‹ Egypte ancienneChapitre 30 sur 40 · LUIS IV ERS · texte numérisé non relu

LUIS IV ERS

de Josias, roi de Juda, Néchaô ayant marché contre le roi d'Assyrie Vers l'Euphrate, Josias alla au-devant du Pharaon et fut tué à Mageddo ; que son (ils Joachaz fut élu roi à sa place.

A peine Joachaz régnait depuis trois mois, qu'il fut détrôné par Néchaô, qui lui substitua Éliachim , autre fils de Josias, et envoya Joachaz prisonnier en Egypte, après avoir mis à contribution Jérusalem et le royaume de Juda. Éliachim, nommé aussi loacim, demeura tributaire de l'Egypte, jusqu'à l'époque où le roi d'Assyrie se substitua , par la force des armes , au roi d'Egypte dans la perception de ces tributs, et ceci arriva, selon les prophéties de Jérémie, dans la quatrième année du règne de loacim.

La courte durée de celui de Néchaô II , qui n'est porté qu'à six années dans les listes de Manéthon , s'accordera-t-elle avec les indications chronologiques de la Bible? Aucun doute ne peut s'élever à ce sujet; car Néchaô attaqua Josias, et celui-ci perdit la vie dans cette rencontre. Joachaz succéda à son père, mais il ne régna que trois mois. loacim vint après, et c'est à la quatrième année de son règne que Néchaô perdit sa conquête en Syrie, par suite d'une bataille donnée sur l'Euphrate, et gagnée contre lui par Nabuchodonosor, qui le repoussa dans la frontière ordinaire de l'Egypte : ces rapports historiques se corroborent donc réciproquement.

A Néchaô succéda Psammétichus II.

Les rapports de la Grèce avec l'Egypte étaient devenus de plus en plus fréquents; les Éléens y envoyèrent des députés chargés d'étudier ses institutions publiques comparées avec celles de la Grèce. Ils reçurent de sages conseils des prêtres égyptiens.

Les nom et prénom du second Psammétichus se trouvent sur un assez grand nombre de monuments encore subsistants. Le nom y est écrit avec les mêmes caractères que celui de sçn aïeul; mais le prénom royal diffère par un signe , et il signifie soleil se réjouissant dans le coeur. Il avait élevé un propylon pour un des temples de Mem-

phis, et les matériaux de l'édifice pharaonique ont servi à la construction de la citadelle arabe du Caire; on y voit encore un bas-relief représentantPsammétidius II faisant la dédicace de ce propylon; d'autres blocs épars, provenant aussi de Memphis, offrent cette particularité vraiment historique, de porter encore une légende royale gravée dans une aire carrée et creuse, annonçant sous quel roi le bloc a été tiré de'la carrière, et pour quel édifice il était destiné : plusieurs de ces blocs sont signés du règne de Psammétichus II. Des inscriptions de l'île de Snem, à l'extrémité méridionale de l'Egypte, contiennent le nom de ce même roi ; il se voit aussi sur un beau sarcophage, sur une figure thalamophore et sur la base d'une autre figure en bronze du musée du Louvre; on l'a aussi recueilli dans quelques tombeaux des environs de Memphis. L'obélisque de la Minerva, à Rome, fut élevé en Egypte par Psammétichus II. Ce roi fut honoré d'un sacerdoce ;une statuette en basalte vert porte une inscription qui se lit: Aménowthph, fils d'Horus, prêtre de Nèïth et de Psammétichus, chéri de Nèïth, né de l'adoratrice de Néïth , dame de la région de Sésaw, Tsanisis.

Une autre figure en basalte noir, qui était à Florence, porte la date suivante : l'an XI, de phaménoth le 1", du roi soleil, etc., Psammétichus. Plusieurs recueils archéographiques font connaître d'autres monuments isolés du même règne, et le nom de ce roi n'est pas rare sur les scarabées et les amulettes; on le voit même accompagné d'une inscription en caractères cunéiformes (de Babylone) sur un cylindre : un prêtre est à genoux devant le cartoi'die royal.

Le règne de Psammétichus II fut de dix-sept ans selon tous les textes d'Eusèbe tirés de jManéthon; Hérodote, qui nomme ce roi Psammis , et la liste de Jules l'Africain , ne lui assignent que six années; on verra, par quelques chiffres tirés de quelques stèles égyptiennes , que le nombre 17 , donné par Eusèbe , est confirmé par les monuments.

F.(, YI'TK

Les restes de Médinet - Hobou , à Thèhes, et les excavations d'EI-Assasif, fournissent plusieurs renseignements sur la famille de Psammétichus.

Il paraît, d'après ces renseignements, que le nom de Nitocris (Nèïth victorieuse) fut adopté pour les femmes de cette race royale; il fut porté en effet par l'épouse de Psammétichus I"' , par celle de Psamméticiius II , et peut-être aussi par une de ses filles, comme on pourrait le conclure de réparations faites aux colonnes protodoriques du palais de Médinet-Habou , sous le Pharaon Acoris, au moyen de pierres provenant d'un petit édiOce élevé par cette princesse, qui est nommée avec son père à El-Assasif. On trouve aussi le nom de la Nitocris, femme de Psammétichus II, sur un amulette de porcelaine émaillée, ayant la forme d'un cartouche royal , et sur les débris d'une statuette de bronze, l'un et l'autre objets appartenant au musée royal de Paris. Les deux cartouches de cette reine se lisent : La mère dame des gr.lces, la chérie de Mouth, Nitocris.

Nous aurons bientôt l'occasion de parler d'une de ses filles, qui devint la femme de l'usurpateur Amasis ; et c'est en rappelant quelques circonstances du règne de ce dernier, que nous retrouverons le lieu d'indiquer avec quelque certitude , la durée du règne de Psammétichus II, et de celui de son successeur.

Les listes de Manéthon nomment ce successeur Vaphri.s, Vaphrès; la Bible Chophra ou Hophra, et Hérodote Apriès, en le disant fils de Psammétichus II. Diodore de Sicile n'est pas moins formel à l'égard du rang que cet Apriès doit occuper dans la dynastie des Saites, lorsqu'il le comprend dans les- quatre règnes (Saîtes) qui suivirent la mort de Psammétichus L ' ; Apriès fournit le troisième de ces règnes, et Amasis le quatrième, qui fut, de fait, le dernier, Cambyse occupant déjà une portion de l'Egypte à la mort d'Amasis.

Hérodote dit aussi que le Pharaon Apriès fut, après Psammétichus II, son bisaïeul , le plus heureux de tous

les rois ses prédécesseurs , pendant un« partie de son règne. îl fit la guerre contre Sidon , vainquit les Tyriens sur mer; il obtint les mêmes succès sur les Cypriotes et les Phéniciens réunis , si Ton s'en rapporte à l'assertion de Diodore de Sicile. Apriès prêta aussi quelque secours à Sédécias , roi de .luda, contre le roi d'Assyrie et ses Chaldéens ; mais ces secours ne furent point efficaces; le roi de Juda perdit la vie , Jérusalem fut prise , le temple du Seigneur dépouillé de ses richesses en or et en bronze ; et libre un instant au sein de ces calamités , le peuple des Juifs s'enfuit en Egypte, maigre les lamentations et les menaces de Jéréniie.

Du reste, le prophète annonça que Dieu avait mis Apriès dans les mains de ses ennemis, de ceux qui cherchaient son âme. Les succès d'Apriès , en effet , touchèrent bientôt à leur terme.

Il avait pris pour prénom un cartouche qui peut signifier soleil qui se réjouit dans le cœur, et pour nçm propre le cartouclie- prénom de P.sammétichus II , son père. On trouve ces signes onomastiques et royaux dans une inscription de l'île de Philae , où ils ont été recueillis par le savant voyageur anglais Wilkinson; on les voit aussi réunis ou isolés sur une statu* thalamophore du musée royal du Louvre, sur un fragment de revêtement en bronze d'une antique porte en bois, ornée d'un mufle de lion , remarquable par la perfection du travail <, on les Ut de même sur deux faces de l'obélisque de la Minerva à Rome, qui porte aussi les noms du père de ce Pharaon. Les cartouches d'Apriès existent de même parmi les nombreusesinscriptionscommémoratives gravées sur les rochers de l'île de Sneni , près de Philae ; enfin , sur les débris de constructions égyptiennes employés par le grand Saladin pour élever la citadelle du Caire.

Tous ces monuments appartiennent aux temps où les affaires au roi Apriès prospérèrent. Ces succès l'engagèrent a porter une armée contre Barcé et la Cyrénaïque; elle fut défaite. Ce qui survécut vit dans cette entreprise une

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trahison; cette oi)inion s'accrédita, et les troupies égyptiennes se mirent en pleine révolte." Le roi, pour les apaiser et les ramener au devoir, dépêcha vers elles Amasis , homme considéré parmi les Égyptiens. Amasis haranguait les troupes mutinées ; il remplissait ce devoir, mais sans succès; un soldat qui se trouvait derrière lui pendant qu'il discourait , lui mit un casque sur la tête, en s'écriant: Qu'il soit notre roi ! Et la volonté d'Amasis se trouva tout aussitôt d'accord avec ce voeu confirmé par l'assentiment général. Amasis fut salué roi par l'armée; ce fut en vain qu'Apriès tenta par ses envoyés de le rappeler au devoir et a la soumission: l'objet 'de la contestation fut remis à la force des armes. Les soldats égyptiens se réunirent sous les enseignes d'Amasis : les mercenaires cariens et ioniens vendirent leurs secours à Apriès ; ils furent vaincus dans un combat livré près de Momemphis , la Manouf-Elseffiy , ou Manouf l'inférieure, des nomenclatures arabes.

Amasis triomphant entra dans Sais , résidence des rois saïtes ses prédécesseurs , et s'établit dans leur palais. Il y conduisit avec lui Apriès, qui continua d'habiter cette demeure royale où il fut quelque temps fort bien traité.

Mais les clameurs populaires imposèrent à Amasis une rigoureuse résolution; il fallut livrer Apriès à la populace qui l'étrangla. Il tut ensuite , par les soins d'Amasis sans doute, inhumé dans les tombeaux royaux de sa famille.

Hérodote dit que ces tombeaux existaient dans l'enceinte de l'Hiéron de Nèîth, auprès du principal édifice, le temple proprement dit, à main gauche en entrant. On a vu, par la description de l'état actuel des ruines de Sais, que la vaste étendue de la grande enceinte suffisait à tous ces édifices , et qu'une attentive restauration y marquait distinctement la place de chacun.

Telle fut la fin du Pharaon Apriès.

Il paraît que la haine publique s'attacha à sa mémoire, que l'humanité d'Amasis ne put pas l'en préserver; et Ton a cru en reconnaître les preuves

trop évidentes sur que.ques mohu* ments , notamment sur une stèle où , parmi phisieurs rois nommés , on trouve immédiatement avant le nom d'Amasis celui d'un prince qualifié de Rêmesto, mot qui emporte étymologiquement l'idée de haine profonde. Le même cartouche se retrouve sur une statue naophore du Vatican ; et , comme la stèle est d'une époque postérieure au règne même d'Amasis , et date du règne de Darius , on a présumé que ce cartouche outrageant pour le roi Apriès avait été substitué au cartouche consacré durant sa prospérité, et adopté dans les inscriptions publiques : les rois perses n'avaient aucune inclination à protéger l'honneur des rois égyptiens saïtes.

Le règne d 'A priés fut de 19 ans selon Jules l'Africain , et de 25 ans selon Eusèbe et Hérodote. La même incertitude subsiste à l'égard de la durée du règne de Psammétichus II , portée à 17 ans par les uns , et à 6 années seulement par d'autres critiques. De précieux monuments vont décider de tous ces doutes , et compléter nos renseignements sur l'état , les actions et les règnes de la XXVI* dynastie. Le lecteur verra , par un exemple , quelle est la valeur historique des monuments égyptiens , de ceux même des moyennes castes, quand les inscriptions égyptiennes qui nous les expliquent renferment des dates clairement exprimées.

On a vu plus haut la traduction de quelques lignes de la stèle funéraire d'un prêtre nommé Psammétichus, qui naquit le l*"" paôni, de la 3^ année du règne de Néchaô II , mourut le 6 de paôphi, de la 3.5* année du règne d'Amasis, ayant vécu 71 ans, 4 mois et 6 jours.

J'ai sons les yeux le dessin d'une autre stèle de la même famille : c'est encore un Psammétichus qui naquit le 1"^ épiphi de l'an l*"" du règne de IVéchaô II ; mourut le 28 pharmouthi de la 27* année du règne d'Amasis, ayant vécu 65 ans, 10 mois et 2 jours.

La première stèle a déjà été men-

l'GYPTE.

lionnée, et même expliquée par un écrivain italien qui explique tout hardiment, et qui ne s'est pas toutefois aperçu qu'il y a un déficit de cinq jours dans'la somme de la durée de la vie du défunt Psammétichus ; car les plus simples notions du calendrier égyptien démontrent que 71 ans, 4 mois et 6 jours donnent 26,041 jours, et qu'il y a réellement cinq jours de plus du r"" Jour du 10' mois égyptien de la 3^ année de Néchaô, au 6' jour du 2' mois de la 71* année suivante, qui était la 35* d'Amasis. Le biographe égyptien a oublié de compter les cinq jours complémentaires , qui , après la 71* année révolue , se trouvèrent entre le l"' paôni, où commençait la 72*, et le 6 paôphi que mourut Psammétichus ; et le savant italien n'en a pas moins trouvé la parfaite explication de ce nombre erroné. La seconde stèle est exacte dans ses déductions : elles nous apprennent, par leur commun témoignage, qu'il s'était écoulé 65 années entières entre la 1'* du régne de Néchaô II et la 27* du règne d'Amasis , etaussiqu'un intervalledeTl années entières séparait la 3* année de ce même Néchaô , de la 35* de ce même Amasis.

Si donc , sur les 65 ans du premier compte, on soustrait 5 ans pour le reste du règne de Néchaô , et les 20 déjà écoulés du règne d'Amasis, il restera 34 ans pour les deux règnes successifs de Psammétichus II et Apriès, et il sera dès lors difficile d'accorder à l'im 17 ans, et à l'autre 25 selon Eusèbe, ou bien de ne donner aux deux règnes réunis que 25 ans, selon Jules l'Africain.

Si encore, sur les 71 ans de l'autre stèle , nous laissons à Néchaô II 3 ans pour le reste de son règne, et à Amasis les 34 années déjà révolues, il nous restera encore 34 ans , comme par les supputations de l'autre stèle , pour les deux règnes successifs de Psammétichus II et d'Apriès.

C'est donc à ce nombre, tiré de deux monuments que leur espèce place au nombre des plus authentiques, comme leur texte au nombre des plus précieux , c'est à ce nombre 34 qu'on

doit se fixer pour la durée des règnes successifs de Psammétichus II et Apriès ; et comme la liste d'Eusèbe, dans ses divers textes , s'accorde à fixer la durée du règne de Psammétichus II à 17 ans, nous adopterons ce nombre , et nous laisserons une durée égale au règne d'Apriès , qui n'est porté qu'à 19 ans dans les listes de l'Africain.

Nous nous abstenons d'examiner ici les notions précises que ces deux dates renferment sur l'état du calendrier égyptien au sixième siècle avant l'ère chrétienne, et particulièrement sur la manière alors en usage de compter les années du règne des rois, notions du plus haut intérêt pour la supputation de la chronologie égyptienne : nous n'avions en vue que d'éclaircir les difficultés qui subsistaient encore sur quelques points de l'histoire des rois de la XXVI* dynastie.

Amasis en fut réellement le dernier , l'enfant qui lui succéda de droit a;^ant à peine touché aux marches du trône.

Amasis était originaire de la petite ville de Siouph , dans le voisinage de Sais. Son origine plébéienne ne le mit pas d'abord en grande considération parmi ses sujets ; il sut se relever par sa prudence et son habileté : il se compara, dans une occasion solennelle, à un vase d'or, employé d'abord à de vulgaires usages, et qui, changé en statue de dieu , fut en grande vénération parmi les Égyptiens. Il passait pour savoir concilier les plaisirs et le commerce familier de ses amis avec les devoirs et la dignité de son rang.

Comme tous les rois nouveaux venus , Amasis déploya une grande magnificence, fit élever ou réparer un grand nombre d'édifices , orna les temples de riches ouvrages , et l'histoire écrite a rapporté comme véridique tradition que jamais l'Egypte ne fut dans un état aussi florissant qu'elle l'était sous le règne d'Amasis; que le fleuve ne fut jamais si bienfaisant , ni la terre plus féconde : on y comptait jusqu'à vingt mille villes, toutes habitées.

Memphis et Saïs furent les deux villes plus particulièrement embellies par

L'UNIVERS

Amasis. Dans la première , il éleva un temple à Isis, remarquable par sa grandeur et sa magnificence; il fit placer devant le temple de Phtha un colosse couché, de 75 pieds de longueur, et deux statues en granit rose de 20 pieds de hauteur. A Sais , les propylées du temple de INéïth furent son ouvrage , et l'antiquité les signala pour leur magnificence. Hérodote pensait '^ue ces propylées surpassaient en élévation et en étendue tous les autres monuments du même genre , particulièrement par la masse et la qualité des pierres. Amasis y ajouta des colosses de proportions extraordinaires , des sphynx à tête humaine également colossals ; et les matériaux de ces belles constructions furent tirés ou des carrières en face de Memphis (les carrières de Thorrah), ou des environs d'Éléphantine (les carrières de granit) : Saladin les employa aussi à sa citadelle du Caire, où la science moderne reconnaît ces blocs doublement historiques, au nom d' Amasis qui est gravé dans une aire en creux sur une de leurs faces intérieures.

Amasis fit aussi tirer des carrières de Syène le célèbre naos monolithe qu'il consacra à la déesse Nèïth dans son temple de Sais. On mit , dit Hérodote, trois années à le transporter; deux mille mariniers y furent employés; ses dimensions étaient de 21 coudées (11 mètres) en longueur; 14 ( 7 mètres | ) en largeur, et 8 (4 mètres ^) en hauteur. Le même historien a vu ce temple d'une seule pierre à la porte du gr^and temple; on ne l'avait pas placé dans l' i ntérieur ; l'entreprise avait été interrompue par des circonstances sur lesquelles l'histoire s'est diversement exprimée : de plus grandes masses de granit ont été extraites , transportées et employées dans la basse Egypte par les Égyptiens. On voit aussi , au musée royal de Paris , un magnifique naos monolithe en granit rose, ou a vécu l'oiseau sacré de Nèïth ( la chouette) dans le temple même de Sais , ouvrage admirable par sa masse comme par l'excellence du travail et des sujets mythologiques dont il est orné. Ama-

sis fut un ami sincère des arts ; et , si l'on veut juger de l'efficacité de ses efforts et de son influence pour prévenir leur décadence, il suffira de comparer, au Louvre, le monolithe d'Amasis qui vient d'être indiqué, avec un ouvrage du même genre tiré de Philae et exécuté du temps des Ptolémées. Cest donc sans en être surpris qu'on lit sur les rochers granitiques des environs de Philae, le nom d'Amasis parmi ceux des Pharaons qui les firent exploiter pour les édifices publics qu'ils élevèrent.

Les monuments de son règne ne sont pas rares dans les collections d'Europe. Une statue en basalte noir de la villa Albani , à Rome , conserve encore les traces du nom de ce roi. Au Vatican, le même nom se lit sur une statue naophore , en basalte noir : c'est l'image d'un chantre du roi Amasis. Celle d'un des prophètes, autre classe de prêtres, du même roi , existe à Florence ; elle est aussi naophore, en basalte vert.

Un vase , dit canopé , se voit dans la même ville , portant aussi le prénom royal du même roi. On reconnaît ce nom sur un grand nombre de scarabées, d'amulettes et d'ouvrages de petites proportions. Sa légende complète se lit à Éléphantine et les îles voisines ; et le cartouche nom propre se compose indifféremment de trois ou de quatre signes. Dans ce dernier cas , la figure de la chouette s'y trouve le troisième signe ; il est ainsi composé dans la légende royale d'Éléphantine, et sur un sarcophage du musée britannique ; mais plus ordinairement le prénom royal se compose du disque du soleil , d'un vase à une seule anse vu de profil , et du vase à deux anses vu de face. Le cartouche nom propre se lit Se-rè Aahms, le fils du soleil Ahmasis, ou h'xQtiNt-ceÂamSy lefilsdeNèïthAhmasisicesdeux variantes sont constatées par les monuments ; et à ces titres Amasis ajoute queN quefois celui de modérateur du monde:

un scarabée du musée de Turin en fait . foi.

Amasis laissa un fils qui lui succéda; mais l'histoire n'avait pas conservé le nom de la reine son épouse : Cham-

K(i YPTh.

pollion le jeune la retrouvé dans les ruines de Karnac à Thèbes, où il est gravé sur un petit édifice situé hors de la grande enceinte , entre la porte élevée par le roi Ménephtha et le propylon du nord. La reine est figurée dans la frise sculptée qui orne ce monument ; le roi Amasis , son époux , fait son pendant dans le même sujet de cette frise. Les deux cartouches de la reine contiennent son nom Onk-nas, les signes du cartouche prénom de Psammétichus V\ et l'indication qu'elle est sortie de sa royale race. Si ce témoignage unique avait laissé quelques doutes sur la généalogie et l'état de cette princesse , un autre monument , récemment découvert, servirait à les détruire.

Le voyage fait à Thèbes par le bâtiment français le Luxor avait fait découvrir par un officier de l'équipage, derrière le Rhamesséum de Sésostris , et au fond d'un puits funéraire creusé dans le roc à 125 pieds de profondeur, un sarcophage du plus beau basalte vert, couvert d'inscriptions hiéroglyphiques et de sculptures sur toutes ses faces extérieures et intérieures; son couvercle est également chargé d'inscriptions, le dessus étant occupé par la figure en relief de la déesse Athyr. Ce sarcophage est celui de la reine Onk- Nas; elle y est nommée comme fille d'un roi Psammétichus et d'une reine Nitocris ; et le témoignage des monuments nous fait reconnaître dans ce roi Psammétichus IL Ce prince avait donc eu de la reine Nitocris deux enfants , Apriès , qui lui succéda , et une fille nommée OnK-Nas, qui fut l'épouse d'Amasis, usurpateur de la couronne royale sur Apriès ; le même Amasis , maître du trône, épousa la sœur du roi détrôné, n'oubliant pas que les filles succédaient à la couronne à défaut d'enfants mâles , et se garantissant ainsi des embarras éventuels des prétendants. La reine Onk-Nas mourut pendant les temps prospères du règne d'Amasis , qui la fit inhumer à Thèbes , où la profondeur du puits funéraire ne devait cependant pas la garantir des outrages d'un conquérant .étranger.

Ceux qui ont recueilli le sarcophage de la reine ont remarqué que ce puits avait été violé très-anciennement; que le sarcophage avait été ouvert, que la momie en avait été arrachée et brûlée près du sarcophage même, où existaient enjcore des débris d'ossements charbonnés , dont quelques-uns conservaient des traces de dorure.

Tous ces outrages au corps embaumé d'une reine révèlent une fureur impie; et les souvenirs de l'histoire désignent Cambyse, roi de Perse, comme s'en étant rendu coupable. On sait que ce conquérant, maître de Sais , fit retirer du tombeau la momie d'Amasis, la fit battre de verges et percer de coups d'aiguille; il voulut aussi qu'on Itu arrachât les cheveux et qu'elle fût brûlée. Dans l'année d'après ,. maître de Thèbes, il viola les tombeaux , voulut voir les corps qu'ils renfermaient , et il n'oublia pas celui dfc la femme du roi dont il avait profané les restes à Sais : tel fut le sort de la dépouille mortelle de cette reine , dont le sarcophage , déposé momentanément à Paris , a passé dans le musée royal de Londres. Les historiens parlent d'une autre femme d'Amasis, native de Cyrène, nommée Ladicè, que Cambyse trouva encore vivante, et renvoya honorablement à sa famille :

mais les expressions d'Hérodote et le silence des monuments ne permettent pas de reconnaître dans la Grecque de Cyrène une seconde femme d'Amasis.

On cite, il est vrai, les Cyrénéens parmi les peuples dont Amasis rechercha l'alliance : leur voisinage de l'Egypte rendait nécessaires de pacifiques relations entre ces deux peuples. Du reste, Amasis continua de favoriser les Grecs; il leur accorda la ville de Naucratis pour résidence, leur concéda des enceintes consacrées , et la liberté d'y adorer leurs dieux; les villes grecques les plus commerçantes s'associèrent pour y élever un Hellénium ; d'autres villes consacrèrent des temples à des divinités particulières ; et Amasis, s'identifiant de plus en plus avec les intérêts de la Grèce, contribua pour mille talents à l'édification du

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nouveau temple de Delphes. Il donna 'ui-même plusieurs statues et des ouvrages de prix à divers temples de la Grèce : Hérodote nous affirme les avoir vus lui-même dans ces temples. Il dit aussi que , pour la première fois , l'île de Chypre fut soumise et réunie à l'Egypte par Amasis.

Rien n'est plus connu, parmi les faits singuliers de l'antiquité , que l'histoire de l'anneau de Polycrate, tyran de Samos. Il était le plus heureux des hommes , et entretenait ses relations d'affection, et vraisemblablement aussi de politique , avec Amasis. On a conservé la copie d'une lettre que le roi d'Egypte écrivit au chef samien , pour l'engager à se défier de la fortune et à se préparer à ses revers , en s'imposant lui-même les plus pénibles privations. Selon ce sage conseil, Polycrate lit jeter dans la mer cet anneau qu'il aimait par -dessus tout, et la fortune le lui rendit : il avait été avalé par un magnifique poisson qui fut jugé digne de la table de Polycrate , et l'anneau fut retrouvé en le préparant pour son repas. Le temps des revers arriva cependant pour Polycrate et pour Amasis.

L'histoire grecque a aussi fait connaître les relations de Solon , l'.un des sept sages de la Grèce, avec le roi d'Egypte.

Ce roi , qui s'est fait dans la mémoire des hommes une juste renommée, mourut après un règne de 44 ans , selon les témoignages historiques les plus dignes de foi , accrédités directement par un bas-relief égyptien, qui porte pour date de ce règne ce même nombre d'années :

Amasis fut inhumé dans le tombeau qui lui avait été préparé dans l'enceinte de l'Hiéron de Nèïth à Sais. Ce tombeau était situé dans la cour extérieure du temple ; il consistait en une très-grande salle soutenue par des colonnes à chapiteau imitant le palmier ; un naos fermé par deux portes contenait le sarcophage et la momie du roi.

Amasis eut pour successeur son fils qui porta le nom de son aïeul maternel leroiPsammétichiis:ilfutlePsammétichus III de la dynastie saïte. Les

historiens et les listes de IManéthon le nomment Psammachérites, Psamménite, et les monuments Psammétique , comme ses aïeux. Son cartouche prénom , qui signifie soleil vivificateur des offrandes, se trouve, suivi de son nom propre, sur un des édifices de Karnac , sculpté à côté de celui de son père Amasis. Mais l'histoire ne rapporte de ce prince que les infortunes qui signalèrent son règne, presque inaperçu , de six mois. Alors les destins de l'antique royaume des Pharaons s'accomplissaient ; Cambyse armait contre l'Egypte : le torrent dévastateur allait déborder sur elle et l'engloutir. La XXVI^ dynastie avait fait son temps après une durée de 1.50 années, pendant lesquelles huit rois s'étaient succédé sur le trône. On était à l'an 525 avant l'ère chrétienne.

Il y avait alors à peine douze années qu'une peuplade de l'Asie occidentale, presque inconnue et presque inculte , quittant inopinément les bords de l'Araxe , et entraînant avec elle d'innombrables auxiliaires plus incultes encore et tirés des régions limitrophes, s'avançait, invincible, vers le nord-ouest de ce vaste continent, conduite par Cyrus déjà chef de toutes \ts tribus et suivi de ses mages, et commandée par les princes Achménides et la caste privilégiée des Pasargades. Le Tigre et l'Euphrate avaient été franchis; Suse, lîabylone et les vastes provinces dont ces splendides cités furent l'ornement, étaient soumises et occupées ; la Syrie , dont le patriotisme mercantile, nativement indifférent sur la personne du maître , avait acheté du vainqueur , à assez bon prix , la permission de continuer en paix ses trafics et son lucre avec l'Europe et l'Asie, avait aussi accepté sans murmure le titre de satrapie persane , et ses rois celui de vassaux tributaires de la nouvelle puissance. Ainsi les Perses étaient à la porte dé l'Egypte lorsque Cyrus mourut.

