‹ Egypte ancienneChapitre 20 sur 40 · I.u-raison. (Egypte · texte numérisé non relu

I.u-raison. (Egypte

fécondes toutes les sources de la prospérité publique.

Au nombre des nrodiiclions naturelles employées hauituellement à In nourriture des hommes, il faut ajouter celles qui sont désignées par Hérodote comme particulières aux habitants des contrées marécageuses de ^I^gypte.

Pour se procurer leur nourriture, ditil, ils ont recours à divers genres d'industrie : lorsque le fleuve, gonflé, se déborde et couvre les champs voisins, il croît dans ses eaux une grande quantité d'une espèce de lis que les Egyptiens appellent Lotus ( le nymph'ira lotus des botanistes modernes). Ils moissonnent ces plantes et les font sécher au soleil ; ils réunissent la graine, et en forment une i>àte avec laquelle ils fabriquent un pain qu'ils font cuire. La racine du lotus était également bonne à manger, et assez douce au goût; une autre variété de lis produisait des graines de la grosseur d'un noyau d'olive, bonnes à manger fraî chés ou séchées; la tige du papyrus.' était aussi une nourritureusuelle: pour la rendre plus délicate, on la cuisait au four; enfln, le poisson, vidé et»seulement séché au soleil , était la plus habituelle nourriture des habitants des parties du territoire égyptien les plus liumides.

Les légumes entraient particulièrement dans le régime nutritif des enfants, en général très-nombreux dans toutes les familles, jiar l'effet de la loi qui , sans distinction des femmes légitimes de celles qui ne l'étaient pas, considérait comme frères aux mêmes droits tous les enfants du même père.

Les Figyptiens, selon Diodore de Sicile, les nourrissaient sans taire de dépense et avec une incroyable facilité , en leur donnant des aliments cuits très-simples, tels que les rejetons du papyrus, qui pouvaient être rôtis au feu'ou sous le cendre, ou bien les racines et les tiges de plusieurs plantes marécageuses, soit crue^, .soit bouillies ou rôties; et si l'on ajoute à l'économie d'un tel régime, le concours d'une économie encore plus complète au sujetderhabillementetde la cli;iu»-

sure, dont les enfants se passaient fort bien dans un climat aussi favorable , on sera porté à croire à ce que Diodore ajoute à ces prenaiers renseignements, cest-à-dire, que la nourriture et l'habillement d'un enfant ne coûtait pas , pour toute son enfance, plus de 18 à 20 fr. de notre monnaie. On comprend aussi, par ces faits avérés, ,1a grande population de l'ancienne Egypte, et comment elle put élever ou creuser en âussi grand nombre ses prodigieux monuments.

Plusieurs auteurs anciens ont expressément distingué diverses qualités de vins produits par le sol égyptien.

Le vin maréotique, récolté dans le voisinage du lac Maréotis , près d'Alexandrie (ce qui faisait aussi donner à cette espèce de vin le nom d'Alexandrin), provenait, selon Athénée , d'un excellent raisin, et il était blanc, léger, parfumé et diurétique. Le même auteur n'accorde pas de moindres éloges aux vins de la ïliébaïde , notamment à ceux de Coptos ; il ajoute aussi que le vin de chacune des diverses parties de l'Egypte avait ses qualités particulièles et un goût assez prononcé pour les faire distinguer les uns des autres. Ces témoignages sur la ciriture de la vigne dans toute l'Egypte, sur l'abondance et la variété de ses produits , sont tirés d'un écrivain grec postérieur de six siècles à Hérodote qui assurait que les Égyptiens n'avaient pas de vignes. Il est vrai que cette assertion d'Hérodote peut ne regarder qje les habitants de la partie ensemencée de l'Egypte , car c'est d'eux qu'il parle expressément dans le chapitre où il afûrme qu'il n'y a pas de vignes, et c'est par cette explication de cette même assertion que les paroles d'Hérodote ne se trouveront plus eu contradiction manifeste avec les monuments les plus authentiques , et, sans nul doute , antérieurs de bien des siècles au temps où l'écrivain grec visita l'Egypte, comme le sont ceux d'Éléthya, Beni- Hassan, Gizèh et Thèbes. Il n'est pas rare , en effet , de retrouver dans les tnonuments de l'Egypte les preuves lacontestables de la culture de la vi-

gne , et des tableaux représentant toutes les opérations pratiquées pour faire la récolte du vin : le raisin est coupé par les vendangeurs , déposé dans des paniers, transporté dans des cuves, et est foulé par des hommes; le vin clair est tiré de cette cuve et mis dans des vaisseaux de bois, d'où il est ensuite déposé dans des amphores.

Le vin qui reste dans le marc de raisin en est extrait par divers procédés, par la torsion ou par la pression , soit a bras d'homme soit à levier, et les amphores où le vin est réuni sont ensuite soigneusement bouchées et rangées dans la partie basse de l'habitation , celle qui est le plus à l'abri de l'atteinte de la chaleur. Ces procédés eux-mêmes sont une preuve de l'existence de la vigne dans toutes les parties de rÉgypte; le vin est souvent mentionné dans les inscriptions hiéroglyphiques ; on y en distingue même de plusieurs qualités: il nous paraît donc avoir été d'un usage général dans l'ancienne Egypte.

Plusieurs espèces de bières ou autres liqueurs fermentées, et l'eau du Nil, étaient aussi une boisson universellement adoptée.

Une assez grande variété de fruits ajoutait encore à la variété de la nourriture; le figuier et autres arbres analogues croissaient sur le sol égyptien ; les terrains marécageux donnaient aussi leurs productions particulières; les espèces de melons et de pastèques y étaient diversifiées, et les peintures des hypogées en donnent des figures assez exactes, pour reconnaître ces productions placées sur les tables d'offrandes religieuses , ou sur la, table domestique. L'ail et l'oignon d'Egypte ont presque de la célébrité; du moins l'histoire a consacré leur agréable saveur. La Bible raconte gue les Israélites , dans le désert , dégoûtés de la manne, leur unique nourriture, murmurèrent tout haut , se plaignant ,de n'avoir plus de viande à manger, et regrettant avec douleur le poisson dont ils se nourrissaient gratis en Egypte , et surtout les pastè({ues , les concombres , les poireaux , l'ail et

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l'oignon de cette contrée; privés de ces fruits de la terre du ÎNil , leur vie était languissante , ne voyant que manne devant leurs yeux. Hérodote et Pline ont conservé une vieille tradition , bien incertaine tant elle est vieille, d'après laquelle la seule dépense des raves, ail et oignons consommés par les ouvriers qui construisirent la pyramide de Chéops , se serait élevée à six cents talents d'argent , plus de huit millions de notre monnaie. Ceci ne prouve que l'antiquité de l'usage de ces fruits comme nourriture des peuples égyptiens ; on sait , du reste , que l'ail et l'oignon peroent beaucoup de leur saveur acre et désagréable à mesure qu'ils croissent dansdes climats d'une température plus élevée. Les Européens d'Egypte n'ont pas pour ces deux productions l'éloignement qu'elles inspirent dans nos contrées; leur goût est en effet bien moins importun.

Il ne parait pas que les Égyptiens aient connu le riz; les écrivains anciens qui nomment les lentilles de Péluse, ne parlent pas du riz d'Egypte. Tliéo- |)hraste mentionne le riz de l'Inde, et on peut conjecturer qu'il n'a été introduit en Egypte, où sa culture est aujourd'hui générale, qu'au temps des califes , qui favorisèrent l'introduction des plantes étrangères.

Du reste, on peut considérer comme applicables aux temps primitifs de l'Egypte civilisée ce qui s'y passe aujourd'hui sur le terrain cultivable, l'uin'formité des phénomènes naturels ayant exigé l'uniformité des pratiques agricoles , et les anciens Egyptiens n'étant restés en rien au-dessous des modernes pour la connaissance et l'exploitation de leur pays. Alors comme aujourd'hui les dépôts limoneux du INil produisaient les plantes propres aux marais et aux terrains humides, tandis que le sol du désert s'était réservé les plantes à tiges dures et ligneuses , armées d'épines , et à fleurs a peu près incolores; néanmoins l'Egypte n'était pas tout à fait de l'Afrique, et ses productions végétales étaient plus analogues à celles de la Syrie et

des îles de la ÏModiterrnnée, qu'à celles de la Guinée ou même de l'Abyssinie. En Egypte, le froid ne suspend pas la végétation , la défoliation des arbres n'a lieu qu'en décembre et janvier, et la verdure renaît en février ou mars : c'est un hiver semblable à un long printemps. L'acacia, les sycomores , les cassiers et d'autres arbres touffus ornaient les jardins et donnaient beaucoup d'ombre, et le dattier était d'une grande utilité jusque dans ses derniers lilaments : son fruit sain et nourrissant était un aliment agréable ; son bois poreux et léger se prétait facilement au travail du menuisier et du charpentier ; ses débris fournissaient un bon combustible ;avec ses feuilles on faisait des paniers, des couffes et des nattes ; et avec le réseau de ses feuilles de bons cordages peu coûteux. Le dattier croissait également dans les sables du désert et dans le limon du Nil. Un grand nombre de plantes y croissent aussi spontanément, sans être particulières à l'É-

gvpte ; le IVil et les vents les y ont [ ' "" ~ "■ de la Syrie, de l'Arabie, de la Nubie et de

apportées de la Barbarie,

l'Inde, et leur végétation annuelle y a confondu les plantes étrangères avec les espèces primitivement indigènes.

Quelques-unes ont presque disparu , et le papyrus, autrefois si abondant, est aujourd'hui très-rare, et reste en Abyssinie, d'oij il ne descend plus avec, le Nil. Le papyrus , comme les, nyniphxa et le pistia ont existé en Egypte avant que le riz et la canne à sucre y fussent transportés de l'Inde. Les roseaux et les joncs fournissaient autrefois comme aujourd'hui ces belles nattes qui sont devenues un objet de commerce. Nous avons parlé des vastes pâturages de la basse Egypte et de l'Heptanomide; il est très- vraisemblable qu'ils consistaient surtout en prairies artificielles; car alors , comme aujourd'hui , les dépôts du Nil auraient produit plus de roseaux et de plantes coriaces et épineuses que d'herbes propres à la nourriture des bestiaux; la paille des divers grains cultivés servait aunién-e usage; enlin, les tiges verte»

LUMYERS.

des pois , des lupins , des gesses , des haricots, ipouvaient ajouter à cette espèce de ressource dans un pays où l'éducation des bestiaux était une partie très-importante de l'agriculture.

La race des chevaux y était fort lielle, semblable à celle qui vieiit aujourd'hui du Dongola ; Salomon s'approvisionnait de chevaux dans les riches haras de l'Egypte. Mais un fait très-digne de remarque, c'est qu'on ne trouve sur aucun monument la ligure ni la mention du chameau; habitant de l'Arabie, ce précieux animal paraît avoir été inconnu aux anciens Égyptiens pour leur service.

Nous metievons pas omettre de rappeler ici un des moyens qui , avec les produits de l'agriculture , contribuèrent le plus à assurer à l'habitant de l'Egypte une nourriture excellente et dont l'abondance garantissait le bas prix ; nous voulons parler des poulets produits par l'incubation artificielle.

Cette méthode sineulière, qui fait encore l'admiration aes voyageurs modernes , et qui n'a été introduite dans aucun pays d'Europe , fut connue et pratiquée par les anciens Égyptiens.

Comme ceux d'aujourd'hui, ils faieaient éclore les poulets par le moyen des fours. Diodore de Sicile en parle comme d'un art depuis longtemps en usage parmi eux; Pline a dit à peu j)rès la même chose que Diodore; Aristote a décrit, le premier, cette singulière opération, et l'empereur Hadrien , qm la vit encore en vigueur à l'époque de son voyage en Egypte, ne manqua pas de la mentionner dans sa lettre relative aux moeurs et usages de cette contrée. Ainsi avant Aristote, du temps d'Hadrien, et de nos jours encore, les fours à poulets ont été connus des Égyptiens. Les auteurs qui ont consigné dans leurs écrits quelques données sur ce procédé remarquable , paraissent s'accorder sur un pomt fort contestable , lorsqu'ils disent qu'on n'y employait que 'la chaleur du fumier.

Mais un second passage de Pline luimême est bien plus instructif; les œufs, dit-il, étaient mis sur de la paille dans une étuve dont la tempé-

rature était entretenue à l'aide d'irn feu modéré , jusqu'au moment où les poulets venaient a éclore , et, pendant tout ce temps , un ouvrier s'occupait jour et nuit à les retourner. Ce passage de Pline est la meilleure exposition sommaire de ce qui se pratique encore aujourd'hui. Le bâtiment est un carré long, coupé à l'intérieur et dans toute sa longueur i>ar un corridor qui sépare deux rangées de petites pièces , au nombre de douze au plus> Chaque pièce est à deux étages; le.

plus bas est le couvoir ; au-dessus, le chauffoir ; une ouverture au milieu de son plancher répandait la chaleur dans le couvoir. Des hommes sont élevés de père en Gis à la conduite des fours à poulets. Les oeufs apportés sont inscrits avec le nom du propriétaire ; on les place ensuite dans le couvoir sur un tas de paille hachée; on en met jusqu'à trois l'un sur l'autre: complètement rempli, un couvoir en contient quatre à cinq mille. Le chauffoir est ensuite garni de braise allumée , et provenant de diverses matières ou combustibles , notamment de fumier mêlé de paille hachée , ce qui a pu induire en erreur ceux qui ont dit que l'incubation s'opérait par la chaleur du fumier^ méthode que Hadrien n'a pas cru devoir se permettre d'indiquer, pudei dicere. On renouvelle cette braise deux fois par jour; on retourne et on remue plusieurs fois les œufs pendant les dix premiers jours; on continue de les soigner durant un égal intervalle. Le vingtième jour on commence à trouver quelques poussins ; le jour suivant , ils sont éclos en très-grand nombre : on aide à ceux qui ne peuvent briser leurs coquilles. Les plus faibles sont placés dans le corridor qui est échautfé par le voisinage des fours ; les plus torts sont réunis dans une chambre, pour être délivrés aux propriétaires des œufs, qui ont l'art non moins utile d'élever ces poulets sans le secours des poules , et au moyen de soins qui sont indispensables pour réaliser le résultat de l'incubation ellemême. Ils sont confiés à des femmes exii' rimentées , qui ne se chargent

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«^îc de trois ou quatre cents poulets u la fois; elles les gardent quinze à vinçt jours , soigneusement nourris ,.

loges sur un terrain, sec , et préservés surtout de l'Iiumidité des nuits. Ces.

nombreux produits sont ensuite vendus. Le P. Sicard, qui a voyagé en Egypte dans le siècle dernier, a reconnu qu'il V existait alors près de (juatre cents /ours à poulets, dont chacun fournissait deux cent quarante mille têtes, ce qui portait à cent millions de poulets ceux que les fours produisaient chaque année en Egypte.

Quand on les vend, on ne les compte pas, on les mesure au boisseau comme les grains : il y en a toujours quelques-uns d'étouffés, mais on s'épargne ainsi la peine de les classer et de les apprécier selon leur grosseur. On rend en poulets les deux tiers des œufs qu'on a reçus.

Si l'on voulait remonter à l'origine de cette méthode, et en expliquer la réussite, on ne devrait pas oublier de faire remarquer deux choses essentielles ; la première, combien il était utile de multiplier une nourriture aussi s.iine que celle que fournit la viande de volaille, et la seconde, que, sans cette méthode artificielle, cet avantage aurait manqué à ritgypte, puisqu'il est constant que dans la saison où les poules commencent à couver, l'ardeur de l'atmosphère les pousse dans la société des mâles et leur fait abandonner leurs œufs. L'étude attentive du pays avait dû faire remarquer aussi qu'if suflisait de la chaleur du sable pour faire couver les œufs d'autruche et de crocodile abandonnés dans le désert ou sur le rivage du ]Nil. Enlin, les oies, les canards, et peut-être aussi d'autres oiseaux domestiques, étaient également multipliés par ces incubations artificielles : on a fait jus- «ju'ici d'inutiles efforts pour l'introduire dans nos climats.

Nous aurions à indiquer encore quel- (pies autres pratiques particulières à l'Egypte ; mais il suffit à notre plan , pour faire apprécier ces procédés, de rappeîerquesurces pratiques agricoles tt ('conou)i(iues était fondée cette fé-

condité extraordinaire de l'Egypte, et que le Nil, dont les eaux étaient habilementdirigéesau moyen d'un système d'arrosement longtemps étudiié, et conduit à, une incontestable perfection locale , était , en effet , le créateur , le père nourricier et la providence de cette contrée.

Les produits de la terre étaient aussi variés qu'ils étaient abondants ; et industrie égyptienne sut les approprier aux besoins de toutes les classes. Cette industrie, si l'on considère la diversité de ses résultats, ne fut point resserrée dans les étroites limites où végète celle de l'Egypte moderne ; l'ancienne possédait, tous les arts de première nécessité, confectionnait tous les objets d'un usage universel ou de consommatiofi journalière, fabriquait les plus communes comme les plus riches étoffes, servant à couvrir le fellah, à habiller les familles riches ou puissantes, à orner leurs demeures, à satisfaire leurs goûts , et le commerce exportait dans des contrées voisines ou lointaines la plupart de ces produits , sources de grands bénéfices, réalisés par les ventes ou les échanges.

Nous avons déjà donné plus haut une nomenclature qui suffira pour justifier ce qui vient d'être dit : des vases de toutes formes et de toutes matières pourvoyaient largement aux usages domestiques , à la décoration des palais, au service des prêtres et des dieux. Les fabriques de toiles de coton , de Un ou de laine, grossières pour un emploi plus commun , ou d'une finesse égale à celle des plus parfaits ouvrages de l'Inde en ce genre, brochées ou brodées, blanches, teintes ou peintes, pouvaientabondamment fournir à toutes les classes delà société, et les pays étrangers se faisaient pour cet objet encore les tributaires de l'Egypte. Les étoffes babyloniennes, peintes auec /'a/f/ui///?, connue le disaientles anciens, furent célèbres dès la plus haute antir quité historique. La rivalité contemporaine des étoffes égyptiennes n'est pas moins remarquée par les historiens , et ils distinguaient les toiles peintes de couleurs diverses fabriquées

L'UNIVERS

à Bahyionne, des toiles tissées de couleurs non moins riches et non moins variées fabriquérs en Egypte. Ainasis envoya en présent .lUX Lacédénioniens une cotte d'armes (ou un ornement de poitrine), ouvrage remarquable d'étoffe (le lin , dont le tissu représentait de nombreux dessins de figures diverses.

Klle était relevée de broderies d'or et lie franges de coton; et ce qu'il y avait de plus merveilleux encore dans ce travail , c'est que chacun des fils qui formaient le tissu de l'étoffe, quoique très-fin , était composé de trois cent soixante brins , tous visibles. Il n'existait qu'un second chef-d'œuvre semblable , celui que le même Amasis avait consacré à Minerve, dans le temple de Linde, Tel est le récit d'Hérodote.

Cette abondante production de tissus, et la richesse des costumes reproduits sur plusieurs de nos planches {\oy. pi.

24 et 25) , prouvent aussi que l'art du teinturier devait être aussi perfectionné en Egypte qu^i celui du tisserand.

L'h*^gypte possédait les principales substances colorantes; elle rivalisait en ce point avec Tyr, Babylone et l'Inde, ot l'on sait que les principaux commerçants tyfiens avaient un établissement à IMemphis.

Pline parle avec admiration- d'un procédé singulier employé par les Égyptiens pour peindre sur les tissus, et, avec son goût habituel pour l'antithèse, il dit que ce n'est pas avec des couleurs qu'ils peignent de cette manière, mais avec des drogues qui détruisent les couleurs : l'étoffe est plongée dans le liquide chaud ; elle en est retirée d'une seule couleur , et bientôt elle se trouve ornée de plusieurs. Nous pensons qu'il s'agit ici d'un procédé qui fut de tout temps connu dans l'Inde, qui estcom.

munément mis en pratique par l'industrie européenne, et qui est connu sous le nom de dessins réservés. On imprime en effet ce dessin même sur l'étoffe en un mastic inattaquable par une teinture liquide chaude ou froide, et d'une couleur quelconque; l'étoffe plongée dans cette teinture en sort d'une seule couleur , et elle se trouve

ornée de plusieurs dès qu'un lavage de l'étoffe dans un autre liquide composé, a détruit le mastic qui préservait de cette teinture le fond primitif de l'étoffe, ou même d'autres dessins préalablement imprimés. Dans tous ces procédés , l'Egypte employait avec succès les moyens perfectionnés de l'art du teinturier, éclairé par les plus sûres expériences de la chimie appliquée à la connaissance des plantes et des métaux colorants.

L'idée de ces pratiques usuelles, perfectionnées par la véritable science , amènerait à l'examen d'une question très -importante pour l'histoire des connaissances humaines et celle des découvertes qui appartiennent réellement aux anciens, ou auxquelles les modernes peuvent prétendre avec une évidente raison. L'examen d'une telle

?[uestion offrira toujours à la bonne oi, dans un de ses côtés du moins, d'inextricables difficultés. Les textes des écrivains de l'antiquité, qui concernent les procédés des arts, présentent en effet trop d'incertitude à la" critique, pour qu'elle puisse en déterminer le sens avec cette rigueur étymologique et traditionnelle qui ne permet ù personne de douter que tel mot indique en etïet tel procédé des arts techniques, ou tel produit de l'industrie chimique ou nianufactU' rière. En un autre côté tout est certitude; c'est celui qui ne concerne que les faits matériels et d'une incontestable évidence. Tout ce que nous montrent au grand jour les monuments égyptiens est vrai pour l'Egypte , et ne" saurait lui être contesté. Des savants et des voyageurs modernes ont soigneusement cherché à connaître ce qui lui appartient dans la théorie et la pratique des arts utiles à la civilisation , et leurs observations , que nous résumons dans cet écrit, et qui sont corroborées par le témoignage des monuments originaux que nous avons eus sous les yeux, nous donnent une idée avantageuse de la haute expérience de l'Egypte en ce point, à des époques très-reculées de l'histoire de l'industrie iiumaine.

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I/f.cyptc avait élevé de grands monuments d'architecture plusieurs siècles avant la venue d'Aoraham. Des barbares les démolirent; et, au XIX* siècle avant l'ère chrétienne, délivrée de cette soldatesque meurtrière aux arts et aux lois , elle rebâtit de nouveaux temples à ses dieux ; elle y employa des débris des anciens édifices, et on trouve encore ces débris à leur place dans les masses des monuments nouveaux qui datent aujourd'hui de trentesept siècles. La sculpture et la peinture ornaient ces édifices, et le luxe des îostumes et du mobilier sacré répondait à leur magnificence. Les pierres et les métaux précieux , les étoffes de prix, dont le travail avait augmenté encore la valeur, étaient 'employés dans la pompe des cérémonies, ouvrés avec art et ornés avec goût. Les métaux communs et toutes les productions utiles étaient en même temps appropriés à tous les besoins , et se- , coudaient, comme d'actifs auxiliaires, les efforts de toutes les classes. On n'en pourra douter à l'exposé sommaire des faits recueillis et décrits par les plus exacts observateurs , dont nous résumons ici les attentives recherches, qui ont embrassé à la fois l'Egypte souterraine qui renfermait les plus précieux renseignements , et la surface du sol couvert des débris de semblables témoignages.

C est dans les hypogées qu'on trouve les métaux mis en oeuvre, des ceintures dont les couleurs sont dues a des oxides métalliques, des frittes, des verres, des émaux colorés par ces mêmes oxides. Les étrangers qui ont séjourné en Egypte à une époque trèsreculée faisaient usage des métaux qu'ils s'étaient procurés dans ce pays.

Abraham donne à Rebecca une bague et des bracelets d'or; Joseph reçoit de Pharaon un anneau et un collier d'or, et fait mettre sa coupe d'argent dans le sac de blé de son frère Benjamin.

Les Israélites, lors de leur sortie d'Egypte, emportèrent frauduleusement, dans le désert, d'immenses richesses empruntées aux Égyptiens. L'or, l'argent, le cuivre, les pierres précieuses,

les étoffes teintes en pourpre , en écarlate, en cramoisi, la laine, ou poil de chèvre ou de chameau, le lin, le byssus, les substances tinctoriales et aromatiques, sont mentionnés dans les écrits de la même époque. Les Israélites, qui s'étaient mstruits dans les arts de l'Egypte, mettent en œuvre tous ces matériaux . et exécutent tous les ouvrages qu'exigeait le nouveau culte qui leur est imposé par Moïse, et qui demandait le concours des sculpteurs, fondeurs, menuisiers , charpentiers , orfèvres , brodeurs , parfumeurs, graveurs en pierres fines, etc., etc.; Moïse lui-même fait la dissolution du veau d'or. La même industrie se retrouve encore sous Salomon, par suite de nouvelles communications avec les Égyptiens, et le plan du temple du vrai Dieu n'est que l'exacte copie de chacun des grands temples de l'Egypte.

