‹ Egypte ancienneChapitre 14 sur 40 · XIV. DE LA CLASSE SACERDOTALE · texte numérisé non relu

XIV. DE LA CLASSE SACERDOTALE

On sait déjà, nous l'avons dit , que

EGYPTE

(3 caste sacerdotale était, à proprement parler, la partie instruite et savante (le la nation. Elle était spécialement vouée à l'étude des sciences et au progrès des arts ; elle était chargée en outre des cérémonies du culte, de l'administration de la justice, de l'étal)lissement et de la levée des impôts, invariablement fixés d'après la nature et l'étendue de chaque portion de terrain mesurée d'avance; enfin, de toutes les branches de l'administration civile.

Souveraine dans la primitive organisation de l'Egypte, en passant au second rang, lorsqu'une révolution l'obligea de céder le premier au roi créé par la caste militaire, elle conserva néanmoins la plus grande partie de son influence , et, sans doute, parce que cette influence avait été fondée , dès l'origine , sur de vastes possessions territoriales et sur de grands privilèges. La caste sacerdotale était constituée en effet sur le principe qui , dans toute organisation sociale , porte avec lui, et lui seul, des éléments immuables de solidité et de durée, sur la propriété territoriale. Durant le règne des pasteurs , et de la XVII" dynastie des Pharaons, une famine ravagea l'Egypte. Ce fut pendant le ministère de Joseph , et l'on peut croire à une famine dans le pays le plus fertile , mais où la certitude des récoltes reposait sur la régularité des inondations du fleuve, et l'entretien régulier des canaux, en un mot, sur les soins attentifs et expérimentés de l'administration publique, puisque cette administration et le gouvernement du pays appartenaient à une horde de barbares conquérants, incapables de prévoyance et ignorants de tout précepte d'ordre social. L'histoire biblique de cette famine nous apprend que Joseph acheta avec ses blés de réserve toutes les propriétés particulières et fit ainsi le roi maître de toutes les terres de l'É-

§ypte, excepté, dit la Bible, les terres es prêtres , qui leur avaient été données par le roi ; et les prêtres, ajoute l'historien , furent dispensés de l'ol'iigation de vendre leurs terres pour

vivre, parce que le roi leur faisait distribuer du bled tiré des greniers publics. Il est donc certain, par cette curieuse et antique relation, que, avant l'invasion des pasteurs , ou hyk-shos, c'est-à-dire, plus de deu.x mille ans avant l'ère chrétienne, la " caste sacerdotale était dotée de pro-

[)riétés territoriales ; ce ne furent pas es pasteurs qui imaginèrent ce moyen de conservation et de perpétuité pro-

Pre en Egypte au premier corps de A., état, ils respectèrent seulement un / ■ usage consacre par les lois et par le temps ; ils le respectèrent dans les conjonctures les plus favorables à leur esprit de conquête , et l'influence de la caste sacerdotale explique suffisamment les ménagements qui lui furent alors accordés. Un autre privilège paraît avoir été dès l'origine concédé en même temps à la caste sacerdotale ; ses propriétés étaient exemptes d'impôt ; toutes les terres d'Egypte, selon l'histoire précitée, furent taxées, au profit du fisc royal , au cinquième de leur produit, excepté encore les terres sacerdotales, qui furent libres de tout impôt sous les rois pasteurs.

Elles l'étaient auparavant sans doute; et nous tirons notre pensée de l'uniformité des institutions égyptiennes pour toutes les époques, car il en étail ainsi du temps de l'annaliste que nous, consultons : « Depuis ce temps ( depuis Joseph ) jusqu'à ce jour , dit | Moïse, deux siècles après Joseph, on paya au roi dans toute l'Egypte le cinquième du produit des terres, et ceci est comme passé en loi ; excepté les terres sacerdotales, qui sont affranchies de cet impôt. » Les temples, c'està-dire la caste sacerdotale , jouissaient donc en Egypte de cette perpétuité de

Ï)Ossession et de revenus qui , s'ils s'éèvent à un taux considérable, sont un moyen certain d'autorité et d'influence, moyen dangereux pour l'ordre public, la conservation des familles, la prospérité de l'état, et contre le- 3uel tant d'utiles exemples, consignés ans l'histoire ancienne et moderne , ont consacré une résistance nécessaire.

La splendeur des temples et la pomp^

l-'UiMYERS.

des cérémonies relii,Meiises prouvent assez que le sacerdoce en Egypte posséda de grandes richesses ; et il est certain que le produit des terres n'en fut pas la source unique.

Il nous est parvenu des registres originaux des lecettes faites dans les temples , et ce n'est pas sans preuves qu'on peut affirmer que ces recettes comprenaient des produits autres que les revenus des domaines sacerdotaux; des redevances diverses étaient payées en nature aux temples de l'Egypte ; la piété des citoyens ne pouvait pas rester stérile , et là où les métaux monnoyés n'existaient pas, les produits de la terre ou de l'industrie devaient être les seules valeurs habituellement en circulation : les métaux précieux débités au poids n'étaient qu'une sorte de ces mén>cs valeurs. Ces registres de recettes pour les temples consistaient en feuillets de papyrus arrangés ou en rouleaux , ou en registre de plusieurs feuillets sur lesquels on écrivait sur le recto et sur le verso. Ces registres portaient sur le premier feuillet le protocole entier du roi régnant, et l'année de son règne ; les articles de recettes y étaient ensuite inscrits jour par jour jusqu'à la fin du registre, et un scribe du temple était commis à la tenue de ce registre. Les objets reçus y étaient inscrits à mesure qu'ils "étaient déposés , et le nombre en était indiqué en chiffre à l'extrémité de la ligne; on additionnait les diverses recettes par mois et par années. Ces registres étaient écrits en écriture hiératique ou sacerdotale ; le plus complet des manuscrits hiératiques de ce genre est du règne du Pharaon Rljamsès V, le dernier roi de la dix-huitième dynastie, qui vivait au XV siècle avant l'ère chrétienne. Ce registre consiste en trois fragments formant ensemble cinq pages à peu près entières, et ce registre appelé, des recettes sacrées , était tenu par un scribe nommé Thoutmès; le protocole du manuscrit annonce qu'il est de l'an douze, et le premier article porte la date du 16 du mois de paophis, » sous la divine providence du roi du peuple obéissant,

seigne'ir du monde , soleil stabiliteur de la région inférieure , approuvé par Phtha, fils divin du soleil, seigneur des contrées, Rhamsès chéri dAmmon, divin président, » titres officiels de Rhamsès V, qui est aussi l'un des rois Rhamsès de IManéthon ; et c'est dans ce même registre qu'on trouve mentionné parmi les contribuables, un individu appartenant à la demeure du roi divin , c'est-à-dire un habitant du palais bâti par un autre roi à ïhèbes. Un autre de ces registres de comptabilité , tenu par le scribe Mandoumès, est presque sans lacunes pour cinq mois consécutifs; il y a aussi parmi les personnes qui ont payé leur tribut, un nommé Natdi-Amoun, homme appartenant à la demeure du roi Rhamsès Mëiamoun ; les officiers du palais n'étaient donc pas exempts des redevances perçues au profit des temples. Un autre papyrus en rouleau, presque complet , renferme un compte très - détaillé d'objets reçus ou livrés par les prêtres chargés "du culte du Pharaon Rhamsès X; et ici il y a analogie entre ce registre et les autres pièces comptables relatives aux finances des temples, le culte des rois étant assimilé à celui des dieux , et les recettes et dépenses faisant également partie de la comptabilité des temples où leur cuite était établi. Enfin on trouve, sur un autre registre , l'addition en un total des recettes faites pendant six années de suite, qui faisaient la durée entière d'un règne, et l'on voit par ces divers détails, d'abord toute la régularité apportée dans cette partie de l'administration publique , et combien elle devait être considérable , puisqu'il en subsiste encore tant de traces écrites après un laps de temps de plus de trois mille ans.

Un autre document, non moins authentique que ces registres , et qui est d'une époque intermédiaire , nous avertit de la continuation de ces pratiques administratives de la vieille Egypte, en ce qui concerne les temples et la religion de l'état, et ajoute encore d'utiles notions à celles qui viennent d'être exposées.

ÉGYL'TE.

Le texte de rinscription de Rosette nous donne, en effet, sur l'état légal (le la caste sacerdotale et l'administration des temples, une foule de renseif^nements du plus haut intérêt. Outre leurs revenus propres , les temples percevaient encore, sur les autres propriétés territoriales , des taxes en blé et en argent sur les terres labourables, et des taxes en nature sur la vigne et les prairies. On ne peut énumérer au juste les diverses sources de ])roduits sur lesquels reposait la richesse des temples ; mais les prêtres louent habituellement les rois d'avoir pourvu par leur autorité à ce que les droits des temples fussent maintenus dans le pays selon les anciennes lois , et l'on doit comprendre sans peine que les lois étaient d'autant plus sacerdotales qu'elles étaient plus anciennes, et par là plus empreintes de la primitive puissance de la caste. Les temples percevaient donc des droits sur les choses et sur les personnes; la dévotion des rois, influencée par les prêtres, ne manquait pas d'y ajouter encore

Ear des dons fréquents et considérales ; c'est encore les prêtres qui nous l'apprennent par leurs louanges en l'honneur des rois qui ont fait beaucoup de dons aux dieux de l'Egypte , aux animaux sacrés , leur symbole vivant ; qui ont pourvu magnifiquement «•1 leurs funérailles , aux frais des sacrifices , des solennités qui se célébraient dans les temples; qui ont élevé des temples ou des chapelles, agrandi , décoré, enrichi d'or et de pierres précieuses ceux qui existaient déjà; et c'est pour tous ces bienfaits que les dieux accordaient aux rois, par la bouche des prêtres, la santé , la victoire , la force et tous les autres Isiens qu'ils pouvaient désirer.

Il faut mettre aussi au nombre des revenus des temples perçus par les vivants , les redevances établies sur les morts : il résulte de diverses données authentiques , que , dans la Thébaïde , les momies qui n'avaient pas un tombeau particulier, étaient déposées dans un tombeau commun à toute une ville, ou à tout un rjuarficr, si la ville

était considérable ; que sur le cercueil de ces momies , plus ou moins richement traitées, étaient écrits, comme on le voit sur tous les cercueils connus, le nom et la filiation du défunt. Dans les bas temps on attachait même au cercueil une tablette en bois où ce nom et cette filiation étaient également écrits. Ainsi arrangées., ces momies étaient mises en chantier dans les tombeaux creusés dans la montagne , et où l'on voit encore de ces momies empilées par milliers; les prêtres avaient la propriété et la police de ces funéraires habitations , et toutes les momies qui y étaient déposées payaient chaque année un droit fixe, dont le produit tendait continuellement à s'accroîti-e.

Il existe des contrats qui rendent témoignage de ce fait, et qui nous apprennent encore que les prêtres vendaient pour un certain nombre d'années les droits à percevoir dans divers tombeaux , à une espèce de fermier général qui sous-traitait avec d'autres fermiers pour un ou plusieurs tombeaux en particulier; et dans un contrat, on trouve la liste nominative des momies qui, dans chaque tombeau, payaient annuellement ce droit de gîte. C'est ainsi que les vivants et les morts concouraient également à enrichir les temples et au maintien de la puissance sacerdotale, dotée à la fois par la loi , par la piété des rois et des citoyens.

Il est à remarquer, cependant, que le fisc royal percevait alors sur les temples des impositions de plus d'un genre, et ce droit n'était, peutêtre, dans l'intention du législateur, (|u'un moyen de modérer, au gré de l'autorité publique , l'accroissement des richesses d'une caste toujours puissante par son influence morale; la bienfaisance des princes; et la raison d'état prescrivant sans doute, selon les temps, ou de rigoureuses perceptions, ou des remises'^entières ou partielles.

Il résulte en effet de diverses données historiques, tirées de monuments authentiques , et notamment de l'inscription de Rosette , que les temples, entreautrcs contributions au lise royal.

lui livraient chaque année une certaine quantité de toiles de byssus , et il arriva qu'à l'occasion de son couronnement, Ptolémée Épiphane fit aux temples de l'Egypte la remise non-seulement des toiles qu'ils étaient eo retard de Iburnir depuis huit ans, mais encore celle des indemnités que le fisc l)0uvait réclamer pour une portion de ces toiles qui, ayant été fournies, se trouvaient inférieures à l'échantillon :

et ceci est une donnée curieuse , en ce

Qu'elle autorise à croire qu'il y avait ans ces temples des manufactures de toiles de byssus , et peut-être encore d'autres objets dont la consommation, comme celle de ces toiles , était considérable dans la caste sacerdotale. Les temples payaient aussi au fisc une contribution annuelle en blé et une autre en argent; Ptolémée Épiphane leur en fait aussi la remise pour les huit premières années de son règne, quoique ce qui était dû formât, dit l'inscription , une valeur considérable. La ligne suivante de ce précieux monument nous apprend que les terres sacrées payaient aussi annuellement au trésor royal une artabe pour chaque aroure de ces terres , et une amphore de vin pour chacjue aroure de vigne, ce qui est évalue à un peu plus de six anciens boisseaux de blé, ou autres grains , pour un journal de terre labourable , et à environ trente-six de nos anciennes pintes de Paris pour un journal de vigne.

Deux autres obligations, imposées au profit de la couronne sur la caste sacerdotale, paraissaient un peu étran- {i;es, et feront juger avec certitude du degré de supériorité auquel la classe militaire, d'où était tirée la famille t'oyale , était parvenue à l'égard de la caste sacerdotale, primitivement en possession d'une si haute prééininence sur tous les autres ordres de l'état.

Pour l'initiation aux mystères , chaque arétre payait un tribut au roi.

INous lisons en effet dans l'inscrip- 'lon de Rosette que Ptolémée Épiphane abaissa au taux anciennement en (isage, et tel qu'il était établi à la preuiière année du règne de son père,

le droit que les prêtres payaient pour être inities aux mystères. Cette ini tiation n'était vraisemblablement que l'avancement successif des néopliytes dans les divers degrés de la hiérarchie sacerdotale, d'où il faudrait induire plusieurs faits également remarquaiDles , savoir : que l'avancement dans l'ordre sacerdotal et la promotion aux fonctions supérieures étaient réglés par une loi de l'état; que l'autorité royale intervenait dans l'exécution de cette loi, et que le fisc percevait un droit sur les promotions : singulière organisation qui a précédé de deux mille ans le régime actuel de certaines classes sacerdotales qui tiennent aussi leur pouvoir et leur promotion de l'autorité civile , en reçoivent une dotation pécuniaire, et la'faculté de posséder des propriétés territoriales qui sont soumises à la loi générale des contributions publiques.

L'autre coutume singulière que nous avons à signaler est l'obligation où étaient tous ceux qui appartenaient aux tribus sacerdotales , de faire tous les ans un voyage par eau à Alexandrie- Le nom de cette ville pourrait faire supposer que cette obligation imposée aux membres de tout rang de la caste sacerdotale était une innovation introduite par les Ptolémées, en mémoire peut-être d'Alexandre, fondateur de la monarchie grecque en Egypte ; mais on ne saurait où trouver la preuve d'une telle innovation ou de toute autre de cette importance faite en Egypte par les Ptolémées. A l'exemple d'Alexandre, ils respectèrent, ils continuèrent les anciens usages de ce pays ; et si sous les Ptolémées les prêtres étaient tenus de faire tous les ans un voyage par eau à Alexandrie, c'était sans doute par suite d'une ancienne loi qui obligeait les membres du corps sacerdotal à se rendre une fois par an dans les capitales du royaume , Thèbes , Memphis et ensuite Alexarjdrie; là était le grand-prêtre, le centre de l'union et de la discipline religieuse , l'autorité qui jugeait, qui conseillait , la source des promotions , des récompenses et des faveurs. L'his-

EGYPTE

toire ne donne aucune explication des motifs de la loi qui ordonnait ces voyal^es annuels à une caste très-nombreuse ; toute autre conjecture sur ce sujet serait oiseuse ; il en résulte seuleuïent une preuve de plus de l'autorité des lois civiles sur la classe si puissante des prêtres de l'Egypte, et, on peut le dire, du perfectionnement successif des formes d'un gouvernement qui avait su concilier en des points très-importants l'autorité et l'obéissance, l'usage de certains privilèges avec l'accomplissement d'impérieux devoirs ; habile enchaînement de franchises spéciales à chaque caste et d'une commune dépendance de l'autorité des lois, qui savait à la fois soumettre irrésistiblement à leur empire le sceptre , l'épée , la mitre et la charrue.

Tel était l'état de la caste sacerdotale égyptienne , considérée dans les bases essentielles de sa constitution , dans celles sur lesquelles reposaient réellement son existence , son pouvoir et l'autorité que doivent donner dans tin pays très-civilisé, à l'un des prejiiiers "ordres de l'état, la richesse fondée sur des revenus certains et de grandes possessions territoriales. Il nous reste à considérer cet ordre dans son état moral , dans sa hiérarchie et ses fonctions diverses, dans ses autres devoirs comme dans ses autres privilèges.

On a vu par les détails des principales cérémonies religieuses dont la loi faisait un devoir aux monarques égyptiens dans les circonstance marquantes de leur vie, combien l'autorité sacerdotale était mêlée à l'autorité royale, et aux époques les plus connues de l'histoire de l'Egypte, aucun signe ne se manifeste visiblement qui nous révèle la décadence de cette caste puissante. Ce qu'Hérodote a vu , ce que Diodore de Sicile a raconté d'après les écrivains qui l'avaient précédé, nous la montrent partout présente, ayant le monopole des sciences et des principales branches de l'administration de l'état, de grands revenus et de grandes iHoprietcs incommutables comme

leur autorité. Dans les bas-reliefs historiques, les Ptolémées et les empereurs romains se montrent dans des cérémonies publiques pareilles à celles où les monuments contemporains des plus anciens Pharaons connus nous montrent ces mêmes Pharaons s'inr.linant devant la. majesté divine personnifiée par les prêtres de divers ordres ; et jusqu'aux derniers temps de la monarchie égyptienne, le monarque appelé au trône par sa naissance fut intronisé et sacré a IMemphis, dans une assemblée générale de l'ordre sacerdotal, convoquée pour la proclamation du nouveau roi. Dans tous les temps aussi de la monarchie , les rois ne cessèrent de travailler à l'édification, à l'agrandissement ouà l'ornement des monuments religieux, et en cela ils ne faisaient que souscrire à une influence toujours puissante par ellemême et surtout par l'opinion du pays. On sait en eifet la persistance de la nation égyptienne dans ses croyances religieuses ; les persécutions des Perses , la tolérance du culte grec et du culte romain en concurrence avec le culte égyptien, qui ne cessa pas d'être la religion dominante, rien n'altéra l'esprit religieux de l'Egypte, sa foi aux dieux de ses ancêtres. La présence des légions romaines n'empêchait pas que de fréquentes séditions naquissent à la plus légère insulte faite par le vainqueur aux dieux et aux autres objets du culte national égyptien : la caste sacerdotale tira donc de la dévotion publique une force d'influence et une autorité qui ne pouvaient succomber qu'avec la monarchie et la nationalité de l'Egypte. La royaut? comme le sacerdoce furent redevables de leur longue durée au même système social, celui de la propriété à toujours substitué à une classe de citoyens et non pas à une famille; ils étaient l'un et l'autre implantés profondément dans le sol national , le temps favorisait également leur croissance; la monarchie et la prêtrise devaient durer autant que le sol, et même toujours, si un déluge, ou une invasion armée non moins calamiteusc , ne ve-

L'UNIVERS

naient le ravager ou le détruire. Il a eu aussi ses mauvais jours.

Ainsi constituée sur la possession territoriale, la caste sacerdotale tout entière était comme une famille possédant un vaste héritage, transmissible, selon des conditions connues, à ses divers membres de génération en génération. C'est ce droit d'héritage de la terre qui rendait obligatoire l'hérédité des fonctions, parce que la nature de ces fonctions détermmait la part cohéréditaire afférente à chaque membre de la famille : c'est sur ce principe fondamental que repose toute la constitution de la caste sacerdotale égyptienne.

Les prêtres se mariaient donc, et leurs enfants mâles étaient prêtres.

La multiplicité des lieux de dévotion, leurs riches dotations et la fertilité de l'Egypte, expliquent sans difficultés comment un si grand nombre de prêtres pouvait vivre dans l'aisance ; et à ces dotations, à ces professions, il feut ajouter encore les subventions qu'ils recevaient du trésor royal pour les nombreuses fonctions salariées qui étaient réservées à leur caste et qui embrassaient toutes les branches de l'administration publique non spécialement militaires. Ainsi l'existence des familles sacerdotales était assurée à perpétuité par la possibilité de la transmission d'une part de l'héritage commun , proportionnée au nombre des membres de la famille ; la même condition leur était aussi garantie , le rang hiérarchique était de même héréditaire ; il n'y avait donc que des chances de promotion pour les familles comme pour les individus, espèce de tontine d'honneur et de fortune, garantie de toutes les mauvaises chances par la loi d'une indissoluble association.

Le grand -prêtre , le chef suprême de l'ordre, était, après le roi, le premier fonctionnaire de l'état. On montra à Hérodote la série chronologique des statues des grands-prêtres; elles étaient déposées dans le temple à côté de la suite des statues royales. Les lils des principaux titulaires de l'ordre sa-

cerdotal vivaient avec les enfants dj monarque, et remplissaient ainsi auprès du roi lui-même les fonctions les plus relevées dans le service du palais. L'alliance des rois et des prêtres était intime comme celle de la royauté avec le sacerdoce : pouvoir un autrefois , et qu'une révolution avait divisé en deux parties intimement adhérentes pour leur commune utilité, mais que des intérêts rivaux devaient empêcher de jamais se confondre.

L'organisation symétrique du culte public multiplia , au gré d'une population essentiellement religieuse , les temples et les lieux sacrés; l'habitation des morts était aussi de ce nombre ; enfin la déification et le culte des rois , soit de leur vivant , soit après leur décès, ouvraient de vastes carrières où les prêtres de tout rang trouvaient un emploi assuré. Tout porte à croire qu'on multipliait ou qu'on restreignait ces emplois dans une juste proportion avec les ressources de chaque temple ; quand les prêtres de ]\lemplis établissent dans les principaux temples un service religieux en l'honneur du roi Ptolémec Épiphane qui vient de se montrer si bienfaisant envers les dieux, ils pourvoient en même temps aux dépenses du culte de ce dieu nouveau , à celles des sacrifices et des libations qu'il occasionnera. Le service journalier des dieux exigeait d'ailleurs beaucoitp de monde , et la diversité des emplois e.vplique la diversité des classes de prêtres qui composaient l'ordre en général. Comme dans tous les pays sans doute, et surtout dans les corporations religieuses, la capacité se faisait jour des rangs infimes jusqu'aux premiers emplois ; ainsi le voulait l'intérêt de l'association ; la loi de l'héridité des charges n'en souffrait aucune atteinte; là, comme ailleurs, des familles s'éteignaient sans descendance , et ouvraient ainsi une voie certaine à des promotions successives. La diversité des fonctions attribuées à la classe sacerdotale était un moyen de plus de classer les personnes selon leur mérite, et le hasard de la naissance devaitaussi, dans cette antique société , faire

GYPTK.

ci'servei' pour les pauvres d'esprit les Honneurs du martyre, ou les plus humbles emplois. Ceux-ci n'étaient sans doute ni les prêtres savants enseignant dans les écoles des temples les sciences , les arts , les lettres , la musique , le dessin , la cosmogonie, la physique , l'histoire naturelle , la religion et la morale ; ni des prêtres administrateurs des finances , chargés de la répartition et de la levée des im- |)ôts; ni des prêtres administrateurs (le la justice , interprétant des lois, et jugeant au nom du roi toutes les contestations civiles et criminelles. Les membres de la caste sacerdotale étaient donc dans le plus intime rapport avec tous les intérêts individuels, et les intermédiaires inévitables entre Dieu et les hommes , entre le roi et les citovens. Leur concours aux affaires publiques n'était pas moins constant ni moins nécessaire ; l'esprit religieux de la nation mêlait à toutes ses actions l'invocation des dieux ; dans la paix et dans la guerre , dans la famille et dans la cité , à la retraite des eaux de l'inondation, h l'ouverture des sillons pour la semence des grains, à la récolte des fruits de la terre , les dieux apparaissaient par les prêtres , dirigeaient les décisions les plus importantes, ou sanctifiaient , par des témoignages de leur satisfaction , la possession des fruits dont ils avaient reçu les prémices en offrandes. Les prêtres scribes des temples écrivaient les annales nationales, les livres sacrés, les rituels funéraires plus ou moins étendus que la piété des familles déposait dans le cercueil des parents morts ; on écrivait beaucoup en Egypte , et si les prêtres avaient presque seuls le monopole de cet art admirable , ce monopole devait être considérable et lucratif, le grand nombre de signes de l'écriture hiératique, employée dans la plupart des cas , devant rendre bien peu communs hors de la classe savante l'usage et la pratique de l'écriture.

Les prêtres professaient aussi la médecine et la chirurgie; chaque médecin devait s'adonner à l'étude d'un

genre de maladie; c'était un moyen de la mieux connaître , et de la guérir s'il était possible. Quoique non prescrite par les lois , cette spécialité n'est pas étrangère aux sociétés modernes , et les plus belles réputations médicales sont , en général , fondées sur ces spécialités. Puisqu'elles étaient de règle en Egypte, il faudrait voir dans cette loi une nouvelle preuve de cet esprit de prévoyance, ou de régularisme si l'on veut , qui avait fait trouver en Egypte des prescriptions immuables pour les nécessités les plus mobiles des sociétés humaines. Avec la sévérité du régime imposé à la nation tout entière,. il est possible toutefois qu'il y eût en Egypte plus de constance, plus d'uniformité dans la série annuelle des faits physiques et physiologiques , dans l'état, conséquemment, de la santé publique , et qu'elle fût ainsi à l'abri de ces importations pestilentielles qui rendent si variable l'état annuel de nos populations dans nos contrées, que rien ne préserve d'un mélange universel et d'une communauté réelle de biens et de maux. La variété et l'influence proportionnelle des maladies pouvaient donc être approximativement connues en Egypte, et l'administration sacerdotale , qui avait sous sa main le collège de médecine , pouvait régler chaque année le nombre des médecins à admettre et leur répartition dans les divers services : l'activité et la convenance parfaite des mesures de police et de salubrité pouvaient donner aussi à ces déterminations une suffisante certitude.

Personne n'a contesté aux Égyptiens le talent d'observation et une aptitude particulière à la recherche des faits naturels : aucune nation n'a connu son pays comme le collège des prêtres savants connaissait l'Egypte , et nulle part l'administration publique ne fut plus attentive à réaliser dans l'intérêt général les conseils et les prescriptions qui ressortaient de cette connaissance.

Il est vrai que l'uniformité annuelle des principaux phénomènes physiques rendait à la fois cette étude plus facile,

L'UJ^IVERS.

et l'expérience des conseils plus certaine. Cette immense et merveilleuse inondation du Nil , revenant tous les ans le même jour, laissant pendant le même espace de temps l'Egypte sous les eaux , inculte et stérile , et sa population vagabonde sur une mer de Quelques mois; la retraite des eaux onnant au pays une surface nouvelle et à la race humaine qui l'habitait une activité que rien n'arrêtera plus que le retour inévitable du même phénomène; cette régularité, cette prédestination providentielle, imprimaient infailliblement au caractère de la nation, des habitudes d'ordre et do prévoyance qui prennent rarement au cœur de nos populations mobiles et légères , impatientes de tout frein social, amb.tieuses d'indépendance et considérant le travail comme une obligation ignoble, et réalisant les avantages de la liberté dans les torpeurs de la paresse et la licence des dissipations. L'Egypte s'observait attentivement , et n'observait qu'elle-même pour son propre avantage , renouvelant chaque année ses observations , les contrôlant pour leur succession périodique, essayant des remèdes à des maux bien constatés, et parvenant ainsi à une série de préceptes d'une utilité incontestable consacrés par cette observation et l'expérience.

De tous ces préceptes , de toutes ces créations protectrices fruit si précieux de cette sollicitude attentive qui caractérisa , dans les temps de sa splendeur, l'administration publique de l'Egypte , il en est une que nous devons particulièrement remarquer, à cause de son importance sans égale , et qui révèle aussi , par son objet conutie par ses moyens, cette constante alliance de la science avec la religion, enseignées l'une et Fautre dans les temples , l'une et l'autre dans les attributions de la caste sacerdotale. Je veux parler des momies, de la momification des corps morts , institution à la fois politique et religieuse, et, en résumé, précepte d'hygiène publique, sanctionné par l'autorité divine, sanctifié par le concours de la religion.

Après la retraite des eaux du ]Nil, la terre est couverte du limon qu'il v a déposé, et de la dépouille des anfmaux de toute espèce que l'inondation a submergés. L'élévation de la température , après la retraite du Nil , dessèche très-vite ce limon , et les matières animales, après un long séjour dans l'eau , tombent promptement en putréfaction ; l'air en est corrompu , et la peste frappe et moissonne la population imprévoyante.