Cambyse , son fils , continua son règne , l'exécution de ses vues et ses conquêtes. Les historiens grecs ont cherché et recueilli avec grand soin le*

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causes de l'invasion de l'Egypte par Cainbyse; et ils racontent, à ce sujet, un certain nombre d'anecdotes, réellement indignes de la gravité de l'histoire. Cambyse aurait demandé au Pharaon Amasis sa fille pour épouse , et Amasis lui aurait envoyé la fille d'Apriès , engageant ainsi le roi de Perse dans une inégale alliance. Cambyse avait demandé un habile oculiste ; et le chirurgien envoyé par Amasis, considérant sa mission comme un exil , aurait séduit Cambyse à marcher contre l'Egypte. Cambyse serait aussi le petitfils d'Apriès, et serait venu venger son grand -père contre l'usurpateur Amasis et sa descendance. Cambyse, enfin , aurait voulu venger sa mère à laquelle Cyrus , son père , avait préféré une esclave égyptienne : ces historiettes n'ont d'autre mérite que celui , si c'en est un , de nous prouver qu'il y avait aussi dans l'antiquité des bons esprits disposes à tout croire : l'histoire du beau caniche de la duchesse de Malborough n'est peut-être pas bien moderne.

L'invasion de l'Egypte parles Perses ne fut que la conséquence nécessaire de la marche d'une peuplade barbare, passant de la vie nomade à la vie conquérante; se portant, comme toutes les invasions des nomades asiatiques , de l'est à l'ouest, et rencontrant l'Egypte riche et puissante sur son chemin. Cambyse avait succédé à Cyrus depuis cinq ans.

Il avait pour auxiliaires des Perses un corps d'Ioniens et un corps d'Éoliens qu'il regardait comme les esclaves de son père. Un traité avec les Arabes le préserva de tous les inconvénients du désert, et il s'avança vers Péluse.

Psamménite s'y était établi avec l'armée égyptienne; elle lut défaite, et courut en désordre se jeter dans Memphis. Des parlementaires envoyés par Cambyse furent massacrés ; mais , après un assez long siège , les Égyptiens n'eurent d'autre ressource que de se rendre : Meniphis et son château furent livrés aux Perses, et Psamménite descendit (lu trône après un règne de six mois : l'Egypte fut dès lors soumise à l'étranger vainqueur; l'histoire

a dit comment l'insensé Cambyse usa de sa victoire.

Ce chef persan fut le premier roi de la XXVir dynastie : il occupa et gouverna l'Egypte militairement; la barbarie y fit une guerre ouverte à la civilisation , et le fanatisme des mages de la Médie porta la désolation dans les sanctuaires de l'Egypte. Psamménite, dépouillé de la royauté, fut exposé à toutes les douleurs , à toutes les humiliations de sa cruelle condition ; il vit sa fille réduite au service des esclaves, son fils conduit au supplice; mais il ne s'en émut pas : ces malheurs domestiques, disait -il, étaient trop grands pour être pleures. Sa noble contenance intéressa un moment Cambyse et ses Perses; et des historiens ont cru que Psamménite en aurait obtenu le gouvernement de l'Egypte, s'il n'avait préféré la mort en essayant de lui rendre l'indépendance, au misérable honneur d'en être le satrape.

Convaincu de patriotisme, c'est-à-dire, de complot et de tentatives de révolte envers les Perses , il fut condamné à boire du sang de taureau , et il en mourut sur-le-champ.

Dans l'enivrement de sa toute-puissance, Cambyse se rendit de IMemphis à Sais, pour se donner le plaisir d'insulter aux restes d'Amasis, qu'il fit arracher du tombeau. Héliopolis ne fut point é[)argnée; le Perse en ravagea par le fer et par le feu les édifices sacrés ; il les mutila avec une féroce attention. Strabon vit encore de ses yeux les traces manifestes de ces ravages. La grande capitale de l'Egypte en révélait de non moins profondes :

la plupart de ses édifices publics furent maltraités. A Memphis, la célébration de la fête d'Apis occasionna la mort des magistrats de la ville ; ses prêtres furent battus de verges ; et , pour prouver quelebœuf Apis n'était pas yndieu, Cambyse le frappa de son poignard.

Contre l'usage des Perses, Cambyse épousa deux de ses propres sœurs. Il entreprit à la fois trois expéditions ; l'une contre Carthage : elle échoua par la désobéissance d'une partie de la Hotte; l'autre contre les Éthiopiens

L'UNIVERS

rnacrobiens, qui déjouèrent ses projets en ne se méprenant point sur la véritable mission des ichthyophages d'Éléphantine , parlant la langue des Éthiopiens, qui étaient char{zés des présents de Cambyse ; la troisième expédition ,

Par terre , fat dirigée de Thèbes contre Oasis d'Ammon; et l'histoire rapporte que les soldats de cette expédition ne revirent jamais l'Egypte, ayant été ensevelis dans le sable du désert soulevé par un vent tempétueux du midi.

Cambyse envoya à Suze une colonie de six mille Égyptiens : ainsi l'Egypte éprouva toutes les calamités que pouvait engendrer une invasion de barbares, fanatisés par l'ignorance et par une intolérante crédulité. La 'Perse n'avait pas triomphé sans combats et sans payer ses suceès du sang de s«s soldats. Hérodote visita le champ de bataille près de Péluse , et il y vit amoncelés séparément les ossements des hommes qui y avaient péri de part et d'autre. C'est là qu'il remarqua ces singuliers caractères physiques qui différenciaient les Perses des Égyptiens : les crânes des premiers, minces et sans résistance, pouvaient être facilement percés en les frappant légèrement avec un caillou , tandis que les crânes des Égyptiens étaient si durs qu'on parvenait péniblement à les fendre en y employant une grosse pierre : et l'on expliquait ce phénomène par l'usage de la tiare , qui, dès leur enfance," enveloppe et garantit de l'air la tête des Perses, tandis que les Égyptiens , au sortir de l'enfance, se faisant raser la tête, elle était exposée à l'air et à la chaleur qui la durcissent. L'examen des momies a fait récemment reconnaître que les os des têtes égyptiennes étaient épais , solides et très-durs.

Le règne de Cambyse sur l'Egypte ne dupa que trois années : Aryaiîdés en avait été nommé gouverneur; mais ce règne y laissa de bien longs souvenirs , et la haine nationale les a rendus durables jusque dans les temps modernes. Un des chrétiens coptes, dont les écrits nous sont parvenus, parlant d'un lieu de la haute Egypte qu'il nomme

le temple , s'exprime ainsi: «Perpè, bourg que Cambyse détruisit par le feu. »

On trouve cependant sur quelques monuments égyptiens le nom de Cambyse tracé en caractères sacrés (voyez notre planche 87, cartouche isolé à droite) : on le comprend , son règne était un fait , et son nom devenait une date. C'est à ce titre qu'il se lit dans l'inscription d'une statue naophore du musée du Vatican : ce nom est écrit Kmboth ou Kmbath, et il est précédé du titre royal égyptien , le roi du peuple obéissant. On cite aussi le nom de Cambyse dans une inscription gravée sur un rocher, dans la route de Qéné à Cosséïr; nous aurons l'occasion de revenir sur cette inscription.

Quand la Providence eut mis un terme à la vie et aux fureurs insensées de Cambyse , dont la cruauté n'avait pas épargné ses plus proches, le désordre régnait dans les pays soumis à son autorité. Un mage "se donnant pour Smerdis , frère de Cambyse , dont il portait par hasard le nom , s'était emparé du trône de Perse, et il l'occupa pendant quelques mois encore.

Durant cette usurpation , l'Egypte fut gouvernée par un autre mage dont l'autorité dura , dit-on , pendant sept mois : le succès de la conjuration à la tête de laquelle se mit Darius , le fils d'Hystaspe , gouverneur de la Perse , rétablit l'autorité royale, et l'Egypte eut un nouveau roi. Ce fut le premier essai et le premier fruit de la rivalité et des efforts des Mèdes pour reprendre la supériorité sur les Perses leurs vainqueurii.

C'est du règne de Darius que l'histoire date l'établissement de quelque ordre dans l'administration des vastes pays dont Cyrus et Cambyse venaient de faire la conquête en moins de vingt années. Darius les divisa en vingt satrapies ou gouvernements ; et il s'occupa si particulièrement d'enrichir son trésor, que les Perses l'avaient surnommé le banquier, parce qu'il savait tirer de l'argent de tous , donnant à Cambyse l'épithète à^ maître, et à Cyrus celle ampère. L'Egypte, la por-

EGYPTE

lion de la Libye qui lui confine , et les provinces de Cyrène et de Barcè en Afrique, réunies en un seul gouvernement , formaient la sixième satrapie :

elle était imposée à sept cents talents babyloniens ou d'argent ; les produits delà pêche du lac Mœris appartenaient aussi au fisc : ils étaient d'un talent par jour pendant les six mois où le Nil entre dans le lac, et de vingt mines seulement durant le reste de l'année.

De plus l'Egypte fournissait annuellement la quantité de mesures de blé, qui était nécessaire pour uourrir cent vingt mille hommes , Perses ou auxiliaires, occupant le château blanc de Memphis; quantité qui ne devait pas s'élever au-dessous de quinze cent mille boisseaux , dont un seul pouvait suffire à la nourriture d'un homme pendant un mois. Après Babylone et l'Assyrie , qui formaient le neuvième gouvernement, l'Egypte était aussi le plus imposé de tous en argent.

On peut conclure de plusieurs circonstances historiques, que la portion de la Nubie sur laquelle les rois d'Egypte avaient conservé l'autorité, comme annexe de l'Egypte, s'en détacha lors de l'occupation des Perses, l^état des gouvernements du grand empire de Darius n'indique, en effet, aucune partie de territoire au sud de l'ile d'Eléphantine; et le pays des Éthiopiens limitrophes de l'Egypte, ne contribuait, comme la Perse ellemême, aux charges de l'État, que par des dons volontaires. Les Éthiopiens et les habitants de Nyse envoyaient , tous les trois ans , deux boisseaux d'or natif, deux cents troncs de bois d'ébène, cinq jeunes Éthiopiens et vingt défenses d'éléphant. Les monuments des victoires des Pharaons nous prouvent que ces mêmes peuples payaient les mêmes tributs à Sesostris et aux grands rois ses ancêtres et ses descendants.

Darius fit frapper à son nom des monnaies en or, qui eurent cours dans tous ses États; ce furent les premières dont l'Egypte connut l'usage ; elles se nomment encore dariques, et on en voit dans les collections numismati-

ques. Aryandès , à qui Darius avait continué le gouvernement de l'Egypte auquel Cambyse l'avait élevé , imitant son maître , fit frapper des monnaies d'argent , et Darius le fit condamner comme coupable de projets de révolte.

Ces établissements de Darius lui ont fait attribuer la volonté de faire régner l'ordre dans ses vastes possessions par l'influence d'une administration régulière. On en a conclu que l'Egypte respira plus heureuse, quoique soumise et gouvernée par des rois étrangers : elle subissait le sort commun à tout l'Orient , et dévorait, sans l'oublier, l'affront d'avoir été vaincue. Des mages intolérants y professaient une religion étrangère; et si le gouvernement laissa aux Égyptiens l'usage public et privé de leur système d'écriture sacrée , lui et ses Perses se servaient, en Egypte même , de leur écriture nationale, ou devenue telle pour eux , quoique d'emprunt : des monuments en caractères cunéiformes , originaires de l'antique Babylone , à qui les Mèdes , instituteurs des Perses , les avaient aussi empruntés , ont été trouvés en Egypte. On a même cru y lire les noms de quelques-uns des rois perses conquérants.

Le règne de Darins I"^ fut heureusement d'une longue durée : il compta 36 années : il en reste , dans les ouvrages des Égyptiens, de nombreux souvenirs. Ce roi est nommé dans les inscriptions de la statue naophore du Vatican déjà indiquée au sujet de Cambyse. Le musée de Turin possède cinq contrats en écriture démotique , datés de l'an 5, au mois de pharmouti; de l'an 15, même mois; de l'an 16, mois de paôphi ; de l'an 31, mois de méchir ; enfin de l'an 35, au mois de phaménoth, du règne du roi Darius. Des monuments religieux furent aussi élevés sous son règne aux dieux de l'É-gypte : l'inscription suivante subsiste encore sur l'entablement des colonnes du grand temple de l'Oasis d'El-Khardjeh : Le dieu bienfaisant, seigneur du monde , le chéri d'Amon-Ra , seigneur de la région Héb - Osch , le fils du soleil Nt-Triouch (Darius), toujours

eso

L'UNIVERS

vivant. Et , dans cette Oasis d'Amiiion que Cambyse voulait ravager et qu'il ne lui fut pas donné d'atteindre , des temples à Amon - Ra s'élevèrent sous les auspices du même roi perse , dont le nom se lit encore sur les débris de ces édifices. Notre planche 87 nous montre Darius faisant l'offrande du feu (adoré par les Perses) , à plusieurs des dieux de l'Egypte.

L'intolérance des mages se serait-elle montrée moins absolue pour les îles des déserts de l'Egypte , et aurait-elle politiquement, à cause des grandes voies suivies par le commerce , ménagé les pratiques religieuses de leurs habitants ? Quoi qu'il en soit , on n'a lu sur aucun monument public de l'Egypte le nom d'aucun des rois perses, ses con-

auérants. Ils s'emparèrent habilement e toutes les ressources qu'offraient au fisc royal les provinces occupées, et ils s'appliquèrent à ne pas affaiblir les sources des revenus publics. La route de l'Egypte en Asie , de Coptes oud'Apollinopolis-ParvaàCosséir, sur la mer Rouge, fut particulièrement entretenue; et il y reste encore écrites sur les rochers les preuves de l'attention que les rois perses donnèrent à l'entretien de cette communication importante : les noms de Cambyse , Darius et Xercès y sont gravés "avec des dates de leur règne : l'an 6 pour le premier (la 1''* année de son règne en Egypte) ; l'an 36 pour Darius, et l'an 12 pour Xercès. Strabon dit aussi : « Darius 1" lit rejjrendre les travaux du canal du Nil à la mer Rouge, commencé par Sésostris avant la guerre de ïroie, continué et non terminé par Néchaô, fils de Psammétichus. Darius abandonna aussi cette entreprise au moment de la mener à fin , cédant à la crainte sans fondement que ,1a mer Rouge étant plus élevée que l'Egypte, le pays ne fiît submergé si l'isthme était rompu. » Hérodote , Diodore de Sicile et Pline , comme Strabon , rendent témoignage des travaux ordonnés par Darius pour terminer ce canal ; entreprise que l'impuissance de l'art, à cette époque, ne pouvait pas sûrement exécuter; et c'est dans le voisinage

du lit de ce canal que I\I. de Rozière a trouvé les débris ^'un monument orné d'une inscripticfti en caractères cunéiformes. La route de Cosséir dut devenir plus importante, et l'objet de l'attention particulière du gouvernement dès que les travaux du canal furent abandonnés.

Du reste, Darius n'habitait pas en Egypte. Les grandes villes d'Asie étaient les lieux de sa résidence ordinaire ; néanmoins il avait des Égyptiens pour médecins , d'après la réputation que l'Egypte s'était acquise dans l'art de guérir.

Quand Darius, faisant sa retraite devant les Scythes, voulut repasser ristherdont les Ioniens avaient retiré une partie du pont, \l se trouva dans l'armée persane un Égyptien fameux par l'étendue et la force de sa voix.

Du rivage il appela Hysliée de Milet, qui l'entendit au premier cri , fit avancer les bateaux , rétablit le pont , et délivra Darius de ses vives alarmes.

Darius avait aussi fait en Egypte la guerre de la conquête, servant dans les gardes de Cambyse. On connaît sa rencontre à MempHis avec leSamien Sycoson, couvert d'un manteau couleur de feu , que Darius lui enviait. Le Grec donna son manteau auPerse; et celui-ci, devenu roi, témoigna par sa générosité envers Sycoson qui s'était rendu à Suze , qu'il n'avait pas oublié la politesse et le don qu'il en avait reçus , n'étant encore que simple garde' du roi.

Mais , malgré la sévérité et l'omnipotence des satrapes, les peuples conquis n'acceptaient pas leur joug sans retour. Non loin de la ville capitale , demeure du roi , les Babyloniens proclamèrent leur liberté , et la défendirent avec vigueur pendant un siège de vingt mois : la ruse en triompha , et Darius rétablit son autorité dans la splendide Rabylpiie.

L'Egypte imita l'Assyrie : elle tenta aussi de secouer le joug des Perses.

Hérodote dit que ceci arriva dans la 35* année du règne de Darius, qui mourut l'année d'après, en s'efforçant de rétablir son autorité en Egypte.

EGYPTE

Le contrat précité, du mois de pliainénoth de l'an 35 de Darius , ne contredit pas ce récit d'Hérodote; ce mois est le 7* de l'année; l'insurrection égyptienne dut donc se déclarer dans les cinq derniers mois qui , pour ces temps-là , selon le calendrier vague , étaient les mois de l'été et de l'automne, ceux mêmes où l'inondation périodique du Nil couvrant la basse et la moyenne Egypte, opposait d'invincibles obstacles à la marche des armées et à la facile communication des villes entre elles.

Quand Darius mourut , l'Egypte n'était pas encore soumise : son (ils Xercès lui succéda vers l'année 486 avant l'ère chrétienne. Peu de mois après son avènement, il avait rétabli l'autorité persane en Egypte : il la punit de sa révolte par une complète oppression , et lui donna son frère Achéménès pour satrape.

L'Egypte étant soumise , Xercès employa quatre années à organiser son armée , et se mit en campagne l'année suivante. Il fit faire en tlgypte une trèsgrande quantité de câbles en papyrus pour la construction des ponts. Les Égvptiens établirent un nont de cette matière qui joignit Abyaos à la côte d'Europe.

Dans l'armée de Xercès, l'Egypte avait fourni deux cents vaisseaux; les hommes qui les montaient avaient la tête couverte d'un casque en mailles de fer, et leurs boucliers creux étaient entourés d'un très-grand cercle de fer ; ils portaient pour armes des lances [iropres aux combats de mer, et des îiaches de fer très-fortes. Le plus grand nombre avait des cuirasses et de Ioniques épées.

On lit encore à Cosséïr le nom de Xercès, ainsi que sur un beau vase d'albâtre du Cabinet des antiques de Paris, où il se lit Schéarcha; une inscription en caractères cunéiformes est au-dessous de l'inscription égyptienne; le même nom du roi s'y lit aussi ; et 11 est résulté du rapprochement comparatif de cette inscription bilingue, publiée par Champollion le jeune en 1824 , quelques certitudes

dans l'ensemble des doutes qui enveloppent encore les études qui ont pour objet la connaissance des éléments graphiques des divers alphabets en caractères cunéiformes. A Cosséïr, le nom de Xercès est précédé du titre de dieu bienfaisant, seigneur du monde, expressions du protocole qui ne peuvent témoigner ni de la félicité, ni de l'affection de l'Egypte pour cette autorité étrangère et oppressive. La fin du règne même de Xercès est une preuve du contraire.

Dès que les Égyptiens apprirent s»

mort, ils essayèrent encore une fors de ressaisir leiir indépendance : courageuse persistance qui prenait sa source dans l'amour de la patrie, l'amour de ses lois et des institutions nationales, dans cette foi aux dieux et au culte du pays, qui, dans tous les temps , a fait dés peuples de héros prêts h tous les sacrifices; car l'histoire le proclame de toutes ses voix , il n'y a rien à attendre d'une nation qui n'éprouve pas la vive et invincible influence des convictions ou des préjugés. La prédominance des intérêts matériels n'a-t-elle pas ouvert à tout ennemi qui apportait des bénéfices, les portes de toutes les villes où la bourse est le temple du dieu du pays.?

A son avènement au trône de Perse , Artaxercès, fils de Xercès, dut d'abord songer à rétablir son autorité dans l'Egypte insurgée. La Perse menaçait la Grèce ; et la Grèce s'allia avec l'Egypte : elle éloignait de ses bords un ennemi retoutable, en le cliassant de l'Egypte. Les Athéniens mirent leur flotte en mer contre celle des Perses ; ils envoyèrent une armée alliée à celle de l'Êgy^pte , et leurs premiers efforts réunis furent couronnés d'un plein succès. L'arméed' Artaxercès futbattue et se retira du côté de Memphis, où l'armée égyptienne poursuivit les vaincus. Mais Artaxercès ayant réussi à séparer les troupe athéniennes de celles des Égyptiens, vint plus facilement à bout des unes et des autres, et l'autorité persane fut rétablie sur les rives du jSii : l'Egypte fut de nouveau soumise à une dur^^condition; Achéménès , frère de Xercès , lui fut donné

pour gouverneur, et le joug du vainqueur fut encore plus pesant.

Les historiens les plus renommés de la Grèce sont presque contemporains de ces événements , et les narrent avec leurs plus particulières circonstances : il paraît toutefois que la succession des divers rois qui portèrent le même nom , les Xercès et les Darius, a jeté, dans le récit de ces historiens , quelque confusion dans l'ordre chronologique des faits ; on accorderait difficilement Hérodote et Thucydide sur ce qu'ils en rapportent ; Diodore de Sicile y ajoute encore quelques variations : nous continuerons à prendre pour guide l'annaliste le plus instruit des affaires de l'Egypte , Manéthon , dont les monuments accréditent si positivement les témoignages.

Après avoir rétabli son autorité en Egypte, Artaxercès régna encore 38 ans (en tout 40 ans); pour ce laps de temps , les écrits de l'antiquité ne relatent aucun fait particulier relatif à l'Egypte : elle était immobile et soumise comme l'esclave courbé sous le poids de ses fers. Le nom d' Artaxercès fut cependant tracé en écriture sacrée égyptienne ; il existe encore , avec le titre de roi, seigneur du monde, Jrtakhschsech , gravé sur les rochers qui bordent une partie de la route de Qéné à Cosséïr.

Il eut pour successeurs un Xercès II , qui régna deux mois ; Sogdianus , sept mois , et Darius - Nothus , fils de Xercès II , qui régna 19 ans.

Si l'on consulte la liste des rois de la Perse, telle qu'elle a été adoptée et conservée par les chronologistes et les astronomes de l'antiquité , on n'y retrouvera ni ce Xerxés II , ni ce Sogdianus. La table chronologique des rois , placée en tête de l'Aimageste de Ptolémée , et dont les années des règnes servent à la date des observations astronomiques, nonjme pour l'intervalle de temps qui s'est écoulé pour l'histoire d'Egypte, depuis la mort de Psamménite jusqu'à' ce point où nous sommes parvenus , Cyrus , Cambyse , Darius I", Xercès , Artaxercès etDarius II. C'est dans la liste de Mané-

thon , soigneusement dressée pour l'Egypte , que sont mentionnés les règnes éphémères d'un Xercès II et de Sogdianus. Ce Darius II est qualifié de nothus, ou enfant illégitime.

Il paraît que c'est au règne d'Artaxercès qu'il faut rapporter les nouvelles entreprises des Egyptiens alliés avec les Athléniens contre l'occupation persane. Thucydide et Ctésias nous ont transmis les détails les plus circonstanciés de ces nouvelles guerres, auxquelles se mêla aussi , comme allié des Égyptiens, un chef libyen, que ces historiens nomment Inarus. La flotte des Perses fut détruit^ ou prise par celle des Athéniens : les Grecs remontèrent le ]Nil et débarquèrent leurs troupes sous le commandement de Charitimès. Achéménès , à ja tête de trois cent mille hommes, fut défait par les alliés et perdit le tiers de son armée; lui-même périt dans ce sanglant combat. Le reste de l'armée se réfugia dans les fortifications de Memphis. Les Égyp^tiens les y assiégèrent pendant trois années, les y tenant étroitement enfermés. Mais une seconde armée persane s'avançait, commandée par Artabaze, satrape de la Cilicie, et par Mégabyze, qui l'était de la Syrie. Battus par ces nouvelles forces, malgré leur vigoureuse résistance , et le chef libyen ayant reçu de graves blessures , "les Égyptiens'et les Athéniens se retirèrent dans l'île de Prosopitis , baignée par deux branches du Nil : dans l'une d'elles , h flotte égyptienne et la flotte athénienne trouvèrent un refuge et un abri. Les Perses les attaquèrent, et les alliés s'y défendirent pendant une année et demie.

Mais les Perses mirent à sec la branche du Nil où la flotte athénienne était mouillée; ces forces navales devinrent inutiles , et les Perses s'ouvrirent un chemin de terre dans l'île. Alors Inarus se rendit avec les siens à la condition de la vie sauve; mais les Athéniens, au nombre de six mille , mirent le feu à leurs vaisseaux , préférant la mort glorieuse du combat à l'ignominie de l'esclavage : des conditions honorables offertes par les Perses sauvèrent ces

EGYPTE

braves Atliéniensd'uneniort prochaine.

Une nouvelle flotte envoyée par les Athéniens fut attaquée et jprise par les Perses , et leur triomphe fut complet.

L'Egypte fut encore une fois soumise; Sartamas lui fut donné pour gouverneur ; et l'héroïque Inarus , conduit à Suze , y fut mis en croix contre la foi des traités. Inarus passait pour être le fils d'un Psammétichus.

Ces défaites ne lassèrent point le courageux patriotisme des Égyptiens :

sous Darius - Nothus , ils arborèrent de nouveau la bannière de l'indépendance . un Égyptien était à leur tête ; il se nommait Amyrtée, originaire de la ville sainte de Sais. D'après quelques témoignages fugitifs de l'histoire , Amyrtée aurait secondé les premiers efforts d'Inarus ; et , après sa défaite , se serait tenu en repos dans les contrées marécageuses de la basse Egypte , d'où l'impatience de ses concitoyens l'aurait de nouveau rappelé pour la délivrance de la patrie.

Amyrtée résista aux troupes du lieutenant de Darius -Nothus; et, à la mort de ce dernier, Amyrtée se trouva en possession de toute l'Egypte : il y rétablit l'ancienne domination des

! Pharaons, avec les anciennes lois et

i le culte des dieux du pays.

t Ainsi la premièredynastiedes Perses,

I qui forme la XXVIP dynastie égyp-

l tienne, s'éteignit après une durée de

[! 120 ans.

Amyrtée, roi d'origine égyptienne,

' et peut-être de l'ancienne race royale , forma à lui seul la XXVIir dynastie.

Il ne régna que six ans, à compter de lan 404 avant l'ère chrétienne.

Sa première pensée eut pour objet de réparer les desastres de l'occupa-

I tion étrangère , et de rétablir les honneurs des dieux ; les temples d'Éléthya , dédiés à Sévek (Saturne), et à Sowan

I Lucine), construits et décorés sous ks règnes de la reine Amensé et

i des rois Moeris et Memnon , mutilés par les Perses , furent réparés par les soins d'Amyrtée. D'outres monuments de l'Egypte conservent encore les marques de ces pieuses restaurations. Le court règne d' Amyrtée, qui

ne commença qu'après que cet illustra Égytien , à la suite de longs conihats, eut réussi à délivrer son pays de l'occupation persane, laissa peu de temps à ses soins réparateurs. Une famille originaire de la ville de Mendès lui succéda et forma la XXIX* dynastie, qualifiée de Mendésienne à cause de son origine.

Le premier roi se nomma Noufrôuthph , dont les Grecs ont fait Né» phéritès. Son nom se lit sur les deux côtés du trône d'une statue de ce roi, en basalte noir, haute d'un empan et demi , dans la collection de l'Institut d3 Bologne. Le nom de ce roi n'a pas été aperçu sur les monuments encore subsistants en Egypte; mais le malheur des temps et toutes les causes de destruction qui se sont succédé depuis, expliquent ce résultat négatif.

Ce roi d'Egypte ne cessait pas d'être menacé par le roi de Perse et par ses innombrables soldats. De son côté, Néphéritès ne négligeait aucun des soins qu'exigeait le salut du pays : à cet effet , il conclut avec Sparte un traité d'alliance que cette cité grecque lui avait proposé contre l'ennemi commun. Diodore de Sicile donne pour époque à ce traité la première année de la quatre-vingt-seizième olympiade, ou l'an 395 avant l'ère chrétienne .

Néphéritès , parvenu au trône dès l'an 398 , régnait en effet à l'époque assignée par Diodore de Sicile à ce traité. On trouve aussi son nom sur les rochers des environs de Philae, dans un proscynéma ou acte d'adoration à Horammon , à Saté et à Mandou , fait à ces divinités pour le salut de ce roi Néphérôthph. Toutefois sou règne ne dura que six années.

Il eut pour successeur un roi nommé Hâkôr; les Grecs ont écrit ce nom Achoris. La durée de son règne est portée à 13 années par les listes de Manéthon. Ce règne fut très-laborieux ; sans cesse menacée par la Perse, l'Egypte eut à s'occuper de sa défense , et elle forma, à cet effet, d'utiles alliances. Achoris amena dans une ligue défensive Evagoras, roi de Chypre, les Arabes , les Tyriens et les Libvens

L'UNIVERS

de Barcè; un Égyptien qui avait passé au service des Perses , Gaùs , dont la famille avait été cruellement traitée par Psamméticbus , mécontent du chef perse sous les ordres duquel il se trouvait dans l'expédition contre Chypre , déserta ce service, emmenant avec lui une çartie de la flotte et de l'armée. Il se réunit à Achoris; les Lacédémoniens entrèrent aussi dans cette alliance : la mort de Gaiis et de quelques autres chefs des alliés en amenèrent la dissolution.

