‹ Egypte ancienneChapitre 29 sur 40 · ICI · texte numérisé non relu

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coir»ni»uca an.

l^dix-neuvièniedynastie fui, comme les précédentes , originaire deTlièbes.

Le premier roi de la XIX* était le fils d/- dernier de la XVIir : il y a quelques mcertitudes sur les motifs qui guidèrent les Égyptiens dans la distinction des dynasties , et ce mot paraît avoir eu pour eux et pour leurs annalistes une acception différente de celle que les écrivains de nos temps lui ont unanimement donnée. Les meilleures autorités fixent à six le nombre des rois de la XIX* dynastie ; le premier de tous porta le nom de Rhamsès ; il fut surnommé Méiamoun, Rhamsès aimant Amon. Son cartoucheprénom se lit en effet : Soleil gardien de vérité , aimant Amon.

De graves événements troublèrent les premières années du règne de ce prince, dont, toutefois, la durée fut extraordinaire, et il fut illustré par de grands succès dans de grandes entreprises militaires.

Les écrivains grecs des premiers siècles du christianisme nous ont conservé quelques passages textuellement extraits de l'ouvrage de Manéthon , où ces événements étaient consignés.

D'après un de ces passages , l'Egypte fut de nouveau envahie par les Pasteurs durant le règne d'un Aménophis , père de Séthos , appelé aussi Rhamsès. Aux premières menaces des Pasteurs , le roi pourvut d'abord à la sûreté de son ûls encore en bas âge ; et bientôt après , incapable de résister aux efforts dis barbares , il se retira en Ethiopie II fut contraint d'y demeurer pendant 13 ans; Séthos grandit, leva une forte armée, la mena en Egypte, il avait alors 18 ans; il vainquit l'ennemi, le chassa de nouveau vers la Syrie , et il jouit dès lors sans trouble de l'autorité royale.

Pour appliquer au règne de Rhanisès-Méiamoun cette narration de Manéthon, il suffit de considérer que ce roi porte dans les listes de ce même Manéthon ce même nom de Séthos , et sur les monuments celui de Rhamsès ; double dénomination par laquelle Manéthon désigne ainsi le prince dont il raconte IHiistoire. Le père de ce prince . le der-

nier de la XVIIP dynastie, régna bien peu d'années ; les Pasteurs l'avaient chassé de son trône; à sa mort, il n'avait pas de tombeau ; il fut placé dans celui de ses ancêtres : son séjour forcé en Ethiopie explique naturellement cette circonstance remarquable de la vie de ce roi.

Le second passage de Manéthon est relatifà un événement d'un autre ordre.

Ce même Pharaon Séthos avait réuni de grandes forces de terre et de mer.

Il entreprit de lointaines conquêtes; et, en partant, il laissa à son frère Armais l'administration de l'Egypte, lui déléguant l'autorité royale, à la condition toutefois de ne pas ceindre le diadème royal, et avec la recommandation expresse de respecter la reine, mère de ses enfants, 'et les autres femmes du palais. Le roi cingla vers Chypre , attaqua ensuite la Phénicie, les Assyriens, les Mèdes , et, enhardi par d'éclatants succès, il se dirigea vers les nations de l'Orient. Il apprit alors par des lettres du grand prêtre, que son frère Armais avait méprisé tous ses ordres , et était en rc volte ouverte contre son autorité.

Séthos retourna en Egypte , y rentra par Péluse, et reprit la couronne et le pouvoir; Armais s'enfuit devant lui, et cet Armais se nommait aussi Danaus.

Ces circonstances conviennent en core au règne de Rhamsès-Méiamoun ; ce prince fut un grand conquérant; les monuments subsistants nous en instruisent sans équivoque; les seuls tableaux historiques oii figurent des entreprises navales, des combats sur mer, sont aussi de son règne; enfin, si l'on compte dans le règne de ce prince les 13 années passées en Éthiophie (puisqu'on ne les comprend pas dans le règne de son père, qui n'a été porté qu'à 5 ans et 3 mois), et qu'on y ajoute quelques années pour le temps de ses campagnes sur terre et sur mer, son règne ayant commencé en l'année 1474 avant l'ère chrétienne, la fuite d'Armais-Danaus sera fixée vers l'année 1450, et c'est le temps même où l'antiquité classique place la venue eu

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Grèce des colonies égyptiennes de Danaus.

Rhamsès-Méiamoun fut le quatrième de ce nom ; depuis qu'il avait été illustré par le plus glorieux des règnes, celui de Rhamsès le Grand , ce nom fut adopté par les rois thébains qui lui succédèrent.

Aucun autre édifice de l'Egypte n'égale en étendue le gigantesque palais de Médinet-Habou (Thèbes), étevé par le roi Rhamsès-Méiamoun. Le lecteur a déjà eu sous ses yeux la description de quelques parties de cette merveilleuse construction (voy. suprà, pages 58, 59, 155 à 158, et 241). Autour de ce grand monument s'étaient groupés les édifices élevés par des rois postérieurs : les siècles s'y étaient groupés aussi , et les arts y trouvent retracée toute leur histoire dans une réunion d'ouvrages d'époques très - diverses , comme le sont, sur le même sol et dans un espace. circonscrit, un temple de l'époque pharaonique la plus brillante; un immense palais de la période des conquêtes ; un édifice de la crémière décadence sous l'invasion éthiopienne ; une chapelle élevée par un des princes qui avaient secoué le joug des Perses; un propylon de la dynastie grecque; des propylées de l'époque romaine , et , comme pour réunir les deux points extrêmes de cette chaîne chronologique, dans une des cours du palais pharaonique, des colonnes qui jadis soutenaient le faîte d'une église chrétienne; ajoutons à tant de confusions de temps et de noms, que les propylées élevés par l'empereur Antonin , et les propylons de Ptolémée - Soter II, sont construits avec les débris retournés du palais de Sésostris, démoli par les Perses, et que le nom du roi éthiopien Taraka y a été martelé par l'ordre du Pharaon Nectanèhe : ainsi les nations et les hommes s'y sont successivement éliminés :

éphémères triomphes dont un peu de temps montre toute la misère !

Les plus anciennes constructions de Médinet-Habou remontent au règne de Thouthmosis I". Mœris fit exécuter la plus grande partie des décora-

tions; mais toutes les scui|i(iircs des façades supérieures , sud et nord , furent ordonnées par Rhanisès-Méiamoun ; et il paraît que ce roi se proposa , par ces travaux , de lier le temple de Mœris avec le grand palais dont il couvrit la butte de Médinet-Habou.

Ces scènes nombreuses , civiJes , militaires et religieuses , tableaux où l'histoire égyptienne est écrite à grands traits et se manifeste à tous les yeux , ont été décrites dans les sections où la variété de leurs sujets avait marqué leurs places.

C'est aussi à ces admirables tableaux qu'on doit rapporter ce passage d«s Annales de Tacite (liv. ii cb. 60).

« Germanicus se rendit en Egypte pour en examiner les antiquités... De Canope il arriva bientôt à Thèbes , et en contempla les immenses vestiges :

des inscriptions en caractères égyptiens, gravées sur de grands édifices, rappelaient l'ancienne opulence de l'Egypte. Il en demanda l'interprétation à l'un des anciens parmi les prêtres , qui lui dit « que ces inscriptions annonçaient que l'Egypte avait eu autrefois "sept cent mille honimes en état de porter les armes ; que le roi Rhamsès , à la tête de cette armée , avait subjugué la Libye, l'Ethiopie, les Mèdes , les Perses , la Bactriane et la Scythie , et tenu sous sa domination l'Arménie, la Cappadoce qui en est voisine, ainsi que la Bithynie d'un côté et la Lycie de l'autre, sur les deux mers. On y lisait, dans l'état des tributs imposés à ces nations, le poids en or et en argent, le nombre d'armes et de chevaux , la quantité d'ivoire et de parfums pour les temples , celle des grains et autres objets que chacune d'elles devait payer , et ces tributs égalaient ceux qui "sont imposés aujourd'hui ou par les armes des Parthes ou par la puissance romaine. »

G ermanicus , ajoute Tacite , vit aussi d'autres merveilles , la statue de Memnon , les Pyramides , le lac (Mœris) et les canaux , réceptacles, des superfluités du Nil; enfin Éléphantine et

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Sycne, limites alors de /'empire romain; et ces merveilles de l'Egypte du temps de Germanicus excitent encore , après dix -neuf siècles, l'admiration des peuples modernes: privilège à toujours assuré aux chefs-d'œuvre de la pensée et à ceux des beaux-arts.

La construction de l'incomparable édifice de Médinet-Habou fut dirigée par le basilico-grammate Phori ; cet officier en a consigné le souvenir dans une des inscriptions religieuses du spéos de Silsilis. Trois autres inscriptions en caractères sacerdotaux, tracées dans ce même lieu , annoncent que le même officier s'est rendu à Silsilis au mois de paschom , de la 5' année du règne de Rhamsès-Méiamoun ; il venait diriger l'exploitation des carrières pour les constructions de Médinet-Habou. Dans un grand bas-relief du même spéos , le roi lui-même fait ses adorations au dieu Phtha et à la déesse Pascht ( Bubastis ). Enfin une grande stèle représente ce même Pharaon adorant les dieux de Silsilis ; et ce monument fut exécuté par l'ordre du basilico-grammate Phori , qui prend les qualités de surintendant des bâtiments de Rhamsès- Méiamoun , intendant de tous les palais du roi en Egypte, et chargé de la construction du temple de Phré, bâti à Memphis par le Pharaon.

H existe aussi quelques traces d'édifices élevés par le même prince non loin du Rhamesséum de Sésostris, à Louqsor; et à Kourna , une inscription royale où son nom est tracé ; à Karnac", il est écrit sur un autre temple. Il existe encore à Qous , l'ancienne Apollinopolis-Parva , les restes d'une stèle datée du l^"" paoni, de la W année du règne de ce Rhamsès , et relative à son retour d'une expédition militaire : il conduit des captifs dont il va faire hommage aux dieux. Enfin on remarque parmi les papyrus du musée de Turin , des actes portant des dates des années 6 , 10 et 24 du règne de Méiamoun. Ce prince fut un des plus illustres ; il lit de vastes conquêtes en Asie , et ses grandes actions ont fait quelquefois confondre les cir-

constances de son histoire avec celles de la vie de Sésostris : ce que l'antiquité a rapporté de l'un et de l'autre les place également au premier rang parmi les plus grands hommes des premiers temps.

Le tombeau de Rhamsès-Méiamoun est le plus grand et le plus magnifiquement orné des tombeaux qui existent encore dans la vallée de Biban-el- Molouk ; mais aujourd'hui le temps ou la fumée a terni l'éclat des couleurs qui le recouvrent; il est remarquable aussi d'ailleurs par huit petites salles percées latéralement dans le massif des parois du l^'' et du 2^ corridor, cabinets ornés de sculptures du plus haut intérêt. L'un de ces petits boudoirs contient, entre autres choses, la leprésentation des travaux de la cuisine; un autre celle des meubles les plus riches et les plus somptueux ; un troisième un arsenal complet d'armes de toute espèce et d'insignes militaires des légions égyptiennes : ailleurs on a sculpté les barques et les canges royales avec toutes leurs décorations. L'un d'eux aussi nous montre le tableau symbolique de l'année égyptienne, figurée par six images du Nil et six images de l'Egypte personnifiée, alternées , une pour chaque mois et portant les productions particulières à la division de l'année que ces images représentent. Dans l'un de ces jolis réduits sont les deux fameux joueurs de harpe copiés par tous les voyageurs.

D'anciens Grecs visitant ce tombeau, y ont gravé sur les murs leurs noms et les motifs de leur visite : c'est ce qu'attestent plusieurs anciennes inscriptions grecques encore subsistantes dans ce tombeau.

Son entrée est à ciel ouvert sans sculptures, et à l'extrémité de ce couloir le plafond est soutenu , à son origine , par quatre piliers à tête de taureau, de face, en demi-relief et peintes. Quelques plafonds sont peints en bleu et parsemés d'étoiles blanches; des inscriptions sont tracées en bleu sur un fond jaune; les scènes religieuses y sont variées et nombreuses; la longue durée du règne de ce roi permit

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de compléter et d'orner sa dernière demeure.

Cette vaste catacombe a donné lieu à une observation singulière. Elle a été levée par des ingénieurs de l'expédition d'Egypte, et Champollion le jeune en a reconnu un plan antique parmi les papyrus du musée de Turin. Voicr la relation de ce fait Unique dans les annales de l'archéologie :

« J'ai remarqué parmi tous ces papyrus des fragments chargés de lignes tracées dans diverses directions; Je n'en voyais pas d'abord le sujet. Apres Jivoir rapproché tous les morceaux, qui font une grande feuille de plus de deux pieds, j'y ai reconnu sans nul doute le plan lavé d'une catacombe royale; le revers est presque entièrement écrit.

