S XIX. CHRONOLOGIE
En traitant cette partie de l'histoire ancienne de l'Egypte, nous ne pouvons pas oublier la haute portée d'un tel sujet , par rapport à l'histoire générale de l'esprit humain. La civilisation égyptienne est pour nous une institu-
tion primitive. Son antiquité sera donc celle de la raison même appliquée avec succès à l'organisation de la société.
Cette recherche intéresse au plus haut degré la philosophie de l'histoire, la dignité humaine, la vérité. Kous ne parlons pas de l'origine du monde, de l'époque de sa création, du preuTier homme, questions oiseuses, comme le prouve le très-grand nombre de systèmes qu'elles ont enfantés , systèmes également incertains pour leur généralité même, et d'autant plus qu'ils ont affecté une autorité plus grande ou plus absolue.
Pour l'Egypte en particulier , elle a toujours joui, dans l'opinion unanime des nations civilisées de l'Occident, d'une renommée d'ancienneté qui leur faisait rechercher avec empressement et vénération ses souvenirs et ses exemples. Platon n'hésitait pas à lui accorder une existence sociale de plusieurs milliers d'années, et il parlait de faits importants qui ne lui paraissaient nullement douteux , quoiqu'il les crût de dix mille années antérieurs à son époque. L'opinion d'un homme de cet ordre n'a pas été sans influence sur celle des siècles les plus éclairés.
Il est vrai que bien des doutes s'élevaient dans les esprits les plus sages sur ce fait qui paraissait isolé au milieu des vastes champs de l'histoire, où rien de si antique ne se montrait avec une apparence de réalité dans les annales d'aucun autre peuple, si ce n'est dans des systèmes ou des prétentions également inadmissibles. La critique moderne n'avait pas examiné les faits de ses yeux clairvoyants , et elle flottait incertaine, soumise à des influences dont elle ne scrutait guère l'origine. Le temps est ensuite venu où j elle a pu voir elle-même, fouiller de i ses mains expérimentées dans les décombres de l'Egypte, interroger se8 ruines si riches de notions écrites, da preuves monumentales, de témoignages imposants par leur évidente véracité ; elle a pu comparer ces notions et ces témoignages avec l'opinion des anciens sages, avec les traditions des anciens livres , et , tout armée de sa
EGYPTE
'JUo
puissance d'examen, d'analyse, de rapprochement, de comparaison et de logiques déductions, conclure et exposer avec méthode les éléments certains de la chronologie égyptienne, échelle immense de jours et de siècles, sur laquelle peut se placer par d'instructifs synchronismes l'histoire entière de l'intelligence humaine , et celle de toutes lès nations qui l'ont cultivée, honorée, avancée par leurs pensées ou par leurs actions.
Il est donc connu par les relations, par les faits observés, que les Égyptiens fondaient leur chronologie nationale sur des documents authentiques soigneusement réunis dans les archives des temples, et sur l'autorité des monuments publics dont l'Egypte était couverte ; et cette assertion est hautement justifiée parles recherches dont cette contrée célèbre a été le sujet de notre temps. Malgré les ravages qu'elle subit depuis deux mille ans, aucun l']tat moderne, à son plus haut degré de splendeur , ne peut lutter de magnificence avec les vénérables ruines de l'Egypte. On y a recueilli récemment des monuments chronologiques proprement dits, des listes de rois, des tableaux généalogiques de dynasties souveraines. Quand donc ses historiens affirment qu'ils ont travaillé d'après les documents nombreux existant de leur temps, il n'est pas possible de suspecter leurs dires. Nous avons encore sous les yeux la plupart de ces documents. La critique moderne y reconnaît les faits mêmes qu'en avaient tirés les historiens anciens.
C'est donc retrouver tout ensemble les annales d'un grand peuple, l'historien qui les a dressées, et les pièces qui en sont les preuves authentiques.
Ceci, dans sa généralité, exige cependant une distinction. Ces annales remontent à une époque très-reculée, et le témoignage direct ou contemporain de ces documents n'atteint pas jusqu'au même terme. Il y a donc dans la cnronologie égyptienne deux choses très-distinctes, T° le système général fie cette chronologie historique tel que
les Égyptiens se l'étaient fait, et tel que leurs annalistes nous l'ont tri^nsniis ; 2° le témoignage de monuments encore connus qui confirment et mettent hors de tout doute la véracité d'mie partie de cette même chronologie. Nous nommerons donc partie historique tous les temps de la chronologie égyptienne pour lesquels nous connaissons des monuments contemporains de ces mêmes temps , et partie systématique, tous les tfemps de ces annales pour lesquels nous ne connaissons pas de monuments contemporains. Les certitudes de l'histoire de l'Egypte commencent donc là où des monuments existants et contemporains des faits, viennent unir leur témoignage à ceux des annales écrites.
