‹ Égypte ancienneChapitre 48 sur 53 · JI · texte numérisé non relu

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conservée , dit-on , dans les écrits de Phlégon , son affranchi.

Hadrien écrivait au consul Servi anus : « J'ai bien étudié, mon cher Servianus , cette Egypte que vous me vantiez , et je Pai trouvée légère , inconstante , empressée de toute espèce de bruit. Ceux qui adorent Sérapis sont chrétiens; ceux qui se disent les évéques de Christ sont aussi des dévots a Sérapis; il n'y a pas de chef de synagogue juive , de prêtre des chrétiens, de devins, d'aruspices, de baigneur qui n'adore Sérapis. On croit mène que lorsque le patriarche vient en Egypte il adore Sérapis; d'autres disent le Christ. C'est ici une race d'hommes très-portée à la sédition , à la vanterie , à l'injure ; la ville (Alexandrie) est opulente, riche, productive, et personne n'y est oisif. Il y a beaucoup de tisseurs de lin ; tous prennent et exercent une profession. Les goutteux , les aveugles y sont occupés ; les estropiés même n'y restent pas oisifs.

Ils ont tous le même dieu , et les chrétiens , et les juifs , et toutes les autres peuplades. Plût à Dieu que la ville en fût mieux policée ! digne toutefois , et par son ensemble et par son étendue, d'être la capitale de toute PÉgypte.

Je ne lui ai rien refusé , Je lui ai rendu ses anciens privilèges , j'en aj ajouté de nouveaux pour leur faire bénir le temps présent. Mais à peine en suis-jc sorti qu'il n'est sorte de propos qu'on n'ait tenus sur mon fils Vérus; et vous devinerez facilement ce qu'on a pu dire d'Antinous. Tout ce que je leur souhaite , c'est de se repaître de Jcurs poulets qu'ils fécondent d'une manière que j'aurais honte d'indiquer ici. Je vous ai envoyé des vases de couleurs diverses que m'a offerts le prêtre du temple, et que je destine expressément à vous et à ma sœur; je désire que vous vous en serviez avec vos convives aux jours de fêtes. Prenez #irde cependant que notre Afiïcanus n'en use trop à son aise. »

Hadrien parcourut toute PÉgypte ; il alla voir et écouter la statue parlante de Mcmnon ; l'impératrice Sabine la visita aussi; et deux inscriptions

gravées sur cette statue certifient que I empereur et l'impératrice entendirent la voix harmonieuse du fils de P Ayrore.

Le règne des Antonins fut tempéré pour PÉgypte comme pour le reste de l'empire. Néanmoins l'esprit turbulent à l'excès des Alexandrins rendit pres-

3ue perpétuelles les séditions et les ésordres ; ils assassinèrent le préfet . et Antonin se rendit en Éçyptc à la tête d'une armée qui entra victorieuse dans Alexandrie. Durant ce règne , la construction ou l'agrandissement des édifices religieux ne se ralentit pas.

On voit encore parmi les sculptures de la porte d'enceinte de Médinct-Habou , a Thèbes , la figure en pied de l'empereur Antonin, représenté en adoration devant la triade de Thèbes à droite, et devant la triade d'IIennon thus à gauche , et la légende hiéroglyphique le désigne par ces mots : l empereur Cœsar, Titus, i£liiis,Hadrianus, Antoninus pius. Ce mur d'enceinte et les propylées de Médinet-Habou sont en effet l'ouvrage d'Antonin. Son nom est très-fréquent sur les monuments de PÉgypte; on le retrouve à Dendérah , Esnèn, Philae, et à l'Oasis del Khardjeh. Plusieurs inscriptions grecques d Egypte datent du règne de ce prince. L'une d'elles annonce que le secoê et le pronaos du temple de Kasz-Zayan , dans la grande Oasis , ont clé construits dans la 3e année de son règne.

Les noms des empereurs Marc- A urèle et Lucius- Vérus se lisent aussi sur quelques édifices égyptiens, no tamment sur la corniche du petit temple de Philae. Sous leur règne, des nandes armées troublaient la tranquil lité de PÉgypte ; un homme intrépide , nommé Isidore , secondé par un prêtre égyptien, les conduisait, et elles ré pandaient partout le désordre et la (Jésolalion. Elles attaquèrent même Alexandrie à force ouverte; mais Avidius Cassius réussit à les vaincre cl a les exterminer. Fier de ses victoires , et la fin de Mare - Auiclc approchant , excité même, dit-on , par l'impératrice Faustine, Avidius se lit proclamer empereur; mais il fut bientôt après misa mort . ainsi que son fils Métianus, gou-

L'UNIVERS

verneur d'Alexandrie. La magnanimité de Marc-Aurèle ne put les sauver ; mais l'empereur pardonna à leurs partisans, et il fit brûler tous les actes de l'autorité de ce rebelle , sa correspondance même , sans la lire. Arrivé à Alexandrie, Marc-Aurèle se concilia le respect de tous par sa clémence et par sa sagesse. Néanmoins l'état de l'Egypte sous les Antonins ne fut pas un état de paix et de bonheur. Les douceurs de leurs règnes lui furent presque inconnues; I Égypte s'en priva par sa propre turbulence. Le règne de Commoae ne pouvait lui promettre plus de bonheur; le nom de cet empereur se retrouve cependant sur un petit temple à Contra-La to , ainsi que sur la partie postérieure du pronaos d'Esnèh. Dans ces mêmes circonstances , les chrétiens se multipliaient, et ils obtenaient quelque tolérance pour leur culte, quand d'ailleurs l'antique religion égyptienne était encore la religion de l'Etat , la seule protégée , Isis et Osiris conservant leurs divines attributions dans l'Égypte habitée par les Grecs , les Romains , les juifs , et les peuplades venues de toutes les parties de l'Orient.

