DES FEMMES
Les tbmmes égyptiennes, ditM. X..., sont laides pour la plupart, beaucoup plus laides que nos Européennes. Quant aux femmes turques , elles sont fort belles.
Au Caire, toutes les femmes honnêtes ont le visage couvert ; l’usage permet cependant aux vieilles femmes et aux toutes petites filles de montrer leur figure. Les femmes de mauvaise vie se découvrent aussi quelquefois .
Dans les campagnes, on est moins scrupuleux qu’à la ville, sur ce chapitre.
En Nubie, les femmes avaient le visage découvert.
Pendant la campagne d’Égyple, Bonaparte lit demander
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aux cheiks de laisser leurs femmes libres de montrer leurs visages comme les Européennes. On se réunit pour délibérer, et le plus âgé des cheiks porta cette réponse au général en chef : « Si nous faisions ce que tu désires, nos lilles devraient se résigner à vivre éternellement dans le veuvage. Elles n’ont pas la beauté des femmes de l’Occident; le plus souvent, elles sont laides : qui les prendrait si on les connaissait? Comme on ne les connaît pas, 011 les épouse toutes ; heureux celui que le hasard favorise! »
M. X... ma raconté l’histoire qu’on va lire :
Un jour, Mahomet vit dans sa maison une femme dont \
il devint amoureux. Il en parla à son fils et lui avoua qu’il ne pourrait vivre s’il n’obtenait pas cette fille. Le lils lui fit connaître que cette jeune personne était son épouse. Alors Mahomet dit qu’il ne serait plus permis à une femme d’avoir le visage découvert, si ce n’est devant son mari. Il épousa cependant la femme de son fils. Depuis cette époque, les femmes se voilent.
Les femmes usent de deux espèces de teinture : le henné et le kohl.
M. X... m’assure que la teinture produite par le henné dure quinze jours environ, pour les dames qui ne travaillent pas, et huit jours, pour les femmes qui s’occupent de travaux manuels. Quant au kohl, il dure un temps variable, tantôt un jour, tantôt trois jours; cela dépend des paupières ou plutôt de la peau et aussi de la poudre. Les femmes en usent pour noircir leurs yeux, ce (}ui est un ornement.
Pour moi, le henné a |)Our résultat de diminuer la
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sueur de la paume des mains et de la plante des pieds, à laquelle les femmes sont sujettes. J’ai remarqué que les Égyptiennes et les Turques transpiraient beaucoup ; elles s’essuient continuellement la paume des mains, le menton, la figure. Leur mouchoir n’a pas d’autre usage, car elles se mouchent avec leurs doigts. Le kohl est un excellent préservatif des ophthalmies, il double l’action des cils et rend la paupière moins transparente à la grande lumière.
Les femmes riches mâchent de l’encens; quoi qu’en dise M. X..., je trouve que cette coutume est loin d’être convenable. C’est réellement dégoûtant de leur voir promener dans la bouche une masse blanche qui provoque une salivation abondante. D’après M. X... cette mastication raffermit les gencives , puis la salive imbibée d’encens est avalée. Cela est-il sain? J’en doute.
Il paraît qu’à Damiette, les femmes musulmanes ne sortent jamais; les Levantines sortent rarement. C’est un événement de voir une femme dans la rue.
Lorsque deux femmes arabes bien élevées s’abordent, elles font semblant de se donner mille baisers sur la figure et sur la tête, mais elles prennent garde de se toucher. Plus il y a de simulacres, plus la liaison est intime.
Quand madame X. , , , du vivant de son mari, allait voir d’autres dames, celles-ci, après les salutations d’usage, lui palpaient le ventre en lui disant : « Fi aga? y a-t-il quelque chose? » Si elle répondait : « Non, » on ajoutait : « La Kadab, » ce qui veut dire : « Non, menteuse, >: c est-a-dire, « Tu ne dis pas la vérité. »
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Entre femmes, la conversation ne roule que sur leurs rapports intimes avec leur mari.
Pour témoigner leur étonnement, les femmes arabes (à l’exception des fellahs), ainsi que les femmes turques, font une forte aspiration bruyante en élevant la tete et en tendant le cou.
Pour dire non, les Turques et les Turcs élèvent seulement la tête et tendent le cou. On dit : « Mafisch, » non
Les femmes bien élevées disent d’une manière fort gracieuse : la, la, la, la, la, la, en portant la tête de droite à gauche et de gauche à droite, cinq fois.
Pour exprimer l’impatience, les Arabes bien élevés, les femmes turques et arabes, font, en étendant la tête et en élevant le cou, un petit bruit sec, en abaissant brusquement la langue appliquée sur le palais : ce petit signe d’impatience est fort gracieux.
Pour marquer qu’une affaire est terminée ou que la chose leur est indifférente, les Arabes bien élevés se tapent les deux mains un certain nombre de fois. Tous ces mouvements sont très-gracieux et fort expressifs.
Une femme de journée pour nettoyer coûte 1 piastre 1/2 par jour, sans être nourrie, chez les Arabes et les Levantins. Dans les maisons européennes on donne aussi 1 piastre ’l/2, mais on nourrit. Les vraies couturières gagnent dans les maisons européennes de 5 à G piastres. Les femmes qui nettoient la gomme, le café, gagnent de 55 à 60 paras, sur lesquels elles donnent 5 paras à une surveillante qui répondrait de tout vol commis sur les marchandises manipulées. Les femmes reconnues comme paresseuses n’ont que 40 paras.