Celles-ci consistent en deux pièces principales: 1° la Vieille Chronique, 2° les Listes des dynasties royales égyptiennes rédigées par Manéthon. •
Il est aussi des monuments analogues à ces relations écrites ; ce sont des listes d'anciens rois d'Egypte tracées sur papyrus en caractères hiéroglyphiques, des tables généalogiques de ces mêmes rois, plus ou moins complètes, pour des époques différentes, gravées parmi les bas-reliels de plusieurs temples , et la plus célèbre de ces tables généalogiques est celle que M. Cailliaud a découverte et copiée au nord d'Abydos , table dont le dernier roi en liste est Sésostris, l'un des grands rois de la dix-huitième dynastie; et dont les premiers remontaient au delà de la quinzième même. Ces listes et ces tables, quant à leur témoi^na^e à l'égard des temps antérieurs a l'époque où elles ont été exécutées, nous leur reconnaissons la même valeur historique qu'à la Vieille Chronique et aux Listes dfe Manéthon ; en ajoutant cependant que la concordance de tous ces monuments ensemble donne à chacun d'eux une autorité individuelle qui procède d»
leur autorité commune , et la critique historique, surtout pour des époques si éloignées, ne fonde pas toujours sa foi sur un tel concours d'autorités aussi probantes. lien résulte, sans difficulté et sans opposition , aue, dès la plus haute
antiquité, l'Egypte avait un système devons faire connaître au lecteur les
d'annales nationales uniformes dans documents principaux du système gé-
leur ensemble et dans leurs détails , et néral de chronologie historique tel que
que Manéthon nous avait fidèlement l'Egypte l'avait adopté pour ses propres
transmis ce système égyptien dans son annales.
intégrité. Voilà l'idée générale qu'on La Fieille Chronique noiis ^ été con-
peut se faire de la chronologie histo- servée en grec par George le Syncelle,
rique de l'Egypte. chronographe du huitième siècle chré-
Quant à sa certitude pour nous, et tien, et avec des noms grecs qui cer-
c'est ici que commencent les droits du tainement n'étaient pas dans le texte
critique, libres de croire ou de ne pas égyptien, où les dieux devaient porter
croire à ce système égyptien , nous ap- leur véritable nom. Il y est dit : pelons les monuments au secours de
notre bonne foi , et , classant , comme "?,^';,?' Jk^^'^hM™"!"" '^'^^°"^ ' """' °"
,, - ;, ,%., ; , . Ignore combien de temps.
nous lavons fait déjà, parmi les tra- Héiios (le soieii), fiu d'Héphaistos , règne en -
ditions écrites ceux de ces monuments '""« 3o,ooo ans.
qui rapportent des faits antérieurs à ^3' eL'emtif ""'".*'!'.'!'.'" "^^^^^^ 3984
leur propre époque, nous n'interrO- Les huit rois demV-dieux régnèrVnVén.'
geons les autres monuments que sur ««mbie i,n
les faits mêmes dont ils sont contem- ^Tr^l^T'^ s^""."^ "^ ("""'^P;
, , ,. . . ou maisons) , iurent inscrites dans le
I)orains. Ainsi la dédicace inscrite sur cycle sothiaque jusqu'à l'année 443
a porte d'un temple, comme partie La'fi'dyn. les Xaniles de 8gén.,régna 190
intégrante de la décoration de cette L^:i::::: iL^tmptitd:.' ::::.:::: S
porte, annonce-t-elle qu un roi quelle Lai9'....iesDiospoiiiesde 5 ......... 194
nomme a fait construire ce temple à La2o«.... lesDiospoiitesde s ns
une époque désignée de son règne, je Laiï'i'l'ies Tanltes de 3 '48
tire de cette inscription, gravée en La»3'.'.'.'.'iesDiospoiitesde j '.'!.'!!!!'. 19
relief sur un monument public, plu- La24«.... les , saites de 3 44
sieurs faits également certains; 1» ^'^r'"' î«Ml™°'hrJ! ^ *^
,, . , , ° . , .. 1 La 10 les Mempfaites de 7 177
lexistence de ce roi dont le nom se La37«....ies Perses de s i»4
lisait dans les listes écrites; 2° la cer- La 28^... (lacune) „
titude en ce point du témoignage tiré Lr3f=::::iesTani;e3;;-roi;:::::::' lï
de ces listes ; 3° la preuve que ce „ , i . ,
A , , ,., /■ •/ 'a aomme totale donnée parle texte grec,
même temple a ete eleve par ce même ycomprisiesrègnesdeia,8'dyn. se.SiSans roi ; 4° et que ce roi a ré^né au moins
un nombre d'années égal a celui qu'in- Sur quoi Georges le Syncelle fait dique la date de cette dédicace. Si remarquer que ce nombre de 36,525 nous avions un ou plusieurs témoigna- ans, divisé par 1,461 , donne juste 25 «ces de cet ordre pour chacun des prin- périodes sothiaques, cette période étant ces nommés dans les Listes de Mané- en effet composée de 1,461 années vathon, il serait difficile de refuser un gués de 365 jours, grand degré de certitude à ces mêmes II est certain que cette rencontre Listes , et de vérité aux conséquences infirme singulièrement l'autorité de la qui en découleraient très-naturelle- Vieille Chronique égyptienne , et l'on ment. Mais ces témoignages manquent peut se demander combien serait grand pour la partie la plus ancienne de ces le hasard qui produirait 25 périodes mêmesListes; ils existent au contraire justes entre le commencement du rèpour les époques subséquentes. C'est gne du soleil et la fin de celui du roi donc avec ces époques que commence- Nectanèbe, le premier roi de la 30* ront les certitudes des annales égyp- dynastie. Toutefois, deux choses nous tiennes fondées sur les monuments paraissent assez certaines dans ce rapliontemporains. prochement : 1° la Chronique égyp- Après ces explications, peut-être né- tienne, qualifiée de vieille ( Traxâtè» cessaires à plusieurs égards , nous x?'!^'>'•o^' ) par le Syncelle , pourrait bien
KGYI'lh.
