarante-quatre mille six cent soixante-quatre toises cubes, en ne tenant pas compte des vides peu considérables qui existent dans l'intérieur.
Les matériaux d'une si colossale construction furent tirés des carrières de Thorrah , sur la rive droite du Nil , précisément en face de Memphis. Ces carrières de calcaire blanc furent exploitées du temps des Pharaons, des Perses , des Ptolémées , des Romains et des Arabes; de nombreuses inscriptions tracées durant ces époques diverses en rendent encore témoignage : les derniers voyageurs français en Egypte y ont découvert les noms d'Auguste, de Ptolémée, d'Achoris; et deux stèles sculptées dans les deux carrières les plus vastes de toutes , leur ont appris que ces deux carrières furent ouvertes en l'année 22 du règne d'Amosis, le Pharaon prédécesseur de la dix -huitième dynastie, et que les matériaux qui en furent extraits furent employés à la réparation des temples d'Apis, Phthaet Ammon a Memphis. En examinant les pierres du parement des galeries et de la chambre inférieure de la pyramide, on est aussitôt convaincu que ces pierres ont été en effet tirées des carrières de Thorrah et de Messarah , dans la petite chaîne arabique nommée aujourd'hui le Mokattam.
L'emploi de ces matériaux est remarquable en ce qu'on reconnaît sans peine qu'il est difficile d'appareiller avec plus d'exactitude , d'établir des lignes plus droites , et des joints plus parfaits que ceux que présente la construction intérieure de la grande pyramide. Chaque pierre des quatre arêtes est incrustée dans la suivante ; la pierre inférieure , creusée de deux pouces , reçoit une saillie égale de la pierre supérieure , et chaque arête est
ainsi liée de toute sa hauteur : aussi n'a-t-on remarqué sur aucun point ni le plus léger écart ni la moindre dégradation.
Selon des traditions d'époques diverses, la grande pyramide aurait été revêtue extérieurement de manière que les gradins étaient couverts par des pierres en forme de prisme triangulaire, qui remplissaient les vides de chaque degré, et la surface de chaque côte de la pyramide était ainsi un plan incliné. Tefa été le dire d'Hérodote et de plusieurs autres écrivains qui ont adopté son avis. Il paraît même que des fragments de granit de forme prismatique, trouvés auprès d'une autre pyramide , servaient à appuyer cette opinion. Mais les difficultés et le défaut de solidité d'une telle construction, en ont fait rejeter l'idée par d'autres écrivains qui ont pensé que le revêtement extérieur de la grande pyramide consistait seulement dans l'emploi d'une pierre plus dure , plus égale, plus susceptible de recevoir un beau poli , que la pierre de la chaîne Libyque, dont on s'est servi pour l'intérieur du monument. Enfin , comme il a fallu niveler la plaine pour asseoir la pyramide, on pense aussi que le noyau du rocher , plus élevé en approchant du centre du monument, a seulement été coupé pour s'ajuster aux pierres du parement. Du reste, rien n'est plus variable que les renseignements sur les pyramides, qui sont consignés dans les écrits des anciens, soit sur leur origine , leur époque ou leur destination , soit sur la dépense qu'elles occasionnèrent et les motifs qui portèrent les rois à les élever. Les auteurs de ces écrits en ont rapporté tout ce qu'ils pouvaient dire d'un monument célèbre qui les frappait d'admiration quand ils le visitaient , mais dont ils ignoraient complètement l'histoire , et dont ils ne pouvaient apprendre de leur temps que les plus fabuleuses traditions. Les écrivains orientaux , venus après les Grecs et les Latins , n'ont fait qu'enchérir sur leurs douteuses assertions.
Nous n'entreprenons pas de les couci*
ÉGYPTE
lier ; nous ne consignons ici que des faits recueillis et authentiqués par le concours des plus exactes observations et des opinions les plus dignes de confiance.
La grande pyramide est exactement orientée, chacun de ses quatre angles fait face à l'un des quatre points cardinaux; ce n'est encore aujourd'hui qu'avec de grandes difficultés qu'on réussirait à tracer une méridienne d'une aussi grande étendue sans dévier; et de cette orientation de la grande pyramide on a tiré ce fait d'une haute importance pour l'histoire physique du globe : c est que depuis plusieurs milliers d'années la position de l'axe terrestre n'a pas .varié d'une manière sensible : et la grande pyramide est le seul monument sur la terre qui, par son antiquité , puisse fournir 1 occasion d'une semblable observation.
La face nord-est de la grande pyramide est celle où se trouve son entrée actuelle, au niveau de la quinzième assise et à quarante-cinq pieds environ d'élévation au-dessus de la base. Le hasard Ta fait découvrir ; à l'époque où l'on a cherché à pénétrer dans la pyramide, l'enlèvement du parement aura mis à découvert une construction différente de tout le reste ; c'était celle qui formait l'entrée de l'étroite galerie du canal incliné, exactement figuré sur notre planche 75 ; ce premier canal a douze toises trois pieds de longueur : il aboutit à un autre de mêmes proportions (trois pieds cinq pouces de haut et de large), mais ascendant et de cent deux pieds de longueur. Un gros bloc de granit le ferme exactement vers le coude de jonction des deux canaux, et il a fallu tourner cet obstacle en brisant les pierres plus tendres qui forment le massif sur la droite du canal, et parallèlement à sa direction. On entre ainsi dans le second canal ; à son extrémité on se trouve sur un palier , et on a à sa droite l'entrée d'un puits profond taillé dans le roc. Là aussi commence un canal horizontal , de dix-neuf toises et demie d'étendue. II conduit à une chambre qu'ôn a nommée Chambre de la Reine,
qui a dix-sept pieds dix pouces de long sur seize pieds un pouce de large. Elle est vide.
En retournant à l'entrée du canal horizontal , on monte dans une nouvelle galerie, longue de cent vingtcinq pieds , et qui en a vingt-cinq de hauteur et six et demi de largeur. De chaque côté sont des banquettes de vingt et un pouces sur dix-neuf de large. Vingt-huit trous, de douze pouces sur six et demi de profondeur, ont été pratiqués sur chaque banquette. Huit assises de pierre en encorbellement forment les murs de cette galerie et donnent l'aspect d'une voûte à son plafond. A son extrémité on arrive sur un palier , de là dans un vestibule qui conduit à une ouverture de trois pieds trois pouces de large, sur trois pieds cinq pouces de haut , et sept pieds dix
f>ouces de longueur ; c'est l'entrée de a chambre supérieure nommée la Chambre du Roi, entrée primitivement fermée et cachée par des blocs de pierre.
Cette chambre est entièrement construite en larges blocs de granit , parfaitement dressés et polis; voici ses dimensions :
Hauteur 18 pieds 0 pouce 5 lignes.
Largeur N. 32 2 8 S. 32 2 10 Largeur 0. 16 1 5 E. 16 0 l
A l'extrémité ouest de la chambre , on voit le sarcophage, aussi en granit, de sept pieds un pouce de long sur trois pieds un pouce de large et trois pieds six pouces de haut : il est placé dans la ligne du nord au sud ; son couvercle n'a pas été vu. Un vide existe au-dessus de cette chambre sépulcrale:
il n'est élevé que de trois pieds; les pierres qui forment cette enceinte, également en granit, sont dressées sans être polies , et celles du plancher, qui est le revers du plafond de la chambre royale , sont brutes et d'une hauteur inégale; il résulte de ce vide un double plafond pour la chambre royale, propre à la préserver des effets de la surcharge supérieure.
Le puits, déjà indiqué à l'entrée
282 L'UNIVERS
de la galerie horizontale , est en grande ses actions et de son antiquité , anté-
partie creusé dans le rocher , dans des rieurs à toutes les traditions de l'ois-
dimensions tellement étroites (vingt- toire, et aussi les titres les pluscer-
deux pouces sur vingt-quatre), qu'un tains et les plus anciens que puisse
homme peut s'y accroupir mais non invoquer le généalogiste des œuvres de
pas s'y courber; c'est cependant un l'intelligence humaine,
travail de main d'homme, et à une Depuis le voyage scientifique et mili-
grande profondeur cm'on a reconnue taire de l'armée française en Égypte,
jusqu'à deux cents pieds. Des entailles et la publication des observations re-
îrregulières pratiquées dans les parois, cueillies sur ce pays, il s'est ouvert à
rendent la descente moins pénible et la civilisation européenne , et de nou-
moins périlleuse. On n'est point par- velles recherches y ont été faites, qui
venu au fond, mais, dans la partie re- compléteront celles que le commence*
connue , on est descendu jusqu'à cin- ment de ce siècle avait produites. Le
quante pieds au-dessous du niveau sphinx des pyramides a été étudié; le
du Nil. sable qui l'encombrait momentanément
C'est dans la partie de la chaîne Li- détourné, et il a été reconnu que ses cebyque qui s'avance à l'est vers la plaine, lossales dimensions avaient permis de qu'existe la ligure du sphinx {Voir pratiquerentrelehautdesesjambesan noire planche 60 ) ; c'est dans une des térieures et son cou , une entrée qu'infaces de la coupure de la chaîne qu'il a diquent d'abord les montants d'une été taillé; il adhère au sol ; et son élé- porte ; elle conduisait à des galeries vation de quarante pieds au-dessus de souterraines creusées dans le rocher ce sol, est le témoin et comme la mesure sur une très-grande distance, et ende la quantité de pierres enlevée à la fin on se trouvait en communication superficie pour dresser cette partie de avec la grande pyramide. Ceci exçli la plaine. La longueur totale du sphinx querait 1° ce que disaient les écrivains monolithe est de trente-neuf mètres arabes , savoir : qu'il y avait plusieurs (cent dix-sept pieds); contour de la puits et galeries souterraines dépentéte au front , vingt-sept mètres (gua- dants de la grande pyramide; 2* qu'il tre-vingt-un pieds); hauteur depuis le y avait dans la tête du sphinx une ouventre jusquau sommet de la tête, verture qui menait à ces galeries et à d ix-sept mètres (cinquante et un pieds), la pyramide ; enfin, on comprend pour- Une excavation de quelques pieds a été quoi on ne pouvait entrer dans la pypratiquée sur la tete : elle servait à y ramide par une porte extérieure, et fixer les ornements et la coiffure royale comment les galeries indiquées sur ou religieuse qui déterminaient l'ex- notre planche étaient extérieurement pression symbolique de ce sphinx. fermées par des blocs de granit.
A cette description, dont l'exactitude La grande pyramide , comme toutes
fera peut-être excuser la monotonie, les autres qui subsistent dans la basse
nous n'avons à ajouter que quelques Égypte , était un tombeau. Le sarco-
observations critiques ou historiques , phage royal occupait la chambre sépul-
dans l'intention de fixer l'opinion du lec- craie; la chambre inférieure pouvait
teur sur l'objet et l'époque de ces mo- être une chapelle destinée aux cérémo-
numents immuables , destinés dès leur nies périodiques ordonnées envers les
origine à frapper d'une admiration dieux ou envers le défunt, et accomplies
non interrompue toutes les générations par ses successeurs,
d'hommes qui devaient se succéder sur D'après les historiens arabes, onau-
la terre, et à s'offrir à elles envelon- rait autrefois recueilli une grande quan
pés d'énigmes, de grandeur et ae tité d'objets précieux dans cette pyra-
souvenirs. Que le génie de l'homme mide , même beaucoup de monnaies
veille religieusement à la conservation d'or. Mais cette tradition est bien nou-
de ces ouvrages merveilleux : ce sont velle pour mériter quelque confiance,
des témoignages de son existence, de et les Arabes sont de trop récente
ÉGYPTE
époque en Égypte pour avoir appris ce que ne sut aucun des anciens Grecs qui virent ce pays avec la plus attentive curiosité. Les Arabes, un seul excepté, Abdaliatif, ont parlé si étourdiment, si merveilleusement des antiquités de l'Égypte , qu'il est difficile de leur accorder la moindre foi, si ce n'est quand de bons observateurs nous certifient que les faits énoncés sont vrais,quoique les Arabes les aient racontés. Il est certain qu'il ne reste dans la pyramide qu'un sarcophage en granit, sépulture ordinaire des rois.
Mais ce sarcophage n'est orné d'aucune figure , ne porte aucune inscription , et jamais on n'en a reconnu aucune trace sur aucune des parties de la pyramide. Hérodote raconte, cependant , que son interprète lui expliqua une inscription gravée sur une des races de la pyramide , et qui contenait le compte des dépenses faites en raves et autres légumes pour les ouvriers qui avaient travaillé à la construction de ce monument ; on disait aussi que cette inscription était tracée sur le revêtement de la pyramide , mais l'on a fait remarquer avec toute raison que le revêtement primitif, s'il fut contemporain du temps de la pyramide, put être postérieurement restauré, et aussi, que le roi qui avait fait faire cet ouvrage (que ses contemporains ni la postérité ne lui pardonnèrent pas), n'avait aucun intérêt à braver la naine publique, en proclamant avec une ostentation sans bénéfice , ces détails d'une dépense qui l'avait rendu odieux universellement. Un fait domine toutes ces considérations ; il n'y a jamais eu un seul trait d'écriture dans la grande pyramide ; le sarcophage en granit en est absolument dépourvu sur toutes ses faces extérieures et intérieures ; les plus anciens tombeaux de Thèbes , et tous les sarcophages qui s'y sont trouvés, ceux-mémes de personnages de conditions secondaires, en sont absolument couverts : l'antiquité des pyramides expliquera suffisamment cette différence. Il paraît donc qu'à l'épqque où elles ont été élevées, l'usage de "écriture n'était pas connu , que le sys-
tème graphique n'était pas constitué, enfin , qu'on ignorait encore l'art de « fixer la parole et de parler aux yeux. » Bien d'autres considérations tirées de faits de divers ordres appuieraient cette opinion assez généralement adoptée, qui nous montre, approximativement il est vrai , le temps où commença l'unedes phis grandes institutions de la civilisation égyptienne; et l'on doit inévitablement suoordonner à cette observation tout ce qui peut être dit de l'invention et de l'usage de l'écriture chez les anciens Égyptiens ; on peut aussi ajouter qu'elle y était inconnue du temps du roi Souphi, le premier des dix-sept princes de la quatrième dynastie.
A quelle époque remonte donc ce règne mémorable par l'exécution de tels monuments? Réunissons ici quelques faits propres à éclaircir les doutes qui environnent la solution de cette question. Hérodote place le roi gui fit bâtir la grande pyramide, après un Sésostris , et au cinquième règne avant l'Éthiopien Sabaccon. Quant" à Sésostris, on est enclin à croire que ce nom, ou celui de Sésoosis, fut porté par plusieurs princes célèbres pour leurs faits militaires, dans les annales de l'Égjpte : et s'il s'agissait du Sésostris qui avait sur les monuments le nom ae Rhamsès (III) , ce serait entre le milieu du XVe siècle avant l'ère chré- tienne , temps du règne de Sésostris , I et le commencement du VHP siècle avant la même ère, époque du roi Sabaccon, qu'il faudrait placer la construction des pyramides. Une telle opinion n'aurait aucun fondement , et le déplacement évident des noms et de leurs époques relatives , dans le texte d'Hérodote qui cite quelques noms célèbres sans avoir l'intention de rapporter la liste complète et chronologique des dynasties égyptiennes, concourt à faire rejeter une telle indication. On peut appliquer la même considération à ce qu'a dit sur le même sujet un autre écrivain çrec , Diodore de Sicile , car Champolhon le jeune a découvert, dans le fossé mémedfe la seconde pyramide, près de l'angle et de face nord, le tomteau d'un officier de Sésostris ; de plus,
L'UNIVERS
il est avéré qu'il se trouve sur le grand sphinx une inscription hiéroglyphique datée du règne de Thouthmosis IV, qui précéda Sésostris de plus de deux cent cinquante années. On sait aussi qu'on a recueilli dans les tombeaux creusés dans le roc au voisinage des pyramides , des noms de rois qui ne se trouvent pas dans la série successive, et règne par règne, des dynasties égyptiennes, à commencer par le premier roi de la dix-septième dynastie , dont le règne remonte à un peu plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne. Il faut donc, sur l'antiquité des pyramides, suivre l'opinion des écrivains nationaux qui pouvaient être bien instruits par des recherches consciencieuses dans les archives publiques , et laisser avec Ma net lion, la grande pyramide de Ghizé dans le tableau des laits mémorables du premier roi de la IVe dynastie.
Il paraît aussi que des tombeaux creuses peu de temps après, pour des parents ou des officiers des rois de cette époque, offrent déjà des preuves de la pratique de la peinture, car ces tombeaux en sont décorés; et aussi de l'écriture, car on y a recueilli des inscriptions. Enfin , une dernière observation nous est suggérée par les monuments , et elle nous semble trèsimportante : le nom de la ville de Memphis , écrit phonétiquement dans les textes hiéroglyphiques, et qui se prononçait Mannophré ou bien Monnoujx, a pour caractère déterminât if spécial, la fisure d'une pyramide placée avant même le caractère déterminatif générique qui signifie ville ou contrée, on peut en induire que lorsque l'orthographe du nom vulgaire delà ville de Phtha,ou demeure de Phtha, nom sacré de Memphis, fut réglée , les pyramides voisines de cette ville existaient déjà, et qu'elles pourraient avoir précédé l'usage de l'écriture , au moins l'introduction de l'écriture alphabétique dans le système hiéroglyphique; et il n'existe pas de monument connu dans lequel on puisse remarquer l'absence de cette écriture alphabétique. Dans un des plus anciens tombeaux de PÉeypte, creusé dans le roc au-dessous de la surface
du sol , au milieu des pyramides d« Sakkara , mon frère a recueilli le cartouche-prénom d'un très -vieux roi dont il n'existe pas de mention dans les tables généalogiques qui remontent à l'invasion des Pasteurs; et à côté du cartouche-prénom, est placé le nom propre du même roi , écrit en caractères alphabétiques, et qui se lit Ossé ou Asso. Mais nous serions forcés d'étendre cet exposé au delà des bornes que nous devons lui imposer ici, s'il nous fallait énumérer tous les motifs qui peuvent porter le lecteur à considérer, en toute conscience, les pyramides de Sakkara et de Ghizé, comme les plus anciens ouvrages sortis de la main des hommes, comme les plus anciens monuments de la terre, et antérieurs à toutes les autres preuves connues de l'antiquité des sciences, des efforts et des succès de l'intelligence humaine. Celles que la grande pyramide porte en soi, et que des nommes habiles ont développées sous les rapports astronomiques et géométriques, témoignent de l'avancement de la civilisation égyptienne, dans la pratique des arts les plus utiles aux nommes, à l'époque de l'établissement de la IVe dynastie des rois héréditaires. Souphi en fut le vingt -sixième depuis Ménès.