Le dessin est très- proprement fait, et l'on y distingue quelques repentirs d'une couleur très-pâle, comme avec un crayon de plomb. Cette catacomba est celle du roi Rhamsès-Méiamoun, et en voici la preuve. La commission d'Egypte a levé le plan de plusieurs tombeaux, et l'un de ceux qu'elle a publiés se rapporte exactement av«c celui que donne ce papyrus; c'est le cinquième de Biban-el-Molouk, à l'ouest de Thèbes, et les bas-reliefs de ce tombeau offrent un grand nombre de fois le no.m de ce Rhamsès-Méiamoun; de plus, on sait en Angleterre que des mscriptions grecques tracées sur les j)arois de cette catacombe annoncent que diverses personnes sont venues visiter ce tombeau de Rhamsès-Méiamoun; enfin la grande salle du plan sur papyrus présente le dessin à vol d'oiseau d'un sarcophage très -bien peint en granit rose ; le couvercle est orné de trois personnages portant des attributs divers : et c'est encore là tout juste la forme, par la pose, les proportions et les détails, du couvercle en granit rose aussi, tiré de ce même cinquième tombeau de l'ouest, rapporté par Belzoni , et qui porte en effet les noms et prénoms de ce Rhamsès- Méiamoun. Le rapprochement du plan sur papyrus avec celui de la commission d'Egypte, offrira quelques observations qui ne seront pas sans intérêt.

Il est remarquable que les contoursde la montagne, indiqués sur les deux plans , se rapportent encore parfaitement; et ce qui mérite encore plus d'attention, c'est que chaque couloir, chaque chambre du plan sur papyrus porte une inscriptiortniératique , suivie de chiffres donnant des nombres trèsvariés : ce sont là sans doute les dimensions de chaque partie de l'excavation royale, et la commission ayant levé ces mêmes détails exprimés en mètres, on a ainsi un nouvel élément de la grande question des mesures, égyptiennes. »

Mais quelque intérêt que présente cet antique dessin, le lecteur en accor- ! dera encore davantage au sarcophage j même de Rhamsès-Méiamoun, qui est] aujourd'hui un des ornements du musée égyptien du Louvre : il y est entrél avec la collection Sait, dont il faisair partie. C'est un magnifique monolithe en granit rose , de sept pieds de hauteur sur quatorze de longueur , d'une lar-j geur proportionnée, creusé pour receH voir la momie royale enfermée dans plusieurs riches cercueils, et couver de sculptures sur toutes ses surfaces' intérieures et extérieures. Le couvercle de ce beau sarcophage, en granit rose également, était aussi orne de sculptures et d'inscriptions ; trois figures en bas-relief occupaient la partie supérieure ; le nom du roi est souvent répété sur toutes les parties du monument. Le^ sarcophage est à Paris et le couvercle en Angleterre; il appartient à l'université de Cambridge. Il ne reste aucune trace de la momie du roi; son tombeau est de ceux qui ont été ouverts très-anciennement. Le musée du Louvre possède aussi plusieurs figurines funéraires du même roi; elles sont en granit rose, en bois peint ou en bronze.

RhamsèsIVMéiamoun mourut après un règne de cinquante-cinq ans. Sa femme se nommait Isis; elle lui survécut. Le tombeau de cette reine fut l'effet de la pieuse attention de son fils aîné

Ce prince se nomma aussi Rhamsès (le cinquième de ce nom); il succéda à

son père vers l'année 1419 avant l'ère chrétienne.

Rhamsès IV avait laissé une nombreuse lignée : elle est, on peut dire, régulièrement enregistrée dans le temple de Médinet-Habou. On a déjà vu (page 157) la mention des tableaux où les dix lils du roi sont figurés en pied, en costume de prince (voy. pi. 25, n°3), dans leur ordre de primogéniture, et les inscriptions qui accompagnent ces figures coloriées indiquent les noms et les qualités de chacun de ces princes au nombre de dix.

C'est sur ces précieux tableaux que reposent toutes les certitudes de l'histoire à l'égard de la descendance et de la succession royale de Rhamsès IV, à l'égard même de la XIX'= dynastie tout entière. Les listes des abréviateurs de Manéthon contiennent pour cette époque peu de renseignements intelligitiles. Les tableaux ae Médinet-Habou y suppléent avec une incontestable autorite : il suffira de les décrire pour en donner au lecteur l'intime conviction.

Il est en effet arrivé pour le fils de Rhamsès IV ce qui s'était passé pour le fils de Rhamsès III. Ce fils fut le treizième de ses enfants, celui qui , par le hasard des événements , succéda au roi son père ; il était figuré à son rang , dans le tableau des vmgt-trois fils de Sésostris; et, lorsqu'il eut été appelé au trône, on le signala dans ce même tableau, en changeant son costume de prince en habit royal, en gravant à côté de son nom de famille le cartouche qu'il adopta quand il fut roi. On en a agi de même à l'égard des fils de Rhamsès IV; à côté du nom et de la figure de chacun des quatre premiers , on a gravé un cartouche royal prénom ou nom propre, parce que ces quatre fils occupèrent successivement le trône après la mort de leur père. Sur les six rois qui composèrent la XIX'' dynastie, les tables de Médinet-Habou en «omment ainsi cinq à l'histoire.

Le règne du fils aîné, qui est le •Rhamsès V de nos listes, fut long, mais il en reste peu de souvenirs historiques. Son cartouche-prénom, soleil gardien de la vérité , approuvé

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par Àmmon, suivi du cartouche nom propre Rhamsès, et accompagnés de quelques titres particuliers, tels que ceux de semblable au soleil pour toujours, modérateur de la vérité, se lit encore sur quelques monuments, sur une porte votive en bois de sycomore, l'une des plus belles pièces du musée de Turin; sur des stèles déposées dans d'autres musées; dans les inscriptions du temple de Chnouphis à Éléphantine; sur quelques parties de Karnac.

Ce roi figure aussi , n'étant encore que prince, dans les pompes triomphales de son père à Médinet-Habou. La figure de Rhamsès V se voit dans la salle hypostyle de Karnac, dans les bas-reliefs des grandes colonnes; il y est représenté en pied , faisant à Amon- Ra l'offrande de son propre prénom royal : seigneur gardien de la vérité.

Le tombeau de Rhamsès V a été reconnu dans la vallée de Biban-el-Molouk : il est un des plus complets, des plus riches (preuve évidente de la longue durée du règne de ce roi ) , et nous en avons donné la description détaillée, pages 51 cà 54, au treizième paragraphe relatif à l'état de la famille royale. C'est dans ce tombeau que se trouve la confession négative à laquelle l'âme était soumise en présence des ministres de Dieu. On y voit aussi, parmi les scènes symboliques relatives à la marche du soleil dans les deux hémisphères, image de la vie de l'homme , à la seconde heure , apparaître les âmes des rois, ayant à leur tête celle de Rhamsès V lui-même, allant au-devant de la bari, ou barque sacrée de Dieu, pour adorer sa lumière; et aux quatrième, cinquième et sixième heures , le même Pharaon prendre part aux travaux des dieux, qui font la I guerre au grand serpent Apophis ca- I ché dans les eaux de l'Océan. C'est ' aussi parmi ces peintures qu'on reconnaît un tableau des constellations et de leurs influences, pour toutes les heures de chaque mois de l'année, sur les diverses parties du corps humain qui étaient placées dans leur dépendance.

Le tombeau de Rhamsès Y est un

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des plus complets de tous ceux qui existent dans la vallée de Biban-el- Molouk et dans la vallée de l'ouest : il est comme un type auquel on peut comparer tous les autres.

Les listes de Manéthon donnent à ce second roi de la XIX' dynastie plus de soixante ans de règne. Ce fut lui qui assura à sa mère les honneurs d'un tombeau royal. Il faut conclure de la longue durée de son règne qu'il naquit peu d'années avant la mort de son père Rhamsès-Méiamoun, et qu'Isis, sa mère , ne fui peut-être pas la première femme de ce roi : elle lui survécut. Le nom de son mari ne se lit "pas dans son tombeau ; on n'y trouve que celui de son fils Rhamsès'V.

Dans les listes de Manéthon déjà publiées, le successeur de Rharasès- Méiamoun est nommé Rapsis ou Rapsakes; mais un manuscrit de la bibliothèque royale le nomme positivement Rhamsès, et ce manuscrit est d'accord avec les monuments : c'est le Rhamsès V de nos listes. Il eut pour successeur un autre prince du même nom , qui fut Rhamsès VI.

Frère du précédent et second fils de Méiamoun, il parvint à la couronne vers l'année 1 358 avant l'ère chrétienne.

Rapproché des listes de Manéthon, le tableau des dix fils de Méiamoun, dont les quatre premiers portèrent successivement la couronne, ne peut point être rais d'accord avec ces listes. Elles donnent , en effet , soixante et une années au règne du fils aîné , quatrevingt-cinq ans à celui des trois autres frères suivants, et il en résulterait que le dernier aurait cessé de vivre et de régner cent quarante-six ans après la mort de leur père commun. Il y a donc du désordre et des erreurs dans la série des noms et dans les chiffres des listes qui nous sont venus des copistes de Manéthon, et l'ordre naturel de la vie des hommes y commande de sensibles rectifications. En le prenant pour règle, sans trop nous écarter des chiffres consignés dans la diversité de ces listes, et accordant au fils aîné, Rhamsès V, soixante et un ans de règne, vingt ans au second , cinq ans au troi-

sième et autant au quatrième, il en résulterait que la mort du dernier serait arrivée quatre-vingt-onze ans après celle du père, mort à l'âge de soixante ans, ce qui ne suppose pas au dernier de ses fils une longévité extraordinaire ; il faudrait aussi porter le règne du dernier roi de cette dynastie à quarante-huit ans. Mais les autorités nous manquent pour accréditer ce système, quelque conforme qu'il soit aux prescriptions de l'histoire , dont la véracité , quand il s'agit de l'homme , ne peut se fonder sur des exceptions aux lois générales de la nature.

Dans cet ensemble de doutes, nous n'avons à indiquer ici que les noms des successeurs de Rhamsès V; les trois premiers furent ses frères, et portèrent aussi le nom de Rhamsès, et ce sont les VP, VIF et :VIII'= de ce nom. Leur successeur, le sixième roi de la XIX* dynastie, fut aussi un Rhamsès (Rhamsès IX); il s'appela Thoûoris, selon les listes de Manéthon.

Il nous reste peu de monuments du règne de Rhamsès VI. Avant qu'il fût roi , il remplit les fonctions de athlophore à la gauche du roi, basilicogrammate commandant de cavalerie, ajoutant à l'indication de ces charges militaires les titres de fils du roi , enfant de son germe et le chérissant.

Son prénom royal signifiait soleil gardien de vérité, ami d'Ammon. On le trouve au-dessus d'une porte, dans la deuxième cour du palais de Karnac, à Thèbes, sur les débris d'un obélisque, sur la fleur de lotus qui surmonte un sceptre appartenant au cabinet du roi, à Paris, sur une stèle de Sabout-el- Kadim , et très-fréquemment dans son propre tombeau.

Ce tombeau existe dans la vallée des rois, à Biban-el-Molouk; son entrée est a ciel ouvert; il est creusé à une petite hauteur au-dessus du fond de la vallée, dans une masse calcaire d'une couleur jaunâtre. Ce tombeau est un des plus conservés; les peintures abondent en sujets astronomiques religieux : les courses du soleil , les heures du jour et de la nuit, les luttes contre i

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fe redoutable Apophis, des tables de lever et d'influence des constellations, des scènes de métempsycoses, des litanies en l'honneur du roi, la félicité des bons , les cbâtiments dps méchants , y sont figurés en des tableaux multipliés, qui ne permettent pas de refuser au règne de ce roi une durée approchant de celle qui nous a paru comme indiquée par les considérations précédemment exposées.

Rhamsès VII fut le quatrième roi de la XIX^ dynastie; ce rang lui est assigné par le tableau de la famille de RhamsèsIV, à Médinet-Habou. Au troisième de ses fils est en effet affecté le cartouche-prénom qui signifie soleil gardien de vérité, cl)éri d'Ammon et approuvé par le soleil. Ce cartoucheprénom était constamment uni au nom propre Rhamsès, divin modérateur, qui se lit auprès de la figure en pied de ce même prince dans ce tableau.

Ce Rhamsès est inscrit au même rang et sous ce même nom dans les listes de Manéthon.

Le tombeau de ce roi est presque le seul monument qui nous reste de sa vie et de son règne. Il est creusé dans le flanc des montagnes de Biban-el- Molouk, non loin de celui de son frère Rhamsès VI : c'est le premier qu'on rencontre en venant de Rourna; il est à gauche, au fond d'un petit vallon.

