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les ouvertures pratiquées pour l'écoulement sur le sol inférieur. On conservait ainsi les eaux nécessaires à l'arrosement des terres après l'inondation ; elles étaient réservées d'une année à l'autre dans l'intérieur du pays, et les bienfaits du Nil y répandaient perpétuellement l'abondance et la vie. La fécondité de l'Egypte dépendait de l'entretien et de la bonne disposition des canaux; l'administration publique en faisait l'objet essentiel d'une surveillance non interrompue. Des postes militaires gardaient les ouvrages construits à la prise d'eau de chaque canal, ainsi que les digues principales. L'inscription de Rosette, au nombre des actions de Ptolémée Épiphane qui servent de motif aux honneurs extraordinaires qui lui sont décernés par ce décret de l'ordre sacerdotal , rappelle que dans la huitième année du règne de ce roi, le Nil ayant fait une crue extraordinaire , il a fortifié les bouches des canaux, en y employant des sommes très-considérables, et qu'il y a établi des postes d'infanterie et de cavalerie pour les garder : cela se passait en l'année 196 avant l'ère chrétienne, à l'époque même du siège de la ville de Lycopolis, qui s'était révoltée. Dans l'ancienne croyance égyptienne, tout ce qui se rap[)ortait a l'état périodique du Nil était sacré comme le fleuve lui-même.
La religion intervenait dans les principales circonstances, et consacrait, par l'assistance des dieux, les faits physiques les plus indépendants de la volonté des hommes. On a appelé la clef du N'I le symbole même de la vie divine. Enfin toutf l'antiquité classique est remplie des souvenirs du culte du Nil , père nourricier de l'Egypte.
Les Égyptiens, en effet, considéraient le Nil comme une manifestation réelle d'Aramon-Chnouphis , leur divinité suprême, qui, sous une forme visible, vivifiait et conservait l'Egypte. Homère disait que ce fleuve tirait son origine de Jupiter. Les Grecs, pénétrés des doctrines égyptiennes, ont apf)elé le Nil le Jupiter-égyptien, et es Égyptiens le nommaient le Très- Snint, le père et le conservateur du
jjays. Enfin ce fleuve fut un dieu qa? eut ses prêtres et son culte, et du temps de Néron encore, les habitants de Busiris élevaient une statue en l'honneur du préfet romain Balbillus , parce que , par les grâces et les bienfaits de ce gouverneur, l'Egypte jouissait, plus que jamais, de l'inondation juste et exacte du fleuve-dieu. On sait aussi quelles fêtes, quelles réjouissances animent chaque année parmi la population actuelle de l'Egypte, la rupture des digues qui ferment les canaux : comme dans la plus haute antiquité, la crainte de la stérilité et l'espérance d'abondantes récoltes s'y renouvellent avec les commencements de l'inondation.
Lorsque le Nil était rentré dans son lit, le travail de la culture commençait. «Chacun, dit Hérodote, vient alors jeter les semences dans ses terres et y lâche ensuite des animaux; la semence est ainsi retournée et enterrée, et il n'y a plus qu'à attendre la moisson. Les Egyptiens, particulièrement ceux qui habitent au-dessous de Memphis, sont ceux qui recueillent avec le moins de travail les fruits les plus abondants : ils n'ont point à creuser inutilement les sillons avec la charrue, ils n'ont ni la fatigue de retourner la terre, ni celle de la bêcher. Ils ne sont assujettis à aucun des travaux auxquels les autres hommes sont condamnés pour récolter , le fleuve se répandant ne lui-même dans les champs, et se retirant après les avoir arrosés. » Les tableaux des scènes agricoles , si multipliés dans les représentations égyptiennes , confirment généralement ces rapports d'Hérodote (p/. 31); ony voit sans équivoque et selon ce qu'exigeait la nature d'un sol meuble et léger comme l'était le limon du Nil , qu'on lui donnait un premier labour à la charrue, à laquelle deux bœufs ou deux vaches étaient attelés au moyen ' d'un collier, et non pas d'un joug, comme dans d'autres pays. Un laboureur dirigeait les bœufs avec un bâtor . un autre tenait les bras de la charrue. Quelquefois on y employait des hommes , au nombre de trois ou quatre,.
