LU M VERS
précieuses notions pour servir à l'histoire de l'Egypte pendant la donïination des Grecs et des Romains , que c'est la ville même de Paphos qui honora Ptolémée , qui le consacra à Vénus; et c'était un usage, bien connu de l'antiquité , de déposer dans un temple et de dédier à la divinité la statue de celui qu'on voulait honorer.
Ainsi ce roi grec d'Egypte , Ptolémée , fidèle à la fois à la religion de sa patrie originelle et à celle du pays qu'il gouvernait , agréait la protection des dieux de la Grèce, pendant qu'il élevait sur les bords du Nil des temples aux dieux de l'Egypte, dont il invoquait aussi la bienveillance. La religion était profondément mêlée aux idées , aux institutions égyptiennes , et à un degré tel qu'il fut peut-être sans exemple et sans imitation dans les autres États de l'ancien n.onde. En Egypte, Jes gouvernements étrangers que la conquête y transporta furent dans l'obligation on de pratiquer publiquement le culte national, comme le firent les Lagides , d'après les conseils et l'exemple d'Alexandre, ou de détruire les temples et la caste sacerdotale comme les Perses tentèrent de le faire d'abord , se courbant ensuite sous la loi commune à tous les rois étrangers à l'Egypte, comme le prouvent les monuments déjà cités , ou Darius et Xerxès sacrifient à Ammon et aux autres dieux du pays.
Ptolémée Épiphane, fils unique de Ptolémée Philopator, âgé seulement de cinq ans et demi , fut appelé au trône d'Egypte par l'ordre de succession en usage dans ce royaume. En faisant connaître la mort de Philopator, Agathocle annonça en même temps qu'il avait été nommé par lui tuteur du Jeune roi ; à la faveur de cette supposition , et cherchant à se rendre l'armée favorable par le rétablissement de sa solde , il se livra de nouveau à toute la fougue de ses passions : son orgueil , ses exactions allaient croissant chaque jour, et le mécontentement général cherchait sur qui reposer ses vœux et ses espérances.
Pourquoi, ditPolybe, le roi Philopa-
tor ne porta-t-il pas l'attention jusqu'à prévoir ces malheurs ? Heureusement
f)our l'Egypte que l'ambition d'un lomme la délivra en partie du mal qui résultait de l'imprévoyance du rcti.
Tlépolème , jaloux de la" fortune d'Agathocle, excita, favorisa le soulèvement du peuple ; et , après trois jours des plus grands désordres , le jeune Épiphane, qu'Agathocle avait enfermé avec lui dans l'arsenal du palais , fut livré à la populace d'Alexandrie : elle le plaça sur un tribunal et lui fit prononc-er la condamnation à mort d'Agathocle et de ses affidés. Sa sœur et sa mère devinrent aussi les victimes des fureurs populaires.
Tlépolème fut le successeur d'Agathocle dans la tutelle du jeune roi ; il , était propre aux choses de la guerre , mais le plus inepte des hommes pour l'administration civile. Sosibe n'avait pas cessé d'être chargé des sceaux de l'État ou de l'anneau du roi : son fils, de retour d'une mission auprès de Philippe, roi de Macédoine, tâcha d'exciter l'opinion contre Tlépolème. Mais celui-ci triompha de ses insinuations, et obtint en même temps que Sosibe lui remît l'anneau royal, ce qui plaça tout le gouvernement dans ses mains.
Tlépolème n'était pas né pour de si importants devoirs; et bientôt, dit encore Polybe, non-seulement il se perdit lui-même , mais encore il mit en péril l'existence de la monarchie.
On lui substitua pour tuteur du jeune roi ou régent du royaume, Aristomène , Acarnanien de naissance , l'un des anciens amis d'Agathocle, et qui vécut jusqu'après l'époque où cessa la minorité du roi , Épiphane lui ayant accordé longtemps encore beaucoup de confiance et beaucou-p d'attachement, le respectant presqu'à l'égal d'un père. Aristomèjie régent fit mourir Scopas immédiatement avant le couronnement d'Épiphane.
Ainsi la minorité du jeune roi , qui dura huit années depuis la mort de Philopator jusqu'à répwjuede son couronnement, fut gouvernée par trois régents qui se succédèrent : Agathocle d'abord , ensuite Tlépolème , enfin
EGYPTE
Aristomène qui , plus heureux que ses deux prédécesseurs , ne perdit, pas la vie en cessant ses fonctions.
Pendant ce temps , Antioclius , roi de Syrie , fit, contre l'Egypte , de nouvelles entreprises.
Philopator ayant cessé de vivre , dit Justin, Antioclius, enhardi par la minorité du jeune roi d'Egypte , entreprit une nouvelle expédition contre ce royaume, et s'empara des villes de la Phénicie et de celles de la Syrie qui étaient soumises aux Égyptiens.
Il paraît qu'ils n'avaient opposé qu'une inutile résistance aux troupes d'Antiochus jusqu'au moment où Scopas , mécontent de ce que les Étoliens ne lui avaient pas continué la préturt, arriva à Alexandrie , fit agréer ses services et repartit pour aller faire une levée de troupes chez les Étoliens mêmes. Agathocle ramena en Egypte, l'an 202, dans l'année suivante, six mille Iwmmes qu'il avait levés dans l'Étoile.
Presqu'en même temps arriva la députation de Rome, oij se trouvait M. iEmilius Le|Mdus, annonçant la défaite d'Annibal et ayant auss'i pour but de s'assurer des dispositions de la cour d'Alexandrie à l'égard des entreprises que Rome méditait contre Philippe de Macédoine; car on ne remerciait le jeune roi des services qu'il n'avait pas rendus, que pour s'assurer tous ceux que l'on pouvait en attendre.
L'été et l'automne de la même année 202 furent donnés aux dispositions nécessaires à la grande campagne qui était préparée contre Antiochus, et ce fut pendant l'hiver que Scopas se mit en marche. Scopas , en effet, prit aussitôt un grand nombre de villes de la Palestine et de la Célé-Syrie.
Mais Antiochus, pour réparer les pertes qu'il venait d'éprouver sur ce point, se hâta de renoncer à son entreprise contre Attalus, et au printemps suivant il reprit l'offensive envers Scopas , le rencontra bientôt sur les bords du Jourdain, lui livra bataille auprès de la ville de Pania , et le battit complètement. Antiochus passa
ce même hiver en Asie, attaqua ensuite les possessions d' Attalus , y renonça bientôt sur l'invitation du sénat romain, et d'autant plus volontiers qu'il venait d'apprendre que Scopas avait profité de ce temps pour reprendre la Célc-Syrie.
Scopas se jeta dans Si don avec dix mille hommes, et Antiochus vint l'y attaquer. Trois généraux et des troupes accoururent vainement d'Egypte pour le secourir : il capitula , à la seule condition de la vie sauve.
Antiochus, poursuivant ses succès, soumit les principales villes de la Syrie ; enfin , Samarie et Jérusalem.. Si le témoignage de Josèphe est fidèle, Antiochus, maître de cette dernière ville, y publia un édit qui accordait quelques privilèges à ceux qui y faisaient leur résidence ou qui viendraient l'y fixer avant la lin de l'année. La Syrie fut réoccupée par Antiochus vers l'été de l'année 200, et dès l'automne de cette même année, Antiochus avait repris toutes les villes de la Célé-Syrie et de la Palestine.
Ce roi , engasé dans d'autres entreprises contre Pliilippe et Rome , consentit à traiter avec les tuteurs du roi d'Egypte. Il promit sa fille Cléopàtre pour femme au jeune Ptolémée, et pour dot lui assigna les provinces même qui avaient été le sujet de la guerre terminée par ce traité. Saint Jérôme assure que ce mariage fut cou • du dans la 7" année du règne d'Épiphane, c'est-à-dire dans l'année 199 avant l'ère chrétienne.
L'état malheureux de l'Egypte, attaquée au dedans par les vices d' une administration dévastatrice , et au dehors par un roi puissant, n'avait cependant pas entièrement détourné de leurs études et de leurs travaux les philosophes que l'école d'Alexandrie y avait rassemblés. Hipparque y continuait ses immortelles recherches sur les lois de l'univers , et inscrivait dans ses tablettes les faits astronojniqnes sur lesquels il devait établir ses théories. Il observait l'éclipsé de lune qui arriva le 22 septembre de l'an 201 avant l'ère vulgaire; celle du 19 mars
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suivant, ^\n\ appartiennent Tune et l'autre à la 5" année du règne d'Épiphane; enlin celle du 12 septembre de l'an 200, qui arriva au milieu delà 6^ année du règne de ce prince, avant le traité de paix conclu avec Antiochus.
Les malheurs de cette guerre et les désordres de la régence n'avaient pas peu contribué à troubler l'intérieur du royaume. Épiphane cependant , ou ses tuteurs , avait cherché à combiner les effets de la clémence avec l'appareil militaire ; il avait accordé des amnisties , et placé aussi sur divers points du royaume des forces de terre et de mer qui devaient assurer la tranquillité générale. La ville de Lycopolis était devenue un foyer de rébellion ouverte ; le jeune roi alla en faire le siège ; et , comme une crue extraordinaire du INil pouvait en détruire les ouvrages , il lit fortifier les ouvertures des canaux pour en prévenir les effets; bientôt après il prit la ville de vive force et Gt mettre a mort les chefs de la sédition. Cela se passa dans la 8* année de son règne, comme le dit textuellement le décret inscrit sur la pierre de Rosette, dont If. texte entier a été déjà rapporté dans cet ouvrage {suprà, page 61).
Polybe ajoute que lorsque Ptolémée assiégea Lycopolis, les principaux habitants , frappés de terreur, se confièrent d'eux-mêmes à sa clémence, et qu'il n'en usa pas moins sévèrement à leur égard. Polybe ajoute ensuite : «Quelque chose de semblable à ce qui s'était
{)assé dans cette occasion arriva aussi orsque Polycrate soumit les rebelles. »
«Il restait encore des plus considérables, dit-il, Athinis, Pausiris, Chésouphos et Irobaste qui , cédant à la force des choses , vinrent à Sais se mettre d'euxmêmes entre les mains du roi ; mais Ptolémée, abjurant toute clémence, les fit attacher nus à des chars , et s'en vengea en les faisant ainsi mourir. »
"Le roi , continue encore Polybe, s'étant rendu de Sais à Naucratis avec son iîrmée , et Aristonicus lui amenant pour le secourir des troupes mercenaires de la Grèce, il descendit par eau à Alexandrie pour les y attendre ,
n'ayant rien ap[)ris de ce qui est del'art de la guerre, h cause de l'injuste orgueil de Polycrate , et cependant il était alors âgé de 25 ans. »
Ce Polycrate avait reçu de Philopator, père d'Épiphane,'le gouvernement de l'île de Chypre; il avait été assez heureux dans ces temps de discordes pour conserver cette île au jeune roi et pour y amasser une somme considérable d'argent qu'il lui apporta , et il n€ vint à Alexandrie qu'à l'époque même de la sédition de Scopas, laquelle fut l'occasion du couronnement dujeuneroi. Polycrate contribua beaucoup par lui et les siens à faire devancer la majorité d'Épi phane , ce qui fit qu'il acquit un très-grand crédit auprès du roi après son couronnement.
Celte sédition de Scopas éclata au sein même de la cour du roi toujours mineur. Ce chef insoumis tenait de secrètes conférences auxquelles assistaient ses nombreux amis. Aristomène, régent du royaume, l'accusa de conspiration, de désobéissance aux ordres du roi , et le fit mettre à mort. Dicaear ■ que partagea la destinée de Scopas , et les Étoliens furent licenciés. Les!
écrivains de l'antiquité rapportent que le sort des Étoliens étant réglé, ceux qui dirigeaient les affaires de l'Ëtat s'occupèrent du couronnement du roi , non pas qu'il eût atteint l'âge où il devait prendre la couronne, mais parce que l'on espéra que lorsque le roi gouvernerait par lui-même, l'état des choses pourrait s'améliorer et l'administration publique avoir une plus sûre direction ; en conséquence on fit les préparatifs nécessaires pour que cette grande cérémonie eût lieu avec toute la magnificence convenable. Le commencement de la 9^ année du règne du jeune roi approchait , et le désir de profiter de cet anniversaire dut aussi contribuer à faire hâter l'exécution de ■ ce projet.
Le roi fut couronné en effet le premier jour de la 9" année, lequel répondait au 27 mars de la 197" année avant l'ère chrétienne.
C'est à l'occasion de cette solennité tout à la fois civile et religieuse pour-
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rÉi^ypte, que nous ilevoiis faire remarquer le nouvel usage introduit par v.e prince, imité quelquefois par ses successeurs, de prendre deux surnoms au lieu d'un seul, comme l'avaient fait les rois ses ancêtres. On remarque, (tans l'inscription de Rosette , que le mot Épiphane, surnom de ce Ptolemée, y est toujoiu-s et immédiatement suivi de ['a(\']ec\.\t' Euchariste, On a pu croire d'abord que ce dernier mot n'était que l'une des épithetes lionoriliques dont les prêtres de l'Egypte, auteurs de cette inscription , y ont environné le nom de ce roi , que renferme cette longue formule bien souvent répétée , le roiPtolémée, toi/Jours vivant (immortel), le bien-aimé de Phtha , dieu Épiphane, très - gracieux , et c'est ainsi qu'elle a été traduite par la savant commentateur de cette inscription , qui a donné au mot Etichariste le sens qu'il a généralement ailleurs.
Mais si l'on fait attention que ce mot , dans les six passages du décret oh on le trouve , n'est jamais séparé de celui d' Épiphane , surnom du roi, que le reste de la formule au contraire est plus ou moins complet dans ces mêmes passages, que l'ordre des qualiflcations n'y est pas régulièrement le même, que les titres toujours vivant, le bienaimé de Phtha, s'y trouvent indifféremment après ou avant le nom Ptolémée, ou le titre de roi , on peut conclure de la constante réunion du mot Euchariste au mot Épiphane, que , dans ^'intention des auteurs du décret , le premier a un sens analogue à celui du second , et qu'ils forment ensemble le surnom royal que porta Ptolémée fils de Philopator. Cette opinion est fortifiée par cette autre considération , que le mot dieu précède toujours les s,\iTnom%Épipha)ie-Eucharistecomm<i pour les consacrer, et l'inscription de Rosette, ainsi que toutes celles qui nous restent des autres Ptolémées , nous font voir que ce mot dieu n'y est employé que pour caractériser le surnom de ces princes, et de la même manière qu'il l'est ici. Enfin toute sorte de doute à ce sujet doit céder à l'autorité de l'inscription gree(|ue tracce sur
la frise du temple irAnlseopoiis , mscription où Ptqlémee Philométor, ilLs de Ptolémée Épiphane, est désigné conmie le fils de Ptolémée et de Cleopâtre, dieux Épiphanes et Eucharisfes. Il est vrai que cette inscription a été restituée du temps des empereurs Antonin etVerus, qui firent réparer à la même époque l'entrée ou la toiture de ce même temple; mais, en plaçant avant leur nom celui du roi Philométor, les deux empereurs romains ne firent sans doute que respecter ce qui existait avant eux à cet égard. Philométor avait consacré le temple égyptien d'Antseopolis au dieu Antée; cette consécration fut constatée selon l'usage par une inscription; des dégradations survenues dans cette partie du temple furent réparées par les ordres des empereurs Antonin et Verus ; ils voulurent aussi faire constater ces soins religieux, et ils placèrent leur nom à la suite de celui de Philométor : c'est ce que font assez voir la forme et le lieu de l'inscription d'Antaeopolis. Elle justifie donc ce qui vient d'être dit sur les mots Épiphane-Euchainste , considérés comme les surnoms du roi fds de Philopator, de la même manière que l'inscription de Rosette justifie à son tour, sur ce point, l'inscription d'Antaeopolis. L'une et l'autre servent à prouver que Ptolémée Épiphane donna le premier l'exemple de prendre deux surnoms, et qu'il porta ceux de Épiphane-Euclwriste. On verra qu'il fut imité par ses successeurs.
Délivré de sa tutelle par son couronnement, Épiphane, selon. Diodore de Sicile , gouverna d'abord ses sujets de manière à mériter leur reconnai.ssance; mais bientôt corrompu par la llatterie et les désordres de la cour, on lui inspira une telle haine contre Aristomène qu'il avait dans les premiers temps honoré comme un père, qu'il le condamna à nK)urir par la ciguë.
Peu après le couronneiwent d'Épiphane , le temps arriva d'accomplir les conditions du traité fait en son nom avec Antiochus, et d'épouser sa fille Cléopâtre. Antiorluis la fit venir a Ru-
L'UNIVERS
phia , et conduire en Egypte où elle s'unit à Ptolémée. Il était alors dans la 19" année de son âge, vers le mois <le janvier 192. Dès la même époque , Ptolémée reprit possession des provinces syriennes qu'Antiochus lui rendait comme dot de sa fille.
La politique du roi de Syrie demandait que l'Egypte restât neutre dans ses différends avec Rome; mais, dès que la guerre eut été déclarée , Ptolémée , sans égard pour ses liens de famille avec Antiochus, envoya offrir au sénat romain des secours de tous genres contre le roi de Syrie, et cela se passa sous le consulat de M. Acilius Glabrio et P. Cornélius Scipio.
Le consul Acilius avait réuni ses troupes à Rrindes pour le 15 du mois de mai suivant; et peu après, dans l'été de la même aonée, Antiochus fut complètement défait par Acilius aux ïhermopyles, sa flotte prise ou détruite en même temps auprès d'Andros par Atilius, amiral romain, qui conduisit à Athènes les vaisseaux pris dans ce cooibat ; et cela arriva l'été de l'an 191 avant l'ère vulgaire.
Après la défaite totale d'Antiochus , qui eut lieu à Magnésie l'année suivante , Épiphane , rassuré contre lui , s'occupa de renouveler les traités qui existaient avec les Athéniens. Bientôt après Antiochus cessa de vivre et laissa la couronne à son fils Séleucus Philopator, dans la 16' année du règne d'Épiphane.
Deux années après ou environ , Cléopâtre mit au monde un fils qu'on croit être celui dont parle l'historien Josèphe. A l'occasion de sa naissance, les villes de la Syrie envoyèrent des députés à Alexandrie pour complimenter le roi et lui offrir des présents. Si l'indication que l'on peut tirer du passage de Josèphe est exacte, la naissance du fils du roi se rapporterait à la 18' année de son règne.
A cette époque, et d'après le témoignage de Polybe, consigné dans un fragment précédemment cité, le royaume ne jouissait pas d'une paix profonde; une mauvaise administration et de trop fréquents abus de pou-
voir avaient lassé la patience de la nation ; plusieurs provinces avaient cessé d'obéir, et l'on en était venu à ce point indiqué par Diodore , où le roi , devenant chaque jour plus cruel et plus absolu, avait attiré sur lui toute la haine de son peuple et couru le risque de perdre la couronne.
C'est ce qu'explique cet autre fragment de Polybe , déjà connu , qui nous apprend que, pour apaiser les insurrections, le roi fut contraint de mettre une armée aux ordres de Polycrate, de se rendre à Sais , ensuite à Naucratis , d'où il revint à Alexandrie pour recevoir les troupes mercenaires qu'amenait de la Grèce l'eunuque Aristonicus qui , élevé à la cour du roi , lui fut toujours très-dévoué. Ces insurrections furent apaisées la 25' année de l'âge du roi., ce qui porte à la 20' de son règne.
Épiphane vécut encore quatre ans, eut un second fils de Cléopâtre , renouvela l'alliance avec les Achéens , et il faisait des préparatifs secrets contre Séleucus, roi de Syrie, lorsque, sa cruauté et ses exactions ne laissant plus de sûreté pour personne , il devint la victime de ses propres fureurs, et périt par le poison, à peine parvenu à la 29' année de son âge et à la 24' de son règne , à la fin de l'hiver de l'an 181 avant l'ère chrétienne.
C'est saint Jérôme qui nous apprend que ce roi mourut au milieu des préparatifs de guerre qu'il faisait contre Séleucus.
Malgré les effets, si calamiteux pour l'Egypte , des désordres qui caractérisèrent profondément le règne de Ptolémée Epiphane, un nombre remarquable d'édifices publics furent construits ou réparés : ils ont conservé jusqu'à nos jours le nom et les souvenirs officiels d'Épiphane honorant attentivement les dieux , et affligeant en même temps son pays de tous les malheurs qu'engendrent les mauvaises passions des princes.
A Esnèh, la porte, le fond de la cella et le portique du grand temple , métamorphosé aujourd'hui en magasin de coton, en sont la partie la plus ancienne ; elle fut construite par lordie
de PtoléméeÉpiphane. A Edfou également, la partie la plus ancienne et la moins incorrecte en même temps parmi les sculptures de décoration du grand temple , est l'ouvrage du même roi. Le grand temple d'Ombos tut aussi commencé durant le même règne. A Philae , les sculptures du grand édiflce consacré a Isis furent de même commencées sous Ptolémée Philadelphe, et continuées par l'ordre d'Épiphane; elles portent tous les caractères de ce temps de décadence de l'art. On voit aussi dans le même lieu, entre les deux pylônes de ce grand temple, et placés à droite et à gauche, deux beaux édifices d'un genre particulier. Celui de gauche est un temple périptère , dédié à la déesse Hathôr et à la délivrance d'Isis qui vient d'enfanter Horus; la plus ancienne partie de ce temple est aussi de Ptolémée Épiphane.
Ce fut aussi sous le règne de ce roi que fut faite la dédicace du petit temple élevé derrière l'AménophiondeThèbes.
Le pronaos de cet édifice est formé de deux colonnes et de deux piliers ornés de têtes symboliques de la déesse Hathôr, à laquelle ce temple fut consacré. Les tableaux qui couvrent le fut des colonnes représentent des offrandes faites à cette déesse et à sa seconde forme Thméï., ainsi qu'aux dieux Amon-Ra, Mandou , Thmcu (Esculape) , et plusieurs formes tertiaires de la déesse Hathôr, adorée par le roi Ptolémée Épiphane, nommé dans la dédicace du temple.
Cette dédicace consistedansunegrande inscription hiéroglyphique sculptée sur toute la longueur de la frise du pronaos ; cette formule dédicatoire est en deux parties affrontées, selon l'usage égyptie-n , méthode propre à l'écriture hiéroglyphique et à elle seule , les signes se rangeant indifféremment dans \es deux directions opposées. La partie de droite de la dédicace porte (1" ligne) : « Le roi dieu Épiphane , que Phtha- Thoré a éprouvé , image vivante d'Amon-Ra, le chéri des dieux et des déesses mères, le bien-aimé d'Amon- Ra , etc. , pour être vivifié à toujours. (2^ ligne): La divine sœur de Ptolé-
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mée toujours vivant , dieu aimé de Phtha, chéri d'Amon-Ra, l'ami du bien... » (le reste est détruit.)
On lit sur la partie de gauche il" ligne): «Le fils du soleil Ptolémée toujours vivant , dieu aimé d* Phtha , chéri des dieux et des déesses mères , bien-aimé d'Hathôr, a fait exécuter cet édifice en l'honneur de sa mère la tutrice de l'Occident, pour être vivifié à toujours. (2^ lig)ie) : La royale épouse Cléopâtre,bien-aiméedeThméï, tutrice de l'Occident, a fait exécuter cet édifice... » (le reste manque.)
Les bas-reliefs encore existants sur les parois de droite et de gauche du pronaos, ainsi que sur la façade du temple formant le fond de ce même pronaos , appartiennent tous au règne d'Épiphane , et tous se rapportent aux déesses Hathôr et Thméï, ainsi qu'aux grandes divinités de Thèbes et d'Hermonthis. On voit aussi dans ce sanctuaire deux tableaux sculptés où figure l'image de Ptolémée Épiphane. Sou nom se retrouve aussi à Karnac, à Dendéra ; à Philœ il est qualifié de roi semblable au soleil , chéri des dieux , armé d'Imouth , fils de Phtha , et approuvé par Phtha. Le monument de Philœ porte aussi une inscription grecque au nom du roi et de la reine , annonçant la consécration du temple à EscLlape. Une autre inscription grecque , relative à PtoléméeÉpiphane , nous fait connaître d'autres particularités de son histoire; elle est gravée sur une plinthe de basalte vert, et elle porte ce qui suit : «Lacommun-auté des Lyciens honore par ce monument (un cippe ou une statue) Ptolémée, commandant des gardes du corps, grand veneur, fils de Ptolémée, un des premiers amis et grand veneur , à cause de sa vertu et du dévouement qu'il manifeste sans cesse envers le roi Ptolémée, la reine Cléopàtre sa sœur , dieux Épiphanes et Eucharistes , et leurs enfants , et envers la communauté des Lyciens.» On voit par là que la Lycie reçut de grands services de la part du roi d'Egypte , dont elle honore, par un monument public, un des principaux officiers. Cet officier porte le
L'UNIVERS
titre de grand veneur , et l'on se rappelle , à ce sujet, que Polybe nous apprend que Ptolémée Épiphane fut un chasseur ardent et habile ; il voulut être représenté sur ses monnaies avec l'arme dont il se servait contre les bêtes féroces.
Le lecteur a pu remarquer , au sujet des reines femmes des cinq premiers Ptolémées, qu'elles portèrent toutes l'un des trois noms de Bérénice, Arsinoé ou Ciéopâtre , outre le nom patronymique de Ptolémée. On sait aussi que , dans les nomenclatures de la géographie ancienne de l'Orient , il se trouve un assez grand nombre de noms de lieux tirés de celui de la famille même ou de ceux de ces reines ; et il est naturel de penser que ces noms ont été donnés à ces villes, fondées ou agrandies , dans l'intention d'honorer les personnages qui les portaient.
Ainsi le lieu nommé Theôn Sôterôn Portus, le port des dieux sauveurs, dans la troglodytique , paraît avoir reçu ce nom de Ptolomée Philadelphe pour honorer la mémoire de son père et de sa mère , surnommés les dieux sotères ou sauveurs.
Ptolémaïs , dans la même contrée , fut fondée par l'ordre du même roi Philadelphe, et surnommée^'pi- Theras, pour la chasse , à cause de la destination de ce lieu qui devait être le centre de la chasse aux éléphants , ordonnée par ee prince.
Il y eut aussi trois autres villes nommées Ptolémaïs, l'une située au sud de Panopolis, sur la rive gauche du Nil, et qui, avant, porta d'abord le nom égyptien de Psôi ; une autre dans la Cyrénaïque , dépendance de l'Egypte ; et la troisième en Syrie , célèbre dans riiistoire moderne sous le nom de Saint- Jean d'Acre.
Il y eut aussi quatre villes nommées du nom de Bérénice : celle qui était située sur le détroit par lequel le golfe Arabique communiquait avec la mer Erythrée , et qui fut surnommée Épi- Déra, du nom du promontoire de Déra , dont la ville était voisine. L'autre Bérénice , sur le golfe Arabique , était surnommée Panchrysos, toute
d'or, à cause des riches mines de c« métal qui existaient dans son voisinage que les Ptolémées firent exploiter.
La Bérénice de la Thébaïde était un port sur le golfe Arabique, à la même latitude que Syène ; elle fut fondée par Ptolémée Philadelphe, qui lui donna le nom de sa mère ; ville importante où abordaient les marchandises de l'Arabie heureuse et celles de l'Inde, transportées de là à Coptos. C'est aussi dans le voisinage de cette ville qu'existaient les riches mines d'émeraudes exploitées par les rois d'Egypte , et qu'a récemment cherchées, par l'ordre du vice-roi Méhémet - Ali , et heureusement retrouvées M. Cailliaud, qui a vu sur place les outils et les ustensiles employés dans les antiques exploitations. La quatrième ville de Bérénice existait dans la Cyrénaïque.
Une province entière de l'Egypte, le nome du Fayoum , porta le nom de la reine Arsinoé , et fut nommée nome Arsinoïte ; la ville principale porta le nom d'Arsinoé. Une autre ville de ce nom était située au fond du golfe Héroopolite. C'est là que venait aboutir le canal des deux mers que Ptolémée Philadelphe fit terminer, et il y fonda cette ville en l'honneur de l'une des deux reines qui portèrent ce nom.
Plus tard, cette ville, restaurée ou agrandie par la dernière Ciéopâtre, porta aussi le nom de Cléopâtris. Une autre Arsinoé était en Cyrénaïque sur la mer ; on donna ce nom à l'ancienne Tuchira; enfin l'île de Chypre eut aussi une ville du nom d'Arsmoé : on croit même que ce nom fut commun à plusieurs lieux de la même île , qui fut une des dépendances de l'Egypte , et le séjour habituel, volontaire ou forcé, de plusieurs princes de la race des Lagides.
