V: ' ' ne peut pas marcher; les autres y sont depuis moins
l i longtemps.
■: I Eloué me dit qu’actuellement au village il y a :
I l hommes ; huit femmes ; trois filles et un garçon;
if, sur ce nombre quatre de la religion grecque : trois
NOTES SUR LA LEPRE
femmes et un homme. Deux de ces dernières femmes viennent de Ramalah ainsi que l’homme, l’autre femme vient de En-Arich. Les enfants n’ont pas la lèpre.
L’avant-dernier cheik est mort, le jour avant Pâques dernier, d’un coup de sang, dit-on. Le nouveau cheik s’appelle Hady-Achmed, il a mal à la gorge.
La variété des petits boutons fait mourir vite, dit-elle.
C’est le plus vieux que l’on prend pour cheik ; celuici achète ce qu’il faut pour tout le monde, les lépreux partagent l’argent qu’ils reçoivent en mendiant. Elle me raconte que lorsqu’un chrétien lépreux meurt, le prêtre vient et l’enterre dans le cimetière des chrétiens. Quand c’est un musulman, on fait venir un cheik de la mosquée d’Omar, le mort est enterré sans être porté à la mos-’ quée et on fait les prières d’usage.
Elle dit qu’ils peuvent aller dans la ville. Quand un nouveau lépreux vient, il doit donner quatre cents piastres pour avoir une chambre; ces quatre cents piastres sont partagées entre les autres lépreux. Les lépreux pauvres sont admis sans argent, mais ils doivent demeurer deux dans une chambre. Elle dit que tous les trois mois, leurs frères et leurs parents viennent les voir.
A Jérusalem, les parents n’ont pas peur de gagner la maladie, mais ils pensent que la maladie se gagne plus facilement dans les villages que dans la ville.
Tous les enfants que les lépreux ont avec eux, sont des enfants de lépreux.
Ambdé que j’ai vue, était mariée avec un cheik qui est morL.
NOTES SUH LA LÈPRE
Quand un lépreux épouse une femme, il ne l’achète pas à ses parents, mais il la paye elle-même.
Éloué me dit qu’Abd-el-Gader aurait dû lui donner quatre cents piastres, mais comme il était pauvre, elle s’est donnée pour rien.
La lépreuse transforme l’argent, prix de son achat, en piastres dont elle fait une sorte de collier qu’elle place sur sa tête suivant l’usage des paysannes de la Palestine, elle coud toutes ces pièces par le trou qu’on leur a fait. Cette somme qui est sa fortune, elle la tient cachée sous son grand voile.. Elle a peur de la montrer. Elle me la montre cependant quand il n’y a personne. Quand elle a absolument besoin d’argent, elle découd une pièce. Eloué a pour vingt francs de petites pièces sur sa tête.
Il paraît que le mariage entre lépreux se fait ainsi : Quand l’homme et la femme sont d’accord, on fait venir un cheik qui écrit sur un papier la somme que l’homme doit donner à la femme, puis le marié paye un grand dîner à tous les lépreux.
Quand dans un village, un homme ou une femme est atteint de la lèpre, on chasse le malade et il doit se réfugier à Ramleh (près de Jaffa), à Naplouse ou à Jérusalem.
A Naplouse, il y a une trentaine de lépreux, il y en a à peine à Ramleh, il y en a toujours quelques-uns à Jaffa. Ambdé a eu une petite fille du cheik qui est mort à Pâques. Ce cheik déjà marié, avait eu d’une première femme lépreuse un petit garçon et une petite fille. Cette première femme avait eu un bouton de lèpre sur le nez, elle était de Naplouse, elle est morte.
NOTES SUR LA LÈPRE
Ramahli Iburnit beaucoup do lépreux, il y en a trois en ce moment qui sont de llamalah, et qui demeurent dans leur ville natale; de plus, il y a ici quatre lépreux de la meme localité, ce qui (ait un total de sept lépreux.
Éloué ne croit pas que la nourriture rende malade ; elle croit que la lèpre vient de frayeur ; elle dit que les lépreux qui ont les doigts rétractés ou coupés, peuvent encore avoir des enfants. Elle me dit qu’il y a maintenant à Ennebrond, sur la route de Nazareth, un homme sain de corps, fils d’un lépreux, dont les enfants n’ont pas la maladie. Cela n’a rien d’extraordinaire.
Eloué veut me décrire la lèpre, je la laisse faire et j’écris sous sa dictée : 11 y aurait sept espèces de lèpre.