Son avenue est à ciel ouvert, d'une largeur remarquable; elle avait été stuquée avec soin. L'inscription tracée sur le listel qui surmonte le bandeau de l'entrée contient deux fois le prénom royal et le nom propre du roi, dans deux cartouches tels que ceux qui viennent d'être décrits. L'étendard royal orne les jambages de la porte; mais cette inscription est peinte et coloriée, et non sculptée, premier indice du court règne de ce roi. Les tableaux qui décorent cette catacombe sont, pour la plupart, semblables à ceux du tombeau de Rhamsès V. Ces scènes symboliques de la puissance du soleil, symbole luimême de la puissance des rois, étaient consacrées par la religion, et se reproduisaient comme des types que l'impiété seule aurait pu altérer; les tables

pour inscrire les levers et les influences des constellations sont tracées, mais le texte n'y a pas été écrit. Le plafond de la salle principale est taillé en berceau , et la sépulture du roi existe dans 5a salle funéraire; toutefois ce n'est qu'un énorme monolithe en granit rose, ayant la forme d'un couvercle, travaillé à la hâte, posé seulement sur le sol, qui a été creusé pour recevoir la momie royale. L'inscription funéraire de l'osirien roi y est grossièrement tracée, nouveau témoignage de la courte durée de son règne.

Son quatrième frère lui succéda : ce fut Rhamsès VIII. Son cartouche-prénom est tracé auprès de sa figure en pied, dans le tableau de Biban-el-Molouk, et ce cartouche contient, comme ceux de ses frères, les premières qualifications de soleil gardien de la vérité, etc. Dans son cartouche nom propre, il est qualifié de Rhamsès, chéri par Phré, et par une autre divinité jusqu'ici inconnue. On a retrouvé les noms de ce roi sur deux stèles du musée de Berlin , mais avec une variante dans les signes, qui annonce la protection des dieux. Ce prince fut le dernier des fils de Rhamsès- Méiamoun, qui composent cette extraordinaire succession de quatre fils à leur père: ces deux générations, qui vécurent cent cinquante et un ans, comprenant cinq individus, peuvent avoir occupé le trône d'Egypte durant cent quarante-six ans. L'histoire des temps modernes n'a recueilli nulle part le souvenir d'un semblable phénomène:

il a pu toutefois se réaliser dans les limites des lois naturelles.

Le dernier roi de la XIX' dynastie fut aussi un Rhamsès (Rhamsès IX), mais on ignore à quel degré de parenté et à quel titre il succéda à son prédécesseur sur le trône: toutefois de bons motifs de critique historique ont assigné à ce roi la place qu'il a dans notre relation. Son nom se lit sur des monuments de Thèbes, et à des places qu'il n'occupe que parce que des rois reconnus pour ses prédécesseurs les ont laissées libres, ou bien sur des portions d'édifices construites d'ordinaire

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les premières, et dont les portions suivantes sont signées du nom des princes postérieurs à la XIX* dynastie.

Le prénom de ce roi exprimait les idées de soleil modérateur de justice, approuvé par Animon, et son nom propre se lisait Ammon-Maï-Rhamsès ; il est accompagné de deux plumes, symboles ordinaires de la justice et de là vérité : quelquefois ce prénom et ce nom propre se trouvent abrégés sur quelques monuments.

ChampoUion le jeune a publié un registre de recettes sacrées faites dans un temple de Tbèbes, pendant le règne rie Rhamsès IX. Ce registre est distribué par années, et lé nombre des années entières, dans cet antique papyrus, ne s'élève pas au delà de six.

Les listes deManéthon indiquent aussi à la septième année la fin du règne du sixième roi de la XIX" dynastie.

Son nom se retrouve cependant sur plusieurs édifices de Tbèbes, sur le sanctuaire du temple du dieu Kbons, sur diverses portions des édifices de Karnac, et dans la salle hypostyle.

Quelques amulettes portent aussi ce nom. Enfin le tombeau de ce roi existe encore dans la vallée de Biban-el-Molouk , à Tbèbes ; c'est le second à droite en entrant dans le vallon; il est situé sur le penchant de la montagne, à peu de hauteur au-dessus du fond de la vallée.

C'est dans ce tombeau que ChampoUion le jeune se logea et s'établit pendant les trois mois qu'il consacra a l'exploration de cette vallée des tombeaux des rois. Il écrivait de ces lieux mêmes, le 25 mars 1829, ce qui suit :

« Nous passâmes sur la rive gauche du Nil , le 23 mars , et , après avoir envoyé notre gros bagage à une maison de Kourna, nous avons tous pris la route de la vallée de Biban-el-Molouk , où sont les tombeaux des rois de la XVIII'' et de la XIX« dynastie. Cette vallée étant étroite, pierreuse, circonscrite par des montagnes assez élevées et dénuées de toute espèce de végétation , la chaleur doit y être insupportable aux mois de mai, juin et juillet; il importait donc d'exploiter

cette riche et inépuisable mine à une époque où l'atmosphère , quoique déjà fort échauffée, est cependant encore supportable. Notre caravane s'y est donc étabUe le jour même, et nous occupons le meilleur logement et le plus magnifique qu'il soit possible de trouver en Egypte. C'est un roi Rhamsès de la XIX*" dynastie qui nous donne l'hospitalité, car nous habitons tous son magnifique tombeau , le second que l'on rencontre à droite en entrant dans la vallée de Biban-el-Molouk. Cet hypogée, d'une admirable conservation, reçoit assez d'air et assez de lumière pour que nous y soyons logés à merveille; nous occupons les trois premières salles qui forment une longueur de soixante-cinq pas; les parois, de quinze à vingt pieds de hauteur, et les plafonds sont tout couverts de sculptures peintes, dont les couleurs conservent presque tout leur éclat; c'est une véritable habitation de prince, à l'inconvénient près de l'enfilade des pièces ; le sol est couvert en entier de nattes et de roseaux; enfin les deux kaouas (nos gardes du corps) et les domestiques couchent dans deux tentes dressées à l'entrée du tombeau. Tel est notre établissement dans la vallée des rois , véritable séjour de la mort, puisqu'on n'y trouve ni un brin d'herbe, ni êtres vivants , à l'exception des chacals et des hyènes. »

L'avenue de ce tombeau est à ciel ouvert; les parois furent dressées, mais non poHes; un mur supérieur en pierres sèches prévient les éboulements partiels. Une grande porte de belle proportion y donne entrée, et, comme dans tous les autres tombeaux qui ne sont pas du premier rang par leur étendue, on trouve dans celui-ci une partie des représentations religieuses qu'on observe dans les autres sépultures royales. La figure du roi s'y trouve de proportions colossales, la tête ornée de la coiffure de divers dieux; il remplit envers eux les devoirs prescrits par le rituel , et les légendes le disent chéri de tous. La salle sépulcrale est soigneusement ornée des peintures consacrées ; le sarcophage en oc-

cupe le milieu. Ce cercueil est en granit rose; son couvercle est encore en place, mais brisé; sa partie supérieure est ornée de la figure du roi couché; des inscriptions et des sujets sculptés 'ouvrent le reste du monument; mais ils sont d'un travail grossier et peints en vert. Les parois d'un des corridors principaux sont occupées par la confession négative du roi; il n'est coupable d'aucun des péchés qui le priveraient de la miséricorde des dieux.

L'état de ce tombeau suppose un règne d'une durée plus longue que celle que le papyrus de Turin et les listes de Manéthonaccorderaient au roi Rhamsès IX. On voit aussi que le nombre des rois de cette XIX" dynastie ne pouvant être porté au delà de six, leur durée totale s'étant élevée à cent quatre-vingt-quatorze années, et les cinq premiers rois ayant employé les cent quaranie-six premières, il en reste qnarante-huit pour le sixième. L'étendue, l'élégance et la belle construction du tombeau de Rhamsès IX nous portent à croire ce nombre d'années de son règne approximativement exact.

LaXIX'^dynastie, qui occupa le trône pendant cent quatre-vingt-quatorze années, finit donc de régner vers l'année 1279 antérieure à l'ère chrétienne.

Les écrivains grecs rapportent aux temps de cette même dynastie deux événements importants pour l'histoire : le renouvellement du cycle sothiaque et la chute de Tryie". Il est constant, par les résultats des travaux des mathématiciens anciens et modernes , qu'un renouvellement tie ce cycle, ou de la période de 1460 ans (voyez à la page 237 ci-dessus) , s opéra le 20 juillet de l'année 1322 avant î'ére chrétienne, et cette année appartient en effet à la XIX^ dynastie. Selon notre liste, un Rhamsès régnait alors, et Théon le mathématicien , qui parle de ce renouvellement du cycle, nomme ce roi lAIénophrès.Ce nom est bien égyptien; il signifie le serviteur de P/iré (le soleil); ce fut, sans doute, le surnom du Rhamsès qui régnait alors.

Il est constant aussi que l'époque la plus généralement assignée par les '23' l.èvraison. (hlcyPTE.)

EGYPTE 35g

chronologistes à la prise de Troie, est contemporaine du dernier roi de cette XIX" dynastie, et Pline dit formellement que ce roi , contemporain de la prise de Troie, se nommait Rhamsès :

c'est bien notre Rhamsès IX de notre XIX* dynastie.

Toutefois les noms de ces rois, selon les monuments et selon les listes de IManéthon , sont assez variables ou même différents. Nous ne répéterons pas à ce sujet des explications généralement admises : les rois d'Egypte avaient plusieurs surnoms, et d'après cet usage ces surnoms, différents dans les divers écrivains, n'en désignent pas moins le même personnage. Pour la XIX^ dynastie, nous nous sommes guidés à la lumière des monuments; nous invoquerons le même secours au sujet de la dynastie suivante, la XX*".

Elle fut aussi originaire de Thèbes, et reposa dans les sépultures thébaines. Ses tombeaux se retrouvent encore pour la plupart dans les vallées réservées aux catacombes royales , et les rois qui les occupent sont tou5 encore des Rhamsès , de la grande famille à jamais illustrée par Sésostris.

Ces indications sont ici d'un grand prix pour l'histoire d'une dynastie dont les abréviateurs de Manéthon ont indiqué le nombre des rois, douze , et la durée totale de leurs règnes réunis, cent soixante et dix-huit ans, sans ajouter à ces deux chiffres aucun autre renseignenjent.

Dans ce silence de l'histoire écrite, et, d'autre part, dans l'abondance des monuments originaux, la critique se guide par de sages analogies : ici l'on en trouve dans les dénominations , dans les titres royaux consacrés par la renommée des ancêtres, dans le lieu occupé par des tombeaux dont le voisinage et la réunion font considérer leur ensemble comme le tombeau commun d'une nombreuse famille.

On a donc attribué à la XX* dynastie les princes dont la formule , soleil gardien de la vérité, est inscrite la première, parmi quelques autres, aans leur prénom royal ; (font le nom pro})i e est Rhamsès ou Raméri avcr divers

L'UNIVERS

surnoms, cette formule et ces noms propres étant communs dans la XVIIP et la XIX' dynastie; enfin les princes dont la sépulture est mêlée à celle des rois de la XVIll' et de la XIX* dynastie, ce qui les fait supposer leurs descendants et leurs successeurs ; et si l'on ne trouve point à Tlièbes les tombeaux des rois de la dynastie suivante, la XXP, ce fut sans doute parce qu'elle était étrangère aux trois précédentes :

elle tira en effet son origine de la ville de Tanis. On peut donc inscrire dans la XX'' dynastie les souverains dont les monuments nous révèlent les noms placés dans les circonstances qui viennent d'être exposées.

Pour l'époque contemporaine de la fin delaXIX'' dynastie et de l'élévation de la XX", Diodore de Sicile et Hérodote racontent quelques merveilles , entre autres les immenses richesses de Rhamphis ou Rhampsinite (premier roi de la XX^dynastieiCt successeur de Protée-Tliouofis, notre Rhamsès IX sous le règne duquel Troie fut prise par les Grecs), et les tours surprenants de deux voleurs qui puisaient à pleines mains dans les trésors accumulés par le roi , et dont les aventures seraient plus dignes de la plume des conteurs arabes que de celle des deux grands écrivains grecs. Mais il y a dans cette narration une confusion d'époques telle, que des personnages des beaux siècles de la littérature grecque s'y trouvent contemporains de la construction des pyramides. Diodore de Sicile dit vrai quand il ajoute : « Les rois qui succédèrent à Rbampsis pendant l'espace de sept générations vécurent tous dans une profonde oisivelé, et ne s'occupèrent que de leurs plaisirs. Aussi les chroniques sacrées ne nous transmettent sur leur compte le souvenir d'aucun monument magnifique, ni d'aucun acte digne de trouver place dans Thistoire; » et il est juste d'ajouter que les travaux archéologiques des modernes confirment les rapports de Diodore sur cette série de rois fainéants qui occupèrent pendant près de deux siècles le trône d'Egypte, et qui négligèrent assez les soins de l'administration publique pour qu'un

de leurs successeurs , surnommé Nilus , se soit fait quelque renommée dans l'histoire pour les grands travaux, devenus indispensables, sur les canaux du Nil, qu'il fit exécuter durant son règne. Une telle incurie et les lâchetés de l'oisiveté sont des malheurs publics quand les rois s'en rendent coupables : en Egypte, ces vices cruels portèrent avec eux leur châtiment; la famille des Rhamsès, dégénérée de son génie et de ses vertus, perdit le trône, et fut remplacée par une famille nouvelle.

