II. — LÈPRE HÉRÉDITAIRE TRANSMISE PAR LA MERE. — TROIS OBSERVATIONS
AIVlVEi IVASIAR^ grecque de religion»
Née à Ilamalah, endroit où il y a beaucoup do lépreux. Elle ignore son âge et semble avoir vingt-cinq ans. N’a jamais été mariée.
Ni son grand-père, ni sa grand’mère maternelle, ni
NOTES SUR LA LÈPRE
ses oncles, ni ses tantes, n’étaient lépreux. Son père n’a pas eu la maladie, il vit encore et se porte très-bien.
Sa mhre était lépreuse. Elle est morte il y a dix ans de la lèpre.
Elle n'a ni frère, ni sœur; mais sa mère avant de la mettre au monde, a eu deux enfants qui sont morts.
On lui a dit que sa mère avait déjà eu quelques accidents (on a pu voir depuis que c’était la lèpre) quand elle devint enceinte d’elle. Auparavant, elle m’avait dit que ces accidents n’étaient arrivés que pendant la grossesse, puis elle m’a donné cette deuxième version.
Quoi qu’il en soit, elle raconte que sa mère s’étant ' querellée avec son mari, s’enfuit à Gaza ; l’époux alla la chercher et ils se disputèrent encore. Bientôt sa mère vit des boutons apparaître sur son corps, elle alla immédiatement à Tibériade pour prendre des bains. Son mari s’étant aperçu qu’elle était lépreuse, la garda quatre années renfermée dans une chambre; puis la malade quitta Ramalah pour venir à Jérusalem, où elle mourut au bout de quatre ans. Ainsi, la maladie a duré huit ans. 11 paraît que la mère d’Anné avait perdu la voix et les doigts.
Aimé Nasar est malade depuis huit ans. Après sa naissance, elle a été nourrie quarante jours par sa mère, puis son père ayant vu que sa femme était lépreuse, la confia à une autre nourrice.
Au début de la maladie, Anné dit avoir eu de la fièvre, de grandes douleurs dans tous les os. 11 lui est venu des tubercules à la face, puis aux bras et aux pieds.
Les premiers tubercules ont envahi d’abord les sour-
NOTES SUR LA LÈPRE
cils; il paraît que jamais la maladie n’a été plus forte que maintenant.
Les douleurs des os ont cessé, assure-t-elle, quand les boutons sont venus.
Depuis ces premiers accidents, elle a tantôt une fois, tantôt trois et quatre fois par an, de la fièvre et de nouveaux boutons apparaissent. Elle a eu des boutons qui ont fourni de la matière jaune, puis ces boutons ont disparu.
Chose à noter, Anné n’a rien aux pieds et aux mains. Elle accuse des douleurs spontanées à la tête : elle souffre des os plus la nuit que le jour. Si elle marche beaucoup, elle souffre des reins et des genoux.
Elle a la voix éteinte, on l’entend avec peine. Elle avale difficilement et ne peut manger de gros aliments. Toutefois la déglutition n’est pas toujours aussi difficile et aussi pénible.
Comme la femme que j’interrogeais ce matin, elle me dit qu’elle souffre beaucoup pendant les trois mois de printemps. Elle souffre aussi l’été; l’hiver, elle souffre peu quand il pleut.
Elle éprouve de la douleur quand on presse sur les os de tout le corps. Les gencives lui font beaucoup de mal, elle a une gingivite chronique, les dents de devant sont déchaussées presque complètement. Elle a de l’opacité à la cornée droite ; de temps en temps elle voit fort mal ; elle a parfois mal au yeux.
Elle digère mal ; cependant elle prétend qu’elle va régulièrement à la selle. ,
11 y a un mois et demi, elle a eu son dernier accès de
NOTES SUR LA LÈPRE
fièvre, il paraît qu’à ce moment, la figure était fort rouge.
Celte femme m’assure que d’ordinaire la maladie suit la marche suivante : Il survient de la lièvre, puis la rougeur paraît aux endroits où il y aura des tubercules.
Depuis deux ans, Aimé parle avec une grande difficulté, cette aphonie est venue peu à peu; parfois, dit-elle, on ne peut l’entendre du tout.