Sensaouphi, son successeur, éleva aussi, pour lui servir de tombeau, une grande pyramide près de celle de Sou-
()hi ; Mankherri , troisième roi , imita 'exemple de ses prédécesseurs. Les trois grandes pyramides de Ghizé sont les trois tombeaux de ces trois souverains ; les deux plus récentes des trois ne paraissent pas avoir été ouvertes.
On compte depuis Ménès jusqu'à la fin de la IVe dynastie, quarante-deux règnes et 1194 années.
Dès lors, Memphis perdit temporairement l'avantage de voir sur le trône d'Égypte des familles originaires de ses murs. La Ve dynastie sortit en effet d'Éléphantine, île située aux frontières méridionales de l'Égypte vers l'Éthiopie.
Cette cinquième dynastie eut pour chef Ouserchérès , et l'on ignore pal
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quelles circonstances il fut appelé à remplacer sur le trône d'Égypte l'héritier des deux familles memphites qui venaient de l'occuper pendant plus de six siècles. On n'est pas plus instruit sur les événements de son règne , sur ses vices ou sur ses vertus ; on sait seulement qu'il régna 28 ans. Il eut huit successeurs qui régnèrent, savoir : Séphrès 13 ans, NépVierchérès 20 , Sisiris 7 , Chérès 20 , Rathouris 44 , Menchérès 9 , Tanchérès 44 années aussi , et Onnos 33. La durée totale de la Ve dynastie fut ainsi de 248 ans et de 9 règnes.
On a pu remarquer , dans la liste de ses rois , plusieurs noms terminés par les deux syllabes chérès; il en est de même pour les princes de la dynastie précédente , et nous arrêterons un moment le lecteur sur cette particularité, afin de l'informer en même temps qu'on trouve, parmi les plus anciens rois d'Égypte de la liste qui résulte du Canon chronologique fourni par le papyrus hiératiques de Turin . plusieurs noms de ces vieux Pharaons terminés aussi par les mêmes syllabes chérès, des noms même absolument identiques avec ceux que les abréviateurs de Manéthon nous donnent comme appartenant à des rois de la IVe et de la Ve dynastie : et une telle analogie peut un jour acquérir quelque poids dans l'ensemble des preuves pour l'histoire des premiers temps de la monarchie égyptienne. Du reste, l'examen attentif des monuments, et en particulier celui des cartouches -prénoms des rois, nous porte à croire, et par l'analogie des signes graphiques et
{>ar l'analogie d'expression qui en est a conséquence, qu on s'attacha à multiplier ces rapports, pour un motif qui nous est inconnu , par respect peutêtre pour un ancêtre ou pour un grand roi ; ce qui multiplia ainsi la désinence chérès, et les deux bras élevés en signe d'adoration, qui en sont le signe graphique dans les cartouches des rois des plus anciennes dynasties, et ensuite dans ceux de la XVIe et de la XVIIe.
On remarque de même dans les cartouches provenant des rois de la XVIIIe, •e signe du monde, le scarabée, six
PTE. 285
fois adopté pour les prénoms royaux d'autant de princes qui se succédèrent dans cette même dynastie. Ce qui s'est passé dans les temps modernes fournirait des exemples analogues , de pratiques inspirées par des motifs humains ou religieux.
A la mort du dernier roi de la cinquième dynastie, une famille nouvelle parvint au trône : nous ignorons par quelle voie ; mais on sait que la ville royale de Memphis récupéra son ancien privilège et le conserva pendant plusieurs siècles; la VIe dynastie et les deux qui lui succédèrent furent en effet originaires de cette célèbre capitale.
Othoès fut le premier roi de la VIe dynastie ; il lut mis à mort par ses propres gardes ; voilà tout ce que l'on sait de sa vie. L'histoire écrite garde un silence non moins regrettable sur les quatre premiers successeurs d'Othoès : elle les nomme Phios, qui régna pendant 53 ans; Méthousouphis, pendant 7 ans; Phiôps, qui vécut jusqu'à l'âge de cent ans ; et Mentbesouphis, qui n'occupa le trône que pendant une année.
C'est à ce roi que succéda la reine ISitocris, la femme la plus belle et la plus distinguée de son temps , la première aussi qui porta la couronne royale en Égypte , à la faveur de la loi par laquelle Biophis, roi de la IIe dynastie, avait modifié en ce point les règles antérieuremeut établies.
L'histoire et la fable ont également célébré les actions de Kitocris; Hérodote apprit des prêtres égyptiens, que le frère de cette reine fut précipité du trône et égorgé par ses propres sujets. Un tel événement s'accorde avec la courte durée d'une année que Manéthon donne au règne de Menthesouphis. Appelée à lui succéder, par la loi comme par le vœu public, M itocris ne voulut cependant pas laisser sans châtiment les instigateurs du crime dont Menthésouphis venait d'être la victime. Occupée a faire élever divers édifices publics, elle attira dans une galerie souterraine les coupables qu'elle voulait punir, et pendant les joies d'un repas que la reineleui
L'UNIVERS
avait fait servir, les eaux du Nil, coq- le sont dans l'histoire, qui les mentionne du i tes par un canal inconnu, les y noyé- tous les cinq en une seule ligne, rent tous. Nitocrissefitaussi construire II paraît que cette longue succession une pyramide pour lui servir de tom- de rois fainéants pendant deux siècles beau. Hérodote ajoute à son récit, que compromit les plus grands intérêts de cette reine se donna la mort en se pré- l'État, excita les craintes et le patriocipitant dans une chambre remplie de tisme des principales classes , et lassa cendres, échappant ainsi à la ven- la patience de toutes. Une famille nougeance des partisans de ses ennemis, velle, étrangère à Memphis, et venue La durée du règne de cette femme il- du nome de H nés, dans l'Égypte moyenlustre est portée à 12 ans dans les ne , le nome Héracléopolite des Grecs, listes de Manéthon. Sa figure était, se- monta sur le trône, et donna 4 rois qui Ion les uns, d'une rougeur éclatante; régnèrent cent ans. Le portrait que selon d'autres, elle avait le teint jaune Manéthon a tracé du premier de ces et les joues d'un rouge incarnat. Et si princes (IX*" dynastie) nous donne l'idée l'histoire écrite nous a transmis ce d'un homme capable de se faire roi par fait et cet éloge , c'est sans doute parce son courage et par son caractère : il que cette rubicondité devait être un se nommait Achthoès; mais, parvenu rare mérite et un avantage très-recher- au trône, il se livra à ses inclinations ché dans un climat où la race blanche violentes , tyrannisa ses sujets, et surqui l'habitait se colorait constamment passa tous ses prédécesseurs qui s'éd'un rouge cuivré. Les monuments taient fait un renom de cruauté ; enfin, nous montrent sous cet aspect tout le frappé de démence, il fut dévoré par nu des figures d'hommes ; les figures un crocodile, de femmes sont en jaune , et cette cou- Une autre famille d'Héracléopolis (*) leur indique pour elles, par sa teinte occupa le trône après le troisième sucplus douce, l'effet des voues, des om- cesseur d'Achthoes; elle forma la V orelles et de la retraite, qui les expo- dynastie, composée de 19 rois, qui rasaient moins aux effets de l'ardeur du gnèrent moins de dix années chacun, 185 climat. Il reste toujours que la reine ans seulement tous ensemble. Cette der- Nitocris fut considérée par les Égyp- nière donnée n'est point indigne d'attiens comme la plus belle femme de tention, car elle révèle hautement de son époque. fréquents changements de règne, signes Les séditions qui se passèrent à Mem- certains de désordres dans l'État ou de phis, et qui mirent fin a la VIe dynastie, troubles dans la nation. Une famille après une durée de 203 ans, approché- nouvelle , et d'une autre origine , sucrent du trône et y firent monter, après céda en effet aux deux dynasties d'Hé- Nitocris , une autre famille mem phi- racléopolis.
te; elle fournit 5 rois qui ne régnèrent En résumant les indications numc*
que 75 ans , et composèrent la VII* dy- riques consignées jusqu'ici dans ce
nastie. On ne connaît pas même leurs précis historique, on trouvera que ce
noms ; l'obscurité de leur vie royale tableau si succinct des dix premières
est même très-ancienne, car les prêtres dynasties égyptiennes* comprend 90 rè-
cgyptiens , malgré leur piété envers gnes successifs, qui embrassent un es-
leurs rois , dirent à Hérodote que les pace de 2106 années, ce qui donne un
premiers successeurs de Nitocris ne .terme moyen de 23 ans et quatre mois
firent d'ailleurs aucune entreprise re- et demi pour chaque règne.
VIIIedynastie,également originairesde (*) Dans le tableau qui est à la page «6*
Memphis; ils régnèrent cent ans en on a imprimé deux fois héliopolite, au lieu
tout, et disparurent de la terre, ina- de héracUopolite : le lecteur est supplie
perçus vraisemblablement, comme ils de s'en souvenir.
marquable.
Il parlait aussi sans doute de ceux qui, au nombre de cinq, formèrent la
ville, la capitale civile et militaire de
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l'empire, acquit successivement par la munificence des rois et le concours de la nation, une splendeur qui en fit l'émule et la rivale de Thèbes toute sacerdotale. Des édifices tels que les pyramides, accessoires funéraires de Memphis, disent assez ce que devaient être, dans la même ville, les demeures royales, et celles des classes dominantes s'empressant d'imiter le souverain pour l'embellissement de la principale cité.Elle s'agrandit en même temps, et rivalisa sous ce rapport avec les plus grandes villes de notre Europe; quand elle fut ravagée par Cambyse, sa circonférence égalait celle deParis. Après avoir brillé du plus vif éclat , la destinée de cette ville opulente fut de rester ensevelie et ignorée pendant une longue série de siècles : il y a à peine cinquante ans que l'Europe savante a retrouvé les ossements de ce vaste colosse. Mais tandis que les ruines de Thèbes inspirent encore l'enthousiasme et l'admiration aux peuples et aux soldats, et que ses temples et ses palais s'élèvent très-haut au-dessus du sol et le dominent comme dans les plus anciens âges , les ruines de Memhis n'offrent plus , au contraire, que aspect d'une tombe violée et négligemment réouverte d'un peu déterre :
le sol est nu, brûlé, uni, et les monticules de débris qui y surgissent de place en place, y sont isolés de tout plan général, et n'en laissent deviner aucun , tant l'arrasement de cette capitale a été profondément opéré par la barbarie. Il est vrai qu'elle eut à subir toutes les invasions venues de l'Asie; la position plus méridionale de Thèbes , la préserva de quelques conquérants. La fondation d'Alexandrie porta à Memphis le dernier coup ; le Nil a couvert les ruines de son limon , et le sable du désert les a ensuite ensevelies d'un double linceul. Mais , semblable à une de ces grandes images d'hommes qui nous viennent de Pantiouité , et que notre esprit admire et vénère à la fois , l'image de Memphis, d y a six cents ans , inspirait encore ces mêmes sentiments aux Arabes qui les visitaient. Abdallatif, l'un des
meilleurs esprits de l'Orient moderne, homme doue de science et de bon sens, disait des ruines de Memphis, après les avoir vues : « Malgré l'immense étendue de cette ville et la haute antiquité à laquelle elle remonte, nonobstant toutes les vicissitudes des divers gouvernements dont elle a successivement subi le joug, quelques efforts que différents peuples aient faits pour 1 anéantir, et en faisant disparaître jusqu'aux moindres vestiges, effaçant jusqu'à ses plus légères traces, transportant ailleurs les pierres et les matériaux dont elle était construite , dévastant ses édifices, mutilant les figures qui en faisaient l'ornement; enfin, en dépit de ce que quatre mille ans et plus ont dû ajouter à tant de causes de destruction , ses ruines offrent encore aux yeux des spectateurs une réunion de merveilles qui confond l'intelligence , et que l'homme le plus éloquent entreprendrait inutilement de décrire.
Plus on la considère, plus on sent augmenter l'admiration qu'elle inspire; et chaque nouveau coup d'œil que l'on donne à ses ruines , est une nouvelle cause de ravissement. A peine a-t-elle fait naître une idée dans l'âme du spectateur, qu'elle lui suggère une idée encore plus admirable; et quand on croit en avoir acquis une connaissance parfaite, elle vous convainc au même instant que ce que vous aviez conçu est encore bien au-dessous de la vérité.
« Du nombre des merveilles qu'on admire parmi les ruines de Memphis , est la chambre, ou niche, que l'on nomme la chambre verte. Elle est faite d'une seule pierre de neuf coudées de haut sur nuit de long et sept de large. On a creusé dans le milieu de cette pierre une niche, en donnant deux coudées d'épaisseur , tant à ses parois latérales qu'aux parties du haut et du bas : tout le surplus forme la capacité intérieure de la chambre. Elle est entièrement couverte , par deh#rs comme par dedans, de sculptures en creux et en relief, et d'inscriptions en anciens caractères. Sur le dehors , on voit la figure du soleil dans la partie
L'UNIVERS
du ciel où il se lève , et un grand nombre de figures d'astres , de sphères , d'hommes et d'animaux. Les hommes y sont représentés dans des attitudes et des postures variées.
a Quant aux figures d'idoles que l'on trouve parmi ces ruines, soit que l'on considère leur nombre, soit qu'on ait égard à leur prodigieuse grandeur, c est une chose au-dessus de tonte description et dont on ne saurait donner une idée ; mais cequi est encore plusdigne d'exciter l'admiration, c'est 1 exactitude de leurs formes, la justesse de leurs proportions et leur ressemblance avec la nature. Nous en avons mesuré une qui , sans son piédestal , avaitplus de trente coudées. Sa largeur , du côté droit au côté gauche , portait environ dix coudées , et du devant au derrière elle était épaisse en proportion. Cette statue était d'une seule pierre de granit rouge. Elle était recouverte d'un vernis rouge, auquel son antiquité semblait ne faire qu'ajouter une nouvelle fraîcheur Il y a quelques-unes de ces
figures que Ton a représentées tenant dans la main une espèce de cylindre d'un empan de diamètre, qui paraît être un volume... La beauté du visage de ces statues, et la justesse de pro-
{>ortion qu'on y remarque, sont ce que 'art des hommes peut faire de plus excellent, et ce qu'une substance telle que la pierre peut recevoir de plus parfait. Il n'y manque que l'imitation des chairs et du sang... J'ai vu deux lions placés en face l'un de l'autre , à )eu de distance ; leur aspect inspirait a terreur. On avait su , malgré leur randeur colossale et infiniment auessus de la nature, leur conserver toute la vérité des formes et des proportions ; ils ont été brisés et couverts de terre. » ( A bd allât if , traduit de V arabe en français , par M. le baron de Sacy.)
H est douteux que les monuments décrits par Àbdallatif remontent par leur antiquité aux premiers temps de l'existence de Memphis ; trop d'infortunes alors avaient frappé cette ville célébrée dans les annales de tous les peuples policés de l'Orient, rivale de
Tyr et de Babylone, qui fut si hospitalière pour Abraham et Jacob, fit la fortune de Joseph , et en éduquant Moïse donna un législateur aux Hébreux : illustration presque sans égale,
3ui protège encore les ruines de la cité e Ménès , consacre à jamais à la vénération des hommes le génie du fondateur de la monarchie égyptienne, et la munificence de ses successeurs durant les dix plus anciennes dynasties
Comme nous l'avons dit, la XIe dynastie fut originaire de la plus vieille capitale de l'Egypte , de Tnèbes , florissantes maigre la magnificence de Memphis, et chef-lieu de la hiérarchie religieuse , séjour de la caste sacerdotale qui était riche de ses propres biens et des offrandes pieuses des citoyens de l'Égypte entière. Ce ne serait peut-être pas trop s'écarter de la vérité au sujet des causes de ce nouveau changement dans l'origine des dynasties , que de l'expliquer par la rivalité des deux villes capitales. Depuis l'établissement du pouvoir monarchique civil, aucune famille purement tnébaine n'avait occupé le trône ; Memphis et ses environs, pays nouveau relativement à la Thébaïde, avaient au contraire donné sept dynasties sur les dix qui s'étaient élevées depuis la même époque ; Thèbes et la caste sacerdotale n'avaient pas renoncé librement à leur ancienne influence , et devaient s'efforcer de la ressaisir :
tout changement était favorable à ces
f;raves desseins, mûris dans le sience du sanctuaire, et favorisés par l'opinion d'une vaste cité presque descendue au second rang , après avoir si longtemps occupé , seule , le premier.
Elle réussit enfin à réaliser ses désirs; et , après un veuvage du trône qui durait depuis près de deux mille ans , elle l'occupa de nouveau par une de ses familles qui donna un assez grand nombre ae rois. On le porte jusqu'à 17 , quoique l'ensemble de leurs règnes n'ait embrassé que 59 ans. Ce résultat extraordinaire fait penser que des événements qui le furent aussi , suivirent ce changement de dynastie ; dans les temps des discordes civiles , des riva-
lités des provinces et des villes principales , surtout dans les États fortement organisés, où les classes de la population sont intimement agglomérées par l'influence de la loi , de leurs croyances ou de leurs préjugés, les divisions s'opèrent par grandes masses; chacune d'elles se considère comme la plus puissante, comme le centre national , fait des lois ou exalte des chefs que les autres s'empressent d'abolir; et, après un petit laps de temps, le pays, rentré sous l'autorité des lois légitimes, apprend qu'il a été gouverné par une foule de souverains éphémères dont il n'a pas même connu les noms.