Achoris en forma une nouvelle avec plusieurs peuples de la Grèce qui se rendirent en Egypte sous le commandement de l'Athénien Chabrias. De leur côté , les Perses , occupés à de plus grands desseins, poussèrent mollement la guerre contre l'Egypte : sur ces entretaites , Achoris mourut.

Les soins de la défense du pays ne l'avaient pas détourné de ceux qu'exi-* geait la réparation des outrages faits aux temples des dieux par les étrangers dont l'Egypte était délivrée. On voit encore sur l'édiflce de Médinet-Habou , à Thèbes , les preuves des réparations qu'Achoris fit faire aux colonnes protodoriques qui soutiennent les plafonds des galeries , et pour lesquelles on employa des matériaux d'un petit temple édiûé par l'ordre de la princesse Nitocris, femme de Psammétichus II , et que la barbarie des Perses avait trésvraisemblableinent détruit.

Achoris fit réparer aussi quelquesuns des dégâts qu'avait éprouvés le temple d'Éléthya : on voit encore dans les carrières de Thorrah , près de Memphis , que , dans la seconde année de son règne, Achoris en fit extraire des matériaux employés dans les édifices qu'il fit élever ou restaurer. Enfin le musée égyptien de Paris possède un sphynx dont la base porte le nom de ce roi en caractères hiéroglyphiques , avec le titre de chéri de Chnouphis.

On a remarqué quelques variantes dans les signes des deux cartouches : mais ces signes variés sont toujours des homophones ; et Champollibn le jeune a donné de ces variétés des explications que ses plagiaires se sont appropriées.

A Achoris succéda , selon Manéthon , un roi nommé Psammuthès, qui ne régna qu'une année. Le nom de ce prince se trouve cependant encore sur les sculptures du palais de Karnac à Thèbes, et auprès de celui d'Achoris, son prédécesseur. Sa légende royale signifie : Soleil gardien approuvé par Phtha , le fils du soleil , Psimouth : elle existe aussi dans les ruines d'un petit édifice entre deux des propylées de Karnac , où Champollion le jeune l'a copiée le 23 novembre 1828.

Ce roi eut pour successeur, selon les listes de Manéthon dans Eusèbe, Muthis , qui régna une année , et Néphéréus , qui ne régna que quatre mois. Il ne reste du premier aucun souvenir sur les monuments; et on possède , du règne du second , un sphynx qui orne le musée royal de Paris. Son cartouche prénom est celui d'un des anciens Pharaons , et son nom propre se lit Naïfroué. Un savant anglais a aussi recueilli la légende de ce roi de quatre mois sur les restes d'un édifice égyptien. Ce prince fut le dernier de la XXIX' dynastie égyptienne, laquelle ne subsista que pendant 21 ans.

La XXX* dynastie fut originaire de Sebennitus, autre ville de la basse Egypte : les cités de la haute n'étaient plus nommées dans l'histoire; elles paraissaient alors ensevelies dans la stupeur de l'esclavage et la douleur de voir s'éteindre les antiques honneurs de la patrie.

Le règne de Nectanèbe, premier roi de cette nouvelle dynastie, ne fut pas plus paisible que celui des rois égyp»

tiens, ses éphémères prédécesseurs.

Dès la seconde année de son autorité, il eut à repousser les nouvelles tentatives d'invasion faites par les Perses.

Leur armée et leur flotte se présentèrent devant Péluse : Nectanèbe, qui avait réuni des moyens suffisants de défense , résista avec succès. La discorde se mit aussi parmi les Perses ;i ils entrèrent toutefois dans la branche \ mendésienne du Nil , après s'être emparés de la forteresse qui la défendait. Mais Nectanèbe , après avoir pourvu à

EGYlïTE.

la conservation de Memphis , entra en campagne, poursuivit vivement Pharnabase, général en chef des Perses; et, l'inondation périodique du Nil les incommodant sur tous les points, ils furent obligés de se rendre après avoir perdu beaucoup de monde. L'Egypte fut ainsi de nouveau délivrée.

Quelques années après , le roi Agésilas se rendit en Egypte à titre d'ambassadeur; il venaitdemander à Nectanèbe , de la part des Lacédémoniens , des secours contre les Thébains qui les avaient réduits aux dernières extrémités.

La suite du règne de Nectanèbe fut paisible; et il reste de nombreux témoignages des soins qu'il donna à l'administration et aux affaires de son royaume.

On voit parmi les débris d'ouvrages égyptiens amassés à la citadelle du Caire, un bas-relief représentant le roi Nectanèbe faisant une offrande aux dieux;àReft, l'ancienne Coptos,dans une église copte bâtie avec les restes d'édiflces égyptiens , la légende royale de ce même prince ; à Médinet-Habou , un édifice d'une exécution assez élégante, qu'il y a fait élever, et dont les bas-reliefs le représentent adorant le dieu Amon-Ra , et recevant les dons et les bienfaits des autres dieux de Thèbes; à Philae, un petit temple dédié à Hathôr, et un propylon engagé dans le premier pylône du temple d'Isis.

D'autres monuments isolés appartiennent aussi au même règne : une belle figurine funéraire en terre émaillée, brisée, trouvée à Pompéï, et déposée au musée des Studi, à Naples , porte la légende royale de Nectanèbe ; cette légende a été aussi copiée sur un monolithe qui existe à Sœft, l'ancienne Tacasarta. Enfin , il existe à Rome une stèle d'un grand intérêt pour l'histoire (lu règne de ce roi , qui dura 10 ans selon certains textes, et 18 selon d'autres : la stèle décide cette importante (|uestion ; elle porte la date de l'an XIII ilii règne de Nectanèbe , et accrédite (Jinsi le nombre 18 des textes anciens.

Après Nectanèbe 1" régna, pen- 2;r I.ivraisoi. (Egypte.)

dant deux ans, un autre prince que les listes de Manéthon nonunent Teos ou Tachos. Occu|)é aussi de la défense de l'Egypte contre ics Perses , il resserra l'alliance avec les Lacédémoniens, qui lui envoyèrent une armée sous les ordres d'Agésilas , à qui Tachos avait promis le commandement suprême de toutes les forces réunies de terre et de mer. Mais le roi d'Egypte , jugeant malheureusement Agésilas , non d'après sa renommée , mais sur la simplicité de ses habits et de ses manières , ne lui donna que le eommandement des troupes de terre , laissa à Chabrias celui de la flotte , et se réserva le titre et les droits de généralissime. Contre l'avis d'Agésilas qui voulait attendre les Perses en Egypte , Tachos alla les attaquer en Phénicie.

Dès qu'il eut franchi les limites du royaume , les Égyptiens se soulevèrent contre lui , et proclamèrent pour leur roi un autre Nectanèbe, son neveu.

Dans ces conjonctures difficiles , Agésilas , pour se venger peut-être de Tachos , se déclara pour Nectanèbe II :

il ne resta au roi détrôné qu'à chercher un refuge auprès du roi de Perse- il s'y rendit en traversant l'Arabie. On ne trouve deTachos aucun souvenir sur les monuments égytiens connus.

Bientôt se leva un compétiteur de Nectanèbe II, un chef issu de la ville de Mendès, secondé par une armée nombreuse. Agésilas engagea le roi à dissiper les reoelles par une attaque vigoureuse, avant qu'ils eussent le temps de se former en armée régulière : mais ce conseil parut suspect; bientôt après le roi fut contraint de s'enfermer dans une de ses villes principales , et il y fut assiégé par les rebelles. Agésilas ne fit rien pour le secourir. Toutefois , dans un moment opportun , il lui conseilla de faire une sortie; elle fut couronnée de succès; les assiégeants furent repoussés, et bientôt après, poursuivis par Agésilas , ils furent complètement défaits ; leur chef fut fait prisonnier, et Nectanèbe II rentra enfin dans la paisible possession de l'autorité royale.

Dans la douzième année de scu

L'UNIVERS

règne, il fit une alliance avec les Sidoniens et les Phéniciens : les Perses les mettaient dans un commun péril, et les obligeaient à une commune défense. Les Perses furent arrêtés dans leur marche contre l'Egypte par la guerre de Phénicie. Nectanèbe y avait envoyé un corps de quatre mille Grecs qu'il avait à sa solde , et commandés par le Rhodien Mentor. Les Cypriotes se mirent aussi dans l'alliance : mais le roi de Perse , irrité de la défaite de ses lieutenants , se mit lui-même à la tête de l'expédition contre l'Egypte.

Alors effrayé par la grandeur de ses préparatifs militaires, le Rhodien Mentor passa du côté de celui qu'il considéra comme le plus fort , le roi de Perse.

Darius -Ochns l'accueillit comme un transfuge à qui était bien connu le pays qu'il allait attaquer.

Nectanèbe prépara aussi les moyens de défense nécessaires contre un si puissant ennemi : il se mit à la tête d'une armée composée de vingt mille Grecs, vingt mille Libyens et soixante mille Égyptiens; les principaux passages et les places les plus importantes étaient gardés par de bonnes garnisons : Péluse renfermait cinq mille hommes. Diophante d'Athènes , et Lamias de Lacédémone , secondaient Nectanèbe de leur prudence et de leur valeur. Mais d'autres Grecs guidaient aussi les Perses. Leur premier corps était commandé par Lacharis le Thébain ; le second , embarqué sur la flotte, par Nicostrate , et le troisième par le déserteur Mentor. Nicostrate remonta le Nil bien en avant dans le pays , débarqua ses troupes et s'y retrancha.

Clinias,derîle de Cos, rassembla toutes les garnisons égyptiennes du voisinage , attaqua Nicostrate , et fut tué et battu dans ce combat opiniâtre où cinq mille Égyptiens restèrent sur la place.

Nectanèbe, à cette nouvelle , courut à la défense de Memphis, qu'il craignait de voir attaquée et prise par Nicostrate. Sur l'avis du départ de Nicostrate des environs de Péluse, les Grecs, en garnison dans cette ville, se croyant abandonnés et perdus , se rendirent à condition d'être transportés dans leur

patrie , et Mentor profita de cette défection pour occuper la basse Egypte , y répandre ses troupes, avec l'avis, de la part du roi de Perse , de la grâce pleine et entière à tous ceux qui se soumettraiî;nt , et de l'extermination de tout coupable de résistance. La plus humtie soumission se manifesta de 'tout côté; les Grecs d'Egypte et les Égyptiens naturels rivalisèrent d'humilité devant les lieutenants du roi de Perse : il ne resta d'autre ressource a Nectanèbe, battu, trahi et détrôné, que de s'enfuir avec son trésor en Ethiopie , d'où il ne revint jamais. Il fut le dernier roi de la XXX* dynastie égyptienne, le dernier roi de race égyptienne qui régna sur l'Egypte, et l'asservissement de cette grande et immortelle nation à un sceptre étranger dure encore depuis les malheurs de Nectanèbe II , c'est-à-dire, depuis vingt et un siècles complets : la nouvelle occupation de l'Egypte par les Perses date de l'an 338 avant l'ère chrétienne.

Ce fut Darius-Ochus qui rétablit l'autorité des Perses en Egypte. Elle avait échappé à ce joug des^ barbares pendant soixante-cinq ans. Cet intervalle est exactement donné par les listes des règnes des rois de Perse, et par celles des rois égyptiens assez heureux pour leur avoir résisté avec un plein succès. Le Pharaon Amyrtée rétablit en effet l'administration égyptienne à la mort de Darius II. A ce prince succédèrent sur le trône de Perse Artaxercès II , dont le règne fut de 46 ans selon le canon des rois, placé en tête de la Grande Composition de Ptolémée, etOchus, qui rétablit l'autorité persane en Egypte dans la 20* année de son règne , ce qui arriva quelques mois après l'accomplissement de la 65* année depuis la mort de Darius II et l'avènement d'Amyrtée : or, Amyrtée et ses successeurs, formant la XXVIIP, la XXIX* et la XXX* dynastie égyptienne, ont régné ensemble 65 ans et 4 mois. Les rapports remarquables de ces deux supputations exigent que le règne du dernier Pharaon; qui occupa le trône d'Egypte, Nectanèbe II , soit porté à 18 ans , comme

EGYPTE

le veulent les listes de Manéthon , selon Jules l'Africain. Ce roi avait adopté le cartouche-prénom de Nectanèbe reconsidérant son règne comme lacontinuationdeceluideson deuxième prédécesseur dont il portait le nom , et ne tenant pas grand compte du règne éphémère de Tachos , obligé de s'entuir en Perse : la différence tranchée des signes employés à écrire le nom propre des deux Nectanèbe les fait facilement distinguer, malgré l'identité du cartouche-prénom.

Vainqueur de Nectanèbe II à la bataille de Péiuse, Ochus remit les troupes persanes en possession de l'Egypte , et lui donna Ferendate pour satrape ; il la dépouilla de ses richesseseten composa le trophée de sa victoire. Le nom du roi perse, écrit Okouch , existe néanmoins dans une inscription hiéroglyphique avec une date qui, dépassant la 20" année , est évidemment comptée de son avènement au trône de Perse.

Il l'occupait en effet depuis vingt ans lorsqu'il remit l'Egypte sous son obéissance ; cette 20^ année fut la première de son règne en Egypte; il mourut l'année d'après : Manéthon n'a donc dû donner que deux ans au règne d'Ochus en Egypte. Manéthon nomme comme son successeur Arsès, son fils , qui régna aussi deux années , et dont les monuments égyptiens , à notre connaissance , n'ont fait aucune mention. Il en est de même du dernier roi des Perses , de l'infortuné Darius III ; il régna 4 ans sur l'Egypte comme sur le reste du vaste empire des Perses.

Mais cet empire s'écroulait de toutes parts : Alexandre le Grand étant désigné par la Providence comme le vengeur des peuples subjugués par le grand Cyrus, et comme son héritier, mais temporaire.

Les successeurs de Cyrus avaient connu la Grèce, et appris par elle de quoi était capable une nation européenne peu nombreuse, mais animée du plus pur amour de la patrie, secondée par les nobles inspirations et 'es conseils industrieux de la civilisation. En Grèce, un des peuples de la confédération était arrivé à son tour de

suprématie, et son origine septentrionale semblait avoi r imprimé à son caractère, comme à son courage, la vigueur et l'âpreté du climat des lieux qu'il habitait. La IMacedoine gouvernait la Grèce; et, au génie politique de Philippe, avait succédé l'épée valeureuse d'Alexandre. Ce jeune héros ne connut pour bornes à ses victoires que les mers impraticables ou les déserts. Il traversa toute l'Asie et pénétra dans l'Inde : il détruisit l'empire des Perses et en hérita. L'Egypte fut pour lui une conquête facile : l'Egypte , soumise à un sceptre de fer, au despotismeintolérantde l'Asie, reçut Alexandre comme un libérateur : i'i y établit son autorité en l'an 332 avant l'ère chrétienne. Huit années après, en l'an 324, Alexandre mourut à Babylone, au centre de ses conquêtes : les dieux, qui l'avaient comblé de tous les biens, de toutes les gloires humaines , ne le préservèrent pas du poison des hommes ou de celui de l'intempérance. Ainsi la domination de fait ou de droit des Perses dura, en Egypte, autant de temps que l'empire de Cyrus dans les mains de ses successeurs , depuis Cambyse jusqu'à la mort de Darius III.

Les effets de cette domination ennemie se révèlent encore aux yeux de l'observateur attentif à l'interprétation des grands faits archéologiques consignés sur le sol antique et dans les ouvra'ges de l'Egypte. Depuis Thèbes jusqu'à Dakkêh en Nubie, sur une ligne de plus de soixante lieues, les édifices élevés par les Ptolémées et par les Romains sont fréquents; et, de ceux des Pharaons , il n'en reste que des ruines : ceci s'explique par les ravages des Perses remontant la vallée du Nil pour se rendre en Ethiopie, abandonnant le fleuve à la hauteur de Sébouâ , et prenant en ce point la route du désert, plus courte que celle du Nil qui était d'une difficile pratique pour une armée, à cause de ses fréquentes cataractes. C'est cette même route que suivent de nos jours les caravanes et les voyageurs. Ainsi le temple bâti par Mœris à Amada , un peu au midi de Sébouâ , existe encore ; et,

L'UNIVERS

nu nord de ce lieu , jusqu'à Thèbes , il n'y a que des édifices élevés ou relevés par les Grecs ou les Romains , effaçant les traces des ravages des Perses. Et, si les tnonuments pharaoniques de Ghirsché et de Ret-Oualli subsistent encore, comme exception à ce qui vient d'être dit , ce ne fut pas la faute (les Perses; ces temples sont des spéos creusés dans des montagnes qu'ils ne pouvaient pas démolir : ils se contentèrent de mutiler ces deux temples.

Le gouvernement des Pharaons , modéré à la fois et par le contrepoids des castes et par la douceur des mœurs, qui naissait de l'aisance générale, fut remplacé par le despotisme oriental , hiérarchie de satrapes de tout rang , exerçant , chacun dans sa sphère , la plus absolue autorité, et- foulant ainsi, chacun à son tour, le sol conquis et sa population ; ainsi l'Egypte n'était plus qu'une province du grand empire perse, occupée et pressurée militairement.

Les mages, prêtres d'une doctrine religieuse qui n'était pas celle des Égyptiens, n'élevèrent à leurs propres dieux ni à leurs génies aucun temple sur le sol (ie l'Egypte; mais ils firent détruire les temples des dieux égyptiens , et ne laissèrent à la piété religieuse des habitants d'autre refuge que leur foi et les oratoires de famille. Les propriétés (le la classe sacerdotale ne durent pas être épargnées par le fisc conquérant; et les fausses divinités de l'Egypte durent subirdefortesamendes au profit des véritables dieux qui sont toujours ceux des vainqueurs.Du reste, ni le plan ni l'architecture des temples, ni les syn> boles des deux cultes n'a valent entre eux aucun rapport dans les formes. Les écritures des deux peuples étaient essentiellement différentes, dans leur origine comme dans leurs formes. L'Egypte avait créé la sienne par l'effet d'inventions successivement perfectionnées, conduites de la figure d'un objet qui en donnait l'idée à l'esprit, jusqu'aux signes alphabétiques qui enexprimaient le nom parla parole : les Perses avaient adopté celle des Mèdes , qui l'avaient empruntée des antiques Babyloniens -

système non pas rationnel dans ses successives formations , mais de formation arbitraire , qui a voulu que les combinaisons variées d'un seul et unique signe ayant la forme d'un coin, représentassent toutes les voix et les articulations nécessaires pour exprimer par la parole les mots de la langue. Les deux écritures se mêlèrent quelquefois par l'effet d'un caprice plutôt que par besoin : sur des cylindres égyptiens , en terre cuite, portant des mscriptions égyptiennes , on a ensuite ajouté des inscriptions cunéiformes.

Les deux langues différaient radicalement l'une de l'autre. L'idiome persan , comme la nation qui le parlait , n'avait rien de primitif, était une branche d'une puissante famille : la langue égyptienne n'a jamais laissé deviner son origine ; elle existait parce qu'elle existait.

Les Perses conservèrent lenr costume national en Egypte; les Égyptiens ne paraissent pas avoir été troublés dans la conservation de celui qui leur était propre : on n'a trouvé aucune figure persane sur les monuments égyptiens : mais des Mèdes sont représentés dans les triomphes des plus anciens Pharaons.

Aucun des successeurs de Cyrus ne mourut et ne fut enterré en Egypte :

on croit avoir reconnu leurs tombeaux dans les dépendances du palais de Persépolis. Le respect des Perses pour le feu , selon les préceptes traditionnels de Zoroastre, leur faisait inhumer les corps de leurs rois, et les détournait de l'usage de les brûler. La loi exigeait aussi qu'ils eussent leur sépulture dans la Perse même , quelque Eart qu'ils finissent leurs jours. Camyse fit transporter le corps de Cyrus à Parsagada, où Alexandre le visita :

Alexandre fit aussi enterrer Darius auprès de ses ancêtres. Comme les Égyptiens, et peut-être à leur exemple , les tombeaux de ces rois furent ' creusés dans une montagne qui en avait pris le nom de montagne roijale.

A l'imitation encore de l'Egypte, Darius I" ordonna de son vivant les travniix nécessaires pour son tombeau , et

EGYPTE

il l'aurait visité si les devins ne l'en eussent détourné.

La civilisation paraissait proportionnellement répandue dans les diverses castes égyptieiuies : diez les Perses , à l'exception de la tribu noble des Acbeinenides, le reste de la population était inculte et barl)are, presque sans développement intellectuel , ignorant les arts et le luxe, ne connaissant que le service militaire et ne pratiquant que la guerre. Cyrus devança par les mêmes moyens le triomphe de Gengis- Khan ; il avait aussi à ses ordres ses hordes de IMongols aguerris, toujours prêts à marcher à des conquêtes qui n'étaient réellement que des migrations de peuplades vers de meilleurs climats.

La forme perfectionnée du gouvernement égyptien dut exciter l'attention des principaux personnages de la cour de Cambyse; cette remarque peut faire considérer comme moins extraordinaire la délibérât. on et les discours des conjurés contre je faux Smerdis, au sujet de la forme de gouvernement à donnera la Perse. L'un des orateurs proposait une monarchie pure, l'autre une aristocratie , et le troisième une dén)ocratie toute populaire. Du reste, la division de l'empire en satrapies par Darius l", à l'imitation peut-être de l'Egypte divisée en nomes, où l'action de l'autorité suprême pénéti'ait si facilement partout par le concours des fonctionnaires de divers rangs , fut le premier acte qui donna une organisation régulière aux possessions persanes , et en soumit l'administration à une loi générale, première base d'un gouvernement civil et politique , séparé du gou- ^fernement militaire.

Enûn , s'il fallait faire ressortir les avantages que conservèrent les nations les plus civilisées conquises par les Perses, sur leurs propres conquérants, nous dirions que la civilisation ne cessa de miner les plus solides fondements de cette conquête , et que le grand empire despotique des Perses périt, malgré les cinq millions d'hommes armés par Xercès , par l'effet des révoltes de l'Egypte et de l'héroïque résistance de la Grèce.

La destruction de la domination per- ^ sane ouvre dans l'histoire de l'Egypte ' une ère nouvelle : la conquête qui succéda aux Perses fut plus légère à l'Egypte; la nation la plus spirituelle devait facilement s'entendre avec la plus sage de ces vieux temps : d'anciennes alliances les avaient déjà réunies; la culture des arts et de la philosophie, qui a produit de part et d'autre tant d'admirables ouvrages, était pour elles un lien de plus et une cause d'intimes rapproclienients.

Alexandre, roi de Macédoine, vainqueur à la bataille d'Issus, qui fut si fatale à Darius III , souverain de l'empire perse, marcha vers la Phénicie, pritTyr , Gaza , pénétra dans l'Egypte , et l'occupa tout entière. Ses historiens nous ont conservé le souvenir de sa modération. Toute la politique du conquérant, tout son système se révèle par cette courte phrase de son historien latin Quinte-Curce : Parvenu par la voie du Nil jusqu'à Memphis , il s'avança dans l'intérieur du pays, et, en ayant réglé l'administration de telle sorte qu'il ne fut rien changé aux anciens usages des Égyptiens, il se dirigea vers l'oracle de Jupiter Ammon.

Alexandre voulut en effet le consulter; il se rendit donc à l'Oasis de ce nom : les prêtres le rfconnurent et le proclamèrent le fils d'Amon-Ra, la grande divinité de l'Egypte, dont le temple principal était à Thebes , d'où l'emblème du dieu avait été transporté dans le sanctuaire de l'Oasis. Il n'y subsiste aujourd'hui- aucune trace dii voyage du vainqueur.

il fut frappe de la belle disposition d'un isthme formé par le lac JNlarœotis et la Méditerranée à l'ouest du Psil , et il le destina à l'emplacement d'une ville à laquelle il donna son nom. Sur ce même emplacement se trouvait une bourgade égyptienne nommée Rhacotis; elle fut comprise dans l'enceinte delà ville; elledoniia son nom au quartier qui lui succéda. Alexatidre traça lui-même le plan de la nouvelle cite; il lui donna la forme de la chlamyde macédonienne. La farirre destinée à rapprovisionnemeni du soldat servit,

L'UWIVERS.

à marquer la place des murailles ; l'en' ceinte n'eut pas moins de quatre-vingts stades de diamètre; l'architecte Dinarque tut chargé de diriger l'exécution de ce vaste plan. Alexandre désigna lui-même l'emplacement des places publiques , celui des temples à construire , soit pour des divinités grecques, soit pour des divinités égyptiennes, témoignage remarquahle ae tolérance, qui n'était pas venu à l'esprit des Perses; une haute civilisation pouvait seule l'inspirer. Ces temples aux dieux de l'Egypte étaient nécessaires dans la nouvelle ville; le fondateur la peupla en y appelant une parlie de la population des autres villes égyptiennes. Il y laissa une garnison macédonienne, permit à un grand nombre de Grecs et d'Asiatiques de s'y établir, l'ouvrit à tous les peuples , et il en lit dans sa pensée comme dans la réalité l'entrepôt nouveau de tout le commerce entre l'orient et l'occident de la terre. Alexandre laissant en Egypte Cléomène pour gouverneur, remonte en Syrie , poursuit le cours de ses conquêtes , pénètre aux confins de l'Asie, retourne à Babylone malgré les prédictions des devins , y reçoit des députations de presque tous lès peuples de la terre , et les honneurs funèbres qu'il fait rendre à Hephaestion ne sont que les préludes de ceux qu'il va recevoir. 11 meurt du poison ou d'intempérance, le 24 mai de l'an 324 avant l'ère chrétienne.

Le nom d'Alexandre le Grand ne se lit sur aucun édifice de l'Egypte; le seul monument qui reste de lui en ce pays, c'est la ville qui porte son nom," et qui n'a pas cessé de réaliser les vues et les espérances de son fondateur : elle est encore le lien essentiel du commerce de l'Europe, de l'Afrique et dç l'Asie. Un autre conquérant, dont le nom est aussi immortel , avait préparé de plus hautes destinées à cette ville, et la renaissance de son antique gloire sous l'égide de la France : .le temps , sur les traces de l'intelligence, parait devoir bientôt réaliser les grandes pensées d'Alexandre et deNapoléon; et l'Europe reconnaissante va rendre

à l'ancien monde les lumièi-es qu'elle en a reçues.

La mort surprit Alexandre au milieu de ses conquêtes , lorsque l'Asie soumise l'admirait comme homme, et l'adorait presque à l'égal d'un dieu.

Vivant et vainqueur, son autorité devait lui garantir la fidélité ou du moins la soumission des peuples subjugués.

A sa mort , le prestige cessait de luimême , et les droits acquis par la force périssaient avec celui qui s'était fait un jeu de violer les plus légitimes indépendances : jeu cruel que la Providence a puni quelquefois dans ceux même qui se complurent à ses chances redoutables.

Alexandre ne laissa pas auprès de son trône un héritier qui pût de suite succéder, sinon à sa toute-puissance , du moins à l'empire qu'il avait reçu de Philippe , et dont la possession ne pouvait lui êtr€ contestée. ALexandre avait un frère, fils, comme lui, de Philippe , mais qui était né d'une danseuse nommée Philline ; il laissait aussi de Barsine, fille de Darius, un fils nommé Hercule; enfin Roxane sa veuve, fille du roi de la Bactriane, était enceinte , le terme même de sa grossesse très -avancé; elle pouvait donner le jour à l'héritier si nécessaire pour l'accomplissement des projets d'Alexandre.

Mais l'incapacité d'Aridée son frère , l'inexpérience du fils de Barsine , l'incertaine espérance d'obtenir d'une autre un rejeton du sang royal , enfin la faiblesse d'une régence pouvaientelles suffire aux graves circonstances où la mort prématurée du vainqueur de tant de rois plaçait ses peuples et son armée? Pour conserver son empire, il eut fallu uu second Alexandre; l'union intime de tous ses généraux pouvait rendre l'état des choses moins périlleux sans doute , mais devait-on l'attendre de leur ambition?

Tous distingués par leur naissance ou d'éclatants services , ils joignaient à la noblesse des formes corporelles , l'élévation des sentiments et la puissance de la sagesse et de la raison ; c'étaient, parmi plusieurs ?>)tres, Pcrdiccas,

EGYPTE

I.éonnat, Antipater, Lysiniaque, Pyilion , Peuceste , Ptoléiiiée.