Les listes de Manéthon portent à douze le nombre de ces derniers Rhamsès, formant la XX* dynastie. Les chroniqueurs des anciens temps ont dédaignédetranscrire leurs noms : ils ont été excusables, si leur silence est un jugement. Douze rois qui passent sur un trône sans y laisser la trace d'une bonne action ou d'un grand service, méritent au moins d'être oubliés.

Il reste cependant de quelques-uns d'entre eux quelques rares souvenirs, et ils sont presque tous tirés de leurs tombeaux, triste commémoration bien digne de l'inutilité de leur vie : leur ordre même de descendance, leur place dans leur propre famille, les noms de leurs pères et de leurs enfants nous seront inconnus.

Nous indiquerons donc ici leurs noms (c'est tout ce qui nous reste de leur fugitive existence), dans le seul objet de ne pas laisser une lacune dans l'histoire.

Nous appellerons Rhamsès X le souverain dont le tombeau, situé à Biban-el-Mo!ouk , porte des cartouches qui se lisent : Soleil bienfaiteur des offrandes, approuvé par le soleil, fils du soleil, dominateur de la région de pureté et d-e justice, chéri d'Ammon, • Rhamsès. Ces titres se lisent aussi dans une inscription hiératique, sur une j);irtie des édifices de Karnac, et dans le tombeau d'un membre de la classe sacerdotale, à Elethya, mort dans la quatrième année du règne de ce roi.

Un autre roi du même nom sera notre Rhamsès XI : c'est celui dont le tomlîeau existe aussi à Biban-el-Molouk , et dont les nom et prénom royaux

KGYPTE.

signifient : Soleil de vérité dans le monde terrestre, approuvé par Phré, le fils du soleil, Ammon..., Rhamsès.

Le tombeau de ce roi est le troisième dans le second embranchement de gauche de la vallée de Biban-el-Molouk.

L'avenue est spacieuse; à l'entrée, le roi l'ait ses adorations, étant casqué et agenouillé; mais les applications de stuc se sont détériorées dans le premier et le deuxième corridor; les sculptures ont été détruites également; et ce tombeau n'a jamais été achevé.

Pauvre roi , qui fut enterré comme il avait vécu , en toute hâte.

Son successeur, Rhamsès XII , espérait être plus heureux. Son tombeau , qui existe dans l'embranchement à gauche de cette même Tallée des rois morts , avait été entrepris sur de vastes plans; l'excavation est des plus étendues, grandiose dans son ensemble, mais elle est entièrement dénuée d'ornements et de sculptures ; les tableaux furent tracés en rouge sur la muraille; tout fut préparé pour le ciseau ou la brosse : la mort du roi fit laisser inachevée cette spacieuse sépulture. On y reconnaît à peine son nom figuré par les traits fugitifs du crayon ; ce Rhamsès se disait soleil établi par Thméï et Phtha, approuvé par Nèïth , fils du soleil, dominateur de la région de vérité, chéri d'Amon , dieu modérateur , Rhamsès.

Le souverain inhumé dans un autre tombeau voisin de ceux qui viennent d'être indiqués, le quatrième à gauche,

s'intitulait soleil établi des , ap-

jirouvé par Phré , le fils du soleil , Amenuises, modérateur, etc. Ce serait un nouvel Aménemsès, nom déjà .connu dans les listes thébaines, et le quatrième roi de la XX*" dynastie. On a remarqué dans son tombeau la mention de sa mère Tascha, et celle de la reine son épouse, qui lui survécut; elle est figurée rendant au roi des honneurs funéraires.

Le cinquième roi de cette même dynastie fut encore un Rhamsès , et le Xm* du nom. Il se qualifia de soleil jiardien de vérité , soleil du monde , le his du soleil , chéri d'Amon qu'il aime,

Rhamsès. Sa légende royale se retrouve dans le sujet d'une petite stèle des carrières de Silsilis.

Amon-Maï Rhamsès fut le nom propre du Rhamsès XIV , dont le prénom officiel signifiait soleil gardien de vérité , approuvé par Phré : imitation intentionnelle des titres et du nom du grand Sésostris , par un de ses descendants les plus inconnus , et dont le nom n'est conservé , avec la date de l'an 33 de son règne , que par un fragment gisant sur le sable dans les environs des murailles de Karnac.

Le septième roi de la XX^ dynastie fut plus heureux ou moins fainéant :

quelques monuntrents recommandables de son règne sont parvenus jusqu'à nous. Son cartouche-prénom signifiait : soleil stabiliteur de la vérité , approuvé de Phtha , et son nom propre, le dominateur dans la région de pureté, le chéri d'Amon, divin modérateur de la région... Rhamsès Rameri. Ce sera Rhamsès XV. Son souvenir subsiste dans un des temples de Thèbes, celui du dieu Khons, qui avait été fondé par Rhamsès IX, et qu'on appelle vulgairement le grand temple du sud. La salle hypostyle, celle qui précède le sanctuaire , fut décorée par les soins de notre Rhamsès XV.

Cette salle est soutenue par huit colonnes dont les quatre de la rangée du milieu sont plus hautes que celles des deux rangées de droite et de gauche.

Celles du milieu sont à chapiteaux en forme de campaneou de houppe de papyrus lotiforme, et les autres à chapiteaux à bouton de lotus tronqué. Les titres du roi ornent les jambages de la porte , et se lisent dans les dédicaces gravées sur les architraves , ainsi que sur les dés et les corniches. Dans les tableaux qui ornent cette salLe, le Pharaon accomplit ses devoirs envers les dieux , et leur fait des offrandes , notamment au grand dieu de Thèbes , son protecteur.

En sortant de la salle hypostyle, dans la direction de la porte principale de ce temple de Khons , on se trouve dans le pronaos , et on s'aperçoit biei? vite , à sa décoration , qu'elle est l'effet

L'UMVERS.

de la piété d'un sôii%'eraifi autre que notre Rhanisès XV, surnommé Runieri ; et , comme il est constant que raccroissentient soit des constructions, soit de la décoration des édiUces religieux , avait lieu en Egypte en commençant par le sanctuaire , et se succédait par les salles contiguës, il en résulte que le roi qui a décoré la salle liypostyle qui vient après le sanctuaire , vint aussi après le foi qui avait terminé ce sanctuaire, partie primitive de l'édiGce; et les inscriptions nombreuses qui décorent le pronaos nous apprennent que ce roi fut un grand prêtre d'Amon nommé Pahôr- Amonsé; ce nom est écrit dans son deuxième cartouche, et le premier contient seulement la qualification de prêtre principal d'Amon.

Ces circonstances nousrévèlentaussi un fait remarquable dans les annales royales de l'Egypte , un grand prêtre ceignant le diadème , et cumulant ainsi des titres et des fonctions depuis bien des siècles attentivement distmctes les unes des autres.

Nous ignorons entièrement les causes de cette singulière révolution dans le gouvernement éiïyptien; elle ne fut que temporaire; mais elle révélait un relâchement dans l'administration civile , qui favorisa les vœux toujours l-ancuniers de la caste sacerdotale , et le grand'prétre monta sur le trône des rois. Pahôr-Amonsé est représenté dans les tableaux historiques dont le projiaos du temple de Khons est décoré , fiiisant ses offrandes aux dieux , et accomplissant envers eux tous les devoirs prescrits aux rois ; ce pontife couronné n'avait garde de manquer à aucune des obligations de son titre :

dans tous les temps l'usurpation fut une source de zèle et un grand véhicule à l'exactitude. Amonsé paraît tantôt avec le costume de pontife, recouvert de la peau de panthère , et tantôt en costume civil, avec tous ses insignes , mais la tête entièrement rasée comme le prescrivait le rituel. La reine sa femme figure dans les cérémonies ', elle se nommait Ahmôs-Nofré- Atari ; dans un autre tableau, plusieurs en-

fants du pontife- roi sont en scène; ayant chacun la qualification de royai enfant de son germe. Ces divers personnages accompagnent une procession dans laquelle on porte les baris ou barques sacrées d'Amon-Ra, Mouth et Khons. La figure en grand de ce roi , tirée du bas-relief d'une des colonnes du pronaos , nous a donné son portrait.

Une autre circonstance est digne de remarque dans ce même pronaos : sur les parties les moins apparentes, on voit la figure et le nom d'un autre pontife se qualifiant d'abord de prêtre principal d'Amon-Ra , roi des dieux , Pihmé ; ensuite s'offre , sur un autre point, une enseigne royale où ce même Pihmé se donne le titre de roi ; enfin sur la troisième colonne de la deuxième rangée de droite, ce même grand prêtre est désigne par les deux cartouches royaux; ils se lisent, soleil dominateur du monde , approuvé par A mon ; le fils du soleil, lechéri d'Amon, Pihmé-, et ils sont accompagnés de toutes les autres formules royales. Pihmé fut donc encore un grand prêtre qui devint roi , et après Pahôr-Amonsé qui occupe les places honorables dans le pronaos du temple. Toutefois, le mélange des ouvrages des deux pontifes dans cette même salle permet de les inscrire tous deux parmi les rois inconnus de notre XX* dynastie : ils en furent vraisemblablement les derniers.

Ils portent à dix le nombre des rois de la XX^ dynastie. Deux des souverains de cette famille nous den:eurent donc inconnus. La durée totale de son autorité fut de cent soixante et dix-huit ans.

Son existence politique n'a laissé aucune trace dans l'histoire; on ne la connaît que par sa chute du trône : et ceci nous porte à remarquer qu'il y avait peut-être quelque chose d'admirablement conçu, de profondément combiné, ou d'heureusement inspiré dans l'établissement monarchiqued'une puissante nation, où la perte de la couronne était l'effet inévitable de l'incapacité ou de l'incurie de la familk qui l'avait reçue du vœu public. Une

p'GYPTE.

famille thébatne la conserva pendant treize siècles consécutifs , et fournit six dynasties qui donnèrent plus de cinquante rois : les premiers subirent les invasions étrangères, et accomplirent la pesante mission de conserver la transmission de la couronne, de restaurer ensuite toutes les branches «le l'administration publique, de rétablir les temples , les ouvrages d'utilité générale; ils créèrent de nouveau Thèbes , IVIemphis , les cités principales , le lac Mœris et les canaux de la basse Egypte; eux et leurs successeurs portèrent leurs armes victorieuses sur les terres et sur les mers lointaines; le génie des arts grandit sous les ailes tie la victoire; la prospérité publique sembla s'accroître en proportion de tant d'héroïques efforts , et la famille régnante devenir plus puissante et mieux affermie par tant de grands travaux. L'inaction succéda unjour à tant vie zèle; dix rois se montrèrent sans gloire sur le trône; les derniers en furent chassés par les prêtres ; la constitution , favorisée par la force des choses , pourvut à ce désordre : une famille nouvelle fut appelée à régner.

Elle était originaire de Tanis , ville bâtie sur la rive orientale du Nil , dans la basse Egypte, et dont l'origine remonte aux plus anciens temps de l'histoire d'Egypte. IVIoïse l'a m'entionnée dans son histoire de l'Exode , à propos des espions qu'il avait envoyés pour reconnaître la terre sainte. Tanis avait une étendue considérable; son enceinte renfermait des monuments importants, et leurs ruines nous montrent encore les restes de sept obélisques, de volumineux monolithes , de colosses et d'édifices de grandes dimensions.

Selon les listes de Manéthon , la nouvelle dynastie, la XXP , originaire de Tanis , fut composée de sept rois qui régnèrent ensemble cent trente années ; son élévation arriva vers l'an 1100 avant l'ère chrétienne.

Un monument apporté d'Egypte à Paris, se classe avec un ordre" singulier dans cette série de circonstances historiques. C'est ime slclc. funéraire,

remarquable par sa belle exécution , et provenant d'Abydos; elle est consacrée à la mémoire d'un nommé Aasen , simple particulier sans qualité aucune; et la personne qui consacra ce pieux monument est un Pharaon, un roi d'Egypte dont les qualifications et le nom propre, environné du cartouche royal , remplissent la première ligne tracée en haut de la stèle , et qui se lit : La vie divine ! l'Aroeris bienfaiteur du monde , seigneur de la région d'en haut et de la région d'en bas , le bienfaiteur du monde, roi du peuple obéissant , le lils du soleil Mandouftep , toujours vivant. Le défunt Aasen assis à côté de Hapévé , son épouse , reçoit les offrandes funéraires de ses enfants ou petits-enfants au nombre de cinq ; et , parmi les enfants, le roi Mandouftep lui-même est désigné par ces mots:

Son fils qui l'aime , Mandouftep ; il est le second dans l'ordre de la naissance; son frère, l'aîné, se nomme Osortasen; et son autre frère, le troisième, Mandousé.

