L U M VERS
de Joiius, roi de Juda, Néchaô ayant marché contre le roi d'Assyrie vers l'Euphrate, Josias alla au-devant du Pharaon et fut tué à Mageddo ; que son (ils Joachaz fut élu roi à sa place.
A peine Joachaz régnait depuis trois mois, qu'il fut détrôné par Néchaô, qui lui substitua Éliachim , autre fils de Josias, et envoya Joachaz prisonnier en Égypte, après avoir mis à contribution Jérusalem et le royaume de luda. Éliachim, nommé aussi loacim, demeura tributaire de l'Egypte, jusqu'à l'époque où le roi d'Assyrie se substitua, par la force des armes, au roi d'Egypte dans la perception de ces tributs , et ceci arriva , selon les prophéties de Jérémie , dans la quatrième année du règne de loacim.
La courte durée de celui de Néchaô II , qui n'est porté qu'à six années dans les listes de Manéthon , s'accordera-t-elle avec les indications chronologiques de la Bible? Aucun doute ne peut s'élever à ce sujet; car Néchaô attaqua Josias, et celui-ci perdit la vie dans cette rencontre. Joachaz succéda a son père, mais il ne régna que trois mois, loacim vint après, et cest à la quatrième année de son règne que Néchaô perdit Si conquête en Syrie, ar suite d'une bataille donnée sur Euphrate, et gagnée contre lui par Nabuchodonosor, qui le repoussa dans la frontière ordinaire de PÉgypte : ces rapports .historiques se corroborent donc réciproquement.
A Néchaô succéda Psammétichus II.
Les rapports de la Grèce avec l'Égynte étaient devenus de plus en plus tré~
3uents; les Éléens y envoyèrent des éputés chargés d'étudier ses institutions publiques comparées avec celles de la Grèce. Ils reçurent de sages conseils des prêtres égyptiens.
Les nom et prénom du second Psammétichus se trouvent sur un assez grand nombre de monuments encore subsistants. Le nom y est écrit avec le» mêmes caractères que celui de son aïeul; mais le prénom roval diffère par un signe, et il signifie soleil se réjouissant dans le cœur. Il avait élevé un propylon pour un des temples de Mem-
phis, et les matériaux de l'édifice pharaonique ont servi à la construction de la citadelle arabe du Caire; on y voit encore un bas-relief représentant Psam métichus II faisant la dédicace de ce propylon; d'autres blocs épars, prew nant aussi de Memphis, offrent cette particularité vraiment historique, dt porter encore une légende royale gravée dans une aire carrée et creuse, annonçant sous quel roi le bloc a tiré de la carrière, et pour quel édifier il était destiné : plusieurs de ces blor^ sont signés du règne de Psammed chus II. Des inscriptions de 111e de Snem , à l'extrémité méridionale de l'Egypte , contiennent le nom de c même roi ; il se voit aussi sur un beau sarcophage, sur une figure thahmo phore et sur la base d'une autre fignn en bronze du musée du Louvre; on h aussi recueilli dans quelques tombeam des environs de Memphis. L'obélisque de la Minerva , à Rome , fut élevé eii Égypte par Psammétichus IL Ceroifu»
honoré d'un sacerdoce ; une statuettes basalte vert porte une inscription qui s»1 lit : Aménowthph , fils d'Horus, prétrr de Nèïth et de Psammétichus, cben de Nèïth, né de l'adoratrice de Néïtl). dame de la région de Sésaw, TsanisLv Une autre figure en basalte noir, qu était à Florence, porte la date suivante : l'an XI , de phaménoth le Y du roi soleil, etc., Psammétichus. Plu sieurs recueils archéographiques for connaître d'autres monuments isob du même règne, et le nom de ce n'est pas rare sur les scarabées et te amulettes ; on le voit même accompo gné d'une inscription en caractères eu néiformes (de Babylone) sur un cylindre : un prêtre est à genoux devant k cartouche royal.
Le règne de Psammétichus II fut ^ dix-sept ans selon tous les textes d'Eu sèbe tirés de Manéthon; Hérodote qui nomme ce roi Psammis , et la liste de Jules l'Africain, ne lui assignent que six années; on verra, par q»^' cjues chiffres tirés de quelques stèles égyptiennes , que le nombre 17, donw par Eusèbe , est confirmé par les mnuments.
EGYPTE
Les restes de Mcdinet -Habou , à Thèbes , et les excavations d'EI -Assasif, fournissent plusieurs renseignements sur la famille de Psammétichus.
Il paraît, d'après ces renseignements, que le nom de Nitocris (Nëïth victorieuse) fut adopté pour les femmes de cette race royale ; il fut porté en effet par l'épouse de Psammétichys Ier , par celle de Psammétichus II , et peut-être aussi par une de ses filles, comme on pourrait le conclure de réparations fuites aux colonnes protodoriques du palais de Mcdinet-Habou , sous le Pharaon Acoris , au moyen de pierres provenant d'un petit édifice élevé par cette princesse, qui est nommée avec son père à El-Assasif. On trouve aussi le nom de la Nitocris , femme de Psammétichus II , sur un amulette de porcelaine.émaillée, ayant la forme d'un cartouche roval , et sur les débris d'une statuette de bronze, l'un et l'autre objets appartenant au musée royal de Paris. Les deux cartouches de cette reine se lisent : La mère dame des grâces , la chérie de Mouth , Nitocris.
Nous aurons bientôt l'occasion de parler d'une de ses filles, qui devint la femme de l'usurpateur Amasis ; et c'est en rappelant quelques circonstances du règne de ce dernier, que nous retrouverons le lieu d'indiquer avec quelque certitude, la durée du règne de Psammétichus II , et de celui de son successeur.
Les listes de Manéthon nomment ce successeur Vaphris, Vaphrès; la Bible Chophra ou Hophra, et Hérodote Apnès, en le disant fils de Psammétichus IL Diodore de Sicile n'est pas moins formel à l'égard du rang que cet Apriès doit occuper dans la dynastie des Saïtes, lorsqu'il le comprend dans les quatre règnes (Saïtes) qui suivirent la mort de Psammétichus Ier ; Apriès fournit le troisième de ces règnes, et Amasis le quatrième, qui fut, de fait, le dernier, Canibyse occupant déjà une portion de l'Égypte à la mort d' Amasis.
Hérodote dit aussi que le Pharaon Apriès fut, après Psammétichus II, son bisaïeul , le plus heureux de tous
les rois ses prédécesseurs , pendant une partie de son règne. Il fit la guerre contre Sidon , vainquit les Tyriens sur mer; il obtint les mêmes succès sur les Cypriotes et les Phéniciens réunis , si Ton s'en rapporte à l'assertion de Diodore de Sicile. Apriès prêta aussi quelque secours à Sédécias, roi de Juda, contre le roi d'Assyrie et ses Chaldéens ; mais ces secours ne furent point efficaces; le roi de Juda perdit la vie , Jérusalem fut prise , le temple du Seigneur dépouillé de ses richesses en or et en bronze ; et libre un instant au sein de ces calamités, le peuple des Juifs s'enfuit en Egy pte, maigre les lamentations et les menaces de Jérémie.
Du reste, le prophète annonça que Dieu avait mis Apriès dans les mains de ses ennemis, de ceux qui cherchaient son âme. Les succès a'Apriès, en effet, touchèrent bientôt à leur terme.
Il avait pris pour prénom un cartouche qui peut signifier soleil qui se réjouit dans le cœur, et pour nom propre le cartouche-prénom de Psammétichus II , son père. On trouve ces signes onomastiques et royaux dans une inscription Je l'île de Philœ , où ils ont été recueillis par le savant voyageur anglais "Wiikinson; on les voit aussi réunis ou isolés sur une statue thalamophore du musée royal du Louvre, sur un fragment de revêtement en bronze d'une antique porte en bois , ornée d'un mufle de lion, remarquable par la perfection du travail ; on les lit de même sur deux faces de l'obélisque de la Miner va à Rome, qui porte aussi les noms du père de ce Pharaon. Les cartouches d'Apriès existent de même parmi les nombreuses inscriptions commémorât ives gravées sur les rochers de l'île de Snem , près de Philœ; enfin , sur les débris de constructions égyptiennes employés par le grand Saladin pour élever la citadelle du Caire.
Tous ces monuments appartiennent aux temps où les affaires du roi Apriès prospérèrent. Ces succès l'engagèrent à porter une armée contre Barcé et la Cyrénaïque; elle fut défaite. Ce qui survécut v it dans cette entreprise une
L'UNIVERS
trahison; cette opinion s'accrédita, et les troupes égyptiennes se mirent en pleine révolte." Le roi, pour les apaiser et les ramener au devoir, dépêcha vers elles Amasis, homme considéré parmi les Égyptiens. Amasis haranguait les troupes mutinées ; il remplissait ce devoir , mais sans succès ; un soldat qui se trouvait derrière lui pendant qu il discourait , lui mit un casque sur la tête, en s'écriant: Qu'il soit notre roi ! Et la volonté d'Amasis se trouva tout aussitôt d'accord avec ce voeu confirmé par l'assentiment général. Amasis fut salué roi par l'armée; ce fut en vain qu'A pries tenta par ses envoyés de le rappeler au devoir et à la soumission : l'objet de la contestati on fut remis à la force des armes. Les soldats égyptiens se réunirent sous les enseignes d' Amasis : les mercenaires ca riens et ioniens vendirent leurs secours à Apriès ; ils furent vaincus dans un combat livré près de Momemphis , la Manouf-Elseflly , ou Manouf l'inférieure, des nomenclatures arabes.
