première partie de la XVIIP dynastie
20' livraison. (Egypte.)
II résulte de ia combinaison de tous les témoignages fournis par ces divers monuments, et qu'il serait hors de propos de développer ici :
1° Que Thouthmosis !"■ succéda immédiatement au grand Aménothph I", le chef de la XVIIP dynastie , l'une des Diospolitaines ; 2° Que son Gis Thouthmosis II occupa le trône après lui , et mourut sans enfants ; 3° Que sa sœur Amensé lui succéda comme fille de Thouthmosis P"", et régna 22 ans en souveraine ; 4° Que cette reine eut pour premier mari un Thouthmosis, qui comprit dans son nom propre celui de la reine Amensé son épouse; que ce Thouthmosis fut le père de Thouthmosis III ou Mœris, et gouverna au nom d' Amensé ; 5° Qu à la mort de ce Thouthmosis, la reine épousa en secondes noces Aménenthé , qui gouverna aussi au nom d'Amensé, et qui fut régent pendant la minorité et les premières années de Thouthmosis III ou Mœris ; 6° Que Thouthmosis III, le Mœris des Grecs, exerça le pouvoir conjointement avec le régent Aménenthé , qui le tint sous sa tutelle pendant quelques années.
La connaissance de cette succession de personnages explique tout naturellement les singularités notées dans l'examen minutieux de tous les restes de sculptures existant dans l'édifice de la vallée A' El-Assasif. On comprend alors pourquoi le régent Aménenthé ne paraît dans les bas - reliefs que pour y recevoir les paroles gracieuses que les dieux adressent à la reine Amensé, dont il n'est que le représentant ; cela explique le style des dédicaces faites par Aménenthé , parlant lui-même au nom de la reme, ainsi que les dédicaces du même genre , dans lesquelles on lit le nom de Thouthmosis, premier mari d'Amensé, qui joua d'abord le premier rôle passif, et ne fut, comme son successeur Aménenthé , qu'une espèce de figurant du pouvoir royal exercé par la reine.
Les surcharges qu'ont éprouvées la plupart des légendes du régent Amé« nenthé, démontrent que sa régence
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fut bdiéuse et pesante pour son pupille Thouïhmosis III. Celui-ci semble avoir pris à tâche de condamner son tuteur à un éternel oubli. C'est en effet sous le règne de Thouthmosis m que furent martelées presque toutes les légendes d'Aménenthé, et qu'on sculpta à la place soit les légendes de Thoutfamosis III , dont il avait sans doute usurpé l'autorité , soit celles de Thouthmosis , premier mari d'Amensé, le père même du roi régnant. J'ai observé la destruction systématique de ces légendes dans une foule de bas -reliefs existant sur divers autres points de Thèbes, Fût-elle l'ouvrage immédiat de la haine personnelle de Thouthmosis III , ou une basse flatterie du corps sacerdotal.' C'est ce qu'il nous est impossible de décider; mais le fait nous a paru assez curieux pour le constater. (Voyez Lettre XV*.)
Cette curieuse explication d'une difficulté à la fois historique et généa- ' logique , est tirée d'une lettre de Champollion le jeune , datée de Thèbes , le 18 juin 1829, et rendue publique peu de temps après : néanmoins , il s'est trouvé quelqu'un , en 1832 , qui , par une habitude de plagiat , protégé devant la loi , mais non pas devant l'honneur, par une frontière étrangère, s'est approprié cette explication sans en nommer le véritable auteur , dans un livre , il est vrai , où sont fré(juemment remarqués de pareils oublis que nous aurons bientôt l'occasion d'indiquer à l'équité publique.
En reprenant notre narration , delaquelle nous nous sommes détournés en cédant à un impérieux devoir, nous voyons que, à sa mort, le Pharaon Thouthmosis II n'ayant pas laissé de successeur en ligne directe, la constitution politique appela au trône la ligne collatérale, dont le chef fut la princesse AmenSé, sœur du roi dénint , fille, comme lui, de Thouthmosis I":
et , si l'on se représente quel est le caractère spécial des listes royales d'Abydos , du Rhamesséum et de Médinet- Habou , on comprend aussitôt pourquoi ia reine Araensé ne fut pas mentionnée
dans ces listes, qui étaient généalogi-
3ues par les générations, et non pas ynastiques parles règnes successifs; céslistesdevaientdoncnommerThouthmosisIII immédiatement après Thouthmosis II, parce que la reine Amensé , soeur du dernier roi , ne formait avec lui qu'une seule génération , selon les règles de tout temps adoptées par les généalogistes. Mais Manéthon, qui donnait la liste successive des règnes, n'eut garde d'oublier celui de la reine Amensé ; il le place au quatrième rang dans l'ordre de ceux de la XVIIP dynastie , comme on le voit dans la copie des listes conservée par Jules l'Africain; et comme Eusèbe a omis ou bien oublié ce même règne d'Amensé, le Syncellene s'est pas dispensé de relever cette méprise de l'évêque de Césarée.
La durée du règne de la reine Amensé est fixée à vingt et un ans et neuf mois , ou vingt-deux années en nombre rond : ce qui vient d'être dît de la vie de cette princesse, revêtue du pouvoir souverain, porte l'historien à diviser la durée totale de ce règne en deux portions distinctes , les temps du premier mariage de cette reine, et les temps du second.
Quelques monuments nous portent à croire que la fille du roi Thouthmosis I*"^ ne régna que bien peu de temps avant son premier mariage : ce règne en effet ne dura que vingt-deux ans , et le fils d'Amensé , Thouthmosis-Moeris , paraît sur un monument élevé durant ce règne, à El-Assasif, dans une cérémonie religieuse, où il est accompagné d'un jeune enfant que l'inscription dit être sa fille.
Ces détails paraîtront peut-être bien minutieux , mais ils ne sont pas inutiles pour nous éclairer avec certitude sur l'état véritable de quelques-unes des plus importantes institutions publiques de l'Egypte , la succession a la couronne royale , et aussi sur les signes officiels que la loi avait consacrés comme marques de l'autorité suprême.
Amensé , à son avènement , adopta le prénom royal , soleil dévoué à la vérité ; et le second cartel renferma son
nom propre : Amensé {la fiUe d'Avion).
Elle épousa , en premières noces , un Thouthmosis , qui fut peut-être de la famille royale de ce nom , un parent de la reine. Ce Thouthmosis prit le prénom royal de : soleil grand du monde; et, dans le second cartel de la légende royale, il inscrivit à la fois le nom de la reine et le sien, Amensé- Thouthmosis ; c'est dans cet état que ces deux cartouches subsistent encore à Médinet-Habou. Enfin, Amensé ayant contracté un second mariage, son nouveau mari n'eut pas d'autre prénom royal que celui de la reine même , soleil dévoué à la vérité; et son nom propre, Aménentlié, n'est inscrit, dans les monuments, qu'au second rang, après le cartel de la reine.
Il y eut une différence sensible dans la condition comparée des deux maris de la reine; et ce qu'il y a de plus élevé , de plus royal en quelque sorte dans celle du premier , s explique par la naissance d un fils qui, devant succéder à la reine Amensé, donna à Thouthmosis, le premier mari , la qualité et le privilège de père du roi. Il paraît que le droit de légende royale était un de ces privilèges : mais , pour cela, faut -il inscrire ce Thouthmosis dans la liste des rois de la XVIIP dynastie? Nous ne le pensons pas, puisque c'est dans la person'ne de la reine que résidait le droit d'hérédité de la couronne , qu'elle en conféra quelques circonstances honorifiques seulement au père de l'enfant-roi a qui elle venait de transmettre ce droit avec la vie, et que Thouthmosis son père, qui n'avait aucun titre au pouvoir royal , ne put jouir que des honneurs secondaires déférés au père du roi , qui n'était pas roi. Ce Thouthmosis ne peut donc pas être inscrit dans la liste des rois d Égypte ; aussi c'est le nom d'Amensé qui se lisait dans les annales sacrées consultées et copiées par Manéthon, et elles attribuèrent à cette reine les vingt-deux années entières de son règne , quoique ce règne comprît tout le temps qu'elle vécut avec son premier et avec son second mari , celui même
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de la minorité du jeune roi. Nous ne donnerons donc ni à l'un ni à l'autre letitrederoi; et, ayant nommé Thouthmosis II le frère de la reine Amensé , nous reconnaîtrons, comme le troisième roi de ce nom , le jeune roi , fils d'Amensé et de son premier mari , et Mœris restera le Thouthmosis III, comme l'a dit Manéthon.
Le nom de la reine Amensé se lit audessous de son image qui est peinte sur le premier cercueil d'une belle momie du musée royal de Turin. On voit, à Ombos , les restes d'un petit propylon qu'elle avait fait construire, et que l'inscription qualifie de « Porte de la reine Amensé, conduisant au temple de Sévek-Ra. » La même divinité avait, dans la ville d'Éléthya , un autre temple construit et décoré par la même reine , qui y avait associé au culte du Saturne égyptien, celui de la déesse Sowan ou Lucine. Dans le temple de Médinet-Habou, les témoignages de sa piété envers les grandes divinités de Thèbes , subsistent encore ; on les retrouve dans la portion la plus ancienne des vastes édifices de ce lieu.
