‹ Egypte ancienneChapitre 13 sur 40 · LOI DU · texte numérisé non relu

LOI DU

L'armée d'Orient grava ses vœux patriotiques pour la France sur les rochers de ^yène, à la frontière extrême de l'Egypte vere le midi. A son tour la France manifesterait enfin sa gratitude envers ces phalanges savantes et guerrières qui portèrent son nom jusqu'aux confins de la INubie , et

en maintinrent héroïquement l'honneur et la renommée.

Puissent d'honorables suffrages donner un jour quelque valeur à^m vœu sans intérêt , et qui , réalisé , acquitterait une dette sacrée pour la France tant qu'elle restera iidele à sa propre gloire !

Celle de l'empire égyptien , conmie sa puissance, se révèlent ici par la splendeur du trône et les magnificences de la royauté. Tant d'éclat ne pouvait procéder que d'un ordre parfait, et un tel ordre dans un grand état suppose un pouvoir respecté au dehors , intelligent au dedans, passionné pour le bien public, en dirigeant toutes les sources vers l'utilité commune; profondément imbu de cet esprit de modération qui est le secret de la véritable puissance et le signe d'une raison éclairée ; imprimant dans tous les cœurs un amour ardent pour le pays et un ferme éloignement pour les étrangers; enfin, assez probe, ou assez heureux , pour avoir amené une nation nombreuse, active et réfiéchie vivant dans l'abondance du nécessaire et dans les profusions d'un luxe perfectionné, éminemment morale, religieuse jusqu'à la superstition , adonnée avec une égale ponctualité à ses f)laisirs et à ses devoirs , chérissant ses ois , ses princes et ses magistrats , plus exigeante peut-être pour ces vertus mêmes, à cette fusion complète des existences individuelles en une puissante nationalité, et pour lui avoir inspiré cette habitude de confiance et de soumission qui sont l'ordre même, et, chez les peuples civilisés, un témoignage manifeste de l'affection réciproque des princes et des citoyens.

Telle fut l'Egypte dix-huit cents ans avant l'ère chrétienne; les monuments nous l'apprennent ; on n'a exposé jusqu'ici que les résultats les plus certains tirés des tableaux historiques dont ces monuments sont décorés. Au ; spectacle de tant de sagesse , unie à tant de puissance, l'imagination s'élance curieusement vers ces temps primitifs de l'histoire, et y recueille avec orgueil et respect ces preuves nom-

l'GYPTE.

breuses de rantiquitéde la sagesse huliiaine; et nous demandons a Dieu et aux hoiniiies de nous dévoiler les mystères de son origine , de ses expériences , de son perfectionnement.

La nation égyptienne n'était pas seule au n^onde "duns ces temps si reculés pour nous : à la même époque , de grands empires se partageaient les terres et les mers de l'Orient; tous, mais diversement, civilisés.

En Afrique, les souvenirs de l'empire de Méroé remontent au-delà de cette époque; et si l'Egypte fut une émanation de la civilisation éthiopienne, elle ne fut point infidèle aux devoirs de la reconnaissance, et parvenue au plus haut période de sa splendeur, elle confondit sa gloire avec ses origines ; les monuments de style égyptien et de la domination royale égyptienne jalonnent encore en Ethiopie un espace de quatre cents lieues, en remontant le >"il au midi de la cataracte de Syène. Dans le sanctuaire de Semné, au sud de la seconde cataracte, le roi Osortasen , le troisième de la XYir dynastie égyptienne , est adoré comme un dieu. Les noms d'Amosis , le sixième roi de la même dynastie , et le prédécesseur inmiédiat de la XVIIP, sont inscrits dans les basreliefs religieux du même temple. Ce fut Thouthmosis III, le Mceris de cette même XVIIF dynastie, qui consacra ce temple au dieu ?ïil et au roi Csortasen, l'un de ses ancêtres divinisé.

Ce même Thouthmosis éleva d'autres édifices royaux et sacrés à Contra- Semné, à Amada, autres lieux de la TS'ubie ; et ces témoignages historiques nous disent assez l'état avancé de l'Ethiopie et de l'Egypte dans une civilisation analogue, qiii lit Thèbes d'abord rivale et ensuite héritière de Méroé.

Dans l'Asie orientale , l'empire chinois en était déjà alors, et depuis plusieurs siècles , à cette civilisation d'adultes , qui n'était pas prédestinée à la virilité, et la Chine n'était vraisemblahlement pas inconnue à l'Égvpte ; quelques débris de l'industrie chmoise ont été recueillis sur le sol de ''"hcbes, dans des fouilles profondes;

des personnages, indubitablement chinois de phjsicnomie et de costume , se retrouvent peints par des Égyptiens au nombre des peuples étrangers représentés dans un des plus anciens tombeaux de la même ville; enfin, les certitudes historiques dans les apnales de la Chine remontent à plus de six siècles au-delà des temps de la restauration de la monarchie égyptienne , après la fin des Pasteurs.