Cette même tradition des arts passa successivement dans la Grèce et chez les Romains; et si ceux-ci, qui, parmi les peuples de l'antiquité, sont entrés les derniers à la civilisation par la voie des sciences et des arts, ont su, comme on n'en peut douter, raffiner l'or parle plomb, le mettre en feuilles, dorer les métaux à l'aide du mercure retiré du cinabre, dorer le marbre et le bois au moyen du blanc d'oeuf, souder l'or avec un borax artificiel , souder les autres métaux les uns par les autres, étamer le cuivre, composer le bronze, préparer la litharge, le minium, la céruse, la potée d'étain et le vert de gris ; employer dans leurs peintures des couleurs soit terreuses, soit métalliques; l'antique Egypte leur en avait donné le précepte et l'exemple.

Elle leur avait appris aussi à apprécier les riches tissus dont se paraient ses dieux et ses rois. L'Egypte savait de même se procurer les produits moins recherchés, mais non moins utiles à l'économie publique ou domestique; elle fabriquait aussi les noirs de fumée, de lie et d'ivoire, la colle forte avec le cuir de bœuf; elle teignait en pourpre les moutons en vie , blanchissait la laine par la Tapeur du soufre; savait encore que si une lampe allumée , qu'on plonge

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dans une cuve ou dans un lieu souterrain, venait à s'y éteindre, il était dangereux d'y entrer.

L'art de T'émailleur était certainenipnt pratiqué par les anciens habitants de Thèbes, à la même époque que les qrts du potier de terre, du verrier, du peintre, du sculpteur, du batteur d'or, du doreur, du statuaire en nierre et en métaux , du constructeur ae barques , du graveur, du stucateur, du fabricant de papyrus et des cuirs teints et niaroquinés , du tisserand et du teinturier. On trouve partout les produits de l'art de l'émailleur, et la porcelaine blanche ou colorée portée au plus haut degré de perfectiou ; à la Onesse de la matière se joignait aussi l'élégance des formes. Sèvres a reproduit plusieurs de ces modèles égyptiens (voy. pi. 44) , et le suffrage public a consacré d'avance le jugement que nous en portons ici. Rien n'est plus commun non plus, dans les ruines égyptiennes, que des poteries émaillées de diverses couleurs , le verre et les pâtes de verre colorées et non colorées. Un beau et grand plateau de verre blanc orne notre musée du Louvre. Le stuc, composé vraisemblablement comme le nôtre, de plâtre et de colle forte, ou, comme celui des Romains, de marbre blanc et de chaux, n'est pas rare dans les anciens monuments. Un mastic fort dur est aussi appliqué en relief, et doré ensuite comme ornement de meubles divers; des sculptures qui devaient être dorées étaient couvertes d'une toile très-fine et d'une couche de plâtre , sur lequel l'or était appliqué et se retrouve encore. Les momies d'hommes offrent les ornements peints, sculptés, coloriés ou dorés, les plus diversifiés; et les membres des êtres embaumés sont parfois couverts ou enveloppés de feuilles d'or ; des statues de bois ou de bronze sont dorées. Des caisses de momies sont aussi ornées de sujets exécutés en mosaïque de pierres r.ii d'émaux de couleur. Les faïences et les porcelaines émaillées prouvent suffisamment d'ailleurs que les Égyptiens travaillaient facilement l'étain et le cobalt. L'étain se trouva dans le butin

que les Israélites firent sur les Madianites; Homère parle de l'étain; et, quant au cobalt, l'illustre Davy en retrouva dans neuf échantillons de verre bleu transparent des fabriques égyptiennes. Le bleu de cobalt est une couleur très-fréquente sur les sculptures égyptiennes, et la chimie moderne a constaté que, par l'effet d'un mordant d'une grande puissance, le cobalt et les autres couleurs à base métallique, qui couvrent les sculptures égyptiennes , ont pénétré le grès et le granit à plus d'une ligne de profondeur.

Il est donc hors de doute que l'art de faire et de traiter le verre et l'émail fut porté en Egypte à un très-haut degré de perfection. Les Égyptiens recousaient aussi le verre avec du fil de fer, et le soudaient avec le soufre; ils employaient le verre et l'émail à l'embellissement des temples et de,s palais, qui étaient pavés de carreaux brillants du plus vit éclat. La nature avait ouvert cette voie au génie égyptien , en plaçant à profusion , à la portée de l'Egypte', le sable du désert, le nitrate, et les cendres de kali, matière première dont le verre est composé.

On ne doit pas être surpris si la petite verroterie, et tous les objets utiles ou de fantaisie qu'il était possible d'en fabriquer, se retrouvent en Ircs-grande quantité dans les ruines de l'Egypte, Toutefois, on appliqua ces connaissances, fruit d'une longue expérience, à de plus nobles usages , et si l'on en croit l'antiquité classique, l'Kgypte aurait excité à un haut degré l'étonnement et l'admiration de la Grèce et do Rome, par des productions réellement merveilleuses de l'art de traiter le verre et les émaux. Strabon affirme qu'on fabriquait, de temps immémorial, à Thèbes, au moyen de procédés tenus secrets, des verres très-beaux, très-transparents, dont la couleur imitait l'hyacinthe, le saphir, le rubis on le cyanus, et que Sésostris avait fait couler, en verre de couleur d'émeraude, une statue, qu'on dit ailleurs avoir existé à Constantinople jiisqu'au temps de Théodose; Appien affirtne aus-si qu'un colosse de même matière

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se voyait (I.'ins It, Iflhyrintlie d'f',f;ypte. On y fabriquait encore du faux jayet avec la scorie des métaux , et ils en connurent les oxides, notamment <'cux du fer, du cuivre, du plomb et de J'étain, sans lesquels ils n'auraient pu roussir à faire les verres et les émaux colorés, à incruster les pierres précieuses; aussi les ouvrages en verre furent-ils compris par Auguste, avec le blé et le froinent , dans la liste des produits que l'Éçypte devait payer à Home comme tribut. Pline dit avoir vu les images d'Auguste et auatre élépbants de pierre obsidienne donnés par cet en)pereur, comme ouvrages merveilleux, au temple de la Concorde; enfin , une statue de Ménélas en verre noir, imitant le jayet, enlevée du temple d'Héliopolis par un gouverneur romain, fut renvoyée en Egypte par *'ordre de Tibère. Nos musées abon- <!tnt en bijoux en or, en argent et autres métaux, sur lesquels les émaux furent appliqués par l'industrie égyptienne.

Au nombre de ses produits, sans nul doute les plus célèbres , il faut comprendre les vases murrhins artificiels. L'antiquité les distingue trèsbien des vases murrhins naturels que Rome tirait de la Perse , et dont les ,)lus beaux furent payés plusieurs centaines de mille francs; il est vrai qu'on les jugea dignes d'être consacrés aux <!ieux : les six premiers qui y furent connus provenaient du trésor de Mithridate, et on les déposa dans le temple de .lupiter au capitole. Auguste , après la défaite d'Antoine et de Cléopâtre , enleva d'Alexandrie un de ces vases, qui fut aussi destiné au service des dieux. Il résulte des recherches soigneuses et érudites de M. de Rozière , que la matière murrhine était le spath tiuor. L'industrie égyptienne imita parfaitement cette matière , et la fabrication des vases murrhins occupait à Thcbes plusieurs manufactures. Arfien les mentionne expressément dans son Périple; les fragments de matières vitreuses coloriées abondent dans les ruines égyptiennes; des vases imitant le >p,iih /liior et d'autres matières mi-

nérales, ornent la plupart de nos mu sées. Le luxe romain Jit peu de ca.s de ces petits meubles , devenus fort communs dans l'empire par l'activité des fabriques thébaines ; mais il paraît que bien antérieurement à la domination romaine en Egypte, les vases murrhins de Thèbes, et surtout la verroterie de Coptos, étaient expédiés par la mer Rouge, et qu'ils étaient recherchés souvent par les peuplades de l'Arabie et de la côte d'Afrique.

L'usage du bronze pour les ustensiles et les armes y était général : d'où l'Egypte tirait-elle cette quantité de cuivre.^ Cette question mériterait un long examen ; un fait résulte cependant de quelques monuments : une stèle trouvée à El-Magara, en Arabie, une inscription gravée sur un rocher dans le même lieu , et une autre inscription sur un rocher de Sabout etKadin, dans la même contrée, prouvent que dans les 3 1' , 42* et 44" années du quatrième roi de la XVII* dynastie , vers l'an 1950 avant l'ère chrétienne , les riches mines de cuivre de ces deux localités étaient en pleine exploitation sous l'autorité des Pharaons.

Homère énumère les présents qu'Hélène et Ménélas reçurent du roi et de la reine d'Egypte: ce fut une corbeille, deux cuvettes et deux trépieds en argent ; une quenouille d'or, et une autre corbeille en argent dont les anses étaient en or.

Homère et son siècle croyaient donc, à la splendeur de Thèbes, à la haute fortune de l'Egypte. Les monumentj antérieurs à Homère, encore subsistants , justifient assez son admiration; lui et ses contemporains connaissaient, sans nul doute, les merveilles du royaume des Pharaons, sa terre si prodigue de bien , son agriculture si féconde , son industrie si puissante et si variée, et les prodiges de tous les arts réunis en elle à ceux de la nature. Homère avait vu ce sublime spectacle , et l'Egypte , sous les rois de sa vingtième dynastie, inondée de gloire et de prospérité; et, à la vue de tant de cahne et de bonheur dans l'Egypte monarchique , le souvtnii -hs

L'UNIVERS

agitations auxquelles Tlonie et la Grèce .'ivaientété livrées par tant d'ambitions rivales, lui inspira peut-être ce précepte qu'il met dans la bouche du prudent Ulysse : « Ce n'est pas une bonne chose que le gouvernement de p4usicurs; qu'il n'y ait qu'un seul chef, qu'un seul roi.» Dans les pays que le divin Homère connaissait le mieux, les monarchies venaient de finir en même temps que les siècles héroïques, si propices au génie de la poésie; esprit observateur, Homère ne put se soustraire à des rapprochements, affligeants, peut-être, pour lui-même , mais d'une grande utilité pour ses ouvrages , dans lesquels il dota la Grèce qui survécut à la guerre de Troie , de connaissances variées qu'elle n'estima qu'après que ses vers les lui eurent révélées. Ce n'était pas en effet dans la Grèce contemporaine qu'Homère avait pu voir, comme il le vit en Egypte, des institutions] politiques heureusement appropriées à l'état des lieux, et propices également au prince etaux sujets; une croyance unique donnant à une population nombreuse les espérances d'une autre vie ; la pompe des cérémonies ajoutant à l'éclat du culte de la Divinité; les rois inclinant leur front couronné devant ses emblèmes sacrés; des lois protectrices assurant le maintien de l'ordre et la tranquillité sur tous les points d'un vaste empire; les premières classes de la société donnant l'exemple de la soumission, et la foule les imitant avec empressement ; des villes florissantes succédant à l'aridité du désert ; les arts portés à un très-haut degré de perfection; une architecture savante dans l'art de la disposition des plans et la science des proportions , et des monuments que n'a égalés aucun autre ouvrage des hommes , s' élevant de toutes parts ; le sol du pays étudié , et son étendue mesurée ; les phénomènes célestes observés, leurs lois les plus utiles découvertes et connues, leur théorie fixée par une série de connaissances positives, et l'écriture d'un usage général dans toutes les classes.

Bien d'autres merveilles encore durent frapper l'esprit singulier d'un tel

homme, snrtout les produits remarquables des arts, encore si rares de son temps chez les Grecs. Au temps d'Homère, l'Éeypte depuis bien des siècles exécutait des ouvrages presque encore inconnus en Europe ; ainsi, sur les bords du Nil , des quais antiques ont une courbure horizontale dont la concavité est tournée du côté de l'eau. Cette espèce de voûte horizontale renferme un grand principe de solidité , puisque un mur ainsi construit oppose une plus grande résistance à la poussée des terres , et quelque élevées qu'elles soient, ces quais en soutiennent la pression sans s'ébranler : ces résultats supposent que les extrémités de l'arc sont ellesmêmes les points d'appui de la voûte.

L'expérience des siècles est ici la meilleure preuve de sa solidité, et elle donne une idée d'autant i)lus avantageuse des constructions egyptieimes , que, malgré l'avancement de nos connaissances, l'exécution de ces voûtes horizontales offre , en Europe, de trèsgrandes difficultés.

^ On a dit très-haut que les anciens^ Égyptiens ignorèrent l'art de construire les voûtes : on n'en a vu dans aucun de leurs nombreux monuments, et l'on a cru pouvoir en conclure qu'ils ne les connurent pas. D'abord on a reconnu des voûtes à voussoir, de peu de portée, il est vrai , dans quelques constructions de la Thébaïde; de plus, supposant même que ces voûtes ne sont pas des époques les plus anciennes , au lieu de considérer cette circonstance comme une preuve négative, il eût peut-être été nécessaire d'envisager la question sous un point de vue plus particulier. Nulle part, en effet, on ne trouve de fabriques dont les proportions soient aussi grandes que celles des monuments de l'Egypte, et cependant des plafonds et des plates-formes d'une vaste surface y ont été établis sans le secours des voûtes. En Europe , au contraire , on trouve des voûtes partout, quoique aucune des constructions européennes, si l'on en excepte une seule, n'approche de l'étendue des mon»-

EGYPTE

mpiits (le rf.gvpte. Si donc l'on con- (•(lit bien l'état des arts dans ces deux contrées célèbres, on trouvera la cause de cette dilïérence, qui a droit de surprendre, et Ton verra que l'Kgypte n'eut point de voûtes , parce que sa inélbode d'exploiter les carrières lui fournissait des pièces de grès ou de granit de cent pieds en longueur , et que l'Europe au contraire a dd s'en servir, parce qu'elle ne peut exlraire et mettre en œuvre que des matériaux dont le volume est beaucoup moins considérable. Ainsi donc l'usage des voûtes est pour l'Europe une perfection qui prouve son infériorité sous ce rapport; c'est une industrie née de la nécessité.

.Si nous considérons ensuite l'arcbitecture égyptienne dans ses procédés matériels, nous v trouverons aussi quelques règles différentes de celles qu'emploie l'Europe, puisqu'elle eut d'autres moyens. L'architecture égyptienne naquit "en Egypte ; c'est le' premier fait que son étude a démontré. Chaque peuple imita la ^nature qu'il eut sous ses yeux : les Égyptiens firent leurs chapiteaux avec les feuilles du palmier, et les Grecs y substituèrent les feuilles ie l'acanthe ; l'Europe a imité la Grèce, ot n'a point égalé sa perfection. Dans l'arcliitecture grecque, comme dans l'architecture "moderne , l'architrave repose immédiatement sur le chapiteau : dans l'architecture égyptienne , au contraire, un dé carréV placé au centre du chapiteau, supporte l'architrave, parce que les Égyptiens avaient senti que cette partie de l'entablement, qui a toujours une apparence de pesanteur, ne pouvait pas, sans manquer à toute convenance , poser sur des chapiteaux composés de feuilles, de fleurs et d'ornements délicats. Il résuite de ce principe véritablement égyptien , que les chapiteaux se trouvant éloignés de l'architrave, les grandes lignes, qui sont toujours une source de beautés dans l'arcliitecture , n'éprouvent aucune interruption, et c'est la le caractère éminent de l'architecture égyptienne. Toutes les colonnes de l'itgvpto diminuent de la base au ch;i[ii-

teau d'une manière uniforme; c'est cette diminution régulière qu'imitent les belles colonnes doriques élevées en Grèce dans le plus beau siècle de sou architecture, et des monuments égyptiens d'une très-haute antiquité nous montrent encore en place le type parfait de cette même colonne dorique des Grecs. Des constructions de plus de quatre cents pieds de longueur, sur plus de quarante pieds de hauteur , ne présentent pas le plus petit dérangement dans les nombreuses assises de pierres qui les composent; l'œil ne voit sur ces vastes surfaces que des lignes parfaitement droites et des plans parfaitement dressés; les monuments grecs et romains sont tous ruinés , et les monuments de l'Europe ne résistent point à quelques siècles.

Ni les uns ni les autres ne peuvent être comparés à un temple égyptien sous le n,ipport des ornements tl de leur savante distribution : leur profusion n'est remarquable qu'en Egypte, et le mirr de circonvallation d'un seul de ses temples est décoré de cinquante mille pieds carrés de sculptures religieuses ou symboliques.

Nulle part non plus la mécanique n'a produit de si grands résultats ; tous les ouvrages des Égyptiens prouvent cette vérité : elle est "encore mieux démontrée par les obélisques de cent pieds de hauteur , par les statues de cinquantecinq et de soixante pieds de proportion ; et chacune de ces merveilles d'un art rarement aussi puissant, est d'un seul morceau de granit transporté de Syène à Thèhes, que séparent plus de 40 lieues, et jusqu'à Alexandrie.

On peut donc, sans s'exposer à des contradictions fondées, et d'après les faits qui viennent d'être sommairement exposés, considérer l'Egypte dans sa splendeur civile, agricole et industrielle, comme le type antique de la civilisation créée, agrandie et perfectionnée par la culture de l'inteiligence, l'amour de l'ordre, le respect des dieux, la sagesse des institutions politiques , la puissance des lois, des arts, des sciences et de toutes les connaissances qui honorent l'e.^prit humain. Gc qui

LU.\ivi:us.

nous reste à dire de l'une des principales sources de sa prospérité, de son commerce, rendra également témoignage en sa faveur.

Pour connaître le plus exactement qu'il est possible de le faire, après tant de siècles et de révolutions , l'état du commerce en Egypte, on ne peut se dispenser de rechercher ce qu'il était dans les contrées limitrophes dont la civilisation, égale à celle de l'Egypte, ne saurait être mise en doute. Ainsi , les produits de l'Inde sont désignés dès les premières pages de i'iiistoire écrite comme objets de jouissance et de luxe chez les peuples dont elle indique l'avancement social; les tissus de laine ou de soie, et les pelleteries provenant de la Chine ou de l'Asie su- |)érieure, les aromates et l'encens, jiroduits de l'Arabie , sont aussi mentionnés dès la plus ancienne époque des annales indiennes. Dans le vaste nnpire d'Assyrie, les parfums, l'ivoire, les bois précieux, les perles, les diamants, les épices et les étoffes de l'Inde, ses tapis et les plus beaux ouvrages de ses riches manufactures, ornent les palais de Sémiramis et de la somptueuse Babylone. De vastes espaces séparaient ces populations ; mais des jalons commerciaux rapprochaient les distances ; des entrepôts invitaient à les parcourir, et la Bible nous dit que Joseph fut vendu à des Ismaélites

aui venaient de Galaad, sur les bords u Jourdain, et transportaient en Egypte, sur leurs chameaux, du parfum, de la résine et de h myrrhe.

Ainsi, rinde, TAssyrie et l'Arabie, s'enrichissaient par ragriculture , l'industrie et le commerce; l'Egypte, non moins féconde en produits variés, non moins industrieuse, non moins empressée d'échanger ses productions naturelles contre celles qui étaient étrangères à son sol, ne dut pas rester spectatrice inerte de tant d'avantages.

L'Ethiopie et Méroé n'étaient ri moins avancés ni moins avides des avantages que la civilisation retire du commerce, et bientôt l'Ethiopie et l'Egyi)te se lièrent par des relations qui durent s'étendre sur les côtes et swv

les terres intérieures de Tj^frique. La guerre et la conquête facilitèrent cette extension en révélant les meilleures routes; l'Egypte fournissait du blé à tous les peuples ses voisins qui en manquaient, et qui durent rechercher avec soin un moyen d'échanger avec l'Egypte leurs propres produits, des métaux divers, les aromates surtout, dont il se faisait en Egypte une si grande consommation pour le service des dieux, pour l'usage des vivants, et pour les honneurs à rendre aux morts.

La pratique de la mer, quelque bornée qu'on la suppose , dut bientôt seconder toutes ces entreprises ; les distances n'étaient pas considérables, et le désert était sans danger, au moyen des entrepôts et des comptoirs où les caravanes trouvaient toujours sûreté et assistance ; et si le commerce de mer est inséparable de la piraterie, sur terre la probité qui résulte de l'intérêt mutuel protégeait les transactions , et peut-être qu'alors , comme au temps de l'historien arabe Makrisi, on trouvait souvent déposées sur la route du golfe Arabique en Egypte, des car»

gaisons entières d'épices, qui y restaient intactes jusqu'à ce que les possesseurs vinssent les retirer. Il est vrai que l'Egypte et la partie de l'Afrique située dans son voisinage, manquent de' bois propres à la construction des vaisseaux de mer; mais les forêts de la Syrie devaient y pourvoir, et l'Egypte ne manqua jamais de moyens "d'édiaiige pour se procurer chez les peuples limitrophes les matières qui lui étaient utiles; ïyr et Sidon n'avaient pu garder à leur seul usage l'art et les moyens de construire des embarcations, et la Méditerranée, la mer Rouge et le ]Nil furent sans nul doute fréquentés par la marine égyptienne à des époques contemporaines du haut degré de prospérité du commerce et de l'industrie de l'Assyrie et de l'Inde; L'état des constructions navales égyptiennes ne se révèle pas comme trës-perfectionné dans les bas-reliefs dont des combats sur mer sont le sujet (voyez pi. 49); mais si les rapports de l'histoire ne permettent pas de

egyptf:.

ilouter que les Egyptiens furent réellement navigateurs," parcoururent la mer Rouge, et eurent des relations suivies avec les peuples des côtes méridionales de l'Afrique, et avec les Indes orientales; que Scsostris avait fait construire une flotte de 400 voiles avec laquelle il subjugua toutes les provinces maritimes et toutes les îles de cette mer Erythrée, jusqu'aux Indes; 1 que ce fut alors pour la première fois I que de grands vaisseaux parurent sur I cette mer; <jue ces expéditions maritimes ne se réduisirent pas à de simples I incursions; qu'elles n'avaient pas pour I objet des conquêtes, mais des établissements durables ; que les tributs imposés aux peuples de l'Afrique méridionale, de l'Inde et de l'Arabie , font supposer ' que ces relations étaient entretenues avec vigilance , que les peuples du midi de l'Afrit^ue fournissaient à l'Egypte l'or, l'ébene, l'ivoire, les dents d'éléphant , des dents et des peaux ! d'hippopotame, ainsi que des animaux ! rares et curieux ; l'Arabie , l'or, l'ari;piit, le fer, le cuivre, la myrrhe et I encens , Vlnde , des pierres précieuses , divcrres matières minérales , et des riches étoffes, enfln, que le roi Nécos fit entreprendre un voyage autour du monde , et qu'après trois ans de navigation, ses vaisseaux, partis de la mer Rouge , entrèrent dans l'Océan, suivant toujours les côtes qui étaient sur leur droite, et que tournant la Libye, ils vinrent surgir dans les ports de la Méditerranée : si tous ces détails sontfidèlement exposés par l'histoire, il faudra accorder à l'art nautique en Egypte un peu plus de perfectionnement, un peu plus de puissance qu'on ne lui en attribue d'ordinaire; et c'est un fait assez concluant dans la discussion présente, que celui qui a été recueilli par Champollion le jeune dans le musée de Turin, où , mettant en ordre un grand nombre de papyrus royaux, c'est-à-dire, portant des dates tirées des règnes des anciens rois, il a vu sur un de ces manuscrits, qui est du temps de Sésostris, et sur une grande page sans écriture, le dessin d'un grand vaisseau armé de gran-

des voiles, ayant tous ses agrès et des mousses qui manoeuvrent sur les mats.

T.es colonies égyptiennes qui se rendirent en Grèce, avant et après les temps de Sésostris , ne purent y êtr»i transportées que par de grandes embarcations propres à tenir la mer aveo quelque sûreté.

Du reste , la position géographique de l'Egypte et la variété de ses produits n'en faisaient-ils pas l'un des pays les plus commerçants du globe , et ce commerce ne fut-il pas pour elle l'un des plus ardents besoins de la civilisation.? Sans lui, qu'aurait servi son abondance extraordinaire en grains, et comment serait-elle parvenue à donner à toutes ses institutions, à ses établissements nationaux , cet aspect de grandeur et de richesse qui les caractérisçiit ? Il lui fallait pour y parvenir une fort habile industrie, et un commerce non moins actif, non moins habile, au dedans et au dehors.

La solennité des panégyries, qui duraient plusieurs jours, ne put manquer de favoriser ces deux branches de prospérité ; de grandes masses de population y étaient attirées de diverses provinces , et de pareilles réunions d'hommes ne pouvaient pas avoir lieu sans qu'il se fît des transactions commerciales. Il est vrai que les Égyptiens avaient un éloignement marqué poui les étrangers, et ils avaient cela de commun avec tous les peuples dont la croyance religieuse a réglé , par de sévères prescriptions, le régime diététique et alimentaire ; mais cet éloignement n'excluant pas absolument les relations de toute nature, les caravanes du midi se rendirent à Thèbes, celles de la Syrie à Memphis , et les étrangers , comme aujourd'hui les négociants chrétiens chez les musulmans non moins intolérants que les vieux Égyptiens, devaient posséder dans ces villes des établissements plus ou moins isolés , où, comme les Européens dans leurs fondoukisdela Barbarie, ils pouvaient pratiquer leurs coutumes nationale.*:, cuire leur pain , enterrer leurs mort.s , et prier selon leur foi. Du reste, l'É-

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pypte, ouverte sur la Méditerranée au rbrd, devait se défier des arrivages maritimes, tant qu'elle ne se crut point par sa marine sur un pied respectable de défense. Nous avons déjà dit qu'elle se fit, au sud, des cataractes du Nil à Syène, un rempart puissant contre les descentes des Éthiopiens , qui , néanmoins réussirent plusieurs fois à troubler et à occuper l'Egypte.