La plupart des bas-relifs qui la décorent portent le nom de la reine , et sont remarquables par leur parfaite exécution ; il en est de même des sculptures exécutées par l'ordre d'Amensé, dans les dernières salles du palais de ce même quartier de Thèbes , de Médinet-Habou.
S'il était possible d'en juger avec certitude par le plus grand nombre de monuments subsistants , on serait autorisé à croire que Thouthmosis mourut peu de temps après son mariage avec la reine , et après la naissance de leur fils, le nom du second mari, qui se nomma Aménenthé, se trouvant bien plus fréquemment que celui du premier, sur ces monuments de divers ordres , et toujours associé au prénom royal de la souveraine : on les voit l'un et l'autre inscrits dans la légende royale qui décore une belle stèle du Vatican , et sur un amulette en terre éraaillée du Cabinet du roi , à Paris.
On sait aussi que les édifices d'EI- Assasif furent l'ouvrage de cette reine
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pendant son second mariage : cela résulte en effet des inscriptions encore subsistantes , où le prénom royal de la princesse et le nom du régent Aménenthé se trouvent souvent répétés; le jeune Thouthmosis III y est aussi nommé quoique encore mineur ; et les dédicaces qui subsistent dans des salles moins maltraitées, par le temps ou par les hommes, que l'édifice intérieur, annoncent que cet édifice était un temple consacré à la grande divinité de Thèbes, à Amon-Ra, le roi des dieux,
au'on y adorait sous la figure spéciale e Amon-Ra seigneur des trônes et du monde. Ce temple, d'une étendue considérable, était décoré de sculptures du travail le plus précieux , précédé d'un dromos , vraisemblablement aussi d'une longue avenue de sphynx ; il s'élevait au fond de la vallée d'El- Assasif, et son sanctuaire pénétrait dans les rochers à pic de la montagne. Des offrandes faites aux dieux ou aux ancêtres du Pharaon fondateur du temple, sont les sujets des tableaux sculptés dont cet édifice religieux est orné. On y voit aussi le jeune Thouthmosis-Mœris rendant de pieux hommages à son père qui ne fut pas roi , et a son oncle le Pharaon Thouthmosis II. Les plafonds de quelquesunes de ces salles sont remarquables , ayant la forme d'une voûte; enfin, c'est dans une de ces salles que l'on voit un grand bas-relief peint, occupant toute la paroi de gauche, dans lequel on a figuré la grande bari sacrée , ou arche d'Amon-Ra. Ce dieu du temple est adoré par le régent Aménenthé, marchant avant son pupille Thouthmosis - Mœris , qui est suivi d'une très-jeune enfant , richement parée, nommée Rannofré , et que l'insqfiption qualifie de fille du roi. En arrière de la bari sacrée , et comme recevant une portion des offrandes faites par les deux rois agenouillés, sont les images en pied du Pharaon Thouthmosis P", de la reine Ahmosis et de leur fille Sotennofré ; l'histoire écrite n'avait pas conservé les noms des trois princesses qui figurent dans ce riche tableau de l'époque etdu règne
d'Amensé. Mais les grands obélisques du temple de Karnacà Thèbes doivent être considérés comme les plus beaux monuments qui nous restent du règne de cette reine , comme ils sont aussi au nombre des plus admirables produ.'îtions de l'art égyptien.
Celui de ces deux obélisques qui est encore sur pied , est le plus beau de tous ceux gui subsistent sur le sol de l'Egypte ; il est en granit rose , haut de 90 pieds au moins, et d'un seul bloc , comme le sont tous les obélisques égyptiens antiques. Cet obélisque fut érigé par la reine Aniensé en l'honneur d'Amon-Ra et à la mémoire de son père Thouthmosis 1"\ le régent Aménenthé est nommé dans le texte relatif à l'érection du monolithe. Les images de la reine, de son mari, et de son fils Mœris, se voient dans les scènes des offrandes , et le monument n'a reçu aucune addition postérieure , à l'exception de la figure d'un des rois successeurs de Mœris, qui s'y trouve représenté en acte d'adoration devant le dieu auquel l'obélisque est consacré. Il repose sur une base ornée de belles inscriptions dédicatoires , dont le texte s'exprime au nom de la reine désignée par cette phrase remarquable : le roi du peuple obéissant {soleil dévoué à la vérité), la fille du soleil (Aménemhé) : nouvelle preuve de la condition singulière des reines exclues comme femmes de certaines attributions expressément dévolues à leur mari , quoiqu'ils ne jouissent pas de l'autorité royale.
L'autre obélisque, malheureusement renversé et brisé , était aussi un magnifique monument de la piété de la i reine Amensé : dans les tableaux du pyramidion , c'est encore le régeflt Aménemhé aux pieds d'Amon-Ra; et, dans ces tableaux religieux , on reconnaîtrait, sans le secours des inscriptions, la figure de ce même régent , tant l'art ' égyptien a su faire ressemblantes celles de ce personnage qui se voient encore i et sur l'édifice d'El-Assasif , et sur cet i obélisque de Karnac. Le jeune roi Mœris y est aussi représenté , associé ; aux offrandes faites par son tuteur; et i
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postcrieurenient un autre Pharaon , qui fit faire quelques ouvrages dans ce même temple , s y est substitué dans les images et les inscriptions, aux personnages nommés primitivement dans cet obélisque : Mœris lui-même , devenu roi , n'y épargna pas non plus le prénom royal du second mari de sa mère : il remplaça par son nom celui d'Aménemhé (ou Aménenthé) qui fut martelé.
Ou ignore si ce même Aménemhé survécut à la reine Amensé: dans tous les cas , ses honneurs durent Unir avec la vie de la reine, dont le tombeau existe encore dans la vallée funéraire deTlièbes. Elle mourut vers l'an 1736 avant l'ère chrétienne.
Son fils lui succéda immédiatement, et porta le nom de Thouthmosis , l'engendré de Thôth, surnommé Mœris [Mai-ré, qui aime Phré , le dieu soleil) ; on lui donne aussi d'autres surnoms : bienfaiteur des mondes (à Karnac) ; serviteur du soleil , président de la première des dix régions (sur un obélisque de Rome) ; approuvé par le soleil (obélisque de Constantinople) ; modérateur de justice (Amada). Son prénom royal , formé de trois signes , le disque du soleil , le mur crénelé , le scarabée, et signifiant soleil stabiliteur de l'univers , est quelquefois augmenté d'un quatrième signe, la ligne brisée écrite avant le scarabée ; on le voit ainsi sur les monuments de la jVubie ; et dans les listes en écriture hiératique , le prénom de ce Thouthmosis III contient toujours quatre signes.
Le règne de Mœris n'eut pas une longue durée; il fut de moins de treize années (12 ans et 9 mois) ; mais il dut être glorieux ; il y a peu de souverains égyptiens dont il reste autant de monuments, dont l'antiquité ait autant exalté la glaire et proclamé le renom.
Tous ces souvenirs , tous ces travaux du règne de Mœris sont empreints d'un caractère particulier : tous les monuments de sa piété sont édifiés à des dieux de la paix ; toutes ses grandes actions sont des faits d'administration civile : la sagessse de l'Egypte se révé-
lerait-elle aussi dans la renommée immortell* de ce grand prince , ami de la paix et des arts ?
L'Egypte et la Nubie sont encore couvertes de magnifiques ruines provenant des belles constructions élevées durant le règne de Mœris ; et de riches villes modernes , Rome elle-même, en ont recueilli des débris qui dominent encore par leur éclat les chefs-d'œuvre des arts renouvelés.
Parvenu à la suprême puissance, Mœris donna d'abord ses soins à faire terminer les ouvrages publics commencés pendant le règne de sa mère ; il en haïssait le second mari, Aménemhé , dont la tutelle avait pu lui être incommode ou oppressive ; et , comm<;.
pour le punir d'une usurpation , Ma ris fit marteler soigneusement, sur tous les édifices publics , le prénom et la figure en pied d« son beau-père, y substituant quelquefois les siens à côté de celle de sa mère. L'obélisque de Karnac, les édifices d'EI-Assasif et de Médinet-Habou portent encore les traces de ces royales récriminations.
Mœris fut plus respectueux envers son père : il s'occupa d'assurer la conservation de ses honneurs presque souverains; et, dans quelques salles du palais dont il commença la construction à lMédinet-Habou,'ii fit inscrire, dans deux cartouches accolés , le nom de Thouthmosis son père à côté de son cartouche royal.
Mœris construisit ensuite la plupart des édifices sacrés qui s'élevèrent en Egypte et en Nubie après l'expulsion des Pasteurs , effaçant ainsi , avec une pieuse persévérance , les traces profondes de la barbarie. La ville d'Éléthya ne fut pas oubliée; il orna Esnèh, ville importante en ce temps-là , d'un temple au dieu Chnouphis, le seigneur du pays, créateur de l'univers, principe vital des essences divines, soutien de tous les mondes; il associa au grand dieu les deux autres personnages qui complétaient la triade du nome d'Esnèh, Nèith, et le jeune Haké, représenté sous la forme d'un enfant; et la dédicace de ce temple au nom de Mœris était encore, du temps des
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Ptolémées , au nombre des fêtes commémoratives célébrées dans ce temple.
