KOTES PRISES SUR LE NIL
‘23 mars 1801.
Ce matin, mal à la gorge, j’ai ou froid cette nuit. X neuf heures et demie du malin, je cautérise mes deux amvg'dales, mais surtout la gauche. Fièvre intense, cent pulsations.
.V (piatre heures et demie, j’étouffe; l’épiglotte dislei>
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(lue parla sérosité appuie sur l’isllime du gosier, et je m’aperçois que j’ai un horrible œdème de l’épiglotte. Je l’iuciseà trois reprises dilTéren tes avec d&s ciseaux, et ce u’est })as sans grandes diflicultés, puis avec mes deux index j’exprime la sérosité qui la distend. Je perds du sang par les blessures que je me fais, je suis affreusement pâle. Je me mets an cou des ventouses sèches dont je ferai des vésicatoires atin d’attirer la sérosité au dehors. Je me purge avec la limonade Rogé. J’ai une amygdalite violente avec œdème considérable de l’épiglotte. Pourvu que je puisse enrayer le mal à temps !
‘2(j mars.
Ce soir je n’ai point mangé; l’incision de la luette m’a soulagé. Je prends dn citrate de magnésie.
La nuit a été fort agitée. Selles ce matin. J’examine la gorge, elle va mieux. Je me cautérise de nouveau et je me gargarise avec l’acide galli({ue. Dans la journée, quoique très-faible, plus de fièvre, je prends des biscuits et du vin. Ce soir, fièvre intense que j’attribue aux biscuits. Je prends, une cuillerée d’eau de laurier-cerise dans du lait.
27 mars.
Cette nuit, j’ai dormi jusqu’à une heure, mais d’un sommeil fort agité; fièvre; le cou me fait mal, les glandes sous-maxillaires sont prises. Je demeure au lit toute la journée. Ce soir, je suis assez fort, bien que je n’ai rien mangé; je reste à lire dans le petit salon.
50 mars.
1 U mot sur mou compagnon de voyage ; c’est un .\n-
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glais. La nuit, il dort parfaitement; le matin, à })eine éveillé, il crie : « Café. » 11 tombe de son lit ; et, sans culotte, en cbemise ronge, les jambes découvertes pleines de pustules d’ectbyma et d’ulcérations en partie cachées par des bandelettes de sparadrap que je lui ai données, il arrive en trois on quatre sauts sur le canapé du salon, et il place ses pieds dégoûtants sur les oreillers et les coussins. D’une main il mange gloutonnement et de l’autre, armé d’un moustiquaire, il fait la guerre aux mouches qui le poursuivent. Pendant le déjeuner, il tripote alternativement les rôties et scs ulcères fétides, il se gratte, il me montre ses jambes : c’est ignoble. 11 a de véritables poses de fou. 11 avale, il engouffre comme un affamé. Je me lave les mains avant de me mettre à table, lui jamais ; il l’a fait une fois seulement. Pendant le repas, il attrape des mouches qu’il écrase devant moi. A peine a-t-il englouti quatre ou cinq rôties et une tasse et demie (lu’il va rejoindre son grabat.
25 avril.
Ledincra lieu comme le déjeuner ; après le dîner il se couche.
Ce matin, je me suis éveillé avec des idées tristes; pour la première fois, je m’ennuie, je me trouve seul. Depuis bien des jours en effet, je n’ai pu échanger une parole sérieuse avec qui que ce soit. Tout d’abord l’espérance de rapporter des vues de voyage à ma'mère, faisait ma joie; mais la photographie est impossible ou à peu près. L’Anglais est devenu moins insupportable depuis qu’il est malade, mais les repas sont pénibleSi II est si ma'l-
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propre! Il mange avec un couleau. Il rejette de sa bouche la moitié de ce qu’il mange, puis il a le regard tellement égaré qu’on le dirait échappé des petites-maisons. Ses plaies inspirent le dégoût le plus profond et le malheureux ne les cache pas; elles exhalent une odeur insupportable. Enfin, c’est terrible de voyager avec un être qui ne vous dit que des bêtises révoltantes. Tout cela me fait hâter mon retour, d’autant plus que je voudrais aller visiter la Palestine et Constantinople. Le pourrai-je? J’en doute, à cause de la grande chaleur. J’ai besoin de parler à un être raisonnable, et je suis bien ennuyé de n’aA^oir pu partir avec le consul de Piémont. Faute de mieux, je voudrais voir arriver le marchand grec avec lequel je parle espagnol ; sa conversation du moins m’apprend quelque chose.
' 7 mai.
Je m’éveille vers deux heures. Tout le monde sommeille à bord . Je vais voir sur le pont ; le bateau va peutêtre à la dérive, peut-être est-il arrêté par quelques pierres ; il est au milieu du Nil. A sept heures et demie, je fais appeler le reis (chef de la barque), je lui dis que depuis deux jours, je m’aperçois que tous ses gens dorment la nuit, laissant aller le bateau à l’aventure, je le menace de le faire punir dans toutes les villes où nous passerions, chaque fois que pareil fait se reproduirait.