Tels furent peut-être les 16 premiers rois de la XIe dynastie égyptienne, dont les règnes ne durèrent que 43 ans , moins de 31 mois chacun , et dont les annalistes de l'Egypte n'ont pas pris la peine de conserver les noms. Ces annalistes ont fait plus pour leur successeur : ils nous apprennent qu'il se nommait Amménémès, et qu'il régna pendant 16 ans.
Ce laps de temps put permettre à ce prince de rétablir l'ordre en Égypte et de se distinguer par quelques services signalés: car c'est, dans l'histoire égyptienne , un fait constant et oui se renouvelle à toutes les périodes de sa durée, que les événements les plus mémorables, l'élévation des plus grands édifices , l'origine des institutions les plus" utiles, et toutes les actions illustres appartiennent à des règnes dont la longue durée s'étendit au delà du terme commun à tous les autres règnes. Les trois rois qui succédèrent à Amménémès en fournissent une nouvelle preuve ; chacun d'eux régna près de 40 ans ; et les temps de la grandeur et de la prospérité de l'Egypte se renouvelèrent sous leurs règnes.
Ils appartiennent à la XIIe dynastie , originaire aussi de Thèbes. Sésôchris, fils d' Amménémès, en fut le premier roi ; il régna 46 ans. Un autre Amménémès, ou Amménémôph, succéda à Sésôchrîs , et occupa le trône pendant 38 ans ; il périt assassiné par ses eunuques. Les listes de Manéthon
19* livraison. (Égypte.)
nomment ensuite pour 3!* roi de cette dynastie, un Sésostris, qui régna 48 ans , et qui serait , si les textes sont fidèles , Sésostris l'ancien, souvent confondu, par l'analogie de leurs grandes actions, avec le prince de même nom de la XVIII0 dynastie. On donne à Sésostris l'ancien une taille colossale; on dit qu'il conquit toute l'Asie dans l'espace de neuf années , et qu'il pénétra même en Europe par la Tnrace , laissant partout , inscrits sur des colonnes de pierre, les souvenirs de ses victoires. Labarès succéda à ce Sésostris; et c'est à ce prince qu'on attribue la construction du célèbre labyrinthe (appelé labarinthe par les anciens écrivains français) , (suprà, page 36) ; Labarès et ses deux successeurs , Ammérès et Amménémès , régnèrent chacun 8 ans ; une femme , Scenniophrès, sœur du dernier Amménémès , lui succéda, mais ne régna que durant quatre années.
Malgré les incertitudes qui existent sur le nom et les actions de ce premier Sésostris , il est cependant avéré qu'à cette époque les arts s'étaient développés en Égypte; que cette monarchie était puissante ; que de beaux et vastes édiuces, enrichis par la peinture et la sculpture , ornaient ses villes principales ; que les rois de cette époque, notamment Sésôchris, Aménémès et Aménémôph , firent avec succès de grandes entreprises militaires au dehors; enfin on a reconnu, dans les ruines des plus anciens monuments de Thèbes, où ils sont employés comme matériaux de construction, des débris d'édifices portant, sculpté, le nom d'un des rois de cette XIIe dynastie. Dès cette même époque, en effet , etquelgue reculée qu'elle soit en arrière des origines de nos annales occidentales, les monuments contemporains , où sont inscrits les noms de ces vieux rois , surgissent des entrailles de la terre, et viennent, de leur antique autorité, corroborer et mettre hors des atteintes du doute, les monuments des temps postérieurs où ces mêmes rois sont inscrits par les mêmes noms et pour les mêmes époques ; succès-
L'UNIVEKS.
sion admirable de témoignages originaux en faveur de l'identité des hommes , des temps et des événements.
Tous les textes des listes de Manéthon s'accordent à donner soixante rois à la XIIP dynastie , et à fixer la durée de leurs règnes réunis à 453 ahs. Mais les abréviateurs de ces antiques annales ont négligé de nous conserver les noms des rois de cette troisième famille thébaine; il paraît toutefois que l'obscurité de leurs actions a justement enveloppé à jamais leur nom et leur vie. Diodore de Sicile a dit de guelques autres souverains égyptiens également demeurés inconnus : « Ces rois vécurent tous dans une profonde oisiveté, et ne s'occupèrent que de leurs plaisirs. Aussi, les chroniques sacrées ne nous transmettent sur leur compte le souvenir d'aucun monument magnifique , ni d'aucune action digne de trouver place dans l'histoire. » Mais il est vraisemblable que l'Égypte jouit, pendant cette longue succession de rois, d'une paix profonde; l'obscurité de la vie de ces princes fut la véritable cause du bonheur des peuples.
La XIVe dynastie fut originaire de Skôou (Xoïs) , grande ville de la basse Égypte , et oui enleva momentanément à Thèbes l'honneur d'être le berceau de la famille régnante , si toutefois il y eut quelque honneur à fournir une longue série d'hommes inconnus, quoique devenus rois ; car on ne retrouve plus, dans les annales écrites, ni leurs noms , ni le plus fugitif souvenir des actions de leur vie ou de leur règne : misérable condition pour des êtres humains, que d'être élevés par le hasard au premier rang, pour s'y dissiper comme de vains fantômes privés de sens , de pensée et de mouvement. On porte à Soixante-seize le nombre de ces ombres de rois qui traînèrent , pendant 484 ans , leur nullité sur le trône d'Égypte.
La XV* dynastie fut thébaine, et la ville sacerdotale s'assura dès lors , pour près dequinze siècles, l'avantage qu'elle
dynasties qui succédèrent à la XV\ Celle-ci eut plusieurs rois , on n'en connaît pas exactement le nombre, qui régnèrent pendant 250 ans. On ignore aussi ce qui se passa pendant leur règne , et il dut être calme et modéré, puisque l'histoire n'en a recueilli aucun événement digne d'être transmis à l'avenir.
Il est très-vraisemblable que la ligne supérieure de la table historique et généalogique d'Aydos (voy. pl. 47).
contient, rangés de la gauche à la droite, les cartouches - prénoms des rois de cette XVe dynastie : l'examen attentif de ce précieux monument, et sa comparaison avec d'autres documents semblables qui ont permis de le compléter en partie, ont fait reconnaître en effet que la ligne intermédiaire se terminait à droite , quand le bas-relief était entier , par la suite des noms des rois de la XVIIe dynastie , et successivement par ceux des rois de la XVI'; qu'ainsi la série des rois de la XVe se trouvait à la ligne supérieure , le dernier cartouche à gauche étant celui du dernier roi de cette XVe dynastie.
Les noms et prénoms du roi qui fit sculpter ce précieux bas-relief (Sésostris), occupent, plusieurs fois répétés, la ligne inférieure toute entière. Ainsi les annales écrites par Manéthon , et les listes qui en furent extraites par ses abréviateurs qui nous les ont conservées , entrent déjà en communauté de témoignages pour l'histoire, avec les monuments des arts ; double et précieux avantage peu commun dans les annales de l'antiquité , même pour le?
temps bien postérieurs à l'époque égyptienne où nous sommes parvenus.
En supposant, comme des analogies nous y autorisent, que les 250 années de la XVe dynastie, furent réparties entre sept rois au moins , nous connaissons , encore subsistant de nos jours, un monument contemporain d'un des rois de cette même dy nastie» du VIIe , tel qu'il est inscrit dans la table d'Abydos. Ce monument se
venait de reprendre sur Xoïs ; ce fut voit sur la route de Cosséir , sculpte de Thèbes, en effet , que sortirent aussi sur un des rochers qui la bordent; les familles dont se formèrent les cinq c'est un bas-relief soigneusement tra-
vaillé ; l'enseigne du roi , surmontée de Pépervier mitré , en occupe le milieu ; et à droite et à gauche est son prénom , précédé de son titre de roi et des autres qualifications honorifiques dont le protocole égyptien fut habituellement assez prodigue ; le vœu vivant à toujours y complète les pieux honneurs rendus à ce roi • il se nommait Mérenrbès.
Ce fait , qui intéresse l'histoire des hommes à un si haut degré , n'est pas absolument isolé, quoique appartenant à une époqne ou il n'y a pas encore d'histoire ni peut-être d'existence sociale pour les plus anciennes et les plus illustres nations de l'Occident.
On a recueilli en effet, auprès des pyramides , dans les vallées sépulcrales de Thèbes, sur les côtes de la mer Rouge, dans les grottes des lieux nommés El - Tell , Zaoyet-el-Maïetin , et dans d'autres localités, des noms de rois et de reines , gravés sur des monuments contemporains , antérieurs à l'époque d u septième roi de la XVe dynastie ; et même aux six rois connus de la XIVe ; toutefois ces noms antérieurs ne se trouvent point parmi ceux qui subsistent encore sur la table d'Abydos. Mérenrbès , de la XVe dynastie , vécut vers l'an 2500 avant l'ère chrétienne.
C'est dans la même dynastie qu'on doit placer le règne du roi Osymandyas , dont Diodore de Sicile , d'après l'historien grec Hécatée , a décrit les actions si merveilleuses, et le tombeau plus digne encore du nom de merveille par son étendue, par les sculptures et les peintures dont il fut orne, et qui en feraient l'un des plus magnifiques édifices de la magnifique Thebes. On y avait représenté les campagnes de ce roi contre les Bactriens, le siège d'une ville défendue de tous côtés par une rivière , le roi combattant lui-même du haut de son char, et secondé par son lion apprivoisé; enfin toutes les circonstances d'une grande campagne heureusement entreprise par une armée de quatre cent mille nommes, conduite par un chef valeureux ; à la suite des salles
décorées de ces tableaux militaires , on voyait un sanctuaire pour l'adoration des dieux,un promenoir, une bibliothèque intitulée : Remède de l'âme; enfin, le tombeau même du roi : et toutes ces notions topographiques sur le tombeau d'Osymandyas , ont porté les derniers voyageurs en Egypte à reconnaître les analogies les plus frappantes entre le plan du Rhamesséum , encore subsistant à Thèbes (connu aussi sous la dénomination inexacte de Memnonium , puisqu'il a été élevé par Rhamsès 111, Sésostris), et le tombeau d'Osymandyas décrit dans l'ouvrage de Diodore de Sicile ; les proportions du Rhamesséum sont seulement inférieures eu tout point à celles qu'on donnait au tombeau d'Osymandyas.
C'est sur le sommet de ce même édifice que ce roi avait fait placer le fameux cercle d'or, de 365 coudées de circonférence (environ 500 pieds), et dont chacune de ses divisions, affectée à un jour de l'année, portait écrite l'indication de l'heure du lever et du coucher des astres , ainsi que les pronostics sur les variations de l'atmosphère : indications plus oiseuses encore que les mesures d'un tel ouvrage en or massif; puisqu'un tel cadran annuaire eût été complètement inutile en raison de l'absence de tout rapport vrai de ses divisions , avec la longueur réelle de l'année solaire et le mouvement des astres ; ce qui fait supposer à cette narration de l'histoire quelques exagérations, ou dans les écrivains qui l'ont tracée , de l'inexactitude ou de l'ignorance.
Il ne reste rien de ces merveilleuses constructions, si toutefois elles ont jamais existé ; et jusqu'ici on n'a pas été plus favorisé a l'égard des monuments originaux de la XVe dynastie; on en connaît bien peu qui puissent lui être attribués avec toute certitude.
Un de ses rois est cependant nommé dans le tombeau du prêtre Othoès , creusé auprès des grandes pyramides :
Othoès étant au service personnel de ce roi , dont le nom se trouve aussi rappelé dans la table royale du temple de Rarnac : c'est le quatrième cartoudie
L'UNIVERS
de la première rangée inférieure , sur la partie droite du temple.
Ces souvenirs historiques de la XV* dynastie nous rapprochent de la grande époque des annales égyptiennes, de celle où une invasion de barbares arrêta et détruisit presque de fond en comble la civilisation de PÉgypte , et en dessécha pour trois siècles les germes les plus précieux.
Cela arriva aux temps de la XVIdynastie , originaire de Thèbes , composée de plusieurs rois dont les règnes successifs durèrent 190 ans. Les chronologistes qui ont pu lire l'ouvrage de Manéthon , n'y ont pas recueilli pour nous les noms des princes de cette dynastie; mais des monuments élevés durant leur règne, nous ont révélé les noms de quelques-uns de ces rois , et Tordre de leur succession , suppléant ainsi , en partie , au silence absolu des historiens.
Il paraît qu'un roi nommé Osortasen , l'un des derniers de cette dynastie, fut aussi un prince illustre, et que son règne dura près d'un demi -siècle , circonstance favorable aux bons vouloirs de la fortune et à la fécondité du génie. Osortasen éleva l'obélisque qui est encore debout à HéliopOlrs (voy. pl. 74). Son prénom royal (le cartouche supérieur) et son nom propre (le cartouche au-dessous du premier) se lisent sur les quatre faces de l'obéKsque, et font partie des quatre inscriptions, en l'honneur d'Osortasen, qui décorent ce monument; le cartouche-prénom est répété au bas de l'inscription , et les caractères alphabétiques qui composent le nom propre (cartouche au milieu de la hauteur) , se lisent OSRTSN ; ailleurs ce même nom est écrit Osortsn. Nous avons dit plus haut (page 274) comment il nous semble que peut s'expliquer l'existence aetuelle de ce précieux monument élevé par un roi qui régna avant l'invasion et les affreux ravages des Hyksos.
D'autres monuments originaux , contemporains de ce même roi , datés des aunées de son règne , consacrés à sa mémoire, ou rappelant ses mémo-
rables actions , sont également parvenus jusqu'à nous, et, comme l'obélisque d'Héliopolis , doivent servir à faire placer au rang des princes illustres par leurs hauts faits , à la tête d'une nation puissante par sa parfaite civilisation plus de vingt-trois siècles avant l'ère vulgaire, Osortasen l'un des derniers rois de la XVIe dynastie.
Son nom est inscrit dans les tables généalogiques du temple de Karnac à Thèbes ; il a disparu de celle d'Abydos, où il se serait trouvé le deuxième à la droite du cartouche qui borne la ligne intermédiaire du côte fragmenté. Des stèles funéraires isolées , élevées dans les tombeaux de particuliers de classes diverses, et dont quelques-unes sont remarquables par la beauté du travail ou par leur volume , portent les dates des années 13, 17, 25 et 43 du rè^ne d'Osortasen ; sur l'une d'elles , le pere du roi est nommé, c'était Ptahawtep.
Le nom du roi se lit aussi sur des monuments de plus petite proportion, des scarabées , des figurines : mais cette série de témoignages, malgré leur intérêt évident , n'est plus qu'un utile accessoire du monument principal qui nous reste de ce règne et de ce roi.
Les ruines de l'antique ville égyptienne deBéhéni, aujourd'hui occupées par le village arabe de Ouadi-Haltah , en Nubie , près de la seconde cataracte du Nil au midi de l'Égypte , se composent des restes de plusieurs édifices publics. La position de cette ville était importante pour l'Égypte , toujours intéressée à maintenir dans l'obéissance les populations fixées entre les deux cataractes. C'est là que le roi Osortasen fit édifier un temple en l'honneur de la grande divinité de l'Égypte , de Horammon, ou Ammon générateur.
Cette antique origine donnait aux ruines de ce temple une importance sans égale; Champollion le jeune les fouilla religieusement; il reconnut que les murs qui subsistent ont été construits en grandes briques crues; que l'intérieur était soutenu par des piliers ou des colonnes en grès , ouvrages du
ÉGYPTE
règne d'Aménophis II , de la XYIII8
dynastie; que ce temple fut enrichi par Rhamsès Ier et Ménephtha Ier, princes de la même dynastie; et une stèle historique, arrachée de ces ruines par notre voyageur , et déposée par lui au Musée du Louvre , contient la liste des dons et des offrandes faites à ce temple par ces deux rois. Mais il reconnut aussi que cet édifice religieux avait été primitivement fondé par Osortasen de la XVIe dynastie , et il en recueillit la preuve en arrachant aussi de ces mêmes ruines , et de la place qu'occupait d'abord le sanctuaire du temple y une autre stèle encastrée au* trefois dans ce sanctuaire même , monument sans prix par son antiquité , par son importance historique, également recueilli avec un zèle patriotique pour le Musée du Louvre, mais que d'occultes manœuvres ont dirigé a Fétranger.
Le champ de cette stèle est occupé par un bas-relief; le roi Osortasen, armé de la masse et coiffé en Ammon , est debout devant le dieu Month , qui lui livre, avec l'emblème de la vie stable , les peuples de la Libye , dont les noms sont inscrits dans des cartels placés auprès de douze figures d'hommes , et ces figures sont attachées à des liens dont le dieu réunit les extrémités dans ses mains. C'est la représentation , en style religieux , de la conquête de la Nubie par Osortasen , qui fit ainsi rentrer sous le joug les peuplades révoltées entre les deux cataractes. « Je te livre, dit le dieu, toutes les contrées de la terre de Kenous ; » et dix noms , d'autant de ces peuplades, sont encore lisibles sur le monument. Dans le texte de l'inscription, le roi est qualifié de taureau blanc, qui a mis en fuite les peuples de Phot (les Libvens); et ce monument, d'une victoire utile à la sécurité de l'Egypte, était religieusement déposé dans le sanctuaire du temple de Béhéni , qui eut pour fondateur le même roi dont la stèle enlevée a la France a transmis jusqu'à nous, à travers plus de quarante siècles, le uom et la gloire.
A Osortasen, vers la fin de la XVI*
dynastie, succéda un autre roi qui se nomma A m en hem hé; il est également inscrit dans les listes royales de Karnac; il se trouve aussi dans le texte d'un monument contemporain sculpté sur Je milieu de la route de Cosseir; enfin sa légende complète se lit dans un des antiques tombeaux de Bènihassan - el • Qadin ; les inscriptions , dont cette légende nWt qu'une partie, font dire au roi Amlnhemhé qu'il a entrepris plusieurs guerres, notamment contre les Éthiopiens. Il paraît ainsi que cette partie des frontières de l'Égypte ne cessait d'exciter la sollicitude du gouvernement égyptien, et l'histoire prouve assez, par le succès de quelques invasions éthiopiennes en Égypte, que cette sollicitude devait être permanente comme le danger qui la faisait naître.