A Edfou , Moeris éleva un temple au grand dieu Har-Hat, qui était aussi le seigneur liturgique du lieu. A Ombos, il contribua à la construction du mur général d'enceinte; uae porte, ornée de son nom , subsiste encore. Il éleva les propylées du grand temple de Memphis , et Diodore de Sicile assure qu'ils surpassaient en magnificence tous les autres ouvrages de ce genre. A Éléphantine, un mur du quai, de construction romaine , renferme des débris des édifices consacrés aux dieux de cette ville par Mœris. Thèbes surtout nous montre IfS témoignages de son inépuisable munificence : un palais à Médinet-Habou , une grande partie des immenses constructions de Karnac, le temple d'El-Assasif terminé, en ont consacré le souvenir. C'est en effet par les soins de Mœris que la plus ancienne partie (Je l'édifice de Médinet- Habou reçut sa décoration. Les dédicaces portent son nom; et celle qui se lit encore sous la galerie de droite s'exprime ainsi : « La vie ! l'Horus puissant , aimé de Phré , le souverain de la haute et de la basse région, grand chef de toutes les parties du monde, l'Horus resplendissant, grand par sa forme, celui qui a frappé les neuf arcs (les peuples nomades); le dieu gracieux, seigneur du monde, soleil stabiliteur de l'univers, le fils du soleil, Thouthmosis, bienfaiteur du monde, vivifié aujourd'hui et à toujours. Il a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père Amon- Ra , roi des dieux ; il lui a érigé ce grand temple dans la partie occidentale du Thouthmoséïum d'Amon , en belle pierre de grès : c'est ce qu'a fait le roi , vivant toujours. » La plupart des bas-reliefs qui décorent les galeries et les chambres , représentent ce roi Mœris rendant des hommages aux dieux , ou recevant d'eux des dons et des grâces. Sur la paroi de gauche de la grande salle ou sanctuaire , ce Pharaon casqué est conduit par la déesse Athôr et par le dieu Amon, qui se donnent la main , vers l'arbre mystique
de la vie. Le roi des dieux , Araon-Ra , assis , trace avec un pinceau le nom de Thouthmosis sur l'épais feuillag* de cet arbre , en disant : « Mon fils , stabiliteur de l'univers , je place ton nom sur l'arbre Oscht, dans le palais du soleil. » Cette scène se passe devant les vingt -cin^ divinités secondaires adorées à Thèbes, rangées sur deux files ; une inscription les annonce en ces termes : Voici ce que disent les autres grandes divinités d'Opht (Thèbes):
« Nos cœurs se réjouissent à cause du bel édifice construit par le roi soleil stabiliteur de l'univers. » Les hommes et les dieux célébrèrent ainsi la gloire du roi Mœris.
Les ruines historiques de la Nubie en rendent encore témoignage. Le plus grand des temples construits à Ouadi- Halfa , l'antique Béhéni , auprès de la seconde cataracte au sud de Thèbes , fut aussi un ouvrage de Mœris. Il fut construit en briques , orné de pilierscolonnes d'ordre dorique primitif, et de portes en grès ; il était dédié aux dieux Amon-Ra et Phré. A Ibrim , un spéos ou chapelle creusée dans la montagne , remonte au règne de Mœris ; sa statue , assise entre celles du dieu seigneur d' Ibrim et de la déesse de Nubie , occupe la niche du fond ; et ce spéos a été creusé par un prince nommé Nabi , qui prend le titre de gouverneur des terres méridionales ( la Nubie). Ce prince est debout devant le roi assis sur un trône, et accompagné de plusieurs autres fonctionnaires publics ; il présente à Mœris les tributs en or, en argent et en grains, provenant des terres méridionales dont il a le gouvernement.
Les bas -reliefs du sanctuaire du temple d'Amada nous apprennent que cet édifice fut aussi le fruit delà piété de Mœris , et le nom du roi se lit encore dans le texte des dédicaces ainsi conçues: «Ledieubienfaisant, seigneur du monde , le roi stabiliteur de l'univers, le fils du soleil, Thouthmosis, modérateur de justice, a fait ses dévotions à son père le dieu Phré, le dieu des deux montagnes célestes, et lui a élevé ce temple en pierre dure ;
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il l'a fait pour être viviflé à toujours. » Mœris mourut avant que cet édiOce fiit terminé ; ses premières vues de restauration s'étaient naturellement portées sur l'Egypte : la Nubie n'en était qu'une dépendance, et ne tenait q ue le second rang dans l'ordre des fondations pieuses ordonnées par ce roi. Eguisse et Se.'nné, autres villes de Nubie, eurent aussi leur part dans ses bienfaits.
L'obélisque de Saint- Jean de Latran a Rome , Tun des plus considérables monuments de cet ordre, l'obélisque d'Alexandrie, et celui de Constantinop!e, sont aussi au nombre des admirables ouvrages d'art du règne de IMœris ; et c'est à lui qu'il faut faire un éternel bonneur de la plus vaste et de la plus hardie entreprise d'utilité publique , que le génie de l'bomme ait jamais 'conçue et exécutée , le lac qui porte son nom , et qui maîtrisait pour ainsi dire, selon l'intérêt de l'Etat, les prodigieuses inondations du plus grand fleuve de la terre. (Voyez à la page 12, la Description du lac Mœris.)
Une statue colossale de Mœris , en granit noir, à taches blanches, est au musée de Turin. Plusieurs stèles du musée égyptien de Paris rappellent (les actions ou des époques du règne de ce grand roi ; et son nom royal est le plus fréquent de tous sur "les bijoux et les amulettes.
Enfin, ce prince honorait ses an- Gêtre^s à l'égal des dieux , selon la foi du pays ; il a laissé de ce respect un monument non moins utile à l'histoire qu'à sa propre gloire. C'est Mœris en effet qui orna le palais de Rarnac de la Table historique et généalogique des rois qui , avant lui , occupèrent le trône d'Égvpte. Les voyageurs modernes ont'îionné le nom'de salle des rois à une de celles de ce temple , laquelle est remarquable par sa décoration et sa destination également singulières, comparée aux autres parties analogues dans les édifices de l'Egypte. Les'trois côtés sud-est, sud-ouest et nord -ouest de cette vaste salle sont occupés par
Juatre files de figures assises , placées une derrière l'autre; les files sont sculptées l'une au-dessus de l'autre;
chacune est de quinze personnages; mais, dans chaque file, les huit premières figures regardent le sud-est , et les sept suivantes le nord-ouest : à ces deux points opposés le roi Mœris est debout, devant le premier personnage de chaque file ; une table chargée d'offrandes s'élève entre le roi et la première figure; leur pose et leurs insignes annoncent que ce sont des rois ; le cartouche-prénom qui est à côté de chaque figure ne laisse aucun doute à cet égard : ce riche et précieux Tableau nous représente donc le roi Mœris faisant des offrandes et des prières' à soixante rois, ses prédécesseurs sur le trône d'Egypte. On reconnaît dans cette longue série plusieurs des princes de la XVIP et de la XVP dynastie, qui sont déjà nommés à leur place dans notre précis historique; mais le plus grand nombr* des noms de la Table royale deKarnac s'élève à des époques oîi la critique historique n'a pas encore pénétré. Mœris consacra ce monument à la mémoire de ses ancêtres, vers l'année 1725 avant l'ère chrétienne.
C'est au règne de ce même roi , et à l'année 1 732 avant la même ère , qu'appartient le plus ancien manuscrit égyptien connu avec une date précise : ce manuscrit existe au musée de Turin ; c'est un contrat daté de la cinquième année du règn.e de Mœris.
Dans les bas-reliefs du temple de Médinet-Habou, le roi associe à ses offrandes la reine sa femme ; elle porte les titres ordinaires de royale épouse principale , et a le nom de Rhamaïthé. Dans le tombeau d'Amensé, mère du roi , on le voit accompagné de sa jeune fille, nommée Réninofré, soleil des bienfaits. Mœris eut aussi de ce mariage un fils qui lui succéda , et il mourut après un règne trop court, tout rempli de grandes et de bonnes action?
dont les témoignages éclatants subsis tent encore. Les plus célèbres historiens de l'antiquité grecque en ont , à l'envi , célébré la gloire ; et ils en ont raconté des merveilles que l'autorité des monuments a fait inscrire parmi , les vérités de l'histoire.
L'U?^IVERS.
Le fils et le successeur de Mœris ( l'an 1723 avant J. C.) se nomma Aménophis ; il est le second roi de ce nom dans la XVIIP dynastie; son prénom royal (le 8' de la ligne intermédiaire de' la table d'Abydos , de gauche à droite) signifiait :' le soleil grand des mondes.
