‹ Égypte et PalestineChapitre 57 sur 94 · III. — LÈPRE HÉRÉDITAIRE. — FORME DOUTEUSE. — UNE OBSERVATION · texte numérisé non relu

III. — LÈPRE HÉRÉDITAIRE. — FORME DOUTEUSE. — UNE OBSERVATION

AUDEL GADER , Diasulman.

Jérusalem, 25 juillet 1863.

11 dit avoir vingt ans.

Né à Sourda, sur la route de Naplouse à Nazareth; dans son village il n’y a que lui qui soit lépreux. Autrefois, il y avait trois lépreux à Sourda, mais il sont morts 11 V a huit ans; deux sont morts ici, un autre est mort dans les environs. 11 v avait une femme et deux hommes, il croit que ces lépreux sont restés malades près de dix années, il ne croit pas qu’ils étaient fils de lépreux.

Ni son grand-père, ni sa grand’mère, ni .son père n’étaient lépreux. Sa mère était lépreuse, pas de cousins lépreux.

Sa mère est morte il y a huit ans, après être restée malade pendant dix ans; il ignore comment elle est devenue malade; elle a eu quatre autres enfants, un garçon et ti’ois filles ; ils vivent encore, jouissent d’une bonne santé et ont des enfants qui se portent bien. La mère d’Abdel-Gader avait perdu le nez, elle avait les mains comme lui, elle n’avait pas perdu le bout des doigts ; Abdel ignore comment elle est morte. Elle avait eu un

iNOTES SUR LA LÈPRE.

enfant après lui. Quand elle mit au monde cet enfant, elle avait les premiers symptômes de la maladie , mais on ignorait que ce fût la lèpre, et elle put nourrir son enfant pendant deux mois environ. L’enfant mourut à l’age de deux ans.

Abdel-Gader est malade depuis dix ans ; il est resté quatre ans chez lui et demeure ici depuis six ans.

Au début, pas de fièvre ; il cessa de transpirer de la plante des pieds, il transpirait auparavant. (Les lépreux ne transpirent jamais qu’à la tête et au cou.) 11 a commencé à perdre les sourcils et les cils, les poils des jambes et des bras sont tombés. Il n’a pas perdu ses cheveux, il ne lui est pas venu de boutons à la figure. Il est venu un gros bouton au tendon d’Achille droit, puis il en est venu aux bras et aux jambes. Il n’a jamais eu de fièvre. Il dit que les boutons viennent et s’en vont.

Depuis trois ans, il lui est venu des boutons aux bourî^es.

Autrefois, il avait le nez assez long ; il y a trois ans qu’il l’a perdu et qu’il est sorti des boutons sur le nez, les os ne sont pas tombés.

L’année dernière, il a commencé à avoir mal à la bouche, il souffre des dents de devant mais non des grosses molaires.

Il avale facilement pourvu que ce ne soit pas un aliment très-gros; dans ce cas la déglutition est difficile. 11 va bien à la selle, digère bien.

Quand les boutons ont paru, il y a eu, pendant quinze jours, des douleurs dans les os comme si on les frappait ; il souffrait davantage la nuit que le jour.

240 NOTES SUR LA LÈPRE

Au printemps, les os lui font mal ; il lui sort des boutons, il est très-malade dix à quinze jours.

Il a des douleurs dans les os quand il les presse ; il assure que les os de la poitrine ne lui font pas mal; il souffre des os de la tête, mais il n’a de douleurs spontanées que quand les boutons viennent.

Quand il marche dans des lieux accidentés, il souffre dans les genoux; il n’a pas de force, il ne souffre pas dans le dos.

Il n’a pas perdu la mémoire.

Il me raconte que le cheik d’un village appelé Ebni- Hassan (à côté de Saint-Jean du Désert), lequel cheik se nommait Laffi est devenu lépreux. Il est mort il v a dix ou quinze ans.

Il y a près d’Hébron dans le village de Gibrin un cheik qui est devenu lépreux, il vit encore, il demeure à coté du village, dans une maison à part. Il est tombé malade il y a quatre ou cinq ans, mais Abdel ne sait comment.

A Hébron, on ne chasse pas les lépreux.