On ne sait rien des premiers successeurs de Commode qui puisse intéresser l'histoire de l'Égypte. On frappa à Alexandrie des monnaies à l'eftigie de Pertinax et de Tatiana sa femme; mais on n'en connaît point des chefs éphémères qui vinrent après lui , jusqu'à Septime-Sévère.

Cet empereur, vainqueur de ses rivaux , resta maître de l'empire ; Pescennius Niger tenait cependant encore en Orient, et l'Égypte s'était déclarée pour lui. Alexandrie avait fait écrire sur ses portes : Niger est le maître de cette ville. Septime-Sévère marcha en personne pour la soumettre, et le peuple d'Alexandrie alla au-devant de lui, et décriant : Niger est le maître de cette ville, mais tu es le maître de Niger. L'empereur se contenta de ce subterfuge; et, par une innovation remarquable et contraire aux principes établis par Auguste , il donna un sénateur pour préfet à l'Égypte, et à Alexandrie un sénat particulier. En

même temps ( l'an 202) , les chrétiens furent persécutés en vertu d'un édit du même souverain. Le père et des disciples d'Origène y trouvèrent la mort ; Origène , comme chef de l'école d'Alexandrie, entama ses démêlés avec Démétrius qui en était le patriarche:

l'empire et l'Égypte en ressentirent les cruels effets; et Aëtus et Aquila sV succédèrent comme préfets.

Les deux fils de Septime-Sévère parvinrent à l'empire ; mais Geta fut immolé par son propre frère Caracalla:

on trouve cependant à Esnèh , paroi les sculptures du pronaos, les noms de ces deux souverains. Caracalla lit

f proscrire le nom de son frère dans tout 'empire, et il ordonna que ce nom fût effacé des monuments publics; cet ordre s'exécuta en Égypte même : sur le pronaos d'Ksnèh le nom de Gétaest martelé, mais il y est encore lisible ao moyen des traces évidentes des signes primitivement sculptés. Cest, on dort le remarquer, le dernier empereurdont le nom subsiste dans les inscriptions hiéroglyphiques. On en trouve encore la trace sur une inscription grecque relative à l'ouverture de nouvelles carrières de granit près de Philae.

Du reste , le préfet d'Égypte n'avait garde de désobéir aux édits de l'empereur ; il connaissait la fougue cruelle de son caractère. Caracalla se rendit en Égypte , averti des épigramroesi}»

les Alexandrins débitaient contre lu: et, à peine entré dans Alexandrie," livra la ville entière à la brutalité <ie ses soldats ; un grand nombre de citoyens sont égorgés dans un massacre qui dura une nuit et un jour (l'an 216 Sous les règnes d'hommes tels <jk Macrin et Hélogabale, l'empire i* pouvait jouir d'aucune paix , aaucuw félicité. Les fureurs intestines redoublèrent d'ardeur. Le règne d' Alexandre-Sévère en suspendit temporairement les effets ; aussi trou ve-t-on son nom dans une inscription grecqued'Antinoé , qui nous annonce que le seiut de cette ville, dont l'administration était toute grecque , a élevé une co Ion ne en l'honneur de ce sage empereur, qu'elle qualifie de pieux, heu

EGYPTE

reux j auguste , et à Julia Mamméa- Augusta , mère de l'empereur et des invincibles armées. Les lettres et la philosophie furent florissantes en Egypte durant ce règne.

Durant les règnes suivants, tous éphémères , il n'y eut de durable que les malheurs publics; ils naissaient quelquefois de la persévérance des Egyptiens dans leurs anciennes croyances, et des efforts que faisaient les croyances nouvelles pour parvenir à la domination. Un prophète égyptien excita ses partisans contre les chrétiens; et les maisons des chrétiens , déjà en grand nombre, furent pillées: la ville d* Alexandrie en fut profondément troublée. De nouveaux désordres éclatèrent sous le règne de Décius (Tannée 250) ; les chrétiens furent de nouveau persécutés ; ils se réfugièrent dans les déserts de la Thébaïde, et donnèrent ainsi les premiers exemples de la vie solitaire et monastique. Saint Denis , évéque d'Alexandrie, a raconté luimême des événements semblables, et il en désigne pour auteur un archisynagogue, un magicien ou chef de magiciens ; ce qui ferait supposer l'association des Juifs et des Égyptiens contre les disciples du Christ, et nous montrerait l'autorité romaine favorisant ces divisions qui la rendaient plus puissante.