. DèslerègnedelaXVIirdynastie,les l-]gyptiens combattent sur terre et sur nier contre des peuples indiens ; les armes et l'attirail militaire sont semblables des deux côtés ; les bois et les métaux , artistement travaillés , s'y montrent sous mille formes diverses; les chevaux etd'autres animaux y sont dans la domesticité de l'homme ; des chars de guerre, de riches costumes, des villes fortifiées , des ponts jetés sur des rivières dans le pays où la victoire a conduit l'armée et la flotte du Pharaon, annoncentdans le paysoccupé par ces Indiens toutes les ressources d'une civilisation . non moins avancée que relie de l'Egypte, et on ne saurait refuser à l'Inde les temps historiques révélés par ces rapprochements.

A Babylone , les règnes de Béius et de INinus étaient déjà anciens ; Semiramis était morte depuis plus d'un siècle; depuis le même temps les merveilles de Bahvlone , ses riches palais , ses innombrables canaux, ses ponts et ses quais , annonçaient la splendeur de l'empire ; cette reine illustre avait élevé de vastes édifices dans la Médie , dans l'Assyrie, étendu sa puissance au-delà des"^ sources du Tigre, et fondé dans la Grande-Ariuénie , à cent cinquante lieues de Babylone , cette ville de Semiramacerte (la ville de Sémiramis ) , dont l'existence a paru fabuleuse malgré les rapports des écrivains grecs et orientaux, jusqu'au moment où des découvertes "toutes récentes , faites sous les auspices de la France , ont fait retrouver sur les bords du lac de '\^an Iss ruines étendues de cette ville , de ses châteaux , et les vastes svringes qui furent creusées dans les lîancs de la montagne , et qui sont.

L'UNIVERS

encore tapissées de nombreuses inscriptions en caractères cunéiformes comme ceux des inscriptions de Babylone, et en style assyrien. C'est là encore un synchronisme très-significatif pour la civilisation égyptienne, comme aussi de celle de Babylone , qui eut, bien des siècles après, les Chaldéens et les Perses pour héritiers de sa splendeur et de sa puissance.

Les villes de la Syrie se confédéraient du temps de Moïse ; leur fondation , leur puissance remontaient à des époques antérieures ; les courtiers un'versels du commerce de l'Orient, les Phéniciens, les avaient fondées, enrichies et agrandies ; ils fréquentaient toutes les régions alors connues , les côtes de l'Egypte sur la mer Rouge et la Méditerranée; des manuscrits phéniciens ont été trouvés mêlés avec des papyrus.de l'Egypte.

Ainsi , pendant que l'Egypte renaissait à son ancien état avec sa XVIIP dynastie, et couvrait de nouveau le sol de ses villes de monuments où se déployait à l'envi le luxe de tous les arts ; autour d'elle , de près et de loin, le même avancement de l'intelligence humaine, dirigé et soutenu par la pratique des arts , se montrait dans les habitudes sociales , dans les coutumes de paix et de guerre de plusieurs des nations de l'Afrique et de l'Asie ; en même temps se montraient aussi les premiers rois hellènes dans notre Europe; en tous ces lieux divers à la fois le génie de l'homme accomplit par sa culture sa divine destinée ; l'or et la puissance se montrent partout, mais à l'Egypte seule le privilège de la sagesse dans les lois , et comme l'a dit Bossuet, «les exemples de toute bonne police ; » réalisés en effet par la combinaison en un pouvoir unique d'inlluences diverses , rivales, mais réciproquement restrictives , et forcément dirigées par la puissance de l'habitude, l'influence de l'opinion et l'effet des franchises réservées aux castes populaires , vers le bien général , le culte des dieux et la dignité humaine.

Rien de pareil n'exista dans les civilisations contemporaines.

A Méroé, la théocratie avec ses ombrageuses exigences , et autour d'elle , des peuplades de pasteurs indomptées et vagabondes.

En Chine, l'égalité civile ouvrant à tous, par la voie des lettres, par la promotion et le mariage, l'accès aux premières charges de l'état et la participation à un pouvoir essentiellement despotique par sa vétusté, de sa nature imperfectible.

Dans l'Inde , l'inertie flegmatique des masses les précipitant dans cet éternel et contemplatif repos auquel un pouvoir mi-parti civil et religieux les condamnait pour son propre avantage.

A Babylone, la tyrannie du roi et celle des satrapes s'appropriant avec une ardeur rivale une domination hiérarchiquement tyrannique, essentiellement féodale , de laquelle dépendaient, corps et biens, et les provinces, et les cités, et les individus.

A Tyr, à Sidon, au contraire, la démocratie commerçante, des rois marchands , et des marchands pour rois ; population à qui le tarif des bénéfices tenait lieu d'esprit national ; qui , animée d'un patriotisme de comptoir, fondait de nouvelles cités ou créait des rois nouveaux sous les inspirations du monopole , et que les satisfactions insatiables du lucre pouvaient seules éloigner de l'émeute et des séditions : misérable clientelle pour tout gouvernement sage et prudent, et qui sait que l'homme, nativement doué de • sentiments plus impérieux que l'abjecte passion des intérêts, cherche ailleurs que dans les races carthaginoises les inspirations du patriotisme et les liens des devoirs civiques.

A l'Egypte donc appartient légitimement cette renommée de science et de sagesse que lui lit unanimement l'antiquité classique tout entière; elle est confirmée par l'idée sommaire que nous venons de donner de ses institutions sociales, des droits et des devoirs qu'elle avait faits à la royauté.

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