IN OTE
Le 15 juin 18G"2, en revenant des fours, je trouve étendue à terre une pauvre femme de quarante ans en- A’iron, couchée dans la poussière. Elle a des jambes énormes; elle est malade depuis dix ans. Impossible de l’interroger dans la foule qui nous entoure. Je veux la faire venir à la campagne; elle ne peut marcher. Elle ne pourrait venir sur un ane qu’avec la permission du cheick de ce quartier. Rien aux bras.
Coté droit. Cuisse droite saine, jambe droite énorme • en bas, saillie à la partie inférieure, dos du pied arrondi, orteils sains. L’œdème existe surtout à la partie interne et inférieure de la jamlœ. Celle-ci déborde le cou-depied.
Côté gauche. Cuisse malade, grosse en bas ; je ne puis la voir en haut; jambe déformée, énorme, renflée surtout en bas. Pied le plus gros que j’aie jamais vu; orteils a peine visibles, ils sont sains et de volume ordinaire. Gros rej)li au-dessus du talon; plante du pied arrondie; la totalité de la jambe en bas tremblote; impossible d’examiner les aines {pl. \l, fig. Qcll).
ÜE L'ÉLÉPIIANTIASIS
juif.
Allaché à laiiinison Valenliiii (banque).
iNé à Alexandrie, ainsi que le père efla mère.
11 m’a élé amené par le docteur Massia, docteur maltais, chef de l’hôpital Européen.
Trente-deux ans ; marié à dix-hiiit ans; il n’a jamais connu d’autre femme (jue la sienne. Dans les sept premières années de son mariage, il a eu ([uatre enfants; depuis, il n’en a pas eu.
Personne de sa laniillc n’a été malade; son père avait une maladie des bourses, mais on ne sait si c’était de l’éléphantiasis ou un hydrocèle.
11 loge dans une maison humide au rez-de-chaussée, dans le quartier arabe, à côté de la Marine. 11 mange du poisson deux fois par semaine, peu de poisson salé.
dit-il.
Vers ràgc de dix à douze ans, il a eu un hydrocèle double, il a été opéré et injecté avec du vin par le doc- Icnr Massia. Après cette opération, l’hydrocèle était revenu à droite. 11 s’est fait traiter par un médecin arabe, qui, chacjiie mois, lui fait la ponction du côté droit, mais sans ajouter l’injection. Depuis ce temps, il a vu les bourses augmenter peu à peu, sans douleur. C’était la peau qui grossissait.
11 a été opéré il y a cinq ans par M. Massia ; la tumeur avait acquis alors le volume d’un chapeau ; on ne pouvait sentir les testicules, le pénis était englobé dans la tumeur; le testicule droit a été enlevé. Depuis l’opéra-
DI-] L’ÉLÉNIANTIASIS.
lion lescrolum a augmeiilé à droite et le testicule gauche est devenu malade.
il dit que tous les quatre à cinq mois il est pris de frissons, et il s’aperçoit que le scrotum devient dur, rouge, douloureux; il y a des nodosités à la peau du scrotum, il a la fièvre un jour et il conserve la rougeur et la douleur pendant trois ou quatre jours.
Il dit aussi qu’il avait la peau grosse après les ponctions du médecin arabe ; il avait de la fièvre, du frisson ; mais il décrit cela fort mal ; il avait aussi des douleurs aux aines.
11 y a deux ans et demi, il a eu une éléphantiasis de la jambe gauche ; pas de fièvre, œdème dur qui a disparu maintenant. (Depuis, M. Massia m’a dit qu’il n’avait pas eu d’éléphantiasis de la jambe, mais un simple engorgement; je le crois aussi.)
Etat actuel. — Ganglions indurés à l’aine droite.
Au scrotum, peau épaisse, dure, mais ayant sa couleur normale ; c’est de l’œdème très-dur ; pas de vésicules comme chez Souria.
Tubercule en bas.
Cicatrice de l’opération à la partie moyenne du scrotum ; plis transversaux bien indiqués.
La peau de la liase du fourreau est épaissie; celle de la })artic moyenne du fourreau est mince.
La peau courte est tellement épaissie qu’à la vue on ne dirait pas qu’il y a absence du testicule droit.
l’as de testicule droit ; il a été enlevé, et je ne sens pas même, dans le scrotum, le cordon droit.
Testicule gauche gros, dur, douloureux à la pression;
DK L’ÉLÉPHANTIASIS.
il est lourd au toucher, il n'adhère pas au scrotum. Le cordon gauche est senti et isolahle. La verge t'ait un tout avec les boui-scs au lieu d’ètre détachée (p/. VI, fuj. 5).
Les organes génitaux me rappellent assez bien ceux du passementier de Damiette; mais celui-ci avait des bourses plus souples, plus larges, mais saines.
-Lai oublié de mesurer la tumeur.
— llésumons-uoLis :
A la suite d’opérations répétées d’hydrocèle, le scrotum s’est pris ; il a eu les accès de fièvre de l’éléi)hanliasis ; il a été 0})éré, mais les accès de fièvre ont continué; ainsi l’on s’explique que la tumeur ait marché.
Depuis, éléphaiitiasis de la jambe gauche sans fièvre, c’était probahlcmeut de l’œdème dur, car il a guéri trèsbien, dit-il.
11 parait que l’éléphantiasis siégeait surtout dans la moitié droite du scrotum, celle-là meme qui avait été travaillée par les ponctions répétées du médecin arabe.
11 dit qu’il voit rarement sa femme; il aurait consulté le docteur Massia, s’il l’eùt osé.