En attendant, quelques formes de gouvernement étaient changées en Egypte au gré des volontés du chef de l'État; il y eut un commandant en chef et ensuite un comte d'Éçypte , le préfet subsistant toujours; mais ces créations nouvelles devaient, par la suite, porter à son autorité des atteintes qu'il est difficile d'apprécier aujourd'hui. Durant les mêmes temps, la fureur religieuse des dévots à Isis et à Osiris ne se ralentissait pas ; on en a recueilli la preuve dans les inscriptions encore subsistantes , datées du règne des Gordien et des Philippe, et qui rappellent les actes d'adoration aux antiques divinités du pays, accomplis par des familles égyptiennes dans les temples de l'Egypte et dans ceux de la Nubie égyptienne. Ce sentiment religieux n'était

chez les Egyptiens qu'une des nombreuses preuves de leur opposition à la conquête romaine, et, faute de mieux , ils secondaient toutes les usurpations sur l'autorité impériale. Ils s'associèrent à Émilius et à Macrin; de profonds désordres, la guerre, la famine et des maladies contagieuses , en furent la conséquence; et, selon des recensements qui pourraient être authentiques, le nombre des individus de l'âge de quatorze ans à quatre-vingts ans, dans la population réduite par ces fléaux , ne dépassait pas le nombre des individus de quarante à soixante et dix , constaté dans l'ancienne population. La succession des petits tyrans à l'autorité souveraine en Égypte ou sur l'empire même ajoutait à la violence de ces calamités. En l'année 269, la reine Zénobie , favorisée par l'empereur Gai lien, s'essaya à de plus hautes destinées; elle entreprit la conquête de l'Egypte, secondée par les immenses richesses accumulées par elle et par ses sujets à Palmyre, devenue l'un des entrepôts du commerce de l'Orient. L'Égypte, impatiente du joug romain, ne voulait pas se prêter a être asservie par une nouvelle invasion, et tenta de résister à Zénobie. La reine vainquit l'armée égyptienne, s'empara d'Alexandrie, en fut bientôt après chassée, et y rentra de nouveau avec le secours d'une nouvelle armée amenée de Palmyre. Mais la reine, vaincue enfin par Aurélien dans sa propre capitale, servit à l'ornement du triomphe de l'empereur (l'année 272). Bientôt après, un commerçant d'Alexandrie se déclara le chef de l'ȧypte, se vantant de pouvoir entretenir une armée avec les seuls bénéifices de sa fabrique de papyrus. Son influence s'étendit sur toute l'Égypte; les Blemmyes et les Arabes étaient étroitement liés avec lui par les relations de commerce. Firmus prit donc la pourpre, le titre d'Auguste, et frappa des monnaies à son effigie : les Alexandrins le secondèrent ; il les insurgeait au nom et par l'espoir de la liberté; mais il se défendit en vau» dans trois batailles, H fut vaincu, pris et mis à mort : l'Égypte rentra de nou-

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veau sous les ordres de l'empereur.

Aurélius Probus y commanda en son nom , et il tâcha de réparer les effets des dernières catastrophes, en rétablissant les édifices publics, et assurant la navigation du Nil par des travaux exécutés par l'armée. Mais la haute Égypte n'était pas encore pacifiée quand Aurélien, et Tacite son successeur, furent assassinés. Aurélius Probus prit la couronne impériale, réduisit la haute Égypte à I obéissance, punit exemplairement les villes deCoptos et de Ptolémaïs , et donna le commandement de l'Orient à l'un de ses généraux, Sextus Julius Saturninus, originaire de la Gaule. Aussitôt que Probus eut quitté l'Egypte, Saturninus se proclama ou fut proclamé empereur par le peuple d'Alexandrie; mais il périt bientôt après, laissant l'Égypte tout entière soumise à l'autorité de l'empereur.

Néanmoins Saturninus eut un successeur dans Achillée, préfet de l'Égypte.

Dioclétien et Maximien étaient parvenus au trône, et l'Égypte, avec le reste de l'Orient , était échue au premier de ces deux empereurs associés au trône. Dioclétien entreprit de réduire l'Egypte, plaça le siège devant Alexandrie, coupa les canaux du Nil qui approvisionnaient cette ville immense, et s'en rendit maître après une tranchée ouverte pendant huit mois. Rien n'égala jamais la cruauté du vainqueur : la ville fut soumise au fer et au feu, ses habitants furent livrés à la fureur de la soldatesque , toutes les propriétés au pillage et à la destruction.

Un auteur chrétien raconte que Dioclétien avait donné l'ordre à ses soldats de ne faire cesser le carnage que lorsque son cheval aurait du sang jusqu'au* genoux. Heureusement, ajoute rhistorien, le cheval s'abattit, ses genoux furent teints de sang et le carnage cessa. C'est du règne de Dioclétien que date Père de son nom qui fut établie en Égypte, et qu'on appelle aussi l'ère des martyrs : elle commença le 13 juin de l'an 284 de l'ère chrétienne.