avoir été inventée après le règne de Nectanebe, et même de ses deux successeurs , puisque l'auteur savait qu'il y avait eu plusieurs rois â la trentième dynastie : il ne comprend en effet dans son calcul que le premier des princes Tanites qui composent cette dynastie ; 2» c'est sur les nombres antérieurs à la seizième dynastie qu'a pu porter l'arbitraire au moyen duquel on est arrivé à la somme des années nécessaires pour former les 25 périodes sothiaques. Il était en effet indifférent
Sue le soleil, les dieux et les demiieux eussent régné quelques centaines d'années de plus ou de moins : la partie réellement historique de cette Chronique ne commence donc qu'avec l'article relatif aux quinze générations postérieures aux demi-dieux.
Cet article nous semble avoir tous les caractères d'une précieuse indication chronologique ; et quand l'auteur de cette Vieille Chronique dit qu'après les demi-dieux vinrent quinze familles fou dynasties, puisqu'il mentionne immédiatement la XVI" dynastie), lesquelles quinze dynasties sont inscrites dans 443 années du cycle sothiaque, il veut évidemment nous apprendre que, dans son opinion, ces quinze premières dynasties s'étendirent, depuis une époque dont il ne dit pas le point initial , jusqu'à l'année 443 du cycle, et qu'en conséquence la XVP dynastie commença de régner l'an 444 de ce même cycle. Or", ce cycle est celui dont la première année' répond à l'an 2782 Julien avant l'ère chrétienne : ce serait donc à l'an 2339 que la première année de la XVP dynastie serait indiquée par cette Chronique. Il y a donc la, je crois, un souvenir, une véritable tradition historique ; et il est bien digne de remarque en un tel sujet, que si l'on ajoute a l'année 443 du cycle, laquelle fut la dernière de la XVr dynastie, 1° 190 ans pour la durée des règnes de la XVI* dynastie; 2° les 178 ans qui manquent, avec les 6 ans de laXXVIIP dynastie , dans les détails numériques d*e la Chronique pour arriver au nombre total de 36,525 ans qu'elle donne
formellement à l'addition des règnes, on obtiendra, à 11 ans près, les mêmes résultatsquej'ai déjà tirés d'autres documents pour lixer a l'an 2082 l'invasion des Pasteurs et le commencement de la XVir dynastie, et à 1822 la première année de la XVIII* dynastie : et pour des époques aussi éloignées de nous, une si minime différence ne saurait être ni attaquée ni défendue Il y aurait donc , dans ce que la VieiKe Chronique contient au sujet des quinze premières dynasties et de la seizième , une tradition historique bien propre à donner à ce document, quelle que soit son origine, un intérêt qui s'accroît par la rareté de pareils renseignements.
Les Listes de Manéthon, dans leur ensemble, ont néanmoins un autre caractère. Elles nous ont été conservées et transmises par des écrivains chrétiens, Jules l'Africain, du troisième siècle de J. C, et Eusèbe, du quatrième. Le Syncelle avait heureusement recueilli les extraits de Manéthon insérés dans l'ouvrage de Jules l'Africain, qui est perdu ; il les a rappochés de ceux que donne Eusèbe, dont la Chronique nous est parvenue. Ainsi les Listes des rois d'Egypte par Manéthon nous sont connues par le Syncelle, qui les avait tirées de Jules l'Africain et d'Eusèbe, et par Eusèbe lui-même. Résumons les rapports de ces trois auteurs grecs.
Manéthon, né à Sébennytus, grand prêtre et scribe sacré pour les archives des temples de l'Egypte, sous le règne de Ptolémée Philadelphe, rédigea en grec, par les ordres de ce roi, des annales tirées des monuments historiques, tels que les stèles et autres, écrits en hiéroglyphes. Son ouvrage était composé de trois volumes ou trois parties. A la relation des événements, il joignit le tableau des dynasties royales de l'Egypte. Le premier volume comprenait "les temps des onze prernières dynasties d'hommes, qui fournirent 292 règnes , dont la durée fut de 2,350 ans 70 jours selon l'Africain» et de 2,300 ans et 70 jours selon Eusèbe. La douzième dvnastie et les siù*
L'UNIVERS
vantes, jusqu'à la dix-neuvième inclusivement . qui donnèrent 96 rois selon l'Africain, et 92 selon Eusèbe, dans l'espace de 2,121 ans selon les deux chronologistes , étaient le sujet du second volume. Dans le troisième , on trouvait l'histoire des dynasties suivantes, depuis la vingtième jusques et y compris la trente et unième, qui finit avec la conquête de l'Egypte par Alexandre , et la durée de ces douze dernières dynasties est portée à 1,050 ans par l'Africain, et a 833 ans par Eusèbe. Du grand ouvrage de Manéthon il ne nous reste donc que quelques fragments de sa relation historique, et le tableau des dynasties royales, tableau qui indique, pour chacune d'elles, le nombre des rois , le nombre des générations que ces rois ont formées dans la même dynastie , la durée du règne de chaque roi avec son nom et son origine paternelle; enfin la durée totale de la dynastie; et, lorsqu'il abrège ces indications pour les dynasties de rois fainéants , il n'omet jamais les données principales et les plus importantes pour la chronologie, le nombre des rois et la durée totale de leurs règnes ; c'est du moins dans cet état que ses Listes nous sont parvenues ; et ce n'est peut-être pas condamner injustement leurs abréviateurs, que de leur reprocher le tort que font à l'histoire leurs malheureuses suppressions.