Ordinairement les pestes les plus meurtrières suivent les plus fortes inondations ; les eaux s'élèvent en effet davantage dans les terres , atteignent les cimetières sur des hauteurs où le volume du fleuve l'a fait parvenir; il y a donc plus d'inondation , plus de matières animales en putréfaction , plus de peste et plus de mortalité. Voilà ce que nous apprennent les observations faites en Egypte à des époques diverses , mais toutes postérieures aux premiers siècles de l'ère chrétienne. L'Egypte primitive , et il n'y en a pas d'antérieure aux inondations périodiques du Nil , dut subir les mêmes lois, jusqu'à ce que la cause originelle des épidémies annuelles s'étant révélée par l'observation à l'administration publique du pays, elle y opposa une grande mesure; elle tant la source de cette meurtrière pestilence, en prévenant la putréfaction des matières animales , en prescrivant leur embaumement avec des matières diverses très-abondantes dans le pays ; et associant habilement ce précepte prophylactique à des idées de patrie et cle famille , elle créa ce respect, ce culte des ancêtres , qui fut aussi une des croyances les plus salutaires et les plus morales de la sage Egypte. Elle tut délivrée du fléau de la peste. Toute l'antiquité rend témoignage de la salubrité perpétuelle de l'Egypte, et nulle relation des épidémies qui ravagèrent l'ancien monde ne nomme l'Egypte comme en ayant éprouvé les cruels effets. Délivrée par la momification des putréfactions animales , il lui restait et son climat sans pluie et sans nuage , et les plus saines produc-

EGYPTE

tions , et l'eau la plus salubre de l'univers.

L'histoire des pestes et oes épidémies observées depuis le sixième siècle de l'ère chrétienne jusqu'à la On du dix-huitième , est unanime sur un point : toutes les pestes , les véritables pestes qui ont affligé l'Orient et l'Occident , sont venues d'Egypte ; l'Egypte est le pays natal de la peste ; chaque année elle en éprouve les cruelles atteintes -, cependant la peste fut inconnue à l'antique Egypte , durant une longue série de siècles. Que s'est-il donc passé en Egypte dans ce long intervalle, pour qu'a tant de bien ait succédé un si meurtrier fléau , depuis le sixième siècle de notre ère? C'est depuis ce même siècle que l'usage et l'obligation de momifier les morts ont cessé : les Pères du désert qui prêchèrent le christianisme sur les bords du ÏNil. et saint Antoine surtout, qui mourut en 356, défendirent à grands cris aux nouveaux chrétiens , et sous les peines de la damnation éternelle, d'imiter les païens , leurs ancêtres , qui embaumaient les cadavres de leurs parents, et les entouraient de signes et d'ornements diaboliques; on écouta, on suivit ces pieuses et ignorantes prédications répétées pendant un siècle : on ne lit plus de momies, et l'année 643 est la date de la première peste à bubon que l'Egypte donna au monde ; elle ravagea l'Europe pendant un demi-siècle , et tous les ans , après la retraite des eaux de l'inondation, l'Egypte en éprouve les effets plus ou moins meurtriers, plus ou moins contagieux pour les nations voisines; et i{ n'y a jamais de peste dans la Haute- ÉQ'pte, dans la partie du pays la plus chaude cependant, parce que le Nil, encaissé dans la vallée, n'inonde pas les terres riveraines, ne submerge pas d'animaux , ne laisse pas après lui, en se retirant , de germes d'un homicide fléau.

C'est au docteur Pariset qu'appartient l'ingénieuse opinion dont on vient de lire les motifs : il a expliqué, je crois, l'origine de la momification en Egypte, et rprufcilîi de précieuses

notions sur l'histoire de la cruelle épidémie si commune dans le levant: souhaitons avec lui que Mohamed Ali , éclairé par les conseils de notre savant philantrope, applique sa volonté toute puissante à la destruction de ce fléau, et imite en cela l'antique prévoyance des Pharaons : l'Europe serait reconnaissante d'un tel bienfait, et la France serait heureuse de l'avoir inspiré.

C'est aussi dans les sanctuaires que les sciences exactes étaient spécialement étudiées, perfectionnées, et qu'on en recherchait attentivement les applications d'une utilité générale. Les astronomes étaient aussi des prêtres ; et les vastes plates-formes des temples servirent d'observatoires. Il est certain, en effet, que les Égyptiens observèrent assidûment l'orare des phénomènes célestes , et le connurent avec toute la précision qu'exigent les usages communs de la société. L'explication de l'inégale durée des jours , des phases de la lune , des éclipses , celle des mouvements apparents des planètes, enfin l'étude de tous les principes fondamentaux de l'astronomie , composaient une science réelle, qu'on s'attacha sur tout à consacrer à l'utilité publique.

Elle fut mêlée intimement avec la religion, et elle fournit au gouvernement, dans ce pays oii les phénomènes physiques se renouvelaient annuellement avec une merveilleuse périodicité, plus d'un bon précepte pour une administration éclairée et prévoyante. La suite des observations leur fit connaître que le lever des mêmes astres cessait, après l'intervalle de plusieurs siècles, de correspondre aux mêmes saisons , et ils avaient remarqué ce déplacement.

Ils avaient divisé le ciel en constellations ; leurs noms et leurs figures avaient des rapports certains avec le climat de l'Egypte. L'institution du zodiaque fut leur ouvrage , et elle remonte à des époques antérieures à l'an deux mille cinq cent avant l'ère chrétienne. Le calendrier civil était réglé alors et le cycle sothique établi. L'année était composée de 3G5 jours, divisés en 12 mois de 30 jours chacun , ' suivis de cinq jours épngomènes eu

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complémentaires. Alors aussi existait la semaine, ou période de sept jours, l'un des plus antiques vestiges de la civilisation , période d'une certitude ' sans égale , et qui ayant pour unique élément le jour, permet de remonter sans interruption, sans confusion ni erreur, d'aujourd'hui au premier soleil que vit la race humaine. On croit que le nombre des jours de la semaine fut tiré du nombre des planètes alors connues , et qu'on donna aux jours de la semaine les noms de ces mêmes astres. Il est certain du moins que l'antiquité classique nous a conservé cette période ainsi constituée; et si l'on se demande pourquoi cette apparence d'arbitraire, ou ce signe d'ignorance peut-être, qui se manifeste dans l'ordre actuel des jours de la semaine, qui ne sont pas rangés dans l'ordre des planètes selon la durée de leurs révolutions , c'est à l'Egypte que nous demanderons la solution de ce singulier problème ; et nous apprendrons que de notre temps , comme dans ceux de toute l'antiquité, le premier jour de la semaine était celui de la lune, lundi, le deuxième était celui de Mars, le troisième de Mercure, le quatrième de Jupiter , le cinquième de Vénus , le sixième de Saturne , et le septième du soleil , ou le jour de Dieu; tandis que l'ordre astronomique des planètes fut tout autre : la lune , Mercure , Vénus, le soleil , Mars , Jupiter et Saturne , c'est-à-dire, pour les dénominations des jours de la semaine , si elles étaient analogues , lundi , mercredi , vendredi, dimanche (jour du soleil ou de Dieu ) , mardi, jeudi et samedi. Un auteur ancien , Dion Cassius , nous a donné la clef de cette énigme , et appris que les Egyptiens avaient divisé le jour en quatre parties ; que chacune d'elles était sous la protection d'une de ces planètes , et que chaque jour prit le nom de la planète qui en protégeait la première partie. Ainsi, le premier jour fut celui de la lune , parce que les quatre parties de ce jour étaient consacrées aux quatre planètes , la lune , Mercure , Vénus et le soleil ; le jour suivant était dédié aux quatre planètes

Mars, Jupiter, Saturne, et la lune en continuant d'en suivre la série; ie troisième jour était nécessairement celui de Mercure , puisque la planète de Mercure était la première des quatre qui, dans l'ordre de ces astres, appartenaient à ce jour , et ainsi de suite, jusqu'à la fin de la semaine.

Les sept jours de cette période épuisaient tout juste le tableau des sept planètes après quatre roulements consécutifs ; et il est à observer qu'on arriverait au même ordre dans les dénominations des jours de la semaine, et au même épuisement intégral du tableau des planètes, 24 fois répété, en affectant une planète à chaque heure du jour divisé en 24 parties au lieu de 6, selon une autre opinion ancienne ; il faudrait seulement opérer dans l'ordre rétrograde des sept planètes qui viennent d'être nommées. C'est donc sur cet ordre que repose un des usages le plus universellement répandus, la semaine, et peut être le seul dans les sociétés modernes, qui ait pour lui une si haute sanction d'antiquité et de durée. L'Egypte est donc arrivée jusqu'à nous, et c'est elle qui règle encore avec sa religieuse autorité une de nos principales institutions publiques , la division civile du temps la plus usitée, celle qui a prévalu sur tous les systèmes proposés par la science , ou par l'autorité de l'église ou de l'état.

IMais on sait que la haute antiquité de l'astronomie pratique en Egypte avait été révélée par des faits certains et l'expression la moins équivoque de certains monuments, autres même que les zodiaques d'Ésnéh et de Dendérah (jp/.

11), incontestablement sculptés durant la domination romaine en Egypte, soit comme monuments composés pour des événements contemporains de la construction des édifices oii ils furent placés , soit , ainsi que le veulent d'autres opinions , comme copies d'anciens types semblables , remontante une antiquité exprimée par le thème astronomique qui s'y trouve figuré , et que le temps avait détruit. Il est indispensable de rappeler que ces opinions de l'antiquité des types antérieurs aux

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zouiaques actuels, et de leur expression chronologique, s'accréditèrent difficilement, malgré la science profonde de l'illustre Fourier, dont l'esprit supérieur et l'habileté de critique devaient cependant recommander lesjugements.

L'antiquité extraordinaire de la civilisation égyptienne était encore une opinion trop nouvelle , elle dérangeait aussi trop d'avis contraires bruyamment énoncés avec plus ou inoins de conviction, pour qu'elle se pût établir sans contradicteurs, etil ne lui en manqua point. Mais de nouvelles recherches devaient les confondre, et on n'en trouve presque plus aujourd'hui que contre ceux qui refuseraient à l'É- ^^vpte autant de science et autant de siècles qu'il plaît à ses partisans de lui en accorder.

Nous ne signalons pas ici une versatilité de plus'dans les opinions de notre temps , mais un progrès , et il est aujourd'hui permis d'exposer, de démontrer, de soutenir au sein même des académies, la science et l'antiquité de l'Egypte, les grandes actions de ses rois , les grands travaux de ses artistes , les grandes découvertes de ses astronomes. L'un des plus savants de notre époque, M. liiot, a porté au - delà de toute prévision la révélation des notions astronomiques dont on ne peut refuser aux Égyptiens la parfaite connaissance ; et il" confirme ainsi ce que Fourier avait publié, qu*'. les antiquités astronomiques observées enÉg}'pte faisaient remonter l'institution de la sphère égyptienne, fruit d'observations antérieures , au 25" siècle avant l'ère chrétienne; qu'ils en avaient ensuite observé les déplacements, et que des monuments subsistants portent des témoignages évidents de cette observation. Avec les formules établies par les géomètres pour représenter les mouvements planétaires , pour en reproduire les phénomènes et pour reconstruire l'état des cieux pour une antiquité quelconque , M. Biot , interprérant les représentations astronomiques dont ChampoUion le jeune a recueilli les dessins dans les tableaux historiques ou religieux qui décorent

T Livraison. (Egypte.}

des temples ou des tombeaux en Haute- Egypte , a reconnu qu'en l'année julienne 328.5 avant l'ère chrétienne , les Egyptiens avaient déterminé dans le ciel la vraie position de l'équinoxe vernal , du solstice d'été et de l'équinoxe d'automne; de plus, que 1505 ans plus tard, en 1780 avant la même ère , ils avaient reconnu que ces jioints primitifs s'étaient considérablement déplacés ; enfin , que les Egyptiens ont exprimé ces deux états du ciel sur leurs monuments. M. Biot emploie en ces curieuses recherches celles par lesquelles ChampoUion le jeune , dans son Mémoire sur la notation graphique des divisions civiles et astronomiques du temps, avait prouvé par les monuments que l'année vague égyptienne , composée de 12 mois de 30 jours et de 5 jours épagomènes , s'écrivait depuis là plus haute anti- (juité sur les monuments par des signes qui la partageaient en trois saisons , la végétation, la récolte et l'inondation. A chacun des douze mois était attaché un personnage divin qui y présidait: parmi eux, ChampoUion faisait reconnaître les emblèmes des deux solstices et de l'équinoxe vernal; et M. Biot a fait voir que la répartition de ces emblèmes s'accordait très-exactement avec les phases correspondantes de l'année solaire vraie , dans les trente ou quarante siècles qui ont précédé notre ère. Toutefois , l'année vague était plus courte que cette année vraie ; la notation écrite de la première ne coïncidait plus avec l'état réel de la seconde ; la différence s'accroissait tous les jours jusqu'à ce qu'elle edt amené une nouvelle coïncidence entre les phases écrites et les phases réelles. Ceci arrivait après un intervalle de 1505 ans juliens. -Ces coïncidences appartiennent aux années 275 ,1780 et 3285 avant l'ère chrétienne; M. Biot a reconnu celle de l'an 1780 comme figurée au Rhamesseum de Thèbes, différente, comme elle doit l'être, de celle de l'an 3285; distinction bien intentionnelle, conséquemment observée , et qui donne à la plus ancienne le caractère d'expression primitive, et

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permet de rapporter à la même époque l'institution originelle du calendrier civil dont l'Egypte aura ainsi conservé l'usage pendant quatre mille ans.

Ceci est bien l'œuvre des membres de la caste sacerdotale chargés de l'observation du ciel , et les recherches du savant astronome moderne tendraient à prouver que les anciens remplirent dignement leur office. C'est a eux aussi que d'autres savants, nos contemporains , ont attribué les noms et les figures des constellations, déterminés par leurs rapports avec le climat de l'Egypte , et ayant pour objet d'annoncer l'ordre des saisons par les levers de ces constellations, au commencement de la nuit. Mais l'on ignore si les Égyptiens ont acquis , par leurs propres observations , les connaissances antérieures que suppose cette division du ciel , ou s'ils les ont reçues des autres nations de l'Asie ; le défaut de monuments d'une antiquité certaine et recueillis dans cette vaste contrée rend très-difficile la solution de cette question. Mais l'histoire écrite de l'observation du ciel par les anciens Asiatiques conserve néanmoins quelques traits dignes d'une sérieuse considération. Les astronomes de l'école d'Alexandrie ont assis leurs théories sur leurs propres observations qu'ils comparèrent avec celles de leurs devanciers en Asie. Ils citent de celles-ci un certain nombre qui sont autant de faits consignés dans les antiques annales des sciences , d'où les Grecs les tirèrent ; et l'usage qu'en firent sans hésitation Hipparque et Ptolémée donne à ces observations relatées toute l'autorité qui est propre aux faits historiques les plus avérés. Il est vrai que la plus ancienne observation citée dans l'Almageste , ou Grande Composition rédigée par Ptolémée , est celle de l'éclipsé de lune du 19/20 mars de l'an 721 avant l'ère chrétienne; observation faite à Babylone par un astronome dont on n'a pas conservé le nom. D'autres phénomènes lunaires, observés aussi a Babylonç , sont employés par Ptolémée dans le même ou-

vrage; mais la date des deux plus anciens est encore postérieure de 12 et de 18 mois à celle de l'éclipsé précitée ; il ne nous est donc parvenu de l'Asie , par les Grecs , que des notions qui ne remontent pas au-delà du VIII* siècle avant l'ère chrétienne. Mais les annales de la Haute-Asie nous sont inconnues; la puissance des grands empires qui occupaient cette vaste contrée semblera toujours inséparable de la pratique des sciences et des arts de la civilisation. Il n'y pas de supportable division du temps pour les usages civils sans une astronomie fondée sur quelques théorèmes de géométrie ; et l'usage de quelques instruments élémentaires leur put suffire pour des observations d'éclipsés. Les prêtres de Bélus , selon Diodore , observaient assidûment les astres du haut des tours de Babylone; ils avaient réuni une série d'observations embrassant une série de siècles; et Ptolémée ajoute que des listes d'éclipsés avaient été apportées de Babylone en Egypte.

Pourquoi donc Callisthènes , arrivé dans cette vaste cité avec Alexandre, n'aurait-il pas pu connaître les registres de ces observations , et envoyer à son oncle Aristote, comme le dit Simplicius, d'après Porphyre, un état de ces éclipses de soleil et de lune observées par les prêtres chaldéens , pendant les 1903 ans qui avaient précédé la conquête d'Alexandre? La simultanéité de la civilisation de Thèbes et de Babylone, les invasions militaires de l'Egypte en Asie dès le XVIIP siècle avant l'ère chrétienne , celles qui avaient eu lieu plus anciennement encore sans doute , puisque cette civilisation simultanée des deux empires , bien antérieure à cette dernière époque , avait dû créer aussi antérieurement cette rivalité d'intérêts et de prépondérance qui ne cessa que par l'asservissement commun des deux empires sous l'épée romaine; toutes ces circonstances, disons-nous, et la facilité des communications par les routes de mer, ne permettent guère de supposer en Assyrie une science de l'observation des astres qui aurait

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été ignorée en Egypte. L'époque de l'institution originelle du calendrier civil en Egypte, assignée par M. Biot, suppose d'ailleurs , et avec une juste réciprocité pour les prêtres babyloniens , cette science bien ancienne parmi les membres de la caste sacerdotale égyptienne, à qui cette partie de l'enseignement et de la pratique des sciences était attribuée.

Diodore de Sicile rapporte ce qui suit : « Les prêtres exercent les enfants dans l'étude de l'arithmétique et de la géométrie; car les inondations du Nil détruisant chaque année les limites des terres, de nombreuses contestations s'élèvent entre les voisins, et c'est par la géométrie qu'on les vide. L'arithmétique sert aussi et pour les usages sociaux, et pour les spéculations de la géométrie. Elle est surtout trèsutile à ceux qui cultivent Y astrologie , car les Égyptiens , comme d'autres peuples, observent aussi les lois et le mouvement des astres , et conservent une série d'observations qui remontent à un nombre incroyable d'années, cette étude étant cultivée chez eux dès les plus anciens temps. Ils ont aussi soigneusement décrit les mouvements, la marche et la station des planètes , et l'influence bonne ou mauvaise de chacune d'elles sur la naissance des êtres, et ils en tirent souvent des prédictions sur les événements de la vie des hommes. »

Porphyre a su que les prêtres égyptiens employaient les nuits, partie à aes ablutions, et partie à l'observation des astres. Strabon a vu à Héliopolis un vaste édifice qui était l'habitation des prêtres adonnés spécialement à l'étude de la philosophie et de l'astronomie; et Diodore ajoute à ce qui vient d'être rapporté , que les prêtres égyptiens prédisaient l'avenir tant par la science des choses sacrées que par celle des astres. Clément d'Alexandrie, qui avait vu la fin des institutions pharaoniques en Egypte, place dans l'ordre des prêtres , et avant le scribe sacré, le prêtre qui a les fonctions d'horoscope. Il tenait dans ses mains, dit le savant Père , une horloge , et un

phénix symbole de l'astrologie , et qui portait toujours, pendus à son bec , les livres astrologiques de Thoth, au nombre de quatre : le premier traitant de l'ordre des étoiles errantes et apparentes ; le second des conjonctions et de l'illumination du soleil et de la lune; les deux autres du lever de ces deux astres. Enfin, il paraîtrait, par un rapport de Chœrémon dans Porphyre , que le prêtre horoscope était placé bien au-dessus de la foule des autres prêtres , soit pastophores, soit néochores, ceux-ci n'étant pas soumis à de si nombreuses ou à de si complètes purifications.

Il résulterait donc de tous ces rapports , que les anciens Égyptiens , détournant une science vraie de ses applications rationnelles et logiques , auraient fait, comme tant ^'autres peuples anciens et modernes, de l'astrologie avec les principes de l'astronomie; et cette erreur remonte en effet à une très-haute antiquité, selon les rapports de quelques écrivains assez renommés , et les recherches plus récentes d'un de nos plus habiles critiques , M. Letronne. Nous rappelons ici sommairement ces diverses notions.

Toutes les traditions de l'antiquité placent le berceau de l'astrologie dans la Chaldée et en Egypte , et l'on peut remarquer en passant .que ce fait bien avéré est une nouvelle preuve des communications qui existèrent entre ces deux contrées. Quant à l'Egypte , adonnée très-anciennement à là pratique de l'astrologie, Ciçéron nous dit formellement que les Égyptiens sont considérés comme connaissant , depuis un grand nombre de siècles , cette science des Chaldéens , qui , fondée sur l'observation journalière des astres , prédit l'avenir et la destinée des hommes. Hérodote avait dit avant Cicéron : «Les Flgyptienssont les auteurs de plusieurs inventions .

telles que celle de déterminer, d'après le jour où un homme est né, quels événements il rencontrera dans sa vie, comment il mourra , et quels seront son caractère et son esprit. » C'est à

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deux Égyptiens , célèbres sous ce rapjwrt dans l'antiquité grecque et romaine, et nommés Pétosiris et ]N'écepso, qu'on attribua les ouvrages fondamentaux de la doctrine astrologique égyptienne. Mais l'époque où ces deux savants vécurent et composèrent leurs écrits est fort douteuse : d'une part, on les fait dii siècle de Sésostris; de l'autre on confond Nécepso avec le roi d'Egypte de la 26" dynastie, qui porta le même nom ; mais il est positif que Ptolémée et Proclus regardaient ces deux astrologues comme très-anciens, et que ni Pline, ni aucun autre écrivain, latin ou grec, n'a mis en doute l'authenticité de leurs ouvrages : nouvelle preuve de l'origine égyptienne des écrits qui portent leurs noms et de la doctrine qu'ils renferment , et dans laquelle dominent le thème natal du monde et la théorie des décans.

Le fond réel de la science est la croyance à l'influence des astres et le moyen de tirer des pronostics , sur un homme,des circonstances de sa nativité, et du lieu des planètes à ce moment.

Il y avait donc de l'astronomie dans l'astrologie ; mais celle-ci avait un but qui lui était propre et qui s'éloignait entièrement de l'astronomie. Eudoxe, qui alla en Egypte , y apprit la doctrine astrologique ; mais en l'expliquant aux Grecs, il eut le soin de les avertir qu'elle ne méritait aucune créance ; aussi Vitruve assure-t-il que les astronomes grecs, Hipparque entre autres , ne lirent aucun usage de l'astrologie, pas même, on peut le dire, ceux qui vécurent après Alexandre.

On regarde donc comme certain que cette fausse science , lille insensée d'une mère sage , comme la nommait Kepler, n'avait pénétré ni dans la religion, ni dans les usages de la Grèce libre-, et cette assertion n'exclut point par sa généralité les individus qui purent isolément se délecter aux miracles de la doctrine égyptienne. Les moyens dont elle usait étaient en, rapport avec les progrès réels de l'astronomie , et on savait, dans des temps postérieurs à l'empire égyptien , user de calculs , sinon fotl difficiles, du moins très-

compliqués, et se fonder sur l'usage de tables astronomiques , dont on n'accorde pas aisément la connaissance ni aux Chaldéens, ni aux Égyptiens. Il résulterait de ces données diverses , que , si la croyance à l'influence des astres est extrêmement ancienne en Egypte, on doit croire aussi que les combinaisons infinies et les calculs très-longs qui servaient aux astrologues pour dresser leurs thèmes , n'ont ))u être exécutés qu'avec le secours d'une astronomie perfectionnée; et si l'antiquité de l'astrologie égyptienne doit dépendre ainsi de l'antiquité des connaissances astronomiques dans la même contrée, on a vu plus haut l'opinion de quelques savants modernes sur ce point important.

Quoi qu'il en soit, l'antiquité classique parle des membres de la classe sacerdotale qui s'adonnaient à l'étude de l'astrologie ., assertion qui, pour les tenips les plus anciens de l'histoire de l'Egypte, me semble devoir s'entendre seulement et de l'étude des astres et de celle des phénomènes naturels , avec la méthode des pronostics qui en étaient déduits, étude qui n'avait en elle-même rien d'absurde, qui fat pratiquée par de très-bons esprits , tels que Thaïes et Pythagore , et à leur exemple par Eudoxe, Euctémon , Callippe , Méton , Hipparque , et tant d'autres, qui reconnurent, par des observations , l'influence que le lever et le coucher des astres exerçaient sur les changements de l'atmo'sphère et des saisons, et transmirent à leur postérité les résultats de leurs recherches dans des parapegmes, ou catalogues de ces phénomènes naturels.

Ces anciens astrologues égyptiens pratiquaient-ils aussi les nativités , ou la prédiction de la destinée d'un individu, d'après l'époque des astres au moment de sa naissance? Hérodote l'assure pour son temps. Nous connaissons donc , par la réunion de ces témoignages divers, les fonctions des membres de la classe sacerdotale à qui était attribuée l'étude des cieux et des mouvements des astres , et la science de l'application des résultats de cette

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étude aux besoins réels , ou aux préjugés de la société contemporaine.

Il en fut ainsi jusqu'à l'époque de l'influence romaine en Egypte. Dès le premier siècle de l'ère clîraienne, de savants astronomes, écrivaient contre les astrologues et s'efforçaient de montrer la vanité de leur prétendue science; mais ces attaques l'accréditèrent peutêtre , car bientôt l'empire romain tout entier crut à l'astrologie , et ajouta avec une sorte d'ardeur à la doctrine fulgurale des Étrusques la doctrine astrologique des Égyptiens. Elle séduisit des esprits très-élevés; un illustre Romain, Nigidius Figulus, ami de Cicéron , était fort adonné à l'art divinatoire et croyait à la fois à la possibilité de prédire l'avenir et par l'observation des météores et par l'inspection des entrailles des victimes; Lucius Tarrutius , autre ami de l'orateur , pratiquait avec confiance et autorité la divination par les astres et dressait les nativités avec des tables de phénomènes célestes rédigées selon le style égyptien. Si nous voulions direde quels noms célèbres l'histoire de cette opinion fut illustrée, nous citerions Marc-Antoine, ayant pour conseiller intime un astrologue égyptien, choisi par Cléopatre, qui lui inspirait ses prophéties et ses divinations ; Auguste , qui lit dresser son thème natal par Theogène ; Tibère et ses successeurs , dont un porta la croyance jusqu'à faire mettre à mort un personnage à qui un astrologue avait prédit l'élévation à l'empire.

Vespasien et Domitien se dirigèrent parles plus savants dans cette science supposée , et le docte Hadrien lui-même se disait en état de prédire, dès les calendes de janvier, ce qui devait lui arriver jusqu'au .31 décembre : et cette science était traditionnellement parvenue à Rome du plus profond des anciens temples de l'Egypte. Elle était encore en grande vogue en France, il n'y a pas plus de deux siècles.

Tel a été le succès de la science fonpée par les Égyptiens Pétosiris et Nécepso , qui eurent pour successeurs toutes les générations des prêttes as-

trologues attachés aux principaux temples de l'Egypte, et qui, gardiens fldèles des principes qui leur avaient été enseignes , les transmirent en effet à leurs descendants et jusqu'à nous , comme l'indiquent deux monuments que nous devons citer ici.

Le premier , conservé par les écrivains de la science, est le thème natal de l'univers; il indique les domiciles des planètes au moment même de la création du monde : la Lune était dans le signe du Cancer; le Soleil dans le Lion; Siercure dans la Vierge ; Vénus dans la Balance ; Mars dans le Scorpion ; Ju-

{)iter dans le Sagittaire; Saturne dans e Capricorne. Le sage Antonin fit inscrire en ces signes ce thème natal de l'univers sur les monnaies qui furent frappées la huitième année de son règne en Egypte, et l'empereur romain consacrait, accréditait par son exemple la science des genethliaques dans le pays même où elle avait pris naissance.

D'autres monuments du règne de ce même prince appartiennent aussi à cette science illusoire et nous présentent un exemple plus développe de ces mêmes thèmes : ce sont deux papyrus écrits en grec et trouvés en Egypte. Les premières lignes du texte d'un de ces papyrus contiennent un préambule qui est l'histoire même de la science. L'astrologue qui a écrit ce thème natal invoque en effet ce qu'il a vu dans beaucoup de livres des anciens sages , particulièrement des Chaldéens, de Pétosiris, et surtout du roi Néchous, qui avaient été euxmêmes instruits par leur seigneur Hermès, et par Asclépius , le même que Imouth, le fils d'Héphaïstus (Phtha).

Venait ensuite le thème natal, daté de la première heure du 18* jour du mois égyptien Tybi, de la première année de l'empereur Antonin ; inais le reste du manuscrit est perdu. On peut y suppléer par un autre papyrus inieux conservé , portant sur la même page deux colonnes d'écriture, de la même date, et ainsi conçu : « L'an premier d' Antonin César ,' notre seigneur, le 8 du mois d'Hadrien, selon.

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les Hellènes, (c'est-à-dire, les Grecs d'Alexandrie), et selon les anciens Hes Égj'ptiens), le 18 du mois de Tybi , a la première heure du jour commençant. » Le texte dit ensuite :

Le Soleil dans le Sagittaire , 13 degrés 23 minutes, dans la maison de Jupiter, sur les confins de Vénus.