Abdel-Gader s’est marié l’an passé ; il n’a pas eu d’enfants; il n’est pas bon pour en faire. Quand il voit sa femme il vient peu de semence et elle est comme de l’eau. Il me dit que les lépreux n’ont pas d’enfants; le cheik qui en a eu, avait des poils et il avait seulement les doigts crochus.

Abdel a de l’embonpoint.

Maintenant il ne souffre pas; depuis six ans, il a souffert trois fois dans les os.

La première année il est resté chez lui.

INOTES SUR LA LÈI’RE.

Il dit que lorsqu’on a cette maladie, ou ne vit pas plus de douze ans. Si le mal est très-fort, ou meurt dans une année.

On n’hésite pas à dire qu’un homme est lépreux quand la figure devient rouge bleuâtre, que les sourcils tombent, et qu’il vient des boutons de lèpre. Il y a des gens connaisseurs qui ne se trompent jamais et qui ne confondent jamais la lèpre avec une autre affection.

Il y a un docteur arabe de Naplouse qui leur a dit qu’il n’y avait pas de remède pour cette maladie.

A Naplouse, il y a. trois médecins: Abou-Gazel, Ilay- Üervich et Abdallah-Aboulber, qui ne se trompe jamais au sujet de la lèpre.

Abdel-Gader me raconte qu’une femme saine s’était mariée avec un lépreux; celui-ci mourut,. elle voulut revenir dans son village, mais on la repoussa. Elle vécut ici et épousa un second lépreux qui est mort. Cette femme est rentrée dans son village, elle n’est jamais devenue lépreuse. La lèpre s’appelle en arabe massoldn (des pauvres).

11 y a ici vingt lépreux : douze hommes et huit femmes; il n’y a que deux femmes mariées.

État aciuel. — Abdel-Gader a le tronc et les membres d’un homme fort et vigoureux, la poitrine très-développée, les pectoraux saillants ; les bras et les cuisses ont tout l’extérieur qui indique une grande force.

Ce malheureux, bien que je l’examine en plein air, a une odeur très-pénétrante, une odeur de souris; ses cheveux sont noirs et très-abondants ; il lésa taillés court.

Il n’y a i)as de traces de sourcils; à peine voit-on de

IG

iSOTES SUR LA LÈI'RE.

petits cils presque imperceptibles et l’on pourrait même (lire qu’il n’en existe plus, aussi souffre-t-il des yeux de ■temps eu temps ; la peau des deux arcades sourcilières ■est un peu saillante ainsi que celle du front. La peau de la partie inférieure des paupières est un peu inégale.

La peau du visage a le teint spécial des lépreux; la ligure manque d’expression; le regard est mort.

Des deux c(jtés, les j-oues présentent des brides, traces de cicatrices anciennes. A la partie moyenne de la joue droite, il y a une sorte de plaie recouverte d’une croûte noirâtre sèche.

La totalité du nez a disparu ; à l’origine supérieure du nez, il y a plusieurs tubercules rougeâtres, les deux ailes du nez manquent. {PL VII, fuj. 2, et pl. IX, fig. 4.)

A l’extrémité inférieure du repli de peau (jui correspond aux ailes du nez, il y a deux tubercules rougeâtres.

Le deux lobules des oreilles sont notablement épaissis.

Abdel-Gader a toujours la bouche entr’ouverte, cependant il peut la fermer, mais ce mouvement doit lui être difficile à cause du volume et de la disposition de ses lèvres. La lèvre supérieure est grosse, volumineuse, assez bien faite, mais portée en avant. Son bord libre est un peu fendillé dans deux endroits de bas en haut. Sur la lèvre supérieure, on voit de petits tubercules de la peau.

La lèvre inférieure est également grosse, luisante, portée en avant, les deux lèvres étant fortement écartées, ■on voit les dents de devant.

Le menton est gros et inégal, il présente une série de

>'OTES SUR LA LÈPRE

petits tubercules contenus dans répaisseur même de la peau. Cet homme exhale, jele répète, une odeur repoussante et je souffre à rexaminer.

Le teint général de son visage est d’un jaune rougeâtre luisant.

Rien sur le tronc et sur le dos.

MEMBRES SÜPÉRIEURS.

Côté droit. — Les bras sont très-vigoureux.

Sur la face postérieure du bras, je vois une cicatrice blanchâtre, trace d’un ancien tubercule guéri. Cinq ganglions épitrochléens gros comme des amandes remontant jusqu’à la moitié interne du bras. A la partie interne du bras, la peau est entièrement saine.