Les voisins de l'Égypte à l'orient semblaient plus tranquilles, peut-être parce qu'ils étaient plus divisés, ou qu'une civilisation plus analogue, et sur* tout de grands intérêts commerciaux réciproquement avantageux, portaient ces voisins orientaux a des relations pacifiques. Le peuple hébreu , illustre branche de la grande famille arabe v n'habitait pas loin de l'Égypte. Encore à l'état de pasteurs, soumis au gouvernement patriarcal , à l'autorité de l'ancien, campant sous la tente, dans de gras pâturages avec leurs troupeaux,.
Bédouins primitifs pieux et hospitaliers, les Hébreux connaissaient les richesses de l'Égypte, et ne semblaient pas lui porter envie. Ils s'unissaient en mariage avec les Égyptiens ; Agar, feromt d'Abraham, était née en Egypte, et elle choisit pour l'épouse de son fils une autre femme de la même nation.
Ils y descendaient quand la famine frappait leur pays. La famine y conduisit Abraham, àgéde soixante-quinze ans, et cet événement, le plus ancien de ceux que la Bible mentionne à l'égard de l'Égypte, se passa, d'après les époques connues de l'histoire sainte, pendant le règne d'un des rois de la XVIe dynastie.
La Bible raconte comment Abraham , ayant avec lui Sara , et craignant
L'UNIVERS
que ia beauté de sa femme ne portât les Égyptiens à le tuer pour la lui ravir, rengagea à se dire sa sœur. Sara fut enlevée et conduite au palais du roi , mais Abraham fut très-bien traité ; les Egyptiens lui donnèrent des brebis , et des bœufs, et des ânes, et des esclaves , et des servantes , et des ânesses , et des chameaux. Bientôt la maison de Pharaon fut fi^pée de la main de Dieu ; le roi fit venir Abraham : « Pourquoi , lui dit-il , as-tu annoncé que Sara était ta sœur, afin que je la prisse pour épouse? Voilà ta sœur, prendsfa et va-t'en ; » et Abraham se retira avec tout ce qu'on lui avait donné , et remonta en Chanaan, possesseur de beaucoup d'or et d'argent ; dives valde , dit la Bihle, in possessione auri et argenti; nouveau témoignage de la
f)rospérité de l'Égypte aux temps de a XVIe dynastie.
Le dernier des rois de cette famille est appelé Timaos par Manéthon ; l'historien juif Josèphe nous a conservé, au sujet de ce roi , quelques fragments du récit de l'annaliste égyptien ; il rapporte textuellement un court extrait de la seconde partie de l'histoire de Manéthon, dans laquelle se trouvait la narration de l'événement mémorable qui changea subitement la face des choses en Égypte : une barbarie farouche y remplaça l'habitude des lois, et la civilisation de l'Égypte aurait été entièrement détruite, si elle avait reposé sur de débiles fondements; mais elle résista à deux siècles et demi d'inouïes calamités. Laissons parler Manéthon.
« Sous le règne de Timaos , Dieu fut irrité , on ignore pourquoi , et des hommes de race ignoble, venant à l'improviste des régions orientales , envahirent )'Egy pte , pénétrèrent dans la contrée et s'en emparèrent en peu de temps, presque .sans combat; ils opprimèrent les chefs du pays, brûlèrent les villes avec fureur, et renversèrent les temples des dieux. Ils se conduisirent en ennemis cruels contre les habitants de l'Égypte, réduisirent en esclavage une partie des femmes et des enfants; et, ce qui mit le comble aux malheurs de
l'Égypte, ils choisirent un d'entre eux, nommé Salathis, et ils le firent roi.
Salathisse rendit maître deMeniphis, sépara par là la haute Égypte de la basse, leva des impôts, plaça des garnisons dans les lieux convenables, et fortifia particulièrement la partie orientale du pays. Méditant une entreprise contre les Assyriens, alors très-puissants , Salathis se rendit dans le nome Méthraïte, releva une ancienne ville située à l'orient de la branche bubastiue du Nil , nommée Aouarts , la ferma e fortes murailles, et il y rassembla deux cent quarante mille hommes; il les visitait dans la belle saison*; il les nourrissait, les comblait de présents, et les exerçait aux manœuvres militaires, afin d'inspirer le respect et la crainte aux nations étrangères. Salathis mourut après avoir régne pendant dix* neuf ans. »
Tel est le récit de Manéthon. Le roi Timaos fut Je témoin des premières entreprises de ces barbares; il tenta vainement de leur résister; son courage lui coûta la vie; il la perdit après six années de règne, vers 1 année 2082 avant l'ère chrétienne.
Alors finit la XVIe dynastie, et la XVII' commença. Les étrangers qui avaient envahi l'Égypte et la tenaient courbée sous leur joug sanguinaire et dévastateur, sont désignés par Manéthon sous le nom de Hyksos; on les appelle dans notre langue les Pasteurs, et l'usage a accrédité cette dénomination. Leur origine n'est pas connue avec certitude; Josèphe, pour exalter les antiquités de sa nation , les considère comme des Juifs, et il en conclut que les ancêtres de sa race ont ainsi régné sur l'Égypte, en brigands armes il est vrai , mais Josèpne ne répudie pas ces souvenirs. D'après ce que les monuments nous apprennent de ces hordes incultes et farouches, on voit qu'elles appartenaient, par leur constitution physique, à la race blanche, que les individus étaient en général d une taille haute et grêle; on a cru y retrouver les traits principaux de la race scythique, et l'on sait que ses incursions années sur les pays ri-
ÉGYPTE
ches, parce qu'ils étaient civilisés, datent aune très-haute antiquité dans l'histoire, de l'Asie.
Après la mort de Timaos (nommé aussi Concharis), les principales familles du pays, fuyant devant l'ennemi, se retirèrent dans la haute Égypte, en Nubie, au-dessus de la première cataracte, et sur les côtes de la mer Rouge où l'Égypte possédait d'importants établissements. Timaos eut des successeurs tirés du sang royal, légalement revêtus, par droit d'hérédité, de la souveraineté, mais qui d'abord n'eurent vraisemblablement que peu d'occasions de l'exercer avec avantage. Ils s'établirent dans la haute Égypte.
Il y eut donc alors deux royaumes en Égypte et deux autorités contemporaines et rivales : les Pharaons , souverains légitimes, résidant dans la haute Égypte; et les Pasteurs, barbares conquérants, occupant Memphis, la moyenne et la basse Égypte.
C'est ainsi que la XVIIe dynastie égyptienne se compose de deux listes de rois qui furent contemporains, et dont rexistence, à peu près d'une durée égale, est un synchronisme historique incontestable, quoique fondé sur des preuves différentes; car les textes écrits ont conservé l'histoire des Pas* teurs,et les monuments des arts celle des Pharaons : la barbarie n'écrit ses annales sur les édiiices qu'en les détruisant par le fer et la (lamme.
Les Pasteurs s'y appliquèrent avec un déplorable succès, et de tous les monuments élevés en Égypte avant leur invasion, il en reste a peine un seul encore entier, tout le reste a été détruit, et il a fallu, singulière destinée! une nouvelle série de catastrophes et de destructions, pour qu'il nous ait été donné de rencontrer dans les ruines des monuments élevés sur le soi de Thèbes et de Memphis par les grands rois de la XVIIIe dynastie, les ruines toutes historiques des monuments élevés par les ancêtres de ces grands rois avant l'invasion des Pasteurs ; Juifs ou Scythes, ils détruisirent tout ce que leur fureur aveugle put attein-
dre , et des grands édifices de l'Égypte, aucun ne fut épargné.
Il paraît qu ils pénétrèrent jusqu'à la cataracte de Syène, limite méridionale de l'Éçypte; car jusque-là les deux rives du Nil, sur toute la longueur de la vallée, sont également dépourvues de traces de monuments antérieurs à l'autorité des Pasteurs ou Hyksos.
Mais dès que la prévoyance de leur premier roi Salathis eut fait du lieu nommé Aouaris , dans la basse Égypte , un camp retranché ou une enceinte fortifiée, qui devint le séjour habituel de l'armée, le chef de ces hordes dut se tenir à leur portée, pour les visiter fréquemment, comme le dit Manéthon; car sur cette armée reposait réellement son pouvoir. Le lieu qu'elle occupait assurait naturellement la défense de l'Égypte, qui était exposée, par le chemin que ces conquérants venaient de faire, aux entreprises des grandes monarchies de l'Asie, dès longtemps les rivales de l'Égypte.
L'armée à Aouaris et le gouvernement à Memphis, Salathis gardait tout à la fois les avenues de l'Egypte à Test et au nord, et surveillait le midi, qui ne devait pas lui donner de craintes fondées, (juoique les Pharaons s'y fussent réfugies.
Lés successeurs de Timaos surent en effet se maintenir dans la Thébaïde, et les autres dépendances de I* Égypte soustraites à l'occupation des Ilyksos; les Pharaons ne purent toutefois y exercer qu'une autorité très- précaire, et presque nominale; ils songèrent d'abord à maintenir leurs droits par ces droits eux-mêmes, par la fidélité de leurs serviteurs les plus dévoués, par l'adhésion aussi de la population tout entière, des castes supérieures surtout, dont tous les intérêts avaient péri du même coup qui avait frappé à mort le dernier roi de la XVIe dynastie.
On ne peut s'empêcher de remarquer, avec quelque surprise, que, de tous les abréviateurs de Manéthon qui ont copié ses listes des dynasties et des rois, aucun n'a inscrit, pour la XVIIe dvnastie, les noms des souverains de droit, des Pharaons; que tous, au
liste : après Salathis qui régna 19 ans, les Pasteurs eurent pour chefs Boeon , 44 ans; Apachnas, 36 ans 7 mois; Apophis , 61 ans ; Anan , 50 ans 1 mois ; Assès ou Assèth , 49 ans 2 mois ; total , pour le règne des 6 rois pasteurs, 259 ans 10 mois.
On ne doit chercher ni dans les manuscrits ni dans l'histoire de l'Égypte, les noms ou les actions de ces prétendus rois , d'origine inconnue : il ne resta d'eux , dans le pays , que la haine profonde qui anima , à toujours , toutes les classes. Ils n'édifièrent rien; l'écriture sacrée ne pouvait pas conserver leurs noms sur le frontispice des temples, ils rejetèrent la religion nationale; ni sur les palais, ils habitaient les camps et détruisaient les cités. Ils permettaient la culture des champs , afin d'en tirer des tributs onéreux au peuple asservi, mais suffisants pour l'entretien de Farinée, les besoins des chefs , et les exigences de la guerre.
C'est donc un fait d'une grande singularité, que le nom d'un des rois pasteurs se trouve dans un texte égyptien, écrit à la gloire d'un des Pharaons, proche descendant de celui qui les chassa ; le nom d'Apophis , tracé dans le cartouche consacré , et précédé du cartouche - prénom dont le premier signe est aussi le disque du soleil , se trouve dans un manuscrit en écriture hiératique , relatif au règne et aux victoires de Sésostris.
Josèphe convient que tous ces rois nouveaux ne cessèrent de ravager le pays par leurs incursions et leurs pillages, s'efforçant avec persévérance de détruire la râce égyptienne tout entière. Il avoue aussi que la première syllabe du mot Hyksos par lequel on les désignait, exprime, en langue égyptienne, l'idée de captif; et la vérité de cette étymologie (*) indique, sans nul doute, que cette dénomination , modifiée par Josèphe en celle de Pasteur, leur fut donnée par lesÉgyptiens.Manéthon,àqui l'historien des Juifs emprunte ces curieuses données , ajoute , selon le même his-
(*) ?HK , en égyptien , signifie, eu effet, lié, attaché, captif.
torien, qu'en effet c'est à l'état de captif qu'on avait figuré ces étrangers sur les temples des dieux en Égypte:
l'étude des monuments confirme pleinement l'assertion de Manétbon; la figure des Pasteurs enchaînés y fut très- fréquemment reproduite parla peinture et la sculpture : c'était une idée nationale que le gouvernement s'appliquait à entretenir dans toutes les classes ; toutes avaient sous leurs yeux, des tableaux multipliés des actions les plus funestes à leurs intérêts: les femmes et les hommes trouvaient partout cette leçon sous leurs yeux.
Ce fut aussi durant le règne de ces étrangers que Joseph , fils du patriarche Jacob, parut en Egypte , d'abord comme esclave acheté par un des principaux officiers du roi , et successivement comme intendant de la maison de cet officier ; ensuite condamné aui fers comme ravisseur; plus tard, honoré comme devin interprète des songes , et enfin premier ministre et favori du roi.
D'après le texte de la Bible, gui contient la naïve narration de la vie ou de la légende de Joseph , les marchands ismaélites qui l'avaient acheté de ses malheureux frères, l'emmenèrent en Égypte, et le vendirent à un Égyptien nommé Putiphar. Ce nom , ramené à sa véritable orthographe, Pétéphri, est en effet un nom égyptien qui signifie celui qui appartient à Pué (Il dieu soleil) , et il est analogue à d'autres noms égyptiens , tires aussi de ceux de divinités , tels que Pet-Aramou. et Pet-Isis. On sait comment, par la malice de la femme de Pétéphre, Joseph , investi d'abord de la conflance entière de ce chef des troujjes égyptiennes, fut bientôt après jeté dans une prison , où , comme par l'efiet d'une certaine prédestination au gouvernement des nommes , le geôlier lui remit une partie de son autorité et la surveillance de tous les autres prisonniers. Parmi eux se trouvaient le pan-, netier et le sommelier du roi: il* eurent des songes , Joseph les expliqua , et les prédictions de Joseph se réalisèrent.
Egypte.
Deux années après , le roi d'Égypte eut aussi des songes, que ses devins ni les savants du roi n'expliquèrent pas. Sur Tavis du pannetier, qui avait été réintégré dans sa charge , comme Joseph l'avait prédit , le jeune Hébreu fut tiré de la prison; et, après lui avoir coupé les cheveux et changé d'habit , on le conduisit auprès du roi. Joseph expliqua ses songes , et n'épargna pas au Pharaon de sages conseils : « II faut, lui dit-il, que le roi donne à un homme habile et probe l'administration du territoire de t'Égypte ; que ses délégués dans toutes les provinces lèvent , pendant les sept années de fertilité oui vont se succéder, un cinquième des récoltes ; que ces approvisionnements soient fermés dans les greniers publics , et qu'ils y restent, dans toutes les villes , sous l'autorité royale : on préparera ainsi les ressources nécessaires contre les sept années de stérilité qui doivent frapper l'Êgypte. » Ce conseil plut au Pharaon ; et ce roi fut assez heureusement inspiré pour confier l'exécution de ce sage dessein à l'homme qui l'avait conçu. Il donna à Joseph radministrationsupérieuredel'Égypte; lui remit l'anneau royal , le revêtit de la tunique de byssus, et du collier d'or ; changea son nom hébreu en celui de sauveur du monde , selon la langue égyptienne ; le présenta au peuple, assis a ses côtés dans son char royal , et le maria avec la fille d'un prêtre d'Héliopoiis, nommée Asséneth, autre nom égyptien d'une étymologie trèsrégulière. Joseph , qui était d'une belle figure et d'une physionomie agréable , avait 30 ans quand il fut conduit auprès du toi : il se passa à peine un jour entre son abjecte prison et son élévation à la plus éclatante fortune.
Les écrivains grecs, commentateurs de la Bible , et parmi eux les plus savants , reconnaissent unanimement que les malheurs et le triomphe de Joseph en Égypte se passèrent pendant le règne du roi Apophis, le quatrième de la XVII* dynastie, de celle des Pasteurs , oui avaient fait de Memphis le lieu de fa résidence rovale. Ces mêmes écrivains lixent à la 17e année
du règne d'Apophis l'élévation de Joseph au gouvernement de l'Êgypte.
Les dates historiques , tirées des monuments originaux précédemment exposés , nous paraissent convenir avec ces mêmes indications: nous devons au lecteur de le rendre juge de ce sentiment.
Selon le tableau des dynasties égyptiennes , qui se trouve a la page 269 de ce précis, la 17* année du règne d'Apopnis répondait à l'an 1967 avant l'ère chrétienne : Joseph était alors âgé de 30 ans ; si , à ce dernier nombre , on ajoute 91 ans pour l'âge de Jacob à la naissance de Joseph , 60 ans pour l'âge d'Isaac à la naissance de Jacob, et les 25 ans dont la venue d'Abraham en Égypte précéda la naissance d'Isaac, on aura un total de 206 années qui , ajoutées à l'an 1967 ui répondait à la 17e année d'Apophis e la XVIIe dynastie , donnent l'année 2173. Or, cette année 2173 , d'après le même tableau précité , appartient à la XVIe dynastie égyptienne ; et c'est en effet durant le règne de cette même dynastie que nous avons déjà indiqué ( page 293) la venue d'Abraham en Égypte : les temps de Joseph , premier ministre du Pasteur Apophis, s'accordent ainsi très-bien avec les temps d'Abraham et avec l'ordre généralement reconnu des dynasties d'Égypte pour les époques qui précédèrent son invasion.
Il en est de même pour les temps gui la suivirent; aux sept anuées de fertilité succéda , en Égypte et dans les contrées voisines , une famine générale. Les frères de Joseph se rendirent en Égypte pour acheter des grains; la seconde année de la famine, ils amenèrent Jacob auprès de leur frère qui s'était fait connaître; et 17 ans après Jacob mourut; Joseph comptait alors la 66" année de son âge , et Apophis la 43e de son rè^ne.
Ce roi parvint jusqu'à la 61e; et, a sa mort, l'an 1922 avant J. C, Joseph était âgé de 74 ans. Or , qu'on prolonge sa vie jusqu'à 110 ans, comme le disent les écrivains bibliques, ou qu'on lui donne âge d'homme comme
L'UNIVERS
à tous les hommes ses contemporains dans l'histoire , le règne des deux rois pasteurs qui succédèrent à Apophis dépassera toujours de près d'un siècle la durée de la vie de Joseph ; et, dans ces mêmes supputations , Joseph aura pu voir les petits -fils de ses fils Éphraïm et Manassès ; enfin , de la mort de Joseph jusqu'à l'Exode , ou la sortie des Hébreux de FÉgvpte sous la conduite de Moïse , la suite des années suffira pour placer dans un ordre régulier de succession tous les événements que la Bible raconte à la suite de la mort de Joseph : celle de ses frères , de sa parenté, la multiplication des Israélites, et l'avènement de ce roi nouveau, qui , selon la Bible, ignorant et Joseph et sa renommée, opprima le peuple d'Israël, et le soumit à la plus dure servitude. C'est ainsi que les annales de l'Égypte, dressées d'après l'autorité des monuments originaux, se prêtent exactement aux relations synchroniques des annales des peuples oui la connurent, et que la concordance de ces rapports pour les temps et les lieux produit , pour ces annales diverses, rédigées dans des intérêts mutuellement inconnus les uns aux autres , des certitudes mutuelles.