La Lune dans le Verseau , 3 degrés 6 minutes, à l'orient, dans la maison de Saturne, sur les confins de Mercure.

Saturne dans le Verseau , ... degrés 8 minutes , dans son deuxième firmament propre, dans les confins de Mercure.

Jupiter dans le Bélier, 2 degrés 44 minutes, dans le deuxième firmament, dans la maison de Mars , le point supérieur du Soleil , le point inférieur de Saturne, sur les confins de Vénus.

Mars à l'extrémité du Capricorne , 30 degrés , point de minutes , dans le dixième firmament, la maison de Saturne , son propre point supérieur , le point inférieur de Jupiter, et ses propres confins.

Vénus dans le Sagittaire, 2 degrés

.51 minutes, à l'orient, dans la

maison de Jupiter, et les confins (du Soleil ? ).

Mercure dans le Sagittaire, 1.5 degrés 2 minutes , dans Vespérus , la maison de Jupiter, et les confins de Vénus.

L'horoscope dans le Sagittaire , 15 degrés , la maison de Jupiter , et les confins de Vénus.

La conjonction dans les Gémeaux , 10 degrés, la maison de Mercure et les confins de Mercure.

Le milieu du ciel dans la Vierge , 8 degrés, la maison de Mercure, le point supérieur de Mercure , le point inférieur de Mercure, les confins de Vénus.

L'hypogée dans les Poissons,

degrés , la maison de Jupiter, le point supérieur de Vénus, le point inférieur de Mercure, les confins de Vénus.

Le premier sortde la fortune est dans le Capricorne, 19 degrés, la maison de Saturne , le point supérieur de

Mars , le point inférieur de Jupiter et les confins de Vénus.

Le second sort de la fortune est dans le Cancer, 11 degrés, la maison de lacune, le pomt supérieur de Jupiter, le poiijt inférieur de Mars, les confins de Vénus. »

Le signe dominant de la nativité est donc l'astre de Vénus. «

Voilà un thème natal , ou genethliaque régulièrement formulé par un homme expert en la science des nativités; on les dressait encore de même en France au XVI" siècle. Cette partie des sciences occultes était aussi considérée comme originaire de l'Egypte ; la chimie et l'alchimie tiraient même leur nom , selon les adeptes , de celui de cette contrée, nommée Chêmé, ou CJiîmi, dans les livres coptes; les Chaldéens, Pétorisis, Néchous, Hermès et Asclépius ont conservé jusqu'à nos jours leur antique renommée ; l'un de nos deux papyrus astrologiques les nomme formellement ; d'autres autorités , et les écrivains anciens surtout, appellent Nécepso celui que le papyrus désigne par Néchous: l'un et l'autre noms ont été portés par des rois égyptiens de la XXVr dynastie. Le papyrus désigne aussi le premier par le titre de roi ; mais il est très- vraisemblable , d'après l'épithète danciens que leur donne Ptolémée , que ce sont deux astrologues d'une époque bien antérieure au VII' siècle avant l'ère chrétienne , et telle était l'opinion de Cicéron, bien justifiée par les faits historiques ci -après rappelés.

Cette opération divinatoire et prophétique à laquelle nos deux papyrus donnent tout le caractère d'un fait historique, et qu'ils nous présentent comme le résultat d'une croyance à l'astrologie judiciaire, généralement répandue et dominante en Egypte, n'est point unique dans les annales contemporaines de Rome , et elle fut accréditée par l'adhésion publiçjue des plus savants hommes de l'empire. Tacite raconte gravement les mjracles qui s'opérèrent à Alexandrie d'Egypte pendant le séjour de Vespasien , ceux même que l'empereur opérait lui-même

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f)ar la grâce de Sérapis : il guérissait es aveugles et les écloppés. Plus tard , le mage Arnuphis évoquait les démons et faisait pleuvoir à volonté. Le christianisme ne détruisit pas entièrement cette superstition ; Origène aflirmait la certitude des préceptes et de l'usage de la magie , non pas de celle d'Épicure et d'Aristote, disait-11, mais l'art qui se pratiquait de son temps ; il reconnaît la puissance de certains mots égyptiens peur opérer sur une classe de démons, et celle de certains mots persans pour a^^ir sur une autre classe de ces génies indomptés. Il avoue toutefois que les gens instruits possèdent seuls ces secrets de la science, et que cette science est une partie de cette théologie cachée qui élève les esprits vers le créateur de l'univers. La possession par les démons était aussi en grande vogue alors , et saint Jérôme raconte l'aventure d'une jeune possédée, subitement saisie de fureur parce qu'un jeune homme de Gaza, qui en était épris , avait enfoui sous le seuil de la porte de son amante une plaque de métal sur laquelle il avait gravé des signes qu'il avait appris des prêtres égyptiens de Memphis. Saint Jérôme ajoute que saint Hilarion délivra la jeune fille du démon, avec lequel il eut préalablement un long colloque.

Tout ceci était la suite des opinions égyptiennes et chaldéennes, dont l'existence est historiquement prouvée dès une très-haute antiquité. On voit en effet en Egypte , dès la XVII" dynastie égyptienne , près de deux mille ans avant Jésus-Christ , le roi , effrayé par ses songes , faire appeler les devins et les sages de l'Egypte, pour en avoir l'interprétation; ce fut l'Hébreu Joseph qui la lui donna, les sages égyptiens n'ayant pu le faire. Ceci est raconté dans le plus ancien livre qui parle de l'ïlgypte, dans la Genèse, et se rapporte au temps des rois pasteurs.

Quelques siècles plus tard, après la restauration de la monarchie nationale égyptienne , à l'époque de la sortie des Hébreux de l'Egypte sous la conduite de Moïse, l'art'des devins , des magiciens et des astrologues, joue un grand

rôle dans l'histoire de ces mémorables événements. Moïse et Aaron, étant en la présence du Pharaon, dit la Bible , Aaron jeta sa verge devant le roi et ses serviteurs , et elle fut changée en serpent. Le Pharaon fit venir les sages d'Egypte et les magiciens, qui firent la même chose , par les enchantements du pays et par les secrets de leur art , car chacun d'eux ayant jeté sa verge, elles furent changées en serpents ; il est vrai que la verge d' Aaron dévora les verbes des Égyptiens.

Dans une autre circonstance', Aaron éleva sa verge et frappa l'eau du fleuve devant le roi et ses serviteurs , et l'eau fut changée en sang; les poissons moururent, le fleuve se corrompit, il y eut du sang dans toute l'Egypte ; mais les magiciens d'Egypte firent la même chose avec leurs enchantements, et le peuple ne trouva de l'eau pour boire qu'en creusant la terre le long du fleuve. Quand ensuite Aaron, étendant sa main sur les eaux d'Egypte , en fit sortir des grenouilles de toute par*^ , les magiciens du roi opérèrent encore le même prodige par leurs enchantements; ils rivalisaient victorieusement avec la puissance surnaturelle de Moïse et d'Aaron ; ils échouèrent néanmoins quand ils voulurent, en frappant la poussière de la terre, la changer en moucherons, comme venaient de le faire les chefs du peuple hébreu.

Des monuments contemporains de cette relation et des faits dont elle a retracé les circonstances extraordinaires, subsistent encore en Egypte et rendent le même témoignage au sujet du crédit dont jouirent , en Orient , dès la haute antiquité , les plus oiseuses spéculations de l'esprit et les plus fausses applications des préceptes les plus vrais, des observations les plus certaines qu'il ait été donné à l'homme de faire dans le vaste domaine de la nature. Dans ces mêmes monuments, l'astronomie et l'astrologie sont intimement mêlées avec les représentations psychologiques et à l'expression des idées qui composaient la philosophie du temps et se manifestaient par la langue des symboles. C'est dans les toni-

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beaux des rois à Thèbes que sont •conservés ces précieux documents; i'ame du roi défunt, assimilée au soleil, accomplit sa double destinée sur la terre et dans les cieux , comme l'astre lui-même parcourt successivement les deux hémisphères, l'hémisphère supérieur, ou lumineux , et l'hémisphère inférieur, qui fut aussi en Egypte celui des ténèbres. A ce premier tableau d'expressions toutes métaphysiques , il en succède un second où dominent les signes les plus apparents de l'astronomie et de l'astrolog;ie. Ce tableau, dressé sur un plan régulier, parce que la science en dirigea la composition, est peint sur les plafonds des tombeaux, et occupe toute la longueur d'un corridor et de deux salles contiguës. Voici , textuellement, la description d'une de ces importantes représentations , les plus anciennes de ce genre que la science ait jusqu'ici recueillies , et telles que Clïampollion le jeune les a vues dans le tombeau d'un des Pharaons Rhamsès , dans la vallée de Biban-el-Molouk à ïhèbes :

« Le ciel, sous la forme d'une femme dont le corps est parsemé d'étoiles , enveloppe de trois côtés cette immense composition : le torse se prolonge sur toute la longueur du tableau , dont il couvre la partie supérieure; sa tête est à l'occident; ses bras et ses pieds limitent la longueur du tableau, divisé en deux bandes égales : celle d'en haut représente l'hémisphère supérieur et le cours du soleil dans les douze heures du jour; celle d'en bas, 1 hémisphère inférieur , la marche du soleil pendant les douze heures de la nuit.

«A l'orient, c'est-à-dire vers le point sexuel du grand corps céleste ( de la déesse Ciel ) , est figurée la naissance du soleil; il sort du sein de sa divine mère Néith, sous la forme d'un petit enfant portant le doigt à sa bouche , et renfermé dans un disque rouge : le dieu Méui (l'Hercule égyptien , la raison divine), debout dans la barque destinée aux voyages du jeune dieu , «ilève les bras pour l'y placer lui--

même; après que le soleil enfant a reçu les soins de deux déesses nourrices , la barque part et navigue sur l'océan céleste, l'aether, qui coule comme un fleuve de l'orient à roccident, où il forme un vaste bassin , dans lequel aboutit une branche du fleuve traversant l'hémisphère inférieur, d'occident en orient.

« Chaque heure du jour est indiquée sur le corps du ciel par un disque rouge, et dans le tableau par douze barques ou baîi. dans lesquelles paraît le dieu Soleil naviguant sur l'Océan céleste avec un cortège qui change à chaque heure , et qui l'accompagne sur les deux rives.

« A la première heure , au moment où le vaisseau se met en mouvement, les esprits de l'Orient présentent leurs hommages au dieu debout dans son naos, (jui est élevé au milieu de la bari ; l'équipage se compose de la déesse Sori, qui donne l'impulsion à la proue ; du dieu Sev ( Saturne ) , à la tête de lièvre , tenant une longue perche pour sonder le fleuve, et dont il ne fait usage qu'à partir de la huitième heure, c'est-à-dire lorsqu'on approche des parages de l'Occident ; le réïs ou commandant est Horus , ayant en sousordre le dieu Haké-Oëris , le Phaëton et le compagnon fidèle du soleil ; le pilote manœuvrant le gouvernail est un hiéracocéphale nommé Haôu; plus la déesse JNeb-Wa (la dame de la barque), dont j'ignore les fonctions spéciales ; enfin le dieu gardien supérieur des tropiques. On a représenté sur les bords du fleuve, les dieux ou les esprits qui président à chacune des heures du jour; ils adorent le soleil à son passage , ou récitent tous les noms mystiques par lesquels on le distinguait. A la seconde heure paraissent les âmes des rois , ayant à leur tête le défunt Rhamsès V, allant au-devant de la bari du dieu pour adorer sa lumière : aux quatrième , cinquième et sixième heures, le mêmePharaon prend part aux travaux des dieux qui font la guerre au grand Apophis , caché dans les eaux de l'Océan. Dans les septième et huitième heures . le vaisseau célesta

côtoie les demeures des bienheureux , jardins ombragés par des arbres de différentes espèces, sous lesquels se promènent les dieux et les âmes pures.

Enfln le dieu approche de l'Occident :

Sev ( Saturne ) sonde le fleuve incessamment, et des dieux échelonnés sur le rivage dirigent la barque avec précaution; elle contourne le grand bassin de l'ouest , et reparaît dans la bande su-

Férieure du tableau, c'est-à-dire dans hémisphère inférieur, surleCeuve, qu'elle remonte d'occident en orient.

Riais , dans toute cette navigation des douze heures de nuit, comme il arrive encore pour les barques qui remontent le Nil , la bari du soleil est toujours tirée à la corde par un grand nombre de génies subalternes , dont le nombre varie à chaque heure différente.

Le grand cortège du dieu et l'équipage ont disparu, il ne reste plus que le pilote debout et inerte à l'entrée du naos renfermant le dieu, auquel la déesse Thméï (la vérité et la justice) , qui préside à l'enfer ou à la région inférieure, semble adresser des consolations.

« Des légendes hiéroglyphiques placées sur chaque personnage et au commencement de toutes les scènes indiquent les noms et les sujets , en faisant connaître l'heure du jour ou de la nuit à laquelle se rapportent ces scènes symboliques.

« Mais , sur ces mêmes plafonds et en dehors de cette composition, existent des textes hiéroglyphiques d'un intérêt plus grand peut-être , quoique ^iés au même sujet. Ce sont des tables des constellations et de leurs injluejices pour tontes les heures de chaque mois de Vannée ; elles sont ainsi conçues :

« Mois DE TÔBi , la dernière moitié.

— Orion domine et influe sur l'oreille gauche.

((.Heure 1'*, la constellation d' Orion (influe) sur le bras gauche.

«Heure 2", la constellation de 5Jms (influe) sur le cœur.

« Heure 3% le commencement de la constellation des deux étoiles (les gémeaux?), sur le cœur.

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« Heure 4* , les constellations des deux étoiles ( influent ) sur l'oreille gauche.

« Heure 5', les étoiles du fleuve (influent) sur le cœur.

« Heure 6', la tête (ou le commencement) du lion (influe) sur le cœur.

«Heure 7", laflèche (influe) sur l'œil droit.

« Heure 8% les longues étoiles, — sur le cœur.

«Heure 9", les serviteurs des parties antérieures ( du quadrupède ) , Me7ité (le lion marin?) (influent) sur le bras gauche.

« Heure 10*, le quadrupède Mente (le lion marin?), — sur l'œil gauche.

<■■ Heure 1 1% les serviteurs au Mente, — sur le bras gauche.

« Heure 12% le pied de la truie (influe) sur le bras gauche.

« Nous avons donc ici une table des influences^ analogue à celle qu'on avait gravée sur le fameux cercle doré du monument d'Osymandyas , et qui donnait, comme le dit Diodore de Sicile, les heures du lever des constellations avec les influences de chacune d'elles. Cela démontrera sans réplique, comme l'a affirmé M. Letronne, çjue V astrologie remonte , en Egypte , jusqu'aux temps les plus reculés ; cette question, par le fait, est décidée sans retour.

« La traduction que je viens de donner d'une des vingt-quatre tables qui composent la série des levers, est certaine dans les passages où j'ai introduit les noms actuels des constellations de notre planisphère ; n'ayant pas eu le temps de pousser plus loin mon travail de concordance, j'ai été obligé de donner partout ailleurs le mot à mot du texte hiéroglyphique.

« J'ai dû recueillir, et je l'ai fait avec un soin religieux , ces restes précieux de V astronomie antique , science qui devait être nécessairement liée à Vas trologie, dans un pays oii la religion fut la base immuable de toute l'organisation sociale. Dans un pareil système politique , toutes les sciences devaient avoir deux parties distinctes : 'a partie des faits observés, qui con-

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stitue seule nos sciences actuelles ; la partie spéculative, qui liait la science a la croyance religieuse, lien, nécessaire , indispensable même en Egypte, où la religion , pour être forte et pour l'être toujours , avait voulu renfermer l'univers entier et son étude dans son domaine sans borne ; ce qui a son bon et son mauvais côté, comme toutes les conceptions humaines. »

On peut voir une nouvelle preuve du mélange intime de la science avec les idées religieuses, dans l'usage qui existait encore en Egypte du temps des empereurs , de mettre l'homme et les diverses portions de son corps sous l'influence et la protection des çlanètes ou des dieux. Le papyrus , en écriture hiératicjue, trouvé dans la momie de Pétamenoph , fils d'un archonte de Thèbes, sous Trajan, est un curieux exemple de ces pratiques superstitieuses que les sociétés modernes n'ont pas dédaigné d'imiter et de propager dans les tableaux fantastiques qui décorent ordinairement les almanachs populaires, comme si l'on réservait a dessein pour les livres les plus répandus, un choix attentif des plus misérables erreurs de la science et de Tmiagmation des hommes. On lit donc dans le manuscrit de Pétamenoph, que sa chevelure appartient au Nil céleste, sa tête au dieu Soleil , ses yeux à la Vénus égyptienne, ses oreilles au dieu Macédo , gardien des tropiques , la tempe gauche à l'esprit vivant dans le soleil , la droite à l'esprit d'A mon , le nez à Anubis dans la demeure de Sackem , les lèvres au même Anubis , les dents à la déesse Selk, la barbe au dieu Macédo , le cou à Isis , les bras à Osiris, les genoux à Néïth, dame de Sais , les coudes au dieu seigneur de Ghel , le dos à Sischô , les parties sexuelles à Osiris ou à la déesse Kolit , les cuisses au dieu Balhôr(rœild'Horus),lesjambesàNetphé, les pieds à Phtha, et les doigts aux déesses. Les astres et les divinités gouvernaient toutes les zones de l'univers physique et tous les êtres créés , et cette opinion , pour être propre à expliquer en apparence bien des choses .

n'en était pas moins extravagante , comme toutes les autres parties de l'astrologie.

Les zodiaques découverts en Egypte portent avec eux , dans leur composition , les preuves de l'influence de cet art chimérique , déviation irrationnelle des préceptes élémentaires de l'astronomie. Notre planche 11 est une réduction soignée du zodiaque circulaire de Dendiérah. Au premier aspect, on n'aperçoit qu'un mélange de figures diverses'entourées d'inscriptions en caractères sacrés : une légère attention fera remarquer d'abord un cercle extérieur, occupé par une inscription tracée en caractères de cet ordre, et coupée à des distances égales par des figures à tête de femme debout, ou à tête d'épervier accroupies , et qui , de leurs bras également élevés, soutiennent un médaillon entièrement garni de signes de toute espèce. Si l'on étudie ce médaillon, oii l'on a voulu figurer le ciel, on reconnaît bientôt , un peu au-dessous du centre de ce disque, vers la gauche, un lion, suivi d'une femme et marchant sur un serpent: c'est réellement le signe du Lion dans ce zodiaque. Derrière le groupe du lion marche une femme portant dans sa main gauche une tige de blé : c'est la Vierge. Après elle, on retrouvé successivement , en allant de droite à gauche , la Balance avec ses deux plateaux, le Scorpion, le Sagittaire, sous la forme d'un centaure ailé; le Capricorne, moitié chèvre et moitié poisson; un homme répandant l'eau contenue dans deux vases qu'il tient dans ses mains : c'est le Verseau ; les Poissons unis par un triangle, et le signe figuratif eau; un bélier, un taureau, deux figures humaines marchant ensemble , ou les Gémeaux; enfin le Cancer, qui les suit immédiatement. Voilà bien les douze signes du zodiaque; et pour reconnaître l'ordre dans lequel ils sont rangés , en urt mot quel était le premier des douze signes dans l'ordre de ce monument , il suffît de faire attention que le Cancer est placé immédiatement au-dessus de la tête du lion ; qu'ainsi les douze signes forment, non pas

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un cercle sans commencement ni fin , mais une spirale qui indique clairement que le Lion est le premier signe dans le système de ce zodiaque ; que tous les autres viennent après dans leur ordre ordinaire; et la vérité de cette observation est prouvée par l'état du zodiaque rectangulaire du même temple de Dendérah, où les signes étant rangés en procession , le Lion y est aussi le premier de tous. En dedans et en dehors de la spirale que forment les douze signes , se trouvent un certain nombre de iigures qui représentent les principales constellations extrazodiacales , et l'on a généralement reconnu dans l'animal monstrueux, marchant debout, qui occupe à peu près le centre du disque, une ancienne personniflcation de la grande Ourse; de sorte que, près d'elle, se trouverait la place du pôle septentrional. On voit par là que les formes sous lesquelles les constellations extra-zodiacales sont figurées dans ce zodiaque sont bien différentes des figures des zodiaques romains et modernes , et que les premières sont tirées de la mythologie égyptienne.

On doit remarquer aussi cette série méthodique de figures qui occupent circulairement la circonférence du disque et appuient leurs pieds sur la ligne même qui la décrit. Ces figures principales, dont quelques-unes sont accompagnées de signes accessoires, sont au nombre de trente-six ; ce sont les décans dépendants , par groupes de trois, de chacun des douze signes du zodiaque; et les groupes de signes hiéroglyphiques qui les avoisinent , groupes tous également terminés par une étoile qui est le signe déterminatif grammatical de l'espèce de ces groupes, ne sont que les noms mêmes de chacun de ces décans , Chnoumis, Chachnoumis, Oware, etc.; et l'on a reconnu dans ces inscriptions les noms mêmes qui sont assignés aux décans du zodiaque par les anciens écrivains sur l'astrologie. En tous ces points , le zodiaque rectangulaire du portique du temple de Dendérali est semblable au zodiaque circu-

laire reproduit sur notre planche 11.

Il n'en est pas de même des zodiaques d'Esnéh , ville au midi de Thèbes; et si la composition générale et géométrique de ces monuments présente partout une ressemblance réelle, on y observe néanmoins des différences de détails très - sensibles , et d'une importance majeure pour l'intelligence certaine de ces monuments comparés entre eux , et pour l'appréciation exacte de l'expression particulière du thème spécial figuré sur chacun d'eux. Ainsi, dans lés zodiaques de Dendérah, le signe du Lion est le premier, et marche en tête de tous les autres ; c'est le signe de la Vierge dans les zodiaques d Esnéh. L'ordre relatif des signes est le même dans tous ces monuments ; mais s'ils représentaient tous un état réel du ciel y un thème réellement astronomique , il en résulterait qu'à Esnéh c'est l'état du ciel quand le soleil était dans la Vierge au solstice d'été, et à Dendérah , ce même état quand ce solstice était dans le Lion. Il y aurait une science tout entière dans cette différence d'un signe, puisqu'il , faudrait en conclure 1° que les Égyptiens avaient observé le déplacement insensible des signes par la rétrogradation des points équinoxiaux, en d'autres termes, laprécession des équinoxes; 2° que cette rétrogradation étant aujourd'hui connue et estimée à 72 années par degré de signe du zodiaque , ou a 2160:

ans pour un signe entier , si le zodiaque d'Esnéh exprimait le solstice au même degré dans la Vierge que le zodiaque de Dendérah l'exprimait dans le Lion , il y aurait une différence d'un si^ne entier ou de ces 2160 ans entre le thème astronomique figuré dans diacun de ces deux zodiaques, et celui d'Esnéh serait plus ancien de ce même nombre d'années que celui de Dendérah. A son tour, le zodiaque de Dendérah exprimerait un ordre de phénomènes solaires antérieur à l'époque oià , pour le calendrier moderne, le solstice d'été rétrograda dans le Cancer, le Bélier devenant ainsi le signe de l'équinoxe du printemps. Ce

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fut bien des siècles avant l'ère chrétienne que le solstice d'été passa du Lion dans le Cancer; le Lion , premier signe du zodiaque de Dendérah , aurait donc été le signe solsticial d'été durant les 2160 ans antérieurs à ces siècles ; et plus anciennement encore , la Vierge , premier signe du zodiaque d'Esnén, aurait été le signe solsticial pendant les 2160 ans précédents, dès que le Soleil aurait abandonné la Balance : et voilà comment , en admettant ces explications comme exactes, on a trouvé tant d'antiquité et tant de siècles écrits dans les zodiaques de l'É-

Mais on a refusé d'abord aux prêtres astronomes de Thèbes la connaissance des lois de cette rétrogradation des points équinoxiaux , ou de la précession des équinoxes, qu'il faudrait leur accorder pour que les données précédentes tussent douées de quelque exactitude, pour que la différence dans l'ordre des mêmes signes dans ces deux zodiaques pût être considérée comme l'expression de résultats astronomiques réellement observés et constatés par la science. Aujourd'hui qu'on paraît accorder aux Égyptiens la connaissance des lois les plus importantes de la marche des corps célestes {supra, page 97), faut -il aussi admettre ces données et lire les zodiaques comme des thèmes réguliers où serait écrit l'état successif du ciel, réel et bien observé, à plus de deux mille ans d'intervalle ? L'époque incontestable oii les deux tableaux ont été sculptés et où furent édifiés les monuments mêmes dont ils font partie, ôterait à une opinion affirmative sur cette question une grande partie de la véracité qu'elle pourrait tirer de toute considération scientifique; les temples d'Esnéh et de Dendérah, où les zodiaques ne sont qu'une faible portion de leur décoration, sont en effet du dernier période de la puisssance égyptienne , et tous deux de l'époque romaine : voici ce nii'en dit ChampoUion le jeune , après avoir étudié à fond ces deux célèbres édifices. Il vit d'abord Dendérah :

« Le 16 novembre 1828, nous arrivâmes enfin le soir à Dendérah. Il faisait un clair de lune magnifique , et nous n'étions qu'à une heure de distance des temples : pouvions-nous ré^ sister à la tentation ? Souper et partir sur-le-champ furent l'affaire d'un instant : seuls et sans guides, mais armés jusqu'aux dents, nous prîmes à travers champs, présumant que les temples étaient en ligne droite de notre maasch. Nous marchâmes ainsi , chantant les airs variés des opéras les plus nouveaux , pendant une neure et demie sans rien trouver. On découvrit enfin un homme ; nous l'appelons , mais il s'enfuit à toutes jambes , nous prenant pour des Bédouins, car, ha- ]3illés à l'orientale et couverts d'un grand bernous blanc à capuchon, nous ressemblions , pour l'Égyptien , à une tribu de Bédouins , tandfis qu'un Européen nous eût pris , sans balancer , pour un chapitre de chartreux bien armés. On m'amena le fuyard, et le plaçant entre quatre de nous, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre diable, peu rassuré d'abord, nous mit dans la bonne voie et finit par marcher de bonne grâce :

maigre, sec, noir, couvert de vieux haillons, c'était une momie ambulante:

mais il nous guida fort bien et nous le traitâmes de même. Les temples nous apparurent enfin. Je n'essaierai pas de décrire l'impression que nous fit le grand propylon et surtout le portique du grand temple. On peut bien le mesurer , mais en donner une idée , c'est impossible. C'est la grâce et la majesté réunies au plus haut degré, Nous y restâmes deux heures en extase, courant les grandes salles avec notre pauvre fallot , et cherchant à lire les inscriptions extérieures au clair de la lune. On ne rentra au maasch qu'à trois heures du matin pour retourner aux temples à sept heures. C'est là que nous passâmes toute la journée du 17. Ce qui était magnifique à la clarté de la lune , l'était encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer tous les détails. Je vis dèg lors que j'avais sous les yeux un chef-

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d'œuvre d'architecture , couvert de sculptures de détail du plus mauvais stvle. IN'en déplaise à personne, les bas-reliefs de Dendérah sont détestables, et cela ne pouvait être autrement: ils sont d'un temps de décadence. La sculpture s'était déjà corrompue , tandis que l'arcliitecture , moins sujette à varier , puisqu'elle est un art chiffré, s'était soutenue di^ne des dieux de rÉs;ypte et de l'admiration de tous les siècles. Voici les époques de la décoration : la partie la plus ancienne est la muraille extérieure, à l'extrémité du temple, où sont figurés, de proportions colossales, Ctëopàtre et son lils Ptolémée-Cœsar. Les bas-reliefs supérieurs sont du temps de l'empereur Auguste, ainsi que les murailles extérieures latérales du naos , à l'exception de quelques petites portions qui sont de l'époque de Néron. Le pronaos est tout entier couvert de légendes impériales de Tibère , de Càius, de Claude et de Néron; mais dans tout l'intérieur du naos, ainsi que dans les chambres et les édifices construits sur la terrasse du temple, il n'existe pas un seul cartouche sculpté : tous sont vides et rien n'a été effacé ; mais toutes les sculptures de ces appartements, comme celles de tout rmtérieur du temple, sont du plus mauvais style , et ne peuvent remonter plus haut que les temps de Trajan ou d'.-ïntonin. Elles ressemblent a celles du propylon, qui est de ce dernier empereur,'et qui, étant dédié à Isis , conduisait au temple de cette déesse , placé derrière le grand temple, qui est bien le temple de Hathôr ( Vénus ) , comme le montrent les mille et une dédicaces dont il est couvert , et non pas le temple A' /sis, comme l'a cru la Commission d'Egypte. Le grand propylon est couvert des images des empereurs Domitienet Trajan. Quant au Typhonium, il a été décoré sous Trajan , Hadrien et Anton in-k-pieux . » Les renseignements recueillis à Esnéh ne sont pas moins positifs sur l'époque où le pronaos du grand temple, orné d'un zodiaque, a été construit; et le petit temple , où est un autre zo-

diaque, n'est pas d'une époque différente. Voici encore la relation du voyageur français :

« Le 3 mars 1829, au matin, nous arrivâmes à Esnéh, où nous fûmes très-gracieusement accueillis par Ibrahim-bey, le mamour ou gouverneur de la province; avec son aide, il nous fut permis d'étudier le grand temple d'Esnéh, encombré de coton, et qui, servant de magasin général de cette production , a été crépi de limon du JNil , surtout à l'extérieur. On a également fermé avec des murs de boue l'intervalle qui existe entre le premier rang des colonnes du pronaos , de sorte que notre travail a du se faire souvent une chandelle à la main, ou avec le secours de nos échelles, afin de voir les bas-reliefs de plus près.