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tirant paisiblement à force de bras la corde à l'extrémité de laquelle était liée la charrue. Celle-ci est ordinairement en bois dur, le sol n'exigeant que rarement que le soc fût armé de métal. Il en était de même de la houe et de la bêche, qu'on employait dans des travaux de mains dnomme moins considérables que le labourage des champs. On jetait ensuite la semence sur le sol ainsi préparé, et au lieu de la couvrir par un second labourage, on conduisait sur le sol ensemencé des troupeaux d'animaux domestiques, afin de faire fouler la terre et les grains ensemencés. Hérodote dit que cette opération se faisait à l'aide de pourceaux; mais n'auraient-ils pas dévoré les grains plutôt que de les enterrer?
Les monuments n'indiquent comme employés à cette portion de l'ensemencement des terres que les chèvres et <es moutons : on voit des chèvres occupées à ce travail dans les peintures des tombeaux de Giseh et de Koumel-Hamar. Dans celles de Eeni-Hassan, et au milieu des autres représentations des travaux agricoles, on remarque trois hommes armés de corbasch qui frappent un troui)eau de béliers et de moutons , en les poussant devant eux ; de l'autre côté de ce même tableau , trois autres hommes frappent également les moutons et les poussent dans une direction opposée : il faut voir ici l'intention de mettre les moutons en mouvement, de les agiter sur le terrain circonscrit où les gardiens les contiennent, afin, soit de piétiner ce terrain frais et léger, pour tenir lieu d'un léger labourage et y ensemencer quelques grains particuliers, soit pour enterrer lés grains déjà semés sur cette terre. Nulle part l'on n'a vu les porcs employés à cette opération, malgré l'opinion d'Hérodote répétée par Pline l'ancien; et Diodore de Sicile est plus près de la vérité, lorsqu'il dit qu'on faisait fouler les semences sous les pieds des bestiaux qu'on y avait lâchés. Le grain foulé par ces animaux avait été répandu méthodiquement sur la terre labourée; un ou plusieurs semeurs suivaient la charrue; une poche ou
un sac était pendu à leur main gauche ou a leur cou , et de la main droite ils lançaient les semences à la volée.
Les chevaux, les ânes et les bœufs étaient également employés aux travaux de l'agriculture, et il est à présumer que pour mettre une seconde récolte, dans la même année, sur la même terre, qui était moins meuble qu'immédiatement après l'inondation, on employait pour le second labourage une charrue dont le soc en bois était garni de métal : on a cru en reconnaître d'ainsi construites sur les monuments. Les chars à deux roues, traî nés par des bœufs ou des chevaux, étaient employés aux travaux agricoles, et cet équipage rural était convenablement construit pour le sol de la contrée.
Peu de mois après les semailles, arrivait celui de la récolte des blés ; des moissonneurs les coupaient par poignées au-dessous de l'épi {pi. 31) ; derrière eux les femmes et les enfants ramassaient ces épis et les mettaient dans des sacs; des vases rafraîchissants, remplis d'eau et placés, sur des trépieds non loin des moissonneurs , servaient à les désaltérer pendant leur travail; ces vases, d'argile poreuse, sont encore en usage en Egypte. Celui qu'on y appelle qouleh, ou bardaque, est le plu'-jîonnu; il est léger, portatif et d'aune forme élégante, d'un usage commode, et on le trouve partout. Ses parois minces et d'un tissu poreux permettent à l'eau de transsuder d'une manière imperceptible; aussi la surface extérieure est-elle toujours couverte d'une couche humide qui se renouvelle sans cesse aux dépens de l'eau renfermée dans le vase, et c'est par cette continuité d'évaporation que la température de l'eau intérieure s'abaisse très - sensiblement. L'eau du INil , qui a 23 degrés de température au coucher du soleil , descend dans la bardaque , pendant la durée de la nuit, à 13 degrés, celle du lleuve étant la même , et la quantité primitive de l'eau du vases'étant réduite à moins de moitié. Cela arrive en rase campagne, près du Nil et dans un courant près-
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que permanent. On n'obtiendrait donc pas le même résultat dans l'intérieur des maisons, mais on le recherche par quelques rnoyens artiflciels. Les anciens Egyptiens y employaient des éventails trës-solide, qu'ils agitaient avec force près des vases; par là ils renouvelaient continuellement l'air ^ favorisaient l'évaporation et accéléraient le refroidissement.