Ces Listes sont reproduites dans le tableau qui suit ce paragraphe ; il contient la liste des trente et une dynasties égyptiennes qui précédèrent l'invasion d'Alexandre, selon le texte d'Eusèbe , et nous l'avons préféré parce qu'il n'existe qu'une seule copie des
Listes de Jules l'Africain , et que celles! d'Eusèbe nous sont connues par trois copies différentes, par le grec qu'a recueilli le Syncelle, par la version arménienne et par la traduction latine qu'en fit saint Jérôme depuis la seizième dynastie; et nous ne nous arrêterons pas à discuter ici quelques différences qui s'aperçoivententre Jules l'Afticain et Eusèbe au sujet de ces Listes, et entre les trois copies mêmes de celles d'Eusèbe comparées entre elles, puisque le résultat de cet examen serait de peu d'importance à l'égard de la durée totale de ces trente et une dynasties. Nous ne comprendrons dans notre tableau que le règne des hommes : le premier fut Menés ; mais il paraît que Manéthon désignait aussi comme prédécesseurs de Menés les demi-dieux , les dieux et Héphaïstos, ainsi que le faisait la Vieille Chronique. Manéthon était l'historiographe de l'Egypte «elon les doctrines nationales égyptiennes : il dut donc dresser la liste des rois d'après les archives des temples et les documents publics , comme il affirme l'avoir fait , et comme des monuments qui nous sont parvenus , et que Manéthon a vraisemblablement vus et étudiés, ne permettent plus d'en douter. Ceci est donc un peu plus concluant que les mauvais propos que le Syncelle se permet contre Manéthon , et que les explications même qu'Eusèbe a cherchées de bonne foi pour des nombres d'années qui n'intéressent aucunement ni le déluge, ni Abraham, ni l'histoire, ni la chronologie positive, puisqu'ils sont le produit arbitaire de spéculations astronomiques ou mythologiques.
{Suit le Tableau des Dynasties égyptiennes selon Manéthon.
EGYPTE. 2«9
Ordre des Nombre Durée <le Commencèrent
djnasties. Leur orlKÏne. des rois. leurs rùgnes. avant J. C.
i"dynastie. . . Tinite-Thébaïne. . . . 8 rois 252 ans 5867
■)' Tinite-Thébaïne 9 297 56i5
3* Memphile 8 197 53i8
4' Memphite 17 448 5i2f
5« Éléphandne 9 (") 248 (*) 4673
6' Memphite 6 (*) 2o3 44a5
7* Memphite 5 75......... 4223
8' Memphite 5 100.... 4147
9* Héliopolite 4 100 4047
Héliopolite 19 1 85
Thébaïne 17 59 3762
Thébaïne 7 245 3703
i3- Thébaïne 60 453 3417
14* Xoïte 76 484 3oo4
iS" Thébaïne » 25o 2520
16* Thébaïne 5
,, 1 Pharaons Thébains.. 6
' ' ) Pasteurs 6
i8« Thébaïne 17 348 1822
ig' Thébaïne 6 194 1473
»o* Thébaïne 12 178 ^279
21' Tanite 7 i3o iioi
22* Kubastite 9 (*) 120 (*) 971
23" Tanile 4 0 89 (*) 85i
24e Saïte I 44 762
25' Éthiopienne 3 44 718
26«' Saïte 9 i5o (*) 674 (**)
27* Persane 8 120 524 (***)
28' Saïte I 6 404
29* Mendésienne 5 21 398
^o' Sébennitiqne 3 38 (*) 377
il' Persane 3 8 (*') 339
Fin de son règne. , 33i
Kl la conquête de l'Egypte par Alexandre le Grand est fixée par les chronologisles à l'ai» iZ-i. avant J. C.
[') Selon l'Af>icain.
(") Selon l'Africaio , Eust-be et le Canon des rois , conféri'S.
^*") La conquête de ri-;gyple par Cambyse est fixée h l'an 62» avant .1. C
Quelques observations sont néces- rains avec date manquent presque ab-
cessaires au sujet de ce tableau. solument. L'autre partie du tableau
1° Eu égard à la certitude histori- a un autre caractère : les monuments que , ce tableau doit être divisé en deux existants donnent à la seizième dynasparties ; l'une comprend les quinze tie et aux suivantes une suffisante aupreniières dynasties. Pour le nombre thenticité; et si, tout en suivant Eudes rois et la durée de chacune, nous sèbe, nous avons quelquefois préféré avens suivi Eusèbe ou l'Africain , et l'Africain; si encore quelques-uns de il n'y a, pour le moment, aucun iiite- nos nombres ne sont exactement ni rét à discuter les différences qui se ceux d'Eusebe ni ceux de l'Africain, trouvent entre les chiffres de ces nom- c'est que des documents, que nous ne bres , puisqu'il s'agit d'époques pour pouvons ni rapporter ni discuter ici , Jesquelles les monuments contempo- nous ont induits soit à opter avec quel-
L'UNIVERS
que fondement entre l'un ou l'autre de ces chronologistes , soit à ne suivre précisément aucun des deux.