'c Malgré tous ces obstacles , j'ai recueilli tout ce qu'il importait de savoir relativement à ce grand temple, sous les rapports m\thologique et historique. Ce monunient a été regardé, d'après de simples conjectures établies sur une façon particulière d'interpréter le zodiaque du plafond ,. comme le plus ancien monument de l'Egypte : l'étude que j'en ai faite m'a pleinement convaincu que c'est au contraire le plus moderne de ceux qui existent encore en Egypte : car les bas-reliefs qui le décodent , et les hiéroglyphes surtout , sont d'un style tellement grossier et tourmenté, qu'on y aperçoit, du premier coup d'oeil , le point' extrême de la décadence de l'art. Les inscriptions hiéroglyphiques ne confirment que trop cet aperçu : les masses de ce pronaos ont été élevées sous l'empereur César- Tiberius-Claudius- Germanicus (l'empereur Claude) , dont la porte du pronaos offre la dédicace en grands hiéroglyphes. La corniche de la façade et le "premier rang de colonnes ont été sculptés sous les empereurs Fespasien et Titus ; la partie postérieure du pronaos porte les légendes des empereurs Antonin, Marc-Aurèle et Commode ; quelques colonnes du pronaos furent décorées de sculptures sous Trajan , Hadrien et Antonin; mais, à l'exception de quelques bas-reliefs

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de l'époque de Domitien, tous ceux des parois de droite et de gauche du pronaos portent les images et les légendes de Septime Sévère, et de Géta, que son frère Caracalla eut la barbarie d'assassiner, en même temps qu'il fit proscrire son nom dans tout l'empire; il paraît que cette proscription du tyran fut exécutée à la lettre jusqu'au tond de la Tbébaïde, car les cartouches noms - propres de l'empereur Géta sont tous martelés avec soin ; mais ils ne l'ont pas été au point de m'empêcher de lire très-clairement le nom de ce malheureux prince : I'em- PEREUR CÉsAR-GÉTA le directeur.

« Ainsi donc , l'antiquité du pronaos d'Esnéh est incontestablement fixée ; sa construction ne remonte pas audelà de l'empereur Claude ; ses sculptures descendent jusqu'à Caracalla , et du nombre de celles-ci est le fameux zodiaque dont on a tant parlé. »

Si donc ces zodiaques , évidemment sculptés et édifiés par les Égyptiens du temps de la domination romaine , représentaient un état du ciel tel qu'on a voulu l'y reconnaître d'après l'ordre apparent des signes du zodiaque, la Vierge étant le signe chef dans l'un, le Lion dans l'autre , et cette substitution du Lion à la Vierge procédant de l'intention de représenter dans ces tableaux le phénomène que l'astronomie moderne nomme la précession des équinoxes, qui aurait été connu des anciens, on est obligé de supposer que ces mêmes tableaux , sculptes au premier et au second siècle de l'ère chrétienne, sont des copies de monuments d'une plus haute antiquité, qui fut contemporaine des siècles brillants de Thèbes et de Memphis. Il y aura des personnes que cette supposition satisfera peut-être ; mais avec la loi des précessions on composera des zodiaques pour une époque d'une antiquité ou d'un avenir sans limites; les astronomes de Thèbes, en les faisant aussi savants que l'exige l'interprétation supposée de nos zodiaques , purent composer de ces thèmes pour les temps bien antérieurs à leur siècle ; bien d'autres considéra-

tions encore tendent à amoindrir l'importance scientifique et arcneologique de ces monuments , qui n'en sont pas pour cela moins importants par leur sujet, leur patrie et leur véritable époque ; enfin on ne peut se soustraire à la nécessité d'admettre dans leur composition l'infiuence des opinions astrologiques alors dominantes dans tout l'empire romain, où elles avaient été importées de la patrie même de ces zodiaques. La présence des décans sur le zodiaque de Dendérah caractérise toutes les compositions analogues; et elles étaient, on pourrait dire, vulgaires en Egypte, car des cercueils de momies, de personnages peu considérables en sont ornés. Dans le cercueil de Pétaménoph , qui est à la Bibliothèque royale, est peint un zodiaque commençant aussi par le signe du Lion ; celui' du Cancer est tiré de la série , et placé au-dessus; et il se trouve que le Cancer était le signe où le soleil se trouvait au mois de janvier de l'an 95 de notre ère, qui est le mois de la naissance de Pétaménoph. Un autre zodiaque , commençant aussi par le Lion , est peint dans le cercueil de la jeune Sensaos , sœur du même Pétaménoph, et morte à peu d'années d'intervalle de son frère. L'ensemble de la composition des zodiaques , la présence des décans, la singularité de la dissection des figures , qui est différente dans les monuments d'une époque très-rapprochée , comme le sont ceux d'Esnéh et de Dendérah, et qui est semblable dans des ouvrages d'une époque comparativement plus éloignée, comme le zodiaque de Dendérah, et ceux qu'on voit dans les momies de la famille de Pétaménoph; l'usage vulgaire de ces compositions sculptées ou peintes ; enfin répO(jue des plus célèbres de ces zodiaques , époque qui fut celle de la prospérité générale de l'astrologie dans le monde romain, nous portent à croire qu'on ne peut méconnaître dans ces compositions l'influence de cette fausse science , dont la pratique remontait à une haute antiquité en Egypte et paraît avoir été l'occupation spéciale de certains membres de

EGYPTE

la classe sacerdotale , toutes les sciences étant le privilège de cette caste puissante qui formait le premier ordre de l'état et s'était intimement immiscée aux droits et aux devoirs de la royauté.

C'est l'importance même de cette caste , la variété de ses attributions et l'incertitude des notions recueillies sur elle par l'antiquité classique, qui s'opposeront encore long-temps à ce que l'on connaisse complètement sa constitution politique : les Grecs , qui s'en occupèrent bien anciennement , avaient du sacerdoce une idée fort mince relativement à l'autorité de la classe sacerdotale égyptienne ; en Grèce , le service des temples était l<i seule occupation des prêtres ; en 'Egypte , ils étaient un corps de l'état, gouvernant, pour ainsi dire, les roi^ et les peuples au nom des dieux, et ayant le monopole de l'administration de la justice , de la culture des sciences et de leur enseignement. Aussi trouvet-on les membres de cette caste partout , dans tous les rangs de la société égyptienne, et reconnaît-on dans les attributions des plus intimes fonctionnaires que, par quelques points, ils se rattachent , ou par les titres , ou par leur offlce , à la religion et à ses ministres. On retrouve dans quelques écrits des anciens les qualilications propres aux diverses classes des prêtres : Clément d'Alexandrie désigne , très -vraisemblablement dans l'ordre inverse de la préséance , le chanteur , l'horoscope, ou observateur des astres , l'hiérogrammate , le stoliste et le prophète. Plus anciennement, l'Inscription de Rosette nomme les pontifes, les prophètes, les stolistes, les ptérophores , les hiérogrammates et tes autres prêtres de tout ordre employés sous des titres divers dans toute r Egypte. Enfin, en consultant les monuments, source inépuisable de documents , on peut le dire , vierges encore, la caste sacerdotale s'offre à nous avec ses ramifications infinies dans tous les rangs, et, n'en dédaignant aucun, est

f)résente partout, au moyen d'une vaste liérarchie qui descend par d'innom-

brables degrés de la toute-puissance du grand pontife à l'humble profession de portier des temples et des palais , peut-être même de leurs serviteurs.

Une nomenclature de ces fonctions nombreuses , malgré qu'elle fiU fort variée , serait bien aride sans doute malgré sa nouveauté : nous la hasarderons toutefois pour ce dernier motif, et à cause de l'authenticité des sources d'où nous la puisons, c'està-dire des monuments mêmes.

Chaque divinité avait ses prêtres comme ses temples particuliers ; il est vraisemblable que les prêtres gardaient entre eux le rang même que la religion donnait aux dieux qu'ils desservaient, et le culte de la grande divinité de Thèbes, d'Ammon, roi des dieux, étant le plus répandu , les monuments relatifs à ses prêtres devaient être les plus nombreux ; ses temples devaient être les mieux dotés , ils étaient élevés dans la capitale de l'empire. C'est pour ces motifs qu'on retrouve donc assez fréquemment des serviteursd'Ammon, et de tous les degrés , rappelés dans les inscriptions égyptiennes. Avec les prêtres d'Ammon , elles nomment aussi des prêtres des autres dieux d'Hap-môu (le Kil), d'Osiris, de Phtha , d'Horus , de Thoth , et des déesses Néith, Thniéi, Bubastis, Souan ou Lucine.

Les monuments nous désignent aussi les grands-prêtres attachés au culte des rois, et à la fois à celui d'un dieu et d'un roi ; des rois revêtus du titre de grand-prêtre d'une divinité; enfin, les pères-prêtres ou prophètes ;

Les hiérogrammates ou scribes sacrés, chargés de l'administration des revenus sacrés, tirant leur titre du dieu honoré dans le temple où ils étaient placés : il y avait aussi les hiérogrammates des villes.

Les archi-prophètes , les prophètes , les prophètes de Hathôr et autres dieux ou déesses ;

Les gardiens des temples , ou attachés aux temples ; les supérieurs dans les divers rangs ;

Les sphraghistes ou scribes des victimes, chargés de marquer d'un grand

L'UrsIVERS.

sceau les victimes propres aux sacri- Oces;

Les prêtres des villes , comme Tétait Soutimés , dont le cercueil est au Musée de Paris, et qui se qualifiait de prêtre de Thèbes , chargé des offrandes faites à Ammon , à Mouthis-Neith, à Khons et à tous les autres dieux des régions supérieures et inférieures, et qui était en même temps hierogramniate et scribe des temples de Thèbes ;

Leshiéracophores, les prêtres royaux; ceux qui étaient chargés de présenter les offrandes funéraires; les libanophores, ou prêtres chargés d'offrir l'encens aux dieux ; les spondistes , ou chargés des libations ; les surveillants des temples; les fonctionnaires inférieurs attachés à leur service ; les porteurs de ilabellum ou ilabellifères , pour les dieux, les portiers, les décorateurs, les chanteurs, les inspecteurs. Enlin les ïaricheutes , les Paraschistes et les Cholchytes étaient les membres des rangs inférieurs de cette caste toute -puissante et employés à l'embaumement des morts :

(es premiers préparaient les corps avec le natron, ou les enveloppaient de bandelettes ; les seconds étaient les inciseurs, ou chargés d'ouvrir les lianes pour extraire les entrailles, et les troisièmes avaient des fonctions relatives aussi à l'embaumement, mais peut-être plus relevées que celles des deux autres sortes de prêtres.

Plusieurs fonctions sacerdotales pouvaient être conférées à la même personne ; et un monument funéraire montre un Égyptien, nommé Khonsoumosis, qui réunissait les titres de prêtre d'Ammon dam Oph ( la partie méridionale de Thèbes ) , d'hiérogrammate du temple de la déesse Mouthis-Bouto , et de membre du collège des hiérogrammates de Thèbes.

Si l'on se fait une idée de cet ensemble de titres et d'emplois, leur nombre et leur variété , qui n'avaieat très -vraisemblablement pas échappé à cette action symétrique qui organisa toutes les autres institutions égyptiennes, et qui était plus nécessaire peut-être encore dans la plus consi-

dérable de toutes, nous font concevoir ridée d'un corps semblable à l'un de ceux qui existèrent autrefois dans notre Occident, et qui, dominant pendant des siècles toutes les rivalités, implantés à la fois dans le sol et l'opinion du pays , assez riches pour être redoutables aux grands et secourables aux petits, se raicachaient d'une main aux puissances du ciel et de la terre , et, de l'autre, régissaient empiriquement les populations contemporaines par une habile dispersion dans tous les rangs sociaux d'adhérents lidèles et intéressés, ayant, aux avantages de l'association , une part proportionnée à leurs services et à leurs mérites , et conservant dans plusieurs emplois les avantages et les privilèges particuliers à la caste puissante où ils étaient d'ordinaire inaperçus. Le cachet sacerdotal était empreint sur tous les individus introduits dans l'ordre : les serviteurs n'étaient point prêtres; mais en servant les prêtres ils participaient à tous leurs privilèges.

Les costumes étaient variés et réglés en tout point comme la hiérarchie , et avec des obligations générales imposées à tous les membres de la caste ; il y avait encore les coutumes ou injonctions particulières à chaque ordre de prêtre. JNous avons donc à indiquer les prescriptions communes à la caste sacerdotale tout entière, et celles qui, spéciales aux divers ordres, servaient à distinguer chacun d'eux de tous les autres.

Comme prescription générale aux prêtres égyptiens , on doit mettre au premier rang celle d'être entièrement rasés et épilès ; c'était un devoir impérieux pour eux de prendre ce soin tous les trois jours ; Hérodote l'affirme positivement , et l'on sait par d'autres écrivains anciens que Eudoxe, voulant fréquenter les prêtres égyptiens , se fit raser la barbe et les sourcils , et qu'il en était encore àc même sous les Romains, puisque l'empereur Commode se fit aussi raser la tête , afin d'assister aux pompes Isiaques et d'y porter le simulacre d'Anubis. Il entrait dans cette prescription une idée de silreté

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de pureté et de propreté corporelles que paraissaient exiger le commerce des prêtres avec les dieux et l'administration des choses sacrées. Dans les monuments égyptiens de toutes les époques, on reconnaît en effet les prêtres de tout ordre à leur tête entièrement rasée et épilée {\oyez planche 26, les prêtres portant la bari du dieu Amon , à Thèbes).

La circoncision était prescrite à tous les Égyptiens , aux prêtres comme aux autres" citoyens.

En imitation de TÉgypte, le sacerdoce juifavaitaussi prescrit ces mêmes règles a tous ses membres ; un insecte mort sur la peau ou dans les habillements d'un prêtre juif l'exposait à des peines sévères. La propreté, et le choix des tissus pour le vêtement de certaines classes ou de certains individus, fut dans tous les temps, parmi les nations à tous les degrés d'avancement , un signe très-expressif de supériorité.

L'Egypte ne négligea pas ce moyen bien "innocent d'influence sur les masses; ses prêtres, d'ailleurs exempts de toute difformité corporelle , ne

Souvaient être habillés que de robes e lin; Tusai^e des étoffes de laine leur était détendu. On a cherché les motifs secrets d'une telle loi, et les divinations tirées des plus occultes secrets de la physique ou de la religion n'ont pas été épargnées; la laine, le poil , le crin proviennent , a-t-on dit , d'une source impure ; le lin naît de la terre immortelle. La vérité est que les tissus de lin procuraient des vêtements très - fins , très - légers , d'une blancheur éclatante , propres à toutes les saisons, et qui n'engendraient aucune essence immonde, tes vêtements devaient être les plus recherchés ; ceux qui en usaient étaient donc distingués de la foule à laquelle étaient réservées les étoffes communes et grossières. En somme , la loi relative à l'habillement des prêtres leur prescrivait d'être vêtus plus proprement et plus richement que ne l'était la masse de la population égyptienne , et si ce fut un secret politique en Egypte, il a été facilement deviné dans d'autres temps 8' Licraiaon. (Egypte.)

et dans tous les autres pays. Les anciens disent qu'il résultait de ce costume éclatant de blancheur, de la gravité habituelle de la physionomie , de la démarche et des paroles des prêtres, un extérieur imposant que complétait le repos forcé des bras et des mains habituellement cachés dans les plis des vêtements : les monuments confirment cette observation faite par les anciens. A la tête entièrement rasée et à la forme des tuniques de lin , on reconnaît donc facilement les figures des prêtres dans les tableaux égyptiens, et ce n'est que par une erreur bien excusable aujourd'hui , que quelques auteurs ont avancé autrefois que les diverses classes de prêtres étaient distinguées par la diversité des coiffures.

Ces auteurs auraient été plus près de la vérité en parlant de quelque diversité dans le costume, diversité consistant en quelques insignes caractéristiques des rangs dans les mêmes fonctions, et surtout de la divinité dont le prêtre desservait le culte. Les prêtres portaient en effet , suspendues à leur cou , des figures des dieux ou des déesses ; ils avaient dans leurs mains des enseignes sacrées et d'autres emblèmes religieux. La palette du scribe, le kasch ou roseau taillé , un papyrus roulé oy déroulé, désignent d'ordinaire un prêtre hiérogrammate , ou scribe sacré ; c'est aux prêtres de cet ordre qu'était réservée l'administration des choses sacrées, et l'on m'excusera peut-être de dire en passant que l'habitude de poser sa plume sur le haut de l'oreille droite n'est pas une invention du génie bureaucratique moderne : il y a trois mille ans qu'on a peint dans les monuments de Thèbes des scribes de divers ordres paperassant librement de leurs (^eux mains au moyen de ce secours emprunté à leurs oreilles. Le schenfi était leur habillement habituel, courte tunique que l'on a réservée vraisemblablement pour l'intérieur; la calasiris, plus longue et plus ample, couvrait le schenti.

Une peau de panthère jetée sur la tunique de lin caractérise spécialemenS les prêtres d'Osiris: elle était l'insigne S

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de cette classe de prêtres. D'autres se distinguaient par des pectoraux en forme de petit naos, renfermant le scarabée sacré, ou des images de divinités, la bari symbolique, les emblèmes de la vie, de la stabilité, et des figures d'animaux sacrés. De riches colliers à plusieurs rangs ajoutaient à l'éclat du costume des prêtres, des bagues ornaient leurs doigts , et leurs pieds étaient couverts et défendus par des chaussures en papyrus, ou bien en palmier, nommées tabtebs, ayant la forme de la plante des pieds et se terminant par de longues pointes recourbées , et attachées sur le cou-depied.

Les prêtres employaient dans toutes les cérémonies du culte divers ustensiles et instruments en matières variées , et nos musées renferment presque tous ceux dont les monuments nous montrent la figure. Les parfums offerts aux dieux étaient brûlés dans un amschir, ou encensoir en bronze, formé d'une coupe posée sur une main sortant d'une tige de lotus. Une tête d'épervier, ou d'un autre animal sacré, termine la poignée; le' manche des amschirs était quelquefois en bois sculpté. Des coffrets de même matière, incrustés en ivoire ou en bois de couleurs variées , renfermsient les parfums; des cuillers en ivoire, en bois, en serpentine, en terre émaillée ou en pâte d'émail , servaient à les en extraire, et ces cuillers n'étaient point de formes muettes ou insignifiantes :

l'imagination et la piété des'Égyptiens animaient tout ce qu'elles produisaient ; ces cuillers à parfums imitaient donc des bouquets, des boutons, des feuilles , des fleurs ou une corbeille de lotus; une femme cueillant les tiges de cette plante sacrée ; et des animaux de divers ordres , tels que le chien , l'oie , ou une gazelle oryx. Les fouilles faites en Egypte nous ont aussi fait recouvrer quelques-uns des grands sceaux en bois qui servaient à marquer les bœufs-mondes reconnus propres à être offerts en sacrifice , sceaux dont se servaient les prêtres sphraghistes ou scribes des victimes. De plus pe-

tits sceaux en terre émaillée servaient à marquer les victimes de plus petite taille , telles que les oies , les veaux, etc. Des couteaux de sacrifice, des tables et des vases à libation en pierres dures ou tendres , même en terre cuite, mais également ornés de sculptures ou de peintures, se voient aussi dans nos collections ; on y remarque des autels de matières et de formes variées; enfin, des vans sacrés en bronze ou en substances naturelles , espèce de grand seau à anse, et destiné a porter l'eau du ]Nil dans les cérémonies religieuses.

Ces seaux , grands ou petits , sont d'ordinaire très-ornés. Le Musée égyptien du Louvre en possède un en bronze, remarquable a la fois par sa dimension et par les sculptures dont il est couvert. La panse est occupée par un tableau représentant un prêtre scribe d'Ammon et d'Osiris, nommé Chapochomis , fils de Psammétichus , recevant les honneurs funèbres qui lui sont rendus par son fils Pétésis , prêtre d'Ammon , lequel offre l'encens a son père , lui fait une libation , et récite pour lui une prière qui est gravée à côté de cette scène en plusieurs lignes d'écriture hiéroglyphique. Sur d'autres vans sacrés , le tableau représente seulement le personnage auquel il a appartenu, rendant ses devoirs religieux aux divinités qui étaient l'objet particulier de ses dévotions.

A ces détails sur l'état social de la classe sacerdotale égyptienne et sur quelques parties de ses privilèges, de ses devoirs ou de ses fonctions nombreuses et variées, il faudra ajouter encore, pour en présenter une idée moins incomplète , tout ce qu'on sait sur les pratiques intimes du culte , des cérémonies et des sacrifices; le lecteur ne sera pas prive de ces notions ; l'ordre des sujets adopté pour cet écrit a marqué leur place un peu plus loin , dans la section relative a la religion égyptienne en général.

Il ne nous reste donc qu'à dire quelques mots sur une question souvent agitée parmi les savants et qui nous semble aujourd'hui décidée par le té^

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iiiui;;nage des monuments. Selon le lijpnort d'Hérodote, il n'y eut point en Egypte de prêtresses; ainsi les femmes y étaient exclues du sacerdoce.

iSéanmoins les cérémonies isiaques et Je culte d'Isis, introduits dans le monde romain, admettaient les femmes comme prétresses , et quelques monuments de l'art confirment cette première indication. 11 est vrai qu'elle est recueillie hors de l'Egypte ; mais l'inscription de Rosette, qui est toute de formule égyptienne, nomme expressément des temmes prétresses, telles que Pyrrha , qui remplit les fonctions d'athlophore de la reine Bérénice-Évergète; Aréia, canéphore d'Aninoé Phitopator; enfin , Irène , prétresse de la même reine Arsinoé. D'autres actes du règne des Lagides en Egypte fournissent des notions absolument semblables et nomment des prêtresses des diverses reines qui jouirent après leur mort des honneurs divins.

Dira-t-on que l'inscription de Rosette est de l'Egypte grecgue et d'une époque assez postérieure à Hérodote ?

Dès lors nous invoquerons les monuments qui sont à la fois d'origine égyptienne pure et bien antérieurs aux temps de l'historien grec. Telle est une stèle du Musée royal du Louvre, où le roi Thouthmosis III, de la XVnr dynastie , est suivi de la princesse JMouthétis, sa sœur ou sa lille, qui est qualifiée de 7>7'^^re5se des déesses Mouthis et Hathôr, et qui fait ses adorations à la première de ces deux divinités. Dans plusieurs autres monuments du même musée , les femmes et les filles des prêtres portent des titres religieux qui pouvaient être quelque chose de plus qu'une simple (jualification sociale. Il fallait aussi que les filles des prêtres eussent quelque part aux privilèges delà caste à laquelle elles appartenaient irrévocablement, et les déesses avaient besoin aussi de (irêtresses de divers ordres pour leur service. Aussi voit-on que dans un tableau funéraire Ténési , fille du prêtre du soleil Osoroéris, prend la qualité de servante d'Amon-Ra , que sa mère, femme deceorétre, portait aussi. Dans

un manuscrit également funéraire , on lit les prières pour Thaouaisis, autre servante d'Arnon-Ra, titre religieux commun peut-être aux femmes et aux filles des prêtres, en attendant que , comme la lille ou la sœur du roi Thouthmosis, elles fussent employées effectivement au culte d'une déesse, qu'elles entrassent réellement dans le sacerdoce et obtinssent le titre et le rang de prétresse. Ainsi , en la question présente, il est difficile d'accorder le témoignage des monuments antérieurs et postérieurs à Hérodote , avec l'assertion si positive de cet historien , d'après laquelle le sacerdoce en Egypte aurait été interdit aux femmes : les faits ici énumérés autorisent à croire le contraire. On sait aussi que, dans les familles royales et sacerdotales, les filles étaient vouées dès leur bas âge au culte des divinités ; les reines prenaient le titre d'épouses cVJmmon , et la sépulture de plusieurs de ces reines ainsi qualifiées existe encore dans une vallée de Thèbes, non loin du Rhamesseum occidental. On est donc fortement induit à adopter une opinion contraire à celle d'Hérodote, et à croire que les femmes ne furent pas exclues du sacerdoce, qu'elles y parcouraient à divers titres une hiérarchie de fonctions variées qui les élevaient au rang et aux fonctions de prêtresses, soit des déesses, soit des reines divinisées. Les dispositions générales de la constitution de la classe sacerdotale furent sans doute obligatoires pour les prêtresses, comme elles l'étaient pour les prêtres ; l'objet que les statuts avaient principalement en vue, c'était la considération nécessaire à cette caste, véritable ordre religieux dans ses fonctions extérieures , mais réellement corps politique par son concours nécessaire dans lesaffairesprincipalesde l'état, par son influence inévitable même dans les plus minimes, et surtout par sa constitution territoriale. La loi voulait lui faire cette considération en lui prescrivant la pratique de toutes les vertus; la piété envers les dieux et la patrie, l'accomplissement régulier d« tous les devoirs religieux, la fidélité à

L'UNIVERS

la loi et au prince, la bonne administration des affaires publiques , la science , la frugalité , la modestie , la retraite et la bienfaisance.

Ce que l'histoire rapporte de ces prêtres, Hérodote, qui a vécu familièrement avec eux pendant que l'Egypte était sous la domination des Perses , le confirme par son témoignage formel. «Du reste, ajoute-t-il, les prêtres jouissent, en retour de leurs nombreuses obligations , de beaucoup d'avantages. Ils n'ont aucun soin domestique , ni aucune dépense à faire ; les mets consacrés leur servent de nourriture , et chaque jour on leur présente en abondance de la chair de bœuf et des oies. On leur fournit en outre du vin de raisin ; mais il ne leur est pas permis de manger du poisson.

Les Égyptiens ne sèment jamais des fèves dans leurs champs , et si quelques-unes y croissent naturellement , ils ne ^doivent les manger ni crues, même ni cuites; les prêtres ne peuvent en supporter la vue , et ils les considèrent comme un légume impur. «

Hérodote confirme aussi l'existence des divers collèges de prêtres , chaque divinité ayant le sien, qui était régi par un pr être-chef ou grand-prêtre de collège , dignité également héréditaire comme tous les degrés du sacerdoce , sans en excepter le pontife suprême , chef de la hiérarchie religieuse , dont le centre était dans la capitale de l'empire et dans le temple de sa grande divinité, le temple d'Ammon à Thèbes.

Ce pontife suprême était traité par sa caste à l'égal des rois, et le même temple, où l'autorité publique déposait la série chronologique des statues des souverains , recelait aussi la série chronologique des statues des grandsprêtres. Hécatée de Milet, qui visita l'Egypte avant Hérodote, se vantait devant les prêtres d'Ammon de sa généalogie gu'il attachait à un dieu par son seizième ancêtre; les prêtres se moquèrent de son origine divine à la seizième génération, en lui montrant plus de trois cents générations successives d'hommes, représentées par autant

de statues de grands-prêtres déposées dans le temple par chaque pontife de son vivant. Plus tard, ils montrèrent 341 de ces statues à Hérodote, et en les lui comptant l'une après l'autre, commençant par l'image du grandprêtre dernier mort , ils lui firent remarquer que chacun de ces personnages avait succédé à son père jusqu'au plus ancien.

Sans nous arrêter à discuter cette série de 341 générations d'hommes, dont la durée est estimée dans le récit d'Hérodote à 11,340 années., et pendant laquelle , disaient les Égyptiens à l'historien grec, le soleil s'était levé deux fois au point où il se couche d'ordinaire , et s'était couché deux fois au point où il se lève (phénomène bien ou mal observé, bien ou mal énoncé par les prêtres , bien ou mal compris par le voyageur , et que tant de savants modernes ont vainement tenté d'expliquer plausiblement ) , nous ferons remarquer , par occasion , et dans l'intérêt des recherches nouvelles que le rapport merveilleux des prêtres égyptiens ne manquera pas d'exciter encore, que l'estimation de la durée de ces générations , à raison de trois pour un siècle , est éminemment erronée , et qu'Hérodote , à qui elle paraît ap-

Fartenir , a mal à propos appliqué à Orient une règle qui n'était Iwnne que pour la population de la Grèce et des autres contrées de l'Occident, là où généralement les hommes se marient vers l'âge de trente ans ; et comme il en était autrement en Egypte, où la puberté et les mariages étaient bien plus hâtifs , l'estimation de la durée des 341 générations est exagérée dans Hérodote, et ce sera dans un intervalle moindre que celui de 11,340 années que se seront manifestés les phénomènes solaires, vraisemblablement inexplicables, qu'on a si inutilement cherché et qu'on cherchera encore à expliquer, d'après la relation d'Hérodote, peut-être même d'après l'élément nouveau que notre observation fournit à l'examen de cette antique tradition.. Et pour ne rien omettre de ce qui peut être utile à cet examen ,

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peut-être à jamais oiseux et stérile, nous ajouterons que nos recherches sur des générations réellement historiques, certaines et nombreuses des monarques égyptiens , ont porté à 28 ans au plus là durée des générations humaines pour l'Egypte , ce qui donnerait au calcul d'Hérodote une exagération de près de 1800 ans. Mais il est peut-être plus raisonnable de ne voir dans ces chiffres et ces générations qu'un de ces nombres , en quelque sorte religieux , consacrés , du moins par la cosmogonie et les chroniques nationales, comme tels autres que la tradition nous a conservés , l'ancienne chronique entre autres qui, supputant les temps connus de l'Egypte, fixe la durée du règne des dieux et des rois à 36,525 ans, et ce nombre contient exactement la durée de 25 périodes sothiaques de 1461 années chacune, temps de la révolution des deux années solaires, la vague et la fixe, et après lequel les deux années recommençaient le même jour. Si donc une idée 'semblable était entrée dans la supputation des 341 générations d'hommes dont les prêtres d'Égj'pte parlèrent si haut à Hécatée comme à Hérodote , on ne pourrait aujourd'hui la retrouver ni avec les nombres d'Hérodote , tels qu'ils nous sont parvenus , ni en portant la somme à 26 ans de plus, comme l'exigent les éléments mêmes de son calcul; et la plus grande approximation entre le nombre exprimé des générations et le nombre des périodes de 1461 ans, donnera les deux nombres 10,230 ans , somme de 341 générations à 30 années pour chacune , et 10,227 ans, somme de sept périodes de 1461 années.