La victoire de Dioclétien sur Achillée fut comme une seconde conquête de ■'Égypte par l'aigle romaine. Revenu à

des sentiments plus humains, quand son autorité fut partout reconnue, Dioclétien s'occupa du rétablissement de l'ordre et des lois en Égypte. Il fit un traité avec les Blemmyes, et leur céda une grande étendue de territoire au midi de Syène et de la première cataracte; il leur promit une solde à la condition .qu'ils défendraient la frontière de l'Égypte. Mais les persécutions contre les chrétiens recommencèrent, quoique une certaine communauté d'iniortune eut ralenti les haines mutuelles que nourrissaient les chrétiens et les sectateurs des croyances opposées , rapprochés, pour ainsi dire, par leur opposition commune à l'autorité romaine : on vit des dévots égyptiens sauver les dévots chrétiens qui se confiaient à leur foi. Cependant les divisions par les croyances religieuses s'envenimaient par les discussions et les écrits des hommes instruits des deux opinions; les supplices infligés au nom de l'autorité impériale n'arrêtèrent pas les progrès du christianisme. Sur ces mêmes entrefaites, et quand de nouvelles carrières de granit furent ouvertes à Syène, on en tira une colonne de très-grandes proportions qu'on érigea à Alexandrie en l'honneur de Dioclétien, comme le prouve l'inscription grecque tracée sur le piédestal de cette colonne : c'est celle qu'on appelle vulgairement colonne de Pompée (pl. 84).

Toutefois, le nouveau partage de l'empire fait par Dioclétien affaiblit de plus en plus l'autorité souveraine ; des cnets indépendants se montraient partout; les guerres intestines, les guerres étrangères s'ajoutaient à toutes les autres calamités, et les empereurs passaient aussi sur le trône comme une autre sorte de calamité ajoutée à tant d'autres. Ainsi s'écoulèrent les années depuis Dioclétien jusqu'à Constantin Celui-ci transporta le siège de l'empire à Byzance, qu'il nomma Constautînople; il modifia sensiblement le gouvernement de l'Égypte, comme il avait modifié par ce grand acte de politique le gouvernement de Rome et de l'empire. Les usages et le climat de l'Orient eurent la plus grande influence

sur ces changements. Le préfet du prétoire de l'Orient avait l'Égypte dans ses attributions, mais ce préfet n'avait plus le commandement des troupes : ce commandement appartenait à une des personnes placées auprès de l'empereur. L'Égypte était une des provinces frontières; un comte était chargé de l'autorité sur ces frontières; les contributions qu'on levait étaient partagées entre le trésor public et le fisc ou trésor du prince; le préfet augustal n'avait presque plus à s'occuper que des travaux du Nil et du transport des blés à Constantinople. Les présidents des provinces contrariaient plutôtqu'ils ue secondaient son autorité : le président de la Thébaïde fut bientôt l'égal du préfet. On poussa l'esprit d'innovation jusqu'à changer le nom des principales contrée; l'Heptanomide fut appelée ^Arcadle, d'Arcadius, fils de Théodose, et la partie orientale de la basse Égypte reçut le nom tfAugustamnique; on multiplia ensuite le nombre des provinces afin de les gouverner plus facilement; mais on ne fit que multiplier les moyens d'exaction, et par là les motifs de mécontentement général.

Les scissions éclataient en même temps dans l'Église chrétienne, et Arius, qui ne fut point élu à l'évéché d'Alexandrie, fonda une doctrine qui, sous le nom d'Arianismc, troubla longtemps la paix de l'Église; et, quand un concile fut assemblé à Nicée (l'an 325) pour examiner cette doctrine, près de cent évêques de l'Égypte ou de la Libye s'y trouvèrent réunis; mais l'état de confusion dans les affaires de l'Égypte ne cessa pas pour cela, et quoique la conversion de Constantin eût donné plus d'influence au christianisme. Les distributions publiques du blé étaient presque devenues dépendantes de l'autorité des évêques , et elles les assimilaient en quelque sorte aux préfets civils; mais les évêques n'échappaient point à la peine d un tel privilège, l'envie et l'injustice les accusaient, et quelque partialité de leur part envers leurs fidèles put exciter aussi de justes plaintes. Saint Athanasc fut accusé,

et réduit à se justifier devant un concile qui le releva de ces accusations (l'année 840). Mais le temps vint où ces dissensions dogmatiques dégénérèrent en anarchie, le peuple et l'armée ayant été admis et même appelés à y prendre part. Aussi l'éplscopat de Grégoire le Cappadocien fut-U une suite de calamités pour l'Égypte . Grégoire poursuivit pendant cinq années entières les partisans de saint Athanase. Les doctrines de ce prélat furent condamnées par le concile de Milan (en l'année 351), et l'empereur Constance sévit contre les condamnés. L'Égypte devint bientôt après la proie de tous les délégués de l'empereur, et les chrétiens , après avoir échappé aux fureurs des païens, succombaient sous les coups de leurs propres frères : on s'égorgeait déjà pour de subtiles doctrines.

Un nouvel évéque fut envoyé par l'empereur; cet évéuue se nommait George, et telle fut l'autorité dont il était investi , qu'il réussit à faire établir une taxe sur chaque maison d'Alexandrie, parce que la ville, rebâtie par Hadrien aux dépens du fisc, appartenait, disait- il, aux Césars. Cet évécjue se livra en même temps à de lucratives spéculations sur le salpêtre (le natron vraisemblablement) et sur les manufactures de papyrus. Les opprimés n'avaient pour consolation que la faculté de consulter l'oracle d'Abydos sur la durée probable de la vie de l'empereur; les plus curieux furent exilés et condamnés à mort.