Le lendemain de la mort d'Alexandre, ils se réunirent autour de son trône, sur lequel on avait placé ses insignes et ses armes. Perdiccas se déclara pour le flis cjue Roxane pouvait mettre au monde ; Néarque pour celui de Barsine , et Ptolémce contre l'un et l'autre. « N'aurions-nous vaincu les « Perses, dit-il, que pour les placer sur « le trône de I\Iacédoine? » et il prol)Osa de déférer le gouvernement à un conseil formé des principaux lieutenants d'Alexandre. Mais une voix s'éleva de la foule dont l'assemblée était environnée, et proclama roi le frère du roi , Aridée , sous le nom de Philippe, nom chéri des Macédoniens, Méléagre, soutenu de toute l'infanterie, s'attacha à son parti. En vain Perdiccas, secondé par Léonnat, et par Ptolémée à la tête de la garde royale , essaye de s'y opposer , appuyé par les troupes à cheval. Aridée se montre revêtu des ornements royaux, et il est salué roi par la majorité du peuple et de l'armée. Les gouvernements des provinces , ainsi que les charges de la cour, furent distribués aux ofGciers ou aux favoris les plus réputés, et l'on s'occupa enfin de faire embaumer le corps d'Alexandre délaissé jusque-là et privé de soins et d'honneurs , quoique depuis sept jours déjà il eût cessé de vivre.

Ce fut ce même jour et dans le même conseil que le gouvernement de l'Egypte , de la Libye et de la portion de l'Arabie limitrophe de l'Egypte, fut donné à Ptolémée. Ce gouvernement devint ensuite le royaume d'Egypte, et n'éprouva aucun démembrenient.

Quelques possessions éloignées, telles que Chypre et la Cyrénaïque , y furent réunies par la guerre , et la' guerre aussi les en détacha quelquefois. Mais le royaume proprement dit, et tel qu'il subsista pendant trois siècles, se trouva renfermé dans les limites naturelles de l'Egypte.

Ptolémée songea bientôt à se rendre dans son gouvernement. Pendant le temps qu'il passa encore à Babylone,

Cléomène, laissé par Alexandre en Egypte en qualité de trésorier, y. réunit celle de lieutenant du gouvernement , et l'exerça jusqu'à l'arrivée de Ptolémée.

L'époque précise n'en est pas connue ; mais l'intérêt que Ptolémée devait mettre naturellement à jouir d'un titre auquel il pouvait déjà peut-être rattacher de plus hautes espérances , dut l'amener sans retard dans la capitale de ses provinces. Sa libéralité, sa justice et la douceur de son autorité attirèrent bientôt , de toutes parts , ceux que la guerre et les dissensions publiques éloignaient des pays qui en étaient le théâtre.

Le titre de sous -gouverneur donné à Cléomène qui était en Egypte depuis sa conquête par Alexandre, permet néanmoins de supposer l'absence temporaire du gouverneur lui-même. Il paraît que Ptolémée passa quelque temps encore à Babylone où sa présence pouvait être nécessaire pour régler, selon ses vues et les nouveaux mtéréts qu'il venait de se créer, beaucoup dedifficultés que l'état des affaires devait faire naître; et comme la fin de l'été, dans ces régions asiatiques, favorisait, bien mieux que les mois de juin et juillet, le long voyage d'un personnage nécessairement accompagné de beaucoup de monde, ce dut être vers l'automne que Ptolémée quitta la Chaldée pour se rendre en Egypte, vraisemblablement vers le mois d'octobre qui suivit la mort d'Alexandre.

Ses premiers soins eurent pour but de mériter l'affection des habitants de l'Egypte, et il se la concilia par la douceur de son administration. Bientôt instruit que Perdiccas formait secrètement le dessein de lui ravir par les armes un titre qu'il devait à la foi des traités, il se prépara à le défendre. Il leva par ses agents une contribution de huit mille talents , et mit une armée sur pied. En même temps il contracta une alliance avec Antipater déjà engagé dans une guerre contre les Grecs , que le rappel des exilés par Alexandre à son retour de l'Inde, avait sourde-

L'UNIVERS

ment excités contre lui , et que sa mort arma aussitôt contre Antipater, gouverneur de la Macédoine et de la Grèce pour Aridée, successeur d'Alexandre.

Après cette alliance, et pendant ■ qu'Antipater opposait ses forces et celles de ses alliés , sur terre et sur mer , aux Grecs confédérés pour échapper au joug macédonien, Ptolémée donnant tous ses soins au gouvernement de l'Egypte , s'attachait de plus en plus ses habitants , et jetait ainsi les fondements de sa future souveraineté. Une circonstance que sa politique sut s'approprier, rangea la Cyrénaïque sous ses ordres, en l'année

Au. commencement de l'année suivante , Antipater, Cratère et Antigone résolurent d'envoyer un message à Ptolémée, pour l'engager dans une alliance où leurs conuîiuns intérêts et l'imminente obligation de résister à Perdiccas devaient sûrement le faire entrer ; et Ptolémée n'hésita pas à s'y engager. Perdiccas, de l'avis de ses généraux , envoya Eumène sur l'Heliespont , pour arrêter Antipater et Cratère s'ils tentaient de passer en Asie.

Il partit de la Pisidie pour attaquer l'Egypte dont la conquête devait le laisser sans inquiétude sur ce point, lorsqu'il entreprendrait celle de la Macédome.

Mais cet espace de temps qui s'était écoulé depuis la mort d'Alexandre , et que ses généraux ont consumé à se disputer par les armes les provinces de son empire , Arrhidée , l'un d'eux , qui fut ensuite gouverneur de la Phryjçie , l'avait consacré tout entier à de plus honorables soins , à l'accomplissement d'un pieux devoir, en faisant construire le char funèbre d'Alexandre et transporter son corps en Egypte.

Ces soins l'occupèrent deux années, et la magnificence du char mortuaire du triomphateur, si l'histoire ne l'a point exagérée , ne dut pas demander moins de temps. Arrhidée partit de Babylone et se rendit en Egypte par Damas.

Perdiccas ne voulait pas laisser à Pto- \én(\' ces précieuses dépouilles, con-

fiant peut-être dans les prophéties d'Aristandre , qui promettaient un bonheur éternel à la contrée qui les posséderait. Polémon , lieutenant de Perdiccas, tenta de s'opposer aux projets d' Arrhidée, mais celui-ci réussit malgré lui à se réunir à Ptolémée qUi se rendit en Syrie avec des troupes , pour honorer la mémoire du roi , dit Diodore de Sicile , mais plutôt pour ])rotéger Arrhidée contre les projets de Perdiccas. Ceci se passait au printemps de l'année 322.

L'été suivant , l'entreprise de Perdiccas contre l'Egypte , et les préparatifs d'Antipater secondé par Antigone et Cratère, étaient déjà parvenus à ce point de maturité qui annonce un prochain dénoûment. Eumène fut heureux et repoussa avec succès les efforts de ces trois chefs alliés , pendant que Perdiccas parvenait à Damas à la tête d'une armée nombreuse soutenue et rendue plus dévouée par la présence des deux jeunes rois. Perdiccas traverse la Syrie, se dirige sur Péluse et établit son camp près de cette villt^ , la clef de l'Egypte vers l'Orient. Ayant imprudemment fait repurger un ancien canal du Nil , une subite irruption des eaux du fleuve détruisit ses ouvrages militaires et mit le découragement et la désertion parmi ses troupes.

Il essaya de les ramener par des démonstrations de bienveillance, par des discours que la hauteur et la dureté de son caractère pouvaient démentir, et il donna l'ordre de se tenir prêt à marcher. A l'entrée de la nuit il leva le camp; on se mit en marche et on arriva vers la pointe du jour sur le Nil, non loin d'une petite ville nommée le Mur des Chameaux, que Perdiccas fit attaquer. Il essaya vainement de la prendre de force : Ptolémée qui avait tout prévu et s'était même défait de Cléomène qu'il croyait attaché à Perdiccas, se trouva là à la tête d'un corps de cavalerie pour défendre la ville. Convaincu de l'inutilité de son entreprise, Perdiccas y renonça sur le soir, et profita de la nuit pour se diriger vers une île que formait le Nil du côté opposé à Mcmphis, vraisembla-

tGll^lE.

!)Icmeiit l'île de IMyecphoiis formée par la brnnche de Péluse , un peu à l'orient de Bubaste. Il tenta bien niaiheureusemeiit le passage des eaux , deux mille hommes y perdirent la vie : la sédition s'empara de tous les esprits , et Perdiccas fut égorgé dans sa tente. Ptoiémée s'empressa de traverser le Kil et de se rendre au camp macédonien auprès des jeunes rois , de leur offrir des présents et ses hommages, et de fournir aux plus pressants besoins de l'armée, de protéger même les plus intimes amis de Perdiccas contre ie ressentiment des soldats.

Ce fut alors que Ptolémée reçut en Egypte les deux jeunes rois dont il lui aurait été facile de se faire donner la tutelle; mais il la jugea au moins inutile à ses projets sur l'Egypte , et il la fit accorder a Python et Arrhidée , le même qui lui avait livré le corps d'Alexandre.

Les deux rois continuèrent leur route vers la Macédoine ; ils firent alors une nouvelle distribution des gouvernements. Ptolémée conserva celui de l'Egypte, qu'il eût été difficile d'ailleurs <le lui enlever, tant son courage et l'esprit de justice de son administration lui en assuraient la possession.

Dans cette dernière distribution des gouvernements , Laomédon de Mitylène avait obtenu celui de la Syrie;" il y fut attaqué par Ptolémée qui avait résolu de réunir à l'Egypte la Célé-Syrie et la Phénicie. Tsicanor, l'un de ses généraux chargé de cette expédition et de cette conquête , y réussit complètement , emmena même Laomédon prisonnier en Egypte , après avoir mis garnison da.is toutes les villes des provinces conquises. Jérusalem fut de ce nombre. Ainsi , à la fin de la troisième année de son gouvernement , Ptolémée avait réuni à l'Egypte, Cyrène , la Syrie , la Celé-Syrie et la Phénicie.

Cassandre cherchait à mettre Ptolémée dans ses intérêts; il lui dépêcha dans le même temps un messager sûr, pour lui demander, avec son alliance, «ju'il envoyât sa flotte de la Phénicie dans l'Hellespont. Il s'y rendit luimême, et de là il passa auprès <t'An-

tigoneen Asie , lui donnant l'assurance que Ptolémée seconderait son entreprise. Mais Polysperchon , tuteur des jeunes rois , pour rendre leur alliance illusoire, voulut pouvoir compter sur celle des républiques grecques, et, de l'avis des plus considérables person nages de la cour, il fit porter un décret qui leur rendait à toutes leur liberté avec la jouissance des lois et coutumes qui les régissaient avant leur conquête par Philippe ou par Alexandre.

En même temps qu'il proclamait la liberté des villes grecques , Polysperchon en appelait à la fidélité d'Eumène, mettant à sa disposition de l'argent et des troupes , et tâchait, par toutes sortes de prévenances , de ramener à la cour Olympias, mère d'Alexandre, qui s'en était éloignée du vivant d'Antipater.

Eumène se voua courageusement à la défense de la cause des jeunes rois , quitta la Phrygie , passa le mont Taurus, entra en Cilicie et chargea ses amis les plus intelligents et les plus dévoués de faire des levées dhommes et d'argent chez les Pisidiens , dans la Lycieeten Chypre. Quelques-uns même parvinrent jusqu'en Célé-Syrie et dans la Phénicie , dépendantes du gouvernement de Ptolémée.

Celui-ci se rendit dès lors avec sa flotte à Zéphyrion en Cilicie, vis-à-vis de l'île de Chypre , et tenta sans succès d'ébranler la fidélité des chefs qui suivaient la fortune d'Eumène. Mais Ptolémée fut bientôt rappelé de ces parages par l'entreprise d'Eumène contre la Phénicie soumise à Ptolémée.

En attendant, la reine Olympias cherchait à reprendre à la cour de Macédoine l'influence que lui donnaient son nom , son rang et le respect profond qu'inspirait encore tout ce qui touchait de près à la mémoire d'Alexandre.

Polysperchon entreprit de reconduire en IMacédoine la reine Olynïpias et le fils d'Alexandre. Eurydice, femme du roi Philippe Aridée , redoutant l'influence d'Olympias , osa solliciter contre elle Cassandre qui était sur rnelles[tont , et se porta elle-mciuc

L'UNIVERS

avec des troupes à Eria sur les frontières de la Macédoine, pour en défendre rapproche à la reine : les deux armées étaient près d'en venir aux mains ; mais le vieux respect des Macédoniens pour le sang d'Alexandre l'emporta sur tout autre engagement , et ils se déclarèrent pour Olympias.

Aridée fut fait prisonnier ; Eurydice , qui était retournée à Amphipopolis avec Polyclès, l'un de ses affidés, fut bientôt prise aussi , et l'un et l'autre furent mis à mort par l'ordre d'Olympias, Aridée, successeur immédiat ÎI'Aiexandre , ayant régné six ans et quatre mois.

Ainsi mourut le premier roi macédonien successeur d'Alexandre le Grand; l'Egypte le reconnat fidèlement; ses monuments en font foi, notamment le premier et le deuxième sanctuaire <lu grand édifice de Karnac à Thèbes ; on y lit cette légende royale : L'approuvé et le chéri d'Ammon et de Phré , le fils du solei! , Philippe {Phlipos). A Aschmounéin , l'ancienne HerraopoHs-Magna , cette légende se trouve deux fois sur le temple de cette ville ; le nom propre y est écrit Pheileipos. Ce n'est pas que Philippe Aridée fût présent en Egypte lorsque les ouvrages de Karnac et d'Hermopolis - Magna , qui portent encore son nom , furent exécutés :

mais ce roi était l'autorité suprême légale en Egypte , et j'ai sous les yeux un contrat, en écriture démotique, daté de l'an cinq , du règne de ce prince , car Ptolémée n'était que le gouverneur de l'Egypte sous l'autorité du roi : il fut fidèle à sa mission subordonnée ; mais il est juste toutefois de lui rapporter les bienfaits de ces restaurations, preuve patente de l'empressement de Ptolémée à réparer les ravages commis par les Perses , et de son attention à flatter ainsi l'opinion, les vœux et les croyances des Égyptiens , captant par là de plus en plus leur affection et leur confiance.

Après la mort de Philippe Aridée, vers le mois d'octobre de l'année 318 avant l'ère chrétienne, la septième du gouvernement de Ptolémée en Egypte , un sccoml successeur au trône d'A-

lexandre le Grand fut proclamé danstous ses États d'Europe et d'Asie; ce fut son fils Alexandre, né de Roxane.

Dans ces mêmes temps, la reine Olympias se vengeait d'Antipater mort sur ses amis vivants, non pas comme un roi , dit Justin , mais bien comme une femme, et Eumène passait l'hiver dans la Babylonie. Deux années après, Olympias et Eumène n'existaient plus :

tous deux avaient péri assassinés, l'un par les ordres de Cassandre, l'autre par ceux d'Antigone.

Antigone s'était ensuite rendu dans la Babylonie, gouvernée par Séleucus, qui le reçut avec magnificence. Mais Antigone ^ devenu plus exigeant , trouva, enfin quelque résistance dans Séleucus.

Celui-ci cependant , par la crainte d'être traité comme tant d'autres personnages cminents dont Antigone avait mis une attention réfléchie à se défaire, se décida dès lors à se rendre en Egypte. Ptolémée n'y avait jamais refusé un asile à ceux que les caprices de la fortune, «t les malheurs de ces temps d'anarchie amenaient auprès de lui.

Séleucus était en Egypte au corn mencement de la neuvième année du gouvernement de Ptolémée. Ce chef habile avait été jusque-là presque simpli spectateur des débats sanglants élevés entre les autres généraux d'Alexandre Séparé du théâtre de leurs malheureuj exploits par la mer et les déserts, il ne songeait qu'à affermir son pouvoii en évitant avec soin de le compromet tre, et à préparer une heureuse résistance à des attaques dont sa prudencai lui faisait prévoir la possibilité. Sa justice et sa modération lui avaient acquis la confiance des peuples qu'il gouvernait; sa grandeur d'âme lui avait fait des amis de tous ceux qui s'étaient commis à sa foi. Séleucus ne devait!

pas être moins heureux.

Ainsi s'accomplissaient les immua« blés décrets de la Providence. De nouveaux trônes s'élevaient sur les débris de ceux que la fougue d'Alexandre avait renversés; et, de tous ses généraux, quelques-uns seulement étaient destinés à s'y asseoir, vainqueurs des ani-

EGYPTE

l)itio:is rivales de la leur. Léonnat, l*ytlio:i, Pcrdiccas, Antipater, Euiiièiie, Polysperchon , n'avaient déjà plus d'intérêt dans ces suprêmes dissensions : ils avaient cessé d'exister.

Parmi ceux qui leur survivaient, Antigone restait alors le plus puissant.

Tous les autres devaient le redouter :

ils se liguèrent contre lui. C'étaient Cassandre , qui , en assassinant la mère et en épousant la nièce d'Alexandre, se rapprochait de plus en plus du trône de la Macédoine où il commandait ainsi que dans la Grèce; Lysimaque, chef de troupes aguerries et des peuplades à demi sauvages de la Thrace; Ptoléniée, maître 3e l'Egypte, de Cyrène, de la Syrie et de la Phénicie; Séleucus enûn, qui ne renonçait pas à son gouvernement de Babylone : ces quatre chefs signèrent contre la puissance d'Antigone une alliance qui devait y mettre fin.

Au printemps de l'année 315, Antigone reprit sa marche par la Cilicie, et, parvenu dans la haute Syrie, il y fut joint par les envoyés d« Cassandre, de Lysimaque et de Ptolémée, chargés de lui demander le partage des proviTices et de l'argent qui étaient le fruit d'une guerre à laquelle ils avaient concouru. Ces propositions furent mal reçues par Antigone, qui se mit en mesure de soutenir par les armes un refus aussi formel, en cherchant des alliés et des secours à Chypre, à Rhodes, faisant ses dispositions en Cappadoce et sur l'Hellespont, se portant en Phénicie, campant devant Tyr, et établissant dans ses mers trois points de réunion pour la flotte qu'il pensait à construire. Mais les chefs ligués contre lui ne préparaient pas leur attaque avec moins de soins, avec moins de promptitude, et bientôt Séleucus, courant la mer de Syrie avec cent vaisseaux, vint attiédir le zèle des partisans d'Antigone. Celui-c-i chercha à le soutenir, en leur annonçant que dans l'été même il tiendrait la'mer avec une flotte de cinq cents voiles.

Antigone se porta aussi pour allié «les défenseurs du trône de Macédoine, contre les entreprises de Cassandre.

Il le flt proclamer l'ennemi de l'État, s'il ne rendait la liberté à Roxane et au jeune roi son fils qu'il tenait enfermés , et s'il ne reconnaissait Antigone conmie régent du royaume. Pour se faire encore de plus nombreux partisans, il se déclara le protecteur de la liberté des villes grecques, renvoya Alexandre, fils de Polysperchon, dans le Péloponèse , et , ayant reçu des galères de l'île de Rhodes, il cerna la ville de Tyr du coté de la mer.

Ptolémée reconnut aussi la liberté des villes grecques, ayant pour but, sans doute, de les désintéresser dans une lutte où leur intervention pouvait efficacement servir le parti qu'elles se décideraient à soutenir.

En attendant, un autre Cassandre, gouverneur de la Carie, s'était déclaré pour Ptolémée, et avait envoyé à Chypre des troupes commandées par Polyclitus. Celui-ci se réunit d'abord à Séleucus, soutint heureusement plusieurs combats contre les navarques d'Antigone, retourna à Chypre, et se rendit à Péluse en Egypte, où Ptolémée le oombla d'honneurs et de présents.

Parmi les prisonniers de marque faits par Polyclitus était Périlaùs, l'un des généraux d'Antigone, qui sollicita sa délivrance et celle de plusieurs autres officiers. Ptolémée les lui rendit, et eut alors , même avec Antigone , une entrevue à Écregma où il ne refusa pas de se rendre, toutefois sans obtenir ce qu'il espérait d'Antigone.

Au commencement de l'hiver suivant, Antigone, pour s'opposer à Cassandre de Carie, fut surpris par les neiges en traversant le mont Taurus.

Dans l'été de l'année julienne 314, Cyrène, réunie depuis quelque temps au gouvernement de Ptolémée, cherchait à s'y soustraire et à chasser la garnison qui occupait la citadelle. Ptolémée tenta de ramener Cyrène à l'obéissance par des envoyés qu'elle ne respecta pas. 11 chargea Agis de la soumettre, et ses vues furent heureusement remplies. L'exemple de Cyrène agitait Chypre, et Pygmalion, son gouverneur, communiquait avec Anli-

Ui] Kl VERS.

goiie. Ptolémée s'y rendit en personne, punit exemplairement l'infidèle gouverneur, le remplaça par Nicocréon, détruisit Mariunii'en transporta les habitants à Paphos, se dirigea ensuite sur les côtes de Syrie, oij il débarqua son armée, prit Posidium ainsi que Potamos, et, poussant jusqu'en Cilicie, arriva dans Mallos, ravagea les contrées voisines, et rentra enfin à Chypre. Cette expédition était déjà terminée lorsque Démétrius, qui l'apprit en Syrie, arrivait en Cilicie pour s'y opposer. C'était trop tard, et Démétrius alla reprendre sa station en Syrie , pendant que Ptolémée rentrait en Egypte.

"Dans l'autoniHe de la même année 314, Tyr se rendit aux troupes d' Antigène , après avoir été bloquée par mer pendant quinze mois.

L'hiver suivant, celui de l'an 313, Ptolémée était rentré en Egypte. Séleucus s'y trouvait, et l'excita pour attaquer Démétrius qui l'observait toujours dans ses cantonnements de Syrie.

Cédant à ces insinuations, Ptolémée réunit une armée nombreuse, quitte Alexandrie, se rend à Péluse, et de là se dirige vers Gaza. Instruit de ses desseins, Démétrius rappelle ses troupes de leurs quartiers d'hiver, et leur assigne Gaza pour le lieu du rendezvous.

Contre l'avis des généraux les plus expérimentés, Démétrius engagea la bataille à Galama, en avant de Gaza; il fut vaincu et alla en toute hâte prendre position sous les murs de la ville avec sa cavalerie; mais le désordre fut tel que le soir même les troupes de Ptolémée entrèrent à Gaza. Démétrius se retira par la Syrie jusqu'à Tripolis; de là, il envoya demander du secours à son père Antigone qui avait passé l'hiver dans la Propontide, et, en attendant, il se renforça de quelques troupes venues de la'Cilicie, et des garnisons qu'il rappela de quelques places fortes éloignées.

Ptolémée s'occupa de poursuivre ces premiers succès, s'avança dans la Syrie, prit Sidon , occupa Tyr, et donna à Séleucus, qui l'avait secondé, ua

corps de troupes avec lequel il devait tenter de rentrer dans son gouvernement de Babylone. Il y réussit en peu de temps : la douceur de son administration pendant les quatre années de sa durée était son plus utile auxiliaire. En même temps Ptolémée, étant parvenu jusqu'en Célé-Syrie, apprit que Démétrius, de retour de la Cilicie, campait dans la Syrie supérieure. Il chargea le Macédonien Cillés de l'y attaquer; mais Démétrius, profitant de l'imprévoyance de ce général, le surprit lui-même à Myounta et le fit prisonnier avec son armée. Antigone était alors en Phrygie ; il y apprend ce succès de Démétrius, traverse de nouveau le mont Taurus, et opère sa jonction avec son fils.

Ptolémée ne trouva pas prudent de se mesurer avec des forces aussi supérieures, et, de l'avis de ses généraux, il résolut de retourner en Egypte. Il" quitta donc la Syrie, démantela les villes principales qu'il abandonnait, Acès, Joppé, Samarie, Gaza, et, chargé d'un immense butin, il rentra dans son gouvernement : il se prépara à s'y défendre.

Bientôt après, Cassandre, Lysimaque et Ptolémée , firent avec Antigone une paix qui ne fut pas de longue durée : Cassandre devait commander en Europe, Ptolémée en Egypte et dans les contrées voisines, Lysimaque en Thrace, Antigone à toute l'Asie; mais les prétextes ne manquèrent pas pour rompre le traité. Cassandre plus qu'aucun autre pouvait le désirer, car son pouvoir et son influence devaient bientôt décroître , cesser peut-être entièrement par la prochaine majorité du jeune Alexandre, fils d'Alexandre le Grand et son successeur au trône de la Macédoine, et déjà ses habitants demandaient hautement que le nouveau roi fut proclamé. Cassandre convoitait ce trône; il ne pouvait y par venir que par des crimes : il chargea donc Glaucias, jusque-là gardien du jeune Alexandre et de Roxane sa mère , de les égorger secrètement et de fairo disparaître leurs dépouilles. Ce forfait rendit pour Cassandre le trône de Ma

EGYPTE

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cédoine d'un plus facile accès, et les autres généraux, Lysimaque, Antigone, Séleucus, Ptolémée, libres de toute dépendance, se trouvèrent investis dès lors de la suprême autorité dans leur gouvernement.

Tel était l'état des choses aux premiers jours de l'été de l'an 31 1 de l'ère vulgaire, treize ans après la mort d'Alexandre.

Son second successeur venait de périr victime de l'ambition effrénée des chefs qu'il avait élevés par ses bienfaits. Ptolémée ne s'était point détaché de la fidélité qu'il devait au jeune roi Alexandre, et c'était en son nom qu'il avait exercé en Egypte son autorité secondaire; les monuments en font foi.

A Béni-Hassan se trouve l'ancien spéos de Diane, la Bubaste des Égyptiens.

Ce temple est cerné par des hypogées où furent déposés les chats 'sacrés, animal qui fut le symbole de la déesse, et un de ces hypogées, visité par Champollioii le jeune, le G novembre 1828, porte la légende royale de cet Alexandre, fils d'Alexandre le Grand.

Le cartouche prénom est le même que s' celui de son prédécesseur Philippe A ridée, le roi chéri d'Amon-Ra, approuvé par Phré, le fils du soleil \ Icxandre {Alksantrs). On trouve touti'lnis quelques variantes dans son prénom à Éléphantine. A Louqsor, un sanctuaire, habilement exécuté en granit, lut construit dans le temple par l'ordre et avec le nom du même roi.

Ce second sanctuaire est emboîté dans le premier élevé par le Pharaon Aménophis; il porte l'inscription suivante : « Restauration de l'édifice faite par le roi chéri de Phré , approuvé par Ammon, le fils du soleil, seigneur des diadèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Amon-Ra, gardien des régions de Oph (Thèbes). Il a fait construire le sanctuaire en pierres dures et bonnes à la place de celui qui avait été fait sous la majesté du roi soleil , seigneur de justice, le fils du soleil, Aménophis, seigneur de la région pure. » Et le jeune roi , au visage ent'nntin, est représenté sur les sculptu- << s du sanctuaire, à l'extérieur comme

à l'intérieur, faisant ses adorations aux triades de Thèbes. Dans un de ces basreliefs, la déesse Thamoun est remplacée par la ville de Thèbes, person nifiée sous la forme d'une femme, avec: cette légende :

« Voici ce que dit Thèbes (Oph) , la grande tutrice du monde: Nous avons mis en ta puissance toutes les contrées (les nomes) ; nous t'avons donné Kéme (l'Egypte), terre nourricière.» C'est au jeune roi Alexandre que la déesse adresse ces paroles; Ammon, générateur, dit en même temps au prince :

« Nous accordons que les édifices que tu élèves soient aussi durables que le firmament. »

Tous ces monuments déposent du respect de Ptolémée pour l'autorité des rois qu'il représentait en Egypte; c'est en leur nom, et quoiqu'ils ne fussent point présents en Egypte, que tous les monuments publics étaient élevés ou restaurés.

Dans les ruines des deux temples d'Éléphantine, il reste celles d'une porte en granit, dédiée au nom du même prince, aux dieux du lieu, Chnouphis, Saté et Anouké.

Bientôt après la mort du jeune roi, les hostilités entre Antigone et Ptolémée recommencèrent. Le traité conclu entre les quatre généraux avait reconnu l'indépendance des villes grecques, et cependant Antigone mettait des garnisons dans quelques-unes d'elles. Ptolémée le désapprouva et chargea Léonis de faire une invasion en Cilicie. En même temps il engageait Cassandre et Lysimaque à se réunir à lui, afin de s'opposer a l'accroissement de la puissance d'Antigone. Celui-ci envoya son second fils Philippe sur l'Hellespont , et Démétrius à la défense de la Cilicie. Léonis, lieutenant de Ptolémée, fut vaincu; dans le même temps, Ptolémée, à qui Chypre obéissait, informé que Nicoclès, qui régnait à Paphos, avait de secrètes intelligences avec Antigone, chargea Callicrate et Argée de le faire mourir.

Ménélas, qui commandait en Chypre, leur donna des troupes, et le résultat de cette expédition fut la destruction

L'UNIVERS

totale de la race royale de Paphos.

Ptolémée, apprenant bientôt après les revers éprouvés en Cilicie, réunit une flotte et une armée, va débarquer à Phaselis, et, côtoyant la Lycie, s'empare de Xanthe, ensuite de Caune et de sa citadelle, successivement d'Héraclée, enfin de l'île de Cos, occupée par un autre Ptolémée, neveu d'Antigone , parenté qui ne le rendit pas plus dévoué, et ne l'empêcha pas de se jeter dans le parti de Ptolémée d'Egypte.