Amasis triomphant entra dans Saïs , résidence des rois saîtes ses prédécesseurs , et s'établit dans leur palais. Il y conduisit avec lui Apriès, qui continua d'habiter cette demeure royale où il fut quelque temps fort bien traité.
Mais les clameurs populaires imposèrent à Amasis une rigoureuse résolution ; fl fallut livrer Apriès à la populace qui l'étrangla. Il fut ensuite, par les soins d'Amasis sans doute, inhumé dans les tombeaux royaux de sa famille.
Hérodote dit que ces tombeaux existaient dans l'enceinte de l'Hiéron de Nèïth , auprès du principal édifice , le temple proprement dit, a main gauche en entrant. On a vu , par la description de l'état actuel des ruines de Saïs , que la vaste étendue de la grande enceinte suffisait à tous ces édifices , et qu'une attentive restauration y marquait distinctement la place de chacun.
Telle fut la fin du Pharaon Apriès.
Il paraît que la haine publique s attacha à sa mémoire, que l'humanité d'Amasis ne put pas l'en préserver; et l'on a cru en reconnaître les preuves
trop évidentes sur que.ques monuments, notamment sur une stèle où, parmi phisieurs rois nommés , on trouve immédiatement avant le nom d'Amasis celui d'un prince qualifié de Rémesto, mot qui emporte étymologiquement l'idée de haine profonde. Le même cartouche se retrouve sur une statue naophore du Vatican ; et , comme la stèle est d'une époque postérieure au règne même d'Amasis , et date du règne de Darius , on a présumé que ce cartouche outrageant pour le roi Apriès avait été substitué au cartouche consacré durant sa prospérité , et adopté dans les inscriptions publiques: les rois perses n'avaient aucune inclination à protéger l'honneur des rois égyptiens saïtes.
Le règne d'Apriès fut de 19 ans selon Jules l'Africain, et de 25 ans selon Eusèbe et Hérodote. La même incertitude subsiste à l'égard de la durée du règne de Psammétichus II , portée à 17 ans par les uns , et à 6 années seulement par d'autres critiques. De précieux monuments vont décider de tous ces doutes , et compléter nos renseignements sur l'état , les actions et les règnes de la XXVI' dynastie. 1/ lecteur verra ? par un exemple, quelle est la valeur historique des monuments égyptiens , de ceux même des moyennes castes, quand les inscriptions égyptiennes qui nous les expliquent renferment des dates clairement exprimées.
On a vu plus haut la traduction de uelques lignes de la stèle funéraire 'un prêtre nommé Psammétichus*
Jui naquit le 1CP paôni , de la 8e année u règne de Néchaô II , mourut le 6 de paophi , de la 35e année du règne d'Amasis , ayant vécu 74 ans, 4 mois et 6 jours.
J'ai sous les yeux le dessin d'une autre stèle de la même famille : c'est encore un Psammétichus qui naquit le 1er épiphi de l'an 1er du règne de Néchaô II ; mourut le 28 pharmoutlu de la 27e année du règne d'Amasis, avant vécu 65 ans , 10 mois et ?
jours.
Lq première stèle a déjà été m«n-
ÉGÏPTE.
tionnée , et même expliquée par un écrivain italien qui explique tout hardiment, et qui ne s'est pas toutefois aperçu qu'il y a un déficit de cinq jours cl ans* la somme de la durée de la vie du défunt Psammétichus ; car les plus simples notions du calendrier égyptien démontrent que 71 ans, 4 mois et 6 jours donnent 26,041 jours, et qu'il y a réellement cinq jours de plus du 1er jour du 10* mois égyptien de la 3e année de Néchaô, au 6e jour du 2# mois de la 71* année suivante, qui était la 35e d'Amasis. Le biographe égyptien a oublié de compter les cinq jours complémentaires, qui, après la 71e année révolue , se trouvèrent entre le Ie' paôni, où commençait la 72e, et le 6 paôphï que mourut Psammétichus ; et le savant italien n'en a pas moins trouvé la parfaite explication de ce nombre erroné. La seconde stèle est exacte dans ses déductions : elles nous apprennent, par leur commun témoi?
gnaçe , qu'il s'était écoulé 65 années entières entre la lre du règne de Néchaô II et la 27e du règne d'Amasis , etaussiqu'un intervalle de 71 années entières séparait la 3e année de ce même Néchaô , de la 3$e de ce même Amasis.
Si donc , sur les 65 ans du premier compte, on soustrait 5 ans pour le reste du règne de Néchaô , et les 26 déjà écoulés du règne d'Amasis, il restera 34 ans pour les deux règnes successifs de Psammétichus II et Apriès , et il sera dès lors difficile d'accorder à l'un 17 ans, et à l'autre 25 selon Eusèbe, ou bien de ne donner aux deux règnes réunis que 25 ans , selon Jules l'Africain.
Si encore, sur les 71 ans de l'autre stèle , nous laissons à Néchaô IJ 3 ans pour le reste de son règne , et à Amasis les 34 années déjà révolues, il nous restera encore 34 ans , comme par les supputations de l'autre stèle , pour les deux règnes successifs de Psammétichus II et d'Apriès.
C'est donc à ce nombre, tiré de deux monuments que leur espèce place au nombre des plus authentiques, comme leur texte au nombre des plus précieux , c'est à ce nombre 34 qu'on
doit se fixer pour la durée des règnessuccessifs de Psammétichus II et Apriès ; et comme la liste d' Eusèbe, dans ses divers textes , s'accorde à fixer la durée du règne de Psammétichus 11 à 17 ans , nous adopterons ce nombre , et nous laisserons une durée égale au règne d'Apriès, qui n'est porté qu'à 19 ans dans les listes de l'Africain.
Nous nous abstenons d'examiner ici les notions précises que ces deux dates renferment sur l'état du calendrier égyptien au sixième siècle avant l'ère chrétienne , et particulièrement sur la manière alors en usage de compter les années du règne des rois , notions du
S lus haut intérêt pour la supputation e la chronologie égyptienne : nous n'avions en vue que d éclaircir les difficultés qui subsistaient encore suc quelques points de l'histoire des rois de la XXVIe dynastie.
Amasis en fut réellement le dernier, l'enfant qui lui succéda de droit ayant à peine touché aux marches du trône.
Amasis était originaire de la petite ville de Siouph , dans le voisinage de Saïs. Son origine plébéienne ne le mit pas d'abord en grande considération parmi ses sujets ; il sut se relever par sa prudence et son habileté : il se compara, dans une occasion solennelle, à un vase d'or, employé d'abord à de vulgaires usages, et qui, changé en statue de dieu , fut en grande vénération parmi les Égyptiens.. H passait pour savoir concilier, les plaisirs et le commerce familier de ses amis avec les devoirs et la dignité de son rang.
Comme tous les rois nouveaux venus , Amasis déploya une grande magnificence, fit élever , ou réparer un grand nombre d'édifices , orna les temples de riches ouvrages, et l'histoire écrite a rapporté comme véridique tradition que jamais l'Egypte ne fut dans un état aussi florissant qu'elle l'était sous le règne d'Amasis ; que le fleuve ne fut jamais si bienfaisant , ni la terre plus féconde : on y comptait jusqu'à vingt mille villes, toutes habitées.
Mcmphis et Sais furent les deux villes plus particulièrement embellies par
L'UNIVERS
Amasis. Dans la première , il éleva un temple à Isis, remarquable par sa grandeur et sa magnificence; il fit placer devant le temple de Phtha un colosse couché, de 75 pieds de longueur, et deux statues en granit rose de 20 pieds de hauteur. A Saïs , les propylées du temple de Néïth furent son ouvrage, et l'antiquité les signala pour leur magnificence. Hérodote pensait que ces propylées surpassaient en élévation et en étendue tous les autres monuments du même genre , particulièrement par la masse et la qualité des pierres. Amasis y ajouta des colosses ae proportions extraordinaires , des sphynx à tête humaine également colossals ; et les matériaux de ces belles constructions furent tirés ou des carrières en face de Memphis (les carrières de Thorrah), ou des environs d'Éléphanline (les carrières de granit) : Saladin les employa aussi a sa citadelle du Caire, ou la science moderne reconnaît ces blocs doublement historiques , au nom d'Amas i s qui est gravé dans une aire en creux sur une de leurs faces intérieures.
Amasis fit aussi tirer des carrières de Syène le célèbre naos monolithe qif il consacra à la déesse Nèïth dans son temple de Sais. On mit, dit Hérodote , trois années à le transporter; deux mille mariniers y furent employés; ses dimensions étaient de 21 coudées (11 mètres) en longueur; 14 (7 mètres i) en largeur, et 8 (4 mètres 7) en hauteur. Le même historien a vu ce temple d'une seule pierre à la porte du grand temple; on ne l'avait pas placé dans l'intérieur ; l'entreprise avait été interrompue par des circonstances sur lesquelles l'histoire s'est diversement exprimée : de plus grandes masses de granit ont été extraites , transportées et employées dans la basse Égypte par les Égyptiens. On voit aussi , au musée royal de Paris , un magnifique naos monolithe en granit rose , ou a vécu l'oiseau sacré de Nèïth ( la chouette) dans le temple même de Saïs , ouvrage admirable par sa masse comme par l'excellence du travail et des sujets mythologiques dont il est orné. Ama-
sis fut un ami sincère des arts; et, si l'on veut juger de l'efficacité de «es efforts et de son influence pour prévenir leur décadence, il suffira de comparer, au Louvre, le monolithe d'Amasis qui vient d'être indiqué, arec un ouvrage du même genre tiré de Philae et exécuté du temps des Ptolémées. Cest donc sans en être sur pris qu'on lit sur les rochers granitiques des environs de Philae, le noir, d'Amasis parmi ceux des Pharaons qu les tirent exploiter pour les édiûces publics qu'ils élevèrent.