Notre planche 31, en regard de la page 125 , représente le labourage de la terre à la houe, et à la charrue tirée par deux hommes au moyen d'une cordelle ; deux autres laboureurs aident à cette opération :
l'un appuie fortement sur la charrue, afin que le soc entre plus avant dans la terre; l'autre la dirige d'une main et porte dans l'autre le sac où la semence est contenue. On doit remarquer qu'il n'y a aucune différence de costume entre les quatre personnages qui concourent à cette opération , que les deux derniers ne portent aucune marque d'autorité, et ne paraissent pouvoir exciter l'ardeur des deux premiers que par la parole. On ne çeut point voir ici des serfs attachés a la glèbe, et employés à la place des animaux, à la cultiver au gré de son seigneur. En Egypte il y avait si peu de fatigue à couper et h ouvrir la terre déposée par l'inondation , que le laboureur tirant la charrue ne nous paraît pas réduit à une condition pire que nos manouvriers attelés à une petite charrette , ou pliant sous le poids d'insupportables fardeaux. Pour l'Egypte agricole, comme pour les exploitions "rurales des temps modernes, tous les bras étaient utiles, et employés avec une réserve que la fertilité du sol et le concours des phénomènes naturels dépouillent de toute espèce de mérite philanthropique.
La même planche 3 1 représente aussi le labourage par la charrue à laquelle des bœufs sont attelés : le semeur jette le grain dans le sillon qu'il vient de tracer; toutefois, selon la place que le dessin lui donne, on pourrait, s'il n'y avait point un défaut de perspective, y voir le second labourage de fa terre ,
lequel a pour objet réel de couvrir les semences, en renversant sur elles la berge du sillon où le semeur les a répandues, et cette opération dans le second ensemencement de la même terre dans la même année devait tenir lieu du foulage par des moutons ou des chèvres, qui suffisait dans le premier, si voisin de la retraite des eaux.
On reconnaît dans la première, à gauche, des scènes du registre inférieur de la même planche, la moisson du blé au-dessous de l'épi, et l'usage des bardaques, tel qu'il vient d'être mentionné. On y retrouve aussi la forme de la faucilfe égyptienne, moins arrondie que celle de nos contrées, et plus rapprochée de la forme de nos faux.
La scène suivante inspirerait quelques réflexions, comparée avec la première; les gerbes que des hommes lient ou transportent sur les épaules, sont formées de brins bien plus longs que ne le serait la paille du blé coupé près de l'épi. Ces longues gerbes sont formées de tiges de lin ; on ne le coupait pas, on l'arrachait; lié en gerbes, il était ensuite égrené au moyen d'un peigne qui détachait la graine en ménageant la tige. L'ouvrier qui procède à cette opération appuie un pied sur le talon du peigne, et consolide ainsi sa machine qui seconde efficacement son travail.
Le dernier sujet de notre planche nous représente l'inventaire de ces récoltes en blés : le propriétaire le fait mesurer au boisseau , et un scribe , accroupi sur un monceau de ce ^rain , en écrit le compte. On trouve ailleurs cette même scène, un peu moins abrégée ; elle mérite encore quelques détails.
L'antiquité classique a rappelé quelques traits des mœurs nationales de l'Egypte, qui prouvent combien l'agriculture y tut honorée. Dans des cérémonies consacrées, les rois, dirigeant la charrue de leur main, ouvraient eux-mêmes le premier sillon de la nouvelle année rurale.
Dans ces encouragements publics, la religion apporta aussi le tribut de son influence. Le naradis promis aux
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bons et nux justes était comme un jardin délicieux , planté d'arbres célestes, où les saisons se succédaient dans l'ordre le plus régulier; oij le Nil du ciel , comme celui de la terre , répandait périodiquement les bienfaits de ses eaux divmes, et dans les plus utiles proportions ; oij les plus riches récoltes couvraient, sans interruption, ces champs d'une culture qui ne coûtait pas de sueurs, et où les fleurs de l'odeur la plus suave occupaient le terrain délaissé par les fruits du goût le plus exquis. Les âmes placées dans ce lieu de prédilection l'habitaient sous l'autorité du Seigneur de la joie du cœur, c'est-à-dire de la cons'^.ence sans reproche. Elles cueillaiep' librement ces fleurs et ces fruits. Ces clvamps étaient le séjour et la récompense des hommes vertueux. C'étaient les champs de la vérité, et ceux qui les habitaient ornaient leurs têtes de la plume qui en était l'emblème. Parmi ces âmes bienheureuses , les unes tenaient en main la faucille propre à couper la moisson, et d'autres présentaient des offrandes aux dieux ; ces scènes sont souvent répétées dans les tombeaux, et annoncées par ces paroles : «Les âmes a pures font des libations de l'eau, et « des offrandes des grains des campa- « gnes de gloire; elles tiennent une « faucille et moissonnent les champs « qui sont leur partage; le dieu soleil « leur dit : Prenez vos faucilles, mois- « sonnez la récolte ; emportez la ré- « coite dans vos demeures , jouissez- « en, et la présentez aux dieux en « offrande pure. »
Dans le Livre de la manifestation de la lumière, ou Rituel funéraire (voy. pag. 123,l'"'' colonne), on retrouve aussi des scènes d'agriculture parmi les peintures religieuses dont cet ouvrage est orné; mais dans l'ordre réel de ces mêmes scènes , la culture des champs ne se voit qu'après les cérémonies d'embaumement de la momie du défunt, et qu'après qu'elle a été déposée dans la chambre sépulcrale. L'autre vie a donc commencé pour lui , c'est son arae, sous les formes humaines de son corps, qui accomplit ses
nouvelles obligations , et les champs qu'on cultive sont aussi ceux de la vérité : elle a été admise avec ces âmes p«res , dans les champs élysées.