Thèbes, capitale religieuse et politique de l'Egypte, était donc aussi sa ville commerciale la plus riche et la plus fréquentée ; elle était un point central entre la Méditerranée, la mer Rouge et l'Ethiopie, et, par cette position, l'entrepôt nécessaire de tous les arrivages de ces diverses contrées. C'est dans cette cité toute royale, le centre du commerce de l'Orient, que toute espèce de richesses, dit Homère, se trouvaient entassées , et les caravanes qui s'y rendaient la mettaient en relation tout à la fois avec les contrées voisines du Niger et avec la puissante Carthage.

Hérodote donne des détails circonstanciés sur la route commerciale de Thèbes à Carthage, et l'antiquité des échanges commerciaux porte à croire à l'antiquité de cette grande voie africaine. De la capitale de l'Egypte, elle se dirigeait au nord-ouest, vers l'Oasis d'Ammon et vers la grande Syrte par Augéla, d'où une autre route conduisait, par le sud-ouest, dans le pays des Garamantes; c'est par là que les caravanes, parties de Thèbes, pouvaient rencontrer celles des Nasamouns et des Lotophages. Une autre route, également indiquée par Hérodote, se dirigeait, de l'est à l'ouest, de Thèbes vers les colonnes d'Hercule et le cap Soloès, et touchait ainsi à l'Océan; et, quelque opinion qu'on se fasse sur l'exacte direction de ces routes , on ne pourra que reconnaître la réalité de cette grande communication entre la vieille Thèbes et la vieille Carthage , la Carthage des Chananéens, qui fut contemporaine du successeur de Moïse, et qui recevait ainsi, par la voie de terre, les produits de l'Inde, de l'Arabie, de l'Egypte et de l'Afrique inté-

rieure et méridionale; et ce grand mouvement des peuples iàbricants ou commissionnaires tirait de son objet et de ses bénéfices une activité éminemment favorable aux bonnes rencontres du hasard ; aussi d'habiles critiques n'hésitent-ils pas aujourd'hui à affirmer que les Nasamouns poussèrent jusqu'au fleuve Joliba ou Niger, secondés, comme ils pouvaient l'être, par le service du chameau dans ces mêmes contrées.

Deux autres routes commerciales conduisaient de Thèbes en Ethiopie et à Méroé; l'une était établie sur les rives mêmes du Nil, et l'autre au travers du désert de Nubie. Les voies dirigées vers le golfe Arabique n'étaient pas moins fréquentées; il y en avait une qui partait d'Edfou ; une autre de Thèbes , se dirigeant sur Cosséir ; et , dès que les Pharaons eurent des vaisseaux dans la mer Rouge, les conununications les plus courtes durent s'établir entre les côtes de cette mer et la ville de Thèbes.

D'un autre côté, Memphis et la basse Egypte communiquèrent facilement avec toute la côte de la Méditerranée, et le canal des deux mers les liait avec la mer Rouge.

Une route très-connue, surtout depuis Memphis , conduisait en Phénicie , où d'autres routes s'ouvraient vers l'Arménie et le Caucase , vers Babylone par Palmyre et Thapsaque sur l'Euphrate; et, de Babylone et de Suze, on communiquait avec l'Inde, qui était en rapport avec la Bactriane, laquelle touchait à son tour à d'autres peuples commerçants : c'est par eux que se faisaient les échanges entre l'Orient et le midi de l'Asie, d'où les routes se repliaient sur l'Egypte par la Syrie et la Phénicie ; et l'Egypte ne dut point entrer sans quelques avantages, ni sans étendre ses connaissances industrielles et géographiques, dans cette grande communauté d'intérêts commerciaux.

Nous considérons ici les temps de la grande splendeur de l'Egypte. Durant ce long période, et tant que subsistèrent sans mélange et sans relâchement ses institutions nationales et niénic ses

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pnijugés, il ne s'opéra pas de pjrands chanceiiients dans ses coutumescominerciales; mais l'invasion des Éthiopiens leur porta le premier coup, et la décadence fut manifeste lorsque Amasis, usurpateur et guerrier, eût ouvert l'Egypte aux étrangers. Ils y formèrent de vastes établissements, des espèces de colonies, protégées par leurs propres dieux et leurs propres lois. Les avantages du commerce d'entrepôt tombèrent dès lors en partage entre les Égyptiens et les étrangers , à la faveur des nouvelles lois, et cette révolution fut complète par l'invasion des Perses.

L'Egypte y perdit son caractère national, ëtfutlivrée à l'active influence de la caste des interprètes, composée des courtiers du commerce , des traflquants de tous les pays , parlant alors , comme aujourd'hui, toutes les langues, et introduisant à la fois dans l'Egypte les marchandises et les idées importées de l'étranger. L'Egypte était à la fois égyptienne, grecque et asiatique; toute unité s'y trouvait abolie; les troupes étaient recrutées parmi les mercenaires, le trône était gardé par des auxiliaires européens, et des guerres continuelles semblaient être le résultat nécessaire de leur concours soldé. Les étrangers étaient dès lors les maîtres en Egypte; aussi, quand les Perses accourent pour l'occuper, une seule bataille et le siège de Memphis, pendant dix jours, suffirent pour leur livrer l'empire des Pharaons. Tout fut sédition et guerre intestine durant la domination des Perses; la religion animait contre eux ce qui restait dans les cœm-s encore de l'antique patriotisme, et de cruelles représailles anéantissaient peu à peu l'ancienne caste sacerdotale.

Alexandre chassa les Perses , laissa respirer l'Egypte, et, en fondant Alexandrie, ouvrit au commerce du monde des routes nouvelles, sans que l'Egypte cessât d'en être le plus riche entrepôt. L'Egypte avait amsi conquis par son propre génie tous les avantages qu'assurent à la civilisation une agriculture perfectionnée, une industrie éclairée par le? conseils de la science, et un commerce immense, protégé par la

bonne foi publique et la prévoyance des règlements. Les lois avaient prohibe l'usure, et réglé les bases des plus importantes transactions. L'Egypte était, pour l'univers d'alors, le centre nécess^aire des opérations commerciales, à titre de grand entrepôt; elle en réalisait sans risque les premiers bénéfices, et ces bénéfices furent dans ce pays, où le génie patient de la nation et la sagesse des lois étaient déjà des germes si féconds de prospérité, le véhicule actif d'une civilisation qui se manifesta par la puissance des arts , les prodigalités d'un luxe recherché, et par la jouissance commune des avantages les plus désirables pour les nations policées.

La guerre fut aussi quelquefois l'auxiliaire du commerce; ils avaient l'un et l'autre ouvert à l'Egypte , et au monde de son époque, ces routes diverses et lointaines que sillonnaient en sens opposés toutes les productions de l'ancien monde, et qui souvent étaient le fruit de la victoire. On les reconnaît dans les listes des tributs, listes dressées en vue de la gloire du triomphateur, et aussi des intérêts nationaux attentifs à l'examen de ceux de ces produits qui étaient particuliers aux contrées soumises, et dont l'importation pouvait être pour l'Egypte une conquête agricole ou industrielle. Avec les animaux extraordinaires ov les animaux utiles, on transportait aussi les plantes et les arbres qui devaient l'être , et ces guerres prenaient ainsi l'aspect et avaient l'effet réel d'une conquête de la civilisation sur la barbarie.

Tel était l'ordre d'idées sociales auquel l'Egypte s'étaît élevée des le dix-huitième siècle avant l'ère chrétienne, et il nous en reste d'admirables et d'imposants témoignages, notamment dans un des tombeaux de Gournah, territoire de la vieille Thèbes.

Ce tombeau est situé à mi-côte de la montagne , derrière le Rhamesséion, et, comme tous les tombeaux de la même région, il est creusé dans le roc. Il se com'pose d'une grande salle en paralléloî:ramme , et d"im long cor-

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ridor ; les parois des deux pièces sont peintes et non pas sculptées : ces peintures ont dépéri , mais il reste encore dans la première salle un tableau historique du premier ordre , et qui suflirait seul pour la gloire de l'Egypte.

Un personnage est peint en grand à l'une des extrémités de cette première salle; c'est le défunt, dont une inscription , aujourd'hui en très-mauvais état , rappelait le nom , les titres et les services sous le règne du Pharaon Thouthmosis III ou Mœris, dont le nom se lit dans cette inscription, et se trouve souvent répété dans les autres légendes de ce tombeau. Devant le personnage, une grande scène histoque se déroule sur cinq registres superposés , où près de cent personnes remplissent des rôles divers.

En présence du défunt , sont debout un certain nombre de scribes, dont cinq sont occupés à enregister les faits représentés dans les cinq parties principales d'un vaste tableau. Dans la première, la plus élevée, les scribes enregistrent deux obélisques en granit rose, deux corbeilles d'anneaux d'or, deux corbeilles et deux monceaux de cornalines, une corbeille de grenats, une corbeille de sacs de poudre d'or; ces objets précieux sont exposés devant les scribes. Viennent ensuite quinze individus, de race nègre et de race barabra , qui ajoutent à ces premières richesses d'autres corbeilles de cornalines , des chapelets de corail ou de grains de cornaline arrondis, des peaux lie panthère , des dents d'éléphant , des pièces de bois d'ébène ; qui amènent vivants des cynocéphales, une antilope à cornes recourbées , et une panthère ; qui apportent des œufs et des plumes d'autruche, et dans une couffe soigneusement suspendue par des cordes a une barre de bois portée par deux hommes, un arbre avec ses racines enveloppées de terre, et tout garni de ses feuilles. C'est ici l'introduction en Egypte , sous le règne de Mœris , d'un arbre exotique, inconnu sans doute jusque-là sur les rives du Nil.

Dans la seconde partie ou second registre de ce tJkbleau , les scribes en-

registrent deux corbeilles remplies de lingots d'argent, une autre remplie d'une matière bleu de ciel (peut-être de l'indigo) , une corbeille d'anneaux d'argent , et une série de vases d'argent ou d'or, émaillés ou en émarl pur, des formes les plus riches et les plus variées ( voyez notre pi. 61 ). Vient ensuite une file d'étrangers , au nombre de seize, de couleur basanée, sans barbe et à longs cheveux, les reins couverts d'une large ceinture de tissu , ornée de dessins très-variés , et portant des brodequins non moins élégants et non moins diversifiés ; ils apportent en offrande ou en tribut des vases riches et variés comme ceux qui se voient auprès des scribes, et de plus des colliers en grains de couleur, et une dent d'éléphant.

Au troisième registre, les scribes inscrivent de nouveau des plumes d'autruche, des masses d'ébène, un cynocéphale privé , des corbeilles d'anneaux et de lingots d'or, de sacs de poudre d'or, des dents d'éléphant, des peaux de panthère , et une corbeille de globules de couleur rouge foncé ; treize étrangers , de deux races différentes , mais toutes deux de l'Afrique, des Nègres et des Barabras , alternés , et couverts pour la plupart d'une simple pagne, qui est un morceau de peau d'animal avec son poil , apportent à la suite les uns des autres, des corbeilles remplies d'anneaux , de lingots ou de poudre de métaux précieux, de plumes et d'œufs d'autruche; des massues et des pièces de bois d'ébène, des dents d'éléphant et des peaux de panthère et d'autres animaux : ils amènent des singes et des animaux de tout âçe et d espèces différentes; une panthère , une girafe conduite par des hommes qui la gouvernent au moyen de deux cordes nouées à ses deux pieds antérieurs , et un jeune singe grimpe sur le long cou du grand quadrupède. Enfin un troupeau de bœufs, et une meute de chiens de chasse ayant chacun un collier, terminent ce tableau.

Au quatrième registre est une série nouvelle. On voit encore devant le»

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scribes, un grand nombre de personnages offrant des vases en métaux précieux ; ces métaux aussi sous diverses formes, et de plus, des masses de cuivre ajoutées aux lingots d'or et d'argent: mais c'est une race nouvelle d'hommes, qui n'est plus des climats de l'Afrique; elle est blanche, vétuc de longues robes blanches, dont les bords sont ornés d'un liséré de couleur, et les manches étroites ; un tarbouch ou bonnet blanc retient étroitement leurs cheveux, et leur barbe est longue et pointue. Ils apportent aussi devant les scribes, entre autres productions, des dents d'éléphant, des arcs, des carquois, des flèches, des massues, et des bottes de joncs de longueurs dilférentes. Ils mènent avec eux un char de guerre richement orné, des chevaux de belle race; enfin, un ours et un éléphant.

La cinquième scène est entièrement occupée par une file de personnages étrangers, conduits isolément ou en groupes par des soldats égyptiens, et l'on doit y reconnaître des prisonniers de diverses nations , comme l'indiquent la diversité de la couleur des individus, qui sont basanés ou blancs, et la diversité des costumes. Après ces grou- Ees de soldats on voit plusieurs femmes asanées, emmenées avec leurs petits enfants qu'elles portent sur leur dos, assis dans une couffe attachée à leurs épaules et à leur tête, ou qu'elles conduisent par la main. Des jeunes filles de la même couleur marchent après les femmes; viennent ensuite deux groupes d'hommes de race blanche, couverts d'une longue tunique blanche, et après eux des enfants encore conduits ou portés par des femmes vêtues d'amples tuniques à longues manches et à triple rang de falbala (voy . pi. 6 1 et 62) . Deux scènes agricoles occupaient dans la même salle la partie de la paroi correspondante, a celle qui porte le riche tableau dont nous venons de retracer une esquisse. Tout ce qui s'y voit nous révèle donc une étude trèsvariée des productions de la nature, et un avancement remarquable dans celles de l'industrie de Ihomme, qui était U' Livraison. (Egypte.)

déjà capable de satisfaire, par la pratique perfectionnée de tous les arts , a toutes les exigences d'unecivilisation et d'une condition sociale très-analogues à celles de nos temps modernes; affectant le même goût pour les mêmes jouissances, et les satisfaisant par des moyens semblables, les métaux précieux, les animaux rares ou utiles, h pompe des cérémonies publiques, les plaisirs nobles par leurs moyens et par leur objet, et par l'effet de cette conviction plus noble encore, qui élève les prodiges des arts, dans l'estime générale, au-dessus de toutes les productions de la nature.

Telle était l'Egypte au XVIir siècle avant l'ère chrétienne. Des rapports si singuliers avec notre Europe, et dans ce qui dépend le plus de la volonté et des inclinations naturelles de l'homme, sont un fait historique d'une haute valeur. Pendant trente-six siècles, sur les bords du Nil, de l'Ilissus, du Tibre et de la Seine, qui se sont réciproquement étrangers, les lois générales, les principes des mœurs, comme les besoins du luxe, qu'engendre une civilisation perfectionnée, se sont manifestés par des signes semblables. Serait-ce donc là l'inévitable destinée d'une portion de l'espèce humaine et les bornes de sa perfectibilité intellectuelle.?

Pour résumer, à l'égard de l'Egypte , en un tableau succinct, éloquent et fidèle, rénumération déjà détaillée des causes de tant de durables prospérités, qu'il nous soit permis d'emprunter les paroles remarquables de l'un des hommes éminents dans la science, qui étudièrent le plus l'Egypte, de l'illustre Fourier, qui a retracé en ces termes l'état géneral-et les épogues principales de la civilisation égyptienne : ,

« La haute antiquité des arts à Thèbes et à Memphis, dit-il, est attestée par le livre des Hébreux. Ces peuples arabes, dont les ancêtres avaient fait un long séjour en Egypte, conservèrent aussi avec beaucoup de soin l'histoire de leur origine, et nous avons aujourd'hui plusieurs copies de leurs annales sacrées qui étaient déposées dans Jcs temples. La seule diversité des textes

L'UNIVERS

suffirait pour rendre incertaine la chronologie des temps qui précédèrent les voyages des Hébreux en Egypte ; mais les époques subséquentes sont mieux connues , et il n'y a aucun doute que l'on ne puisse déduire de leurs annales une partie importante de l'histoire de l'Egypte. Par exemple, elles nous font connaître quel était l'état de la société civile et des arts, lorsque les premiers Hébreux arrivèrent à Memphis , et surtout lorsqu'ils entreprirent de s'établir en Palestine.; elles nous apprennent que, plus de vingt siècles avant l'ère chrétienne, l'Egypte était soumise à un gouvernement fixe gui subsistait depuis longtemps , et était fondé sur le respect des mœurs et sur les principes d'une monarchie régulière. Il est évident que les Hébreux sortant de ce pays aurent conserver plusieurs des arts qui étaient d'un usage général.

Quoique leur condition les séparât et leur donnât des mœurs fort différentes , «n grand nombre d'entre eux participaient aux connaissances communes; c'est ce que l'on voit clairement dans rénumération des arts et des préceptes qu'exigèrent la construction du tabernacle et l'établissement de la loi hébraïque. Il est très-important de comparer, sous ce point de vue, les arts que les Juifs connaissaient alors, avec ceux dont il subsiste encore tant de vestiges sur les bords du Nil. On retrouve en effet dans les descriptions de l'Exode les éléments de l'architecture égyptienne, l'ordonnance du plan, les proportions numériques des parties, remploi des colonnes avec leurs bases et leurs chapiteaux, et les principes de la décoration des édifices. On y remarque aussi l'usage de divers métaux, rart des tissus et des broderies en or, celui de teindre les peaux et les étoffes de couleurs vives et variées; enfin, J'ert de polir et de graver les pierres précieuses, art qui en suppose plusieurs autres, et qui était perfectionné en Ég]?pte et en Asie longtemps avant que liécrops eût paru dans l'Attique.

« Les mêmes conséquences sont confirmées par l'étude des monuments; elle nous montre que les arts dont on

vient de parler florissai.ent dans la première capitale de l'Egypte; on les trouve sur toutes les parties des temples, dans les habitations des rois, dans leurs sépultures et dans celles des particuliers. Il est manifeste que la nation possédait alors des connaissances fort étendues , et qu'elle s'appliquait depuis plusieurs siècles aux grands ouvrages d'architecture et de sculpture.

Ainsi l'époque intermédiaire que nous avons déduite des monuments astronomiques (2500 ans avant J. C.) s'accorde avec les antiquités de Thèbes et les annales des Hébreux.

« Non-seulement elle est une conséquence nécessaire de la perfection des arts physiques , mais elle résulte aussi de l'état général de la civilisation, et des progrès que les Égyptiens avaient faits dans la science du gouvernement; enfin, elle dérive des chroniques égyptiennes, de l'opinion de la Grèce et de tout le corps de l'histoire des anciens peuples. Les Égyptiens possédaient les principes des lois et des mœurs, les éléments des sciences et ceux de tous les arts, c'est-à-dire tout ce gue les connaissances humaines ont ae plus important et de plus difficile à découvrir. Les notions fondamentales, fruit du temps et du génie, peuvent être mal appréciées depuis qu'un long usage les a rendues familières : la plupart des hommes réservent leur admiration pour les découvertes récentes.

« En général , tous les ouvrages de l'Egypte ont un caractère commun; ils annoncent le même principe et le même génie. Les bas-reliefs dont les surfaces des édifices sont couvertes représentent des offrandes et des cérémonies graves et pompeuses, où les magistrats et le peuple qui les suit font hommage aux aieux des fruits de la terre et des productions dues au travail de l'homme, a son industrie, aux beaux-arts et au commerce. Les sculptures rappellent les combats, les sièges et les victoires; elles font connaître l'espèce des armes , les chars et les instruments de guerre: elles montrent la puissance du monarque, l'infortune des captifs, les marches triomphales et les honneurs su-

préines réservés aux vençeurs de la patrie. Les scènes innombrables que l'on y observe se rapportent aux usages nubiles, aux sciences, aux coutumes funéraires, aux jugements prononcés pr les hommes ou par les dieux ; enlin , a tous les arts physiques et à tous les éléments qui constituaient alors la société.

« On voit aussi combien il est important d'acquérir une connaissance exacte de l'époque où quelques-uns de ces grands édifices ont été construits ; rien ne pourrait contribuer davantage à rendre la description des monuments plus intéressante et plus utile : ils forment en quelque sorte une scène immense que l'on doit réunir à tous les témoignages de l'histoire. Cette comparaison résout, sans aucun doute, plusieurs questions qui s'étaient élevées sur l'origine de nos connaissances ; appliquée à l'histoire civile de l'É- «rypte, elle fournit des résultats incontestables et sert à distinguer les faits les plus anciens de ceux qui appartiennent aux derniers âges de la monarchie.

« C'est d'après ces principes que nous avons entrepris de représenter fidèlement, mais dans un tableau peu étendu, l'ancien état de l'Éeypte, les traits les plus remarquables de ses institutions, et les principes fondamentaux de ses mœurs , de son gouvernement, de sa religion et de ses arts.

« L'étude de l'Egypte doit agrandir le champ de l'histoire, elle reporte la

Pensée sur l'antique civilisation de Asie, qui a précédé les temps fabuleux de la Grèce, et nous présente la société politique sous des formes qui diffèrent à plusieurs égards de celles que les nations modernes ont adoptées.

Aucun objet n'est plus digne de notre attention que cette ancienne philosophie des Égyptiens ; car ce peuple , dont l'Europe a' reçu la plupart de ses institutions, possédait les connaissances morales qui servent de fondement à une police sage et régulière^ il exerçait son industrie sur toutes les substances naturelles-, il a inventé, perfectionné et conservé tous les arts physiques ; il

a rendu son territoire plus salubre, plus fécond et même plus étendu, et en a développé les avantages avec un art admirable. L'Egypte a donné à son architecture un caractère sublime, et enseigné aux Grecs les procédés sans lesquels la sculpture et la peinture n'auraient pu faire aucun progrès ; elle consacrait à ses dieux la poésie et la musique, et toutes les nations lui doivent , selon le témoignage de Platon , l'écriture alphabétique et les vérités fondamentales de la géométrie et de l'astronomie. »

Sur nos planches sont figurés, en signes non équivoques, quelques-uns des traits les plus saillants de ce irértdique tableau ; et l'on devra principalement consulter, en ce qui regarde l'architecture, pour les façades des temples, \espl. 5, I4, 41 et .^2; pour les intérieurs , les p/. 6, 17, 27, 42 et 56; les plans, les pi. 7 et 60; les détails, la/?/. 9; les palais, les pi. 23 et 55; les maisons et jardins, les p/. 53 et 54; l'agriculture, les pi. 31 et 38; la pêche et la chasse, les pi. 37, 43 et 58; l'économie domestique et le commerce, les pi. 38 et 44; costumes, musique et amusements, les pi. 24, 25 , 32 et 59 ; les meubles utiles et d'ornement, les pi. 23, 44 et 57; arts et métiers, les pi. 32,47, 45 et 46; litières , voitures et palanauins , pi. 63 ; caricatures politiques, fa pi. 34; armes , la pi. 51 ; combats sur terre et sur mer, \eapl. 16, 49 et 50; pon^pes triomphales, les p/. 13 et 26.

On trouvera dans une des sections suivantes les notions relatives au calendrier, à la monnaie, aux poids et aux mesures, autres institutions du premier ordre dans l'état politique d'une nation civilisée et qui ne manquèrent point à l'Egypte.

La parole et l'écriture furent pour elle les principaux agents de son qév^ loppement ; nous ne pouvons omettre ici quelques notions préei»eç, quoique abrégées, sur la lanfue et ^ur Yéâi' ture des anciens Égyptieqs.

S XVll. LANGUE ET ÉCRITOIB.

