N* A DAMIETTE. — CINQUANTE ANS
1 2 juin 18C2.
Cet homme a une barbe grisonnante ; il ignore son âge ; cinquante ans ? Il est né à Damiette.
11 affirme que ni son grand père, ni sa grand’inère, ni son père, ni sa mère n’ont eu la maladie.
Il habite actuellement à Souk-el-Ainis (Bazar du jeudi). Employé chez le cadi. Intelligent.
Il paraît qu’il y a quatorze ans, ayant fait une grande course à pied, il est arrivé à Damiette avec les parties enflées. Il a été trouver un barbier qui lui a dit qu’il avait de l’eau dans les bourses et lui a donné un coup de lancette; au lieu d’eau, il est sorti du sang. Plus tard les parties ont encore enflé. Enfin le pacha qui commandait à Damiette lui' a permis d’aller au Caire pour se faire opérer.
Il a été opéré par Meliemet-Ali-Bey.
11 parait qu’on l’a endormi, il ne sait ])as bien ce
DE L’ÊLÉPIIANTIASIS.
qu’oii lui a lait; la tumeur était, assure-t-il, des deux tiers plus petite que maintenant. 11 ignore le poids des parties enlevées ; il avait conservé les testicules et la verge, aussi après l’opération pouvait-il coucher avec sa femme.
Après l’opération qui a été faite il y a six ans, il a eu pendant trois ans les parties en parfait état ; il avait sa verge et ses deux testicules, mais on lui avait enlevé tout le reste.
Il affirme, et cela me paraît bien douteux, qu’au début de la maladie, il n’a pas eu d’accès de fièvre.
Trois ans après l’opération, il a été pris d’un accès de lièvre qui a duré trois jours : il a d’abord eu un peu froid, puis de grandes chaleurs, puis le scrotum est devenu rouge et les bourses ont grossi. Plus tard, tantôt une fois, tantôt deux fois par mois, il avait de nouveaux accès de fièvre et le scrotum grossissait toujours.
11 a eu son dernier accès il y a quinze jours ; voici comment il le décrit :
Il a eu d’abord un peu froid , puis la chaleur est arrivée, elle a duré trois jours; à ce moment il ne pouvait ni boire, ni inanaer. Il avait horriblement mal à la tête ; il paraît que la stade de froid a duré une demiheure et les chaleurs trois jours. Le scrotum était devenu rouge, mais cette rougeur a disparu quand il a été guéri.
11 éprouvait des démangeaisons à la partie supérieure de la tumeur ; il paraît que l’épiderme pouvait se détacher.
Cet homme n’a jamais mis d’hommous sur sa tumeur;
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
il n’a rien aux jambes ni aux mains ; mais le dos du pied droit est un peu œdématié.
A la partie inférieure de la tumeur, il y a une sorte d’ulcération par laquelle il s’échappe du scrotum de l’eau blanche (environ un petit verre).
Parfois aussi, il sort un peu de matière.
Il urine facilement, il dit que quand il pisse, il sort de la tumeur un petit bout de verge long d’un pouce et demi.
Dans l’intervalle des accès, il se porte parfaitement.
Il a deux enfants : une fllle et un garçon venu avec lui ; il prétend que son fds se porte bien (mais je m’aperçois plus tard qu’il est malade des testicules).
De sa première femme, il a eu un garçon et deux filles qui n’ont pas été atteints.
Je lui demande pourquoi il ne se soigne pas :
« Mais comment veux-tu que je me soigne, me dit-il ; y a-t-il des médecins ? »
Cet homme ne marche qu’à grand’peine, il se renverse en arrière et soutient sa tumeur sur le devant des jambes.
Pour avoir plus de force, dit-il, il porte une grosse ceinture autour du corps.
Cet bomme habite un premier étage; sa maison n’est pas humide.
11 mange de la viande et du riz; il consomme aussi beaucoup de poisson et de poule d’eau (Agagus).
Il me dit que l’éléphantiasis diminue un peu quand on va habiter une ville autre que Damiette; mais la maladie ne guérit pas.
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
Il dit souffrir davantage l’été que l’hiver; il a plus souvent des accès en été qu’en hiver.
S’il mange beaucoup de poisson, son ulcère du scrotum fournit plus d’eau et de matière que d’ordinaire.