Quelque oiseuses et stériles aussi que puissent être ces indications, il reste le fait principal que nous avons recueilli du récit d'Hérodote, qui a vu dans le temple d'Anmion à Thèbes le lieu où étaient conservées les statues colossales en bois, des grands-prêtres chefs de la hiérarchie sacerdotale en Egypte. Ces statues devaient recevoir au moins les mêmes honneurs que celles des ancêtres des autres familles con-

sidérables qui conservaient (idèlemeiit les images de leurs aïeux. Érigées et consacrées au nom des lois , celles des grands-prêtres , placées à côté de celles des rois , étaient également d'imposants accessoires des annales publiques; on réunissait ainsi à l'effigie des rois la relation de leurs bonnes actions, car les prêtres étaient à la fois les dépositaires des archives et les écrivains des annales qui en étaient extraites. On sait ce que le judicieux Hérodote pensait de l'esprit et du caractère des Égyptiens, appliqués à la recherche des laits relatifs a leur propre histoire ; « ils sont très-soigneux, dit-il , de conserver le souvenir des événements , et ils me paraissent de tous les peuples que j'ai connus , les plus instruits en faits historiques. »

Après cette dernière assertion d'Hérodote, qui a tant et tant questionné les prêtres égyptiens et sur leur propre histoire et sur celle des peuples étrangers à l'Egypte , on ne sera pas surpris qu'un si bon esprit , frappé à la fois de leur science et de l'antiquité de leurs annales, les ait aussi interrogés sur les faits les plus anciens et les plus mémorables de l'histoire de la Grèce. « J'ai cru, dit-il encore, devoir demander aux prêtres égyptiens leur opinion sur ce que les Grecs racontent de la guerre de Troie, et s'ils le regardent comme vrai ou comme controuvé. » Ils lui répondirent et sur le rapt d'Hélène et sur la prise de Troie , et sur le voyage de Ménélas en Egypte, des choses si positives et à la fois si conformes à l'ordre ordinaire des choses humaines , qu'Hérodote n'hésita pas à donner la préférence à la relation historique des prêtres sur la relation merveilleuse d'Homère; «il me semble, ajoute-t-il, qu'Homère n'a pas ignoré ces faits, mais comme ils ne s'accommodaient pas heureusement avec le plan de son épopée , il a adopté une autre version, en laissant apercevoir cependant qu'il était instruit de la narration égyptienne; » et cette réflexion si sensée est une preuve de plus de cette appli^

LUISIVERS.

cation constante d'Hérodote à la recherche attentive de la vérité. Au souvenir des brillants et poétiques récits d'Homère , qui sont présents à l'esprit de tous nos lecteurs , ajoutons ici l'histoire de la destruction de Troie d'après les annales égyptiennes, et telle qu'Hérodote nous l'a transmise.

Paris enleva Hélène de Sparte, et voulut la conduire à Troie ; mais des vents contraires qui s'élevèrent pendant qu'il traversait la mer Egée le jetèrent dans celle d'Egypte. Ces vents lI? s'étant pas calmés , ils le forcèrent d'aborder à la côte, et d'entier dans !e iNil par la bouche de Canôpe pour déi>arquer aux Tarrichées. Il y avait itiurs sur le rivage, comme il y exista de tout temps, un temple consacré à Hercule, avec droit d'asile. Un esclave, quel que fût son maître, qui s'y réfugiait et consentait à se doimer au dieu en se laissant imprimer sur le corps une marque sacrée, y était à l'abri de toute poursuite; et ce droit d'asile, comme le temple, existaient encore du temps d'Hérodote.

Quelques domestiques de Paris, instruits de ce privilège, abandonnèrent leur maître , et se réfugièrent dans le temple. Là , assis en suppliants, ils se déclarèrent les accusateurs de Paris ; et , dans le dessein de lui nuire, racontèrent en détail ce qui s'était passé à l'égard d'Hélène, et l'injure qu'il avait faite à Ménélas. Leur accusation et leurs plaintes furent entendues du prêtre du temple, chargé de la garde de la bouche de Canope , et dont le nom était Thonis. Informé de ces faits , le prêtre envoie , en toute diligence, un exprès pour informer le roi de l'arrivée d'un étranger, ïroyen d'origine , qui vient de commettre en Grèce un grand forfait. Il a séduit la femme de son hôte et l'emmène avec lui ; ses vaisseaux portent de grandes richesses : les vents l'ont forcé d'aborder en Egypte; doiton le laisser tranquillement se rembarquer, ou bien lui reprendre tout ce qu'il emporte.' Le roi répondit :

« Emparez-vous de cet étranger accusé d'une si cruelle injure envers

son hôte, et amenez- le devant moi .

afin que je sache de lui-même ce qu'il peut alléguer en sa faveur.' »

Thonis ayant reçu ces ordres, fit arrêter Paris et retint ses vaisseaux ; il le mena ensuite, avec Hélène, à Memphis, oii l'on conduisit aussi toutes les richesses trouvées sur les vaisseaux, et même les domestiques qui s'étaient réfugiés dans le temple. Lorsque tous furent rendus à Memphis , le roi demanda à Paris qui il était et d'oii il venait. Le prince déclara , sans difficulté, sa naissance, le nom de sa patrie, et son voyage. Mais le roi ayant voulu savoir ensuite où il avait pris Hélène, il commença à hésiter dans ses réponses et à s'écarter de la vérité. Alors on fit paraître les suppliants d'Hercule, qui donnèrent tous les détails du crime. Enfin, le roi prononça ces paroles : « Si je ne considérais pas comme mon premier devoir de ne jamais faire périr aucun des étrangers que les vents forcent d'aborder dans mes états , je vengerais sur toi , ô le plus scélérat des hommes ! l'injure que tu as faite aux Grecs en commettant, au sein de l'hospitalité, un forfait aussi impie; je te punirais, toi qui, non content d'avoir profané le lit de ton hôte , lui dérobes sa femme séduite par tes ruses, et fuis encore, insatiable dans tes crimes, chargé des dépouilles de la maison qui t'a reçu. Cependant, comme avant tout il'm'importe de n'avoir pas à me reprocher la mort d'un de mes hôtes , je me bornerai à t'empécher d'emmener plus loin cette femme; et les richesses dont tu t'es emparé, je les garderai pour le Grec qui t'a donné l'hospitalité, et je les lui remettrai dès qu'il viendra lui-même les reprendre. Quant à toi , et à ceux qui montent tes vaisseaux, je vous donne trois jours pour sortir de mes états et gagner la haute mer. Si vous n'obéissez , je vous trairerai comme mes ennemis. » Paris obéit au roi , et quitta l'Egypte ; Hélène y fut retenue avec ses richesses.

Mais ies Grecs , comme les prêtres égyptiens déclaraient le savoir d'après

EGYPTE

uue tradition venant de Ménélas luimême, les Grecs, à la suite du rapt d'Hélène, assemblèrent une année qui arriva dans la Teucride pour soutenir ]\lénélas ; cette armée , après être débarquée, établit son camp, envoya des députés à Troie i Ménélas lui-même (ut du nombre. Cette députation , reiiie dans l'enceinte des murs de la I ille, réclama Hélène, ainsi que toutes les richesses que Paris avait dérobées vt emportées avec lui , et demanda , en outre, vengeance de l'injure faite aux Grecs; mais les Troyeiis répondirent alors ce qu'ils oîit toujours soutenu depuis, soit sous la foi du serment, soit dans leurs discoyrs ordinaires, que ni flélène, ni les richesses redemandées ne se trouvaient en leur pouvoir; que ces trésors, et Hélène elle-même , étaient ee Egypte , et qu'il serait injuste de les rendre responsables d'objets que le roi d'Egypte tenait en sa possession. Mais les Grecs, ajoutent les Égyptiens, ayant pris cette réponse pour une raillerie, firent le siège de la ville, finirent par la prendre ; et après s'en être rendus les maîtres , comme ils n'y trouvèrent pas Hélène , forcés alors d'ajouter foi aux premières paroles des Troyens, ils renvoyèrent Ménélas en Égyjpte.

Ménélas s'y rendit donc; et après avoir remonté le Nil , il arriva dans Memphis, où il se fit connaître; il fut traité avec les plus grands honneurs, comme un hôte distingué, et on lui remit, avec Hélène qui n'avait point eu à se plaindre de son séjour en Egypte, les richesses qui lui appartenaient.

Les Égyptiens disaient ensuite que Ménélas, malgré tant de services, se rendit coupable d'un sacrilège, et que, poursuivi par les Égyptiens, il remonta précipitamment sur ses vaisseaux et s'enfuit en Libye. Les prêtres égyptiens ne savaient pas ce que Ménélas devint après cette fuite, mais ils assurèrent que tout ce qu'ils venaient de raconter au sujet des trésors d'Hélène, ils le savaient d'une manière certaine , soit par les recherches qu'ils avaient faites, soit comme des évé-

nements qui avaient eu lieu dans leur propre pays.

Et pourquoi auraient-ils ignoré les Grecs , Troie et le bruit de la destruction de l'empire de Priam, quand àcette même époque la renommée des Égyptiens, de leurs armes , de leur civilisation , avait pénétré dans toutes les parties de l'Asie; quand leur puissance, assez révélée par leurs richesses et la inagnificence de leurs monuments, était si intéressée à fréquenter tout le bassin oriental de la mer intérieure et l'Archipel, qui n'en est qu'un appendice.

L'active niais discrète curiosité des Egyptiens leur avait appris les nations voisines , leur puissance et leurs intérêts, et jusqu'à leur physionomie?

Dans les tableaux emblématiques qui décorent les tombeaux de leurs rois, ils ont habituellement représenté, avec une bien remarquable précision , les habitants de l'Egypte et ceux des contrées voisines ; le dieu Horus , le pasteur des peuples , marche à leur tête ; les Occidentaux y figurent après les Asiatiques, et les Ioniens y sont nominativement mentionnés.

C'est un Ionien que représente la figure G de notre planche 1 1 ; c'est une famille absolument grecque de physionomie et de costume que reproduit une précieuse peinture, encore existante dans un des tombeaux de Beni-Hassan, où l'on voit une femme, couverte d'une tunique , poussant devant elle un âne qui porte deux jeunes enfants dans des paniers , et sous la protection d'un homme habillé de la chlamyde grecque, et tenant d'une main l'antique lyre grecque à trois cordes , et de l'autre un bâton. Tout ceci est grec , puisqu'il est écrit au-dessus, en signes alphabétiques, louni, Ioniens ; et ces figuresde Grecs, peintes exactement par les Égyptiens, remontent incontestablement a plus de quatre cents ans au-delà du temps des aventures d'Hélène et des malheurs de la famille de Priam.

Hérodote savait sans doute aussi bien que nous les, antiquités de la Grèce et celles de l'Egypte; on ne doit pas être surpris de la confiance qu'il

L'UMVERS.

accorde à la narration égyptienne; et cherchant jusque dans Homère les faits les plus propres à la justifler , il rappelle que ce poète convient que Paris, forcé par les vents d'errer en divers lieux, aborda avec Hélène à Sidon, en Phénicie, limitrophe de l'Egypte; qu'il en emporta des toiles peintes de diverses couleurs, précieux ouvrages des femmes de cette industrieuse cité ; qu'Hélène possédait plusieurs remèdes utiles que lui avait appris la femme du prêtre Thonis , de Canope , le même dont les Égyptiens disaient le nom à Hérodote ; enfin que Ménélas avouait à Télémaque que les dieux l'avaient retenu long-temps en Egypte.

Dans tous ces passages , dit Hérodote, Homère maniteste qu'il avait connaissance des courses de Paris et de son débarquement en Egypte ; et si , continuait-il, Hélène avait été en effet dans Troie quand les Grecs menaçaient la ville , certainement elle leur aurait été rendue avec ou sans le consentement de Paris; car comment croire Priam et ses parents assez insensés pour mettre en danger leur existence , celle de leur famille et de la ville entière , afin de favoriser les crimes de Paris? Après même une telle résolution , si elle avait été prise d'abord , auraient-ils persisté quand tant d'illustres Troyens, tant d'enfants même de Priam succombaient sous le fer des Grecs? Comment aussi expliquer la détermination d'Hector , héritier de l'empire, se sacrifiant à la défense d'un frère coupable et auteur de tant de maux? Les Troyens eux-mêmes s'y seraient unanimement soustraits en rendant Hélène, s'ils l'avaient pu; mais elle avait été retenue en Egypte , €t l'obstination des Grecs à ne pas le croire ne put être que l'ouvrage des dieux ; ils voulaient manifester aux hommes que les grands crimes attirent toujours les grandes vengeances. D'après ces précieuses traditions historiques , Hérodote aurait donc recueilli en Egypte l'histoire de Troie ; et Homère, qui l'avait aussi connue, en avait compose une épopée : son génie en créa tout le merveilleux . et en fit

un ouvrage peut-être sans modèle , et certainemenl sans rival. Du reste , il faudrait nier tous les rapports de l'Egypte avec la Grèce dans les temps prnnitifs de ses annales , et les Grecs eux-mêmes les ont assez reconnus et proclamés, pour refuser aux prêtres égyptiens toute notion certaine sur l'histoire des Grecs , leurs élèves : les Grecs eux-mêmes nous ont appris qu'Homère vit et connut l'Égyptè, et conféra avec ses prêtres , dépositaires des sciences et des archives humaines. Mille fois Hérodote révèle les emprunts de toute nature que leur firent les Grecs.

Au contraire , dit encore Hérodote , les Égyptiens n'ont adopté aucune des institutions des Grecs; et s'il existe à Chemmis, dans le nome de Thèbes, un temple consacré à Persée, fils de Danaé, et en l'honneur de ce héros des jeux gymniques , c'est parce que Persée descendait de Danaùs et de Lyncée, habitants de Chemmis, et qui avaient autrefois passé en Grèce.

Les prêtres égyptiens connaissaient très-bien l'histoire des premiers philosophes de la Grèce , et des traditions sur leur séjour et sur leurs recherches en Egypte y étaient soigneusement conservées. Ces prêtres affir- 1 naient que c'est à eux-mênies qu'Orphée avait emprunté les mystères qu'il institua en l'honneur de" Bacchus et de Cérès , qui, n'étaient que l'Osiris et risis de l'Egypte, et que sa fable des enfers n'était qu'une parodie des ce- < rémonies funéraires qu'il avait vu pra- | tiquer par les Égyptiens. Il s'en trou- I vait même parmi eux qui afiirmaient qu'Orphée et Amphion étaient nés sur le bord du Nil. Les vers d'Hésiode abondent en idées égyptiennes travesties. Pythagore ap{)rit en Egypte tout ce qu'il parvint a savoir, "et il sut beaucoup de choses très-positives, et quelques-unes qui l'étaient un peu moins. Ses préceptes sur les principes de la philosophie naturelle, sa doctrine des nombres, ses mystères sur la science , sur la morale , sur l'origine du monde , ses symboles et ses énigmes, tout est égyptien dans ctî

KGYPTK.

élève des prêtres de l'Kgypte, si distingué d'ailleurs, et si chéri par ses maîtres, dont le plus illustre fut l'arrliiprophète Sonchès. Solon,Tlialès de IMilet apprirent d'eux aussi tout ce qu'ils enseignèrent à la Grèce. INous connaissonsles maîtres égyptiens du diviiiPlaton ; Proclus nomnie comme tels Paténéïth, Ochaaps d'Héliopolis, Étymon de Sébennj'tus : l'histoire nomme encore Sechnouphis d'Héliopolis. On montra à Strabon le collège où Eudoxe et Platon avaient étudié à Héliopolis; et je ne sais quel prêtre de l'une de ces villes savantes lui répétait (luelquefois : « O Platon ! Platon ! vous -< autres Grecs, vous n'êtes que des « enfants ! »

Eudoxe reçut aussi à Héliopolis les leçons du prêtre Conuphis; et bien d'autres Grecs s'instniisirent à la même école : Eudoxe et Platon étaient allés ensemble en Egypte ; on montra à Strabon la maison qu'ils avaient habitée, et on lui dit que ces deux philosophes avaient passé jusqu'à treize années dans cette ville célèbre par son collège sacerdotal ; qu'ils y avaient vécu dans le commerce habituel des prêtres; qu'à force de temps et de prévenances , ils obtinrent enfin de ces doctes ministres de la science et de la divinité, très-instruits en astronomie , mais d'habitude très-mystérieux et peu communicatifs , la "connaissance de quelques théorèmes ; mais que les prêtres leur cachèrent la plus grande partie de ce qu'ils savaient , notamment la méthode des intercalations qui donnaient à l'année civile une durée égale à la révolution solaire , intercalation ignorée des Grecs , ajoute Strabon, ainsi que bien d'autres choses , jusqu'à ce (jue des astronomes { modernes au siècle du voyageur ) l'eussent connue au moyen des traductions en langue grecque "des mémoires rédigés par les prêtres égyptiens, mémoires où les astronomes puisaient encore de son temps , ainsi que dans les écrits des Chaldéens. Platon et Eudoxe furent donc redevables à cette persévérance que leur donnait uti ardent désir de savoir . des com-

munications qu'ils arraclièrent à la réserve habituelle des prêtres égvptiens. Ils ne révélaient pas leurs mystères à toute sorte de personnes, "dit Clément d'Alexandrie ; ils ne portaient pas les choses divines à la connaissance des profanes, mais seulement des personnages destinés au trône, et de ceux d'entre les prêtres qui étaient les plus distingués par la naissance, l'éducation ou la science. Et Fourier, dans cet écrit si justement admiré , où Fontane trouvait, avec tant de raison , la grâce d'Athènes réunie à la sagesse de l'Egypte , a résumé toutes ces pensées de Tantiquité sur la puissance du sacerdoce dans l'Egypte , quand il a dit que sa religion, unie à l'étude des phénomènes naturels , était en même temps intellectuelle et physique, qu'elle ne révélait qu'à quelques esprits sages les principes abstraits de la morale , et les offrait à tous sous des foVmes sensibles. La Grèce ne comprit peut-être pas complètement ces deux parties de cet admirable système , si approprié à l'insufi'Jsance ordinaire de l'intelligence humaine, et qui , par la forme ou par le fond, inspire invinciblement aux esprits de tout ordre les pratiques ou les convictions, les actions et les pensées les plus utiles à l'ordre social et au bonheur de l'homme.

De tous les élèves des doctrines égyptiennes, le plus célèbre est ftloïse, le législateur des Hébreux. On connaît les merveilles de sa naissance et de son éducation. Protégé par la fille du roi d'Egypte , élevé dans le palais du souverain, au sein des magnificences d'un grand empire, «il fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens , et devint puissant en paroles et en oeuvres.» Les autorités ne manquent pas sur la véracité de l'histoire de Moïse, même dans l'antiquité profane. Strabon le considère comme un prêtre égyptien qui , voulant bannir les animaux vivants des cérémonies religieuses , essaya de changer les formes du culte public. .Justin disait que Moïse avait reçu de la nature les plus rares qualités, et, comme son ancêtre Joseph, le don d'ex-

L'UNIVERS

pliquer les songes et de faire des prodiges, étant également instruit dans la science humaine et les secrets des dieux. On prête à Manéthon un jugement fort sévère sur Moïse : on lui tait dire qu'une populace lépreuse et mi- , sérable, condamnée aux plus vils comme aux plus pénibles travaux , à creuser des canaux, à élever des chaussées , fut enfermée dans l'enceinte d'Aouaris, construite quelques siècles avant par les Pasteurs, et que, désireux de se soustraire à un honteux esclavage , ils élurent pour chef un prêtre d'Héliopolis, nommé Osarsiph, qui leur donna un culte nouveau, et, changeant de nom, prit celui dé Moïse. Diodore de Sicile rangea néanmoins le législateur des Hébreux parmi les hommes d'une prudence consommée, d'un courage à toute épreuve , et qui ,,chef d'une peuplade étrangère à l'Egypte, où elle était esclave, l'en fit sortir, la conduisit dans le désert voisin , lui donna des lois , secondé par le concours des hommes les plus capables, qu'il institua à la fois prêtres et magistrats , conservant pour lui-même l'autorité suprême, dont il était digne par sa science, comme par son caractère.

Lorsque l'âge était venu , il avait, en effet, étudié dans les collèges sacerdotaux de l'Egypte, et des maîtres les plus distingues, dit Clément d'Alexandrie , l'arithmétique et la géométrie, le rhythine et l'harmonie, la médecine et la musique. Moïse s'adonna en outre à l'étude de cette partie de la science qui s'exprime par des symboles et les signes hiéroglyphiques," ce qui ne peut laisser dans l'esprit d'autre idée que la connaissance de la partie symbolique de l'écriture sacrée des Égyptiens; et saint Justin, martyr, autorise en effet cette interprétation des paroles de Clément d'Alexandrie, qui écrivit deux siècles après .Tustin. Celui-ci, dans ses Questions aux orthodoxes, se demande «Pourquoi Moïse, s'il a été instruit dans toute la science égyptienne, ne s'est pas adonné à l'astronomie , à la géométrie , à l'astrologie et aux autres études analogues ; à quoi il fait cette

réponse : Moïse ne s'occupa que de la science la plus élevée, car l'astronomie, l'astrologie et la géométrie passèrent chez les Égyptiens pour des études vulgaires et peu relevées : on attachait, au contraire, un grand prix aux études hiéroglyphiques, que l'on enseignait dans les sanctuaires, non au premier venu du vulgaire, mais à des gens choisis et excellents. » Enfin, il était de tradition éci'ite dans l'antiquité , que Moïse avait reçu une éducation toute royale, qu'il fut à la fois prophète, législateur, militaire, politique et philosophe, tout ce qui est nécessaire pour être roi , disent les anciens ; et l'on sait avec quels avantages il lutta plus tard de merveilles et de miracles contre les sages et les enchanteurs du Pharaon , de qui il voulait obtenir la délivrance de ses frères d'Israël. Il battit les Égyptiens avec leurs propres sciences , et sa renommée est restée attachée à une des.

plus mémorables époques de l'histoire des nations orientales.

Tous ces hommes illustres de l'antiquité , qui influèrent si directement sur leur siècle et sur leur pays , s'instruisirent en Egypte ; ils sont , dans l'ordre des progrés de la philosophie, les glorieux intermédiaires entre les premiers instituteurs de l'homme et ceux qui , dans les temps modernes ,.

ont abaissé par d'immortels efforts, les dernières barrières devant l'intelligence humaine. L'Europe civilisée profite encore des connaissances que l'Egypte transmit à tant de nations anciennes, et dont la caste sacerdotale fut si long-temps la dépositaire fidèle et toute-puissante.

S'il était en effet nécessaire d'ajouter quelques considérations nouvelles à tous les faits qui nous révèlent hautement cette puissance, infinie de la caste sacerdotale en Egypte, sa constante influence sur les mœurs et les lois, sur les coutumes publiques ou les habitudes domestiques, et le précieux appui qu'en retirait l'autorité royale pour maintenir les peuples dans l'amour de l'ordre et l'obéissance, il nous suffirait de rappeler

EGYPTE. 153

jiiain proparé et habitué la population à cette influence, sans doute par la pratique des plus rares vertus et par la profusion des biens les plus utiles à l'homme policé, mais surtout en inculquant dans tous les esprits, en les révélant oralement aux plus sages, en les exprimant sous des formes sensibles aux yeux des plus bornés , les préceptes d'une morale épurée, source de tous les doggies salutaires et consolants , et qui proclamait l'unité de Dieu , l'immortalité de l'ame , les peines et les récompenses d'une autre vie.

Cette croyance qui mêlait sans cesse la terre avec le ciel , et l'homme avec Dieu, dans les mystères d'une religion où l'on puisait à la fois les plus utiles préceptes d'hygiène publique , et la règle des nobles actions et des vertueuses pensées, était empreinte dans tous les cœurs, écrite dans tous les livres, exprimée figurativeraent sur les monuments publics. On ne pourrait, sans errer, contester à l'Egypte ces sublimes résultats de sa longue étude de l'homme et de l'univers. Ce fut en Egypte, dit un écrivain chrétien du preinier siècle, qu'Homère et Platon apprirent ce dogme de l'unité de Dieu ; et un autre savant père grec ajoute que l'autre dogme , celui de l'immortalité de l'ame ,"a passé de l'Egypte chez les Grecs, que Platon l'apprit de Pythagore, et beaucoup d'autres de Platon.

Les transmigrations successives de l'ame séparée de l'homme qu'elle a animé sur la terre, idée propre à l'Egypte dès ses primitives institutions, ne fut que le tableau des épreuves que cette divine émanation avait à subir afin d'arriver à l'infinie perfection , qui devait être le but constant de ses vertueux efforts. La prévoyance qui caractérisa la population égyptienne nous a transmis le tableau complet de ces épreuves redoutables, dans le rituel des cérémonies imposantes que prescrivait je code des lois religieuses pour ces longues et difficiles épreuves.

Ce tableau est généralement connu snus le nom Aq Rituel funéraire ; les

copies orisinales n'en sont point rares, mais il n en existe qu'un très -petit nombre de complètes. Écrites en signes hiéroglyphiques ou en signes hiératiques, ces copies sont également reconnaissables à une suite de scènes qui sont peintes au haut des colonnes ou pages du manuscrit , et qui nous montrent un personnage de forme humaine comparaissant successivement en la présence d'un assez grand nombre de divinités auxquelles il fait des offrandres ou adresse des supplicatictfis.

On voit parfois, mêlé avec les pages d'écriture, un tableau d'agriculture, où le même personnage laboure, sème et moissonne dans des scènes variées ; enfin la deuxième partie du livre est terminée par un autre grand tableau , où un assez grand nombre de personnages occupent la scène : c'est la représentation du jugement même de l'ame , c'est le sujet' reproduit sur notre planche 20.

Ce rituel funéraire, quand il est complet, est composé de trois parties; on en connaît plusieurs exemplaires, tous en rouleau , et qui n'ont pas moins de 30 à 40 pieds de longueur, sur un à deux pieds de hauteur. Le titre général de l'ouvrage est celui-ci : Livre des Manifestations à la Lumière. Dans les temps de la splendeur de l'empire égyptien, on en plaçait auprès de chaque corps embaumé une copie plus ou moins complète, plus ou moins soignée , selon la qualité du personnage, soit la première et la deuxième subdivision, soit la deuxième et la troisième, ou enfin quelques chapitres seulement, ce qui arriva surtout dans les momies les moins anciennes. Cet ouvrage religieux, qu'on peut assimiler à nos livres de prières appelés Heures, et dont on met aussi un exemplaire dans la bière chrétienne, est un recueil très-étendu des formules relatives à l'embaumement, au transport des morts dans les hypogées, et il contient une foule de prières adressées a toutes les divinités qui pouvaient décider du sort de l'ame , soit dans l'enfer, où elle était jugée, soit «ans les régions m\stiques qu'elle

devait habiter avant de recommencer le cours de ses transmigrations.

Un des rituels en caractères hiéroglyphiques , du Musée royal du Louvre , est un extrait des diverses parties du Livre des Manifestations à la Lumière; il est orné de peintures coloriées avec beaucoup de soin , et il appartient à la momie d'un prêtre graihmate , ou secrétaire de justice, nommé ]\évoten.