Première variété. — Tous les doigts tombent, os et viande.
Deuxième variété. — Les doigts sont fléchis, crochus, à moitié ouverts.
Troisième variété. — Comme, dit-elle, Achmed-Mahmoud (dessiné). 11 vient de gros boutons sur le bras, le bouton devient jaune au sommet, il en sort du pus jaune, la place des boutons reste rouge toute la vie.
Quatrième variété. — Une autre variété affecte Electié; elle a eu de la fièvre, les os lui ont fait mal, des boutons sont sortis aux jambes, aux bras, à la figure, mais non sur le ventre. Ces boutons sont nombreux, dès qu’ils sont sortis, on ne souffre plus des os, tandis qu’on souf- Irait avant l’éruption des boutons.
Dans cette variété, me dit Éloué, les boutons ne s’en vont jamais, et il n’en vient pas d’autres. Les malades ont de la lièvre, du mal de tête.
iNOTES SUK LA LÈPRE.
Cette va-riété ne tne pas.
Cinquième variété. — Elle débute par le mal à la gorge; il vient des boutons qui partent ensuite. Celui qui a mal à la gorge a de la peine à avaler les aliments. Il devient aphone.
Sixième variété. — D’autres deviennent rouges sur tout le corps , ils n’ont pas mal à la gorge ; il leur vient de petits boutons qui partent aussitôt.
Septième variété. — Samlé est comme cela, dit-elle, elle appelle cette variété Abou-Mles.
Le corps devient lisse comme de la soie ; les malades perdent les sourcils, les cils, puis il vient de gros boutons à la partie antérieure des cuisses, ces boutons deviennent rouges comme du feu, ils laissent des traces comme la petite vérole. Ils ne reviennent plus.
On ne meurt pas de cette variété.
Samlé, me dit-elle, est guérie ; mais elle ajoute qu’elle ne peut rentrer chez elle au village, parce qu’elle a perdu ses sourcils. Éloué se croit atteinte de cette même variété : — Tout cela n^est que du bavardage ; car Samlé a des sourcils et Éloué n’a plus de nez, en grande partie du moins. Quoi qu’il en soit, Éloué m’a dit des choses intéressantes qui devront me guider plus tard dans mes recherches.
9 de quatorze an».
Damiette, 2 juin 1862.
Mendiant, il ignore son âge, il paraît avoir quatorze ans. Il est fié à Damiette et demeure dans le quartier de
NOTES SUR LA LÈRRE
Charabassic. Te le trouve ci evant l’iiôtel. Ce malheureux enfant dit qu’il est malade depuis ses premières années; personne n’avait cette maladie dans sa famille, mais il est idiot et répond de travers aux questions qu’on lui adresse, aussi je cesse de l’interroger. Mon examen lui cause une grande frayeur.
Il a nue double kératite interstitielle chronique, avec tache sur les eornées des deux côtés; cornées blanchâtres.
Il a le nez épaté et en quelque sorte écrasé, il a perdu le cartilage de l’extrémité ; de là, la forme bizarre de son nez, comme on le voit dans le dessin (pL Vil, fig. 2).
Cheveux à demi longs, sur la totalité de la tête; tête arrangée comme celle- de beaucoup de derviches; air hébété ; dents belles; lèvres assez saillantes. Il s’exprime en mauvais arabe et d’une façon inintelligente et inintelligible. Son nez imprime quelc|ue chose de spécial à sa physionomie. Il a une tumeur au niveau de la partie externe de l’arcade sourcilière gauche, elle parait tenir à une induration sous-cutanée, elle adhère à la peau. Est-ce le début d’un tubercule éléphantiaque? Je l’ignore; cette saillie a environ le volume du petit doigt.
La figure ne présente pas autre chose. Il n’a pas en- ’ core de poils ; corps bien fait; circoncis. Les testicules sont à leur place et de petit volume, mais aussi gros qu’il le sont à son âge, le scrotum est normal, le ventre me paraît peut-être un peu plus gros, mais cette disposition est peu appréciable. Rien de particulier à noter pour les liras et les cuisses, ainsi (pie pour le cou. — A l’aine des deux côtés, gros paquets ganglionnaires indolents.
NOTES SUR LA LÈPRE
Côté droit. — La cuisse droite est saine comme volume, la peau est egalement saine; mais au niveau du genou, elle présente des espèces de mamelons et tubercules durs et noirâtres.
