‹ Égypte et PalestineChapitre 5 sur 94 · I.E i DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

I.E i DÉCEMBRE

PAR iM. OLLIVIER BEAUREGARD, SON AMI

Messieurs,

II y a (lix-buit mois à peine, c’était à Philippe Godard, l’ami sur et dévoué, l’homme de cœur obligeant et discret, que, réunis dans un sentiment commun d’attendrissement et de regrets, nous rendions ici même les suprêmes devoirs.

Le spectacle de la douleur de sa noble famille n’est pas encore effacé de notre mémoire, notre émotion personnelle n’est pas encore calmée, et voilà que la tombe, qui fut si prématurément ouverte à Philippe, s’ouvre plus prématurément encore à la dépouille mortelle du plus jeune de ses frères, à la dépouille du docteur Ernest Godard, un savant de trente-six ans, désormais illustre.

Ailleurs déjà, ici tout à l’heure, des voix éloquentes et plus autorisées que la mienne ont dit et d’autres diront encore tout ce que la science et l’humanité doivent à la mémoire d’Ernest Godard, tout ce qu’elles ont perdu à sa mort.

Au seuil de la tombe qui va se refermer sur l’homme qui fut mon ami et qui fait mon admiration, je veux seulement, moi, à qui il a été donné de les entendre et de les recueillir, rappeler les témoignages éclatants, les regrets vivement sentis, noblement exprimés, les i‘e-

xviM DISCOU[\S P[\O.NONCÉ SUIl U TOMBE DU D^ E. GÜDÂBD,

grcls imaiiiiiicmciit donnes à la inéinoirc (rEniest Godard par les princes de la science, ses maîtres d’autrefois devenus ses amis, et tâcher de faire connaître les (pialités exceptionnelles de cœur et d’esprit qui, de la part d’Ernest, ont motivé pour lui l’amitié si flatteuse de ces âmes d’élite.

A l’âge où, naissant à la vie d’homme, chacun de nous songe aux obligations que lui fait sa position et au rôle qu’il jouera dans la société, Ernest Godard avait déjà devant lui, tout grand ouvert, un chemin de riche avenir honorablement préparé par sa famille.

Au commerce qui, tout souriant, l’appelait à lui en lui montrant la voie tracée vers des succès, sinon faciles, au moins singulièrement facilités, Ernest a cependant préféré la pénible carrière des sciences, où, malgré quelques antécédents de famille, tout pour lui ' était à faire.

Les honorables souvenirs laissés par son aïeul maternel, le docteur Marque!, l’éclat donné à ce même nom })ar son oncle le docteur Régulus Marque!, mort glorieusement pour la science dans un voyage d exploration à travers les Cordillères, ont pn sans doute éveiller Ejnest à l’amour de la science. Mais il est certain qu à quarante ans de distance, quand d ailleurs le théâtie et les conditions de la lutte sont si complètement changés, ni les souvenirs laissés par son aïeul, ni les états de service de son oncle, n’ont pu se présenter a 1 esprit d Elues! Godard comme des titres a laire valoir dans une carrière où les plus favorisés ne peuvent jamais être que les plus méritants.

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