Les champs en culture y sont sillonnés de canaux tirés du fleuve de l'eau primordiale ; des arbres s'élèvent sur le sol. Les âmes, sans distinction de sexe, s'y livrent aux mêmes travaux : elles labourent avec la charrue, tirée par deux vaches, qu'elles excitent avec un fouet; successivement elles sèment le grain, le coupent, lorsqu'il est mûr, avec une faux , le font fouler par des vaches, qu'elles dirigentattentivement, et font, immédiatement après, l'offrande des prémices de cette récolte sur un autel placé devant le dieu K\\ , qui est assis sur son trône. On trouvera dans toutes ces représentations une
Ereuve nouvelle des analogies nomreuses qui existaient dans les croyances égyptiennes entre l'ordre des choses divines et les choses humaines , l'organisation du ciel et celle de la terre. On en trouvera d'autres encore dans le tableau des préceptes religieux de l'ancienne Egypte, et des symboles qu'elle adopta pour les faire connaître aux yeux, en même temps qu'elle s'efforçait de les inculquer dans les esprits.
Du reste , les pratiques des anciens pour purifier, serrer et conserver les grains, différaient peu de celles des modernes : on le vannait , en le laissant tomber au travers d'un courant d'air qui emportait le sable et la poussière ; on l'enfermait ensuite dans des sacs pour le transporter au grenier, où il était soit entassé , soit déposé dans des coffres plus ou moins vastes. Si l'on s'en rapporte à des peintures nouvellement découvertes en Egypte , l'usage de silos n'y aurait pas été inconnu. On y voit, en effet, que le blé, porté par des hommes, est versé dans de vastes récipients rangés ou taillés sur une même ligne, tous de forme conique , et qui paraissent pouvoir être fermés par le haut dès qu'ils ont été remplis. Une ouverture eu forme de petite fenêtre carrée était pratiquée vers le milieu de leur hauteur , et servait , soit à vider la partie
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supérieure du grain, soit à l'aérer lorsqu'il n'était pas plein.
La fécondité de l'Egypte et le commerce de ses grains, qii elle transportait au loin {pi. 44). lui avaient nécessairement fait chercher et découvrir les moyens de les conserver sains et frais pendant des mois et des années. Il paraît aussi qu'on enfermait de même le blé dans son épi et sans être battu ; des peintures représentent bien clairement cet usage.
La culture du lin n'était ni moins abondante ni moins étendue en Egypte que celle des céréales. Les écrivains arabes du moyen âge en ont décrit la récolte en ces termes : On arrache le iin , brin à brin , quand il est devenu jaune et qu'il conserve encore de l'humidité; on l'arrache le matin, puis on retend , par couches légères , sur différentes lignes, l'étalant sur la terre afin qu'il sècne. Au bout de quatre ou cinq jours, on le lie par petites poignées de la grosseur de cequ'un homme peut embrasser avec ses deux mains réunies, ou de ce qu'on peut lier avec un bout de corde long d'une coudée ou tant soit peu plus. On le frotte ensuite entre les deux mains, pour faire tomber les feuilles; puis on l'expose au soleil sur des racmes , en serrant les bottes l'une contre l'autre. Si on ajoute à ce passage arabe , dont le texte est emprunté aux notes de M. le baron de Sacy, à la suite de sa traduction française d'Abdallatif, ce qui a été déjà dit sur l'usage d'égrener le lin au moyen d'un peigne, l'auteur arabe aura décrit les procédés mêmes des Égyptiens, tels qu'ils sont fréquemment représentés dans lespeintures des tombeaux, notamment dans ceux de Beni-Hassan.