L'origine de la langue égypticDMi

:ia

L'UNIVERS

est inconnue; on la trouve employée sous des formes régulières dans les plus anciens monuments de l'Egypte et de la Nubie, et si elle est descendue, avec la population, des régions supérieures du Nil , ce serait dans ces régions antiques qu'il faudrait en chercher le berceau. La science a fait de vains efforts pour le découvrir, et l'on ignorera peut-être toujours les origines de la langue égyptienne. On ne saurait même s'éclairer avec quelque certitude par des analogies évidentes entre les formes et les mots de cet idiome et ceux de toute autre langue de l'Asie ou de l'Afrique; au milieu d'elles la langue égyptienne est seule et comme isolée, sans origine et sans descendance, mais montrant sur d'immenses monuments la haute antiquité de son existence dans la longue vallée du Nil. Elle y fut en usage pendant toute la durée de l'empire égyptien, et malgré les invasions successives et violentes des Perses, des Grecs et des Romains; et nous ne mentionnons pas les invasions des Éthiopiens, parce que les monuments élevés par les princes éthiopiens et en Egypte et en Ethiopie, indiquent, par les inscriptions dont ils sont couverts, que la langue égyptienne , comme les autres institutions de l'Egypte, fut commune aux deux contrées. Les monuments écrits subsistant depuis Naga et le mont Barcal, à deux cents lieues au midi des frontières de l'Egypte, jusqu'aux ruines d'Alexandrie, s'expliquent par cette même langue, et tous ceux qui l'ont étudiée à fond se sont réunis dans •cette opinion , qu'elle est une langue mère qui n'a de rapports avec aucune autre. Les anciennes relations des Assyriens, des Hébreux et Arabes avec 1 Egypte expliquentsuffisamment pourquoi quelques mots des langues de ces peuples se trouvent dans l'égyptien, et réciproquement pourquoi des mots âe la langue égyptienne se sont introduits dans l'idiome de ces mêmes peuples. Il est à remarquer seulement, en ceci, que le peuple le plqs civilisé a dû exercer la plus grande inlluence, et qu'en conséquence les naots (|ui se

trouvent à la fois dans l'égyptitn et dans l'hébreu, on peut même dire dans le syriaque , le chaldéen et le samaritain , dialectes de la riche famille arabe, furent vraisemblablement introduits dans l'hébreu par l'effet des rapports des Israélites avec l'Egypte , et des institutions de Moïse , élève des sciences égyptiennes. Il en fut de même à l'égard des autres nations qui fréquentèrent l'Egypte à des époques diverses, antérieurement à l'ère chrétienne : aussi les écrivains de l'antiquité grecque ont-ils mentionné dans leurs ouvrages un certain nombre de mots de la langue égyptienne, dont l'acception par eux indiquée se trouve en général exacte.

Il vient d'être dit que des inscriptions de toutes les époques de la monarchie égyptienne, soit pharaonique, éthiopienne ou persane , soit grecque ou romaine , prouvent , sans nul doute , le constant usage du même idiome national en Egypte. Dans une foule de contrats réglant les affaires civiles entre particuliers, ou d'écrits assez variés par leur sujet, et dont les uns remontent au delà du temps de Moïse, et dont les autres sont contemporains des empereurs romains, le même idiome est employé. Devant les tribunaux, aux temps de la domination grecque, le contrat écrit en langue égyptienne avait seul de l'autorité en j iistice, et l'expéd ition de ce contrat traduit en grec ne suffisait pas pour soutenir un droit. Du temps même des Romains, les prières dévotes enfermées dans les cercueils avec les momies étaient écrites aussi en langue égyptienne ; et tous ces faits sont démontres par les manuscrits sur papyrus conservés dans nos musées. Les écrivains anciens joignent leur témoignage à celui des monuments; Plutargue rapporte que Cléopâtre, la dernière reine d'Egypte, répondait sans interprète aux étrangers , tandis que quelques-uns des rois ses prédécesseurs s'étaient rais tiès-peu en peine de savoir la. langue égyptienne. Origène parle deux fois de cette langue comme d'un idiothe vivant de son temps. Les soldats romains

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élevèrent à l'empereur Gordien III, sur les frontières de la Perse, un tombeau sur lequel ils gravèrent une inscription en langue égyptienne et en Ïuatre autres idiomes , "afin que le sujet e cette inscription pût être connu par tous les étrangers. On rapporte au second siècle de l'ère chrétienne un ouvrage égyptien qui contient la philosophie des Gnostiques. C'est au cinquième siècle qu'on fixe l'époque de la traduction en langue égyptienne des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament.

Saint Jérôme a fait plusieurs fois mention de la langue égyptienne dans ses écrits ; il rapporte que saint Paul , ermite, était également instruit dans les langues grecque et égyptienne; que saint Antoine ne parlait que l'égyptien ; que le prêtre Chronius et le moine Isaac servirent quelquefois d'interprètes à ce saint, et qu'il avait écrit en égyptien plusieurs lettres adressées à des monastères de la Haute-Egypte, où l'on dit qu'elles furent longtemps conservées , et un savant moderne a publié deux fragments de ces mêmes lettres.

Des faits non moins concluants que ceux-ci , en faveur de l'existence de la langue égyptienne, se produisent de siècle en siècle dans les écrits de l'Egypte chrétienne; et,jusqu'à l'invasion des musulmans en Egypte, il fut d'un usage général, soit de" réciter simultanément les litanies et autres prières dans les deux langues grecaue et égyptienne, soit, dans la céléuration des offices, de lire en grec les leçons de l'Écriture et de les expliquer aux fidèles en langue égyptienne. Il existe un grand nombre de manuscrits ascétiques ou théologiques en cette même langue; la plupart ont été publiés. Tous les livres théologiques aujourd'hui en usage parmi les chrétiens égyptiens sont écrits dans les deux idiomes égyptien et arabe. L'église chrétienne d'Egypte nous a conservé cette langue jusqu au milieu du XVII* siècle; et le P. Vansleb, voyageant à cette époque dans le Levant, par l'ordre de Louis XIV, a vu le prêtre chrétien qui ,1e dernier de tous , a eu quelque usage de la langue

égyptienne. Bien peu d'idionies ont fni comme elle une durée constante cia quatre mille ans au moins.

Il résulte naturellement de ce qui vient d'être dit, que nous considérons la langue vulgairement nommée copl»

comme identique avec la langue égyptienne. Nul doute, en effet, ne pouvait en ce point s'élever dans l'esprit des hommes sensés après les preuves évidentes qu'ont réunies , en faveur ds cette identité, l'abbé Renaudot> Jablonski , l'abbé Barthélémy, et , de nos jours, MM. S. de Sacy et Et. Quatremère. Une masse nouvelle de témoignages semblables résulte des travaux de Ôiampollion le jeune sur les monuments existants de l'ancienne Egypte, et du très-grand nombre d'exemples employés dans sa Grammaire égyptienne. Les textes antiques en capactères hiéroglyphiques y étant transcrits signe par signe ,. d'après son alphabet , en caractères coptes , ils produisent une foule de mots et de phrases régulières de la langue copte qui , se trouvant ainsi exister sur les plus anciens monuments de l'Egypte, ne peut être que la langue égyptienne ellemême ; et non-seulement les mots et les phrases prouvent avec toute évidence cette identité et cette unité de deux idiomes qui n'ont de différent que le nom , mais elles ressortent surtout des éléments mêmes du langage, de ses plus intimes parties constituantes, des articles, des pronoms, des prépositions , etc. , qm sont écrits dans la langue copte en signes de l'alphabet grec, comme ils sont écrits, de toute antiquité , en signes sacrés dans la langue égyptienne des monuments. Il serait superDu de chercher sur ce point de plus manifestes ténnoignages. La lan-^ gue copte est donc la langue égyptienne; c'est toujours le même idiome à toutes les époques de son existence.

Mais cette existence se divise en deux périodes inégales, pendant lesquelles ou usa successivement de deux écritures différentes pour écrire cette même langue : d'abord des signes antiques et primitifs nommés hiéroglyphes^ et ensuite des signes mêmes de I'alp.hal>e\

L'UNIVERS

grec , augmenté de quelques signes de Pancien alphabet populaire égyptien; de sorte que la langue copte n est plus autre chose que la langue égyptienne même, écrite avec les signes grecs au lieu de l'être avec les signes hiéroglyphiques. La langue allemande , écrite avec les caractères gothiques ou avec les caractères romains , n'en est pas moins toujours la langue allemande.

La constitution grammaticale de la lanjgue égyptienne était propre à la préserver de la corruption et de la décadence; mais elle ne pouvait prévenir absolument l'introduction, dans l'idiome écrit et parlé , des mots tirés de la langue des peuples étrangers fré-

auentes par les Égyptiens; et c'est un es caractères de la langue égyptienne a sa seconde période, que d'accepter des mots exotiques composés de toutes pièces , radical , préposition et désinence, et de les employer sans les soumettre à ses propres règles. Les mots grecs surtout s'y introduisirent sous l'influence de l'autorité grecque; les termes de l'administration nouvelle furent acceptés avec le pouvoir qu'ils désignaient; les noms des mois macédoniens furent employés dans les dates de quelques dédicaces de temples élevés durant le règne desPtolémées. Un mot grec est écrit en caractères égyptiens dans la partie intermédiaire du monument de Rosette. Avec la religion chrétienne se répandirent une foule d'idées nouvelles, pour lesquelles il fallut des mots nouveaux , et ce fut la langue des prédicateurs de la foi chrétienne qui dut les fournir. Ces mêmes mots et une foule d'autres s'introduisirent dans les traductions égyptiennes dès nouveaux livres religieux qui étaient écrits en grec, soit parce que lâ langue égyptienne n'avait pas de mot pour exprimer une idée semblable, soit parce que le traducteur n'entendant pas complètement le mot grec, ou rie voulant pas prendre le temps d'en chercher l'expression absolue, transcrivait ce mot grec dâriS sa version égyptienne. Il arriva donc à la langue éiâi**'*""^ de subir une double in-

fluence grecque, d'abord lorsqu'elle adopta par nécessité un grand nombre de locutions grecques , et ensuite lorsque les signes de l'alphabet grec furent substitués à ses signes hiéroglyphiques.

Ce sont ces deux mfluences réunies qui peuvent servir à constater l'état présent de la langue copte, qui n'en sera pas moins la langue égyptienne, écrite avec les lettres de l'alphabet grec et ayant adopté un certain nombre de mots de la langue grecque , sans presque perdre, d'aucun de ces mots grecs, les équivalents égyptiens ; de sorte que , en définitive , les dénominations de langue égyptienne et de langue copte n'indiquent que deux époques, l'une primitive et l'autre secondaire, d'un seul et même idiome.

La haute antiquité de son origine et de son usage sur des monuments publics excite la plus vive curiosité, et l'esprit doit se complaire à rechercher et a reconnaître le procédé employé par le génie humain, dans ces temps considérés comme primitifs, pour la formation du langage, et comment la pensée sut se produire oralement par des signes systématiquement ordonnés ; comment enfin se manifestèrent ces deux créations jusque-là inouïes, cette première logique de la langue, cette première grammaire de la pensée, sublimes révélations de l'intelligence humaine dans sa toute-puissance.

Exposons sommairement les faits généraux de la constitution de la langue égyptienne, telle qu'elle est connue dans la primitive antiquité.

La langue égyptienne est monosyllabique dans ses mots primitifs: Ce principe ne souffre absolument aucune exception ; et l'on peut dire avec certitude que tout mot de plus d'une syllabe est un mot dérivé ou bien un mot coniposé.

De ces mots primitifs ou racines se forment, par dérivation ou par composition j une foule de mots employés pour présenter, sous divers aspects qui les modifient, l'idée dont le primitif est , par convention , le signe représentatif.

Les dérivés naissent de la racinp

EGYPTE

(Taprèç des règles uniformes et constantes.

Ces règles sont fixes et limitées; chacune d elles apporte une modification différente à l'idée que représente la racine; et chaque racine subit un nombre plus ou moins grand de ces modifications, selon que l'idée dont elle est le signe peut s'y prêter plus ou moins.

Des mots formés de la racine par dérivation deviennent eux-mêmes primitifs, relativement à d'autres mots auxquels ils donnent naissance d'après les mêmes principes; on peut les appeler racines secondaires.

L'union de deux ou de plusieurs racines primitives ou secondaires forme les mots composés.

Les mots composés se partagent en deux classes distinctes : 1° ceux qui sont formés par la combinaison de deux racines primitives ou secondaires indifféremment; 2° ceux qui résultent de la réunion d'une racine quelconque à un certain nombre d'autres racines qui entrent constamment dans la formation des mots composés, en modifiant d'une manière uniforme les idées exprimées par les racines avec lesquelles on les combine.

Des mots composés, des deux classes, peuvent être considérés comme primitifs par rapport à plusieurs autres mots qui en dérivent, d'après les principes communs aux racines primitives et secondaires. On peut considérer tous ces mots composés comme des racines composées.

Les dérivés des racines primitives, secondaires et composées, forment des mots composés en se combinant entre eux indifféremment.

Ces principes généraux sont puisés dans la nature même de la langue égyptienne. Ils donnent une idée claire et précise de la marche qu'on a suivie dans la conibinaison des éléments qui la composent.

Le sens d'un mot-racine monosyllabique employé d'après ces principes , et modifié dans ses expressions autant que le permet l'idée dont il est le signe , peut subir quarante-deux transforma-

tions exprimant autant de modiikations régulières de cette idée-racine.

Le sens de chaque monosyllabe ou mot primitif est en effet diangé par l'addition d'autres monosyllabes, signes constants des genres, des nombres , des personnes , des modes et des temps. Ces marques distinctives , qui font successivement passer le radical à l'état de nom commun, de nom abstrait, de nom d'action, d'adjectif privatif, d'adjectif intensitif, de participe , de verbe actif, négatif et transitif, se placent toujours en augmentant, et les modifications grammaticales ne s'opèrent que fort rarement par le moyen, des désinences ou des terminaisons.

La langue égyptienne se prête avec une admirable facilité à la forniatioii des mots composés, et joint à cet avantage celui d'une extrême clarté, les formes et les mots déterminatifs y étant très-multipliés.

La construction ou syntaxe est dans, l'ordre logique comme dans la langue française, en tenant compte toutefois des monosyllabesqui établissent Ijes rapports des mots de la proposition entre eux, et qui sont soumis aux règles que nous venons d'indiquer.

Cette langue a un certain nombre de mots communs à l'hébreu et à l'arabe; ils sont dus aux rapports suivis qui ont toujours existé entre ces peuples dès les phis anciennes époques; mais la grande masse des mots et toute la grammaire diffèrent essentiellement de ces deux autres idiomes et de leurs, analogues.

On doit faire remarquer aussi que la langue égyptienne renferme un grand nombre de mots formés par onomatopée.

Nous ne pouvons nous dispenser de présenter ici quelques traits saillants de la langue égyptienne; ils nous paraissent propres d'abord à prouver l'originalité de cet idiome, et ensuite à expliquer quelques-uns de ses plus curieux procédés : ce sont là des éléments essentiels de l'étude philosophique d'une langue.

Comme toutes celles qui sont primitives, la langue égyptienne procèdle

L'UNIVERS

()ar imitation, en attachant un son plutôt qu'un autre à l'expression d'une idée donnée, comme si ce son était imitatif de l'idée même. Ainsi , dans l'Egypte, le nom de la plupart des animaux n'est que l'imitation approximative, selon notre oreille, du cri propre n chaque animal. Elle nommait donc l'âne iô, le lion 7nouï, le bœuf ^hé, la grcnoirille cj-our, le chat chaou, le porc 1-ir, la hn^^t pétépêp , le serpent hfo, hof.

De même, des objets inanimés ou des manières d'être physiques ne furent pas oralement représentés par des sons arbitraires ; il y avait encore imitation dans sensen, signifiant sonner, rendre un son; thophtheph, cracher; ouodjouedj , mâcher; kim, frapper; kemkem, sistre, instrument de percussion; kremrem, bruit; kradjradj, grincer les dents; teltel, tomber goutte a goutte; schkelkil, sonnette; omk, avaler ; rodjrec^, frotter, polir ; kherkher, ronfler; nef, nifé, souffler.

Mais ces moyens d'imitation furent bientôt épuisés dans la langue égyptienne; on chercha alors des similitudes, et, par le choix de sons doux, rapides, durs, on rappelait des objets dont les qualités physiques paraissaient analogues à ces mêmes sons; c'est ainsi qu'on exprimait en égyptien par sousou un instant très-rapide ; par ouô, voix; par chouchou, flatter, louer, caresser ; par bridj, éclair ; par cherchôr, détruire; par lali, loulai, se réjouir.

Enfin , on en vint aux assimilations, toutes tirées de Yordre physique seul , quand il fallut exprimer les idées abstraites et les objets intellectuels. En voici de curieux exemples fournis par un seul mot, /lét, qui signifie cœur, et par suite esprit, intelligence, comprenant l'idée de la plupart des qualifications morales, et s'exprimant par les modifications grammaticales de ce mot radical hèt. Les Égyptiens disent donc hètchèm, qui signifie à la lettre petit cœur, et exprime l'idée craintif, lâche ; harchihèt, cœur pesant ou bien lent de cœur, c'est-à-dire patient ; ssacihèt, cœur haut ou haut de cœur, orgueilleux; ssab-hèt, cœur débile ou

débile de cœur, timide; hèt-nascht, cœur dur, inclément; hèt-snaou, ayant deux cœurs, indécis; tam-hèt, cœur fermé, fermé de cœur, obstiné; ouômr hèt, mangeant son cœur, repentant; athétou at-hèt, sans cœur, insensé. Et avec ces mêmes mots qualificatifs, par la simple addition du monosyllabe met, qui signifie attribution , on formait les noms abstraits mèt-hèt-schem , l'attribution d'avoir le cœur petit, c'està-dire la patience, la longanimité.

Enfin , une foule de verbes égyptiens se sont formés de ce même mot hèt , cœur, pour exprimer par des similitudes, tirées de l'ordre physique, des actions ou des manières a'être purement intellectuelles; en voici quelques exemples : Ei-hèt, qui signifie proprement sentir venir son cœur, exprime les idées rêver, réfléchir; thôt-hèt, mêler le cœur, tempérer, persuader; ka-hèt, placer son cœur, se confier; ti-hèt, donner son cœur, observer, examiner; djem-hèt, trouver de cœur, savoir; meh-hèt, remplir le cœur, satisfaire, contenter. On voit par ces exemples quelle variété d'idées expriment les modifications grammaticales du mot radical hèt, cœur, II en est de même d'une foule d'autres mots primitifs, et c'est ainsi que de tôt, main , on a fait titot, donner la main, aider; hitot, jeter la main, commencer. D'autres mots d'acception physique ont aussi servi à exprimer des idées métaphysiques ; apdjir, étymologiquement, rechercheur dé mouches, c'est-à-dire avare; djerbal, œil pointu, impudent; djacebal, œil levé, audacieux; fea/Ac^, cœur dans l'œil, ingénu, naïf; elekscha, retirer le nez, se moquer; naschtmakh, cou dur, obstiné.

Tous ces mots nous révèlent les véritables procédés de formation de la langue égyptienne, et en même temps son originalité, faits d'un haut intérêt à l'égard de nos modernes idiomes, qui sont de dernière formation , semblables en cela aux roches venues après les grandes révolutions de la terre, et qui sont formées d'irrégulières agglomérations des restes dispersés des roches primitives.

EGÏPÏE.

Du reste, on remarque, dès une nssez haute antiquité, quelque différence dans la manière de prononcer cette même langue égyptienne dans les différentes provinces du pays ; ces différences furent constatées, et servent à caractériser trois dialectes principaux, le thébain, ou de la haute Egypte , le memphitique , ou de la moyenne et de la nasse Egypte , et le baschmourique , ou du Fayyoum, l'ancienne provincede Baschmour; les deux premiers sont communément nommés par les modernes dialectes sâïdi et bahhiri. Le plus ancien des trois dialectes est le saïdique ou thébain, qui fut le fond même de la langue égyptienne. Le memphitique vint après, mais très-anciennement sans nul doute.

Le dialecte baschmourique tenait à la fois du memphitique et du thébain, et le Fayyoum , nommé Baschmour, est une province intermédiaire à l'égard des provinces de Thèbes et de Meinphis. Ces dialectes étaient caractérisés par quelques permutations de consonnes de l'un à l'autre; \tp thébain devenait ph dans le memphitique; k et t thébain étaient ch et th en memphitique; r de l'un et de l'autre devenait / dans le dialecte de Baschmour; les voyelles, vagues de leur nature; se permutaient avec plus de facilité encore. On verra plus bas comment une seule écriture représenta cependant ces trois manières différentes d'orthographier un mot, at c'est ainsi qu'à chaque observation nouvelle l'Égypte nous montre une preuve de plus de l'intelligence laborieuse qui présida à toutes ses institutions.

Telle fut cette langue à son époque primitive; à l'époque secondaire,

Suand elle se nomma langue copte, ans l'Egypte devenue chrétienne, elle était encore la même , mais elle avait admis un grand nombre de mots grecs et arabes, et quelques mots latins, employés concurremment avec les mots égyptiens exprimant les mêmes idées, et dont l'introduction était l'effet des longs et intimes rapports qui s'établirent entre cette nation et ses dominateurs "successifs, les Grecs, les Ro-

mains et les Arabes. Mais lagrammaire de cette langue ne subit pas de notable changement; de sorte que la phrase d'un manuscrit copte des derniers siècles sera logiquement construite comme le fut la phrase correspondante sur un monument des temps antérieurs à Sésostris. Il n'y aura de différents que les mots étrangers qui se seront introduits dans cette phrase copte, et qui sont les synonymes exacts de mots égyptiens restés néanmoins dans le langage.

Du reste, il existe des grammaires de l'idiome copte, composées soit par des Coptes mêmes, soit par des savants d'Europe, et des dictionnaires ou plutôt des nomenclatures de mots dont l'ordre a été déterminé par la nature de l'écriture figurée de l'ancienne Egypte, antérieure à l'alphabet copte; et aux ouvrages indiques plus haut, comme écrits en copte, nous n'avons à ajouter qu'une collection d'hymnes chrétiennes en strophes et en vers rimes , et un recueil de Recettes médicales contre les maladies les plus communes en Egypte, recueil déjà mentionné dans ce précis.

A l'ancienne Egypte aussi nous pouvons attribuer la culture de la langue en ce qui pouvait s'approprier et servir aux dons de l'esprit, comme à l'expression des passions de l'âme. Une chanson rustique est écrite dans un tableau à la suite d'une scène peinte d'agriculture , et dans cette chanson , comme dans les strophes chrétiennes, c'est toujours la langue égyptienne qui se montre dans les deux époques que nous avons déjà signalées , et dans les

f réductions d'une second période, avec empreinte non équivoque des influences qu'elle avait subies.

Ce fut plus qu'une influence, ce fut une révolution réelle par ses effets, à la fois politique et religieuse , que la langue égyptienne eut à éprouver, quand , au système des signes par lesquels elle s'était exprimée pendant toute la durée de sa longue prospérité , on substitua un système graphique tout nouveau, quand l'écriture hiéroglyphique fut remplacée par l'alphabet copte. Uqf science ha-

bile et profonde inventa ce moyen puissant a'élever entre l'ancienne et la nouvelle Egypte cette impénétrable barrière de l'ignorance des temps anciens, afln que les opinions, les souvenirs et la gloire en fussent complètement effaces dans l'esprit des nouveaux citoyens. Les nombreux témoignages écrits qui en subsistaient dans tous les lieux étaient pour eux illisible" : aussi , peu de nations ont été plus complètement étrangères à leurs propres origines , à leur primitive illustration. La destruction, d'autorité impériale, des livres qui renfermaient l'histoire et les doctrines des ancêtres, et l'introduction d'un alphabet nouveau, qui fit perdre complètement la connaissance de l'ancien , opérèrent cette monstruosité politique, et il a fallu quinze siècles pour en faire cesser, dans l'intérêt des sciences , les effets trop longtemps destructeurs.

Ce grand fait de l'histoire de l'Egypte peut être considéré sous deux aspects principaux : 1° l'état ancien du système graphique ou des écritures usitées dans l'ancienne Egypte; 2" la cause, l'époque et l'effet de 1 introduction du nouveau.

L'exposé , même très-sommaire , des règles de l'ancien système graphique égyptien intéressera à un très-haut degré par la singularité de sa théorie, qui est absolument étrangère à nos idées comme à nos pratiques usuelles.

JVien n'est plus commun, dans les sociétés modernes, que l'usage de l'écriture composée d'un très-petit nombre de signes suffisants pour représenter aux yeux et rappeler a l'esprit tous les sons de la langue, et, par leurs combinaisons diverses, tous ses mots y toutes ses phrases et toutes les idées de ceux qui la parlent; mais rien n'est

F lus rare que l'examen analytique de origine, de la formation et des règles de cette écriture , et que l'appréciation du laps de temps et des efforts inouïs de l'intelligence humaine pour arriver à cette théorie si simple, si exacte de l'écriture alphabétique , institution d'une utilité sans égale, l'auxiliaire indispensable de la civilisation, et qui

fut , à l'exclusion de toute autre , le plus fidèle courtier de l'intelligence. Du reste, ce qui va être dit de l'invention et du premier usage de l'écriture chez les Égyptiens, s'appliquera directement à tous les peuples qui furent inventeurs aussi des mêmes choses; car, en de telles matières, l'esprit humain est incapable de deux bonnes inventions à la fois.

L'ancienne écriture égyptienne est généralement connue sous le nom d'Écriture hiéroglyphique, composée de signes nommés hiéroglyphes , et qui sont en effet, comme le dit l'étymologie, des caractères sacrés sculptés.