Nous avons dû rappeler ici ces souvenirs essentiellement historiques , qui se sont , pour la plupart , conservés sur les lieux jusqu'à nos jours , et qur d'ailleurs trouvent des analogies dans f les annales des pays voisins de l'Egypte: ces sept ou huit villes à'Jntîoche et les Sélencie, non moins nombreuses , prouvent aussi que la famille des Séleucidts |
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ne dédaigna pas ce genre de gloire ou cette suprême satisfaction de la vanité humaine, bien rare dans les temps modernes, excepté, parfois, dans les contrées barbares nouvellement conquises à la civilisation. L'état de l'Orient fut, par ses richesses, plus favorable aux rois qui héritèrent des souverainetés fondées par le courage et le génie de Séleucus et de Ptolémée.
Le cinquième des princes de ce nom qui parvinrent au trône, fut surnommé Éinphane - Euchariste ; il laiss.i en mourant, avec la reine Cléopàtre sa veuve, deux fils et une fille, tous les trois en bas âge. Le premier-né lui succéda , et fut surnommé Pliilomêtor, surnom qui prouverait qu'il eut pour sa mè»e une bien vive tendresse.
Le règne de Philométor, quoique l'un de ceux qui eurent une plus longue durée, n'offre cependant qu'un petit nombre de faits historiques d'une époque certaine. A peine âgé de cinq ans lorsqu'il parvint à la couronne à litre de premier-né des deux fils d'Épiphane , son père et son prédécesseur , comme lui Philométor resta, pendant ses premières années , sous la protection d'une régence qui fut moins orageuse que celle d'Épiphane, parce qu'elle ne cessa d'être immédiatement dirigée par la sagesse de Cléopàtre , mère du jeune roi d'Egypte.
Cependant Séleucus, qui avait hérité du vif désir d'Antiochus son père de posséder la Syrie , et qui ne se contentait pas de la moitié des revenus qu'il s'était réservée, faisait, pour reconquérir cette province sur les enfants de sa sœur, des préparatifs qui alarmèrent l'Egypte. Ce dut être dans cette circonstance que les ministres du jeune roi réclamèrent la protection de Rome ; le sénat ne la refusa point , et il députa, pour cet effet, Marcus jEmilius Lepidus , qui connaissait la cour d'Alexandrie où déjà il avait été envoyé pendant la minorité même d'Épiphane , père de Pliilomêtor; et ce fut a cause de cette mission que RL ^Emilius fit inscrire sur un denier de sa famille le titre de tuteur du roi (TVTOR REG). Ce Romain était tribun mili- 28' Livraisofi. (Egypte.)
taire à la bataille de Magnésie; Séleucus, gui attaquait Philométor, trouvait ainsi dans jEmilius le vainqueur de son père : cette circonstance put être un des motifs qui contribuèrent à fixer sur M. jEmilius le choix du sénat.
Séleucus fut surpris par la mort au milieu de ses projets : il cessa de vivre la 7^ année du règne de Philométor; Antiochus Épiphane lui succéda et occupa aussitôt une portion de la Célé- Syrie.
Peu de temps après, Cléopàtre, mère de l'enfant roi d"Égypte , mourut aussi , et ce fut à l'eunuque Eulaïus et à Leneus que sa tutelle fut confiée.
Les menaces d'Antiochus contre l'Egvpte devenaient chaque jour plus sérfeuses , méprisant la jeunesse du roi et l'inertie de ses tuteurs. Néanmoins, le roi de Syrie fit donner au sénat de Rome des explications à ce sujet, tandis gue les tuteurs dePtolémée pensaient à reprendre la Célé-Syrie. Selon le rapport de Tite-Live , cela se passait sous le consulat de Publius Licinius Crassus et C. Cassius Longinus , nommés au mois de mai de l'an 171 avant l'ère vulgaire, et en même temps Ptolémée,qui avait atteint sa majorité, était alors couronné. Il fit frapper des monnaies à son nom l'année même où sa minorité cessa , la 14^ de son âge , et la 9'' de son règne, qui est en effet marquée sur les monnaies qu'on lui attribue , et qui répond aux premiers mois de l'an 172 avant l'ère chrétienne.
Les tuteurs du jeune roi ne furent pas doués de la sagesse de sa mère Cléopàtre à laquelle ils succédaient. Ils allèrent attaquer Antiochus dans la Syrie , acceptèrent une bataille qui se livra entre Péluse et le mont Casius, et dont le résultat fut la défaite totale de l'armée égyptienne, défaite qui mit le jeune roi entre les mains d'Antiochus , lui ouvrit les portes de Mempbis , de la plupart des villes de l'Egypte, et même de Péluse : son humanité à l'égard des vaincus lui en facilita la con(juête.
L'UNIVERS
Cette catastrophe arriva la 11* année du règne de Pluloriiétor. II paraît , d'après Porphyre, que les Alexandrins, aussitôt qu'Antiochus fut le maître de Memphis, où il retenait le jeune Philométor âgé de 16 ans seulenjent, placèrent sur le trône son frère Évergète afin de prévenir les incertitudes d'un interrègne ; que cette substitution de roi dura pendant les années 11 à 15 du règne de Philométor; qu'à cette époque Antiochus, ayant renoncé à l'occupation de l'Egypte, Philométor revint à Alexandrie , et consentit à partager le trône avec son frère dont la présence avait certainement contribué a le conserver; qu'ils régnèrent ainsi iusqu'à la 17' anné'e comptée toujours de l'époque de Philométor ; et que , par l'intervention des Romains, Évergète cessant de partager le trône , il accepta le gouvernement de la Libye , après quoi Philométor régna 18 ans encore, qui portent la totalité de son règne à 35 ans.
Saint Jérôme ajoute qu'Antiochus , maître de Memphis, traita le jeune Ptolémée Philométor avec beaucoup d'égards ; et , sous le prétexte spécieux de le rétablir dans ses droits, mais avec l'intention réelle de s'emparer du trône d'Egypte, il en occupa militairement les villes les plus nnportantes.
Ayant cependant éprouvé beaucoup, de résistance , et même des échecs , il fit un traité avec le jeune roi , repassa en Syrie, et, deux ans après, il revint assiéger les deux fils d'Épiphane, Philométor et Évergète II , dans Alexandrie , jusqu'à ce que les envoyés de Rome qui arrivèrent dans ces conjonctures l'obligèrent à rentrer dans ses Etats.
Tite-Live dit aussi qu'Antiochus ayant tenté mais sans succès de prendre Alexandrie, il laissa Philométor à Memphis, lui promettant son assistance pour le replacer sur le trône qu'Évergète occupait à Alexandrie. Il espérait sans doute que les deux frères en venant aux mains , il lui serait plus facile de soumettre le vainqueur; il se retira donc en Syrie, laissant néanœoins une garnison à Péluse. Mais
Philométor se réunit à Évergète; Antiochus , que cette réunion aurait du satisfaire s'il avait sincèrement désiré replacer Philométor sur le trône de ses aïeux , en fut péniblement affecté , et fit contre les deux frères des préparatifs plus formidables que ceux de la précédente guerre. Il envoya une flotte contre Chypre , et , dès les premiers jours du printemps, il se mit lui-même à la tête de son armée , marcha contre l'Egypte, traversa la Célé-Syrie , arriva à Péluse par terre et par mer, et se dirigea par les plus courts chemins sur Alexandrie. Parvenu à quatre milles de cette ville il rencontra C. Popilius; et cet envoyé lui montra , en traçant son cercle, comment le sénat de Rome notifiait ses ordres à un puissant monarque qui n'eut à répondre que ce peu de mots : Je ferai ce qui plaît au sénat. Antiochus quitta l'Egypte dans un très-court délai , à compter du jour même de cette conférence.
Il résulte de tous ces témoignages réunis, que ce fut la onzième année de son règne que Philométor fut privé de la couronne par les conquêtes d'Antiochus ; qu'en son absence son frère Évergète fut placé sur le trône par les Alexandrins, et qu'il l'occupa pendant quatre aimées; qu'il envoya demander des secours à Rome ; que , dans cet intervalle , Évergète essaya vainement de traiter avec Antiochus qui refusa de lui reconnaître le droit de faire la paix , et vint l'assiéger dans Alexandrie même; que, rappelé en Syrie par des événements imprévus, il laissa Philométor à Memphis, Evergète dans Alexandrie, espérant que les deux frères se feraient la guerre; que les deux frères se réunirent, occupèrent ensemble le trône pendant deux années, et qu'alors, dans la 17' du règne de Philométor, Antiochus venant de nouveau attaquer l'Egypte et assiéger Alexandrie, C. Popilius l'obligea, au nom du sénat, à retourner dans ses propres États.
Ce fut donc C. Popilius qui vint délivrer l'Egypte des armées et de la présence d'Antiochus, régla aussi les différends qui s'étaient élevés entre
ÈGYPTF.
les deux frères rois , et les jugea selon ce qui était prescrit par les lois du royaume. En conséquence , Philométor resta seul possesseur de la couronne ; Évergète reçut le gouvernement de la Libye et de la Cyrénaïque , où les Romains , peu de temps après , l'obligèrent de rester.
A peine Antiochus fut-il de retour dans ses États qu'il y mourut, et la même année de sa malheureuse expédition contre les fils de sa sœur, année qui fut, comme le dit Porphyre, la onzième et la dernière de son règne. Ses ambassadeurs étaient allés à Rome pour déclarer au sénat combien l'arrangement dicté par Popilius lui était agréable : ceux de Ptolémée témoignaient en même temps sa gratitude envers le sénat et le peuple romain , et ils exprimaient sans doute des sentiments plus vrais que ceux que montrait Antiochus.
En attendant, la discorde renaissait entre Évergète et Philométor. Le premier, peu satisfait de la décision qui le faisait descendre du trône pour le rendre à Philométor seul, et lui donnait pour apanage la Cyrénaïque avec la Libye , se rendit à Rome pour demander qu'elle fût réformée par le sénat. Il était à pied ; il fut reconnu en arrivant par Démétrius , fils de Séleucus , qui lui offrit les moyens d'entrer à Rome, et d'y vivre d'une manière plus convenable à son rang et à sa naissance.
Évergète réclamait auprès du sénat contre le partage qui avait été fait par C. Popilius entre son frère et lui; il exposait qu'il ne lui suflisait pas de la Libye et de la Cyrénaïque , et que l'île de Chypre devait être ajoutée à son apanage. Le sénat y consentit; mais Philométor refusa d'exécuter sa décision , et des envçyés de Rome partirent afin de mettre Évergète en possession de Chypre. Le sénat avait voulu que cela se fît sans employer de soldats , ne prévoyant pas l'opposition de Philométor. Dès qu'il la connut,, les envoyés de Rome engagèrent Evergète à se rendre en Libye pendant qu'ils iraient demander à Philométor son
assentiment à ce que le sénat venait de régler.
Évergète attendit longtemps en Libye l'issue de cette négociation ; il se disposait à marcher a la tête d'une armée contre l'Egypte, lorsqu'il fut informé que les Cyrénéens venaient de se révolter; et, ne voulant pas risquer à l'acquisition incertaine de Chypre la possession de Cyrène , il se dirigea sur cette province d'où les habitants, impatients de son gouvernement tyrannique, cherchaient à le repousser par la force des armes. Il venait d'éprouver un échec assez considérable lorsque Cn. Merula lui apprit que Philométor refusait de consentir à la cession de l'île de Chypre. Évergète envoya de nouveaux ambassadeurs à Rome ;' Philométor y fit aussi défendre ses droits, mais le sénat persista dans sa bien veillance pour Évergète. On lui en porta la nouvelle à Cyrène où il était rentré ; et , au moment où il préparait une attaque sérieuse contre Chypre, il faillit d'être la victime de quelques embûches auxquelles il n'échappa point sans recevoir plusieurs blessures. Il courut de nouveau à Rome, et Philométor y envoya de nouveaux ambassadeurs. Le sénat refusa de les entendre, chargea ses députés de conduire Évergète à Chypre , et demanda aux alliés de la Grèce de seconder cette expédition ; mais Philométor alla luimême défendre cette île, livra bataille a son frère , l'enferma dans la ville de Lapethus, où il l'assiégea et le réduisit à la dernière extrémité : toutefois , loin de se prévaloir de ce succès, Philométor lui accorda une bonne capitulation, lui rendit son gouvernement de Cvrène, et lui donna quelques villes de Cliypre avec un revenu annuel d'une certaine quantité de blé.
Ainsi se termina cette guerre entre les deux frères rois ; elle dura quatre années , et jusqu'à la 22* du règne de Philométor, laquelle commença au printemps de la 160^ année avant l'ère vulgaire.
Dès que l'accord fut rétabli entre eux, Philométor, tranquille sur son trône, reprit l'occupation ordinaire
L'UNIVERS
des rois d'Egypte qui n'étaient point engagés dans de plus sérieuses entreprises. Il attaqua Sourdement le roi de Syrie Démétrius , entretint des intelligences dans la ville de Ptoléinaïs occupée par les soldats syriens , encouragea la défection d'Antioche , et favorisa enfin les prétentions au trône de Syrie manifestées par Alexandre, fils d'Antiochus Épiphane, qui fut reçu à Ptolémaïs de Syrie conmie roi.
Deux années après, vers l'an 149, Démétrius ayant été vaincu et tué, ce même Alexanflre fut reconnu et proclamé roi de Syrie , la SO"" année du règne de Philoraétor.
Alexandre demanda que Philométor lui accordât sa fille Cléopâtre en mariage ; le roi d'Egypte y consentit , et se rendit à Ptolémaïs où ce mariage fut célébré.
Ce fut vers le même temps que Onias, lils d'un grand prêtre juif de ce nom, retiré depuis quelques années en Egypte, entreprit de demander à Philométor la permission d'affecter au culte des Juifs le temple de Bubaste. Le roi n'hésita
fias de la lui accorder, ce qui donne ieu de remarquer la singulière destinée des temples égyptiens qui , survivant au culte même pour lequel ils avaient été élevés , furent successivement consacrés aux cérémonies des religions qui succédèrent en Egypte, à celle des Pharaons. Les Lagides établirent les premiers cet usage que les Romains ne manquèrent pas d'imiter, et ces lieux sacrés, destinés d'abord au culte des dieux , le furent ensuite au culte des hommes.
Le règne de Philométor fournit des exemples de la dédicace des temples égyptiens aux dieux de la Grèce : d'abord celui de la ville égyptienne de Kos- Berbir dans la Thébaïde , ville que les Grecs nommèrent Apollinopolis-Jlicra (^parva), et à laquelle les Arabes ont conservé son nom égyptien en l'appelant Qouss. Ce temple, qui existe encore , offre sur le listel du couronnement de la porte du sud , les traces lisibles de l'inscription grecque qui constate que la reine Cléopâtre et«le roi Ptolémée, dieux Philométors, ont
consacré ce temple. Rien n'indique l'époque de cette dédicace; mais le nom de la reine Cléopâtre , qui se lit dans cette inscription , prouve toutefois que la dédicace qu'elle rappelle fut postérieure à la seconde invasion d'Antiochus Épiphane en Egypte, puisque, pendant la première , Cléopâtre resta dans Alexandrie avec Ptolémée Évergète II, tandis que Philométor était comme prisonnier retenu à Memphis, et qu'après la seconde invasion et l'arrangement fait par Popilius , Évergète quittant le trône, Philométor l'occupa seul.
Ce fut alors qu'il s'unit à Cléopâtre sa sœur, et dans la 17" année de son règne, puisque treize ans après et le 30" de ce même règne, il avait une fille qui devint la femme d'Alexandre , roi de Syrie. Ainsi la dédicace du temple égyptien de Qouss ou Apollinopolis-Pârva fut postérieure à la 17^ année du règne de Philométor. Il est impossible d'arriver à une plus grande certitude sur l'époque de l'inscription de Qouss. Il en est de même d'une autre inscription gravée dans le sanctuaire du temple d'Ombos : elle constate aussi que Ptolémée Philométor et la reine Cléopâtre qui était sa sœur, dédièrent ce sanctuaire à Apollon et aux autres dieux honorés dans ce temple. La même incertitude fait donner la même époque approximative à l'inscription du grand temple d'Antaeopolis , et qui énonce la dédicace que les mêmes souverains firent de son propylée au personnage mythologique Antèe. Enfin on ne peut pas mieux connaître le temps d'une autre inscription trouvée à Citium dans l'île do Chypre , et qui rappelle que cette ville honora de ce monument l'un de ses citoyens, Hégias, fils de Damothétas, à cause de son dévouement au roi Ptolémée , à la reine Cléopâtre sa sœur, dieux Philométors, et à leur descendance.
Cette inscription est postérieure aussi à la 17* année du règne de Philométor, et de quelques années , puisque leurs enfants y sont mentionnés.
Deux ans après avoir placé sa fille Cléopâtre sur le trône de Syrie , Phi-
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lométor s'engagea • dans une alliance qui avait pour but de le ravir à son mari. Le fils aîné de Démétrius revendiqua des droits qu'il disait tenir de son père dont la mort n'avait pu les détruire : soutenu par les Cretois , il se rendit en Syrie. Ptolémée, dans l'intention de secourir Alexandre, arriva dans cette province avec des forces de terre et de mer, et en occupa les »'iHes principales pour les maintenir dans le devoir ; mais , ayant été exposé a devenir la victimed'un complot tramé contre sa vie à Ptolémaïs, convaincu aussi qu'Alexandre en était l'instigateur, il tourna ses armes contre lui, les associa à l'entreprise de Déniétrius , lui donna en mariage sa fille Cléopâtre qu'il rappela de la cour de Syrie, et fit déclarer pour lui Antioche et l'armée. Alexandre étant venu l'attaquer auprès de celte dernière ville , sur rOronte , Ptolémée mit son armée en déroute, secondé par Démétrius qui était devenu son gendre. Peu de jours après, Alexandre qui avait cherché un refuge en Arabie , y trouva la mort, Rt sa tète fut apportée à Philométor.
Ces événements, selon Josèphe et le premier livre des Machabées, prirent naissance dans la 165'' année des Séleucides , et cette guerre dut se faire dès le commencement de la 35'^ année de Philon^étor, et se terminer à l'autonme de la même année, celle de l'an 147 avant Jésus-Christ.
La mort de Philométor se rattache à cette même époque; car, ayant été hte^sé d'une chute de cheval pendant la bataille qu'il livrait à Alexandre, il en mourut sur les lieux mêmes quelques jours après. Tous les chronologistes lui dominent 35 ans de règne.
Les monuments qui rappellent quelques circonstances du règne de Ptolémée Philométor sont assez nombreux , et ils nous sont fournis à la fois par les inscriptions grecques et les inscriptions égyptiennes, qui s'accréditent mutuellement par leur autoritéparticulière. Le premier pylône du petit temple du sud à Philae fut construit durant le règne de Philométor. On encastra alors ce pylône dans un pro-
pylon dédié à Isis par le Pharaon Nectanèbe, et l'existence de ce propylor»
prouve qu'avant le grand temple d'Isis^ actuel , il en avait été antérieurement édifié un autre sur le même emplacement; les Perses de Darius-Occhus l'avaient vraisemblablement détruit, et, c'est avec ses débris , encore reconnaissables, que certaines parties du pronaos actuel du grand temple furent édifiées. Le second pylône de ce grand temple est aussi de Ptolémée Philométor , ainsi que le bel édifice de droit* qui se voit entre les deux pylônes. La galerie de gauche du grand temple d'Edfou, de même que toutes les sculptures des deux massifs du pylône , remontent aussi au règne de Philométor.
Le grand temple d'Ombos fut élevé par Ptolémée Épiphane, et continué par Philométor. Ce grand édifice , dont les ruines ont un aspect très-imposartt , présente cette singularité qu'il est dé» dié à deux triades qui se partagent le temple, divisé longitudinalement en deux parties bien distinctes, l'une passant presque toujours dans le massif de la construction. La partie de droite , la jplus honorable , était consacrée à Sé- A'ek-Ra , la forme primordiale de Saturne, Kronos , à tête de crocodile; à la déesse Athôr et à leur fils Khons- Hâr. La seconde partie du temple était vouée à une triade moins élevée dans la hiérarchie divine , à Aroëris , à la déesseTsonénoufré, àleurfilsPnevtho, qui étaient les dieux seigneurs d'Ombos; et voilà pourquoi les médailles romaines du nome ombite portaient la figure du crocodile, l'animal sacré du dieu principal du uaine. Une inscription grecque en l'homujur de Philométor se lit dans le même temple ; c'est un hommage des troupes cantonnées dans ce nome : l'inscription s'exprime ainsi : « Pour la conservation, du roi Ptolémée et de la reine Cleo-, pâtre sa sœur, dieux Philométors, et de leurs enfants, à Aroëris, dieu grand, et aux divinités adorées dans le même temple , les fantassins , les cavaliers , et autres personnes statiour nées dans le nome d'Ombos , ont fait ce sécos à cause de la bienveillance
L'UNIVERS
de ces divinités envers eux. » Le nome d'Ombos étant le plus méridional de tous ceux de l'Egypte; des troupes nombreuses devaient y être établies , chargées de garder ce côté des frontières du pays. A Antgeopolis , il existe une seconde inscription grecque du règne de Ptolémée Philométor; elle constate, en ces termes, que ce roi fit élever le pronaos du temple de ce lieu , et qu'il le consacra à Antée :
« Le roi Ptolémée , fils de Ptolémée et de Cléopâtre, dieux Épiphanes et Eucharistes, et la reine Cléopâtre, sœur du roi , dieux Philométors, ont fait ce pronaos à Antée et aux dieux adorés avec lui dans le même temple. » Il paraît que la corniche de ce pronaos éprouva de graves dommages , et elle fût réparée par les soins des empereurs romains, qui ajoutèrent cette seconde inscription à la première qu'ils restituèrent : « Les empereurs Césars Aurèle Antonin et Verus, Augustes, en ont réparé la corniche , l'an 4 des Augustes, le 9 du mois de payni. » Un édifice de Parembolé , en Nubie , porte aussi cette commémoration de Ptolémée Philométor, dans une dédicace ainsi conçue : « Pour le salut du roi Ptolémée et de la reine Cléopâtre , sa sœur et sa femme , les dieux Philométors , à Isis et aux dieux adorés dans le même temple. » Dans une autre dépendance territoriale de l'Egypte , l'île de Chypre, qui resta toujours sous l'autorité de Philométor, malgré les démarches de son frère Évergète auprès du sénat romain , on a trouvé aussi un souvenir officiel de Philométor et de l'attachement que lui conservaient les habitants d'une des principales cités de l'île : on lit sur ce marbre grec: «La ville (de Citium) honore Hégias, de Crète, fils de Damothète, commandant des gardes du corps et gouverneur de la ville , pour sa vertu et pour son dévouement envers Ptolémée , la reine Cléopâtre sa sœur , dieux Philométors , et leurs enfants ; et pour ses bienfaits envers elle-même. »
Du reste , le roi grec Ptolémée Philométor ne se priva d'aucune des formules honorifiques et religieuses con-
sacrées parle jirolocole égyptien. Le grand temple d'Ombos porte aussi une grande dédicace en écriture hiéroglyphique , au nom de ce même roi ; et comme si elle était pour l'illustre Sésostris, elle dit: «La vie! le dieu bienfaisant, soleil seigneur du monde, approuvé par Phtha , image vivante d'Amon-Ra, chéri des dieux, aimé d'Aroëris , tuteur de la région... , dieu grand , seigneur suprême , dieu puissant dans... La vie ! le dieu gracieux , soleil seigneur des seigneurs , Ptolémée vivant toujours , aimé de Phtha , chéri des dieux , et de Sevi-ek , seigneur de la région d'or dans le disque solaire , bienfaiteur, etc. » Le musée royal du Louvre possède des contrats originaux , sur papyrus, en écriture démotique datés du règne d'Alexandre , fils d'Alexandre , de la 22"" année de Ptolémée Évergète 1", de la 7"= année de Phiiopator, delaS*" et de la 21" année d'Épiphane; mais on n'y voit aucune de ces transactions entre particuliers, qui appartienne au règne de Philométor.
Les pièces de ce genre ne sont cependant pas rares , et il en existe aussi de l'époque romaine : comme la religion et le culte , les règles de l'administration publique restèrent les mêmes dans l'Egypte soumise à des souverains d'origines diverses.
Le protocole de ces contrats privés nous en donne la certitude; il nous apprend aussi qu'il existait à Alexandrie un culte public en l'honneur d'Alexandre le Grand , et que les Ptoléinées qui succédèrent au grand roi ne firent faute de s'y faire associer. Ainsi , il y avait à Alexandrie un prêtre d'Alexaridre , qui l'était aussi des dieux Soters, des dieux Adelphes , des dieux Évergètes , des dieux Philopators , des dieux Epiphanes, et ensuite du dieu Philométor, quand ce roi eut quitté la vie; espèce d'apothéose religieuse dans laquelle les reines ne furent pas oubliées. On voit , en effet , par le texte de l'inscription d'Adulis , de l'inscription de Rosette, du contrat de Ptolé.maïs, et des deux contrats du règne d'Épiphane que j'ai publiés , qu'une prétresse de l'ordre des canéphores avait été char-
EGYPTE
gée du culte de la reine Arsinoé Philadelphe, une athlophore de celui de Bérénice É vergeté r"", et une prêtresse, d' Arsinoé Philopator. D'autres prêtres étaient chargés de desservir les honneurs divins rendus à Ptoléniée Soter, le fondateur de la dynastie, dans la ville de Ptolémaïs d'Egypte.
On voit aussi , par ces protocoles , que l'espèce d'invocation de l'autorité publique , comme symbole de protection , en tête des actes passés , pour des intérêts privés, par les officiers publics, remonte à une haute antiquité. Nous pouvons ajouter, qu'à cette même antiquité , l'usage de Vejiregistrement de ces actes était établi; et que cette formalité donnait à ces actes , comme elle le fait aujourd'hui , une date certaine et une sanction légale qui en garantissait l'exécution.
L'antiquité alla encore plus loin : aux noms , prénoms et qualités des parties contractantes, elle ordonna d'ajouter leur signalement : voici, comme preuve, d'une singulière curiosité , d'un tel usage , le texte traduit d'un contrat daté d'un des derniers jours du mois de mai de l'an 105 avant l'ère chrétienne :
« Sous le règne de Cléopiitre et de Ptolémée son liis, surnommé Alexandre, dieux Philométors-Soters, en l'an XII qui est aussi l'an ix (le règne de Cléop{\tre ayant commencé 3 ans avant l'association de son fils) , sous le prêtre, qui est à Alexandrie, d'Alexandre, et des dieux Soters , et, des dieux Adelphes , et des dieux Évergètes , et des dieu-x Philopators , et des dieux Épipbanes, et du dieu Philométor, et du dieu Eupator , et des dieux Évergètes (II) : sous l'athlophore de Bérénice Évergète(I'"),etsouslacanéphore d'Arsinoé Philadelpbe et de la déesse Arsinoé Eupator, qui sont à Alexandrie ; et à Ptolémaïs de la Thébaïde , sous les prêtres (des deux sexes) de Ptolémée Soter, lesquels et lesquelles sont à Ptolémaïs; le 29 du mois de tybi , sous Apollonius préposé à l'Agoranomie pendant ce mois, pour l'admiuistratiou des fonds de terre nus , dans le nonie Tathvrite, = a vendu
Pamonthis , de couleur noire , beau , long de corps , visage rond , nez droit; ainsi que Enachomneus, de couleur jaune , aussi visage rond , nez droit ; et Semniouthis Persinei , laquelle est de couleur jaune , visage rond , nez un peu aquilin , bouffie ; et Melyt Persinei , laquelle est de couleur jaune , visage rond , nez droit ; avec leur maître Pamonthis , covendeur ; tous quatre de la corporation des Pétôliostes , parmi les ouvriers en cuir memnoniens : = un fonds de terre nu , à eux appartenant dans la partie du sud du quartier des Memnoniens, un espace de cinq mille cinquante coudées d'étendue : les voisins du sud, la rue Royale; du nord et du levant . le fonds de.Pamonthis et de Bokon-Ermios , son fnère , et les terres communales ; du couchant, la maison de Taphis , fils de Chalomis, passant au milieu... Tels sont les voisins de toutes parts ; = a acheté le champ, Néchoutis, petit, de couleur jaune, agréable, visage long, nez droit, une cicatrice au milieu du front , six cent une pièces de monnaie de cuivre : les vendeurs étant les courtiers et les. garants de ce qui est relatif à cet achat. = A accepté INechoutis l'acheteur. {Ici les signatures.) On lit à la marge : En l'an xii qui est aussi l'an ix , le 20... de pharmouthi, Dlocsis? étant préposé aux contributions , Ghotsemphis préposé en second ; Héracléide contrôleur de l'achat ; Néchoutis , petit , = un fonds de terre nu , de 50.50 coudées , situé dans la partie sud du quartier des Memnoniens , qu'il a acheté de Pamonthis et aussi d'Enachoumeus, lequel a signé avec ses sœurs; pour COI pià'esde cuivre, etc. , etc. ï
On voit , par le texte de ce contrut , que les fornmlcs actuellement prescrites dans les actes des transactions privées , sont aujourd'hui en quelques points moins compliquées qu elles ne l'étaient il y a près de deux mille ans; le contrat que nous venons de relater remonte à cette antique date ; il est de peu postérieur à l'époque de la mort de Ptolémée Philométor.