Les monuments de son règne ne sont pas rares dans les collections d'Europe. Une statue en basalte noir de la vilU Albani , à Rome , conserve encore fa traces du nom de ce roi. Au Vatican, le même nom se lit sur une statue naophore , en basalte noir : c'est l'image d'un chantre du roi Amasis. Celle d'un des prophètes , autre classe de prêtres, du même roi, existe à Florence; elle est aussi naophore , en basalte vert Un vase , dit canope , se voit dans la même ville , portant aussi le prénom royal du même roi. On reconnaît ce nom sur un grand nombre de scarabées, d'amulettes et d'ouvrages de petites proportions. Sa légende complète se lit a Éléphantine et les îles voisines; et le cartouche nom propre se compose indifféremment de trois ou de quatre signes. Dans ce dernier cas, la figure de la chouette s'y trou ve le troisième signe ; il est ainsi composé dans la légende royale d'Éléphantine, et sur un sarcophage du musée britannique ; mais plus ordinairement le prénom royal se compose du disque du soleil , d'un vase a une seule anse vu de profil , et du vas à deux anses vu de face. Le cartouche nom propre se lit Se-rè Aahms, le ils du soleil A hmasis, ou bien Nt-ceJams, lelilsdeNèïth Ahmasis : ces deux variantes sont constatées par les monuments; et à ces titres Amasis ajoute quelquefois celui de modérateur du monde:
un scarabée du musée de Turin en fait foi.
Amasis laissa un fils qui lui sucrédr»: mais l'histoire n'avait nas conservé !f nom de la reine son épouse : Cuani-
KG YPTK.
poil ion le jeune Ta retrouvé dans les ruines de Karnae à Thèhcs , où il est gravé sur un petit édifice situé hors de la grande enceinte, entre la porte élevée par le roi Ménephtha et le propylon du nord. La reine est figurée dans la ffise sculptée qui orne ce monument ; le roi A ma sis ,-son époux , fait son pendant dans le même sujet de cette frise. Les deux cartouches de la reine contiennent son nom Onk-nas, les signes du cartouche prénom de Psammétichus Ier, et l'indication qu'elle est sortie de sa royale race. Si ce témoignage unique avait laissé quelques doutes sur la généalogie et 1 état de cette princesse , un autre monument ?
récemment découvert , servirait à les détruire.
Le voyage fait à Thèbes par le bâtiment français le Luxor avait fait découvrir par un officier de l'équipage, derrière le Rhamesséum de Sesostris , et au fond d'un puits funéraire creusé dans le roc à 125 pieds de profondeur, un sarcophage du plus beau basalte vert , couvert d'inscriptions hiéroglyphiques et de sculptures sur toutes ses faces extérieures et intérieures; son couvercle est également chargé d'inscriptions, le dessus étant occupé par la figure en relief de la déesse Athyr. Ce sarcophage est celui de la reine Onk- Nas; elle y est nommée comme fille d'un roi Psammétichus et d'une reine Nitocris ; et le témoignage des monuments nous fait reconnaître dans ce roi Psammétichus II. Ce prince avait donc eu de la reine Nitocris deux enfants , A priés , qui lui succéda , et une fille nommée Onk-Nns, qui fut l'épouse d'Amasis, usurpateur de la couronne royale sur Apriès ; le même Amasis , maître du trône , épousa la sœur du roi détrôné, n'oubliant pas que les tilles succédaient à la couronne à défaut d'enfants mâles , et se garantissant ainsi des embarras éventuels des prétendants. La reine Onk-Nas mourut pendant les temps prospères du règne d'Amasis , qui la fit inhumer à Thèbes , où la profondeur du puits funéraire ne devait cependant pas la garantir des outrages d'un conquérant étranger.
Ceux qui ont recueilli le sarcophage de la reine ont remarqué que ce puits avait été violé très-anciennement; que le sarcophage avait été ouvert, que la momie en avait été arrachée et nrûlée près du sarcophage même , où existaient encore' des débris d'ossements charbonnés, dont quelques-uns conservaient des traces de dorure.
Tous ces outrages au corps embaumé d'une reine révèlent une fureur impie; et les souvenirs de l'histoire désignent Cambyse, roi de Perse, comme s'en étant rendu coupable. On sait que ce conquérant, maître de Sais , fit retirer du tombeau la momie d'Amasis, la fit battre de verges et percer de coups d'aiguille; il voulut aussi qu'on lui arrachât les cheveux et qu'elle fut brillée.Dans l'année d'après , maître de Thèbes, il viola les tombeaux , voulut voir les corps qu'ils renfermaient , et il n'oublia pas celui df la femme du roi dont il avait profané les restes à Sais : tel fut le sort de la dépouille mortelle de cette reine , dont le sarcophage , déposé momentanément à Paris , a passé dans le musée royal de Londres. Les historiens parlent d'une autre femme d'Amasis , native de Cyrène, nommée Ladicè, que Cambyse trouva encore vivante, et renvoya honorablement à sa famille :
mais les expressions d'Hérodote et le silence des monuments ne permettent pas de reconnaître dans la Grecque de Cyrène une seconde femme d'Amasis.
On cite , il est vrai , les Cyrénéens parmi les#peuples dont Amasis rechercha l'allia'nce : leur voisinage de FÉgypte rendait nécessaires de pacifiques relations entre ces deux peuples. Du reste, Amasis continua de favoriser les Grecs ; il leur accorda la ville de Naucratis pour résidence, leur concéda des enceintes consacrées , et la liberté d'y adorer leurs dieux; les villes grecques les plus commerçantes s'associèrent pour y élever un Hellénium ; d'antres villes consacrèrent des tem|riVs à des divinités particulières; et Amasis, s'identifiant de plus en plus avec les intérêts de la Grèce, contribua pour mille talents à Fédification du
L'UJNIVERS
nouveau temple de Delphes. Il donna 'ui-même plusieurs statues et des ouvrages de prix à divers temples de la Grèce : Hérodote nous affirme les avoir vus luimême dans ces temples. Il dit aussi que , pour la première fois , File de Chypre fut soumise et réunie à l'Egypte par Amasis.
Rien n'€st plus connu, parmi les faits singuliers de l'antiquité, que l'histoire de l'anneau de Polycrate , tyran de Samos. Il était le plus heureux des hommes , et entretenait ses relations d'affection , et vraisemblablement aussi de politique , avec Amasis. On a conservé la copie d'une lettre que le roi d'Égypte écrivit au chef samien, pour Teugager à se défier de la fortune et à se préparer à ses revers , en s'i imposant lui-même les plus pénibles privations. Selon ce sage conseil, Polycrate fit jeter dans la mer cet anneau qu'il aimait par -dessus tout, et la fortune le lui rendit : il avait été avalé par un magnifique poisson qui fut juge digne de Ta table de Polycrate , et l'anneau fut retrouvé en le préparant pour son repas. Le temps des revers arriva cependant pour Polycrate et pour Amasis.
L'histoire grecque a aussi fait connaître les relations de Solon, l'un des sept sages de la Grèce, avec le roi d'Égypte.
Ce roi , qui s'est fait dans la mémoire des hommes mie juste renommée, mourut après un règne de 44 ans, selon les témoignages historiques les plus dignes de foi , accrédités directement par un bas-relief égyptien, qui portefour date de ce règne ce même nombre d'années :
Amasis fut inhumé dans le tombeau qui lui avait été préparé dans l'enceinte de l'Hiéron de Nèïth à Sais. Ce tombeau était situé dans la cour extérieure du temple ; il consistait en une très-grande salle soutenue par des colonnes à chapiteau imitant le palmier; un naos fermé par deux portes contenait le sarcophage et la momie du roi.
Amasis eut pour successeur son fils qui porta le nom de son aïeul maternel le roi Psammétichus : il fut lcPsammétichus III de la dynastie saïte. Les
historiens et les listes de Manélhonie nomment Psaramachérites , Psaramcnite, et les monuments Psammétique .
comme ses aïeux. Son cartouche prénom , qui signifie soleil vivificateurdes offrandes, se trouve, suivi de son nom propre , sur un des édilices d< Karnac , sculpté à côté de celui de sot) père Amasis. Mais l'histoire ne rapporte de ce prince que les infortunes qui signalèrent son règne, presque inaperçu > de six mois. Alors les destins de l'antique royaume des Pharaons 8'accom plissaient; Cambyse armait contre I Égypte : Je torrent dévastateur allait déborder sur elle et l'eogloutir. La XXVIe dynastie avait fait son temps après une durée de 154 années, pendant lesquelles huit rois s'étaient succédé sur le trône. On était à l'an 525 avant l'ère chrétienne.
