LU M VERS
au nord de ce lien , jusqu'à Thèbes, il n'y a fjuc des édifices élevés ou relevés par les Grecs ou les Romains, effaçant les traces des ravages des Perses. 'Et , .si les monuments pharaoniques de Ghirsché et de Bet-Oualli subsistent encore, comme exception à ce qui vient d'être dit , ce ne fut pas la faute des Perses ; ces temples sont des spéos creusés dans des montagnes qu'ils ne pouvaient pas démolir : ils se contentèrent de mutiler ces deux temples.
Le gouvernement des Pharaons, modéré à la fois et par le contrepoids des castes et par la douceur des moeurs, qui naissait de l'aisance générale , fut remplacé par le despotisme oriental , hiérarchie de satrapes de tout rang , exerçant , chacun dans sa sphère , rn plus absolue autorité, et foulant ainsi, chacun à son tour, le sol conquis et sa population ; ainsi l'Égypte n'était plus qu'une province du grand empire perse, occupée et pressurée militairement.
Les mages, prêtres d'une doctritfe religieuse qui n'était pas celle des Égyptiens, n'élevèrent à leurs propres dieux nia leurs génies aucun temple sur lesol de l'Egypte ; mais ils firent détruire les temples des dieux égyptiens , et ne laissèrent à la piété reh'gieuse des habitants d'autre refuge que leur foi et les oratoires de famille. Les propriétés de la classe sacerdotale ne durent pas être épargnées par le fisc conquérant ; et les fausses divinités de l'Égypte durent subir de fortes amendes au profit des véritables dieux qui sont toujours ceux des vainqueurs.Du reste, ni le plan ni l'architecture des temples, ni les symboles des deux cultes n'avaient entre eux aucun rapport dans les formes. Les écritures des deux peuples étaient essentiellement différentes, dans leur origine comme dans leurs formes. L'Égypte avait créé la sienne par l'effet d'inventions successivement perfectionnées, conduites de la figure d un objet qui en donnait l'idée à l'esprit, jusqu'aux signes alphabétiques qui en exprimaient 1e nom par la parole : les Perses avaient adopté celle des Mèdes , qui l'avaient -cnipruntée des antiques babyloniens .
système non pas rationnel dans ses su.
cessives formations, mais de formation arbitraire , gui a voulu que les combinaisons variées d'un seul et unique signe ayant la forme d'un coin, représentassent toutes les voix et les articulations nécessaires pour exprimer par la parole les mots de la langue. Les deux écritures se mêlèrent quelquefois par l'effet d'un caprice plutôt que par besoin : sur des cylindresésyp tiens , en terre cuite, portant des inscriptions égyptiennes , on a ensuite ajouté des inscriptions cunéiformes.
Les deux langues différaient radicale ment l'une de l'autre. L'idiome persan , comme la nation qui le parlait, n'avait rien de primitif, était u« branche d'une puissante famille: b langue égyptienne n'a jamais laissé de viner son origine ; elle existait parce qu'elle existait.
Les Perses conservèrent leur costume national en Égypte ; les Égyptiens ne paraissent pas avoir été troublés dans la conservation de celai qui leur était propre : on n'a trouvé aucune figure persane sur les monutneets égyptiens : mais des Mèdes sont représentés dans les triomphes des plus anciens Pharaons.
Aucun des successeurs de Cyrus ne mourut et ne fut enterré en Egypte:
on croit avoir reconnu leurs tombeaux dans les dépendances dn palais de Persépolis. Le respect des Perses pour le feu , selon les préceptes traditionnels dç Zoroastre, leur faisait inhumer les corps de leurs rois, et h détournait de l'usage de les brûler. U loi exigeait aussi qu'ils eussent leur sépulture dans la Perse même , quelque part qu'ils finissent leurs jours. Can;byse lit transporter le corps de Çp* à Parsagada, où Alexandre le visita Alexandre fit aussi enterrer Darius auprès de ses ancêtres. Comme l« Égyptiens, et peut-être à leur exemple", les tombeaux de ces rois fureot creusés dans une montagne qui «i avait pris le nom de montagne ra^é A l'imitation encore de l'Égypte, Darius Pr ordonna de son vivant les travaux nécessaires pour son tombeau, tt
FGYPTE.
\\ l'aurait Visité si les devins ne l'en eussent détourné.
La civilisation paraissait proportionnellement répandue dans les diverses castes égyptiennes : chez les Perses , à l'exception de la tribu noble des Acheméniàes, le peste de la population était inculte et barbare j>res<jue sans développement inteileetîïel, ignorant les arts et le luxe , ne connaissant que le service militaire et ne pratiquant que la guerre. Cyrus devança par les mêmes moyens le triomphe Je Gengis- Khan ; il avait aussi à ses ordres ses hordes de Mongols aguerris , toujours prêts à marcher à des conquêtes qui n'étaient réellement que des migrations de peuplades vers de meilleurs climats.
La forme perfectionnée du gouvernement égyptien dut exciter l'attention des principaux personnages de la cour deCambyse; cette remarque peut faire considérer comme moins extraordinaire la délibération et les discours des conjurés contre ie faux Smerdis, au sujet delà form e de gouvernement à donnera la Perse. L'un des orateurs proposait une monarchie pure, l'autre une aristocratie , et le troisième une démocratie toute populaire. Du reste, la division de l'empireen satrapies par Darius 1er, à l'imitation peut-être de l'Égypte divisée en nomes, où l'action de l'autorité suprême pénétrait si facilement partout par le concours des fonctionnaires de divers rangs, fut le premier acte qui donna une organisation régulière aux possessions persanes , et en soumit l'administration à une loi générale , première base d'un gouvernement civil et politique , séparé du gouvernement militaire.
Enfin , s'il fallait faire ressortir les avantages que conservèrent les nations Jes plus civilisées conquises par les Perses, sur leurs propres conquérants, nous dirions que la civilisation ne cessa de miner les plus solides fondements de cette conquête , et que le grand empire despotique des Perses périt, malgré les cinq millions d'hommes armés par Xercès , par l'effet des révoltes de ksypte et de l'héroïque résistance de la Grèce.