Ce roi, eu cessant de vivre et d«
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régner, laissait, avec la reine Cléopâtre sa veuve, deux filles et un fils encore en très-bas âge.
Enhardi par cette circonstance , qui ne devait lui faire craindre que cette inactive opposition propre aux temps où les rois sont en tutelle, et peutêtre aussi par l'exemple récent de Démétrius, frère d'Antiochus le Grand, qui lui avait succédé à l'exclusion de son fils mineur Antiochus Eupator, le frère de Ptolémée Philométor, qui prit le surnom d'Évergète II , apprenant la mort du roi, s'empressa de quitter Cyrène et de venir, les armes à la main , s'emparer de la couronne d'Egypte au détriment du jeune fils de Philométor. Incapable de résister, Cléopâtre lui envoya des députés qui réglèrent avec lui qu'elle deviendrait sa femme, et qu'Évergète prendrait la tutelle du jeune roi. Il entra dans Alexandrie avec ce titre, épousa la reine mère, et, le jour même de son union, il fit égorger le jeune héritier du trône dont il devint le possesseur par ce crime. Le jeune prince avait été reconnu comme roi; il porta le surnom d'Eupator, «t il est mentionné sous ce nom, et au rang dynastique qui lui est assigné commue successeur légitime de son père , dans le contrat de vente dont le texte est ci-dessus rapporté. Son règne ne dura que quelques mois, et il périt dans l'âge de l'enfance.
Son oncle, Évergète II, préludait ainsi aux atrocités dans lesquelles il sembla toujours se complaire. Bientôt après, arrivé à Memphis pour son inauguration religieuse, la reine y mit au monde un fils, qui, de cette circonstance, reçut le nom de Memphite.
Cette naissance et l'inauguration du roi eurent lieu vers la fin de la première année de son règne, peut-être même, et comme pour Fypiphane, le jour anniversaire de celui où il était parvenu au trône.
Au milieu des fêtes célébrées à l'occasion de la naissance d'un héritier de la couronne royale, le roi fit mettre à mort plusieurs Cvrénéens qui l'avaient accompagné en Egypte, et qui se ren-
dirent coupables de quelques plaisanteries sur ses relations avec une femme nommée Irène. Aussi les Égyptiens se souvenaient-ils avec plus de soin et plus de respect de la bienfaisance et de la modération de Philométor, et cette comparaison qu'ils faisaient des deux princes rendait plus vif encore leur désir de se soustraire à tant de tyrannie. Ptolémée avait pris le surnom ù' Évergète ou Bienfaiteur; le peuple le nomma avec plus de raison Kaker' gète ou Malfaiteur. Rien d'ailleurs dans sa personne ne contribuait à lui concilier la faveur publique : son corps était aussi hideux que son caractère, et Posidonius le Stoïcien, qui accompagnait en Egypte P. Scipion jEmilien , visitant avec Spur. Merula et L. Memmius les États des rois alliés, et qui vit Évergète, a fait de sa conformation un tableau repoussant, ce qui a fait dire à Justin qu'Évergète II parut autant ridicule aux Romains qu'il était, odieux à ses sujets; ils le surnommaient aussi Physcon , le Ventru.
Les envoyés de Rome arrivèrent en Egypte à l'époque où Évergète fut forcé d'appeler, par des actes publics, des étrangers dans son royaume, tant les supplices ou la crainte d'y être exposé avait diminué la population d'Alexandrie. Il ne renonça pas pour cela à ses funestes pratiqués, et la licence qu'il tolérait dans les troupes mercenaires ne fit qu'accroître encore le désordre.
Il n'avait pas été moindre dans l'intérieur du palais que dans l'intérieur du royaume; car, épris de la jeune Cléopâtre, fille de son frère et de sa femme, Évergète avait répudié celleci pour épouser l'autre. <
Cet état de choses dura quinze ans à compter de la fin du règne de Philo- , métor, comme le rapporte Diodore de i Sicile; mais à cette époque, jugeant \ qu'il avait tout à redoyter d'un peuple que d'atroces injustices avaient poussé à l'insurrection, le roi s'éohappa d'Alexandrie et alla lever des troupes étrangères pour reconquérir son trône. Ceci se passait en l'an 132 avant l'ère vuU gaire.
FXYPTE.
Aussitôt le peuple d'Alexandrie renversa et détruisit les images du roi.
Présumant que Cléopâtre la mère l'excitait à cette action, Évergète en était plus porté à la vengeance, et bientôt après il marcha contre Alexandrie. Il flt aussi mettre à mort son jeune fils et sans autre motif que l'intention d'affliger sa mère, l'ayant emmené avec lui, craignant qu'en son absence les Alexandrins pussent le placer sur le trône.
Cléopâtre, secondée par les sujets du roi, se préparait à lui résister; elle avait réuni une armée sous le commandement de Marsyas, qui en vint aux mains avec les troupes d'Évergète , commandées par Hégélochus. Marsyas fut fait prisonnier et conduit au roi , qui lui pardonna, voulant, par ce premier acte de clémence, faire oublier sa cruauté.
Dans ces conjonctures, Cléopâtre demanda du secours au roi de Syrie Démétrius, qui était l'époux de sa I fille. C'était au temps où il venait de I triompher d'Antiochus Sidétès chez les I Parthes, et qu'il remontait sur son 1 trône après un interrègne de neuf anj nées, l'an 130.
Démétrius n'hésita pas d'embrasser la cause de Cléopâtre, et d'ordonner l'envoi d'une armée en Egypte; mais I Antioche et plusieurs autres villes de la Syrie venaient de se déclarer indépendantes de son autorité. N'espérant plus de secours en Egypte , Cléopâtre la quitta, emportant "de grandes richesses, et se retira auprès de Démétrius même. En attendant, Ptolémée, qui favorisait la défection des villes syriennes, suscitait aussi un compétiteur à Démétrius; il soutenait de son crédit et de son armée les fourberies d'un jeune Égyptien, qui se prétendit le fils adoptif d'Antiochus Sidétès, et qui prit le nom d'Alexandre. La haine que Démétrius avait inspirée à ses sujets par son orgueilleuse domination favorisa les prétentions du faux Alexandre. Le roi de Syrie se vit bientôt délaissé par sa femme même et ses fils, qui se retirèrent à Ptolémaïs ; il chercha vainement un asile dans le temple i deTyr, il y fut mis à mort, et Alexan-
dre monta sur le trône de Syrie.
Bientôt il oublia jusqu'à son bienfaiteur, et menaça l'Egypte et son roi Évergète IL Celui-ci , qui ne trouvait aucune garantie dans les intentions du faux Alexandre, se réconcilia d'abord avec Cléopâtre sa sœur et sa première femme, donna sa fille Tryphène à Antiochus, surnommé Grypus, l'un des fils de Démétrius Soter, et, lui fournissant en même temps une nombreuse armée , il le plaça sur le trône de Syrie , où le faux Alexandre ne fit qu'apparaître.
L'avénementd'Antiochus Grypus au trône de Syrie, en l'an 127, ramena la tranquillité dans le royaume. Tryphène, fille d'Évergète II, en était la reine; cette alliance contribua aussi à rendre à l'Egypte le repos dont elle avait besoin."
Ptolémée Évergète II, n'étant plus distrait par la nécessité de défendre son royaume au dehors, s'adonna aux lettres et aux arts : il prit le soin d'en ranimer l'étude, que les malheurs publics avaient fait négliger. Il appela de nouveau les savants et les artistes à sa cour, protégea efficacement les institutions littéraires qui existaient à Alexandrie, et, disciple d'Aristarque le grammairien, il se plaça lui-même parmi les auteurs de son siècle qui rédigèrent de longs ouvrages. Il écrivit des Commentaires en vingt-quatre livres : la zoologie en fut le sujet spécial, si l'on en juge par les fragments qui nous restent, et qui traitent de quelques animaux ou curieux ou utiles, entre autres des poissons d'une rivière de Libye, du paon, du faisan, etc. Ce goût de Ptolémée pour les recherches savantes lui fit aussi doimer le surnom de Philologue, qu'il mérita moins peut-être que celui de Kakergète.
Ce prince approchait par son Age du terme de sa carrière, et la reine voulut prévenir les effets d'une mort inopinée : des deux fils qui restaient a Ptolémée, elle haïssait profondément le premierné, celui que l'usage appelait à succéder à son père. Elle eut assez d'ascendant sur le roi pour le déterminer à le
L'UiNIVERS.
faire partir pour l'île de Chypre, espérant que son éloignement donnerait à Alexandre, son second fils, le temps et l'occasion de prendre la couronne lorsque la lin du règne et de la vie de leur père serait arrivée. Elle eut lieu peu de temps après, et dans la 29^ année du règne d'Évergète II.
Malgré les continuelles agitations intérieures et extérieures dont le règne de ce prince fut traversé, il en est peu dans l'histoire d'Egypte dont il nous reste aujourd'hui de si nombreux et de si importants monuments, comme si les honneurs à rendre aux dieux, et l'agrandissement, l'ornement ou l'édification des édifices sacrés, étaient mis en Egypte hors de l'influence des plus sinistres événements, moins puissante que la piété profonde dont la nation était animée.
Un des plus curieux monuments de cette époque est, sans contredit, le petit temple de Thôth, près de Médinet-Habou , à Thèbes , élevé par Ptolémée Évergète II, et dédié en son nom et en celui de Cléopâtre sa première femme. Nous mettons sous les yeux du lecteur la description de ce curieux édifice, telle qu'elle a été rédigée sur les lieux, en 1829, par ChampoUion le jeune.
« Dans le quartier sud-ouest de la vieille capitale pharaonique s'élèvent deux édifices sacrés dignes d'intérêt sous les rapports historiques et mythologiques.
« L'une de ces constructions s'élève au milieu de broussailles et de grandes herbes, en dehors de l'angle sud-est et à une très-petite distance de l'énorme enceinte carrée, en briques crues, qui environnait jadis le palais et les temples de Médinet-Habou. C'est un édifice de petites proportions, et qui n'a jamais été complètement terminé; il se compose d'une sorte de pronaos et de trois salles successives, dont les deux dernières seulement sont décorées de tableaux soit sculptés et peints, soit ébauchés , ou même simplement tracés à l'encre rouge. Ces tableaux ne laissent aucun doute sur la destination du monument, ni sur l'époque de sa cons-
truction. Il appartient au règne des Lagides , comme le prouve une double dédicace d'un travail barbare, sculptée intérieurement autour du sanctuaire, et les noms royaux inscrits devant les
Eersonnages figurant dans tous les taleaux d'adoration.
« La dédicace annonce expressément que le roi Ptolémée Évergète H, et sa sœur la reine Cléopâtre, ont construit cet édifice, et Y ont consacré à leur père le dieu Thôth, ou Hermès Ibiocéphale.
« C'est ici le seul des temples encore existants en Egypte qui soit spécialement dédié au dieu protecteur des sciences, à l'inventeur de l'écriture et de tous les arts utiles, en un mot à l'organisateur de la société humaine.
On retrouve son image dans la plupart des tableaux qui décorent les parois de la seconde salle, et surtout celles du sanctuaire. On l'y invoquait sous son nom ordinaire de Thôth, que suivent constamment soit le titre de sotem, qui exprime la suprême direction des choses sacrées, soit la qualification Ho-en-Hih, c'est-à-dire, qui a une face d'Ibis, oiseau sacré, dont toutes les figures du dieu, sculptées dans ce temple, empruntent la tête, ornée de coiffures variées.
« On rendait aussi dans ce temple un culte très-particulier à Nohémouo ou Nohamouo, déesse que caractérisent le vautour, emblème de la maternité, formant sa coiffure, et l'image d'un petit propylon s'élevant au-dessus de la coiffure symbolique. Les légendes tracées à côté des nombreuses représentations de cette compagne du dieu Thôth, qui, d'après son nom même, paraît avoir présidé à la conservation des germes, l'assimilent à la déesse Saschfmoué, compagne habituelle de Thôth , régulatrice des périodes d'années et des assemblées sacrées.
« Ces deux divinités reçoivent, outre leurs titres ordinaires, celui de Jiésidant à Manthom; nous apprenons ainsi le nom antique de cette portion de Thèbes où s'élève le temple de Thôth.
« Le bandeau de la porte qui donne
ÉGYPIE.
entrée dans la dernière salle du temple, le ACHc^wa/Ve proprement dit, est orné de quatre tableaux représentant Ptolémée faisant de riches offrandes , d'abord aux grandes divinités protectrices de Thèbes , Amon-Ra, Mouth et Chons, généralement adorées dans cette immense capitale, et en second lieu aux divinités particulières du temple, Thôth et la déesse Nohamouo.
Dans l'intérieur du sanctuaire, on retrouve les images de la grande triade thébaine, et même celles de la triade adorée dans le nome d'Hermonthis, qui cou)mençait à une courte distance du temple. Deux grands tableaux, l'un sur Ja paroi de droite, l'autre sur la paroi de gauche, représentent, selon l'usage, la Bari ou Arche sacrée de la divinité à laquelle appartient le sanctuaire. L'arche de droite est celle de iHÔTH-PEHO-EN-HiB {Thôth à face d'Ibis), et l'arche de gauche celle de 'J HÔTH PsoTESi (Thûth, le surintendiiiit des choses sacrées]. 1/une et l'autre se distinguent par leurs proues et leurs poupes xlécorées de têtes d'épervier, surmontées du disque et du croissant, à tête symbolique du dieu thons, le fils aîné d'AmmOn et de ^loutb, la troisième personne de la triade thébaine, dont le dieu Thôth n'est qu'une forme secondaire.
« Ici, comme dans la salle précédente, on retrouve toujours le roi Ptolémée Ècercjète II , faisant des offrandes ou de riches présents aux divinités locales. Mais quatre bas-reliefs de l'intérieur du sanctuaire, sculptés deux à gauche et deux à droite de la porte, ont fixé plus particulièrement mon attention. Ce ne sont plus des divinités proprement dites auxquelles s'adressent les dons pieux du Lagide : ici , Évergète II , comme le disent textuellement les inscriptions qui servent de titre à ces bas-reliefs, brûle Vencens en l'honneur des pères de ses pères et des mères de ses mères. Le roi accomplit en effet diverses cérémonies religieuses en présence d'individus des deux sexes, classés deux par deux, et revêtus des insignes de certaines divinités. Les légendes tracées devant
chacun de ces personnages achèvent de démontrer que ces honneurs sont adressés aux rois et aux reines Lagides, ancêtres d'É vergeté II en ligne directe; et, en effet, le premier basrelief de gauche représente Ptolémée Philadelnhe, costumé en Osiris, assis sur un trône à côté duquel on voit la reine Arsinoé sa femme, debout, coiffée des insignes de Mouth et d'Hathôr.
Ëvergète II lève ses bras en signe d'adoration devant ces deux époux, dont les légendes signifient : Le divin père de ses pères, Ptolémée, dieu phila- DELPHE ; la divine mère de ses mères , Arsinoé, déesse philadelphe.
«Plus loin, Évergète II offre l'encens à un personnage également assis sur un trône, et décoré des insignes du dieu Socarosiris, accompagné d'une reine debout, la tête ornée de la coiffure d'Hathôr, la Vénus égyptienne; leurs légendes portent : Le père de ses pères, Ptolémée, dieu créateur; la divine mère de 4es vières , Békémce , déesse créatrice. On peut donc reconnaître ici soit Ptolémée Soter P% et sa femme Bérénice, fille de Magas, soit Ptoiémée Évergète I", et Bérénice sa femme et sa sœur. L'absence totale du cartouche prénom dans la légende du Ptolémée, objet de cette adoration, autoriserait l'une ou l'autre de ces hypothèses. Mais si l'on observe que ces deux époux reçoivent les hommages d'Évergète II a la suite des honneurs rendus en premier lieu à Ptolémée et à Arsinoé Philadelphes, on se persuadera que le second tableau concerne les enfants et les successeurs; inimédiats de ces Lagides , c'est-à-dire , Évergète I"'' et Bérénice sa sœur. Le titre de Pther-mounk, dieu créateur, dieu fondateur ou fabricateur, conviendrait beaucoup mieux, il est vrai, à Ptolémée Soter V, fondateur de la domination des Lagides; mais j'ai la pleine certitude que ce titre est prodigué sur les monuments égyptiens à une foule de souverains autres que des chefs de dynasties.
« Deux bas-reliefs, sculptés à droite de la porte , nous montrent Évergète II rendant de semblables honneurs aux
L'UNIVERS
images de ses autres ancêtres et prédécesseurs, et toujours en suivant la ligne généalogique descendante : ainsi , dans le premier tableau, le roi répand des libations devant le divin père de son. père, Ptolémée, dieu Philopa- TOR, et la divine mère de sa mère, ABSiN0É,c?ee6sePHiL0PAT0BE; enfin, dans le second tableau , il fait l'offrande du vin à son roijal père Ptolémée, dieu Épiphane , et à la royale mère Cléopatbe, déesse Épiphane. Son père et son aïeul sont figurés dans le costume du dieu Osiris ; sa mère et son aïeule dans le costume d'Hathôr.
Quant aux titres Philadelphe, Philopator et Épiphane , ils sont placés à la suite des cartouches noms propres , et exprimés par des hiéroglyphes phonétiques (représentant les mots coptes équivalents). Ces quatre tableaux nous donnent donc la généalogie complète d'Évergète II, et l'ordre successif des rois de la dynastie des Lagides à partir de Ptolémée Philadelphe.
« C'est toujours ainsi que les monuments nationaux de l'Egypte servent pour le moins de confirmation aux témoignages historiques puisés dans les écrits des Grecs ; et cela toutes les fois qu'ils ne viennent point éclaircir ou coordonner les notions vagues et incohérentes que ce même peuple nous a transmises sur l'histoire égyptienne, surtout en ce qui concerne les anciennes époques. L'usage constamment suivi par les Égyptiens de couvrir toutes les parois de leurs monuments de nombreuses séries de tableaux représentant des scènes religieuses ou des événements contemporains, dans lesquels figure d'habitude le souverain régnant à l'époque même où l'on sculptait ces bas-reliefs; cet usage, disonsnous, a tourné bien heureusement au profit de l'histoire, puisqu'il a conservé jusqu'à nos jours un immense trésor de notions positives qu'on chercherait inutilement ailleurs. On peut dire, en toute vérité , que , grâce à ces bas-reliefs et aux nombreuses inscriptions qui les accompagnent, chaque monument de l'Egypte s'explique par luimême, et devient, si l'on peut s'expri-
mer ainsi, son propre interprète. Il suffit, en effet, d'étudier quelques instants les sculptures qui ornent le sanctuaire de l'édifice situé à côté de l'enceinte de Médinet-Habou , la seule portion du monument véritablement terminée, pour se convaincre aussitôt qu'on se trouve dans un temple consacré au dieu ïhôth , construit sous le règne d'Évergète II, et de sa sœur et première femme Cléopàtre, mais dont les sculptures ont été terminées postérieurement à l'époque du mariage d'Évergète II avec Cléopàtre sa nièce et sa seconde femme, mentionnée dans les légendes royales qui décorent le plafond du sanctuaire.
« Le style mou et lourd des bas-reliefs, la grossièreté d'exécution des hiéroglyphes , et le peu de sojn donné à l'application des couleurs sur les sculptures, s'accordent trop bien avec les dates fournies par les inscriptions dédicatoires, pour ne pas reconnaître dans le petit temple de Thôth un pror duit de la décadence des arts égyptiens , devenue si rapide aux dernières époques de la domination grecque. »
Les autres constructions du même règne rendent le même témoignage, et il se vérifiera partout où les traces des travaux ordonnés par Évergète II subsistent encore : à Edfou, sur la paroi droite du pronaos qui fut terminé par ce prince; au mammési du même lieu, où sont représentées l'enfance et l'éducation du jeune Har-Sont-Tho , fils de Har-Hat et d'Athôr, auquel la flatterie a associé Évergète II, représenté aussi comme enfant, et partageant les caresses que les dieux de tous les ordres prodiguent au dieu nouveau-né; à Ombos, dont Évergète II fit agrandir le grand et le petit temple; à Dakkèh en Nubie, où le même roi fit continuer le temple de Thôth fondé par le roi éthiopien Ergamène; à Philae, au temple d'Hathôr élevé par Ptolémée Épiphane et orné par son second fils, qui, toutefois, s'attribue les honneurs de la dédicace dans les longues inscriptions de la frise. A El-Asassif , le sanctuaire du temple d'Amon-Ra fut aussi réparé par Évergète II, en son nom et:
toy PTE.
en celui de la reine Cléopâtre, réparations dont le stvle contraste par leur grossièreté avec l'élégance du style des autres parties du monument fondé par le Pharaon Thouthmosis r^. Le temple d'Hathôr, situé derrière l'ainénophium de Thèbes, fut aussi l'objet des soins pieux d'Évergète II. Les inscriptions constatent encore aujourd'hui qu'il en fit terminer une partie des décorations, et ces inscriptions s'expriment ainsi : <•■ Bonne restauration de l'édifice, exécutée par le roi germe des dieux lumineux, l'éprouvé par Phtha , etc. , Ptolémée toujours vivant, et par sa royale sœur, la modératrice souveraine du monde, Cléopâtre, et par sa royale épouse, la modératrice souveraine du monde, Cléopâtre, dieux grands chéris d Amon-Ra. » Enfin à Médinet-Habou le même prince fit restaurer les portes et une portion du plafond de la grande salle.
L'un des plus précieux monuments égyptiens qui nous restent du règne de Ptolémée Évergète II , est , sans contredit, la stèle en granit qui se voit, à côté de la porte, sur le pylône oriental du grand temple de Phiiee"; inscription en caractères hiéroglyphiques , qui contient l'acte d'une donation faite au temple , et une date ainsi conçue : « L'an XXIV, au mois de peritios,' qui est, pour les Égyptiens , le mois d'épiphi;» renseignement d'un bien grand intérêt pour la concordance du calendrier macédonien , auquel appartient le mois de peritios , avec le calendrier égyptien , dont le mois d'épiphi est le onzième. L'inscriptiondeRosette fournit un exemple analogue, et on y trouve de plus la concordance des jours des deux mois. L'indication de la 24'" année du règne d'Évergète II fixe la date de cet acte de donation à l'année 123 avant l'ère chrétienne.
Le musée royal du Louvre possède quatre contrats en écriture démotique , passés durant le règne de Ptolémée Évergète II ; le plus ancien est de l'an 28 de ce règne; deux autres portent lies dates de l'an 41 et de l'an 45. Éver- Lgète II, cependant, ne régna réelle-
ment que 29 ans; mais ayant été appelé un moment au trône, lorsque son frère Philométor fut détrôné par le roi de Syrie, ce qui arriva 24 ans ayant son propre avènement , Évergète II compta les années de son règne éphémère à la place de Philométor, et se donna ainsi 53 années de règne, quoiqu'il n'ait réellement régné que 29 ans depuis la mort de son frère Philométor , et y compris la courte existence de son neveu Eupator, assassiné par ses ordres. Les médailles de ce roi , connues jusqu'à ce jour, ne portent pas de date postérieure à l'an 27 de son règne. D'autres monuments en langue grecque se rapportent aussi au règne et à l'histoire d'Évergète II.
On lit sur les listes du pronaos du temple d'Hathôr à PhilcT, une inscription qui porte : « Le roi Ptolémée et la reine Cléopâtre sa sœur, et la reine Cléopâtre sa femme, dieux Évergètes, à Vénus. >■ Une autre inscription grecque était gravée sur un des temples de Uakkèh en Nubie, annonçant un vœu en l'honneur du roi Ptolémée, et des reines, vraisemblablement , dieux Évergètes.
On a trouvé an Caire , sur une pierre isolée, la mention d'un monument élevé à Évergète II par un fonctionnaire public du temps, comme l'annonce le texte de l'inscription ainsi conçue : « Apollodore, fils d'Aétès, un des premiers amis , épistate et greffier du corps des cavaliers du pays , honore, par ce monument, le roi Ptolémée, dieu Évergète, filsdesdieuxÉpiphanes.»
L'usage de ces honneurs rendus au roi régnant par leurs propres employés ou par les corporations civiles et militaires, paraît avoir été général en Egypte pendant la domination des rois grecs. On en tire une preuve nouvelle de l'inscription grecque découverte près de la première cataracte , qui contient un hommage aux divinités locales pour les rendre favorables au roi , et qui s'exprime ainsi : « Pour la conservation de Ptolémée et de la reine Cléofiâtre sa sœur, dieux Évergètes, et de eurs enfants, Héroïde, fils de Démophon , natif de Bérénice , connnandant des gardes du corps , et stratège,
];uj\ivhR:s.
et les Basilistes qui tiennent leurs réunions à Sétis , l'île de Bacchus , dont les noms sont inscrits ci -dessous, = à Chnoubis, appelé aussi Ammon ; à Satis, appelée aussi Junon ; à Anucis, appelée aussi Vesta; à Pétempamentis, appelé aussi Bacchus; à Pétensétès, appelé aussi Saturne ; à Petensénes , appelé aussi Hermès, dieux grands, et aux autres divinités adorées à la cataracte , = consacrent cette stèle , et les sommes fournies par chacun d'eux pour les frais des sacrifices et libations qni auront lieu dans le synode, pendant les premiers neuvièmes jours de chaque mois, et pendant les autres jours éponymes ; Papias , fils d'Ammonius, étant prostate, et Denys, fils d'Apollonius, étant grand prêtre du synode. » {TraduciondeM. Letronne.) Les noms des Basilistes suivent le texte de cette inscription , où l'érudition a recueilli avec avantage une précieuse assimilation de quelques divinités égyptiennes à autant de dieux de la mythologie grecque et latine.
Il y eut, du reste , quelque chose de plus que le mélange des dieux dans les rapports de I^Égypte avec la Grèce et avec Rome. Évergète II s'était fait des amis parmi les Romains, ou plutôt s'était fait leur ami et leur client; et une autre inscription grecque, trouvée dans l'île de Délos , prouve qu'un Romain fut revêtu par Évergète II du titre d'ami du roi ( titre d'une charge de cour) , et que le roi lui donna aussi le^ gouvernement d'une proviîice de l'Egypte : cette inscription , en effet , s'exprime ainsi : « Lucius Pedius et Caius Pedius, fils de Caius Pedius, Romains , ont honoré pour sa vertu , ses qualités éminentes et sa bienveillance envers eux , Marcus Pedius , parent du roi Ptolémée Évergète et de la reine Cléopâtre , et épistratége. Ils consacrent cette statue à Apollon et à Diane. »
Enfin , un autre monument en langue grecque, du règne d'Évergètell, nous a été conservé , et il est, sans nul doute, le plus curieux parmi tous les autres, par les faits importants yue l'histoire de l'administration des
Ptolémées en Egypte, sous les rapports religieux , civil et militaire , doit y recueillir. Les prêtres égyptiens de l'de de Philœ adressent au roi leurs plaintes contre la plupart des fonctionnaires du pays et les troupe?: qui s'y rendent , en ces termes : « Au roi Ptolémée, à la reine Cléopâtre sa sœur, à la reine Cléopâtre sa femme , dieux Évergètes, salut: ISous, les prêtres d'Isis , adorée dans l' Abaton et à Philse , déesse très-grande : considérant que les stratèges, les épistates, les thébarques , îes greffiers royaux , les épistates des corps chargés de garder le pays, tous les officiers publics qui viennent à Philae, les troupes qui les accompagnent, et le reste de leur suif e , nous contraignent de leur fournir de l'argent ; et qu'il résulte de tels abus que le temple est appauvri , et que nous courons le risque de n'avoir plus de quoi suffire aux dépenses , réglées par les lois , des sacrifices et li bâtions qui se font pour la conserva tion de vous et de vos enfants , nous vous supplions, dieux très -grands de charger, s'il vous plaît, Numénius votre parent et épistolographe, d'écrire à Lochus , votre parent et stratège de la Thébaïbe, de ne point exercer, à notre égard , de ces vexations , ni de permettre à nul autre de le faire; de nous donner , à cet effet , les arrêtés et autorisations d'usage, dans les quelles nous vous prions de consigner la permission d'élever une stèle où nous inscrirons la bienfaisance que vous aurez montrée à notre égard en cette occasion, afin que cette stèle conserve éternellement la mémoire de la grâce que vous nous aurez accordée. Cela étant fait , nous et le temple , en ceci , comme nous le sommes en d'autres choses, vos très -obligés.