Au niveau du coude, tubercule recouvert d’une espèce de croûte en forme de fond de coquille, cette croûte ressemble à une croûte de rupia ; elle est d’un jaune verdâtre et entourée d’une auréole blanchâtre.

A la face postérieure de l’avant-bras, la presque totalité de la peau est transformée en une sorte de plaque dure que l’on ne peut ployer que fort peu et avec une extrême difficulté. — Superficiellement la peau ne paraît pas modifiée dans sa structure, elle est un peu modifiée dans sa couleur peut-être; mais cet épaississement se fait par la partie profonde. Quant aux tubercules de la lèpre, il y en a de saillantes complètement qui paraissent sur la peau; d’autres sont de l’épaisseur de la peau et font une légère saillie que je comparerais assez bien, sauf la couleur, au résultat de la piqûre des moustiipies; d’autres invisibles extérieurement adhèrent profondé-

NOTES SUR LA LÈPRE

ment à la peau. De plus, il y a des tubercules sous-cutanés qui n’adhèrent pas à la peau que l’on déplace audessus d’eux, ces tubercules m’ont paru adhérer aux aponévroses. (Je dis ceci d’une manière générale.)

Dans ces points, la peau a conservé sa couleur ordinaire elle est seulement plus épaisse; ainsi la peau est saine comme épaisseur et comme couleur. La plaque dure dont je parle est allongée, elle croise l’axe de l’avant-bras.

Sur la partie moyenne de la face dorsale de l’avantbras, il y a deux anciennes plaies recouvertes d’une croûte jaune verdâtre, saillante comme le fond d’une coquille et ressemblant à du rupia.

Sur le bord cubital de l’avant-bras, il y a une plaie du même genre, recouverte de squames jaunes verdâtres.

Dans toute l’épaisseur de l’avant-bras, en faisant passer le doigt sur la peau, on sent de petits tubercules contenus dans la peau par place, on sent également de petites plaques de la peau.

La main est gonflée, d’un rouge violet, et très-déformée, son bord cubital n’est qu’une croûte. — Les doigts sont fort gros et inégaux; dans différents points, sur la face dorsale il y a des plaies blafardes qui indiquent que par ces plaies, les phalanges seront prochainement éliminées. Le doigt qui tombera le premier sera l’auriculaire; les doigts sont d’un volume égal à leur origine et à leur extrémité, ils ne sont pas droits, mais l’axe de chaque phalange varie, on reconnaît qu’il se fait là, un travail profond. Les ongles sont petits, courts et recourbés en avant; la peau de la face palmaire de la main est

NOTES SUR LA LÈPRE

blanchâtre, mais elle parait tendue inégale; elle présente (jnelqnes tubercules, pas de plaie.

Côté gauche. — A la face antérieure du bras, la peau est saine. Je sens un ganglion épitrochléen de la gros seiir d’une énorme amande.

Sur la face dorsale du bras, il y a des cicatrices blanchâtres, dans ces endroits la peau est épaisse, il a dû y exister des tubercules.

A la partie inférieure et externe du bras, plaie indolente. Au niveau du coude, je vois des tubercules nombreux, étendus, confluents.

A la face postérieure de l’avant-bras, la peau paraît saine, elle présente cependant deux petits tubercules.

Sur la face dorsale de l’avant-bras, il y a deux grandes plaicssaignantes, la plus inférieure est d’un rouge blafard.

Le bord cubital de l’avant-bras présente encore deux plaies ulcérées.

La main est très-déformée, elle est épaisse, d’un rouge violacé. Le dos de la main épaissi, tuméfié, présente, par places, des plaies blanchâtres, il y a eu là des tubercules qui sont tombés.

Les doigts sont gonflés surtout à leur origine, ils sont tordus sur leur axe, les bouts des doigts sont surtout horriblement déformés, ils sont terminés par un ongle qui lui-même est court et recourbé en avant.

A l’origine du pouce, au niveau de la dernière phalange de l’index, il y a deux plaies couvertes de croûtes noirâtres, le dos des phalanges doit s’éliminer prochainement. La hice palmaire est d’un blanc rosé, elle est épaissie; toute la peau paraît malade.

NOTES SUR LA LÈPRE

MEMBRES INFÉRIEURS

Côté droit. — A la face interne de la cuisse, petites nodosités adhérentes à la peau sur divers points. — A la face externe , la peau est épaissie en plaque.