Le règne de Julien fut plus favorable

fK>ur les Égyptiens demeurés fidèles à 'ancien culte maternel, et le préfet d'Égypte annonça comme une heureuse nouvelle, à l'empereur, qu'on venait, après de longues recherches , de découvrir un nouveau bœuf Apis. La religion égyptienne était ouvertement favorisée par Julien , et le christianisme en ressentit une réaction qui lui fut funeste. Julien témoignait de la dévotion pour Sérapis, et c'est par ce duu qu'il jura, en écrivant au préfet Lcdice, que si Athanasc, qui était rentré à Alexandrie, n'en sortait pas sans délai , les troupes aux ordres du préfet

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payeraient une amende de cent livres

Durant les règnes suivants, toutes les affaires de l'Egypte ont la couleur que devait leur donner la suite des dissensions religieuses qui agitaient cette contrée depuis tant de cruelles années , et qui se compliquaient par les faveurs que les empereurs, qui se succédaient rapidement sur le trône, accordaient tantôt aux Ariens , tantôt aux catholiques; les païens même eurent leur tour avec leur Sérapis, la seule des antiques divinités dont ils paraissent conserver encore le souvenir, le nom et le culte. Du reste, les patriarches chrétiens n'épargnaient pas les païens , et si un préfet persécutait les moines et les solitaires de la Thébaïde,. un évéque chassait les prêtres de leur temple de Sérapis et taisait démolir le temple de Canope.

Le règne de Théodose (379 à 395) apporta quelques adoucissements à tant de maux divers; cependant le nouvel empereur ordonnait de faire fermer les temples des dieux égyptiens , et l'Égvpte demandait un roi pour elle seule; l'empereur lui envoyait des lois sévères pour maintenir les habitants dans le devoir, en même temps qu'une certaine tolérance , commandée par la nécessité , laissait quelque relâche aux prêtres d'Osiris et de Sérapis. Un nouvel évé-

3ue, Théophile, patriarche iTAlexanrie, dominé d'un zèle ardent, mais peu éclairé, s'alarma de cette tolérance; il obtint un nouvel édit de l'empereur, qui ordonna la destruction des temples égyptiens, et l'exécution en fut confiée à Théophile seul , le préfet et le comte étant, à cet effet, mis sous ses ordres. L'autorité de Théophile se* conda son zèle fanatique; les autres évéques d'Égypte se livrèrent à la même opération dans leurs ressorts, et, du même coup, l'ancienne religion de l'Égypte était plus persécutée, et les évéques chrétiens obtenaient plus d'influence et d'autorité. Déjà, depuis Constantin, la police des mœurs leur avait été confiée; il fut ordonné aux magistrats de faire exécuter leurs sentences. En l'année 408, l'empereur

voulut et prescrivit que la sentence de Tevêque, en matière temporelle, fôt exécutée sans appel, comme l'étaient les sentences du préfet du prétoire. Les débris des temples égyptiens servaient à l'édification des édifices chrétiens:

quelquefois de simples badigeonnages suffisaient à cette métamorphose, et il existe encore des chapelles d'Ammoo ou d'Osiris qui sont devenues des chapelles de la foi chrétienne , et ont été consacrées à saint George ou à d'autres saints, au moven d'une couche dp chaux passée sur les anciennes sculptures égyptiennes , et de la ûgure du saint misérablement peinte sur le replâtrage. Toutes les institutions de l'Egypte prirent ainsi les couleurs du christianisme; le nilomètre d'Alexandrie fut établi dans une église; les édifices de Canope servirent au monastère, qui conserva l'antique droit d'asile que les Égyptiens y avaient institué , et les moines de Syrie et d'Égypte parcoururent les villes, dont jusqu'ici rentrée leur avait été interdite. On rapporte à la même époque la cessation de l'usage des anciennes écritures égyptiennes:

elles ne furent plus pratiquées que par les Égyptiens encore fidèles à 1 ancien culte, et dont la race s'éteignit pour toujours au septième siècle de l'ère chrétienne, ne laissant pour héritiers de leur science que des affiliés dans desociétés secrètes, peu fidèles eux-mêmes aux anciennes doctrines.

Des désordres du Bas-Empire, qui affligèrent toutes les possessions impériales en Orient et en Occident, l'Egypte en eut sa bonne part. Ce qu:

domine tous les faits de cette époque de transmutations politiques et religieuses , c'est le christianisme s'élevant dominateur sur toutes les anciennes croyances, s' insinuant peu à peu dans l'action de l'autorité civile, s'en emparant successivement, se substituant à elle, et la faisant agir enfin avec toute l'ardeur que donne la conviction de travailler pour la félicité publique. Mais ce qui n'est pas moins digne de remarque, c'est la persévérance des dévots égyptiens dans leur culte malgré les persécutions, l'exil et la mort: H

ÉCYPTE.

est juste de, dire aussi que l'autorité publique se montra temporisante, et attendit du temps ce que le temps seul pouvait réaliser.

Après le partage de l'empire entre Arcadius et Honorius, lils de Théodose, les désordres ne cessèrent pas, parce que la tyrannie du fisc entraînait avec ses déprédations toutes les autres tyrannies; on avait beau faire de bonnes lois pour la police de PÉgypte, l'administration des canaux du Nil; il fallait d'abord que la population fût heureuse et par conséquent paisible, et elle ne pouvait être m l'un ni l'autre , livrée comme elle l'était aux exactions de toute nature : une loi ordonnait de brûler vif quiconque serait convaincu d'avoir percé une des digues du Nil; mais, en même temps, l'empereur dépouillait les habitants de leurs terres pour se faire des domaines impériaux.