Soyezheuveu\.»{TraductiondeM.Le tronne.)
Les faits historiques abondent dan; ce texte , et il a eu sur les études égyp tiennes la plus haute influence: 1:
stèle que les prêtres se proposent d'éle ver en l'honneur du roi Ptolé"" fut en effet exécutée ; cette stèle , était un obélisque en écriture hiéi
EGYPTE
glyphique , a été trouvée près de l'inscription grecque ; elle a ainsi mis à la disposition de la critique philologique un second texte hiéroglyphique se rapportant a un texte grec, et analogue en ceci au précieux texte de Rosette , l'un et l'autre contenant des noms propres absolument semblables : c'est ainsi que Champollion le jeune a pu vérifier, par l'inscription de Philae, les déductions qu'il avait tirées de l'iiiscription de Rosette, et l'alphabet des hiéroglyphes a été découvert, La stèle de Philse est en Angleterre ; l'inscription grecque s'y trouve aussi : ce sont deux conquêtes du plus haut intérêt pour la science , et qui serviront longtemps à conserver le souvenir de quelques faits intéressants du règne de Ptolémée Évergète II.
Quand ce prince mourut, il laissa la couronne à Cléopâtre sa veuve , et à celui de ses deux fils qu'elle choisirait pour régner avec elle. La reine eût préféré le plus jeune des deux, qu'elle croyait plus dévoué à ses volontés; mais l'usage encore l'emporta, et les vœux publics avec lui placèrent le premier-né sur le trône. Cléopâtre le rappela de l'île de Chypre oii il commandait; elle exigea de lui qu'il répudiât sa sœur Cléopâtre, à laquelle il était uni depuis quelques années , et qu'il épousât son autre sœur nommée Sélène. A C3s conditions le fils aîné d'Évergète II monta sur le trône et prit le surnom de Soter II , vers l'an 1 17 jivant Jésus-Christ. Mécontente de ce , la reine Cléopâtre excita contre la populace d'Alexandrie , le sépara Selène dont il avait deux enfants, força de déposer la couronne , et la It sur la tête de son second fils qui prit le surnom d'Alexandre. Celui-ci , épouvanté bientôt par les fureurs de sa mère , la quitta subitement et se retira à Chypre. Elle le rappela , en méditant le "projet de s'en défaire; mais son fils la prévint en la faisant assassiner. Excité enfin par tant d'atrocités, le peuple d'Alexandrie chassa Alexandre du trône , et y rappela Soter II , qui avait assez respecté les liens du ang pour ne pas essayer de se réta-
blir dans ses droits au prix d'une guerre contre sa mère et contre son trère.
Tel est le triste tableau des événements qui suivirent la mort de Ptolémée Évergète II , et caractérisèrent le règne de ses successeurs immédiats durant trente-six ans , divisés en trois règnes successifs : Soter II , Alexandre P'', et Soter II rappelé.
Soter II , à son avènement , fut contraint par sa mère de répudier sa femme Cléopâtre qui resta seule dans l'île de Chypre.
Alors les deux prétendants au trône de Syrie , Antiochus Grypus et Anliochus'Cyzicenus, n'avaient pas encore termine leurs sanglantes querelles. Le premier avait^ épousé Tryphène, fille de Ptolémée Évergète II, et sœur de Cléopâtre qui gouvernait à Chypre.
Celle-ci quitta bientôt cette île pour s'unir à Antiochus Cvzicenus , et lui porta pour dot une armée qu'elle avait levée et qu'elle conduisit en Syrie.
Chypre étant alors sans gouverneur par le départ de Cléopâtre , Ptolémée Alexandre s'y rendit : cela arriva la troisième année du règne de Soter II.
Le souvenir de Cléopâtre qui subit une si cruelle mort à Antioche, avrJt attaché Ptolémée Soter II aux intérêts d' Antiochus Cyzicenus dont Cléopâtre avait été si peu de temps l'épouse ; et dans la guerre intestine que cet Antiochus soutenait contre son frère , Ptolémée, malgré l'opposition de Cléopâtre sa mère , avait envoyéà Cvzicenus un secours de six mille hommes. Mais les sujets de ces rois n'étaient point dispensés d'être solidairement engagésdanscescalamiteuses controverses, et ils s'en trouvaient tout à la fois les défenseurs et les victimes. Les deux filles d'Évergète II s'étaient mutuellement égorgées dans l'intérêt de ces prétentions; Soter II protégeait Antiochus Cyzicenus : c'en fut assez pour que Cléopâtre la mère prêtât son assistance a Antiochus Grypus; elle fit davantage encore, et voulant à tout prix se débarrasser de l'active opposition de Soter II qui partageait le trône, elle lui supposa l'intention de la faire
L'UNIVERS
mourir , souleva contre lui le peuple d'Alexandrie en lui montrant ses eunuques blessés à dessein , et le peuple crédule , se portant l'auxiliaire des fureurs de Cléopâtre contre Ptolémée Soter, obligea ce roi de chercher son salut dans la fuite. Il se retira a Chypre , d"où Ptolémée Alexandre fut rappelé pour s'asseoir sur le trône avec sa mère Cléopâtre , qui réalisa enfin par cet attentat l'un de ses vœux les plus chers. En même temps, et toujours en haine de ce fils roi , elle sépara encore Cléopâtre Sélène de Soter son mari , quoiqu'elle eût déjà de lui deux enfants mâles, et la donna bientôt après à Antiochus Grypus, le compétiteur d'Antiochus Cyzicenus que Soter protégeait.
Par cette criminelle intrigue, Soter fut donc chassé du trône , séparé de Sélène sa femme et de ses deux fils, et son premier règne finit alors. Sa durée ^t de dix ans entiers.
L'année suivante commença avec l'été de l'an 108' avant l'ère vulgaire. Le second fils de Cléopâtre fut alors placé sur le trône , et prit le surnom à" Alexandre. Les premiers soins de Cléopâtre furent de poursuivre encore son autre fils Soter retiré à Chypre , sans que cette distance pût le délivrer des cruels effets de sa haine; et la guerre qui se ralluma plus active *que jamais entre les deux Antiochus de Syrie, fournit à cette passion un nouvel aliment.
Soter avait constamment secondé de ses moyens et de ses vœux Antiochus Cyzicenus ; il quitta Chypre et se rendit en Syrie pour le soutenir contre * Grypus ; mais Cléopâtre , aussi active dans sa haine que Soter pouvait l'être dans ses affections , craignit aussi les effets de l'alliance de Soter avec Cyzicenus qui aurait pu le seconder un jour pour remonter sur le trône d'Egypte ; elle voulut assurer de tous ses rnoyens le triomphe de leur ennemi commun , et l'y intéresser par une alliance. Elle fournit donc à Grypus de puissants secours en hommes et en argent, et lui fit épouser sa fille Sélène , qu'elle avait séparée de Sotor II.
Néanmoins , Soter s'était rendu er Syrie appelé par les habitants de Plolémais assiégée par Alexandre Jan naeus , roi des Juifs. Josèphe rapporte que les habitants de cette ville qui ne voulaient pas se soumettre à ce roi nouveau venu , ne pouvant pas attendre de secours des deux Antiochus de Syrie , occupés à vider leurs propres querelles par les armes, s'adressèrent a Ptolémée Lathurusqui , chassédutrônt d'Egypte par sa mère Cléopâtre , était alors à Chypre.
Soter se rendit donc en Syrie avec trente mille hommes, vers le printemps de la 103' année avant l'ère vulgaire.
Eu attendant , les habitants de Ptolémaïs , ne doutant pas que Cléopâtre d'Egypte ne vînt les attaquer parce que Soter venait les défendre , hésitèrent à recevoir les troupes de Ptolémée , refusèrent même son alliance. Mais les habitants de Gaza la recherchèrent aussitôt , et le roi des Juifs fut contraiut d'abandonner son entreprise contre cette ville. Il feignit dès lors de désirer l'amitié de Ptolémée, tout en liant de secrètes intelligences avec Cléopâtre. Ptolémée , qui crut un moment à ses trompeuses assurances , les rejeta bientôt après , entra dans la Judée, prit deux villes que Josèphe nomme Asochis de Galilée et Semphoris , défit complètement sur le Jourdain l'armée de Jannaeus , ravagea la Judée et occupa enfin Ptolémaïs et Gaza.
Il touchait aux frontières de l'Egypte : Cléopâtre s'en alarma , et envoya des corps nombreux de troupes en Syrie et en Célé-Syrie , tandis que son fils Alexandre faisait une expédition maritime contre Ptolémaïs et la Phénicie. Soter se porta inopinément sur l'Egypte, d'oii il fut repoussé et revint à Gaza , oii il passa l'hiver. La même année il rentra à Chypre, et presque en même temps Cléopâtre, qui ne le voyait plus sur le chemin de l'Egypte , ramena son armée dans ses États , et y rappela celle de son fils Alexandre.
Peu d'années après, les fils d'Antiochus Grypus disputaient à Antiochus
EGYPTE-
Cyzicehus , leur oncle , la couronne de Syrie. Ptolémée Soter favorisa le quatrième fils de Grypus, Démétrius Eucacrus ; il l'emmena de Gnide à Damas , et le proclama aussi roi de Syrie.
Le respect que Ptolémée Soter ne cessa de témoigner à sa mère Cléopàtre, le portait à ne rien entreprendre contre l'Egypte , et il restait paisiblement à Chypre pendant que de nouvelles catastrophes se préparaient sourdement à Alexandrie. Le caractère entreprenant de Cléopritre ne promettait pas une loncue durée à son accord avec son fils Alexandre, si des guerres étrangères cessaient im jour de l'occuper. Déjà la mésintelligence s'était manifestée entre eux dans le temps que Soter faisait son expédition de Syrie en faveur de la ville de Ptolémaïs; car Alexandre , croyant avoir tout à redouter de l'ambition de sa mère , avait quitté Alexandrie et s'était réfugié à Chypre; mais leur danger commun les avait alors réunis de nouveau contre Soter, et cela dura autant que ce danger parut imminent. Bientôt après, Cléopîltre, qui fut surnommée Cocce , mécontente d'Alexandre, formate projet de s'en défaire; elle pensait à l'exécute» . lorsqu'Alexandre lui-même sut la prévenir, et la fit mettre à mort, dix-huit ans après l'association de Ptolémée Alexandre au trône d'Egypte.
Par l'assassinat de la reine sa mère, Alexandre resta seul maître de la couronne d'Egypte. C'est à lui que l'on doit attribuer l'enlèvement du cercueil d'or qui renfermait le corps d'Alexandre le Grand.
Strabon a conservé le souvenir de cette profanation. Il dit à ce sujet, que le corps d'Alexandre , ravi à Perdiccas par Ptolémée, fils de Lagusou Soter, qui le fit transporter et inhumer a Alexandrie, yétaitoncoredeson temps, mais non pas dans le même cercueil ; (jue ce cercueil était alors de verre, ci que celui dans lequel Soter avait fait placer le corps d'Alexandre était d'or ; qu'un Ptolémée fils de (Cléopâtre) Cocce, et surnommé Parisactus, qui venait de Syrie, l'avait enlevé, mais 29' Lie raison. (Egypte.)
que, chassé bicutût aprts , cotte proie lui avait été inutile.
La spoliation du tombeau d'Alexandre dut avoir lieu dans le court espace de temps pendant lequel Ptolémée régna seul après avoir fait assassiner Cléopâtre sa mère, et dans la l'J'' et dernière année de son règne.
Car l'attentat d'Alexandre ne resta pas longtemps impuni. Bientôt après , voyant son crime découvert , Alexandre prit la fuite pour se soustraire à la fureur du peuple , et aussitôt les Alexandrins rappelèrent Ptolémée Soter.
Pendant que Soter reprenait le gouvernement des affaires publiques, et que le peuple témoignait la joie que lui causait son retour en lui donnant le surnom de Désiré, Alexandre s'était réfugié dans l'île de Cos. Peu d'années auparavant, et lorsque Soter, relégué à Chypre et faisant son expédition de Syrie, menaça un moment l'Égr/pte, Cléopâtre avait envoyé dans cette îli^, la plus grande partie de ses trésors , son testament et la famille d'Alexandre , son fils. Celui-ci , après sa fuite. d'Alexandrie, s'empara de cette île et voulut faire servir les richesses qu'il y trouvait à se replacer sur le trône, il tenta un débarquement à Alexandrie, mais il fut repoussé par Tyrrhus qui était du sang royal; sur nier, il fut battu par Chaeréas, et il perdit la vie dans ce combat auquel sa famille ne survécut pas. 11 avait eu plusieurs enfants de Cléopâtre, fille de son frèrtt Soter; et un seul , bien jeune encore, qui avait été laissé à Cos, resta de cette catastrophe.
Les Thébains avaient refusé de reconnaître de nouveau Soter ÎI , et ils se révoltèrent contre lui. Mais Soter qui les fit attaquer parvint à les ramener à l'obéissance dans la 3' aunée de leur rébellion , la 87^ avant l'ère vulgaire, et la 31* de son règne total compté de son premier avènement.
Thèbes fut ravagée , et ses monuments éprouvèrent de grands doimnages.
ÏMilhridate était alors en guerre avec les Romains qui ne négligaient aucun moyen d'entrer enfin en possession dt
L'IJKIVEKS.
tout l'empïfe d'Alexnndre. Ils occupaient une partie de la Cyrénaïque depuis que Ptdléinée Appion , Gis illégitime d'Évergète II , la leur avait léguée par son testament. Les habitants de cette contrée s'étaient révoltés contre les Romains : Sylla , qui était dans la Grèce et qui assiégeait alors Athènes prise par Mithridate, chargea Lucullus d'aller ramener lesCyrénéens à l'obéissance.
Plutarque rapporte que Lucullus partit au milieu de l'hiver ; que durant la traversée sa flotte souffrit beaucoup de cette saison; qu'il arriva enfln a Cyrène, en réorganisa l'administration , et que s'iJtant de là rendu en Egypte les pirates inquiétèrent encore sa marche. Parvenu à Alexandrie, il y fut reçu par Ptolémée d'une manière très-distinguée. Le roi fit pour lui ce
3ui n'avait jamais été fait à la cour 'Alexandrie pour aucun envoyé étranger. L'ayant quittée après un court séjour, Lucullus fut comblé de présents , parmi lesquels se trouvait une bague de prix ornée du portrait du roi. «te voisinage des armées romaines devenait de plus en plus funeste à l'Egypte qui n'avait plus à craindre que cet ennemi. La Syrie, presque tout l'Ortent prenaient une nouvelle face, et la Grèce éprouvait déjà les terribles effets des armées romaines.
Elle avait 'eu avec les rois d'Egypte des relations dont elle consacra plusieurs fois le souvenir par des monuments publics : Athènes en particulier orna l'entrée du théâtre, ou l'Odéon, des statues des Ptolémées ; et cette ville, reconnaissante des bienfaits nombreux qu'elle avait reçus de Soter II , lui érigea une statue en bronze, et une autre à sa fille Bérénice ; et l'on est porté à croire que le décret par lequel les Athéniens firent placer la statue de Soter II à l'entrée du théâtre , fut postérieur à sa mort.
Elle arriva après que Soter eut régné de nouveau pendant 7 ans et 6 mois , ce
aui fait un total de 35 années et demie epuis la mort d'Évergète II , et porte la mort de ce roi à la 82* année avant l'ère vulgaire.
Les monuments du règne de Ptolémée Soter II, d'Alexandre I" et de leur mère Cleopàtre, qui partagea longtemps avec eux l'autorité royale, ne sont pas fort nombreux- Les sculptures du propylon qui subsiste encore dans les ruines d'Apollinopolis-Parva représentent les adorations adressées au dieu Aroëris par la reine Cléopâtre, qui fut surnommée Cocce , et par son lils Soter II; ils prennent l'un et l'autre le surnom de Philométor. La face su-
Périeure de ce même propylon est ouvrage de Ptolémée Alexandre I*'"', qui prend le même surnom. Une inscription grecque, tracée sur un des murs du temple d'Isis à Philae, rappelle un hommage religieux rendu à cette déesse par Ptolémée Alexandre.
On lit aussi sur le grand tempile d'Ombos et sur le Mammisi du même lieu , ou petit temple , les noms de Cléopâtre et de son fils aîné Soter II ; ces mêmes noms subsistent encore parmi les décorations du mur d'enceinte du naos du temple d'Edfou ; Alexandre P*" y est aussi désigné, ainsi que sa femme Bérénice. Soter II seul est rappelé dans les tableaux du temple situé derrière l'Aménophium de Thèbes; au grand pylône de Médinet-Habou , la porte dont les faces sont couvertes de bas-reliefs religieux, représente des sacrifices aux sept grandes divinités élémentaires et aux dieux des nomes thébain et hermonthite : c'est Soter II qui préside à ces sacrifices , et qui éleva ce majestueux édifice, mais avec les débris d'édifices pharaoniques , rava^s par la fureur des Perses. Une inscription , sculptée sur une partie du même édifice, s'exprimait en ces termes:
<> Cette belle réparation a été faite par le roi seigneur du monde, le grand germe des dieux grands, celui que Phtha a éprouvé, image vivante d'Anion-Ra, le fils du soleil , le seigneur des diadèmes , Ptolémée toujours vivant , le dieu aimé d'Isis , le dieu sauveur, en l'honneur de son père Amon- Ra , qui lui a concédé les périodes des panégyries sur le trône d'Horus. » On voit, par ce texte contemporain, que Ptolémée Soter II ne répugnait à au-
EGYPTE
oun des titres que consacrait l'ancienne religion de l'Egypte : la décadence de l'esprit national les prodiguait sans réserve à des rois de race étrangère.
Le nom de la reine Bérénice , femme de Ptolémée Alexandre I"' , s'est conservé sur les bas -reliefs du temple «l'Edfou, auprès de celui du roi son mari ; et il n'est pas rare de reconnaître auprès des cartouches de ces quatre personnages les signes phonétiques hiéroglyphiques, exprimant le mot égyptien Tmaumaî, traduction exacte du surnom de Philométors que portèrent les trois successeurs d'Évergète II, savoir : sa veuve Cléopâtre Coece , et ses deux fils Soter II et Alexandre I".
Leurs dissensions et leurs crimes remplirent l'Egypte de troubles et de calamités; l'autorité royale s'affaiblissait; l'antique et puissant empire des Pharaons périssait par l'effet des plus misérables désordres suscités par les plus misérables passions.
A la mort de Soter II, toute la famille royale était réduite à une fille de ce roi , héritière légitime de la couronne , et au fils d'Alexandre l*"" : ce fils avait été laissé très-jeune dans l'île de Cos , et survivait seul à son p^re , à sa mère et à leurs autres enfants morts dans le combat naval qu'Alexandre avait soutenu contre l'Égyptien Chaeréas. Il restait aussi deux fils et une autre fille, tous trois enfants illégitimes de Soter II, et qui cependant furent placés par la suite sur le trône d'Egypte.
Bérénice succéda immédiatement à son père , et son règne commença dès l'instant de la mort de Soter II. Par là les destinées de l'empire égyptien ,
aui déjà subissaient l'ambitieuse inuence de Rome , se trouvaient commises à une femme.
Le jeune fils d'Alexandre I" était encore à Cos lorsque Mithridate s'en empara. Le roi de Pont s'intéressa au jeune prince , le mit sous sa tutelle et ordonna que son éducation fQt faite d'une manière convenable à sa naissance. Il s'appropria en même temps • t envoya dans son royaume une juantie partie des richesses que CléopOtre.vetived'F vergeté II et grand'mère
du jeune prince, avait accumulées dans cette île. Peu de temps après, Syl1;i ayant reçu du sénat le gouvernement de l'Asie , se trouva chargé de la guerre contre Mithridate qui la ravageait. Il s'y rendit, et le jeune Alexandre fuyant Mithridate chercha dans le chef'^ romain un nouveau protecteur : Sylla s'empressa de l'accueillir, et il l'avait emmené à Rome après la fin de la guerre. Dès qu'il y apprit que la mort de Soter II laissait la couronne d'Egypte à une femme, il protégea ouvertement le jeune Alexandre et entreprit de le placer sur le trône. Alexandre se rendit en Egypte , et , pour prévenir les dissensions que sa présence et ses projets pouvaient faire naître , il épousa Bérénice et fut ainsi associé à la souveraine puissance; mais bientôt, pressé d'en jouir seul , il assassina Bérénice à laquelle il devait la couronne , dix-neuf jours seulement après être devenu époux et roi.
Le règne d'Alexandre II , dans l'état où se trouvait l'Egypte, ne pouvait être illustré par aucun événement mémorable ; au dedans , les intrigues et les ambitions de la cour épouvantaient les peuples , et les cruautés qui en étaient la suite préparaient pour l'histoire d'horribles souvenirs. Au dehors, l'Egypte , comme cernée par les forces romaines qui occupaient la Syrie, la Grèce, la Libye et Cyrène, voyait se rétrécir de plus en plus le cercle de son ancienne puissance , et, refoulée sur elle-même par ces Romains qui l'honoraient de leur fatale amitié, elle semblait ne pouvoir plus exister que sous leur protection. Au nom de Rome , Sylla lui avait donné un roi qu'elle ne cessa de repousser de tous ses vœux et de poursuivre de toute sa haine- Cette haine s'exhala, plus active encore, lorsque peu de temps après être monté sur le trône le roi perdit le protecteur qui l'y avait placé, et cela arriva vers la fin" de la troisième année de son règne. Appien rapporte que Sylla , quoique dictateur, accepta le consulat de l'année d'après c«lle où il avait placé Alexandre sur le trône d'Egypte; que dans l'année suivante, s'étant dépouillé
L'UMVERS.
de ce titre isiiposant , il se retira à la «•nmpagne et qu'il y mourut dans les premiers temps de ses successeurs ^]. jEmiiius Lepidus et Q. Lutatius (^atulus, élus au mois de janvier de l'an 78 avant l'ère vulgaire. Dans l'année même du second consulat de Sylla, Ptolémée Alexandre avait obtenu à Rome les trtres d'ami et d'allié du peuple romain, qui le protégeaient en Kgypte.
Mais la mort du dictateur encouragea en quelque sorte la résistance des vVlexandrins aux volontés du roi qu'ils refusaient de reconnaître, même de respecter, quoiqu'il ne négligeât aucun moyen de se rendre agréable à son jieuple : il célébrait avec une grande iiiagnilicence toutes les fêtes dès long- UMDps consacrées par la religion des I-gyptiens, et de préférence peut-être ;i (îelles du culte macédonien.
Mais ces soins religieux ne faisaient pas oublier aux Égyptiens le meurtre (le la reine. 11 paraît même que ce crime ne fut pas le seul que l'on put justement reprocher à Alexandre. L'histoire l'a peint connue cruel, et a exnliqué par la férocité de son caractère l'insurrection du peuple et de l'armée, tjui le chassa du tronc et d'Alexandrie. 11 se réfugia par mer à Tyr, et il pensait à réclamer du sénat de Rome les secours que le t.-tre d'allié lui permettait d'espérer, lorsque, surpris par une grave maladie, et n'ayant point de successeur direct, il mourut après im règne de 8 années complètes, et légua par un testament le royaume d'Egypte au peuple romain. Cicéron , ilans son discours sur la loi agraire, contre Servilius Rullus , rappelle à ce sujet qu'il est assez public Qu'Alexandre fit un testament en laveur du peuple romain , et que le sénat donna a cet acte quelque sorte d'autorité, lorsqu'après la mort de ce roi , il envoya plusieurs personnes à Tyr avec la mission d'y recueillir l'argent qu'Alexandre y avait déposé.
Vers ce même temps arrivaient à Rome deux princes syriens, fils de Cléopàtre Sélène, tille de Ptolémée Ève.rsète II , et femme de Ptolémée
Soter II, qui demandaient le trône d'Egypte; Ptolémée Denys ou Aulétès y allait aussi pour se faire reconnaîtr^e "roi par le sénat romain ; enfin , on faisait ail sénat la proposition de se prévaloir du testament d'Alexandre II, le prince qui lui succédait n'étant pas îils légitime de l'un de ses rois, ce qui ne peut s'entendre que de Ptolémée Denys succédant à Alexandre ; enfin , le sénat refusait de donner suite à ce testament quant à l'Egypte, afin de s'épargner le reproche qu'on pourrait lui faire de convoiter tous les royaumes , ceux de Carène et de Rithynie venant d'être reunis à l'empire.
Mais les Alexandrins avaient reconnu pour leur roi Ptolémée surnommé Denvs ou Racchus, enfant illégitime de Sbter II.
Le peuple romain était devenu l'arbitre suprême des dissensions des Fois , et c'est devant lui que les Iils de Sélène allèrent plaider eux-mêmes leur propre cause ; mais le roi élu par les Alexandrins y fit aussi défendre la sienne.
Dans le quatrième discours contre Verres , Cicéron indique le voyage des princes syriens à Rome comme un fait récent. Ils y passèrent près de deux années, et l'un d'eux, en retournant en Syrie, voulut voir la Sicile où il trouva le préteur C. Verres qui lui extorqua , par la ruse et la violence , entre autres meubles précieux, un candélabre enrichi de pierreries.
Le-sénat n'accueillit pas la réclamation des princes de Syrie ; il ne le put pas , et €icéron dit aussi que ce fut à cause des circonstances où se trouvait alors la république : vraisemblablement la guerre contre Mithridate, contre Sertorius , et celle des esclaves qui troublaient l'Italie.
Ptolémée Denys, appelé au trône par les Alexandrins, et ne pouvant ignorer les tentatives des princes de Syrie à Rome , y faisait aussi solliciter pour être reconnu par le sénat; mais il ne l'était pas encore à l'époque même où Cicéron accusait Verres, l'an 71 avant l'ère chrétienne.
D'ailleurs, entre la demande des princes syriens et celle de Ptolémée
EGYPTE
Denys, se plaçait encore l'opinion de ceux qui propo'saienl d'adhérer au testiment d'Alexandre II, et de réunir l'Egypte à l'empire. Moins occupée au dehors et plus tranquille au dedans, Rome n'aurait pas ajourné d'un demisiècle cette riche acquisition. Ceux qui soutenaient la validité du testament d'Alexandre II , disaient qu'elle avait été reconnue lorsqu'on avait envoyé prendre à Tyr les trésors de ce roi ; que , de plus , son successeur n'était point de la famille royale : tel était l'avis formel du sénateur L. Philippus.
Les troubles qui agitèrent le règne d'Alexandre ne lui permirent pas d'en écrire les souvenirs sur les monuments publics : le nom de ce roi ne subsiste , du moins évidemment , sur iiucun édiGce d'origine égyptienne.
Toutefois, quelques critiques ont cru le reconnaître parmi les bas-reliefs du temple d'Edfou. Enfin , les monuments grecs connus gardent un complet silence sur ce prince cruel qui vécut d'ailleurs dans des temps mauvais pour l'Egypte.
A Ptoléniée Alexandre succéda Ptolémée, surnommé nouveau Bacchus (ou Denys) , fils de Ptolémée Soter et frère de l'infortunée Cléopiltre, fille et héritière de Soter II, que Pausanias, avec plus déraison, appelle Bérénice, d'accord avec les médailles de cette princesse.
Ptolémée, nouveau Bacchus ou Denys, fut aussi surnommé Nothus à cause de sa naissance, étant fils non légitime de Soter II.
A défaut d'autres descendants de leurs rois, les Alexandrins l'appelèrent au trône d'Egypte. Ils donnèrent en même temps à son frère puîné le gouvernement de l'île de Chypre, dont un usage constant de la monarchie avait fait l'apanage des frères ou des fils des rois d'Egypte.