Aimé me raconte que quelquefois son père vient la voir à Jérusalem, il habite alors dans le village des lépreux ; il couche dans la même pièce qu’elle (à uu mètre environ). Il lui prépare ses aliments mais il ne mange pas avec Aimé. — J’ai ouï dire ici que la maladie pouvait se gagner entre gens mangeant ensemble. —
Ici un mot :
J’ai entendu les lépreux me dire qu’ils croient leur maladie contagieuse dans leur village, mais non à Jérusalem. J’interroge Anné à ce sujet : elle me dit que la maladie ne peut se communiquer daus un pays où il y a eu tant de prophètes ; j’avoue que cette explication ne me contente pas, mais je ne puis obtenir davantage.
Comme preuve que les aliments préparés par les lépreux ne communiquent pas la lèpre, Anné me dit que quand elle fait du pain pour elle, si par hasard elle en fait trop et qu’elle reçoive la visite de sa tante et de ses cousins et cousines, ceux-ci mangent le surplus du pain qu’elle avait préparé. 11 paraît que les lépreux ont un four exclusivement destiné à leur usage.
Comme fait de non-contagion, elle me conte qu’une femme saine, de Bethsamé, s’était mariée avec un lépreux de Jérusalem. Ils dormaient ensemble, mangeaient
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ensemble, couchaient ensemble. Ce lépreux avait la variété de la maladie caractérisée par les mains crispées. Cette femme devait avoir des rapports sexuels avec son mari, mais elle n’a pas eii d’enfants. Le lépreux étant mort de sa maladie, la veuve inconsolable ne put lui survivre et mourut aussi ; cette histoire d’amour exagéré pour un lépreux me parait chargée (j’ai su depuis que la fin de l’histoire n’était pas vraie) . Du reste, les lépreux ont intérêt à faire croire que leur maladie ne peut se communiquer; car ils souffrent de l’isolement auquel on les condamne. — Quand on suppose un homme ou une femme frappé de la lèpre, on le chasse du village comme un être venimeux. Je me rappelle qu’une lépreuse m’a raconté l’ histoire d’une malade qui, ayant voulu revenir habiter dans son village, fut tuée par son propre fils, qui ne put la souffrir auprès de lui. Une femme qui devient lépreuse est divorcée immédiatement, mais les femmes d’un lépreux lui appartiennent toujours et elles ne peuvent se remarier sans sa permission ; cependant le mari lépreux ne peut forcer sa femme à le recevoir. Les lépreux vont de temps en temps, chercher des aliments dans leur village natal; ils y restent deux à trois jours, puis ils reviennent. Parfois leurs parents les visitent.
Armé me dit que les lépreux ne peuvent avoir d’enfants. Elle avait ses règles autrefois, maintenant elle ne les a plus. Elle avait aussi beaucoup de cheveux, mais elle en a perdu une grande quantité ; il lui en reste encore assez.
Étal actuel. — Aimé a une figure type de la lèpre,
NOTES SUR LA LÈPRE
elle a le teint jaune spécial des lépreux; sa peau a l’aspect de la peau traitée par de l’acide nitrique; ses traits sont déformés, inégaux; ainsi, les deux moitiés du visage sont dissemblables.
La peau du front est divisée par des sillons profonds entre lesquels la peau est épaissie et saillante ; ce ne sont pas des tubercules isolés, mais des épaississements de la peau dans sa totalité, de véritables plaques de la peau. Elle en a aussi aux sourcils.
Plus de sourcils ; encore quelques cils, autant que je puis me le rappeler. La peau de la paupière supérieure présente vers son bord libre des plaques de lèpre, mais peu prononcées.
Son nez est écrasé, elle a perdu les cartilages du bout et en partie ceux des ailes. Malgré cela, le nez n’est pas perdu ; il est tordu et le bout du nez est représenté par une masse arrondie couverte de petits tubercules. L’aile gauche du nez est plus haute que l’aile droite. A la face interne de cette dernière, il y a une sorte de plaie non saignante ; ce doit être le cartilage en voie d’élimination; cette plaie est rouge, noirâtre; elle a l’aspect des plaies des lépreux. Un dessin seul peut bien faire comprendre l’aspect du nez; il y a des tubercules au bas du nez. Nez écrasé depuis un an.
Aimé a de grosses lèvres, dures, saillantes en dehors, inégales ; la bouche est toujours entr’ouverte, la peau des lèvres est épaissie par la lèpre.
Cette malheureuse femme a les gencives malades, fongueuses, blafardes; les dents devant sont déchaussées et ne tiennent plus que par les racines.
NOTES SUR LA LÈPRE
La peau du visage. est transformée en plaques de . lèpre, et dans les endroits malades, elle est tendue, luisante et présente des saillies ou mamelons inégaux.