Aux premières années du cinquième siècle , de grands esprits ravivaient par leurs écrits l'ardeur des controverses religieuses. Alors luttaient entre eux Théophile, saint Jean Chrysostôme, saint Épiphaue, saint Jérôme , au sujet des écrits d'Origène. Les théologiens de Constantinople se battaient contre ceux d'Alexandrie; on en venait aux mains; des morts restaient sur le champ de bataille; d'immenses richesses étaient dépensées dans ces déplorables contestations.

Le pouvoir des évêques s'accroissait néanmoins, et les empereurs y contribuaient par leur condescendance pour ces officiers ecclésiastiques. Les corporations qui se formaient sous leur protection étaient de puissants auxiliaires de leurs entreprises , et contrebalançaient l'autorité du préfet et des troupes à ses ordres. La jalousie éclatait en proportion de ces avantages parmi les autres nations ou les autres croyances établies en Egypte : le sang coulait dans Alexandrie, par suite de combats et de guet-apens entre les chrétiens et les juifs , à cause d'un danseur du théâtre. Saint Cyrille chassa les juifs de la ville, secondé par les moines du désert, qui étaient accourus comme troupes auxiliaires, et qui,

rencontrant le préfet de l'empereur, l'accablèrent de pierres et l'obligèrent à prendre la fuite ainsi que les hommes de sa suite, la plupart couverts de blessures et de sang. Mais le peuple vola au secours du préfet; le meneur de la sédition fut arrêté et condamné; il expira sous les verges des licteurs , mais saint Cyrille prononça publiquement son éloge et l'honora du titre de martyr.

Alors brillait de tout l'éclat d'une rare beauté et d'un grand talent Hypa thia, fille du mathématicien Theon, qui enseigna publiquement Aristote et Platon aux écoles d'Athènes et d'Alexandrie , et sa vertu ne le cédait pas à sa science. Les afïidés de saint Cyrille, les troupes auxiliaires fournies par les corporations religieuses , s'at troupèrent un jour auprès du char d'Hypathia, l'en arrachèrent de force, la mirent en pièces et jetèrent ses lambeaux dans les flammes. Les parabolanSy séïdes de saint Cyrille, furent les auteurs de cet horrible assassinat, conduits par Pierre, lecteur de l'Église d'Alexandrie, et ce meurtre ne fut pas vengé : les lois et l'empereur restèrent muets; seulement, il fut défendu aux clercs de prendre part aux affaires publiques ; le nombre des parabolans fut limité à cinq cents, et le préfet fut revêtu du droit de les nommer; concessions de pure circonstance! Deux années après, la nomination de ces clercs-soldats, capables de toutes les violences et de tous les excès, fut rendue aux évêques (l'an 418).

Pour les temps postérieurs à l'épiscopat de Cyrille, le tableau de l'état de l'Egypte n est pas moins affligeant; la vénalité était l'âme des conseils de l'empereur, le brigandage était légalement organisé dans les provinces; les querelles religieuses ajoutaient leur venin et leurs douleurs à tant d'autres plaies publiques; Nestorius attaquait saint Cyrille et se faisait condamner au concile d'Éphèse (431); l'Église d'Alexandrie s*endettait de quinze cents livres d'or pour acheter ce jugement.

Avec le successeur de saint Cyrille, la chrétienté devenait sectaire d'Eutichès

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en Egypte , et était destinée à se maintenir telle jusqu'à nos jours; le concile d'Éphèse, par sa turbulence, recevait le titre de brigandage d'Éphèse; Diodore, patriarche d'Alexandrie, défendait publiquement le ravisseur de la femme d'un honorable sénateur; l'empereur Marcien déposait le patriarche ; et, pendant que ces affreux désordres ruinaient les affaires publiques a l'intérieur, les Sarrasins se jetaient sur la Syrie , et les Blemmyes faisaient avec succès de nouvelles incursions armées dans la haute Egypte : l'ennemi extérieur venait ajouter par ses conquêtes à cet ensemble de germes de désordre et de destruction. Les Blemmyes furent repoussés, mais ils demeurèrent toujours menaçants et prêts à toute entreprise contre l'Egypte.

La rapide succession des empereurs sur le trône de Constantinople, et les variations plus rapides encore qui en résultaient dans les principes de l'administration publique à l'égard del'em-

f)ire d'Orient en général; d'autre part, es inextinguibles querelles sans cesse renaissantes à Alexandrie entre les partisans et les antagonistes des doctrines d'Eutychès, querelles soutenues à main armée, révélaient assez haut le malheureux état de l'Egypte durant la seconde moitié du cinquième siècle.

Les empereurs s'efforçaient en vain de ramener tous les Orientaux à la même croyance; leurs décrets d'union ne fai* saient que rendre plus profondes les divisions et les haines; nulle part on ne reconnut l'empereur pour l'arbitre et le juge de la foi : le nombre des sectes différentes de l'hérésie des Acéphales eutychéens ne s'élevait pas à moins de dix. Que dire ensuite des six prélats qualifiés d'hérétiques qui occupèrent le siège d'Alexandrie depuis le règne de Zénon, et de l'édit par lequel cet empereur avait porté à cinq cents les cinquante livres d'or que l'Egypte avait payées jusque-là annuellement?