Celui-ci , partant ensuite de Myndus en Carie, et parcourant l'Archipel avec une flotte considérable , réduisit la garnison d'Andros, et, arrivant dans l'isthme, s'empara de Sicyone et de C'orinthe; il prit enfin Mégare, oii il chercha, par des présents, à s'attacher Stilpon le philosophe, qui préféra se retirer à iEgine. Le but de Ptolémée , dans cette expédition, était de laisser moins d'alliés au parti d'Antigone à mesure qu'il rendrait plus de villes grecques à l'indépendance. Il fut en cela d'accord avec Cassandre , convint avec lui q[ue chacun d'eux garderait les villes qu'il occupait, et il retourna en Egypte.

Peu d'années s'étaient écoulées depuis que Ptolémée avait ramené Cyrène sous son obéissance; Ophella y commandait pour lui depuis la mort de Thimbron. Les dissensions qui divisaient les généraux d'Alexandre, et surtout leur exemple, faisaient naître le désir de l'indépendance dans chaque chef qui gouvernait des provinces isolées. Ophella , commandant de la Cyrénaïque pour Ptolémée, avait aussi conçu le projet de s'élever à une plus haute fortune, Agathocle de Syracuse faisait alors la guerre contre les Carthaginois ; il lui envoya quelqu'un , qui , le flattant d'une future domination sur l'Afrique, l'entraîna dans une alliance bien fatale. Arrivé après deux mois de marche et de fatigues inouïes auprès d'Agathocle, Ophella fut traité en ennemi , attaqué et tué dans le combat.

Cyrène, sans défense, rentra facilement sous les ordres de Ptolémée.

La guerre, sans changer de but, avait changé de théâtre ;"rexpédition

de Ptolémée dans l'Archipel y avait attire toutes les forces des combattants. Démétrius, qui avait poursuivi les généraux de Ptolémée dans la Cilicie, arriva bientôt devant Athènes, défendue par Denys, qui commandait à Munychia , et par Démétrius de Phalère, gouverneur de la ville depuis dix ans. Les succès du fils d'Antigone rendirent Athènes à la liberté, et Démétrius de Phalère se retira d'abord à Thèbes de Béotie, ensuite en Egypte, auprès de Ptolémée (l'an 307).

Démétrius reçut à Athènes, d'Antigone, son père, l'ordre d'attaquer l'île de Chypre et de l'enlever à Ptolémée. Pour l'exécuter, il se rendit d'abord en Carie, et engagea les Rhodiens , mais sans succès, à se déclarer contre Ptolémée. Parvenu ensuite en Cilicie, où il trouva des soldats et des vaisseaux, il alla débarquer à Chypre, ayant trois mille hommes sous ses ordres, pendant qu'Antigone occupait la Syrie supérieure. Démétrius fut heureux dans cette entreprise. Ménélas, commandant en Chypre pour Ptolémée, essuya plusieurs échecs et se renferma dans Salamis; Démétrius en entreprit le siège. Ptolémée, qui était en Egypte, ayant appris la fâcheuse position de Ménélas à Chypre, s'empressa d'arriver à Paphos , sur un point ùè l'île opposé à Salamis, avec unej flotte nombreuse et des forces considérables. Il envoya trois mille fantassins à Ménélas, et, après l'avoir informé de son plan d'attaque, il rendit à Citium, peu distant de Sala-; mis. Bientôt la bataille s'engagea sujj mer et sur terre; elle eut pour résultai la défaite totale de Ptolémée, son rej tour en Egypte, et l'occupation de l'îl j entière par Démétrius.

Antigone, en apprenant d'aussi grands succès, ne douta plus du proj chain accomplissement de ses vues , etj ne reconnaissant point de puissancj qui lui fût supérieure, il prit le titrj de roi et le donna aussi à son fils Dèi métrius. Ptolémée vaincu ne croyaJ pas y avoir moins de droits qu'Antf gone triomphant : il ne voulutpas coil sacrer en quelque sorte sa défaite, ej

KGYPTE.

laissant son rival prendre seul un titre qu'il n'ambitionnait pas moins que lui , et il se le donna comme lui. Séleucus, Lysimaque et Cassandre n'hésitèrent pas à l'imiter; mais, tant qu'il restait un héritier d'Alexandre, ils s'abstinrent tous de revêtir les ornements et les insignes du pouvoir royal.

Dans l'année suivante (l'an 30G avant l'ère vulgaire), Antigone, qui résolut enfin d'attaquer l'Éçypte, rappela auprès de lui Démétrius alors à Chypre, et lui assigna pour rendezvous la ville d'Antigonia, qu'il avait fondée dans la Syrie supérieure sur rOronte. Il prend le commandement de l'armée de terre, et donne celui de la flotte à Démétrius : sous leurs ordres se trouvaient réunis quatre-vingt mille fantassins, huit mille hommes de cavalerie, quatre-vingt-trois éléphants, cent cinquante galères avec cent vaisseaux de transport. Il se dirige par la Célé-Syrie, après avoir ordonné à la flotte de côtoyer le rivage et de régler sa marche sur celle de l'armée. Néanmoins, les navarqnes ayant dit qu'il fallait avoir égard au coucher des Pléiades, qui devait avoir lieu huit jours après, il blâma hautement leur prévoyance qu'il taxait de timidité, et porta son camp à Gaza, voulant y prévenir l'arrivée des forces de Ptolémée.

Les troupes de terre, munies de provisions pour dix jours, s'avancèrent par le désert. La flotte sortie de Gaza tint heureusement la mer pendant quelque temps, mais l'influence des Pléiades se fit bientôt sentir; les vents du nord se levèrent, et un certain nombre des plus grandes galères fut jeté sur la côte de Raphia. Les vaisseaux de transport furent submerges ou contraints de rentrer à Gaza; les mieux gouvernés parvinrent jusqu'à Cflsium, non loin du Nil, mais d'un difficile accès. Antigone arriva bientôt avec l'armée, opéra sa jonction avec la flotte, et campa à deux stades du "Nil, c'est-à-dire, de la branche de Péluse.

Ptolémée avait fortifié les places principales de l'Egypte inférieure. Il fit répandre parmi les soldats d'Antigone

qu'il récompenserait ceux qui l'abandonneraient. Ces promesses produisaient leur effet ; la désertion était dans J'armée. Antigone disposa sur les bords du canal du Nil des archers et des frondeurs pour en défendre l'approche aux agents de Ptolémée, et il se dirigea, avec les vaisseaux qui étaient arrivés tard . vers le lieu nommé Pseudostoma (fausse embouchure), où il avait l'intention de placer un poste.

L'ayant trouvé fortifié, l'approche de la nuit le força de se retirer; il recommanda aux nàvarques de se guider par les feux du vaisseau principal , et il se dirigea vers l'embouchure de la branche phathmétique (la branche du milieu).

Mais Ptolémée, ayant eu le temps d'en être averti, se hâta de conduire des renforts à ses troupes et s'établit avec son armée sur le rivage même.

Démétrius, jugeant le débarquement impossible, la plage du Nil voisine du pomt qu'il occupait étant naturellement défendue par des lacs et des marais (les marais de Thennêsi, qui sont devenus le lac Menzaieh), se retira avec toute la flotte. Un vent du nord la surprit, et jeta à la côte d'Egypte plusieurs vaisseaux qui furent pris par Ptolémée; le reste parvint à rejoindre ceux d'Antigone. Ptolémée avait fortifié toutes les embouchures du fleuve et réuni une grande quantité de bateaux prêts à porter du secours sur tous les points: ces dispositions contrariaient fort Antigone , car la bouche de Péluse étant défendue, les forces de mer lui étaient inutiles, et les forces de terre, empêchées par la largeur du fleuve , restaient inactives.

Le tenrips s'écoulait, et les provisions étaient près de manquer. Antigone réunit ses généraux pour décider si l'on devait continuer la guerre ou se retirer en Syrie, y préparer plus convenablement une nouvelle expédition , attendu que pendant ce temps les eaux du fleuve baisseraient. Ce dernier parti fut jugé le meilleur, et l'armée et la flotte retournèrent en Syrie. Ptolémée remercia les dieux de ce nouveau succès , s'empressa d'en informer Lysi-

L'UNIVERS

niaque, Séleucus et Cassandre, et rentra dans Alexandrie (l'an 306).

Antigone entreprit alors son expédition contre Tîle de Rhodes, et en conOa l'exécution à son fils Déniétrius , qui réunit à cet effet plus de deux cent voiles et de quarante mille hommes.

Les Rhodiens se préparèrent à résister à cette attaque; en même temps ils demandèrent du secours à Lysimaque, à Cassandre et à Ptolémée. Celui-ci leur envoya cinq cents hommes , parmi lesquels se trouvaient plusieurs Rhodiens déjà à son service. Ce renfort arriva après les premiers succès obtenus par les habitants de l'île contre les attaques réitérées de Démétrius. Il n'avait pas réussi dans ses manœuvres par mer, et il résolut de prendre la ville du côté de terre. Ptolémée eut le soin de l'approvisionner, et lui envoya d'abord trois cent mille mesures de grains. Cassandre et Lysimaque imitèrent l'exemple de Ptolémée, qui, peu de mois après, fournit de nouveaux approvisionnements en grains, et quinze cents hommes commandés par le Macédonien Antigone : en même temps il donnait aux Rhodiens le conseil secret de ne pas laisser écliapper l'oceasion de faire la paix avec Démétrius. Antigone avait envoyé les mêmes avis à son fils, et le traité fut conclu à cette condition, entre autres, que les Rhodiens seraient les alliés d' Antigone, excepté dans la guerre contre Ptolémée. Démétrius se dirigea ensuite vers la Réotie, après avoir été retenu devant Rhodes pendant une année.

Cette dernière indication deDiodore de Sicile nous porte aux premiers mois de la quatrième année de la cxviii'' olympiade, à l'automne de l'an 305 avant l'ère vulgaire, dix-neuf ans complets après la mort d'Alexandre.

Les Rhodiens reconnaissants accordèrent de grands honneurs à Ptolémée (l'an 305) , consultèrent l'oracle d'Ammon pour savoir s'ils ne devaient pas l'adorer comme un dieu, lui dédièrent un bois sacré, un portique, et, s'il faut en croire Pausanias , lui décernèrent le surnom de Soter, Sauveur, que î'iiistoire lui a conservé.

Alors Ptolémée avait obtenu sur son puissant rival Antigone des succès éclatants; sa formidable expédition contre l'Egypte avait été pour Ptolémée une grande occasion de prouver qu'il pouvait la défendre. Antigone avait reconnu les effets de sa puissance devant Rhodes même qu'elle avait sauvée.

Des trois héritiers du nom et de la couronne d'Alexandre, il n'en existait plus un seul ; trop d'intérêts , trop d'im probes ambitions conspiraient contre leur vie pour qu'ils pussent la conserver. Philippe Aridée, Alexandre, fils de Roxane, avaient été assassinés pa Cassandre; il avait aussi acheté de Po lysperchon la vie d'Hercule, fils àv.

Rarsine; et les aiatres généraux, non moins ambitieux que lui, profitau comme lui du défaut d'héritier légitime. de l'empire, se trouvaient associés à tous les succès de Cassandre , sans l'être à ses forfaits.

Les Perses avaient détrôné la race légitime des rois d'Egypte : Alexandre avait conquis ce trône sur les Perses, et Alexandre n'était plus. Les titres que deux siècles avaient pu faire aux successeurs de Cambyse n'étaient réclamés par personne. Dans les circonstances où se trouvait l'Egypte, la nation n'entreprit pas de placer la couronne royale sur la tête d'un homme de son choix. Depuis la mort d'Alexandre, l'Egypte n'avait connu que Ptolémée; il avait été son maître et son protecteur; elle payait de son affection et de son dévouement les bienfaits d'une administration régulière et bienveillante : Ptolémée était en Egypte le père du peuple, il en devint le roi; il en prit le titre, en revêtit les insignes, les consacra par les cérémonies de la religion , se fit couronner à Alexandrie, et sans doute introniser à Mempbis, selon l'ancienne coutume des rois du pays; il fit frapper des monnaies à son nom, à son image, et, rattachant à la mort' même d'Alexandre l'origine d'un pouvoir dont cette mort avait été la source, il se considéra comme roi depuis cette époque mémorable, et l'année même où il prit la couronne fut comptée comme,

la vingtitMiie de son règne : il l'inscrivit sur ses premières nionn.'ues.

Cela se passait à la fin de l'été ou au commencement de l'automne de l'an 305 avant l'ère vulgaire, entre le mois de mai et le mois de novembre juliens de la même année

Ainsi s'ouvrit encore une ère nouvelle pour lÉgypte : une dynastie d'origine grecque venait s'asseoir sur le trône des Pharaons, revêtir leurs insignes royaux, continuer leur autorité sous l'égide des mêmes lois , des mêmes coutumes, sous la protection des mêmes dieux. Remontons à l'origine du chef heureux de cette nouvelle dynastie, qui fut la XXXir, et voyons dans un court résumé les noms, la succession et le caractère des princes de yette race royale qui devait continuer l'œuvre du plus grand des héros de l'antiquité.

Le nom patronymique des rois successeurs immédiats d'Alexandre au trône de l'Egypte, et qui l'occupèrent jusqu'à l'asservissement du royn-jme par Auguste, fut celui de Ptolémée.

Chacun d'eux eut encore un surnom particulier; ils composèrent ensemble la famille royale des Lagides, dénomination dérivée du mot grec Lagos, qui fut le surnom que porta le père du premier des Ptolémées.

Étant originaire de la Macédoine, le nom et le surnom de cette race royale doivent appartenir à la langue et au dialecte qui furent en usage dans cette contrée. Le nom de Ptolémée avait la signification de guerrier, belliqueux.

La flatterie ne manqua pas d'environner de prodiges et de mensonges l'origine de cette famille. Ptolémée, le premier des rois lagides, fut donc à sa naissance, et comme par une prophétique inauguration , élevé sur un bouclier d'airain; un aigle prit soin de le garantir de l'ardeur du soleil, de l'inclémence de l'atmosphère, et des animaux nuisibles; il déchirait ses proies pour le nourrir de sang au lieu de lait. Voilà ce qu'on a raconté de lui lorsque sa lignée fut puissante et redoutée.

On n'a cependant pas entièrement étouffé la vérité, ce qui du moins lui '2(^' l.icraison. (Égyptk.)

ressemble davantage, et l'on sait encore qu'une Arsinoé , fdie de Méléagr* , fut unie à Ptolémée, surnommé Lagus , et qu'elle accoucha d'un fils qui fût le chef de la race royale des Lagides.

Ptolémée, lils de ce Lagus, naquit à Eordée , petite ville de la "province de Mygdone en Macédoine, dans la cm" olympiade. On ne sait rien sur son éducation ; mais la faveur même dont il jouit d'abord à la cour de Philipot; donne quelque fondement à la tradition qui rapporte qu'il n'était pas étranger à ce roi. Il fut exilé ensuite, soupçonné de trop de dévouement à Alexandre, qui était devenu suspect à Philippe après la répudiation de la reine Olympias. Ptolémée, à la nouvelle de la mort de Philippe, se hâta de se rendre auprès d'Alexandre, qui , devenu roi, le plaça au nombre des sept lieutenants qu'il nommait ses gardes, le compta au nombre de ses plus affîdés compagnons, l'associa aux vastes entreprises où lui-même devait trouver une mort prématurée, et le favori une couronne qu'il n'espérait pas. C'était ainsi que le fils de Lagus se préparait aux soins de la royauté par les travaux de la guerre : ses rares qualités et d'éclatants exploits avaient rendu sa personne et son nom plus dignes du diadème.

Sa race fut puissante, compta de nombreux descendants et d'illustres alliances. Elle ne prépara pas sa perte par sa propre ambition; ce fut assez de celle de Rome, favorisée par des dissensions intestines qui firent arriver comme médiateur un peuple qui, bientôt, voulut rester comme maître.

Une femme qui porta toutes les passions à l'excès, et fut douée d'un courage viril , ne put pas réparer, pur la force de son caractère , les brèches que le temps et la fausse politique de quel-

?[ues rois ses prédécesseurs avaient aites à cette puissante monarchie greccjue , et cette monarchie périt après avoir subsisté près de trois siècles dans une contrée ou rien cependant n'était grec, ni la langue, ni la religion, ni les mœurs, ni les opinions, ni les tiréjugés. S»us tous ces rapports, i'Égy^pte

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testa libre de la domination macédonienne établie par Ptolémée, fils de Lagus.

Après un très-long règne et âgé de plus de quatre-vingts ans , celui-ci s'occupa de se donner un successeur au trône qu'il avait conquis. L'ordre de succession à la couronne de Macédoine , constaté par les historiens, prouve que les fils du roi en étaient les héritiers de droit selon l'ordre de primogéniture, et qu'au défaut de mâles les femmes héritaient de la couronne.

Si l'on examine ce qui s'est passé à cet ' égard parmi les successeurs du fils de Lagus , on y trouvera la véritable cause des dissensions qui troublèrent cette famille, et mirent fin à l'empire égyptien en la précipitant du rang suprême.

Un tableau sommaire de la succession royale dans cette race mettra cette assertion dans tout son jour.

Le premier des Ptolémées , qui porta le surnom de Soter, Sauveur, eut quatre femmes et onze enfants. Il choisit pour lui succéder le fils qui naquit le premier de la quatrième, nommée-Bérénice, et il le fit asseoir sur son trône, qu'il quitta deux années avant de mourir. Eurydice, en effet, tille d'Antipater, avait donné plusieurs enfauts à Ptolémée avant qu'il épousât Bérénice. Le fils aîné d'Eurydice protesta contre le choix du fils de Bérénice, revendiqua ses droits et prit les armes pour les faire valoir. Céraunus, c'était son nom, perdit la vie dans un combat. Un second frère de Ptolémée , fils de Soter, né comme lui de Bérénice, mais d'un autre père, fut accusé de conspiration et mis à mort, et le nouveau roi, qui combattit ses deux frères et les vit mourir, porta le surnom de Philadelphe, comme s'il les avait tendrement chéris.

Il eut pour successeur le fils qui lui était né d'Arsinoé, fille de Lysimaque, roi de Thrace , laquelle , étant fille d'une sœur du roi Ptolémée, était tout à la tois sa nî^ce et sa femme. Aucune dissension ne vint troubler l'élévation au trône de ce fils connu par le surnom d'Évergète, la seconde lemme du roi, qui tut tout à la fois aussi sa soçur, sa

femme et la mère de la première, ne lui ayant point donné d'enfants.

Bérénice, tille de Magas, roi de la Cyrénaïque et de la, Libye , avait été mariée à Ptolémée Évergète, et de ce mariage naquirent plusieurs enfants; le premier-né des deux princes succéda à son père, qu'il aima beaucoup , si son surnom de Philopator est une preuve de son affection. Philopator épousa sa soeur Arsinoé , et fit mourir son frère Magas dont il redoutait l'influence.

Il eut assez tard d'Arsinoé un enfant unique, et mourut bientôt après.

A peine âgé de cinq ans, ce fils lui succéda au trône, en butte aux dissensions intestines et aux ambitions étrangères. Le fils de Philopator leur résista, et régna vingt-quatre ans avec le surnom d'Epiphane, ou Illustre, qu'il portait déjà, quoiqu'à peine âgé de quatorze ans. j

En mourant, il laissa de sa femme Cleopàtre de Syrie, qui lui survécut, deux fils et une fille, tous trois en bas âge. L'aîné, appelé au trône, reçut le surnom de Philométor, et il le mérita, s'il reconnut par les témoignages de sa tendresse les services que lui rendit sa mère, qui, en qualité de régente du royaume, l'administra pendant huit ans avec une sagesse dont l'histoire a voulu conserver le souvenir. Après sa mort, des tuteurs inconsidérés engagèrent Philométor dans une guerre contre Antiochus Épiphane, roi de Syrie, guerre dont le résultat fut trèsfuneste au roi, qui fut fait prisonnier la onzième année de son règne. Son frère , qui prit le surnom d'Évergète II , connu aussi sous celui de Physcon à cause de son excessif embonpoint, occupa le trône vacant, appelé par les vœux des Égyptiens. Six années se passèrent dans la plus grande confusion.

Antiochus, qui, en faisant prisonnier Ptolémée Philométor, avait ouvert à son trère Évergète II le chemin du trône, entreprit une nouvelle guerre pour en chasser son protégé. Philométor l'occupa de nouveau, le partagea quelque temps avec Évergète, jusqu'à ce qu'une décision des envoyés de Rome tit rentrer Évergète dans la Cyrénai-

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que, dont ils lui avaient assigné la possession, et Philométor régna seul encore pendant dix-huit ans. Il mourut laissant deux filles déjà mariées, et un fils en bas âge sous la tutelle de sa mère Cléopâtre, sœur et veuve du roi.

Évergète II, surnommé encore Cakergétès à cause de son improbité, instruit de la mort de Philométor, son frère, se hâta de quitter Cyrène, et de venir, à la tête d'une armée, demander la tutelle du jeune roi Eupator, et la régence du royaume. Il obtint l'une et l'autre, à la condition d'épouser la reine mère, qui était de plus sa sœur. Il célébra son hymen par l'assassinat du jeune prince, et devint, par un crime, possesseur du sceptre et de la couronne. Il eut de Cléopâtre , sa sœur, un fils né à l'époque de son inauguration à Memphis, et de là appelé Memphite; il le fit tuer et répudia la reine sa femme, pour épouser une autre Cléopâtre, fille de celle-ci et de Philo^ metor, son frère. Il en eut deux fils et trois filles, Triphaene, mariée à Antiochus Épiphane, roi de Syrie, Cléopâtre née la seconde , et Selène née la troisième. Un autre fils, né d'Irène, sa concubine, eut la Cyrénaïque pour apanage.

Le fils aîné de Cléopâtre la jeune, seconde femme d'Évergète II, déjà marié à Cléopâtre, qui était sa sœur de père et de mère, relégués l'un et l'autre dans l'île de Chypre, y apprit la mort de son père Évergète II. Par son testament, ce roi avait transmis la couronne à la reine, sa veuve, et à celui de ses deux fils qu'elle désignerait. Elle aurait préféré voir sur le trône son second fils, qui lui était plus dévoué; mais l'ordre de succession ne favorisant pas ses vœux, elle appela de l'île de Chypre le fils aîné, que i usage faisait l'héritier légitmie de la couronne, et lui imposa l'obligation de répudier sa femme Cléopâtre pour s'unir à Sélène, la plus jeune de ses sœurs. A ces conditions, Ptolémée, gui prit le surnom de Soter II, fut .nauguré, selon l'usage du pays, à Memphis. Son jeune trère Alexandre s'établit aussitôt à Chypre, que Cléo-

pâtre, femme répudiée de Soter II, venait de quitter en épousant Anticichus Philopator. Mais la haine de la reine mère ne cessa de poursuivTe Soter II, et son ambition lui faisant tout espérer de la condescendance qu'elle supposait dans son second fils Alexandre, elle parvint à le placer sur le trône, en soulevant la populace contre Soter, qui se sauva sur un vaisseau après dix années de règne, et se retira à Chypre seul, séparé de Sélène, sa femme , dont il avait déjà deux enfants , et que Cléopâtre donna ensuite en mariage au même Antiochus Épiphane de Syrie, déjà veuf de ïryphaene.

Alexandre couronné trompa les coupables projets de sa mère Cléopâtre.

Il se sépara d'elle d'abord pour aller à Chypre, d'où Soter était parti; mais, rappelé peu après, Alexandre prit, selon les ordres de sa mère, le commandement de la flotte, et la conduisit en Phénicie, pendant qu'elle-même attaquait avec son armée la ville que son fils Soter était venu défendre. Mais ces dissensions, intimement liées à celles qui divisaient la famille royale de Syrie, s'étant calmées par la rentrée de Soter II à Chypre, Cléopâtre fut tout entière à son ardent désir de régner seule : elle tramait la mort de son fils Alexandre au moment où celui-ci la prévint en la faisant périr, dix-huit ans environ après l'expulsion de Soter.

Mais le peuple, irrité par tant de crimes, tourna naturellement les yeux vers celui qui en avait été la première victime, et rappela Soter II au trône; il venait d'en chasser Alexandre, qui périt bientôt après dans un combat naval, laissant un fils retiré alors a Co , et plus tard , connu , comme son père, par le surnom d'Alexandre.

Apres un nouveau règne de sept années et demie, Soter II mourut, ne laissant de ses deux femmes qu'un seul enfant, Bérénice, qui lui succéda, à l'exclusion des deux fils et dune autre fille, non légitimes, qui survécurent aussi au roi.

Mais le jeune Alexandre, fils de Ptolémée Alexandre, s'était jeté entre les bras de Mithridate, roi de Pont, et

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bientôt après dans ceux de Sylla, qui h prit sous sa protection , et a ce titre te conduisit à Rome. Instruit de la mort de Soter II, le dictateur voulut placer son pupille sur le trône des Ptolémées, et le fit passer en Egypte entouré d'un cortège royal. Bérénice régnait seule depuis six mois , lorsque , à la satisfaction générale, elle reçut Alexandre II pour époux et pour roi.

Il paya les généreuses résolutions de la reine par un crime; il la fil assassiner dix-neuf jours après l'avoir épousée, et régna seul dès lors quelques années encore. Les fils de Sélène, sœur et seconde femme de Soter II , et par là tante d'Alexandre II, élevèrent des prétentions au trône de l'Egypte, étant, comme cet Alexandre, neveux de Soter et germains de Bérénice, sa fille, héritière de l'empire. En même temps les Alexandrins, irrités contre Alexandre II, et ne pouvant lui pardonner la mort de Bérénice , leur reine , se soulevèrent contre lui et le chassèrent du trône. Il se réfugia à Tyr, où il mourut, et, disposant d'une couronne qui ne lui appartenait pas , il la légua, par son testament, au peuple romain.

Les Égyptiens, peu empressés de hâter l'époque d'un asservissement qu'ils ne devaient pas éviter, et que préparait leur recours trop fréquent à de fallacieuses protections, cherchèrent à prévenir les effets du testament d'Alexandre II. Ils appelèrent donc les deux fils illégitimes de Soter II, plac*èrent le premier sur le trône de l'Egypte, et donnèrent Chypre au second.

Le nouveau roi d'Egypte prit le surnom de Néos Dionysos, nouveau Denys ou Bacchus, et Rome n'hésita pas à le reconnaître, refusant la couronne que lui léguait le testament de Ptolémée Alexandre II, parce qu'elle aurait dû la conquérir par les armes, et n'acceptant que les trésors réunis à Chypre , qu'il ne fallait que faire transporter en Italie. Mais Sélène, comme seconde femme de Ptolémée Soter II , et plus encore comme fille d'Évergète II et petite-fille de Philométor, enassée par Tigrane du trône de Syrie, où l'avait

placée son mariage avec Antiocluià Épiphane, voulut faire reconnaître les droits qu'elle avait au trône de l'Egypte, et envoya ses deux fils à Ronie pour chercher" dans le sénat quelques défenseurs. Les tentatives des deux princes syriens furent sans succès; Ptolémée Denys les prévint en tout point, et resta paisible possesseur de la couronne, oubliant les devoirs de la royauté pour obtenir d'ignobles triomphes dans l'art de jouer de la flûte, d'où lui vint le surnom à\4ulétès qu'on J lui donna. Avec de l'argent, il sut faire que Jules César, devenu consul, ne soutint plus la validité du testament de Ptolémée Alexandre II, dont Jules César, édile, avait demandé l'exécution.

Effrayé néanmoins des hostiles dispositions de ses sujets , excitées par ses constantes exactions, Denys (juitta l'Egypte, alla s'exposer aux sévères dédains de Caton , envoyé comme questeur et préteur à Chypre, et courut à Rome solliciter la pitié publique. Ignorant son départ pour l'Italie et le croyant mort, les Alexandrins donnèrent le gouvernement de l'Egypte ;i l'aînée des enfants du roi fugitif, Bérénice, qui appela, pour le placer avec elle sur le trône, Antiochus de Syrie, dont on ignorait la mort, et après lui son frère Séleucus , tous deux fils de Sélène, fille de Ptolémée Évergète H, . les mêmes qui avaient déjà cherché a récupérer le trône de leurs aïeux maternels. Séleucus arriva en Egypte, épousa Bérénice, qui, impatiente de la sordide avarice du roi, l'étrangla bientôt après. Elle épousa ensuite Archelaus, compagnon de Gabinius, proconsul en Syrie, qui se donna auprès d'elle pour le fils de Mithridate Eupator. Six mois après, Archélaus mourut dans le combat qu'il livra pour défendre sa couronne contre Marc-Antoine, ramenant, sous les ordres de Gabinius, commandant en Syrie , Ptolémée Denys en Egypte. Ce roi remonta sur le trône après une absence de plus de deux années, pendant lesquelles Bérénice avait régné jusqu'au retour de son père; il la punit de ce succès en la faisant mettre à mort, régna trois auB

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encore, et mourut, laissant pour lui succéder quatre enfants, Cléopâtre, l'aînée de. tous, et avec laquelle devaient flnir l'empire et la race des Lagides; une autre fille qui porta le nom d'Arsinoé, et deux fils plus jeunes qu'elles. Il désigna pour lui succéder les premiers-nés de ses deux fils et de ses deux filles, qui devaient s'unir ensemble, et, dans le testament qui contenait ses royales volontés , Rome était encore appelée à protéger leur exécution.