Strabon place ce Ptolémée Denys au nombre des plus méchants rois, II lui reproclie, entre autres défauts , sa passion pour la flûte, qui le portait jusqu'à oublier la majesté royale pour soutem'r devant sa cour des combats sur cet uislrument et y disputer le prix à des
musiciens de profession : ce fut là l'occasion et le motif du surnom A'Aulétès qui lui fut donné.
Mais Rome qui, on pourrait dire, avait transporte tous ses intérêts en Orient, ne cessait de s'occuper de l'Egypte, et le testament du second Alexandre en était toujours le nouveau prétexte. Diverses tentatives pour la rendre tributaire furent faites dans le sénat, et l'une des plus actives fut celle du censeur ]M. Crassus. Heureusement pour Ptolémée, M. Crassus trouva une aussi forte résistance dans la modération de son collègue Lutatius Catulus, et l'asservissement de l'Egypte fut ajourné.
En même temps- dans la même année et sous le même consulat, Jules César, étant édile, secondait de toute son autorité les propositions de M. Cra.ssus contre Ptolémée, en faisant faire auprès du peuple romain les mêmes tentatives que M. Crassus faisait personnellement dans le sénat.
Jules César soutenait la validité du testament d'Alexandre IL, et il fit demander par les tribuns un plébiscite qui lui conférât le gouvernement de l'Egypte, se fondant sur ce que les Alexandrins avaient chassé leur roi, qui était l'ami et l'allié du peuple romain. Mais les tentatives de César auprès du peuple, comme celles de M. Crassus auprès du sénat, n'eurent aucun succès, et bientôt après César protégea lui-même de tout son crédit le roi qu'il voulait alors dépouiller.
Ces tentatives du censeur M. Crassus et de Jules César, édile, remontent à l'année 66 avant l'ère vulgaire, à la 8" et à la 9' du règne de Ptolémée Denys.
Deux années après et sous le consulat de Cicéron, Ptolémée courut de nouveau le danger d'être dépouillé de ses États, la loi agraire proposée par Ruilus comprenant implicitement l'Egy|)te parmi les possessions romainw que cette loi devait livrer à l'arbitraire des décemvirs; mais l'éloquence «le Cicéron sauva Rome et l'Egypte de cette calamité: c'était la 11* année du», règne de Denvs.
L'UxMVERS.
Dans le même temps , Pompée commandait en Asie, et, après avoir défait complètement Mithridate, il se rendit en Syrie et marcha sur Jérusalem, dontii s'empara. Pompée attaqua ensuite et prit aussi quelques autres villes de la Syrie, et toucha pour ainsi dire aux frontières de l'Egypte, dont le roi lui envoya plusieurs députés chargés de lui offrir des présents et des se- (!ours^ beaucoup d'argent, et ce qui était nécessaire pour habiller son armée.
Pompée s'abstint toutefois d'entrer en Egypte; il résista même aux sollicitations du roi, qui réclamait son assistance contre les insurrections auxquelles son royaume était en proie ; car les germes de la rébellion existaient toujours, et le peuple, qui avait plusieurs fois témoigné son mécontentement au sujet des taxes extraordinaires que le roi employait à payer ses défenseurs et ses agents à Rome , était resté constant dans sa haine et dans son opposition. On doit remarquer aussi que les discussions hostiles qui avaient lieu dans le sénat à Rome , et qui chaque jour menaçaient de nouveau l'indépendance de l'Egypte, ne contribuaient pas peu sans doute à maintenir cet état si déplorable , et ordinairement si fécond en malheurs pour les princes et pour les peuples.
Diodore de Sicile visita l'Egypte dans ces mêmes temps, et, quoiqu'il ne parle pas des troubles qui l'agitaient alors, ils n'en sont pas moins certains, puisque bientôt après le roi en éprouva les cruels effets.
Il faisait solliciter depuis longtemps , à prix d'argent, les titres d'ami et allié du peuple romain, et par tous les moyens qui pouvaient le conduire à les obtenir, espérant les opposer avec fruit à la malveillance de ses sujets.
Le consulat de Jules César lui fut très - favorable. Ses deux envoyés, Dioscoride et Sérapion , réussirent auprès du consul. Le roi d'Egypte fut enfin honoré par le peuple romain de ce titre d'allié qui lui fut conféré par une loi et par un sénatus-consulte.
Dans, Tannée suivante, P. Clodius
Pulcber, après avoir fait exiler Cicéron, fit porter la loi qui réunissait l'île de Chypre à l'empire romain. Celui qui la gouvernait, Ptolémée, frère du roi d'Egypte , tenta sans succès de résister à cette invasion ; obligé de céder à la puissance de Rome , il ne voulut pas survivre à la perte de son apanage, et il se donna la mort. La même lof par laquelle Rome s'emparait de l'île de Chypre en donna l'administration à Caton. Il fut chargé en même temps de ramener les exilés de Byzance.
Mais, peu empressé de remplir l'importante mission qui lui était malgré lui déférée , Caton envoya d'abord Canidius à Chypre, chargé de déterminer Ptolémée à céder l'île sans combat , de lui persuader qu'il pouvait y consentir sans ignominie , lui promettant de lui faire conférer par le peuple le titre de prêtre de la déesse à Paphos. Caton se rendit ensuite à Rhodes , et y attendit l'issue de la négociation de Canidius.
Ptolémée Denys l'y trouva encore lorsque, ayant quitté Alexandrie, il se décida à se rendre à Rome; car les Alexandrins , fatigués de ses exactions qu'il employait à payer un crédit illusoire qui n'avait pu prévenir l'envahissement de Chypre depuis longtemps l'un des apanages des princes de la famille royale, firent éclater leur mécontentement ; et le roi , ne pouvant les contenir par la force, voulut se soustraire par la fuite aux effets redoutables de cette insurrection. Il partitpour Rome, se plaignit de l'insulte qu'il avait reçue , et demanda que le consul Spinther fût chargé de le ramener dans ses États. Ptolémée comptait alors la 16* année de son règne.
Il sollicita longtemps à Rome ceux qu'il considérait comme ses amis, particulièrement César et Pompée. Il répandait aussi beaucoup d'argent; il en empruntait de tous ceux qui voulaient se confier à ses espérances , entre autres de C. Rabirius Posthumus, dont Cicéron voulut plus tard faire reconnaître la créance.
Pendant que Ptolémée cherchait des protecteurs, les Alexandrins, ignorant le parti qu'il avait pris et le croyant
f.GYPTE.
niorl, recoimurent pour reines ses deux filles Cléopâtre ou Trypliène , et lîérénice. Elles régnèrent' ensemble une année, et, après la mort de Tryphène , Bérénice régna seule deux années encore. Les Alexandrins appelèrent en même temps de la Syrie un certain Cybiosactès qui prétendait descendre de ses rois , et qui était un des fils d'Antiochus Grypus. Ce prince syrien, fils d'Antiochus Grypus, fut associé comme roi à la reine Bérénice par le peuple d'Alexandrie ; mais il ne jouit pas longtemps de sa fortune , car Bérénice l'étrangla bientôt après, à cause de la sordide avarice qui le dominait, épousa plus tard Archélaùs, compagnon de Gabinius en Syrie, qui se donna pour le fils de Mithridate Kupator, et qui régnait encore en Egypte au retour de Ptolémée Aulètes.
Quoique informée du voyage de son père à Rome, Bérénice ne songea pas a lui rendre volontairement la couronne ; elle envoya au sénat une députation qui fut composée de cent personnes , dirigée par Dion , chargée d'accuser le roi devant le peuple ou le sénat, et de défendre les Alexandrins contre ses insinuations , s'il y en avait qui leur fussent contraires". Mais le nombre des envoyés n'assura pas mieux le succès de cette ambassade :
la plus grande partie de ces députés fut assassinée dans la route ou à Rome même par les soins de Ptolémée; le reste fut gagné à force d'argent, ou frappé de terreur. Dion n'osa pas comparaître devant le sénat, qui voulait obtenir de lui des renseignements exacts sur ces assassinats dont M. Favonius demandait instamment la punition ; enfin Dion lui-même périt bientôt après victime des mêmes intrigues. Tel fut à Rome l'état des choses tant que Ptolémée y demeura.
La rivalité qui existait alors entre les principaux personnages de la république , était peu favorable à un prompt accomplissement des voeux de Ptolémée. La protection publique de Pompée lui conciliait des suffrages, mais hu" créait jussi dos oppositions dans le
sénat. On décida de consulter les livres des Sibylles, et l'on y lut cette réponse non équivoque : « Si un roi d'É- <■ gypte , dans le malheur, vient un jour « vous demander des secours, ne lui « refusez pas votre alliance, mais ne « lui accordez point de soldats. » Les partisans de Ptolémée rendirent publique la réponse de l'oracle ; le tribun C. Caton força les prêtres de la communiquer au peuple avant que le sénat l'eût permis ; elle fut l'objet de diverses interprétations, et Ptolémée crut satisfaire à ce qu'elle ordonnait en demandant qu'il fût ramené par Pompée, suivi seulement de deux licteurs. Mais le sénat qui craignait d'accroître , par cette importante mission, l'influence de Pompée , s'occupa plutôt de l'en détourner, et le chargea de l'introduction des blés à Rome. Pompée partit aussitôt pour l'Afrique , et Ptolémée , désespéré par cette subite résolution , se rendit à Éphèse , pour y attendre les décisions du sénat. Pendant ce temps , Cicéron avait été rappelé de son exil après une absence de seize mois.
Dès les premiers jours de l'année suivante, P. Cornélius Lcntulus Spinther, en sortant du consulat, ayant été nommé proconsul en Cilicie où étMt encore Gabinius ,1e sénat s'^occupa de nouveau du roi d'Egypte.
En quittant Rome, Ptolémée Denys y avait laissé Ammoniusqui cherchait publiquement des suffrages qu'il pût acheter. Mais ceux qui favorisaient faiblement les vœux du roi d'Egypte, ceux surtout qui lui étaient opposés , hésitaient à prendre un parti , affectant un grand respect pour les conseils de l'oracle. Au contraire , Cicéron et ses amis soutenaient avec chaleur que le roi devait être rétabli sur son trône; et, bien convaincus qu'il n'était possible d'y réussir que par l'assistance de l'armée, ils cherchaient les moyens de concilier les défenses des dieux avee cette nécessité. On lit encore dans Cicéron le subtil accommodement qu'il proposait pour que l'armée de Cornélius Spinther, proconsul en Cilicie, pût être employée au rétalilisscntcnt.
ti;; rtoléniée sans pour cela offenser IViracle, comme si, dans les choses divines , ainsi que trop souvent peut- «■•tre dans les intérêts humains, la honte de la forme pouvait sauver l'iminoralité du fond : aussi , et par suite du même système d'interprétations, lorsque Gabinius, qui replaça Ptoléméc sur le trône de vive force et après avoir livré bataille aux Égyptiens, fut accusé de sacrilège devant le peuple romain. Pompée, César et leurs qflidés voulurent-ils faire décider que la Sibylle avait entendu parler pour d'autres temps et d'un autre roi que de Ptolémée Denys.
Cicéron mettait un intérêt particulier à ce que la mission de réintégrer Ptolémée Denys fût confiée à Cornehus Spinther. Il prononça pour ce roi un discours qui ne nous est point parvenu , et qui dut contribuer au succès de la cause qu'il défendait. Le sénat enfin prit une de ces résolutions si communes dans les discussions où des partis opposés, mais également puissants, s'attaquent et se défendent avec une pareille activité : il consentit que Ptolémée fut replacé sur son trône; et , après avoir exprimé cette seule volonté, il s'en rendit au proconsul de Cilicie pour son exécution, sans lui en prescrire aucunement le mode. Ainsi le sénat , qui ne disait pas d'y employer l'armée, ne devenait pas sacrilège si Lentulus Spinther s'en servait : il s'abstint même de rendre un sénatusconsulte , et se contenta de faire connaître son avis à Lentulus par une simple lettre. Cicéron écrivit aussi au proconsul; il lui conseille de conduire d'abord le roi à Ptolémaïs ou (Jans quelque autre lieu voisin , de se rendre ensuite avec sa flotte et l'armée à Alexandrie , et, après y avoir ramené l'ordre et placé une garnison, d'y rappeler le roi : « Ce sera donc vous, ajoute-t-il, qui rétablirez le roi , ainsi que le scn;it la d'abord voulu ; et comme il arrivera sans troupes , les religieux observateurs des ordres de la Sibylle seront
.satisfaits Votre voisinage de l'É-
^vpte vous permet d'ailleurs bien mieux qu'à nous de Juger de ce qu'il
convient de faire. Notre avis serait cependant que s'il vous paraît que vous pouvez facilement occuper ce royaume, il ne faut pas hésiter : s'il y a le moindre doute , il ne faut pas l'entreprendre. »
Quelque incertaine que fût a cet égard la volonté du sénat, quelque positive qu'eût été sa décision pour qu'il n'y fût point employé de troupes, Pompée , alors consul , n'hésita pas de prendre sur lui d'en décider autrement. Il engagea le roi à partir et à se rendre auprès de Gabinius, commandant en Syrie : en même temps il écrivit à celui-ci de ramener le roi sur le trône à la tête de son armée , et de ne s'arrêter ni aux ordres du sénat ni aux défenses de la Sibylle. Ptolémée fit distribuer beaucoup d'argent aux soldats, en promit encore davantage, paya la coopération de Gabùiius, et l'expédition fut entreprise. Gabinius confia la Syrie à l'inexpérience de son fils jeune encore, et partit avec son armée. Il arriva devant Péluse dont les Juifs lui facilitèrent l'occupation et, secondé par le courage d'Antoine qui commandait la cavalerie , par sa modération mêine , car Antoine s'opposa aux vengeances de Ptolémée rentré à Péluse, Gabinius fut simultanément le maître de l'Egypte par terre et par mer, avant, pendant que sa flotte côtoyait le Nil et en maîtrisait les embouchures , mis en fuite l'armée égyptienne qui s'opposait à sa marche.
Archélaiis, le mari de Bérénice qui avait été placée sur le trône depuis le départ de Ptolémée , fut tué dans ce combat; et le roi signala sa réintégration en faisant mourir sa fille qui avait usurpé la couronne, et les plus riches des partisans qui l'avaient secondée , alln de payer les siens aux dépens de leur fortune. Ceci se passait Tan 55 avant l'ère vul^^aire , et la tO" du règne de Ptolémée Denys , qui fut ainsi éloigné du trône pendant plus de deux ans entiers.
L'Iiistoire n'a conserve le souvenir d'aucun événement remarquable qui appartienne au reste du règne de Ptolémée Denys : trop leat pour rien en-
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treprcndre an dehors, son caractère sombre et l'expérience que l'on avait laite de son gouvernement, ne permettaient d'espérer de lui aucune action diîjne de louange ; il se vengea de ceux (|ui avaient abandonné son parti , sans récompenser ceux qui lui étaient restés fidèles; il ne reconnut même pas les services qu'il avait reçus , et porta l'oubli de la justice jusq'u'à refuser à C. Rabirius le payement des sommes considérables qu'il lui avait empruntées pendant son exil. Gabinius , qui l'avait replacé sur le trône, n'était pas plus heureux : traduit deux fois devant les tribunaux suprêmes pour avoir outrepassé les ordres du sénat, il fut acquitté d'alwrd et puis condamné à l'exil : on ne se souvenait de Ptolémée que par le malheur de l'avoir connu.
Il mourut trois années après son rétablissement sur le trône, et la 21* de son règne compté depuis la fin du règne d'Alexandre II. Son nom ne subsiste sur aucun monument du style égyptien; maisdesinscriptionsgrecques le rappellent, et nous font connaître ■qu'avec le surnom de nouveau Denys, i'.e roi porta aussi ceux de Philopator et de Philadelphe.
Ceci est prouvé par l'inscription {grecque que j'ai publiée en 1819, et qui s exprime ainsi : « Au nom du roi PtoIémee, dieu, nouveau lîacchus, Philopator et Philadelphe, et de ses enfants , l'hommage religieux à notre maîtresse Isis et aux dieux adorés dans le même temple , a faitThéodote, fils d'Agésiphon , achéen de la ville de Patrae. » Cette inscription se lit, écrite à l'encre rouge, sur le socle en granit de l'un des deux obélisques de Philœ, <t sur le propylon du temple d'Isis du même lieu ; le même roi et le même homijiage a la déesse sont rappelés dans deux autres épigraphes tracées sur le même temple. Il y a loin de ces mesqums actes d'adoration aux grandes et magnifiques constructions qui rappellent encore tant de glorieux règnes en Egypte : celui de Ptolémée Denys fut ravant-dernier de l'Egypte indép'-i)d;Mitc ; SCS enfants et l'ambition de
Rome hâtèrent à l'envi l'époque de son asservissement.
Ptoléiliée Denys , qui avait vu sa fin s'approcher, imita l'exemple de quel- ([ues-uns de ses prédécesseurs, et fit un testament par lequel il régla pour ses enfants l'ordre de la succession au trône. Il en laissait quatre de vivants, deux filles , Cléopâtre et Arsinoé , et deux fils , tous deux plus jeimes qu'elles. L'aîné de ceux-ci et Cléopâtre la plus âgée des deux filles, furent institués héritiers de la couronne , et les deux autres à leur défaut. L'exécution de CCS volontés royales était recommandée à la foi et a l'amitié du peuple romain. On les respecta d'abord ; mais des dissensions domestiques les firent bientôt oublier, et les vingt-deux années pendant lesquelles l'empire égyptien subsista encore , furent partagées en plusieurs règnes successifs.
Le fils aîné du roi mort et sa fille aînée Cléopâtre montèrent paisiblement sur le trône. L'usage voulait que la minorité du jeune roi fût confiée aux soins d'un tuteur, et l'eunuque Pothinus fut choisi. Riais Cléopâtre, qui avait sur son frère l'avantage d'être majeure, devait exercer dans l'administration de l'État une influence que son caractère , au défaut d'autre prétexte, rendait inévitable. Elle prit le titre de reine aussitôt après la mort de son père; et, comme sur ce trône où elle résista pendant vingt-deux années à tant de catastrophes, elle ne vit que passagèrement s'asseoir avec elle le premier-né de ses frères et ensuite le second ; comme elle sauva ce trône de l'ambition de César, qu'elle le fit respecter par Antoine, et du moins ne survécut pas à sa perte sous Auguste, c'est à elle seule que l'histoire donne les vingt-deux dernières années des Lagides, ne nommant en quelque sorte les deux rois ses frères que pour nous apprendre que, même étant rois, ils moururent sans régner.
Déjà l'Égvpte était tellement romaine, que l'histoire des évcnemetits qui se passèrent pendant ce dernic>r période de son existence politique, l'intcressc on pourrriit dire moins que
LU Kl VERS.
Rome même. César et Pompée avaient rompu ouvertement, et disputaient, avec les troupes de la république, à qui des deux le sort des combats laisserait le droit de l'asservir. Cléonâtre et le jeune Ptolémée ne se trouvèrent pas, dès leur avènement, sous le joug de la puissance romaine. Pendant les deux premières années, ils en furent assez libres pour laisser éclater entre eux ces dissensions intestines qui, depuis quelques générations, signalaient en Egypte chaque nouveau règne.
Ptolémée parvint à sa majorité, et ceux qui jusque-là n'avaient été que ses tuteurs voulant être ses maîtres , ils ne négligèrent aucun moyen de diviser le frère et la sœur. Il paraît même que le caractère altier de Cléopâtre, ambitieuse de porter seule la couronne, seconda puissamment leurs secrètes menées. Le peuple d'Alexandrie fut encore appelé comme auxiliaire, €t , croyant s'être associé aux vœux du roi , il ne le fut qu'aux intrigues de ses tuteurs, Cléopâtre fut chassée du trône et contrainte de fuir en Syrie ; elle n'y resta pas oisive, et, impatiente de ressaisir un pouvoir qu'elle ne voulait pas même partager, elle rassembla des troupes , se créa des partisans et fit des dispositions pour attaquer avec succès le roi son frère.
Il s'était rendu à Péluse avec son armée pour observer Cléopâtre et s'opposer à ses tentatives. Le grand Pompée fuyait alors des champs'de Pharsale où la fortune avait si cruellement trahi ses espérances. Il croyait trouver auprès de Ptolémée les secours auxquels luidonnaittant dedroits l'active protectionqu'il avait accordéeaupèredu jeune roi, ramené par lui sur son trône.
Pompée arriva sur les côtes d'Egypte, et se fit annoncer au roi qui reçut trèsbien ses envoyés. 11 les chargea de conduire auprès de lui des personnes qui n'hésitèrent pas à tremper leurs mains dans le sang de ce grand homme : elles l'égorgèrent dans la barque même qui devait le conduire sur une terre hospitalière. Pompée n'eut pas la consolation de la toucher, et il mourut sous ies coups de ces traîtres à la hauteur
du mont Casius , au jour même où il avait joui des honneurs du triomphe pour sa victoire sur Mithridate et sur les Pirates.
A peu de jours de là , César poursuivant Pompée qui n'existait déjà plus, arriva en Egypte; et, quoiquil n'eût à ses ordres que 3,200 hommes, il n'hésita pas à entrer dans Alexandrie.
Il évoqua aussitôt à son tribunal , en sa qualité de consul romain et au nom du peuple exécuteur testamentaire des volontés de Ptolémée Denys , les différends qui divisaient les deux enfants successeurs de ce roi. L'eunuque Pothinus qui ne voulait pas voir Cléopâtre partager le trône d'Egypte , déguisant d'ailleurs sa propre ambition sous les apparences d un extrême dévouement à son roi , exagérait à dessein ce qu'il trouvait d'inconvenant et d'offensant pour la majesté royale dans les prétentions de Jules César; en même temps il faisait avancer Achillas à la tête de l'armée égyptienne contre Alexandrie.
César cependant communiquait par ses envoyés avec le jeune roi qui se livra à lui , et la guerre que ses anciens tuteurs soutenaient encore prenait dès lors un caractère de sédition qui laissa César plus libre de la comprimer. Il y parvint difficilement , quoiqu'il eût appelé de l'Asie , et des îles voisines , de nouveaux corps de troupes et quelques galères. En lui résistant , la population de labasse Egypte croyait défendre les droits de son roi outragé par la présence de l'armée romaine; et bientôt voulant unir la ruse à l'appareil de la force, les Égyptiens promirent de se soumettre si César laissait au jeune Ptolémée la liberté de se réunir à eux. César ne s'y opposa pas, et Ptolémée ne le quitta , malgré ses promesses , que pour exciter davantage le parti des tuteurs à la résistance. Sur ces entrefaites, Mithridate (k Pergarae arriva de la Syrie oij il avait levé un grand nombre de soldats , attaqua et prit Péluse , et , pendant que le roi se hâtait de s'opposer à sa marche sur Alexandrie , César partait de cette ville pour la faciliter. Une grande action se trouva engagée entre les deux partis
ennemis ; les armées égyptiennes furent mises en fuite, et le jeune roi lui-même périt dans le Nil.
Ces événements retinrent César en Egypte pendant neuf mois ; ils étaient accomplis au mois de mars de l'an 48 avant l'ère vulgaire. Alors mourut, après un règne de moins de quatre années , le jeune Ptoiémée qui porta comme son père le surnom de Denys.
Après sa mort, son frère fut mis pur le trône par Tordre de César. On raconte en effet que Jules César, maître d'Alexandrie et de l'Egypte , au lieu de s'en emparer au nom du peuple romain , s'empressa d'exécuter le testament du roi , père de Cléopàtre , qu'il appela Ptoiémée le jeune , l'unit à cette reine et les plaça sur le trône pour régner ensemble.' Bientôt après il quitta l'Egypte, n'emmenant avec lui qu'une seule légion , et y laissant le reste de son armée en garnison.
Quoique son frère et son mari , disent les auteurs anciens , dût partager le pouvoir roval , Cléopàtre, néanmoins , forte de la protection de Jules César, gouvernait par elle seule. Peu de temps après son second mariage, elle mit au monde un fils qui fut nommé Césarion , comme pour perpétuer le scandale de son origine. Il est vrai que les honneurs que César rendait h Cleopâtre , même à Rome , devaient naturellement exciter de plus en plus son orgueil et la rendre fiere de ses torts. César, en effet, l'associait en quelque sorte au culte de la divinité; et , lorsqu'au jour de ses quatre triomphes , Ciéopâtre étant alors à Rome avec le jeune Ptoiémée son mari , César con- .sacra un temple à Vénus génératrice , il fit placer une statue de Ciéopâtre à côté de celle de la déesse (l'an 47).
Dans la même année de son règne , Ciéopâtre faisait frapper des monnaies qui portaient son image , son nom et le chiffre 6 qui en marquait l'époque; mais rien n'y rappelle le roi qui partageait le trône avec elle: peut-être n'était-il pas encore majeur ni couronné; du moins l'histoire nous le laisse ignorer. Elle nous apprend que ce jeune prince mourut victime de l'in-
vincible ambition de Ciéopâtre qui s'en débarrassa par de criminelles menées, dans la 8" année de son règne.
Maîtresse alors du trône^ sans partage et sans opposition , Ciéopâtre voyait ainsi s'accomplir ses \fsux les plus ardents. Ce succès lui coûta des fautes et peut-être des crimes; mais seule enfin, et comme si son caractère avait dû suffire aux grands événements qui se préparaient, elle ne fut pas effrayée de son isolement. Ce fut comme femme et non comme reine qu'elle espéra résister à la puissance de Rome, et l'on peut dire que la monarchie égyptienne n'aurait pas péri , si cette monarchie avait pu être sauvée par un grand roi. Ciéopâtre avait un fils qu'elle aimait et pour lui et pour son père.
Il porta , jeune encore , le titre de roi des rois; cependant il ne régna jamais et mourut sans honneurs.
L'Egypte n'était plus qu'un camp romain : les légions y étaient comme en pleine campagne, et servaient successivement aux entreprises dont les dissensions civiles portaient le théâtre en Syrie ou ,dans d'autres contrées voisines de l'Egypte. Octave, Antoine et Lépide se réunirent pour convenir du mémorable triumvirat que Publius Titius leur fit conférer par une loi. Ils se partagèrent le gouvernement de toutes les provinces , à l'exception de celles que Brutus et Cassius occupaient encore, et qu'ils défendaient par la force des armes contre les triumvirs même qui les firent attaquer. Dolahella , attaché au parti d'Antoine , chargea Albienus de prendre en Egypte les légions que Jules César y avait laissées, et de se rendre de là en Syrie ; mais Cassius l'y surprit et le força de se réunir à lui. Dolabella s'avançait vers rionie, poussant vers l'Orient. Cassius voulut, mais sans succès, s'opposer à sa marche; il fut battu sur les côtes de Syrie , et, pour réparer ses pertes, il exigea de nouveaux secours des îles, des pays voisins , et même de Ciéopâtre, Cette reine favorisait Dolabella comme ancien ami de Jules César; elle avait une flotte nombreuse prête à partir pour le seconder : elle s'cx'
L'UMVKRS.
cusa donc de son refus auprès de Cassius sur les calamités qui ravageaient l'Egypte , alors en proie à la peste et à la famine. Cassius agréa ces motifs, et , plus heureux dans un second combat qu'il ne l'avait été dans le premier, il battit Dolabella sur mer, prit ses Jégions et la ville de Laodicée oti il s'était établi. Cassius se disposait même à marcher sur l'Egypte , lorsqu'il fut instruit que Octave et Antoine, avec une flotte considérable, s'avançaient contre lui. Il dut préférer de se r'endre <en Macédoine pour combiner avec Brutus l'emploi de leurs communs efforts, rendus nécessaires par leurs périls communs. En attendant, Cléopâtre envoyait sa flotte pour seconder Antoine •et Octave; Cassius qui l'apprit à Rhodes plaçait Murcus en station à la hauteur du promontoire de Ténare; mais cette précaution fut inutile , une tempête ayant dispersé et presque entièrement détruit la flotte de Cléopâtre. Après diverses expéditions partielles , les troupes des deux partis se réunirent dans les plaines de Philippes , où se livra la bataille qui assura la victoire au triumvirat et décida du sort ■de la république. Cela arriva pendant Je consulat de L. Munatius Plancus et M. ^milius Lepidus II, l'an 42 avant l'ère vulgaire, dans la IT année du règne de Cléopâtre.