Son successeur Anastase perfectionna la levée des impôts, c'est-à-dire les rendit plus productifs pour le fisc , plus accablants pour le peuple. Des calamités nouvelles fondirent à la fois

IVERS.

sur la malheureuse Egypte : les Naziques ravageaient la Libye et une partit du territoire égyptien; une nuée de traitants insatiables, à la tête desquek étaient les parents de Marin, défer de l'empereur, exploita le pays; uw affreuse sécheresse se déclara; les sauterelles, plus affreuses encore, ravagèrent la Palestine, et l'Égyptefa chargée de payer les impôts que le fisc ne pouvait pas lever dans la Palestine enfin une famine et une peste surrarent et durèrent jusqu'à la fin de ce règne : et des séditions religieuses »

ajoutèrent leur cruel concours.

L'avénement de Justin ne rafotf pas les effets de tant de maux; il ouvrit la voie à de nouvelles réactions; Justin, catholique déclaré, protêt ouvertement les antagonistes dittychès; les émeutes et le meurtre en furent toujours la suite, et cette aniw des disputes, trait caractéristiqoe de?

Alexandrins, ne permet pas-detor refuser cette vivacité d'esprit qui est trop justifiée par leurs propres mineurs, et par cette particularité d us édit de l'empereur Justin , qui, banni* sant les comédiens et les danseurs i toutes les villes d'Orient, en excepti la ville d'Alexandrie; et cepeodaot c'était au théâtre que prenaient naissance les disputes et les révoltes.

En nommant les empereurs sm seurs de Justin, et en rappelait plupart de leurs actions, on sera trop souvent autorisé à les conààem comme ayant oublié leur autorité souveraine pour descendre au roleabjeei de chefs de sectes religieuses.

Durant le règne de Justinien, le entreprises des Perses dans le voisinage de l' Egypte, et les alliances* Tempe reurd'Ôrient avec le roi d'Ethiopie dans l'intention d'attirer à Aleun drie le commerce de la soie ; le Aw de Narsès pour s'opposer en aux incursions des Sarrasins et des Blemmyes, font quelque diversion3 la destruction du temple d'Jsis à Phi par ordre du même empereur, aoi violences exercées par son ordre cont* les prêtres de la déesse , à l'enlèyemfl 1 de sa statue envoyée à Constantînop>f.

ÉGYPTK.

à la sévérité du «se forçant à s'exiler les citoyens qui ne pouvaient satisfaire à des taxes exorbitantes , à la suppression de l'école de droit existante à Alexandrie, à l'incendie de la ville, ordonnée par Narsès, parce que les corps de métiers , les nobles et le peuple refusaient de reconnaître pour évéque Théodose protégé par Tiiéodora . d'abord comédienne, et alors impératrice et chef de secte. Cette protection ne défendit cependant pasThéodose ; il fut chassé , remplacé par Zoïle, qui fut chassé à son tour, qui proposa de payer quatorze cents marcs d'or sa réintégration , et qui eut pour successeur Apollinaire, l'un des généraux de Justinien , évêuue guerrier, qui entra * Alexandrie dans un appareil tout militaire; et, ôtant tout a coup son habit de chef des troupes , se montra aussitôt revêtu de la robe de patriarche. Hué , assailli par la multitude , il la fit châtier par ses soldats, et se vengea par la mort d'un grand nombre de chrétiens égorgés par ses satellites.

Justin II (Fan 5C5), parvenu au trône , envoya son propre neveu comme préfet en Égypte ; il le fit bientôt après mettre à mort, soupçonné de conspiration.

Sous Tibère Constantin, la secte des Jacobites s'établit définitivement , destinée à survivre à toutes les autres, et à constituer l'Église réelle des chrétiens d'Egypte , qui subsiste encore de nos jours.

Son successeur Maurice rétablit sur le trône le roi de Perse qui devait , peu d'années après , s'emparer de l'Egypte.

Porté sur le trône par le sûmes de ses crimes , Phocas rend un édit qui exclut les Égyptiens des honneurs et des charges de l'État. Une sédition en fut la conséquence; mais l'empereur fit baptiser par force tous les juifs d'Alexandrie.

Héraclius lui succéda sans rien diminuer de sa rigueur contre les juifs; la secte jacobite était animée de l'esprit égyptien , éminemment opposé à l'autorité romaine, et il servait de lien à toutes les résistances. Le Jacobite fut regardé comme le véritable

citoyen égyptien ; et cette qualification était comme un mot de ralliement contre toute autorité étrangère. Ces Jacobites ou Coptes avaient conservé l'antique langue nationale ; leurs livres liturgiques étaient écrits dans cet idiome, autre élément d'agrégation qui devait puissamment fortifier leur union, et les séparer plus profondément des autres associations qui parlaient et écrivaient les langues grecque, hébraïque. ou syriaque, idiomes consacrés par la religion et l'usage. La population égyptienne, par l'effet inévitable du temps, se retrouvait ainsi maîtresse de son propre sol , et pouvait y dominer par le nombre , la force et la richesse: elle pouvait facilement reprendre son indépendance , et la conquérir sur la frêle et caduque existence de l'empire d'Orieat: mais un autre maître survint, jeune et vigoureux , qui déjà remplissait l'Orient de ses succès , et qui priva pour longtemps TÉgypte des avantages de la liberté.