La destruction de la domination persane ouvre dans l'histoire de l'Égypte une ère nouvelle : la conquête qui succéda aux Perses fut plus légère à l'Egypte; la nation la plus spirituelle devait facilement s'entendre avec la plus sage de ces vieux temps : d'anciennes alliances les avaient déjà réunies; la culture des arts et de la philosophie, qui a produit de part et d'autre tant d'admirables ouvrages, était pour elles un lien de plus et une cause d'intimes rapprochements.
Alexandre, roi de Macédoine, vainqueur à la bataille d'Issus , qui fut si fatale à Darius III , souverain de l'empire perse, marcha vers la Phénicie, prit ïyr , Gaza , pénétra dans l' Egypte , et l'occupa tout entière. Ses historiens nous ont conservé le souvenir de sa modération. Toute la politique du conquérant, tout son système se révèle par cette courte phrase de son historien latin Quinte-Curce : Parvenu par la voie du Nil jusqu'à Memphis, il s'avança dans l'intérieur du pays , et , en ayant réglé l'administration de telle sorte qu'il ne fut rien changé aux anciens usages des Égyptiens , il se dirigea vers Poracle de Jupiter Ammon.
Alexandre voulut en effet le consulter; il se rendit donc à l'Oasis de ce nom : les prêtres le reconnurent et le proclamèrent le fils d'Amon-Ra, la grande divinité de l'Égypte, dont le temple principal était a Thèbes , d'où l'emblème du dieu avait été transporté dans le sanctuaire de l'Oasis. Il n'y subsiste aujourd'hui aucune trace du voyage du vainqueur.
11 Tut frappé de la belle disposition d'un isthme formé par le lac Marœotis et la Méditerranée à l'ouest du Nil , et il le destina à l'emplacement d'une ville à laquelle il donna son nom. Sur ce même emplacement se trouvait une bourgade égyptienne nommée Rhacotis ; elle fut comprise dans l'enceinte de la ville; elle donna son nom au quartier qui lui succéda. Alexandre- traça lui - même le plan de la nouvelle cite ; il lui donna la forme de la chlamyde macédonienne* La farine destinée à l'approvisionnement du soldat servit
L'UNIVERS
à marquer ia place des murailles ; l'enceinte n'eut pas moins de quatre-vingts stades de diamètre; l'architecte Dinarque fut chargé de diriger l'exécution de ce vaste plan. Alexandre désigna lui-même l'emplacement des places publiques , celui des temples à construire , soit pour des divinités grecques, soit pour des divinités égyptiennes, témoignage remarquable de tolérance, qui n'était pas venu à l'esprit des Perses ; une haute civilisation pouvait seule l'inspirer. Ces temples aux dieux de l'Egypte étaient nécessaires dans la nouvelle ville ; le fondateur la peupla en y appelant une partie de la population des autres villes égyptiennes. Il y laissa une garnison macédonienne, permit à un grand nombre de Grecs et d'Asiatiques de s'y établir, l'ouvrit à tous les peuples, et il en fit dans sa pensée comme dans la réalité l'entrepôt nouveau de tout le commerce entre l'orient et l'occident de la terre. Alexandre laissant en Égypte Cléomène pour gouverneur, remonte en Syrie, poursuit le cours de ses conquêtes , pénètre aux confins de l'Asie , retourne à Babylone malgré les prédictions des devins , y reçoit des députations de presque tous lès peuples de la terre , et les honneurs funèbres qu'il fait rendre à Hephaestion ne sont que les préludes de ceux qu'il va recevoir. Il meurt du poison ou d'intempérance, le 24 mai de l'an 324 avant l'ère chrétienne.
Le nom d'Alexandre le Grand ne se lit sur aucun édifice de l'Égypte; le seul monument qui reste de lui en ce pays, c'est la ville qui porte son nom , et qui n'a pas cessé de réaliser les vues et les espérances de son fondateur : elle est encore le lien essentiel du commerce de l'Europe, de l'Afriue et de TAsie. Un autre conquérant, ont le nom est aussi immortel , avait préparé de plus hautes destinées à cette ville , et la renaissance de son antique gloire sous l'égide de la France: le temps , sur les traces de l'intelligence, parait devoir bientôt réaliser les grandes pensées d'Alexandre et deNapoléon; et l'Europe reconnaissante va rendre
à l'ancien monde les lumières qu'elle en a reçues.
La mort surprit Alexandre au milieu de ses conquêtes , lorsque l'Asie soumise l'admirait comme homme, et l'adorait presque à l'égal d'un dieu.
Vivant et vainqueur, son autorité devait lui garantir la fidélité ou du moins la soumissiez des peuples subjugués.
A sa mort , le prestige cessait de luimême , et les droits acquis par la force périssaient avec celui qui s'était fait un jeu de violer les plus légitimes indépendances : jeu cruel que la Providence a puni quelquefois dans oeui même qui se complurent à ses chances redoutables.
Alexandre ne laissa pas auprès de son trône un héritier qui pût de suite succéder, sinon à sa toute-puissance, du moins à l'empire qu'il avait reçu de Philippe , et dont la possession ne pouvait lui être contestée. Alexandre avait un frère, fils, pomme lui, de Philippe , mais qui était né d'une danseuse nommée Philline; il laissait aussi de Barsine , fille de Darius , un fils nommé Hercule; enfin Roxane sa veuve, fille du roi de la Bactriane.
était enceinte , le terme même de sa grossesse très -avancé; elle pouvait donner le jour à l'héritier si nécessaire pour l'accomplissement des projets d'Alexandre.
Mais l'incapacité d' A ridée son frère . l'inexpérience du fils de Barsine , l'incertaine espérance d'obtenir d'une autre un rejeton du sang royal, enfin la faiblesse d'une régence pouvaientjelles suffire aux graves circonstance où la mort prématurée du vainqueur de tant de rois plaçait ses peuples et son armée? Pour conserver son em-
§ire, il eut fallu un second Alexanre ; l'union intime de tous ses généraux pouvait rendre l'état des chose* moins périlleux sans doute , mais devait-on l'attendre de leur ambition?