On ne sait rien du règne des deux derniers rois pasteurs, depuis la mort de Joseph. On dit que ce fut le dernier de tous , Assèth , qui ajouta cinq jours au calendrier égyptien, et qui fixa ainsi la durée de l'année solaire à 365 jours; mais des monuments encore subsistants indiquent à une époque bien antérieure au règne d'Assèth cette importante réformation (voy. page 234 ci-dessus). D'ailleurs les habitudes des barbares ne se tournent pas d'ordinaire vers le perfectionnement des institutions publiques.
Pendant que tous ces événements se passaient à Memphis et dans la moyenne et la basse Egypte , les Pharaons au midi de Thèbes ne cessaient de penser et d'agir contre ces étrangers maîtres d'une partie de leurs Etats. Josèphe , dans son livre contre Apion , rapporte , d'après Manéthon , que les rois de la Thébaïdc faisaient
aux Pasteurs une guerre continuelle et poussée avec vigueur ; qu'après de longs efforts, un de ces Pharaons, à force de succès, réussit à expulser ces étrangers des divers points de l'Égypte qu'ils occupaient , et à les enfermer dans leur ville ou camp retranche d'Aouaris , dont il entreprit de faire le siège.
Ce Pharaon fut Ahmosis ; ses campagnes contre les Pasteurs furent pénibles et multipliées. L'inscription funéraire d'un de ses officiers de marine nous apprend qu'il entra au service de ce roi au moment où le Pharaon se trouvait à Tanis ; que plusieurs combats sur l'eau furent livrés : qu'un corps de troupes , dont cet officier faisait partie , fut dirigé contre l'ennemi vers le Sud ; que ces guerres duraient encore dans la 6* année du règne d' Ahmosis; et gue, dans les années suivantes , le roi se rendit en Ethiopie pour lever des tributs.
Il ne laissait point, pour cela, de pousser l'ennemi principal dès qu'il l'eut enfermé dans Aouaris ; mais Ahmosis mourut sur ces entrefaites , avant d'avoir terminé cette guerre sacrée.
Son fils, le roi Aménophis Thethmosis , dit Manéthon , continua le siège de cette place ; et , n'ayant pu la forcer ni l'enlever, après des tentatives infructueusement renouvelées , il entra en négociation , et , par l'effet du traité qui fut conclu, les Pasteurs quittèrent l'Égypte avec leurs troupeaux , leurs Familles , tout ce qu'ils possédaient, et se rendirent en Assyrie par la route du désert.
Telle fut la fin , en Égypte , de cette horde conquérante , après en avoir occupé souverainement une grande partie pendant 260 ans. Le prince qui contribua le premier à en délivrer le para fut Ahmôsis, le 6e roi de la XVIIe dynastie, le soleil seigneur de la vigi; lance, que nous avons déjà nommé (page 297). Le sixième cartouche de la table d'Abydos ( ligne intermédiaire) est celui de son prénom royal ; et ce prénom , accompagné de son nom propre , n'est pas très-rare sur les monuments. On les trouve sur une stèle et
ÉGYPTE
sur un cercueil de momie du Musée de Turin , dans un manuscrit qui contient les litanies des rois, au temple de Semné dans la haute Nubie , et dans un des tombeaux de Thèbes. Deux autres monuments essentiellement historiques , rappellent encore le nom et les actions du roi Âhmôsis : ce sont deux stèles sculptées à même dans les deux plus vastes carrières de la montagne de Massa rah ; les inscriptions de ces stèles annoncent que ces carrières ont été ouvertes l'an 22 du règne d'Ahmôsis , et (pie les pierres qui en ont été extraites ont été destinées à la réparation des temples de Phtha , d'Apis et d'Ammon à Memphis : souvenirs mémorables delà piété d'Ahmôsis qui, venant de délivrer Memphis de l'occupation des Pasteurs, et de les refouler dans leur camp retranché, relève aussitôt les temples des dieux, et les implore pour qu'ils protègent ses nouveaux efforts contre les impies. Cette date , la seconde connue du règne de ce roi , remonte vers l'an 1825 avant l'ère chrétienne.
La femme d'Ahmôsis est aussi désignée dans les inscriptions de Massarah ; elle s'appelait Ahmôs-Nofré-Atari, et son nom est accompagné des titres : la royale épouse principale, royale mère , la dame du monde. Une autre femme du même nom est mentionnée dans le même monument, avec les ualifications de fille de roi et sœur e roi ; ce fut la sœur du roi Ahmôsis qui est l'Amosis des listes de Manétnon , le dernier de la XVIIe dynastie des rois égyptiens.
Après les glorieux succès de ce grand prince, les actions des rois de la XVIIIe dynastie , régnant sur l'Égypte délivrée d'une odieuse invasion, seront encore remarquables dans les fastes historiques. De mémorables événements s'accomplirent alors en Egypte , et l'on ne refusera pas cette qualification à l'expulsion complète des Pasteurs, à la restauration de l'antique monarchie , à la construction des plus beaux édifices de Thèbes et de la Nubie , à la sortie des Hébreux conduits par Moïse, à l'émigration en Grèce des
colonies égyptiennes , enfin à des con quêtes plusieurs fois renouvelées eu Afrique et en Asie. Et, comme si l'éclatant triomphe obtenu enfin sur les barbares avait agrandi la puissance des esprits, les ressources publiques, et multiplié les inspirations du* génie et du goût , la splendeur de l'Égypte , parvenue dès lors au plus haut point, se révèle dans tous les ouvrages de cette époque, et les témoignages historiques, temples, palais, colosses, obélisques, s'offrent encore à nos yeux dans des proportions grandioses comme le siècle qui les a produits , et comme les rois qui le dominèrent. Nous n'aurons ainsi, dans l'histoire des arts, que des merveilles à décrire , et les actions des hommes ne resteront pas au-dessous de ces admirables productions.
Aménophis , le premier de ce nom , ouvre la liste des princes de cette XVIIIe dynastie. Manéthon nous apprend que ce roi régna 25 ans et 4 mois, après que les Pasteurs eurent quitté l'Egypte ; indication qui porte la durée du règne d' Aménophis 1er à près de trente années. Le même Manéthon nous dit, en effet , qu'après la mort d'Ahmôsis, Aménophis, à la tête d'une armée de 480 mille hommes , continua à pousser vivement la euerre contre les Pasteurs renfermés dans Aouaris ; qu'il essaya vainement d'emporter cette place d'assaut, et qu'il n'en reconnut l'impossibilité que par d'infructueuses tentatives plusieurs Ibis renouvelées : un traité mit fin à cette guerre et à cette cruelle invasion.
Le trône national fut dès lors relevé ; l'Égypte entière et toutes ses dépendances se trouvèrent de nouveau réunies sous l'autorité protectrice d'un seul prince , descendant des anciens rois , et ramenant avec lui dans le pays les anciens dieux et les anciennes lois de la monarchie. La restauration fut opérée dans toutes les branches de l'administration publique ; tous les efforts furent réunis pour rétablir les lieux saints, les édifices publics, la police des cités, l'influence des coutumes et des croyances nationales , et
particulièrement les anciennes règles d'aménagement du fleuve sacré, le père nourricier de l'Égypte ; car l'incurie des rois pasteurs a l'égard des canaux du Mil suffit pour expliquer la famine qui fit la fortune de Joseph.
Le règne d'Aménophis Ier fut d'environ 30 ans ; il nous reste de ce prince de nombreux monuments contemporains, et un plus grand nombre encore , consacres à sa glorieuse mémoire par les rois ses successeurs , qui l'honorèrent d'un culte presque divin. Son nom est inscrit dans les litanies royales dont des manuscrits sur papyrus nous ont conservé le texte ; sur une foule de bas-reliefs, l'image de ce Pharaon est placée au milieu de celles des divinités de l'Égypte, et associée aux actes do piété , (pu sont accomplis par des rois , des princes ou des personnages de diverses castes. Une statue d'Aménophis Ier, divinisé, en calcaire blanc , est au Musée de Turin ; au Musée égyptien de Paris , on voit , sur des monuments de formes et de matières diverses, ce même Pharaon combattant contre des peuples étrangers ennemis de l'Égypte, ou bien porté sur un palanquin a côté de la déesse Thméi , la justice et la vérité , qui le couvre de ses ailes ; enfin recevant en même temps que le dieu Osiris les offrandes de fruits et de fleurs , présentées par une famille du pays.
La reine sa femme est* habituellement associée aux honneurs du roi. Elle se nommait Ahmos-Nofré-Ari, Y engendrée du dieu Lune , la bienfaisante Ari ; on pourrait s'autoriser de quelques données monumentales pour croire qu'elle fut Éthiopienne ; et le séjour en haute Égypte des rois de la XVII0 dynastie , d'Aménophis luimême pendant sa jeunesse , expliquerait cette alliance du fils d'Anmôsis avec la fille de quelque personnage puissant en Éthiopie. La reine Nofre- Ari est aussi inscrite dans les litanies royales ; une statuette en bois peint , du Musée de Turin , représente cette reine; et l'inscription tracée sur la base lui donne les titres de royale épouse d'Ammon , royale épouse prin-
cipale , dame du monde , tutrice de la région d'en haut et de la région d'en bas (la haute et la basse Égypte). Son nom fut aussi conservé dans les actes d'adoration adressés à la mémoire de son mari par les rois et les reines qui leur succédèrent sur le trône. Notre planche 67 donnera une idée de ces pieuses pratiques : une reine, nommée Nofré- A ri , est à genoux en acte d'adoration devant le roi Aménophis II , à côté de qui est assis le prince son fils ; au-dessus d'eux sont assis Thouthmosis m, Mœris , la tête casquée; puis en avant, Thouthmosis II , coiffé en dieu Sockaris ; et à droite , sur deux sièges séparés , Aménophis Ier et sa femme Ahmos-Nofré-Ari , dont la tê*te est ornée d'une coiffure divine. Les noms de tous ces personnages sont inscrits dans des, cartouches auprès de leurs images.
On pourrait aussi penser , d'après un tableau qui se voit dans un des tombeaux de Gournah , à Thèbes , que le roi Aménophis Ier aurait eu une seconde femme , nommée Ahôthph , et de race blanche; elle a les titres de royale fille, royale épouse, royale mere ; elle ne fut peut-être que lafiUe d'Aménophis; et l'on voit au Musée du Louvre une statuette de cette princesse, dont les deux derniers êtres peuvent être des qualifications religieuses.
Le tombeau d'Aménophis Ier n'a pas été reconnu dans la vallée funéraire de Biban-el-Moloiik , où les dynasties thébaines choisirent leur dernière demeure ; c'est dans la vallée de l'Ouest que le chef de la XVIII* dynastie avait fait creuser son tombeau, ainsi que ses premiers successeurs ; mais d'iranien ses déblayements , opérés au pied des grands rochers à pic dans lesquels ces tombeaux furent creusés , seraient nécessaires pour rendre ces sépultures royales aux arts et à l'histoire : il nous reste assez d'autres monuments de l'illustre renommée d'Aménophis Ier, qui mourut après avoir tiré la monarchie égyptienne des mains impies des barbares.
Son fils lui succéda ; il se nomma
ÉGYPTE
Thôthmes , le fils de Thôtft ; c'est un des Thouthmosis des écrivains grecs.
Son prénom est le onzième cartouche de la table d'Abydos ( planche 47 ) , ligne intermédiaire, en commençant par le premier cartouche à gauche.
La construction des grands édifices de M édi net- Ha bon , ù Thèbes, remonte jusqu'au règne de ce Pharaon ; il s'occupa , comme son père , à relever pieusement les temples des dieux du pays.
La partie la plus ancienne de ces édifices , monument qui présente à la fois le double caractère de temple et de palais, consiste en un sanctuaire environné de galeries formées de piliers ou de colonnes , et de huit salles de dimensions diverses. Toutes les parties sont chargées de sculptures en relief, remarquables par l'exacte correction du style et par la finesse du travail : ce sont là des travaux de la plus belle époque de l'art en Egypte. On voit à Ibrim , en Nubie , lieu nommé Primis par les géographes grecs , un Spéos , ou temple creusé dans le rocher, exécuté pendant le règne de ce Thouthmosis , le premier des princes qui portèrent ce nom.
Le fond de ce Spéos est occupe par quatre figures assises, dont deux sont celles de ce Pharaon qui est placé entre le dieu seigneur dlbrim (une des formes du dieu Thôth, à tête d'épervier), et la déesse Saté, dame de Nubie. Dans le temple d'El-Assasif, non loin du Rhamesséum de Thèbes, ce Pharaon est adoré par ses successeurs qui lui font les mêmes offrandes qu'aux dieux. Sur d'autres monuments il est associé au culte d'Aménophis P', son père. Une magnifique statue colossale de Thouthmosis 1er orne le Musée de Turin; et, sur ce bel ouvrage en granit noir a taches blanches , on a inscrit ses titres de dieu gracieux, soleil grand du monde, etc., aimé d'Ammon, vi* vificateur à toujours , fils du soleil ThôthmèSy chef semblable au soleil, aiméd'Ammon-Ra, roi desdieux , etc.; il ajouta aussi à ces divers titres la qualification particulière d'image du soleil ; et ce Pharaon est ainsi désigné sur le premier obélisque du palais de Karnac a Thèbes , et dans les tableaux
de la troisième cour du même édifice.
Dans le temple d'El-Assasif, on voit, dans un bas-relief, ce même Pharaon accompagné de la reine sa femme; elle se nommait Ahmês , et portait les titres de royale sœur, royale épouse principale, dame du monde; et, auprès du couple royal , se voit leur jeune fille, nommée Sotennofré. D'autres monuments nous ont conservé le nom d'un prince ou gouverneur d'Éléthya, attaché au service personnel de la reine Ahmôs, et celui d'un oflicier supérieur de la marine de Thouthmosis rr : ce roi mourut après un règne de treize ans.
Il eut pour successeur son fils , qui s'appela aussi Thouthmosis , et fut le deuxième de ce nom de la XVIIIe dynastie. Comme ses prédécesseurs, il s'occupa particulièrement de relever les monuments religieux dans la capitale et les grandes villes de l'Égypte.
Il existe encore à Esnèb , en beau granit rose, des débris des édifices qu'il y avait fait construire , et qui portent son nom. Il contribua aussi à la décoration de la partie la plus ancienne du palais de Médinet-Habou à Thèbes, principalement des six dernières salles; et ces ouvrages sont également remarquables par leur belle exécution. Sa piété s'étendit sur les édifices même de la Nubie ; et ceux de Semné et de Contra-Semné conservent encore les preuves de sa munificence. Le nom de ce roi est plusieurs fois tracé au milieu de leurs sculptures , et les titres de dieu gracieux , seigneur du monde , chef des biens , sont , plusieurs fois mêlés aux signes qui expriment phonétiquement le nom de Thouthmosis ; , enfin il se trouve à son rang dynastique dans les litanies royales. Il régna vingt ans et sept mois , selon les listes de Manétbon.
La reine sa femme porta le nom d'Amon-Maï, et les titres ordinaires de royale fille, royale épouse principale , dame du monde , tutrice de la haute et de la basse Égypte. Le nom de cette princesse se retrouve dans une des excavations funéraires de la vallée des Reines a Thèbes ; il se lit
L'UNIVERS
aussi dans les inscriptions peintes sur une des momies de Turin , et enfin à Éléthya , si toutefois ce n'est pas une autre "reine du même nom que mentionne le monument de ce lieu. Des amulettes en terre émaillée portent sur Tune de leurs faces le prénom royal du roi , et sur l'autre le titre de chéri d'Amon-Ra : il ne faut pas , à l'imitation de ceux qui débitent par habitude les plus aventureuses inter-
{>rétations , voir dans ce dernier titre e nom même de la reine au revers de celui du roi; la reine se nommait Amon-Maï ; et on lit , sur les amulettes, Amon-Ra-Maï, le chéri d'Ammon-Ra , qualification ordinaire des rois, et signe constant de l'efficace protection que leur accordait le grand dieu de Thèbes et de l'Egypte.
Avec le règne du successeur de Thouthmosis II, surgissent les premières difficultés qui procèdent d'un désaccord manifeste entre les données tirées des écrivains anciens, et les notions non moins précises aue fournissent les monuments historiques ; entre les listes de Manéthon et les monuments; entre les monuments euxmêmes attentivement comparés.
D'une part, la table d'Abydos, la liste royale du Rhamesséum, celle de Médinet-Habou , et les tombeaux de Gournah , donnent pour successeur à Thouthmosis II, le roi dont le cartouche est immédiatement placé à la gauche du sien. Dans ces listes généalogiques , ce cartouche est reconnu , sans opposition, pour être celui de Thouthmosis III.
D'un autre côté, les monuments d'EI-Assasif , les propylons et l'obélisque de Karnac , nomment évidemment trois personnages royaux, qui existèrent et régnèrent entre Thouthmosis II et Thouthmosis III; enfin Manéthon rapportait que Thouthmosis II avait eu pour successeur immédiat la reine Amensé sa sœur , fille , comme lui, de Thouthmosis Ier, et qu'elle régna vinet-deux ans.
Voici toute rexplication de ces énigmes historiques, explication tirée de l'examen même des monuments
originaux, par Champollion le jeune.
« La vallée û'El-Assasif, située au nord du Rhamesséum, se termine brusquement au pied des rochers calcaires de la chaîne libyque : là existent les débris d'un édifice au nord du tombeau d'Osymandyas. Mon but spécial était de constater l'époque encore inconnue de ces constructions, et d'en assigner la destination primitive; je m'attachai à l'examen des sculptures et surtout des légendes hiéroglyphiques inscrites sur les blocs isolés et les pans de murailles épars sur un assez grand espace de terrain.