Il y a un précepte de Mahomet qui ordonne de ne pas boire du lait après avoir mangé du poisson ; ceux qui violent cette loi deviennent fous, assure-t-on ; il paraît du reste que c’est un précepte du Coran.
Chose curieuse à noter, cet homme sent les piqûres d’épingle sur le corps, à la partie antérieure du pédicule de la tumeur, et dans l’espace compris entre les deux lignes V, S {pL YI, fig. 2) ; mais plus bas, je le pique fortement sans qu’il accuse la moindre douleur. Il sort des piqûres que je fais, des gouttelettes abondantes de sérosité et un peu de sang. C’est en vain que j’essaye de sentir les testicules; impossible de les trouver par le palper au niveau du pédicule de la tumeur ; même chose pour ;
le cordon.
Pour le cordon , il y a une autre difficulté dans le ;
grand volume du pédicule et surtout dans sa tension.
Il m’a été impossible de mesurer le diamètre antéro- ])Ostéricur de la tumeur. Son plan antérieur est convexe, en avant et en arrière.
Son plan postérieur est convexe, mais se divise en deux parties ; la partie moyenne fait saillie entre les cuisses; les parties latérales sont dirigées d’arrière en avant et sont appliquées sur la partie antérieure et interne des cuisses.
Ce plan postérieur est lisse ; la peau est luisante , j
appliquée à la partie antérieure des cuisses, elle res- j
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
semble à la peau (lui se trouve dans riiUervalle des fesses chez les pcrsoimes grasses.
La peau de la partie anterieure et interne des cuisses uffre la même disposition.
Dans sou ensemble, la tumeur, si l’on fait abstraction du pédicule, a la forme d’un cœur.
Le pédicule est très -épais sur la ligne moyenne; il s’amincit sur les parties latérales.
Quand il est debout et que la tumeur pend, on aperçoit de chaque coté du pédicule, deux parties tendues faisant corde; c’est ce qui correspond aux deux cordons.
La partie antérieure de la tumeur présente deux sillons principaux qui s’étendent sur la presque totalité de cette partie antérieure.
Le sillon droit est un repli inutile de la peau du scrotum .
• Le sillon de gauche est plus important ; à sa partie supérieure se trouve l’orifice, non pas de l’urèthre, mais d’une sorte de conduit formé par le fourreau replié en dedans. Ce conduit vient de l’urèthre, je n’ai pu voir comment, mais on peut le deviner. -Le sillon gauche est, dit le malade, l’endroit où primitivement on a fait l’incision pour diviser le scrotum en deux parties. Ce sillon mène en bas à des sillons secondaires qui séparent deux grosses masses dures, inégales.
Le plus souvent, rien n’indique que la partie supérieure du sillon gauche mène à l’urèthre.
Ce sillon gauche se divise en haut eu deux parties et entre les deux sillons, on voit une petite languette faisant saillie; mais cela ne se voit |)as toujours. Si on
5'22 DE L’ÉLÉPllANTIASIS.
ecarLc les parties B, G, ou aperçoit une bride transversale, line sorte de pont.
L’urine s’écoule par le canal que j’ai signalé à la jiartic supérieure dn sillon gauche.
La partie la jilns supérieure au-dessus de l’nrèthre est saine.
Nulle part, je ne puis toucher les testicules.
A la partie inlerieure, la tumeur forme comme une série de nodosités voluminenses, dures comme du bois. A la partie supérieure c’est une sorte d’œdème mon; car si je prends une portion de la tumeur et que je la presse, je lais filer la sérosité. La peau est énormément hypertrophiée, les papilles sont distantes d’envii'on l centimètre ; celle de la partie postérieure de la tumeur est plus soiqde qu’à la partie antérieure.
Cet homme dort sur le côté.
11 marche avec une grande difliculté ; il marche le liant du corps porté en arrière. Comme je l’ai déjà dit, il a une grosse ceinture qui entoure la taille, il prétend que cela le soutient dans la marche.
Il assure pouvoir de temps en temps encore exercer le coït ; ce fait serait curieux s’il était vrai, il prouverait
que la maladie ne détermine pas l’impuissance.
Cet homme assure qu’à Damiette, il est celui qui a l’éléphantiasis du scrotum le plus gros. 11 me {larle d’un certain Mohamed ipii a aussi un éléphantiasis du
scrotum.