On ne peut s'abstenir de remarquer
?ue le nom d'Aménophis II se lit plus réquemment sur les monuments de la Nubie que sur ceux de l'Egypte :
comme si ce prince s'était appliqué à continuer l'exécution des projets de son père, qui, après avoir élevé en Egypte d'abord de si grands édifices , put a peine , à cause de la courte durée de son règne, voir commencer ceux dont il voulait orner la Nubie. Aménophis II concourut cependant à accroître les splendeurs de Thèbes; son nom se lit sur le troisième propylée et les colosses de Karnac.
A Snem ( Beghé ) , Aménophis II érigea un temple en l'honneur de Chnoupnis et de la déesse Athôr; un des pylônes de l'édifice était décoré d'une statue colossale de ce roi.
En pénétrant dans la Nubie , nous trouvons à Calabschi , l'ancienne Talmis des Grecs , les restes d'un temple qu'Aménophis II y avait élevé en l'honneur du dieu Malouli , jeune dieu qui formait, avec Horus, son père, et Isis , femme et mère d'Horus , la triade finale du système religieux de l'Egypte, dont Ammon , Mouth et Khons composaient la triade initiale. Ce même temple , détruit par le temps ou par •es guerres , fut relevé par un des rois Ptolémées ; et , après une nouvelle destruction, réédifié encore par les Romains, commencé par Auguste, continué par Caligula, par Trajan ; mais son état actuel annonce qu'il ne fut jamais terminé. Ce temple fut à toutes ces époques dédié au même dieu ; il était le seigneur suzerain du lieu , sa divinité locale : il n'y a pas d'exemple hors de l'Egypte de cette persistance dans le même culte, dans la même religion , malgré les invasions ennemies et la mobilité des croyances humaines.
Dans une autre villedèNubie, à Amada,
Aménophis II continua le temple commencé par Mœris son père ; il fit sculpter les quatre salles à la droite et à la gauche du sanctuaire ; et ce roi fit mscrire , sur une grande stèle placée au fond du sanctuaire , le détail des ouvrages exécutés par ses ordres.
On voit encore à Ibrim un spéos du règne d'Aménophis II ; alors les terres du midi, la Nubie, étaient administrées par un prince nommé Osorsaté.
Sur la paroi droite du spéos , le roi assis reçoit d'Osorsaté et d'autres fonctionnaires, les tributs de ces terres méridionales et des productions naturelles du pays , y compris des lions , 40 lévriers et 10 chacals vivants : la statue du roi était placée au milieu de celles des divinités locales. Enfin, à Ouadi-Halfa , près de la seconde cataracte , Aménophis II dédia un temple à Horammon; la fin de l'inscription dédicatoire se lit encore sur les débris de la porte antique , et les colonnes en pierre de l'intérieur du temple sont du style dorique , taillées à pans trèsréguliers et peu marqués , type incontestable des ordres grecs , et qui remonte évidemment au règne de notre Aménophis II. On a aussi retrouvé des souvenirs de son règne à Sabout-el- Qadim , vers les côtes de la mer Rouge , ou l'Egypte possédait alors des établissements commerciaux ou industriels.
Une statue colossale de ce roi orne le musée royal de Turin ; elle est de granit rose , et monolithe comme tous les colosses de l'Egypte.
Aménophis II mourut après avoir régné 25 ans et 10 mois ; son tombeau ; est perdu avec celui des autres premiers rois de la XVIIP dynastie, dans la vallée de l'ouest, où il n'a pas été découvert.
Un autre Thouthmosis , le 4* de cette même dynastie , fut le successeur d'Aménophis II, son père. Il continua aussi et termina le temple d'Amada , en y ajoutant le pronaos et les piliers; les architraves sont occupées par des i inscriptions en l'honneur de ce roi; une d'elles est ainsi conçue : « Voici ce i que dit le dieu Thoth , le seigneur des divines paroles, aux autre» dieux qui
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résident dansThyri : Accourez et contemplez ces offrandes grandes et pures, faites pour la construction de ce tein-
file par le roi Thouthmosis , à son père edieu Phré, dieu grand, manifesté aans le firmament. » La sculpture de ce temple montre partout la belle époque de l'art en Egypte. Le nom de Thouthmosis IV se voit aussi sur une frise dans les débris des édifices de Ouadi- Halfa.
Le règne de ce Pharaon fut troublé par les soins de la guerre ; les frontières méridionales de l'Egypte étaient constamment menacées par les peuplades insoumises de la Libye : Thouthmosis IV fut contraint de les combattre vers la fin de son règne ; et il existe encore, sur les rochers de Philœ, une inscription commémorative d'une victoire qu'il remporta sur ces Libyens, le 8'du mois phaménoth, l'an 7 tle son règne, 1691 ans avant l'ère chrétienne.
Deux stèles du règne de ce roi , d'un très-beau travail , sculptées et peintes, sont dans le musée de Turin ; et le bel obélisque de Saint-Jean de Latran , à Rome , porte aussi le nom de Thouthmosis IV; il est dans les colonnes latérales des quatre faces du monolithe , et elles nous apprennent que ce Pharaon avait ajoute de grandes constructions à un des temples d'Amon-Ra à Thèbes , fondé par un de ses prédécesseurs , vraisemblablement par Thouthmosis III , qui y avait fait ériger cet obélisque , transporté depuis dans la capitale du monde romain. Le prénom royal de Thouthmosis IV signifiait le soleil stabiliteur des mondes; il prit aussi le titre de chef des chefs. Le portrait de la reine sa femme se trouve dans les tombeaux de Kourna à Thèbes , mais sa légende est détruite. Ce Thouthmosis mourut après un règne de 9 ans et 8 mois, vers l'année 1687 avant l'ère chrétienne.
Il eut pour successeur un des princes les plus illustres parmi les races royales égj'ptiennes , et des plus connus parmi les populations occidentales : il se nomma Aménophis III ; c'est le Memnon des Grecs , le roi à la statue par-
lante, dont les merveilles ont ému les plus vulgaires esprits.
La naissance même de cet Aménophis eut aussi ses miracles ; et nous avons déjà rapporté (page 56) les circonstances religieuses de l'annonciation , de la naissance et de l'éducution de ce roi. Thèbes et les villes principales de l'Egypte sont encore couvertes des restes et des preuves de sa magnificence: nous avons aussi donné (page 76 et suiv.) une idée de l'ensemble du palais de Thèbes qui porte son nom , connu dans les relations anciennes et modernes sous la dénomination de Memnonîum , et qui a dans ses inscriptions celle d'Aménophium. Le grand palais de Louqsor fût aussi l'ouvrage d'Aménophis III , il en jeta les premiers fondements : écoutons le voyageur qui en a donné , le premier, la description historique :
« Le fondateur du palais de Louqsor, ou plutôt des palais de Louqsor, a été le Pharaon Aménophis-Memrion ( Amenothph llPde la XVIirdynastie).
C'est ce prince qui a bâti la série d'édifices qui s'étend du sud au nord , depuis le Nil jusqu'aux 14 grandes colonnes de 45 pieds de hauteur , et dont les masses appartiennent encore à ce règne. Sur toutes les architraves des autres colonnes ornant les cours et les salles intérieures , colonnes au nombre de 105 , la plupart intactes , on lit , en grands hiéroglyphes d'un relief trèsbas et d'un excellent travail , des dédicaces faites au nom du roi Aménophis.
Je mets ici la traduction de l'une d'elles, pour donner une idée de toutes les autres , qui ne diffèrent que par quelques titres royaux de plus ou de moins. »
«La vie! l'Horus puissant et modéré, régnant par la justice, l'organisateur de son pays , celui qui tient le monde en repos, parce que, grand par sa force , il a frappé les barbares ; le roi seigneur de justice, bien aimé du soleil ,"le fils du soleil, Aménophis , modérateur de la région pure (l'Egypte), a fait exécuter ces constructions consacrées à son père Amon , le dieu seicneur des trois zones de l'univers,
dans rOph du midi ; il les a fait exécuter en pierres dures et bonnes , afin d'ériger un édifice durable; c'est ce qu'a fait le fils du soleil Aménophis , chéri d'Amon-Ra. »
Ces inscriptions lèvent donc toute espèce de doute sur l'époque précise de la construction et de la décoration de cette partie de Louqsor.
Les bas-reliefs qui décorent le palais d'Aménophis sont, en général, relatifs à des actes religieux faits par ce prince aux grandes divinités de cette portion deThèbes, qui étaient T Amon- Ra , le dieu suprême de l'Egypte , et celui gu'on adorait presque exclusivement à Thèbes , sa ville éponyme ; 2° sa forme secondaire , Amon-Ra-Générateur, mystiquement surnommé fe mari de sa mère, et représenté sous une forme priapique; c'est le dieu Pan égyptien , mentionné dans les écrivains grecs ; 3° la déesse Thamoun ou Tamon , c'est-à-dire Amon femelle , une des formes de Neïth, considérée comme compagne d'Amon générateur; 4° la déesse Moutli , la grand' mère divine, compagne d'Amon-Ra; 5° et 6° les jeunes dieux Khons et Harka, qui complètent les deux grandes triades adorées à Thèbes , savoir :
Pères. Mères. Fils.
Amon-Ra. Mouth. Khons.
Amon générateur. Thamoun. Harka.
