‹ Égypte et PalestineChapitre 36 sur 94 · DE LEUR EMPLOI · texte numérisé non relu

DE LEUR EMPLOI

Les gens riches seuls ont des eunuques. Ceux-ci ne sont pas nécessairement esclaves; il y en a, mais fort peu, qui s’appartiennent, soit que leur maître les ait affranchis, soit qu’ils l’aient quitté, soit qu’il soit mort en leur donnant la liberté.

Certains eunuques libres, n’ayant pas de fortune, se

EUNUQUES

placent comme serviteurs, mais c’est chose rare; ils ne sont pas plus payés que les autres, environ cent cinquante piastres par mois.

Le suppléant de Méhémed-Ali-Bey me dit qu’à l’école d’Abou-Zabel il y a eu deux eunuques élèves en médecine. Ils V ont fait leurs études pendant cinq années. L’un s’appelait Soliman-Har, l’autre Hana-IIaï. Il paraît qu’ils ont exercé la médecine. Actuellement, ils ne l’exercent plus; ils sont dans un harem.

Les eunuques se fréquentent beaucoup les uns les autres; ils ont les plus grands soins pour leur maître, et ils offrent quelquefois le café aux grands amis de la maison.

La présence des eunuques dans les maisons turques, n’a rien qui doive étonner. Ils sont une sorte d’intermédiaire entre le dehors et le harem. Ils font les achats ; ils accompagnent les hommes de service, qui introduisent dans le harem les objets lourds et pesants, comme le bois et l’eau ; on sait le tapage qu’ils font pour avertir de leur présence. Ils accompagnent les dames qui sortent, reçoivent la visite des messieurs, et font, de la part de leurs maîtresses, des visites aux hommes. Ainsi, M. D..., malade, a reçu la visite du chef eunuque de la femme d’Achmed-Pacha, il devra la lui rendre, car il ne peut voir une dame.

Quand ils sortent pour faire les achats, on les rencontre, tantôt montés sur de beaux ânes, tantôt dans de belles voilures de harem.

Quand un grand harem sort, un eunuque monté sur un l)cau cheval précède les voitures. Sur le 'siège de chaque

EUNUQUES

voiture il y a uii eunuque placé à côté du cocher. A chaque portière, il y a un sais qui court, la main appuyée sur la portière de la voiture, afin d’écarter les curieux s’il y en avait. Dans les voitures toujours couvertes, les femmes, voilées et habillées de blanc, regardent avec curiosité ce qui se passe. En général, avec les femmes, il v a des enfants qui ont le visage découvert et qui portent de beaux costumes, car les femmes turques ont un soin particulier de leurs enfants. Ce que Je viens de dire s’applique aux harems des pachas et des grands personnages.

Les harems plus îhodestes sortent dans une ou plusieurs voitures; sur le siège de la première, non pas de toutes, il y a un eunuque. Il y a souvent, mais pas toujours, un sais aux portières.

Les harems d’un ordre inférieur sortent à ânes, escortés par un eunuque.

Les femmes les moins riches sortent quelquefois acpagnées par une négresse.

L... me dit que les eunuques sont fort méchants pour les femmes ; ce sont de vrais tyrans, ils les battent et les maltraitent beaucoup. De plus, ils sont leurs entremetteurs, et pour un châle, pour une bague, pour une chaîne, ils font des choses incroyables. Lorsqu’une femme voit un homme qui lui plaît, elle en parle à l’eunuque si elle l’ose, et lui offre un châle, un cachemire, de l’argent;

l’eunuque part et va chercher l’individu. Je dis à L...:

«Mais si l’eunuque trahissait sa maîtresse, s’il la dénonçait au maître. — Il n’oserait, me dit-il ; elle dirait que c’est l’eunuque qui a voulu la vendre, et que pour se

EUNUQUES

venger de son refus, il fait une fausse accusation. »

Pour avoir de l’argent, les femmes vendent leurs bijoux, leurs vêtements ; elles peuvent aussi se servir de leur dot.

M. B... me parle d’un eunuque parfaitement opéré, qui montre constamment une grande admiration poulies belles femmes.

Il paraît qu’il y a des eunuques qui courent après les femmes du dehors, et mangent de l’argent avec elles. C’est le cas de l’eunuque en chef d’L... Il y a quelque temps, il faisait beaucoup de gracieusetés à la femme d’un mécanicien ; il lui apportait des fruits, des cadeaux, et le mécanicien en riait. Quand l’eunuque arrivait, il disait à sa femme ; « Tiens, voilà ton amoureux qui vient. » Un jour, l’eunuque engagea la femme à venir se promener du côté des cannes à sucre. Elle le suivit. Quand ils furent au milieu des cannes, il se jeta sur elle et voulut la renverser à terre. Elle résista tellement, qu’il ne put y parvenir. Il lui disdit : a Pourquoi as-tu peur de moi? pourquoi as-tu peur de moi?» Mais comme la femme lui échappa , il ajouta furieux : « Sitinsane (soixante ans); » ce qui veut dire : Je m’en f... !

EUiNUQUES.

Page 1