Il y avait alors à peine douze année* qu'une peuplade de l'Asie occidentale, presque inconnue et presque inculte, quittant inopinément les bords de 1 Araxe , et entraînant avec elle d'innombrables auxiliaires plus incultes encore et tirés des régions limitrophes, s'avançait, invincible, vers le nord-ouest de ce vaste continent, conduite par Cyrus déjà chef de toutes les tribus et suivi de ses mages, et commandée par les princes Achroé»
nides et la caste privilégiée des Pasar- Çades. Le Tigre et l'Euphrate avaient été franchis; Suse, Babylone et te vastes provinces dont ces splendi<le> cités furent l'ornement , étaient soumises et occupées; la Syrie, dont le patriotisme mercantile, nativementin différent sur la personne du niaitre.
avait acheté du vainqueur , à assez bon prix , la permission de continuer a paix ses trafics et son lucre avec PEarope et l'Asie, avait aussi accepté sans murmure le titre de satrapie persane, et ses rois celui de vassaux tributaires de la nouvelle puissance. Ainsi fc> Perses étaient à la porte dé PÉgyptt lorsque Cyrus mourut.
Cambyse , son fils , continua son règne , l'exécution de ses vues et se* conquêtes. Les historiens grecs ont cherche et recueilli avec grand soin 1<*
ÉGYPTE
causes de l'invasion de l'Égypte par Cambyse ; et ils racontent , à ce sujet , un certain nombre d'anecdotes, réellement indignes de la gravité de l'histoire. Cambyse aurait demandé au Pharaon Amasis sa fille pour épouse , et Amasis lui aurait envoyé la fille d'Apriès , engageant ainsi le roi de Perse dans une inégale alliance. Cambyse avait demandé un habile oculiste ; et le chirurgien envoyé par Amasis, considérant sa mission comme un exil , aurait séduit Cambyse à marcher contre l'Égypte. Cambyse serait aussi le petitfils d' A priés , et serait venu venger son grand -père contre l'usurpateur Amasis et sa descendance. Cambyse, enfin , aurait voulu venger sa mère à laquelle Cyrus, son père, avait préféré une esclave égyptienne : ces historiettes n'ont d'autre mérite que celui, si c'en est un , de nous prouver qu'il y avait aussi dans l'antiquité des bons esprits disposés à tout croire : l'histoire du beau caniche de la duchesse de Malborough n'est peut-être pas bien moderne.
L'invasion de l'Égypte par les Perses ne fut que la conséquence nécessaire de la marche d'une peuplade barbare, passant de la vie nomade à la vie conquérante; se portant, comme toutes les invasions des nomades asiatiques , de l'est à l'ouest , et rencontrant l'Égypte riche et puissante sur son chemin. Cambyse avait succédé à Cyrus depuis cinq ans.
Il avait pour auxiliaires des Perses un corps d'Ioniens et un corps d'Éoliens qu'il regardait comme les esclaves de son père. Un traité avec les Arabes le préserva de tous les inconvénients du désert , et il s'avança vers Péluse. Psamménite s'y était établi avec l'armée égyptienne; elle fut défaite, et courut en désordre se jeter dans Memphis. Des parlementaires envoyés par Cambyse furent massacrés ; mais , après un assez long siège , les Égyptiens n'eurent d'autre ressource que de se rendre : Memphis et son château furent livrés aux Perses , et Psamménite descendit du trône après un règne de six mois : l'Égypte fut dès lors soumise à l'étranger vainqueur; l'histoire
a dit comment l'insensé Cambyse usa de sa victoire.
Ce chef persan fut le premier roi de la XXVII dynastie : il occupa et gouverna l'Égypte militairement ; la barbarie y fit une guerre ouverte à la civilisation , et le fanatisme des mages de la Médie porta la désolation dans les sanctuaires de l'Égypte. Psamménite , dépouillé de la royauté , fut exposé à toutes les douleurs , à toutes les humiliations de sa cruelle condition ; il vit sa fille réduite au service des esclaves, son fils conduit au supplice; mais il ne s'en émut pas : ces malheurs domestiques, disait -il, étaient trop grands pour être pleures. Sa noble contenance intéressa un moment Cambyse et ses Perses ; et des historiens ont cru que Psamménite en aurait obtenu le gouvernement de l'Égypte, s'il n'avait préféré la mort en essayant de lui rendre l'indépendance, au misérable honneur d'en être le satrape.
Convaincu de patriotisme, c'est-à-dire, de complot et de tentatives de révolte envers les Perses , il fut condamné à boire du sang de taureau , et il en mourut sur-le-champ.
Dans l'enivrement de sa toute-puissance , Cambyse se rendit de Memphis à Sais, pour se donner le plaisir d'insulter aux restes d' Amasis, qu'il fit arracher du tombeau. Héliopolis ne fut point épargnée; le Perse en ravagea par le fer et par le feu les édifices sacrés ; il les mutila avec une féroce attention. Strabon vit encore de ses yeux les traces manifestes de ces ravages. La grande capitale de l'Égypte en révélait de non moins profondes :
la plupart de ses édifices publics furent maltraités. A Memphis, la célébration de la fête d'Apis occasionna la mort des magistrats de la ville ; ses prêtres furent battus de verges ; et , pour prouver que le bœuf Apis n'était pas un dieu, Cambyse le frappa de son poignard.
Contre l'usage des Perses, Cambyse épousa deux de ses propres sœurs. Il entreprit à la fois trois expéditions ; l'une contre Carthage : elle échoua par la désobéissance d une partie de la flotte; l'autre contre les Éthiopiens
L'UNI VKRS.
macrobiens , qui déjouèrent ses projets en ne se méprenant point sur la véritable mission des ichthyophages d'Éléphantine , parlant la langue des Éthiopiens, qui étaient chargés des présents de Cambyse ; la troisième expédition, par terre , fat dirigée de Thèbes contre l'Oasis d'Ammon ;et Phistoire rapporte que les soldats de cette expédition ne revirent jamais PÉgypte, ayant été ensevelis dans le sable au désert soulevé par un vent tempétueux du midi.
Cambyse envova à Suze une colonie de six mille Égyptiens : ainsi P Égypte éprouva toutes les calamités que pouvait engendrer une invasion de barbares, fanatisés par l'ignorance et par une intolérante crédulité. La Perse n'avait pas triomphé sans combats et sans payer ses succès du sang de ses soldats. Hérodote visita le champ de bataille près de Péluse, et il y vit amoncelés séparément les ossements des hommes qui y avaient péri de part et d'autre. C'est là qu'il remarqua ces singuliers caractères physiques qui différenciaient les Perses des Égyptiens : les crânes des premiers, minces et sans résistance, pouvaient être facilement percés en les frappant légèrement avec un caillou , tandis que les crânes des Égyptiens étaient si durs qu'on parvenait péniblement à les fendre en y employant une grosse pierre : et l'on expliquait ce phénomène j?ar l'usage de la tiare , qui, des leur enfance, enveloppe et garantit de l'air la tête des Perses, tandis que les Égyptiens , au sortir de l'enfance , se faisant raser la tête , elle était exposée à l'air et à la chaleur qui la durcissent. L'examen des momies a fait récemment reconnaître que les os des têtes égyptiennes étaient épais, solides et très-durs.
Le règne de Cambyse sur PÉgypte ne dura que trois années : Aryandès en avait été nommé gouverneur; mais ce règne y laissa de bien longs souvenirs , et la haine nationale lésa rendus durables jusque dans les temps modernes. Un des chrétiens coptes , dont les écrits nous sont parvenus, parlant d'un lieu de la haute Égypte qu'il nomme
le temple , s'exprime ainsi : «Perpè, bourg que Cambyse détruisit par le
feu. »»
On trouve cependant sur quelques monuments égyptiens le nom de Cambyse tracé en caractères sacrés (voyez notre planche 87, cartouche isolé à droite) : on le comprend , son règne était un fait , et son nom devenait une date. C'est à ce titre qu'il se lit dans l'inscription d'une statue naophore du musée du Vatican : ce nom est écrit Kmboth ou Rmbath, et il est précédé du titre royal égyptien , le roi du peuple obéissant. On cite aussi le nom de Cambyse dans une inscription gravée sur un rocher, dans la route de Qéné à Cosséïr; nous aurons l'occasion de revenir sur cette inscription.
Quand la Providence eut mis m terme à la vie et aux fureurs insensées de Cambyse , dont la cruauté n'avait pas épargné ses plus proches, le désordre régnait dans les pays soumis à son autorité. Un mage se donnant pour Smerdis , frère de Cambyse , dont il portait par hasard le nom , s'était emparé du trône de Perse , et il Poecupa pendant quelques mois encore.
Durant cette usurpation , PÉgypte fut gouvernée par un autre mage dont l'autorité dura , dit-on , pendant sent mois : le succès de la conjuration à la tête de laquelle se mit Darius , le fils d'Hystaspe, gouverneur de la Perse, rétablit l'autorité royale, et PÉgypte eut un nouveau roi. Ce fut le premier essai et le premier fruit de la rivalité et des efforts des Mèdes pour reprendre la supériorité sur les Perses leurs vainqueurs.