La jambe droite est un peu grele, elle le paraît surtout à cause du gros volume du pied, qui est difforme cômme j’ai pu le faire voir.
fe pied droit est fort gros, aussi y a-t-il contraste avec la jambe qui est assez maigre. 11 y a surtout saillie au niveau de la malléole externe et à la partie interne du pied. Sur le dos du pied, on aperçoit deux plis dont l’iin existe chez tous les malades affectés d’élépliantiasis.
Toutes les dernières phalanges des cinq orteils sont tombées ; à leur extrémité, cicatrices avec des sortes de sillons. A l’extrémité de la plante, la peau s’est gangrenée et il y a une plaie blafarde, ne suppurant pas. Tout autour de cette -plaie, la peau est amincie ou paraît amincie. Placée dans une espèce de creux, cette plaie est rouge, ne saigne pas, et n’est pas recouverte de bourgeons charnus. Je n’avais jamais rien vu de pareil ; c’est probablement à cette absence de bourgeonnement, de suppuration qu’est due l’absence des cicatrices. Le mal- ‘beureux entortille les bouts de ses pieds avec un chiffon et malgré sa misère, il porte de mauvais haillons; son vêtement se compose d’une affreuse chemise d’une saleté repoussante. Il sent horriblement mauvais.
Au niveau de l’extrémité des trois premiers orteils, on voit des dépressions indiquant le mode de cicatrisation. La peau s’est retournée un peu en dedans comme elle le fait pour la cicatrisation ordinaire. Même chose
NOTES SUR LA LÈPRE
pour les deux derniers orteils; seulement cela ne peut s’apercevoir dans le dessin ; ces sillons sont à la partie intérieure de l’extrémité des deux derniers orteils.
Côté gancJie. — La cuisse gauche est saine, et la peau de cette région, à l’état normal.
Tubercules noirâtres au genou ; là, deux plaies saignantes, rougeâtres dues à la chute par élimination
gangréneuse d’une partie de la peau.
La jambe paraît grêle, elle l’est un peu réellement, mais elle le paraît surtout à cause du volume du pied gauche. Tubercules noirâtres, à la jambe.
Deux saillies au pied au niveau des molléoles, plante du pied énorme, hypertrophiée. Les doigts du pied repoussés en haut et très-gros, prennent les dispo.sitions les plus bizarres. Le gros orteil et le deuxième bien disposés ; le troisième placé au-dessus du deuxième, celuici est plus petit qu’il ne devrait l’être.; le quatrième est presque au-dessus du deuxième; le cinquième a disparu complètement.
Au niveau de l’extrémité du cinquième métatarsien, sillons profonds dus à la rétraction de la peau. Cela est bien figuré dans le dessin.
La plante du pied énormément développée, forme deux parties mamelonnées; l’une, au-dessous des quatre premiers orteils, l’autre au-dessous ^u dernier orteil.
On voit les deux plis caractéristiques au-dessus du pied gauche.
Ce pied est affreusenient déformé.
Ganglions cervicaux petits, durs, mais peu nombreux.
NOTES SUR LA LÈPRE
MEMBRES .SUPÉRIEURS
Les deux bras sont grêles, mais ne présentent pas de tubercules.
Main droite. — Elle paraît amaigrie, déformée; mouvements de l’articulation radio-carpienne difficiles, sur les faces palmaire et dorsale, la peau est tendue; aussi la main semble-t-elle être de bois.
La face palmaire surtout, présente une série de saillies différentes que j’ai bien représentées. La dernière phalange du pouce droit n’existe plus; là, il n’y a pas de cicatrice avec dépression, mais on voit un angle faisant crochet à l’extrémité. L’extrémité de la première phalange fait saillie sur le métacarpien, comme on le Voit dans le dessin.
Les deux dernières phalanges de l’index sont tombées, l’extrémité du doigt est arrondie et sans dépression.
Le médius a perdu deux phalanges et demie; à cette extrémité il y a une plaie rouge, non saignante, la peau est rétractée tout autour, entre la peau rétractée et la partie rouge, les tissus sont blancs, mais tout cela est blafard ; la peau est ulcérée et l’os fait saillie ainsi que les tissus ; c’est une saillie rougeâtre, mais qui ne suppure pas.
Il ne reste plus à l’annulaire que les trois quarts de sa première phalange; le haut est arrondi et la cicatrice sans courbure.
Le petit doigt est intact, niais fortement rétracté en de-
NOTES SUR LA LÈPRE
dans, en crochet, ainsi que je le fais voir dans le dessin.