Cette stèle nous apprend donc que le roi Mandouftep, le deuxième fils d'Aasen , parvint au trône sans que sou père eût joui des honneurs royaux , qu'il fut un chef de dynastie nouvelle , et l'on peut reconnaître en lui le Mendès ou Smendès des listes de Manéthon , chef de la XXP dynastie.

Un autre beau monument du musée de Turin , provenant également d'Abydos , se classe à côté de celui qui vient d'être décrit; ces deux stèles se prêtent un mutuel appui. Celle de Turin porte une inscription de la 46* année du règne du roi soleil , seigneur grand , fils du soleil , Aasen. Or, le successeur de INLnndouftep, dans les listes de Manéthon , est appelé Psousennès, avec les variantes Phunesès et Phusénès; il n'est pas difficile d'y reconnaître le roi Aasénès ou Aasen (le notre stèle, qui , fils de IMandouftep , aura , selon un antique usage déjà remarqué , porté le nom de son aïeul Aasen. Une autre coïncidence est non moins digne d'attention : J. Africain fixe, d'après Manéthon , la durée du règne du Pharaon Pliiibéncs à 4G ans • et l-i stèle que nous

L'LI INI VERS.

citons est précisément datée de Tan 46 du règne d'Aasen.

Du reste , le nom propre Mandouftep se retrouve dans une inscription gravée sur les rochers de la route de Cosséir, et sur le circuit d'une momie du musée de Berlin.

Mandouftep et Aasen sont les seuls rois , le 1 " et le 2^ , de la XXP dynastie dont nous connaissions jusqu'ici quelques monuments ; leurs cinq successeurs ne nous sont révélés que par les listes de Manéthon , savoir : Nepherchérès, qui règne 4 ans; Aménophthis, 9 ans; Osochôr, 6 ans; Psinachès, 9 ans, et Psousennès ou Aasen II , 30 ans. Cette dynastie vécut et mourut sans gloire; on ne cite rien de digne de ces sept princes ; leur nom ne se trouve sur aucun monument de l'Egypte : le dernier mourut vers l'an 970 avant l'ère chrétienne.

On voit sur un des rochers de granit de l'île de Philac , une inscription hiéroglyphique, acte d'adoration à la déesse Néith et au dieu Mandou pour ia conservation du Pharaon Mandouftep de la XXr dynastie.

Quelques personnages connus par l'histoire sainte furent contemporains de cette même dynastie : le roi David ; le jeune Adad qui , de l'Idumée, se sauva en Egypte pour échapper aux fureurs du saint roi , et qui s'y maria avec la sœur de la reine , femme du Pharaon; enfin , si l'on y croit , c'est d'un des rois de cette XXP dynastie que Salomon épousa une fille. Les pays soumis à l'autorité du fils de David touchaient aux frontières de l'Egypte ; le temple et les murs de Jérusalem n'étaient pas encore élevés; mais, bientôt après , les fondements du temple furent Jetés , et l'édifice fut terminé dès la onzième année du règne de Salomon.

On a remarqué ailleurs l'analogie des formes du temple du Seigneur avec celles des temples de l'Egypte. I-a Syrie prenait aussi ses modèles en Egypte. L'histoire des rois de Juda va se mêler avec celle des Pharaons.

L'incapacité de ces Pharaons ouvrit encore la voieà un nouveau changement de dynastie. Une famille nouvelle, ori-

ginaire de Bubastis , chassa du trône la famille de Tanis : hélas ! de tels événements annoncent bien haut le désordre des affaires publiques , et que des causes secrètes minent les principes de la vie du corps social : quand une nation se divise en deux camps qui se disputent par des révolutions successives la possession du pouvoir , le jour ne tarde pas d'arriver oîi les sages des deux partis s'aperçoivent qu'ils ont travaillé mutuellement pour l'avantage d'un commun ennemi.

Le chef de la nouvelle dynastie , la XXIP , s'éleva dans la ville de Bubastis , l'une des plus anciennes de celles de la basse Egypte. Ce chef se nommait Scheschonk, dont les Grecs firent Sésonchis : c'est ainsi que ce nom est écrit dans les listes de Manéthon. Son cartouche- prénom signifiait soleil du monde méridional, approuvé par le soleil ; et son cartouche nom propre se lit: Amon-Maï (le chéri d'Amon ) Scheschonk.

Ces deux cartouches se trouvent dans les inscriptions de deux statues léontocéphales dont une appartient au musée égyptien de Turin , et l'autre au musée de Paris; dans une inscription des carrières de Silsilis de l'an 22; et son nom propre est quelquefois abrégé quand il est écrit sur des monuments de petites proportions.

Ce même Pharaon Scheschonk est nommé Schischak et Sisac dans les divers textes de la Bible. Il exerça une grande influence sur les destinées politiques de la Judée. Ce fut auprès de lui, en effet, que chercha. un protecteur et un refuge léroboam , menacé par Salomon. Salomon , dit la Bible (liv. III des rois, et Paralipomènes), voulut tuer léroboam , qui se leva , s'enftiit en Egypte auprès de Schischak , roi d'Egypte , et il y demeura tant que vécut Salomon.

Ayant appris sa mort, léroboam quitta l'Egypte , se fit le compétiteur deRoboam, et de cette lutte provinrent le démembrement des États de David et la création du royaume d'Israël. Roboam et léroboam ne cessèrent de se faire la guerre. Le Pharaon

EGYPTE

Scheschonk ne resta pas ncHtre; il se déclara pour le réfugié qu'il avait favorablement accueilli; et", dans la cinquième année du règne de Pioboam, le roi d'F^gypte se présenta devant Jérusalem, s'en empara . et enleva les trésors de la maison de Jéhovah, ceux de la mai son du roi , et tous les boucliers d'or qu'avait faits Salonion. Roboam régna sur la tribu de Juda , et léroboam sur le reste d'Israël. Le roi d'Egypte conduisit en Judée une armée de douze cents chars , de soixante mille cavaliers, et d'une foule innombrable de fantassins égyptiens, libyens, troglodytes et éthiopiens.

Les monuments égytiens encore subsistants confirment "hautement ces récits de la Bible : la première cour du grand palais de Karnac à Thèbes , est , en partie , ornée de bas-reliefs. L'un des plus étendus représente un roi de proportions colossales , menaçant de ses armes un groupe de prisonniers étrangers qu'il tient par les cheveux , d'une de ses mains. Le même roi conduit aussi devant la trinité thébaine les chefs de plus de trente nations qu'il a vaincues ; ils sont liés par le cou , et chacun d'eux a près de lui un bouclier crénelé, dans lequel son nom est inscrit. Or, un de ces princes de ces peuples vaincus , à barbe pointue et à physionomie asiatique, est nommé dans son bouclier louda Hamalek , le royaume de Juda , et le roi qui l'a soumis à ses armes , porte , dans cette même scène , le nom de Scheschonk ; c'est le Sésac vainqueur de Juda à Jérusalem . et le Sésonchis des listes de Manéthon.

Le mauvais état de la grande ins- '^ription qui accompagne ce tableau , véritable monument historique , ne permet pas d'assigner, dans la durée du règne de Sésonchis , à quelle année de ce règne répondait la cinquième de Roboam , année où ceci se passa , et la chronologie comparée est par la privée d'im important synchronisme de l'histoire sainte avec l'histoire égyptienne. Roboam régna à Jérusalem 17 ans ; léroboam 22 ans, et Sésonchis 22 ans aussi : ces trois règnes

furent contemporains dans la plus grande partie de leur durée. Sésonchis mourut vers l'an 948 avant l'ère chrétienne.

On ne peut pas fixer la durée de son règne à moins de 22 ans; cette date se lit dans une grande stèle de Silsilis, qui nous apprend en même temps que ce prince y fit faire de grandes exploitations destinées à des constructions dans la grande demeure d'Amon, constructions que l'on reconnaît encore dans celles qui forment le côté droit de la première cour de Karnac, à Thèbes, près du second pylône : monument qui est en effet du règne de Sésonchis, et que ses successeurs les Bubastites s'occupèrent de terminer.

On connaît par les monuments un fils de ce roi , qui l'accompagne dans les représentations figurées sur les bas-reliefs de Karnac; ce prince porte les titres de prêtre d'Amon -Ra , chef des archers, et se nomme Ouschiopt, royal fils du seigneur des mondes Scheschonk ; mais ce prince ne se voit nulle part revêtu des attributions royales. Les listes de Manéthon nomment Osorthôn le successeur du chef de la XXir dynastie; les monuments lui donnent en effet le nom plus régulier de Osorchôn.

L'ordre des travaux d'embellissement de la grande cour de Karnac nous montre le nom de ce Pliaraon Osorchôn placé immédiatement à la suite de celui de Sésonchis; et, en ce point, les listes et les monuments se trouvent en un parfait accord. Le cartouche-prénom signifie soleil gardien de vérité , approuvé par Amon , et le cartouche nom propre : Amon - Mai , (le chéri d'Amon), Osorchôn ; il est souvent répété sur les bas-reliefs de la première cour de Karnac; sur les colonnes et les murs du grand temple de Bubastis, ville natale de la XXII* dynastie , la légende entière de ce roi se lit : l'Aroëris puissant, ami de la vérité, le soleil gardien de vérité, approuvé d'Amon , vivificateur, le fils du soleil , l'aimé d'Amon , Osorchôn , semblable au soleil.

Le nom de ce Pharaon se lit aus i

L'UNIVERS

dans les restes d'un manuscrit sur papyrus publié par le baron Denon : manuscrit qui est une partie du rituel funéraire , ornée de dessins , et portant plusieurs fois répétée la légende du défunt dont il accompagnait la momie.

Celle-ci reçoit entre ses bras étendus le dieu créateur Phtha , caractérisé par un scarabée placé sur sa tête. Cette momie reparaît vers l'extrémité opposée du rouleau , couchée dans une espèce de sarcophage ou de cercueil , sur lequel repose l'image symbolique d'une âme mâle (l'épervier à tête humaine barbue); à coté de la momie et de J'ûme sont une enseigne sacrée et un de ces grands et longs éventails portés en signe de suprématie autour des dieux et des rois figurés sur les basreliefs égyptiens. A côté, et sur un riche piédestal en forme d'entre-colonnement, est couché un chacal noir, emblème ordinaire du dieu Anubis , un des ministres d'Osiris son père dans l'Amenthi. Au-dessus de la momie on lit cette légende : Le prêtre d' Amon- Ra, roi des dieux, Osorkôn , fils de Scheschonk. Une autre inscription du même papyrus , est plus explicite encore au sujet de ces personnages ; elle porte : Le prêtre d'Amon-Ra, roi des dieux , Osorchôn défunt , fils du grandprêtre d'Amon - Ra , roi des dieux , Scheschonk défunt, royal fils du seigneur du monde, Amon-Maï-Oso?'ckôn, vivifîcateur comme le soleil , pour toujours.

Ces inscriptions nous apprennent donc que le grand prêtred'An)onOsorrhôn était fils du grand prêtre d'Amon Scheschonk , qui était fils d'un roi nommé Osorchôn : or, d'après l'usage égyptien , qui faisait passer l'appellation des grands-pères aux petits-fils , le roi Osorchôn , père du grand prêtre Scheschonk , devait être le fils d'un roi nommé Scheschonk : ce sont là en effet la généalogie des rois de la XXIF dynastie , et leur ordre de succession selon les listes de Manéthon : le premier roi eut pour successeur son fils Osorchôn , et les monuments nous font connaître cette race jusqu'à la quatrième génération ; le fils du deuxième

roi , qui se nomma Scheschonk, fut revêtu des fonctions de grand prêtre d'Amon, et le petit -fils fut nommé Osorchôn , et revêtu aussi du même sacerdoce.

Ces deux grands prêtres furent revêtus de ces fonctions sacerdotales, parce que le rang de primogéniture ne les appelait pas au trône qui était l'açanage des premiers-nés ; mais ces faits historiques nous démontrent aussi qu'à l'époque de ces rois, on n'avait pas oublié en Egypte que la monarchie avait été fondée sur les ruines du gouvernemenc théocratique , qu'il était utile de prévenir toute réaction d'une caste puissante et nombreuse , et qu'en conséquence de ces principes, les hautes dignités sacerdotales étaient dévolues aux plus proches parents du roi : nouvelle preuve de la fausseté de l'opinion des écrivains qui présentent les Pharaons comme perpétuellement courbés sous l'autorité des pontifes.

Osorchôn ne fut pas inconnu aux Hébreux ; et d'habiles critiques retrouvent en lui le roi Zoroch de la Bible , qui vint camper à Marésa avec une armée très - nombreuse, sous le règne d'Asa , petit -fils de Roboam.