Sur les genoux, traces de tubercules ulcérés.

La jambe est déformée, sur sa face externe il y a une plaie saignante, il y a également une plaie saignante au niveau de la malléole externe.

Le cou-de-pied est très-gros.

Le pied est très-gros et violacé, il le paraît du moins, les orteils et les ongles n’offrent rien à noter.

Côté gauche. — Sur la face antérieure de la cuisse, traces de tubercules qui ont dû être éliminés ; les cicatrices sont blanchâtres et assez étendues.

Au genoux, la peau présente des traces étendues du même genre.

A la face postérieure de la jambe, toute la peau est extrêmement épaisse.

Le cou-de-pied est très-gros.

Au niveau de la malléole, il y a des croûtes noirâtres qui recouvrent des plaies par suite de frottement.

Le pied est très-gros, il n’offre rien de spécial, il paraît rougeâtre, violacé, mais il me serait difficile de me prononcer à cause de la saleté des pieds.

La face plantaire n’offre rien à noter.

Les orteils sont intacts. Il y a chez ce sujet une anomalie, c’est la réunion du deuxième et troisième orteil jusqu’à leur moitié antérieure.

KOTKS SUR LA LÈURE. 247

bes deux côtés, aux aines, il y a des ganglions nombreux et Yoluniineux.

Scrotum. — Le testicule droit et l’épididynie sont trans- Ibrniés en une masse inégale, dure, aplatie de dedans en dehors, adhérente en bas au scrotum qui est trèsépaissi.

Le testicule gauche est composé, par place, de parties molles et de parties dures ; la queue de l’épididyme, très-grosse, inégale et dure, adhère au bas du scrotum qui est très-épaissi.

Des deux côtés le cordon est sain et le canal déférent isolable.

Le pubis est recouvert de poils nombreux, noirs.

11 paraît qu’autrefois , Abdel-Gader a eu des tubercules au derrière, mais il ne veut pas me montrer son anus.

La verge est petite comme longueur, mais bien conformée comme dimension.

Quand je pique avec une épingle, et je pique fort, les mains, les avant-bras, les bras, les épaules, jusqu’au milieu de la clavicule et à la partie moyenne des omoplates sont complètement insensibles.

Les pieds (face plantaire et dorsale) les jambes et les cuisses sont également insensibles.

Cependant la peau devient sensible à l’imion des cuisses avec le tronc, la sensibilité est moindre, on le voit, dans la moitié supérieure du corps que dans la moitié inférieure.

Si maintenant on pique les épaules au niveau de la partie moyenne de la clavicule, Abdel-Gader sent vague-

NOTES SUR LA LÈPRE

ment mais d’aiitanl plus, qu’on se rapproche davantage de la partie moyenne du tronc.

Il senties piqûres aux deux tempes, au cuir chevelu, au cou, sur le menton. 11 ne sent pas aux sourcils, aux joues, aux deux lèvres, aux deux lobules des oreilles.

Il souffre beaucoup quand on le pique à la partie antérieure du tronc.

2G juillet 1862.

Les fesses sont sensibles ainsi que le ventre, 11 sent dans le dos comme sur le devant du troue.

J’interroge de nouveau Abdel-Gader ; il ne souffre d’aucune partie du corps pas plus la nuit que le jour; au printemps dernier même, il n’a pas été malade. Cet homme a les dents de devant très-sensibles, il ne peut manger des choses dures, rébranleinent des incisions et des canines est fort pénible. Il assure qu’il n’a pas de douleurs spontanées dans les os.

Bien qu’il ait la peau privée de sensibilité, il dit qu’il sent une puce quand il la prend avec les doigts. Il paraît que lorsqu’il prend du feu avec les doigls, il ne le sent pas immédiatement, mais il le sent au bout d’un instant « par la viande et par les os » clit-il.

Quoique la plante du pied soit insensible,, il ne peut marcher sans chaussures, car s’il marche sur un caillou aigu, il souffre comme si les flammes lui entraient dans le corps, alors, dit-il, il a une sensation de brûlure.

Il m’explique que chez les lépreux, quand les phalanges tombent, les plaies s’entr’ouvrent et alors les os s’envont par petits morceaux ils sont comme cassés. Il

NOTES SUR LA. LÈPRE

parait que l’éliniinatiou des phalanges n’occasionne aucune douleur.