La grande scène initiale représente ce magistrat , vêtu de blanc , suivi de sa mère Amenhem-hèb, et de sa sœur Hnisannoub , faisant les offrandes au dieu Osiris , assis sur un trône dans un naos richement décoré. Le texte qui suit ce tableau religieux est extrait de la première partie du rituel , et contient les prières relatives au transport de la momie du défunt dans l'hvpogée de sa famille, cérémonie retracée avec détail dans la longue vignette placée au-dessus du texte. On voit, au centre de cette composition , la momie de Névoten , étendue sur le lit funèbre placé dans une barque portée sur un traîneau que tirent quatre bœufs. La mère du défunt, Amenhem-hèb , les cheveux épars et la tunique souillée en signe de deuil, pleure sur la momie de son fds. Deux femmes , figurant les déesses Nephthys et Isis , vêtues de rouge, veillent à la tête et aux pieds du mort. A côté de la barque funèbre est un prêtre d'Osiris , reconnaissable à la peau de panthère qui le couvre , ainsi qu'à l'encensoir et au vase à libation qu'il porte dans ses mains. Quatre hommes conduisent sur un second traîneau un grand coffre noir , en forme de naos , renfermant les vases funéraires qui contiennent les viscères et les intestins du défunt, embaumés séparément.

Le dieu Anubis , à tête de schacal , prend possession de ce coffre funéraire que suivent immédiatement les parentes du mort, éclievelées, vêtues de tuniques souillées de cendre ou de poussière. A la suite de ces femmes qui se lamentent , comme l'indique la position de leurs bras , viennent les parents ou les amis de Névoten , en

habit de deuil , et tenant un long bâton dans leurs mains. Dans la dernière partie de cette curieuse ])einture, près d'un amas d'offrandes de divers genres, on remarque la mère du défunt disant le dernier adieu à la momie de son fils. Le prêtre d'Osiris accomplit les dernières cérémonies sur la momie dressée devant l'entrée de l'hypogée, ou catacombe de sa famille.

La porte en est ouverte, et le dessinateur a tracé au-dessaus le plan même de l'hypogée. Un long escalier conduit à une porte peinte en jaune, donnant entrée dans une première salle où se voient un autel et un fauteuil ; une seconde porte conduit à un cabinet qui communique à la grande salie , dans laquelle est une es'trade portant la momie du mort. Une galerie , parallèle à cette grande salle , renferme les coffrets et les offrandes funéraires. Dans les quinze petites vignettes peintes qui suivent , on voit le défunt, vêtu de blanc , adorer successivement les génies des huit régions d'Hermès,, les génies de l'Orient , les oiseaux sacrés Bennou et Ghenghen, l'esprit d'Atmou sous la forme d'un bélier, le dieu Phtha dans son naos , enfin divers animaux et emblèmes sacrés.

Les autres vignettes sont relatives aux divinités qui président à l'embaumement des corps. Au-dessous de chaque vignette est placé le texte qui s'y rapporte directement. Dans la suite du manuscrit , le défunt Kévoten adore Osiris, suivi d' Anubis et de ses parèdres ; il se présente ensuite comme suppliant dans le palais de la vérité, où sont les images des quarante-deux juges des morts. Plus loin il adore Osiris dans un naos au milieu de l'Amenti ; devant le dieu est la balance pour peser la conduite des âmes , la plume d'autruche , emblème de la justice , et le Cerbère égyptien. Le défunt ]\évoten est ensuite admis dans le palais de la vérité, où est l'arche symbolique du soleil. Il navigue bientôt dans le ciel accompagné de sa femme Mouthemhèb , dans un vaisseau à voiles. Un autre tableau représente le défunt contemplant le vaisseau sacré du dieu

EGYPTE

Phré. Le texte qui suit immédiatement cette scène est relatif aux divinités qui président à la conservation des divers membres du corps humain.

La traduction d'un texte analogue est à la page 105 ci-dessus.

Un autre manuscrit hiéroglyphique n'est que l'extrait des trois parties du grand rituel funéraire, orné de peintures relatives aux divers textes. On y remarque successivement le défunt khonsouniosis, prêtre d'Ammon dans Oph, hiérogrammate du temple de la déesse RIouthis-Bouto, membre du collège des hiérogrammates de Tbèbes, faisant une libation et offrant l'encens au dieu Phré-Atmou, seigneur du grand temple ; à Osiris Pethempamentbès , surnommé Onnofris , modérateur des vivants ; à Isis , grand'mère divine , et à Nephthys, déesse adelphe, comme portent les "légendes hiéroglyphiques tracées au-dessus des personnages de la première scène ; Khonsouniosis, adorant les emblèmes de la demeure des morts ; le même personnage, labourant et coupant la moisson dans les Champs-Elysées, au milieu des âmes pures; le défunt suppliant à l'entrée de leur palais, dont les portes sont ouvertes , les quarantedeux juges des âmes dans l'Amenthi ; le même , présentant des offrandes de pains à huit des gardiens du palais d'Osiris,à têtes de rat et d'uraeus alternées ; le même, adorant les quatre génies des morts , précédés des attributs d'Osiris , le thyrse , la peau de panthère et la coupe; le même, arrivant au bassin mystique de feu liquide, sur les bords duquel sont quatre cynocéphales.

La dernière scène représente la momie de Khonsoumosis , couchée sur le lit funèbre, au-dessous duquel sont les quatre vases funéraires. L'ame du défunt plane au-dessus du corps embaumé. Plus haut sont les déesses Isis et Nephthys devant une table chargée d'offrandes funéraires.

Un troisième manuscrit , mais en caractères hiératiques, est un rituel funéraire à peu près complet, écrit par «ne très-belle main, orné de tableaux

et de vignettes dessinés en noir, avec une finesse et une pureté de trait admirables. Ce rouleau est de l'espèce de papyrus nommée royale, la plus précieuse de toutes ; aussi est-il beaucoup moins foncé , et a-t-il conservé plus de souplesse que les autres rouleaux découverts jusqu'ici dans les catacombes égyptiennes.

Un autre manuscrit hiératique n'est qu'une feuille de papyrus contenant les premières formules de la prière pour les morts, intitulée : Tascho- Mah-Snau, par laquelle on supplie « Hathôr, déesse de la contrée occi- " dentale , de faire prospérer le nom « de Soter, fils de Baphor, le jour et " la nuit; d'assurer à ce défunt une « place dans la demeure céleste, afin « que son nom germe dans le ciel par « le dieu Phré (le soleil ) , et dans le « monde physique par le dieu Sèv « ( Saturne ) ; de faire enfin que ce « nom soit agréable à Osiris, seigneur n de l'occident , et à toutes les puis- « sances de l'Amenthès , maintenant « et à toujours. » Ce manuscrit est de l'époque romaine en Egypte.

D'autres papyrus , également funéraires , abondent en tableaux symboliques, dans lesquels sont figurés les formes emblématiques et les attributs de différentes divinités , et principalement ceux du soleil et d'Osiris. On y remarque 1° le défunt adressant une prière au dieu de la lumière venant du ciel , dont les yeux illuminent le monde matériel et dissipent les ténèbres de la nuit, etc. : dans le tableau qui suit cette prière , on a figuré des âmes et des hommes adorant un disque lumineux ; 2° prière à Phré , dieu grand, manifesté dans les deux firmaments , et symboles des deux formes de cette divinité ; 3° prière aux dieux Phré et Thôth, autre symbole de Phré; 4° prière à la déesse IVetphé, la grand'mère des dieux , pour qu'elle accorde à l'Égyptien Amenhem la contemplation du disque de la lumière dans toute sa splendeur ; le tableau représente la déesse Netphté, dont le corps couvert d'étoiles se recourbe comme pour circonscrire l'espace : c'est

L'U-MVERS.

le ciel personnifié : le dieu Sôou, l'une des formes de Knèph ou le Démiurge, j)lacé entre l'orient et l'occident, personnifiés sous l'apparence de deux femmes, élève, dans l'espace circonscrit par le ciel ( Netphé ) , le vaisseau du soleil , dont il semble ainsi déterminer le cours; 5° prières h Osiris, seigneur de la région de stabilité. Les emblèmes de ce dieu , ainsi que Thôth ibiocépbale, sont renfermés dans un cercle formé par le serpent qui se mord la queue, emblème de l'éternité ; <;° prière à toutes les divinités qui président aux régions habitées par les âmes , représentées symboliquement dans le grand tableau suivant; 7° à 10° courtes invocations aux dieux Osiris , Nofré-Atmou , et à la vache sacrée d'Hathôr.

Enfin, un autre manuscrit hiéroglyphique, colorié, est entièrement formé de tableaux symboliques relatifs au système psychologique des Egyptiens. On y a représenté les divers états de l'ame , ainsi que les divinités qui présidaient à ses transmigrations.

Ce papyrus appartenait à la momie d'une femme nommée Tetchonsis.

Malgré l'analogie des sujets de ces manuscrits, on remarque toutefois quelques diversités dans le nombre et l'ordre des scènes, diversités déterminées très-vraisemblablement par celle des qualités ou du rang du personnage pour lequel le manuscrit fut dessine , et les plus complets comme les plus beaux appartenaient nécessairement aux membres de la caste sacerdotale, à la classe spécialement chargée du service des dieux et des choses sacrées. Ce qu'il y a d'uniforme dans tous les rituels , c'est la scène finale de la seconde subdivision de l'ouvrage , qui est aussi ceile de la fin de la vie, uniforme aussi pour tous, et telle qu'elle est représentée sur notre pi. 20.

Après les divers pèlerinages de l'ame du défunt dans les régions nombreuses

au'elle doit visiter, elle arrive enfin ans YJmenthi, l'enfer, où elle va subir son jugement. La scène qui le représente offre à nos regards la partie

la plus curieuse de la croyance religieuse des Égyptiens. L'inérogrammate , dans la composition de ce sujet singulier, a su donner un corps aux idées les plus métaphysiques , et nous y trouvons la preuve évidente que le dogme de l'immortalité de l'ame et celui des récompenses et des peines dans une autre vie furent les fondements principaux de la religion des anciens Égyptiens. Il est naturel en effet de retrouver ces grands principes de la morale chez un peuple dont l'antiquité tout entière a célébré la sagesse. L'Écriture sainte elle-même ne dédaigne pas de la rappeler , quoiqu'elle condamne en même temps ces tormes matérielles sous lesquelles l'Iigypte trouva bon de voiler ses doctrines.

Cette scène se trouve d'ordinaire à la fin de la seconde section du rituel funéraire entier , mais seK de conclusion à tous les rituels abrégés; elle présente la Psychostasie, c'est-à-dire le jugement que, selon les doctrines égyptiennes , devait subir l'ame des morts en quittant le corps mortel , dans la région inférieure de VÂmenthi, où l'on examinait sévèrement et oùVonpesait ses actions durant sa vie sur la terre. L'édifice où la scène se passe est le prétoire même de l'Anrenthi , le palais du juge suprême des âmes. On distingue à gauche de la scène le dieu lui-même assis sur son trône. Il est caractérisé par une coiffure particulière, formée de la partie supérieure du pschent ( une tiare royale ), ceinte d'un large diadème et unie au disque du soleil et aux cornes de bouc, emblèmes de la lumière et de la faculté génératrice. Le dieu tient dans ses mains un fouet et un sceptre recourbé en forme de crochet, soit pour exprimer le pouvoir d'exciter le mouvement des choses et de les ralentir , soit par allusion au nom de la région infernale à laquelle ce dieu préside , c'est-à-dire l'Amenthi , qui attire les âmes de tous les vivants et qu'on croyait les relancer dans le monde; ce dieu est Osiris, dieu trèsbienfaisant, seigneur delà vie, dieu

KGYPTK.

grand , médiateur éternel , président de la région inférieure, et roi divin.

Nous retrouvons donc là le souverain de l'enfer égyptien, Osiris, divinité qu'Hérodote, Diodore de Sicile et Plutarque regardaient unanimement comme le type primitif du Dionysos ou Baccliusdes Grecs et des Romains.

L'opinion de ces classiques est pleinement confirmée par le groupe emblématique placé en face du dieu et dans la chapelle même. Un grand nombre de papyrus montrent clairement dans ce groupe un vase d'où sort un thyrse, auquel est liée par des bandelettes une peau de panthère. Ainsi ces principaux emblèmes de Bacchus sont constamment figurés auprès d'Osiris , et on en conclut l'origine égyptienne de la divinité grecque , le culte égyptien étant sans aucun doute antérieur au culte grec. Toutefois les Grecs adoptant la divinité égyptienne, en restreignirent singulièrement les attributions. De même Phtha, le ministre immédiat du dieu supérieur et organisateur du monde physique, devmt en occident le forgeron Héphaïstos , Vulcain. Osiris , le principe humide du monde, ne fut ainsi pour les Grecs, du moins dans la croyance populaire, que l'inventeur de la vigne , le dieu du vin, et le pin fut ajouté au thyrse.

Devant la sainte habitation du dieu de l'Amenthi est un autel chargé d'offrandes, telles que des pains, des viandes diverses , des grenades et des fleurs de lotus ; et ce lotus est le symbole du monde matériel.

Le voisinage du séjour du suprême juge de l'Amenthi est annoncé par un piédestal sur lequel se repose un animal monstrueux , mais dont les formes sont si déterminées, qu'on ne peut y méconnaître un hippopotame mélangé de crocodile : c'est le cerbère égyptien. Ici , c'est l'hippopotame femelle , qui , dans les tableaux astronomiques de Thèbes et d'Esnéh, occupe dans le ciel même la place que les Grecs ont donnée à ia grande Ourse. Cette constellation était nommé le Chien de Typhon par les Égyptiens , et sa présence dans l'Amenthi ( l'enfer ) ne

laisse pas douter que cet animal ne soit le type du chien Cerbère, qui, selon les mythes çrecs , gardait l'entrée du palais d'Ades. La légende égyptienne le nomme 0ms , et le quahiie de recteur de la région inférieure.

A l'autre extrémité de cette scène ( à droite ) , on remarque un groupe de trois personnages , c'est-à-dire une femme qui, la tête surmontée d'une plume, présente une personne vêtue a la manière ordinaire des Égyptiennes, à une déesse caractérisée par un sceptre et par l'emblème de la vie céleste ( la croix ansée ) qu'elle tient dans sa main droite. C'est l'ame d'une défunte sous les formes corporelles , conduite par les deux déesses T 'évité et Justice devant le grand juge des morts.

Thméï, lille du Soleil, fut la compagne habituelle d'Osiris dans l'Amenthi; elle représente le personnage analogue à la Perséphonè des Grecs et à la Proserpine des Latins ; ses fonctions sont de recevoir les âmes des morts à l'entrée Je l'Amenthi , et elle semble les rassurer et exciter leur confiance , pendant qu'on examine leur conduite sur la terre. Elle est en outre la présidente des quarante-deux juges, ou plutôt quarante-deux jurés votants qui ont le droit d'assisterau jugement des âmes, aux assises infernales, et qui occupent , sur deux lignes , le haut de la scène.

L'antiquité grecque parle de ces jugfts auxquels les Egyptiens soumettaient les personnes de toutes les classes de la nation avant de permettre que leur dépouille mortelle fût déposée dans le tombeau des ancêtres.

Certains juges inexorables examinaient en présence du peuple la conduite tenue par le mort avec ses concitoyens, et ils refusaient à son corps une "place dans la catacombe, s'il n'avait pas religieusement rempli ses devoirs envers les dieux et envers les hommes.

Cette coutume, éminemment morale, produisait d'autant plus d'effet sur les moeurs publiques , qu'elle s'appliquait aux rois mêmes. Les sculptures des temples et des palais (ju'on voit encore dans les ruines de Thebes . constatent

L'UNIVERS

stifllsamment que les noms de quelques Pharaons turent proscrits par ces mêmes juges suprêmes.

Ainsi les Égyptiens imitaient sur la terre , à l'égard du corps , ce qu'ils croyaient, selon leurs doctrines religieuses, être pratiqué à l'égard des âmes dans l'enfer , l'Amenthi , où elles passaient après leur séparation du corps. La dernière scène des papyrus représente donc cette épreuve îinale , la plus complète de toutes , puisqu'elle exige de î'anie un compte général des motifs de ses actions , et en tout la plus redoutable, puisque les juges sont les dieux mêmes, les êtres supérieurs , ceux à qui tout est connu jusqu'aux plus secrètes pensées.

Dans cette scène finale , l'ame du défunt, figurée, pour lever toute incertitude et comme dans sa présentation à Thméï , sous les formes corporelles mêmes dont il fût revêtu durant son séjour sur la terre , se voit de nouveau représentée à genoux , les.

bras élevés , en attitude suppliante , devant les images des quarante-deux juges de l'Amenthi, rangées sur deux files , ce qui a rendu nécessaire la répétition de la figure de l'ame , sur le sort de laquelle ces juges doivent prononcer la sentence. Les têtes de ces quarante-deux juges sont assez variées ; les unes ont la forme humaine , d'autres la tête de divers animaux, tels que crocodile , aspic , bélier , épervier, ibis, schakal, hippopotame, lion et cynocéphale. Cette diversité de têtes provenait de la nécessité de caractériser un à un ces divers juges figurés hiératiquement, ayant d'ailleurs des fonctions diverses ; leurs quarante-deux noms propres se lisent dans les rituels Funèbres complets , auprès de la scène du jugement, avec l'indication précise de la région céleste à laquelle chacun d'eux présidait. Diodore de Sicile pari* de ces quarante-deux génies en décrivant des bas-reliefs du tombeau d'Osymandias , sur lesquels était figuré le jugement de l'ame de ce conquérant ; et dans d'autres manuscrits , ces juges sont figurés assis devant Thméï, leur iT^sidente

Cette déesse, fille du Soleil, dont la figure est si fréquente sur les monuments, parce qu'elle était regardée comme la protectrice de l'Egypte et la directrice du pouvoir royal, a été prise par les Grecs pour leur Héra , la Junon des Latins. Mais chez les Égyptiens , Thméï était l'emblème de la vérité; de là elle fut dite la première née du dieu de la lumière, et on lui attribua la suprême présidence des régions infernales, où les apparences mondaines s'évanouissent, où tous les projets humains disparaissent pour faire place aux éternelles réalités. Elle devait donc diriger et régler les opérations des juges de l'Amenthi , et son image , celle de la vérité , devait se trouver appendue au cou et sur la poitrine des juges composant le tribunal qui , sur la terre, décidait des plus importants intérêts des familles. Férité et justice sont deux idées essentiellement connexes dans l'ordre moral; un seul et même mot exprimait l'uneet l'autre dans l'ancienne langue des Égyptiens , et le plus beau et le plus ordinaire des titres que prirent les Pharaons sur leurs obélisques , fut sans doute celui d'ami de Thméï ^ ami de la vérité, c'est-à-dire, de la justice.

En présence de ces quarante-deux juges, d'autres divinités faisaient ellesmêmes l'examen de la conduite que l'ame avait tenue sur la terre. Ses actions étaient rigoureusement mises dans la balance de l'Amenthi, et cet instrument, qui décidera du sort de l'ame, est placé au-dessous des juges.

Le fût ou colonne qui le supporte est surmonté d'un cynocéphale assis , image symbolique de l'un des ministres du dieu Thoth, appelé alternativement Api ( nombre , quantité ) , et Hap (jugement, sentence), noms, comme on le voit, relatifs aux fonctions du génie qui préside à la pesée des actions de l'ame sur la balance infernale dont la garde lui était commise.

Deux autres personnages sont debout auprès des bassins de la balance, et pèsent les bonnes et les mauvaises

KGYPTK.

actions du défunt. La figure a droite, qui examine attentivement le fil ou plomb au moyen duquel les Égyptiens avaient coutume d'estimer le' poids relatif des deux bassins de l'instrument , est le dieu Horus , le fils chéri d'Osiris et d'Isis, bien reconnaissable à sa tête d'épervier, de même que par son nom d'ordinaire écrit au-dessus de lui.

Le personnage de gauche , à la tête de schakal , ou de loup d'Egypte , est le dieu Anubis , fils d'Osiris et de Nephtis. Les fonctions spéciales de ces deux frères étaient de peser les actions des morts en présence des juges de l'Amenthi. Les mauvaises sont symboliquement figurées par un vase d'argile Eosé dans le bassin de droite , et les onnes dans le bassin de gauche , par une petite figure de Thméï, ou de sa plume seulement, c'est-à-dire par le symbole même de la justice et de la vérité.

En avant de l'instrument redoutable on voit une autre divinité, dont la haute stature annonce la dignité; car, dans les tableaux symboliques des Égyptiens , la hauteur des figures est presque toujours en raison du rang du personnage figuré, toutes les fois du moins que l'espace ne s'oppose pas à la pratique de cette règle. L'hiérogrammate a représenté ici le dieu Thoth ( la science et la sagesse divines personnifiées), l'inventeur des lettres et le premier législateur des Égyptiens.

Quand Osiris revêtit des formes humaines pour introduire la vie civile dans le monde , Thoth , le Mercure des Égyptiens, fut son fidèle compagnon et comme l'ame de ses conseils.

Les mêmes traditions religieuses ajoutaient qu'il n'abandonna jamais Osiris, même lorsque ce dieu établit sa demeure dans l'Amenthi pour juger les âmes. Le Mercure égyptien est caractérisé par sa tête d'ibis , oiseau qui , dans l'écriture sacrée égyptienne , est le symbole du cœur et de l'intelligence. Il tient dans sa main ub calam, et il écrit sur une tablette le résultat de ia pesée dans la balance de l'Amenthi, des œuvres du défunt. Thoth porte ce résultat à la connaissance du juge 9' Livraison. (Egypte.)

suprême ûes âmes , Osiris , dont Ja bouche doit prononcer la sentence définitive. Considéré selon ces fonctions dans l'enfer égyptien, Thoth correspond exactement au Mercure Psychopompe des Grecs.

Tel est le sens de la scène figurée dans la deuxième partie des papyrus ; elle rend ainsi sensible aux yeux toute la doctrine psychologique des Égyptiens, c'est-à-dire l'ame du défunt qui entre dans l'Amenthi, et qui se trouve en présence de la vérité; ses ministres, les quarante-deux juges, sont chargés d'examiner les motifs de ses actions; ces mêmes actions sont pesées par certains dieux; la sagesse divine ( Thoth ) écrit le résultat de cette pesée; la bonté de Dieu, figurée par l'être bienfaisant par excellence , Osiris , récompense l'ame fidèle à ses devoirs en l'appelant dans un monde meilleur, ou bien il la punit de ses fautes en la rejetant sur la terre pour y subir de nouvelles épreuves et y endurer de nouvelles peines sous une nouvelle forme corporelle , jusqu'à ce qu'elle se présente pure de toute faute au tribunal de l'Amenthi. Ici l'amb a été reconnue coupable de gloutonnerie, et elle est renvoyée sur la terre sous la forme d'une truie.

On trouve dans cette scène allégorique toute ia représentation de l'enfer des Grecs et des Romains. Orphée, et les autres très-anciens instituteurs du culte des Grecs, furent les disciples des prêtres égyptiens ; il n'est donc pas surprenant que le palais d'Adès ne soit en grande partie autre chose que la copie de l'Amenthi égyptien. Osiris est devenu en occident Adès, ou Pluton ; Thméï, Proserpine; 0ms , le Cerbère ; Thoth , le Mercure Psychopompe; enfin Horus, Api et Anubi , semblent être les types originaux de Minos, Éaque et Rhadamante : et de tels rapprochements font comprendre quels précieux renseignements sur les origines de la religion des Grecs et des Romains, peut fournir l'étude approfondie des monuments de tout genre qui nous re* tent de l'antique Egypte.

L'expression figurée de cette même croyance au sujet du jugement de l'ame des morts, par les symboles qui pouvaient la rappeler directement à l'esprit de tous , était multipliée avec une attentive persévérance: fondement de la morale publique , elle était reproduite sur les monuments publics par le concours de tous les arts. Le tableau qui la représente entrait dans le système de (îécoration religieuse des grands édifices. On la retrouvait ainsi et dans, les livres et dans les temples de l'Egypte, tant que dura l'inlluence des institutions nationales ; les rois et les citoyens comparaissaient devant le même tribunal. Ce même tableau religieux existe encore, en effet, parmi les bas-reliefs peints du petit temple qui s'élève derrière l'Améno-

Ehion , sur la rive occidentale de Thèes : il fut dédié aux deux déesses Hathôr et Thméï, vers l'an 200 avant l'ère chrétienne , comme le disent les dédicaces, qui nommentle roi Ptolémée- Épiphane et la reine Cléopâtre sa femme. Champollion le jeune a vu et décrit ce monument; il a déterminé l'époque de sa fondation, un peu antérieure au règne d'Épiphane; il a donné à la fcis le nom du prince qui le dédia , et celui des divinités auxquelles il fut consacré : il a reconnu que le naos du temple est divisé en trois salles ou sanctuaires contigus ; que le sanctuaire principal , celui du milieu , est décoré de tableaux d'offrandes adressées à tous les dieux adorés dans le temple, et que celui de droite est spécialement réservé à la déesse Hathôr. «Le sanctuaire de gauche, ajoute le voyageur, est consacré à la déesse Thméï, qui fut la Dicé et l'Alété des mythes égyptiens ; aussi , tous les tableaux qui décorent cette chapelle se rapportent-ils aux importantes fonctions que remplissait cette divinité dans l'Amenthi , les régions occidentales ou l'enfer des Égyptiens.

« Les deux souverains de ce lieu terrible , où les âmes étaient jugées , Osiris et Jsis reçoivent d'abord les hommages de Ptolémée et d'Arsinoé , dieux Philopatores ; et l'on a sculpté

sur la paroi de gauche la grande scène de la psychostasie. Ce vaste basrelief représente la salle hypostyle ( Oskh ) , ou le prétoire de l'Amenthi, avec les décorations convenables. Le grand- juge Osiris occupe le fond de la salle; au pied de son trône s'élève le lotus, emblème du monde matériel, surmonté de l'image de ses quatre enfants, génies directeurs des quatre points cardinaux.

«■ Les quarante - deux juges assesseurs d'Osiris sont aussi rangés sur deux lignes, la tête surmontée d'une plume d'autruche, symbole de la justice : debout sur un socle , en avant du trône, le Cerbère égyptien, monstre composé de trois natures diverses, le crocodile ^ le lion et l'hippopotame , orfvre sa large gueule et menace les âmes coupables : son nom , Téouômenement, signifie la dévoratrice de l'occident ou de l'enfer. Vers la porte du tribunal paraît la déesse Thméï , dédoublée , c'est-à-dire figurée deux fois , à cause de sa double attribution de déesse de la justice et de déesse de la vérité; la première forme, qualifiée Thméï,rectrice de l'Amenthi (la vérité), présente l'ame d'un Égyptien, sous les formes corporelles, à la seconde forme de la déesse (la justice), dont voici la légende : Thméï , qui réside dans l'Amenthi , où elle pèse les cœurs dans la balance : aucun méchant ne lui échappe. Dans le voisinage de celui qui doit subir l'épreuve, ont lit les mots suivants ; «Arrivée d'une ame dans l'Amenthi.»

Plus loin, s'élève la balance infernale, les dieux Horus, fils d'Isis, à tête d'épervier, et Anubis, fils d'Osiris, à tête des chakal , placent dans les bassins de la balance , l'un le cœur du prévenu, l'autre une plume, emblème de justice : entre le fatal instrument qui doit décider du sort de l'ame , et le trône d'Osiris, on a placé le dieu Thoth ibiocéphale , Thoth le deux fois grand, le seigneur de Schmoun (Hermopolis Magna), le seigneur des divines paroles, le secrétaire de justice des autres dieux grands dans la salle de justice et de vérité. Ce greffier divin écrit le résultat de l'épreuve

EGYPTE

à laquelle vient d'être soumis le cœur de l'Égî'ptien défunt , et va présenter son rapport au souverain juge. >>

On voit donc encore ici, dans le sanctuaire de la déesseThméï, la représentation de la psychostasie , telle qu'elle est dans la deuxième partie de tous les rituels funéraires.

D'autres scènes d'un ordre semblable et nsn moins significatives à l'égard des dogmes psychologiques enseignés et reçus chez les Égyptiens , existent encore comme décorations religieuses de monuments comptés parmi les plus anciens de ceux qui couvrent si pompeusement le sol ég}'ptien : et ces diverses scènes sont comme le complément , et , s'il en était besoin , l'interprétation intelligible à tous, de celle du jugement de i'ame, pour ses bonnes ou ses mauvaises actions sur la terre. Ces scènes imposantes nous montrent .la série des châtiments terribles et variés que recevaient dans l'autre vie les âmes coupables et indignes de pardon; et à côte de ce tableau des sévères effets de rinévital)le justice , est placé celui des félicités, sans cesse renaissantes , que la même justice a réservées aux âmes pures de toute souillure, et qui se sont élevées à cette perfection en suivant avec ardeur et persévérance la voie du devoir et de la vertu. C'est dans les catacombes royales de Bibanel-Molouk , où reposent les restes des rois de la 18% de la lO*" et de la 20^^ dynastie, que sont conservées ces précieuses représentations. On y décrit , par une série innombrable de figures , la marche emblématique du dieu Soleil dans l'hémisphère supérieur et lumineux , et successivement dans l'hémisphère inférieur , qui est celui des ténèbres éternelles. Les nombreux tableaux relatifs à la marche du dieu audessus de l'horizon et dans l'hémisphère lumineux, sont partagés en douze séries, annoncées chacune par un riche battant de porte , sculpté , et gardé par un énorme serpent : ce sont les portes des douze heures du jour.