Tous distingués par leur naissance ou d'éclatants services, ils joignaient à la noblesse des formes corporelles , l'élévation des sentiments et la puissance de la sagesse et de la raison ; c'étaient, parmi plusieurs Mitres, Pcrdiccas,
Egypte.
I donnât, Antipater, Lysimaque, Python , Peuceste , Ptolémée.
Le lendemain de la mort d'Alexandre, ils se réunirent autour de son trône, sur lequel on avait placé ses insignes et ses armes. Perdiccas se déclara pour le fils que Roxane pouvait mettre au monde ; Néarque pour celui de Barsine , et Ptolémce contre l'un et l'autre. « N'aurions-nous vaincu les « Perses , dit-il , que pour les placer sur « le trône de Macédoine ?» et il pro- |K>sa de déférer le gouvernement a un conseil formé des principaux lieutenants d'Alexandre. Mais une voix s'éleva de la foule dont rassemblée était environnée, et proclama roi le frère du roi , A ridée , sous le nom de Philippe, nom chéri des Macédoniens.
Méléagre, soutenu de toute l'infanterie, s attacha à son parti. En vain Perdiccas, secondé par Léonnat, et par Ptolémée à la téte de la garde royale , essaye de s'y opposer , appuyé par les troupes à cheval. Aridée se montre revêtu des ornements royaux, et il est salué roi par la majorité du peuple et de l'armée. Les gouvernements des provinces , ainsi que les charges de la cour, furent distribués aux officiers ou aux favoris les plus réputés, et l'on s'occupa enfin de faire embaumer le corps d'Alexandre délaissé jusque-là et privé de soins et d'honneurs , quoique depuis sept jours déjà il eût cessé de vivre.
Ce fut ce même jour et dans le même conseil que le gouvernement de l'Egypte, de la Libye et de la portion de l'Arabie limitrophe de l'Egypte, fut donné à Ptolémée. Ce gouvernement devint ensuite le royaume d'Egypte, et n'éprouva aucun démembrement.
Quelques possessions éloignées , telles que Chypre et la Cyrénaïque , y furent réunies par la guerre, et la guerre aussi les en détacha quelquefois. Mais le royaume proprement dit, et tel qu'il subsista pendant trois siècles , se trouva renfermé dans les limites naturelles de l'Egypte.
Ptolémée songea bientôt à se rendre dans son gouvernement. Pendant le temps qu'il passa encore à Babylone,
Cléomène, laissé par Alexandre en Egypte en qualité de trésorier, y réunit celle de lieutenant du gouvernement , et l'exerça jusqu'à l'arrivée de Ptolémée.
. L'époque précise n'en est pas connue; mais l'intérêt que Ptolémée devait mettre naturellement à jouir d'un titre auquel il pouvait déjà peut-être rattacher de plus hautes espérances , dut l'amener sans retard dans la capitale de ses provinces. Sa libéralité, sa justice et la douceur de son autorite attirèrent bientôt , de toutes parts , ceux que la guerre et les dissensions publiques éloignaient des pays qui en étaient le théâtre.
Le titre de sous -gouverneur donné à Cléomène qui était en Egypte depuis sa conquête par Alexandre, permet néanmoins de supposer l'absence temporaire du gouverneur lui-même. Il paraît que Ptolémée passa quelque temps encore à Babylone où sa présence pouvait être nécessaire pour ré gler, selon ses vues et les nouveaux intérêts qu'il venait de se créer, beaucoup de difficultés que l'état des affaires devait faire naître; et comme la fin de l'été , dans ces régions asiatiques , favorisait, bien mieux que les mois de juin et juillet , le long voyage d'un personnage nécessairement accompagné de beaucoup de monde, ce dut être vers l'automne que Ptolémée quitta la Chaldée pour se rendre en Egypte, vraisemblablement vers le mois d'octobre qui suivit la mort d'A iexandre.
Ses premiers soins eurent pour but de mériter l'affection des habitants de l'Egypte, et il se la concilia par la douceur de son administration. Bientôt instruit que Perdiccas formait secrètement le dessein de lui ravir par les armes un titre çju'il devait à la foi des traités , il se prépara à le défendre. Il leva par ses agents une contribution de huit mille talents , et mit une armée sur pied. En même temps il contracta une alliance avec Antipater déjà engagé dans une guerre contre les Grecs , que le rappel des exilés par Alexandre à son retour de l'Inde, avait sourde-
ment excités contre lui, et que sa mort arma aussitôt contre Antipater , gouverneur de la Macédoine et de la Grèce pour Aridée, successeur d'Alexandre.
Après cette alliance, et pendant qu' Antipater opposait ses forces et celles de ses alliés , sur terre et sur mer , aux Grecs confédérés pour échapper au joug macédonien, Ptoiémée donnant tous ses soins au gouvernement de l'Egypte , s'attachait de plus en plus ses habitants , et jetait ainsi les fondements de sa future souveraineté. Une circonstance que sa politique sut s'approprier, rangea la Cyrénaïque sous ses ordres , en l'année
Au commencement de Tannée suivante, Antipater, Cratère et Antigone résolurent d'envoyer un message à Ptoiémée, pour l'engager dans une alliance où leurs communs intérêts et l'imminente obligation de résister à Perdiccas devaient sûrement le faire entrer ; et Ptoiémée n'hésita pas à s'y engager. Perdiccas, de l'avis de ses généraux , envoya Eu mène sur l'Hellespont , pour arrêter Antipater et Cratère s'ils tentaient de passer en Asie.
Il partit de la Pisidie pour attaquer l'Égypte dont la conquête devait le iaisser sans inquiétude sur ce point , lorsqu'il entreprendrait celle de la Macédoine.
Mais cet espace de temps qui s'était écoulé depuis la mort d'Alexandre , et ue ses généraux ont consumé à se isputer par les armes les provinces de son empire, Arrhidée, l'un d'eux, qui fut ensuite gouverneur de la Phrygie, l'avait consacré tout entier à de plus honorables soins , à l'accomplissement d'un pieux devoir, en taisant construire le char funèbre d'Alexandre et transporter son corps en Égypte.