2° Ce n'est qu'à compter de cette même seizième dynastie que la concordance des époque:, égyptiennes avec des années juliennes antérieures à l'ère chrétienne est revêtue de quelque certitude. Selon nos aperçus, la vingtseptième dynastie,, qui Yut celle des Perses , commença avec l'an 524 avant J. C. , et l'on sait d'autre part que ce fut en 525 que Cambyse, chef de cette dynastie, s'empara de l'Egypte. C'est aussi à l'an 331 que se rapporterait la conquête d'Alexandre, et elle est unanimement fixée à l'an 332 avant J.C.
Mais nous ne pouvons discuter ni trancher ici cette différence d'une année à l'égard de ces deux époques. Nous nous sommes donc tenus ici au texte même des auteurs, et nous nous contenterons de faire remarquer qu'en pareille matière , et pour des temps aussi éloignés, la concordance de nos supputations, à une année près , avec des événements d'une époque connue, et qui servent de contrôle à ces mêmes supputations, est un résultat assez important, et qui peut lever un assez grand nombre de doutes , embarrassants encore pour les annales de l'antiquité.
3° J'ai borné ce tableau des dynasties égyptiennes à la conquête d'Alexandre , qui , avec les rois grecs dont j'ai dressé la chronologie dans mes Annales^ des Lagides, forme la trente - deuxième , à laquelle succéda la puissance romaine; car là où il n'y a point d'incertitudes, il n'est pas besoin de discussions.
Tel est donc l'ouvrage célèbre de Manéthon , l'une des plus précieuses compositions qui nous soient parvenues de l'antiquité, et qui tire un lustre nouveau de son accord parfait avec les monuments authentiques et originaux que l'Egypte a récemment restitués à nos vœux, et que nous devons faire connaître aussi , comme de nouveaux fondements de sa chronologie.
Ces monuments originaux sont des
manuscrits sur papyrus, et des tables généalogiques des dynasties royales.
C'est dans le musée de Turin que l'existence de ces manuscrits historiques nous a été révélée pour la première fois. Un fragment, portant le cartouche royal de Sésostris, attira d'abord l'attention de mon frère sur des feuilles ou des rouleaux dénués de peintures; et, explorant aussitôt tous les fragments semblables qu'il avait sous les yeux, il reconnut les noms de presque tous les rois de la XVIir et de la XIX^ dynastie , ordinairement accompagnés de dates en années, mois et jours, tirées du règne de chacun d'eux. C'étaient des débris de registres de comptabilité des temples, où les recettes et les dépenses étaient écrites à leur date précise, ou bien des actes isolés de l'autorité de ces rois , et les uns et les autres portaient en euxmêmes tous les caractères intrinsèques et extrinsèques des plus authentiques documents originaux de l'histoire. Les dates y avaient cette forme : « Dans l'année 5* et le 5" jour du mois de toby, de la direction du roi du peuple obéissant , soleil stabiliteur du monde (prénom royal), Dieu, fils du soleil, Thouthmès (nom propre), » et ce roi est le Thouthmosis-Moeris de la XVIII* dynastie. On trouve des dates sera-i bïables des années 4 et 24 d'Améno-' phis II; 6, 10 et 24 de Rhamsès-Méïa- 1 moun, et l'abondance des papyrus i historiques recueillis depuis en Egypte,, a multiplié ces dates, et en a procuré» un tel nombre, qu'il y a peu de règnes,! depuis la XVF dynastie, pour lesquels!
on n'en ait recueilli une ou plusieurs.
A ces faits isolés, mais importants j le même examen en ajouta un plu général et d'une autorité considérai' pour la certitude des annales de 1'.' gypte : mon frère reconnut en effet ( rassembla près de cinquante fragment d'un autre manuscrit, et il y reconni' un véritable canon royal, ou table chronologique des rois et des dynasti* de l'Egypte, dont la forme rappel); celui des Listes de Manéthon; cesirag ments réunis contenaient les noms >
EGYPTE
plus de cent roit, et il paraissait ne pas descendre au-dessous de ceux de la XIX" dynastie.
Un très-grand nombre de stèles, soit funéraires, soit religieuses, dont les inscriptions contiennent des dates, sont des témoignages , toujours contemporains des laits, qui ne sont pas d'une moindre autorité pour l'histoire des temps anciens de l'Egypte. D'autres monuments , d'une espèce et d'une destination très-variées, portent aussi des dates d'époques qui ne le sont pas moins, et l'on peut dire qu'il n'existe pour aucun autre peuple de l'antiquité, proportionnellement à sa durée, un pareil nombre de données de cet ordre , et aussi utiles pour asseoir les bases, donner les développements les plus complets de ses annales, sans lacune et sans merveilleux.
Enfin, des tableaux généalogiques des races royales existent encore dans des monuments publics du premier ordre, et le plus célèbre de tous est celui qui occupe, sculpté en bas-relief, la paroi d'une des salles du temple creusé dans le rocher, au nord de la ville d'Abydos. Ce bas-relief est reproduit sur notre planche 47.