Ces deux personnages furent du moins contemporains.

Le nom d'Osorchôn se lit aussi sur un magnifique vase en albâtre oriental, du cabinet des antiques de Paris.

Il porte sur sa panse une inscription dédicatoire à Amon-Ra par le roi Osorchôn. Dans des temps postérieurs, ce vase fut apporté d'Egypte à Rome , où il fut destiné à renfermer les cendres d'un membre de l'illustre famille Claudia : l'épitaphe de ce patricien est gravée en grandes lettres latines sur la partie de la panse opposée à la place qu'occupe l'inscription hiéroglyphique, et ce vase est, par le double usage auquel le destina le prix de la matière dont il est fait, un monument doublement historique. Le roi Osorchôn mourut après un règne de quinze ans.

Il eut pour successeur son fils nommé comme son père Scheschonk; et ce nom indique à la fois sa descendance et ba i'Iaccdans la liste des rois. Ses car

touches existent encore d.ins ij r^rande cour du palais de Karnac : le cartoucheprénom se lit : Soleil f^ardien de vérité, approuvé par le soleil, et son cartouche nom propre, Amon-Maï Si- Pascht - Sches(;iionk , c'est-à-dire le chéri d'Amon , fils de Pascht Scheschonk ; c'est le Sésonchis II de la XXIP dynastie. La déesse Pascht était la [! grande divinité de Bubaste; elle de- !| vait être honorée par la famille royale i originaire de cette ville, et Séson- I chis II était un des princes de cette I famille; il régna 29 ans au moins; l'inscription précitée de Karnac porte cette date : c'est tout ce qu'il est possible jusqu'ici de savoir de sa vie et de son règne.

Les listes de Manéthon lui donnent deux successeurs qu'elles ne nomment pas ; les monuments ne fournissent aui cun indice de leur existence ; la durée totale des règnes de la XXIP dynastie, après avoir laissé à Scheschonk II les 29 ans que l'inscription de Karnac lui assigne irrévocablement, exclut la supposition de leur existence: on peut donc considérer le roi nomme après Osorchôn, dans la listede Manéthon, comme 'e successeur de Scheschonk II.

Selon ces listes, ce roi porta le nom le Takelothès. C'est à Karnac encore, dans la cour ajuste titre nommée des rois Bubastites , puisque les monuments de la piété de ces rois y abondent , qu'on trouve la mention de Takelôthès. Il est figuré faisant des offrandes àAnion-Ra; son prénom sigiiilie : le soleil du monde méridional , approuvé par A mon ; et son nom propre se lit : l'aimé d'Amon et d'Isis Takelot. Les monuments de son règne sont très-rares , et les souvenirs de ses actions plus rares encore. Il nous est parvenu un tableau peint sur bois de sycomore , dont une partie se voit au musée de Turin, et l'autre au Vatican, à Rome. On y a représenté un jeune prêtre, la tête rase et la tunique couverte de la peau de panthère ; il est en acte d'offrande, et la légende écrite auprès de sa figure annonce qu'il est le royal fils de Takelôt et do Tampedj , fille de l'aimé des dieux Horus défunt.

1^,GYPTF. ZGl

Cette femme de Takelôthès se nomma donc Tampedj , et leur fils occupa , selon l'usage, un des premiers emplois du sacerdoce. Mais im autre monument qui subsiste à Karnac nous fait cormaître une autre femme et un autre fils de Takelôthès ; et ce fils , qui porte des titres de fonctions civiles et militaires , succéda à son père au trône d'Egypte : il s'ensuit que la femme mère du jeune prince qui devint roi , fut la première femme de Takelôthès , et son fils leur premier-né, puisqu'il porta la couronne royale ; et que l'autre prince fut le fils d'une seconde femme, et destiné au sacerdoce, ne pouvant pas être roi , ce titre étant dévolu au premier-né. Ce premier- né se nommait aussi Osorchôn, et sa mère la chérie de Mouth , Keromamas. L'inscription précitée de Karnac porte une date de la 25* année du règne de Takelôthès.

Son fils Osorchôn II lui succéda ; oa trouve les légendes de ce roi dans les décorations de la grande cour du temple de Karnac, dans les parties que ses prédécesseurs ne firent pas terminer : le cartouche-prénom signifie soleil gardien du monde, approuvé par le soleil; et son nom , lecliéri d'Amon- Osorchôn. On voit aussi la légende complète de ce roi dans les ruines du grand temple de Bubaste. Les rois de la XXir dynastie n'avaient pas oublié que cette ville était leur berceau , et ils l'avaient ornée de grands édifices.

Selon les listes de Manéthon , Osorchôn II aurait eu deux successeurs :

elles ne donnent pas leurs noms , et ils sont d'ailleurs inconnus à toutes les sources de l'histoire. Eusèbe avait , on ne sait pourquoi , réduit à trois le nombre des rois de cette dynastie que Jules l'Africain porta à neuf.

Nous avons retrouvé sur les monuments les trois princes que ces deux abréviateurs de Manéthon nomment également; nous y avons reconnu aussi deux autres rois qu'ils ne nomment pas , et que leurs noms et leur filiation placent sans difficulté dans cette même dynastie; elle fut donc composée au moins de cinq rois; la

L'UNIVERS

«kirée connue de leurs règnes réunis ne s'élève qu'à 91 ans ; celle de la dynastie entière est portée à 120 ans dans la liste de l'Africain; il faut donc supposer deux ou trois rois inconnus pour la lacune de 30 ans que le silence des monuments ne nous permet pas de remplir : la XXir dynastie cessa donc de régner après une durée de 120 ans , vers l'année 851 avant l'ère chrétienne.

Si , comme il paraît , Osorchôn II eut un ou plusieurs successeurs , ils furent de ces pauvres rois qui perdent les dynasties : le sflence de l'histoire est peut-être à leur égard un haut témoignage d'indulgence, s'il ne l'est d'un grand mépris : il est certain qu'après ces pauvres rois il s'éleva une famille nouvelle qui forma la XXIIP dynastie : elle était originaire de la ville de Tanis.

C'est un fait bien digne de remarque : après la fin de la XX^ dynastie , Thèbes et la haute Egypte paraissent épuisées: elles ne produisent plus ni rois ni merveilles des arts , et la vieille capitale théocratique ne conserve presque plus d'autre privilège que celui des grandes cérémonies. La basse Egypte semble en même temps croître et s'élever en intelligence et en autorité : ses villes principales , Tanis , Bubaste , Sais , Mendès , Sébennytus , engendrent les familles royales; mais la puissance de l'Egypte semble comme attachée par son origine aux sources du Nil ; elle s'affaiblit et s'abaisse , comme les forces d'un vieillard qui s'éteint, à mesure que le fleuve s'approche de la mer qui l'engloutit.

La XXIII^ dynastie fut originaire de Tanis , composée de 4 rois qui régnèrent ensemble 89 ans. Voila tout ce qu'il est possible de savoir de ces lemps-làde l'histoire égyptienne : c'est tout ce que nous ont dit les abréviatcurs de Manéthon.

On peut, toutefois, attribuer au premier roi de cette dynastie et à ses descendants, quelques monuments que la critique archéologique a interprétés avec certitude.

On voit en effet sur lo célèbre mo-

nolithe de Tanis , ville qui fut la patrtfe de la XXIIP dynastie, les cartouches d'un roi dont aucun autr* monument n'assigne ailleurs la place, et qui se lisent : Soleil esprit aimé des dieux , le fils du soleil, Ptahavtep ; et le premier nom des listes de Manéthon est Petubastis.

Sur deux belles stèles du musée du Louvre , on retrouve un Osortasen , fils de Ptahavtep , et un Amen-Hem- Djam ou Djom , fils d'Osortasen : et les mêmes listes de Manéthon disent que Petubastis eut pour successeur le roi Osorthôn , et celui-ci le roi Psammus; noms fort analogues, Osorthôn j à Osortasen , et Amen-Hem-Z)/am à Psamm ou Pjamm, devenu Psammous.

pour les Grecs et les Latins. Enfin une statue d'une collection de Rome porte, le nom de la reine Ranofré , femme du roi Amen-Hem-Djom.

C'est au règne d'un de ces rois Osortasen que remonte le bel hypogée de Béni -Hassan qui s'annonce par un portique en colonnes doriques , modèle antique de cet ordre de l'architecture grecque. Ce tombeau est celui d'un chef militaire nommé Amentéh. Les inscriptions sculptées sur les jambages et le bandeau de la porte sont du règne de cet Osortasen.

La XXIV "^ dynastie s'éleva à Sais y autre grande et célèbre ville de la basse Egypte. Mais elle ne put fournir qu'un seul roi , nommé Bocchoris : les désordres publics multipliaient les familles nouvelles , portaient la divisiorH dans Pes esprits , affaiblissaient le pa * triotisme, favorisaient l'anarchie, e ouvraient la voie à tous les malheur publics. Le temps des invasions étran gères et celui de la complète décadenc de l'Egypte était arrivé: la destiné commune aux institutions humaine s'accomplissait : l'empire égyptien toi chait à sa vieillesse, interieuremen; miné par les maux précurseurs de I, mort. I

Diodore de Sicile rapporte que le n Bocchoris était d'une taille et d'un figure tout à fait abjectes, mais supi rieur, par la pénétration de son espr et par sa prudence , à ceux qui l'avaiei '

EGYPTE

firécëde sur le trône. Ses grandes quaitcs peuvent être prouvées par son avènement au trône , sur lequel il se plaça comme chef d'une dynastie nouvdle, et par la longue durée de son règne : mais les malheurs des temps furent plus puissants que lui : l'Ethiopie se leva contre l'Egypte , l'envahit et s'en empara : Bocchoris fut pris et i brûlé vif après un règne de 44 ans. I Le chef éthiopien , maître de l'Egypte , se nommait Sabacôn : il fut le fondateur d'une dynastie nouvelle , la XXV , dite des Éihiopiens.

On ne sait comment accorder sa

■cruauté à l'égard de Bocchoris, selon

Manéthon , avec sa piété envers les

dieux et sa bienfaisance envers les

hommes , qui , selon Diodore de Sicile ,

distinguèrent ce roi éthiopien des rois

au\(|iir;ls il succédait. C'est à ce roi

que If n)ème historien fait honneur de

l'abolition de la peine de mort, ainsi

que de grandes chaussées , de nom-

,breux canaux , et d'autres vastes tra-

hVaux d'utilité commune. Toutefois, il

\kst facile de croire à cette dernière

[partie du récit: les désordres intérieurs

i'ntrainaient la ruine des établisse-

■neiits publics, et quand l'ordre re-

'iais5.ait par la présence d'un monarque

.in?e ou puissant, sa première pensée

levciit être de les réparer : l'état de

'fLgy[)te après son invasion imposa ce

lewir au vainqueur, et Sabacdn ne

e négligea point. Du reste, l'Ethiopie

l'était pas assez étrangère à l'Egypte

•tour qu'un chef éthiopienignorât l'état

1e l'administration publique de ce der-

lierpays : il y avait, entre la population

esdeux contrées, confraternité d'origi-

le, identité de race, et plus d'un usage

aractéristique devaient être communs

■ux deux régions : des rois de l'Éthio-

ie, contemporains de la XXV dy-

astie égyptienne formée aussi de

ois éthiopiens, élevaient dans leur

ays des monuments à des dieux qui

talent les mêmes que ceux de l'É-

ypte , en style égyptien , et les ins-

riptions de ces monuments étaient

Mcées dans le même idiome, dans la

lême écriture que l'étaient les ins-

■riptions des monuments de l'Egypte.

Aussi les édiflces religieux de l'Egypte conservent- ils encore les ténioi gnages du soin que Sabacôn et ses successeurs se donnèrent pour les réparer ou les embellir.

A Louqsor, par exemple, où tout révélait la munificence de Sésostris , on reconnaît des restaurations faites par l'ordre de l'Éthiopien Sabacôn.

Il paraît que, du temps de ce roi, l'ancienne décoration de la grande porte, située entre les deux massifs du pylône , était en mauvais état , et les masses entières furent alors refaites à neuf; mais les anciens bas-reliefs de Sésostris furent remplacés par des nouveaux, et Sabacôn s'y mit à la place de Rhamsès le Grand. On l'y voit encore faisant les offrandes d'usage aux dieux du palais et de la ville de Thèbes ; et quoique le nom de ce roi ait été postérieurement martelé, ces bas-reliefs n'en sont pas moins d'un très-grand intérêt par leur style : les figures en sont fortes et très-accusées; leurs muscles vigoureusement prononcés , mais sans avoir rien de la lourdeur des ouvrages des temps postérieurs. Le roi y est figuré dans des proportions colossales. Il adopta les nom et prénom royaux usités par les Pharaons ; ses cartouches se lisaient : Le roi , soleil bienfaisant des offrandes , le fils du soleil, le chéri d'Amon, Schabak. On retrouve sa légende royale sur une des portes du palais de Karnac , sur un des monuments de Thèbes avec la date de l'an 12 , où M. Wilkinson l'a recueillie le premier; enfin le nom propre du roi , Sabacôn , se trouve aussi sur la base d'une statue en plasme d'émeraude , d'un pied environ de hauteur, et d'un bon travail, représentant ce roi assis ; morceau précieux qui orne un des appartements supérieurs de la villa Aibani, à Rome.