L’ensemble de la main droite est horrible à voir.
Main gauche. — Le pouce a disparu en totalité. Iæs deux dernières phalanges de l’index sont également tombées ; à l’extrémité' se voit un petit ongle en forme de crochet.
La dernière phalange du médius n’existe plus, il y a un petit ongle à l’extrémité.
L’index et le médius ont la forme d’une pyramide; ils sont rétractés.
L’annulaire a perdu la moitié de sa dernière phalange; il est recourbé en dedans, il y a un ongle à l’extrémité et cet ongle a la forme ordinaire.
Le petit doigt est recourbé en dedans, il a perdu la moitié de la dernière phalange, à l’extrémité on voit cependant un morceau d’ongle.
La totalité de la main gauche forme une palette par sa face palmaire et la paume delà main fait saillie.
Ganglions épitrochléens durs et gros ; ils ressemblent à du bois par leur dureté.
Il dit s’être brûlé autrefois fortement la main gauche; en effet, on voit une cicatrice blanchâtre bien représentée par le dessin. Ces cicatrices sont blanches et contrastent avec la peau du sujet qui est foncée comme celle des Égyptiens. Dans l’endroit où se trouve cette cicatrice blanche, l’épithélium ne s’est pas dessiné; il y a eu destruction de la partie externe superficielle de la peau et de l’espace qui recèle l’épithélim; d’une manière générale les cicatrices sont tendues mais non bridées.
Je pique Saïd avec une épingle, il sent bien à la partie
NOTES SUR LA LÈPRE
moyenne des côtés du dos, du ventre; moins l)ien à mesure qu’on pique vers les parties latérales du corps. La figure est sensilile.
Les jambes, les pieds, les cuisses, les bras et les mains absolument insensibles.
J’enfonce l’épingle dans la cuisse jusqu’à moitié, jusqu’à faire jaillir du sang, sans qu’il éprouve la moindre douleur. Seulement la vue du sang l’effraye, il ne s’aperçoit pas des affreuses piqûres que je lui fais.
IUOU.%IllE D-EniAnil
Damiette, 3 juin 18G2.
Né à Damiette ; il ignore son âge, mais il a vingt-cinq ans environ.
11 n’a jamais vu de maladie pareille à la sienne dans sa famille.
Il est d’une intelligence bornée, presque idiot, moins idiot cependant que Saïd que j’ai vu le 2 juin.
De taille moyenne, mendiant ; il parcourt les rues et les bazars de Damiette ; le plus souvent, on le rencontre étendu dans la rue, dans la poussière; il s’enveloppe de mauvais haillons, sales, infects; comme celui que j’ai dessiné hier, il exhale une odeur des plus repoussantes.
Il paraît que ce malheureux souffre parfois, car un des employés de l’entreprise m’a dit l’avoir entendu gémir l’hiver dernier, c’est probablement le froid qui cause ses souffrances, peut-être souffre-t-il d’avoir les
NOTES SUR LA LÈPRE
pieds dans la boue, car à Damiette il pleut Thiver, mais beaucoup moins qu’à Alexandrie.
Mohamed ramène sur lui ses mauvais haillons avec ses mains mutilées.
Il a de grands cheveux longs et noirs comme un Européen, aussi il se comporte comme un derviche, il vit sans contrainte.
Il n’est pas assez fortuné pour avoir des sandales, il entortille le bout de ses pieds avec des chiffons, il garantit ainsi l’extrémité des orteils qui sont complètement insensibles. Ses chiffons lui servent aussi à envelopper les ulcérations qu’il a aux jambes.
Il a la figure d’un idiot, ce qui frappe surtout chez lui, c’est son nez qui est épaté et écrasé comme celui de son camarade Saïd ; il a perdu le cartilage de l’extrémité. 11 a des moustaches, des favoris et de la barbe au menton. Sa barbe n’est pas taillée comme celle des musulmans, mais il la laisse pousser comme elle veut. Son corps est fort bien fait ; j’excepte les pieds et les mains dont je vais parler plus tard. Au niveau du dos et des fesses, sa peau présente de grandes étendues irrégulières, blanchâtres ou plutôt moins teintées en noir que le reste.
Je lui enfonce une épingle profondément dans les mains et dans les pieds, sans lui faire aucun mal ; il ne s’aperçoit même pas que je le pique à la partie inférieure de la jambe ; mais cette expérience des piqûres n’est pas parfaite parce qu’il a peur et qu’il est prévenu.