Sur les joues de chaque côté, il y a des brides blanchâtres, traces de cicatrices anciennes.
Le lobule de l’oreille droite présente des cicatrices suites des tubercules de lèpre; le lobule de l’oreille gauche présente deux tubercules de lèpre. — Je crois avoir remarqué que c’est aux lobules des oreilles que l’on trouve les tubercules type, ayant le volume d’un pois, faisant une demi-saillie sur la peau malade et présentant cette couleur fauve, sur laquelle il faut tant insister. Ces tubercules peuvent être gros comme de gros pois , d’autres ont le volume de ces petites tumeurs cutanées qui résultent de la piqûre des cousins ; la saillie des tubercules est la même.
Je découvre à grand’peine un ou deux ganglions cervicaux.
MEMBRES SDPÉRIEDRS.
Côté droit. — Deux ganglions épitrochléens.
A la face interne du bras, peau saine.
A la face postérieure et inférieure du bras, épaississement considérable de la peau qui est luisante.
Au niveau et autour du coude, gros tubercules.
A la face postérieure de l’avant-bras, la peau forme une énorme plaque dure et luisante.
La main paraît tuméfiée; la peau des mains est d’un rouge blafard et me paraît d’une chaleur désagréable au toucher.
NOTES SUR LA LÈPRE
Ail dos de la main, la peau forme une énorme plaque dure et luisante.
Rien à la face palmaire de la main.
Les doigts paraissent gonflés, ils commencent à se déformer, malgré cela, ils sont intacts ainsi que les ongles, deux ganglions épitrochléens.
Côté gauche. — Je sens un ganglion épitrochléen.
A la face interne du hras, la peau paraît intacte, mais en faisant filer la main 'dessus, je sens soit au-dessous de la peau et ne lui adhérant pas, soit même adhérantes à l’aponévrose sous-cutanée, une quantité de petites nodosités du volume d’un petit pois.
Au niveau du coude, il v a un énorme tubercule
ulcéré.
En faisait filer la main sur la face antérieure de l’avant-bras, on sent sous la peau une quantité de petits tubercules gros comme de petits pois. A la face dorsale de l’avant-bras, la peau présente une plaque considérable.
Une plaque de même nature existe sur le dos de la main. La main est grosse, d’un rouge blafard, chaude au toucher. Les doigts sont gros, et comme à droite, ils sont d’un rouge blafard ou d’un rouge bleuâtre. Sur le bord externe de l’origine du doigt médius, au niveau de la première phalange, la peau présente une plaque dure.
Dans tous les endroits où il y a épaississement de la peau formant plaque, la surface de la peau parait tendue et luisante.
NOTES SUR LA LÈPRE
MEMBRES INFÉRIEURS
Celte femme refuse de montrer ses cuisses, elle dit qu’elles sont couvertes de plaques dures et de tubercules de la peau.
Le bas des jambes présente des plaques de lèpre et d’énormes tubercules de la peau ; il y en a un surtout
qui est en quelque sorte végétant, il fait une saillie considérable. Aimé me fait voir ses pieds, sur lesquels on ne distingue pas grand’ chose tant ils sont sales.
Je lui pique jusqu’à la faire saigner, la peau du front et celle des sourcils; elle n’accuse aucune douleur, mais je lui fais mal quand je pique le bout du nez où les joues. Elle ne souffre pas quand on la pique au menton ou au niveau du sillon sous-nasal médian de la lèvre supérieure. Par contre, elle souffre si je la pique sur les parties latérales de la lèvre supérieure et au niveau des deux sillons mento-labiaux. Quand je la pique :
Douleur à la face antérieure du bras, de l’avant-bras, de la main ; pas de douleur à la face dorsale de la main, de l’avant-bras et.de l’extrémité inférieure du bras.
Ainsi, elle ne souffre pas là où il y a des plaques. Mêmes phénomènes pour les deux membres supérieurs.
Les deux jambes et les deux pieds sont insensibles aux piqûres jusqu’au niveau du genou. La plante des pieds fort épaissie est insensible à la piqûre, excepté un petit espace circonscrit à la partie inférieure des deux talons : ce fait est important.
Elle souffre dans les os quand on les lui presse, ce fait a une grande valeur, il paraît constant.
NOTES SUR LA LÈPRE
Ânné a un embompoint ordinaire.
Elle ne s’est jamais mariée, elle me le dit d’un air triste ; elle ajoute qu’elle ne s’est pas non plus mariée au village des lépreux.
Elle n’a jamais eu d’enfants.