Cléopâtre monta sur le trône avec Ptolémée son frère aîné , qu'on croit avoir porté le surnom de Denys ; mais leur accord ne fut pas de longue durée. Les secrets conseillers de Ptolémée encore mineur, l'entraînèrent à une rupture, et le conduisirent à Péluse où le grand Pompée réclama sans bonheur sa protection , quoiqu'elle dût lui être assurée par les services qu'il avait autrefois rendus à Ptolémée Denys, père du jeune roi , lorsqu'il implorait a Rome l'assistance du sénat. Jules César, qui poursuivait Pompée, descendit à Alexandrie, et au nom du peuple romain , exécuteur testamentaire nommé par Ptolémée Denys, il entreprit de régler les différends qui divisaient les enfants de ce souverain , en reconnaissant pour rois d'Egypte Cléopâtre et son frère l'aîné. Mais les chefs de la faction populaire , excitée en faveur du jeune Ptolémée contre sa sœur Cléopâtre , restèrent à la tête des insurgés ; Arsinoé , sœur de Cléopâtre , vint soutenir par sa présence les efforts de ces rebelles qui la déclarèrent reine d'Egypte , et bientôt après demandèrent" le jeune roi , promettant de se soumettre s'ils l'obtenaient.

Jules César, qui ne pouvait méconnaître tout ce que cette demande avait de favorable à ses secrètes préférences pour Cléopâtre, livra le jeune roi qui périt bientôt , après trois ans et quel- (jues mois de règne, à la suite d'im nouveau combat engagé malgré leurs promesses par les insurgés. Cléopâtre triompha, et César la proclama de nouveau reine d'Egypte, lui associant i^tolemée le jeune, qu'elle épousa. Mais

ce prince , âgé de onze ans, ne fut ni époux ni roi ; Cléopâtre s'en défit bientôt et resta «eule enfin maîtresse d'un trône qui devait cesser d'exister avant qu'elle cessât de vivre. La jeunesse et la minorité des deux rois qu'elle avait vus mourir, ayant laissé a Cléopâtre seule, pendant tout le temps de leur existence, les soins de l'administration de l'empire, Cléopâtre fut reine en effet depuis la mort de Ptolémée Denys, son père.

Mais il devait arriver que Rome, qui avait si souvent réglé les destinées de l'Egypte , verrait les siennes propres décidées en Egypte même. La guerre civile qu'alluma la mort de Jules César porta souvent sur cette contrée les regards des triumvirs. Cléopâtre ne s'en inquiétait point; elle espérait d'en triompher, confiante moins dans ses armées de terre ou de mer, dans sa politique ou dans ses trésors , que dans la puissance des charmes accomplis dont la nature l'avait libéralement dotée. Elle avait vu à ses pieds le fils aîné du grand Pompée; Jules César auprès d'elle avait oublié pendant plusieurs mois et sa gloire et ses devoirs; enfin le triumvir Antoine qui avait mandé la reine à Tarses , subjugué à son tour , courut bientôt après sur ses traces à Alexandrie , laissant son armée prendre les quartiers d'hiver en Phénicie. Rappelé à Rome par ses différends avec Octave , il les termine en épousant Octavie, la sœur de son rival ; mais , ramené bientôt par les souvenirs de Cléopâtre, il retourne en Orient, et semble ne faire combattre les armées de Rome que pour accroître les possessions de cette reine. Vaincu en Arménie , moins peut-être par les armes des Parthes que par les regrets que lui causait son éîoignement de Cléopâtre, et cédant à leur entraînement, il s'enfuit en Syrie, va aussitôt oublier en Egypte ses nouvelles résolutions sur l'Arménie, et ne se décide à marcher contre Artabaze , son roi , que lorsque Cléopâtre se résout aussi à l'accompagner. Bientôt elle voit amener à ses pieds ce roi couvert de chaînes qui, pour être d'argent, n'e-

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taieiit pas moins humiliantes , et cette femme , livrée à toutes les passions humaines, y mit enfln le comble en osant se revêtir des ornements de la divinité , et prendre le nom de nouvelle Isis. Mais Antoine paya bientôt de sa vie un dévouement qui ne fut estimé que tant qu'il fut profitable : Octave pouvait-il en connaître les effets sans qu'Antoine fut expose aux suites de son jaloux ressentiment? Au nom de l'intérêt public Octave excita le sénat contre Cléopâtre : la guerre lui fut déclarée, et Antoine sacrifia les intérêts de sa patrie à une femme qui n'hésitait pas de le sacrifier lui-même à sa sûreté. Cléopâtre le seconda mal à Actium; et, assez téméraire pour croire au succès de ses artifices à l'égard d'Octave vainqueur, elle le flatta par des présents secrètement envoyés , et ne consola point d'un seul regret la mémoire d'Antoine qui se donna la mort , croyant qu'elle l'avait déjà reçue. Elle ne lui survécut que peu de jours : trompée dans ses espérances sur Octave, qui voulait l'attacher à son char de triomphe et non lui obéir, elle ne supporta pas l'idée de l'humiliation , et lui préféra une mort volontaire. Avec elle finit l'empire des Lagides , les fils que laissa Cléopâtre n'ayant succédé ni à son nom ni a son rang. Le premier-né fut nommé Césarion , de Jules César dont on le disait le fils -, il avait porté le titre de roi des rois , mais il ne fut jamais roi , et mourut assassiné. Deux autres fils , et une fille nommée Cléopâtre comme sa mère , nés tous les trois du triumvir Antoine , conduits à Rome parmi les dépouilles de l'Egypte , ornèrent avec elles le triomphe d'Octave. Ce royaume fut inscrit au nombre des provinces romaines^ et celui qui venait enfin de l'asservir en méprisa assez les derniers rois pour refuser de voir leurs froides reliques , n'accordant cette marque de respect qu'à la mémoire et aux dépouilles d'Alexandre , comme lui vainqueur de l'Egypte , et comme lui réglant, mais non pour toujours, son sort et ses destinées.

Telle fut la lignée de Ptolémée , fils

de Lagus , surnommé Soter , qui fut en Egypte l'héritier des conquêtes d'Alexandre le Grand.

Dès la première année de son avènement , considérant les deux règnes qui le séparaient d'Alexandre comme nominaux , et comme inconnus a l'Egypte . si ce n'est dans les vaines formules du protocole, il rattacha l'origine de son autorité royale à la mort même du héros dont il avait été le lieutenant : et, de fait, l'Egypte n'en avait point connu d'autre.

Ptolémée Soter fît donc frapper des monnaies d'or, d'argent et de bronze à son nom , à son effigie ; et il y fit inscrire la vingtième année de son règne.

Le calendrier égyptien était du nombre des institutions publiques que le génie d'Alexandre avait protégées. Ce calendrier, dans sa forme antique, ne cessa pas d'être en usage pendant toute la durée de la domination des Ptolémées. Nous avons déjà dit qu'il représentait une année vague de 365 jours {suprà, page 234). C est d'après ce calendrier que les années des règnes sont comptées; et, pour la durée entière de ces règnes des Lagides , pendant près de 300 ans , il ne se trouve qu'une différence de 74 jours successivement absorbés par le rapprochement des dates selon le calendrier Julien.

Les dates des monnaies des Ptolémées offrent encore cette singularité :

a l'avènement d'un prince, on comptait la première année de son règne du jour même de cet avènement; et la deuxième année dès le renouvellement de l'année , quelque rapproché qu'il fût du iour de l'avènement On voit par là qu'une médaille portant la date de la deuxième année d'un règne , peut avoir été frappée peu de mois ou peu de jours après que le prince dont elle porte l'effigie est réellement monté sur le trône. Cette règle singulière fut constamment pratiquée pendant toute la durée des règnes de Ptolémée Soter et de ses successeurs.

Ce Ptolémée, en se plaçant enfin sur le trône d'Egypte ^ voyait autour de lui des héritiers qui pouvaient eu

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perpétuer la possession dans sa descendance. 11 avait épousé en troisièmes noces Eurydice, nlle d'Antipater, et quelques temps après Bérénice , venue en Egypte en même temps qu'Eurydice.

Il avait, entre autres enfants , un fils d'Eurydice, surnommé Céraunus, et de Bérénice, celui qui lui succéda et qui porta le surnom de Philadelphe :

ce sont les seuls dont les noms se rattachent à l'histoire d'Egypte, le sort des autres, au nombre de neuf, ne l'intéressant point spécialement.

Ainsi le fils de Lagus , Ptolémée Soter, réunissait alors en lui tout ce qui peut assurer le succès d'une entreprise aussi importante que la fondation d'une dynastie souveraine , un nom illustré par de grandes actions militaires, une réputation de sagesse éprouvée par de graves circonstances , vingt ans d'une administration essentiellement bienveillante et protectrice , la confiance des corps de l'État , l'amour du peuple, enfin plusieurs héritiers qui ne laissaient aucune incertitude sur la transmission de la couronne royale.

En attendant, Démétrios parcourait l'Archipel, et attaquait Sicyone gardée par les troupes de Ptolémée , qui capitulèrent et retournèrent en Egypte.

Cassandre ne voyait pas sans effroi les succès de Déiiietrius; et il tenta de s'associer Lysimaque, en lui faisant partager les craintes qu'inspiraient la puissance et l'ambition d'Antigone.

Lysimaque ne s'y refusa pas, et, d'un commun accord, ils proposèrent à Ptolémée et à Séleucus de se réunir a eux, dans l'intérêt même de leur couronne que menaçaient également les projets d'Antigone; car, s'il parvenait au trône de Macédoine , se considérant dès lors comme le successeur d'Alexandre, il voudrait réunir sous sa domination toutes les provinces de l'ancien empire. Séleucus et Ptolémée consentirent à cette alliance , bien convaincus qu'elle serait funeste à Antigone qui jusque-là avait été vainqueur.

A la suite d'événements et de succès divers en Asie et en Europe, Séleucus s'était avancé de la Babylonie, s'était porté eu Cappadoce où il avait pris ses

quartiers d'hiver, et Ptolémée , parti de l'Egypte avec une armée nombreuse , avait occupé les principales villes de la Syrie et de la Célé-Syrie. Sidon résistait, et il en faisait le siège lorsqu'on lui annonça qu'à la suite d'une grande bataille Séleucus et Lysimaque , vaincus par Antigone, s'étaient retirés à Héraclée , et qu'Antigone s'avançait avec une armée considérable vers la Syrie. Trop confiant dans ce rapport qui était sans fondement, Ptolémée fit avec Sidon une trêve de quatre mois , laissa des garnisons dans les villes qu'il avait prises, et rentra précipitamment en Egypte où il passa aussi l'hiver.

C'était celui de l'année 30t avant l'ère vulgaire. L'état où étaient alors les affaires des généraux d'Alexandre se disputant l'héritage de son empire, annonçait, pour le printemps qui suivrait , le dénoilment de cette sanglante tragédie : c'étaient cinq gouverneurs militaires qui s'étaient faits rois, et qui , sur cette scène de crimes et de malheurs, entraînaient presque tous les peuples de l'Europe et de l'Asie , non comme spectateurs désintéressés , mais comme acteurs involontairement associés à la fortune du chef qui les avait conquis.

La journée d'Ipsus décida du sort d'Antigone. Ce fut auprès de la ville de ce nom , en Phrygie , qu'il livra aux quatre rois alliés là bataille où il perdit la vie de la main même de Séleucus ; son armée fut détruite , et Démétrius son fils alla, avec une poignée de soldats , chercher à Éphèse, ensuite à Chypre , une retraite et des ressources nouvelles contre cette catastrophe inattendue.

Les provinces et les villes où ils avaient commandé devinrent le prix de la victoire, et les quatre rois songèrent à se les diviser; mais leurs prétentions particulières pouvaientelles laisser espérer qu'ils régleraient amiablement ce partage? Leur intérêt commun les avait réunis contre Antigone, leur commune ambition les divisa ; le sort des armes devait encore en décider. Séleucus s'unit à Démé-

L'UNIVERS

trius qui trouva un secours inespéré dans cette alliance ; un traité associa LysimaqueàPtoIémée, et de nouvelles guerres furent le résultat de ces nouveaux succès.

Ptolémée pensa dès lors à reprendre l'île de Chypre , à s'assurer la possession de la Syrie que ses troupes occupaient en partie depuis près d'une année , enfin à remettre aussi sous son obéissance Cyrène qui , depuis quelque tcnfips, méconnaissait son autorité.

Démélrius, contre son attente, vit ses affaires se relever ; Séleucus épousa sa fille Stratoniee; et il retourna à Antioche. Déidamie , l'une des femmes de Démétrius., étant morte, Séleucus lui fit accorder par Ptolémée la main de Ptoléraaïs , l'une de ses filles. Démétrius, bientôt après, attaqua Athènes, qui souffrit une cruelle famine, quoique Ptolémée lui eût envoyé cent cinquante galères pour la soutenir. Mais Démétrius en avait déjà réuni trois cents venues du Péloponèse ou de Chypre qu'il tenait encore; la flotte de Ptolémée se retira , et Lacharès ayant abandonné Athènes, Démétrius y entra. Il attaqua ensuite la Laconie , défit Archidamas à Mantinée , et poussa droit à Lacédémone. Ce fut alors qu'il fiit informé que Séleucus avait pris plusieurs de ses villas d'Asie , et que Ptolémée occupait l'île de Chypre , à l'eXoc^tion de la ville de Salamis où étaient ses enfants et leur mère.

Bientôt après , Démétrius apprit que Ptolémée les lui renvoyait comblés de présents et d'honneurs.

Tel était l'état des choses dans ces contrées, la trentième année après la mort d'Alexandre. A cette époque, Ptolémée avait repris possession de l'île de Chypre , de Cyrène , et commencé la construction du phare dans l'île qui porta ce nom.

Deux ans après, Ménandre, fils de Diopithès, cessa de vivre : une inscription 2:recque , trouvée à Rome , dit que cela arriva dans la trente - deuxième année du règne de Ptolémée Soter, et sous l'a. chontat de Philippe à Athènes.

Ptolémée , tranquille possesseur de l'Egypte, profitait des loisirs de la

paix pour embellir Alexandrie et y faire construire plusieurs temples.

Lorsqu'il voulut les consacrer, un songe mystérieux d'abord négligé, écouté ensuite à cause des circonstances effrayantes qui l'accompagnaient , le détermina à envoyer consulter Apollon Pythien et à demander au roi de Synope les images du dieu qu'il avait vu en songe; il lui fit offrir en même temps de riches présents. Trois ans se passèrent sans que cette négociation eût un résultat ; elle avait commencé dans la trente -cinquième année du règne de Ptolémée.

Sur ces entrefaites , Démétrius avait réuni une armée de cent dix mille hommes et une flotte de cinq cents vaisseaux; on en construisait encore à Chalcis , à Corrnthe , à Pella , et leurs dimensions n'étonnaient pas moins que leur nombre. Effrayés par de si grands préparatifs, Lysimaque, Séleucus et Ptolémée jugèrent que ce ne serait pas trop de leur alliance pour résister à Démétrius : ils la contractèrent et y entraînèrent Pyrrhus. Ils le chargèrent de surveiller la Macédoine; Ptolémée parcourut la Grèce avec une nombreuse flotte pour s'y faire des alliés; et bientôt Démétnus perdit le trône de Macédoine après l'avoir occupé sept années.

Ce fut après ces événements que la négociation de Ptolémée avec le roi de Synope traînant trop en longueur au gré du dieu qui en était le sujet, le dieu quitta lui-même brusquement son temple , monta sur une galère, mit en mer, et, après une traversée qui ne dura que trois jours, entra dans le port d'Alexandrie à la grande satisfaction de Ptolémée. C'était Apis.

L'annéesni vante, la trente-neuvième de Ptolémée , fut aussi la dernière de son règne; ce fut dans le courant de cette année que Ptolémée , déjà trèsavancé en âge, s'occup;! d'assurer à sa famille la jouissance d'une couronne qu'il avait conquise par sa valeur et méritée par sa sagesse. Il voulut , de son vivant , placer lui-même son successeur sur le trône qu'il se décidait ;i quitter. Tout secondait ce noble projet :

EGYPTE

Plolémée était en paix avec ses anciens compagnons d'armes qui avaient échappé à quarante années de guerres a de malheurs : des traités ou'des alliances de famille l'attachaient à Lysimaque , à Séleucus , a Pyrrhus même; Démétrius, que ses hauts faits rendaient le plus redoutable, expiait sa jcloire prisonnier de Séleucus auquel il s'était volontairement Ii\Té ; Ptolémée jouissait enfin des fruits de son courage , de sa prudence et de sa modération. Constant, dès le premier jour de son gouvernement en Egypte, a ne s'occuper que de cette riche contrée, il songea non pas à acquérir, n>ais à posséder. Attaqué dans l'Éi/ypte , il sut la défendre et la préserver de toute invasion. L'attachement et la reconnaissance des peuples affermirent sur sa tête la couronne- royale, et , comme s'il ne devait rjcn faire d'inutile à sa gloire , il n'ajouta pas moins à sa renommée en cédant volontairement la cou-ronne à son fils , qu'il n'en avait acquis en la prenant.

Des deux femmes que Ptolémée avait épousées depuis qu'il était le maître de l'Egypte, il lui restait alors trois fils: un d'Eurydice , que la violence de son courage avait fait surnommer Céraunus , et deux de Bérénice , dont le premier fut surnommé Philadelphe, août le second , Argaeus , mourut quelque temps après , soupçonné de conspiration contre le roi.

Ptolémée consulta ses amis sur le choix d'un héritier, qu'il se proposait de faire avant de mourir. L'usage désignait le fils d'Eurydice, parce qu'il était l'aîné des trois. Démétrius de Phalère le dit au roi qui lui préféra le premier-né des enfants de Bérénice; il le proclama son successeur à la couronne d'Egypte , et cette exception à la règle généralement suivie dans ces temps , dut contribuer à la détermination que prit Ptolémée de descendre du trône , pour y affermir par sa présence l'héritier de son choix qu'il venait d'y placer.

L'autorité de Ptolémée Soter avait été constamment secondée de l'assentiment public, de l'amour des peuples

et du concours empresse de toutes les classes. Sous son règne, l'Egypte avait reconquis son antique splendeur, et les arts de la Grèce avaient uni leurs riches produits à ceux des arts nationaux. Les preuves de la magnificence de Ptolémée , de sa piété envers les dieux du pays , de son active attention à encourager les arts et les lettres , subsistent encore sur les monuments et dans les témoignages de l'histoire.

Nous ne pouvons les indiquer ici que bien sommairement , tant ces preuves sont multipliées.

On croit avoir reconnu le nom de Ptolémée Soter et celui de la reire Bérénice, sa femme, dans quelques parties des édifices religieux de Karnac à Thèbes , et sur le "couronnement du temple deBohbaït, l'ancienne Isidis- Oppidum. La légende royale de Ptolémée est renouvelée des "^Pharaons ; ce roi grec y est aussi approuvé d' Amon et de Phré, le gardien de la vie , Ptolémée vivant à toujours et chéri de Phtha. Le nom de la reine Bérénice est sculpté à côté de celui du roi , a%-ec le titre de dominatrice du monde. Il faut , sans doute , accuser le temps et les événements, de la rareté des monuments signés du nom de Ptolémée Soter : ayant ceint le diadème royal vingt ans après la mort d'Alexandre le Grand , et jusque-là n'ayant inscrit sur les monuments que les légendes de l'autorité légitime , possédée par le frère et le fils du conquérant , il n'eut aussi , et pour les mêmes nnotifs , à placer son propre nom que dans ladédicace des édifices publics qu'il fit construire ou réparer après s'être déclaré roi.

Le/j/iare était unehaute touren pierres blanches et a plusieurs étages, élevée dans l'île de Pharos , que Ptolémée réunit à Alexandrie par une chaussée.

Ce phare , qui devait faciliter la navigation dans le voisinage du port d'Alexandrie, est un des plus utiles monuments entrepris par Ptolémée Soter. Chaque étage allait en se rétrécissant , et avait une galerie extérieure prise sur la fabrique de dessous. On dit qu'il eut d'abord mille coudées de haut; il n'en reste plus rien aujourd'hui de visible.

L'UNIVERS

Des escaliers habilement construits conduisaient dans de nombreux appartements; des bêtes de somme pouvaient y monter , tant les pentes étaient artistement ménagées. Au douzième siècle de notre ère, il restait encore cent cinquante coudées des constructions du phare. Il est figuré sur plusieurs médailles ; les poètes célébrèrent cette merveille des arts ; en élevant le phare d'Ostie, l'empereur Claude prit pour modèle celui d'Alexandrie.

Ptoiémée ne dédaigna pas les productions de l'art égyptien ; il donnait par là une satisfaction à l'opinion nationale ; les restes de l'antique Alexandrie rendent témoignage de cette attention. Un des obélisques encore tiebout dans les ruines de la ville grecque , avait été d'abc^rd érigé par un Pharaon devant un des temples de la ville d'Héliopolis ; il fut transporté dans la ville nouvelle.

Mais le plus mémorable établissement pour lequel l'humanité doive le plus se montrer reconnaissante envers Ptoiémée Soter, c'est l'école savante qui porte encore le nom d'école d'Alexandrie.

Au milieu des exigences de la guerre, Ptoiémée avait du temps à donner aux jouissances de la paix. Il savait la puissance des arts et des lettres sur la prospérité des empires : il les appela auprès de lui de toutes les régions oii ils florissaient , de la Grèce surtout , la patrie du génie et du bon goût , déjà riche de tant de chefs-d'œuvre de l'intelligence : il réussit à former une intime et durable union entre eux et l'étude des plus riches productions de la nature, dont l'Egypte était si féconde.

Ptoiémée y attira les savants de la Grèce, et "Alexandrie devint la nouvelle patrie des lettres et le sanctuaire de la science. Le roi ouvrit son palais aux philosophes , cultiva leur société , et fit amasser pour eux une immense bibliothèque. Les hommes les plus distingués de tous les pays affluèrent en Egypte, et Alexandrie conserva pendant six siècles le titre de métropole des sciences et des lettres

On a donné le nom d'école à ce centre de toutes les études , de tous les progrès dans la culture de toutes les sciences. Non-seulement elle ajouta au domaine général de l'intelligence par de nouvelles découvertes, mais encore elle prit soin de conserver les conquêtes déjà faites, en donnant de nouvelles éditions des écrits les plus remarquables : des fragments d'Homère, des livres d'astronomie, des compositions poétiques , écrits sur papyrus , recueillis en Egypte et portés a Paris, rappellent les travaux des critiques grecs de cette école.

Toutes les branches des sciences y furent cultivées : la cosmographie, les mathématiques, l'histoire naturelle, la médecine et la grammaire : la philo- j Sophie eut aussi son tour, quoiqu'un i peu plus tard ; et il suffira à l'éternelle gloire de cette école de citer parmi ceux qui l'illustrèrent, Démétrius de Phalère, Zénodote et Aristarque pour la critique grammaticale ; Hérophile et Érasistrate pour la médecine ; Timarque, Aristille, Hipparque et Ptoiémée pour l'astronomie; Euclide , Apollonius de Perga , Diophante , pour la géométrie; Eratostnène et Strabon pour la géographie; Cnésidème, Sextus l'empirique, Potamon , Ammonius Sakkas parmi les philosophes; enfin l'influence durable de cette école s'étendit par la suite des temps sur les Juifs, les chrétiens et.

les Grecs d'Alexandrie tout à la fois Aristobule et Philon font honneur à l'école judaïque; saint Pantène et saint Clément d'Alexandrie à l'école chrétienne. La poésie et l'histoire n'ajoutèrent rien de marquant aux chefsd'oeuvre que les Grecs avaient déjà produits.

La destinée de cette admirable institution fut celle de toutes les créations humaines : sa gloire brilla ou s'obscurcit comme celle des rois grecs qui se succédèrent sur le trône d'Egypte.

Sous les trois premiers Ptolémées, l'éclat de leurs règnes rejaillit sun l'école qu'ils avaient fondée par leur munificeiv;e et agrandie par leurs bien- ' faits. Les trois règnes suivants furenti

KGYPTE.

moins licureux , l'école déclina et la Grèce , [>Jus calme , offrit aux maîtres et aux disciples un théâtre plus digne de leur science et de leurs efforts.

Bientôt après , les désordres publics inquiétèrent les Muses amies du repos et de la sérénité ; les savants d'Alexandrie s'exilèrent et allèrent enseigner à Rhodes, en Grèce et çn Syrie. Les causes qui ruinèrent le trône des Ptolémées ruinèrent aussi l'existence de l'école d'Alexandrie.

Du reste , Ptolémée Soter était un prince let-tré; il passe pour avoir composé une relation des conquêtes d'Alexandre : il se plaisait à la fréquentation des poètes et des philosophes; il avait destiné une portion de son palais à leur logement : il l'avait comme consacrée aux Muses, en lui donnant le nom de Musaeum qui est venu jusqu'à nous , et il renfermait les collections les plus utiles au progrès de toutes les sciences , et notamment les principaux écrits composés en Grèce , en Asie et en Afrique. Les savants qu'il ne pouvait attirer près de lui , il les recherchait par ses bienfaits, et plusieurs d'entre eux éprouvèrent les effets de sa munificence. Il entretenait une correspondance suivie avec le célèbre Théophraste. C'est Ptolémée qui réalisa les vues d'Alexandre sur Alexandrie : il fonda la puissance de cette grande cité , et lui donna une importance qui dure encore. Il l'orna aussi de magnifiques édifices , dont il ne subsiste plus que peu de ruines : tant de maîtres se sont depuis succédé dans cette ville ! Ptolémée Soter lui avait attentivement ouvert ou entretenu les plus fructueuses voies c aimerciales avec le monde entier. L,es astronomes secondaient, éclairaient les navigateurs : il nous reste encore quelques-unes des observations faites à Alexandrie par Timocharis, notamment celles de plusieurs étoiles principales et des Pléiades dans les années 295 , 294 , et 283 avant l'ère chrétienne; antiqu-es observations trèsutiles aux supputations comparées des observateurs modernes.

Ptolémée Soter avait conflé au philosophe Straton, disciple de Théo-

phraste, et à Philétas de Cos, poelc imité par ïhéocrite, l'éducation de son fils Ptolémée Philadelphe : de telles leçons fructifièrent ; le règne de Philadelphe est un de ceux qui ont jeté le plus d'éclat dans l'histoire ; et , tout en faisant une juste part aux exagérations des poètes , il reste encore assez de sérieux témoignages des soins de ce grand prince pour U prospérité et la gloire de son empire.

Ptolémée Philadelphe succédait à son père encore vivant. Après avoir quitté le trône, Ptolémée Soter jouissait en (quelque sorte des honneurs réservés a sa mémoire; il voyait sa propre apothéose, son image et son nom associés dans les cérémonies publiques à ceux du grand Alexandre :

préludes du culte dont il devint l'objet, et qui lui fit consacrer des autels, des chapelles et des prêtres. Il assista avec Bérénice, sa femme, mère de Philadelphe, à la magnifique cérémonie qui fut comme l'inauguration du règne de leur fils. Cette fête publique, que rien n'égala jamais dans notre Occident, et où l'Egypte avait comme accumulé toutes les richesses de l'Asie , de l'Afrique, est connue du lecteur par la description qui a été mise sous ses yeux.

Cette fête eut lieu au milieu de l'hiver qui suivit l'abdication de Ptolémée Soter, au commencement de l'année 284 avant l'ère vulgaire.

Dès que le choix fait par Ptolémée Soter fut déclaré, Céraunus, son fils, né d'Eurydice, appeié au trône par l'ordre de primogéniture, ne voulut pas rester dans une cour où ses droits venaient d'être si publiquement méconnus : il quitta l'Egypte et se retira auprès de Lysimaque, roi de Thrace, dont le fils, Agathocle, avait épousé sa sœur Lysandra, née comme lui d'Eurydice. Mais Lysimaque, déjà avancé en âge, avait aussi épousé une fille de Ptolémée Soter et de Bérénice, Arsinoé, sœur de Philadelphe. Celle-ci craignant, disent les historiens, que ses enfants, après la mort de Lysimaque.

ne devinssent les sujets d'Agathocle, trama la perte du jeune prince son

L'UMVERS.

beau-fils. Elle réussit à devenir crimirwlle sans que Lysimaque s'occupât de l'empêcher, et Lysandra, sœur de Céraunus, veuve d'Agathocle, effrayée d'un tel attentat, courut chercher un refuge non pas à la cour de Ptoléniée Phiiadelplie , son frère de père , devenu roi d'Egypte, mais arupres de Séleucus , entraînée d'ailleurs par les conseils de Céraunus qui ne la quitta pas, et qui l'accompagna, ainsi que ses enfants, un autre frère de Céraunus, appelé Méléagre, et Alexandre, fils de Lysimaque, né d'une femme odrysienne.