En même temps, les triumvirs, reconnaissants des secours que Cléopâtre avait donnés à Dolabella contre Cassius , consentirent que son jeune fds , Ptolémée Césarion , portât le titre de roi d'Egypte.
Après' la victoire de Philippes et la mort de Brutus , Octave retourna en Italie ; Antoine se rendit en Asie , resta quelque temps à Éphèse , passa de là en Phrygie , en Cappadoce , et s'arrêta dans la Cilicie.
Cléopâtre s'y rendit pour répondre aux accusations dont elle était le sujet. Elle rappela an triumvir ce qu'elle avait fait pour Dolabella, ce qu'elle avait refusé aux ordres de Cassius qui le combattait; elle parla aussi de la flotte (|u'elle avait envoyée à Octave malgré la station de iMiircus : mais Antoine
donna moins d'attention à la défense de la reine qu'aux charmes dont elle était douée; et, cédant à leur puissance , il ne put résister à aucune de ses volontés. Elle partit triomphante; et aussitôt Antoine, après avoir envoyé un corps de cavalerie sur Palmyre, distribua le reste de l'armée dans les quartiers , laissa le commandement de l'Asie à Plancus , celui de la Syrie à Saxa, et se rendit lui-même en Egypte pour y passer l'hiver ( l'an 41).
Pendant qu'Antoine oubliait auprès de Cléopâtre et Rome et l'Italie , Fuivie sa femme crut voir dans le renouvellement des dissensions civiles un moyen assuré de le ramener auprès d'elle.
Antoine avait reçu en Egypte les envoyés des colonies , et il les" avait retenus auprès de lui soit à cause de l'hiver, soit aiin que ses desseins fussent plus ignorés. Dès les premiers jours du printemps il quitta l'Egypte , se rendit a Tyr, ensuite à Athènes où il rencontra Fulvie qu'il n'hésita pas à blâmer, ainsi que son frère Lucius, etManius surtout; il laissa Fulvie malade à Sicyone, et, après sa mort survenue peu de mois après, il épousa Octavie, sœur d'Octave , et ce mariage termina leurs dissensions. Après ces événements, Antoine distribua ses légions en Illyrie, en Épire, en Affique, et passa l'hiver à Athènes avec Octavie , sa nouvelle épouse. Ce fut celui de l'an 40 avant l'ère vulgaire.
L'histoire n'a conservé le souvenir d'aucun événement relatif à l'Egypte pendant cette première absence d Antoine, si ce n'est l'arrivée auprès de Cléopâtre de Hérode , (ils d'Antipater, qui se rendit à Rome et fut reconnu roi des Juifs par les soins et sous la protection d'Antoine.
La paix entre Octave, Sext. Pompée et Antoine, n'avait duré que peu de temps : dès la fin de Thiver Antoine se rendit à Tarente pour seconder Octave qui ne s'y trouva pas, et qui, ayant continué seul la guerre assez nîalheureusement , fut obligé de solliciterdenouveauleconcoursd'Antoinc.
EGYPTE
Celui-ci ne le refusa pas et employa même Octavie à ramener vers lui Octave qui lui témoignait peu de bienveillance.
Le triumvirat fut renouvelé pour cinq autres années, et les guerres ne discontinuèrent pas. L'Egypte ne cessait pas d'être le centre de ses opérations militaires; et, comme l'influence toujours croissante de Cléopâtre dirige{i tous les desseins du triumvir Antoine , c'est leur accomplissement qui fournit les faits et les époques des dernières années de la monarchie égyptienne ; mais ces dernières pages de l'histoire politique d'un grand empire ne sont plus que la fin des aventures d'une femme passionnée.
Antoine fit la guerre en Arménie sans obtenir de succès bien marqués :
l'hiver l'y surprit, et, se proposant de continuer la campagne à l'entrée du printemps, il plaça ses troupes dans des cantonnements, leur distribua l'argent que Cléopâtre lui envoya, et se rendit aussitôt après en Egypte ( l'hiver de l'an 38). Antoine fit ensuite la paix avec le roi des Mèdes ; et , considérant cette alliance comme très-favorable à ses projets sur l'Arménie , il ^ tenta d'abord d'en attirer le roi en Egypte par des propositions amicales. Elles furent suspectes , conséquemment sans succès , et Antoine rentra en campagne, annonçant une seconde guerre contre les Parthes. Il avait déjà quitté l'Egypte lorsqu'il y fut ramené par la nouvelle de la prochaine arrivée d'Octavie qui venait de Rome se réunir à lui II réussit à la faire demeurer à Athènes , et passa le reste de l'année sn Egypte , occupé à réunir les moyens es plus faciles et les plus certains Mur s'assurer la conquête de l'Arnénie.
Dès le printemps de l'année sui- .ante, Antoine quitta l'Egypte et se •endit à Nicopolis. Sous de spécieux jrétextes, il y attira le roi Artabaze, e chargea de chaînes qui furent faites l'argent par respect |)Our la majesté oyale , s'empara du reste de l'Arméiiè par la persuasion ou par les armes ; t, laissant SCS légionsdansce royaume,
il retourna en Egypte avec un butin immense, emmenant prisonniers le roi d'Arménie, sa femme et ses enfants qu'il fit marcher devant lui , avec d'autres captifs , lors de son entrée triomphante à Alexandrie. Antoine les lit aussi comparaître devant Cléopâtre assise sur un tribunal en présence du peuple; ilproclamaensuite cettefemme reine des rois , et son fds Césarion roi des rois, soutenant qu'il était le fils légitime de Jules César, moins peutêtre pour relever sa naissance que pour désobliger Octave cjui n'était que sou fils adoptif. En même temps il confirma Cléopâtre et Césarion dans la possession de l'Egypte et de Chypre, donnant aux enfants qu'il avait eus de la reine le reste de ses conquêtes, c'est-à-dire tout le pays jusqu'à l'Euphrate à son fils Ptolémée , à sa fille Cléopâtre la Cyrénaïque , et à l'autre Ptolémée, leur frère, l'Arménie et les contrées au delà de l'Euphrate jusqu'à rindus, lorsqu'elles seraient conquises.
Cette année, la 16* de son règne, fut, pour Cléopâtre, la plus mémorable de sa vie. Antoine avait soumis l'Arménie et plusieurs autres contrées de l'Orient ; il était en paix avec Octave et avec Rome; son union avec Cléopâtre devenait de jour en jour plus intime ; des fêtes brillantes et la pompe d'un triomphe militaire, à l'exemple de ceux qui étaient en usage à Rome, donnaient à Alexandrie un éclat jusqu'alors inconnu ; toutes les passions étaient exaltées par la victoire; et Cléopâtre , que ne satisfaisaient plus les hommages qu'elle recevait comme reine, voulut être honorée comme une divinité. Elle prit en public le nom avec les attributs d'Isis , et sur la monnaie qu'on fit à cette occasion , le titre de nouvelle déesse; Antoine même y laissa inscrire son nom à côté de celui de cette princesse, faisant douter par là s'il était roi d'Egypte ou triumvir de la république romaine.
Antoine alors semblait n'avoir plus rien à conquérir en Orient, ou du moins ne plus s'en occuper. Entièrement subjugué por Cléopâtre, il ne
riJ.MVEns.
pouvait se résoudre à la quitter; et, s'il fût contraint d'entreprendre de nouvelles campagnes, il obtenait d'être accompagné par la reine, de sorte que l'appareil et le luxe qui y présidaient en taisaient plutôt des voyages d'agrément que des expéditions militaires.
Livré à toutes les jouissances des cours dans une contrée où l'Afrique et l'Asie étalaient alors toutes leurs séductions , Antoine ne se souvenait plus de Rome qui , pour lui , était toute dans Alexandrie. Mais sa femme Octavie, délaissée et vivant , depuis son second retour d'Athènes , dans une profonde retraite , ne cessait toutefois d'accueillir avec distinction et de seconder de son crédit auprès d'Octave ceux qui , de l'Egypte, venaient à Rome pour les affaires pu'ûliques ou pour leurs intérêts privés ; elle résista même à de secrètes msinuations d'Octave, repoussant avec une vertueuse fermeté l'idée de consentir que , pour les intérêts d'une femme , les Romains tournassent encore leurs armes contre des Romains.
Octave cherchait des prétextes pour accuser Antoine ; son ambition souffrait de l'existence de cet heureux compétiteur. Antoine le savait , il se défendait par ses lettres ou par ses amis.
Un certain temps se passa dans ces réciproques explications , souvent portées devant le sénat même , mais sans espoir d'accommodement , car Octave et Antoine prévoyant également une guerre prochaine s'y préparaient en
Pour la faire avec plus de succès , Antoine quitta l'Egypte , se rendit dans l'Asie Mineure , et de là en Grèce. Il s'arrêta d'abord à Éphèse et vint ensuite à Samos qu'il indiqua pour rendez-vous de guerre à tous ses alliés.
Il y appela aussi des musiciens et des histrions, y passa quelque temps dans /es plaisirs , et arriva enfin à Athènes où il prit part, avec Cléopâtre qui ne l'avait pas quitté, à tous les jeux olympiques célébrés cette même année , la 33* avant l'ère vulgaire.
Antoine , comblé d'honneurs par les Athéniens, donnait aux préparatifs de
la guerre tout le temps que les jeux et les fêtes lui laissaient de libre. Enfin , déguisant moins ses vues hostiles à l'égard d'Octave et de tout ce qui lui appartenait, il envoya quelqu'un à Rome chargé de faire sortir de sa maison sa femme et ses enfants.
Antoine fit demander aussi que le sénat voulût confirmer tout ce qu'il avait fait en Egypte ; il espérait y réussir au moyen de ses intimes relations avec Cn. Domitius Ahenobarbus et C. Sossius qui lui étaient très-dévoués , et qui parvinrent au consulat dès le mois de janvier suivant (l'an 32).
Dès le commencement de ce mois , Sossius engagea publiquement cette mémorable discussion en demandant un édit contre Octave ; mais Octave se défendit devant le sénat , accusa hautement Sossius et Antoine , et assigna un jour pour soutenir devant eux ses accusations. Effrayés par ce premier résultat , les consuls avec plusieurs sénateurs sortirent secrètement de Rome et se rendirent auprès d'Antoine. Octave continua de l'accuser devant Vi sénat et devant le peuple; il parvint même à le rendre odieux en lui supposant le projet de transférer le siège de l'empire romain en Egypte, et à le faire priver du consulat pour lequel il était désigné pour la troisième fois.
Enfin , sans faire proclamer Antoine l'ennemi du nom romain , Octave réussit à faire déclarer la guerre à Cléopâtre, bien certain par là d'obliger Antoine à la quitter ou à combattre pour elle contre Rome qui ne décidait rien contre lui.
On fit toutes les cérémonies religieuses usitées dans ces circonstances; Octave lui-même remplit les fonctions de flamine fécial; on leva beaucoup, d'argent et beaucoup d'hommes. Tous les alliés , toutes les provinces , l'Italie, la Gaule, l'Espagne, l'Afrique, la Sar-t daigne , la Sicile , durent fournir leur contingent au parti d'Octave , tandist que celui d'Antoine était défendu pa^ l'Asie, la Thrace, la Macédoine, laj Grèce entière, Cyrène et l'Egypte , le îles voisines, les princes et les rois qui , en Orient , étaient aussi les alliif
KGYPTE.
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des Romains : il en chercha pour lui , avec de l'argent, jusque dans l'Italie.
Ces immenses préparatifs occupaient entièrement les deux chefs et ceux qui s'étaient associés à leur fortune. Antoine , qui avait emmené les flottes et les légions de l'Orient, qui disposait des trésors et des soldats de Cléopâtre , était prêt à commencer la guerre, tandis
au'Octave en était réduit à craindre 'en venir aux mains dans l'été de cette même année. La lenteur d'Antoine servit efflcacement Octave, et ce ne fut que vers la fin de l'automne qu'Antoine se décida à tenter une incursion dans l'Italie. Arrivé à Corcyre, on lui dit que des vaisseaux d'Octave avaient paru à la hauteur des monts Cérauniens : ce n'était qu'une flottille d'observation , mais Antoine la prit pour les forées navales d'Auguste réunies , il se rendit dans le Péloponèse , et passa l'hiver à Patrae.
Au printemps suivant, les dispositions militaires devinrent plus actives.
Octave réunit sa flotte à Tarente et à Brindes. Il fit proposer à Antoine de venir combattre en Italie , et Antoine , à son tour, lui mdiqua les champs de Pharsale , même un combat singulier.
En attendant, il courait la mer Ionienne et réunissait toutes ses forces à Actium. Octave s'y rendit ; la bataille s'engagea , et , lorsque le sort en était encore incertain , on vit tout à coup Cléopâtre se retirer du combat, emmener ses soixante vaisseaux et se porter , par un vent favorable , vers le Péloponèse. Antoine , cédant à sa passion plutôt qu'aux forces d'Octave, ne put voir partir Cléopâtre sans la suivre, et il abandonna à son rival une victoire que ses amis , sa flotte et son armée disputaient encore après qu'il les eut aussi ignominieusement quittés.
Tel fut le résultat de la bataille d' Actium, livrée le 2 septembre de l'an 31 avant l'ère vulgaire , la 22* année du règne de Cléopâtre.
Antoine et la reine se retirèrent d'abord dans le Péloponèse. Divisés par la catastrophe .qu'ils venaient de subir, Cléopâtre se rendit seule en [Egypte, déguisant sa défaite par des
chants de victoire. Antoine fit donner à Pinarius Scarpus, commandant l'armée d'Afrique, des ordres qu€ ce chef refusa d'exécuter , et ce contre-temps l'engagea de se rendre en Egypte ou, de concert avec Cléopâtre, il fit de nouveaux préparatifs de guerre sur terre et sur mer, sollicitant encore une fois le concours de leurs alliés.
Octave, après la victoire d'Actium, vit l'armée d'Antoine passer sous ses drapeaux; il put ainsi, n'ayant plus de résistance à craindre, s'emparer de la IMacédoine et s'occuper de régler les affaires de ïa Grèce. Après avoir assisté à Athènes à la célébration des mystères , il passa dans l'Asie , observant les démarches ultérieures d'Antoine. Mais bientôt rappelé par des troubles survenus en Italie, Octave s'y rendit au milieu de l'hiver.
La présence d'Octave rétablit l'ordre à Rome : trente jours après son arrivée en Italie il en repartit, et fut de retour en Asie avant même qu'Antoine et Cléopâtre eussent été informés de son départ.
Les préparatifs se continuaient de part et d'autre avec une égale ardeur.
Cléopâtre et Antoine firent proposer la paix à Octave, et tentèrent de corrompre son armée avec de l'argent. En même temps Cléopâtre envoyait secrètement son sceptre et sa couronne à Octave; elle sollicitait sa bienveillance, et Octave la lui promettait à la condition de se défaire d'Antoine. Il renvoyait à celui-ci ses premiers députés sans réponse; il recevait avec le même dédain une seconde et une troisième ambassade, refusant de répondre à Antoine et renouvelant ses secrètes promesses à Cléopâtre, sous les mêmes conditions. Il envoya même à la reine l'affranchi Thyrsus, pour la décider à ce qu'il souhaitait , et lui persuader même qu'il était tout épris de sa beauté.
Les événements se hâtaient : Antoine marcha sur Paraetonium pour y prendre de gré ou de force l'armée que Cornélius Gallus y commandait. Il croyait trouver des ami^ : mais il fut' reçu et traité en ennemi , et il éprouva
L'UNIVERS
plusieurs échecs sur terre comme sur mer. En attendant, Octave s'emparait de Péluse, soit faute d'avoir été suffisamment défendue, soit que Cléopâtre, confiante dans les assertions de Thyrsus, facilitât les succès d'Octave.
En vain , accourant de Paraetonium , Antoine voulut couvrir Alexandrie ; Octave prit cette ville le t*"" du mois d'août, et Antoine vaincu chercha inutilement de nouveaux moyens ou un refuge dans la (lotte qui l'abandonna ; Cléopâtre même, toute occupée de sa conservation, s'enferma dans un tombeau avec ses trésors, et fit répandre à dessein la nouvelle de sa mort. Antoine, qui ne voulut pas lui survivre, se blessa lui-même assez dangereusement pour en mourir, mais non pas sans avoir eu le temps et le regret de connaître l'affreuse supercherie de Cléopâtre.
La reine, quoique seule avec son courage et sa renommée, croyait fermement qu'Octave lui laisserait la vie et la couronne; elle demandait des garanties pour l'une et pour l'autre , esfiérant soumettre par ses charmes ceui qu'elle n'avait pu vaincre par ses
Mais Octave voulait attacher Cléopâtre à son char de victoire, et bientôt elle reconnut la vanité de ses espérances. Captive ià où elle avait été souveraine, elle ne voulut pas continuer de vivre après avoir cessé de régner, et se donna la mort, vers le IS du mois d'août de l'an 30 avant l'ère vulgaire, après un règne de 22 années entières.
Ce jour fut le dernier de la race royale des Lagides et des successeurs d'Alexandre le Grand en Egypte.
Ils y régnèrent depuis le 30 mai de l'an 223, jusqu'au 15 août de l'an 80 avant l'ère vulgaire.
Cet intervalle contient 294 années juliennes et 78 jours, ou 294 années égyptiennes et 152 jours.
Il se divise en seize rois ou reines qui occupèrent successivement le trône d Egypte, et fournirent vingt et un règnes différents.
Les lils de Cléopâtre et d'Antoine
ne leur succédèrent pas. Athyllus et Césarion furent mis à mort; les autres furent confiés par Octave à Juba, roi de Mauritanie : l'histoire n'a plus rappelé leurs noms.
L'Egypte devint une province romaine "dont Cornélius Gallus fut le premier préfet.
L'époque de son asservissement fut pour l'Egypte même celle d'une ère nouvelle, comme si cet asservissement eût été un bienfait.
Elle avait vu la dernière race de ses Pharaons attaquée et détruite par un conquérant étranger.. Accoutumée depuis à l'obéissance, l'Egypte écrivit sur ses monuments et dans ses annales publiques le nom d'Auguste et celui de ses successeurs, à la suite des noms de Cambyse, de Darius, d'Alexandre et des Ptolémées. Elle a vérifié ainsi, même jusqu'à nos jours, une antique tradition qui ne lui laissait plus l'espérance de voir sur son trône des princes d'origine égyptienne, tradition conservée dans ces paroles d'Ézéchiel :
Et dux de terra ^Egypti non erit amptiùs.
La splendeur, la durée et les événements du règne de Cléopâtre permettent de supposer que cette grande reine ne négligea rien de ce qui pouvait accroître son illustration : les monuments qui couvrent encore le sol de l'Egypte en portent de nombreux et d'éclatant» j témoignages ; et la tendresse de Cléopâtre pour le fils de Jules César , qu'elle appelait nouveau César, s'y manifeste presque partout. Le petit temple d'Hermonthis fut construit en commémoration de la naissance de cet enfant romain; elle y est symbolisée en celle du dieu Harphré né de la déesse Ritho et du dieu Mandou. La reine Cléopâtre porte, dans les inscriptions de ce temple, ce titre fastueux : La modératrice souveraine du monde, Cléopâtre, déesse Philopatore ; = l'Aroëris , puissante souveraine des biens, la présidente des Panégyries , la souveraine du monde ; =: la modératrice , la fille aînée du dieu Sev (Saturne) , etc. Le jeune roi y est aussi nommé et qualifié Ptolémée César, vivant toujours, aimé de Phllia
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«t d'Isis ; = PtoU^mée, surnommé César, etc.; le seigneur du monde Ptolémée, le fils du soleil, seigneur des diadèmes, César, dieu Pliiiopator; et le travail de décoration de ce temple est demeuré imparfait. Auguste et ses successeurs, qui ont terminé tant d'édifices commencés par les Lagides , ne pouvaient pas être très - empressés d'achever celui qui rappelait la naissance d'un enfant-roi dont ils ne respectaient pas les droits. Aujourd'hui , ce monument si royal dans son ensemble et dans son objet , est occupé par un cachef qui s'y est fait une maison , une cour et un pigeonnier, en masquant et coupant le temple de misérables murs de limon blanchis à la chaux.
La partie la plus ancienne du temple de Deiidérah , à son extrémité , appartient au règne de Cléopâtre et de Ptolémée Césarion : ils y sont figurés de proportion colossale, et les noms de Cléopâtre et de Ptolémée César ou Ptolémée surnommé nouveau César, qui se lisent dans les inscriptions qui accompagnent ces tableaux historiques, ne laissent aucun doute à ce sujet.
Ce sont là les dernières reliques de la grandeur égyptienne ; elle se manifesta au monde civilisé il y a aujourd'hui plus de six mille ans : les noms de Souphis , de Mycérinus , nouvellement découverts dans les pyramides même que l'antiquité tout entière savait très-bien être les tombeaux de ces deux rois, nous en donnent la conviction : l'histoire de l'intelligence humaine, légitimement orgueilleuse de son antiquité , enregistrera attentivement dans ses fastes de tels documents.
Subjuguée par les Romains, l'Egypte ne fournit plus aux annales humaines que son contingent des malheurs et des dures vicissitudes qui composent l'histoire générale des peuples du monde romain : des guerres iutestines , des invasions étrangères , le mélange confus de toutes les idées et de tous les principes , l'oubli des préceptes de l'ancienne sagesse , le vrai et le faux , le p;issé , le présent et l'avenir jetés pêle-mêle dans un creuset brâljiiit d'où sortirent les éléments 30' Livraison. (Égyptb.)
d'une société nouvelle , d'une civilisation qui refit ses anciennes conquêtes et leur en ajouta de nouvelles.
Nous avons déjà exposé les vues que la politique d'Auguste réalisa pour l'administration de ('Egypte {supra, pages 49 et 50) , et sur quelles règles elle fut assise. Il en nomma pour premier préfet Cornélius Gallus, chevaîierromaindemédiocre naissance, mais de mœurs douces et paisibles. Auguste le choisit lui seul , parce que l'Egypte était à lui , sa première conquête , et elle resta province impériale lorsque l'empereur voulut bien partager l'empire avec le sénat et le peuple. Il créa pour l'Egypte une forme particulière d'administration; aussi le préfet avait-il le titre de préfet augustal , réunissant tous les pouvoirs , et recevant de son maître toutes les directions pour les exercer. Aucun conseil pris dans le pays ne fut appelé à y concourir, ce préfet y tenant la place des rois , et ce royaume appartenant à l'empereur. Cet état de l'administration romaine en Egypte éprouva peu de changements jusqu'au siècle de Constantin.
Le préfet de l'Egypte, Cornélius Gallus, s'appliqua d'abord à réparer les malheurs nés des dernières dissensions et des dernières guerres : les canaux du Nil attirèrent surtout son attention. Plusieurs villes se soulevèrent contre le nouveau régime; Gallus les ramena à l'obéissance ; Thèbes même , qu'il pilla , disent les historiens anciens, qu'il épuisa, et d'où il détourna une grande quantité de choses précieuses.
Il paraît que, enivré de son autorité et de ses succès , le préfet se laissa traiter comme un Pharaon , qu'il permit qu'on lui élevât des statues, et que ses exploits fussent gravés sur les monuments publics. Mais de tels succès ne furent pas de longue durée : Cornélius Gallus accueillit en Egypte un grammairien disgracié par l'empereur ; il fut révoqué, envoyé en exil, et il s'y donna la mort.
Pétronius lui succéda ; les Alexandrins se révoltèrent , et furent bientôt après soumis de nouveau. Auguste fit faire une expédition en Arabie, com-
L'UNIVERS
mahiïée par .Elius Gallus à la tête d'une armée romaine , renforcée de cinq cents soldats fournis par le roi Hérode qui les avait choisis parmi ses gardes. L'armée romaine triompha des Arabes, mais elle fut vaincue par le climat ; api'ès une année de fatigues , de privations et de maladies , elle rentra , misérablement réduite , en Egypte, sans avoir atteint le but marqué par l'emperear, la possession des riches contrées où naissaient les aromates, où étaient entreposées les plus précieuses productions de l'Inde.
Les Éthiopiens avaient proOté de l'absence des troupes habituellement stationnées dans la haute Egypte , pour y faire une invasion. Leur reine Cauilace s'empara de Syène, d'Éléphantine , de Philœ ; ravagea la Thébaïde , et emporta un riche tutin. Le préfet Pétronius songea aussitôt à punir tant d'audace , pénétra dans l'Ethiopie, jusqu'à Napata , capitale des États de la reine , et lui accorda la paix à la condition de payer un tribut annuel , et d'envoyer une ambassade à Auguste pour en obtenir la ratification du traité. Les nouvelles de ces événements parvenues à Rome avaient alarmé l'empereur. Il partit aussitôt pour l'Egypte ; mais il apprit à Samos les succès de Pétronius , y attendit les envoyés éthiopiens, et leur accorda la ratification du traité avec l'exemption du tribut stipulé par Pétronius. Dès son retour en Egypte, ce préfet continua de donner ses soins à ce qu'exigeait la prospérité du pays; les travaux sur les canaux du Nil furent conduits avec une telle intelligence que la crue du fleuve jusqu'à douze coudées suffisait pour assurer la plus grande fertilité; avant Pétronius, quatorze coudées étaient nécessaires.
Pétronius , après huit années d'administration , eut jElius Gallus pour successeur comme préfet. Le nouvel administrateur visita la haute Egypte ayant avec lui le géographe Strabon ; et il était encore en fonctions à la mort d'Auguste.
La conquête de l'Egypte par les Romains causa à l'école d'Alexandrie des
pertes qui ne lui furent pas moins sen* sibles que l'incendie de sa riche bibliothèque; la plupart de ses principaux professeurs allèrent chercher à Rome la faveur des Césars. Toutefois, un nouveau musée s'était formé ; les empereurs en désignaient les présidents et les membres; mais la faveur publi-
3ue ne s'attachait plus à leurs travaux epuis que la faveur royale les protégeait moins directement : l'Egypte , avant tout, était le grenier de l'empire; Alexandrie le foyer d'un grand commerce ; et le musée ne passait que pour l'asile des sophistes de la Grèce. Cette école continua cependant de produire des hommes utiles, dont les ouvrages sont encore étudiés, occupant une place distinguée dans l'histoire des sciences et de la littérature ; et comme ils se rattachent aux travaux des premiers docteurs [chrétiens , ils servent ainsi de lien entre les productions les plus anciennes et celles des temps modernes. Du reste , il en arriva dans ces temps de la domination romaine en Egypte ce qui arrive à toutes les époques : l'étude des connaissances humaines prospéra en Egypte en raison de la protection qu'elle reçut de l'autorité impériale.
Auguste imita la politique d'Alexandre le Grand en ce qui concerne la religion et le culte nationaux de l'Egypte* On continua d'élever, de réparer les temples des dieux de chaque nome , en Nubie comme en Egypte; et le nom d'Auguste , qualifié d'empereur César j se lit sur les édifices de Talmis , Kalabschè , Déboud , Dandour , Philœ et Dendérah. Dans ce dernier temple, si célèbre par ses deux zodiaques , après les constructions faites durant le règne de Cléopâtre et de son fils Ptolémée Césarion, on reconnaît que les basreliefs supérieurs sont du temps d'Auguste , ainsi que les murailles latérales du naos , à l'exception de quelques petites portions qui sont de l'époque de Néron ; le pronaos est tout entier couvert de légendes impériales de Tibère, de Caius , de Claude et de Néron ; les sculptures de tout l'intérieur du naos et des édifices construits sur la terrasse
EGYPTE
4Gr
Tie paraissent pas remonter ai! delà du temps de Trajan et d'Antonin. Le propylon sud-ouest est d'Antonin ; le grand propylon est couvert des images des empereurs Domitien et Trajan.
Enfin , le typhonium de Dendérah fut décoré sous Trajan , Hadrien et Antonin le Pieux. On voit, par ces détails , tous les soins donnés aux édifices de Dendérah par les empereurs romains ; le grand temple était dédié à la déesse Hathdr , la Vénus des Romains : il y avait là une double dédicace dont s'arrangeait facilement l'orthodoxie romaine. Les carrières de Thorrah portent des dates d'exploitation de la 4' année du règne d'Auguste. Son nom se lit aussi sur le temple d'Isis, au sud de l'hippodrome de Thèbes ; l'image (l'Auguste se voit aussi sur la plupart de ces édifices , et l'empereur romain y est figuré avec le même costume, accomplissant les mêmes cérémonies envers les dieux de l'Egypte que les Pharaons eux-mêmes. Notre planche 91 représente Tibère faisant ses offrandes à trois divinités égyptiennes assises ; les deux cartouches tracés auprès de sa coiffure se lisent autocratôr Tiberios Caesar. Ces indications monumentales peuvent être considérées comme étant communes à tous les souverains romains; le lecteur nous dispensera donc de les reproduire. La civilisation occidentale, armée de l'épée romaine, s'introduisit ainsi dans les croyances de l'antique Orient , sous le costume des Pharaons et les couleurs d'Osiris et d'Ammon.