Jamais, dit-il, les lépreux ne perdent plus que les doigts.

Tous les lépreux ne perdent pas les doigts, il y en a qui meurent en conservant le nez et les doigts.

Abdel-Gader, que j’étudie en l’interrogeant, tient les yeux à demi fermés ; privé de sourcils et de cils, la lumière le fatigue, il a le teint jaune spécial, une figure de masque, comme tous les lépreux ; il a la bouche entr’ouverte, ce qui tient à ses grosses lèvres saillantes et dures.

11 a des cheveux noirs, lisses, aplatis.

Ses gencives sont malades, elles sont pâles, décolorées, la muqueuse des lèvres est blanchâtre, les lèvres fendillées, les dents déchaussées.

Sa langue est épaissie et recouverte par de gros tubercules blanchâtres qui occupent la partie moyenne de la langue, d’avant en arrière.

11 y a de profondes ulcérations disposées sur deux rangées, le long de la ligne moyenne du palais et du voile du palais ; ces plaies ulcéreuses paraissent profondes, les os doivent être à nu au-dessous. 11 y a des plis au fond de ces plaies.

La luette a complètement disparu; l’isthme du gosier est limité par le voile du palais qui est épais, rouge et a perdu sa mobilité (il paraît dur) ; toute la face inférieure du voile du palais est couverte de cicatrices profondes.

La voix de cet homme est faible.

NOTES SUR LA LÈPRE

Les orifices du nez sont représentés par deux petits trous, dirigés d’avant en arrière.

Quand on palpe les os des cuisses, des jambes, des pieds, des mains, des bras, de la tête, il souffre ; mais il n’éprouve aucune douleur quand je lui presse le sternum.

11 souffre quand on lui presse la clavicule.

On le voit, dans la lèpre il y a une affection profonde des os.

m.%S!SAn, Iba-el-Itlancioiir (fiis de rannsoiir, "rec de religion^.

Agé de quarante ans.

Né à Ramalah, à quatre heures de .lérusalmn entre Jérusalem et Naplouse.

Ni son grand-père ni sa grand’mère, ni son père ni sa mère, ni ses oncles ni ses tantes, n’ont eu la lèpre. Il a trois frères et deux sœurs qui se portent bien. Sa mère jouit d’une bonne santé, il prétend que son père la voit encore de temps en temps.

Malade depuis quatre ans.

Il y a six ans, deux ans avant d’avoir la lèpre, pendant l’été, lorsqu’il travaillait beaucoup, il avait le corps en feu, à plusieurs reprises il tomba sans connaissance et on lui jeta de l’eau à la figure pour le faire revenir. Ces accidents arrivaient chaque fois qu’il travaillait beaucoup. Il alla se faire traiter à l’hôpital grec, où on lui donna à prendre une poudre qui fit disparaître ses faiblesses. Pendant un an, il continua à se bien porter. Mais à la fin de l’année, sa figure devint rouge, les sour-

NOTES SUR LA LÈURE

cils tombèrent. A ce moment, il n’avait pas de fièvre^ pas de donleiirs. La figure était rouge, mais il u’y avait ])as encore des boutons. Ceux-ci ont d’abord paru aux pieds, aux mains, puis à la figure.

Depuis nue année, il a le nez gros et rouge ; depuis la fin de l’été de l’an passé, il a la voix rauque.

Au printemps, pendant dix à quinze jours, il souffre aux pieds, aux talons; les plaies deviennent douloureuses.

Il ne souffre pas dans les os, dit-il.

11 lui est venu des boutons au scrotum, à la verge, à l’anus.

Il assure n’avoir jamais eu la syphilis.

Nassar raconte que Ramalah est habité spécialement par des Grecs de religion comme lui. S’il y a des lépreux a Ramalah, dit-il, c’est que les Grecs ont de fréquentes querelles et des batailles même avec les Arabes ; les émotions qu’on éprouve dans ces luttes occasionneraient la lèpre.

La véritable raison, pàraît-il, c’est que les Grecs sont d’une saleté hors de toute expression.

Les Arabes croient que les Grecs ont la lèpre parce; qu’ils voient leurs femmes ayant leurs règles, il souffre de toutes les dents, il avale facilement les aliments, mais il marche avec peine.