Ces signes n'ont pas une expression uniforme, et les différences, qui les divisent en trois classes , indiquent très-vraisemblablement l'origine et le perfectionnement successif du système graphique tel qu'il est aujourd'hui constitué. Ce qui s'est passé presque sous nos yeux, parmi les peuples do nouveau monde, nous révèle plus vraisemblablement encore ce qui se passa dans l'ancien, et en Egypte comme ailleurs , quand l'idée d'écrire se révéla à l'homme.

a. Les objets matériels frappèrent ses regards; il reconnut leurs formes, et quand il voulut conserver ou transmettre le souvenir d'un de ces objets, il en traça la figure, et ce tracé fut un caractère d'écriture, caractère purement ^«ra^i/, peignant directement l'objet et non pas indirectement Yidép de ce même objet, toutefois sans indication de temps ni de lieu; c'est à ce point que sont parvenus et que se sont arrêtés les peuples de l'Océanie,

h. L'insuffisance de ce premier moyen dut se faire sentir bientôt; en traçant la figure d'un homme, on n'indiquait pas un individu en particulier; il en était de même des figures des lieux. Le besoin de distinctions individuelles créa l'usage d'une autre sorte de signes dont cliacun devint particulier à un homme ou à un lieu : ces signes furent pris ou des qualités physi-aues des individus ou d'assimilations à es objets matériels ; et comme ces signes n'étaient plus proprement figura-

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tifs, ils ne furent que des symboles, et on les nomma pour cette raison caractères trojyiques ou symboliques, signes auxiliaires des caractères figuratifs, et employés simultanément avec eux. C'est la que sont arrivés les Mexicains, et ils ne sont pas allés au delà. Il nous est parvenu des listes d'individus et des listes de noms de lieux en écriture mexicaine; chaque individu est désigné par une tête humaine, signe yîgfwra^j/, et auprès de sa bouche est tracé un objet choisi ou dans la nature ou dans l'industrie humaine , et qui était un si^ne symbolique, de sorte que l'on voit clairement que les individus s'appelaient le Ser-

g;nt, le Loup, la Tortue, la Table, le âton , et les villes, dont un carré était le signe ^g'wra^i/', et un serpent, un poisson le signe symbolique, se nommaient la ville du Serpent, la ville du Poisson, etc.

c. De la représentation de ces objets physiques à l'expression des idées métaphysiques, le pas à faire était immense : les peuples de l'ancien monde le franchirent; ils exprimèrent par des signes écrits les idées dieu, ame, et celles des passions humaines ; mais ces signes furent arbitraires et conventionnels en quelque sorte, quoique tirés d'analogies plus ou moins vraies entre le monde physique et le monde njoral; le lion fut pVis comme l'expression de l'idée /orce. Cette nouvelle espèce de signes , nommés énigmatiques et ajoutés aux deux premières classes, les figuratifs et les symboliques, furent inventés et employés par les Égyptiens et par les Chinois, et le systeïne d'écriture qui résultait de ces trois éléments était entièrement idéographique, c'est-à-dire composé de signes qui exprimaient directement Vidée des objets, et non pas les sons des mots qui désignaient ces mêmes objets. Ce genre d'écriture était aussi une peinture, puisque la fidélité de leur expression dépendait de la fidélité du tracé de chacun d'eux, qui devait être un portrait.

d. Ce système d'écriture pouvait suffire aux usages du peuple qui , l'ayant

imaginé, en possédait complètement ia théorie et fa pratique, mais seulement tant qu'il n'eut pas besoin de rendre son écriture intelligible à des sociétés ou à des individus étrangers.

Mais dès aue ce besoin se fut manifesté et qu il fallut seulement écrire le nom d'un seul individu étranger à ce peuple , les signes figuratifs , symboliques ou tropiques, ne suffisaient plus, parce que le nom de l'individu étranger, n'ayant aucun sens dans la langue du peuple qui voulait l'écrire et ne lui présentant ainsi aucune idée, ce nom ne pouvait pas être écrit par des signes qui n'exprimaient que les idées.

On s'arrêta donc, on ne sait comment, aux sons qui formaient ce même nom, et on comprit en même temps de quelle utilité seraient des signes qui exprimeraient ces mêmes sons : nouveau et dernier progrès dans l'art graphique, et qui en fut le plus ingénieux perfectionnement, si régulièrement favorisé par la nature des langues de ce temps -là, qui étaient généralement formées de mots et de racines d'une seule syllabe. On introduisit donc dans l'usage les signes des sons, signes généralement nommés phonétiques, et dont le choix ne fut pas difficile, puisqu'on n'eût qu'à choisir dans les signes ngurés, pour chaque syllabe à ex'primer phonétiquement, le signe représentant un objet dont le nom dans la langue parlée était cette syllabe même : ainsi le disque du soleil exprima la syllabe re, parce que cette syllabe était le nom même du soleil, et ainsi de suite. Les Chinois arrivèrent à ce procédé syllabique, et ils l'ont conservé sans ()rogrès jusqu'à nos jours, pour écrire es noms et les mots étrangers à leur langue. Les Égyptiens parvinrent par cette même voie à un véritable système alphabétique, et l'introduisirent dans leur système d'écriture sans changer la nature de leurs signes figurés.

Nous allons dire en quoi consistaient le système ancien de l'écriture égyptienne, la diversité de ses éléments , leur mode de combinaison , et les modifications , dans la forme des signes seulement, que le temps et les besoins sociaux y

L'UNIVERS

firent ïritroduire. Nous prions aussi le lecteur attentif d'éviter toute confusion des deux idées, si différentes d'ailleurs, que représentent ces deux mots écriture et uingiie; dans la langue le mot parlé étajt Te siéne direct de l'idée , et dans l'écriture le mot phonétique écrit n'était que le signe direct du mot parlé, et ainsi le signe indirect de ridée.

Dans Iç système d'écriture hiéroglyphique des Egyptiens on doit principalement considérer deux choses :

J. La forme matérielle des signes qui constitue trois espèces de caractères nommés

1 Hiéroglyphiques (*) ,

2 Hiératiques,

3 Démotiques.

B. La valeur ou expression particulière de chaque signe, laquelle constitue trois espèces de signes, qui sont Figuratifs, Symboliques, Phonétiques.

A. 1. L'écriture hiéroglyphique proprement dite est celle qui se comîwse de signes représentant des objets du monde physique , animaux , plantes , figures de géométrie, etc., etc., dont le tracé est ou simplement linéaire, ou bien entièrement terminé, et même colorié, selon l'importance du monument qui porte l'inscription, ou selon l'habileté du sculpteur. Le nombre de ces signes différents est d'envron huit cents.

A. 2. L'écriture Aierafeçtic est une véritable tachygraphie de la précédente.

Les signes de l'écriture hiéroglyphique ne pouvant être convenablement tracés qu'avec la connaissance du dessin, et cette connaissance ne pouvant être universelle , on créa en faveur de ceux qui ne l'avaient point, un système d'écriture abrégé, dont les signes pouvaient être facilement exécutés; mais ce système ne fut point arbitraire, chaque signe hiératique ne fut qu'un abrégé d'un signe hiéroglyphique : au

(*) Soigneusement dessinés, ou sculptés et coloriés , ou simplement linéaires ou silhouettes.

lieu de la figure entière du lion couché par exemple , on exprima la silhouett( de la partie postérieure, et cet abrégi du lion conservait dans l'écriture h même valeur que sa figure entière Ainsi l'écriture hiératique était com posée du même nombre de signes qùt' l'écriture hiéroghjphique , dont elll était une abréviation à l'égard de ji forme des signes seulement, et abrégé des signes avait la même valei que les signes entiers.

A. 3. L'écriture démotique (ou pulaire, ou épistolographique) se cor posait des mêmes signes que l'écrituf hiératique; c'était aussi une abrévr' tion des signes hiéroglyphiques, conservant encore la même valeuf seulement, le nombre des caractèr de l'écriture démotique , employés poti les usages ordinaires de la vie, éta' moindre.

On voit donc que les trois sorte, d'écriture usitées simultanément e« Egypte n'en formaient réellemerl qu'wne seule en théorie, et que, pot' la pratique seulement, on avait adop une tachygraphie des signes primitif; imitation fidèle des objets naturels rji produits par le dessin ou par la pen| ture. Ces trois sortes d'écriture étaie/ d'un usage général ; toutefois , la pri'l mière, l'écriture hiéroglyphique, étal seule employée pour les monumeni publics; mais les plus humbles oii vriers s'en servaient pour les pjij conmiuns usages, comme on le vc'i par les ustensiles et les instrumen des plus vulgaires professions, ce qu soit dit en passant, contredit tant d'3 sertions hasardées sur les prétendi mystères de cette écriture, dont I prêtres égyptiens avaient fait un moyi d'ignorance et d'oppression pour population égyptienne, La deuxièr espèce, l'écriture hiératique ou sace dotale, était plus particulièrement l'usage des prêtres, qui l'employaie^ dans tout ce qui dépendait de leurs r„ tributions religieuses et judiciaires. ]| troisième espèce enfin, l'écriture p''.

pulaire et la plus facile, la plus sim; de toutes , servait à tous les usages q son nom même indique suffisammer

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2îf

Clément d'Alexandrie dit que, parmi les Ésyptiens, ceux qui reçoivent de l'instruction, ap prennent d'atord l'écriture démotique, ensuite l'écriture hiératique, et ensuite l'écriture Méroglyphique : c'est l'ordre inverse de leur invention, mais l'ordre direct quant à la facilité de leur étude. On trouve souvent les trois écritures employées à la fois dans le même manuscrit.

Quant à Vexpression ou valeur graphique des signes, la théorie n'en est pas moins certaine que leur classification matérielle.

B. 1. Les signes^Mra?i/5 expriment tout simplement l'idée de l'objet dont ils reproduisent les formes; l'idée d'un cheval, d'un lion, d'un obélisque, d'une stèle, d'une couronne, d'une chapelle, etc., etc., est exprimée graphiquement par la figure même de chacun de ces objets; le sens de ces c^ïractères ne peut présenter aucune incertitude.

B. 2. Les signes symboliques , ou f tropiques, ou ^énigmatiques, exprij maient une idée metapiiysique par l'iimage d'un objet physique dont les ^qualités avaient une analogie, vraie , selon les Égyptiens, directe ou indi- , recte , prochaine ou éloignée , selon eux 1 encore, avec l'idée à exprimer. Cette sorte de caractère paraît avoir été parjticulièrement inventée et recherchée Ipour les idées abstraites, qui étaient An domaine de la religion, ou de la [puissance royale si intimement liée .avec le système religieux. Vabeille , était le signe symbolique de l'idée roi ; .des bras élevés, de l'idée offrir et offrande; un vase d'aii l'eau s'éjjand, ila libation, etc., etc.

j B. 3. Les signes phonétiques exprimaient les sons de la langue parlée, et avaient, dans l'écriture égyptienne, les ,niêmes fonctions ^ue les lettres de l'alphabet dans la notre.

■ L'écriture hiéroglyphique diflêre donc essentiellement de l'écriture généralement usitée de notre temps , en ce point capital qu'elle employait à la l'ois , dans le même texte , dans la même fPhrase et quelquefois dans le même mot, les trois sortes de caractères/g-ef-

ratîfs, symboliques et phonétiques , tandis que nos écritures modernes, semblables en cela aux écritures des autres peuples de l'antiquité classique, n'emploient que les caractères phonétiques, c'est-à-dire alphabétiques, à l'exclusion de tous les autres.

Il n'en résultait néanmoins aucune" confusion, la science de cette écriture étant générale dans le pays ; et en supposant cette phrase , Dieu a créé les hommes, l'écriture hiéroglyphique s'ex|)rimait très-clairement : 1" le mot Dieu par le caractère symbolique de l'idée Dieu; 2° a créé par les signes j!;Âo«etiques représentatifs des lettres qui formaient le mot égyptien créer, précédé ou suivi des signes phonétiques grammaticaux, qui marquent que le mot radical créer était à la troisième personne masculine du prétérit de l'indicatif de ce verbe; 3° /es Sommes, soit en écrivant phonétiquement ces deux mots selon les règles de la grammaire, soit en traçant le signe figuratif homme suivi de trois points, signe grammatical du pluriel ; et il n'y avait point d'équivoque dans l'expression de ces signes, 1° parce que le premier, qui était symbolique, n'avait une valeur ni comme signe figuratif ni comme si- ^ne phonétique , 2° parce que le signe figuratif /iomwie, qui termine la phrase, n'avait que ce même sens figuratif, 3° parce que les signes phonétiques intermédiaires exprimaient des sons qui formaient le mot indispensable à la clarté de la proposition ; et malgré cette différence de signes, l'Égyptien qui lisait cette phrase écrite la prononçait comme si elle avait été entièrement écrite en signes alphabétiques.

La théorie de l'enseignement du système graphique égyptien n'offrait pas plus de difficultés : l'élève, averti de la nature des signes figuratifs^ n'avait aucun effort d'intelligence à faire pour en retenir le sens. La science des signes symboliques était une affaire de nomenclature, il devait la mettre dans sa mémoire , et apprendre successivement la raison de ces assimilations de certaines figures à certaines idées : la connaissance de la nomenclature suf-

fisaît même au plus grand nombre.

Quant aux signes phonétiques ou alphabétiques , voici comment procéda l'Egypte pour les déterminer. Habituée à une écriture idéographique, peignant les idées et non les sons de la langue , elle ne pouvait s'élever du premier bond à la simplicité tout arbitraire de nos alphabets. Obligée de combiner la forme des nouveaux signes avec ceux dont elle avait déjà consacré l'usage par une longue pratique , elle ne renonça pas à la figure des objets naturels, elle en continua l'emploi, et décida seulement, après avoir analysé les syllabes de son langage et en avoir décomposé les sons jusqu'aux plus simples éléments, qui sont les lettres,

3ue la figure d'un objet dont le nom ans la langue parlée commencerait par la voix ^, serait, dans l'écriture, le caractère A ; que la figure d'un objet dont le nom, dans la langue parlée, commencerait par l'articulation b , serait, dans l'écriture, le caractère B, et ainsi de suite. Dans l'écriture phonétique, l'aigle, qui se nommait Ahôm en égyptien, devint donc la lettre A; une cassolette, Berbe, la lettre B; une main. Tôt, le T et le D; une hache, Kelebin, le K et le C dur; un lion couché, Labo, le L; une chouette, Mouladj , le M ; une bouche M, le R , etc. , etc. Il résulta ainsi de ce premier principe, non pas que tous les objets dont le nom commen^jait par R, devinrent le signe graphique de cette lettre (il en serait né trop de confusion) , mais que quelques-uns de ces objets seulement, les plus connus , les plus ordinaires , ceux dont la forme était le plus sûrement déterminée , et pouvait être le plus facilement transcrite , furent affectés d'autorité à représenter le son R , et ainsi des autres. il y eut donc un certain nombre de signes homophones, ou exprimant le même son, dans l'alphabet écrit des Égyptiens, et cela était nécessaire dans une sorte d'écriture où la combinaison et l'arrangement matériel des signes étaient soumis à des règles dictées par la convenance de la décoration <les monuments dans un pays surtout

où les murs de tous les édifices publics étaient couverts d'inscriptions servaHt \ d'explication aux tableaux sculptés qui' rappelaient les grandes actions des rois ou les bienfaits des dieux du pays. Du reste, le nombre des hiéroglyphes phonétiques ne s'élevait guère au delà de deux cents , et quelques-uns des alphabets européens ne contiennent pas un bien moindre nombre de sons ou de lettres. Toutefois , c'est cette espèce de caractère qui domine dans tous les textes hiéroglyphiques; ils s'y trouvent dans la proportion des deux tiers , le surplus appartenant par portions à peu' près égales aux caractères figuratifs et aux caractères symboliques.

On comprend par là toute l'importance , pour les sciences historiques , de la découverte de l'alphabet des hiéroglyphes égyptiens. En disant comment on a réussi à la faire, on dira aussi toute sa certitude.

On ne parvient à connaître une langue ou une écriture qu'on ignore qu'avec le secours d'un interprète; c'est un homme , ou un livre , ou un écrit quelconque. Cet interprète de l'ancienne Egypte fut trouvé en Égygte même par la France : c'est la célèbre inscription de' Rosette, pierre de quelques pieds de hauteur et sur laquelle furent gravées trois inscriptions à la suite l'une de l'autre; b première, tronquée par le haut, en caractères hiéroglyphiques, la deuxième en caractères demotiques, et la troisième en grec. On sait par cette der-< nière qu'elle est la traduction raêniet de ce qui précède : voilà donc l'interprète des hiéroglyphes égyptiens,* qui manquait à l'érudition modernci Cette traduction grecque d'un texte égyptien devait ouvrir une voie nouvelle. L'inscription de Rosette fuft publiée et reçue avec empressement; mais ce ne fut qu'après vingt ans el vingt essais sans résultats que la I^?

mière jaillit enfin de ce monument, et pour l'en tirer, il fallut s'airrét«r( aux données suivantes après avoin épuisé toutes les autres : 1" le texte' grec prouve que l'inscription estjini décret des prêtres de l'Egypte en l'hon-i

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neur de Ptolémée Épiphane {Suprà, page 61 ) ; 2° ce décret contient plusieurs fois le nom de ce roi et plusieurs autres noms propres ; 3° on a pu traduire et écrire en égyptien toutes les idées exprimées dans le texte grec; mais les noms propres grecs n'exprimant aucune idée en égyptien , ils n'ont pu être traduits; il a donc fallu écrire en caractères égyptiens les sons que lorment ces noms propres dans le grec ; 4'^ il doit donc y avoir dans l'inscription égyptienne de Rosette des signes hiéroglyphiques exprimant ces sons; il pourrait donc aussi y avoir dans l'écriture hiéroglyphique des signes phonétiques, ou exprimant les sons et non pas les idées ; 6° le texte égyptien présente un groupe de signes hiéroglyphiques, distingué par un encadrement elliptique qui l'entoure : ce groupe est répété plusieurs fois dans ce texte égyptien; le nom propre du roi Ptolémée était aussi répété plusieurs fois dans le texte grec: le groupe d'hiéroglyphes encadré peut donc être le nom de Ptolémée, et, dans cette supposition, les signes ainsi groupés écrivant ce nom en hiéroglyphes, ces gignes sont alphabétiques , et le premier est un P, le second un T, etc.

Voilà déjà plusieurs des hiéroglyphes alphabétiques retrouvés, et il ne reste qu'a compléter cet alphabet si désiré. 6° Bien des obstacles s'y opposent encore : le groupe encadré dans une ellipse , ou cartouche , est le nom de Ptolémée , ou bien il ne l'est pas : dans le premier cas , il est nécessaire d'éprouver la vérité dece premier résultat alphabétique, sur d autres noms propres écrits à la fois en hiéroglyphes et en grec , et dans lesauels se retrouvent toutes les lettres déjà reconnues, ou supposées l'être, par le nom de Ptolémée. L'inscription grecque de Rosette contient plusieurs autres noms

Eiropres vers son commencement; mais e texte hiéroglyphique étant tronqué vers ce point, nous sommes privés de ce moyen de comparaison. Il n'y avait donc rien de rigoureusement certain jusque-là dans le résultat de tant Ue recherches , et le temps seul pouvait

mettre fin à tant d'incertitudes : il ne refusa pas ce grand bienfait aux lettres et a l'histoire. 6" L'infortuné Belzoni découvrit à Philae un cippe portant une inscription grecque , et un petit obélisque portant aussi une inscription hiéroglyphique : on reconnut que le cippe et l'obélisque formaient un seul et même monument; ce point capital fut publiquement constaté r l'inscription grecque nommait aussi j un roi Ptolémée, une reine Cléopâtre, et l'on remarquait dans l'inscription hiéroglyphique , au lieu même où; ' devait se trouver le nom du roi Ptolémée , le même groupe encadré que r dans l'inscription de Rosette, on avait supposé être le mot Ptolémée: ce premier résultat tiré de l'inscription de Rosette était donc pleinement confirmé ; on avait donc avec certitude le nom du roi grec Ptolémée écrit en hiéroglyphes ; dès lors le groupe d'hiéroglyphes encadrés qui , sur l'obélisquey ^ suivait le nom de ce roi , ne pouvait ! être que le nom de la reine Cléopdtre, et \ le premier signe du mot Ptolémée, P, se trouva être en effet le cinquième de celui de Cléopâtre ; le deuxième de l'un, le T, le septième de l'autre; le quatrième du premier, le L, était bien le deuxième du second : le nombre des signes reconnus s'accrut donc de tous ceux qui composaient le nom de Cléopâtre , et on eut la moitié de l'alphabet. Et une fois que les groupes d'hiéroglyphes encadres , ou cartouches , eurent été reconnus pour des noms de rois et de reines ainsi distingués par l'étiquette, et ces cartouches étant nombreux sur les monuments , l'alphabet fut sans peine complété , et laclécouverte la plus désirée et la plus inespérée depuis la renaissance des lettres était enfin accomplie. Tel fut le résultat des recher- i j ches de Qiamgollipn le jeune; la suite j j de ses investigations analytiques et la persévérance qui les caractérisa ont fait le reste : les mystères de l'ancienne Egypte ont été ainsi dévoilés; les applaudissements du monde savant ont été la récompense d'un dévoûmeut qai ne se démentit pas un seul instant pendant vingt-cinq années, et une mort

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soudaine et prématurée en a consacré les immortels résultats.

Il nous resterait à exposer les principes généraux de la grammaire de cette écriture, si l'on peut ainsi parler, ou du moins à indiquer ici quelquesuns de ses procédés les plus singuliers, comme étant tout à fait étrangers à nos procédés graphiques si simples, si anaîoguesà nos habitudes socialesqui n'admettent que peu d'inscriptions sur nos monuments publics et qui les excluent de leur décoration ; mais cette Grammaire est déjà publiée , et il nous sera permis de nous borner à l'indiquer au lecteur.

Nous pourrions aussi considérer l'influence du procédé phonétique égyptien sur la création et l'introduction parmi les peuples de l'antiquité secondaire, de l'usage de l'alphabet pour leur écriture , et comment ces alphabets, tels que nous les connaissons, pourraient, d'après leur constitution particulière et différente, être classés généalogiquement, si on peut le dire, en alphabets de seconde et de troisième formation , et tous les alphabets de l'Europe ancienne et moderne sont de cette troisième classe; mais cet examen d'un intérêt général dans l'étude critique de la philosophie des langues et de l'écriture , ne se rattache pas assez {)articulièrement au sujet de notre Précis , et nous n'ajouterons plus que quelques mots sur l'antiquité de l'usage de l'écriture en Egypte.

L'antiquité grecque et romaine, Platon, Tacite, Pline, Plutarque, Diodore de Sicile et Varron font honneur à l'Egypte de l'invention de l'écriture alphabétique. La critique moderne a reconnu par l'étude des monuments, qu'aucun peuple de l'ancien monde ne pouvait à cet égard infirmer ce jugement consacré par l'autorité des siècles; l'examen des plus anciens alphabets connus prouverait peut-être aussi, quant à leur constitution même, l'imitation d'un type primitif qu'on n'a encore retrouvé que dans l'antique Egypte, et il y aurait là quelques données importantes pour l'histoire des origines de quelques peuples morts ou

vivants. On peut donc assurer que TEgypte arriva très-anciennement au complément réel de son système graphique , à l'alphabet. Mais les causes et l'époque de ce perfectionnement mémorable nous sont absolument inconnues : est-il le résultat des efforts de la philosophie égyptienne?... n'est-ce qu'une transmission faite à l'Egypte par un peuple qui l'aurait précédée danslesvoies delà civilisation?... L'esprit se confond dans l'examen de telles questions , où se manifestent une antiquité incontestablement supérieure à tous les temps historiques de l'Occident , et un perfectionnement de système graphique pour l'écriture, de système grammatical pour la langue, que les principes de l'idéologie moderne n'ont ni dépassé ni prévu. Résultat bien singulier de l'autorité des faits les plus avérés ! quand on construisit les pyramides de Memphis , aux anciens règnes des premières dynasties , l'usage de l'écriture était inconnu, on n'en trouve aucune trace sur les pyramides royales ;etauXXIIl'' siècle avant l'ère chrétienne , au temps de la XVr dynastie, le système graphique tout entier était employé pour orner les monuments publics contemporains, d'inscriptions historiques ou religieuses; et alors déjà le système graphique est le même que pour les siècles des Sésostris, des Ptolémées et des Césars, et le système grammatical du langage a les mêmes principes généraux qu'aux temps des ermites chrétiens de la Thébaïde. On sait donc tout sur la civilisation égyptienne, à l'exception de son origine et de ses commencements. La France n'a retrouvé dans les sables du désert que la magnificence des Pharaons , le temps lui a ravi leur berceau.

Un dernier mot sur l'écriture hiéroglyphique en démontrera toute la perfection , pour l'Egypte du moins , eu égard aux trois dialectes de sa langue : le même signe graphique exprimait le son du L et du R ; un autre signe, le son du P et du Ph ; un autre enfin, T et Th; l'inscription pouvait donc être également lue selon les di-

ÉGTPTl':

vers dialectes de la langue égyptienne, qui étaient précisément caractérisés par la permutation réciproque de ces mêmes lettres. Un phénomène d'une plus grande portée encore existe à regard de l'écriture chinoise; la même phrase est Ive par des peuples qui parlent des idiomes différents : c'est le propre de toute écriture idéographique ; l'idée est une, mais les mots qui l'expriment différent seion la nature des idiomes : le signe figuratif arôre donnera à tous l'idée d'un arbre; mais cette idée sera exprimée , et ce signe sera lu au moyen d'un mot qui différera dans chaque pays.