Ces soins l'occupèrent deux années , et ta magnificence du char mortuaire du triomphateur, si l'histoire ne l'a point exagérée , ne dut pas demander moins de temps. Arrhidée partit de Babylone et se rendit en Égypte par Damas.
Perdiccas ne voulait pas laisser à Ptoiémée ces précieuses dépouilles , con-
VERS
fiant peut-être dans les prophéties d'Aristandre , qui promettaient un bonheur étemel à la contrée qui les posséderait. Polémon , lieutenant de Perdiccas, tenta de s'opposer aux projets d' Arrhidée , mais celui-ci réussit malgré lui à se réunir à Ptoiémée qui se rendit en Syrie avec des troupes, pour honorer la mémoire du roi , dit Diodore de Sicile, mais plutôt pour protéger Arrhidée contre les projets de Perdiccas. Ceci se passait au printemps de l'année 322.
L été suivant , l'entreprise de Per diccas contre l'Egypte, et les prépara tifs d'Antipater secondé par Antigom et Cratère, étaient déjà parvenus à ce point de maturité qui annonce un prochain dénoûment. Eumène fut heuror, et repoussa avec succès les efforts d; ces trois chefs alliés , pendant que Perdiccas parvenait à Damas à la tête d'une armée nombreuse soutenue et rendue plus dévouée par la préseno des deux jeunes rois. Perdiccas traverse la Syrie , se dirige sur Péluse et établit son camp près de cette ville .
la clef de l'Égypte vers l'Orient. Ayant imprudemment fait repurger un ancien canal du Nil , une subite irruptiui des eaux du fleuve détruisit ses ouvrages militaires et mit le découragement et la désertion parmi ses troupes Il essaya de les ramener par des démonstrations de bienveillance, par des discours que la hauteur et la dureté de son caractère pouvaient démentir, et il donna l'ordre de se tenir prêt à marcher. A l'entrée de la nuit il leva le camp; on se mit en marche et on arriva vers la pointe du jour sur le Nil, non loin d'une petite ville nommée le Mur des Chameaux 3 que Perdiez fit attaquer. Il essaya vainement de la prendre de force : Ptoiémée qui avait tout prévu et s'était même défait de Cléomène qu'il croyait attaché à Per diccas, se trouva là à la tête d'un corps de cavalerie pour défendre la ville. Convaincu de l'inutilité de son entreprise, Perdiccas y renonça sur le soir, et profita de la nuit pour se diriger vers une île que formait le Nil du côté opposé à Memphis , vraiscuibla-
ÉGYPTE
blement l'île de Myecphoris formée par là branche de Péluse , un peu à l'orient de Bubaste. Il tenta bien malheureusement le passage des eaux , deux mille hommes y perdirent la vie : la sédition s'empara de tous les esprits , et Perdiccas fut égorgé dans sa tente. Ptolémée s'empressa de traverser le Nil et de se rendre au camp macédonien auprès des jeunes rois , de leur offrir des présents et ses hommages, et de fournir aux plus pressants besoins de l'armée, de protéger même les plus intimes amis de Perdiccas contre le ressentiment des soldats.
Ce fut alors que Ptolémée reçut en Égypte les deux jeunes rois dont il lui aurait été facile de se faire donner la tutelle ; mais il la jugea au moins inutile à ses projets sur l'Égypte , et il la fît accorder a Python et Arrhidée , le même qui lui avait livré le corps d'Alexandre.
Les deux rois continuèrent leur route vers la Macédoine ; ils firent alors une nouvelle distribution des gouvernements. Ptolémée conserva celui de l'Égypte , qu'il eût été difficile d'ailleurs de lui enlever, tant son courage et l'esprit de justice de son administration lui en assuraient la possession.
Dans cette dernière distribution des gouvernements, Laomédon de Mitylène avait obtenu celui de la Syrie ; il y fut attaqué par Ptolémée qui avait résolu de réunir à l'Égypte la Célé-Syrie et la Pbénicie. Nicanor, l'un de ses généraux chargé de cette expédition et ue cette conquête , y réussit complètement , emmena même Laomédon prisonnier en Égypte, après avoir mis garnison dans toutes les villes des provinces conquises. Jérusalem fut de ce nombre. Ainsi , à la fin de la troisième année de son gouvernement , Ptolémée avait réuni à l'Égypte, Cy rêne , la Syrie , la Célé-Syrie et la Phénicie.
Cassandre cherchait à mettre Ptolémée dans ses intérêts ; il lui dépêcha dans le même temps un messager sdr, pour lui demander, avec son alliance, u'il envoyât sa flotte de la Phénicie ans l'Hellespont. Il s'y rendit luimême , et de là il passa auprès d' An-
tigoneen Asie , lui donnant l'assurance que Ptolémée seconderait son entreprise. Mais Polysperchon , tuteur des jeunes rois , pour rendre leur alliance illusoire , voulut pouvoir compter sur celle des républiques grecques , et , de l'avis des plus considérables person nages de la cour, il fit porter un décret qui leur rendait à toutes leur liberté avec la jouissance des lois et coutumes qui les régissaient avant leur conquête par Philippe ou par Alexandre.
En même temps qu'il proclamait la liberté des villes grecques , Polysperchon en appelait à la fidélité d'Eumène, mettant à sa disposition de l'argent et des troupes , et tâchait , par toutes sortes de prévenances , de ramener à la cour Olympias, mère d'Alexandre, qui s'en était éloignée du vivant d'Antipater.
Eumène se voua courageusement à la défense de la cause des jeunes rois , quitta la Phrygie , passa le mont Taurus, entra en Cilicie et chargea ses amis les plus intelligents et les plus dévoués de faire des levées d'hommes et d'argent chez les Pisidiens , dans la Lycieet en Chypre. Quelques-uns même parvinrent jusqu'en Céle-Syrie et dans la Phénicie, dépendantes du gouvernement de Ptolémée.
Celui-ci se rendit dès lors avec sa flotte à Zéphyrion en Cilicie , vis-à-vis de l'île de Chypre , et tenta sans succès d'ébranler la fidélité des chefs qui suivaient la fortune d'Eumène. Mais Ptolémée fut bientôt rappelé de ces parages par l'entreprise d'Eumène contre la Phénicie soumise à Ptolémée.