' 18 mai.
Nos matelots ne veulent point ramer quand le vent est contraire, et quand il esi tombe, ils laissent aller le bateau à la dérive. Cependant, depuis la présence de deux
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reis a bord, ils travaillent assez et je n’ai pas trop à ni’eii plaindre. Quand ils rament, l’nn d’enx chaule, fait des liorilnres et les antres répètent ensemble nne sorte de refrain. Quelquefois ils poussent des cris d’admiration scniblables aux : 0, 0, que nous adressons aux chevaux pour les arrêter. A cinq heures dix minutes du matin, tout le monde travaille avec ardeur. Un matelot vent quitter sa rame pour aller à l’arrière, mais le vieux reis qui désire gagner mes bonnes grâces depuis que je ne fais plus attention à lui, lui ordonne dedemenrer en place. Nos matelots appellent le reis « Reis Hassan « pour le distinguer de Hassan Effendi, nom qu’ils donnent par flatterie, à l’ex-relieur qui nous sert de drogman. Il faut rendre cette justice à ce dernier (quoiqu’il ne vaille pas la corue avec laquelle on devrait le pendre) qu’il est toujours très-propre dans sa mise. Dans les grandes circonstances, il endosse un costume de drap, fort chaud sans doute, mais avec lequel il po.sc auprès des imbéciles qui l’entourent et qui l’appellent o Effendi » comme le bras. H faut le voir aller à terre canne à la main, et se rengorger comme un paon, quand les marchands, pour lui vendre leur marchandise, écoutent ou semblent écouter avec bonheur les récits qu’il leur fait.
2 ‘2 mai.
Cette nuit, j’ai beaucoup souffei t de mon œil gauche. J’ai nne blépharite fort intense. Quand je me réveille, mes paupières sont enflées ; à l’angle interne, j’ai nue
quantité considérable de muco-pus épais, sécrété par la
face postérieure de ma paupière inférieure. Chaque fois (jue je pleure je me sens soulagé. A plusieurs reprise.s
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je mets du collyre. J’éprouyedesdoiileiu's atroces à l’angie oxlcrno des paupières, comme si on me brûlait avec iiii fer rouge. Dans la nuit, je preuds un gramme cim quaute centigrammes de poudre de jalap, ce qui me ])rocure le matin trois ou quatre selles.
2 juin.
Hier soir, nous avons quitté Siout à huit heures trente minutes, mais vers dix heures, le vent est devenu tellement violent que nous avons dû nous arrêter au village de c( Fd-Boulediah ». C’était une véritable tempête.
Cette nuit, j’ai bien dormi; je m’iiabitue à ma mauvaise couche. Je croyais pouA'oir coucher vêtu simplement d’une chemise, mais le froid m’a réveillé , et comme les deux nuits précédentes, j’ai dû mettre sur moi une grosse couverture et mon manteau.
Ce matin, nos matelots ramentavecardeur, puis après le lever du soleil, ils s’attellent àla corde et leur zèle est si grand qu’ils marchent, ma foi, fort bien.
Impossible d’avoir du lait, je prends du vin et de l’eau sucrée avec des rôties, cela me convient. Toute la journée, vent du nord très-fort. Nos matelots ne se reposent que pour déjeuner. M. FF. donne lui-même au cuisinier le sucre et le café toujours avec ses affreuses mains qu’il ne lave jamais, et qu’il promène constamment sur ses ulcères. Nous déjeunons avec du mouton et du poulet. J’offre une de mes belles pommes à M. b F. (|iii la refuse en me disant qu’elle est mauvaise; je mauge alors toutes les autres. L’Anglais est toujours (iirieux des cadeaux que je reçois.
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5 juin.
A quatre heures de l’après-midi, grande chaleur, les mouches nous tracassent horrihlement ; les lieux dégagent une odeur très-pénible. Bien qu’en manches de chemise on transpire heaucmqD. Depuis quatre à cinq jours, je souffre au pied droit, j’ai là deux plaies qui me font mal. Par moment, je me demande si je n’ai pas gagné les affreux ulcères de mon compagnon de voyage dont j’ai pu prendre les pantoufles maculées de pus.
12 juin.
Sur les neuf heures du matin, j’aperçois un troupeau de buffles, qui traverse le Nil, au niveau d’un gué; il est conduit par deux enfants de douze à treize ans, montés sur l’échine de deux de ces animaux. Les buffles se serrent les uns contre les antres, pour mieux résister au courant. Les enfants ont fait de leurs habits un paquet qu’ils portent sur leur tète. Les buffles qui les portent nagent, ils ont seulement le mu flic hors de l’eau et ils font entendre en respirant un bruit })articulier. A l’arrière-garde, il y a nu homme qui nage en se cramponnant à un buffle. Il veille à ce qu’il n’y ait pas de retardataires. Comme les enfants, il porte ses vêtements en paquet sur sa tète.