« Je fus d'abord frappé de la finesse du travail de quelques restes de basreliefs martelés à moitié par les premiers chrétiens ; et une porte de granit rose encore de bout au milieu de ces ruines en beau calcaire blanc, me donna«ta certitude que l'édifice entier appartenait à la meilleure époque de l'art égyptien. Cette porte, ou petit propylon , est entièrement couverte de légendes-hiéroglyphiques. On a sculpté sur les jambages , en relief très-bas et fort délicat, deux images en pied de Pharaons revêtus de leurs insignes.
Toutes les dédicaces sont doubles et faites contemporainement au nom de deux princes : celui qui tient constamment la droite ou le premier rang , se nomme Aménenthé ; l'autre ne marche qu'après, c'est Thouthmosis IIIe, nommé Mœris par les Grecs.
« Si j'éprouvai quelque surprise de voir ici et dans tout le reste de l'édifice , le célèbre Mœris orné de toutes les marques de la royauté , céder ainsi le pas à cet Aménenthé qu'on chercherait en vain dans les listes royales , je dus m'étonner encore davantage , à la lecture des inscriptions, de trouver qu'on ne parlât de ce roi barbu , et en costume ordinaire de Pharaon , qu'en employant des noms et des verbes au féminin, comme s'il s'agissait d'une reine. Je donne ici pour exemple la dédicace même des propylons.
« L'Aroëris soutien des dévoués , le roi seigneur, etc., soleil dévoué à la vérité l {Elle) a fait des constructions en l'honneur de son père (le père tfeUe) ,
EGYPTE
Amon-Ra , seigneur des trônes du monde ; elle lui a élevé ee propvion (qu'Ammon protège l'édifice !) en pferre de granit : c'est ee quelle a lait (pour être) vivifiée à toujours. »
L'autre jambage porte une dédicace analogue , niais au nom du Yoi Thoutlv mosis IIIe , ou Mœris. En parcourant le reste de ces ruines , la même singularité se présenta partout. Non-seulement ie retrouvai le prénom d' Aménenthé précédé des titres le roi soureraine du monde ^ mais aussi son nom propre lui-même à la suite du titre la fille du soleil. Enfin , dans tous les bas -reliefs représentant les dieux adressant la parole à ce roi Aménenthé , on le traite en reine comme dans la formule suivante :
« Voici ce que dit Amon-Ua, seigneur des trônes du monde, à sa fille chérie , soleil dévoué à la vérité : L'édifice que tu as construit est semblable à la demeure divine. »
De nouveaux faits piquèrent encore plus ma curiosité; j'observai surtout dans les légendes du propylon de granit, que les cartouches - prénoms et noms propres d'AménentJié , avaient été martelés dans les temps antiques, et remplacés par ceux de Thouthmosis III, sculptésen surcharge.
Ailleurs , quelques légendes d'Aménenthé avaient reçu en surcharge aussi celles du Pharaon Thouthmosis IIe.
Plusieurs autres enfin offraient le prénom d'un Thouthmosis encore inconnu, renfermant aussi dans son cartouche le nom propre de femme Amensé, le tout encore sculpté aux dépens des légendes d'Aménenthé, préalablement martelées. Je me rappelai alors avoir remarqué ce nouveau roi Thouthmosis, traité en reine , dans le petit édifice de Thouthmosis IIIe à Médinet-Habou.
C'est en rapprochant ces faits et ces diverses circonstances , de plusieurs observations du même genre , premiers résultats de mes courses dans le grand palais et dans le propylon de Karnac , que je suis parvenu a compléter mes connaissances sur le personnel de la première partie de la XVIir dynastie.
20* Lii>raison. (Kgtptk.)
Il résulte de la combinaison de tous les témoignages fournis par ces divers' monuments, et qu'il serait hors de propos de développer ici :
1° Que Thouthmosis Ie' succéda immédiatement au grand Aménothph Ie' , le chef de la XVIIIe dynastie, Vune des Diospolitaines ; T Que son fils Thouthmosis II occupa le trône après lui , et mourut sans enfants ; 3° Que sa sœur Amensé Jui succéda comme fille de Thouthmosis 1er, et régna 22 ans en souveraine ; 4° Que cette reine eut pour premier mari un Thouthmosis, qui comprit dans son nom propre celui de la reine Amensé son épouse; que ce Thouthmosis fut le pere de Thouthmosis III ou Mœris, et gouverna au nom d'Amensé ; 5° Qu'à la mort de ce Thouthmosis, la reine épousa en secondes noces Aménenthé , qui gouverna aussi au nom d'Amensé, et qui fut régent pendant la minorité et les premières années de Thouthmosis III ou Mœris ; 6° Que Thouthmosis III, le Mœris des Grecs, exerça le pouvoir conjointement avec le régent Aménenthé, qui le tint sous sa tutelle pendant quelques années.
La connaissance de cette succession de personnages explique tout naturellement les singularités notées dans l'examen minutieux de tous les restes de sculptures existant dans l'édifice de la vallée à'El-Assasif. On comprend alors pourquoi le régent Aménenthé ne paraît dans les bas - reliefs que pour y recevoir les paroles gracieuses que les dieux adressent à la reine Amensé, dont il n'est que le représentant; cela explique le style des dédicaces faites par Aménenthé , parlant lui-même au nom de la reine, ainsi que les dédicaces du même genre , dans lesquelles on lit le nom de Thouthmosis, premier mari d'Amensé, qui joua d'abord le premier rôle passif, et ne fut, comme son successeur Aménenthé, qu'une espèce de figurant du pouvoir royal exercé par la reine.
Les surcharges qu'ont éprouvées la plupart des légendes du régent Aménenthé , démontrent que sa régence
L'UNIVKHS.
fut odieuse et pesante pour son pupille Thoutlimosls TTT. Celui-ci semble avoir pris à tAelic de condamner son tuteur à un éternel oubli. C'est en effet sous le règne de Thouthmosis III que furent martelées presque toutes les légendes d'Aménenthé, et qu'on sculpta à la place soit les légendes de Thouthmosis III , dont il avait sans doute usurné l'autorité, soit celles de Thouthmosis , premier mari d'Amensé, le père même du roi régnant. J'ai observé la destruction systématique de ces légendes dans une foule de bas -reliefs existant sur divers autres points de Thèbes. Fdt-ellc l'ouvrage immédiat de la haine personnelle de Thouthmosis III , ou une basse flatterie «lu corps sacerdotal?
C'est ce qu'il nous est impossible de décider ; mais le fait nous a paru assez curieux pour le constater. (Voyez lettre XVe.)
Cette curieuse explication d'une difficulté à la fois historique et généalogique , est tirée d'une lettre de Champôllion le jeune, datée de Thèbes, le 18 juin 1829, et rendue publique peu de temps après : néanmoins , il s'est trouvé quelqu'un , en 1832 , qui , par une habitude de plagiat, protégé devant la loi , mais non pas devant l'honneur, par une frontière étrangère, s>st npproprié cette explication sans m nommer le véritable auteur , dans un livre , il est vrai , où sont fréquemment remarqués de pareils oublis que nous aurons bientôt l'occasion d'indiquer à l'équité publique.
Kn reprenant notre narration , delaquelle nous nous sommes détournés en cédant à un impérieux devoir, nous voyons que, à sa mort, le Pharaon Thouthmosis II n'ayant pas laissé de successeur en ligne directe, la constitution politique appela au trône la ligne collatérale , dont le chef fut la princesse Amensé, sœur du roi défunt , tille, comme lui , de Thouthmosis Ier : et , si l'on se représente quel est le caractère spécial des listes royales d'Ahydos , du Uhamesséum et de Médinet- Habou , on comprend aussitôt pourquoi la reine Amensé ne fut pas mentionnée
dans ces listes, qui étaient généaloginues par les générations , et non pas vnastiques par les régnes successifs ces I istes devaientdonc nommerThoutlimosisIII immédiatement après Thouth mosis II, parce que la reine Amensé, soeur du dernier roi , ne formait avec lui qu'une seule génération , selon les règles de tout temps adoptées par les généalogistes. Mais Manéthon , qui donnait la liste successive des règnes, n'eut garde d'oublier celui de la reine Amensé; il le place au quatrième rans dans l'ordre de ceux de la XVIIIe dynastie , comme on le voit dans la eo- )ie des listes conservée par Julr< 'Africain ; et comme Eusèbe a omis ou bien oublié ce même règne d'Amensé, le Syncelle ne s'est pas dispense de relever cette méprise de l'évêque d> Césaree.
La durée du règne de la reine Amensé est fixée à vingt et un ans et neuf mois, ou vingt-deux années en nombre rond : ce qui vient d'être dit de la vie de cette princesse , revêtue du pouvoir souverain , porte l'historien à diviser la durée totale de <v règne en deux portions distinctes, les temps du premier mariage de cette reine, et les temps du second.
Quelques monuments nous portent à croire que la fille du roi Thouthmosis ItM ne régna que bien peu de temps avant son premier mariage : ce règne en effet ne dura que vingt-deux ans , et le fils d'Amensé , Thouthmosis-Mœris paraît sur un monument élevé durant ce règne , à El-Assasif , dans une cérémonie religieuse, où il est accom pagné d'un jeune enfant que l'inscription dit être sa fille.
Ces détails paraîtront peut-être bien minutieux, mais ils ne sont pas inutiles pour nous éclairer avec certitude sur l'état véritable de quelques-unes des plus importantes institutions publiques de rÉgyptc , la succession à la couronne royale , et aussi sur les signes officiels que la loi avait consacrés comme marques de l'autorité suprême.
Amensé , à son avènement , adopta le prénom royal , soleil dévoué à la vérité; et le second cartel renferma son
ÉGYPTK.
nom propre : Amensé (la fille d'Aman).
Elle épousa , en premières noces , un Thouthmosis , qui fut peut-être de la famille royale de ce nom , un parent de la reine. Ce Thouthmosis prit le prénom royal de : soleil grand du monde ; et , dans le second cartel de la légende royale, il inscrivit à la fois le nom de la reine et le sien, Amensc- Thouthmosis ; c'est dans cet état que ces deux cartouches subsistent encore j Médinet-Habou. Enfin, Amensé ayant contracté un second mariage, son nouveau mari n'eut pas d'autre prénom royal que celui de la reine même , soleil dévoué à la vérité; et son nom propre, A mènent hé, n'est inscrit, dans les monuments, qu'au second rang, après le cartel de la reine.
11 y eut une différence sensible dans la condition comparée des deux maris Je la reine; et ce qu'il y a de plus élevé , de plus royal en quelque sorte dans celle du premier , s explique par la naissance d un fils qui , devant succéder a la reine Ajnensé, donna à Thouthmosis , le premier mari , la qualité et le privilège de père du roi. Il paraît que le droit de légende royale était un de ces privilèges : mais , pour cela , faut - il inscrire ce Thouthmosis dans la liste des rois de la XVIII* dynastie? Nous ne le pensons pas, puisque c'est dans la personne de la reine que résidait le droit d'hérédité de la couronne , qu'elle en conféra quelques circonstances honorifiques seulement •»u père de l' enfant-roi a qui elle venait de transmettre ce droit avec la vie , et que Thouthmosis son père, qui n'avait aucun titre au pouvoir royal , ne put jouir que des honneurs secondaires déférés au père du roi , qui n'était pas roi. Ce Thouthmosis ne peut donc pas être inscrit dans la liste des rois d Éftypte; aussi c'est le nom d' Amensé qui se lisait dans les annales sacrées consultées et copiées par Manéthon , et elles attribuèrent à cette reine les v'ngt-deux années entières de son règne , quoique ce règne comprît tout le temps qu'elle vécut avec son premier et avec son second mari , celui même
de la minorité du jeune roi. Nous ne donnerons donc ni à l'un ni à l'autre le titre de roi ; et , ayant nomme Thouthmosis II le frère de la reine Amensé , nous reconnaîtrons, comme le troisième roi de ce nom , le jeune roi , fils d'Amcnsé et de son premier mari , et Mœris restera le Thouthmosis III, comme l'a dit Manéthon.
Le nom de la reine Amensé se lit audessous de son image qui est peinte sur le premier cercueil d'une belle momié du musée royal de Turin. On voit, à Ombos ^ les restes d'un petit propylon u'elle avait fait construire, et que inscription qualifie de « Porte de la reine Amensé, conduisant au temple deSévek-Ra. » La même divinité avait, dans la ville d'Éléthya , un autre temple construit et décoré par la même reine , qui y avait associe au culte du Saturne égyptien, celui de la déesse Sowan ou Lucine. Dans le temple de Médinet-Habou , les témoignages de sa piété envers les grandes divinités de Thèbes , subsistent encore ; on les retrouve dans la portion la plus ancienne des vastes édifices de ce lieu.
La plupart des bas-relifs qui la décorent portent le nom de la reine , et sont remarquables par leur parfaite exécution ; il en est de même des sculptures exécutées par l'ordre d' A mense, dans les dernières salles du palais de ce même quartier de Thèbes , de Médinet-Habou.
S'il était possible d'en juger avec certitude par le plus grand nombre de monuments subsistants , on serait autorisé à croire que Thouthmosis mourut peu de temps après son mariage avec la reine, et après la naissance de leur fils, le nom du second mari, qui se nomma Aménenthé, se trouvant bien plus fréquemment que celui du premier, sur ces monuments de divers ordres , et toujours associé au prénom royal de la souveraine: on les voit l'un et l'autre inscrits dans la légende royale qui décore une belle stèle du Vatican , et sur un amulette en terre émaillée du Cabinet du roi, à Paris.
On sait aussi que les édifices d'El- Assasif furent l'ouvrage de cette reine
1/ ITMVKRS.
pendant son serond mariage : cela résulte en effet des inscriptions encore subsistantes, où le prénom royal de la princesse et le nom du régent Aménenthé se trouvent souvent répétés; le jeune Thouthmosis III y est aussi nommé quoique encore mineur ; et les dédicaces qui subsistent dans des salles moins maltraitées, par le temps ou par les hommes, que l'édifice intérieur, annoncent que cet édifice était un temple consacré à la grande divinité de Thèbes, à Amon-Ra, le roi des dieux, qu'on y adorait sous la figure spéciale «le Arnon-Ra seigneur des trônes et du monde. Ce temple , d'une étendue considérable* était décoré de sculptures du travail le plus précieux , précédé d'un dromos, vraisemblablement aussi d'une longue avenue de sphynx ; if s'élevait au fond de la vallée ô"EI- Assasif , et son sanctuaire pénétrait dans les rochers à pic de la montagne. Des offrandes faites aux dieux ou aux ancêtres du Pharaon fondateur du temple, sont les sujets des tableaux sculptés dont cet édifice religieux est orne. On y voit aussi le jeune Thouthmosis-Mœris rendant de pieux hommages à son père qui ne fut pas roi , et a son oncle le Pharaon Thouthmosis II. Les plafonds de quelquesunes de ces salles sont remarquables , ayant la forme d'une voûte; enfin, o est dans une de ces salles que l'on voit un grand bas-relief peint, occupant toute la paroi de gauche , dans lequel on a figuré la grande baH sacrée , ou arche d'Amon-Ra. Ce dieu du temple est adoré par le régent Aménenthé, marchant avant son pupille Thouthmosis - Mœris , qui est suivi d'une très-jeune enfant , richement parée , nommée Rannofré , et que l'inscription qualifie de fille du roi. En arrière de la bari sacrée , et comme recevant une portion des offrandes faites par les deux rois agenouillés, sont les images en pied du Pharaon Thouthmosis Ier, de la reine Ahmosis et de leur fille Sotennofré ; l'histoire écrite n'avait pas conservé les noms des trois princesses qui figurent dans ce riche tauleau de l'époque et du règne
d'Amensé. Mais les grands obélisques du temple de Karnac à Thèbes doivent être considérés comme les plus beaux monuments qui nous restent du règne de cette reine , comme ils sont aussi au nombre des plus admirables productions de l'art égyptien.
Celui de ces deux obélisques qui est encore sur pied , est te plus beau de tous ceux qui subsistent sur le solde l'Egypte; u est en granit rose, haut de 90 pieds au moins, et d'un seul bloc , comme le sont tous les obélisque égyptiens antiques. Cet obélisque ftt érigé par la reine Amensé en l'honneur d'Amon-Ra et à la mémoire de son père Thouthmosis Ier ; le régent Amenenthé est nommé dans le texte rela tif à l'érection du monolithe. Le* images de la reine, de son mari, et de son fifs Mœris, se voient dans b scènes des offrandes , et le monument n'a reçu aucune addition postérieure à l'exception de la figure d'un des rois successeurs de Mœris, qui s'y trouw représenté en acte d'adoratiou devant le dieu auquel l'obélisque est consacre Il repose sur une base ornée de belles inscriptions dédicatoires , dont le texte s'exprime au nom de la reine désignée par cette phrase remarquable : le roi du peuple obéissant (soleil dévoué « la vérité), la file du soleil (Ame nemhé ) : nouvelle preuve de la condition singulière* des reines exclues comme femmes de certaines attributions expressément dévolues à leur mari , quoiqu'ils ne jouissent pas h l'autorité royale.
L'autre obélisque, malheureusemenî renversé et brisé , était aussi un magnifique monument de la piété de Ij reine Amensé: dans les tableaux du pyramidion, c'est encore le rége.n Aménemhé aux pieds d'Amon-Ra; et.
dans ces tableaux religieux, on reconnaîtrait, sans le secours des inscription la figure de ce même régent , tant fart égyptien a su faire ressemblantes celte de" ce personnage qui se voient encore et sur l'édifice d'EI-Assasif, et sur cet obélisque de Karnac. Le jeune roi Mœris y est aussi représenté, associe aux offrandes faites par son tuteur; «
EGYPTE-
postérieurement un autre Pharaon, qui fit faire quelques ouvrages dans ce même temple , s y est substitué dans les images et les inscriptions, aux personnages nommés primitivement dans cet. obélisque: Mœris lui-même, devenu roi , n'y épargna pas non plus le prénom royal du second mari de sa mère : il remplaça par son nom celui d'Aménemhé (ou Aménenthé) qui fut martelé.
