L... m’a raconté une autre histoire
Un jour, un eunuque vint lui demander s’il voulait aller chez une dame. L..-. accepte ; le soir venu, il va au rendez-vous. Une vieille femme l’introduit, en le faisant cheminer par de longs corridors, dans le harem d’un riche Turc. L... avait deux pistolets et un poignard; d’une main, il se laissait guider par la vieille ; de l’autre, il serrait convulsivement la crosse d’un pistolet.
Tout à coup, une porte s’ouvre et il aperçoit dans une pièce éblouissante de lumière et d’une grande richesse, une femme admirable. Celle-ci accourt auprès de lui, l’appelle son maître; lui ôte elle-même ses chaussures; lui met aux pieds de belles pantoufles brodées et le revêt d’une magnifique robe de chambre. Elle lui sert, elle-même, le café, et lui donne la pipe. C’est ainsi que les femmes agissent avec leur mari.
11 passa près d’elle une nuit qui fut une nuit de bonheur. Cette femme avait fait préparer un joli souper : viandes froides, fruits, confitures, pour réconforter son amant. Il paraît que ces dames s’y entendent fort bien.
Pendant un certain temps, il allait chez elle trois
fois par semaine. Une fois, pendant qu’il y était, le mari
rentre et il dut se cacher dans un coffre où il aurait pu
s’asphyxier. 11 avait un pistolet à la main, le doigt sur la
détente, et disposé à faire feu, si on soulevait le couvercle. Dans de pareilles aventures, les Arabes tueraient aussi bien un Européen qu’un compatriote. Heureusement, la dame se dit souffrante et le mari rentra chez lui.
HAREMS
Chaque fois que L... allait passer la nuit avec cette dame, il laissait une lettre sans adresse sur sa table, et disait à son domestique, que si, le lendemain au matin, il n’était pas rentré, il remit la lettre à son père. L... indi- (juait dans quel harem il avait passé la nuit.
Au bout de quelque temps, fatigué de visites aussi périlleuses, la dame ne pouvant venir chez lui, il cessa d’aller chez elle. Alors elle lui envoya l’eunuque. Celui-ci le tourmentait, lui jurant qu’il n’y avait aucun danger ; puis, il se lamentait, lui disant qu’il lui faisait perdre un beau châle que la dame lui avait promis.
Il parait que les dames turques sont fort aimables avec leurs amants. Elles ne connaissent pas tous les raffinements de la débauche de l’Occident, mais dans de pareilles aventures, elle font tout ce qu’elles peuvent pour vous être agréable ; elles sont adorables d’amour.
Chaque fois que L... allait chez la femme mariée, c’était la nuit et il y avait illumination : une illumination pour les Arabes est le signe d’une grande joie. Elle le servait comme un esclave, et il n’y avait pas d’attention qu’elle n’eût pour lui.
Je demande à L... comment une femme peut avoir assez d’argent pour payer un eunuque, et faire des cadeaux à son amant. Il me répond qu’elle a l’argent de sa dot, elle vend les bijoux, les vêtements qui lui appartiennent. C’est ce qui explique le nombre des rentes faites au Cancalil.
Les vieilles font encore le métier de procurer des jeunes gens aux femmes. Celles-ci sont fort exigeantes. Quand on les voitj on parle le langage de l’amour. Elles
HAREMS
VOUS appellent leurs yeux, etc., etc... C’est au bain cjuc se nouent aussi les intrigues amoureuses et que les vieilles vous trouvent des femmes. Ainsi deux femmes venaient chez L... sous prétexte d’aller au bain. Il ne les recevait pas dans la maison de son père, mais dans un petit appartement qu’il avait disposé à cet effet.
Quand les femmes européennes veulent courir, elles prennent le costume arabe, ce qui les empêche d’être reconnues.
Le fils de la propriétaire de la maison qu’occupe madame C..., jeune mauvais sujet, mais très-joli garçon, a été racollé une fois. Il fut amené dans une belle maison où il vit une fort jolie personne. Il aurait bien voulu la posséder, mais on lui montra la femme qui le faisait venir; c’était une vieille. Elle lui offrit une poignée de guinées qu’il n’accepta pas. En entrant, il avait aperçu au rez-de-chaussée un vieux Turc qui fumait. Comme ce Turc lui faisait peur et que la femme ne lui plaisait guère, il dit qu’il était marchand et qu’il avait oublié de fermer sa boutique. Il sortit pour l’aller fermer, mais il ne revint plus.
GIIA PITRE Vm
BOUTON DU NIL