Il se compose de trois séries horizontales de cartouches royaux, placés de gauche à droite. La série d'en bas est composée de dix-huit cartouches, formant neuf groupes de deux cartou* ches différents , qui sont le nom propre et le prénom royal de Sésostris neuf fois repétés ; ce sont les mêmes qui se retrouvent sur les deux inscriptions latérales de trois faces de l'obélisque de Paris, et sur les trois inscriptions de la face qui est tournée vers le palais des députés.
La ligne intermédiaire d'Abydos commence par un cartouche nom propre, qui se lit Amon-^Mài-Rhamsès , suivi d'un cartouche prénom, soleil gardien de vérité; ce sont ceux du prédécesseur même de Sésostris, de Rhamsès II , qui avait commencé l'obélisque de Paris, et ses deux cartouches s'y lisent en effet dans les inscriptions médiales de trois de ses faces.
Seize autres cartouches différents for-
ment cette seconde série de la Table d'Abydos , qui n'est pas complète à sa droite, le monument étant détruit sur ce côté.
La ligne d'en haut contenait un égal nombre de cartouches différents; ils ont été, pour le plus grand nombre, détruits ou mutilés; notre planche représente ce qui en reste, et on annonce que notre honorable consul général en Egypte, M. Mimaut, a recueilli, dans les ruines du monument, quatre cartouches de plus, et qu'il a été assez heureux pour sauver d'une destruction imminente ce vénérable livre des races royales égyptiennes, en le transportant à Paris.
En l'état oii nous le reproduisons, il est constant pour tous qu'il se composait d'une série de noms royaux au nombre de plus de quarante; et comme celui de Sésostris y est écrit le dernier, immédiatement après celui de son prédécesseur, nommé aussi dans l'inscription verticale qui encadre cette liste, il en faut conclure aussi que ce tableau a été dressé sous le règne de Sésostris , et que les noms qui précèdent le sien sont ceux des rois qui le précédèrent aussi sur le trône.
La preuve peut en être facilement donnée.
Après les deux cartouches , le nom propre et le prénom royal de Rhamsès II (en tête de la ligne intermédiaire), on n'a inscrit dans cette Table des règnes que les cartouches prénoms des autres princes; les noms propres ne s'y lisent pas : on peut donc concevoir quelques doutes sur l'ordre même dans lequel ces prénoms y sont
Mais les monuments qui , à l'égard des cartouches prénoms de la ligne intermédiaire, à la droite du nom de Rhamsès II , contiennent à la fois et le même prénom exprimé par les mêmes signes idéographiques, et le nom propre composé de signes phonétiques, sont très-nombreux. On a donc pu placer ces noms propres à côté de ces prénoms ; et , en y conservant l'ordre dans lequel ils £ont inscrits dans la Table, on aura le nom propre des rois
L'UNIVERS
pharaons, prédécesseurs du roi Sésostris , dans l'ordre même où ils sont inscrits dans les Listes deManéthon.
La Table d'Abydos contenait donc une série de plus de quarante rois, classés dans l'ordre même de leur règne; elle est conforme aux Listes de Manéthon en tous les points dont d'autres monuments ont permis de faire la comparaison ; enfln, cette Table a été dressée du temps mêriS de Sésostris , au seizième siècle avant l'ère chrétienne. Quel est le peuple, ancien ou moderne, dont les annales primitives sont fondées sur des documents d'une telle authenticité?
La Table d'Abydos nous offre donc, dans un ordre admirable pour ses conséquences liistoriques, la série, dans l'ordre de leur succession, des rois prédécesseurs de Sésostris; d'abord son frère Rhamsès II (ligne intermédiaire), et les dix rois qui, avant lui, appartinrent à la XVIII* dynastie ; ensuite (toujours de gauche a droite) les six rois pharaons de la XVIP; la lacune qui suit contenait les rois de la XVF; la ligne supérieure désigne les dynasties antérieures ; et, pour un certain nombre de rois des dynasties antérieures à la XVIII% il nous est parvenu des monuments isolés dont l'intérêt est parfois augmenté par des dates.
Ce n'est pas tout : de semblables listes royales, moins étendues, se trouvent dans d'autres monuments publics, dans des temples du premier ordre, dans les palais de la vieille Thèbes; et ces listes diverses, où le nom de Menés, le fondateur de la monarchie égyptienne, est inscrit le premier de tous , non-seulement sont parfaitement identiques avec elles-mêmes et avec la grande Table d'Abydos , mais encore elles en complètent la lacune pour la XVr dynastie et le commencement de la XV' ; et ces vénérables archives de ses antiques dynasties, l'É^ypte les avait consacrées et accréditées a la fois , en les déposant dans les sanctuaires des dieux, et en leur donnant une publicité facilement contrôlée par les ft»ijnuments nombreux qui ornaient
toutes les cités , et même de moindres lieux de l'Egypte et de la ]Nubie égyptienne.
Les éléments de la chronologie égyptienne se retrouvent donc revêtus d'une évidente authenticité dans les listes de la Vieille Chronique, dans les Listes de Manéthon , dons ses manuscrits de tout ordre et d'époques diverses, le Canon royal sur papyrus du musée de Turin, la Table royale d'Abydos, les tables analogues de Carnak et des tombeaux de la Thébaïde; dans les dates nombreuses qui se lisent sur les stèles, les temples , les palais , sur les monuments isolés de tout ordre et en toute matière : et tous ces éléments, infiniment variés d'époque et d'objet, concourent unanimement à composer, à démontrer et à confirmer un seul et même système chronologique pour l'histoire'de l'antique Egypte; système qui consista dans la liste de ses rois rangés dans une série de dynasties successives, entre lesquelles se partage inégalement, mais d'après un même principe, et par des computs naturels , par des calculs uniformément employés dans les annales vraies de tous les peuples connus , toute la durée de celles de l'empire égyptien, depuis sa fondation jusqu'à son abaissement au rang de simple province romaine.