C'est du règne de Darius que l'histoire date l'établissement de quelque ordre dans l'administration des vastes pays dont Cyrus et Cambyse venaient de" faire la conquête en moins de vim:t années. Darius les divisa en vingt satrapies ou gouvernements ; et il s'occupa si particulièrement d'enrichir son trésor, que les Perses Pavaient surnommé le banquier, parce qu'il savait tirer de Parlent de tous , donnant à Cambyse Pcnilhète de maître , et à Cyrus* celle <(e/>ère\ L'Égyptc, la por-
ÉCYPTE. 370
lion de la Libye qui lui confine , et les provinces de Cyrène et de Barcè en Afrique, réunies en un seul gouvernement , formaient la sixième satrapie :
elle était imposée à sept cents talents babyloniens ou d'argent ; les produits de la pèche du lac Mœris appartenaient •îussi au fisc : ils étaient d'un talent par jour pendant les six mois où le Nil entre dans le lac, et de vingt mines seulement durant le reste de Tannée.
De plus l'Égypte fournissait annuellement la quantité de mesures de blé, qui était nécessaire pour nourrir cent vingt mille hommes , Perses ou auxiliaires, occupant le château blanc de Memphis; quantité qui ne devait pas s'élever au - dessous de quinze cent mille boisseaux , dont un seul pouvait suffire à la nourriture d'un nomme pendant un mois. Après Babylone et l'Assyrie , qui formaient le neuvième gouvernement, TÉgypte était aussi le plus imposé de tous en argent.
On peut conclure de plusieurs circonstances historiques, que la portion de la Nubie sur laquelle les rois d'Égypte avaient conservé l'autorité, comme annexe de l'Égypte, s'en détacha lors de l'occupation des Perses.
L'état des gouvernements du grand empire de Darius n'indique, en effet, aucune partie de territoire au sud de l'île ^.d'Éléphantine; et le pavs des Éthiopiens limitrophes de l'Égypte, ne contribuait, comme la Perse ellemême, aux charges de l'État, que par des dons volontaires. Les Éthiopiens et les habitants de Nyse envoyaient, tous les trois ans , deux boisseaux d'or natif, deux cents troncs de bois tl'ébène, cinq jeunes Éthiopiens et vingt défenses d'éléphant. Les monuments des victoires des Pharaons nous prouvent que ces mêmes peuples payaient les mêmes tributs à Scsostris et aux grands rois ses ancêtres et ses descendants.
Darius fit frapper à son nom des monnaies, en or , qui eurent cours dans tousses États; ce furent les premières dont l'Égypte connut l'usage; elles se nomment encore dariques, et on en voit dans les collections numismati-
ques. Arvandès , à qui Darius avait continué le gouvernement de PÉgypte auquel Cambyse l'avait élevé, imitant son maître , fit frapper des monnaies d'argent , et Darius le lit condamner comme coupable de projets de révolte.
Ces établissements de Darius lui ont fait attribuer la volonté de faire régner Tordre dans ses vastes possessions par l'influence d'une administration régulière. On en a conclu que FÊgypte respira plus heureuse, quoique soumise et gouvernée par des rois étrangers : elle subissait le sort commun a tout l'Orient , et dévorait, sans l'oublier, l'affront d'avoir été vaincue. Des mages intolérants y professaient une religion étrangère; et si le gouvernement laissa aux Égyptiens l'usage public et privé de leur système d'écriture sacrée , lui et ses Perses se servaient, en Égypte même , de leur écriture nationale, ou devenue telle pour eux , quoique d'emprunt : des monuments en caractères cunéiformes , originaires de l'antique Babylone , à qui les Mèdes , instituteurs des Perses , les avaient aussi empruntés , ont été trouvés en Égypte. On a même cru y lire • les noms de quelques-uns des rois perses conquérants.
Le règne de Darins I€r fut heureusement d'une longue durée : il compta 36 années : il en reste , dans les ouvrages des Égyptiens, de nombreux souvenirs. Ce roi est nommé dans les inscriptions de la statue naophore du Vatican déjà indiquée au sujet de Cambyse. Le musée de Turin possède cinq contrats en écriture démotique , datés de l'an 5, au mois de pharmouti; de l'an 15, même mois; de l'an 16, mois de naôphi ; de l'an 31, moisdeméchir ; enfin de l'an 35 , au mois de phaménoth, du règne du roi Darius. Des monuments religieux furent aussi élevés sous son règne aux dieux de l'Egypte : l'inscription suivante subsiste encore sur l'entablement des colonnes du grand temple de l'Oasis d'F.l-Khardjeh : Le dieu bienfaisant, seigneur du monde , le chéri d'Amon-Ua , seigneur de la région Héb-Osch, !c fils du soleil JSt-Triouch (Darius), toujours
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vivant. Et, dans cette Oasis d'Ammon du lit de ce canal que M. de Rozicre que Cambyse voulait ravager et qu'il a trouvé les débris d'un monument ne lui fut pas donné d'atteindre, des orné d'une inscription en cancres temples à Amou - Ra s'élevèrent sous cunéiformes. La route de Cosseir dut les auspices du même roi perse, dont devenir plus importante , et 1 objet de le nom se lit encore sur les débris de l'attention particulière du gouverne ces édifices. Notre planche 87 nous ment dès que les travaux du canal montre Darius faisant l'offrande du furent abandonnés, feu (adoré par les Perses) , à plusieurs . Du reste, Darius n'habitait pas en des dieux de l'Égypte. Egypte. Les grandes villes dAsit L'intolérance des mages se serait-elle étaient les lieux de sa résidence oroimontrée moins absolue pour les îles naire ; néanmoins il avait des Egyp des déserts de l'Égypte, et aurait-elle tiens pour médecins , d'après la repupolitiquement, à cause des grandes tation que l'Egypte s'était acquise dans voies suivies par le commerce , ménagé l'art de guérir, les pratiques religieuses de leurs habi- Quandf Darius, faisant sa retraite tants ? Quoi qu'il en soit , on n'a lu sur devant les Scythes , voulut repasser aucun monument public de l'Égypte le l'Isther dont les Ioniens avaient retira nom d'aucun des rois perses, ses con- une partie du pont, il se trouva dans quérants. Ils s'emparèrent habilement l'armée persane un Egyptien fameui de toutes les ressources qu'offraient par l'étendue et la force de sa von. au lise royal les provinces occupées, Du rivage il appela Hysliée de Milet et ils s'appliquèrent à ne pas affaiblir qui l'entendit au premier cri , fit avanies sources des revenus publics. La cer les bateaux, rétablit le pont, et déroute de l'Égypte en Asie, de Coptos livra Darius de ses vives alarmes: oud'Apollinopolis-ParvaàCosséir,sur Darius avait aussi fait en Egypte la la mer Rouge, fut particulièrement guerre de la conquête, servant dans te entretenue; et il y reste encore écrites gardes de Cambyse. On connaît sa refr sur les rochers les preuves de l'atten- contre àMemnhis avec le SamienSycotion que les rois perses donnèrent à son, couvert d'un manteau couleur de l'entretien de cette communication* feu , que Darius lui enviait. Le Gre* importante: les noms de Cambyse, donna son manteau au Perse; et ceiuk Darius et Xercès y sont gravés avec devenu roi, témoigna par sagénérosib des dates de leur règne : l'an 6 pour le envers Sycoson qui s'était rendu i premier (la lre année de son règne en Suze, qu il n'avait pas oublié la poli Égypte); l'an 36 pour Darius, et l'an 12 tesse et le don qu'il en avait reçus, pour Xercès. Strabon dit aussi : « Da- n'étant encore que simple garde dL rius Ier lit reprendre les travaux du roi.
canal du Nil à la mer Rouge , corn- Mais , malgré la sévérité et l'omoi mencé par Sésostris avant la guerre potence des satrapes, les peuples coude Troie , continué et non terminé par quis n'acceptaient pas leur joug sans Néchaô, fils de Psammétichus. Darius retour. Non loin de la ville capitale abandonna aussi cette entreprise au demeure du roi , les Babyloniens pre moment de la mener à fin, cédant à clamèrent leur liberté, et la défendirent la crainte sans fondement que la mer avec vieueur pendant un siège de vin? Rouge étant plus élevée que l'Egypte, mois : Ta ruse en triompha , et Darius le pays ne fut submerge si l'isthme rétablit son autorité dans la splendwe était rompu. » Hérodote, Diodore de Babylone. Sicile et Pline , comme Strabon , ren- L'Égypte imita l'Assyrie : elle tent dent témoignage des travaux ordonnés aussi de secouer le joug des Perses par Darius pour terminer ce canal; Hérodote dit que ceci arriva dan
nntfnr.virn nna l'imniliccinnn An Par* à nnn^A Ait r£0IU> ilp 1)211*11
ÉGYPTE
Le contrat précité, du mois de phanénoth de I an 35 de Darius , ne con- ;redit pas ce récit d'Hérodote; ce mois >st le 7e de l'année; l'insurrection égyptienne dut donc se déclarer dans es cinq derniers mois qui , pour ces ;emps-la , selon le calendrier vague , étaient les mois de Tété et de l'automne, ceux mêmes où l'inondation périodique du Piil couvrant la basse et la moyenne Égypte, opposait d'invincibles obstacles à la marcbe des armées et à la facile communication des villes entre elles.
Quand Darius mourut , l'Êeypte n'était pas encore soumise : son fils Xercès lui succéda vers l'année 486 avant l'ère chrétienne. Peu de mois après son avènement , il avait rétabli l'autorité persane en Égypte : il la punit de sa révolte par une complète oppression , et lui donna son frère Achéménès pour satrape.
L'Egypte étant soumise , Xercès employa quatre années à organiser son armée , et se mit en campagne l'année suivante. Il fit faire en Égypte une trèsgrande quantité de câbles en papyrus pour la construction des ponts. Les Égyptiens établirent un pont de cette matière qui joignit Abydos à la côte d'Europe.