En attendant, la reine Olympias cherchait à reprendre à la cour de Macédoine l'influence que lui donnaient son nom , son rang et le respect profond qu'inspirait encore tout ce oui touchait de près à la mémoire d'Alexandre.
Polysperchon entreprit de reconduire en Macédoine la reine Olympias et le fils d'Alexandre. Eurydice, femme du roi Philippe Arîdée , redoutant l'influence d'Olympias , osa solliciter contre elle Cassandre qui était sur l'Hellespont, et se porta elle-même
3ÎM
L'UNIVERS
avec des troupes à Eria sur les frontières de la Macédoine, pour en défendre rapproche à la reine : les deux armées étaient près d'en venir aux mains ; mais le vieux respect des Macédoniens pour le sang d'Alexandre l'emporta sur tout autre engagement , et ils se déclarèrent pour Olympias.
À ridée fut fait prisonnier; Eurydice, qui était retournée a Amphipopolis avec Polyclès, l'un de ses affidés, fut bientôt prise aussi , et l'un et l'autre furent mis à mort par l'ordre d'Olympias, Aridée, successeur immédiat d'Alexandre, ayant régné six ans et quatre mois.
Ainsi mourut le premier roi macédonien successeur d'Alexandre le Grand ; l'Égypte le reconnut fidèlement; ses monuments en font foi, notamment le premier et le deuxième sanctuaire du grand édifice de Karnac à Thèbes ; on y lit cette légende royale : L'approuvé et le chéri d'Ammon et de Phre , le fils du soleil , Philippe {Phlipos). A Aschmounéin , l'ancienne Hermopolis-Magna , cette légende se trouve deux fois sur le temple de cette ville ; le nom propre y est écrit Pheileivos. Ce n'est pas que Philippe Aridée fut présent en Egypte lorsque les ouvrages de Karnac et d Hermopolis - Magna , qui portent encore son nom , lurent exécutés :
mais ce roi était l'autorité suprême légale en Égypte, et j'ai sous les yeux un contrat, en écriture démotique, daté de Tan cinq, du règne de ce prince, car Ptolémée n'était que le gouverneur de l'Égypte sous l'autorité du roi : il fut fidèle à sa mission subordonnée ; mais il est juste toutefois de lui rapporter les bienfaits de ces restaurations, preuve patente de l'empressement de Ptolémée à réparer les ravages commis par les Perses , et de son attention à flatter ainsi l'opinion , les vœux et les crovauces des Égyptiens , captant par la de plus en plus leur affection et leur confiance.
Après la mort de Philippe Aridée, vers le mois d'octobre de l'année 318 avant l'ère chrétienne, la septième du gouvernement de Ptolémée en Égypte , un second successeur au trône d'A-
lexandre le Grand fut proclamé dans tous ses États d'Europe et d'Asie; ce fut son fils Alexandre, né de Roxaue.
Dans ces mêmes temps, la reine Olympias se vengeait d'Antipater mort sur ses amis vivants, non pas comme un roi , dit Justin , mais bien comme une femme, et Eumène passait l'hiver dans la Babylonie. Deux années après , Olympias et Eumène n'existaient plus :
tous deux avaient péri assassinés, Tun par les ordres de Cassandre, l'autre par ceux d'Antigone.
Antigone s'était ensuite rendu dan> la Babylonie, gouvernée par Séleucus.
qui le reçut avec magnificence. Mais Antigone , devenu plus exigeant , trouva enfin quelque résistance dans Séleucus.
Celui-ci cependant , par la crainte d'être traité comme tant d'autres personnages éminents dont Antigone avait mis une attention réfléchie à se défaire, se décida dès lors à se rendre en Égypte. Ptolémée n'y avait jamais refusé un asile à ceux que tes caprices de la fortune et les malheu rs ue ce> temps d'anarchie amenaient auprès de lui.
Séleucus était en Égypte au commencement de la neuvième année du gouvernement de Ptolémée. Ce chef habile avait été jusque-là présque simple spectateur des débats sanglants élevé»
entre les autres généraux d'Alexandre.
Séparé du théâtre de leurs malheureux exploits par la mer et les déserts, il ne songeait qu'à aifermir son pouvoir en évitant avec soin de le compromettre, et à préparer une heureuse résistance à des attaques dont sa prudena lui faisait prévoir la possibilité. Sa justice et sa modération lui avaient acquis la confiance des peuples qu'il gouvernait; sa grandeur d'âme lui avait fait des amis de tous ceux qui s'étaient commis à sa foi. Séleucus ne devait pas être moins heureux.
Ainsi s'accomplissaient les immuables décrets de la Providence. De nouveaux trônes s'élevaient sur les débris de ceux que la fougue d'Alexandre avait renversés; et, de tous ses généraux, quelques-uns seulement étaient destinés à s'y asseoir, vainqueurs des am-
ÉGYPTE
>itiorfc rivales de la leur. Léonnat, Python, Perdiccas, Antipater, Eunène, Polysperchon , n'avaient déjà «lus d'intérêt dans ces suprêmes dispensions : ils avaient eessé d'exister.
Parmi ceux qui leur survivaient, Antigone restait alors le plus puissant.
Tous les autres devaient le redouter :
ils se liguèrent contre lui. C'étaient Cassandre , qui , en assassinant la mère et en épousant la nièce d'Alexandre, se rapprochait de plus en plus du trône de la Macédoine où il commandait ainsi ue dans la Grèce; Lysimaque, chef e troupes aguerries et des peuplades à demi sauvages de la Thrace; Ptolémée, maître de l'Égypte, de Cyrène, de la Syrie et de la Phénicie; Séleucus enfin , qui ne renonçait pas à son gouvernement de Babylone : ces quatre chefs signèrent contre la puissance d'Antigone une alliance qui devait y mettre fin.