Avec une telle abondance de docufcients, on appelait avec ardeur la lumière qui devait éclairer et révéler la durée et les périodes successives des temps qu'ils embrassent; il fallait surtout y découvrir des synchronisnies certains avec les annales des peuples qui existèrent en même temps, et, par cet accord, fortifier la confiance dans i les annales de l'Egypte et celles de ses j contemporains. j
Les deux points extrêmes de cette ; immense échelle des temps historiques .
étant connus, et celui qui est le plus ' près de nous avec une pleine certitude, dès lors l'appréciation des temps intermédiaires n'était plus une insoluble difficulté; et, en plaçant la durée des dynasties antérieures'à celle des Perses au-dessus de l'an 525 avant l'ère chrétienne, égfique précise de l'invasioP
t':GYPTE.
(ie rit^îypte par Cambyse qui fut le chef de cette dynastie, on trouvait la place successive de toutes les dynasties antérieures à ce conquérant, "et, par suite de ces premières données, la place de chacun des rois de chacune de ces dynasties. Mais, pour réaliser ce précieux résultat, on devait désirer aussi , comme moyen de critique et de comparaison, quelques faits d'une certitude évidente et intime , qui se placeraient comme des jalons lumineux dans ce Ion? espace d'années, pour diriger et raffermir en même temps la curiosité et les recherches de l'historien. Ces jalons n'ont pas manqué à ses justes désirs; le mathématicien Théon en a laissé un fort évident, en un livre de ses commentaires sur l'Almagesto de Ptolémée : il résulte, en effet, d'un passage plusieurs fois publié, que le renouvellement d'une période sothiaque s'opéra sous le règne d'un roi que Théon nomme Ménophrès , et que ce renouvellement fut celui qui arriva l'an 1322 avant l'ère chrétienne; or, dans les listes des rois d'Egypte, dressées, d'après Manéthon, sur les données qui précèdent , le règne A'Jménophis, troisième roi de la XIX' dynastie, renferme en effet dans sa durée cette même année 1322.
Pour une époque moins ancienne, la Bible rapporte qu'un roi d'Egypte, qu'elle nomme Schéchôk, attaqua et prit Jérusalem d'où il enleva les boucliers d'or de Salomon, et que cela arriva dans la cinquième année du règne de Roboam : or, on voit parmi "les sculptures du palais de Karnac a Thebes, la représentation des conquêtes du pharaon Schéchonk ( le Sésonchis des listes de Manéthon), dans des contrées diverses , limitrophes de l'Egypte ; il conduit aux pieds de la trinilé de Thèbes les chefs des nations qu'il a vaincues; parmi eux est figuré le royaume de Juda, peut-être Roboam luimême (voy. pi. 7B) : et, notre liste chronologique des rois d'Egypte nous montre le pharaon Schéchonk régnant a l'époque même où les listes de la chronologie sacrée ont inscrit Roljoam ; Bouveau synchronisme i dont la criti-
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que la moins crédule ne peut rej«'ter IMmposante autorité.
Si l'on remonte aux temps de la XVIir dynastie, on la voit s'établir après l'expulsion des Pasteurs qui composèrent la XV ir, conquérants étrangers , Scythes très-vraisemblablement .
qui détruisirent tant qu'ils le purent l'ordre politique auquel l'Egypte devait déjà des siècles de prospérité, régnant par la force, réunis en hordes farouches, ignorantes de toute culture, incapables de tout ordre, et vrais fléaux de toute civilisation. Venus par l'Est, ils se rendirent maîtres de la basse Egypte et de l'Egypte moyenne; ils s'etabhrent dans une ville fortifiée nommée Aouaris , et se donnèrent un chef qui eut cinq successeurs; le troisième se nommait Apophis. C'est de ce chef, disent unanimement les chroniqueurs chrétiens, que Joseph, fils de Jacob, fut le premier ministre; et Joseph, en effet, élève de la civilisation particulière aux tribus arabes, devait paraître un habile administrateur aux yeux d'un chef de hordes qui n'étaient pas même parvenues à la sociabilité de l'état pastoral ; etoe n'était que sous un tel chef en Egypte qu'on pouvait trouver un pareil mmistre.
Or, dans notre tableau des dynasties de Manéthon , la XVl', conteniporaioe d'Abraham, et la XVIP, qui fut celle des Pasteurs dont Joseph fut un des ministres, sont en parfaite concordance avec ce que la chronologie sacrée rapporte encore des deux patriarches , et avec l'époque de la XVIII* dynastie pharaonique, dont la restauration est assez clairement indiquée par ces mots delà Bible : Et tune surrexit rex novu» qui ignorabat Joseph.