Dans l'armée de Xercès, rÉgypte avait fourni deux cents vaisseaux ; les hommes qui les montaient avaient la téte couverte d'un casque en mailles de fer, et leurs boucliers creux étaient entourés d'un très-grand cercle de fer ; ils portaient pour armes des lances propres aux combats de mer , et des haches de fer très-fortes. Le plus grand nombre avait des cuirasses et de longues épées.
On lit encore à Cosséïr le nom de Xercès, ainsi que sur un beau vase d'albâtre du Cabinet des antiques de Paris, où il se lit Schéarcha; une inscription en caractères cunéiformes est au-dessous de l'inscription égyptienne; le même nom du roi s'y fit aussi ; et il est résulté du rapprochement comparatif de cette inscription bilingue, publiée par Champollion le jeune en 1824, quelques certitudes
dans l'ensemble des doutes qui enveloppent encore les études qui ont pour objet la connaissance des éléments graphiques des divers alphabets en caractères cunéiformes. A Cosséïr, le nom de Xercès est précédé du titre de dieu bienfaisant, seigneur du monde, expressions du protocole qui ne peuvent témoigner ni de la félicité, ni de l'affection de l' Égypte pour cette autorité étrangère et oppressive. La fin du règne même de Xercès est une preuve du contraire.
Dès que les Égyptiens apprirent sa mort, ils essayèrent encore une fois de ressaisir leur indépendance : courageuse persistance qui prenait sa source dans l'amour de la patrie, l'amour de ses lois et des institutions nationales, dans cette foi aux dieux et au culte du pays , qui , dans tous les temps , a fait dés peuples de héros prêts à tous les sacrifices; car l'histoire le proclamé de toutes ses voix , il n'y a rien à attendre d'une nation qui n'éprouve pas la vive et invincible influence des convictions ou des préjugés. La prédominance des intérêts matériels n'a-t-elie pas ouvert à tout ennemi qui apportait des bénéûces, les portes de toutes les villes où la bourse est le temple du dieu du pays ?
A son avènement au trône de Perse , Artaxercès, fils de Xercès, dut d'abord songer à rétablir son autorité dans l'Égypte insurgée. La Perse menaçait la Grèce ; et la Grèce s'allia avec I Égypte : elle éloignait de ses bords un ennemi retoutable, en le chassant de l'Égypte. Les Athéniens mirent leur flotte en mer contre celle des Perses ; ils envoyèrent une armée alliée à celle de l'Egypte , et leurs premiers efforts réunis furent couronnés d'un plein succès.L'arméed' Artaxercès fut battue et se retira du côté de Memphis, où l'armée égyptienne poursuivit les vaincus. Mais Artaxercès ayant réussi à séparer les troupes athéniennes de celles des Egyptiens, vint plus facilement à bout des unes et des autres , et l'autorité persane fut rétablie sur les rives du Nil : l'Égypte fut de nouveau soumise à une dure condition ; Achéménès , frère de Xercès , lui fut donné
L'UNIVERS
pour gouverneur, et le joug du vainqueur fut encore plus pesant.
Les historiens les plus renommés de la Grèce sont presque contemporains de ces événements , et les narrent avec leurs plus particulières circonstances : il paraît toutefois que la succession des divers rois qui portèrent le même nom , les Xercès et les Darius, a jeté, dans le récit de ces historiens , quelque confusion dans l'ordre chronologique des faits ; on accorderait difficilement Hérodote et Thucydide sur ce qu'ils en rapportent; Diodore de Sicile y ajoute encore quelques variations : nous continuerons à prendre pour guide l'annaliste le plus instruit des affaires de l'Egypte, Manétbon , dont les monuments accréditent si positivement les témoignages.
Après avoir rétabli son autorité en Egypte, Artaxercès régna encore 38 ans (en tout 40 ans); pour ce laps de temps , les écrits de l'antiquité ne relatent aucun fait particulier relatif a l'Egypte : elle était immobile et soumise comme l'esclave courbé sous le poids de ses fers. Le nom d'Artaxercès fut cependant tracé en écriture sacrée égyptienne ; il existe encore, avec le titre de roi, seigneur du monde, Artakhschsech , gravé sur les rochers qui bordent une partie de la route de Qéné à Cosséïr.
Il eut pour successeurs un Xercès II , qui régna deux mois ; Sogdianus , sept mois , et Darius - Nothus , fils de Xercès II , qui régna 19 ans.
Si Ton consulte la liste des rois de la Perse, telle qu'elle a été adoptée et conservée par les chronologistes et les astronomes de l'antiquité , on n'y retrouvera ni ce Xerxès II , ni ce Sogdianus. La table chronologique des rois , placée en tête de l'Almogeste de Ptolémée , et dont les années des règnes servent à la date des observations astronomiques, nomme pour l'intervalle de temps qui s'est écoulé pour l'histoire d'Egypte, depuis la mort de Psammémte jusqu'à ce point où nous sommes parvenus , Cyrus , Cambyse , Darius Tr, Xercès , Artaxercès et Darius IL C'est dans la liste de Mané-
thon, soigneusement dressée pou?
l'Égypte , que sont mentionnés les règnes éphémères d'un Xercès II et de Sogdianus. Ce Darius II est qualifie de nothus, ou enfant illégitime.
Il paraît que c'est au règne d'ATtaxercès qu'il faut rapporter les nouvelles entreprises des Égyptiens^allié* avec les Athéniens contre I occupation persane. Thucydide et Ctésias nous ont transmis les détails les plus circonstanciés de ces nouvelles guerres, auxquelles se mêla aussi, comme allie des Égyptiens, un chef libyen, que ces historiens nomment Inarus. La flotte des Perses fut détruite ou priîc par celle des Athéniens : les Grecs remontèrent le NU et débarquèrent leur?
troupes sous le commandement dr Charitimès. Achéménès , à la tête dt trois cent mille hommes, fut défait par les alliés et perdit le tiers de soc armée ; lui-même périt dans ce sanglant combat. Le reste de l'armée * réfugia dans les fortifications de Memphis. Les Égyptiens les y assiégèrent pendant trois années, les y tenant étroitement enfermés. Mais une seconde armée persane s'avançait, co& mandée par Artahazc , satrape de h Cilicie, et parMégabyzc,qui l'était de b Syrie. Battus par ces nouvelles forces, malgré leur vigoureuse résistance , et le chef libyen ayant reçu de graves blessures , 'les Égyptiens et les Athéniens se retirèrent dans l'île de Prose
Sitis , baignée par deux branches du fil : dans l'une d'elles , h flotte égyptienne et la flotte athénienne trouvèrent un refuge et un abri. Les Perses les attaquèrent, et les alliés s'y défen dirent pendant une année et demie Mais les Perses mirent à sec la branche du Pîil où la flotte athénienne était mouillée ; ces forces navales devinrent inutiles, et les Perses s'ouvrirent ue chemin de terre dans l'île. Alors Inaruse rendit avec les siens à la condition de la vie sauve; mais' les Athéniens au nombre de six mille , mirent le fa à leurs vaisseaux , préférant la nvort glorieuse du combat à l'ignominie Jj l'esclavage : des conditions honorabk1 offertes par les Perses sauvèrent a*
KG Y PTE.
braves A théuiensd'unc mort prochaine.
Une nouvelle flotte envoyée par les Athéniens fut attaquée et prise par les Perses , et leur triomphe tut complet.
L'Égypte fut encore une fois soumise; Sartamas lui fut donné pour gouverneur ; et l'héroïque Inarus , conduit à Suze , y fut mis en croix contre la foi îles traités. Inarus passait pour être le (ils d'un Psammétichus.
Ces défaites ne lassèrent point le courageux patriotisme des Égyptiens :
sous Darius - Nothus , ils arborèrent de nouveau la bannière de l'indépendance . un Égyptien était à leur téte ; il se nommait Amyrtée, originaire de la v ille sainte de "Sais. D'après quelques témoignages fugitifs de l'histoire , Amyrtée aurait secondé les premiers efforts d'Inarus; et, après sa défaite, se serait tenu en repos dans les contrées marécageuses de la basse Égy pte , d'où l'impatience de ses concitoyens l'aurait de nouveau rappelé pour la délivrance de la patrie.
Amyrtée résista aux troupes du lieutenant de Darius -Nothus; et, à la mort de ce dernier, Amyrtée se trouva en possession de toute l'Égypte : il y rétablit l'ancienne domination des Pharaons, avec les anciennes lois et le culte des dieux du pays.
Ainsi la première dynastie des Perses, qui forme la XXVIIe dynastie égyptienne , s'éteignit après une durée de 120 ans.
Amyrtée, roi d'origine égyptienne, et peut-être de l'ancienne race royale , tonna à lui seul la XXVIIIe dynastie.
Il ne régna que six ans , à compter de fan 404 avant l'ère chrétienne.
Sa première pensée eut pour objet de réparer les désastres de l'occupation étrangère , et de rétablir les honneurs des dieux»; les temples d'Éléthya , dédiés à Sévek (Saturne), et à Sowan (Lucine), construits et décorés sous les règnes de la reine Amensé et des rois Mœris et Memnon , mutilés par les Perses , furent réparés par 'es soins d' Amyrtée. D'autres monuments de l'Égypte conservent encore les marques de ces pieuses restaurations. Le court règne d' Amyrtée, qui
ne commença qu'après que cet illustre Égytien , à la suite de longs combats, eut réussi à délivrer son pays de l'occupation persane , laissa peu de temps à ses soins réparateurs. Une famille originaire de la ville de Mendès lui succéda et forma la XXIXe dynastie , qualifiée de Mendésienne à cause de son origine.