A Dendérah, c'est sous le règned'Auguste que le propylon du grand temple ifut édifié : une inscription grecque (car, durant la domination romaine, la langue grecque resta aussi la langue des actes publics) qui existe encore, et que j'ai publiée il y a trente-trois ans, nous apprend que, pour la conservation de l'empereur César , fils du divin César, dieu libérateur, Auguste, les habitants de la métropole du nome (de Tcntyris) élevèrent ce propylon à Isis, déesse très-grande , et aux dieux adorf 6 dans le même temple , l'an 31 du règne de César, au mois de thôth.
Le nom de Tibère, successeur d'Auguste, se lit souvent répété à Philae, à Esnèh, et à Karnac de Thèbes. Les empereurs romains avaient aussi adopté les deux cartouches des Pharaons; mais, au lieu d'un prénom religieux, on écrivait pour les empereurs leur titre même, le mot grec autocratôr; ils ajoutaient à leur nom propre les titres consacrés : toujours vivant, chéri d'Isis et de Phtha; et il est à remarquer qu'en général, à mesure que l'on s'éloigna des temps anciens, des antiques institutions, les noms des divinités du premier ordre devinrent moins communs sur les monuments comme dans la pensée des hommes; et ceci se passa au profit des divinités du dernier ordre, de celles qui, produit des dernières incarnations et revêtues des plus vulgaires attributions, étaient en quelque sorte plus populaires : ce qui pourrait rendre raison de l'extraordinaire durée des noms d'Isis, d'Osiris et de Typhon, qui ont en quelque sorte survécu à toutes les générations du panthéon égyptien.
Tibère fit continuer la construction du temple de Déboud en Nubie, la sculpture du portique couvert et d'une salle du grand temple de Thèbes. On sait qu'il écrivit à ^Emélius Aulus, préfet d'Egypte, qui lui avait envoyé au delà des taxes mises sur l'Éçypte par les règlements d'Auguste, qu'il voulait bien tondre ses brebis, mais non les égorger. Du reste, ce préfet eut plusieurs successeurs du vivant même de Tibère. Parmi eux figura quelque temps le père de Séjan : ce fut alors que Germanicus visita l'Egypte [supra, page 346), bannissant, ditTacite,Dannissant de la grandeur suprême l'orgueil qui la fait haïr, pour n'en conserver que la dignité qui la rend imposante.
Des troubles sérieux se déclarèrent à Alexandrie durant le règne de Caligula; Avillius Flaccus fut en bute à la naine des juifs; Philon, un de leurs écrivains, a tracé la narration, à sa manière, de ces démêlés; Flaccus périt misérablement après avoir été révoqué de sa préfecture. Le nom de ce préfet se lit encore sur le pronaos de Den-
L'UNIVERS
(lérah , dans une inscription grecque <Iiii rappelle que sous Pubiius Àviliius Flaccus les habitants de la métropole et du nome élevèrent ce pronaos à Vénus, déesse très-grande, la. . . année de César Tibère. A la mortdeCaligula, les juifs, heureux de ce nouveau règne, attaquèrent les Grecs dans Alexandrie.
1,'enipereur Claude les apaisa en leur rendant le droit d'élire un ethnarque.
Les sciences reçurent aussi de grands services du nouveau chef de l'empire :
il fonda un nouveau musée, et l'école d'Alexandrie se trouva encore une fois dans une situation favorable à ses progrès; mais le zèle des savants ne répondit point à la munificence du prince. Les noms de Caius Caligula et de Claude se lisent encore sur les édifices {oublies de l'Egypte : celui du premier à Philse, à Dehdérah en Egypte, à Talmis en Nubie; celui de Claude dans les mêmes lieux en Egypte, et aussi à Esnèh, Edfou. Sa légende impériale, composée dé deux cartouches , se: lit Tibère Claude, César-Auguste Germanicus, empereur. Cette légende affecte même parfois le style pharaonique, et le premier cartouche se lit:
L'éprouvé des dieux modérateurs , l'empereur Tibère Claude, seigneur de la région haute et basse du monde, le fils du soleil, seigneur des chefs.
Ces mêmes titres, si propres à inspirer le respect aux peuples, furent aussi portés par Néron, qui se disait de plus l'aimé de Phtha et d'Isis, le dominateur bienfaisant des régions supérieure et inférieure, le seigneur des mondes, l'éprouvé des dieux modérateurs, le fils du soleil, seigneur des seigneurs, l'empereur Néron. Enfin une inscription, copiée autrefois dans le voisinage du sphynx des pyramides, et inhumée depuis, donne à Néron, au nom de l'Egypte, le titre de nouvel agathodémon ( le bon génie). Cette inscription est un décret rendu au nom des habitants de la ville de Busiris, qui proclament dans un monument public que Néron est l'agathodémon de la terre, qu'il a répandu de grands biens sur l'Egypte; que, pour prendre soin de son bonheur, il a envoyé Balbillus
pour préfet, lequel la combla de grâces et de bienfaits, particulièrement d'une juste inondation du Nil, d'où les dons du fleuve doivent s'accroître de plus en plus chaque année. On éleva donc une stèle en l'honneur de Balbillus, de qui, au surplus, Sénèque fait un grand éloge. 11 est vrai que Sénèque dit aussi que Néron était un amant passionné de la vérité comme de toutes les autres vertus, et que ce fut en conséquence de ces nobles sentiments qu'il fit faire un voyage aux sources du Nil {suprà, page 8). Néron, du reste, s'occupa assez particulièrement de l'Egypte pendant son règne. Il forma le projet de la visiter, annonça par des officiers sa prochaine arrivée', et l'Egypte lui prépara une réception digne de son rang; elle fit construire pour l'empereur des bains magnifiques; mais il mourut à la veille de son départ, non pas sans avoir fait mettre à mort Tuscus , fils de sa nourrice et préfet d'Egypte, qui s'était oublié jusqu'à se servir des bains édifiés pour la bonne venue et l'usage de l'empereur.
Les règnes de Galba, d'OthonetdeVitellius, n'eurent aucune influence particulière sur l'état de l'Egypte : aucun événement marquant ne se rattache à leur époque. Le nom d'Othon existe encore sur neuf bas-reliefs de la décoration intérieure du grand propylon des ruines au sud de l'hïppodrome de Thèbes; et l'existence de ce nom, qui fut celui d'un empereur qui régna si peu de temps, ne doit point trop surprendre, puisque l'Egypte fut la première qui reconnut l'autorité d'Othon , et frappa des monnaies à son nom (l'an 69 de l'ère chrétienne). Les noms de Galba et de Vitellius ne subsistent pas en Egypte; mais celui de Vespasien se lit fréquemment sur ses édifices.
A l'avènement de Vitellius, un juif égyptien, neveu de l'écrivain Philon et nommé Tibère Alexandre, était préfet d'Egypte depuis trois années; il s'était associé aux secrets projets de Mucius et de Vespasien; aussi est-ce dans Alexandrie que Vespasien fut d'abord proclamé empereur par les soins de ce même Tibère Alexandre , qui le fit re-
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connaître par ses légions. Peu d'années après , ce préfet entreprenant n'existait plus. Il eut pour successeur Lupus en l'année 71 . Pendant que Titus achevait la conquête de la Judée, des révoltes dejuifsjetaient le trouble dans Alexandrie; des partis qui s'élevaient contre l'autorité de l'empereur étaient réduits par la force; les juifs furent moins favorisés à mesure qu'ils se montraient plus rebelles; la mort et les coniiscations furent employées pour réduire une nouvelle insurrection. Les grandes qualités de Vespasien ne préservèrent pas l'Egypte de beaucoup d'exactions; l'empereur établit de nouveaux impôts , et employa pour les percevoir des hommes indignes de sa confiance : il est aussi accusé d'avoir répondu par d'odieuses plaisanteries aux plaintes trop fondées des habitants de l'Egypte. Son nom se trouve cependant sur le portique d'Esnèh, sur un obélisque de Rome, sur l'édifice au sud de l'hippodrome de Thébes. Le nom de Titus, successeur de Vespasien, est plus fréquent encore sur les édifices qui subsistent de nos jours en Egypte, sur un pronaos d'Esneh, dans l'oasis de Dakhèh au temple de Deir-el-hadjar; enfin sur l'obélisque Pamphili à Rome avec le titre de divin, que Domitien y donne a son père et à son frère, quoiqu'il nourrît envers eux la haine la plus profonde. Domitien fut leur successeur, et les édifices publics exécutés en Egypte pendant son règne se reconnaissent encore à son nom inscrit parmi leurs sculptures sacrées. On le retrouve à Philae, à Dendérah, et souvent à Esnèh, s'honorant des mêmes titres que les Pharaons , et souvent qualifié de ami de la contrée, enfantdu soleil, seigneur des diadèmes, Cacsar Domitien Auguste, aimé de Phtha etd'Isis, vivant comme le soleil, seigneur du monde, né du soleil, directeur, seigneur des diadèmes. L'obélisque Pamphili à Rome a été érigé en son honneur; les obélisques de Bénévent portent aussi son nom , et nous apprennent que Domitien fit construire dans cette ville d'Italie un temple à la déesse Isis; enfin l'empereur est figuré sur les tableaux du pro-
pylon de l'édifice au sjid de l'hippo- (frome à Thèbes.
Le nom de Nerva, successeur de Domitien, ne se lit qu'une seule fois en Egypte, c'est à Syène, où cet empereur fit élever un petit temple dédié aux dieux du pays et de la cataracte, Chnouphis, Saté (Junon), et Anoukis (Vesta), et ce monument révèle déjà l'extrême décadence de l'art en Egypte.
Durant ces trois derniers règnes, l'histoire est muette à l'égard de l'Egypte. Fut-elle heureuse? On est disposé à le croire. Le premier de ces trois règnes fut celui de Titus, mais il fut suivi de celui de Domitien.
C'est dans ces temps-là que le christianisme jeta ses premières racines en Egypte. Saint Marc les arrosa de son sang, et les patriarches de l'Église chrétienne d'Egypte, ou Église copte, se disent ses successeurs. Alexandrie fut d'abord le siège du patriarche depuis saint Marc, qui a eu près de soixante et dix successeurs; mais l'appauvrissement du nombre des chrétiens coptes a porté le patriarche à résider au Caire. Aucun évéque, aucun prêtre ne convoite ces fonctions : les principaux de la nation désignent trois personnages parmi les plus recommandables. Ceux qui sesupposent inscrits dans cette listede candidats, s'enfuient aussitôt dans le désert ; mais le pacha prête des janissaires, fait saisir les fuyards et les fait conduire au Caire, dans l'assemblée, avec les fers aux nieds et aux mains, dont ils ne sont délivrés qu'après que l'élection est faite. A cet effet , on écrit les noms des trois personnes sur autant de billets séparés; on les dépose durant trois jours consécutifs sous le calice pendant la messe, et chaque jour, après la consécration , un jeune garçon tire au hasard un de ces billets de "dessous le calice : celui des trois candidats dont le nom est venu deux fois pendant les trois jours est élu patriarche : titre de suprématie et d'humilité tout à la fois, d'autorité et de privations, \es moyens d'existence étant extrêmement restreints, les devoirs étant multi|)liés ; ayant pour siège d'honneur une sinipk peau de mouton;
L'UNIVERS
étant soumis a une abstinence continuelle, et n'ayant pour tout mobilier que des plats de terre commune etdes ustensiles en bois. Les commencements de cette religion remontent donc à Domitien.
Son successeur Ncrvn n'a rien laissé dans son hjstoire qui interesse éminemment l'Egypte ; son règne fut d'ailleurs très-court. Il reste , au contraire , sur les monuments égyptiens un grand nombre de souvenirs du règne de Trajan, successeur de Nerva. Les juifs continuèrent à se montrer turbulents comme sous les deux règnes précédents; ils luttèrent contre la force publique , réussirent même à mettre en fuite le préfet Lupus , et Trajan se vit dans la nécessité d'envoyer de Rome , avec des forces considérables , Martius Turbo , qui eut longtemps à lutter contre de perpétuelles séditions et des guerres mtestines, causes continues de désolation dans Alexandrie. L'inimitié réciproque des Grecs et des juifs en était toujours la source. Ils ne détournèrent pas le gouverneur de l'Egypte de favoriser la construction des nouveaux édifices publics, ou de continuer celle des anciens. Le grand temple de Philae porte les inscriptions de « l'empereur César, Nerva , Trajon , Auguste, toujours vivant, aimé d'Isis; " à Ombos, l'empereur prend de plus le titre de Germanique et de Dacique ; son nom se lit aussi à Dendérah ; à Philae, il a de plus, sur un autre monument, les titres de soleil seigneur des deux mondes, fils du soleil, seigneur des seigneurs, aimé de Phtha et d'Isis.
Le règne d'Hadrien (l'an 117) fut bienfaisant pour l'Egypte; Martius Turbo termina la guerre des juifs ; il eut le rhéteur Héliodore pour successeur dans cette préfecture. L'esprit turbulent des Alexandrins remplaça les juifs dans les entreprises de désordre.
Les Égyptiens même ne furent pas toujours étrangers à ces causes de trouble. Un nouveau bœuf Apis fut découvert; et les divergences d'opinion au sujet du lieu où il devait être placé occasionnèrent des séditions armées.
Hadrien en fut informé pendant qu'il
visitait la Gaule. Bientôt après il se rendit lui-même en Egypte.
Arrivé à Péluse, il fit restaurer et embellir le monument funéraire dt; Pompée. Il visita toutes les parties de l'Egypte; on frappa des monnaies de bronze commémoratives de ce voyage.
On y voit la ville d'Alexandrie personnifiée, allant au-devant de l'empereur qui arrive monté sur un quadrige ; l'empereur recevant les hommages de la ville ; l'union de la ville et du prince , se donnant la main ; la pompe triora-
[)hale d'Hadrien dans Alexandrie, et es sacrifices qu'il y fit aux dieux. Il est représenté sur une autre de ces médailles voyageant sur le Nil, dans une galère dont la proue est ornée d'une corne d'abondance. D'autres monnaies de ce prince portent l'effigie ou la figure de l'impératrice Sabine , et leur date est de la fin de l'an 14 et du commencement de l'an 15 du règne d'Hadrien , compté selon la méthode égyptienne , ce qui revient à la fin de l'été de l'an 130 de l'ère chrétienne.
iElius Spartianus raconte ce qui suit : « Pendant sa navigation sur le Nil , Hadrien perdit son Antinous , et il le pleura comme l'aurait fait une femme. » Antinous en effet se noya dans le Nil ; Hadrien lui fit décerner des honneurs presque divins , et fonda une ville en son honneur, nommée Antinoé, construite et gouvernée selon les usages des Grecs (voyez notre planche 36). Hadrien , ami des arts , laissa en Egypte des traces nombreuses de son goût et de la protection qu'il leur accordait. Le pronaos du temple d'Esnèh ; le temple au nord de cette ville ; les édifices de Dendérah ; une des portes de Médinet-Habou à Thèbes ; le sanctuaire du temple au sud de l'hippodrome; et l'obélisque qui est aujourd'hui au Monte-Pincio à Rome , son^ des ouvrages de son règne; et cet obélisque porte à la fois le nom d'Hadrien, celui de l'impératrice Sabine, et celui d'Antinous. A ces documents de l'histoire d'Egypte sous Hadrien, on peut en ajouter un autre non moins curieux , et qui est une lettre écrite d'Egypte par l'empereur lui-même,
conservée, dit-on, dans les écrits de Phlégon , son affranchi.
Hadrien écrivait au consul Servianus : « J'ai bien étudié, ?iion clver Servinnus , cette Egypte que vous me vantiez , et je l'ai trouvée légère , inconstante , empressée de toute espèce de bruit. Ceux qui adorent Sérapis sont chrétiens; ceux qui se disent les évêques de Christ sont aussi des dévots à Sérapis; il n'y a pas de chef (le synagogue juive , de prêtre des chrétiens, de devins, d'aruspices, de baigneur qui n'adore Sérapis. On croit même que lorsque le patriarche vient en Egypte il adore Sérapis; d'autres disent le Christ. C'est ici une race d'hommes très-portée à la sédition , à la vanterie , à l'injure ; la ville (Alexandrie) est opulente, riche, productive, et personne n'y est oisif. Il y a beaucoup de tisseurs de lin ; tous prennent et exercent une profession. Les goutteux , les aveugles y sont occupés ; les estropiés même n'y restent pas oisifs.
Ils ont tous le même dieu , et les chrétiens , et les juifs , et toutes les autres peuplades. Plût à Dieu que la ville en fût mieux policée ! digne toutefois , et par son ensemble et par son étendue , d'être la capitale de toute l'Egypte.
Je ne lui ai rien refusé , je lui ai rendu ses anciens privilèges , j'en ai ajouté de nouveaux pour leur faire bénir le I temps présent. Mais à peine en suis-je i sorti qu'il n'est sorte de propos qu'on I n'ait tenus sur mon fils Vérus; et vous j devinerez facilement ce qu'on a pu I dire d'Antinoijs. Tout ce que je leur I souhaite , c'est de se repaître de leurs i poulets qu'ils fécondent d'une manière que j'aurais honte d'indiquer ici. Je j vous ai envoyé des vases de couleurs ! diverses que m'a offerts le prêtre du I temple, et que je destine expressé- '\ ment à vous e^à ma sœur; je désire I que vous vous en serviez avec vos ; convives aux jours de fêtes. Prenez : garde cependant que notre Africanus i n'en use trop à son aise. »
' Hadrien parcourut toute l'Egypte ; ' il alla voir et écouter la statue parlante de Memnon ; l'impératrice Sabine la visita aussi ; et deux inscriptions
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gravées sur cette st^itue ceiliftent qiw l'empereur et l'impératrice entendirent la voix harmonieuse du fds de l'Aurore. Le règne des Antonins fut tempéré pour l'Egypte comme pour le reste de l'empire. Néanmoins l'esprit turbulent à l'excès d€s Alexandrins rendit presque perpétuelles les séditions et les désordres; ils assassinèrent le préfet, et Antonin se rendit en Egypte à la tête d'une armée qui entra victorieuse dans Alexandrie. Durant ce règne , la construction ou l'agrandissement des édifices religieux ne se ralentit pas.
On voit encore parmi les sculptures de la porte d'enceinte de Médinet-Habou , à Thèbes , la figure en pied de l'empereur Antonin , Veprésenté en adoration devant la triade de Thèbes à droite, et devant la triade d'Hermonthus à gauche , et la légende hiéroglyphique le désigne par ces mots : l'empereur Caesar,Titus,yElius,Hadrianus, Antoninus plus. Ce mur d'enceinte et les propylées de Médinet-Habou sont en effet l'ouvrage d'Antonin. Son nom est très-fréquent sur les monuments de l'Égvpte ; on le retrouve à Dendérah , Esnèh , Pliilae , et à l'Oasis del Khardjeh. Plusieurs inscriptions grecques d'Egypte datent du règne de ce prince.
L'une d'elles annonce que le secos et \e pronaos du temple de Kasz-Zayan, dans la grande Oasis , ont été construits dans la 3* année de son règne.
Les noms des empereurs Marc-Aurèle et Lucius- Vérus se lisent aussi sur quelques édifices égyptiens, notamment sur la corniche du petit tem- Ele de Philae. Sous leur règne, des andes armées troublaient la tranquillité de l'Egypte ; un homme intrépide , nommé Isidore , secondé par un prêtre égyptien , les conduisait , et elles répandaient partout le désordre et la désolation. Elles attaquèrent même Alexandrie à force ouverte; mais Avidius Cassius réussit à les vaincre et à les exterminer. Fier de ses victoires, et la fin de Marc-Aurèle approchant, excité même , dit-on , par l'impératrice Faustine, Avidius se fit proclamer empereur; mais il fut bientôt après misa mort ainsi que son fils Métianus, gou-
LLjNIVERS.
verneur d'Alexandrie. I.a magnanimité de Marc-Aurèle ne put les sauver ; mais l'empereur pardonna à leurs partisans, et il fit brûler tous les actes de l'autorité de ce rebelle , sa correspondance même , sans la lire. Arrivé à Alexandrie, Marc-Aurèle se concilia le respect de tous par sa clémence et par sa sagesse. Néanmoins l'état de l'Egypte sons les Antonins ne fut pas un état de paix et de bonheur. Les douceurs de leurs règnes lui furent presque inconnues; l'Egypte s'en priva par sa propre turbulence. Le règne de Commode ne pouvait lui promettre plus de bonheur; le nom de cet empereur se retrouve cependant sur un petit temple à Contra-Lato, ainsi que sur la partie postérieure du pronaos d'Esnèh. Dans ces mêmes circonstances , les chrétiens se multipliaient, et ils obtenaient quelque tolérance pour leur culte, quand d'ailleurs l'antique religion égyptienne était encore la religion de l'Ëtat, la seule protégée , Isis et Osiris conservant leurs divine^ attributions dans l'Egypte habitée par les Grecs , les Romains , les juifs , et les peuplades venues de toutes les parties de l'Orient.
On ne sait rien des premiers successeurs de Commode qui puisse intéresser l'histoire de l'Egypte. On frappa à Alexandrie des monnaies à l'eftigie de Pertinax et de Tatiana sa femme; mais on n'en connaît point des chefs éphémères qui vinrent après lui, jusqu'à Septime-Sévère.
Cet empereur, vainqueur de ses rivaux , resta maître de l'empire ; Pescennius Niger tenait cependant encore en Orient , et l'Egypte s'était déclarée pour lui. Alexandrie avait fait écrire sur ses portes : Niger est le maître de cette ville. Septime-Sévère marcha en personne pour la soumettre , et le peuple d'Alexandrie alla au-devant de lui , et s'écriant : Niger est le maître de cette ville, mais tu es le maître de Niger. L'empereur se contenta de ce subterfuge; et, par une innovation remarquable et contraire aux principes établis par Auguste , il donna un sénateur pour préfet à l'Egypte, et à Alexandrie un sénat particulier. Eu
même temps ( l'an 202) , les chrétien* furent persécutés en vertu d'un édit du même souverain. Le père et des disciples d'Origène y trouvèrent la mort ; Origène , comme chef de l'école d'Alexandrie, entama ses démêlés avec Démétrius qui en était le patriarche ; l'empire et l'Egypte en ressentirent les cruels effets; et Aëtus et Aquila s'y succédèrent comme préfets.
Les deux fils de Septime-Sévère parvinrent à l'empire; mais Géta fut immolé par son propre frère Caracalla :
on trouve cependant à Esnèh , parmi les sculptures du pronaos , les noms de ces deux souverains. Caracalla flt proscrire le nom de son frère dans tout l'empire , et il ordonna que ce nom frtt effacé des monuments publics ; cet ordre s'exécuta en Egypte même : sur le pronaos d'Esnèh le nom de Géta est martelé, mais il y est encore lisible au moyen des traces évidentes des signes primitivement sculptés. C'est, on doit le remarquer, le dernier empereur dont le nom subsiste dans les inscriptions hiéroglyphiques. On en trouve encore la trace sur une inscription grecque relative à l'ouverture de nouvelles carrières de granit près de Philae.
Du reste , le préfet d'Egypte n'avait garde de désobéir aux édits de l'empereur; il connaissait la fougue cruelle de son caractère. Caracalla se rendit en Egypte , averti des épigrammes que les Alexandrins débitaient contre lui ; et, à peine entré dans Alexandrie, il livra la ville entière à la brutalité de ses soldats; un grand nombre de citoyens sont égorgés dans un massacre qui dura une nuit et un jour (l'an 216).
Sous les règnes d'hommes tels que Macrin et Hélogabale, l'empire ne pouvait jouir d'aucune paix , d'aucune félicité. Les fureurs intestines redoublèrent d'ardeur. Le règne d'Alexandre-Sévère en suspendit temporairement les effets; aussi trouve-t-on son nom dans uneinscription grecqued'Antinoé, qui nous annonce que le sénat de cette ville, dont l'administration était toute grecque, a élevé une colonne en l'honneur de ce sage empereur, qu'elle qualifie de pieux, heu-
EGYPTE
reux , nugustp , Pt à .Tulia Mainméa- AtiKiista , mère de l'empereur et des invincibles armées. Les lettres et la philosophie furent florissantes en Egypte durant ce règne.
Durant les règnes suivants , tous éphémères , il n'y eut de durable que les malheurs publics; ils naissaient quelquefois de la persévérance des Egyptiens dans leurs anciennes croyances , et des efforts que faisaient' les croyances nouvelles pour parvenir à la domination. Un prophète égyptien excita ses partisans contre les chrétiens; et les maisons des chrétiens , déjà en urand nombre, furent pillées : la ville (l'Alexandrie en fut profondément troublée. De nouveaux désordres éclatèrent sous le règne de Décius (l'année 250) ; les chrétiens furent de nouveau persécutés; ils se réfugièrent dans les déserts de la Thébaïde, et donnèrent ainsi les premiers exemples de la vie solitaire et monastique. Saint Denis , évêque d'Alexandrie, a raconté luimême des événements semblables , et il en désigne pour auteur un archisynagogue , un magicien ou chef de magiciens ; ce nui ferait,supposer l'association des Juifs et des Égyptienscontre les disciples du Christ, et nous montrerait l'autorité romaine favorisant ces divisions qui la rendaient plus puissante.
Eu attendant, quelques formes de gouvernement étaient changées en Egypte au gie des volontés du chef de l'État; il y eut un commandant en chef et ensuite un comte d'Egypte, le préfet subsistant toujours; mais ces créations nouvelles devaient, par la suite, porter à son autorité des atteintes qu'il est difficile d'apprécier aujourd'hui. Durant les mêmes temps, la fureur religieuse des dévots à Isis et à Osiris ne se ralentissait pas; on en a recueilli la preuve dans les inscriptions encore subsistantes, datées du règne des Gordien et des Philippe, et qui rappellent les actes d'adoration aux antiques divinités du pays, accomplis par des faniilles égyptiennes dan.*) les temples de rfigypte et dans ceux de la Nubie égypt eone. Ce sentiment religieux n'était
chez les Egyptiens qu'une des nombreuses preuves de leur opposition à la conquête romaine, et, faute de mieux , ils secondaient toutes les usurpations sur l'autorité impériale. Ils s'associèrent à Émilius et à Macrin; de profonds désordres, la guerre, la famine et des maladies contagieuses , en furent la conséquence; et, selon des recensements qui pourraient être authentiques, le nombre des individus de l'âge de quatorze ans à quatre-vingts ans, dans la population réduite par ces fléaux, ne dépassait pas le nombre des individus de quarante à soixante et dix , constaté dans l'ancienne population. La succession des petits tyrans à l'autorité souveraine en Egypte ou sur l'empire même ajoutait aja violence de ces calamités. En l'année 269, la reine Zénobie, favorisée par l'empereur Gallien, s'essaya à de plus hautes destinées; elle entreprit la conquête de l'Egypte, secondée par les immenses richessesaccumulées par elle et par ses sujets à Palmyre, devenue l'un des entrepôts du commerce de l'Orient. L'Egypte, impatiente du joug romain , ne voulait pas se prêter à être asservie par une nouvelle invasion, et tenta de résister à Zénobie. La reine vainquit l'armée égyptienne, s'empara d'Alexandrie, en fut bientôt après chassée, et y rentra de nouveau avec le secours d'une nouvelle armée amenée de Palmyre. IMais la reine, vaincue enfin par'Aurélieu dans sa propre capitale, servit à l'ornement du triomphe de l'empereur (l'année 272). Bientôt après, un commerçant d'Alexandrie se déclara le chef de l'Egypte, se vantant de pouvoir entretenir une armée avec les seuls bénéfices de sa fabrique de papyru^s. Son influence s'étendit sur toute l'Egypte; les Blemmyes et les Arabes étaient étroitement liés avec lui par les relations de commerce. Firmus prit donc la pourpre, le titre d'Auguste, et frappa des monnaies à son effigie : les Alexandrins le secondèrent ; il les insurgeait au nom et par l'espoir de In liberté; mais il se défendit en vaii- dans trois batailles, il fut vaincu, pris et mis à mort : l'F.gyptc rentra de nou-
L'UNIVERS
veau sous les ordres de l'empereur.