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Je tiens de madame X... qu’à l’époque des règles, les femmes coplites, pour empêcher le sang d’arriver à l’extérieur, s’introduisent dans le vagin un bouchon préparé de la manière suivante : Elles choisissent un chiffon, le remplissent de cendre, le plient de manière à lui donner une forme convenable et l’introduisent ainsi. Elles n’enlèvent ce tampon que pour les besoins naturels, quand elles y ont satisfait, elles le remettent. Les dames cophtes prétendent en agir ainsi, par propreté. Madame X... pense que c’est pour empêcher le sang de tomber à terre, ces femmes ne portant pas de pantalon.
Les juives du pays ne voient pas leurs maris quand elles ont leurs règles. L’époque passée, elles ne les voient qu’après avoir pris un bain.
Les Levantines chrétiennes vivent, à peu de chose près, comme les Arabes. Mêmes mœurs, même malpropreté. Comme les femmes arabes, elles se mouchent avec leurs doigts, en appliquant le bord dorsal du pouce sur la narine qu’elles veulent fermer, en soufflant ensuite, elles expulsent les matières qui passent par la narine du coté o])posé. Elles ont un mouchoir, mais c’est pour elles un objet de luxe ; il est brodé et leur sert seulement à s’essuyer les mains et la figure.
Les familles levantines couchent ensemble, voici comment. Chaque soir, on apporte dans une grande pièce une couverture pour chaque membre de la famille, et l’on dort côte à côte. En général, on se place par génération. Le grand-père est à côté de sa fille et de son gendre, puis viennent les pelits-enfants, puis les autres
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parents, cousins , cousines et autres. Madame V... me parle d’une famille composée de quatorze membres qui dormaient ainsi à côté les uns des autres, à la brochette pour ainsi dire. Dans cette famille, qui était fort aisée, chacun apportait dans la pièce commune, recouverte d’une natte, un matelas et une couverture. Dans les familles pauvres, on couche simplement sur la natte. Tout cela doit amener de grands désordres dans les familles et explique les bruits qui courent sur certains Levantins.
Les Levantines riches portent sur la tête une calotte de diamants fort lourds parfois, et qu’il faut maintenir avec des bandes de velours. Au-dessus, elles portent un fez ; les personnes jeunes qui se mettent à la nouvelle mode mettent ce fez sur le côté, les vieilles le mettent en arrière, avec le gland éparpillé. Actuellement, on fait les fez tout petits. Au fez on ajoute des tresses faites avec de faux cheveux ; à ces tresses sont jointes des pièces d’or ou des perles, suivant la fortune des personnes. Ces tresses descendent dans le dos et constituent un joli ornement. Le bourgo(^) est le voile que les femmes mettent devant la figure ; il y a au milieu une bande demi-élastique. Pour placer le bourgo , on met dans la bouche l’une des extrémités de la bande élastique, on attache les bandes a cl b que j’ai dessinées, puis on lâche la bande élastique qui s’applique sur le nez et en recouvre la racine. C’est très-laid ; on dirait une muselière.
A l’intérieur, le costume des Levantines est assez joli : ainsi, les seins sont à peine recouverts par une
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mince mousseline, le bout des seins est meme fort visible.
Les Levantines portent un grand pantalon comme les femmes arabes; ce pantalon, trop large, est serré autour de la taille. Quant aux jambières, elles sont attachées au-dessous du genou, et comme cette partie du pantalon est trop longue, elle retombe. Mademoiselle X... que je croyais avoir des jupons, avait de simples . pantalons. Aujourd’hui,* me dit-on, il est de mode parmi les belles coquettes de placer une crinoline autour de chaque jambe.
La chemise des Levantines est très-courte comme celle des femmes arabes; elle atteint à peine au-dessous du nombril. On met de belles chemises en tulle rose ou en mousseline claire brodée, un peu ouvertes par devant et en haut.
Quand elles sortent, les Levantines portent une grande pièce d’étoffe noire dans laquelle le vent s’engouffre souvent, ce qui donne à ces femmes un aspect singulier* Elles marchent diflicilement, elles traînent la savate pour ainsi dire; et portent le ventre en avant, ce qui les fait ressembler à des femmes enceintes.
Pour donner une idée de l’indifférence des femmes en Orient je ne cite qu’un fait : Dernièrement, une des femmes qu’emploie madame V... a perdu une lille. Le jour môme du décès elle a été travailler comme d’habitude, et en parlant d’autres choses, elle a dit à madame X..., sans montrer la moindre affliction, que sa fille venait de mourir. Cette enfant- était âgée de douze à «piinze ans.
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Mon professeur d’arabe me dit qu’au Caire, les dimanches et mercredis , les femmes vont à certaines mosquées : celle de Settiseuah, celle d’El-Auafy, celle de Seid-el-Hossein. Les femmes arabes fout la prière dans leurs maisons, elles ne vont aux mosquées que pour visiter les tombeaux des cheiks. Les femmes font la prière comme les hommes.