Le premier roi se nomma Noufrôuthph , dont les Grecs ont fait Né* phéritès. Son nom se lit sur les deux côtés du trône d'une statue de ce roi. en basalte noir, haute d'un empan et demi , dans la collection de l'Institut de Bologne. Le nom de ce roi n'a pas été aperçu sur les monuments encore subsistants en Égypte; mais le malheur des temps et toutes les causes de destruction qui se sont succédé depuis, expliquent ce résultat négatif.
Ce roi d'Égypte ne cessait pas d'être menacé par le roi de Perse et par ses innombrables soldats. De son côté , Néphéritès ne négligeait aucun des soins qu'exigeait le salut du pays : à cet effet, il conclut avec Sparte un traité d'alliance que cette cite grecque lui avait proposé contre l'ennemi commun. Diodore de Sicile donne pour époque à ce traité la première année de la quatre-vingt-seizième olympiade , ou l'an 395 avant 1ère chrétienne .
Néphéritès , parvenu au trône dès l'an 398 , régnait en effet à l'époque assignée par Diodore de Sicile a ce traité. On trouve aussi son nom sur les rochers des environs de Philae, dans un proscynéma ou acte d'adoration à Horammon , à Saté et à Mandou , fait à ces divinités pour le salut de ce roi Néphérôthph. Toutefois son règne ne dura que six années.
Il eut pour successeur un roi nommé Hakôr; les Grecs ont écrit ce nom Achoris. La durée de son règne est portée à 13 années par les listes de Manéthon. Ce règne fut très- laborieux ; sans cesse menacée par la Perse, l'Égypte eut à s'occuper de sa défense , et elle forma, à cet effet, d'utiles alliances. Achoris amena dans une ligue défensive tv agoras, roi de Chypre, les Arabes , les Tyriens et les Libyens
L'UNIVERS
de Barcè; un Égyptien qui avait passé nu service des Perses , Gaùs , dont la famille avait été cruellement traitée par Psamméticbus , mécontent du chef perse sous les ordres duquel il se trouvait dans l'expédition contre Chypre , déserta ce service, emmenant avec lui une partie de la flotte et de l'armée. Il se réunit à Achoris; les Lacédémoniens entrèrent aussi dans cette alliance : la mort de Gaùs et de quelques autres chefs des alliés en amenèrent la dissolution. .
Achoris en forma une nouvelle avec plusieurs peuples de la Grèce qui se rendirent en Égypte sous le commandement de l'Athénien Chabrias. De leur côté , les Perses , occupés à de plus grands desseins, poussèrent mollement la guerre contre l'Egypte : sur ces entrefaites, Achoris mourut.
Les soins de la défense du pays ne l'avaient pas détourné de ceux qu'exigeait la réparation des outrages faits aux temples des dieux par les étrangers dont F Égypte était délivrée. On voit encore sur l'édifice de Médinet-Habou , à Thèbes , les preuves des réparations
3u'Achoris fit faire aux colonnes protooriques qui soutiennent les plafonds des galeries , et pour lesquelles on employa des matériaux d'un petit temple édifié par l'ordre de la princesse Nitocris, femme de Psamméticbus II , et que la barbarie des Perses avait trèsvraisemblablement détruit.
Achoris fit réparer aussi quelquesuns des déçâts qu'avait éprouvés le temple d'Éiethya : on voit encore dans les carrières de Thorrah , près de Memphis , que , dans la seconde année de son règne , Achoris en fit extraire des matériaux employés dans les édifices qu'il fit élever ou restaurer. Enfin le musée égyptien de Paris possède un sphynx dont la base porte le nom de ce roi en caractères hiéroglyphiques , avec le titre de chéri de Chnouphis.
On a remarqué quelques variantes dans les signes des deux cartouches : mais ces signes variés sont toujours des homophones ; et Champollion le jeune a donné de ces variétés des explications que ses plagiaires se sont appropriées.
A Achoris succéda , selon Manéthon, un roi nommé Psammuthès, qui ne régna qu'une année. Le nom de ce prince se trouve cependant encore sur tes sculptures du palais de Karnac a Thèbes , et auprès de celui d' Achoris, son prédécesseur. Sa légende royale signifie : Soleil gardien approuvé par Phtha , le fils du soleil , Psimouth : elle existe aussi dans les ruines d'un petit édifice entre deux des propylées de Karnac , où Champollion le jeune Ta copiée le 23 novembre 1828.
Ce roi eut pour successeur , selo/?
les listes de Manéthon dans Eusèbe, Muthis , qui régna une année , et Néphéréus , qui ne régna que quatre mois. Il ne reste du premier aucun souvenir sur les monuments ; et on possède, du règne du second, un sphynx qui orne le musée royal de Paris. Son cartouche prénom est celui d'un des anciens Pharaons , et son nom propre se lit Naïfroué. Un savant anglais a aussi recueilli la légende de ce roi de quatre mois sur les restes d'un édifice égyptien. Ce prince fut le dernier de la XXIXe dynastie égyptienne, laquelle ne subsista que pendant 21 ans.
La XXXe dynastie fut originaire* Sebennitus, autre ville de la bass^ Égypte : les cités de la haute n'étaient plus nommées dans l'histoire; elles paraissaient alors ensevelies dans la stupeur de l'esclavage et la douleur de voir s'éteindre les antiques honneurs de la patrie.
Le règne de Nectanèbe, premier roi de cette nouvelle dynastie, ne fut pas plus paisible que celui des rois égyptiens, ses éphémères prédécesseurs.
Dès la seconde année de son autorité, il eut à repousser les nouvelles tentatives d'invasion faites par les Perses.
Leur armée et leur flotte se nrésen; tèrent devant Péluse : Nectanèbe, gui avait réuni des moyens suffisants de défense , résista avec succès. La dis corde se mit aussi parmi les Perses; ils entrèrent toutefois dans la branche mendésienne du Nil , après s'être emparés de la forteresse qui la défendait Mais Nectanèbe, après avoir pourro»
EGYPTE
i conservation de Memphis , entra en a m pagne , poursuivit vivement Pharabase, général en chef des Perses; t r l'inondation périodique du Nil les icommodant sur tous les points , ils jrent obligés de se rendre après avoir erdu beaucoup de monde. L'Égypte it ainsi de nouveau délivrée.
Quelques années après . le roi Agéilas se rendit en Égypte a titre d'amassadeur; il venait demander à Necinèbe , de la part des Lacédémoniens , es secours contre les Thébains qui ;s avaient réduits aux dernières exé mités.
Xa suite du règne de Nectanèbe fut aîsible; et il reste de nombreux téîoi^nages des soins qu'il donna à l'adîinistration et aux affaires de son oyaume.
On voit parmi les débris d'ouvrages gyptiens amassés à la citadelle du ',aire, un bas-relief représentante roi (ectanèbe faisant une offrande aux li eux ; à Keft, l'ancienne Coptos , dans me église copte bâtie avec les restes Pédifices égyptiens , la légende royale le ce même prince ; à Médmet-Habou , in édifice d une exécution assez élégante, qu'il y a fait élever» et dont es bas-reliefs le représentent adorant e dieu Amon-Ra , et recevant les dons ;t les bienfaits des autres dieux de rhèbes; à Philae, un petit temple défié à Hathôr, et un propylon engagé ans le premier pylône du temple 'Isis.
D'autres monuments isolés appariennent aussi au même règne : une >el!e figurine funéraire en terre émailée, brisée, trouvée à Pompéï, et déposée au musée des Studi, à Naples , porte a légende royale de Nectanèbe; cette égende a été aussi copiée sur un monoithe qui existe à Sœft , l'ancienne Ta- \isarta. Enfin , il existe a Rome une itèle d'un grand intérêt pour l'histoire lu règne de ce roi , qui dura 10 ans >elon certains textes, et 18 selon d'aures : la stèle décide cette importante juestion ; elle porte la date de l'an XIII lu règne de Nectanèbe, et accrédite tinsi le nombre 18 des textes anciens.
Après Nectanèbe Ier régna , pen-
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dant deux ans, un autre prince que les listes de Manéthon nomment Téos ou Tachos. Occupé aussi de la défense de l'Égypte contre les Perses, il resserra l'alliance avec les Lacédémoniens, qui lui envoyèrent une armée sous les ordres d'Agésilas , à qui Tachos avait promis le commandement suprême de toutes les forces réunies de terre et de mer. Mais le roi d'Égypte , jugeant malheureusement Agésilas, non d'après sa renommée , mais sur la simplicité de ses habits et de ses manières , ne lui donna que le commandement des troupes de terre , laissa à Chabrias celui de la flotte , et se réserva le titre et les droits de généralissime. Contre l'avis d'Agésilas qui voulait attendre les Perses en Égypte , Tachos alla les attaquer en Phénicie.
Des qu'il eut franchi les limites du royaume , les Égyptiens se soulevèrent contre lui , et proclamèrent pour leur roi un autre Nectanèbe, son neveu.
Dans ces conjonctures difficiles , Agésilas , pour se venger peut-être de 1 achos , se déclara pour Nectanèbe II :
il ne resta au roi détrôné qu'à chercher un refuge auprès du roi de Perse • il s'y rendit en traversant l'Arabie. On ne trouve deTachos aucun souvenir sur les monuments égytiens connus.