NOTES SUR LA LÈPRE
MRÎinnF.S INFÉniF.URS
Au deux aines, ganglions durs, indolents, très-volumineux, faciles à sentir sous la peau.
Côté droit. — Au niveau du grand trochanter, on voit les traces d’une ancienne plaie qui s’est cicatrisée: elle provient de ce qu’il couche par terre. Pour la môme raison, il a, au niveau de la tête du péroné en haut une véritable ulcération.
Grandes taches noirâtres au niveau du genou; là, la peau est plissée, noirâtre, épaissie.
Plaie grande comme une pièce de un franc, au niveau de l’extrémité inférieure du péroné en bas. Cette plaie blafarde non recouverte de bourgeons charnus, laisse écouler une sérosité sanguinolente qui coule à terre.
Saillies au niveau des malléoles.
Le pied est très-gros et difforme, relevé en haut et en dehors ; à sa partie externe, on remarque une série de plis.
Gros orteil. — Il est contourné sur lui-même; la dernière phalange est tombée. A l’extrémité et presque verticalement, il y a un ongle et dirigé presque de haut en bas et de dedans en dehors.
Deuxième orteil. — Deux phalanges disparues ; ongle petit, difforme au sommet.
Troisième orteil. — Dernière phalange tombée; petit morceau d’ongle au bout et un peu en bas.
Quatrième orteil. — Dernière phalange tombée; pas de trace d’ongle.
NOTES SUR LA LÎÎPRE
Cinquième orteil. — Dernière phalange disparue ; tronçon d’ongle au sommet.
Le pied est dur comme du bois, l’impression du doigt ne s’y conserve pas.
Côté gauche. — Ecchymose au niveau du grand trochanter, résultant de la pression du corps.
Au niveau du genou, peau noirâtre, plissée, épaissie ; on voit aussi des tubercules noirâtres. Saillie au niveau des deux malléoles. Le pied est énorme.
Le gros orteil est intact, très-gros; ongle bien disposé.
Le deuxième orteil est complet, gros ; l’ongle recourbé eu bas.
Le troisième a perdu sa deuxième phalange et la presque totalité de sa première ; petit morceau d’ongle à son extrémité.
Le quatrième et le cinquième orteil manquent : seulement on voit l’endroit où était le quatrième orteil. Cicatrice au niveau de la malléole externe.
Cet homme a été circoncis, il a la verge d’un volume ordinaire.
Deux beaux testicules et de belle forme. A droite, un peu d’hydrocèle.
Les testicules sont d’une grande sensibilité; il prétend que je lui fais mal en le touchant même légèrement. Or, ce fait est important, car les Arabes ont ces organes presque complètement insensibles.
MEMBRES SUPÉRIEURS
•le ne lui trouve pas de ganglions cervicaux malgré un examen attentif.
NOTES SUR LA LÈPRE
Pas de ganglions épithrocléens à droite. Ganglions gros, durs, indolents à gauche.
Main droite. — Elle a la forme d’une palette, il peut ployer les tronçons de doigt qu’il a encore; il peut mouvoir l’articulation radio-carpienne, la face palmaire offre des plis nombreux que j’ai bien ügurés.
La peau de la face dorsale est tendue, dure et comme bridée, comme striée, on voit qu’elle est épaissie. J’ai bien représenté cette disposition, mais elle se voit aussi fort bien sur les photographies de M. Chambart.
Pouce. — Les deux phalanges tombées, un petit morceau d’ongle à l’extrémité.
Index. — Les deux dernières phalanges tombées, pas d’ongle au sommet, mais une cicatrice à dépression linéaire.
Médius. — Deux dernières phalanges disparues, tronçon d’ongle au sommet.
Annulaire. — Comme le précédent.
Auriculaire. — Les deux dernières phalanges et la moitié de la troisième ont disparu ; pas .d’ongle au sommet.
Main gauche. — Elle a la forme d’une palette comme la main droite ; Mohamed la renverse en arrière ; articulation radio-carpienne mobile.
Pouce. — Dernière phalange perdue, à l’extrémité; bout d’ongle, placé en dedans et à la paitie antéiieuie du tronçon du pouce, ce bout d’ongle a la forme d un crochet.
L’index, le médius et l’auriculaire ont perdu chacun deux phalanges et demie ; l’annulaire les deux dernières
NOTES SUR LA LÈPRE
phalanges. Excepte au pouce, il n’y a nulle part trace d’ongles.