Les lépreux se lavent rarement.

Aassar dit que s’il se baignait, il souffrirait davantage de ses boutons.

Les lépreux vivent de la charité; s’ils ont des enfants, ils leur laissent la plus grande partie des revenus.

?<OTES SUU LA LÈPRE.

Les Icprciix musulmans ou clirélicns oui le droit de vendre leurs propriétés, mais s’ils ont des enfants, ils ne peuvent prendre tous les revenus.

Nassar assure que sa maladie augmente de jour en jour ; dans ces derniers temps, le mal a envahi les cuisses et les bras.

Il souffre davantage la nuit que le jour. 11 me dit qu’il y a dans leur réduit (des lépreux) uue femme lépreuse qui ne peut dormir la nuit.

Il souffre des dents de devant, il ne peut casser des choses dures avec les incisives et les canines ; les molaires ne lui font pas mal. La chaleur le gène beaucoup, il souffre au printemps.

Il y a onze mois qu’il a perdu la voix, on l’entend à peine, il est affreusement enroué ; il avale bien, excepté les choses dures.

Il digère bien ; mais l’hiver, il digère mal.

Il est malade depuis quatre ans.

Il a le nez écrasé depuis une année, celui-ci est gonflé et on y voit des boutons depuis deux ans.

11 respire difficilement par le nez.

Quand il se palpe les os, il souffre.

Nassar a presque de l’embonpoint, il a l’extérieur d’un homme très-vigoureux.

Il ii’a pas l’œil mort, mais son regard manque de vivacité.

Les deux régions sourcilières présentent quatre gros tubercules de cba([ue coté. Ces tubercules sont disposés symétriquement, comme on peut le voir dans le dessin que j’ai fait {pl. Yll, fifj. 1, T); il y a aussi un

NOTES SUR LA LÈPRE

Uiberciilc au front, au-dessus de roriginc du nez.

J.es deux tubercules places à l’extrémité de la région sourcilière sont ovales, gros , symétriques , celui du front est impair. Ils font paraître les yeux très-enfoncés et donnent un aspect dur à la physionomie.

Pas de sourcils.

Uuélques petits cils filiformes.

Pas des tubercules aux paupières, aux joues, aux lèvres.

Le nez est gros, déformé, tordu; il s’est affaissé un peu ; il y a eu un bouton à la face in terne de l’aile droite; là, cette aile offre deux échancrures ; la pointe du nez est arrondie, rouge et envahie par de petits mamelons de la même couleur.

Les lèvres sont assez grosses et assez épaisses, mais elles ne présentent aucune trace de la maladie.

Aux deux lobules de l’oreille, énormes tubercules contenus dans l’épaisseur de la peau, mais faisant saillie à sa surface (p/. IX, /iÿ. 5,T); il y a également des tubercules à la face postérieure de la conque du côté gauche.

La langue est rouge et épaisse.

11 y a un ulcère qui s’étend d’avant en arrière sur toute la ligne moyenne du palais et du voile du palais. Cet ulcère a environ huit millimètres de largeur, il paraît creusé profondément surtout au niveau du palais.

La luette est détruite aux trois quarts, la face inférieure du voile du palais est toute rouge.

Comme il fait très-sombre au moment de l’examen, je ne puis voir l’étal des amvgdales.

?iOTES SLR LA LÈPRE.

MEMRnES SUPÉRIEURS.

Côté droit. — Au bras, à la lace interne, peau saine; à la face externe plusieurs grosses pustules de ru})ia couvertes de la croûte caractéristique en forme de coquille; pus au-dessous des croûtes.

A ravant-bras : à la face interne, une seule pustule de rupia.

Sur le bord radial, trois grosses pustules de rupia.

A la main : la peau de la face interne est blanche, mais épaisse et dure ; sur le bord cubital, plaie saignante offrant les caractères de celles des lépreux. Sur le dos de la main, cicatrices blanclnitres résultat de la chute des tubercules. A la face interne du pouce, trois pustules de rupia.

Côté gauche. — Le bras est couvert de cicatrices de tubercules anciens, (rnlcérations et de croûtes de rupia.

Au coude, énorme tubercule.