Arrivés à la cour de Séleucus, ce roi refusa de seconder leurs vues ou leurs prétentions sur l'Ég^ypte; ses traités le liaient avec Ptolémée Soter; mais il se décida à faire la guerre à Lysimaque.

Celui-ci se hâta de passer en Asie pour prendre lui-même l'offensive; il perdit la vie dans une bataille qu'il avait engagée, et qui se livra auprès de Coroupédion , dans la grande Phrygie. Cette victoire rendait Séleucus le maître du trône de Macédoine, et il pensait à s'y asseoir. Il ne restait plus que lui des anciens compagnons d'Alexandre : Ptolémée Soter avait cessé de vivre.

Séleucus céda donc ses États d'Asie à son fils Antiochus, et se mit en marche pour la Macédoine à la tête d'une armée composée de troupes grecques et de troupes étrangères. Ptolémée Céraunus l'accompagnait et secondait son entreprise avec un zèle que la bienveillance de Séleucus pourceprinee fugitif ne devait pas faire soupçonner d'infidélilj. Cependant, parvciiu à Lysimachia vec son armée, Séleucus fut trahi par Ptolémée Céraunus, qui lui donna la mort, abandonna aux soldats le pillage du trésor royal, s"empara du royaume de Macédoine, et le gouverna comme roi jusqu'au momeiit de son invasion par les Gaulois , qui le tuèrent dans un combat.

Lysimaque, Séleucus et Ptolémée, périient presque en même temps, et survécurent peu à Ptolémée Soter. Tous les historiens sont d'accord que ce prince vécut deux ans encore après son

abdication, ce qui porte sa mort vers la fin de l'an 283.

C'est à l'époque de l'avènement de sou fils que durent être frappées les monnaies qui portent les têtes accolées de Soter et dePhiladelphe, avec celle de Bérénice au revers.

Philadelphe était né dans l'île de Cos, lorsque Soter, son père, fit une expédition dans les Cvclades, et l'époque en a été fixée à Tannée 308 avant l'ère vulgaire. Théocrite, qui a décrit en poète la naissance de Philadelphe, dit que Bérénice fut surprise dans cette île par le terme de sa grossesse, ce qui nous apprend qu'elle accompagnait Soter dans- cette expédition militaire, se croyant peut-être plus en sûreté au milieu des hasards de la guerre qu'à la cour même d'Alexandrie, si Eurydice y était restée. Ce fut donc après vingt-, trois années entières , et lorsque Philadelphe était parvenu à la vingt-quatrième de son âge, qu'il fut appelé au trône d'Egypte par l'abdication volontaire de Soter, au mois de novembre de l'an 285.

Dès qu'il fut informé que son frère Céraunus avait quitté la cour de Lysimaque, il envoya demander en mariage, à ce roi, sa fille Arsinoé.

Aussitôt après la mort de Ptolémée Soter, Philadelphe, qui n'avait point oublié-que Démétrius de Phalère, consulté par £on roi sur le choix d'un successeur, n'avait pas hésité d'unir sa voix à ce que prescrivait l'usage, qui appelait à la couronne Ptolémée Céra'înus, exila ce sage conseiller dans une province, où il traîna quelque temps encore une vie languissante.

Dans la même année, la 282^ avant l'ère vulgaire, Arsinoé, fille de Lysimaque, se rendit en Egypte et devint l'épouse de Philadelphe.

Alors Sostrate de Gnide termina la construction de la tour du phare près d'Alexandrie, qu'il avait commencée par l'ordre de Soter. Sa construction dura douze années entières, et ce ma- • gnifique édifice fut célébré dans les hynuies des poètes. On raconte que le roi ne voulant pas permettre que Sosr Irate mît son nom sur l'édifice, l'ars'

KGYPTE,

chilecte, bien avisé, l'y grava profondément , et couvrit ensuite l'inscription d'un stuc qui le caciiait, espérant que , lorsque le temps aurait détruit le stuc, son nom serait connu de la postérité.

Des poètes contemporains honorèrent cependant publiquement Sostrate et son ouvrage.

Deux années plus tard, Céraunus, maître du trône de Lysimaque par l'assassinat de Séleucus, tenta de s'en assurer la possession en captant les faveurs populaires, et dans le dessein d'obtenir la bienveillance de Philadelphe, son frère, il lui envoya des ambassadeurs chargés de lui faire connaître que , par respect pour la mémoire de leur père, il oubliait l'offense qui lui avait été faite en le privant de la couronne. Mais il n'eut vraisemblablement pas le temps de connaître les réponses de Philadelphe, car neuf mois après il perdit la vie dans un combat contre les Gaulois, ainsi que nous venons de le dire.

Céraunus, en prenant la couronne de Macédoine, avait simulé un grand attachement pour Arsinoé, veuve de Lysimaque, et pour ses deux fils; mais il les avait fait égorger en célébrant son hymen avec Arsinoé, et celle-ci s'étaitVetirée dans l'île de Samothrace.

Après la mort de Céraunus, Ptolémée Philadelphe s'empressa d'appeler auprès de lui Arsinoé, sa sœur.

Toutefois, ce prince, Philadelphe [qui aime ses frères) , ne justifia pas ce surnom par un heureux accord avec ceux de ses frères qui vivaient encore alors. Le plus jeune de tous, Argaeus, né comme lui de Bérénice, accusé de conspiration contre le roi , fut mis à mort par son ordre; Méléagre, qui était à Chypre, éprouva le même sort

Eour avoir poussé à l'insurrection les abitants de cette île. Philadelphe ne traita guère mieux sa femme Arsinoé, fille de Lysimaque, soit qu'elle eût conspiré contre lui , excitée par la jalousie que lui inspirait la présence de l'autre Arsinoé, veuve de Lysimaque son père, et sœur de Philadelphe, soit que, vaincu par les charmes de sa »œur, Philadelphe ne conservai pour

elle aucune affeclion : il la répudia et l'exila à Coptos , dans la Thébaïde, en ayant déjà trois enfants, deux fils et une fille, et il épousa Arsinoé, sa sœur de père et de mère, ce qui était contraire aux lois des Macédoniens.

C'est a cette même époque du règne de Philadelphe que se place ce que l'on a dit de la traduction grecque des livres des Hébreux, si longtemps attribuée à ce roi. Le grand nombre tfe Juifs amenés successivement en Egypte , ou qui y furent attirés par la douceur du gouvernement de Soter, leur mélange avec les Macédoniens , dont il leur devint nécessaire de connaître la langue, qui était aussi celledugou vernement,durent rendreindispensablelaversion de ces livres hébreux en langue grecque. Si l'on s'en rapporte à la lettre attribuée à Ariss téas , ce fut Ptolémée Philadelphe qui , d'après l'avis de Démétrius de Phalère et sur les pressantes sollicitations d'Aristéas , ordonna d'en faire une traduction complète. Josèphe , l'historien des Juifs, n'a élevé aucun doute sur l'authenticité de cette lettre; Philon, autre Juif, raconte à ce sujet des choses analogues; mais la chronique samaritaine A'Aboul-Phatach attribue aux Samaritains tout ce que la lettre d'Aristéas dit des Juifs, et ajoute que la traduction a laquelle concoururent les Samaritains fut faite dans la dixième année du règne de Philadelphe.

On peut remarquer sur ce sujet que puisque, au rap|M)rt de Plutarque, Démétrius de Phalère engagea Ptolémée Soter à recueillir les livres de législation connus chez divers peuples et dans diverses contrées, ceux des Juifs ne purent pas être oubliés.

Il faut remarquer aussi que dès la 3* année de son règne, Philadelphe avait exilé le philosophe Démétrius de sa cour , où il ne pouvait plus se trouver sept années plus tard.

Philadelphe ne donna pas moins d'attention à se faire de bonnes relations au dehors, à contracter de puissantes alliances, et il rechercha celle des Romains : leur réputation militaire, leurs guerres avec divers peuples de la grande Grèce, et surtout celle qu'ils

L'UNIVERS

venaient de soutenir avec succès contre Pyrrhus, roi d'Épire, que le père de Philadelphe avait replacé peu d'années avant sur son trône, contribuèrent à l'y déterminer; il envoya des ambassadeurs à Rome; le sénat romain envoya aussi à Philadelphe quatre députés, et l'alliance fut conclue.

Elle fut la première relation directe entre le gouvernement d'Alexandrie et celui de Rome : il eût mieux valu pour l'Egypte qu'elle eût toujours été ignorée des Romains, car elle devait redouter les effets de ces alliances.

Dans l'année suivante, la treizième du règne de Philadelphe, Timocharis s'occupait à Alexandrie des deux observations de Vénus, qui furent faites les 12 et 16 octobre de l'an 272.

Deux années après sa défaite en Italie, Pyrrhus perdit la vie devant Argos.

Après la mort de Pyrrhus, Antigone menaçait la Grèce entière de sa toute-puissance. Athènes et Lacédémone se liguèrent contre lui et demandèrent du secours à Ptoléraée Philadelphe, qui envoya une flotte sous le commandement de Patrocle, laquelle, si l'on en croit Pausanias, ne fut pas fort utile aux Athéniens; néanmoins ils donnèrent à une de leurs tribus le nom de ce Ptolémée.

Bientôt après , l'un des enfants que Bérénice avait eus avant qu'elle fût la femme de Soter , Magas , frère de mère avec Philadelphe , et depuis plusieurs années gouverneur de Cyrène , y avait pris un tel empire sur les habitants , qu'il les poussa à la révolte envers leur roi Philadelphe, et les conduisit contre l'Egypte. Philadelphe leur opposa des forces suffisantes , parmi lesquelles se trouvaient quatre mille Gaulois : Magas fut bientôt ramené à Cyrène par l'insurrection de quelques peuplades de la Libye, et Philadelphe dut renoncer à le poursuivre parce qu'il fut mformé que les troupes étrangères qu'il avait à sa solde conspiraient contre lui. Il les fit enfermer dans une île du Nil où elles périrent toutes.

Magas parvint ensuite à entraîner son Leau-pere Antiochus roi de Syrie,

dans son entreprise contre l'Egypte; mais Ptolémée la rendit encore" sans succès en jetant ses propres troupes dans les provinces d'Antiochus les moins bien défendues. Cependant Magas fit proposer la paix à Philadelphe', et voulut la cimenter par une alliance de famille. L'union de Bérénice, fille unique de Magas, avec le fils unique de Philadelphe, fut convenue, et la Cyrénaïque se trouva par cette union de plus en plus attachée à l'Egypte.

Magas étant mort, Apamé, sa veuve, qui n'avait pas consenti à ce projet d'union , tâcha de la rompre en appelant de la Macédoine Démétrius, frère du roi Antigone ; mais ce prince déplut tant et sitôt par son orgueil à la famille de Magas , au peuple et à l'armée , qu'il fut la victime des embûches qu'on lui tendit , et Bérénice devint la femme du jeune Ptolémée qui régna ensuite sous le nom d'Évergète.

Les soins que Philadelphe donnait au gouvernement ne laissèrent pas une année de sa durée sans qu'elle ne vît naître quelque institution utile, fonder quelque établissement public , élever un monument aux arts , encourager ceux qui les cultivaient. Mais, quoique le souvenir en soit conservé , l'époque en est toujours ignorée , et c'est ici qu'il est permis de renouveler le regret qu'excite si vivement le silence des médailles, quoique cependant leurs dates marquent les années du règne de Philadelphe selon une ère qui remonte à la première année de Soter comptée depuis la mort d'Alexandre, ère qui, si elle eût été conservée, aurait fourni un guide certain pour le temps des Lagides.

Mais son usage ne fut pas immuable; il s'opéra àcet égard un changement qu'il entre dans notre plan d'indiquer d'abord , afin de l'expliquer s'il est possible.

Soter, en prenant la couronne d'Egypte, avait fait marquer sur ses monnaies le.« années de son règne, dont la première remontait à celle de la mort d'Alexandre. Philadelphe lui succéda de son vivant même , et il continua de marquer ses monnaies selon

EGYPTE

l'ère qui remontait à la première année du règne de son père. Ainsi , on a des médailles de Ptolémée Soter avec le nombre 36 : celles qui portaient les nombres 37, 38 et 39, ne sont pas connues. La première, frappée pour Philadelptie , duttporter le nombre 40 ; elle manque aussi : mais celle qui fut frappée l'année suivant* , la 41" de l'ère de Soter, qui était la 2* du règne de Philadelphe, nous est parvenue. Elle présente d'un côté la tête jeune et diadémée du deuxième Ptolémée, et au revers son nom avec un aigle debout sur un foudre; dans le champ de la médaille la date de l'an 41. Cette manière de dater ses monnaies fut continuée par Philadelphe jusqu'à l'année .54 de l'ère, et même jusqu'à l'année 56. Après, viennent les monnaies de Philadelphe avec des dates qui se rapportent à une autre ère , et dont le premier nombre connu est 19. Ce changement dans la manière d'inscrire les années de son règne sur ses monnaies, introduit dès lors par Philadelphe , a été expliqué avec toute raison par la volonté du roi de se faire une ère d'après l'époque même où il était parvenu à la couronne, de la compter du commencement de son règne , et non plus de celui de Soter. Cette explication n'est pas nouvelle ; elle a été admise par tous ceux qui ont voulu rendre raison de ce changement dans la manière selon laquelle les années de Philadelphe sont comptées sur ses monnaies.

Quelle fut l'occasion d'un tel changement .••

C'est l'établissement de l'ère dionysienne , ainsi appelée du nom de son auteur, Denys l'astronome.

Cette ère était purement astronomique et composée d'années solaires Gxes , chacune de douze mois , portant les noms des douze signes du zodiaque.

Il est généralement connu que l'époque radicale de cette ère était l'avènement de Philadelphe à la couronne d'Egypte : et les huit observations astronomiques datées selon l'ère de Denys, conservées dans l'Almageste , étant , au moyen de leurs dates égyptiennes cor-

respondantes , transportées sur le calendrier Julien , montrent en effet que l'ère de Denys con>mence au solstice d'été qui précéda immédiatement l'avénement de Philadelphe, et il y a entre le solstice et l'avènement (du 24 juin au 2 novembre) un intervalle de 130 jours environ. Si l'on suppose que Denys ayant composé son ère a voulu lui donner une époque radicale historique, la première année du règne d'un prince qui faisait tout pour encourager les recherches savantes , pour les astronomes surtout , se présentait naturellement à son esprit. De plus , on ne peut pas croire que Denys ait établi son ère avant le règne de Philadelphe, puisqu'il eût fallu en prédire le commencement.

Peu d'années après , la 24'" du règne de Philadelphe , Antiochus Théos succéda à son père Antiochus Soter. Sa sœur Apamé , veuve de Magas , obtint sur lui plus d'ascendant que sur son père Soter qu'elle avait en vain sollicité de renouveler la guerre contre Philadelphe. Antiochus Théos l'entreprit avec des forces immenses , et le résultat fut pour lui l'obligation de répudier sa femme Laodice, d'épouser Bérénice, fille de Philadelphe, et d'assurer aux enfants qui en naîtraient la couronne de Syrie.

Mais les soins de la guerre n'empêchaient pas Philadelphe de protéger les arts de la paix. Il augmenta de beaucoup la bibliothèque déjà très-considérable que Soter avait fondée à Alexandrie , et qui offrait les plus sûrs et les plus vastes moyens d'étude au grand nombre de savants que les Lagides y avaient attirés par la plus libérale protection. Elle fit d'Alexandrie , pendant plusieurs siècles, le centre commun de toutes les connaissances et le foyer unique des lumières que répandirent pour toujours sur le monde l'étude des sciences , la culture des lettres et celle des arts. Avant cette époque, Philadelphe avait déjà donné un témoignage public de son vif attachement pour Arsinoé sa sœur, qui était aussi sa femme, en permettant qu'il frtt frappé des monnaies d'or, d'argent et

4ir) L' UNIVERS.

<le bronze , qui portaient le nom et l'image de la reine; et cela fut fait dans la 33^ année du règne de Philadt'lphe. inscrite sur une de ces monnaies.

Plusieurs autres établissements utiles fondés par Philadelphe recommandent son nom à la mémoire et à la reconnaissance des savants.

Philadelphe régna 38 ans , et mourut vers la fin de l'été de l'an 247 avant l'ère vulgaire.

L'éclat du règne de Ptolémée Philadelphe répondit à sa longue durée, et fut digne de son illustre origine. Il forme une des époques les plus mémorables dans l'histoire de la philosophie. Alexandrie, a-t-on dit, grande, riche et puissante , devint la cité des Grecs de toutes les régions , le centre du commerce des trois mondes, l'asile commun des lettres et des arts. Le poète Théocrite , l'un des ornements de la littérature grecque, composa un hymne en l'honneur de Ptolémée Philadelphe. Il y célèbre à la fois la gloire de son père Ptolémée Soter, les grâces et la beauté de sa mère Bérénice, enfin les suprêmes mérites de son héros Ptolémée Philadelphe , qu'il égale aux dieux. Le poète s'exprime dans le style le plus noble ; il proclame Philadelphe illustre à la fois dans la paix et dans la guerre , par sa magnificence envers les dieux auxquels il élève des temples ornés de statues d'or et d'ivoire; par sa générosité envers les poètes et les artistes qu'il attira auprès de lui ; enfin par sa piété envers son père et sa mère, auxquels il consacra des temples , des autels et des prêtres. Les prospérités inouïes de l'Egypte sont décrites dans ce poème avec un poétique enthousiasme; le nombre des villes qui la couvrent y est porté à 33,339 : enfin , indépendamment de l'Egypte , la Libye , l'Ethiopie, la Syrie, la Phénicie, Chypre et les Cyclades , la Lycie , la Carie et la Pam phylie , sont rangées sous 1 e sceptre lie Philadelphe. Ce roi étudia l'histoire naturelle et la botanique. Il fit amener ;i Alexandrie les animaux rares des l<.iys étrangers; il les y envoyait cher-

cher à grands frais, et il en ornait ou ses jardins ou ses musées. Il vit que le goût de la poésie dramatique s'affaiblissait, et il institua les Jevx d'Jpollon pour le ranimer. Enfin l'école d'Alexandrie prit son essor par l'associiition , dans uft but de progrès, sous la protection royale , des savants les plus distingués qui étaient allés se fixer dans cette nouvelle capitale de l'empire égyptien ; c'est sur le sol égyptien que se formèrent les nouveaux . disciples de Platon , d'Aristote , de Zenon et de Pythagore : les écoles des géomètres , des astronomes et des géographes y luttaient d'une heureuse rivalité avec celles des philosophes.

Les preuves de la munificence de Ptolémée Philadelphe subsistent encore sur les monuments de l'Egypte.

Ce roi fit construire le grand temple d'Isis à Philae , et en commença à faire exécuter les sculptures. C'est là qu'on a trouvé les preuves d'une coutume égyptienne , qui consistait à donner au aieu du temple les traits de la figure du roi qui le faisait bâtir. Sur celui de Philae , la déesse Isis est le portrait de la reine Arsinoé , femme de Philadelphe. Le même prince fonda le petit temple du sud, dans la même île, consacré à la déesse Athôr , et en fit construire le sanctuaire et les salles adjacentes. Le nom de la reine Arsinoé est associé à celui du roi dans les nombreuses inscriptions de ces édifices.

On les voit aussi inscrits sur l'édifice d'Edfou, où ils ne sont qu'une pieuse commémoration par leur troisième successeur Épiphane. Parmi les autres monuments contemporains du règne de Philadelphe , il faut citer une belle statue colossale de ce roi , en granit rose , qui se voit au musée du Capitole , dans le cortUe dei Conservatori, où Champollion le jeune l'a , le premier, indiquée. Une autre statue se voit ' la nila Jlbani , et les inscriptions contiennent le prénom royal et le nom propre du roi. Du reste, les noms de i Ptolémée Philadelphe, des deux Arsinoé ses deux femmes , ne sont pas trèsrares sur les monuments égy()tiens; une inscription du musée du Louvre '

KGYPTE.

mentionne une des reines; cl quant aux monuments d'origine f^recqiie, outre les belles médailles en or de ces princesses, qu'il est facile de discerner l'une de l'autre par les traits de leur visage, on peut rappeler que Stratonice, fille de Démétrius, roi de Macédoine , consacra une statue à la reine Arsinoé , fille de Soter et de Bérénice , sœur et femme de Philadeiphe : une inscription du musée de Naples nous apprend cette curieuse particularité historique; mais on ignore quel motif porta Stratonice à cet hommage envers Arsinoé. Les médailles de Ptolémée Philadeiphe et des deux Arsinoé, particulièrement celles qui sont frappées en or, sont remarquables par leur style et leur belle exécution : on n'y a observé jusqu'ici aucune trace des symboles religieux particuliers au culte égyptien.

C'est au règne de Philadeiphe qu'appartient un des événements mémorables de l'histoire des, contrées méridionales voisines de l'Egypte. Diodore deSicile rapporte, parmi les singulières coutumes des Ethiopiens, celle-ci : le collège des prêtres, séant à Méroé, envoyait, quand il le jugeait à propos, au roi régnant l'ordre de quitter le trône et de se donner la mort. Cet ordre émanait des dieux, et nul mortel n'avait le droit de s'y soustraire.

Du temps de Ptolémée Philadeiphe , l'Ethiopie ne dépendait plus de l'Éeypte; nous avons avancé qu'elle s'en était séparée très -vraisemblablement dès l'avènement des Perses ; et il paraît que l'Ethiopie avait repris son ancienne forme de gouvernement tout théocratique. Le roi contemporain de Philadeiphe se nommait Ergamène : il se ressouvint peut-être de l'exemple donné en Egypte par Menés ; et , au lieu d'obéir à l'ordre des prêtres qui lui demandaient le trône et la vie , il se mit à la tête de ses troupes , marcha contre le Temple d'or, situé sur une hauteur presque inaccessible , s'en empara , fit mettre a mort tous les prêtres , et établit par son triomphe le gouvernement civiJ qui dura quelque temps après lui en Ethiopie.

27* Livraison. (Egypte.)

Des monuments encore subsistants portent le nom de ce roi courageux , et prouvent en même temps qu'en réduisant l'ordre sacerdotal au service des temples et du cuite public , il n'oublia pas ses devoirs envers les^dieiii du pays. On voit encore à Dakkèh, en Nubie, les restes d'un temple dont la partie la plus ancienne a été construite et sculptée par Ergamène. De pareilles notions sur ce prince existent aussi sur le temple de Dèboud : dans les inscriptions de ces monuments éthiopiens, on retrouve le système d'écriture hiéroglyphique égyptienne snn* aucune variation ; le nom d'Ergamèn«s est accompagné des titres de toujonr.s vivant, chéri d'Isis, d'approuvé parle soleil : nouvelle confirmation des rapports de l'antiquité classique sur l'uniformité des principales institutions publiques , du culte et de l'écriture, et» Egypte et en Ethiopie. Le temple de Dakkèh fut dédié au dieu Thôth par le roi d'Ethiopie.

A Dèboud , autre lieu de la Nubia , un autre roi éthiopien, nommé Atharraramon , éleva un temple à d'autres dieux de l'Egypte , à Amon-Ra , seigneur de Dèboud , à la déesse Athôr , et aussi à Osiris et à Isis : prince d'ailleurs inconnu dans l'histoire, qui fut peut-être un des prédécesseurs d'Ergamène , ou son successeur immédiat et durant peu d'années, puisque Ptolémée Évereète réunit de nouveau l'Ethiopie à 1 Egypte, l'ayant conquise par les armes.

Ce Ptolémée Évergéte , qui porta le premier ce surnom dont le sens exprime l'idée de la bienfaisance , était le fils uniquedePtolémée Philadeiphe et d'Arsinoé sa première femme , la fille du roi Lysiinaque. Quand Philadeiphe eut pris sa sœur Arsmoé pour sa seconde femme , celle-ci adopta Ptolémée Évergéte , fils de son mari : ce fut donc sans obstacle que le nouveau roi succéda It son père.

Le règne d'Évergète 1"" fut trèsglorieux pour l'Egypte, et assura au pays de nouveaux avantages. De grandes expéditions militaires portèrent au cœur de l'Asie sa renommée

L'UMVERS.

«t les armes égyptiennes : Évergète renouvela les entreprises de Sésostris , et avec un égal succès. Les événements de son règne furent nombreux et éclatants ; l'antiquité classique nous en a transmis quelques détails : ils sont consignés dans les ouvrages des écrivains du premier rang , ainsi que sur des monuments également utiles à consulter par l'art et par l'histoire.

Évergète fut appelé en Syrie , à la tête d'une armée considérable , par un intérêt de famille qu'un prince puissant ne pouvait point négliger sans quelque honte.

On sait que le roi de Syrie, Antiochus Théos, avait- épousé en secondes noces Bérénice , fille de Ptolémée Philadelphe, et sœur d'É vergeté I''^ Après la mort d'Antiochus, sa première femme Laodice voulut se venger de Bérénice qui, restée à Antioche de Syrie, s'y renferma en vain dans Daphné. Ce ne fut point pour elle un asile inviolable; elle y fut assassinée avec le jeune enfant qu'elle avait eu d'Antiochus.

Le roi Ptolémée Évergète était accouru de l'Egypte au secours de sa sœur : il arriva trop tard ; mais il vengea sa mort en portant la guerre dans les États de Séleucus , s'emparant successivement des provinces de l'empire d'Asie situées sur la rive droite de l'Euphrate ; et passant ensuite ce fleu've, il parcourut en conquérant la Babylonie, la Susiane, la Perse, et poussa même jusqu'à la Bactriane, .soumettant les peuples et leurs chefs , Jeur imposant des tributs , et repre- . nant en Perse un grand nombre d' i mages des dieux que Cambyse avait enlevées à TÊgypte. Rappelé dans son royaume par des dissensions domestiques , il rapporta de son expédition un immense butin , et ramena son armée en Egypte. Il laissa de bonnes garnisons dans la Syrie, à Séleucie même qui était encore occupée par les troupes égyptiennes lorsque plus tard Antiochus le Grand fit la guerre à Ptolémée Philopator. Tripolis de Syrie resta aussi sous ses ordres , comme le prouvent les monnaies d'Évergète qui furent

frappées dans cette ville selon l'opinion des numismatistes , et qui portent la date ùe la 7^ année de son règne : à cette époque , son expédition en Asie était terminée.

Ce fut vraisemblablement à son retour de cette expédition , qu'Évergète passant à Jérusalem y fit des sacrifices dans le temple des Juifs , si Ton en croit leur historien. Peu de temps après il s'était déclaré le chef de la ligue achéenne , à la tête de laquelle était alors Aratus de Sicyone. Aratus avait pris Corinthe et Mégare que gardaient les troupes du roi de Macédoine (Antigone Gonatos). Trézène avait eu le même sort que Mégare , et de là Aratus s'était rendu en Attique, et avait obtenu l'aHiance d'Évergète qui fut , en effet , déclaré le chef de la ligue sur terre et sur mer.

Pendant ce temps, Séleucus avait voulu punir les villes de l'Asie qui s'étaient déclarées contre lui , cédant à l'horreur que leur avait inspirée l'assassinat de Bérénice et de son fils. Il avait armé contre elles une flotte nombreuse, qui fut dispersée par la tempête. Les villes d'Asie rentrèrent d'elles-mêmes sous son obéissance, et il alla porter la guerre sur les possessions mêmes de Ptolémée Évergète.

Vaincu , il chercha un refuge dans Antioche, d'où il appela son frère Antiochus Hiérax à son secours. Pour n'avoir pas deux ennemis à repousser à la fois , Ptolémée conclut avec Séleucus une trêve de dix années. Mais Hiérax, croyant l'occasion favorable pour s'emparer du trône de Syrie, combattit son frère avec des Gaulois qu'il avait à sa solde; Sékucus fut vaincu , et les Gaulois tournèrent leurs armes contre le vainqueur même, qui les ramena à leur devoir à force d'argent, et qui eut aussitôt après à se défendre contre Eumène , roi de Pergame , ambitieux aussi de régner sur l'Asie. Il vainquit Antiochus Hiérax à Sardes , et mourut bientôt après , presqu'en même temps qu'Antigone de Macédoine.

Pendant que les deux fils d'Antiochus Théos se disputaient par les armes

la possession de la couronne de Syrie ; qu'Antiochus Hiérax , vaincu à son tour par Séieucus,\se livrait de luimême à Ptolémée Évergète , celui-ci , tranquille sur son trône, s'occupait de l'administration intérieure de ses États , ou plutôt des jouissances que son rang lui rendait plus faciles. Il donna beaucoup de soins à la chasse des éléphants, qu'il élevait ensuite pour la guerre, soins tout à fait paisibles, et qui ne prouvent point la réalité des grandes conquêtes que l'on a supposé avoir été faites par ce roi bien loin au midi de l'Egypte et dans des régions presque inconnues. D'ailleurs cette opinion n'a pour fondement que le texte d'une inscription étrangère à Évergète , et qui , quoique trouvée dans le même lieu , est aujourd'hui reconnue pour n'avoir jamais fait partie de celle d'Adulis dont nous avons donné le texte (swprà, page 67).