Le Pharaon est représenté faisant des offrandes , quelquefois très - riches , à ces différentes divinités , ou accompagnant leurs bari ou arches sacrées, portées processionnellement par les prêtres.
L'une des dernières salles du palais , d'un caractère plus religieux que toutes les autres , et qui a du servir de chapelle royale ou de sanctuaire, n'est décorée que d'adorations aux deux triades de Thèbes par Aménophis ; et, dans cette salle , dont le plafond existe encore , on trouve un second sanctuaire emboîté dans le premier, et dont voici la dédicace qui en donne très-clairement l'époque tout à fait récente , en comparaison de celle du grand sanctuaire : « Restauration de l'édifice faite par le roi (chéii de Phré, approuvé
par Amon), le fils du soleil , seigneur des diadèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Amon-Ra, gardien des régions de Oph ( Thèbes) ; il a fait construire le sanctuaire nouveau en pierres dures et bonnes à la place de celui gui avait été fait sous la majesté du roi Soleil , seigneur de justice , le fils du soleil Aménophis , modérateur de la région pure.
Ainsi , ce second sanctuaire remonta seulement à l'origine de la domination des Grecs en Egypte , au règne d'Alexandre , fils d'Alexandre le Grand, comme le prouve la figure enfantine du roi : et l'on ne trouve que cette partie moderne dans le magnifique palais d'Aménophis.
Au Memnonium plusieurs statues colossales furent érigées en l'honneur de ce roi ; les bas-reliefs oiî se montrait la protection des dieux pour ce grand prince , ornaient toutes les parties de l'édifice ; et deux grandes inscriptions annonçaient la dédicace du Memnonium aux dieux de Thèbes par ce roi reconnaissant.
La forme et la rédaction de cette dédicace sont d'un genre tout spécial ; on en jugera par une courte analyse.
Cette consécration du palais est rappelée d'une manière dramatique; c'est d'abord le roi Aménophis qui prend la parole dès la première ligne et la garde jusqu'à la treizième. «Le roi Aménophth a dit : Viens , ô Amon- Ra, seigneur des trônes du monde, toi qui résides dans des régions de Oph ( Thèbes) ! contemple la demeure que nous t'avons construite dans la contrée pure , elle est belle : descends du haut du ciel pour en prendre possession ! » Suivent les louanges du dieu mêlées à la description de l'édifice dédié, et l'indication des ornements et décorations en pierre de grès , en granit rose, en pierre noire, en or, en ivoire et en pierres précieuses , que le roi y a prodigués, y compris deux grands obélisques dont on n'aperçoit plus aujourd'hui aucune trace.
Les sept lignes suivantes renferment le discours que tient le dieu Amon-Ra , en réponse aux courtoisieg-
I^G ï PTK.
du Pharaon. » Voici ce que dit Amon- Ra , le mari de sa mère , etc. : Approche , mon fds , soleil seigneur de vérité , du germe du soleil , enfant du soleil, Aménothph! J'ai entendu tes paroles et je vois les constructions que lu as exécutées; moi qui suis ton père , je me complais dans tes bonnes œuvres , etc. , etc. , etc.
Enfin vers le milieu de la 20" ligne commence une troisième et dernière harangue ; c'est celle que prononcent les dieux en présence d'Amon-Ra, leur seigneur, auquel ils promettent lie combler de biens Aménotbph son fils chéri , d'en rendre le règne joyeux en le prolongeant pendant de longues années, en récompense du bel édifice qu'il a élevé pour leur servir de demeure , palais dont ils déclarent avoir pris possession après l'avoir bien et dilment visité.
L'identité du Memnonium des Grecs et de l'Aménophium égyptien n'est donc plus douteuse ; il l'est bien moins encore que ce palais fût une des plus étonnantes merveilles de la vieille capitale. Des fouilles en grand, exécutées par un Grec nommé lani, ancien agent de M. Sait , ont mis à découvert une foule de bases de colonnes, un très-grand nombre de statues léontocépha'les en granit noir; de plus, deux magnifiques sphinx colossals et à tête humaine , en granit rose , du plus beau travail, représentant aussi le roi Aménophis IIP. Les traits du visage de ce prince portant une empreinte de physionomie un peu éthiopienne , sont absolument semblables a ceux que les sculpteurs et les peintres ont aonnés à ce même Pharaon dans les tableaux des stèles du Memnonium , dans les bas -reliefs du palais de Louqsor, et dans les peintures du toml)eau de ce prince dans la vallée de l'Ouest à Biban-el-Molouk : nouvelle et millième preuve que les statues et bas-reliefs égyptiens présentent de véritables portraits des anciens rois dont ils portent les légendes.
A une petite distance du Rhamesséum existent les débris de 2 colosses en grès rougeâtre : c'étaient encore
deux statues ornant probablement la porte latérale nord de l'Aménophium ; ce qui peut donner une juste idée de l'immense étendue de ce palais dont il reste encore de si magnifiques vestiges. C'est cet Aménophis UI que représentait la statue vocale dont des témoins nous ont certifié les miraculeuses vertus. Nous avons tout dit sur cette merveille (à la page 70) , sur la description de la statue (aux pages 71 à 77), pour l'histoire de l'antique miracle , diversement expliqué.
Il nous reste encore d'autres monuments propres à jeter quelques lumières sur les circonstances principales du règne d'Aménophis III : nous en devons au lecteur un résumé sommaire.
Une inscription qui existeaujourd'hui sur un des rochers des environs de Philae , rappelle , dans une relation de quatorze lignes de texte, que le Pharaon Aménophis III passa dans ces contrées et y tint une panégyrie, dans la cinquième année de son règne, au retour d'une guerre dans laquelle il venait de soumettre les Éthiopiens.
Ces guerres d'Ethiopie étaient fréquentes, et amenées par la nécessité de maintenir par la force les populations nomades répandues sur les rives du Nil supérieur.
Le nom d'Aménophis III se retrouve aussi dans d'autres inscriptions , monuments isolés , mais contemporains de son règne: dans l'île de Beghé , l'ancienne Snem , près de PhilcC , on lit encore un proscynéma , ou acte d'adoration adressé a notre Pharaon par un basilico-grammate , nommé Aménémoph, l'un des commandants des troupes du roi ; un prince éthiopien , nommé Mémosis , employé aussi au service du roi , lui adresse les mêmes hommages. L'intendant du domaine royal d'Aménophis s'appelait Aménothph; il était en même temps grand prêtre de la déesse Anouké ; il fit aussi un pèlerinage dans l'île sainte de Snem ; et sa supplique aux dieux de l'île pour en obtenir tous les bienfaits dont ils peuvent disposer, existe encore en ce lieu.
L'UNIVERS
Aménopliis III avait élevé un temple au grand dieu Chnouphis dans une autre île, celle d'Éléphantine; mais il a été récemment détruit; une caserne et des magasins ont été construits des antiques matériaux de cet édifice religieux.
Ce prince éleva de grands édifices publics ; il paraît que ce fut par l'effet de cette pieuse munificence que les belles et vastes carrières de Silsilis, sur la rive orientale du Nil, furent ouvertes. Deux stèles, qui s'y voient encore de nos jours, nous donnent, par leurs inscriptions, la plus ancienne date certaine des exploitations successives de ces riches carrières , qui ont presque suffi à tous les monuments de la Thébaïde édifiés, depuis le règne d'Aménophis-Memnon.
Quand Sésostris voulut orner son grand temple d'Amon-Ra , à Thèbes , du tableau généalogique de ses ancêtres , il se garda d'y oublier Aménopliis III, dont le règne glorieux par des victoires au dehors , et de grands établissements au dedans, avait été comme le précurseur prophétique du sien. La statue d' Aménoph i s s'y montre à la suite de celles des Mènes, des Amosis , des Thouthmosis, et d'autres grands rois prédécesseurs de Sésostris.
Ce que nous avons déjà rapporté des magnificences du Memnonium ( r Jménophium ou palais d'Aménophis-Memnon) à Thèbes {supra, pages t>0, 70,71 et 314), de la statue parlante de ce Memnon (idem), ne peut suffire à en donner une idée bien complète : les ruines modernes en révèlent encore la grandeur. L'Aménophium était un des plus importants édifices de la ville royale. Il égalait en étendue l'immense palais de Karnac , et quelques débris s'élèvent à peine aujourd'hui au-dessus du sol ! En exhaussant celui de la plaine par ses inondations, le Nil a tout enseveli, la brèche, le granit, les noms des dieux et des hommes ; les barbares ont converti en chaux toutes les constructions susceptibles de subir cette éternelle transformation. Il ne reste d'entier de ce sMagnifique édi-
fice , et dans son voisinage , que les tombeaux des nombreux officiers chargés de sa garde ou de son service.
On voit , dans les riches portefeuilles du musée de Turin , un contrat manuscrit daté de l'an 24 du règne d'Aménophis-Memnon, et au Vatican, une statue léontocéphale qui porte le cartouche de ce roi, qui est ici une époque de son règne.