Au printemps de l'année 315, Antigone reprit sa marche par la Cilicie, et, parvenu dans la haute Syrie, il y lut joint par les envoyés de Cassandre, de Lysimaque et de Ptolémée , chargés de lui demander le partage des provinces et de l'argent oui étaient le fruit d'une guerre à laquelle ils avaient concouru. Ces propositions furent mal reçues par Antigone, qui se mit en mesure de soutenir par les armes un refus aussi formel, en cherchant des alliés et des secours à Chypre, à Rhodes, faisant ses dispositions en Cappadoce et sur l'Heliespont , se portant en Phénicie, campant devant Tyr, et établissant dans ses mers trois points de réunion pour la flotte qu'il pensait à construire. Mais les chefs ligués contre lui ne préparaient pas leur attaque avec moins de soins, avec moins de promptitude, et bientôt Séleucus, courant la mer de Syrie avec cent vaisseaux, vint attiédir le zèle des partisans d'Antigone. Celui-ci chercha à le soutenir, en leur annonçant que dans l'été même il tiendrait la mer avec une flotte de cinq cents voiles.
Antigone se porta aussi pour allié «les défenseurs du trône de Macédoine, contre les entreprises de Cassandre.
Il le fit proclamer l'ennemi de l'État, s'il ne rendait la liberté à Roxane et au jeune roi son fils qu'il tenait enfermés , et s'il ne reconnaissait Antigone comme régent du royaume. Pour se faire encore de plus nombreux partisans, il se déclara le protecteur de la liberté des villes grecques, renvoya Alexandre, fils de Polysperchon, dans le Péloponèse, et, ayant reçu des galères de l'île de Rhodes, il cerna la ville de Tyr du côté de la mer.
Ptolémée reconnut aussi la liberté des villes grecques, ayant pour but, sans doute, de les désintéresser dans une lutte où leur intervention pouvait efficacement servir le parti qu'elles se décideraient a soutenir.
En attendant, un autre Cassandre, gouverneur de la Carie, s'était déclaré pour Ptolémée, et avait envoyé à Chvpre des troupes commandées par Polyclitus. Celui-ci se réunit d'abord à Séleucus, soutint heureusement plusieurs combats contre les navarques d'Antigone, retourna à Chypre, et se rendit à Péluse en Égypte, où Ptolémée le combla d'honneurs et de présents.
Parmi les prisonniers de marque faits par Polyclitus était Périlaùs, l'un des généraux d'Antigone, qui sollicita sa délivrance et celle de plusieurs autres officiers. Ptolémée les lui rendit, et eut alors , même avec Antigone , une entrevue à Écregma où il ne refusa pas de se rendre, toutefois sans obtenir ce qu'il espérait d'Antigone.
Au commencement de rhiver suivant, Antigone, pour s'opposer à Cassandre de Carie, fut surpris par les neiges en traversant le mont Ta unis.
Dans l'été de l'année julienne 314, Cyrène, réuuie depuis quelque temps au gouvernement de Ptolémée, cherchait à s'y soustraire et à chasser la garnison qui occupait la citadelle. Ptolémée tenta de ramener Cyrène à l'obéissance par des envoyés qu'elle ne respecta pas. Il chargea Agis de la soumettre, et ses vues furent heureusement remplies. L'exemple de Cyrène agitait Chypre, et Pygmalion, son gouverneur, communiquait avec Anti-
L'UNIVERS
gone. Ptolémée s'y rendit en personne , punit exemplairement l'infidèle gouverneur, le remplaça par Nicocréon, détruisit Marium, en transporta les habitants à Paphos, se dirigea ensuite sur les côtes de Syrie, où il débarqua son armée, prit Posidium ainsi que Potamos, et, poussant jusqu'en Cilicie, arriva dons Mallos, ravagea les contrées voisines, et rentra enfin à Chypre. Cette expédition était déjà terminée lorsque Démétrius, qui l'apprit en Syrie, arrivait en Cilicie pour s'^ opposer. C'était trop tard, et Démétrius alla reprendre sa station en Syrie , pendant que Ptolémée rentrait en Égypte.
Dans l'automne de la même année 314, Tyr se rendit aux troupes d'Antigone , après avoir été bloquée par mer pendant quinze mois.
L'hiver suivant, celui de Tan 313, Ptolémée était rentré en Égypte. Séleucus s'y trouvait, et l'excita pour attaquer Démétrius qui l'observait toujours dans ses cantonnements de Syrie.
Cédant à ces insinuations, Ptolémée réunit une armée nombreuse, quitte Alexandrie, se rend à Péluse, et de là se dirige vers Gaza. Instruit de ses desseins, Démétrius rappelle ses troupes de leurs quartiers d'hiver, et leur assigne Gaza pour le lieu du rendezvous.
Contre l'avis des généraux les plus expérimentés, Démétrius engagea la bataille à Galama , en avant de Gaza ; il fut vaincu et alla en toute hâte prendre position sous les murs de la ville avec sa cavalerie; mais le désordre fut tel que le soir même les troupes de Ptolémée entrèrent à Gaza. Démétrius se retira par la Syrie jusqu'à Tripolis; de là, il envoya demander du secours à son père Antigone qui avait passé l'hiver dans la Propontide, et, en attendant, il se renforça de quelques troupes venues de la Cilicie, et des garnisons qu'il rappela de quelques places fortes éloignées.
Ptolémée s'occupa de poursuivre ces
Premiers succès, s'avança dans la yrie , prit Sidon , occupa Tyr, et donna à Séleucus, qui l'avait secondé, un
corps de troupes avec lequel il devait tenter de rentrer dans son gouvernement de Babylone. Il y réussit en peu de temps : la douceur de son administration pendant les quatre années de sa durée était son plus utile auxiliaire. En même temps Ptolémée, étant par venu jusqu'en Célé^Syrie, apprit que Démétrius, de retour de la Cilicie, campait dans la Syrie supérieure. Il chargea le Macédonien Cillés de l'y attaquer; mais Démétrius, profitant de l'imprévoyance de ce général, le surprit lui-même à Myounta et le fit prisonnier avec son armée. Antigone éta t alors en Phrygie; il y apprend ce suce» de Démétrius, traverse de nouveau le mont Taurus , et opère sa jonction ave* son fils.