On ignore si ce même Aménemhé survécut à la reine Amensé : dans tous les cas , ses honneurs durent linir avec la vie de la reine, dont le tombeau existe encore dans la vallée funéraire dcThèbes. Elle mourut vers l'an 1736 avant l'ère chrétienne.
Son fils lui succéda immédiatement , et porta le nom de Thouthmosis , l'engendré de Thôth, surnommé Mœris [Mai-ré, gzti aime Phré , le dieu soleil) ; on lui donne aussi d'autres surnoms : bienfaiteur des mondes (à Karuac) ; serviteur du soleil , président de la première des dix régions (sur un obélisque de Rome) ; approuvé par le soleil (obélisque de Constantinople) ; modérateur de justice ( Amada). Son prénom royal , formé de trois signes , le disque du soleil , le mur crénelé , le scarabée, et signifiant soleil stabiliteur de l'univers , est quelquefois augmenté d'un quatrième signe , la ligne brisée écrite avant le scarabée ; on le voit ainsi sur les monuments de la Nubie; et dans les listes en écriture hiératique , le prénom de ce Thouthmosis III contient toujours quatre signes.
Le règne de Mœris n'eut pas une longue durée; il fut de moins de treize années (12 ans et 9 mois) ; mais il dut être glorieux ; il y a peu de souverains égyptiens* dont il reste autant de monuments, dont l'antiquité ait autant exalté la gloire et proclamé le renom.
Tous ces souvenirs, tous ces travaux du règne de Mœris sont empreints d'un caractère particulier : tous les monuments de sa piété sont édifiés à des dieux de la paix ; toutes ses grandes actions sont des faits d'administration civile : la sagessse de rtëgypte se révé-
lerait-elle aussi dans la renommée immortelle de ce grand prince , ami de la paix et des arts ?
L'tëgypte et la Nubie sont encore couvertes de magnifiques ruines provenant des belles constructions élevées durant le règne de Mœris ; et de riches villes modernes , Rome elle-même , en ont recueilli des débris qui dominent encore par leur éclat les enefs-d'œuvre des arts renouvelés.
Parvenu à la suprême puissance, Mœris donua d'abord ses soins à faire terminer les ouvrages publics commencés pendant le règne de sa mère ; il en haïssait le second mari, Aménemhé , dont la tutelle avait pu lui être incommode ou oppressive ; et , comme pour le punir d'une usurpation , Mœris lit marteler soigneusement, sur tous les édifices publics, le prénom et la figure en pieddeson beau père, y substituant quelquefois les siens à côté de celle de sa mère. L'obélisque de Karnac, les édifices d'EI-Assasif , et de Médinet - Habou portent encore les traces de ces royales récriminations.
Mœris fut plus respectueux envers son père : il s'occupa d'assurer la conservation de ses honneurs presque souverains; et, dans quelques salles du palais dont il commença la construction à Médinct-Habou ,*il fit inscrire, dans deux cartouches accolés , le nom de Thouthmosis son père à côté de son cartouche royal.
Mœris construisit ensuite la plupart des édifices sacrés, qui s'élevèrent en ftgypte et en Nubie après l'expulsion des Pasteurs , effaçant ainsi , avec une pieuse persévérance, les traces profondes de la barbarie. La ville d Kléthva ne fut pas oubliée; il orna Ksnèh, ville importante en ce temps-là , d'un temple au dieu Chnouphis, le seigneur du pays , créateur de l'univers , principe vital des essences divines , soutien de tous les mondes; il associa au grand dieu les deux autres personnages qui complétaient la triade du nome d Esnèh, Ncilh, et le jeune Haké, représenté sous la forme d'un enfant; et la dédicace de ce temple au nom de Mœris était encore, du temps des
L'UNIVERS
Ptolémées , au nombre des fêtes commémoratives célébrées dans ce temple.
A Edfou , Mœris éleva un temple au grand dieu ITar-Hat,qui était aussi le seigneur liturgique du lieu. A Orobos, il contribua à la construction du mur général d'enceinte; une porte, ornée de son nom , snbsiste encore. Il éleva les propylées -du grand temple de Mempbis , et Diodore de Sicile assure qu'ils surpassaient en magnificence tous les autres ouvrages de ce genre. A Éléphantine , un mur du quai , de construction romaine , renferme des débris des édifices consacrés aux dieux de cette ville par Mœris. Thèbes surtout nous montre les témoignages de son inépuisable munificence: un palais à Médinet-Habou , une grande partie des immenses constructions de Karnac, le temple d'EI-Assasif terminé, en ont consacré le souvenir. Cest en effet par les soins de Mceris que la plus ancienne partie (Je l'édifice de Medinet- Habou reçut sa décoration. Les dédicaces portent son nom ; et celle oui se lit encore sous la galerie de droite s'exprime ainsi : «La vie! IHorus puissant , aimé de Pbré , le souverain de la haute et de la basse région, grand chef de tontes les parties du monde, THorus resplendissant, grand par sa forme , celui qui a frappé les neuf arcs (les peuples nomades); le dieu gracieux, seigneur du monde, soleil stabiliteur de l'univers, le fils du soleil. Thouthmosis, bienfaiteur du monde, vivifié aujourd'hui et à toujours. Il a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père Anton- Ra , roi des dieux ; il lui a erisé ce grand temple djns la partie occidentale du Tbouthmoséunn d'Anton . en belle pierre de grès : e'est ce qu'a fait le roi . vivant toujours. » la plupart des bas-retiers oui décorent les paieries et les chambres . représentent ce roi Morts rendant des hommages aux dieux , ou recevant d'eux des dons et des grâces. Sur la paroi de gauche de Kl grande salle ou sanctuaire . ce Pharaon casqué est conduit par la déesse x*hàr et par le dieu A mon , qui se dînent b imm . *»»r<: î'jrt rv wnsihju*
de la vie. Le roi des dieux , Amon-Ra, assis, trace avec un pinceau le nom de Tliouthmosis sur l'épais feuillage de cet arbre , en disant : « Mon fils , stabiliteur de l'univers, je place ton nom sur l'arbre Osent, dans le palais du soleil. » Cette scène se passe devant les vingt -cinq divinités secondaires adorées à Tbèoes , rangées sur deux files ; une inscription les annonce en ces termes : Voici ce que disent les autres grandes divinités d'Opht ( Thèbes 1:
• >os cœurs se réjouissent à cause à bel édifice construit par le roi soleil stabiliteur de Punivers. » Les homme et les dieux célébrèrent ainsi la gloire du roi Mœris.
Les ruines historiques de la Kubit en rendent encore témoignage. Iepfos grand des temples construits à Oua<l:
Balfa, l'antique Béhéni, auprès de1 seconde cataracte au sud de Thebrs fut aussi un ouvrage de Mœris. Il fa construit en briques , orné de pfliersroionnes d'ordre dorique primitif, rt de portes en grès; il était dèiiéau dieux Aroon-Ra et Phré. A Ibrim, un speos ou chapelle creusée dans la montagne , remonte au règne de Mœris . sa statue , assise entre celles du dieu seigneur d* Ibrim et de la déesse de Subie, occupe la niche du fond; et et speos a été creusé par un prince comme Nabi , qui prend le titre de couverneurdes terres méridionales ( la Subie Ce prince est debout devant le roi asis sur un trône , et accompagne d:
plusieurs autres fonctionnaires pn blics ; il présente à Mœris les tribut? en or, en argent et en srains, profilant îles terres méridionales dont il a le gouvernement.
Les bas - rehefs du sanctuaire du temple «fAroada nous apprennent quf cet Sfice fut aussi le fruit debpiefc de Mœris , et le nom du roi se ht en core dans le texte des dédicaces ain* conçues: «Le Jict:biefiraîs3nt,sei?oetif du monde , le roi stabiliteur de l u"1 vers, le fus du soleil, Tlionthnwfrs.
modérateur de justke , a fait ses Je votions a son père le dieu Phre\ ^ dieu des deux montagnes célestes, et lui a et.'^e ep tempt^ en p*errr àur-
ÉGYPTK.
il Ta fait pour être vivifié à toujours.» Mocris mourut avant que cet édifice fût terminé ; ses premières vues de restauration s'étaient naturellement portées sur TÉcy pte : la Nubie n'en était qu'une dépendance, et ne tenait que le second rang dans Tordre des fondations pieuses ordonnées par ce roi. Eguisseet Semné , autres villes de Nubie , eurent aussi leur part dans ses bienfaits.
I/obélisoue de Saint-Jean de Latran a Rome, 1 un des plus considérables monuments de cet ordre, l'obélisque d'Alexandrie, et celui de Constantinople , sont aussi au nombre des admirables ouvrages d'art du règne de Mœris ; et c'est à lui qu'il faut faire un éternel honneur de la plus vaste et de la plus hardie entreprise d'utilité publique , que le génie de l'homme ait jamais 'conçue et exécutée , (e lac qui porte son nom , et qui maîtrisait pour ainsi dire, selon l'intérêt de l'État, les prodigieuses inondations du plus grand fleuve de la terre. (Voyez à la page 1 2 , la Description du lac Mœris.)
Une statue colossale de Mœris , en granit noir, à taches blanches, est au musée de Turin. Plusieurs stèles du musée égyptien de Paris rappellent des actions ou des époques du règne de ce gra nd roi ; et son nom royal est le plus fréquent de tous sur les bijoux et les amulettes.
Kntin, ce prince honorait ses ancêtres à l'égal des dieux , selon la foi du pays ; il a laissé de ce respect un monument non moins utile à l'histoire qu'à sa propre cloirc. C'est Mœris en effet qui orna le palais de Kamac de la Table historique et généalogique des rois qui , avant lui , occupèrent le trône d'Egypte. Les voyageurs modernes ont donné le nom de salle des rois à une de celles de ce temple , laquelle est remarquable par sa décoration et sa destination également singulières, comparée aux autres parties analogues dans les édifices de l'Egypte. Les trois côtés sud-est, sud-ouest et nord -ouest de cette vaste salle sont occupés par niiatrc files de figures assises, placées I une derrière l'autre ; 1rs files sont sculptées l'une au dessus de l'autre;
t hacune est de quinze personnages ; mais , dans chaque file , les huit premières ligures regardent le sud-est , et les sept suivantes le nord-ouest : à ces deux points opposés le roi Mœris est debout , devant le premier personnage de chaque file *, une table chargée d'offrandes s'élève entre le roi et la première figure; leur pose et leurs insignes annoncent que ce sont des rois ; le cartouche-prénom qui est à côté de chaque figure ne laisse aucun doute à cet égard : ce riche et précieux Tableau nous représente donc le roi Mœris faisant des offrandes et des prières] à soixante rois, ses prédécesseurs sur le trône d' Egypte. On reconnaît dans cette longue série plusieurs des princes de la XVII" et de la XVI0 dynastie, qui sont déjà nommés à leur place dans notre précis historique ; mais le plus grand nombre des noms de la Table royale de Karnac s'élève à des époques où la critique historique n'a pas encore pénétré. Mœris consacra ce monument à la mémoire de ses ancêtres, vers l'année 172;»
avant l'ère chrétienne.
C'est au règne de ce même roi , et n l'année 1732 avant la même ère , qu'appartient le plus ancien manuscrit égyptien connu avec une date précise : ce manuscrit existe au musée de Turin ; c'est un contrat daté de la cinquième année du règne de Mœris.
Dans les bas-reliefs du temple de Mcdinct-Habou, le roi associe à ses offrandes la reine sa femme ; elle porte les titres ordinaires de royale épouse principale , et a le nom de Rhamaïlhé. Dans le tombeau d'Amensé , mère du roi , on le voit accompagné de sa icunc fille, nommée Réninoiré, soleil des bienfaits. Mœris eut aussi de ce mariage un fils qui lui succéda , et il mourut après un règne trop court > tout rempli de grandes et de bonnes action?
dont les témoignages éclatants subsis tent ençore. Les plus célèbres histo riens d.e Pantiauité grecque en ont , à l'envi, célébré la gloire; et ils en ont raconté des merveilles que l'autorité des monuments a fait inscrire parmi les vérités de l'histoire.
L'UNIVERS
Le fils et le successeur de Mœris i Tan 1723 avant J. C.) se nomma Aménophis; il est le second roi de ce nom dans la XVIIIe dynastie ; son prénom royal (le 8* de la ligne intermédiaire de la table d'Abydos, de gauche à droite) signifiait : le soleil grand des mondes.
On ne peut s'abstenir de remarquer nue le nom d'Aménophis II se lit plus fréquemment sur les monuments de la Nubie que sur ceux de PÉgypte :
comme si ce prince s'était appliqué à continuer l'exécution des projets de son père, qui, après avoir élevé en Égypte d'abord de si grands édifices , put a peine , à cause de la courte durée de son règne, voir commencer ceux dont il voulait orner la Nubie.
Aménophis II concourut cepeudant à accroître les splendeurs de Thèbes; son nom se lit sur le troisième propylée et les colosses de Karnac.
A Snem ( Beghé ) , Aménophis II érigea un temple en l'honneur de Chnoupnis et de la déesse Athôr ; un des pylônes de l'édifice était décoré d'une statue colossale de ce roi.
En pénétrant dans la Nubie , nous trouvons à Calabschi , l'ancienne Talmis des Grecs, les restes d'un temple qu'Aménophis II y avait élevé en l'honneur du dieu Malouli , jeune dieu qui formait, avec Horus, son père, et Isis , femme et mère d'Horus , la triade finale du système religieux de PÉgypte, dont Ammon , Mouth et Khons composaient la triade initiale. Ce même temple , détruit par le temps ou par Jcs guerres , fut relevé par un des rois Ptoïémées; et, après une nouvelle destruction, réédifié encore par les Romains, commencé par Auguste, continué par Caligula, parTrajan ; mais son état actuel annonce qu'il ne fut jamais terminé. Ce temple fut à toutes ces époques dédié au même dieu ; il ctait le seigneur suzerain du lieu , sa divinité locale : il n'y a pas d'exemple hors de PÉgypte de cette persistance dans le même culte, dans la même religion , malgré les~invasions ennemies et h mobilité des croyances humaines.
Dans une nul rc ville de Nubie, à Amada,
Aménophis II continua le temple commence par Mœris son père ; il fit sculpter les quatre salles à la droite et à la gauche du sanctuaire ; et ce roi fit inscrire , sur une grande stèle placée au fond du sanctuaire , le détail des ouvrages exécutés par ses ordres.
On voit encore âflbrim un spéos du règne d'Aménophis II ; alors les terres du midi, la Nubie, étaient administrées par un prince nommé Osorsate.
Sur la paroi droite du spéos , le roi assis reçoit d'Osorsaté et d'autre fonctionnaires, les tributs de ces terres méridionales et des productions naturelles du pays , y compris des lions.
40 lévriers et 10 chacals vivants : h statue du roi était placée au milieu de celles des divinités locales. Enfin, a Ouadi-Halfa , près de la seconde cataracte , Aménophis II dédia un temple à Ilorammon; la fin de l'inscription dédicatoire se lit encore sur les débris de la porte antique , et les colonnes en pierre de Pinterieur du temple sont du style dorique , taillées à pans trèsréguliers et peu marqués , type incontestable des ordres grecs , et qui remonte évidemment au règne de notre Aménophis II. On a aussi retrouvé des souvenirs de son règne à Sabout-eJ- Qadim , vers les côtes de la mer Rouse . ou PÉgypte possédait alors; des établissements commerciaux ou industriels.
Une statue colossale de ce roi orof le musée royal de Turin ; elle est de granit rose , et monolithe comme tous les colosses de PÉgypte.
Aménophis II mourut après avoir régné 25 ans et 10 mois ; son tombeau est perdu avec celui des autres premiers rois de la XVIIF dynastie, dans la vallée de l'ouest, où ft n'a pas été découvert.
Un autre Thouthmosis , le 4e de cette même dynastie , fut le successeur d'Aménophis II, son père. Il continu'1 aussi et termina le temple d'Amada, en y ajoutant le pronaos et les piliers; les architraves sont occupées par des inscriptions en l'honneur de rc roi:
une d'elles est ainsi conçue : « Voici** que dit le dieu Tholh , le seigneur des divines paroles, aux autres dieux qui
EGYPTE. 813
résident dans Thyri : Accourez et con- lantc , dont les merveilles ont ému les
templez ces offrandes grandes et pures, plus vulçaires esprits,
faites pour la construction de ce tem- La naissance même de cet Amène
ule par le roi Thouthmosis , à son père phis eut aussi ses miracles ; et nous
le dieu Phré, dieu grand, manifesté dans avons déjà rapporté (page 56) les cir-
le firmament. » La sculpture de ce constances religieuses de Pannoncia-
temple montre partout la belle époque tion , de la naissance et de l'éducation
de l'art en Égypte. Le nom de Thouth- de ce roi. Thèbes et les villes princi-
mosis IV se voit aussi sur une frise pales de l'Égypte sont encore couvertes
dans les débris des édifices de Ouadi- des restes et des preuves de sa magni-
Halfa. ficence : nous avons aussi donné (page
Le règne de ce Pharaon fut trouble 76 et suiv.) une idée de l'ensemble du
par les soins de la guerre ; les fron- palais de Thèbes qui porte son nom ,
tières méridionales de l'Égypte étaient connu dans les relations anciennes et
constamment menacées par les peu- modernes sous la dénomination de
plades insoumises de la Libye : Thouth- Memnonium, et qui a dans ses in-
mosis IV fut contraint de les corn- scriptions celle d'Aménophium. Le
battre vers la fin de son règne ; et il grand palais de Louqsor fût aussi Pou-
exîste encore, sur les rochers de vrage d'Aménophis III , il en jeta les
Philœ, une inscription commémora- premiers fondements : écoutons le
tive d'une victoire qu'il remporta sur voyageur qui en a donné , le premier,
ces Libyens, le 8'du mois phaménoth, la description historique :
l'an 7 de son règne, 169! ans avant <« Le fondateur du palais de Louq-
l'ère chrétienne. sor , ou plutôt des palais de Louqsor ,
Deux stèles du règne de ce roi, d'un a été le Pharaon Aménophis-Memnon très-beau travail , sculptées et peintes, (Amenothphlirde la XVIirdynastie). sont dans le musée de Turin; et le bel Cest ce prince qui a bûti la série d'éobélisque de Saint- Jean de Latran , à difices qui s'étend du sud au nord , de- Rome , porte aussi le nom de Thouth- puis le Nil jusqu'aux 14 grandes comosis IV ; il est dans les colonnes la- lonnes de 45 pieds de hauteur, et dont térales des quatre faces du monolithe, les masses appartiennent encore à ce et elles nous apprennent que ce Pha- règne. Sur toutes les architraves des raon avait ajoute de grandes construc- autres colonnes ornant les cours et les tions à un des temples d'Amon-Ra à salles intérieures , colonnes au nombre Thèbes , fondé par un de ses prédéces- de 105 , la plupart intactes , on lit , en seurs , vraisemblablement par Thouth- grands hiéroglyphes d'un relief trèsmosis III, qui y avait fait ériger cet bas et d'un excellent travail, des dédiobélisque, transporté depuis dans la ca- caces faites au nom do roi Aménophis. pitale du monde romain. Le pré- Je mets ici la traduction de l'une nom royal de Thouthmosis IV signi- d'elles, pour donner une idée de toutes fiait le soleil stabiliteur des mondes ; les autres , qui ne diffèrent que par il prit aussi le titre de chef des chefs, quelques titres royaux de plus ou de Le portrait de la reine sa femme se moins. »
trouve dans les tombeaux de Kourna «La vie! lTIorus puissant et mo-
à Thèbes , mais sa légende est détruite, déré , régnant par la justice , Porgani-
Ce Thouthmosis mourut après un règne sateurde son pays, celui qui tient le
de 9 ans et 8 mois, vers l'année 1687 monde en repos, parce que, grand avant Père chrétienne.