Près du battant de la première porte,

celle du lever , on a figuré les vingtquatre heures du jour astronomique sous forme humaine , une étoile sur la tête , et marchant vers le fond du tombeau , comme pour marquer la direction de la course du dieu , et indiquer celle quil faut suivre dans l'étude de ces tableaux qui offrent un intérêt d'autant plus piquant, que, dans chacune des douze heures du jour, on a tracé l'image détaillée de la barque du dieu , naviguant dans le fleuve céleste sur \% fluide primordial ou V/Ether, le principe de toutes les choses physiques selon la vieille philosophie égj'ptienne , avec la figure des dieux qui l'assistent successivement; et de plus , la représentation des demeures célestes qu'il parcourt , et les scènes mythiques propres à chacune des heures du jour. Ainsi , à la troisième heure, le dieu Soleil arrive dans la zone céleste où se décide le sort des âmes , relativement aux corps qu'elles doivent habiter dans leurs nouvelles transmigrations ; on y voit le dieu Atmon assis sur son tribunal , pesant à sa balance les âmes humaines cpi se présentent successivement : l'une d'elles vient d'être condamnée; on la voit ramenée sur terre dans une bari qui s'avance vers la porte gardée par Anubis, et conduite à grands coups de verges par des cynocéphales, emblèmes de la justice céleste; le coupable est sous la forme d'une énorme truie , au-dessus de laquelle on a gravé, en grands caractères, gourmandise ou gloutonnerie, sans doute le péché capital du délinquant, quelque glouton de l'époque.

Le dieu visite, à la cinquième heure, les Champs-Elysées de la mythologie égyptienne, habités par les âmes bienheureuses se reposant des peines de leurs transmigrations sur la terre :

elles portent sur leur tête la plume d'autruche , emblème de leur conduite juste et vertueuse. On les voit présenter des offrandes aux dieux ; ou bien , sous l'inspection du seigneur de la joie du cœur, elles cueillent les fruits des arbres célestes de ce paradis- Plus loin , d'autres tiennent en maia

L'U?ÎIVERS.

<les faucilles : ce sont les âmes qui cultivent les champs de la vérité ; leur légende =porte : « Elles font des liba- « lions de l'eau et des offrandes des « grains des campagnes de gloire; elles « tiennent une faucille et moissonnent « les champs gui sont leur partage ; « le dieu Soleil leur dit : Prenez vos « faucilles , moissonnez vos grains , « emportez-les dans vos demeures , « jouissez-en et les présentez aux dieux « en offrande pure. » Ailleurs , enfin , on les voit se baigner, nager, sauter et folâtrer dans un grand bassin que remplit l'eau céleste et primordiale , le tout sous l'inspection du dieu Nil- Céleste, le vieil Océan des mythes égyptiens.

La marche du soleil dans Yhémisphère inférieur, celui des ténèbres , pendant les douze heures de nuit , c'est-à-dire la contre-partie des scènes précédentes, se trouve sculptée sur les parois des tombeaux royaux, opposées à celles dont on vient de donner une idée très-succincte. Là le (dieu , assez constamment peint en noir Ar la tête aux pieds , parcourt les 75 cercles ou zones auxquels président autant de personnages divins de toute forme et armés de glaives. Ces cercles sont habités par les atnes coupables qui subissent divers supplices. C'est véritablement là le type primordial de V Enfer du Dante, car la variété des tourments a de quoi surprendre; d; on ne doit pas s'étonner que quelques voyageurs , effra}'és de ces scènes de carnage, aient cru y trouver la preuve de l'usage des, sacrifices humains dans l'ancienne Egypte ; mais les légendes lèvent toute espèce d'incertitude à cet regard.

Les âmes coupables sont punies d'une manière ditférente dans la plupart des zones infernales que visite le dieu Soleil : on a figuré ces esprits impurs, et persévérant dans le crime, presque toujours sous la forme hunwine , quelquefois aussi sous la forme symbolique de la grue, ou celle de Véptrvier à tête humaine entièrement peint en noir, pour indiquer à la fois

et leur nature perverse et leur séjour dans l'abîme des ténèbres. Les unes sont fortement liées à des poteaux , et les gardiens de la zone, brandissant leurs glaives , leur reprochent les crimes qu'elles ont commis sur la terre.

D'autres sont suspendues la tête en bas ; celles-ci , les mains liées sur la poitrine et la tête coupée , marchent en longues files; queques-unes , les mains liées derrière le dos, traînent sur la terre leur cœur sorti de leur poitrine ; dans de grandes chaudières , on fait bouillir des âmes vivantes .

soit sous la forme humaine , soit sous celle d'oiseau , ou seulement leurs têtes et leurs cœurs. Il y a des âmes jetées dans la chaudière avec l'emblème du bonheur et du repos céleste (l'éventail), auxquels elles avaient perdu tous leurs droits. A chaque zone et auprès des suppliciés , on lit toujours leur condamnation et la peine qu'ils subissent.

« Ces anies ennemies, y est-il dit, « ne voient point notre dieu lorsqu'il « lance les rayons de son disque; elles n n'habitent plus dans le monde ter- « restre , et elles n'entendent point la « voix du Dieu grand lorsqu'il traverse « leurs zones; » tandis qu'on lit au contraire , à côté de la représentation des âmes heureuses, sur les parois opposées : « Elles ont trouvé grâce aux " yeux du Dieu grand ; elles habitent « les demeures de gloire , celles où « l'on vit de la vie céleste ; les corps « qu'elles ont abandonnés reposeront « à toujours dans leurs tombeaux , « tandis qu'ellesjouiront de la présence « du Dieu suprême. »

Cette double série de tableaux, tels que ChampoUion le jeune les a recueillis dans ses dessins, et expliqués dans ses Lettres , nous offre donc le système psychologique égyptien dans ses deux points les plus importants et les plus moraux , les récompenses et les peines ; c'est un irréfragable témoignage en faveur de tout ce que les anciens ont dit de la doctrine égyptienne sur l'immortalité de Famé, et le Jbut positif de la vie humaine. L'Egypte symbolisa ainsi la double destinée des âmes par la pein-

♦lire de la course du soleil dans les deux hémisphères.

L'antiquité classique connut et conserva la tradition égyptienne relative au jugement de l'ame séparée du corps qu'elle anime ; et cette antiquité fit plus encore à l'égard d'une partie de cette tradition , la pesée des âmes , elle se l'appropria et l'introduisit dans ses propres croyances. ï^apsychostasie figure dans les "écrits des Grecs, dans ceux des Latins , et sur leurs monuments. Homère décrit Jupiter sur le sommet du mont Gargare , déployant ses balances d'or pour y peser les destinées des guerriers troyens et celles des Grecs valeureux; il saisit le milieu des balances , qu'il élève , et le jour fatal aux Grecs est arrivé : leur destin penche vers la terre , et celui des Troyens vers les cieux. C'est dans ces mêmes balances que Jupiter place ensuite les destinées fatales d'Achille et d'Hector ; le destin cruel d'Hector emporte la balance, et le héros descend dans les enfers. Virgile imita cette belle image dans la description du combat d'^née contre Turnus. Une belle patère étrusque représente un sujet analogue, et le nom d'Achille se lit à côté d'un des deux bassins de la balance , chargés de deux figures humaines. Sur un vase grec on a peint le combat d'Achille contre Memnon, et au-dessus des combattants, Hermès , le Thoth des Grecs, pèse dans une balance les âmes des héros, en présence de Thétis et de l'Aurore.

Enfin, Plutarque rapporte que tel était le sujet de la Psychostasie d'Eschyle ; et Milton ne dédaigna pas d'iniiter cette riche fiction, reste difforme d'une grande pensée et d'un dogme sublime, désormais consacré par l'assentiment des siècles , la conscience publique et l'ordre nécessaire de l'univers.

Ce tableau très-expressif des terribles châtiments réservés aux âmes coupables, dément assez hautement l'assertion de ceux qui , parmi les savants des t'^mps modernes, ont avancé qu'il n'y avait pas , dans l'enfer égyptien, de peines physiques iiifligées'^âux condamnés; la preuve du contraire.

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est écrite sur plusieurs monun)ents du premier ordre. Il y avait dansl'Amenthi des Égyptiens, le séjour des bienheureux et celui des coupables. Ces idées, d'origine égvptienne, passèrent chez tous les peuples polfcés de l'antiquité ; elles n'ont pas encore vieilli, et il est évident que l'idée de peines et de récompenses éternelles fut inséparabla d€ celle de l'immortalité de l'anie.

Personne n'a refusé aux sages de l'Kgypte la priorité de la connaissance de ce dogme; Isis et Osiris, dit Hérodote , régnent dans l'enfer des l^.cyptiens; ce peuple est le premier qui ait dit que l'ame de l'homme est immortelle; ils croient qu'en quittant le corps de l'homme, elle passe dans celui d'un autre animal, successivement dans le corps des êtres animés de toute espèce , terrestres , marins ou aériens ; de là elle occupe de nouveau le corps d'un homme, et ces transmigrations s'opèrent dans un intervalle de trois mille ans. ' C'est à trois ép>reuves semblables que I ame aurait été soumise successivement , idée recueillie aussi par Platon , qui savait que l'ame qui, après ces trois épreuves , restait innocente, retournait aux dieux, d'où elle émanait ; les âmes coupables, au contraire, animaient d'autres corps durant des myriades d'années avant de rentrer dans le sein delà divinité. Pindarene semble-t-il pas avoir eu présente la pensée de ce séjour de joie et de plaisirs pour les âmes pures, qui est décrit a une de nos pages précédentes , lorsqu'il rappelle , dans ses vers , que les âmes qui sortent pures de ces trois épreuves, parviennent aux demeures de Saturne et aux îles des bienheureux que rafraîchissent les vents de l'Océan, où brillent des (leurs qui ont l'éclat de l'or , qui naissent de la terre, ornent les arbres ou s'élèvent du sein des eaux, et dont les habitants de ces lieux fortunés se font des couronnes et des colliers? Pindare imite ici l'inépuisable modèle des poètes, Homère dans son Odyssée ; et comme pour conserver à cette opinion son origine égyptienne, c'estUaiis kl bouche del'égyptita Protêt

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gij' Homère met ces paroles , adressées à Ménélas: «Votre destin n'est pas de connaître la mort ; les dieux vous transporteront dans les Champs-Elysées , où les heureux jouissent à jamais d'une vie fortunée ; la neige , les pluies , les longs hivers n'attristent point ces lieux ; sans cesse l'Océan leur envoie les douces haleines du zéphyr, qui porte aux hommes une agréable fraîcheur. » Homère consignait ainsi une opinion égyptienne dans ses immortels écrits : « Il y a des Grecs , ajoute Hérodote , qui se sont approprié cette opinion , les uns plus tôt , les autres plus tard ; je connais même leurs noms , mais je ne veux pas les écrire dans mon récit. » Le même historien rend le même témoignage sur l'origine égyptienne de la métempsychose ; on n en parla parmi les philosophes grecs qu'aux temps de Phérécyde et de Pytnagore : c'est à ce dernier que la propagation de cette idée parmi les Grecs est attribuée, ainsi gue celle de l'immortalité de l'ame à Thaïes; et cependant on entrevoit cette opinion très-distinctement dans les poèmes d'Homère. Dès le début , il parle des âmes nombreuses de héros qu'Achille a envoyées aux enfers; leurs corps étaient livrés aux chiens et aux vautours. Et à la fin de l'Odyssée , il décrit la belle prairie habitée par les âmes des défunts , demeure toutefois peu attrayante dans l'esprit des Grecs, puisque Achille aurait préféré le sort d'un misérable villageois sur la terre au titre de roi de toutes ces araes dans les enfers. L'opinion sur l'état de l'ame, après l'extinction de la vie du corps, était incertaine encore chez les Grecs à ces époques reculées de leur histoire. Ce tut l'Egypte qui les instruisit ; elle leur communiqua la science qu'elle avait reçue des dieux mêmes.

D'après l'histoire sacrée de l'Egypte, ce fut Thoth , le premier Hermès , le Trismégiste , ou trois fois très-grand , qui écrivit tous les livres par l'ordre du Dieu suprême. Ce premier Thoth fut l'Hermès céleste, ou l'intelligence divine personnifiée, le seul des êtres

divins qui , dès l'origine des choses, comprit l'essence de ce Dieu suprême.

Il, avait, selon les mythes sacrés de rÉg3'pte, consigné ces hautes connaissances dans des livres qui restèrent inconnus jusqu'à ce que le Démiurge eût créé les âmes , et par suite l'uninivers matériel ainsi que la race humaine. Le premier Hermès avait écrit ces livres en langtie et' en écritures divines ou sacrées ; mais après le cataclysme, lorsque le monde physique fut réorganisé et reçut une nouvelle existence, le Créateur,' prenant pitié des hommes qui vivaient sans règles et sans lois , voulut , en leur donnant l'intelligence et une direction salutaire, leur tracer la voie qui devait les ramener dans son sein dont ils étaient émanés. Ce fut alors que se manifestèrent sur la terre Isis et Osiris, dont la mission spéciale fut de civiliser l'espèce humaine. Ces deux époux avaient pour associé et pour conseiller fidèle, Thoth, nommé aussi Thoyth par les Grecs , qui fut le second Hermès , et n'était toutefois qu'une incai-nation du premier, ou l'Hermès céleste manifesté sur la terre.

Tout ce que tentèrent Isis et Osiris pour tirer les humains de l'état sauvage , fut ou suggéré ou approuvé par Thoth, et c'est a ce second Hermès que les Égyptiens se croyaient redevables de toutes leurs institutions sociales. Les hommes étaient encore réduits, comme les animaux, à ne manifester leurs sensations que par des cris confus et sans liaison ; Thothleur apprit une langue articulée , et • imposant des noms a tous les objets , il donna à chaque individu le moyen de communiquer ses pensées et de s'approprier celles des autres. Il fit plus , il enseigna à les fker d'une manière durable , en inventant l'art de l'écriture ; il organisa l'état social , établit la religion , et régla les cérémonies du culte ; il fit connaître uux hommes l'astronomie et la science des nombres, la géométrie, l'usage des poids et des mesures. Won content de satisfaire à tous les besoins de la société humaine par ces impoctantes et

atiles créations , le second Hermès s'occupa aussi de tout ce qui pouvait contribuer à embellir la vie : il inventa la musique, fabriqua la lyre, à laquelle il ne donna que trois cordes, et institua les exercices gymnastiques.

C'est ce même dieu , enfin , qui fit connaître aux hommes l'architecture , la sculpture, la peinture et tous les arts utiles. Voilà ce qu'en ont dit Platon , Plutarque et bien d'autres écrivains.

Ils ajoutent que la langue et l'écriture inventées par Thoth, et communiquées aux homînes par cette divinité bienfaisante , différaient de la langue et de l'écriture des dieux , dont s'était servi le premier Hermès pour rédiger ses livres. L'écriture employée par le second Hermès est appelée hiérograplùqiie par ]\Ianéthon, parce qu'elle servit d'abord à écrire les livres sacrés, dont ce dieu confia la garde à la caste sacerdotale , qui lui devait , dit-on , son organisation et toutes les connaissances dont elle fut la dépositaire et la dispensatrice. li paraît même que cet instituteur des hommes réserva, pour cette caste seule, un certain ordre de notions, entre autres celle de la véritable longueur de l'année. Les prêtres égyptiens reconnaissaient ce dieu pour l'auteur des livres sacrés que cnacun d'eux devait posséder à fond, en totalité ou en partie, selon l'ordre de ses fonctions et son rang dans la hiérarchie. Ces livres de Thoth, au nombre de quarante-deux, renfermaient toutes les régies, tous les préceptes et tous les documents relatifs à la religion, au culte, au gouvernement, à la cosmographie, à la géographie, à tous les arts et à toutes les sciences ; en un mot, ces livres sacrés, dont nous indiquerons les sujets, formaient une véritable Encyclopédie égijptienne.

Les deux Thoth étaient les auteurs de tous ces ouvrages , le second surtout, chargé plus particulièrement du gouvernement de la terre et de la police des hommes. Il rassemblait dans lui-même toutes les sciences divines et humaines ; aussi les prêtres égyptiens lui attribuèrent-ils religicuse-

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ment toutes les découvertes utiles faites par les membres de la caste sacerdotale , Thoth étant pour elle , à la fois , et son instituteur et sa propre image , sa personnification dans les mythes sacrés ; Thoth était reconnu pour l'arbitre souverain du cœur et de V intelligence humaine, et le même mot égyptien exprimait en même temps les idées cœur, intellect ou intelligence. Dans les livres sacrés , le premier Thoth , l'Hermès trois fois trèsgrand , est qualifié de père et directeur de toutes choses , et d'historiographe des dieux, et ces titres sont pleinement justifiés par les attributions particulières de cet être divin selon les mythes nationaux déjà relatés. C'est ce même dieu qui prépara la matière dont furent formés les corps de la race humaine; et il promit alors ( prescience trompeuse ! ) de rendre ces nouveaux êtres fort doux , et de leur inspirer la prudence , la tempérance, l'obéissance et l'amour de la vérité. Osiris et Isis révélèrent aux hommes les livres de Thoth qui devaient régler leur vie intellectuelle et physique ; ce Thoth est l'intelligence divine personnifiée dans cet être puissant, et le dieu supérieur ne le nomme que : Ame de mon ame , et intelligence sacrée de vion intelligence , en un mot , celui qui connaît tout. Il délégua au second Thoth, qui était son incarnation, le gouvernement de la terre , celui de la lune , et un ministère supérieur dans les enfers.

Ce second Thoth fut pour les Égyptiens l'auteur de tous les livres connus; on lui en attribua un très-grand nombre. Il y eut réellement en Egypte des bibliothèques et des archives considérables. Dans le magnifique édifice appelé par l'antiquité grecque le tombeau d'Osymandvas, il y avait une bibliothèque de livres sacrés , et sur sa porte on avait écrit remède de famé. Au Rhamesséïon de Tlièhes, qui a tant d'analogie avec le prétendu tombeau d'Osymandyas , décrit par Diodore de Sicile, d'après Hécatée, Champollion le jeune a aussi reconnu, après le promenoir, la salle des li-

vres ou la bibliothèque. La çorte qui conduit d'une de ces deux pièces dans l'autre , et dont les ornements en relief ont été stuqués et dorés , porte l'annonce évidente de la destination donnée à la deuxième de ces deux salles. Au bas des jambages , et immédiatement au-dessus de la dédicace, sont sculptées deux divinités , la face tournée vers l'ouverture de la porte , et regardant la seconde salle, qui était par conséquent sous leur juridiction.

Ces deux divinités sont , à gauche , le dieu des sciences etdes arts, l'inventeur des lettres , Thoth à tête d'ibis , et à droite la déesse Saf,compagne de Thoth, portant le titre remarquaole de Dame des Lettres et présidente de la bibliothèque ( mot à mot la salle des livres ). Be plus , le dieu est suivi d'un de ses Parèdres, qu'à sa légende et à un grand œil qu'il porte sur la tête , on reconnaît pour le sens de la vue personniCé, tandis que le Parèdre ae la déesse est le sens de l'ouïe, caractérisé par une grande oreille tracée également au-dessus de sa tête, et par le mot solem ( l'ouïe ) sculpté dans sa légrnde ; il tient de plus en main tous les instruments de l'écriture, comme pour écrire tout ce qu'il entend. Estil possible, ajoute notre voyageur, de mieux annoncer, que par de tels basreliefs, l'entrée d'une bibliothèque?

Les livres étaient si abondants en Egypte , que le nombre des ouvrages attribués à Hermès est porté par Jamblique à vingt mille, parManéthon a un nombre encore supérieur, et Hermès c'est la caste savante et la science même, selon les idées égyptiennes. Les livres sacrés étaient les plus recherchés, et l'on considérait comme tels ceux qui traitaient de la nature , de la hiérarchie et du culte des dieux : un roi nommé Suphis , celui auquel on attribue la grande pyramide, était l'auteur d'un de ces traités. On considérait aussi comme sacrés les livres historiques renfermant les annales de la nation , les grandes actions des rois et des citoyens illustres ; ces livres étaient déposés dans les archives de? temples; Manéthon déclare

Î[u'il prit ces livres pour guides dans a rédaction de son ouvrage, et il nous est parvenu des fragments originaux en écriture sacrée , soit des listes authentiques des rois, soit des relations des événements de leur règne , qui remontent aux temps de Moïse et au-delà. Les livres d'Hermès contenaient toute la science sociale des Égyptiens , ils étaient en grande vénération ; Artaxercès , maître de l'Egypte, en amassa un grand nombre dans les temples, d'où il les enleva , et les prêtres les rachetèrent de l'eunuque du roi, pour beaucouj) d'argent.

Cependant, tous les livres dits d'Hermès n'étaient pas également vénérés en Egypte. Les uns , considérés comme les plus anciens et renfermant les préceptes divins les plus essentiels, étaient l'objet constant de l'étude des prêtres chargés d'en lire chaque jour quelque chapitre au roi et au peuple; et d'autres, moins anciens, d'une étude moins fréquente et moins obligée, étaient des commentaires orthodoxes des précédents, et traitaient de matières moins relevées , de sujets plus à la portée des vulgaires intelligences.

Clément d'Alexandrie rapporte ce qui suit : « Les Égyptiens suivent une philosophie particulière à leur

ftays ; c'est aans leurs cérémonies reigieuses surtout qu'on s'en aperçoit ; on y voit d'abord , marchant le 'premier, le chanteur, portant un synabole musical ; il est obligé de savoir dettades livres d'Hermès, l'un contenant les hymnes en l'honneur des dieux »

l'autre les règles de vie pour les rois. Après le chanteur vient l'horoscope ; il porte dans ses mains une horloge et une palme. Il faut qu'il ait toujours dans son esprit les quatre livres qui traitent des astres, l'un des astres errants , l'autre de la conjonction du soleil et de la lune, les derniers de leur lever. Vient ensuite le prêtre hiérogrammate , reconnaissable aux plumes qui ornent sa tête; il a dans sas mains un livre et une palette gai-nie de l'encre et des joncs nécessaires pour écrire. L'hiérogrammate doit posséder les connaissances qu'on appelle hiérogly-

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nhiques (ou interprétatives des anciens livres) et qui comprennent la cosmographie , la géographie , les phases du soleil et de la lune , celles des, cinq planètes , la chorographie de l'Egypte , le cours du Nil et ses phénomènes, l'état des possessions des temples et des lieux qui en dépendent , les mesures et tout ce qui est utile à l'usage des temples. Le stoliste vient ensuite,

fortant la coudée, emblème de la jusice , et le vase de puriflcation. Celuici sait tout ce qui concerne l'art d'enseigner et l'art de marquer du sceau sacré les jeunes victimes. Dix livres sont relatifs au culte des dieux et aux préceptes de la religion ; ils traitent des sacrifices, des prémices, des hymnes, des prières , clés pompes religieuses et autres sujets analogues. Après tous les prêtres marche le prophète, portant le seau sacré , suivi de ceux (jui portent des pains; comme le supérieur des .'lutres prêtres, le prophète apprend Jes dix livres qu'on appelle sacerdotaux, où est contenu ce qui concerne les lois et l'administration de l'état et de la cité, les dieux et la règle de l'ordre sacerdotal. Il y a en tout quarante-deux livres principaux d'Hermès, dont trente-six, où est exposée toute la philosophie des Égyptiens , sont appris par des prêtres des classes qui viennent d'être désignées ; les six autres livres sont étudiés par les pastophores , comme appartenant à l'art de guérir , et ces livres parlent en effet de la construction du corps humain, de ses maladies, des instruments et des médicaments , des yeux , enfin des maladies des femmes. »

Au témoignage de Clément d'Aleiandrie, bien moderne par rapport à l'époque où la caste sacerdotale égyptienne était dans toute sa puissance, se joignent, pour accréditer ces précieux renseignements sur la littérature sacrée de l'antique Egypte , d'autres témoignages plus anciens et non moins imposants. Platon a su que de très -anciens poèmes égyptiens étaientdes hymnes en l'honneur d'Isis, et toute l'antiquité classique affirme que c'était une coutume générale et très-

ancienne aussi en Egypte, de célébrer,

f)ar la poésie lyrique, chantée dans es cérémonies publiques et dans les repas de famille , les louanges des dieux et les belles actions des hommes. Clément d'Alexandrie mentionne les compositions de ce genre comme faisant partie de deux des principaux ouvrages d'Hermès : les bons exemples laissés par les anciens rois y étaient consignés pour l'instruction de leurs successeurs, et cette instruction procédait de ces exemples mêmes rappelés tous les Jours à la mémoire et à la vénération des hommes. Diodore de Sicile avait remarqué que les poèmes en l'honneur de Sésostris différaient quelquefois , pour les faits , des annales des prêtres. Il n'est pas rare de trouver dans les tableaux historiques , dont les monuments de l'Egypte sont décorés , des scènes où des chanteurs accompagnent leurs paroles avec le son de divers instruments : les louanges des dieux et celles des bons rois devaient être constamment dans la bouche d'un peuple religieuxet soumis, comme elles étaient déjà dans tous ses livres.

Outre le titre de ceux qu'a indiqués Clément d'Alexandrie, d'autres écrivains de l'antiquité en désignent encore bien d'autres qui traitaient de la physique, de la nature des choses, de la connaissance de soi-même , et de divers sujets philosophiques exposés et discutes dans des discours à Tat , à Ammon, à Asclépius, d'Isis à Horus, et autres titres recueillis par des auteurs grecs ou latins ; livres dont il nous est parvenu des fragments qui révèlent de trop évidentes interpolations au milieu de quelques restes trop rares de leurs primitifs préceptes et de leur rédaction originelle.

Après les livres sacrés , les ouvrages de Thoth , on a nommé des hommes comme auteurs de quelques écrits utiles ou remarquables. Un roi Ammon , selon Justin Martyr , écrivit un traité sur Dieu ; un prophète nommé Bitys avait découvert dans le temple de Sais un exposé de la doctrine de Thoth sur l'ascension des âmes à Dicu^

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écrite en hiéroglyphes ; il l'interpréta et offrit son ouvrage à un roi nommé Anin)on, ainsi qu un autre ouvrage sur le bien. L'hiérogrammate Épeis était l'auteur d'un commentaire sur les symboles égyptiens, qui fut traduit en grec par Àrius d'Héracléopolis.

Nous avons déjà parlé de l'ouvrage du roi Suphis ; un autre roi , Athotliis , second roi de la première dynastie , fondateur des palais de Memphis, composa des écrits d'anatomie : on attribue aussi des livres sur l'astronomie et sur l'astrologie au roi Néchos ou Néchepso , et à un Pétosiris dont on ne connaît pas l'époque. Galien et Aëtius citent un remède contre la pierre , tiré des ouvrages de médecine de Néchepso. Pline mentionne quelques données relatives aux planètes, recueillies des mêmes écrivains Néchepso et Pétosiris ; et Servius ne craint pas d'aflirmer qu'ils avaient fait de bonnes observations sur la nature de certains météores. Suidas attribue au même, ou à un autre Pétosiris, des commentaires sur les dieux et les mystères des Égyptiens. On nomma plus tard deux géographes égyptiens , Cynchrus et Blantasus ; Apollonius de Rhodes affirme que les Égyptiens connaissaient la terre, le. pom et la distance des lieux hors de l'Egypte. Quant à leurs annales nationales, elles étaient soigneusement écrites dans les registres des temples ; Hérodote a vu , de ses propres yeux , les registres sur papyrus où elles étaient consignées; Diodore les mentionne souvent; Manéthon les prit pour guide dans son histoire d'Egypte , et Théophraste parle sciemment de l'histoire des rois d'Egypte, qu'il a parfaitement connue. Apulée indique des livres sur des sujets religieux, qui n'étaient pas communiqués aux profanes; Ammien Marcellin, l'ouvrage secret 011 l'on avait particilièrement noté l'âge du bœuf Apis; Achillès-Tatius , l'autre ouvrage où un prêtre était chargé spécialement d'étudier et de prévoir le retour du phénix d'Ethiopie en Egypte , c'est-à-dire le retour du commencement de la période sothiaque; et Damascius , des livres théo-

logiques. L'empereur Alexandre-Sévère parcourut l'Egypte, fit enlever des temples tous les livres mythiques qu'il y trouva, et les fit déposer dans le tombeau d'Alexandre à Alexandrie, afin qu'on ne pût , à l'avenir , étudier le contenu de ces ouvrages., Homère connaissait la renommée des Égyptiens dans l'art de guérir, et l'emploi des remèdes était réglé par la loi : toute infraction funeste au malade, exposait le médecin à la mort. La loi réglait aussi la composition des remèdes" qui consistaient en mixtions ; et un livre , nommé Ambrés , contenait la science des diagnostics et des pronostics en médecine. Aélien nous a transmis la renommée de l'Égyptien lachus, dont la mémoire était célèbre dans sa patrie pour les services qu'il lui avait rendus par sa science profonde en médecine , et le succès avec lequel il avait combattu et arrêté de meurtrières épidémies. L'art de traiter les métaux et toutes les substances propres aux, autres arts utiles fut porté très-loin en Egypte; une science aujourd'hui très-perfectionnée, la chimie, a pris son nom de celui même que l'Egypte porta trèsanciennement ( chémi ou chimi ).