Les Perses conquirent la Syrie (an 614) : les fugitifs se rendirent à Alexandrie ; et le patriarche , possesseur de sommes immenses perçues sur la piété des fidèles , possédait en outre quatre mille livres d'or, trouvées dans le trésor épiscopal lors de son exaltation; trésor dont l'origine remontait à la spoliation des riches temples de l'Égypte égyptienne. Il envoya au patriarche île Jérusalem , qui manquait de tout, mille pièces d'or, mille sacs de froment, mille sacs de légumes, mille livres de fer, mille caisses de poissons secs, mille vaisseaux de vin, et mille ouvriers. Mais , deux années après, les Perses s'emparèrent d'Alexandrie, secondés peut-être par les juifs toujours secourables à ceux qui les payaient, et peut -être par les Coptes, qui pensaient à se débarrasser d'abord de l'antique domination des Romains. Mais les deux peuples étrangers à l'Égypte devaient l'avoir quelque temps encore en partage.

Néanmoins un Copte d une noble origine, et l'un des plus riches citoyens , fut chargé du gouvernement de l'Egypte: il se nommait Makaukas;

et, s'il était de la destinée de l'empire de préparer lui-même la perte de cette province, rien ne pouvait mieux concourir à ce résultat que de confier l'Égypte , dans ces circonstances , à un Égyptien puissant parmi ses compatriotes. Ses entreprises ne réussirent pas d'abord ; mais Makaukas fut un des instruments de la nouvelle révolution qui s'opéra en Égypte. Vers l'an 630, le patriarche George mourut et fut remplacé par un prêtre nommé Cyrus , sectateur du monothélisme , homme d'ailleurs inquiet et brouillon.

Le patriarche des Jacobites fut constamment son rival , et ses brebis n'en furent pas moins portées à la rébellion. Cyrus lia des intelligences secrètes avec Omar, le lieutenant de Mahomet; Il avait pour but d'éloigner ce calife de l' Égypte au moyen d'un tribut annuel , dont Makaukas fournit le premier payement envoyé à Médine. Héraclius s'indignait de telles menées.

L'empereur ne trouva d'autre expédient contre les malheurs qui le menaçaient , que celui de donner à ce même Cyrus l'autorité suprême en Égypte.

Makaukas y conservait son pouvoir, mais secondaire , étant à la tête de la population conte; Benjamin, patriarche copte, ne naissait pas moins l'empire : Cyrus , Makaukas et Benjamin étaient, dans leur cœur, les alliés des Arabes qui devaient les délivrer du joug des Romains.

Amrou battit les troupes de l'empereur, s'avança triomphant en Égypte, et s'empara de la ville de Mesrah où Makaukas commandait. De ce lieu Amrou , lieutenant d'Omar, s'avança vers Alexandrie : la population accourait fournissant des vivres , témoignant toute sa joie, proclamant sa défection. Les Grecs, fidèles, à eux-mêmes et abandonnés par les Égyptiens , résistèrent en désespérés. Ils subirent îes horreurs d'un siège de quatorze mois dans Alexandrie, qui fut prise

en l'année 641 , et avec elle le reste dt l'Égypte devint la proie du vainqueur.

Reprise par les Grecs , la ville tomba de nouveau au pouvoir des Arabes. Ce fut en vain que Constant 11, fils de Constantin, envoya en Egypte une flotte et une armée pour rétablir l'autorité impériale dans Alexandrie ; à la vue de la flotte , les Grecs qui se trouvaient dans la ville prirent les armes et en chassèrent les Arabes. Amrou avait été remplacé par Abdallah ; les Coptes redemandèrent Amrou , comme seul capable de les défendre : ils avaient un pressant intérêt à ne pas retomber dans les mains des Grecs. Amrou revint ; Makaukas le reçut avec joie, réunit à l'armée arabe une multitude de Coptes ; et les Arabes et les Coptes, musulmans et chrétiens alliés, attaquèrent Alexandrie, l'enlevèrent, en démolirent les fortifications , et l'islamisme s'établit souverainement en Égypte , où il domine encore par l'effet des mémorables victoires d' Amrou , secondé par les Egyptiens qui pensaient à rendre quelque indépendance à leur patrie, et ne lui donnèrent qu'un nouveau maître.

L'occupation de l'Égypte entière \m les Arabes marque la nn de la tâche que je m'étais imposée. Elle embrasse tous les temps historiques anciens, et s'étend jusqu'à l'époque où le mélange confus, opéré par la main du hasard, de toutes les doctrines de la philosophie ancienne , donna naissance à un monde nouveau destiné , dans notre Occident, à survivre à tous les établissements du monde ancien , et »

Rome elle-même , qui , concentrant en soi tous les temps antérieurs, devait enfanter pour les temps à venir le type de l'unité sociale qui est le véhicule et la vie même de la civilisation moderne.

Notre planche 92 est un modèle de l'architecture arabe en Égypte; c'est une des principales portes de la ville du Kaire.

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