Ulcération à la face palmaire de la main au-dessous de l’index; j’ai figuré cette ulcération dans mon dessin.
Ce malheureux meut encore ces tronçons de doigt; avec ses deux mains, il peut se servir, mais il est maladroit et il a des colères terribles, quand il ne peut arriver à faire ce qu’il désire à cause de son infirmité.
— lia de belles dents, la bouche bien formée. 11 est presque idiot, il raconte qu’il a un frère qui n’est pas malade comme lui; il est malade, lui, depuis cinq ans. Il dit qu’il y a dix lépreux à Damiette. 11 attribue sa maladie à une frayeur; il serait tombé au feu. Il ne peut donner aucun détail sur le début de la maladie, sur la manière dont le mal lui est arrivé, ni sur les accidents successifs qu’il a eus depuis cinq ans. Je l’interroge en vain, comme je l’ai fait sans succès avec Saïd son camarade. Il se prête difficilement à l’expérience des piqûres; il a appris que par mes épingles, je fais sortir du sang à un compagnon ; il faut le forcer à se laisser piquer.
— Il est très- sensible à la partie moyenne, antérieure et postérieure du tronc, à la poitrine, au ventre, aux bras, mais l’expérience n’est pas concluante. Aux cuisses, il paraît sensible, mais aux pieds et aux mains, insensibilité complète. 11 me dit qu’on pourrait lui traverser les mains et les pieds avec un couteau, et il saisit une main avec ses dents, il la mord à arracher le morceau.
Cet liomme a les pieds gros, mais pas d’éléphantiasis.
Au toucher, la peau des bras et des cuisses n’est pas sensible, mais si on presse médiocrement, il dit souffrir
NOTIiS SUR LA LÈPRR.
beaucoup et sa douleur n'csL pas eu rapport avec la pression que j’exerce.
eiTTl-AMMECU
Damiette, 4 juin 18C2.
Femme née à Damiette, elle ignore son âge (quarante ans?); ni son père ni sa mère, ni son grand-père ni sa grancl’mère n’avaient la meme maladie. Elle demeure à Damiette, dans un quartier où elle est seule malade; elle ne connait personne ayant la môme maladie.
Elle se nourrit de tout, ne fait rien.
Malade depuis sept ans.
Au début, elle avait comme le feu aux pieds et aux bras; les mains ont commencé à être malades. Il lui est venu d’abord un tubercule au dos de la main gauche, puis cela a gagné; elle n’a rien, dit-elle, sur le corps.
Elle a la figure malade en même temps que les mains elles pieds; elle a bon appétit, mais elle dort mal la nuit. Elle est divorcée à cause de son mal. Elle a une fille dont elle ignore l’àge mais qui se porte bien; elle aurait cependant le nez elles bras un peu malades; mais elle avoue n’en être pas bien sûre. Elle dit que personne n’entend rien à cette maladie, elle a consulté le médecin (qui applique du fer); celui-ci lui a répondu qu’il n’y .avait plus moyen de la guérir.
État aclueL — Odeur repoussante. Voix éteinte. Tête horrible, cheveux coupés courts. Sur la figure, tubercules de la couleur de la peau, celle-ci est inégale.
Nez perdu en totalité.
NOTES SUR LA LEPRE
Les joues et le menton sont tuberculeux, ces tubercules du volume d’un gros grain de chènevis, ont, comme je l’ai dit, la couleur de la peau.
Cicatrices aux lèvres. Kératite interstitielle de la cornée droite. — Aux bras, tubercules énormes, plaies ulcérées, tubercules avec plaques squamiformes aux bras, à l’avant-bras, et aux mains. Elle n’a pas perdu de doigts ni aux mains ni aux pieds.
Il paraît qu’elle n’a rien au corps, au ventre, aux cuisses, qu’elle ne veut pas montrer. A la partie antérieure de la jambe gauche, ulcère énorme; la peau est morcelée, et il en découle une sérosité rougeâtre.
Ces masses de plaques qu’elle a aux mains et aux bras sont vertes, elles ressemblent assez à des écailles de truites, dans l’intervalle, la peau paraît saine mais étirée.
Elle souffre; elle est engourdie dans les parties malades.
Les deux ailes du nez ont disparu : la totalité de l’aile gauche et la moitié de l’aile droite. Peu de sourcils.
V Je n’ai pu savoir si elle était sensible ; je l’ai oublié.