Ptolémée ne trouva pas prudent de se mesurer avec des forces aussi supérieures, et, de l'avis de ses généraui, il résolnt de retourner en Egypte. Il quitta donc la Syrie, démantela les villes principales qu'il abandonnait, Acès, Joppé, Samarie, Gaza, et, chargé d'un immense butin , il rentra dans son gouvernement : il se prépare à s'y défendre.
Bientôt après, Cassandre, Lysimaque et Ptolémée, firent avec Antigonr une paix qui ne fut pas de longue durée : Cassandre devait commander es Europe, Ptolémée en Égypte et dans les contrées voisines, Lysimaque en Thrace, Antigone à toute l'Asie; mais les prétextes ne manquèrent pas pour rompre le traité. Cassandre plus qu'aucun autre pouvait le désirer, car son pouvoir et son influence devaient bientôt décroître , cesser peut-être entière ment par la prochaine majorité du jeune Alexandre, fils d'Alexandre k Grand et son successeur au trône oV la Macédoine, et déjà ses habitant demandaient hautement que le nouveau roi fût proclamé. Cassandre cou voitait ce trône; il ne pouvait y par venir que par des crimes : il charge* donc Glaucias, jusque-là gardien du jeune Alexandre et de Roxane sa mère, de les égorger secrètement et de faire disparaître leurs dépouilles. Ce forfait rendit pour Cassandre le trône de Ma
ÉGYPTE
édoine d'un plus facile accès, et les utres généraux, Lysimaque, Antione, Séleucus, Ptolémée, libres de oute dépendance, se trouvèrent incstis dès lors de la suprême autorité ans leur gouvernement.
Tel était l'état des choses aux preniers jours de l'été de l'an 31 1 de l'ère ulgaire, treize ans après la mort l'Alexandre.
Son second successeur venait de )érir victime de l'ambition effrénée des *hefs qu'il avait élevés par ses bienaits. Ptolémée ne s'était point détaché le la fidélité qu'il devait au jeune roi Mexandre, et c'était en son nom qu'il ivait exercé en Égypte son autorité >econdaire; les monuments en font foi.
\ Béni-Hassan se trouve l'ancien spéos le Diane, la Bubaste des Égyptiens, ^e temple est cerné par des hypogées où furent déposés les chats sacrés, animal qui fut le symbole de la déesse, et un de ces hypogées, visité par Champollion le jeune, le C novembre 18*28, porte la légende royale de cet Alexandre, fils d'Alexandre le Grand.
Le cartouche prénom est le même que celui de son prédécesseur Philippe Aridée, le roi chéri d'Amon-Ra, approuvé par Phré, le fils du soleil Alexandre (Alksantrs). On trouve toutefois quelques variantes dans son prénom à Élephantine. A Louqsor, un sanctuaire, habilement exécuté en granit, fut construit dans le temple par l'ordre et avec le nom du même roi.
Ce second sanctuaire est emboîté dans le premier élevé par le Pharaon Aménophis; il porte I inscription suivante : « Restauration de l'édifice faite par le roi chéri de Phré , approuvé par Ammon, le fils du soled, seigneur des diadèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Amon-Ra, gardien des régions de Oph (Thèbes). Il a fait construire le sanctuaire en pierres dures et bonnes à la place de celui* qui avait été fait sous la majesté du roi soleil, seigneur de justice, le fils du soleil, Aménophis, seigneur de la région pure. » Et le jeune roi, au visage enfantin , est représenté sur les sculptures do sanctuaire , à l'extérieur comme
à l'intérieur, faisant ses adorations aux triades de Thèbes. Dans un de ces basreliefs, la déesse Thamoun est remplacée par la ville de Thèbes, personnifiée sous la forme d'une femme, avec cette légende :
« Voici ce que dit Thèbes (Oph), la grande tutrice du monde: Nous avons mis en ta puissance toutes les contrées (les nomes); nous t'avons donné Kéme (l'Égypte), terre nourricière.» C'est au jeune roi Alexandre que la déesse adresse ces paroles; Ammon, générateur, dit en même temps au prince :
« Nous accordons que les édifices que tu élèves soient aussi durables que le firmament. »
Tous ces monuments déposent du respect de Ptolémée pour l'autorité des rois qu'il représentait en Égypte; c'est en leur nom, et quoiqu'ils né fussent point présents en Egypte, que tous les monuments publics étaient élevés ou restaurés.
Dans les ruines des deux temples d'Éléphantine, il reste celles d'une porte en granit, dédiée au nom du même prince, aux dieux du lieu, Chnouphis, Saté et Anouké.
Bientôt après la mort du jeune roi, les hostilités entre Antigone et Ptolémée recommencèrent. Le traité conclu entre les quatre généraux avait reconnu l'indépendance des villes grecues, et cependant Antigone mettait es garnisons dans quelques-unes d'elles. Ptolémée le desapprouva et chargea Léonis de faire une invasion en Cilicie. En même temps il engageait Cassandre et Lysimaque à se reunir à lui, afin de s'opposer a l'accroissement de la puissance d'Antigone. Celui-ci envoya son second fils Philippe sur THellespont, et Démétrius à la défense de la Cilicie. Léonis, lieutenant de Ptolémée, fut vaincu; dans le même temps, Ptolémée, à qui Chypre obéissait, informé que Nicoclès, qui régnait à Paphos, avait de secrètes intelligences avec Antigone, chargea Callicrate et Argée de le faire mourir.
Ménélas, qui commandait en Chypre, leur donna des troupes , et le résultat de cette expédition fut la destruction
L'UNIVERS
totale de la race royale de Paphos.
Ptolémée, apprenant bientôt après les revers éprouvés en Cilicie, réunit une flotte et une armée, va débarquer à Phasclis, et, côtoyant la Lycie, s'empare de Xanthe, ensuite de Caune et de sa citadelle, successivement d'Héractée, enfin de l'île de Cos, occupée par un autre Ptolémée, neveu d'Antigone , parenté qui ne le rendit pas plus dévoué, et ne l'empêcha pas de se jeter dans le parti de Ptolémée d'Ésypte.