Ce nom se lit encore, comme date, sur quelques amulettes et autres monuments de petites proportions du musée du Louvre. Sabacôn mourut après un règne de douze années.

Les listes de Manéthon lui donnent pour successeur un autre Ethiopien , qu'elles nomment Scvcchos; et l'oa

L'UNIVERS

trouve à Abydos le cartouche d'un roi qui se lit Sévékowtph. Deux stèles du musée égyptien du Louvre portent le même nom propre précédé du cartouche : Soleil , gardien régulateur du monde. Mais ces deux monuments, ainsi que le véritable nom de ce roi , sont restés jusqu'ici inconnus ; et c'est par erreur que certains critiques , peu sévères dans leurs déductions , ont cru reconnaître ce nom dans d'autres monuments qui appartiennent réellement au prédécesseur de Sévéchos,

La plus grande des deux stèles du musée royal , et un autre monument du même genre, du musée devienne, nous font connaître plusieurs personnes de la famille du roi Sévéchos, safemme, deux de ses filles sa mère , ses fils et son petit-fils. Il nous reste peu de souvenirs historiques de son règne ; on lui rapporte , toutefois, ce que dit la Bible du roi d'Israël, nommé Osée, qui.

pour résister au roi d'Assyrie Safmanasar, implora le secours et l'alliance d'un roi d'Egypte que la Bible nomme Sua ; et si l'on a remarqué que le nom de ce roi est emprunté de celui d'une divinité nommée indifféremment Sew ou Sevk , on ne trouvera plus une absolue différence entre le nom du roi d'Egypte nommé par la Bible , et notre Sévéchos : ce fait historique se passa d'ailleurs , selon la Bible , peu de temps avant le règne d'un roi nommé Tahraka ; et les listes de Manéthon nomment ainsi le successeur de Sévéchos.

On trouve en effet sur plusieurs monuments de l'Egypte les cartouches d'un roi , qui se lisent : Soleil Atmou ,

bienfaisant , le fils du soleil Tah-

raka : ils sont ainsi sur un édifice qui fait partie des constructions de Médinet-Habou à Thèbes ; pylône de médiocre étendue, dont les massifs, d'une belle proportion, ont souffert dans plusieurs de leurs parties. Le nom , le prénom , les titres , les louanges de Tahraka avaient été le sujet des bas-reliefs et des inscriptions qui décoraient les faces des deux massifs et la porte qui les sépare; mais, plus tard, des rois d'origine égyptienne firent marteler ces décorations , et plus

soigneusement le nom de i'Élhiopiea Taiiraka, leur prédécesseur : le nom de Sabacôn reçut le même affront sur les édifices de'Louqsor; et cependant l'Éthiopien avait donné a ses successeurs des exemples d'une piété modeste qu'ils n'imitèrent pas dans leurs fastueuses dédicaces : Tahraka n'avait mis que ces mots dans celle du pylône qu'il avait élevé : « La vie ! le roi Tahraka, le bien-aimé d'Ainon-Ra, seigneur des trônes du monde. »

On lui attribue toutefois , mais il n'en reste pas de tradition écrite , la conquête de toute l'Afrique scpten trionale, jusqu'aux colonnes d'Hercuie; sur les bas-reliefs de Médinet-Habou , ce roi est en effet symboliauement.

figuré de proportions colossales, te nant, d'une main robuste, les chevelures réunies en groupe de plusieurs peuples vaincus qu'il menace de sa masse d'armes. Son nom se lit aussi sur les monuments voisins du mont Barkal, dans la haute Nubie; on le trouve, enfin, sur plusieurs amulettes du musée royal.

M. Cailliaùd a copié aussi le nom de la reine , épouse de ce roi ; elle se nom niait Amentéh ; on connaît aussi deus de leurs filles. On ignore s'ils eurei des descendants mâles; mais on s avec certitude que le règne de Tahraki finit après une durée de vingt ans : li listes de Manéthon nous l'apprennent et les inscriptions de Barkal confirmen leur témoignage : ces inscriptions son en effet datées de la vingtième ann' de Tahraka.

La Bible, dans l'histoire des rois rapporte que, lorsque Sennachérib roi des Assyriens, attaqua Ézéchias roi de ^ Juda , l'Éthiopien Tahraka allié d'Ézéchias , conduisit une armé à son secours: l'Assyrie et l'Égypf nourrissaient d'antiques rivalités, mi tueliement haineuses, et les régioi intermédiaires des deux grands royai mes étaient le théâtre habituel de leui dissensions armées : l'Assyrie ne poi vait se mouvoir vers les bords oriei taux de la Méditerranée sans que l'T' gypte s'avançât à sa rencontre poi' Ken tenir écartée : c'est ainsi que l'I

EGYPTE

3Gr>

gypte se trouvait l'alliée naturelle des peuples et des villes de la Syrie et de la Palestine. Hérodote dit quelques mots de Sennachérib ; mais il confond les temps et les lieux ; il paraît n'avoir recueilli sur ces circonstances que d'incertaines traditions. La Bible ne dit point que Sennachérib alla attaquer i'Éiiypte-, il fut défait par l'anse du Seigneur dans les environs de Jérusalem , et il ne descendit pas jusqu'à Péluse , comme le suppose le récit d'Hérodote. Il dit, d'ailleurs, que ceci se passa sous le règne d'un roi nommé Séthon . prêtre de Phtha , divinité qui fit pour ce roi un grand miracle, car le dieu suscita une innombrable quantité de rats des champs , qui se répandirent pendant la nuit dans le camp ennemi , et rongèrent si bien les cordes des arcs, les carquois, et jusqu'aux attaches des boucliers, que l'armée, privée de toute espèce d'armes, fut contrainte de prendre la fuite dès le lendemain. En mémoire de cet événement, ajoute Hérodote , on plaça , dans le temple de Phtha, une statue du roi Séthon , tenant un rat dans sa main, et avec cette inscription: « En me voyant, apprenez à révérer les dieux. «

Si l'on pouvait s'en remettre aux récits d'Hérodote, la mort du troisième roi de la dynastie éthiopienne aurait été suivie de troubles qui auraient fait succéder l'anarchie à l'autorité royale : mais cette partie du récit d'Hérodote abonde tellement en confusions de temps et de noms , elle est si contraire, dans ses circonstances les plus clairement exprimées , aux indications tirées et des abréviateurs de Manéthon et de l'autorité des monuments, qu'il est difficile à l'historien éclairé par toutes ces lueurs de la critique, d'adopter la relation de l'élégant écrivain d'Halicarnasse. Selon lui, le roi Psammétichus était le fils du roi Néchos,que l'Éthiopien Sabacôn avait fait mourir; mais, selon Manéthon et les monuments , ce Psammétichus était fils du roi Néchao qui fut le cinquième successeur de Sabacôn , au lieu d'en être le prédécesseur. Nous n'inscrirons donc pas, après le reçue deTaii-

raka , ni un période d'anarchie , ni un gouvernement composé d'un conseil de douze rois , que Psammétichus abolit à son avantage personnel en s'emparant seul de la royauté.

Nous nous arrêterons toutefois a une autre circonstance qui pourrait nous porter accroire que la dynastie éthiopienne d'Egypte ne fut pas supplantée et remplacée sur le trône par une famille nouvelle, sans que l'Egypte en fût troublée. Cette famille nouvelle était originaire de Saïs.

Le premier de ses rois se nommait Stéphinatès , selon les listes de Manéthon , conservées par Jules l'Africain ; mais , selon ces mêmes listes , d'après Eusèbe , le règne de Stéphinatès , premier roi de la dynastie saïte , aurait été précédé de celui d'un quatrième Éthiopien , nommé Ammerris. On trouve en effet, sur les monuments de style égyptien des environs du mont Barkal , les cartouches prénom et nom propre, en caractères hiéroglyphiques, d'un roi Amonasô, précédés du titre de fils du soleil , et de tous les signes honorifiques du protocole égyptien. Ces noms se lisent sur le piédestal d'un lion en granit rose ; cet Amonasô régna en Ethiopie quand les Éthiopiens furent rejetés hors de l'Egypte par les Saïtes qui leur succédèrent ; Amonasô put ainsi aller continuer son règne dans sa patrie ; et la listed'Eusèbe nous conserverait la tradition de ce règne de peu de durée , auquel mit fin l'avénement du premier Saïte. On connaît aussi par les monuments du mont Barkal deux autres rois d'Ethiopie, nommés Piônchéi , et Aspit ou Asphrt, mais il est difficile de déterminer précisément l'époque à lac^uelle ils régnèrent. On peut toutefois considérer leur existence comme la suite de l'occupation du trône d'Egypte par des Éthiopiens qui durent d'abord réunir sous un sceptre commun l'Ethiopie et l'Egypte , être relégués ensuite dans l'Ethiopie seule , et y régner tant qu'un roi égyptien ne la soumit pas de nouveau à son autorité : nous verrons d'autres exemples de ces vicissitudes dans l'existence poli tique de l'Ethiopie,

L'UNIVERS

babiluellement rangée sous l'autorité des rois d'Egypte, et quelquefois temporairement indépendante, se donnant des rois qui inscrivaient leurs noms sur des monuments en langage et en style de l'Egypte , la métropole de l'Ethiopie.

Quoi qu'il en soit , l'Egypte , qui devait ne supporter qu'avec amertume une race étrangère sur le trône de ses anciens rois , fit d'heureux efforts pour les en chasser, et y réussit par l'influence d'une famille originaire de la ville de Sais.

Cette cité célèbre par la somptuosité de ses édifices et par le collège de prêtres que les philosophes de la Grèce venaient si religieusement visiter , cette cité , berceau même d'Athènes , selon les traditions grecques , n'est plus aujourd'hui qu'un amas de ruines , mais de ruines monumentales par leur immensité. Champollion le jeune les a étudiées et décrites en ces termes :

«Le 16 septembre (1828), à six heures du matin , nous nous trouvâmes amarrés dans le voisinage de Ssa-el- Hagar ; je voulus visiter les ruines de l'antique Sais.

« Nos fusils sur l'épaule, nous gagnâmes le village qui est à une demiheure du fleuve. Nous nous dirigeâmes Eiir une grande enceinte que nous apercevions dans la plaine depuis le matin.

L'inondation qui couvrait une partie des terrains nous obligea de faire quelques détours , et nous passâmes sur une première nécropole égyptienne bâtie en briques crues. Sa surface est couverte de débris de poterie, et j'y ramassai quelques fragments de figu- 1 ines funéraires : la grande enceinte n'était abordable que par une porte forcée tout à fait moderne. Je n'essayerai point de rendre l'impression que j'éprouvai après avoir dépassé cette porte, et en trouvant sous mes yeux (les masses énormes de 80 pieds de hauteur , semblables à des rochers déchirés par la foudre ou par des tremblements de terre. Je courus vers le milieu de cette immense circonvallation , et reconnus encore des constructions égyptiennes en briques crues , de

i5 pouces de long, 7 de large, et 5 d'épaisseur. C'était aussi une nécropole , et cela nous expliqua une chose jusqu'ici assez embarrassante, savoir, ce que faisaient de leurs momies les villes situées dans la basse Egypte et loin des montagnes. Cette seconde nécropole de Sais , dans les débris colossaux de laquelle on reconnaît encore plusieurs étages de petites chambres funéraires (et il devait y en avoir un nombre infini) , n'a pas moins de 1,400 pieds de longueur, et près de âOO de largeur. Sur les parois de quelquesunes des chambres , on trouve encore un grand vase de terre cuite , qui servait à renfermer les intestms des morts, et faisait l'office des vases nommés canopes. On trouve du bitume au fond de quelques-uns de ces vases.

« A droite et à gauche de cette nécropole existent des monticules , sur l'un desquels nous avons trouvé des débris de granit rose, de granit gris, de beau grès rouge, et aussi du marbre blanc, dit deThèbes. Des légendes de Pharaons sont sculptées sur ce mar bre blanc , matière rare en Egypte.

« Les dimensions de la grande enceinte qui renfermait ces édifices sont véritablement étonnantes. Le parallélogramme , dont les petits côtés n'ont pas moins de 1,440 pieds, et les grands 2,160, a ainsi 7,000 pieds de tour. La hauteur de cette muraille peut être estimée à 80 pieds , et son épaisseur , mesurée , a été trouvée de 54 pieds : on pourrait donc y compter les briques par millions.