On a déjà vu sur là planche 22 l'alphabet égyptien tel qu'il fut découvert etpubliéau mois de septembre 1822, par Champollion le jeune ; il fut tiré spécialement des monuments de l'époque grecque et de l'époque romaine; appli-

3ué ensuite aux mscriptions du temps es pharaons, cet alphabet s'accrut d'un certain nombre des signes de même nature, et enlin il a été publié complet en 1836, dans la Grammaire égyptienne, des pages 35 à 46, et tel que l'a déterminé l'étude attentive des monuments de toutes les époques , soit en Égvpte même, soit dans les collections formées en Europe.

I^'otre planche 22 représente à la fois

cet alphabet en caractères hiéroglyphiques, tels qu'on les retrouve sur des monuments de tout ordre et dans la première partie de l'inscription de Rosette; et en caractères démotiques ou populaires , qui étaient employés dans les contrats civils, les lettres , les affaires domestiques , les actes administratifs d'un intérêt général , comme on en voit tant d'exemples dans les nombreux manuscrits sur papyrus recueilhs en Egypte , sur des stèles funéraires, des inscriptions vulgaires, enfin dans la partie intermédiaire de l'inscription de Rosette, et son tfxte grec nomme ce caractère enckorial ou du pays. Ces signes démotiques donnent aussi l'idée de la forme des signes Imratiqnes ou sacerdotaux , d'où les démotiques avaient tiré leur origine.

Enfin on voit par la colonne de gauche de notre planche, à quelle lettre de l'alphabet grec répond phonétiquement chaque sigue démotique et chaque signe hiéroglyphique; à la différence près des formes, ces signes s'employaient comme s'emploient les lettres de notre alphabet.

Pour ne rien laisser à désirer , nous citerons ici deux lignes d'une inscription en caractères hiéroglyphiques, d'une haute antiquité , et dont voici l'explication graphique et grammaticale.

Cette inscription doit être lue de droite à gauche; nous avons d^'à dit que toute inscription en caractères hiéroglyphiques se lit en commençint par le coté vers leauel regardent les têtes d'hommes ou d'animaux qui font partie de l'inscription.

Celle-ci se compose de huit groupes 15* Livraison. (Egypte.)

de signes séparés les uns des autires , et de quatre signes isolés qui sont quatre particules nécessaires pour la construction de la phrase.

Le premier groupe est composé <Je

deux signes; l'un est la figure même

du dieu Chons, reconnaissable à ses

insignes particuliers ; cette fi^^ure esî

IS

L'UNIVERS

le sujet de la proposition, et signifie : je y le dieu Chons; le signe au-dessus est phonétique, et se lit ti ou éiti, qui signifie donne , accorde.

Le deuxième groupe est également çhonétique , et se Wische-m (ou sche- /lem), qui signifie oWer.

Dans le troisième groupe le pronom est exprimé phonétiquement, et il est suivi de la figure d'un l-oi; ce groupe se lit pephhont^ sa majesté.

Le signe isole qui suit, le 4*, est la lettre L, article cm.

Legroupe d'après, n" 5, est terminé, à gauche, par deux signes qui avertissent que les quatre qui les précèdent forment le nom d'un pays : ces quatre signes sont en effet les lettres des sons lî, sch, t, n, et se lisent Baschten,

Le signe n° 6 est le même que le quatrième, et il a ici le sens du mot pour.

Le groupe suivant est phonétique, et se lit nohem, avec le sens de délivrer.

Le groupe n" 8, tout phonétique, se compose des lettres T. S.; la première est I article féminin, et la deuxième, le signe S , l'abréviation de Si, fils , et ici fille, comme l'exige l'article féminin.

Le signe suivant est la tettreN,qui se prononce an, et qui est notre article de dans la langue égyptienne.

L'homme debout avec une canne à la main est le signe figuratif de l'idée chef.

Le signe N est déjà expliqué, de; ainsi que le groupe final qui est le même que le cinquième de notre texte.

Cette inscription se lit donc mot à mot ; Je, dieu Chons, accorde aller Sa Majesté au pays de Baschtanpour délivrer la fille du chef du pays de Baschtan^c'est-h-û'irQ : « Je consens à ce que Sa Majesté (le roi d'Egypte) se rende dans le pays de Baschtan , pour déli,vrer (ou pour épouser) la fille du chef 'de lîaschtan, » et c'est le dieu ChOns qui parle ainsi dans le texte (ligne 15*) d'une stèle historique qui existe dans les ruines du sud-est de Karnak , à Thèbes , stèle copiée par Champollion le jeune , et dont la traduction existe dans ses notes.

Tel fut l'état de l'écriture sacrée en

Egypte pendant une longue succession de règnes et d'événements , qui n'apportèrent , dans cet État , aucune variation notable. Ce n'est pas cependant que l'Egypte ignOrSt l'existence des langues et des systèmes d'écriture particuliers à d'autres peuples , et qui différaient entièrement de ceux qu'elle avait adoptés : et quoiqu'il ne nous soit pas donné de connaître complètement les usages, en ces graves matières , des nations civilisées contemporaines de la haute splendeur de l'Egypte, quelques faits avérés suffisent toutefois pour nous démontrer ces différences. Le patriarche Joseph ne parla d'abord à ses frères que par le secours d'un interprète qui connaissait à la fois la langue de Jacob et celle des Égyptiens. La variété des écritures devait être connue aussi bien que la variété des idiomes; deux papyrus écrits en phénicien ont été trouvés parmi des papyrus égyptiens dans un tombeau de la Thébaïde ; et l'on n'a pas appris que les invasions éthiopiennes aient, à cet égard, rien introduit de nouveau en Egypte. Sous les Perses , l'écriture et la langue des monuments et celles des contrats particuliers furent les mêmes que du temps des pharaons ; les Perses y laissèrent cependant quelques traces d'écriture en caractères cunéiformes. Durant la domination des Grecs , les usages égyptiens ne subirent en ce point aucune modification , la langue égyptienne pour la population indigène , la langue grecque pour les Grecs ; l'écriture hiéroglyphique pour les monuments, récriture hiératique pour les choses sacrées ; la démotique pour les contrats, et pour ceux-ci une antigraphie ou seconde expédition en langue grecque ( la langue du gouvernement) , et avec ces deux circonstances assez remarquables, savoir : 1° que ces contrats étaient soumis au droit d'enregistrement , et que l'enregistrement était inscrit en langue grecque sur le contrat conçu en langue égyptienne; 2»

que, devant'les tribunaux, le contrat en langTie égyptienne avait seul' de l'authenticité, même à Tégard des nationaux grecs. On devine aisément corn*

EGYPTE

bien de tels usages durent contribuer a étendre réciproquement parmi les deux populations la connaissance simultanée des deux langues. Le décret connu sous le nom de pierre Rosette, fut à la fois rédigé en égyptien et en grec, et publié en écriture hiéroglyphique , en écriture démotique , et en écriture grecque.

Durant la domination romaine , les anciens usages égyptiens furent conservés ; la langue grecque continua d'être celle du gouvernement ; les inscriptions des monuments publics furent tracées en caractères hiéroglyphiques ; les contrats particuliers continuèrent d'être écrits en caractères démotiques, parmi les Égyptiens. 11 nous est parvenu de modestes stèles funéraires, où cette écriture populaire se retrouve encore ; et ces vieilles institutions de l'Egypte devaient durer jusqu'au temps marqué pour la fin des anciennes croyances dans l'ancien monde , et pour la substitution du christianisme à toutes les philosophies antérieures qui semblèrent se prêter , presque sans combat , à voir se résumer en une doctrine nouvelle et dominante, tout ce qu'il y avait eu en elles-mêmes de vrai , de bon et d'utile.

Cest en effet à l'établissement du christianisme parmi les Égyptiens , qu'on rapporte généralement la substitution de l'alphabet copte aux anciennes écritures égyptiennes : opération aussi simple dans son action, que profonde et efficace dans ses effets-, car la langue égyptienne , écrite jusque-là au moyen des caractères hiéroglyphiques , hiératiques ou démotiques", fort nombreux , et d'expressions diverses , soit figurative , soit idéographique ou alphal)étique , et représentant les uns les idées mêmes , les autres les mots signes des idées , ne fut plus écrite qu'avecune série de trente et un signes, d'une expression identique, tous représentant alphabétiquement les voix et les articulations propres a composer les syllabes et les mots de la langue parlée, et de ces trente et un signes , vingt-quatre sont ceux mêmes qui composent l'alphabet grec, et les sept autres

sont autant de signes de l'ancien alphabet démotique égyptien, introduits dans le nouveau' pour exprimer les sons propres à la langue égyptienne qui , inconnus dans la langue des Grecs , ne pouvaient pas se trouver dans leur alphabet. Tel est l'alphabet copte qui fut substitué aux anciennes écritures égyptiennes pour écrire la langue égyptienne, opération semblable à celle qui aurait aujourd'hui pour objet d'écrire la langue française avec les caractères grecs ou tous autres : ce seraient d'autres signes alphabétiques , mais ce serait toujours la même langue frs^pçaise.

L'époque et la cause de la substitution de ce nouvel alphabet à l'ancien , sont généralement rapportées, à l'introduction du christianisme en Egypte ; il serait plus exact de dire que ce fut à son influence, dès qu'il fut devenu dominant. C'est l'évangéliste saint Marc qui est considéré comme l'apôtre de l'Église d'Alexandrie, que saint Pierre aurait désigné à cet effet, et qui v serait mort vers le temps de Néron. Cette première époque du christianisme en Egypte fut sans influence sur les anciennes institutions nationales ; le temps seul pouvait les oblitérer insensiblement ; et nous trouvons , en effet , jusqu'en l'an 2J1 , les monuments publics ornés des tableaux et de l'écriture de l'ancienne religion. Les noms de Caracalla et de Géta sont inscrits sur ces tableaux.

A celte mên)e époque , un Démétrius, le onzième successeur de saint Marc,étaitpourvuderévêchéd'Alexandrie; vintensuiteDioclétien, qui traita les chrétiens de telle sorte, que l'ère de son règne fut pour eux l'ère des martyrs ; et ce n'est pas dans de telles circonstances que l'Église chrétienne pouvait être dans la nécessité de faire écrire sa liturgie dans une écriture plus cxpéditive que ne l'était l'écriture égyptierme démotique. C'est de cette même écriture que la généralité des savants pense que Ips soldats de Gordien se servirPiit dans l'inscription en plusieurs langues dont ils firent décorer le tombeau de cet empereur; cir-

L'UNIVERS

constance qui date aussi du troisième siècle, et qui , soit dit en. passant, indrine hautement Tôpinion des critiques qui , tels que Laoroze et le P. Georgi , font remonter -l'usage de l'alphabet coptejusqu'au r^ne du Pharaon Psainmetichus ; ou bien tels que le P. Bonjour, D. Montfaucon, Jablonski, Valperga et.Schow, oui le rapportent aux règnes d'Alexandre ou des Ptolémées, ou phis généralement à un temps antérieur à l'ère chrétienne, i^lais le docte Zoéga^ malgré tant d'autorités contraires, n'a pas liésité à déclarer que l'alphabet copte ne lui paraissait pasavoir été adopté, au plus tôt, avant le troisième siècle de Vête chrétienne. Ajoutons que, dans l'ile de Philx, on adorait encore Isis et Osiris dans la seconde moitié du sixième siècle chrétien. Enfm , il reste assez d'incertitudes , dans l'esprit des meilleurs critiques , sur l'époque de la version copte de TAnoien et du Nouveau Testament, pour qu'on ne puisse tirer, de ces opinions diverses , aucune donnée précise, et utile à la question présente. Le savant Michaëlis a résumé toutes ces opinions, dont les unes tendent à démontrer des rapports patents entre la version copte et la version latine, et dont les autres la trouvent plus conforme au grec des Septante ; et il existe peu de manuscrits coptes de ces textes sacrés, dan s les divers dialectes coptes , qui paraissent antérieurs ;iu septième siècle: les plus anciens sont écrits sur papyrus; les autres sur peau de gazelle, sur vélin , ou sur papier. On connaît aussi en langue et en caractères coptes, et des inscriptions funéraires, et un assez grand nombre de lettres missives écrites sur des fragments de poterie recueillis dans les ruines des anciennes villes égyptiennes ; mais bien peu de ces débris iwrlent des dates; et la plus ancienne qu'on y ait retrouvée jusqu'ici est de l'an 944 de l'ère chrétienne. Il est remarquable toutefois que cette inscription copte chrétienne porte une double date , dont l'une est tirée de l'ère de i^ioclétien ou des martyrs , et l'autre de l'ère de Mahomet ou del^hégire,

( l'an de Diodélieii 662 , et du Sarra' sinZZA); il est vrai aussi qu'à l'époque de cette inscription , déposée sur la tombe d'une clirétienne, les Arabes gouvernaient l'Egypte depuis trois siècles révolus. Les Coptes conservèrent leur alphabet longtemps encore après , comme le prouvent des manuscrits coptes qui ne sont pas antérieurs au seizième siècle de notre ère , époque qui fut , comme nous l'avons déjà dit , celle où la littérature copte jeta ses dernières lueurs, et qui vit finir, sans espoir de retour, la langue et tous les systèmes d'écriture successivement usités en Egypte, dont nous avons essayé de donner ici une idée sans doute trop sommaire ; mais nous avions aussi quelques mots à dire sur d'autres institutions de l'Egypte des pharaons.

S XVm. SYSTÈRiE NUMÉRIQUE. SYSTÈME MÉ- TRIQUE. MONNAIE. tALENUniEU.

Ce que nous avons appris par les monuments , au sujet du système numérique des anciens Égyptiens , nous prouve que leur arithmétique n'était pas plus perfectionnée que celle des Grecs; ils ignorèrent l'admirable fonction du zéro, et pour les signeschiffres , la valeur de position : ingénieux et féconds procédés au moyen desquels, avec neuf chiffres dont lu valeur augmente en progression dé-" cuple à mesure qu'on les avance vers la gauche , nous pouvons , dans le système moderne venu des Indiens par les Arabes, exprimer commodément les nombres les plus considérables.

Il ne nous est parvenu aucune notion écrite sur l'arithmétique des Égyptiens; les signes de nombre une fois reconnus, on a recueilli tout ce qu'on a trouvé écrit en chiffres sur les monuments, et on en a tiré des données nécessairement incomplètes, en ce sens qu'on ne doit pas croire que les Égyptiens ignorèrent une partie quelconque de la science des nombres, parce qu'on n'en trouve pas d'application'sur leurs monuments. On sait en combien de circonstances la connaissance de la géométrie était nécessaire à leur ci-

KGYPTE.

vilisation; on voit aussi leurs monuments exactement orientés , et sur les magnifiques créations de leur architecture , tous les secours qu'ils surent tirer de cette science : on ne peut donc leur refuser d'avoir possédé des règles dont il nous reste de si nombreuses applications. Voici , dans leurs limites réelles, les résultats tirés de Fétude des monuments , et un résumé de ce qui se trouve plus au long exposé dans le IX' chapitre de la Grammaire égyptienne de mon frère, sur les mots et les signes qui ont servi à la numération chez les Égyptiens.

Remarquons d'abord , à ce sujet , que les nations modernes sont tom- Jjées dès longtemps dans une contradiction manifeste : le système graphique de tous les mots de leur langue est alphabétic|ue , et les signes des mots de la numération sont entièrement idéographiques ; ces signes étaient aussi idéographiques chez les Égyptiens, Oiais du moins ils se trouvaient en cela dans une parfaite analogie avec leur écriture nationale.

Les numératifs ou noms de nombre se divisaient aussi en ordinaux et cardinaux ; ceux-ci exprimant la quantité des objets, et ceux-là déterminant leur ordre relatif.

Chacune des trois subdivisions du système général d'écriture avait aussi §a série de signes de nombre.

L'écriture hiéroglyphique avait un signe particulier pour chacun des nombres un , dix , cent , mille , et dix mille ; ils étaient écrits autant de fois que l'exigeait la somme à exprimer; on Ugurait jusqu'à neuf fois le signe de 1,'unité pour exprimer l'idée 9; neuf fois le signe de la dizaine pour exprimer 90 ; neuf fois le signe cent pour figurer le nombre 900 , et ainsi de suite pour les autres chiffres (voyez notre planche 66, n° A).

L'écritu rehiératique procédait d'une autre manière ; elle avait un signe particulier pour chacun des nombres un, deux, trois, quatre, et neuf; au contraire, les nombres 5,6, 7 et 8, s'exprimaient au moven des chiffres coml'iiics 3 et 1'. 3 et 3 3 et 4, -1 et 4:

le signe dix était cualemcnt spécial , et il était ensuite modifié par l'adjonction des chiffres des unités pour former des caractères qui offraient l'expression des idées deux fois dix , trois fois dix , quatre fois dix , etc. ; un signe particulier signifiait cent ; et , par une combinaison très - analogue à celle des dizaines , ce même sii^ne exprimait les nombres 200 , 300 , etc. , jusqu'à 900 ; le signe spécial du nombre mille était soumis à la même règle, et figurait sans équivoque les multiples de mille par les neuf premières unités ; ensuite un signe particulier disait dix mille, et , en le répétant neuf fois , on arrivait à exprimer l'idée 90 mille ; enfin , pour les quantités supérieures , on les exprimait facilement par une combinaison systématique des signes des centaines et des mille avec celui de la myriade, et ces chiffres combinés se lisaient : cent fois mille ou cent mille, cent fois dix mille ou un million , cent fois vingt mille ou deux millions, etc.

Dans l'écriture démotique, ou populaire , le système de numération était le même que pour l'écriture hiératique , et les signes-chiffres presque semblables aussi. Ces chiffres étaient employés à la numération de toutes sortes d'objets, à l'exception formelle des dates pour les quantièmes du mois.

Il est digne de remarque, en effet, que ce quantième fut exprimé par des cliiffres particulfers potu" les nombres un , deux , trois et quatre ; et pour les nombres 5 , 6 , 7 et 8 , on s'attacha à reproduire, par la combinaison de ces cliiffres, les groupes hiéroglyphiques qui représentaient ces mêmes iiomiires. Le signe du nombre 9 était également spécial. Enfin , pour les dates composées de dizaines et d'unités, les signes 20 et 30 avaient aussi une forme particulière, et leur tracé était un groupe qui se décomposait en 10, 3 et 2, pour dire 15; en 20, 3 et 3 pour dire 26, et ainsi de suite jusqu'à 30 figuré par un chiffre spécial (voyez la même planche 68, n» B).

Les contrats , les manuscrits , et notamment les registres de comptabilité des tcmjilrs , ont fourni les cléments

L'UNIVERS

de ces notions sur le système numérique des Éfiyptiens ; on y trouve aussi des exemples nombreux de l'emploi de ces chiffres dans des sommes exprimées par les unités, les dizaines, les centaines, les mille et les myriades.

C'est l'épreuve certaine des théories qui viennent d'être exposées.

Quant aux numératifs ordinaux, ils «étaient écrits au moyen des signes des nombres cardinaux, qui étaient précédés d'un caractère complexe placé audessus de ce signe cardinal. Il en était de même pour exprimer les nombres fractionnaires , et on a aussi des exemples d'additions composées à la fois de nombres entiers et de fractions. On ne connaît pas d'exemple écrit des autres parties de l'arithmétique, telles que la soustraction , la division , la multiplication , etc. ; on ne connaît pas non plus de signe pour exprimer directement un nombre supérieur à la myriade ; mais on ne doit pas prendre les limites de nos recherches pour les limites de la science des Égyptiens dans l'arithmétique : d'autres monuments peuvent nous en enseigner davantage. Concluons , toutefois , de tout ce qui vient d'être exposé, que le système numérique des Égyptiens avait des rapports intimes avec celui que les Grecs adoptèrent ensuite, et que les théories durent être appliquées par des procédés analogues.

L'intérêt réel , historique , archéologique des notions qui précèdent , se réalise essentiellement dans leur application à la recherche des dates qui se trouvent très-fréquemment sur les monuments égyptiens : chaque date est un fait de ^ande considération , et très-fécond en résultats utiles à la certitude historique; nous avons tâché de réunir sur nos deux planches numérotées 63 et 66, les moyens et les exemples les plus propres à les faire reconnaître, et aies traduire exactement en supputations modernes.

Système métrique. On est porté à croire, d'après l'autorité que quelques savants modernes ont imprimée à leur opinion , que longtemps avant le siècle d'Alexandre quelques peuples de l'an-

tiquité firent avec succès des observations astronomiques, les employèrent dans la description de la terre, et déterminèrent avec exactitude la situation de quelques points principaux du globe. Les résultats de leurs observations furent exprimés en mesures authentiques : il faut donc supposer qu'alors déjà ces mesures étaient systématiquement déterminées , et furent des divisions astronomiques du degré terrestre. Les mêmes mesures eurent des rapports précis avec les divisions du temps ; et si on a entrevu dans les rapports comparés de l'antique littérature , une division commune du ciel , de la terre , de l'année et du jour en 720 parties , d'après d'autres aperçus l'unité aurait été divisée d'abord en trois grandes parties , puis en douze , en trente-six, et finalement en trois cent soixante. Ce qu'il y a de certain , c'est l'association nabituelle de trois divinités dans le même culte , dans le même temple; l'union religieuse des trinités locales , assimilation régulière à la trinité primitive ; enfin la division de l'année civile en trois saisons , comme l'année agricole et l'état de la surface du sol qui changeait sensiblement d'aspect tous les quatre mois.

On a remarqué avec toute raison qu'un goût naturel, que l'état constamment normal du gouvernement et des lois, fortifié par sa régularité même , jiortait les Égyptiens vers la stricte pratique des choses exactes ; qu'ils attribuèrent à Thôth , le plus savant des dieux, l'invention des poids et des mesures ; et que le mesurage des accroissements périodiques du Nil , et la reconnaissance des limites des terres ammellement confondues par l'inondation , avaient rendu nécessaires la connaissance et l'emploi de ces mesures dès les premières idées de la propriété , dès les premiers labours donnés au sol de l'Egypte ; et , comme toutes ses autres institutions , le temps et le progrès naturel des sciences durent perfectionner aussi son système métrique.

Il comprenait à la fois les mesures itinéraires ou de longueur; celles de superficie , ou agraires , divisées ou

EGYPTE. 2S1

multipliées selon que l'usage l'avait successivement exigé , et toujours respectivement à un étalon primitif, dont l'origine était rattachée à une çr^ande opération astronomique ou geodésique, d'où le degré avait été déduit.

C'est à ce degré que l'on rapportait en effet les schœnes , les milles , les stades , les aroures , les plèthres , les caanes, les oryges , les pas , les pieds , et les coudées, types divers et d'inégales dimensions, nous a-t-on dit, qui composaient ce système. Mais il faut reconnaître qu'on n'a trouvé que dans la littératirre occidentale ces noms , ces mots , et les acceptions qui leur ont été attribuées ; il serait difficile de les ramener tous à des origines égyptiennes ; et , afin de ne pas nous détourner du plan de notre travail et de la considération des monuments originaux , c'est de la coudée , principale mesure égyptienne, comme étant la plus usuelle, que nous parlerons ici particulièrement. Comme à l'égard de toutes les autres mesures égyptiennes , il existe une foule de passages sur la coudée, sa longueur et ses divisions, ces passages ont été diversement expliques, et peut-être un peu trop au gré des divers systèmes généraux sur les mesures égyptiennes, nouvellement publiés avec une égale niasse d'érudition , avec un semblable dévouement à la reclierche naïve de la vérité. 11 nous est parvenu des couùées égyptiennes intactes, originales, en bois ou en pierre , divisées , graduées , signées , authentiques : un seul de ces monuments nous en dit plus que tous les passages des anciens ensemble ; et Jes iiûtiuiis que nous allons en déduire seront à la fois certaines et complètes.

Les écrivains de l'antiquité paraissent avoir établi une différence entre la coudée qu'ils qualifient de royale, et d'autres mesures auxquelles ils donnent aussi le nom de coudée ; mais , en général , ils s'accordent à dire que la coudée royale était divisée en six palmes, et chaque palme en quatre dovjtJi. Cette coudée se composait donc de vingt-(j'iatrc doigts. Il nous en est

parvenu plusieurs d'originales de cette même dimension ; et l'examen attentif qui en a été fait, leur assigne pour longueur exacte 444 millimètres , don( le palme était la sixième partie , et le doigt la vingt-quatrième. Il y a aussi des coudées de sept palmes, qui sont ainsi plus longues d'un sixième que celle qui vient d'être indiquée.

On trouvera, sur notre planclie 65 au n" I , la figure d'une portion de la coudée, contenant exactement les neuf premiers doigts , formant les deux premiers palmes , plus un doigt. On reconnaît facilement que la forme de la coudée était parfaitement appropriée à son usage. Celle que nous reproduisons est en bois dur, dit de Méroé. C'est comme une règle ayant deux millimètres d'épaisseur et le double de largeur , et dont la partie supérieure est divisée en deux parties , l'une des. deux étant coupée en biseau , mais chacune des deux portant une inscription hiéroglyphique, où se trouvent parfois des noms et des dates.

