‹ Égypte et PalestineChapitre 20 sur 94 · GARÇONS · texte numérisé non relu

GARÇONS

Aujourd’hui, 4 mars 1862, je vois Méhémed-Ali-Bey à l’École de médecine. Pour m’être agréable, il pratique devant moi deux circoncisions, l’une sur un Égyptien, l’autre sur un noir ; ces jeunes gens sont âgés tous deux de dix-huit à vingt ans.

Il me dit qu’ici cette opération est faite d’ordinaire par les barbiers ; les chirurgiens la regardent comme audessous d’eux. «Une fois, me dit-il, je fus appelé pour circoncire le fils d’un pacha : je refusai. » Il paraît aussi que les chirurgiens refusent de pratiquer la circoncision, pour éviter les criailleries des barbiers, qui se plaindraient.

Voici l’opération:

Le patient s’asseoit sur le bord du lit, il est un peu renversé en arrière, mais très-peu, afin que le sang ne tache pas les bourses. Deux aides (je parle ici pour les adultes) tiennent les cuisses demi-fléchies et écartées l’une de l’autre. Le chirurgien découvre alors complètement le gland en portant le prépuce en arrière. Chez les deux individus que j’ai vu opérer, ce temps de l’opération était facile ; mais chez l’enfant, il doit être très-difficile quelquefois, l’orifice préputial (pl. 4.) étant trèsétroit. Cela fait, il prend un petit stylet en ivoire sur

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lequel il dépose un peu de salive, et il applique la pointe de ce petit stylet sur la partie moyenne et supérieure de la rainure de la base du gland. Cette salive est destinée à faciliter le glissement du prépuce sur rinstrument (pL 4.); il appuie légèrement la pointe du stylet sur la partie moyenne et supérieure de la base du gland ; ensuite il ramène le prépuce en avant, en laissant le stylet à la même place {pi. 4). Pour ce temps de l’opération, il procède ainsi :

Il applique la pointe du stylet sur la partie moyenne et supérieure de la base du gland. Il tient l’instrument de la main droite et a bien soin de le placer à la partie moyenne et supérieure de la base du gland. Puis, il pousse assez fortement sur le stylet pour le maintenir en place, comme on le voit dans mon dessin; ensuite il ramène le prépuce en avant sur le gland et sur le stylet toujours maintenu en place. Cela fait, il prend un petit compas en fer, et il le place obliquement d’arrière en avant et de haut en bas, de telle sorte que ce compas, serré assez fortement, serve de guide au rasoir et fasse que l’on coupe bien au même niveau la peau et la muqueuse, et protège le gland contre le tranchant du rasoir. De la main gauche il tient le stylet en tendant le prépuce, et de la main droite il abat avec un rasoir toute la portion du prépuce comprise en avant du compas en fer. Il enlève le compas, la peau se rétracte en arrière ; la peau du fourreau de la verge et la muqueuse sont coupées au meme niveau.

Alors on laisse saigner la plaie circulaire quelque temps. Si riiémorrhagie est trop grande, on met de

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l’eau froide; un quart d’heure après, Méhémed-Ali- Bey réunit avec des serres-fines ; il confie ce soin à des* aides.

Il dit qu’il faut quarante-huit heures pour la réunion ; maintenant il suit mon conseil , il change les serresfines de place.

Pendant l’opération, il faut bien s’assurer que le gland n’est pas comprimé par le compas en fer et qu’il est bien libre derrière.

L’opération faite, quand on a laissé saigner, on trouve que du sang s’est infiltré dans le tissu cellulaire qui est gorgé de sang, ce qui gêne la réunion.

Méhémed-Ali-Bey affirme, avec raison, que si on réunit de suite, il se fait des infiltrations sanguines étendues. Pour cela, je le répète, il a raison ; mais on pourrait éviter ces infiltrations en épongeant et en tordant les petits vaisseaux, ou en les comprimant avec des serresfines spéciales. Si on laisse saigner, le tissu cellulaire s’infiltre de sang, il s’interpose, ainsi infiltré, entre la peau et la muqueuse, et rend fort difficile la réunion par première intention.

J’ai vu placer les serres-fines, mais j’ai remarqué qu’on les mettait sans réunir la peau et la muqueuse avec des pinces, ce qui présente de graves inconvénients.

En effet, ou les serres-fines ne sont pas de niveau, ou on retourne la peau et la muqueuse ; dans ce cas, au lieu de réunir les parties profondes de la peau et de la muqueuse, on applique la surface épidermique de la peau à la surface épithéliale de la muqueuse ; ceci est très-fâcheux, la réunion ne pouvant se faire ainsi.