Celui-ci , partant ensuite de Myndus en Carie, et parcourant l'Archipel avec une flotte considérable, réduisit la garnison d'Andros, et, arrivant dans l'isthme, s'empara de Sicvone et de Corinthe; il prit enfin M égare, où il chercha, par des présents, a s'attacher Stilpon le philosophe, qui préféra se retirer à iEgine. Le but de Ptolémée * dans cette expédition, était de laisser moins d'alliés au parti d'Antigone à mesure qu'il rendrait plus de villes grecques à l'indépendance. Il fut en cela a'accord avec Cassandre, convint avec lui que chacun d'eux garderait les villes qu'il occupait, et il retourna en Egypte.
Peu d'années s'étaient écoulées depuis que Ptolémée avait ramené Cyrène sous son obéissance; Ophella y commandait pour lui depuis la mort de Thimbron. Les dissensions qui divisaient les généraux d'Alexandre, et surtout leur exemple, faisaient naître le désir de l'indépendance dans chaque chef qui gouvernait des provinces isolées. Ophella , commandant de la Cyrénaïque pour Ptolémée, avait aussi conçu le projet de s'élever à une plus haute fortune. Agathocle de Syracuse faisait alors la guerre contre Tes Carthaginois ; il lui envoya quelqu'un , qui , le flattant d'une future domination sur l'Afrique, l'entraîna dans une alliance bien fatale. Arrivé après deux mois de marche et de fatigues inouïes auprès d' Agathocle, Ophella fut traité en ennemi, attaqué et tué dans le combat.
Cyrène, sans défense, rentra facilement sous les ordres de Ptolémée.
La guerre, sans changer de but, avait cliangé de théâtre; l'expédition
de Ptolémée dans l'Archipel y avait attiré toutes les forces des combattants. Démétrius, qui avait poursuit* les généraux de Ptolémée dans la Cilicie, arriva bientôt devant Athènes défendue par Denys, qui commandait à Munychia , et par Démétrius de Pha- 1ère, gouverneur de la ville depuis dh ans. Lies succès du fils d'Antigone rendirent Athènes à la liberté, et Démétrius de Phalére se retira d'abord ï Thèbes de Béotie, ensuite en Égypte.
auprès de Ptolémée (l'an 307).
Démétrius reçut à Athènes , d'Antigone, son père, l'ordre d'attaquer l'île de Chypre et de l'enlever à Ptolemée. Pour l'exécuter, il se rendit d'abord en Carie, et engagea les Rhodiens, mais sans succès, à se déclarer contre Ptolémée. Parvenu ensuite en Cilicie où il trouva des soldats et des vaisseaux, il alla débarquer à Chypre ayant trois mille hommes sous ses ordres, pendant qu'Antigone occupait b Syrie supérieure. Démétrius fut heu reux dans cette entreprise. Ménélas commandant en Chypre pour Ptok mée, essuya plusieurs échecs et se renferma dans Salamis ; Démétrius en entreprit le siège. Ptolémée, qui était en Égypte, ayant appris la lâcheuse position de Ménélas a Chypre, s'em-
Sressa d'arriver à Paphos , sur un point e l'île opposé à Salamis, avec une flotte nombreuse et des forces considérables. Il envoya trois mille fantassins à Ménélas, et, après l'avoir informé de son plan d attaque, il se rendit à Citium , peu distant de Salamis. Bientôt la bataille s'engagea sur mer et sur terre; elle eut pour résultat la défaite totale de Ptolémée, son retour en Égypte, et l'occupation de Vtk entière par Démétrius.
Antigone, en apprenant d'aussi grands succès , ne douta plus du prochain accomplissement de ses vues, et.
ne reconnaissant point de puissance
3ui lui fut supérieure, il prit le titre e roi et le donna aussi à son fils Démétrius. Ptolémée vaincu ne croyait pas y avoir moins de droits qu'Antigone triomphant : il ne voulut pas consacrer en quelque sorte sa défaite, en
laissant son rival prendre seul un titre qu'il n'ambitionnait pas moins que lui , et il se le donna comme lui. Séleucus, Lysimaque et Cassandre n'hésitèrent pas à 1 imiter; mais, tant qu'il restait un héritier d'Alexandre, ils s'abstinrent tous de revêtir les ornements et les insignes du pouvoir royal.
Dans l'année suivante (Van 30G avant l'ère vulgaire), Antigone, qui résolut enfin d'attaquer l'É^ypte, rap; pela auprès de lui Démétrius alors à Chypre, et lui assigna pour rendezvous la ville d'Antigonia, qu'il avait fondée dans la Svrie supérieure sur I Oronte. Il prend le commandement île l'armée de terre , et donne celui de la Hotte à Démétrius : sous leurs ordres se trouvaient réunis quatre-vingt mille fantassins, huit mille hommes de cavalerie, quatre-vingt-trois éléphants, cent cinquante galères avec cent vaisseaux de transport. Il se dirige par la Célé-Syrie, après avoir ordonné à la flotte dfe côtoyer le rivaçe et de régler sa marche sur celle ae l'armée. Néanmoins, les navarques ayant dit qu'il fallait avoir égard au coucher des Pléiades , gui devait avoir iieu huit jours après, il blâma hautement leur prévoyance qu'il taxait de timidité, et porta son camp à Gaza, voulant y prévenir l'arrivée des forces de Ptolémée.
Les troupes de terre, munies de provisions pour dix jours , s'avancèrent par le désert. La flotte sortie de Gaza tint heureusement la mer pendant quelque temps, mais l'influence des Pléiades se ût bientôt sentir; les vents du nord se levèrent, et un certain nombre des plus grandes galères fut jeté sur la côte de Raphia. Les vaisseaux de transport furent submergés ou contraints ae rentrer h Gaza ; les mieux gouvernés parvinrent jusqu'à Casium, non loin du Nil, mais d'un difficile accès. Antigone arriva bientôt avec l'armée, opéra sa jonction avec la flotte , et campa à deux stades du Nil , c'est-à-dire , de la branche de Péluse.
Ptolémée avait fortifié les places principales de PÉgypte inférieure. Il fit répandre parmi les soldats d'Antigone