« Cette circonvallation de géants me paraît avoir renfermé les principaux édifices de la ville de Sais. Tous ceux dont il reste des débris étaient des nécropoles; et, d'après les indications fournies par Hérodote , l'enceinte que j'ai visitée renfermerait les tombeaux d'Apriès et des rois saïtes de la XXVI" dynastie , ses ancêtres. De l'autre côté serait le monument funéraire d'Amasis. La partie de l'enceinte vers le Nil a pu aisément contenir le temple de Nèïth , la grande déesse de Sais.

« A quelques centaines de toises de l'uigîe voisin de la porte forcée, exis

EGYPTE

lent des collines qui couvrent une troisièoie nécropole. Elle était celle des grandes familles , et on en a tiré un grand sarcophage en basalte vert, qui était celui d'un gardien des temples sous le roi Psamniétichus. »

Hérodote et Strabon , qui ont vu cette ville avant sa décadence, donnent , des monuments publics dont elle était ornée , des descriptions qui nous en laissent une grande opinion. Le temple de Nèïth était le plus somptueux de ces édiflces; son frontispice était décoré de grands obélisques, et un vaste bassin, revêtu en pierres, était tout auprès. Une grande fête annuelle y attirait un grand concours de monde : c'était celle des lampes ardentes , qui 86 célébrait pendant la nuit , et qui était précédée par de grandes cérémonies religieuses. Les Grecs disaient que Cécrops était originaire de Sais.

! La dynastie que cette ville vit sortir ! de son sein fut composée de neuf rois, i et il nous reste de leur règne des mo- ' numents nombreux et variés. Ces rois , \ qui succédaient à une dynastie de conquérants étrangers , semblaient s'effor- ! cer démultiplier les monuments,comme I pour manifester leur ardent amour du ! pays, sentiment né de leur origine ■ même.

; Le premier des rois de cette XXVP 1 dynastie, celui qui en fut le chef, est nommé Stéphinatis dans les listes de Manéthon: il parvint au trône vers l'année 674 avant l'ère chrétienne.

' Son règne dura sept années , voilà tout ce qu'il nous est possible de savoir de son existence. Il en est de même de ses deujc successeurs Néchepsôs et Néchaô ; le régne du premier est porté à six années , celui du second à huit dans ces mêmes listes de Manéthon.

L'histoire , par les faits , de cette XXVr dynastie ne commence qu'avec le règne de Psammétichus. Ses cartouches prénom et nom propre se lisent sur plusieurs monuments ; le premier signifie : Soleil bienfaiteur (lu cœur, et le second Psamétik. Cette légende royale se voit sur l'obélisque de Monte Citorio, à Rome, sur la ceinture d'une statue en basalte

vert , représentant ce roi , et appartenant au cabinet des antiques à Paris ; sur un petit naos du musée de Marseille; dans les inscriptions d'une statue naophore , en basalte vert , du musée du Vatican, et sur un vase canope de Florence, comme sur plusieurs scarabées et autres monuments de petites proportions.

Les édifices de Thèbes et d'autres lieux de l'Egypte conservent aussi les souvenirs historiques du règne de Psammétichus. On les trouve sculptés sur les grandes colonnes de la première cour du palais de Rarnac; dans l'île de Snem , près de Philœ: ses légendes royales rappellent , soit que ce prince se rendit dans cette île, soit qu'il fit faire, dans les belles carrières de granit rose de cette localité, de grandes exploitations pour servir aux édifices qu'il construisit ou qu'il répara. On voit aussi dans les carrières de grès à Thorrah, près de Memphis, un monolithe tracé à l'encre rouge sur les parois , avec une finesse extrême et une admirable sûreté de main ; la corniche de ce monolithe , qui n'a existé qu'en projet, porte la légende royale de Psammétichus. Le musée des Studi , à Naples , possède un beau morceau de granit , portant les cartouches de Psammétichus : c'est un fragment de la base de l'obélisque de Monte Citorio. Il y a aussi , au Vatican , un papyrus daté de la 20'' année du règne de ce roi ; plusieurs figurines portent aussi le nom de ce roi.

Le règne de Psammétichus est fort célébré dans les écrivains de la Grèce , parce qu'il fut le premier des rois d'Egypte qui , s'affranchissant du joug des anciennes coutumes, rendit l'accès de ce pays plus facile aux étrangers. Selon les relations d'Hérodote, Psammétichus accueillit les Canens et les Ioniens qui 5e rendirent en grand nombre dans ses États ; il leur donna des terres , les traitant à l'égal de la caste militaire dont il les prit pour auxiliaires; il leur donna de jeunes Égyptiens à élever , afin que ces enfants apprissent la langue grecque et servissent d'interprètes aux deux nations : c'est depuis

i; UNI VER s.

cette époque, ajoute Hérodote, que nous autres Grecs , dans nos relations commerciales avec les Égyptiens, avons pu nous instruire exactement , par le secours de ces interprètes, de l'histoire d'Egypte à dater du règne de Psamméticlius , et sous les rois qui lui ont succédé ; car ces Grecs sont les

{)remiers étrangers qui, parlant une angue différente de celle du pays , l'ont habité librement.

Psammétichus fit construire les propylées méridionaux du temple de Phtha, alVlempliis, ainsi que le promenoir du bœuf Apis. Ce promenoir était situé en face du péristyle ; le mur d'enceinte était couvert de sculptures, et au lieu de colonnes, on y avait enipioyc des statues colossales de 13 coudées de hauteur.

Psammétichus fit aussi la guerre aux nations voisines de l'Egypte; Hérodote prétend qu'il assiégea , durant vingt-neuf ans consécutifs , une ville de Syrie qu'il nomme Azotus. Le règne de ce roi fut en effet très-long; les listes de Manétlion et le texte d'Hérodote le fixent également à cinquantequatre ans.

Cet historien et Diodore racontent presque dans les mêmes termes une grande émigration de troupes égyptiennes en Ethiopie ; ils en portent le nombre à deux cent quarante mille hommes, mais les motifs de leur mécontentement sont diversement exposés : la préférence que le roi montra pour les troupes grecques fut un de ces motifs ; un autre provenait de ce que Psammétichus avait négligé de relever les Égyptiens des garnisons méridionales après le terme fixé parl'usage.

Ce fut en vain que le roi , par ses généraux et par ses propres exhortations , pressa ces troupes de rentrer; elles s'établirent en Ethiopie; le chef du pays leur donna des terrées , et la contrée en prit le nom de pays des transfuges égyptiens.

Diodore, qui a pris le récit d'Hérodote pour guide , ajoute que Psammétichus , de retour en Egypte , se livra aux soins de l'administration, assura la perception de ses revenus , contracta

des alliances avec les Athéniens et quelques autres peuples de la Grèce; qu'il reçut et traita très-favorablement les étrangers qui venaient visiter l'Egypte : qu'affectionnant les Grecs particulièrement, il fit donner à son fils une éducation toute grecque, et qu'il fut le premier des rois d'Egypte qui ouvrît aux étrangers des comptoirs dans diverses parties de ses Etats, donnant les plus essentielles garanties aux navigateurs qui y abordaient.

Par dételles alliances Psa-mmétichus nous semble prévoir déjà les intentions des Perses,vouloir les prévenir,et se préparer à les faire avorter en s'associant avec les peuples qui devaient les redouter aussi : mais la nation égyptienne , qui ne comprit pas la portée de ce& alliances , murmura contre son roi et le désapprouva : la nouvelle invasion étrangère n'était pas alors imminente à tous les yeux.

Du reste , l'art , sous le règne de Psammétichus, recouvra quelque chose ■ de son antique perfection; ce roi contribua à cette renaissance par les grands ouvrages qu'il fit exécuter; cei qui nous est parvenu de cette époque justifie pleinement notre assertion :

c'était au VH" siècle avant l'ère chrétienne,etonneconnaîtriendebeaupoHr ces temps-là chez les Grecs alors presque inconnus dans l'histoire des arts.

Hérodote nous dit que Nécos , fils de Psammétichus, succéda à son père. Enl effet, les listes de Manéthon nomment!

Néchaô H comme successeur de Psam-< métichus 1" ; de plus , deux belles stèles de l'ancienne collection de M. d'Anastasi nomment ce roi INéchaô et le qua-j lifient de fils de ce Psammétichus. Ces| stèles commencent par cette inscrip-f tion : « Dans l'année f", du mois d'é-l piphi le f"^ jour, sous le sacerdoce dtj roi soleil-., du cœur, \e fils du soleil' Néchaô, etc. »

Les deux cartouches du roi se retroiij vent, avec deux variantes remarquai blés , dans un dessin fait à Rosette , ei l'année 1777, par un nommé Cloquet et appartenant depuis longtemps a cabinet des estampes de la bibliothèqu royale de Paris. Champollion le jeun

EGYPTK

a consigné cette remarque importante , ft expliqué ces variantes dans son manuscrit sur les dynasties égyptiennes, et son illustre plagiaire n'a pas hésite à s'emparer de cette remarque comme l'ayant faite lui-même à Rosette. Que répondrait-il à un honnête homme qui le prierait de lui indiquer le lieu, la roccia, ou ces deux cartouches existent, stanno sco/pifi? Une note écrite sur le dessin dit qu'ils étaient sur un bloc de pierre isolé; et qu'est devenu ce fragment depuis l'année 1777?

Je trouve aussi dans le même manuscrit de mon frère le dessin et la traduction d'une stèle funéraire qu'il a vue à Alexandrie, dans laquelle le roi Néchaô est nommé, et dont les dates et les nombres seront d'une utilité immédiate pour l'ordre chronologique des rois de la XXVP dynastie égyptienne. Voici le texte de la portion miportante de ce précieux monument :

« Le prêtre Psanimétichus naquit heureusement l'an III, le l*"" jour du mois de paôni, sous le règne du fils du soleil Néchaô. La durée de sa vie fut de LXXI ans, IV mois et VI jours , et il mourut l'an XXXV, le 6^ jour du mois de paôni du règne du fils du soleil Aniasis. »

Cette date de la troisième année du règne de Néchaô est la plus élevée que l'on connaisse; il est porté à huit années dans les listes de Jlanéthon. Hérodote attribue à Néchaô les premiers travaux pour établir le canal de communication entre les deux mers, la Méditerranée et la mer Rouge.

L'importance commerciale et politique de ce canal fut connue de l'antiquité : cet ouvrage fut plusieurs fois entrepris et plusieurs fois abandonné.

Selon Hérodote , Néchaô y aurait vu périr cent vingt mille hommes employés à le creuser. Il fut ouvert sur le point oîi se trouve la moindre distance entre le Nil et la mer Rouge. Il tirait son origine de la branche pélusiaque du fleuve , dont il était une dérivation , près de Rubaste, se dirigeant de là, à l'est , jusqu'à l'entrée de l'Ouady actuel ; le cours de l'Ouady en était la prolongation , aussi à l'est , sur une longueur 24' Livraison. (Egypte.)

de qumze lieues; le canal traversait ensuite les lacs amers par une inflexion au sud-est , sur huit à neuf lieues d'étendue ; enfin , par une autre inflexion vers le sud, et cinq lieues de longueur, il atteignait le golfe Arabique : ce canal avait donc vingt-cinq lieues de développement, et la navigation totale du Nil au golfe Arabique était de trente-trois lieues, y compris le trajet des lacs. Hérodote "ajoute que la traversée exigeait qu;ifre journées , ce qu/ fait supposer qu'elle se faisait à la rame ou à la cordelle. La largeur du canal était variable selon la nature du terrain ; sa profondeur ne devait pas être moindre que celle qu'exigent des bâtiments tirant de douze à quinze pieds d'eau , et sa pente devait être plus considérable durant les hautes eaux du Nil que dans l'état ordinaire du fleuve. Il reste , toutefois , quelques doutes sur la complète exécution de ce canal dès le temps des Pharaons, et les traditions sont diverses sur ce point important.

Aristote rapporte que les Pharaons discontinuèrent les travaux de ce canal après qu'ils eurent été informés que la mer Rouge était plus élevée que les terres d'Egypte ; et , sur cet avis , l'entreprise n aurait été conduite que jusqu'aux lacs amers. La mer Rouge est , en effet , plus élevée de trente pieds au moins que la Méditerranée : les nivellements exécutés par les géomètres de l'expédition française en Egypte ne laissent subsister aucun doute' sur ce sujet : que ceux qui voudront l'approfondir s'éclairent , comme nous venons de le faire , aux savantes investigations de M. l'ingénieur Le Père :

nous y avons cherché les vestiges de la grande entreprise attribuée par Hérodote au Pharaon Néchaô II.

Il est certain que ce même roi porta la guerre en Syrie; il s'y prépara en faisant d'abord construire des vaisseaux; les traces de ses chantiers subsistaient encore quand Hérodote visita l'Egypte. Néchaô conduisit ensuite son armée par terre, et défit les Syriens près de Magdole, ou plutôt Mageddo selon la Bible. On lit en effet, dans le quatrième livre des Rois , que du temps

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