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L’opération, telle que Méhémed-Ali-Bey la pratique devant moi, est rapide et très-bien faite. L’inclinaison du compas, placé obliquement, est une excellente chose. Seulement, on tire la peau du fourreau trop en avant sur le stylet; il résulte de cela que, l’opération faite, il n’y a plus absolument de prépuce. C’est précisément le but qu’on se propose, dira-t-on; mais ce but est mauvais, car l’élongation de la verge dans l’érection peut être gênée. Sans doute il peut être avantageux que le gland soit à

nu , sa constitution anatomique se modifie et il de-

vient moins apte aux maladies ; mais, en même temps, il perd de sa sensibilité, ce qui est un inconvénient sérieux.

Considérée au point de vue de la propreté, l’opération est avantageuse, car elle évite l’accumulation de matières dans la rainure de la base du gland.

Si on enlève trop de peau, l’inconvénient qui en résulte n’est pas aussi grave pour les Arabes que pour nous. Je crois avoir remarqué que chez eux la verge est volumineuse en état de flaccidité et quelle n’acquiert pas un trop grand volume relatif dans l’érection ; ainsi, cliez eux le mal serait moindre que chez nous.

Si l’orifice préputial est trop étroit pour permettre de découvrir le gland, on introduit, sans découvrir, dans la cavité préputiale le stylet, que l’on place toujours à la partie moyenne et supérieure de la base du gland.

On le voit, il arrive assez fréquemment que cette opération est faite tardivement.

Méhémed-Ali-Bey a opéré très-promptement, mais il paraît, me dit-il lui-même, que les barbiers vont encore

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plus vite; ils abattent, le prépuce avec une rapidité incrovablc.

Le 7 mars, je vois à l’hôpital, dans le service de M. Méhémed-Ali-Dey, les deux individus qui ont été opérés le 4 mars. La réunion s’est faite parfaitement, mais celui sur lequel j’ai mis des serres-fines a un œdème considérable de la verge. On mettra de l’eau fraîche dessus.

Je demande à Méhémed-Ali-Bey comment les barbiers réussissent. Il me répond que, l’opération terminée, ils rapprochent autant que possible avec les doigts la peau et la muqueuse et ils entourent le tout, pendant trois jours, avec des bandelettes de linge. Le quatrième jour, ils enlèvent cet appareil, pour le remplacer par d’autres bandelettes de linge enduits de cérat. Il faut environ quinze jours pour la guérison complète.

Pour un adulte, la guérison n’est complète qu’au bout d’un mois.

Je demande à Méhémed-Ali-Bey pourquoi les Arabes n’ont pas recours aux chirurgiens, puisqu’ils opèrent mieux et que la guérison est plus rapide.

Il me dit que les barbiers payent un droit au gouvernement et que si les chirurgiens faisaient cette opération, les barbiers iraient se plaindre qu’on leur enlève une chose qui leur appartient.

Les médecins et les chirurgiens ne payent pas d’impôt spécial pour leur profession.

Le barbier de M. Coulomb m’explique de quelle manière il fait la circoncision :

Un aide s’assied sur un* siège; on lui met sur les

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genoux l’enfant qui doit être opéré. Les deux mains du petit garçon sont passées sous les genoux et maintenues par l’aide. Le patient a une position analogue à celle qu’on donne à ceux qu’on va tailler. Les organes génitaux sont parlaitement libres. Quelquefois on couvre les yeux de l’enfant, probablement pour qu’il ne s’effraye pas et qu’il gêne moins l’opérateur.

Quand l’enfant est trop petit, l’opérateur pour séparer le prépuce du gland, applique sa bouche sur l’orifice du prépuce et il souffle fortement. Quand le prépuce et le gland sont bien séparés il froisse le gland entre ses mains et l’étire, puis il le découvre en repoussant le prépuce derrière le gland, ensuite il introduit entre le prépuce et le gland un petit morceau de bois arrondi et mousse, il saisit le prépuce avec une pince qui a la forme d’un compas et de la manière qu’on le voit dans le dessin, enfin il abat le prépuce au-devant de la pince.

La pince s’appelle, Kaheiein.

Le petit bâton s’appelle, je crois, El Marouet.

On met de la cendre sur la plaie afin d’arrêter l’écoulement du sang. Le barbier qui pratique cette opération me dit, qu’en général, la plaie met sept jours à guérir. '

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