Dans la haute Nubie , à Sohleb , les derniers voyageurs ont retrouvé les ruines des grandes constructions que ce grand prince y avait élevées; les édifices portaient fréquemment répétée la commémoration des victoires d'Aménophis; les noms de quarantetrois peuplades vaincues et soumises , se lisent encore sur ces tableaux historiques; sur les débris des colosses de l'Aménophium de Thèbes on lit aussi dix-sept noms de peuplades conquises , presque tous différents de la grande liste de Sohleb, appartenant très-vraisemblablement à une contrée différente, et à des pays où , pour la, plupart , la barbe était en usage.
On peut, du reste , se faire une idée des monuments publics destinés, en Egypte , à célébrer la gloire des rois conquérants, en jetant les yeux sur les restes d'un colosse de ce même Aménophis III, qui décorent le musée de Paris. Ces restes , tirés de l'Aménophium même de Thèbes , ne consistent que dans les pieds et la base de sa statue colossale en granit rose.
Mais on voit, sur les côtés de cette base, sculptés en relief dans le creux, une série de captifs, les mains liées, agenouillés, et dont tous les traits portent l'empreinte de la physionomie africaine , ou nègre , très - prononcée. Leur tête est ceinte d'un diadème , et , auprès de chaque figure , se trouve un bouclier renfermant le nom de la contrée oij conuiiandait chacun de ces chefs vaincus par le roi. Ce sont là autant de noms de régions de la vieille Afrique où Aménophis-Memnon porta ses armes victorieuses : ces noms y sont au nombre de vingt-trois ; ceux de la Nubie et de l'Ethiopie s'y lisent sur la face antérieure , et l'on ne re~
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trouve que deux ou trois de ces noms dans la nomenclature bien plus nombreuse de Sohieb.
Assez loin des colosses de TAménophium de Thèbes (supra, page 70), du côté de la montagne libyque , et vers la limite du désert , gisent renversées deux grandes stèles historiques {supra, page 70) , d'environ trente pieds de hauteur, et de même matière que ces gigantesques statues. La partie cintrée (le haut) des stèles est occupée par des scènes religieuses. Dans la première, le grand dieu de Thèbes , Amon - Ra , tient par la main le roi Aménophis, et lui pose très -près de sa bouche le symbole de la vie pure et de toutes les joies pour chaque jour. Le roi est accompagné de la reine sa femme, coiffée en déesse Athôr , la tête ornée de plumes; dans la seconde scène, c'est le dieu Phtha-Socharis qui renouvelle le même don au roi , suivi de la reine dans le même costume. Une grande inscription de 24 lignes, en partie mutilées , complète ce tableau ; et le travail de sculpture de ce beau monument est d'une élégance et d'une perfection très-remarquables.
De ces deux grandes stèles , celle de droite est brisée, et une partie de l'inscription a disparu : mais une circonstance particulière donne au basrelief de ce monument un intérêt du premier ordre, qui touche par plusieurs points à l'antique histoire de l'Orient. On a rappelé plus haut que , dans les sculptures historiques et religieuses de l'Aménophium, les traits du visage d' Aménophis sont ceux de la race éthiopienne. Dans les deux stèles que nous venons de décrire , ce roi a les mêmes caractères de ligure très - prononcés , tirant visiblement vers ceux de la face nègre. Or, les monuments ont prouvé que la mère d'Aménophis III , femme de Thouthmosis IV , nommée Tmau - Hemva , était noire et originaire d'Abyssinie :
il n'y a donc plus lieu de s'étonner que le fils de cette femme port£ sur sa figure les marques de cette origine africaine, d'après une loi de la nature, qui est vraisemblablement aussi an-
cienne que l'espèce humaine les enfants mâles participant , en général , des traits physiques de la mère , et les filles plus généralement de ceux du père. Voilà donc un témoignage bien antique à l'appui de cette observation physiologique ; et , quant à l'union d'un roi d'Egypte avec une femme africaine , il y en a d'autres exemples dans les annales et dans les monumei>ts pharaoniques.
Ici, dans les stèles de Thèbes, la flatterie sacerdotale a ingénieusement découvert un moyen de se faire jour ; elle a donné à la reine , femme d'Aménophis , une physionomie un peu africaine aussi , quoiqu'elle ne fut pas de cette race; les prêtres en ont revêtu jusqu'au dieu lui-même: le profil d'Amon-Ra est exactement modelé sur celui d'Aménophis , et il est peut-être fort heureux pour le dieu que ce roi ne fût ni borgne ni bossu. On voit , à la bibliothèque royale de Paris , un portrait de ce roi , peint en profil , à fresque , et qui a été tiré de son propre tombeau. Des figures de sa mère et de sa femme accompagnent souvent celle de ce roi , ou ne forment qu'un groupe avec elle ; les colosses du Memnonium sont ainsi composés.
La légende royale d'Aménophis III s'exprimait en ces ternies : « Le dieu, gracieux, le lion des rois, le roi du peuple obéissant, soleil seigneur de vérité (prénom royal), le chéri de Phré, le bien-aimé de Socharis, seigneur de Schoti, le fils du Soleil, le dévoué aux dieux, Jménothp h (nom propre) , le bien-aimé d'Amon-Ra , roi des dieux. Or, cette légende existe sur les débris du colosse d'Aménophis, au musée du Louvre.
On voit , dans le même musée , des statuettes funéraires , en serpentine et en basalte , représentant le même Pharaon , et qui ont été recueillies dans sa catacombe royale, à Thèbes; et les souvenirs historiques d'Aménophis- Memnon sont répandus dans tous le& ' lieux de la domination égyptienne ; les^ rochers de granit des environs de Syène portent encore la représentation des hommages rendus par des princes
éthiopiens au roi Aménophis, à sa femme , et à son chiffre royal.
Le tombeau de ce prince justement célèbre , a été découvert vers le commencement de ce siècle par un membre de la commission des sciences et des arts, qui partagea la gloire de l'armée française en Egypte. ChampoUion le jeune a visité ce même tombeau , et nous en a laissé les notions suivantes :
« Tous les tombeaux des rois de Thèbes , situés dans la vallée de Bibanel-Molouk et dans la vallée de l'Ouest , sont décorés , soit de la totalité , soit seulement d'ime partie des tableaux consacrés, selon que ces tombeaux sont plus ou moins vastes et surtout plus ou moins achevés.
« Les tombes royales véritablement achevées et complètes , sont en trèspetit nombre ; celle d' Aménophis III (Memnon) est de ce nombre, mais sa décoration est presque entièrement détruite : elle existe dans la vallée de l'Ouest.
« Quelques parois conservées de ce tombeau sont couvertes d'une simple peinture, mais exécutée avec beaucoup de soin et de finesse. La grande salle contient encore une portion de la course du soleil dans les deux hémisphères; mais cette composition est peinte sur les murailles sous la forme d'un immense papyrus déroulé, les figures étant tracées au simple trait comme dans les manuscrits , et les légendes, en hiéroglyphes linéaires, arrivant presque aux formes hiératiques. »
L'examen attentif de ce tombeau a mis en évidence une observation digne d« l'intérêt des historiens modernes.
Il n'y a qu'un petit nombre de ces catacombes royales qui soient réellement terminées; celles des plus célèbres Rhamsès , par exemple. Toutes les autres sont incomplètes. Les unes se terminent à la première salle , changée en grande salle sépulcrale; d'autres vont jusqu'à la seconde salle des tombeaux complets ; quelques - unes même se terminent brusquement par un petit réduit creusé à la hâte, gros-
sièrement peint , et dans lequel on a déposé le sarcophage du roi , à peine ébauché. Cela prouve invinciblement que ces rois ordonnaient de creuser leur tombeau en montant sur le trône ; et si la mort venait les surprendre avant qu'il fût terminé, les travaux étaient arrêtés et le tombeau demeu rait incomplet. On peut donc juger à coup sûr de la longueur du règne de chacun des rois , par l'achèvement ou par l'état plus ou moins avancé de l'excavation destinée à sa sépulture.
Il est à remarquer à ce sujet, que les règnes d' Aménophis III, de Rhamsès le Grand et de Rhamsès V, furent , en effet , selon Manéthon , de plus de 30 ans chacun, et leurs tombeaux sont aussi les plus étendus.
De nombreux amulettes, en mati«res diverses , quelquefois très-riches, portent le nom et les titres d'Aménophis III. On voit , au musée du Louvre , un certain nombre de scarabées ornés de ce nom. Un de ces scarabées , qui appartient à un musée public , porte la date de l'an douze de ce roi. Enfin il existe aussi des figurines , des amulettes et des scarabées de la reine épouse de ce Pharaon.
Elle est représentée auprès du roi dans les divers tableaux religieux et les cérémonies publiques oiî le monarque occupe le premier rang. Cette reine se nommait Taïa.
Son tombeau existe encore dans la vallée des tombeaux des Veines à Thèbes, dans la montagne libyque.
L'avenue qui lui sert d'entrée est à ciel ouvert ; les décorations de la porte ont été détruites , il n'en reste que certaines parties. Dans les représentations intérieures, la reine, en rapport avec diverses divinités , accomplit en leur honneur les cérémonies prescrites par le rituel , joue du cistre en leur présence , leur fait des offrandes , et les invoque avec tous les signes du respect.