Le lin récolté était déposé dans des couffés dont on chargeait les ânes ; il était ensuite teille, peigné, filé , tissé, pour produire cette grande quantité de toile de lin dont l'abondance en Egypte était aussi une branche importante de commerce, favorisée par l'abondance même de cette production, parla finesse et la blancheur auxquelles on pouvait l'amener, et par l'habileté des ouvriers qui le travaillaient pour
l'usage de toutes les classes, et ôpécialement pour les familles royales et sacerdotales.
Une autre substance , le byssus, paraît avoir été, pour l'ancienne Egypte, un autre objet de grande consommation. C'est avec des uandelettes de cette matière que les momies étaient enveloppées, selon Hérodote, et on l'employait habituellement dans l'habillement. Bien des écrivains , après Héro dote, parlent diversement de cette substance, et ils ont jeté des doutes sur sa nature et sur sa patrie : les uns ont considéré le byssus comme une espèce de lin, plus blanc et plus doux que "e lin ordinaire; d'autres, comme une e.-nèce de laine ; enfin on le disait originaire de l'Inde et transplanté en Egypte. On s'accorde assez à reconnaître que cette espèce de lin était produite par un arbre. La partie arabique de l'Egypte supérieure, dit Pline, engendre dés arbres qui portent une laine que les uns appellent Gossipion et les autres Xylon. On trouvait auss' dans l'Inde, dit Hérodote, un arbre sauvage qui avait pour fruit une espèce de laine supérieure, par sa beauté et ses qualités , à celle que donnent les moutons ; et c'est avec cette laine que les Indiens fabriquaient leurs vêtements. Le rapprochement de tous ces passages montre assez clairement que le byssus des anciens n'était pas autre chose que le coton ; que cet arbre était cultivé en Egypte; et S. Jérôme ajoute qu'il y était "^eii grand nombre. C'est donc le coton qu'il faut reconnaître dans tous les passages des anciens relatifs à l'usage du byssus en Egypte.
L'inscription de Rosette fait mention de cette matière, et rappelle un fait iraportant, quand elle nous apprend que les temples de l'Egypte renfermaient des fabriques de toile de byssus, et qu'ils étaient tenus chaque année à une redevance de ces toiles envers le fisc royal; et quoique le monument qui rapporte ce fait curieux ne remonte qu'au temps des Ptolémées , comme la domination grecque ne changea rien à l'organisation intérieure dei i temples, on peut conjecturer avec quel-
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ty.io conGanre, qui' l'existence des fa- Ijiiiiues de toile de bvssus dans les maisons sacerdotales était bien plus ancienne encore. La substance et l'éxolïe qui en était faite furent dans tous les cas connues en Egypte dès la plus haute antiquité.
Lorsque le Pharaon eut entendu Joseph, et, satisfait de ses avis, voulut lui témoigner sa gratitude, il lui donna le gouvernement de l'Egypte, lui remit l'anneau royal, et le fit revêtir (l'une tunique dé byssus; aussi Clément d'Alexandrie a-t-|l assuré que le byssus fut connu en Egypte dès les temps de Sémiramis , qui fut à peu près contemporaine de Joseph. On peut toutefois reculer encore la fabrication et l'usage des étoffes de byssus en l'igypte; ses relations politiques, son coinmerce avec la Syrie et l'Inde, la connaissance réciproque des productions propres^à tous ces pays, par l'intermédiaire des Phéniciens , qui en étaient les intrépides courtiers, font vraisemblablement remonter l'usage des toiles de byssus aux premiers temps de l'histoire du commerce en Asie. Pour l'Egypte, ses momies de toutes les époques sont enveloppées de langes et de bandelettes de coton , généralement reconnu pour une des espèces du byssus des anciens : il fut un objet d'une grande importance pour l'agriculture, l'industrie et le commerce de l'ancienne Egypte. î\loïse .>rna le tabernacle de tissus égvptiens; le prophète Isaïe prédisant à la classe industrielle égyptienne de procliams malheurs, s'écrie : « Ils seront réduits a la misère, ceux qui cardent le coton en lin , et les tisserands de tissus blancs. » Le travail de ces ouvriers se voit dans des peintures antiques, et /es ouvriers en ce genre étaient trèsnombreux en Egypte. La barbarie des conquêtes les priva de ces avantages :
le gouvernement actuel y a rarnené l'ancienne prospérité en renouvelant les anciennes plantations de coton : on referait l'ancienne Egypte tout entière en rétablissant ses anciennes institutions. Le gouvernement des Pharaons y avait découvert et rendu