Enfin Dioçlétien , abusant de sa victoire en Egypte , y fit rechercher et brûler tous lès anciens livres de chimie qui traitaient de l'or et de l'argent , afin d'appauvrir les Égyptiens, et que, pauvres , ils lui fussent plus soumis.

On connaît encore, par Théophile, patriarche d'Antioche , un ouvrage d'Apollonidès, surnommé Orapios, qui, sous le titre de Sémenouthi ( mot égyptien corrompu), le lioi'e divin, traitait des dieux de l'Egypte. Enfin on ne peut douter qu'outre les instructions orales que Platon reçut des prêtres égyptiens, il n'ait aussi obtenu d'eux de voir de ses propres yeux leurs livres philosophiques et doctrinaux ; les hierogrammates Sachoniate et Secnuphis, ses instituteurs, durent lui montrer ces précieux ouvrages, comme on croit que, avant Platon, leprêtre Pérénis avait montré ces livres à Pythagore , et primitivement Éthimius à Orphée. Il est certain que Pla-

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ton obtint des prêtres égyptiens beaut;oup plus lie oomniunications que la plupart des autres philosophes grecs, i! était profondément instruit de leurs doctrines cosmogoniques et psycholoa;iqiies; et parce qu'on ies lui avait communiquées comme des secrets , que le \Tilî:aire même des hommes instruits était indigne de connaître, Platon les conserva dans son esprit comine des mystères sacrés , s'abstint de les consigner en corps de doctrine écrit , en S aria avec réserve , et ne les rappela ans ses ouvrages que par des phrases énigmatiques et parfois inintelligibles pour tout autre que pour lui-même.

Il laisse toutefois à entendre, il s'en explique même assez clairement , que les doctrines égyptiennes dominent dans ses écrits. S'il se propose pour sujet de ses méditations l'ordre de l'univers, il veut s'y livrer d'après l'opinion de ceux qui' l'introrluisirent dans cette étude par des signes figurés, indispensables pour pénétrer de tels secrets. Et ces opinions égyptiennes , si Platon s'imposa la réserve de ne pas les écrire, du moins il en parla souvent à ses disciples, à ses amis; et ce qu'en a conservé Aristote dans ses ouvrages, et qui est conforme aux doctrines de Platon, passe assez généralement pour avoir été recueilli par Aristole, de la bouche de son divin maître.

De tous les écrivains de l'ancienne Egypte , le dieu Thoth fut et devait être le plus fécond; une pieuse déférence lui attribuait toutes les découvertes utiles; aussi le nombre des écrits qui ont été mentionnés sous son nom par l'antiquité classique , estil très - considérable ; les uns sur des sujets graves et d'une haute philosophie, d'autres sur des matières oiseuses, les sciences occultes, et l'art de la divination. Deux ouvrages dominent cependant cette liste des productions attribuées à Thoth ou Hermès, et ils sont dignes, par leur objet, de la réputation de sagesse supérieure et de divine inspiration dont Thoth a joui dans tous les temps et tous les pays de l'antiquité. L'un de

ces ouvrages est intitule, Piinander, et l'autre Àsclépius. Le premier traite de la puissance et de la sagesse de Dieu ; le second de Dieu , de l'homme , et de l'univers. Un autre ouvrage d' Asclépius, les Définitions, est adresse au roi Ammon , et l'auteur s'y déclare le disciple de Thoth.

Rien n'est plus connu dans l'ancienne littérature que les écrits réunis sous la dénomination commune de Livres hermétiques ; ils sont écrits en grec pour la plupart , on ne sait quand , et moins encore par qui. Ceux qui les écrivirent en cette langue déclarent les avoir traduits de textes antiques en écritures sacrées égyptiennes. Il est certain qu'un examen attentif y fait reconnaître des idées étrangères au monde égyptien , qui sont nées de sectes diverses dans des temps postérieurs à celui de la splendeur pharaonique, et qui furent ainsi interpolées dans l'antique texte, comme pour leur donner quelque crédit à la faveur de cette origine supposée. Mais il ne faut pas, pour ces interpolations, avérées, rejeter entièrement ces livTes hermétiques; Champollion le jcone les a étudiés à fond, et il a déclaré publiquement, malgré les jugements hardis ou hasardés qu'en ont portés quelques critiques modernes , que ces livres renferment réellement une masse de traditions purement égj-ptiennes , et constamment d'accord avec les monuments les plus authentiques de l'Egypte.

Parmi les fragments qui nous sont parvenus, on remarque celui d'un discours d'Hermès , adressé à Thoth :

« Il est difficile à la pensée, lui dit-il , de concevoir Dieu, et à la langue d'en parler. On ne peut décrire par des moyens matériels une chose immatérielle; et ce qui est éternel ne s'allie que très-difficilement avecice qui est sujet au temps. L'un passe, l'autre existe toujours. L'un est une perception de l'esprit, l'autre est une réalité.... Ce qui peut être connu par les yeux et par les sens, comme les corps Visibles , peut être exprimé par le langage; ce qui est incorporel, invisible,

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iiimiatériel , sans forme, ne peut être connu par nos sens : je comprends donc, ô Thoth, je comprends que Dieu est ineffable. «

« La mort , dit-il ailleurs , est pour certains hommes un mal qui les frappe d'une profonde terreur. C'est de l'ignorance. La mort arrive par la débilité et la dissolution des membres du corps ; le corps meurt , parce qu'il ne peut plus porter l'être : ce qu'on appelle mort , c'est seulement la destruction des membres et des sens du corps ( l'être , l'ame ne meurt pas). »

« La vérité , tit-il encore , c'est ce qui est éternel et immuable ; la vérité est le premier des biens ; la vérité n'est pas et ne peut pas être sur la terre : il se peut que Dieu ait donné à quelques hommes , avec la faculté de penser aux choses divines , celle de penser aussi à la vérité; mais rien n'est la vérité sur la terre, parce que toute chose y est une matière, revêtue d'une forme corporelle sujette au changement, à l'altération , à la corruption , à de nouvelles combinaisons. L'homme n'est pas la vérité , parce qu'il n'y a de vrai que ce qui a tiré son essence de soi-même, et qui reste ce qu'il est.

Ce qui change, au point de ne pas être recoimu, comment cela serait-il la vérité ? La vérité est donc ce qui est immatériel, qui n'est point enfermé dans une enveloppe corporelle , qui est sans couleur et sans figure, exempt de changement et d'altération ; ce qui est éternel. Toute chose qui périt est mensonge ; la terre n'est que corruption et génération ; toute génération procède d'une corruption ; les choses de la terre ne sont que des apparences et des imitations de la vérité , ce que la peinture est à la réalité. Les choses de la terre ne sont pas la vérité. »

Dans ce sommaire de pensées, plus développées dans le texte des fragments , la forme de ce texte n'est pas conservée ; elle est la même dans tous les écrits hermétiques dont il nous est parvenu quelques portions , et elle est remarquable, puisque introduite dans la Grèce par les philosophes

élèves de l'Egypte , et employée dans les livres par leurs disciples , on l'a honorée en la mettant sous la protection d'un nom à jamais illustre dans les annales de la science et de la vertu, celui de Socrate. La méthode socratique, ou de l'enseignement par le dialogue, est ainsi un autre bienfait émané de la science égyptienne.

On retrouve cette même forme de dialogue dans un autre écrit qui est considéré par les critiques modernes comme le plus ancien et le plus authentique des premiers livres philosophiques de l'Egypte. On a vu, plus haut, le jugement qu'en a porté Champollion le jeune, et qui s'applique surtout , dans son intention , au Pimander d'Hermès Trismégiste. Cet ouvrage , souvent publié , et dont il existe plusieurs manuscrits grecs à la Bibliothèque royale, passe pour avoir été traduit ou au moms imité de l'égyptien , et pour conserver, plus sûrement que tout autre fragment , les traces des doctrines psychologiques et cosmologiques égyptiennes. Pimander a aussi la forme d' un dialogue qui a lieu entre Pimander et Tlioth; et comme le mot Pimander signifie V Intelligence suprême , et que Thoth est aussi une autre Intelligence, manifestée aux hommes, c'est donc un dialogue entre l'Intelligence divine et l'Intelligence humaine , la première révélant à la seconde , pour le salut du genre humain , l'origine de l'ame , sa destinée , ses devoirs , les peines ou les récompenses qui lui sont réservées.

Nous essaierons de donner une idée du contenu de ce dialogue. C'est Thoth qui raconte lui-même sa conversation avec Primander.

« Comme je réfléchissais un jour sur la nature des choses, élevant mon entendement vers les cieux, et mes sens corporels assoupis , comme il arrive dans le profond sommeil aux hommes fatigués par le travail ou la satiété , il me sembla voir un être d'une stature démesurée, qui, m'appelant de mon nom , m'interpella en ces termes : « Que désires-tu voir et entendre? ô Thoth ! que souhaites-tu

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d'apprendre et de connaître ? » Je lui demandai : « Qui es-tu? — Je suis, nie dit-il , Pimander , la Pensée de la puissance divine; dis-moi ce que tu désires , je serai en tout à ton aide. »

« Je désire, lui dis-je , apprendre la nature des choses qui sont, et connaître Dieu. » Il me répondit : «Explique-moi bien tes désirs, et je t'instruirai sur toutes choses. » M'ayant ainsi parié, il changea de forme : et soudamement il me révéla tout.

J'avais alors devant les yeux un spectacle prodigieux ; tout s'était converti en lumière, aspect merveilleusement agréable et séduisant ; j'étais saisi de ravissement. Peu après, une ombre effroyable, qui se terminait en obliques replis, et se revêtait d'une nature humide, s'agitait avec un fracas terrible. Une fumée s'en échappait avec bruit; une voix sortait de ce bruit ; elle me semblait être la voix de la lumière , et le Verbe sortit de cette voix de la lumière.

« Ce Verbe était porté sur un principe humide , et il en sortit le feu pur et léger qui , s'élevant , se perdit dans les airs. L'air léger , semblable à l'Esprit, occupe le milieu entre l'eau et le feu ; et la terre et les eaux étaient tellement mêlées ensemble , que la surface de la terre, enveloppée par les eaux, n'apparaissait en aucun point. Elles furent toutes deux agitées par le Verbe de l'Esprit, parce qu'il était porté au-dessus d'elles; et dans ce moment Pimander me dit : « As-tu bien compris ce que signifie ce spectacle?— Je le connaîtrai ,» lui dis-je.

Il ajouta : « Cette lumière, c'est moi : ^e suis l'intelligence, je suis ton Dieu , et je suis bien plus ancien que le principe humide qui s'échappe de l'ombre.

Je suis le germe de la pensée, le Verbe resplendissant , le fils de Dieu.

Je te dirai donc : Pense que ce qui voit et entend ainsi en toi , c'est le Verbe du maître, c'est la Pensée, qui est Dieu le père ; ils ne sont aucunement séparés , et leur union , c'est la vie. Thoth Trismégiste : Je te rends grâces. Pimander : Médite d'abord sur la lumière , et arrive à la connaître.

« Quand ces choses furent dites, je le priai long-temps pour (ju'il tournât vers moi sa figure. Dès qu'il l'eût fait , j'aperçois aussitôt dans ma Pensée une lumière environnée de puissances innombrables, brillant sans limites, le feu contenu dans un espace par une force invincible, et se maintenant au-dessus de sa propre base.

« Je vis toutes ces choses par l'effet du Verbe de Pimander , qui , me trouvant plongé dans la stupeur , m'adressa, de nouveau la parole ainsi :

« Tu as vu en ta Pensée la première forme prévaloir sur le principe infini, et autres choses semblables. »

Je lui demandai d'où émanent les éléments de la nature ? « De la volonté de Dieu , me dit-il , laquelle s'étant saisie de sa perfection , en a orné tous les autres éléments et les semences viables qu'il a créées; car l'intelligence c'est Dieu, possédant la double fécondité des deux sexes, qui est la vie et la lumière de son intelligence; il créa avec son Verbe une autre intelligence opérante; il est aussi Dieu Feu et Esprit Dieu. Il a ensuite formé sept agents, qui contiennent dans les cercles le monde matériel , et leur action se nomme le Destin. Le Verbe de Dieu s'est ensuite réuni , se séparant des éléments agités par un simple effet de la nature , et s'est uni à l'intelligence opérante, car il était de même essence. Dès lors les éléments de la nature sont restés déclinants sans raison , pour qu'ils fussent simplement de la matière.

« L'intelligence opérante et le Verbe renfermant en eux les cercles et tournant avec une grande vélocité , cette machine se meut dès son commencement jusqu'à la fin, sans avoir ni commencement ni fin ; car elle commence toujours au point oii elle finit. C'est de l'ensemble de ces cercles, l'intelligence l'a voulu ainsi , qu'ont été tires , des éléments inférieurs , les animaux privés de raison, car elle ne leur en a pas donné. L'air porte les êtres ailés; l'eau, ceux qui nagent. L'eau et la terre diffèrent entre elles de la manière que l'Intelligence l'avait ores-

L'UNIVERS

crit. La terre a ensuite enger,dré les animaux qui étaient en elle , les quadrupèdes, les serpents, les animaux sauvages et les animaux domestiques ; mais Plntelligence, père de tout, qui est la vie et la lumière, a procréé l'homme semblable à elle-même, et l'a accueilli comme son fds ; car il était beau et était le portrait de son père. Dieu s' étant complu dans l'image de lui-même, concéda à l'homme la faculté d'user de son ouvrage. Mais l'homme, ayant vu dans son père le créateur de toutes choses , voulut aussi créer, et il se précipita de la contemplation de son père dans la sphère de la génération. Tout étant soumis à son pouvoir , il considéra les attributions des sept agents. Ceux-ci se plaisant à favoriser^Tintelligence humaine , lui communiquèrent leur pouvoir. Dès qu'il eut ainsi connu leur essence et sa propre nature , il désira de pénétrer dans les cercles et d'en rompre la circonférence, s' attribuant la force de celui qui domine sur le feu lui-même. Et celui qui avait eu tout pouvoir sur les animaux mortels et privés de raison, s'éleva, sortit du sein de l'harmonie , pénétra et rompit la puissance des cercles, et montra la nature comme une des belles formes de Dieu.... L'homme se prit d'amour pour elle. Il en naquit une forme d'être privé de raison.... Mais de tous les animaux terrestres, l'homme seul est doué d'une double existence ; mortel par son corps , immortel par son être même.

Im.mortel , tout lui est soumis ; les autres êtres vivants subissent la loi des destins.L'hommefut donc une harmonie supérieure, et pour l'avoir voulu pénétrer, il est tombédans l'esclavage. . . Comme l'homme, tous les autres animaux sont détruits; mais Dieu dit :

Vous à qui nne part d'intelligence est concédée , connaissez votre propre nature et considérez votre immortalité.

L'amour de la portion corporelle de vous-même sera cause de votre mort.

Après ces paroles la Providence, selon les lois des destinées et de l'harmonie des mondes, composa les mélanges d'éléments divers, et constitua les es-

pèces qui toutes devaient se propager selon leurs propres caractères.

« Celui donc qui se connaît lui-même, a conquis le bien supérieur à son essence; celui qui se laissa tromper par l'amour du corps, fut jeté dans les ténèbres de la mort.... Dieu, qui est l'intelligence , a voulu que chaque homme qui participée cette intelligence se considérât en lui-même. « «Tous les hommes, dit Thoth, ne possèdent donc pas cette intelligence ? —Tu penses juste, répond Pimander, et je suis moi-même l'intelligence pour les hommes bons, purs, pieux , saints ; ma présence leur est en aide , et aussitôt ils connaissent tout , et le Père est pour eux propice et miséricordieux. C'est pourquoi ils célèbrent ses louanges par des hymnes, abandonnant le corps à sa mort, et repoussant les illusions des sens qu'ils savent être mortelles. L'intelligence est pour eux comme une sentinelle qui les garantit des entreprises et des embûches du corps , et se ferme les voies de leur séduction. Au contraire, je m'éloigne des ignorants, des méchants, des envieux , des homicides et des impies ; je les livre au démon vengeur , qui aime les coupables et les punit par le feu. "Thoth dès lors demande à savoir ce qui arrivera après l'ascension de l'ame vers le Père. — «Le corps matériel perd sa forme, qui se détruit avec le temps ; les sens , qui ont été animés , retournent à leur source , et reprendront un jour leurs fonctions , mais ils perdent leurs passions et leurs désirs, et l'esprit remonte vers les cieux pour se voir en harmonie; il laisse dans la première zone la faculté d'accroître et de décroître ; dans la seconde, la puissance du mal et les fraudes de l'oisiveté ; dans la troisième, les déceptions de la concupiscence ; danslaquatrième,rinsatiableambition; dans la cinquième, l'arrogance, l'audace et la témérité; dans la sixième, le goût improbe des richesses mal acquises ; et dans la septième , le mensonge. Et l'esprit , ainsi purifié par l'effet de ces harmonies, retourne à l'état si désiré, ayant un mérite et une force qui lui sont propres , et il habite enfin

l'GYPTE.

avec ceux qui célèbrent les louanges du Père. Ils sont dès lors placés parmi les pouvoirs, et à ce titre ils jouissent de Dieu. Tel est le suprême bien de ceux à qui il a été donné de savoir , ils deviennent Dieu.» « Ayant parlé ainsi, Pimander retourna parmi les pouvoirs divins , et moi je me mis à conseiller aux hommes la piété et la science. O hommes ! vivez sobrement , abstenez-vous de gloutonnerie. Pourquoi vous préciçitez-vousvers la mort, puisque vous êtes capables d'obtenir l'immortalité ? Fuyez les ténèbres de l'ignorance, retirez-vous de la lumière obscure , échappez à la corruption , acquérez l'immortalité ! Conducteur et chef de la race humaine, je lui montrerai les voies du salut , et je remplirai ses oreilles des préceptes de la sagesse. »

A travers cet ensemble de mots d'une langue bien moderne employée à] exprimer des idées très-vraisemblablement fort anciennes , le lecteur aura-t-il puisé une notion précise des opinions renfermées dans ces débris, peut-être bien informes , des antiques livres de l'Hermès Trismé^iste , qui , sous ces noms grecs , représente dans l'histoire deso{)mions humaines, celles des primitifs philosophes de l'Egypte?

On n'oserait l'espérer , et dans ce cas , il nous sera permis de répéter aujourd'hui ce que Je grand-pretre de Cérès disait à Anacharsis , au sujet de la philosophie de Pythagore. « L'obscurité et les inconséquences que trouve un lecteur en parcourant ces écrits, proviennent des ténèbres dont seront toujours enveloppées les questions qu'ils traitent; de la diversité des acceptions dans lesquelles sont pris les mots qui composent la langue philosophique; des couleurs dont les premiers interprètes de la nature revêtirent leurs dogmes; de la diversité des méthodes introduites dans les écoles. » Toutes les idées égyptiennes passèrent dans la Grèce, ou elles ne restèrent pas stériles. L'esprit prodigieux et l'active imagination des Grecs exploitèrent avec une incessante activité ce domaine des idées ; le nom-

bre des philosophes y fut grand, sans compter les sophistes : aussi le grandprêtre de Cérès disait-il encore : « O mon fils ! quelles étranges lumières ont apportées sur la terre ces honunes , célèbres qui prétendent s'être asservi ' la nature ! et que l'étude de la philosophie serait Humiliante, si, après avoir commencé par le doute, elle devait se terminer par de semblables paradoxes. «

Finissons cet exposé sommaire et imparfait des dogmes psychologiques égyptiens , par un trait d'une sublime invention. C'est parmi les âmes sorties victorieuses de toutes les épreuves, parmi les âmes les plus pures, que Dieu choisissait l'ame des rois. Si elles remplissaient dignement cette nouvelle et difficile mission , en rendant les peuples heureux et en étant pieux envers les dieux et envers les hommes, ces âmes rentraient heureuses dans le sein de la divinité, et voyaient Dieu pour l'éternité. Ce précepte de morale royale et populaire tout à la fois aidait les sujets dans leur respect pour le monarque , et plaçait les devoirs du prince dans son plus cher intérêt. Les prêtres lui rappelaient fréquemment l'un et l'autre , et cette éducation des princes, en harmonie avec leur croyance religieuse, pouvait être aussi fructueuse que toute autre idée tirée des considérations de l'orgueil ou du pouvoir. Le grandprêtre, qui rappelait au roi avec succès ses futures béatitudes , était à la fois le maître du prince et de l'état : s'il était honnête homme, il méritait de jouir du bonheur qu'il promettait.

D'après cet exposé des droits et des devoirs de la caste sacerdotale en Egypte , y eut-il jamais au monde une autre association d'hommes qui égalât son crédit, sa puissance, et capable, au même degré qu'elle, du bien et du mal? Non, jamais : et celle-ci n'a été maudite que par ceux qui , je ne sais sous quelles modernes influences, l'ont considéi'ée comme l'ennemie de la science et des hommes.

On estconduitpartoutcequi démontre la haute influencede la caste sacerdo-

L'UNIVERS

taie, à penser que les prêtres des dieux, des temples et des rois, devaient être honorés par de pompeuses funérailles.

Les monuments recueillis en Egypte sont d'accord avec cette présomption.

Les plus riches cercueils, en bois peint comme en matières dures, sont des cercueils de prêtres , et leurs momies sont d'ordinaire enrichies de dorures ou d'objets en or massif , plus abondants quand le prêtre appartenait à une classe plus élevée. On remarque au Musée du Louvre les riches cercueils de deux momies mâles ; ils ont appartenu à deux prêtres de Thèbes :

le corps embaumé de chacun d'eux était enfermé dans un double cercueil, et il n'est pas rare d'en trouver jusqu'à trois, enfei-més successivement fun dans l'autre, et tous les trois couverts de peintures religieuses parfaitement conservées et accompagnées d'un très-grand nombre d'inscriptions hiéroglyphiques. Nous donnerons une idée de la magniflcence de ces sépultures par la description, mais sommaire , de quatre cercueils sacerdotaux du Louvre; ils sont tous les quatre en bois peint.

Le premier cercueil avait renfermé la momie d'un prêtre de Thèbes, chargé des offrandes faites à Ammon, à Mouthis-Neïth , à Khons et à tous les autres dieux des régions supérieures et inférieures, hiérogrammate, scribe des temples de Thèbes , nommé Soutimès.

Le couvercle de ce cercueil offre l'image du défunt ayant les bras croisés sur sa poitrine. Les peintures qui le couvrent, et qui sont d'une finesse très-remarquable , représentent ce personnage, adorant successivement les dieux Phré ( le soleil ) , Chnouphis , Osiris assisté d'Isis ou de Nephthys ; divers animaux sacrés, et le dieu Osiris se levant de son lit funèbre. Sur les pieds sont figurées les déesses Isis et Nephthys, pleurant la mort de leur divin frère Osiris. Toutes les parois extérieures et intérieures de ce magnifique cercueil sont couvertes de scènes peintes, dans lesquelles le défunt adore successivement la plupart des divinités égyptiennes, dessinées en pied, ou sous

la forme mystique de sphinx décorés d'insignes variés.

Le second cercueil de la momie de l'hiérogrammate Soutimès renfermait jadis le précédent; les peintures qui décorent cette caisse sont exécutées avec plus de soin et de recherche que celles du premier cercueil. On y remarque également le défunt adressant ses supplications aux dieux Phré, à Chnouphis assisté de Neïth , à Osiris, à Isis veuve, et à Nephthys , déplorant la mort d'Osiris. Les inscriptions contiennent le nom et les titres de Soutimès , et une prière qu'il est censé adresser à la grande ame du monde céleste.

Un cartonnage de toile peint servait de couvercle intérieur au second cercueil de la momie de l'hiérogrammate Soutimès. Le scarabée du soleil décore la poitrine du défunt. Au-dessous est la déesse Netphé ( Rhéa, mère d'Osiris ) , les ailes déployées et tenant l'emblème de la vie. A droite et à gauche, l'hiérogrammate adresse ses

Srières à divers dieux et déesses. Les eux colonnes verticales d'hiérogly- Shes contiennent le nom et les titres e Soutimès , et se terminent par des invocations à la déesse Netphé.

Le premier cercueil de la momie d'un autre hiérogrammate de Thèbes est celui du nommé Poéris. Sur le côté gauche du cercueil sont les scènes suivantes : 1° Le dieu Sôou , soutenant le ciel par le secours du dieu Chnouphis, l'ame du monde; à leurs pieds est le dieu Sèv ( Saturne ) , couché, et dont les chairs sont de couleur verte ; 2° le défunt Poéris , adorant les quatre génies des morts ; au pied du cercueil la déesse Isis portant les emblèmes de la vie, de la stabilité et du bonheur. Sur le côté droit, F Osiris, assis sur son trône et assisté de la déesse de l'occident , reçoit de son fils Horus , accompagné dû dieu Thoth , l'œil symbolique gauche; 2° le défunt Poéris, adorant les quatre génies des morts.

Vçrs la tête du cercueil on a peint la déesse Nephthys Ptérophore. Le fond du coffre est occupé par une mf|gnifique figure en pieu de la déesse Isis.

EGYPTE

Le second cercueil de la momie de l'Iiiérogrammate prêtre d'Ammon Poéris est sans couvercle. A l'extérieur, vers la tête , est peinte la déesse Nephthys, entre deux symboles de l'Occident. Côté droit du cercueil :

1° Isis et Nephthys, adorant Osiris stabiliteur; 2" le "défunt Poéris, à la porte d'un palais, contemple la scène de la présentation de l'œil mystique, faite par les dieux Horus et Tliôth à Osiris, assisté de la déesse Amenti et du dieu Héki ; 3" le défunt adore le dieu soleil, Phré, dans sa bari ou vaisseau mystique remorqué par des schacals et quatre divinités secondaires :

la bari navigue sur le caractère clei

E lacé au-dessus d'un serpent, emlème du cours des planètes ; 4° Isis et Nephthys, adorant leur frère Osiris ; 5° la déesse Netphé, au pied de l'arbre mystique, nourrissant de son fruit l'ame du défunt Poéris, et lui versant le breuvage divin. Coté gauche du même cercueil : 1° Isis, Osiris et Nephthys ; 2° scène déjà écrite , n° 1 du premier cercueil (Soou) ; 3° le jugement de l'ame du défunt Poéris , lequel est llguré non loin de la balance, portant sur sa main ses yeux et sa bouche, comme pour attester la pureté de ses regards et de ses discours ; 4« le défunt adorant la vache mystique de la déesse Hathôr, sortant d'une montagne sur le flanc de laquelle est la porte de l'hypogée qui devait recevoir la momie du défunt.

Le musée royal possède aussi :

1° un cartonnage "de toile peint, ayant contenu la momie d'un Thébain, employé dans la maison royale, nommé Pétof, et qualifié de prêtre d'Ammon.

Le masque est doré. Au centre du collier est une image de la déesse Thmei (la justice); au-dessous, le scarabée du I" Hermès déployant ses ailes ornées d'émaux. A droite et à gauche sont les emblèmes de la déesse Netphé (Rhéa) et du dieu Sèv ( Saturne). — 1*"" registre : le dieu Tliôtli, à tête d'ibis, présente le défunt Pétof, assisté de la déesse Amenti , au dieu Phré assis sur son trône. — Dans le 2' registre sont peintes 17 ensei- 10'' Livraison. (Egypte.)

gnes sacrées. — 3* registre : l'Egypte supérieure et l'Egypte inférieure personnifiées, adorant Osiris Sarapis, le dieu de l'inondation. — 4" registre :

le jeune dieu Horus et son Épervier sacré. — 5* registre : la déesse Selk étendant ses ailes sur les pieds de la momie.

2° Un autre cartonnage provenant de la momie d'un prêtre d'Ammon , nommé Afomouthis. Au-dessus du collier, richement peint, est l" l'Épervier criocéphale du dieu Chnouphis, la tête surmontée du disque lunaire; 2° une scène représentant le 2" Hermès, Thôth, conduisant le défunt à Osiris assisté d'Isis, et des quatre Génies des morts ; 3° l'Épervier du dieu Phré ( le Soleil), les ailes éployées ; 4° les déesses Tsis et Nephthys ptérophores ; 5° les Éperviers du V Hermès, affrontés; 6° sur les pieds de la momie, les schacals gardiens des deux hémisphères.

3° Des scarabées funéraires avec des noms de personnages de divers grades de la caste sacerdotale.

4° Des images funéraires d'individus du même ordre; lesdites images en bois, terre émaillée, porcelaine, terre cuite ou serpentine, et rappelant par leurs inscriptions les titres variés des personnes défuntes pour lesquelles ces images furent faites , et ces images étaient renfermées dans des coffres placés à côté des momies dans les tombeaux. Enfin, il existe aussi, provenant des tombeaux de la caste sacerdotale, des vases funéraires contenant les parties intérieures des corps, séparées de la momie et embaumées. On comprendra qu'en Egypte , comme dans tous les pays, toute la pompe des funérailles était surtout déployée pour la caste qui dispensait sur la terre les bienfaits du ciel et les gages de la protection divine.

^ Telle fut la caste sacerdotale en Egypte. Elle posséda à la fois les honneurs, le pouvoir et la richesse. A côté d'elle la loi de l'état avait placé la caste militaire : essayons d'en faire connaître l'antique constitution.

L'UNIVERS

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