En Grèce, Aratus, chef de la ligue achéenne, avait été défait par Cléomène. Le vaincu entraîna dans son parti Antigone, régent de la Macédoine, qui se hâta de se rendre dans le Peloponèse. Après avoir passé l'hiver à Argos , il en sortit au commencement du printemps et marcha sur les frontières de l'Argolide , vers lesquelles Cléomène se dirigeait. Parvenues à Sellasia , les deux armées se rencontrèrent , en vinrent aux mains ; celle de Cléomène fut complètement battue , et le roi lui-même, s'étant retiré d'abord à Sparte qui était derrière lui, s'embarqua dès le lendemain à Gythium , et se rendit en Egypte auprès de Ptolémée Évergète.

Le roi d'Egypte le traita avec beaucoup d'égards ; par là il eut occasion de connaître et d'apprécier les qualités éminentes qui le distinguaient; il lui promit de le replacer sur le trône de Lacédémone ; mais la mort ayant sur-

f>ris Évergète déjà vieux , sa bienveilance pour Cléomène fut pour ce roi sans aucun résultat. Antigone , en effet, après avoir assisté aux jeux INéméens, rentra en Macédoine, et y mourut : en même temps Antiochus succéda à Seleucus , son frère , au trône

EGYPTE. 419

de Syrie. Trois rois cessèrent de vivre dans la cxxxix*^ olympiade <> l'an 222 avant l'ère chrétienne.

De toutes les actions remarquables du règne de Ptolémée Évergète , aucune ne fut plus agréable aux Égyptiens que l'attention religieuse que ce roi apporta à reprendre en Perse , et à renvoyer triomphalement en Egypte , les images des divinités égyptiennes que Cambyse avait enlevées ; ce serait même de là , selon quelques auteurs , qu'aurait été tiré le surnom que porta le troisième des Ptolémées : opinion peu fondée , si le surnom officiel était donné aux rois d'Egypte à l'époque mênie de leur sacre à Memphis.

Évergète réunit de nouveau à l'Egypte une portion de l'Ethiopie jusqu'à Ibrim ; et il laissa dans cette contrée conquise des marques de sa pieuse munificence, en y faisant construire ou terminer des édifices religieux. C'est ainsi qu'il fit continuer le temple da Dakkèh, commencé par les rois éthiopiens Ergamène et Atharrammon. En Egypte, les ruines du temple situé au nord d'Esnèh offrent encore plusieurs bas-reliefs dont quelques-uns portent les noms de Ptolémée Évergète et de la reine Bérénice. Le nom de la reine se lit aussi sur quelques portions des édifices de Philse : les inscriptions proclament « le seigneur du monde , les dieux frères , le fort par Ammon , l'approuvé du soleil , le gardien de la vie , le seigneur des dominateurs , Ptolémée toujours vivant , chéri de Phtha , et la dame du monde , Bérénice, femme et sœur du fils du soleil Ptolémée. » On trouve aussi , dans les monuments de Thèbes , le souvenir écrit de ces deux souverains.

Cette Bérénice est une des reines les plus célèbres parmi celles de l'Egypte:

la poésie l'a célébrée et nous a transmis son nom environné de gloire. Ce fut cette Bérénice qui voua sa belle chevelure pour l'heureux retour du roi son époux, qui faisait la guerre en Asie, et pour l'entière conquête de cette vaste contrée. Cette chevelure fut déposée dans le temple de Vénus Zéphyrjte • elle en fut enlevée , et le génie

L'UNIVERS

(le la poésie |)rocla«na , sur la foi de l'astronome Conor de Samos, qu'elle avait été ravie au firmament pour y briller parmi les étoiles , où elle forme encore , auprès de la constellation du IJon , celle qu'on nomme plus comnnmément la Gerbe , et aussi de son véritable nom de chevelure de Bérénice. Callimaque, poète grec de Cyrène , avait chanté cette fiction ; il ne nous reste de son ouvrage que l'imitation latine de Catulle.

On sait aussi , par une inscription gravée sur une plaque d'or, mince, ilexible et luisante, trouvée dans les ruines de Canope, que « le roi Ptolé- «■ niée , fils de Ptolémée et d'Arsinoé , <' dieux Adelphes , et la reine Béré- « nice , sa sœur et sa femme , élevèrent « un temple à Osiris » dans cette même ville de Canope. Nous verrons bientôt que cette même reine Bérénice recevait , dans les temples de l'Egypte, un culte particulier, et que des prêtresses spéciales étaient chargées de ce culte sous le titre d'Athlophores ; titre qui, désignant les insignes de la victoire , a fait rappeler que Bérénice aimait à faire élever des chevaux pour concourir dans les jeux Olympiques de ia Grèce.

Les solennités de la Grèce n'étaient plus étrangères à l'Egypte, à Alexandrie surtout, ville toute grecque par ses établissements littéraires , dont la prospérité avait été portée au plus haut point sous le règne de Philadelphe, et qu'Évergète s'etïorça de maintenir à la même perfection. Ce prince éclairé et libéral fit chercher les livres avec passion , et les fit acheter à tout prix. Callimaque, Lycophron, Apollonius lui restaient des poètes du règne précédent , et avec eux Conon , Aristarque et Aristophane de Byzance , distingués comme savants. Ce dernier avait succédé à Zénodote dans les fonctions de bibliothécaire à. Alexandrie ; il eut luimême Ératosthène pour successeur ou pour collègue : Aristiile , Conon , Timoeharis, cultivaient en même temps et avançaient l'étude et la science des astres : 'Aristarque donna pour cette «îude des méthodes dignes du suffrage

des plus habiles. Il soutenait le mouvement de la terre, opinion qui l'exposa à une accusation d'irréhgion.

Apollonius de Perge taisait , en même temps , presque oublier ses prédécesseurs dans la culture des mathématiques : tant de progrès à la fois flattaient le goût et les intentions de Ptolémée Evergète , qui les honorait et les encourageait. Il mourut au milieu de tant de prospérités littéraires, après un règne de 25 ans.

Ptolémée Philopator (qui aime son père), fils unique de Ptolémée Evergète I'''', en montant sur le trône, avait auprès de lui sa mère Bérénice, sa sœur Arsinoé et Magas son frère. La voix publique accusa Philopator d'avoir empoisonné son père, et la cruauté de son caractère put servir, plus tard , à confirmer ce soupçon infamant. D'après les conseils de Sosibe, l'un de ses ministres les plus affidés, il fit d'abord mourir Magas, dont ileraignait l'influence sur les troupes mercenaires. Bientôt après, Bérénice, sa mère, perdit aussi la vie par ses ordres. Ciéomène enfin, à qui Ptolémée Evergète avait accordé une honorable hospitalité, ne devait pas échapper à ses atroces volontés. Autant Evergète témoignait d'intérêt au roi de Sparte fugitif et lui avait accordé d'égards, autant il en recevait peu de Philopator livré à toute la fougue des passions les plus criminelles. Ciéomène le pressa néanmoins d'accomplir les promesses d'Évergète, qui devait le replacer sur son trôno- : il devint suspect et fut mis sous la goTde de quelques affidés. Pendant que Philopator assistait aux grandes cérémonies du culte de Sérapis à Canope , Ciéomène tenta de s'évader et de soulever les Alexandrins contre leur roi; ce projet ne réussit pas , et Ciéomène avec ses partisans ne trouvèrent d'autre reluge que la mort. Elle n'assouvit pas tout à fait la vengeance que Philopator voulut tirer de cette coupable tentative; il fit mettre en croix le cadavre de Ciéomène, et égorger à ses pieds I:»

femme , la mère et les enfants de ce roi malheureux. (]eci se passait seize ans après que Cltomcne éi;;it parvenu

EGYPTE

h la couronne, la seconde année du rè^nc de PtoléméePhilopator, la 219*^ avant l'ère vulgaire.

Dès l'année suhante., ce surnom se Jisait sur ses monnaies; mais on n'en l'tait pas plus convaincu de sa tendresse pour son père, et le peuple lui donnait , avec plus de raison peut-être , le surnom de Tryphon. Ses monnaies |iortèrent toujours celui de Philopator.

Pendant que cela se passait en Egypte, Antiochus, qui fut surnomméle Grand, .s'occupait à reprendre la Syrie sur Ptolémée. Antiochus était parvenu au trône presque en même temps que le roi de l'Egypte. Il passa la première année de son règne à régler les affaires des diverses provinces du royaume; et , quoique les gouverneurs de la IVIédie et de la Perse , Molon et Alexandre , se fussent déclarés indépendants, Antiochus , suivant les conseils d'Herinias, se résolut à attaquer Ptolémée, dont la mollesse et les dérèglements promettaient à son entreprise" un succès presque certain. Antiocl:us se rendit à Séleucie sur l'Euphrate , où arriva bientôt, avec Diognètes et la flotte, la fille de Mithridate , qui lui était promise en mariai;e et qu'il épousa. Il passa quelque temps dans cette ville, donna la régence de ses États à la reine , et se dirigea ensuite sur Antioche. Il y apprit les succès de Rlolon , qui avait passé le Tigre et marchait vers Séleucie. Antiochus pensait à abandonner l'entreprise contre la Syrie et à courir sur Molon ; mais Hermias l'en dissuada et l'engagea de continuer sa marche sur la même rive de l'Oronte. Le roi se rendit à Apamée, ensuite a Laodicée (Cahiosa); et, parvenu a l'entrée de la gorge du Liban , il y trouva Théodote, général de Ptolémée, qui lui en fermait le passage en tenant Gerra , jilace qu'Aiitiochus ne jugea pas devoir tenter de prendre d'assaut. Instruit alors des nouveaux succès de Molon, qui était venu jusqu'en IMésopotamie , il renonça à son projet contre la Syrie , retourna sur l'Euphrate , marcha au nord-est jusqu'à Antioche de IMygdo- \)ic , s'arrêta dans cette contrée qua-

rante jours environ, et arriva a Apollonia, où il défit entièrement l'armée de Molon, qui se tua. En même temps qu'il obtenait ces grands succès, Antiochus reçut aussi la nouvelle de la naissance d'un fils dont la reine était accouchée. Pvestait Artabazane dont les intentions étaient très - suspectes , et le roi voulant s'assurer de lui, conduisit son armée contre la province qu'Artabazane gouvernait. Celui-ci traita aux conditions dictées par le roi, qui consentit ensuite à se défaire d'Hermias par un assassinat, rentra aussitôt après à Séleucie sur l'Euphrate, et envoya ses troupesen quartiers d'hiver.

Au commencement du printemps suivant, Antiochus réunit ses forces dans Apamée, et l'attaque de Séleucie (sur la mer) y fut résolue. Depuis les premières années de Ptolémée Évergète , cette ville maritime était occupée pai une garnison égyptienne. Antiochus s'y rendit, et y entra bientôt après par la trahison de quelques officiers subalternes; un autre traître, Théodote , général au service de Ptolémée , lui fit aussi la proposition secrète de. livrer la Syrie. Antiochus cependant, suivant la même route qu'il avait déjà faite dans sa première campagne, remonta la rive gauche de l'Oronle et parvint aux gorges du Liban et de i'Anti-Liban, dont les soldats de Ptolémée tentèrent en vain de lui fermer le passage. Les ayant franchies, il alla aussitôt occuper Tyr et Ptolémaïs, ou il s'empara des vaisseaux et des approvisionnements qui s'y trouvaient réunis.

En attendant, Ptolémée, qui avait enfin quitté Memphis, s'était rendu a Péluse avec son armée , avait fait ouvrir les canaux et inonde les environs de cette place de guerre. Informé de ce moyen de défense, Antiochus renonça'au projet d'attaquer Péluse , se contenta de ravager les pays environnants et d'amener sous son obéissance , par la force ou par l'adresse, les villes de la Syrie qu'il lui restait à occuper. Ptolémée ne pouvait pas les secourir; son imprévoyance, ou plutôt celle d'A gathocleet deSosibc qui gouveriîair:^!;^

A'ja

L'UNIVERS

réellement le royaume et le roi, ne leur laissa d'autre ressource que de proposer une trêve à Antiochus; et celui-ci, obligé de renoncer au siège de Doura, voyant que l'hiver s'approchait, fit faire aussi de son côté des propositions à Ptolémée , consentit à quitter la Syrie , à se retirer à Séleucie (sur la mer) , et il s'y rendit en effet, laissant des garnisons dans quelques-unes des places de cette province qu'il avait déjà prises. Les négociations pour une paix définitive ayant été sans résultat, dès le printemps suivant Antiochus réunit de nouveau ses troupes, et Ptolémée renforça celles de INicolaos, qui commandait pour lui dans les environs de Gaza. Celui-ci s'avança de quelques marches, pendant qu' Antiochus, côtoyant la mer, quittait Séleucie, descendait à Berytus, prenant ou brûlant les villes qu'if trouvait sur sa route , et venait enfin en présence de l'armée égyptienne. La bataille s'engagea , et Ts^icolaos vaincu dut chercher un refuge dans Sidon. Antiochus ne songea point à une attaque sérieuse contre cette place, s'occupa des villes voisines de l'Arabie , qu'il soumit l'une après l'autre , et enfin de Ptolémaïs , où il établit ses quartiers d'hiver.

Vers le même temps arriva une éclipse de lune mentionnée par l'historien Polybe:ce fut celle du 12 septembre 218; et bientôt après, au commencement du printemps , la campagne s'ouvrit.

Ptolémée avait profité de la trêve conclue avec Antiochus, et de l'éloignement de celui-ci , qui avait passé près d'une année à la conquête de l'Arabie, pour se préparer à soutenir la guerre avec succès. Il partit d'Alexandrie à la tête de soixante et dix mille hommes soutenus par cinq mille cavaliers et soixante et treize éléphants. Antiochus l'attaquait avec soixante -deux mille fantassins , six mille cavaliers et cent deux éléphants. Ptolémée se rendit d'abord à Péluse , distribua des provisions à son armée , la fit avancer par le mont Casius et les Baratra , et cinq jours après jusqu'à cinquante stades de Raphia au nord-est de Rhinocorura. Antiochus dépassa Raphia, campa

d'abord à dix stades , ensuite à cinq seulement de Ptolémée , perdit la bataille et s'enfuit à Antioche , d'où il envoya demander la paix au roi d'Egypte (l'an 217). Ptolémée la lui accorda pour une année , et chargea Sosibe d'en régler les conditions. Satisfait de reprendre la Syrie et la Phénicie , Ptolémée passa trois mois dans ces provinces pour en régler l'administration , séjourna à Jérusalem dont il fut empeclié de profaner le temple, et rentra bientôt après à Alexandrie avec sa sœur Arsinoé qui ne l'avait pas quitté , même sur le champ de bataille.

Polybe a décrit dans tous leurs détails tous ces événements des premières années d' Antiochus, lesquelles furent j aussi les premières de Ptolémée Philopator.

Après quecekii-ci fut rentréà Alexandrie , il reçut les envoyés des Rhodiens qui demandaient les secours du roi pour réparer les ravages occasionnés par un grand tremblement de terre ; Philopator leur accorda une forte somme d'argent , des ouvriers de toutes les professions, des bois, des cordages, et une très-grande quantité de blé (l'an 216).

Peu de temps après arrivèrent des ambassadeurs de Rome , offrant à Ptolémée des secours contre Antiochus.

La fin de la guerre dispensa Philopator de les accepter. C'est pendant son règne que quelques auteurs disent que IMarcus Attilius et Marcius Acilius furent envoyés par le sénat romain pour renouveler l'alliance avec le roi d'Egypte .

mais Tite-Live, qui rapporte ce tait., donne à la femme du roi d'Egypte le nom de Cléopâtre; celle de Philopator était sa sœur Arsinoé, etCiéopatre, fille du roi de Syrie , fut celle de Ptolémée Épiphane , fils et successeur de Philopator. Ce ne fut donc que durant le règne suivant que se fit le renouvellement des traités avec les Romains.

Tranquille dans sa capitale, Philopator s'y livrait à tous ses goûts pour les plushonteuses dissolutions. Ce roi , soumis aux volontés d'Agathocle et de Sosibe, ne savait rien taire par luimême qu'assouvir ses brutales pas-

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sions ; il ne s'apercevait pas même du la prolongation de la tutelle du prince malheureux état et des murmures de ne faisant que l'aggraver, il fut couses sujets. ronné à Memphis, quoiqu'il n'eût pas

Cependant Arsinoé, jusque-là sté- encore atteint cet âge de sa ma-

rile , mit enfln un fils au monde. Jus- jorité.

tin dit qu'il naquit cinq ans ou la 5* Pour satisfaire au rapport formel année avant la mort du roi ; selon d'au- de PoJybe , en se servant des dates prêtres auteurs , le jeune prince n'aurait cises que donne l'inscription de Roeté âgé que de 4 ans lorsque Piiilopa- sette , la naissance d'Épiphane doit tor cessa de régner et de vivre. Mais être indiquée au 30 mésori d'un* année le canon des rois , placé en tête de qui , comptée jusqu'au 18 méchir de l'Almageste, Polybe et l'inscription de celle de son couronnement, laquelle Rosette , fournissent à ces doutes une était la 9" de son règne , donne cepenexplication qui donnera une date pré- dant à ce prince moins de 14 ans a cise à la naissance du fils dePiiilopator, cette époque.

et dont il nous sera permis d'exposer II suffit pour cela , 1° de remonter, ici les éléments , comme une nouvelle ' depuis la date de l'inscription , de huit

preuve de l'importance chronologi- années entières à compter du 18 mé-

que des monuments exactement expli- chir, qui est le premier jour de la 9'

qués. année du règne de Ptolémée; 2° de

Dans le canon des rois ce fils , qui cinq années entières à compter de ce

régna sous le nom d'Épiphane , est ins- dernier jour, et de là jusqu'au 30 mé-

crit à compter du 1^"^ thoth de l'an 544 sori le plus prochainement antérieur,

del'ère delS'abonassar, annéequicom- qui sera nécessairement celui de sa

mença le 13 octobre de l'an 205 avant naissance.

l'ère' chrétienne : il faut en conclure Or, le canon des rois en comptant

nécessairement que Ptolémée Philopa- la 544*^ année de Nabonassar à Épi-

tor mourut avant ce jour, puisque phane, enseigne que Philopator était

Épiphane, qui lui succéda, régnait mort dans l'année précédente 543;

déjà alors. l'inscription de Rosette en donne je

L'inscription de Rosette dit qu'à jour, qui est celui de l'avènement d'É- Fépoque où le décret qu'elle conserve piphaue; Philopator mourut donc le fut porté, l'usage s'était déjà établi 18 méchir de la 543* année égyptienne dans toute l'Egypte d'appeler du nom de Nabonassar. d'Épiphane (ou jour éponyme) le 30 En remontant de cinq années, on du mois de mésori , qui était celui de arrive au 18 méchir 538 , et le 30 mêla naissance du roi Épiphane. La même sori le plus prochainement antérieur inscription dit encore que ie 18 du est celui de la 537* année de la même mois égyptien méchir était le jour où ère : c'est donc à ce jour même que doit Épiphane avait reçu la couronne de être fixée la naissance de Ptolémée Épison père. ' phane ; car cette date remplit toutes

Le décret que cette inscription con- les conditions qu'exigent les rapports

serve est daté du même jour 18 méchir, de Justin , de Polybe, et les dates de

et a été rendu à l'occasion du couron- l'inscription de Rosette,

nement d'Épiphane à Memphis , la 9* On trouve en effet :

année de son règne. „ , . . ,, . , , .,/, .

, , , ,. o , ,. Dq 3o mesori 537, ]<>"' de la naissance dEpi-

Polybe, enfin, nous apprend qU a phane, au iS m«hir 543, jour de la mort de Phi-

l'égard de Ptolémée Épiphane il fut dé- lopator • . . . , 5 ans 5 muis ï3 jours.

rOiîéà l'usage qui, en ÉgVpte , fixait PIus, s années entières de-

, ^ . ■. ." , ^ • •■' '. ^\, pu'S ce 18 mechir lusqu a

UT majorité des jeunes rois a 14 ans , celui qui fm le premier

et qui ne permettait de les couronner jour de u 9» année du rè-

(lu'à cet âge ; que cette exception pour f^'l^^^^^^l^'^^ *' ''"I "'a

PtoléméeÉpiphanefut motivée par l'é- * * «^ " *"* '

tatt'àrhcuxdesaffairesduroyaume :que toui .3 ans 5 mois i3 jour...

L'LMVtlRS.

Et ce résultat satisfait à ce que Polybe fait entendre que Ptolérnée Epiphane n'avait pas encore 14 ans lorsqu'il fut couronné à Memphis , et à ce que dit Justin, que, lorsque Philopator mourut , il laissa son fils âgé seulement de 5 ans. On ne saurait mettre plus heureusement en rapport des élémeflts aussi précis que les termes de Polybe et de Justin , aussi absolus que les dates données par l'inscription de Rosette et appliquées à la recherche des certitudes historiques.

Épiphane vint donc au monde le 30 luésori de l'an 537 de l'ère de Nabonassar,etcejour répond au 9 octobre de l'an 212 avant l'ère vulgaire.

La naissance de ce fils si désiré n'attacha pas davantage Philopator à sa femme Arsinoé ; s'abandonnant jnéme de plus en plus aux excès quv lui inspirait une passion désordonnée pour Agathoclée , il fit mettre à mort Arsinoé, et se livra entièrement aux directions que lui donnèrent le frère de cette courtisane, et Sosibe, qui avait toujours sur l'esprit et les volontés du roi l'empire le plus absolu.

Si l'on en croit Appien , on pensa un instant à cimenter la paix entre Antiochus de Syrie et Philopator , par le mariage de Cléopâlre ,, fille du roi de Syrie , avec ce roi d'Egypte ; mais ce projet ne s'accomplit pas, et bien peu d'années après l'assassinat d'Arfiinoé , Ptolémée Philopator mourut , peu regretté, le 18"' jour du mois de méchir de la 543* année égyptienne de Nabonassar, comme le prouvent les dates précitées de l'inscription de Rosette ; et ce jour , selon le calendrier égyptien , correspond au 29 mars de l'an 205 avant l'ère vulgaire, ce qui donne au règne de Philopator dix-sept années presque complètes.

La mort de ce prince fut tenue quelques jours secrète par les compagnons de ses dérèglements , qui en profitèrent pour piller le trésor royal et se diviser le gouvernement du royaume ; mais la nouvelle étant parvenue enfin à laconnaissance du peupled' Alexandrie, il se vengea bientôt des maux qu'il avait ftpufferts , mais sans s'assurer un meil-

leur avenir; car, à la faiblesse et aux désordres de la régence , s'unissaient encore les certitudes d'une guerre étrangère : Antiochus , enhardi par l'incurie de Philopator, avait conçu le projet de reprendre la Syrie.

Les guerres presque continuelles que Ptolémée Philopator eut à soutenir durant son règne, les désordres intérieurs du palais , qui tiraient leur première origine de la foueue invincible des mauvaises passions du roi, mirent fin pour l'Egypte à la succession des règnes glorieux dans la famille des Ptolémées. Les turbulences de la cour s'introduisirent dans la nation, privée de paix à l'extérieur, d'ordre et de bonne administration à l'intérieur. Les sources de la prospérité publique s'affaiblirent, et dès lors se formèrent, pour croître et grandir, ces germes de décadence qui mirent l'Egypte à la discrétion de l'ambition romaine.

Ptolémée Philopator attacha cependant son nom à quelques édifices publies : les plus méchants princes ne sont pas ceux qui s'abstiennent le plus des démonstrations de la piété envers les dieux. Philopator fit construire à Akhmin (l'ancienne Panopolis) un temple dédié à Ammon générateur, assimilé au dieu Pan dans les mythes secondaires. Philopator fit continuer aussi le temple de Dakkèh , en Kubie, commencé par le roi Ergamène, et dédié à ïhôth, l'Hermès deux fois grand. Sous le rapport mythologique , ce monument offre un intérêt particulier par ses bas-reliefs où sont représentées les diverses transfigurations de ce dieu , qui s'y voit en intime liaison avec sa propre forme primordiale, le dieu Har-Hat, le grand Hermès trisinégiste, ou trois fois trèsgrand , et qui était la personnification de la sagesse divine , l'esprit même de Dieu, Thôth, le secorid Thôth, ou l'Hermès deux fois grand , est lui-même la pensée ou la raison.

A Edfou , lieu où s'élève un des plus beaux édifices subsistant encore en Egypte , on voit aussi les preuves de ce gue put faire pour les dieux le roi Philopator. La partie la plus ancienne

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de» tJecoralioiis du giJiid Icniple d'Edlou , l'intérieur du naos et le côte droit extérieur, sont du règne de ce roi ; le reste du temple est à ses succes- ^eurs. Philopator ne néglijîea pas non plus les ediflces pharaoniques. Le llhaniesséum de Louqsor conserve ies traces de quelques réparations qu'il y tit faire. Il y fit remplacer trois pierres d'une arcliitrave et le chapiteau de la j>remière colonne gauche du péristyle.

Lue inscription en caractères hierogly|)liiques rappelle et constate ces travau.v en ces termes : « Restauration de l'édifice , faite par le roi Ptolémée toujours vivant, chéri d'Isis et de Phtha , et par la dominatrice du monde, Arsinoé , dieux Philopators aimés par Amon-Ra, roi des dieux. »

Dans le petit temple, d'une conservation parfaite, qui se voit aujourd'hui derrière l'Aménophium de Thèbes, et qui est précédé d'un petit propylon en grès, les souvenirs de Ptolémée Philopator ne soat point effacés. I.e naos de ce temple est divisé en trois salles contiguës , qui forment trois véritables sanctuaires. Celui du milieu, ou le principal , entièrement sculpté , contient des tableaux d'offrandes a tous les dieux adorés dans le temple, aux deux triades, celle de Thèbes, Amon-Ra, Mouth et Chons , et celle d'Hermonthis , ville voisine , Mandou , Ritho son épouse, et leur fils Harphré, et principalement aux déesses Hathôr et Thméï , qui paraissent dans presque toutes les scènes. Ces deux divinités sont seules nommées dans la dédicace du sanctuaire; etcesdédicaces, inscrites sur la frise de droite et sur celle de gauche , ne portent que le nom de Ptolémée Philopator : on y lit, pour ce roi grec, toutes les parties du vieux protocole des Ph;iraons : '^ L'Horus , soutien de l'Egypte, celui qui a embelli les temples comme Thôth deux fois grand , le seigneur des Panégyries comme Phtha , le chef semblable au soleil , le germe des dieux fondateurs, l'éprouvé de Phtha , etc. ; le Ois du soleil, Ptolémée toujours vivant, bien aimé d'Isis, l'ami de son père (Philopator,, a fait cette construction en

l'honneur de sa mère Halhor, la tutrice de l'Occident. »

Presque toutes les sculptures de ce premier sanctuaire remontent au règne de ce même roi qui s"y trouve figure, accompagné de la reine Arsinoé, adorant les deux déesses : c'est à la déesse Hathôr qu'est plus particulièrement consacré le sanctuairede droite, etcette puissante divinité y est représentée, sous des formes variées , recevant les hommages de Ptolémée Philopator.

Tels sont les témoignages de sa picte envers ces deux grandes divinités , Hathôr et Thmeï, à cpjse du rôle que celle-ci jouait dans FAmenthi ou enfer égyptien; la scène du jugement de l'âme devait se trouver dans son temple, comme elle y est en effet dans le sanctuaire de gauche : et c'est cetle représentation qui avait, mal à propos, fait considérer ce ten)ple comme un tombeau.

On trouve aussi la mention de Ptolémée Philopator sur un cdilice ;iii nord d'Esnèh , et sur une porte d'enceinte de l'édifice à gauche du grand temple de Karnac.

Le nom de la reine Arsinoé .'-o lit aussi sur les monuments de Hakkèh en îSubie , et d'Antéopolis en Egypte.

Les monuments nous ont encore conservé un autre fait remaniuable, relatif à Ptolémée Philopator; ils nous induisent, en effet, à penser que ce ])rince porta aussi le surnom de JJupalor. Ce surnom , dans le contrat de Ptolémaïs, dont le protocole est tout a fait analogue à celui du décret de Rosette, est donné à une reine Arsinoé , que son rang désigne comme la femme de Philopator. Il en résulterai'' qu'une inscription grecque de Paphos se rapporterait à ce même roi.

Lapierre sur laquellecette inscription est gravée faisait partie de la base d'une statue , ou bien était placée au-dessous d'un bas-relief; le texte complet de l'inscription porte : « La ville de Paphos honore par ce monument le roi Ptolémée , dieu Kupator, et le consacre à Vénus. " On voit, par cette interprétation que j'emprunte au savant ouvrage où 31. Lctronne a consigne tant de

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