Des dates des années 24 et 27 du règne d'Aménophis-Memnon existent sur des monuments parvenus jusqu'à nous , et confirment assez directemrnt l'opinion des annalistes de l'antiquité ,
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et de ^lanéthon , de tous , le plus digne (le foi en cette matière , qui fixent la durée du règne de ce roi à 30 ans et quelques mois.
Il eut plusieurs enfants : une stèle (lu musée de Florence, qui porte en tête la légende royale d'Aménophis III , nous fait connaître une fille de ce roi , nommée Amenset; l'un des personnages qui figurent dans ce monument y porte, en effet, le titre de royal scribe de la maison de la fille royale Amenset .* c'était sans doute l'aclministrateur ou l'intendant des biens et revenus de la princesse.
Aménopliis-Memnon laissa aussi un lils qui lui succéda à la couronne royale : c'est le roi Horus des listes de Mànéthon et des monuments.
Le roi Horus monta sur le trône à la mort de son père, vers l'an 1650 avant l'ère chrétienne. Ce roi porta le nom du dieu fils d'Isis et d'Osiris ; la piété des simples particuliers les engageait assez communément à se mettre sous la tutelle d'une des divinités locales , en adoptant son nom , ou des qualifications dont ces noms étaient le trait principal.
Le cartouche-prénom du roi Horus est le 5* de la ligne intermédiaire de la table d'Abydos (voyez notre planche 47 , de gauche à droite) , et ce prénom paraît exprimer les idées Soleil directeur des mondes , approuvé par le soleil. Le nom propre se \\tAmon-Men Hôr Nem-Neb. Le serviteur d'Aman, Horus... Le texte arménien de la chronique d'Eusèbe assure que ce prince fut à la fois le successeur et le fils d'Aménophis -Memnon, et aucun témoignage historique ne contredit cette tradition écrite.
Comme tous ses prédécesseurs, la
Siété du roi Horus se manifesta par e magnifiques édifices élevés pour le service des dieux; et sa munificence royale s'étendit même au delà de l'Egypte : à Ghébel-Addèh, en Nubie, on en voit encore les restes. C'est un petit temple creusé dans le roc. Par une grande singularité , que l'histoire doit soigneusement annoter, la plupart des bas-reliefs du temple, qui fut
l'ouvrage de Pharaon Horus, ont été couverts de mortier par des chrétiens qui , sur cette frêle surface , sous laquelle se trouvaient ensevelis les tableaux de l'ancienne religion , peignirent des sujets de la nouvelle, les grandes actions des saints , et surtout de saint George le cavalier. C'est en détruisant ce badigeonnage qu'on a retrouvé ces bas-reliefs primitifs, et sur tous le nom du roi Horus.
Le temple était dédié à Thôth , le dieu des sciences et des lettres. Un de ses bas -reliefs représente le roi Horus enfant, allaité par la déesse Anouké, en présence du dieu Chnouphis à tête de bélier. Le prénom royal et le nom propre du roi font partie des inscriptions qui accompagnent cette scène mythique. Dans un autre bas -relief, une divinité protectrice présente le roi Horus enfant au dieu Horus son homonyme, qui lui remet le signe de la vie divine.
Dans une autre scène , malheureusement incomplète, le même roi figurait avec^les dieux Thôth à tête d'ibis, et Horus -à tête d'épervier.
Nous avons donné plus haut (page 153) la description détaillée du grand spéos de Silsilis , consacré à la grande divinité de Thèbes , Amon-Ra , au dieu Nil, et à Sévek, crocodilocéphale , et qui , par la suite des temps et par la diversité des monuments, est devenu une sorte de musée historique pour les annales de la XVIII« et de la XIX' dynastie.
Horus contribua aussi à orner la partie du palais de Louqsor, qui fut édifiée par son père Aménophis-Memnon; plusieurs des grandes colonnes sont ornées de bas -reliefs qui portent le nom du roi Horus. Son nom et son image furent religieusement placés par Sésostris dans le tableau de ses illustres ancêtres. Le temple d'Amon-Ra, dans la vallée d'El-Assasif à Thèbes, fut aussi l'objet des soins de ce roi ; on y fit , pendant son règne , des embellissements et des restaurations.
Mais les plus beaux , les plus précieux monuments historiques du régna
L'LNIVERS.
(lu roi Horus sont réunis dans le riche musée égyptien de Turin. Nous en donnons l'exacte description à nos lecteurs , qui y trouveront une preuve de plus de l'application constante de tous les monarques égyptiens à multiplier en leur honneur, comme à la gloire des dieux et des ancêtres, les monuments des arts : comme s'ils avaient pensé à multiplier les preuves de leur grandeur, et les documents de leur propre histoire, que tant de munificence seule pouvait taire parvenir jusqu'au sein de la civilisation moderne, pour y séduire l'esprit et la raison, pour y exciter à la fois l'intétêt et l'admiration , pour y faire chercher avec fruit les annales certaines des premiers temps de l'intelligence humaine.
Le premier des deux monuments du roi Horus , que nous avons à décrire, est un groupe de deux figures , de pierre calcaire blanche cristallisée (voyez notre planche 85, n° 1). La ligure principale est celle du dieu Amon- Ra; quoique assise, elle n'avait pas moins de huit pieds de hauteur. Le roi des dieux est figuré avec une tête humaine dont les traits, pleins de grandeur, sont exécutés avec une admirable finesse de travail. Sa poitrine est ornée d'un collier à huit rangs , terminé par des grains en forme de perles. Les deux bras, portant des bracelets , reposent sur les cuisses ; et , de la main çauche, ce dieu tient le signe de la vie divine.
A côté du trône du dieu , et debout, est le Pharaon Horus , taillé dans la même masse, et n'ayant que quatre pieds de hauteur ; mais cette figure est exécutée avec la même finesse. Le bras droit du roi repose sur l'épaule gauche d'Ammon ; la coiffure royale est distinguée par l'Uraeus , symbole de la puissance suprême; une ceinture soutient le vêtement court et léger qui le couvre, et un cartouche horizontal, placé en forme d'agrafe (A) , sur le milieu de la ceinture, contient les titres et les prénoms du prince : le dieu vivant et gracieux , soleil directeur des mondes, approuvé par Phré, chéri d'Amon-
Ra. Cette légende royale est répétée à droite et à gauche du trône qui porte le souverain des dieux , ainsi que dans un grand tableau carré (B), gravé sur le dossier de ce trône. Cet encadrement renferme deux colonnes perpendiculaires de très-beaux hiéroglyphes exprimant les idées suivantes : Le roi du peuple obéissant, seigneur de l'univers , le soleil directeur des mondes , l'approuvé par Phré , le fils du soleil, dominateur des régions , le chéri d'Ammon Hôr-Nem-Neb,vivifîcateur comme le soleil pour toujours. Le roi Horus prend, dans ces diverses légendes, le titre de chéri d'Ammon , parce qu'il se trouve là en rapport avec ce dieu , comme, sur les statues de la déesse gardienne , il prenait le titre de chéri de cette déesse.
Le second monument du musée royal de Turin que nous devons faire con-' naître, est non moins intéressant qi le premier sous le rapport de l'art , l'est davantage pour la science. Il esl en granit noir, et ses proportioi étaient de six à sept pieds avant qu'il fût gravement offensé à son sommet* C'est aussi un groupe de deux figures:
l'une représente aussi le roi Hori assis sur un trône; une femme esl assise à ses côtés. La main gauche repos porte le signe de la vie divine et son bras droit relevé contre sa poitrine, porte son sceptre, symbolel de la vigilance des dieux et des rois sur les choses humaines. La coiffure de la femme caractérise cette figuré comme étant celle d'une reine; elle a son bras gauche sur l'épaule du roi ; un vautour, les ailes pendantes , couvre la tête de la princesse , jadis ornée aussi de deux longues plumes : coiffure et insignes particuliers à toutes les reines d'Egypte figurées sur les temples et les palais. On voit ainsi caractérisée la reine Taïa, mère du roi Horus, sur les monuments d'Éléphantine, offrant des fleurs et des fruits au dieu Chnouphis; à Philae, la reine Cléopâtre, femme de Ptolémée Évergète II, et à Dendérah une impératrice romaine :
c'est la coiffure consacrée à la déess« Athyr.
EGYPTE
La légende hiérogfyphique gravée sur le devant du trône , à côté de la statué du roi Horus , a disparu en entier ; mais il reste de celle qui est du côté de la reine dix-neuf signes parmi lesquels se trouve heureusement son nom propre. Cette princesse, qualifiée de chérie d'Isis, la puissante mère divine, se nommait Tjnahumot, la mère de la grâce , ou la mère gracieuse.