Il eut pour successeur un des princes les plus illustres parmi les races royales
égyptiennes , et aes plus connus parmi modérateur de la région pure (PÉgypte\
les populations occidentales : il se a fait exécuter ces constructions cou-
nomma Aménophis III ; c'est le Mem- sacrées à son père Amon , le dieu sci-
non des Grecs , le roi à la statue par- gneur des trois zones de l'univers ,
dans l'Oph du midi ; il les a fait exécuter en pierres dures et bonnes , afin d'ériger un édifice durable; c'est ce qu'a fait le (ils du soleil «Aménophis , chéri d'Amon-Ra. »
Ces inscriptions lèvent donc toute espèce de doute sur l'époque précise de la construction et de la décoration de cette partie de Louqsor.
Les bas-reliefs oui décorent le palais d' Aménophis soni, en général, relatifs à des actes religieux faits par ce prince aux grandes divinités de cette portion de Tlièbes, qui étaient 1" Amon- Ra, le dieu suprême de l'Égypte, et celui qu'on adorait presque exclusivement à Thèbes , sa ville éponyme ; 2° sa forme secondaire , Amon-Ra-Génératcur, mystiquement surnommé le mari de sa mère, et représenté sous une forme priapique; c'est le dieu Pan égyptien , mentionné dans les écrivains grecs; 3° la déesse Thamoun ou Tamon, c'est-a-dire A mon femelle, une des formes de Neïth, considérée comme compagne d'Amon générateur; 4° la déesse Mouth , la grand' mère divine , compagne d'Amon-Ra; 5° et 6° les jeunes dieux Khons et Harka, qui complètent les deux grandes triades adorées à Thèbes , savoir :
Pères. Mères. Fils.
Amon-Ra. Mouth. Khons.
A mon générateur. Thamoun. Harka.
Le Pharaon est représenté faisant des offrandes , quelquefois très - riches , à ces différentes divinités , ou accompagnant leurs bari ou arches sacrées, portées proccssionnellcmeiit par les prêtres.
L'une des dernières salles du palais , d'un caractère plus religieux que toutes les autres , et qui a d(l servir de chapelle royale on de sanctuaire, n'est décorée que d'adorations aux deux triades de Thèbes par Aménophis ; et, dans cette salle , dont le plafond existe encore, on trouve un second sanctuaire emboîte dans le premier, et dont voici la dédicace qui en donne très-clairement l'époque tout à fait récente , en comparaison de celle du grand sanctuaire : « Restauration de l'édifice faite par le roi («héri de Pliré , approuvé
VERS
par Amon) , le uls du soleil , seigneur des diadèmes, Alexandre, en I honneur de son père Amon - Ra , gardien des régions de Oph ( Thèbes); il a fait construire le sanctuaire nouveau en pierres dures et bonnes à la place de celui qui avait été fait sous la majesté du roi Soleil , seigneur de justice, le fils du soleil Aménophis , modérateur de la région pure.
Ainsi , ce second sanctuaire remonte seulement à l'origine de la domination des Grecs en Égypte , au règne d'Alexandre , fils d'Alexand re le Grand, comme le prouve la figure enfantine du roi : et l'on ne trouve que cette partie moderne dans le magniflqur palais d'Aménophis.
Au Meranonium plusieurs statues colossales furent érigées en l'honneur de ce roi ; les bas-reliefs où se montrait la protection des dieux oour c* grand prince, ornaient toutes les parties de l'édifice ; et deux grandes inscriptions annonçaient la dédicace du Memnonium aux dieux de Thèbes par ce roi reconnaissant.
La forme et la rédaction de cette dédicace sont d'un genre tout spécial ; on en jugera par une courte analyse.
Cette consécration du palais est rappelée d'une manière dramatique; c'est d'abord le roi Aménophis qui prend la parole dès la première ligne et b garde jusqu'à la treizième. « Le roi Aménophtn a dit : Viens , ô Amon- Ra, seigneur des trônes du monde, toi qui résides dans des régions d« Oph ( Thèbes) ! contemple la demeure que nous t'avons construite dans la contrée pure , elle est belle : descends du haut du ciel pour en prendre possession ! » Suivent les louanges du dieu mêlées à la description de l'édifice dédié, et l'indication des ornements et décorations en pierre de grès , en granit rose, en pierre noire, en or, en ivoire et en pierres précieuses , que le roi y a prodigués, y compris deux grands obélisques dont on n'aperçoit plus aujourd'hui aucune trace.
Les sept lignes suivantes renferment le discours que tient le dieu Amon-Ra , en réponse aux courtoisie?
Egypte.
du Pharaon. «Voici ce que dit Amon- Ra , le mari de sa mère , etc. : Approche, mon fils, soleil seigneur de vérité , du germe du soleil , enfant du soleil , Aménothph! J'ai entendu tes paroles et je vois les constructions que tu as exécutées; moi qui suis ton père , je me complais dans tes bonnes œuvres , etc. , etc. , etc.
Enfin vers le milieu de la 20° ligne commence une troisième et dernière harangue; c'est celle que prononcent les dieux en présence d'Amon-Ra, leur seigneur, auquel ils promettent de combler de biens Aménotbph son fils chéri , d'en rendre le règne joyeux en le prolongeant pendant de longues années , en récompense du bel édifice qu'il a élevé pour leur servir de demeure, palais dont ils déclarent avoir pris possession après l'avoir bien et dûment visité.
L'identité du Memnonium des Grecs et de PAménophium égyptien n'est donc plus douteuse ; il l'est bien moins encore que ce palais fût une. des plus étonnantes merveilles de la vieille capitale. Des fouilles en grand , exécutées par un Grec nommé Iani, ancien agent de M. Sait , ont mis à découvert une foule de bases de colonnes, un très-grand nombre de statues léontocéphales en granit noir; de plus, deux magnifiques sphinx colossals et à tête humaine , en granit rose , du plus beau travail, représentant aussi le roi Aménophis III*. Les traits du visage de ce prince portant une empreinte de physionomie un peu éthiopienne , sont absolument semblables à ceux une les sculpteurs et les peintres ont donnés à ce même Pharaon dans les tableaux des stèles du Memnonium , dans les bas- reliefs du palais de Louqsor, et dans les peintures du tombeau de ce prince dans la vallée de l'Ouest à fiiban-el-Molouk : nouvelle et millième preuve que les statues et bas-reliefs égyptiens présentent de véritables portraits des anciens rois dont ils portent 'es légendes.
A une petite distance du Rhamesséum existent les débris de 2 colosses en grès rougeAtre : c'étaient encore
deux statues ornant probablement la porte latérale nord de l'Aménophium ; ce qui peut donner une juste idée de l'immense étendue de ce palais dont il reste encore de si magnifiques vestiges. C'est cet Aménophis III que représentait la statue vocale dont des témoins nous ont certifié les miraculeuses vertus. Nous avons tout dit sur cette merveille (à la page 70) , sur la description de la statue (aux pages 71 à 77), pour l'histoire de l'antique miracle , diversement expliqué.
Il nous reste encore d'autres monuments propres à jeter quelques lumières sur les circonstances principales du règne d'Aménophis III : nous en devons au lecteur un résumé sommaire.
Une inscription qui existe aujourd'hui sur un des rochers des environs de Philae , rappelle , dans une relation de quatorze lignes de texte, que le Pharaon Aménophis III passa dans ces contrées et y tint une panégyrie, dans la cinquième année de son règne , au retour d'une guerre dans laquelle il venait de soumettre les Éthiopiens.
Ces guerres d'Ethiopie étaient fréquentes , et amenées par la nécessite de maintenir par la force les populations nomades répandues sur les rives du IN il supérieur.
. Le nom d'Aménophis III se retrouve aussi dans d'autres inscriptions , monuments isolés , mais contemporains de son règne: dans l'île de Bcghé , l'ancienne Snem , près de Philrc , on lit encore un proscynéma , ou acte d'adoration adressé à notre Pharaon par un hasilico-grammate , nommé Aménémoph, l'un des commandants des troupes du roi ; un prince éthiopien , nommé Mémosis , employé aussi au service du roi , lui adresse les mêmes hommages. L'intendant du domaine royal d'Améno phis s'appelait Aménothph; il était en même temps grand prêtre de la déesse Anouké ; il fit aussi un pèlerinage dans l'île sainte de Snem ; et sa supplique aux dieux de I*t1c pour en obtenir tous les bienfaits dont ils peuvent disposer, existe encore en ce lieu
LUNIVERS.
Aménophis III avait élevé un temple au grand dieu Chnouphis dans une autre île, celle d'filéphantine; mais il a été récemment détruit ; une caserne et des magasins ont été construits des antiques matériaux de cet édifice religieux.
Ce prince éleva de grands édifices publics; il paraît que ce fut par l'effet de cette pieuse munificence que les belles et vastes carrières de Silsilis , sur la rive orientale du Nil, furent ouvertes. Deux stèles, qui s'y voient encore de nos jfturs, nous donnent, par leurs inscriptions, la plus ancienne date certaine des exploitations successives de ces riches carrières , qui ont presque suffi à tous les monuments de la Thébaïde édifiés, depuis le règne d'Aménophis-Memnon.
Quand Sésostris voulut orner son grand temple d'Amon-Ra , à Thèbes , du tableau généalogique de ses ancêtres , il se garda d'y oublier Aménopbis III , dont le règne glorieux par des victoires au dehors , et de grands établissements au dedans, avait été comme le précurseur prophétique du sien. La statue d'Aménophiss'y montre à la suite de celles des Mènes, des Amosis , des Tbouthmosis, et d'autres grands rois prédécesseurs de Sésostris.
Ce que nous avons déjà rapporté des magnificences du Memnonium (T Aménophium ou palais d'Aménophis-Memnon) à Thèbes (supra, pages 69, 70, 7 1 et 3 14), de la statue parlante de ce Memnon {idem), ne peut suffire à en donner une idée bien complète : les ruines modernes eo révèlent encore la grandeur. L'Aménophium était un des plus importants édifices de la ville royale. Il égalait en étendue l'immense palais de Karnac , et quelques débris s'élèvent à peine aujourd'hui au-dessus du sol ! En exhaussant celui de la plaine par ses inondations, le Nil a tout enseveli , la brèche, le granit , les noms des dieux et des hommes ; les barbares ont converti en chaux toutes les constructions susceptibles de subir cette éternelle transformation. Il ne reste d'entier de ce magnifique édi-
fice, et dans sou voisinage , que les tombeaux des nombreux officiers chargés de sa garde ou de son service.
On voit , dans les riches portefeuilles du musée de Turin , un contrat manuscrit daté de l'an 24 du règne d'Aménophis - Memnon , et au Vatican , une statue léontocéphale qui porte le cartouche de ce roi , qui est ici une époque de son règne. >
Dans la haute Nubie, à Sohleb, les derniers voyagenrs ont" retrouvé les ruines des grandes constructions que ce grand prince y avait élevées; les édifices portaient fréquemment répétée la commémoration des victoires d'Aménophis; les noms de quarantetrois peuplades vaincues et soumises, se lisent encore sur ces tableaux historiques; sur les débris des colosses de l'Aménophium de Thèbes on lit aussi dix-sept noms de peuplades conquises , presque tous différents de ia grande liste de Sohleb, appartenant très-vraisemblablement à une contrée différente, et à des pays où , pour la plupart , la barbe était en usage.
On peut , du reste , se faire une idée des monuments publics destinés, en Ègypte , à célébrer la gloire des rois conquérants, en jetant les yeux sur les restes d'un colosse de ce même Aménophis III , qui décorent le musée de Paris. Ces restes , tirés de l'Aménophium même de Thèbes, ne consistent que dans les pieds et la base de sa statue colossale en granit rose.
Mais on voit, sur les côtés de cette base, sculptés en relief dans le creux, une série de captifs , les mains liées , agenouillés, et dont tous les traits portent l'empreinte de la physionomie africaine , ou nègre , très - prononcée. Leur tête est ceinte d'un diadème , et . auprès de chaque figure , se trouve un bouclier renfermant le nom de la contrée où commandait chacun de ces chefs vaincus par le roi. Ce sont là autant de noms de régions de la vieille Afrique où Aménophis-Memnon porta ses armes victorieuses : ces noms y sont au nombre de vingt-trois ; ceux de la Nubie et de l'Ethiopie s'y lisent sur la face antérieure , et l'on ne re-
EGYPTE
EG1PTO .
KGYPTE.
trouve que deux ou trois de ces noms dans la nomenclature bien plus nombreuse de Sohleb.
Assez loin des colosses de l'Aménophium de Thèbes {supra , page 70) , du côté de la montagne libyque , et vers la limite du désert , gisent renversées deux grandes stèles historiques (supra , page 70) , d'environ trente pieds de hauteur, et de même matière que ces gigantesques statues. La partie cintrée ( le haut) des stèles est occupée par des scènes religieuses. Dans la première, le grand dieu de Thèbes , Amon - Ra , tient par la main le roi Aménophis, et lui pose très - près de sa bouche le symbole de la vie pure et de toutes les joies pour chaque jour. Le roi est accompagné de la reine sa femme, coiffée en déesse Athôr, la tête ornée de plumes; dans la seconde scène, c'est le dieu Phtha-Socharis qui renouvelle le même don au roi , suivi de la reine dans le même costume. Une grande inscription de 24 lignes, en partie mutilées , complète ce tableau ; et le travail de sculpture de ce beau monument est d'une élégance et d'une perfection très-remarquables.
De ces deux grandes stèles , celle de droite est brisée, et une partie de l'inscription a disparu : mais une circonstance particulière donne au basrelief de ce monument un intérêt du premier ordre, qui touche par plusieurs points à l'antique histoire de rOrient. On a rappelé plus haut que , dans les sculptures historiques et religieuses de l'Aménophium , les traits au visage d'Aménophis sont ceux de la race éthiopienne. Dans les deux stèles que nous venons de décrire , ce roi a les mêmes caractères de figure très - prononcés , tirant visiblement vers ceux de la race nègre. Or, les monuments ont prouvé que la mère d'Aménophis III , femme de Thouthmosis IV, nommée Tmau-Hemva, était noire et originaire d'Abyssinie :
<l n'y a donc plus lieu de s'étonner que fe fils de cette femme porte sur sa ligure les marques de cette origine africaine, d'après une loi de la nature, qui est vraisemblablement aussi an-
cienne que l'espèce humaine les enfants mâles participant, en général, des traits physiques de la mère , et les filles plus généralement de ceux du père. Voilà donc on témoignage bien antique à l'appui de cette observation physiologique ; et , quant à l'union d'un roi d'Égypte avec une femme africaine , il y en a d'autres exemples dans les annales et dans les monuments pharaoniques.
Ici, dans les stèles de Thébes, la flatterie sacerdotale a ingénieusement découvert un moyen de se faire jour ; elle a donné à la reine , femme d'Aménophis, une physionomie un peu africaine aussi , quoiqu'elle ne fut pas de cette race; les prêtres en ont revêtu jusqu'au dieu lui-même : le profil d'Amon-Ra est exactement modelé sur celui d'Aménophis , et il est peut-être fort heureux pour le dieu que ce roi ne fût ni borgne ni bossu. On voit, à la bibliothèque royale de Paris , un portrait de ce roi, peint en profil, à fresque , et qui a été tiré de son propre tombeau. Des figures de sa mère et de sa femme accompagnent souvent celle de ce roi , ou ne forment qu'un groupe avec elle ; les colosses du Memnonium sont ainsi composés.
La légende royale d'Aménophis 111 s'exprimait en ces termes : « Le dieu gracieux, le lion des rois, le roi du peuple obéissant, soleil seigneur de vérité (prénom royal), le chéri de Phré, le bien-aimé de Socharis, seigneur de Schoti , le fils du Soleil , le dévoué aux dieux , Aménothph ( nom propre) , le bien-aimé d'Amon-Ra , roi des dieux. Or, cette légende existe sur les débris du colosse dvAménophis, au musée du Louvre.
On voit , dans le même musée , des statuettes funéraires , en serpentine et en basalte , représentant le même Pharaon , et qui ont été recueillies dans sa catacombe royale, à Thèbes; et les souyenirs historiques d'Aménophis- Memnon sont répandus dans tous les lieux de la domination égyptienne ; les rochers de granit des environs de Syène portent encore la représentation des hommages rendus par des princes