' A Tunion du pouce avec la main, plaie étendue avec croûte de rupia ; plaie avec croûte sur le dos de la première phalange de l’index; grosses croûtes à la face postérieure de l’origine de rannulaire, de l’auriculaire et sur le dos de la main. Plaie saignante à la face antérieure de l’index et la face externe de l’annulaire.

MEMBRES INFÉRIEURS

Les cuisses et les deux jambes sont couvertes littéralement de croûtes de rupia étendues avec pus au-dessous ; la peau de la face externe de la jambe droite est très-

NOTES SUR LA LEPRE

<^paissie, tubercules aux genoux ; cou-de-pied très-gros des deux côtés.

Les pieds sont sains ainsi que les orteils. •

Pas de ganglions épitrochléens.

Nombreux ganglions aux aines.

OUGANES GÉNITAUX.

Scrotum. — Poils noirs au pubis.

Les bourses sont pendantes; à leur lace inférieure, il y a une sorte de plaque muqueuse, énorme, identique à celle du gland que je vais décrire, et également saillante.

C’est peut-être Purine qui modifie l’aspect extérieur des tubercules du gland et du scrotum. — Cela a une odeur horrible; au-dessous de cette plaque il y a aussi une induration qui s’attache par deux prolongements libreux à la queue de chacun des épididymes. C’est horrible à voir et d’une saleté dont on ne peut, avoir l’idée.

Testicules. — Les deux testicules sont aplatis ; on dirait qu’il y a épaississement de la tunique vaginale et de la tunique albuginée ; la queue de chaque épididyme est fort grosse, dure et adhérente au fond du scrotum. Ces adhérences sont 'analogues à celles que l’on observe dans le tubercule de l’épididyme quand il y a une fistule.

Les deux canaux déférents sont sains et isolables, les cordons sont sains.

Verge. — Sur le bout de la verge, au-dessous du méat, il y a un tubercule {pi. III). Ce tubercule, saillant, plat, ressemble à une plaque muqueuse saillanli*.

KOTES SUR LA LÈPRE

il a une surface blanchâtre et une base indurée, Piiiduration occupe toute l’épaisseur du gland, on dirait un cartilage.

Nassar me dit qu’il est toujours puissant, mais moins qii’autrelbis ; je crois qu’il ne l’est pas du tout, vu l’état de ses testicules. 11 me raconte que parfois sa femme vient le voir, elle couche avec lui, mais, dit-il, il perd peu de semence. Je me demande comment une femme peut voir un homme dans un pareil état. Ce malheureux a les parties génitales malades depuis cette année.

Depuis le mois de mars dernier, il assure avoir des boutons à l’anus, je l’examine et je ne trouve rien, mais il fait déjà fort sombre et cet examen se fait difficilement en plein air.

Je pique avec une épingle.

Tête. — Insensibilité complète sur toute l’étendue des deux arcades sourcilières, douleur au front.

Le bout du nez est sensible, comme celui-ci est rouge et vasculaire, il sort un sang noir de la piqûre.

Il souffre sur toute l’étendue des joues et des lèvres.

Il n’éprouve aucune douleur aux lobules des oreilles et à la face postérieure de la conque là où il y a des tubercules.

MEMBUES SUPÉRIEURS.

Côté droit. — Douleur à la face antérieure du bras et de l’avant-bras, à la face palmaire de la main, à la face dorsale du médius et de l’index.

NOTES SUR LA LÈPRE. 257

Insensibilité n 1r fucc dorsale du bras et de 1 avantbras. 11 souffre à l’épaule.

Côlé gauche. — La face dorsale de la main, de Tavantbras et du bras, sont insensibles.

La face palmaire de la main, la face antérieure de l’avant-bras et du bras sont sensibles ainsi que l’épaule gauche.

MEMBRES INFÉRIEURS

Côté droit. — La face externe de la jambe et de la cuisse, la face interne de la jambe, le dos du pied sont insensibles.

La face interne de la cuisse et la plante du pied sont sensibles.

Côté gajiche. — Les faces externes et internes de la cuisse et de la jambe ainsi que le dos du pied, insensibles.

La plante du pied sensible.

Tronc. — La peau du tronc est sensible partout ; il sent parfaitement quand je le pique dans leçon, au dos, sur la poitrine.

Nassar souffre de tous les os quand on les lui presse.

Je presse les doigts, les os de la main, de l’avant-bras, du bras, de la tête, des jambes et des cuisses.

Il se fatigue aisément en marchant.

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