L'aspect général de la coudée nous montre cette règle divisée en parties égales, qui sont les vingt -quatre ou les vingt-huit doigts, et en trois bandes longitudinales. Aux cases qui correspondent aux quinzepremiers doigts, en allant de gauche à droite , et dans la bande la plus éloignée , on a inscrit la figure ou le nom des quinze divinités auxquelles chacune de ces divisions était consacrée; la première est le soleil , et la dernière ïhôth. Dans la bande intermédiaire, on a écrit les principales divisions de la coudée; les premiers signes , en allant de gauche a droite , sont les lettres S T N {souten, roi, royal); le signe suivant, un bras plié jusqu'au coude , est le signe figuratif de la coudée elle - même ; de sorte que ce groupe doit se lire coudée royale. D'autres groupes indiquent les subdivisions de la coudée, et successivement un doigt, deux doigts, trois doigts , quatre doigts ou le palme ; ensuite le pied, etc. Enfin, on trouve dans la troisième bande , les doigts et leurs subdivisions en fractions de âoigt; le premier, à gauclie, est divisé en

L UNIVERS

tiloitié de doigt , et le signe qui est au-dessus est un M , lettre initiale du mot wr7i, qui signifie moitié. Les autres divisions croissent successivement du tiers au seizième de doigt, et le signe qui surmonte ces chiffres est un R, initiale de re, monosyllabe qui fait passer le nombre que ce signe ou que ce mot précède , à l'état de dénominateur d'une fraction.

Voilà les traits principaux à observer dans une coudée. On en voit dans les musées de Paris , de Turin, et aill'îurs ; elles sont uniformément construites , soit qu'elles soient de bois , et ♦ipaisses comnfie celle dont nous venons de parler , soit qu'elles soient en matières calcaires , et, dans ce cas, quatre fois plus larges qu'elles ne sont épaisses. Sur toutes celles qui nous sont parvenues, et qui toutes ont été recueillies dans des tombeaux , on voit des inscriptions funéraires sur le côté opposé à celui qui porte les divisions métriques, quelquefois aussi sur les tranches; et une de ces inscriptions offre le nom du roi Horus, de la dixhuitième dynastie , ce qui prouve que cette mesure était en usage plus de 1600 ans avant l'ère chrétienne.

Toutes ces notions nous amènent à reconnaître , d'après les recherches les plus récentes, que la coudée égyptienne de six palmes était égale à 444 de nos millimètres ; sur cet étalon trèsauthentique , on peut se procurer des données qui ne le seront pas moins sur les autres mesures égyptiennes qui n'étaient que des multiples ou des tractions de cette même coudée.

Quant aux poids en usage en Egypte , la seule notion certaine que nous puissions en donner ici, est tirée d'un poids antique, en basalte vert, dont la figure , de la grandeur de la moitié lie l'original , se trouve sous le n" 8, de notre planche 65 ; ce poids , très-régulièrement taillé, pèse exactement G2 gram. i; on voit qu'il est marqué du nombre cinq; il représente donc cinq fois une unité, qui était réglée à V2 gnm. ~ , et qui devait aussi avoir de ne inbreux multiples : dans uu État riche et puissant comme Pétait l'Egypte, où les

prodiictions les plus précieuses étaient .ibondantes , otj le commerce de tout l'Orient était centralisé, les unités de compte devaient être fortes, le système numérique et le système métrique devaient être capables de représenter de très-grandes quantités : les pays pauvres et les petits États ne peuvent pas même avoir l'idée des myriades de myriades ; ils ont des petits poids et des petites monnaies.

A l'égard de la OT<wi«a«e, nous avons déjà dit que l'Egypte n'eut pas l'idée d'un système monétaire légal , ni peutêtie même le besoin; et il en sera ainsi pour toute nation qui , ne faisant de commerce qu'avec elle-même, ou bien avec des alliés dont les intérêts ne seront pas différents des siens , n'éprouvera pas la nécessité d'un signe d'échange généralement reconnu comme ayant la valeur intrinsèque à lui assignée par l'autorité qui le met en circulation. Il lui suffft, en réalité , d'un signe d'échange dont la valeur arbitraire ne sera contestée par aucun des individus auxquels ce signe sera présenté pour cette valeur. Les billets de banque donnent l'idée de ce signe monétaire conventionnel; et il n'y a peut-être pas de matière dont la minime valeur soit plus au-dessous de la somme que représent* chacun de ces billets , frêle morceau de papier , qui ne vaudrait pas matériellement un centime , si les lettres historiées dont il est orné cessaient d'être l'expression d'un engagement public, hypothégué sur des tonnes d'or existantes réellement dans un dépôt inviolable. Dès que, en Egypte, l'état de la société eut fait succéder aux échanges de gré à gré, la vente et l'achat de toutes sortes de choses vénales , par le moyen d'une sorte particulière de ces marchandises, sorte utile et nécessaire à tous , au gouvernement comme aux citoyens , dont la valeur invariable n'était contestée par personne, avec laquelle on se procurait de suite tout ce qui était nécessaire à la vie, et qu'en conséquence tous voulaient acheter au moyen des produits soit de la terre , soit des arts , il y eut alors en Egypte

EG YPTK.

uuD monnaie légale. Toutefois elle ne consista qu'en une monnaie de convention, nécessaire au petit commerce ; on croit qu'une classe de ces nombreux produits de l'industrie égyptienne , qu'on appelle scarabées, parce qu'ils ont la forme de cet animal , et sur lesquels on lit les noms des Pharaons , servit , à cet effet , de petite monnaie. Mais , pour les transactions considérables, on se servait d'anneaux d'or pur, d'un poids et d'un diamètre déterminés; on se servait aussi d'anneaux d'argent à un titre et à un poids égalen)ent réglés par l'autorité publique : on n'a rien découvert en Egypte qui donnât l'idée des monnaies en uss^e chez d'autres nations de l'antiquiié", ou chez les peuples modernes.

Tel fut , à cet égard , l'état de l'Ésypte tant que durèrent ses institutions nationales. Conq use par les Perses , Darius , fils d'Hystaspe , y mit en circulation des monnaies de l'or le plus pur, et elles y eurent cours légal, ainsi flue dans les autres parties de l'empire •les Perses; on les appelait dariques, Ju nom du roi qui les avait fait frap- ,)er. A son exemple , Aryandès, gouverneur de l'Egypte , lit âes monnaies d'argent qu'on appela aryandiques; et, pour ce fait, accusé d'usurpation des droits royaux , il fut mis à mort. La monnaie d'Alexandre succéda à celle des rois persans ; celles des villes et des rois de la Grèce , de l'Italie et de la Sicile, ne durent pas y être inconnues; les Ptolémées frappèrent des monnaies particulieresàl'Égypte, mais ils ne s'écartèrent pas du système monétaire des rois grecs et de ceux de Syrie. Il nous est parvenu des pièces frappées à l'effigie des rois et des reines de la famille des Ptolémées , en or, en argent et en bronze , et de plusieurs dimensions. Celles des premiers successeurs d'Alexandre sont remarquables [)ar la pureté du métal et la perfection de l'art : pour les dernières pièces de cette race, le métal et l'art sont tous deux de mauvais aloi ; elles portent l'effigie du prince , et au revers nne date tirée de l'année de son règne ;

ces revers ne sont point diversifies , et, sans ces dates , ils seraient inutile* à l'histoire.

La domination romaine en Egypte , y introduisit le système monétaire romain ; la langue grecque y fut conservée pour les légendes. On frappa, en Egypte , la monnaie romaine égyptienne , à l'effigie de l'empereur , comme dans le reste de l'empire, mais avec des dates et des revers tirés des coutumes égyptiennes; et on ajouta , à la série des inonnaies générales de l'Egypte , une série de pièces frappées pour chacun de ses nomes ou provinces. Sous Tibère et sous Néron , on commença d'abaisser le titre des monnaies d'argent ; sous Antonin , ce titre s'altéra de plus en plus ; sous Marc-Aurèle et sous Commode , l'alliage fut encore plus fort ; on n'employa bientôt plus que le potin, ou argent à très-bas titre; enfin, les monnaies de cuivre prirent insensiblement le dessus à mesure gue la décadence de l'empire s'accroissait; et l'on n'en connaît pas d'un autre, métal depuis Aurélien jusqu'à Dioclétien. Ce dernier empereur ajouta à ses autres actes de rigueur envers l Egypte, la suppression de son atelier monétaire : on y frappa cependant encore quelques monnaies semblables à celles du reste de l'empire; mais la légende était latine, et, en ce point encore, la nationalité de j'Egypte fut abolie à la fin du troisième siècle de l'ère chrétienne. Les Romains n'y firent point frapper de monnaie d.'or ; la collection des pièces en argent , en potin ou en bronze , est fort nombreuse; et la variété des dates et des revers les rend trèsutiles pour les recherches historiques.

Depuis les Romains, l'Egypte a connu toute sorte de monnaies , parce qu'elle a connu toute sorte de maîtres. Ses monnaies nationales, en métaux divers, remontent au grand Alexandre, et finissent avec Dioclétien : on dit que la belle reine de Palmyre, Zénobie, s'attribua momentanément, en Egypte , le partage de l'autorité impériale monétaire.

L'UNIVERS

(Juant au calendrier y on sait, d'après son usage même dans les sociétés modernes, [«r quelle importance et quelle utilité est caractérisé ce simple tableau de la division légale du temps pour les usages civils. On pensa à un calendrier en Egypte , dès qu'on y pensa à quelque civilisation ; mais il ne reste point de traces authentiques de son institution première. Il est vraisemblable qu'elle manqua d'une base certaine, puisque l'exactitudedu calendrier dé|)end de la certitude avec laquelle on (!st parvenu, par des procédés très-compliqués, à déterminer la longueur réelle de l'année solaire, dont le calendrier ne doit représenter qu'une division exacte en parties ou périodes d'une durée également fixe. Il ne nous est parvenu sur l'Egypte qu'une vague notion sur une année civile de 360 jours seulement , et sur une addition de cin(^ jours complémentaires, qui aurait été faite à ce premier nombre dès les plus anciens temps de l'histoire de l'Egypte; de sorte que l'usage d'une année de 365 jours est attribué à ce pays dès la plus haute antiquité.

Cette année était divisée en 12 mois de 30 jours chacun , suivis de 5 jours complémentaires ou épagomènes ;nm?, cette période de 335 jours était réellement pins courte que la durée de l'année solaire, à peu près d'un quart de jour. Il en résultait que cette période rétrogradait sur la révolution solaire à peu près d'un jour tous les 4 ans , d'un mois tous les 120 ans, et d'une année de 365 jours tous les 1460 ans.

Une telle institution aurait donc été erronée dans* ses éléments, et il en aurait pu résulter de graves perturbations dans les affaires générales , les pratiques du culte et les usages publics. De plus, elle ferait supposer que les Égyptiens furent peu avancés dans la physique générale , et ne possédèrent pas les pratiques fondamentales de l'étude du ciel, et la plus nécessaire aux intérêts d'une nation civilisée.

Mais l'antiquité classique a de quoi nous rassurer sur ce point. Strabon disait que les prêtres de Thèbes passaient pour être très-versés dans l'as-

tronomie et dans la plxilosophie. C'est d'eux , ajoutait-il , que vient l'usage de régler le temps, non d'après la révolution de la lune , mais d'après celle du soleil; ils ajoutent aux 12 mois de 30 jours chacun , cinq jours tous les ans; et comme il reste encore, pour compléter la durée de l'année , une certaine portion de jour , ils en forment une période composée d'un nombre rond de jours et d'années suffisants pour que les parties excédantes étant ajoutées, soient absorbées en un jour entier. Le même écrivain rapporte aussi que Platon et Eudoxe passèrent plusieurs années à Héliopolis dans le commerce des prêtres de cette ville, qui s'adonnaient particulièrement à l'étude de la philosophie et de l'astronomie ; que ces deux voyageurs grecs obtinrent de ces prêtres, fort peu communicatifs d'ailleurs , la connaissance de quelques théorèmes; mais que ces prêtres laissèrent ignorer à Platon et à Eudoxe, qu'ils ajoutaient aux 365 jours de l'année la portion du jour et de la nuit nécessaire pour la compléter, et que c'est par suite de cette réserve que les Grecs ignorèrent cette intercalation, jusqu'à ce que les astronomes plus modernes la connussent au moyen des traductions en langue grecque des livres égyptiens , où l'on puisait encore du temps de Strabon , ainsi que dans les écrits des Chal-

On voit donc par ces témoignages formels , et malgré le silence d'Hipparque, d'Éralosthènes et de Ptolémée, au sujet des secours qu'ils ont trouvés dans les écrits des Égyptiens , que les prêtres astronomes d'Héliopolis et de Thèbes connaissaient la véritable longeur de l'année solaire de 365 jours et un peu moins d'un quart de jour; et sur d'autres témoignages non moins irrécusables, que le calendrier, tel qu'il fut institué en Egypte, et tel qu'il y fut en usage pendant une longue série de siècles , ne donnait à l'année civile que 365 jours juste , san»

aucune intercalation.

Toutefois il n'y a pas lieu ici d'accuser l'Egypte d'ignorance; les tradition»

EGYPTE

historiques, au contraire, nous portent à croire que les Égyptiens firent réellement connaître a la Grèce le quart de jour qui complète à peu près la révolution annuelle du soleil , quoiqu'ils n'en tinssent pas compte dans leur calendrier civil. On sait qu'il y avait en Egypte des collèges de prêtres spécialement attachés a l'étude des astres , et que Pythagore et les philosophes des générations suivantes étaient allés s'instruire parmi eux. Les "écrivains grecs attestent que ces prêtres observaient régulièrement les solstices, dont la connaissance leur indiquait assez exactement le commencement de la crue du Nil. Hérodote n'hésite pas à assurer quMls savaient très-bien que la durée de leur année civile était plus courte que celle de l'année solaire , et qu'après un certain nombre de révolutions , ces deux années inégales recommençaient le même jour.

Nous devons donc nous représenter les sages de l'Egypte comme ayant des notions exactes sur la durée de l'année solaire, et néanmoins comme ne l'ayant pas introduite dans l'institution du calendrier civil en usage dans l'empire égyptien ; ce calendrier sciemment irrégulier ne comptait que 365 jours coniplets , et rétrogradait ainsi presque d'un quart de jour chaque année sur la révolution solaire.

Ce fut ce calendrier qui fut seul en usage dans toute l'Egypte, dès les plus anciens temps auxquels ses annales peuvent remonter, et malgré les vicissitudes qui troublèrent à diverses époques l'ordre établi et les coutumes nationales de l'Egypte. L'usage de ce calendrier fut du nombre des institutions publiques que la politique d'Alexandre ordonna de respecter; la puissance romaine se contenta de le modifier, mais en même temps elle l'adopta dans tous les actes de son administration qui intéressaient spécialement l'Egypte.

Ce calendrier de 365 jours ne représentait qu'une année vague, et elle était ainsi appelée, parce qu'elle rétrogradait à chaque période sur la marche du soleil. Les mois qui composaient cette

année se nommèrent : r% Tboth; 2, Paôphi ; 3, Athyr ; 4, Choïak ; 5, Tybi ; 6,Méchir; 7, Phaménoth; 8, Pliarmouthi; 9, Pachôm; 10, Payni ; 11, Epiphi ; 12, Mésori; et ils étalent suivis des cinq jours célestes , ou jours épagomènes , désignés seulement par leur ordre numérique 1", 2", 3*, 4" et 5=.

Nous avons reproduit sur notre planche 66 , n" C , la série des signes au moyen desquels ces noms ' des mois sont exprimés dans les inscriptions hiéroglyphiques. On doit remarquer d'abord que ces 12 noms se divisent en trois séries dont chacune est caractérisée par un signe particulier, surmonté de la figure du croissant de la lune renversé, et tracé 1, 2, 3 ou 4 fois. Ces trois séries qui représentent les 12 mois , nous prouvent que l'année égyptienne était partagée en trois saisons seulement, et ces trois signes de série indiquent en effet, le premier, la saison des plantes ou de la végétation ; le second , la saison des récoltes ; et le troisième , la saison de Vinondation. Un croissant au-dessus du premier signe dénote le premier mois de la saison de la végétation , ou le mois de thoth; un croissant suivi du siçne du nombre 4 , désigne le quatrième mois de la même saison, ou le mois de choïak, et il en est ainsi des trois saisons et des douze mois. Les jours épagomènes sont aussi indiqués par un groupe dans lequel entrent les idées ciel et soleil, et les nombres 1, 2, 3, 4, 5 exprimés par autant de chiffres déterminés , donnent aussi le quantième de chacun de ces jours.

Telle fut la notation graphique des noms des mois et des jours complémentaires du calendrier égyptien , découverte par ChampoUion le jeune qui la rendit publique en 1828.

Ce n'est pas ici le lieu de remonter à l'origine de cette division de l'année égyptienne en trois parties seulement , de 120 jours chacune; mais on ne peut omettre de faire remarquer que la périodicité du débordement annuel du Nil, et sa dmcc , partagent de la mém«

L'UNIVERS

manière l'année agricole. Au solstice d'été, le fleuve se gonfle, croît successivement, se déborde, s'abaisse ensuite, et se retire; on sème en octobre , et la germination s'opère ainsi 120 jours après le solstice ; c'est la durée de la saison de Vinondation. Après le même espace donné à la saison de la végétation , la récolte commence en mars, et une autre période de 120 jours ramène l'année au solstice où elle a commencé. La religion avait aussi consacré le calendrier civil ; les noms des mois étaient ceux de douze divinités ; chaque jour et chaque partie de jour étaient également mis sous une protection spéciale. C'est aussi par l'influence de ces mêmes idées que l'on explique le long usage d'un calendrier civil aussi imparfait ; et un auteur ancien affirme que l'usage de cette année vague fut religieusement conservé par les Égyptiens, vu que, par l'efi'et de la rétrogradation annuelle , le commencement de l'année arrivant un jour plus tard tous les quatre ans , ce commencement se trouvait ainsi, dans une série connue d'années, tomber dans toutes les saisons ; toutes les fêtes religieuses attachées aux divers jours de l'année mobile y tombaient aussi successivement, et' les sanctifiaient tous. Il paraît , enfin , que le collège des prêtres persista invariablement dans l'usage de cette espèce d'année , puisqu'il obligeait chaque roi, à son avènement, à s engager, par un serment solennel, de maintenir l'année ainsi fixée, et de ne jamais y intercaler ni de Jour, ni de mois; en un mot, de la maintenir telle qu'elle avait été réglée j)ar les anciens.

La rétrogradation de l'année civile ou vague sur l'année solaire, a donné naissance à une période très-connue, lies astronomes et des chronologistes , sous le nom de période soihique, ou cynique, ou de 1460 ans ; et ces noms sont tirés de ceux de l'étoile de Sirius , qui est la principale de la constellation du cMen (cynox), qu'on a nommée aussi sotliis, et qui était, pour les Égyptiens , VétoUe d Isis.

Or, pendant plus de trois mille ans

avant l'ère chrétienne, et quelques siècles après, cette belle étoile s'est levée le même jour fixe, en Egypte (parallèle moyen) , un peu avant le soleil (lever héliaque), et ce jour a été le 20 juillet de notre calendrier julien ; et , s'il est vrai , d'après certaines traditions , que les Égyptiens considérèrent ce lever héliaque de l'étoile Sirius comme ayant présidé à l'origine du monde , et comme servant de signe dominateur dans l'organisation astrologique de l'univers , ils durent naturellement donner à ses phases une singulière attention. Mais , ce qui est plus certain encore , c'est que l'apparia tion matinale de cette étoile d'Isis , un peu avant le soleil , était religieusement liée, en Egypte , avec le jjremieç jour du mois de tnoth , qui était aussi le premier jour de l'année ; et Champollion le jeune a recueilli de cette importante liaison , du lever de Sirius et du commencement de l'année , des témoignages que nous rapportons ici textuellement.

« Je l'ai observée, dit-il, dans le tableau astronomique sculpté au plafond de la salle du Rhamesséum (àXhèbes), appelée le Promenoir, et qui date de la dix-huitième dynastie. Là , Sirius, ou Sothis, est désigné au-dessus du mois dethoth, sous la forme d'une femme coiffée de longues plumes, et portant le nom d'Isis -Thoth, accompagné, comme déterminatif, d'une étoile scuipr tée; c'est le nom égyptien de Sirius dans tous les monuments. Au plafond du tombeau de MénephthaP', plus ancien encore que le Rhamesséum , quoiquepareillement de ladix-huitième dynastie, la déesse Thoth porte en même temps le nom d'étoile dlsis^ que toute l'antiquité nous atteste avoir été la désignation de Sirius chez les Égyptiens. Une autre preuve de cette relation se trouve encore dans la présence du même nom de Thoth, accompagné i d'une étoile, au-dessus de la vache couchée dans une barque avec une i grande étoile entre les cornes , qui se voit dans les tableaux astronomiques d'Ombos, de Dendérah et d'Esneh.

Sur le zodiaque rectangulaire de Den-»

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dérah, la déesse qui est figurée en pied est appelée Isis-Thoth; la vache couchée est désignée par le même nom écrit à côté d'elk , et sur le zodiaque du petit temple au nord d'Esneh , la déesse et la vache avec le nom de Thoth , ■e trouvent ensemble dans un même bateau. Il n'est pas un monument astronomique égyptien qui ne confirme cette relation de l'étoile Isis avec le premier mois de l'année. »

Ce lever héliaque de Sirius , Sothis ou Isis-thoth , était , en effet , un événement en Egypte ; il arrivait d'abord que cet astre cessait , pendant un mois et demi environ, d'être visible sur l'horizon , parce qu'il se levait et se couchait pendant le jour. On commençait ensuite à l'apercevoir à l'orient, un peu avant le lever du soleil , et les jours suivants il se montrait de plus en plus sur l'horizon avant la fin de la nuit. Ces premières apparitions de l'étoile d'Isis avaient lieu quelques jours après le solstice d'été, et elles concouraient exactement avec les premières crues du Nil. Cette étoile, par son lever, concourait donc avec le plus grand phénomène naturel de l'Egypte , l'inondation; et l'on comprend qu'il dut être observé tous les ans avec une inquiète exactitude. Ces observations firent bientôt connaître que ce lever ayant eu lieu , par exemple, le premier jour de l'année , le premier du mois de thoth , il n'était visible , quatre années plus tard , que le deuxième jour du même mois ; quatre ans plus tard en • core, que le 3, et qu'après 120 années , cette même apparition de Sothis n'arrivait plus que le premier jour du second mois de l'année. On connut ainsi la cause véritable de ce retard apparent, dès qu'on eut remarqué que l'année réglée par le calendrier civil ne renfermait que 365 jours, tandis que le lever héliaque de l'étoile n'arrivait qu'après 365 jours et i. On apprécia ainsi les causes de cette rétrogradation de l'étoile d'Isis sur le calendrier ; on détermina ainsideux espèces d'années, l'une de 365 jours et j , qui fut appelée /J7e, et l'autre de 365 jours seulement , nommée vague, puis-

que son premier jour arrivait successivement dans toutes les saisons de l'année ; on apprécia aussi cette rétrogradation, qui était d'un mois tous les 120 ans, et d'une année entière de 365 jours après 1460 années fixes. On trouva ainsi une période qui ramenait le premier jour de l'année vague au lever héliaque de l'étoile, ou à une année naturelle ; alors le premier jour du premier thoth de l'année fixe correspondait au premier jour de l'année vague ; les deux années avaient un point initial commun à toutes deux; et comme ce point initial était le lever héliaque de cette étoile Sothis , on appela période sothiaque la série des 1460 années fixes et des 1461 années vagues après lesquelles les deux années recommençaient au même instant; car 1460 années de 365 jours et ^ renferment exactement le même nombre de jours que 1461 années de 365 jours; il y en a 533,265 dans chacune des deux séries.

Nous venons d'indiquer l'origine et la composition d'une période célèbre dans l'antiquité et dans les ouvrages modernes , période incontestablement connue des prêtres de Thèbes et d'Héliopolis , puisqu'elle n'est autre chose que la connaissance de l'année de 365 jours et ^ , dans ses rapports avec le calendrier civil de YÈgypte ; et à l'égard de cette année fixe , les témoignages d'Hérodote , de Strabon , et de Diodore de Sicile, déjà cités, ne sauraient être plus formels. Platon s'exprime en termes plus honorables encore pour les prêtres de l'Egypte : ils considéraient les astres comme les instruments du temps , et cherchaient la division et la mesure de toutes ses parties dans l'observation du ciel. Il parait aussi qu'ils connaissaient une période lunaire fort courte , composée de 25 années civiles qui formaient 309 lunaisons; ils avaient aussi établi la période de sept jours , et une autre période de trente ans ou des grandes panégyries, plus religieuse peut-être que physique ou astronomique. Les prêtres égyptiens connaissaient donc a la l'ois l'année vague ou sacrée, et

L'UNIVERS

l'année fixe ou agricole, qui dépendait du retour périodique des équinoxes et

des solstices.