Le derrière du trône sur lequel ces deux figures sont assises était orné d'une grande scène sculptée qui occupait tout le haut du dossier ; il n'en subsiste plus que des fragments. Audessous de ce bas-relief est une longue inscription hiéroglyphique , composée de 20 lignes et sculptée avec un trèsgrand soin. Les premières lignes de ce décret rendu jjar une autorité publique , contiennent les louanges du roi seigneur de l'univers , soleil directeur (les mondes, approuvé par Phré, fils du soleil, chéri (i'Amon-Ra, IIôr-Nem-Neb (le roi llorus) , qui a reçu des dons de Néïth , sa puissante mèr°e , et d'Amon- Ra, roi des dieux. Ce Pharaon est en outre qualifié d'image d'Harsiési, qui l'a dirigé; et le dieu Horus lui donna la souveraineté sur la région inférieure. On énumère ensuite les bienfaits du roi Horus envers l'Egypte; on le compare aux dieux Phré , Thôth et Phtha. On ordonne aussi de placer dans un lieu distingué des temples la statue de ce roi , ainsi que celle de sa fille, la reine Tmahumot, image de la grande mère (INéïth) , et dont les louanges paraissent mêlées à celles des déesses Saté , Sonteb , Eouto , Isis et Nephthys. On institue de grands honneurs à rendre au roi Horus, parmi lesquels on indique les panégyries liées a celles du dieu Phré; les titres décernés au roi et qui doivent accompagner ses images sont relatés dans la suite du texte; il est ordonné d'inaugurer de semblables images dans les temples de l'Egypte, et divers ordres de prêtres sont chargés du service de ces images royales, consacrées à des cérémonies religieuses dont elles doivent être l'objet : texte important par ses ■dispositions, et d'un intérêt qui n'est LT Livraison. (Egipti:.^
pas moindre pour la philologie; car ses formules principales rappellent inunédiatement à l'esprit le texte de l'Inscription de Rosette, et les deux décrets nous donnent l'idée des mêmes honneurs rendus à deux rois d'Egypte , à douze cents ans de distance, au roi Horus et à Ptolémée-Éplphane ; témoignage mémorable de la perpétuité des usages de l'Egypte, jusqu'au moment où elle ne fut plus qu'une province di; grand empire , et où elle disparut, avec l'ancien Orient tout entier, devant la civilisation nouvelle et secondaire, fondée et propagée par l'épée romaine.
Les signes qui se rapportent à la figure de la femme du même groupe nous ont appris qu'elle se nommait Tmahumot, la mère de la grâce; associée ici aux honneurs royaux rendus au Pharaon Horus, elle dut, par son rang, avoir quelques droits à cette suprême distinction : or, Manéthon nous apprend que le roi Horus eut pour successeur immédiat sa propre fille, qui régna pendant douze ans après lui. La figure de femme du groupe de Turin est donc celle de cette reine, fille d'Horus; son nom est inscrit dans le cartouche royal qui se lit dans le bas-relief sculpté sur un des côtés du même groupe.
Ainsi Tmahumot succéda au roi Horus son père, et, après avoir été associée à ses honneurs; Manéthon lui accorde douze années de règne; on croit que le successeur de cette reine était son frère, fils aussi du roi Horus : on peut donc conjecturer que Tmahumot monta sur le trône parce que le jeune âge de son frère ne liii permettait pas de porter la couronne. On assigne trente-huit ans et demi aux deux règnes successifs d'Horus et de sa fille.
La belle coudée du musée royal da Turin , habilement décrite par le savant Gazzera, remonte au règiie d'Horus, et tire un nouveau prix de sa haute antiquité par rapport aux institutions modernes.
Rhamsès !*■■ fut le successeur d'Horus, son père, et de sa sœur Tmahumot; il monta sur le trône vers l'an IGl'J avant l'ère chrétienne. La table
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L'UNIVERS
royale d'Abydos et les autres monuments analogues placent immédiatement après le cartouche royal du roi Horus , un autre cartouche qu'on retrouve, sur beaucoup d'autres monuments, constamment accompagné du nom propre Rhamsès : ce fut le premier des princes de ce nom, dont quelques-uns ont été placés par l'histoire au nombre des plus grands rois de l'antiquité.
Rappelons en passant que la reine Tmahumot ne fut pas inscrite dans ces tables royales , et ne dut pas l'être : ces tables généalogiques par génération appelaient le nom du fils à la suite de celui du père : Tmahumot et Rhamsès ne formaient qu'une seule génération; Rhamsès y fut donc inscrit après son père Horus.
Le cartouche de Rhamsès I^"" est le quinzième de la ligne intermédiaire de laTable d'Abydos; on le voit aussi dans les taljleaux du Rhamesséum et de Médinèt-Habou, et ce prénom royal signifie soleil stable et vigilant. On le retrouve à Louqsor, à Karnac , à Ouadi- Ha'fa, et dans son propre tombeau, suivi du nom propre Rhamsès.
Son règne n'eut pas une longue durée; cependant il nous est parvenu plusieurs témoignages de la piété de ce prince. Les quatre dernières grandes colonnes du temple de Louqsor furent terminées et décorées par Rhamsès I*', et les bas-reliefs qui s'y sont conservés portent son prénom royal et son nom propre.
La Nubie égyptienne participa aussi aux bienfaits du prince : le temple construit par Aménophis II, l'un des prédécesseurs de Rhamsès P', à Ouadi- Halfa, et dédié à Horammon (Ammon générateur) , éprouva les effets de sa munificence. En fouillant dans les ruines de cet édifice, les voyageurs français trouvèrent, engagée dans une muraille en lyriques de ce temple, une grande stèle sur laquelle sont écrits l'acte d'adoration des divinités du temple, et la liste des dons qui lui sont faits en même temps par Rhamsès I^''.
Ce'a se passa le 20 du mois de méchir de la deuxième année de son règne :
cette date se lit en tête du monument. Cette inscription historique est composée de sept lignes, et j'en ai sous les yeux la traduction suivante de la main, de mon frère, qui en a aussi restitué la plupart des lacunes.
Texte de l'inscription.
f* ligne. L'an II , le 22 du mois de méchir, vivant le dieu puissant, le commandant des rois, le seigneur de la région supérieure et de la région inférieure, dominant en roi comme...
= 2* le roi soleil stable et vigilant (chéri) de Harsiési (dieu qui réside dans Behni (*)... = .3^ dominant sur le trône du dieu de la vie comme son père le dieu Phré, supérieur à tout. Voici que Sa Majesté étant dans Ibrim (**) accomplit divers actes de...
= 4* piété envers le père Amon-Ra, Phtha qui préside au mur du raidi , seigneur de la vie du monde terrestre (et envers) tous les dieux de l'Egypte : c'est pourquoi ils lui accordèrent que... = 6* soumis dans le cœur... pour l'adorer; que toutes les parties de la terre entière lui servent toute espèce d'offrandes ; que les Neuf-arcs fussent renversés (sous les sandales)... = 6'' et il fut ordonné de servir Sa Majesté le roi
SOLEIL STABLE ET VIGILANT, le vi-
vilie, qui a gracieusement présenté des offrandes à son père Hcraminon qui réside (dans Behni)... = 1" dans son temple, des liqueurs précieuses (d'autres offrandes sont désignées avec leur quantité en chiffres) , et en même temps (il a comblé de biens) les prophètes et les prêtres, remplissant le trésor du dieu d'hommes et de femmes de race pure, pris parmi les captifs de Sa Majesté le roi SOLEIL stable et vigilant, vivifié aujourd'hui comme (à toujours).
La date égyptienne de ce monument remonte à l'année 1618 avant l'ère chrétienne.
Le nom de Rhamsès I*' se retrouve aussi sur des scarabées et plusieurs
(*) Nom égyptien de la ville de Ouadi- Haifa.
(*') Lieu voi-siu de Behni.
ÉGYPTK.
autres objets portatifs exécutés durant son règne.
Nous avons dit qu'il eut une courte durée; il ne dépassa pas neuf années, et, au défaut d'autres renseignements plus directs, on aurait pu déduire cette courte durée de l'état du tombeau de ce Pharaon. Il existe dans la vallée de Biban-el-lMolouk à Thèbes. Creusée dans le roc comme toutes lc;s autres catacombes royales, celle de Rhamsès P"" était enfouie sous les décombres de la montagne. Mon frère la fit déblayer au mois de mai 1829, et il reconnut qu'elle ne consistait qu'en deux corridors sans sculptures , se terininant par une salle peinte seulement, mais encore d'une étonnante conservation.
C'est dans cette salle unique qu'est placé le sarcophage du Pharaon. Ce sarcophage est en granit, mais il n'est orné que de peintures : Rhamsès I" régna trop peu de temps pour que son tombeau pût être décoré par les sculptures. Nous avons déjà averti que la magnificence des sculptures royales dans les tombeaux est toujours proportionnée à la durée des règnes; le premier édifice qu'ordonnait un roi, au moment où il montait sur le trône, c'était son tombeau.
On ne connaît pas le nom de la reine femme de Rhamsès I*"^; il en eut une cependant , puisque son successeur était son fils : ce fait historique est mis hors de doute par une courte inscription généalogique copiée par M. AViIkinson, et qui se lit : le soleil gardien de la vérité approuvé par le soleil (Rhamsès III), ^/^ du soleil stabiliteur de justice (Ménephtha I"),Jîls du soleil stable et vigila7it [Rharnsès 1"); monument d'un très-haut intérêt, qui se traduit par le tableau généalogique suivant, donnant quatre "rois et trois générations d'une incontestable filiation.