11 est certain, et cela est certain pour xM. Massia, que la maladie a marché; ainsi le rectum s’est épaissi, le testicule gauche a durci et est devenu gros.
Ahdou-Sakes a une barbe noire.
11 soutient n’avoir jamais eu la vérole et n’avoir jamais vu d’autre femme que la sienne. Ceci est important pour l’affection testiculaire qui parait de nature syphilitique ;
il me dit qu’il a des érections.
M. Massia doit me donner une note pour me faire savoir comment il a opéré.
DE 1/ELEPIlA.MlASlS.
M. Massia en a oi)éré un autre, m’a-t-il dit.
Abdoii-Sakcs dit se bien porter; cet homme n’avait pas de douleurs aux parties, mais aux aines et surtout à l’aine droite. La maladie semblerait avoir été amenée par l’irritation des })onctions successives.
J’avoue que je ne croyais pas qu’un individu n’ayant ‘ jamais quitté Alexandrie pût être affecté d’élépliantiasis.
Abdou-Sa kcs me dit qu’il y a ici bien des éléphantiasis des jambes, surtout chez les Sakes. Je n’en ai pas vu d’exemple; mais j’ai remarqué une femme dans la rue ayant un double éléphantiasis des jambes, comme les malades vus à Damiette.
M. Massia disait d’abord que cet homme était absolument guéri, mais je lui ai montré que la peau des parties, du membre et celle du bas du scrotum étaient fort épaissies, mais que c’était un œdème dur.
L’aspect des organes génitaux externes est fort bizarre • et mérite d’être dessiné (pl. VI, fig. 5).
OPÉRATION D’ÉLÉPilA-NTfASIS DU SCROTUM, PAR LE DOCTEUR MASSIA.
Abdou-Sakes. — Il a mis le malade dans la même position que pour la taille ; il a mis une sonde dans l’urèthre, il a fait élever le pénis et a pratiqué une incision.
11 opère comme M. Oglin, il fit l’opération de la même façon .
était sain ainsi que le testicule.
Ln ouvrant la tUniipie vaginale du côté droit, il trouva
oSO
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
im liydrocclc et iiii Lcsliciiie atrophié, gros comme mie noisette, dur. Le cordon droit, allongé; il y avait nn hydrocèle enkysté du cordon. 11 enleva le testicule droit et il lit la suture par première intention en has et en avant, il ht la réunion par deuxième intention.
La ligature du cordon est tombée le dix-se})tième jour; il était guéi’i absolument le trente-cin(|uième jour.
Le tissu était lardacé, d’un blanc jaunâtre, c’était du tissu cellulaire.
M. le docteur Massia a opéré un autre éléphantiasis de la même façon. La tumeur était grosse comme la tète d’un enfant de douze à treize ans.
Il n’introduisit pas unesonde dans l’urèthre.
Les testicules étaient sains.
Le malade s’était fait opérer pour se marier, il fut guéri en quinze jours.
Il n’avait rien aux jambes.
11 avait habité Damiette, d’où il venait; il est retourné dans cette ville.
Il était marchand de blé.
Les Juifs indigènes d’Alexandrie ont l’éléphantiasis des jambes. M. Massia en avait observé plusieurs cas.
Les Israélites usent d’huile comme les Turcs; ils vivent comme les Arabes.
M. Massia n’a pas vu d’éléphantiasis de la vulve chez des femmes du pays.
Il y a des éléphantiasis des bras chez les indigènes.
M. Massia n’a jamais vu d’enfants atteints.
Il nùi pas vu de lépreux à Alexandrie.
dp; l/fiLÉPIlANTIASIS.
FAUX ÉLKPIIASTIASIS. — UNE OBSEUVATION.
Dainietle, (5 juin 1802.
A Damiette, toute irritation d’un organe peut amener un œdème dur de cet organe. Ainsi je vois chez le consul de Perse sa mère et sa belle-mère. Celle-ci, âgée de cinquante-cinq à soixante ans, a depuis quarante ans des gerçures aux mains, entre les doigts et aux doigts. Ces gerçures ne saignent pas, il est vrai, mais ce sont des gerçures analogues à celles que nous voyons en France. Un médecin anglais lui a fait mettre autrefois des cataplasmes sur les mains; ils ne l’ont pas guérie. Elle a des rougeurs aux lèvres et au nez.
Depuis huit ans, ses mains ont commencé à grossir; elle n’a pas eu de fièvre, pas de rougeur à l’eudroit affecté, aucun des accidents de l’éléphantiasis, mais ses mains ont grossi, et actuellement elle a des mains énormes. La tuméfaction porte surtout sur le dos de la main, qui est arrondie, saillante, dure. Cependant le doigt y laisse une impression difficile à produire. Elle a un étranglement des plus prononcés au niveau du poignet. Malgré cela, le poignet est assez gros, mais la main est énorme, relativement au poignet et au bras.
Cette dame est d’un embonpoint ordinaire. Elle connaît l’élépbantiasis et dit que cette affection ne s’est jamais présentée comme l’éléphantiasis. Elle souffre plus fliiver (jue l’été. Elle a constamment les mains
DE L’ÉLÉPIIANÏIASIS.
dansreaii, et elle dit qu’elle a beaucoup de gerçures aux mains l’hiver.
Elle se porte parfaitement, en dehors de cette infirmité. Elle a les deux mains également malades. Aussi je diagnostique un œdème dur des mains, amené comme l’éléphantiasis, mais non survenu avec de la fièvre, comme l’élépliantiasis vrai.
Cette dame se nourrit certainement, comme tout le monde, avec du poisson et des poules d’eau ; car ici on peut presque dire que les riches et les pauvres vivent de la même manière.