Aurélius Probus y couiinanda en son nom , et il tâcha de réparer les effets des dernières catastrophes, en rétablissant les édifices publics, et assurant la navigation du Nil par des travaux exécutés par l'armée. Mais la haute É[!;ypte n'était pas encore pacifiée quand Aurélit-n, et Tacite son successeur, furent assassinés. Aurélius Probus prit la couronne impériale, réduisit la haute Egypte à l'obéissance, punit exemplairement les villes deCoptos et de Ptoléniaïs, et donna le commandement de l'Orient à l'un de ses généraux, Sextus Julius Saturninus, originaire de la Gaule. Aussitôt que Probus eut quitté l'Egypte, Saturnmus se proclama ou fut proclamé empereur par le peuple d'Alexandrie'; mais il périt bientôt après, laissant l'Egypte tout entière soumise à l'autorité de l'empereur.
Néanmoins Saturninus eut un successeur dans Achillée, préfet de l'Egypte.
Dioclétien et Maximjen étaient parvenus au trône, et l'Egypte, avec le reste de l'Orient, était échue au premier de ces deux empereurs associés au trône. Dioclétien entreprit de réduire l'Egypte, plaça le siège devant Alexandrie, coupa lès canaux du Nil qui approvisionnaient cette ville immense, et s'en rendit maître après une tranchée ouverte pendant huit mois. Rien n'égala jamais la cruauté du vainqueur : la ville fut soumise au fer et au feu, ses habitants furent livrés à la fureur de la soldatesque , toutes les propriétés au pillage et à la destruction.
Un auteur chrétien raconte que Dioclétien avait donné l'ordre à ses soldats de ne faire cesser le carnage que lorsque son cheval aurait du sang jusqu'aux genoux. Heureusement, ajoute l'historien, le cheval s'abattit, ses genoux furent teints de sang et le carnage ce^sa. C'est du règfle de Dioclétien que date l'ère de son nom qui fut établie en ï.gypte, et qu'on appelle aussi l'ère des martyrs : elle commença le 13 juin de l'an 284 de l'ère chrétienne.
La victoire de Dioclétien sur Achillée fut conune une seconde conquête de l'F.gypte par l'aigle romaine. Revenu à
des sentiments plus humains, quand son autorité fut partout reconnue, Dioclétien s'occupa du rétablissement de l'ordre et des lois en Egypte. Il fit un traité avec les Blemmyes, et leur céda une grande étendue de territoire au midi de Syène et de la première cataracte; il leur promit une solde à la condition qu'ils défendraient la frontière de l'Egypte. Mais les persécutions contre les chrétiens recommencèrent, quoique une certaine communauté d'infortune eût ralenti les haines mutuelles que nourrissaient les chrétiens et les sectateurs des croyances opposées , rapprochés, pour ainsi dire, par leur opposition commune à l'autorité romaine : on vit des dévots égyptiens sauver les dévots chrétiens qui se confiaient à leur foi. Cependant les divisions par les croyances religieuses s'envenimaient par les discussions et les écrits des hommes instruits des deux opinions; les supplices infligés au nom de l'autorité impériale n'arrêtèrent jias les progrès du christianisme. Sur ces mêmes entrefaites, et quand de nouvelles carrières de granit furent ouvertes à Syène, on en tira une colonne de très-grandes proportions qu'on érigea à Alexandrie en l'honneur de Dioclétien, comme le prouve l'inscription grecque tracée sur le piédestal de cette colonne : c'est celle qu'on appelle vulgairement colonne de Pompée [pi. 84).
Toutefois, le nouveau partage de l'empire fait par Dioclétien affaiblit de plus en plus l'autorité souveraine; des chefs indépendants se montraient partout; les guerres intestines, les guerres étrangères s'ajoutaient à toutes les autres calamités, et les empereurs passaient aussi sur le trône comme une autre sorte de calamité ajoutée à tant d'autres. Ainsi s'écoulèrent les années depuis Dioclétien jusqu'à Constantin.
Celui-ci transporta le siège de l'empire à Byzance, qu'il nomma Constantinople; il modifia sensiblement le gouvernement de rÉgypte, comme il avait modifié par ce grand acte de politique le gouvernement de Rome et de l'empire. Les usages et le climat de l'Orient eurent la plus grande influence
EGYPTE
sur ces cliaiigements. Le préfet du prétoire de l'Orient avait l'Égypte dans ies attributions, mais ce préfet n'avait )lus !e commandement des troupes : ce îommandenient appartenait à une des (ersonnes placées- auprès de l'empeeur. L'Egypte était une des provinces rentières^ un comte était chargé de aii'.vjrité sur ces frontières; les conributions qu'on levait étaient partages entre le trésor public et le fisc ou résor du prince; le préfet augustal 'avait presque plus à s'occuper que es travaux du Nil et du transport des lés a Constantinople. Les présidents es provinces contrariaient plutôtqu'ils e secondaient son autorité : le présient (Je la Thébaïde fut bientôt l'égal j préfet. On poussa l'esprit d'innovaoti jusqu'à changer le nom des prinpciles contrée; l'Heptanomide fut apïlee .■/7-cadie, d'Arcadius, fils de heiidose, et la partie orientale de la isse Egypte reçut le nom lïAugus- ■miùque; on multiplia ensuite le )inbre des provinces afin de les gou- Tiier plus lacilement; mais on ne fit le multiplier les moyens d'exaction, |):ir la les motifs de mécontentement 'lierai.
Les scissions^ éclataient en même inps dans l'Église chrétienne, et rius, qui ne fut point élu à l'évêché Alexandrie, fonda une doctrine qui, us le nom d'Arianisme, troubla longmps la paix de l'Église; et, quand un ncile fut assemblé à Nicée (l'an 325) ur examiner cette doctrine, près de nt évêques de l'Egypte ou de la Libye • trouvèrent réunis; mais l'état de nfiision dans les affaires de l'Egypte cessa pas pour cela , et quoique la nversion de Constantin eût donné is d'iiifluence au christianisme. Les itributions publiques du blé étaient esque devenues dépendantes de l'auite des evêques, et elles les assimient en quelque sorte aux préfets ils; mais les évéques n'échappaient int à la peine d'un tel privilège, nvic et l'injustice les accusaient, et elque partialité de leur part envers irs fidèles put exciter aussi de justes juntes. Saint Athanase fut accusé,
et réduit à se justifier devant un concile qui le relfeva de ces accusations (l'année 340). Mais le temps vint où ces dissensio* dogmatiques dégéoérèrent en anarchie, le peuple et l'armée ayant été admis et même appelés à y prendre part. Aussi l'épiscopat de Grégoire le Cappadocien fut-il une suite de calamités pour l'Egypte Grégoire poursuivit pendant cinq années entières les partisans de saint Athanase. Les doctrines de ce prélat furent condamnées par le concile de Milan (en l'année 351), et l'empereur Constance sévit contre les condamnés. L'Egypte devint bientôt après la proie de tous les délégués de l'empereur, et les chrétiens, après avoir échappé aux fureurs des païens, succombaient sous les coups de leurs propres frères : on s'égorgeait déjà pour de subtiles doctrines.
Un nouvel évêque fut envoyé par l'empereur; cet évêque se nommait George, et telle fut l'autorité dont il était investi , qu'il réussit à faire établir une taxe sur chaque maison d'Alexandrie, parce que la ville, rebâtie par Hadrien aux dépens du fisc, appartenait, disait-il, aux Césars. Cet évêque se livra en même temps à de lucratives spéculations sur le salpêtre (le natron vraisemblablement) et sur les manufactures de papyrus. Les opnrimés n'avaient pour consolation que la faculté de consulter l'oracle d'Aoydos sur la durée probable de la vie de l'empereur; les plus curieux furent exilés et condamnés à mort.
Le règne de Julien fut plus favorable
four les Égyptiens demeurés fidèles à ancien culte maternel, et le préfet d'Egypte annonça comme une heureuse nouvelle, à l'empereur, qu'on venait, après de longues recherches, de découvrir un nouveau bœuf Apis. La religion égyptienne était ouvertement favorisée par Julien , et le christianisme en ressentit une réaction qui lui fut funeste. Julien témoignait de la dévotion pour Sérapis, et c'est par ce dieu qu'il jura, en écrivant au préfet Ecdice, que si Athanase, qui était rentré à Alexandrie, n'en sortait pai sans délai , les troupes aux ordres du préfet,
L'UNIVERS
pjiyeraieiit une amende de cent livres
Durant les règnes suivants, toutes les affaires de l'Egypte ont la couleur (fwe devait leur donner la suite des dispensions religieuses qui agitaient cette contrée depuis tant de cruelles années , •et qui se compliquaient par les faveurs 'que les empereurs, qui se succédaient rapidement sur le trône, accordaient ■tantôt aux Ariens, tantôt aux catholiques; les païens inéme eurent leur tour avec leur Sérapis, la seule des antiques divinités dont ils paraissent ■conserver encore le souvenir, le nom ■et le culte. Du reste, les patriarches chrétiens n'épargnaient pas les païens, •et si un préiét persécutait les moines •et les solitaires de la Thébaïde, un ■évoque chassait les prêtres de leur temple de Sérapis et faisait démolir le temple de Canope.
Le règne de Théodose (379 à 395) apporta quelques adoucissements à tant <le maux divers; cependant le nouvel «mpereur ordonnait de faire fermer les temples des dieux égyptiens , et l'Egypte demandait un roi pour elle seule; l'empereur lui envoyait des lois sévères pour maintenir les habitants dans le devoir, en même temps qu'une certaine tolérance , commandée par la nécessité , laissait quelque relâche aux prêtres d'Osiris et de Sérapis. Un nouvel évêque, Théophile, patriarche d'Alexandrie, dominé d'un zèle ardent, mais peu éclairé, s'alarma de cette tolérance; il obtint un nouvel édit de l'empereur, qui ordonna la destruction des temples égyptiens , et l'exécution en fut couliée à Théophile seul, le préfet et le comte étant, à cet effet, mis sous ses ordres. L'autorité de Théophile seconda son zèle fanatique; les autres évéques d'Egypte se livrèrent à la même opération dans leurs ressorts, et, du même coup, l'ancienne religion de l'Egypte était plus persécutée, et les évêques chrétiens obtenaient plus d'influence et d'autorité. Déjà, depuis Constantin, la police des mœurs leur avait été confiée; il fut ordonné aux magistrats de faire exécuter leurs senici'ces. En raimcc 408, Tenipercur
voulut et prescrivit que la sentence de l'évêque, en matière temporelle, fût exécutée sans appel, comme t'étaient les sentences du préfet du prétoire. Les débris des temples égyptiens servaient à l'édification des édifices chrétiens; quelquefois de simples badigeonnageS suffisaient à cette métamorphose, et il existe encore des chapelles d'Ammon ou d'Osiris qui sont devenues des chapelles de la foi chrétienne, et ont été consacrées à saint George ou à d'atitres saints, au moyen d'une couche de chaux passée sur "les anciennes sculptures égyptiennes, et de la figure dt saint misérablement peinte sur le re plâtrage. Toutes les institutions de l'Ë gypte prirent ainsi les couleurs ài christianisme; le nilomètre d'Alexan drie fut établi dans une église; les édi fices de Canope servirent au monastère qui conserva l'antique droit d'asile qu* les Égyptiens y avaient institué, et le; moines de Syrie et d'Egypte parcouru rent les villes, dont jusqu'ici l'eiitréi leur avait été interdite. On rapporte , la même époque la cessation de l'usag' des anciennes écritures égyptiennes elles, ne furent plus pratiquées que pa les Égyptiens encore fidèles à l'anciei culte, et dont la race s'éteignit pou toujours au septième siècle^ de l'èr chrétienne, ne laissant pour héritier de leur science que des affiliés dans dei sociétés secrètes, peu fidèles eux-méine aux anciennes doctrines.
Des désordres du Bas-Empire, q»
affligèrent toutes les possessions impé riales en Orient et en Occident gypte en eut sa bonne part. Ce qi domine tous les faits de cette épo(^ de transmutations politiques et reli "ft gieuses, c'est le christianisme s'élevar dominateur sur toutes les ancienne ii(« croyances, s'insinuant peu à peu dan l'action de l'autorité civile, s'en empi rant successivement, se substituant elle, et la faisant agir enfin avfWsil toute l'ardeur que donne la convictio de travailler pour la félicité publiqu( Mais ce qui n'est pas moins digne tjtdi remarque, c'est la persévérance d(J|ii| dévots égyptiens dans leur culte malg les persécutions, l'exil et )a mort:
EGYPTE
est juste de dire aussi que Tautorité publique se montra temporisante, et attendit du temps ce que le temps seul pouvait réaliser.
Après le partage de l'empire entre Arcadius et Honorius, fils de Théodose, les désordres ne cessèrent pas, parce que la tyrannie du fisc entraînait avec ses déprédations toutes les autres tyrannies ; on avait beau faire de honnes lois pour la police de l'Egypte, l'administration des canaux du ]\il; il fallait d'abord que la population fTit heureuse et par conséquent paisible, et elle ne pouvait être ni l'un ni l'autre, livrée comme elle l'était aux exactions de toute nature : une loi ordonnait de brûler vif quiconque serait convaincu d'avoir percé une des digues du Nil; mais, en même temps, l'empereur dépouillait les habitants de leurs terres ipour se faire des domaines impériaux.
Aux premières années du cinquième siècle, de grands esprits ravivaient par leurs écrifs l'ardeur des controverses religieuses. Alors luttaient entre eux Théophile, saint Jean Chrysostôme, saint Épiphane, saint Jérôme , au sujet des écrits d'Origène. Les théologiens de Constantinople se battaient contre ceux d'Alexandrie; on en venait aux mains; des morts restaient sur le jcbamp de bataille; d'immenses richesses étaient dépensées dans ces déplorables contestations.
Le pouvoir des évéques s'accroissait néanmoins, et les empereurs y contriluaient par leur condescendance pour es officiers ecclésiastiques. Les corlorations qui se formaient sous leur irotection étaient de puissants auxiiaires de leurs entreprises, et contreolançaient l'autorité du préfet et des jx)upés à ses ordres. La jalousie éclaait en proportion de ces avantages iarmi les autres nations ou les autres îroyances établies en Egypte : le sang wulait dans Alexandrie, par suite de »mbats et de guet-apens entre les :hrétiens et les juifs, à cause d'un danieur du théâtre. Saint Cyrille chassa es juifs de la ville, secondé par les noines du désert , qui étaient accourus ir :omme troupes auxiliaires, et qui.
rencontrant le préfet de l'empereur, l'accablèrent de pierres et l'obligèrent à prendre la fuite ainsi que les hommes de sa suite, la plupart couverts de blessures et de sang. ]\fais le peuple vola au secours du préfet; le meneur de la sédition fut arrêté et coudanmé; il expira sous les verges des licteurs, mais saint Cyrille prononça publiquement son éloge et l'honora du titre de martyr.
Alors brillait de tout l'éclat d'une rare beauté et d'un grand talent Hypathia, fille du mathématicien Théon, qui enseigna publiquement Aristote et Platon aux écoles d'Athènes et d'Alexandrie, et sa vertu ne le cédait pas à sa science. Les affidés de saint Cyrille , les troupes auxiliaires fournies par les corporations religieuses, s'at troupèrent un jour auprès du char d'Hypathia, l'en arrachèrent de force, la mirent en pièces et jetèrent ses lambeaux dans les flammes. Les parabolans, séides de saint Cyrille, furent les auteurs de cet horrible assassinat, conduits par Pierre, lecteur de l'Église d'Alexandrie, et ce meurtre ne fut pas vengé : les lois et l'empereur restèrent muets; seulement, il fut défendu aux clercs de prendre part aux affaires publiques; le nombre des parabolans fut limité à cinq cents, et le préfet fut revêtu du droit de les nommer; concessions de pure circonstance! Deux, années après, la nomination de ces clercs-soldats, capables de toutes les violences et de tous les excès, fut rendue aux évéques (l'an 418).
Pour les temps postérieurs à l'épiscopat de Cyrille, le tableau de l'état de l'Egypte n'est pas moins affligeant; la vénalité était l'âme des conseils de l'empereur, le brigandage était légalement organisé dans les provinces; les querelles religieuses ajoutaient leur veniu et leurs douleurs à tant d'autres plaies publiques; Nestorius attaquait saint Cyrille «t se faisait condamner au concile d'Éphese (431); l'Église d'Alexandrie s'endettait de quinze cents livres d'or pour acheter ce jugement.
Avec le successeur de saint Cyrille, la chrétienté devenait sectaire d'£uticbèa
L'UNIVERS
en Egypte , et était destinée à se maintenir telle jusqu'à nos jours; le concile (i'Éplièse, par sa turbulence, recevait le titre de brigandage d'Éphèse; Diodore, patriarche d'Alexandrie, défendait publiquement le ravisseur de la femme d'un honorable sénateur; l'empereur Marcien déposait le patriarche; et, pendant que ces affreux désordres ruinaient les affaires publiques à l'intérieur, les Sarrasins se jetaient sur la Syrie, et les Blemmyes faisaient avec succès de nouvelles incursions armées dans la haute Egypte : l'ennemi extérieur venait ajouter par ses conquêtes à cet ensemble de germes de désordre et dédestruction. Les Blemmyes furent repoussés, mais ils demeurèrent toujours menaçants et prêts à toute entreprise contre l'Egypte.
La rapide succession des empereurs sur le trône de Constantinople , et les variations plus rapides encore qui en résultaient dans les principes de l'administration publique à l'égard de l'em- I)ire d'Orient en général; d'autre part, es inextinguibles querelles sans cesse renaissantes à Alexandrie entre les partisans et les antagonistes des doctrines d'Eutychès, querelles soutenues à main armée, révélaient assez haut le malheureux état de l'Egypte durant la seconde moitié du cinquième siècle.
Les empereurs s'efforçaient en vain de ramener tous les Orientaux à la même croyance; leurs décrets d'union ne faisaient que rendre plus profondes les divisions et les haines; nulle part on ne reconnut l'empereur pour l'arbitre et le juge de la foi : le nombre des sectes différentes de l'hérésie des Acéphales eutychéens ne s'élevait pas à moins de dix. Que dire ensuite des six prélats qualifiés d'hérétiques qui occupèrent le siège d'Alexandrie depuis le règne de Zenon , et de l'édit par lequel cet empereur avait porté à cinq cents les cinquante livres d'or que l'Egypte avait payées jusque-là annuellement?
Son "successeur Anastase perfectionna la levée des impôts, c'est-à-dire les rendit plus productifs pour le fisc , plus accablants pour le peuple. Des calamités nouvelles fondirent à la fois
sur la malheureuse Egypte : les Mari ques ravageaient la Libye et une parti du territoire égyptien; une nuée d traitants insatiables, à la tête desquel étaient les parents de Marin, délégu de l'empereur, exploita le pays; un affreuse sécheresse se déclara; les sau terelles, plus affreuses encore, rava gèrent la Palestine, et l'Egypte fu chargée de payer les impôts que le fis ne pouvait pas lever dans la Palestine enfin une famine et une peste survin rent et durèrent jusqu'à la fin de c règne : et des séditions religieuses ajoutèrent leur cruel concours.
L'avènement de Justin ne ralenti pas les effets de tant de maux ; il ou vrit la voie à de nouvelles réactions Justin, catholique déclaré, protégai ouvertement les antagonistes d'Eu tychès; les émeutes et le meurtre ei furent toujours la suite, et cette ardeu des disputes, trait caractéristique de- Alexandrins, ne permet pas de leu refuser cette vivacité d'esprit qui es trop justifiée par leurs propres mal heurs, et par cette particularité d'ui édit de l'empereur Justin , qui , bannis sant les comédiens et les danseurs d toutes les villes d'Orient, en excepfc la ville d'Alexandrie; et cependan c'était au théâtre que prenaient nais sance les disputes et les révoltes.
En nommant les empereurs succesi seurs de Justin, et en rappelant I.
plupart de leurs actions , on sera trof souvent autorisé à les considère" comme ayant oublié leur autorité sou« veraine pour descendre au rôle abjew de chefs de sectes religieuses.
Durant le règne de Justinien, le entreprises^ des Perses dans le voisii nage de l'Egypte , et les alliances d l'empereurd Orient avec le roi d'ÉthiOi pie dans l'intention d'attirer à Alexan drie le commerce de la soie ; le choii de Narsès pour s'opposer en Libyl aux incursions des Sarrasins et de Blemmyes, font quelque diversion la destruction du temple d'Isis à Phila par ordre du même empereur, au:
violences exercées par son ordre contwfl les prêtres de la déesse , à l'enlèvemeni j de sa statue envoyée à Constantinople î
EGYPTE
3 In sévérité du fisc forçant à s'exiler les citoyens qui ne pouvaient satisfaire à des taxes exorbitantes, à la suppression de l'école de droit existante à Alexandrie, à l'inoendie de la ville, ordonnée par Narsès, parce que les corps de métiers , les nobles et le peuple refusaient de reconnaître pour évéque Théodose protégé par Théodora , d'abord comédienne, et alors impératrice et chef de secte. Cette protection ne défendit cependant pas Théodose ; il fut chassé , remplacé par Zoïle, qui fut chassé à son tour, qui proposa de payer quatorze cents marcs d'or sa réintégration , et qui eut pour successeur Apollinaire, l'un des généraux de Justinien , évêoue guerrier, qui entra à Alexandrie dans un appareil tout militaire; et, ôtant tout a coup son habit de chef des troupes , se montra aussitôt revêtu de la robe de patriarche. Hué , assailli par la multitude , il la fit châtier par ses soldats, et se vengea par la mort d'un grand nombre de chrétiens égorgés par ses satellites.
Justin IKl'an 565), parvenu au trône , envoya son propre neveu comme préfet en Egypte ; il le fit bientôt après mettre à mort, soupçonné de conspiration.
Sous Tibère Constantin, la secte ; des Jacobites s'établit définitivement , ', destinée à survivre à toutes les autres , ! et à constituer l'Église réelle des chréi tiens d'Egypte , qui subsiste encore de l nos jours.
Son successeur Maurice rétablit sur ! le trône le roi de Perse qui devait , peu
• d'années après, s'emparer de l'Egypte.
Porté sur le trône par le succès de ■ ses crimes , Phocas rend un édit qui ' exclut les Égyptiens des honneurs et des charges de l'État. Une sédition en fut la conséquence; mais l'empereur fit baptiser par force tous les juifs d'Alexandrie.
. Héraclius lui succéda sans rien di-
• minuer de sa rigueur contre les juifs ; la secte jacobite était animée de l'esprit égyptien, éminemment opposé à l'autorité romaine, et il servait de lien à toutes les résistances. Le Jacobite fut regardé comme le véritable
citoyen égyptien ; et cette qualification était comme un mot de ralliement contre toute autorité étrangère. Ces Jacobites ou Coptes avaient conservé l'antique langue nationale; leurs livres liturgiques étaient écrits dans cet idiome, autre élément d'agrégation qui devait puissamment fortifier leur union, et les séparer plus profondément des autres associations qui parlaient et écrivaient les langues grecque, hébraïque ou syriaque, idiomes consacrés par la religion et IHisage. La population égyptienne , par l'effet inévitable du temps , se retrouvait ainsi maîtresse de son propre sol , et pouvait y dominer par le nombre , la force et la richesse : elle pouvait facilement reprendre son indépendance , et la conquérir sur la frélé et caduque existence de l'empire d'Orient: mais un autre maître survint, jeune et vigoureux , qui déjà remplissait l'Orient de ses succès , et qui priva pour longtemps l'Egypte des avantages de la liberté.
Les Perses conquirent la Syrie (an 614) : les fugitifs se rendirent à Alexandrie ; et le patriarche , possesseur de sommes immenses perçues sur la piété des fidèles , possédait en outre quatre mille livres d'or, trouvées dans le trésor épiscopal lors de son exaltation; trésor dont l'origine remontait à la spoliation des riches temples de l'Egypte égyptienne. Il en\oya au patriarche de Jérusalem , qui manquait de tout, mille pièces d'or, mille sacs de froment , mille sacs de légumes , mille livres de fer, mille caisses do poissons secs , mille vaisseaux de vin, et mille ouvriers. Mais , deux années après, les Perses s'emparèrent d'Alexandrie, secondés peut-être par les juifs toujours secourables à ceux qui les payaient, et peut-être par les Coptes, qui pensaient à se débarrasser d'abord de l'antique domination des Romains. Mais les deux peuples étrangers à l'Egypte devaient l'avoir quelque temps encore en partage.
Pvéanmoins un Copte d'une noble origine , et l'un des plus riches citoyens , fut chargé du gouvernement de' rf^gypte : il se nommait Makaukas
L'UNIVERS
et, s'il était de la destinée de l'empire de préparer lui-même la perte de cette province, rien ne pouvait mieux concourir à ce résultat que de confier l'Egypte , dans ces circonstances , à un Égyptien puissant parmi ses compatriotes. Ses entreprises ne réussirent pas d'abord; mais Makaukas fut un des instruments de la nouvelle révolution qui s'opéra en Egypte. Vers l'an 630, le patriarche George mourut et i'ut remplacé par un prêtre nommé Cvrus , sectateur du monothélisme , honnne d'ailleurs inquiet et brouillon.
Le patriarche des Jacobites fut constamment son rival , et ses brebis n'en furent pas moins portées à la rébellion. Cyrus lia des intelligences secrètes avec Omar, le lieutenant de Mahomet; il avait pour but d'éloigner ce calife de l'Egypte au moyen d'un tribut annuel , dont Makaukas fournit le premier payement envoyé à Médine. Iléraclius s'indignait de telles menées.
L'empereur ne trouva d'autre expédient contre les malheurs qui le metiaoaient , que celui de donner à ce même Cyrus l'autorité suprême en Egypte. Makaukas y conservait son pouvoir, mais secondaire , étant à la tête de la population copte; Benjamin, patriarche copte, ne haïssait pas moins l'empire : Cyrus , Makaukas et Benjamin étaient, dans leur cœur, les alliés des Arabes qui devaient les délivrer du joug des Romains.
Amrou battit les troupes de l'empereur, s'avança triomphant en Egypte, et s'empara de la ville de Mesrah où Makaukas commandait. De ce lieu Amrou , lieutenant d'Omar, s'avança vers Alexandrie : la population accourait fournissant des vivres , témoignant toute sa joie, proclamant sa défection. Les Grecs, fidèles. à eux-mêmes et abandonnés par les Égyptiens , résistèrent en désespérés. Ils subirent 1;ïs horreurs d'un siège de quatorze mois dans Alexandrie, qui fut prise
en l'année 641 , et avec elle le reste de l'Egypte devint la proie du vainqueur.
Reprise par les Grecs , la ville tomba (le nouveau au pouvoir des Arabes. Ce fut en vain que Constant II, fils de Constantin , envoya en Egypte une flotte et une armée pour rétablir l'autorité impériale dans Alexandrie ; à la vue de la flotte , les Grecs qui se trouvaient dans la ville prirent les armes et en chassèrent les Arabes. Amrou avait été remplacé par Abdallah ; les Coptes redemandèrent Amrou , comme seul capable de les défendre : ils avaient un pressant intérêt à ne pas retomber dans les mains des Grecs. Amrou revint; Makaukas le reçut avec joie, réunit à l'armée arabe une multitude de Coptes ; et les Arabes et les Coptes , musulmans et chrétiens alliés, attaquèrent Alexandrie, l'enlevèrent, en démolirent les fortifications , et l'islamisme s'établit souverainement en Egypte, oiî il domine encore par l'effet des mémorables victoires d'Amrou, secondé par les Égyptiens qui pensaient à rendre quelque indépendance à leur patrie, et ne lui donnèrent qu'un nouveau maître.
L'occupation de l'Egypte entière par les Arabes marque la fin de la tâche que Je m'étais imposée. Elle embrasse tous les temps historiques anciens, et s'étend jusqu'à l'époque où le mélange confus, opéré par la main du hasard, de toutes les doctrines de la philosophie ancienne , donna naissance à UQ monde nouveau destiné, dans notre Occident, à survivre à tous les établissements du monde ancien, et à Rome elle-même , qai , concentrant en soi tous les temps antérieurs, devait enfanter pour les temps à venir le type de l'unité sociale qui est le véhicule el la vie même de la civilisation moderne.
JNotre planche 92 est un modèle de l'archilecture arabe en Egypte; c'est une des principales portes de la ville (lu Kaire.