La coïncidence du premier jour de l'année vague avec le premier jour de l'année fixe, coïncidence qui n'arrivait qu'après 1461 années vagues, fut une époque mémorable dans les annales é'gyptiennes ; et si la science a pu déterminer le jour fixe, dans l'année julienne proleptique, où cette coïncidence, ce renouvellement des deux années a pu avoir lieu une seule fois , on a pu en déduire facilement tous les renouvellements précédents. C'est ce qui est arrivé en effet; on pouvait, il est vrai , déduire de ce qui a été exposé plus haut (sur la coïncidence, pendant une suite de siècles bien plus longue que la durée d'une période sothiaquc , du lever de Sothis avec le 20 juillet julien), que bien certainement ce même 20 juillet avait été aussi un jour de coïncidence du 1^'' thoth vague "avec le l*"' tlioth fixe; mais les traditions écrites ne rendent pas même cette déduction nécessaire: Censorin, qui écrivait au troisième siècle de l'ère chrétienne, nous a dit de cette période sothiaque tout ce qu'il fallait pour la connaître exactement. Son origine , dit-il , se compte à partir de l'époque où le premier jour du mois de thoth vague coïncide avec le lever héliaque de Sirius, lever qui, pour l'Egypte, arrive ordinairement le 20 juillet. Censorin ne nous apprend pas i'n même temps à quelle époque remontent l'observation, la théorie et la conséquence de cette coïncidence, mais il nous instruit que la dernière a eu lieu le 20 juillet de l'année 139 de l'ère chrétienne. Ce fut donc là un renouvellement de la période sothiaque ; ce renouvellement s'opéra le 20 juillet 139, et il suit que le précédent remontait au même jour de l'an 1322 avant Jésus-Christ. Ce renouvellement est , en effet , expressément mentionné par l'astronome Théon d'Alexandrie, comme un fait conservé par l'histoire.

On peut encore remonter à un renouvellement antérieur, et qui sera de l'année 2782; enfin , à un antérieur en-

core , celui de l'année 4242, si les supputations égyptiennes paraissent jamais l'exiger.

Voilà donc les véritables éléments de la période sothiaque; leur détermination était du plus haut intérêt pour les lumières indispensables à l'histoire; car l'élément de cette période est une année entièrement conforme à notre année julienne; de sorte qu'un jour de cette périodeest, pour l'histoire, un jour du calendrier julien supposé en usage dans ces temps reculés ; enfin , c'est à l'aide de cette même période que les innombrables dates historiques, exprimées selon le calendrier de l'année vague , sont rapportées à leur concordance avec l'année julienne, et sont ainsi revêtues d'une expression intelligible dans le style moderne et les supputations générales de l'histoire.

On a en effet dressé des tables de concordance des deux sortes d'années pendant toute la durée d'une période, et rédigé des méthodes pour traduire immédiatement, en style julien, les dates exprimées selon le ' calendrier vague des Égyptiens. Le jour initial de ces tables est un 20 juillet répondant à un V thoth vague et à un 1"' thoth fixe; et comme la rétrogradation annuelle n'était que d'un quart de jour, il en résultait que le l'" thoth vague correspondait, pendant quatre ans, à ce 1" thoth fixe et au 20 juillet; mais, dès la cinquième année, il y avait un jour complet de retard; en conséquence, cette cinquième année vague commençait avec le 19 juillet et avec le cinquième jour épagomène fixe, et, derétrogradation en rétrogradation, tous les jours de l'année fixe s'épuisaient par le cours entier de ce cycle, et le jour du renouvellement de là période arrivait. L'astronomie et l'histoire ont retiré de ces notions, tressommaires ici, de grandes lumières et de grands services; mais la période' sothiaque n'a jamais été employée comme ère chronologique.

Le calendrier vague subsista en Egypte durant un temps immémorial , et l'année, dont il était l'image, fut réellement adoptée pour établir une

EGYPTE

ère célèbre, fréquemment nommée et employée comme ère chronologique, soit dans l'histoire des sciences, soit dans celle des hommes. Ce fut l'ère de Nabonassar, dont le premier jour fut le 1" thoth vague qui correspondit au 26 février julien de l'année 747 avant Jésus-Christ. Les anciens astronomes l'avaient adoptée, et l'un de ceux des temps modernes (Bouilliaud) n'a pas hésité à en faire usage dans ses écrits, vraisemblablement parce que l'année ésyptienne vague , qui règle cette ère , étant composée d'un nombre fixe de jours sans fractions, les calculs en devenaient plus faciles, et aussi, peutêtre, parce qu'en se servant du calendrier vague égyptien, comme l'avaient ftit Ptolémée et ses devanciers, il lui était plus facile d'apprécier en jours l'intervalle qui séparait ses propres observations de celles des astronomes grecs qu'il étudiait. Sous les rois grecs d'Egypte, quoique d'origine macédonienne , le calendrier national fut conservé dans son intégrité : ainsi l'avait ordonné Alexandre.

Auguste en décida autrement. Après avoir corrigé les irrégularités de son calendrier, par les conseils et la science de Sosigène d'Alexandrie, Rome l'imposa à rÉgypte même, et un ordre du fils adoptiF'de César arrêta tout court la marche paisible de l'année vulgaire en Egypte, et, de vague qu'elle était, cette année devint fixe au moyen d'une année de trois cent soixante-six jours tous les quatre ans , provenant de l'addition d'un sixième épagomène aux cinq épagomènes de l'antique année civile de TÉgypte. Après l'occupation d'Alexandrie", Auguste abolit donc l'usage de l'année vague, et ordonna que cette année fixe fut la seule admise dans les affaires publiques. A l'époque où cette institution, si nouvelle pour llgypte, fut établie, le 1" thoth de l'année vague répondait au 29 aoiît du calendrier julien, et, comme toute rétrogradation fut arrêtée par l'introduction du jour bissextile dans le calendrier égyptien , le premier jour de la nou velleannée fixe égyptienne se trouva immuablement attaché à ce 29 août

romain; de plus, les deux années étant composées d'un nombre égal de jours , la concordance des jours des deux calendriers romain et égyptien fut aussi invariablement établie; le l'"" thoth répondait au 29 août, le 2' au 30, le 3" au 31 , le 4° au 1" septembre, et ainsi de suite, sauf l'exception temporaire qui résultait du bissextile romain et du sixième épagomène égygtien. Cette grande réforme s'opéra quand le l""" tnoth vague répondait au 29 août, et les tables de concordance des deux années vague et fixe montrent que le 29 août julien répondait au l"' thoth vague dans les années 25, 24, 23 et 22 avant l'ère chrétienne ; ce fut aussi le temps où le géuie d'Auguste asservit l'Egypte à l'autorité des armes romaines. Ces faits sont contemporains , et l'Egypte vaincue dut se prêter à consacrer cette innovation anti-nationale par une seconde non moins obséquieuse. L'époque de ces ordonnances romaines devint l'origine d'une ère chronologique, qui fut nommée l'ère d'Auguste. Dès cette époque l'année fixe, réglée par les rescrits impériaux, se trouve employée dans une foule d'actes publics ou privés; elle le fut surtout à vUexandrie. Il est vrai que le reste de l'Egypte peut offrir quelques rares exemples de l'emploi de l'année vague, que les astronomes, il est vrai , n'abandonnèrent jamais , comme on le voit par les précieux ouvrages de Ptolémée et de Théon; mais l'église chrétienne d'Egypte adopta l'année fixe , et tel est encore aujourd'hui le calendrier légal parmi les Coptes-; c'est encore celui qu'on retrouve dans le texte des conciles d'Orient; enfin, le précieux manuscrit chronologique, connu sous le nom d'Hémérologe de Florence, a fidèlement représenté le tableau complet de la concordance du jour de ce calendrier de l'année fixe égyptienne avec le calendrier romain , et aVec celui de plusieurs autres nations de l'Orient, des Syriens, des Tyriens, etc., qui avaient aussi, en ces anciennes coutumes , subi le joug de la volonté romaine. Du reste , ce n'est qu'en Egypte qu'on trouve l'exemple de la durée, presque

L'UMIVfiRS.

inflnie, d'un établissement tel que le calendrier national. Il subsiste encore, et les recherches de nos savants contemporains, fondées sur des faits astronomiques recueillis par Champol- Jion le jeune dans les tombeaux des vieux rois de Thèbes , en font remonter l'institution régulière à l'an 3285 avant l'ère chrétienne; il y a aujourd'hui plus de cinq mille ans.

Les monuments originaux qui servent de preuve à cette opinion remontent jusqu'au dix-huitième siècle avant cette même ère ; les phases de l'année vague sont notées, écrites sur ces monuments. Ces notes, recueillies et publiées par le savant Français que je viens de nommer, sont, de l'avis de nos astronomes, les plus anciennes traces de division civile du temps et de numération qui nous soient parvenues des époques antiques. M. Biot en a développé la théorie et les conséquences dans un ouvrage spécial ; il y a reconnu la simplicité de la notation de l'année vague égyptienne sur ces monuments , simplicité telle, qu'elle n'a exigé que des yeux et de l'intelligence pour être établie; que sa contexture et la série des idées qu'elle exprime, se rapportant toutes aux phases du Nil, montrent qu'elle est propre à l'Egypte, et qu'elle n'y a pas été importée de quelque autre pays, où elle aurait été usitée antérieurement; que cette notation était alors l'expression naïve, mais exacte pourtant et numérique, de la succession et de la durée des phénomènes que le débordement périodique du Nil amenait pour l'agriculture; que cette notation , constamment fidèle pendant tous les siècles qui l'ont employée , l'est aujourd'hui encore; et le savant géomètre, dont nous rapportons ici les propres paroles, en a conclu que, dans cet intervalle de cinq mille ans, le gonflement du Nil s'est opéré constamment à la même époque de l'année solaire, et qu'il a amené une masse moyenne d'eausensiblement égale, parles mêmes périodes d'accroissement et de diminution , puisque le débordement a duré et dure encore le même temps.

Il nous reste aussi quelques débris

du calendrier d«s fêtes religieuses de l'Egypte ; le grand temple d'Esneh nous en oftre un exemple, et on y lit encore l'ordre des principales fêtes célébrées dans ce magnifique édifice, en l'honneur de ses trois principales divinités, qui étaient Chnouphis, Néïtli et 1« jeune Haké. Il y est dit que le 23 du mois d'athyr on célébrait la fête de la déesse Tnébouaou , le 25 du même mois celle de la déesse Menhi (formes de Neïth), et le 30 celle d'Isis, tertiaire de la même Néïth. Le 1'' du niois de choïak, on tenait une panégyrie (assemblée religieuse) en l'honneur du jeune dieu Haké, et dans ce même jour la panégyrie de Chnouphis. Un autre article du calendrier sacré , sculpté sur l'une des colonnes du pronaos , porte '. ce qui suit : A la néoménie de choïak, panégyries et offrandes dans le temple , de Chnouphis, seigneur d'Esneh. On, étale tous les ornements sacrés ; on offre du pain, du vin et autres liqueurs, des bœufs et des oies; on présente des collyres et des parfums au dieu Chnouphis et à la déesse sa com-t pagne; ensuite, le lait à Chnouphis..

Quant aux autres dieux du temple, om offre une oie à la déesse Menhi, une»

oie à la déesse Néïth, une oie à Osiris, une oie à Khem et à Thoth, une oiet aux dieux Phré, Atmou,Thoré, ainsii qu'aux autres dieux adorés dans le tem-i pie; on présente ensuite des semences, des fleurs et des épis de blé, au sei-i gneur Chnouphis, souverain d'Esneh, et on l'invoque en ces termes , etc. , etCJ Le texte de cette prière solennelle esti un précieux document de l'histoirw mythologique de l'Egypte.

Au palais de Méd1net-Habou , trouve sur la muraille extérieure, côté sud, sculpté en grandes ligne»

verticales, le calendrier sacré en usaseï dans cette magnifique habitation roym de Rhamsès-Meïamoun. Avec des fouit les, notre dernier voyageur français f mettre à découvert toute la portion ( ce calendrier sculpté, qui contient li mois de thoth , paôphi , athyr, choïak et tvbi , et vers l'extrémité du palais se voit aussi un article à la date du mois de pachôm, le neuvième de l'année. Ce

EGYPTE

firécieux ralcndricr offre le tableau de lotîtes les fêtes de l'année, mois par mois; et, à la suite de l'indication de chaque fête, on a éiiumcré sjnoptiquement la quantité et l'espèce âes offrandes présentées dans chaque cérémonie.

On y lit : viois de thoth^ néoménie (nouvelle lune, plus ordinairement le 1" jour du mois), manifestation de l'étoile sothis; l'image d'Amon-Ra, roi des dieux , sort processionnellement du sanctuaire, accompagnée par le roi Rhamsès, ainsi que par les images de tous les autres dieux du temple. =jVo/adepaôphi, le 19, jour de la principale panégyrie d'Amon-Ra, qui se célèbre pompeusement dans Oph (le palais de Karnac); l'image d'Amon-Ra sort du sanctuaire, ainsi que celles de tous ses dieux synthrônes; le roi Rhamsès l'accompagne dans la panégyrie de ce jour.

t= Mois d^aitijr, le 26 , panégyrie de Phtath-Socharis; le roi accompagne l'image du dieu gardien duRhamesseum de Meïamoun (le palais de Médinet- Habou) de Thèbes dans la panégyrie de ce jour, et cette panégyrie continuait encore le 27 et le 28 de ce même mois. On se fait une idée de ces cérémonies, à la fois civiles et religieuses, par la représentation de celle-ci, qui est le sujet des grands bas-reliefs supérieurs des galeries de l'est et du sud de la seconde cour du palais de Médinet-Habou.

Nous ajouterons, pour terminer ce qui nous restait à dire sur ce sujet, qu'on a recueilli en Egypte assez de renseignements pour restituer tout entier son calendrier civil et religieux; tableau imposant et légal des devoirs imposés, pour honorer les dieux, aux prêtres et aux citoyens d'un pays où la croyance religieuse était aussi une loi de l'État.

Nous avons réuni sur les planches 05 et 66 tous les exemples d'expressions graphiques nécessaires pour la connaissance des mesures, du calendrier et des dates, et tous ces éléments sont d'un usage général et constant dans l'étude de toute sorte de monuments, les mesures et les dates étant des notions du premier ordre dans la recherche des faits de l'histoire.

l(i° IJcraison. (Egypte.)

Le sujet n» 1 de la planche 65 représente les neuf premiers doigts de la coudée égyptienne, c'est-à-dire, deux palmes et un doigt de la grandeur de l'original; mais il ne faut pas oublier que ces coudées en bois ou en pierre, trouvées dans les tombeaux, n'étant que des simulacres de ces mesures, et non pas des étalons absolus, on ne doit pas y chercher une longueur exacte du type léga! , ni une scrupuleuse division de toutes ses parties. On remarquera donc seulement l'ensemble de cet instrument et ses principales parties ; mais l'uniformité de tous les simulacres connus, sauf quelque différence dans le texte de leurs inscriptions funéraires, nous autorise à croire qu'ils représentent exactement la forme générale des mesures usuelles.

La religiçn nationale se montrait partout en Egypte, et toutes les divisions et subdivisions des mesures ^)ubliques étaient placées sous l'invocation d'une divinité : ainsi on voit sur le modèle que nous reproduisons (n° \,pL 6.'>) que chaque doigt de la coudée porte, dans la ligne supérieure, le nom ou le symbole d'un dieu; le ^^ de droite à gauche, est le soleil; le 2% Thméï ou la justice; le .S'', Osiris; le 6*, Isis; le 7* Anubis, etc.

Dans la ligne au-dessous est la désignation d'abord de la mesure elle même, coudée royale, et de ses principales parties.

Les chiffres et les traits perpendiculaires qui sont plus au-dessous, indiquent la division en doigts ; et , de plus , les subdivisions du doigt lui-même, de droite à gauche, en moitié, en tiers , eu quart, en 5% 6% 7% 8% 9° et lO*" de doigt, subdivision qui est portée jusqu'à la 16' partie du doigt dans les coudées originales. Tous ces détails de la coudée portent sur notre planche 6.5 le Ji" 1.

Par les chiffres suivants, on désigne tous les signes d'écriture nécessaires pour exprimer les divisions du temps et les dates; le signe figuratif ■ se trouve dans tous, parce que sion du temps était fondée marche de cet astre, qui fait aussi ïa 1(

lu temps .

du soleil \

le la divi- |

e sur la j

X'UNIVERS

jour et la nuit; le ri» 2 est le signe de Vheure, et de l'heure de la nuit, particulièrement caractérisée par l'étoile; le signe n» 3 signifie un soleil, c'està-dire, un jour; le n» 4, caractérisé par le croissant lunaire renversé, exprime l'idée moi*; le signe du soleil précédé de la branche du palmier, arbre qui , selon Horapollon, poussait chaque année une de ses branches, exprime l'idée année j le signe n» G est le sceptre des panégyries, auquel est suspendu le simulacre d'une grande salle hypostyle , où se tenaient les grandes assemblées politiques et religieuses , à des époques déterminées, et qu'on appelait panégyries : ce sceptre est extérieurement dentelé, et chaque cran y indique une aimée ; le groupe qui porte le n° 7 est un exemple de l'emploi des signes précédents; ils sont tirés d'une stèle funéraire, et indiquent la durée exacte de la vie du défunt, qui vécut : années , 77; mois, 9; jours, 20.

Les chiffres de cette date sont en écriture hiéroglyphique. Le tableau complet des signes de cette écriture , suffisants pour exprimer, par de faciles combinaisons, tous les nombres, depuis un jusqu'à un million, et au delà, est exposé sur notre planche 66 (tableau A). Le tableau B présente les chiffres hiératiques et les chiffres démotiques. La connaissance de ces trois classes de chiffres est indispensable pour l'étude fructueuse des monuments égyptiens; car il y a peu d'inscriptions dans lesquelles on ne trouve ou des nombres ou des dates , qui sont exprimés sur les monuments de la sculpture, en chiffreshiéroglyphiques (tableau A) ; sur les manuscrits provenant des temples , en chiffres hiératiques (tableau B) ; et sur tous les contrats , lettres et autres écrits des particuliers, en chiffres démotiques (même tableau B). On voit que ce système numérique n'était pas arrivé à la perfection du système des modernes, quoique certains signes aient des formes semblables, et la lecture de ces signes était aussi embarrassée que leur expression graphique. La série des chiffres hiératiques abonde en singularités de cet ordre; on y lit en effet, de

droite à gauche, un, deux, trois y quatre, trois-deux (cinq), ti'ois-trms (six) , trois-quatre (sept) , quatre-quatre (huit), neuf, dix, dix-un (onze), dix-deux (douze) , dix-trois (treize) , dix-quatre (quatorze) , dix-trois-deux (quinze), dix-trois-trois (seize), dixquatre-trois (dix-sept), dix-quatrequatre (dix-huit), dix-neuf {dix-neuf ) , dix-dix (vingt) , double-dix-un (vingt et un) , doubïe-dix-deux (vingt-deux), double-dix-trois (vingt-trois) , doubledix-deux-deux (vingt-quatre) , doubledix-trois-deux (vingt-cinq), doubledix-trois-trois (vingt-six) , double-dixquatre-trois (vingt-sept), double-dixquatre-quatre (vingt-huit), dmible-dix- «eM/( vingt- neuf), trente.

A l'exception de quelques variétés de forme dans les signes, le système démotique se produit par les mêmes combinaisons. On trouve de ce dernier système graphique numérique un trèsgrand nombre d'exemples dans les contrats très-fréquemment découverts en Egypte , et dont les dates , exprimées au moyen de ces chiffres , sont d'un intérêt supérieur pour l'histoire; et ce j grave motif est plus que suffisant pour i assurer à cet exposé , malgré la minutie des détails, l'attention bienveillante du lecteur.

Elle sera attirée non moins vivement sans doute par le tableau C des signes hiéroglyphiques destinés à désigner chacun des douze mois de l'année; ils sont répartis en trois saisons : la première est celle de Ia végétation, figurée par un sol planté d'arbres et de fleurs. Ce signe de saison est surmonté du croissant lunaire renversé , répété jusqu'à trois fois , ou bien accompagné des chiffres exprimant les nombres I , II , III, IIII, ce qui fait lire les signes: première lune (ou premier mois) de la végétation, seconde lune, etc. Cette notation des mois est uniforme, pour chacune des deux autres saisons, et le cinquième groupe de notre tableau se lira, d'après le même principe : première lune ou premier mois de la saison des récoltes ; enfin , le neuvième groupe , où le signe figuratif de l'eau est trois fois répété, se lira également pre-

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mière lune ou premier mois de la saison de V inondation. On voit à côté de cliaque e;roupe le nom de chaque mois du calendrier. Enlin, on nommait les cinq jours célestes les cinq jours épagomenes qui terminaient et complétaient l'année vague égyptienne. On voit sur notre planche, à la suite des .signes des mois , le signe des jours épagomenes ou célestes ; le chiffre qui termine ce groupe indiquait assez clairement si le jour noté était le premier ou le cinquième.

IV'ous ne saurions trop nous arrêter ici sur une singularité que présente un tel calendrier, qui sera sans doute remarquée par nos lecteurs , et laissera clans leur esprit quelques doutes sur la régularité des rapports d'une année vague de sa nature avec les signes de ses divisions tirés de la révolution solaire ; car le sens des caractères solaires des mois ne pouvait se raccorder avec l'état physique de l'Egypte que pendant de courtes périodes qui ne se renouvelaient qu'à de grands intervalles. iSIais la science sait tirer de telles données, des faits utiles à son histoire, et qui font disparaître en même temps d'un tel état de choses toutes les apparentes anomalies.

Terminons sur cette importante matière, en rappelant que Hérodote avait appris que, chez les Égyptiens , chaque mois de l'année et chaque jour du mois étaient placés sous la protection d'un personnage divin qui y présidait, et en c«ci , on trouve l'intime rapport de toutes les institutions égyptiennes avec les croyances religieuses.

On ne pouvait manquer de reconnaître encore en ce point , par les témoignages des monuments, la véracité d'Hérodote. Deux tableaux sculptés, l'un dans le temple d'Edfou, l'autre au Rhamesseum deThebes, sont composés chacun d'une série de personnages mythologiques , mâles ou femelles , et leur ligure est accompagnée de leur nom, qui est un des douze groupes connus comme étant les noms des mois du calendrier. Dans les deux tableaux , les personnages sont indentiques, ou par leur forme même, ou

par leurs emblèmes, et ils sont figurés dans l'action de marcher. Dans le tableau du Rhamesseum de Thèbes, qui date du règne de Sésostris, les mois ne figuraient que comme une portion seulement d'une vaste composition à la fois astronomique et religieuse.

On s'est donc attaché à l'exacte détermination de tous ces personnages emblématiques , et il a été possible d'y discerner ceux qui personnifient les douze mois, au moyen des noms propres et des attributs particuliers qui les accompagnent. C'est cet important travail que Champollion le jeune entreprit avec une attention et une patience que soutenait la conviction de l'utilité des résultats qu'il en tirerait; il expliqua donc ces noms, caractérisa les attributs qui les accompagnent, et parvint à classer les douze personnages des mois dans la série hiérarchique (Jes divinités égyptiennes. Il étudia à fond tous les attributs physiques , afin de mettre en évidence tous leurs rapports avec les phases de l'année solaire qui correspondent aux saisons où ils sont placés ; il parvint jusqu'à déterminer et faire reconnaître dans ces mystérieuses compositions les personnages représentatifs des deux solstices et'de l'équinoxe du printemps. La place de ces personnages dans la série des mois correspond d'une manière précise à la distribution de ces phases de l'année solaire dans les plus anciens temps de l'histoire; et c*tte série de notions scientifiques fut complétée par une détermination non moins exacte des personnages qui, dans ces tableaux si éminemment historiques , représentent les jours et les heures; il en rechercha ensuite les traces antiques, afin à''.

remonter, s'il est possible, à l'origine de l'institution dont ces tableaux rendent témoignage : il rétrograda ainsi de monument en monument jusqu'au 15 paophi de la 40*^ année du règne d'O.sortasen I", qui est du XXV siècle avant l'ère chrétienne, et il ajoute à la suite ces graves paroles : « Cette date prouve que cette notation égyptienne des divisions du temps était déjà en usage alors, et rien n'aulorise d

UNIVKRS.

supposer qu'au XXÏ* siècle avant l'ère dirétieune ce système de notation fut nouveau ou récemment introduit.

Plusieurs monuments témoignent en faveur d'une opinion toute contraire à une telle supposition; mais l'époque de ces monuments, bien certainement antérieurs à la XVir dynastie, reste encore incertaine, ou se perd dans les ténèbres des temps primitifs. »

Nous abrégeons ici l'analyse' de ce grand travail sur le calendrier égyptien ; ce que nous venons d'en dire suffira à l'ensemble de notre plan.

N'oublions pas, toutefois, d'ajouter ces mémorables paroles d'un de nos plus habiles astronomes, M. Biot, qui a dit : « La notation de l'année vague que Champollion le jeune nous fait connaître est peut-être le plus ancien monument de temps et de numération qui soit resté dans la mémoire des hommes. » C'est donc toujours l'Egypte qui fut la primitive école de la science et celle de toute civilisation.

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