Il est vrai qu'il existe contre ces résultats une objection grave par ellemême et par l'autorité du savant guila produit ; la voici : Les Pasteurs détruisirent tous les monuments de la civilisation et des arts de l'Egypte, dans la basse Egypte surtout , leur séjour habituel; il est certain aussi que les monuments antérieurs à laXVlU' dynastie, subsistants à leur place, sont d'une extrême rareté; cependant ûq 1»
L'UNIVERS
voit encore à Béliopolis , sur son piédestal , un obélisque qui porte le nom du roi Osostasen r% l'un des princes de la XVI* dynastie {pi. 74)-, et puisque ce monument est encore sur pied, on peut-en conclure que l'invasion des Pasteurs fut antérieure à cette XVP dynastie. On trouve, en effet, un ancien texte qui paraît rapporter cette invasion aux temps de la XV« dynastie. Mais il est à observer que les meilleurs critiques s'accordent unanimement à considérer la dynastie des Pasteurs comme contemporaine de la XVir des Pharaons ; que l'obélisque d'Héliopolisestleseulmonumententier de cette XVr dynastie, qui subsiste en- «rore; qu'on n'en trouve en Egypte que très-peu de la XVIF; et que, pour expliquer cette circonstance absolument uniaue, cette objection unique aussi, tirée e l'obélisque d'Héliopolis, il suffira de pnscr que cet obélisque, renversé d'abord, et conservé dans les ruines de la ville où il fut primitivement érigé, à Héliopolis ou toute autre, fut ensuite réédifié à Héliopolis , après le rétablissement de l'ancienne autorité en Egypte. C'est ainsi qu'on voit encore à Alexandrie, ville toute grecque, un obélisque qui avait été exécuté dans une ville toute égyptienne, au nom du roi Moeris , antérieur de douze siècles à Alexandre, et cet obélisque ne put être élevé à Alexandrie, où il est aujourd'hui placé, que dans des temps bien postérieurs.
Un autre fait d'une haute autorité peut aussi corroborer notre opinion:
C^t l'existence, comme simples matériaux, dans les ruines des monuments actuels de Thèbes élevés par des rois •dfe la XVIir dynastie, de débris sculptiés provenant des édifices de la XVr dynastie et des dynasties antérieures , que détruisirent ces mêmes Pasteurs.
Les six rois de cette origine sont inscrits dans la XVH* dynastie; mais il exista synchroniquementune XVIP dynastie de Pharaons qui s'étaient retires en haute Egypte et vers les côtes de la Ttier Rouge, fuyant devant les dépré- <lations commises par ces étrangers, maîtres de Memphis. L'histoire écrite
mentionne ces ravages des Pasteurs et leur durée; l'histoire écrite mentionne aussi les Pharaons contemporains, et un certain nombre de monuments encore existants prouvent invinciblement le succès de leurs efforts pour maintenir, sur un point quelconque du soi égyptien , l'antique autorité et les antiques institutions nationales. Ces monuments portent des dates, et nous instruisent de la durée du règne de quelques-uns de ces Pharaons. Ils n'éleyèrent pas des édifices aux dieux de l'Egypte, à Thèbes ni ailleurs, parce qu« des étrangers avaient envahi la basse et la moyenne Egypte ; que toutes les ressources de ces Pharaons étaient tournées vers l'expulsion de ces barbares : il faut donc laisser à la XVII" dynastie les Pasteurs, qui ne furent définitivement chassés que par le premier roi de la XVIir. Ce triomphe mémorable est fixé, par l'autorité des meilleurs documents, vers l'an 1822 avant l'ère chrétienne, et cette date est comme un jalon intermédiaire auquel on peut avec certitude rapporter les dates antérieures et les dates postérieures de l'histoire de l'Egypte ; elle est comme la clef de sa chronologie, et le point initial ou médiat d'une échelle sur laquelle se placeront comme d'euxmêmes tous les événements connus et à connaître des annales égyptiennes.
On ne saurait raisonnablement exiger plus de certitudes, et il serait à désirer, pour celles de l'histoire ancienne en général, et même pour les annales des premiers siècles des temps modernes, qu'une égale réunion de documents authentiques vînt jeter de semblables lumières sur leurs trop nombreuses obscurités.
L'ancienne Egypte jouira donc, à juste titre, 'des avantages qu'elle attendait de l'attention religieuse avec laquelle elle faisait recueillir les faits importants de son histoire, du zèle éclairé et persévérant de ses annalistes à inscrire ces faits dans les registres déposés aux archives des temples, à les graver sur les édifices publics. Les savants de la Grèce virent tous ces documents historiques ; Manéthon les cona-
EGYPTE
ptilsa, les traduisit en langue grecque. De ces mêmes documents, quelquesuns subsistent encore, et nous les avons aussi étudiés et traduits dans les idiomes modernes. Une foule de monuments isolés corroborent de leur naïf témoignage les témoignages de ces mêmes monuments publics : la chronologie des temps historiques de l'Egypte est donc fondée sur des certitudes, et nous venons d'en résumer ici l'exposé très-conséquent. Nous pouvons donc .
dès à présent, essayer de présenter, dressé dans l'ordre même des temps, un tableau sommaire , un précis historique des événements politiques ou militaires, de l'état des principales institutions publiques , de l'origine et de l'époque des plus remarquables productions des arts en Egypte, depuis les temps les plus anciens jusqu'à la lin de la domination romaine en Orient. Tel sera Se sujet du paragraphe suivant de cet ouvrage.