Rientôt se leva un compétiteur de Nectanèbe II, un chef issu de la ville de Mendès, secondé par une armée nombreuse. Agésilas engagea le roi à dissiper les reoelles par une attaque vigoureuse, avant qu'ils eussent le temps de se former en armée régulière : mais ce conseil parut suspect ; bientôt après le roi fut contraint de s'enfermer dans une de ses villes principales , et il y fut assiégé par les rebelles. Agésilas ne fit rien pour le secourir. Toutefois, dans un moment opportun , il lui conseilla de faire une sortie ; elle fut couronnée de succès; les assiégeants furent repoussés, et bientôt après, poursuivis par Agésilas , ils furent complètement défaits ; leur chef fut fait prisonnier , et Nectanèbe II rentra enfin dans la paisible possession de l'autorité royale.
Dans la douzième année de sen
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règne , ii lit une alliance avec les Sidoniens et les Phéniciens : les Perses 1rs mettaient dans un commun péril , et les obligeaient a une commune défense. Les Perses furent arrêtés dans leur marché contre l'Egypte par la guerre de Phénicie. Nectanebe y avait envoyé un corps de quatre mille Grecs qu'il avait à sa solde , et commandés par le Rbodien Mentor. Les Cypriotes se mirent aussi dans l'alliance : mais le roi de Perse , irrité de la défaite de ses lieutenants, se mit lui-même à la tête de l'expédition contre l'Égypte.
A lors effrave par la grandeur de ses préparatifs militaires, le Rhodien Mentor passa du côté de celui qu'il considéra comme le plus fort , le roi de Perse.
Darius -Ochus l'accueillit comme un transfuge à qui était bien connu le pays qu'il allait attaquer.
Nectanebe prépara aussi les moyens de défense nécessaires contre un si puissant ennemi : il se mit à la tête d'une armée composée de vingt mille Grecs, vingt miUe Libyens et soixante mille Égyptiens; les principaux passages et les places les nlus importantes étaient gardés par de bonnes garnisons : Péluse renfermait cinq mille hommes. Diophante d'Athènes , et Lamias de Lacéaémone , secondaient Nectanebe de leur prudence et de leur valeur. Mais d'autres Grecs guidaient aussi les Perses. Leur premier corps était commandé par Lacbaris le Thébain ; le second , embarqué sur la flotte, par Nicostrate , et le troisième par le déserteur Mentor. Nicostrate remonta le Nil bien en avant dans le pays , débarqua ses troupes et s'y retrancha.
Clinias, de l'île de Cos, rassembla toutes les garnisons égyptiennes du voisinage , attaqua Nicostrate, et fut tué et battu dans ce combat opiniâtre où cinq mille Égyptiens restèrent sur la place.
Nectanebe, à cette nouvelle, courut à la défense de Memphis, qu'il craignait de voir attaquée et prise par Nicostrate. Sur l'avis du départ de Nicostrate des environs dePétuse, les Grecs, en garnison dans cette ville, se croyant abandonnés et perdus , se rendirent à condition d'être transportes dans leur
patrie , et Mentor profita de cette défection pour occuper la basse Égypte , y répandre ses troupes, avec Pavis, de la part du roi de Perse , de la grâce pleine et entière à tous ceux qui se soumettraient, et de l'extermination de tout coupable de résistance. La plus humble soumission se manifesta de tout côté; les Grecs d'Égypte et les Égyptiens naturels rivalisèrent d'humilité devant les lieutenants du roi de Perse : il ne resta d'autre ressource a Nectanèbe, battu, trahi et détrôné, que de s'enfuir avec son trésor en Étbic pie , d'où il ne revint jamais. Il fut le dernier roi de la XXXe dynastie égyptienne , le dernier roi de race égyptienne qui régna sur l'Égypte, et Passer vissement de cette grande et immor telle nation à un sceptre étranger dore encore depuis les malheurs de Nectv nèbe II , c'est-à-dire, depuis vingt et un siècles complets : la nouvelle occupation de l'Égypte par les Perses date de l'an 338 avant l'ère chrétienne.
Ce fut Darius-Ochus qui rétabl i l'autorité des Perses en Êgypte. Elle avait échappé à ce joug des barbares pendant soixante-cinq ans. Cet intervalle est exactement donné par les listes des règnes des rois de Perse, et par celles des rois égyptiens assez heureux pour leur avoir résisté avec un plein succès. Le Pharaon Amyrtée rétablit en effet l'administration égyptienne à la mort de Darius II. A ce prince succédèrent sur le trône de Perse Artaxercès II , dont le règne fut de 46 ans selon le canon des rois , placé en tête de la Grande Composition de Ptolémée, et Ochus, qui rétablit l'autorité persane en Égypte dans la 20e année de son reçue, ce qui arriva quelque> mois après l'accomplissement de la 65e année depuis la mort de Darius II et l'avènement d'Amvrtée : or, Amyrtée et ses successeurs, formant la XXVIIIe, laXXIXeet laXXX'dynastie égyptienne, ont régné ensemble 65 ans et 4 mois. Les rapports remarquables de ces deux supputations exigent que le règne du dernier Pharaon qui occupa le trône d'Égypte , Nectanèbe II , sait porté à 18 ans , comme
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ie veulent les listes de Manéthon , selon Jules l'Africain. Ce roi avait adopté le cartouche- prénom de Nectanèbê Ier , considérant son règne comme la continuation de celui de son deuxième prédécesseur dont il portait le nom , et ne tenant pas grand compte du règne éphémère de Tachos , obligé de s'enfuir en Perse : la différence tranchée des signes employés à écrire le nom propre des deux Nectanèbe les fait facilement distinguer, malgré l'identité du cartouche-prénom.
Vainqueur de Nectanèbe II à la bataille de Péluse, Ochus remit les troupes persanes en possession de PÉgypte , et lui donna Ferendate pour satrape ; il la dépouilla de ses richesses eten composa le trophée de sa victoire. Le nom du roi perse, écrit Okouch, existe néanmoins dans une inscription hiéroglyphique avec une date qui, dépassant la 20° année , est évidemment comptée de son avènement au trône de Perse.
Il Poccupait en effet depuis vingt ans lorsqu'il remit PÉgypte sous son obéissance; cette 20e année fut la première de son règne en Egypte; il mourut l'année d'après : Manéthon n'a donc di1 donner que deux ans au règne d'Ochus en Égypte. Manéthon nomme comme son successeur Arsès, son fils , qui régna aussi deux années , et dont les monuments égyptiens , à notre connaissance , n'ont fait aucune mention. Il en est de même du dernier roi des Perses , de l'infortuné Darius III ; il régna 4 ans sur PÉgypte comme sur le reste du vaste empire des Perses.
Mais cet empire s'écroulait de toutes parts : Alexandre le Grand étant désigné par la Providence comme le vengeur des peuples subjugués par le grand Cyrus, et comme son héritier, mais temporaire.
Les successeurs de Cyrus avaient connu la Grèce, et appris par elle de quoi était capable une nation européenne peu nombreuse , mais animée du plus pur amour de la patrie, secondée par les nobles inspirations et 'es conseils industrieux de la civilisation. En Grèce, un des peuples de la confédération était arrivé à son tour de
suprématie , et son origine septentrionale semblait avoir i mprimé à son caractère, comme à son courage , la vigueur et l'âpreté du climat des lieux qu'il habitait. La Macédoine gouvernait ia Grèce; et, au génie politique de Philippe, avait succédé Pépée valeureuse d Alexandre. Ce jeune héros ne connut pour bornes à ses victoires que les mers impraticables ou les déserts. Il traversa toute l'Asie et pénétra dans l'Inde : il détruisit l'empire des Perses et en hérita. L'É^ypte fut pour lui une conquête facile : PÉgypte , soumise à un sceptre de fer, au despotisme intolérantde l'Asie, reçut Alexandre comme un libérateur : il y établit son autorité en Pan 332 avant Père chrétienne. Huit années après, en Pan 324, Alexandre mourut a Babylone, au centre de ses conquêtes : les dieux , oui Pavaient comblé de tous les biens , de toutes les gloires humaines , ne le préservèrent pas du poison des hommes ou de celui de l'intempérance. Ainsi la domination de fait ou de droit des Perses dura, en Égypte, autant de temps que l'empire de Cyrus dans les mains de ses successeurs , depuis Cambyse jusqu'à la mort de Darius m.
Les effets de cette domination ennemie se révèlent encore aux yeux de l'observateur attentif à l'interprétation des grands faits archéologiques consignés sur le sol antique et dans les ouvrages de PÉgypte. Depuis Tlièbes jusqu'à Dakkëh en Nubie, sur une ligne de plus de soixante lieues, les édifices élevés par les Ptolémées et par les Romains sont fréquents; et, de ceux des Pharaons , il n'en reste que des ruines : ceci s'explique par les ravages des Perses remontant la vallée du Nil pour se rendre en Ethiopie, abandonnant le fleuve à la hauteur de Sébouâ , et prenant en ce point la route du désert, plus courte que celle du Nil qui était d'une difficile pratique pour une armée, à cause de ses fréquentes cataractes. C'est cette même route que suivent de nos jours les caravanes et les vovageurs. Ainsi le temple bâti par Moéris à Amada , un peu au midi de Sébouâ . existe encore ; et,