‹ Égypte et PalestineChapitre 47 sur 94 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Ce mot, « bouton du Nil, » est uii mot générique qui s’applique à des affections cutanées ayant une origine commune : l’élévation de température et la grande sécheresse de l’air. On l’appelle bouton du Nil, parce que généralement cette maladie, ou plutôt l’une de ses formes, survient surtout au moment de la crue du Nil, c’est-à-dire vers le 15 juin. Du reste, en Égypte tout est rapporté au Nil ; on a presque un culte pour ce fleuve, dont les eaux sont un véritable bienfait et sans lequel le pays deviendrait un vaste désert. Cette maladie a d’ailleurs, un autre caractère qui la rapporte au Nil ; elle est d’autant plus intense et fréquente que rinondation

BOUTON DU NIL

Kil

est plus grande; mais cela se comprend sans peine : en eftet, le Nil esl d’autant plus élevé que l’été est plus chaud et cette maladie a pour origine les grandes chaleurs. Pour les Arabes, le bouton serait une excellente chose qui préviendrait d’autres affections ; si on l’arrête, il surviendra une autre maladie. Comme on ne peut enrayer la marche des boutons, mais qu’on les fait rentrer brusquement, il est très-vrai qu’il peut survenir des accidents. Cette crainte est si grande que j’ai vu des per-

sonnes absolument couvertes par le petit herpès du Nil et qui ne se traitaient pas. Cette éruption en effet, cette poussée à la peau est une espèce de dérivation. Je dois ajouter que tant que dure cette éruption cutanée, on n’est pas affecté d’autres maladies. Pour le gros bouton, c’est encore plus vrai ; car, lors de mon retour du haut Nil, c’est au moment où une diarrhée rebelle a cessé, que de gros boutons ont paru et sont devenus très-douloureux.

On dit le climat de l’Egypte sain; je ne parlerai ici que du Caire, je crois ce climat sain peut-être pour les indigènes ; je dis ce peut-être » parce qu’il faudrait pour affirmer absolument, suivre et observer pendant un certain temps quelques habitants du pays. Quant aux Européens, j’ai vu que tous ceux que le bouton du Nil n’a pas attaqués ont été atteints soit de diarrhée, soit d’accidents cérébraux. Rarement les Arabes m’ont paru avoir des coups de soleil, cependant, je les Ai vus se plaindre de la tête.

bors({ue je remontais le Nil, pendant les mois de février et de mars 1801, je voyais les médecins de ces

BOUTON UU NIL

provinces et je leur demandais des renseignements siales diverses maladies qu’ils observaient. Tous me parlaient d’une affection que l’on observe pendant l’été et surtout au moment de la crue du Nil, affection qu’ils désignaient tous, sous le nom de « bouton du Nil » mais qu’ils décrivaient d’une façon différente. Les uns me disaient que c’était une sorte d’éruption cutanée superficielle, déterminant de grandes démangeaisons absolument intolérables. D’autres prétendaient que c’était une éruption de petites vésicules microscopiques, amenant une grande démangeaison à la peau. D’autres enfin me parlaient de gros boutons, venant surtout aux membres et également fort douloureux. J’avoue qu’en présence de descriptions aussi différentes, j’étais fort embarrassé et je désirais vivement observer par moi-même, afin de pouvoir me prononcer entre des opinions aussi diverses. J’ai été plus favorisé que je ne pensais, car j’ai vu cette maladie se développer sur moi-même.

Je décrirai ce que j’ai pu observer sur moi, du milieu de mars 1S61, jusqu’au mois de février 1862.

Page 1